France/US: Cachez ce rêve américain que je ne saurai voir (Protestant work ethic 101: Cadillac shamelessly celebrates American dream and enrages both espresso-sipping French and US liberals)

13 avril, 2014

http://www.washingtonpost.com/blogs/style-blog/files/2014/04/oecd.pnghttp://cdn.static-economist.com/sites/default/files/imagecache/full-width/images/2013/09/blogs/free-exchange/working_hours_picture_1_2.pnghttp://evanstonpubliclibrary.files.wordpress.com/2014/04/big-shoulders.jpg?w=398&h=530J’entends chanter l’Amérique, j’entends ses diverses chansons, Celles des ouvriers, chacun chantant la sienne joyeuse et forte comme elle doit l’être … Walt Whitman
Fier d’être le Charcutier de l’Univers, l’Outilleur, le Glaneur de Blé, l’Ouvrier du Rail et le Manutentionnaire de la Nation ... Carl Sandberg
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Pourquoi on travaille autant ? Pourquoi ? Pour ça ?  Pour tous ces trucs ? Dans d’autres pays, ils travaillent, ils rentrent tranquillement chez eux, ils s’arrêtent au café, ils se prennent tout le mois d’août pour les vacances. Tout le mois d’août ! Pourquoi vous êtes pas comme ça ? Pourquoi, nous, on est pas comme ça ? Parce qu’on est des croyants accros au travail. Voilà pourquoi ! Ces autres pays, ils nous prennent pour des fous et alors ? Est-ce que  les frères Wright étaient fous ? Bill Gates ? Les Paul ? Ali ?  On était fous quand on est allé sur la lune ?  Oui, parce que nous, on y est allé Et vous savez quoi ? On a trouvé ça ennuyeux. Alors on est reparti.  On a laissé une voiture là-bas avec les clés dessus. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on est les seuls à pouvoir y retourner. Voilà pourquoi. Mais je m’éloigne du sujet. Vous voyez: c’est assez simple. On travaille dur, on crée ses propres chances et on sait que tout est possible. Quant à tous ces trucs ? C’est le bon côté de prendre que deux semaines de vacances en août. N’est-ce pas ? Publicité Cadillac
Average American employee only takes half of earned vacxation:paid time off; 61% report working while on vacation.Glassdoor survey
N’en déplaise à Louis Gallois, la croissance de la productivité horaire française est bien plus élevée que 0,8%: +1,3% en 2011 selon l’OCDE, + 1,4% selon l’Insee. Certes, en comparaison, la productivité horaire des Allemands a augmenté de 1,6% sur la même période, et de 1,5% en moyenne dans les pays de l’OCDE. Mais la productivité horaire d’un Français est parmi les plus élevée des pays industrialisés: 57,7 dollars en 2011 contre 55,3 dollars pour un Allemand et 44 dollars en moyenne dans les pays de l’OCDE. Seuls les Américains (60,3 dollars), les Norvégiens (81,5 dollars), les Néerlandais (59,8 dollars), les Luxembourgeois (78,9), les Irlandais (66,4) et les Belges (59,2) sont plus productifs. Quant à la productivité globale – la valeur ajoutée brute -, elle a augmenté de 2,7% l’an dernier, à 1789 milliards d’euros. (…) Il est toutefois faux de croire que les Français ne travaillent que 35 heures par semaine: heures supplémentaires comprises, la durée hebdomadaire de travail des salariés à temps complet était, en 2011, de 39,5 heures (52,7 heures pour les non salariés). Certes, c’est moins que les Allemands (40,4 heures en moyenne par semaine) et que l’ensemble des Européens (40,4 heures). Mais, au total en 2011, les Français ont travaillé 1475 heures selon l’OCDE, contre 1411 heures pour les Allemands! Car si l’Allemagne n’a pas réduit le temps de travail des salariés à temps plein, elle a en revanche massivement développé le temps partiel. Reste que les Français ont des marges de progression: la moyenne en zone euro est de 1573 heures de travail par an, et de 1775 heures dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ceux qui travaillent le plus sont les Mexicains (2250 heures par an) et les Sud-Coréens (2193 heures par an). L’Expansion
The Greeks are some of the most hardworking in the OECD, putting in over 2,000 hours a year on average. Germans, on the other hand, are comparative slackers, working about 1,400 hours each year. But German productivity is about 70% higher. Alternatively, the graph above might suggest that people who work fewer hours are more productive. (…) There are aberrations, of course. Americans are relatively productive and work relatively long hours. And within the American labour force hours worked among the rich have risen while those of the poor have fallen The Economist
A new and growing body of multidisciplinary research shows that strategic renewal — including daytime workouts, short afternoon naps, longer sleep hours, more time away from the office and longer, more frequent vacations — boosts productivity, job performance and, of course, health. In a study of nearly 400 employees, published last year, researchers found that sleeping too little — defined as less than six hours each night — was one of the best predictors of on-the-job burn-out. A recent Harvard study estimated that sleep deprivation costs American companies $63.2 billion a year in lost productivity. The Stanford researcher Cheri D. Mah found that when she got male basketball players to sleep 10 hours a night, their performances in practice dramatically improved: free-throw and three-point shooting each increased by an average of 9 percent. Daytime naps have a similar effect on performance. When night shift air traffic controllers were given 40 minutes to nap — and slept an average of 19 minutes — they performed much better on tests that measured vigilance and reaction time. Longer naps have an even more profound impact than shorter ones. Sara C. Mednick, a sleep researcher at the University of California, Riverside, found that a 60- to 90-minute nap improved memory test results as fully as did eight hours of sleep. MORE vacations are similarly beneficial. In 2006, the accounting firm Ernst & Young did an internal study of its employees and found that for each additional 10 hours of vacation employees took, their year-end performance ratings from supervisors (on a scale of one to five) improved by 8 percent. Frequent vacationers were also significantly less likely to leave the firm. (…) In the 1950s, the researchers William Dement and Nathaniel Kleitman discovered that we sleep in cycles of roughly 90 minutes, moving from light to deep sleep and back out again. They named this pattern the Basic-Rest Activity Cycle or BRAC. A decade later, Professor Kleitman discovered that this cycle recapitulates itself during our waking lives. The difference is that during the day we move from a state of alertness progressively into physiological fatigue approximately every 90 minutes. Our bodies regularly tell us to take a break, but we often override these signals and instead stoke ourselves up with caffeine, sugar and our own emergency reserves — the stress hormones adrenaline, noradrenaline and cortisol. Working in 90-minute intervals turns out to be a prescription for maximizing productivity. Professor K. Anders Ericsson and his colleagues at Florida State University have studied elite performers, including musicians, athletes, actors and chess players. In each of these fields, Dr. Ericsson found that the best performers typically practice in uninterrupted sessions that last no more than 90 minutes. The NYT
Alors que les Américains s’appauvrissent constamment depuis 2004, la tendance est inverse au Capitole où les élus sont de plus en plus riches. C’est ce que révèle une enquête publiée par le New York Times, basée sur des données du Centre pour une politique réactive (Center for Responsive Politics), et qui montre que 250 des 535 membres du Congrès américains sont millionnaires. Si l’endroit a toujours été peuplé par des personnes plutôt aisées, l’écart avec le reste du peuple n’a en revanche jamais été aussi marqué. Le revenu net médian des représentants et sénateurs culmine à 913.000 de $ (705.000 €) et ne cesse d’augmenter, quand celui des Américains dans son ensemble, continuellement en baisse, avoisine aujourd’hui les 100.000 $ (77.000 €). Plus surprenant, le revenu du Congrès a augmenté de 15% en sept ans, période durant laquelle celui des Américains les plus fortunés a pour sa part stagné. Pour tous les autres, le revenu médian a baissé de 8% pour cette même période. Si cet écart de richesse aurait pu passer inaperçu en temps normal, en pleine crise économique, il choque. Des fortunes qui dépassent les 100 millions de $. (…) Pour tenter d’expliquer comment les parlementaires font pour continuer de s’enrichir en ces temps de morosité économique, plusieurs pistes sont évoquées. Certains analystes, cités par le New York Times, estiment que c’est tout simplement parce que la politique s’adresse avant tout aux personnes aisées. Lors des élections de 2010, le coût d’une campagne victorieuse pour le Sénat s’élevait en moyenne à 10 millions de $ et à 1,4 million pour une place au sein de la Chambre des représentants. De facto, seules des personnes avec déjà des moyens conséquents sont à même de se lancer en politique. Une fois entré au Congrès, le parlementaire touche un salaire annuel de base de 174.000 $ (qui a augmenté de 10% depuis 2004, soit un peu moins que l’inflation). À ce salaire s’ajoutent plusieurs avantages auquel le citoyen lambda n’a pas accès: des primes d’ancienneté, des pensions de retraite et une sécurité sociale en or. Le Washington Post explique aussi qu’une fois en place, les sénateurs et les représentants jouissent d’un réseau et de nouveaux moyens qui leurs permettent d’augmenter leurs pécules. Les données récoltées par le Center for Responsive Politics montrent que les parlementaires feraient d’excellents résultats sur les marchés boursiers. D’après des chercheurs de l’université de Géorgie, qui ont étudié la question, ces performances seraient le fruit d’un «important avantage d’informations» dû à leurs positions. Le Figaro
Even if the clip was a bit corny and overdone, the late Paul Harvey was a masterful throaty narrator in the romantic age before the onset of America’s now ubiquitous metrosexual nasal intonation. Harvey just didn’t sound different from the present generation, but from what we suspect, he sounded different from most generations to come as well. One reason that our age cannot make a Shane, High Noon, or The Searchers is that most of our suburban Hollywood actors cannot even fake the accent of either the frontier or the tragic hero anymore. When Tommy Lee Jones and Robert Duvall go, so goes too the last link to the cinema’s Westerner. There are no more voices like Slim Pickens or Ben Johnson. (…) It was not just Harvey’s mid-20th century voice that intrigued millions, but his unapologetic praise of the farmer’s work ethic, religiosity, and family values that he implied were at the core of American greatness, and were shared by all sorts of other American originals: the truck driver, the steel worker, or waitress whom we now all praise and yet prep our children not to be. We suspect that our kids would be better off at forty for spending a summer on a tractor at fifteen, but we just can’t seem to risk the loss of a season’s computer camp or eco-camp in the bargain. (…) I suppose the images resonated in 2013 in a way that they would have seemed passé in 1950, but not just because farmers then were about 15% of the population and now make up less than 1%, and so currently earn the added intrigue accorded to vanishing in the manner of the rhino or blue whale. The commercial instead was mostly a hit because of the sharp contrast, not just with the Petronian spectacle of today’s Super Bowl extravaganza, but also with the general tenor of the times of 2013 in particular.Victor Davis Hanson
Rather than millionaires, the spot’s targeted at customers who make around $200,000 a year. They’re consumers with a "little bit of grit under their fingernails" who "pop in and out of luxury" when and how they see fit. These are people who haven’t been given anything. Every part of success they’ve achieved has been earned through hard work and hustle. . . . One of the ways they reward themselves for their hard work is through the purchase of a luxury car … Right up front, Mr. McDonough dismisses the idea the reason American work so hard is to buy "stuff." What he’s really saying is that Americans work hard because that’s what they love to do. Luxury cars and other expensive goodies are a byproduct of success; not the objective. It’s basically saying hard work creates its own luck. In order to achieve it, you just have to believe anything’s possible. You have to believe in yourself, you have to believe in possibilities. It’s really about optimism. It’s really a fundamental human truth: optimism about creating your own future. It’s not about materialism. … Cadillac does not want to "guilt" people into buying an American rather than a European luxury car. The last thing in the world we want to do is comes across as: ‘It’s your duty to buy an American car.’ I don’t think anybody wakes up wanting to hear that. . . . The strategy was really to play off the consumer insights around this notion of achievement earned through hard work and hustle — and celebrating that. Since it’s a U.S.-based spot, we used metaphors to talk about other people who received their success through hard work … Reaction is running about 3-1 in favor of the spot with the young consumer audience on YouTube. But some people are offended at the perceived workaholic message when millions of people are out work and others are just getting by. Again, that’s not what Cadillac intended … We’re not making a statement saying, ‘We want people to work hard.’ What we’re saying is that hard work has its payoffs. Find something you love to do, do it incredibly well and there’s a reward for that. Whether its personal satisfaction, whether its fulfillment, whether that’s money … Rogue found and cast Mr. McDonough in an early version of the spot that they used to pitch and ultimately win Cadillac’s $250 million creative account last year. Cadillac and Rogue later went back and remade the spot with Mr. McDonough to create the version on-air now. We just liked his attitude … [It's a dissertation on American values] Sure. But what people forget is that still just a car ad. What made Cadillac happiest is consumers recognize ELR as an electric car — although Mr. McDonough never states that explicitly. It’s sparked an interesting and thought-provoking debate. Craig Bierley
The only thing to upset the early-morning serenity was the single most obnoxious television ad ever made: the one for Cadillac, in which the life of the tiniest one per cent of the one per cent is represented as an American birthright. It’s the one with the appalling guy who high-fives his kids (without looking at them) and then ends with an anti-French flourish: “You work hard; you create your own luck. And all that stuff? That’s the upside of only taking two weeks off in August, n’est-ce pas?” The French is proudly mispronounced, but if any Francophone ad were as aggressively anti-American as this one is against the French, you’d be reading about it for weeks in the Wall Street Journal. That the French summer vacation is not a rule forced on the rich entrepreneur—who can scheme on his yacht all August if he likes—but a protection for the poor worker he employs, is not something that occurs to the Cadillac mind. (If you want to understand why the rest of the world likes to watch Americans lose, this ad explains it all.) Adam Gopnik
"There are plenty of things to celebrate about being American, but being possessed by a blind mania for working yourself into the ground, buying more stuff and mocking people in other countries just isn’t one of them. The Huffington Post
Why are we looking to Europe for guidance? They take the month of August off, there’s 14% unemployment, they’re welfare states. They sit around and they move at a leisurely pace. They can’t defend themselves. They rely on us for that. What in the world is there to model ourselves after? … Oh, man, I’ll tell you, they look at this as an assault on Europe. They look at it as an assault on sidewalk cafes, Starbucks and this kind of thing. They look at it as an assault on their lifestyle. Remember, these are the people telling us that you are liberated when you get fired. You’re liberated when you lose your job because now you don’t have to do some stupid job to have health care because the government will give it to you. You don’t have to work anymore. That’s where they come from. Yeah, you can finally go discover the inner artist in you, and you now can join the legion of great human beings who have painted. You can be one of them, not tied to some silly job … But that’s the lifestyle, that’s sophistication, you see. Sophistication is, work? I’ll do what I have to. I’m gonna really devote myself to what’s important. I’m going to go paint. Then I’m gonna go visit a museum. After I visit the museum, then I’m gonna go to the art gallery, and after I finish the art gallery, I’m gonna head over back to the espresso cafe. When I finish there I’m gonna head to the real bar and I’m gonna have a couple shots, maybe some white wine, maybe some Camembert. When I finish there, I’m then gonna go to the craft show at the local community center where I’m gonna learn how to knit and sew and knit and peel and whatever, and then I’m gonna go home and I’m gonna water my garden. And right before I go to bed, I’m gonna add to the poem I’ve been writing for the past month. Yes, I’ll work on my poetry. When I finish my poetry, I will then retire and go to bed. And when I awaken, I will get up, and I will hate the fact that the first part of my day is a job where I’m going to be exploited by some evil capitalist. But I’ll go do it anyway so that when it’s over I can stroll back to the espresso bar and maybe while I’m at the espresso bar, I’ll dream of inventing the flying car, and I’ll write it and scribble it out there on my Microsoft Surface, because I don’t want to the best, the iPad. No. And then I just repeat the cycle. I’ll go to a different museum and I’ll go see different displays, exhibits and so forth. That’s sophistication. That is what we should aspire to. All this hard-work stuff, what a crock. If you do work, by the way, if you do get sucked in, make sure you work for a nonprofit. In fact, the best thing you, make sure you run a nonprofit. That way you can really get paid for not doing anything. That way you’re not working for some enterprise devoted to the evil of profit. No, you’re working for a nonprofit. You will live off what other people give you and you will claim that you are better people, because you have not been soiled by the poisons of capitalism. There isn’t any profit or loss in what you do. You’re interested in public service. Then, when you finish that, it’s to the soup kitchen and the homeless shelter, just to look in, just to see that people are there, and you’ll feel great about yourself because you care. And then you’ll demand the rich pay higher taxes so that the soup kitchen doesn’t close … Here’s the thing about hard work. Hard work is hard — and, by the way, folks, not everybody loves their work. This commercial is an indication of what can happen if you work hard, even though you may not like it. But you know what this commercial really is? By the way, this commercial was originally not for an electric car. They made this ad about an electric car to try to soften the blow so it would offend these leftist wackos less. Rush Limbaugh

Cachez ce rêve américain que je ne saurai voir !

Alors qu’au pays aux éternels trois millions de chomeurs, un jeune entrepreneur  et l’organe de presse qui publiait sa tribune libre se voient assigner en justice pour avoir osé remettre en question les méthodes anticoncurrentielles d’une compagnie de taxis …

Et qu’à la suite d’un président du Très Grand Capital recordman toutes catégories des levées de fonds et des dépenses de campagne et avec le nouvel assouplissement des règles que vient de voter la Cour suprême, des parlementaires américains toujours plus riches vont pouvoir, démocrates en tête, s’enrichir un peu plus …

Comment s’étonner de la belle unanimité du tollé qu’a suscité, chez les têtes pensantes des deux côtés de l’Atlantique, la véritable ode au rêve américain et à l’éthique du travail qu’avait lancée Cadillac sur les petits écrans en février dernier pour vendre sa nouvelle berline ?

Où, au prix d’un double contresens confondant matérialisme et accomplissement personnel et critiquant la conversion d’une entreprise à l’écologie qui aurait dû les séduire (la berline est en fait hybride-électrique), nos professionnels de la nouvelle police de la pensée politiquement correcte se ruent comme un seul homme  sur le chiffon rouge de l’image d’une Amérique à nouveau fière d’elle-même

Dans une pub il est vrai où, contrairement à l’habile parodie qu’en a fait aussitôt après son concurrent Ford pour vendre sa propre voiture électrique (avec femme noire, comme il se doit, modèle de modestie et de bonne conscience écologique), la vénérable compagnie au nom si mythiquement français choisissait pour l’incarner un acteur blond et bien dans sa peau, étalant sans vergogne sa réussite et celle de son pays tout en taclant au passage les quatre semaines de congés payés d’un pays pourtant, du moins pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail, des plus productifs  …

La pub anti-Français de Cadillac
Le Nouvel Observateur
11-04-2014

Le dernier spot de la marque de luxe laisse entendre que les Français sont des paresseux passant leur temps à se délecter des congés payés. Charming.

Les publicités pour voiture ne font pas toujours preuve d’une grande finesse. C’est le cas du dernier spot de Cadillac.

Tout commence sur fond de grosse maison américaine. Un homme, dénommé Nel McDonough, se tient devant la piscine, et pose une question existentielle : "Pourquoi travaillons-nous autant ?" "Pour tout ça", dit-il en traversant sa villa, "pour toutes ces choses matérielles".

"Dans d’autres pays, ils rentrent chez eux tôt, s’arrêtent au café et prennent des vacances tout le mois d’août", poursuit-il.

Ce "nous", ce sont bien sûr les Américains, et les "autres pays", la France avec ses 35 heures, ses congés payés et ses bistrots à tous les coins de rue.

Nel McDonough ne lésine sur aucun argument pour démontrer le caractère "ambitieux" et "acharné" des Américains dont les Français seraient dépourvus : Neil Armstrong et les premiers pas sur la lune, Bill Gates… Dans son costume gris des plus chics, Nel McDonough pour finir débranche son bolide électrique en déclarant que la vie, finalement, "c’est assez simple. Vous travaillez dur, vous créez vos propres chances, vous devez croire que tout est possible. Et tous ces biens ? C’est l’avantage de ne prendre que deux semaines de vacances en août".

Et de conclure par un clin d’œil "N’est-ce pas ?". En français bien sûr.

Voir aussi:

L’affligeante pub anti-française de Cadillac
La marque de General Motors propose dans un spot une vision caricaturale de Français forcément paresseux.
Marc Naimark
Slate
11/04/2014

Il est vaguement ironique qu’une marque automobile qui tire son nom du fondateur français du Fort Ponchartrain, devenu la ville de Detroit, décide de faire du French-bashing. Ah oui, ces Frogs, ces cheese-eating surrender monkeys, connus pour leur paresse, les 35 heures, la déconnexion de leurs mails professionnel à 18h et les quatre semaines passées à bronzer parmi les coquillages et crustacés en août! Quelle différence avec ces Yankees travailleurs, se délectant des heures passées à tout faire sauf ne rien faire.

C’est justement le trait de caractère qu’utilise Cadillac, la gamme de luxe de General Motors, qui tire son nom d’un certain Antoine Laumet de La Mothe, sieur de Cadillac, dans une pub télé pour son modèle ELR mettant en scène l’acteur Neil McDonough (Frères d’armes, Desperate Housewives, etc.).

Dans ce spot, McDonough se promène de sa belle piscine vers sa non moins belle villa, de la superbe cuisine de celle-ci vers son vaste salon, en nous posant une question existentielle: pourquoi travaille-t-on autant? Pour tous ces biens matériels? Pour une marque de luxe, il va de soi que la réponse, après un discours un peu erratique sur la folie américaine, sera «oui».

«N’est-ce pas?» en français dans le texte

Durant ce plaidoyer en faveur du matérialisme, McDonough oppose aux Américains «d’autres pays» (en fait, la France) où, après le boulot, on se prélasse à la terrasse d’un café, où l’on passe tout le mois d’août en vacances, où l’on sait apprécier la vie.

Ceux-là méprisent les Américains ambitieux et acharnés au travail en les traitant de fous. Mais les frères Wright, pionniers de l’aviation, n’étaient-ils pas fous? N’était-ce pas fou d’aller sur la Lune et d’y retourner plusieurs fois avant de s’en ennuyer, laissant des bagnoles là-haut, sûrs que les seuls capables d’y retourner seront des Américains (surtout, ne le dites pas aux Chinois…)?

McDonough rentre dans son dressing et ressort en costume, prêt à sortir débrancher le bolide électrique à générateur intégré garé devant sa villa, en concluant:

«Les biens matériels, c’est le bon côté de ne prendre que quinze jours de vacances.»

Avec comme conclusion, un «N’est-ce pas?» évidemment en français dans le texte.

Effort pour un monde meilleur

A la caricature du Français qui sait vivre mais qui ne connaîtra jamais le plaisir d’avoir autant de choses que l’Américain, Ford, dans une nouvelle pub qui répond à celle de Cadillac, vient d’opposer une autre vision. Le spot met en scène, non pas un acteur, mais une personne réelle, Pashon Murray, la fondatrice de Detroit Dirt, entreprise du secteur social et solidaire qui récupère les déchets pour les transformer en compost destiné aux fermes urbaines d’une Detroit dépeuplée.

Dans cette pub, calque exacte de celle de Cadillac mais pour une voiture électrique bien plus modeste, Murray propose une troisième voie: ni paresse ni obsession accumulatrice, mais l’effort pour un monde meilleur.

La pub Cadillac se voulait provocatrice et clivante. General Motors prétend que les réactions étaient largement en sa faveur, mais a néanmoins choisi de ranger ce spot au placard après l’avoir diffusé massivement lors des JO de Sotchi, au profit de spots Internet destinés à mettre en évidence les avantages d’une voiture électrique et les autres innovations luxo-technologiques de l’ELR.

Si cette pub a «marché», c’est sans doute parce qu’elle conforte des Américains qui travaillent sans relâche pour acheter des maisons plus grandes où ils ne passent que très peu de temps, pour se procurer de nouveaux objets électroniques qu’ils n’ont presque pas le temps d’utiliser, pour acheter plein de jouets à leurs enfants qu’ils ne voient jamais. Neil McDonough les rassure: ça va, c’est bien de travailler autant, vous aurez une Cadillac à la fin!

Pour les 80% d’Américains qui n’auront jamais les moyens de payer plus de 75.000 dollars une voiture, les heures sans fin, c’est pour payer les assurances santé, la garde d’enfant, un logement dans un quartier avec des écoles un peu moins pourries qu’ailleurs. Et peut-être la voiture électrique de Ford, vendue moitié moins cher que l’ELR.

Une vision d’un monde où le travail n’est ni égoïstement honni, ni égoïstement adulé, mais tout simplement une voie vers un monde meilleur. Et c’est sans doute cette vision à laquelle adhéreraient les Français, les vrais, pas les faire-valoir caricaturaux de ce spot plutôt affligeant.

Voir également:

Cadillac lance une campagne de pub « anti-France »
Romain Pomian-Bonnemaison
Terrafemina
12 avril 2014

La marque de voiture Cadillac a choisi de centrer sa dernière campagne de pub sur ce qui fait des Etats-Unis un si grand pays… surtout par rapport au « farniente » à la française. N’hésitant pas à faire passer les français pour des flemmards parce qu’il se prendraient « un mois de vacances en août », la publicité qui n’en est pas à une contradiction près – en fait presque oublier le produit qu’elle essaie de vendre. Sans vraiment faire dans la finesse.

« Dans d’autres pays, ils travaillent, reviennent à la maison en s’arrêtant au café, ils prennent leur mois d’août – en entier », répète, insondable, l’acteur Neal McDonough (Desperate Housewives, Frères d’Armes, Minority Report…). Après tout un laïus sur le matérialisme, véritable sens de l’existence (avoir une piscine, par exemple, est dépeint comme un objectif de vie suprême), la publicité se conclut par un « N’est-ce pas ? » en français dans le texte – histoire de bien souligner que les « autres pays », ça veut bien dire la France. Pour la petite histoire, le nom de l’entreprise, Cadillac, fait référence au gascon Antoine de Lamothe-Cadillac, fondateur de la ville de Détroit en 1701 – une contradiction certes vague, mais non moins intéressante.

Quel est le message de Cadillac ?

Dans le détail, les poncifs véhiculés par cette publicité sont affligeants. Comme le relève Slate, les Etats-Unis, dépeints en creux, sont des maîtres incontestés dans tous les domaines – quitte à dire de belles âneries comme sur la conquête de la Lune, où il oublie que les Russes et les Chinois ont eux aussi déposé des véhicules… Et de conclure par cette phrase pas très illuminée: « Les biens matériels, c’est le bon côté de ne prendre que quinze jours de vacances », suivi de « N’est-ce pas ? ».

Voir encore:

Ford surfe sur le bad buzz de Cadillac pour sa dernière pub

maitesavin
Meltybuzz
31/03/2014
Alors que la dernière campagne de Cadillac faisait l’objet d’un bad buzz, la marque de voiture Ford a décidé de surfer sur ce bad buzz pour le tourner à son avantage en reprenant la pub au plan près !

La parodie de Cadillac par Ford

Après le bad buzz de la pub de Cadillac, Ford a retourné la situation à son avantage. En effet, en février dernier, l’acteur Neal McDonough (Dave Williams, mari d’Edie Britt dans la saison 5 de Desperate Housewives) incarnait le rêve américain matérialiste et libéral afin de promouvoir l’ELR, la berline électrique de Cadillac. Cette campagne n’avait pas fait l’unanimité et a même été qualifiée de "cauchemar". C’est alors que Team Detroit, l’agence de pub travaillant pour la marque de voitures Ford, a décidé de prendre cette pub à contre pied. Surfant sur le bad buzz qu’elle a déclenché, elle reprend plan par plan la campagne de Cadillac remplaçant l’acteur blond par l’Afro-américaine Pashon Murray. Rien ne change sauf le discours. Cette dernière porte des bottes et un pantalon de jardin et explique son mode de vie écologique, tourné vers la Terre et les autres avec sa fondation Detroit Dirt. Contrairement à Cadillac, la jeune femme ne parle en aucun cas de sa réussite, de sa richesse en vantant la suprématie américaine et taclant les 5 semaines de congés payés français. Non, Ford a su garder un discours modeste et a bien su se servir de Cadillac pour promouvoir sa propre voiture électrique !

Voir de même:

Les Français ne sont pas assez productifs: info ou intox?

Louis Gallois estime que la productivité ne croît plus suffisamment en France. Pourtant, la France a une productivité horaire des plus élevées. Mais travaille moins d’heures que ses voisins. Décryptage.

Emilie Lévêque

L’Expansion

09/11/2012

Et si le manque de compétitivité de la France n’était pas seulement dû au coût du travail trop élevé, mais à un déficit de productivité des salariés? C’est en tout cas ce pense Louis Gallois. "Il y a un vrai problème de la productivité du travail en France", a déclaré ce vendredi sur BFM Business l’ancien patron du groupe aéronautique EADS, auteur du rapport sur la compétitivité des entreprises françaises. "La productivité horaire française reste forte, le problème, c’est qu’elle ne croît plus au rythme souhaitable", a-t-il poursuivi soulignant qu’elle augmentait à un rythme de "0,8% par an". "C’est insuffisant", pour l’industriel.

N’en déplaise à Louis Gallois, la croissance de la productivité horaire française est bien plus élevée que 0,8%: +1,3% en 2011 selon l’OCDE, + 1,4% selon l’Insee. Certes, en comparaison, la productivité horaire des Allemands a augmenté de 1,6% sur la même période, et de 1,5% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Mais la productivité horaire d’un Français est parmi les plus élevée des pays industrialisés: 57,7 dollars en 2011 contre 55,3 dollars pour un Allemand et 44 dollars en moyenne dans les pays de l’OCDE. Seuls les Américains (60,3 dollars), les Norvégiens (81,5 dollars), les Néerlandais (59,8 dollars), les Luxembourgeois (78,9), les Irlandais (66,4) et les Belges (59,2) sont plus productifs. Quant à la productivité globale – la valeur ajoutée brute -, elle a augmenté de 2,7% l’an dernier, à 1789 milliards d’euros.
Louis Gallois contraint de retirer ces préconisation sur le temps de travail?

Ce n’est donc peut-être pas tant un problème de productivité horaire, que dénonce Louis Gallois, mais de nombre d’heures travaillées. Parmi les nombreuses informations qui ont fuité sur ce que proposerait le rapport Gallois, il y a eu, en octobre, celle du Parisien sur la suppression des 35 heures. Le Commissariat général à l’investissement avait aussitôt démenti. Et de fait, il n’y a aucune mention à la durée du travail dans le rapport remis le 6 novembre au Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Etrange, car toutes les autres fuites de presse se sont révélées exactes – sur l’allègement de charges sociales de 30 milliards d’euros, sur l’exploration du gaz de schiste, etc. Louis Gallois aurait-il été contraint de retirer cette proposition de supprimer les 35 heures? C’est ce qu’il dit à demi-mots: il a été obligé "de se cantonner à un certain nombre de sujets", explique-t-il sur BFM.

Il est toutefois faux de croire que les Français ne travaillent que 35 heures par semaine: heures supplémentaires comprises, la durée hebdomadaire de travail des salariés à temps complet était, en 2011, de 39,5 heures (52,7 heures pour les non salariés). Certes, c’est moins que les Allemands (40,4 heures en moyenne par semaine) et que l’ensemble des Européens (40,4 heures). Mais, au total en 2011, les Français ont travaillé 1475 heures selon l’OCDE, contre 1411 heures pour les Allemands! Car si l’Allemagne n’a pas réduit le temps de travail des salariés à temps plein, elle a en revanche massivement développé le temps partiel.

Reste que les Français ont des marges de progression: la moyenne en zone euro est de 1573 heures de travail par an, et de 1775 heures dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ceux qui travaillent le plus sont les Mexicains (2250 heures par an) et les Sud-Coréens (2193 heures par an).

Voir par aussi:

Relax! You’ll Be More Productive
Tony Schwartz
February 9, 2013

THINK for a moment about your typical workday. Do you wake up tired? Check your e-mail before you get out of bed? Skip breakfast or grab something on the run that’s not particularly nutritious? Rarely get away from your desk for lunch? Run from meeting to meeting with no time in between? Find it nearly impossible to keep up with the volume of e-mail you receive? Leave work later than you’d like, and still feel compelled to check e-mail in the evenings?

More and more of us find ourselves unable to juggle overwhelming demands and maintain a seemingly unsustainable pace. Paradoxically, the best way to get more done may be to spend more time doing less. A new and growing body of multidisciplinary research shows that strategic renewal — including daytime workouts, short afternoon naps, longer sleep hours, more time away from the office and longer, more frequent vacations — boosts productivity, job performance and, of course, health.

“More, bigger, faster.” This, the ethos of the market economies since the Industrial Revolution, is grounded in a mythical and misguided assumption — that our resources are infinite.

Time is the resource on which we’ve relied to get more accomplished. When there’s more to do, we invest more hours. But time is finite, and many of us feel we’re running out, that we’re investing as many hours as we can while trying to retain some semblance of a life outside work.

Although many of us can’t increase the working hours in the day, we can measurably increase our energy. Science supplies a useful way to understand the forces at play here. Physicists understand energy as the capacity to do work. Like time, energy is finite; but unlike time, it is renewable. Taking more time off is counterintuitive for most of us. The idea is also at odds with the prevailing work ethic in most companies, where downtime is typically viewed as time wasted. More than one-third of employees, for example, eat lunch at their desks on a regular basis. More than 50 percent assume they’ll work during their vacations.

In most workplaces, rewards still accrue to those who push the hardest and most continuously over time. But that doesn’t mean they’re the most productive.

Spending more hours at work often leads to less time for sleep and insufficient sleep takes a substantial toll on performance. In a study of nearly 400 employees, published last year, researchers found that sleeping too little — defined as less than six hours each night — was one of the best predictors of on-the-job burn-out. A recent Harvard study estimated that sleep deprivation costs American companies $63.2 billion a year in lost productivity.

The Stanford researcher Cheri D. Mah found that when she got male basketball players to sleep 10 hours a night, their performances in practice dramatically improved: free-throw and three-point shooting each increased by an average of 9 percent.

Daytime naps have a similar effect on performance. When night shift air traffic controllers were given 40 minutes to nap — and slept an average of 19 minutes — they performed much better on tests that measured vigilance and reaction time.

Longer naps have an even more profound impact than shorter ones. Sara C. Mednick, a sleep researcher at the University of California, Riverside, found that a 60- to 90-minute nap improved memory test results as fully as did eight hours of sleep.

MORE vacations are similarly beneficial. In 2006, the accounting firm Ernst & Young did an internal study of its employees and found that for each additional 10 hours of vacation employees took, their year-end performance ratings from supervisors (on a scale of one to five) improved by 8 percent. Frequent vacationers were also significantly less likely to leave the firm.

As athletes understand especially well, the greater the performance demand, the greater the need for renewal. When we’re under pressure, however, most of us experience the opposite impulse: to push harder rather than rest. This may explain why a recent survey by Harris Interactive found that Americans left an average of 9.2 vacation days unused in 2012 — up from 6.2 days in 2011.

The importance of restoration is rooted in our physiology. Human beings aren’t designed to expend energy continuously. Rather, we’re meant to pulse between spending and recovering energy.

In the 1950s, the researchers William Dement and Nathaniel Kleitman discovered that we sleep in cycles of roughly 90 minutes, moving from light to deep sleep and back out again. They named this pattern the Basic-Rest Activity Cycle or BRAC. A decade later, Professor Kleitman discovered that this cycle recapitulates itself during our waking lives.

The difference is that during the day we move from a state of alertness progressively into physiological fatigue approximately every 90 minutes. Our bodies regularly tell us to take a break, but we often override these signals and instead stoke ourselves up with caffeine, sugar and our own emergency reserves — the stress hormones adrenaline, noradrenaline and cortisol.

Working in 90-minute intervals turns out to be a prescription for maximizing productivity. Professor K. Anders Ericsson and his colleagues at Florida State University have studied elite performers, including musicians, athletes, actors and chess players. In each of these fields, Dr. Ericsson found that the best performers typically practice in uninterrupted sessions that last no more than 90 minutes. They begin in the morning, take a break between sessions, and rarely work for more than four and a half hours in any given day.

“To maximize gains from long-term practice,” Dr. Ericsson concluded, “individuals must avoid exhaustion and must limit practice to an amount from which they can completely recover on a daily or weekly basis.”

I’ve systematically built these principles into the way I write. For my first three books, I sat at my desk for up 10 hours a day. Each of the books took me at least a year to write. For my two most recent books, I wrote in three uninterrupted 90-minute sessions — beginning first thing in the morning, when my energy was highest — and took a break after each one.

Along the way, I learned that it’s not how long, but how well, you renew that matters most in terms of performance. Even renewal requires practice. The more rapidly and deeply I learned to quiet my mind and relax my body, the more restored I felt afterward. For one of the breaks, I ran. This generated mental and emotional renewal, but also turned out to be a time in which some of my best ideas came to me, unbidden. Writing just four and half hours a day, I completed both books in less than six months and spent my afternoons on less demanding work.

The power of renewal was so compelling to me that I’ve created a business around it that helps a range of companies including Google, Coca-Cola, Green Mountain Coffee, the Los Angeles Police Department, Cleveland Clinic and Genentech.

Our own offices are a laboratory for the principles we teach. Renewal is central to how we work. We dedicated space to a “renewal” room in which employees can nap, meditate or relax. We have a spacious lounge where employees hang out together and snack on healthy foods we provide. We encourage workers to take renewal breaks throughout the day, and to leave the office for lunch, which we often do together. We allow people to work from home several days a week, in part so they can avoid debilitating rush-hour commutes. Our workdays end at 6 p.m. and we don’t expect anyone to answer e-mail in the evenings or on the weekends. Employees receive four weeks of vacation from their first year.

Our basic idea is that the energy employees bring to their jobs is far more important in terms of the value of their work than is the number of hours they work. By managing energy more skillfully, it’s possible to get more done, in less time, more sustainably. In a decade, no one has ever chosen to leave the company. Our secret is simple — and generally applicable. When we’re renewing, we’re truly renewing, so when we’re working, we can really work.

Tony Schwartz is the chief executive officer of The Energy Project and the author, most recently, of “Be Excellent at Anything.”

Voir également:

Cadillac Clears Up ‘Misconceptions’ About Contentious ‘Poolside’ Ad
But Expect Debate to Keep Raging After Oscar Airing
Michael McCarthy
Ad age
March 01, 2014. 31

"Why do we work so hard? For what? For this? For stuff?" asks actor Neal McDonough as he gazes out over his pool in new Cadillac’s TV commercial before delivering a dissertation on the American Dream.

With that, the actor begins the controversial 60-second spot Cadillac that will air both before and during ABC’s broadcast of the Academy Awards this Sunday night.

The "Poolside" spot created, by ad agency Rogue, is intended to serve as a "brand provocation," according to Craig Bierley, Cadillac’s advertising director. Consider it mission accomplished.

The spot for the new Cadillac ELR has provoked extreme reactions since its debut during NBC’s broadcast of the Opening Ceremony of the 2014 Sochi Winter Olympics

Fans on the political right see "Poolside" as an unapologetic ode to American values. Critics on the political left see it as Ugly American chest thumping at its worst. During a time when Americans are working harder and longer for less money, others question the spot’s perceived workaholic message.

Fox Business News contributor Jonathan Hoenig, a founding member of the Capitalistpig hedge fund, praised "Poolside" as a "tremendous" celebration of profit-seeking, productivity and, yes, enjoyment of material goods.

"Those are considered very declasse these days, very down. So here’s a wonderful ad that actually celebrates America," Mr. Hoenig said.

But Fox Business host Neil Cavuto worried "Poolside" feeds the negative perception of the richest 1% as smug, rich bastards who are contemptuous of everyone else. It also takes chutzpah for GM, a company bailed out by American taxpayers, to preach self-reliance, Mr. Cavuto wryly noted.

Other critics have attacked the spot more bluntly. The Huffington Post declared: "Cadillac made a commercial about the American Dream — and it’s a Nightmare." Wrote Carolyn Gregoire: "The luxury car company is selling a vision of the American Dream at its worst: Work yourself into the ground, take as little time off as possible, and buy expensive sh*t (specifically, a 2014 Cadillac ELR)."

Washington Post contributor Brigid Schulte "groaned" at the sight of a "middle-aged white guy" extolling the "virtues of hard work, American style," while strolling around his fancy house, pool and $75,000 electric car.
Ad Age DataCenter
11.5% Experiential marketing

U.S. revenue growth for experiential/event-marketing agencies in Ad Age’s Agency Report 2013. Check out the full report and rankings.
Learn more

Advertising Age interviewed Cadillac’s Mr. Bierley on the strong reaction to the spot. He said the spot’s been "misconstrued" by some viewers. He wanted to set the record straight. Among the misperceptions:
Craig Bierley Craig Bierley

It’s aimed at the richest 1%
Not so, says Mr. Bierley. Rather than millionaires, the spot’s targeted at customers who make around $200,000 a year. They’re consumers with a "little bit of grit under their fingernails" who "pop in and out of luxury" when and how they see fit, he said. "These are people who haven’t been given anything. Every part of success they’ve achieved has been earned through hard work and hustle. . . . One of the ways they reward themselves for their hard work is through the purchase of a luxury car," he said.

It’s about materialism
Go back and watch the beginning, said Mr. Bierley. Right up front, Mr. McDonough dismisses the idea the reason American work so hard is to buy "stuff." What he’s really saying is that Americans work hard because that’s what they love to do. Luxury cars and other expensive goodies are a byproduct of success; not the objective.

"It’s basically saying hard work creates its own luck. In order to achieve it, you just have to believe anything’s possible. You have to believe in yourself, you have to believe in possibilities. It’s really about optimism. It’s really a fundamental human truth: optimism about creating your own future. It’s not about materialism."

It’s a "Buy American" spot
That’s wrong too. Mr. McDonough references the U.S. moon landing, Bill Gates and the Wright Brothers because the ad is only designed to run in the U.S., not overseas. If "Poolside" was designed as a global ad, the references would be more global.

Cadillac does not want to "guilt" people into buying an American rather than a European luxury car, said Mr. Bierley. "The last thing in the world we want to do is comes across as: ‘It’s your duty to buy an American car.’ I don’t think anybody wakes up wanting to hear that. . . . The strategy was really to play off the consumer insights around this notion of achievement earned through hard work and hustle — and celebrating that. Since it’s a U.S.-based spot, we used metaphors to talk about other people who received their success through hard work."
Advertisement

It celebrates the USA’s workaholic culture
Reaction is running about 3-1 in favor of the spot with the young consumer audience on YouTube, said Mr. Bierley. But some people are offended at the perceived workaholic message when millions of people are out work and others are just getting by. Again, that’s not what Cadillac intended, Mr. Bierley said.

"We’re not making a statement saying, ‘We want people to work hard.’ What we’re saying is that hard work has its payoffs. Find something you love to do, do it incredibly well and there’s a reward for that. Whether its personal satisfaction, whether its fulfillment, whether that’s money."

It was created for the Olympics, when nationalism runs high
Wrong, said Mr. Bierley. Instead, Rogue found and cast Mr. McDonough in an early version of the spot that they used to pitch and ultimately win Cadillac’s $250 million creative account last year. Cadillac and Rogue later went back and remade the spot with Mr. McDonough to create the version on-air now. "We just liked his attitude," said Mr. Bierley about the character actor who’s starred on HBO’s "Band of Brothers" and other shows.

It’s a dissertation on American values
Sure, said Mr. Bierley. But what people forget is that still just a car ad. What made Cadillac happiest is consumers recognize ELR as an electric car — although Mr. McDonough never states that explicitly. "It’s sparked an interesting and thought-provoking debate," said Mr. Bierley.

Voir encore:

The Super Bowl Farmers
Victor Davis Hanson
February 13th, 2013

Chrysler’s Super Bowl Ram Truck commercial praising the American farmer was an unexpected big hit and is still being replayed around the country on talk radio. Rich Lowry and Peggy Noonan both contrasted the authenticity of that commercial fantasy with the falsity of the real event.

And why not? Even if the clip was a bit corny and overdone, the late Paul Harvey was a masterful throaty narrator in the romantic age before the onset of America’s now ubiquitous metrosexual nasal intonation. Harvey just didn’t sound different from the present generation, but from what we suspect, he sounded different from most generations to come as well. One reason that our age cannot make a Shane, High Noon, or The Searchers is that most of our suburban Hollywood actors cannot even fake the accent of either the frontier or the tragic hero anymore. When Tommy Lee Jones and Robert Duvall go, so goes too the last link to the cinema’s Westerner. There are no more voices like Slim Pickens or Ben Johnson. One of the successes of the commercial is that the photographed farmers did not speak, and left the impression of mute superiority.

It was not just Harvey’s mid-20th century voice that intrigued millions, but his unapologetic praise of the farmer’s work ethic, religiosity, and family values that he implied were at the core of American greatness, and were shared by all sorts of other American originals: the truck driver, the steel worker, or waitress whom we now all praise and yet prep our children not to be. We suspect that our kids would be better off at forty for spending a summer on a tractor at fifteen, but we just can’t seem to risk the loss of a season’s computer camp or eco-camp in the bargain.

The commercial’s platitudes were cleverly juxtaposed with grainy pictures of un-Botoxed people doing real physical work and in concert with each other, using big machines, and looking the worse for wear from it. True or not, we at least were to believe that no one in those still shots had hair plugs, bleached teeth, or faux tans in the manner of our vice president, who tries so hard to be an oh-so-authentic “Joey.” In that regard, Clint Eastwood’s resonance hinges in part on the fact that his lined and craggy face does not resemble what has happened to Sylvester Stallone’s, and he did not engage in the sort of embarrassing, obsequious fawning about George Bush that a Chris Rock or Jamie Foxx has monotonously done about Barack Obama. Americans still admire authenticity, and that too explains the later YouTube popularity of the commercial. When the Obama team released pictures of Obama “skeet shooting” or with a furrowed brow following in real time the ongoing shooting and killing in Benghazi, we knew it was all show, all Dukakis in a tank. The only thing worse than being cut off from the premodern world is faking participation in it.

I suppose the images resonated in 2013 in a way that they would have seemed passé in 1950, but not just because farmers then were about 15% of the population and now make up less than 1%, and so currently earn the added intrigue accorded to vanishing in the manner of the rhino or blue whale. The commercial instead was mostly a hit because of the sharp contrast, not just with the Petronian spectacle of today’s Super Bowl extravaganza, but also with the general tenor of the times of 2013 in particular.

Voir aussi:

Advertisers Pitching to Americans Yearning to Feel Confident Again
Jim Geraghty
National Review

March 5, 2014

Beyond the Russia and Alan Grayson news in today’s Morning Jolt . . .

Advertisers Pitching to Americans Yearning to Feel Confident Again

Take a look at three of the biggest, most-discussed television ads of the past year or so.

First, Ram Trucks’ “God Made a Farmer” ad from the Super Bowl last year:

Then the Coke ad from the Super Bowl this year:

I know there were some folks who watched the Coke ad and perceived the message, “America isn’t just for English-speakers! Embrace the polyglot, you ethnocentric hicks!” But it’s just as easy, or easier, to look at the ad and see the message that all across the globe, in every tongue, people find America, and its freedoms, cultures, and traditions beautiful.

Then the latest ad to make a splash, no pun intended, is Cadillac’s “Poolside”:

Ad Age summarizes the reaction:

“Why do we work so hard? For what? For this? For stuff?” asks actor Neal McDonough as he gazes out over his pool in new Cadillac’s TV commercial before delivering a dissertation on the American Dream.

With that, the actor begins the controversial 60-second spot Cadillac that will air both before and during ABC’s broadcast of the Academy Awards this Sunday night.

The “Poolside” spot created, by ad agency Rogue, is intended to serve as a “brand provocation,” according to Craig Bierley, Cadillac’s advertising director. Consider it mission accomplished.

Fox Business News contributor Jonathan Hoenig, a founding member of the Capitalistpig hedge fund, praised “Poolside” as a “tremendous” celebration of profit-seeking, productivity and, yes, enjoyment of material goods.

“Those are considered very declasse these days, very down. So here’s a wonderful ad that actually celebrates America,” Mr. Hoenig said.

But Fox Business host Neil Cavuto worried “Poolside” feeds the negative perception of the richest 1% as smug, rich bastards who are contemptuous of everyone else. It also takes chutzpah for GM, a company bailed out by American taxpayers, to preach self-reliance, Mr. Cavuto wryly noted.

What’s the theme tying together all three of these?

Americans desperately want to feel good about their country again.

The farmer in the Ram Trucks ad is what we think we once were, and want to still be: hard-working, reliable, honest, filled with determination and integrity. The Coke ad actually begins with a cowboy who would fit in the Ram Truck ad, but moves on to break-dancing kids, a family visiting the Grand Canyon, a big (Hispanic?) family settling in for dinner, folks wobbling at a roller rink and laughing at themselves. That ad shows that we’re warm and welcoming, close to our families, spending quality time with our kids who aren’t sitting in front of a video-game console or staring at the screen of their phone.

And then Neal McDunough — “Hey, it’s that guy from Band of Brothers and Captain America!” — comes along and stabs a needle of adrenaline and confidence into our heart. He chuckles about other countries sitting at cafes and taking August off. He walks past his kids, who are doing their homework, with one appearing to be working on a model of DNA. He explains that “we’re crazy, driven, hard-working believers,” and high-fives his younger child, who obviously has already absorbed this cheerful, confident philosophy. He’s got a gorgeous house with a pool, happy, bright kids, a good-looking wife who reads the Wall Street Journal after he does, and he looks good in a suit. He’s got spring in his step. The world is his oyster, and he says it’s America’s oyster, too, because “you work hard, you create your own luck, and you’ve got to believe anything is possible.”

We want to be that guy. Or we want to believe we could be that guy if we tried. Or perhaps put even clearer, we want to believe we have the opportunity to be that guy, whether or not we actually want to pursue that life, that house, that lifestyle, and drive that car.

UPDATE: A reader reminds me that Mike Rowe’s ad for Walmart fits in this theme as well:

Most companies test their ads extensively with focus groups. The folks in those focus groups must be bursting at the seams for a message that America can be great again. Are the potential 2016 contenders hearing this?

Liberals Outraged by Cadillac Ad
Rush Limbaugh
March 06, 2014

RUSH: Have you seen, ladies and gentlemen, the new Cadillac commercial for their new electric car? (interruption) You haven’t?  It features the actor Neal McDonough.  Do you watch Justified? (interruption) Well, Neal McDonough was in Justified two years ago.  He’s got this baby-shaped head, blue eyes, short, blond hair.  He can play the nicest next-door neighbor or the evilest villain you’ve ever found.

He is the actor in this commercial.  The left hates this commercial.  There are caustic posts on leftist websites, and even mainstream news sites, Huffing and Puffington Post. They’re outraged over the Cadillac ad!  If you’ve seen it, you might know why.

RUSH:  Let’s get to the Cadillac commercial.  There’s a headline here at the Huffing and Puffington Post.  It’s by a woman named Carolyn Gregoire, and I don’t know she pronounces it that way.  G-r-e-g-o-i-r-e, Gregoire, Gregoire. It’s probably Gregory, if I had to guess.  But anyway, headline: "Cadillac Made a Commercial About the American Dream, and it is a Nightmare."  This commercial has hit a nerve in the left that is such a teachable moment!

This commercial itself and the reaction to it by the left is all anyone needs know about what really has become of the Democrat Party and the American left.  The actor is Neal McDonough.  You’ve seen him in Justified.  He was in some other TV series that ran for four years.  I can’t think of the name of it right off the top of my head.  You’d recognize him if you saw him.  He’s playing the part here of a successful American male, who happens to own one of these new Cadillac electric cars.

RUSH: Here is the ad.  This is 43 seconds here. It’ll go by here pretty quickly and I’ll do the transcript myself when this is finished.

MCDONOUGH:  Why do we work so hard?  For what?  For this?  For stuff?  Other countries, they work, they stroll home, they stop by the cafe, they take August off.  Off.  Why aren’t you like that?  Why aren’t we like that?  Because we’re crazy, driven, hardworking believers.  Those other countries think we’re nuts.  Whatever.  Were the Wright Brothers insane?  Bill Gates? Les Paul? Ali?  Were we nuts when we pointed to the moon?  That’s right.  We went up there, and you know what we got?  Bored.  So we left.  It’s pretty simple.  You work hard, you create your own luck, and you gotta believe anything is possible.  As for all the stuff, that’s the upside of only taking two weeks off in August.  N’est-ce pas?

You don’t need stuff. You need to be the inner artiste, and while you piddle around and produce absolutely nothing, we will take care of you, and we will give you your health care while you explore your inner uselessness, and only dream about what you could be while looking at other people who are successful and instantly hating them.

RUSH: Have you seen, ladies and gentlemen, the new Cadillac commercial for their new electric car? (interruption) You haven’t? It features the actor Neal McDonough. Do you watch Justified? (interruption) Well, Neal McDonough was in Justified two years ago. He’s got this baby-shaped head, blue eyes, short, blond hair. He can play the nicest next-door neighbor or the evilest villain you’ve ever found.

He is the actor in this commercial. The left hates this commercial. There are caustic posts on leftist websites, and even mainstream news sites, Huffing and Puffington Post. They’re outraged over the Cadillac ad! If you’ve seen it, you might know why.

RUSH: Let’s get to the Cadillac commercial. There’s a headline here at the Huffing and Puffington Post. It’s by a woman named Carolyn Gregoire, and I don’t know she pronounces it that way. G-r-e-g-o-i-r-e, Gregoire, Gregoire. It’s probably Gregory, if I had to guess. But anyway, headline: "Cadillac Made a Commercial About the American Dream, and it is a Nightmare." This commercial has hit a nerve in the left that is such a teachable moment!

This commercial itself and the reaction to it by the left is all anyone needs know about what really has become of the Democrat Party and the American left. The actor is Neal McDonough. You’ve seen him in Justified. He was in some other TV series that ran for four years. I can’t think of the name of it right off the top of my head. You’d recognize him if you saw him. He’s playing the part here of a successful American male, who happens to own one of these new Cadillac electric cars.

RUSH: As for all the stuff, that’s the two weeks off in August. He also says in the ad about the moon, and we’re gonna be the first to go back. Now, the left is simply outraged because they perceived this to be an attack on Western European socialism. This is Cadillac. Remember what I’ve always told you about advertising? Advertising that works is advertising that properly, correctly takes the pulse of the people it is targeted to.

It takes the pulse of the American culture at that moment, that snapshot. So here you have Cadillac and their ad agency, and what are they using to sell this thing? The American dream, the old adages: Hard work, success, climbing the ladder. You just work hard and work hard, and you don’t think about vacations first. You think about your work. You find something you love, you go out and you do it.

And, yeah, you acquire stuff. There’s nothing wrong with acquiring stuff, and there’s nothing wrong with improving your lifestyle. The left is just livid. A pull quote from this Huffing and Puffington Post story: "a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

One of the things that liberals love to hate about America is wrapped up in that one sentence. Let me read it to you again. The pull quote from Carolyn Gregoire, the Huffington Post says, this Cadillac ad is "a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

If there’s one thing that this commercial misses and — well, not really. There’s a lot of Americans who can’t work anymore. There aren’t any jobs, no matter how hard you work. There are just some people that can’t find work, but Cadillac is targeting those who have jobs and are trying. You know, whatever you do, don’t feel guilty about climbing the ladder. Don’t feel guilty about improving your life.

Don’t feel guilty about wanting a Cadillac, an electric Cadillac.

Don’t feel guilty about this.

Why are we looking to Europe for guidance? They take the month of August off, there’s 14% unemployment, they’re welfare states. They sit around and they move at a leisurely pace. They can’t defend themselves. They rely on us for that. What in the world is there to model ourselves after? And the left is just loaded for bear. I’ll share with you further details from this piece. Here. Grab sound bite 18. Quickly we can squeeze it in. Here’s Robin Roberts on morning America today.

ROBERTS: Oh, my goodness. And what’s wrong with taking more than two weeks off? You’re made to be felt guilty because you’re not working hard?

RUSH: Yeah, yeah, yeah. That commercial, oh, wow! That makes you feel guilty if take more than two weeks off. That Cadillac commercial is making me feel guilty. I’m telling you, the left is afraid of that commercial. It’s such a teachable moment here.

RUSH: No. No, no, no, no. The point is, the left really is anti-American tradition. The left really does not believe in the all American dream. It’s not that they don’t even believe it; they advocate against it. That’s what this Cadillac hullabaloo illustrates and is all about. You know, we think we’re all in this together. We might have our disagreements, Democrats and Republicans, but we all want the same things. We don’t anymore.

There is not a singular American culture that’s oriented around growth and prosperity and individual achievement and success. That’s not what the Democrat Party’s about anymore. Their power base is not rooted in people like that. Their power base is rooted in the failures and victims of our society. And they are trying to create even more of them.

The enemy, as far as the Democrat Party and the American left are is concerned, the enemy are the successful, the enemy is those who are achieved. The enemy is the philosophy that undergirds the American dream. It’s called consumerism and capitalism and it’s supposedly void of any real meaning and no values. It’s just about who has more stuff and who has more money and who’s richer and all that, and they are full-fledged resentful of that.

Now, this has been building for 50 years. It didn’t just happen overnight, but to some people who are casual observers, it has happened overnight. We went from George Bush, who was a Republican for all intents and purposes as far as low-information voters are concerned, a conservative, and he won two elections. He loses, and within two years everything the country stood for is gone and finished. How did this happen? That’s what a lot of people are asking. How in the world did this happen overnight? And the answer is it hasn’t been happening overnight, or it didn’t.

It has been building for years, starting in first grade, kindergarten, all the way up through the university level, the anti-America dream speech, philosophy, the pro-Western, socialist view of things, the all-powerful state, the idea that people aren’t smart enough to take care of themselves, people aren’t capable of taking care of themselves, that people aren’t, on their own, able to make the right decisions. They not gonna spend their money right. They need people do that for them. Liberals, preferably in government, determining how people live and what decisions are made, and if they make the wrong ones, then we’ll penalize them.

It’s an amazing thing that a commercial has come along and shown this for what it is. So let me replay — and this is not the whole thing — the whole thing is 60. We cut it down to 45 seconds just for the essence, you know, brevity is the soul of wit. And this commercial literally has the left in a tizzy. I read it, folks. It’s my gig here. Show prep, I know no bounds. And I’m telling you that all over leftist blogs there is genuine rage over this. Here it is again.

MCDONOUGH: Why do we work so hard? For what? For this? For stuff? Other countries, they work, they stroll home, they stop by the cafe, they take August off. Off. Why aren’t you like that? Why aren’t we like that? Because we’re crazy, driven, hardworking believers. Those other countries think we’re nuts. Whatever. Were the Wright Brothers insane? Bill Gates? Les Paul? Ali? Were we nuts when we pointed to the moon? That’s right. We went up there, and you know what we got? Bored. So we left. It’s pretty simple. You work hard, you create your own luck, and you gotta believe anything is possible. As for all the stuff, that’s the upside of only taking two weeks off in August. N’est-ce pas?

RUSH: Oh, man, I’ll tell you, they look at this as an assault on Europe. They look at it as an assault on sidewalk cafes, Starbucks and this kind of thing. They look at it as an assault on their lifestyle. Remember, these are the people telling us that you are liberated when you get fired. You’re liberated when you lose your job because now you don’t have to do some stupid job to have health care because the government will give it to you. You don’t have to work anymore. That’s where they come from. Yeah, you can finally go discover the inner artist in you, and you now can join the legion of great human beings who have painted. You can be one of them, not tied to some silly job.

You don’t need stuff. You need to be the inner artiste, and while you piddle around and produce absolutely nothing, we will take care of you, and we will give you your health care while you explore your inner uselessness, and only dream about what you could be while looking at other people who are successful and instantly hating them. Let me read to you even more from this piece at the Huffing and Puffington Post.

"There are plenty of things to celebrate about being American, but being possessed by a blind mania for working yourself into the ground, buying more stuff and mocking people in other countries just isn’t one of them." And that’s how they view this commercial. This commercial is advocating for working yourself to death, buying a bunch of useless stuff, and making fun of other people. That’s the great sin. It’s a toss-up between working hard and making fun of other people that offends them the most. They don’t know which bothers them the most.

"So we wish we could say that Cadillac’s commercial [for it's new electric car], which debuted during the Olympics, was a joke. But no, it seems to be dead serious — a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

Oh, I just love this. It’s so predictable, too. It’s so right on the money. People are just doing us the biggest favor by telling us exactly who they are and what they resent and what they don’t like. And what is it about hard work that bothers them? Bill Gates, I guarantee you when he was building Microsoft, it wasn’t work. It was love.

Let me use myself. I don’t look at what I do as work. I absolutely love it. I’ve always worked hard, and I absolutely love it, and I am thankful as I can be that I found what I love. I’m ecstatic I found my passion. I describe it as doing what I was born to do. I’m one of the lucky few, apparently, who found what that is, and, by the way, not an insignificant part, a way to get paid for doing it.

It’s not hard work. Well, it is, but I don’t look at it that way. It’s not arduous. I don’t get up regretting it. I don’t spend my days wringing my hands ticked off at people for what I have to do. I think every day’s an opportunity. To these people, every day’s drudgery, every day is more punishment, every day is more of an excrement sandwich. And work hard, who needs that? There’s a reason why the United States has been the lone superpower.

And, by the way, we now have a president who agrees with this take on this commercial. The American dream’s always been phony. You know why? The American dream’s been a trick. The American dream’s a trick fostered on people to get ‘em to work hard for evil corporate bosses who won’t pay them anything with this impossible result that they’re gonna make it big someday. That’s a lie. This is what the left thinks. It’s a lie put forth by corporate America, rich America, to get you to bust your butt for them while they pay you nothing. And you will die dreaming of what you never had, and, my God, you will have wasted your life in the process. And that is their outlook. You are nothing but a victim being exploited by the evil rich who are mostly white, by the way, and that’s important in this, too.

The article continues. "The opening shot shows a middle-aged man, played by the actor Neal McDonough, looking out over his backyard pool." That bugs ‘em, too. The guy has a big house. He’s got a big house, it’s in a nice neighborhood, and he’s got a pool, and it’s a built-in pool. It’s not one of these cheap balloons that you put water in. It’s a real cement pond, really ticks the left off. And he’s looking over his domain, says, "‘Why do we work so hard? For this? For stuff?’ As the ad continues, it becomes clear that the answer to this rhetorical question is actually a big fat YES." All we do is work hard for stuff.

"And it gets worse. ‘Other countries, they work,’ he says. ‘They stroll home. They stop by the cafe. They take August off. Off.’" Which they do! They take August off. They do stroll home. And when they’re not strolling, they’re driving little lawn mowers they call cars. "Then he reveals just what it is that makes Americans better than all those lazy, espresso-sipping foreigners." You just feel hate dripping from every word here? "Then he reveals just what it is that makes Americans better than all those lazy espresso-sipping foreigners," which, by the way, Carolyn I’m sure would love to be one of those lazy espresso sipping foreigners. And she may be, who knows.

But that’s the lifestyle, that’s sophistication, you see. Sophistication is, work? I’ll do what I have to. I’m gonna really devote myself to what’s important. I’m going to go paint. Then I’m gonna go visit a museum. After I visit the museum, then I’m gonna go to the art gallery, and after I finish the art gallery, I’m gonna head over back to the espresso cafe. When I finish there I’m gonna head to the real bar and I’m gonna have a couple shots, maybe some white wine, maybe some Camembert. When I finish there, I’m then gonna go to the craft show at the local community center where I’m gonna learn how to knit and sew and knit and peel and whatever, and then I’m gonna go home and I’m gonna water my garden. And right before I go to bed, I’m gonna add to the poem I’ve been writing for the past month.

Yes, I’ll work on my poetry. When I finish my poetry, I will then retire and go to bed. And when I awaken, I will get up, and I will hate the fact that the first part of my day is a job where I’m going to be exploited by some evil capitalist. But I’ll go do it anyway so that when it’s over I can stroll back to the espresso bar and maybe while I’m at the espresso bar, I’ll dream of inventing the flying car, and I’ll write it and scribble it out there on my Microsoft Surface, because I don’t want to the best, the iPad. No. And then I just repeat the cycle. I’ll go to a different museum and I’ll go see different displays, exhibits and so forth. That’s sophistication. That is what we should aspire to. All this hard-work stuff, what a crock.

If you do work, by the way, if you do get sucked in, make sure you work for a nonprofit. In fact, the best thing you, make sure you run a nonprofit. That way you can really get paid for not doing anything. That way you’re not working for some enterprise devoted to the evil of profit. No, you’re working for a nonprofit. You will live off what other people give you and you will claim that you are better people, because you have not been soiled by the poisons of capitalism. There isn’t any profit or loss in what you do. You’re interested in public service.

Then, when you finish that, it’s to the soup kitchen and the homeless shelter, just to look in, just to see that people are there, and you’ll feel great about yourself because you care. And then you’ll demand the rich pay higher taxes so that the soup kitchen doesn’t close. Oh, yes. Back to the story.

"‘Why aren’t you like that?’ he says. ‘Why aren’t we like that? Because we’re crazy, driven, hard-working believers, that’s why.’ By this point, the ad has already become little more than a parody of itself, but we had to ask: believers in what? The pursuit of ‘stuff.’ The other reason for America’s superiority, according to Cadillac? Our unrivaled space exploration program (‘We’re the only ones going back up there,’ the ad boasts). Never mind the fact that the US government is now paying Russia $70 million a pop to shuttle NASA astronauts to the International Space Station."

Hey, Ms. Gregoire, never mind that Barack Obama made NASA into a Muslim outreach department and it’s Barack Obama, your idol and hero, that makes it necessary to pay the Russians $70 million for every astronaut to the space station. By the way, with this thing in the Ukraine with the KGB vs. Obama, i.e., ACORN, what happens if Putin says, "You know what, you really ticked me off and I’m not taking you back to your space station," how we gonna get there, Ms. Gregoire? ‘Cause Obama’s shut it down. NASA’s a museum for Muslim outreach now.

"Cadillacs have long been a quintessentially American symbol of wealth and status. But as this commercial proves, no amount of wealth or status is a guarantee of good taste. Now, the luxury car company is selling a vision of the American Dream at its worst: Work yourself into the ground, take as little time off as possible, and buy expensive s- (specifically, a 2014 Cadillac ELR)."

That’s what she said. It doesn’t talk about working yourself into the ground. It’s not talking about working yourself to death, to punishment. The ad is about working yourself to prosperity and achievement and success. And they just can’t stand it, folks.

RUSH: Here’s the thing about hard work. Hard work is hard — and, by the way, folks, not everybody loves their work. This commercial is an indication of what can happen if you work hard, even though you may not like it. But you know what this commercial really is? By the way, this commercial was originally not for an electric car. They made this ad about an electric car to try to soften the blow so it would offend these leftist wackos less.

The fact that this Cadillac commercial is about an electric car doesn’t make a difference. But let me tell you what Cadillac sees. The ad tells us that people with money do not want little bitty hybrids and lawn mowers with seats on them. This ad tells us that people with money want comfortable, sexy luxury cars — and I’ll tell you what else this ad tells us. Cadillac sees the enthusiasm for the Tesla.

In California, the number one selling car of all cars is the Model S. I think it’s the Model S, but it’s some model of Tesla. They’re expensive as hell. This Cadillac is 75 grand in this ad, and Teslas are going into six figures. One of my buddies… I came back from LA. One of my buddies told me he bought one and was afraid I was gonna get mad at him. He said, "I’m not buying it ’cause I’m a wacko, Rush. I love the car. I can call up your website up in the dashboard in your car.

"I love the car — and you know, Rush, I get 175 miles a charge on it." I said, "Wow." But Cadillac sees that people with money — and that’s who they sell their cars to, people with money — have an enthusiasm for the Tesla. The Tesla is the competition for this ELV car of theirs, and it’s clear who the market is. The market that this car is made for is high achievers — and Cadillac is trying to talk to them in their native language, these high achievers, and the left just hates it.

RUSH: We’re gonna starts in Dayton, Ohio. Julie, I’m glad you called. It’s great to have you on the program. Hello.

CALLER: Thanks. I’m so happy to talk to you again.

CALLER: Thank you. We’re Home of the Wright Brothers, which was mentioned in the commercial.

RUSH: That’s right.

CALLER: Yes. Dayton, Ohio. I love this commercial. I don’t typically watch commercials because I DVR a lot of stuff, but I happened to be watching something live, so I was kind of ignoring the commercial while it was on until I heard the gentleman talk about taking a month off in August versus we take two weeks.

RUSH: Right.

CALLER: That just totally struck a chord with me. I jumped up, I backed the commercial up, and I had to replay it. I listened to that commercial over and over again, and I was just like, "Oh, my gosh. I want to go out and buy a Cadillac now."

RUSH: What do you like about? You’ve gotta get specific for me here. Obviously you had an overall favorable impression. You felt great watching it, but what hit you? What did you like about it?

CALLER: Well, I work for a pharmaceutical company, a foreign pharmaceutical company. I know that for any drug to be successful, it has to be successful in the United States, otherwise that company is not gonna do well. Americans are the hardest, hardest working, and we push and we push, and we work 40, 50, 60, 70 hours a week. We work one job, two jobs, three jobs. I mean, we work hard and we work hard for –

RUSH: I know, and it doesn’t leave me time to paint or write poetry or go to the museum.

CALLER: None at all. One of my best friends is Marcus, who I love dearly, but then my best friend Georgia, she is Greek, and when she would go over to Greece, she says, "It is so laid back." She says that they take-two-hour naps at lunchtime, and they close down work at, like, three, four o’clock, and they just don’t work as hard as Americans do.

RUSH: That’s not the right way to look at it. No, no. "They are sophisticated. They are more balanced. They have their lives in much more perspective. The Greeks, never mind that they’re broke and in debt and totally dependent on others to keep them living. The Greeks and the Spaniards and the British and the French and the Swiss? We love the Swiss, and the Danes.

We really love the Danes. They’re sophisticated. They’ve got it all figured out. They don’t work hard at all. They know that that’s not necessary. There’s no intense pressure attached to their lives. They’re able to slow down. They don’t even have to defend themselves! The United States will do that if they are ever attacked, like by the KGB. So we just don’t see the world in the right way.

John Kerry is one of these guys that thinks Western Europeans are doing it right. They’ve got the answer with their 14% unemployment. Speaking of which, you know, there’s sort of a funny story. What is this, Carla Brunei, the wife of Sarkozy, former president of France? It is Brunei, or Brunei? (interruption) Brunei. All right. Well, she was a model and an actress, and then she married the guy.

And then she couldn’t work anymore because of conflicts of interest with the government, president, and so forth. She’s actually quoted in a newspaper story today as thinking she got shafted. She thought she was marrying a guy with money, and he only makes 300 grand a year or the equivalent, and she feels like she got screwed. (interruption) Well, I know 300 grand is a lot, but not for the elites, see. That 300 grand, that’s embarrassing. For the wife of a president of a country?

Julie, I appreciate the call. Thank you.

Donald in Carpinteria, California, you’re next on the EIB Network. Hello.

CALLER: Hello, Rush. Nice to talk to you. It’s an honor, sir.

RUSH: Thank you very much, sir. Great to have you here.

CALLER: Thank you. Rush, in reference to that great ad, that great Cadillac ad, I was thinking that there’s a couple of points with that, and one being that Obama took public funds and bailed out GM. We all recall that, and then they come up and they make an ad like this that targets hardworking Americans. And it’s kind of like a slap in the face to the left, and my take is they can’t stand that. They think that GM should toe the line now because they were bailed out with public funds.

RUSH: There probably is some of that in the left’s reaction to this, that this is a government-owned company. What the hell are they doing selling something like this anyway?

CALLER: Right, and kudos to the advertising agency that would actually make an ad like this and make a pro-American, pro-work ad. And even though they took those funds, it’s kind of like, well –

RUSH: Here’s the thing about this. At the risk of sounding naive — and I am naive about a lot of things and I don’t mind people knowing that. Did you ever think — any of you — that an ad like that would be something divisive in the country? That ad is what used to be the philosophy everybody was raised by. That ad was, in fact, how everybody who wanted to be a success or wanted their kids to be a success was raised. That ad typifies distinctly, as we know, distinctly American values. And I’ll tell you, they are held in other parts of the country.

That ad is gonna ring home and true with Asians and a couple of other cultures who are also from the hard-work school of going through life and conquering it. But the idea that an ad that is as innocuous as this, this is hard work. How do we get stuff, and, yeah, there’s some people around the world that don’t. This is what American exceptionalism is. This is how we’re different. This is why people come here. That is exactly right. That ad is why people break the law to come here. And yet that ad has become something divisive in our culture now. That ad is something that is really controversial now to the left. But divisive as well.

This why I say this is a teachable moment. Look, some of you may be wondering why I’m spending so much time on it. I’ll tell you why. And it’s the same old thing. By the way, I’ve got friends who tell me I ought to change my approach. I’ll explain here in a minute. I really believe that the more people who could be taught, who would learn, be educated, what liberalism is, is the way to eventually see to it that they don’t win anymore. They’re not a majority now. They have to lie about what they believe and what they’re gonna do in order to win elections. They are not anywhere near a majority of the people of this country.

We’re being governed by a minority, and it’s simply because they have mastered the emotional, compassionate, feel-good approach to things. And they’ve made great hay out of the misconception, as they put it forth, of equality. To them it’s sameness, and anything that’s not the same is something inherently wrong with the country. And I just think this is educational. I think this is one of these great teachable moments for low-information people. Now, I have a friend who says it’s an ideological thing, it’s all good, but it’s not gonna reach everybody, Rush. People don’t want to look at things that way. Liberalism, conservative, not nearly as oriented like you are in that direction, and they’re not nearly as passionate about that.

So you gotta talk about it in terms of stupid versus smart. Instead of talking about what a big liberal Obama is, it’s just stupid what these people are doing, just plain damn dumb. And I understand the people who think that ideology is not the best way to go about educating, but it’s worked for me. I am never wrong when I predict what a liberal is gonna do, never wrong. I would never vote for one, I don’t care who. I would never vote for one. Why would anybody, is my attitude, after this, but then when you realize what they do, they’re Santa Claus. The people voting for them are not voting for them on ideology. They’re voting for ‘em on the basis of stuff.

The dirty little secret is, everybody wants stuff. It’s just that some people are happier if it’s given to them, than having to work for it. Hard work is always gonna be a tougher sell than getting gifts. But it makes for a better culture, country, and society over all. That’s what’s always been the truth, truism and the case. You what the average life span of any republic or democracy is? It’s about 200 years. So we’ve gone past ours. We’ve gone past our life expectancy. And when does every democracy end is when the public learns that they can vote themselves money from the Treasury, that is the beginning of the end. And we’re in that phase.

So the question we have is, can we arrest that and stop it before we are swallowed and destroyed by this ever-expanding mountain of debt, because that is what will do it. Don’t listen to people that tell you the debt doesn’t matter, including the people in the Republican establishment. "Ah, the debt’s the debt. It’s no different now than it was then. It may be a little bit bigger, but, hell, it’s the United States government, always good for what it owes (muttering)." At some point it all collapses and can’t sustain itself. And we have reached that point.

 Voir par ailleurs:

Taxis, VTC : les fossoyeurs de l’innovation
Opinions: Nicolas Colin s’en prend au lobby des taxis, mais surtout fustige des pouvoirs publics qui ne comprennent qu’en cédant aux lobbys de tout poil, ils creusent la tombe du redressement économique
Nicolas Colin
La Tribune
15/10/2013

Le lobby des taxis a gagné la guerre contre les VTC. Pour Nicolas Colin entrepreneur alarmé, cette affaire a révélé l’incapacité des politiques français à promouvoir l’innovation, et pourrait bien conduire à notre perte…
sur le même sujet

Tout commence comme une sorte de message à caractère informatif. Un collaborateur vient voir le patron d’Orange et lui présente une idée dont il n’est pas peu fier :

"Patron, comme nous sommes à la fois une entreprise de média et une entreprise innovante, nous pourrions consacrer une émission de télévision sur notre chaîne Orange Innovation TV aux grands patrons qui innovent dans les grandes entreprises. Ca consisterait à interviewer des dirigeants hyper-innovants et à mettre en valeur leurs innovations par rapport à celles des startups, qui nous donnent beaucoup de leçons mais dont on ne voit pas beaucoup les résultats. D’ailleurs on a déjà trouvé le titre, ça s’appellerait Les décideurs de l’innovation. On a mis au point un super générique à la Top Gun. "

Ravi, le patron d’Orange soutient cette idée :

« Mon vieux, votre idée est géniale. Je fais banco, vous avez ma carte blanche. J’ai d’ailleurs quelques idées pour les premiers invités, regardons ensemble mon carnet d’adresses pour voir à qui je dois rendre service. »
Parmi ces premiers invités figure justement Nicolas Rousselet, patron des taxis G7 (qui n’opèrent pas que des taxis d’ailleurs, mais aussi une activité de location de voitures, des activités de logistique, de stockage, etc.). Qu’il soit un invité d’une émission aussi audacieuse et disruptive que Les décideurs de l’innovation est un paradoxe : après tout, il est aujourd’hui engagé dans un vaste effort de lobbying pour contrer l’innovation dans le transport individuel de personnes en ville, dans des conditions abondamment détaillées ici ou la. Quoiqu’il en soit, dans une récente et exceptionnelle édition des Décideurs de l’innovation, Nicolas Rousselet nous expose sa vision de l’innovation.

Et à ce point du billet, mieux vaut en finir avec l’ironie : l’innovation vue par Nicolas Rousselet mérite qu’on s’y attarde tant est elle est dérisoire et erronée à peu près du début à la fin. Voici quelques extraits et mes commentaires :

« l’innovation prend deux formes : l’innovation technologique, technique et l’innovation en termes de services, de nouveaux services » (1’50?)

Eh bien non, à l’âge entrepreneurial, l’innovation ne prend qu’une seule forme, celle d’une offre nouvelle amorcée et valorisée sur un marché de masse grâce à la mise au point d’un nouveau modèle d’affaires. Les progrès technologiques sans changement de modèle d’affaires ni traction auprès de la multitude s’appellent simplement des gains de productivité… et se commoditisent en un clin d’oeil, sans permettre à l’entreprise de se différencier ;

« Pour les GPS, tout ça, là on est vraiment à la pointe, ça fait très longtemps qu’on géolocalise tous nos taxis » (3’05?)

Non non, si ça fait longtemps qu’on fait quelque chose, alors on n’est pas vraiment à la pointe. Ces derniers temps, les choses changent vite en matière de géolocalisation et de services associés ;

« Rapprocher le client du taxi, du chauffeur, nécessite de la haute technologie » (3’18?)

Pas du tout, ça nécessite tout au plus de l’amabilité de la part du chauffeur et, éventuellement, une application mobile, qui est quasiment à la portée du premier venu d’un point de vue technologique. Bien sûr, cela peut aussi nécessiter de l’innovation, c’est-à-dire un changement du modèle d’affaires : on rapproche d’autant mieux les taxis des clients qu’on fait alliance avec ces derniers, qu’ils sont ainsi incités à être actifs et donc producteurs de données. Cela, ça suppose de la confiance et ça se valorise d’autant mieux que les clients sont nombreux, bien au-delà de la clientèle premium (j’y reviendrai) ;

« Chaque filiale dans le groupe est gérée de manière autonome, indépendante, par un manager intéressé sur ses résultats » (4’12?)

Ce qui est précisément la caractéristique des entreprises non innovantes. L’innovation consiste à combiner de façon différente les composantes de l’activité de l’entreprise, quitte à ce que certaines déclinent si c’est le prix à payer pour le développement de l’entreprise tout entière. Un manager de filiale intéressé sur ses résultats fera tout pour tuer l’innovation dans sa filiale comme dans l’entreprise en général, de façon à protéger sa rente. C’est pourquoi – si du moins l’objectif est d’innover – un manager de filiale ne peut être intéressé au mieux qu’aux résultats de l’ensemble du groupe. Steve Jobs, traumatisé par sa lecture de The Innovator’s Dilemma, l’avait bien compris et mis en pratique depuis longtemps chez Apple, notamment avec la notion de unified P&L ;

« Nous avons gagné le prix de l’innovation 2010 de la chambre professionnelle du self-stockage » (5’00?)

C’est bien pratique de se créer ses petits prix de l’innovation maison pour faire croire au monde extérieur qu’on est innovant. Mais non, ça ne prend pas. L’innovation, à l’âge de la multitude, ça se mesure aux rendements d’échelle exponentiels et aux positions dominantes sur des marchés globaux. Aucune autre innovation ne contribue de manière significative au développement de l’économie française. Au contraire, le renforcement des situations de rente contribue de manière décisive à la stagnation du revenu par tête et à l’aggravation des inégalités ;

« On gère les taxis depuis pas loin de vingt ans de manière totalement numérique, avec le GPS » (6’50?)

Si les taxis étaient gérés de manière totalement numérique, ils ne s’en tiendraient pas au GPS et auraient inventé Uber avant Uber. Souvenez-vous de cette citation fameuse de The Social Network sur les frères Winklevoss :

« Nos chauffeurs de taxi sont tous des indépendants. C’est un vrai partenariat, où la qualité de service est un leitmotiv » (8’00?)

Des forums entiers sur la mauvaise expérience des taxis parisiens vécue par les touristes étrangers et les Parisiens eux-mêmes témoignent du contraire – ce qui prouve, par ailleurs, que le fait que les chauffeurs de taxi soient tous indépendants n’est pas forcément la meilleure formule pour assurer une qualité de service maximale. Comme le triomphe d’Apple nous l’a amplement démontré depuis 10 ans, l’unification de l’expérience utilisateur (ou une plateforme bien conçue, comme Amazon) sont les meilleures options pour garantir une qualité de service élevée ;

« On a lancé en décembre 2011 le club affaires premium, et là on a même un iPad mis à disposition, on a de l’eau, on a des lingettes » (8’10?)

Nous sommes tous très impressionnés, mais il n’y a pas beaucoup d’innovation dans le fait d’enrichir l’offre de service pour les seuls clients qui paient très cher leur abonnement affaires premium. La fuite vers le premium – et le délaissement corrélatif des marchés de masse – est l’un des phénomènes qui détourne les entreprises françaises de l’innovation à l’âge de la multitude – et il y a bien d’autres exemples que les taxis G7. C’est heureux que Nicolas Rousselet assume sans fard qu’il ne s’agit que de fournir aux clients que quelques lingettes et bouteilles d’eau en plus : nous sommes décidément très loin de l’innovation ;

« On voit que ça ne roule pas très bien, il y a des gros progrès à faire pour améliorer les conditions de circulation dans Paris » (8’40?)

Précisément, on ne roule pas bien dans Paris parce que trop de gens, insatisfaits du fonctionnement des transports en commun et ne pouvant s’offrir les services Affaires Premium Excellence Platine des taxis G7, choisissent de prendre leur véhicule personnel pour leurs déplacements en ville. Le développement des nouveaux modèles d’affaires autour de l’automobile en ville (auto-partage, VTC, etc.) vise en partie à dissuader les individus de prendre leur voiture et peut donc se traduire, à terme, par une décongestion de la circulation à Paris. Que les taxis G7 trouvent que les conditions actuelles sont mauvaises pour les affaires est un comble : d’abord les mauvaises conditions de circulation leur permettent de plus faire tourner le compteur (les taxis ont tout leur temps, ce sont les clients qui sont pressés) ; ensuite, les barrières réglementaires qu’ils défendent à toute force sont précisément la raison pour laquelle il est impossible d’améliorer les conditions de circulation dans cette ville de plus en plus difficile à vivre.
L’innovation doit faire bouger les lignes

Bref, comme le résume si brillamment ce journaliste particulièrement dur en interview, avec les taxis G7, « ça roule pour l’innovation ». J’ajouterai deux choses sur Nicolas Rousselet et les conditions règlementaires de l’innovation dans les transports urbains :
« Il faut que les VTC restent sur le métier pour lesquels ils ont été créés » déclarait-il au mois de juillet, cité par un article du Figaro. Wrong again : encore une fois, quand il s’agit d’innovation, l’objectif est précisément de faire bouger les lignes qui séparent les différentes activités et d’en faire la synthèse dans un nouveau modèle d’affaires, centrée autour de l’utilisateur – condition de l’alliance avec la multitude. Le déploiement d’une offre de qualité à très grande échelle est l’objectif stratégique à l’âge entrepreneurial et le seul cœur de métier des startups innovantes, comme nous le rappellent Steve Blank et Paul Graham. Ça n’a aucun sens, dans un monde où la technologie évolue en permanence et où la multitude révèle sans cesse de nouveaux besoins, de demander à une entreprise de rester sur le métier pour lequel elle a été initialement créée. On peut le faire bien sûr, mais il faut assumer alors qu’on renonce à l’innovation – moteur du développement économique, facteur de création d’emplois et de réduction des inégalités et, accessoirement, contribution décisive à l’amélioration du quotidien des consommateurs ;

Restreindre l’innovation aux clients premium, c’est empêcher son développement
On apprend aujourd’hui, dans un article du Monde, que « le délai de 15 minutes [entre la commande d'un VTC et la prise en charge] s’appliquera à tous les clients des VTC, hormis les hôtels haut de gamme et les salons professionnels ». Belle victoire de lobbying, en tous points contraire à l’intérêt général, et stupéfiante si l’on songe qu’elle a été consentie par un gouvernement de gauche. Si l’on résume la situation, les riches clients du Royal Monceau et les VIP du salon de l’automobile seront servis sans attendre ; par contre, les moins riches attendront ou prendront le bus et les entrepreneurs innovants seront noyés dans la baignoire. (Rappelons encore une fois que l’innovation de rupture arrive toujours ou presque par les activités à faibles marges sur les marchés à faible marge. Si l’on restreint les offres innovantes aux seuls clients premium, il n’y a pas la masse critique pour imposer une innovation de rupture.)

L’innovation meurt d’être mal comprise. Il n’y a pas meilleur contrepoint à la vision de Nicolas Rousselet que les rappels ci-après sur ce qu’est l’innovation, pourquoi elle est importante et comment la favoriser.

Pas d’investissements possibles

L’innovation ne peut pas prospérer en présence de verrous qui rigidifient l’économie et protègent les positions existantes. La seule existence de ces verrous, notamment législatifs et règlementaires, dissuade toute allocation du capital à des activités qui font bouger les lignes dans les secteurs concernés.

Quel intérêt d’investir dans une entreprise innovante se développant en France dans le secteur des VTC, puisque le rendement sur capital investi sera dégradé voire annulé par le verrou règlementaire qui protège la rente des taxis ? Il est beaucoup plus rentable d’allouer du capital à une entreprise américaine qui, elle, va triompher des obstacles règlementaires et conquérir un immense marché.
On tue les entreprises françaises dans l’oeuf

Dans ces conditions, les entreprises américaines prospèrent, tandis que les françaises sont littéralement empêchées de naître. Et lorsque les utilisateurs français (ou les touristes) n’en pourront plus de la mauvaise qualité du service de transport individuel de personnes à Paris et qu’ils obtiendront enfin l’abaissement de la barrière règlementaire, seules les entreprises américaines auront la qualité de service et l’infrastructure nécessaires pour prendre le marché français.

De même que quand la chronologie des médias sera enfin adaptée aux nouveaux modes de consommation des contenus cinématographiques et audiovisuels en ligne, seule Netflix, pas Canal+, sera en mesure de se déployer auprès des utilisateurs français.
L’inutile politique de soutien financier à l’innovation

Dans un cadre juridique hostile à l’innovation, on voit bien qu’une politique publique de soutien financier à l’innovation est vaine. On peut allouer tout l’argent qu’on veut à OSEO, à BPI France, à la sanctuarisation du CIR et du statut de jeune entreprise innovante, les entreprises ainsi financées ne parviennent pas à lever du capital puisque les gestionnaires de fonds identifient parfaitement les barrières juridiques à l’entrée sur les différents marchés et en déduisent qu’un investissement dans les entreprises concernées ne pourra jamais être rentable.

En présence de verrous juridiques protégeant la rente des entreprises en place, l’argent public dépensé pour soutenir l’innovation est comme de l’eau froide qu’on verserait sur une plaque chauffée à blanc : elle s’évapore instantanément.

Un problème qui se généralise

Le problème serait circonscrit si de tels verrous législatifs n’existaient que pour les VTC. Mais, loin de se cantonner à un seul secteur, ils se multiplient. Les industries créatives sont déjà affectées depuis longtemps par les entraves à l’innovation. Les hôteliers déploient un lobbying à grande échelle pour que la loi soit durcie et les protège sur trois fronts : celui des intermédiaires déjà en place sur le marché de la réservation de chambres d’hôtels ; celui de Google, qui rentre sur ce marché avec Hotel Finder ; celui d’AirBnB, qui intensifie la concurrence sur le marché de l’hébergement en faisant arriver sur le marché les chambres et habitations mises sur le marché par les particuliers.

Les libraires semblent en passe d’obtenir une interdiction de livrer gratuitement à domicile les livres commandés via les applications de vente à distance. Bref, à mesure que le numérique dévore le monde, les incendies se déclarent un peu partout et la réponse est toujours la même : on érige une barrière règlementaire qui dissuade l’allocation de capital à des activités innovantes et empêche donc à terme l’émergence de champions français dans ces secteurs.
Pour un lobby français de l’innovation

Sur tous ces dossiers, nous payons très cher l’inexistence d’un lobby français de l’innovation. Il n’est pas du tout évident qu’un tel lobby puisse exister. Aux États-Unis, il s’est constitué et il déploie sa puissance en raison d’une double anomalie : les entreprises ont le droit de financer les campagnes électorales ; et les entreprises les plus riches, dont la capitalisation boursière est la plus élevée, sont aussi les plus innovantes.

Au lobbying de ces entreprises s’ajoute celui d’une organisation, la National Venture Capital Association, qui défend les intérêts des fonds de capital-risque, y compris contre les intérêts du private equity, des banques d’affaires et des banques de dépôt.
La politique doit être favorable à l’innovation

Il n’existe rien de tel chez nous : aucune de nos plus grande entreprises n’est une entreprise innovante, une valeur de croissance comme le sont les géants californiens du numérique ; nos fonds de capital-risque sont rares, dispersés, dilués sur le front institutionnel dans l’Association française du capital investissement ; enfin, les entrepreneurs innovants comme les gestionnaires de fonds de capital-risque sont largement méconnus ou ignorés par les hauts fonctionnaires de la direction générale du Trésor, les membres des cabinets ministériels et, évidemment, les parlementaires.

Il ne peut exister qu’une seule politique publique de l’innovation. Son motif est que l’innovation est le principal facteur de la croissance et moteur du développement économique. Sa règle cardinale est que toutes les décisions de politique publique, sans exception, doivent être prises dans un sens favorable à l’innovation : en matière de financement de l’économie ; en matière de réglementation sectorielle ; en matière de fiscalité et de protection sociale. Aucune autre politique publique que celle-là ne peut être favorable à l’innovation.
Vers une économie française atrophiée et inégalitaire

Si les exceptions se multiplient, si l’innovation n’est plus qu’une priorité parmi d’autres, si l’on n’abaisse pas les barrières règlementaires à l’innovation de modèle d’affaires, alors notre destin est scellé : notre économie sera bientôt tenue exclusivement par des gens qui, bien qu’ils se prétendent décideurs de l’innovation, en sont en réalité les fossoyeurs.

Nicolas Rousselet, les taxis G7 et tous ceux qui les soutiennent au Parlement ou dans l’administration ne sont qu’un avant-gout de ce sombre avenir : bientôt, notre économie ressemblera à celle de ces pays du Tiers-Monde où l’homme le plus riche du pays, par ailleurs frère ou beau-frère du chef de l’État, a fait une immense fortune grâce à un monopole mal acquis sur l’importation des Mercedes d’occasion. Dans une telle configuration, on a tout gagné : des distorsions de marché, l’atrophie de la production locale, une valeur ajoutée réduite à néant, une croissance au ralenti et des inégalités de plus en plus insupportables.

Est-ce cela que nous voulons ? Et sinon, qu’attendons-nous pour agir ?

* Nicolas Colin est entrepreneur, co-auteur de "L’âge de la multitude" et membre de Futurbulences, de Renaissance numérique, du Club du 6 mai et de la commission « Services » du pôle de compétitivité Cap Digital

Voir aussi:

Steve Jobs Solved the Innovator’s Dilemma

James Allworth

HBR

October 24, 2011

In the lead up to today’s release of the Steve Jobs biography, there’s been an increasing stream of news surrounding its subject. As a business researcher, I was particularly interested in this recent article that referenced from his biography a list of Jobs’s favorite books. There’s one business book on this list, and it “deeply influenced” Jobs. That book is The Innovator’s Dilemma by HBS Professor Clay Christensen.

But what’s most interesting to me isn’t that The Innovator’s Dilemma was on that list. It’s that Jobs solved the conundrum.

When describing his period of exile from Apple — when John Sculley took over — Steve Jobs described one fundamental root cause of Apple’s problems. That was to let profitability outweigh passion: “My passion has been to build an enduring company where people were motivated to make great products. The products, not the profits, were the motivation. Sculley flipped these priorities to where the goal was to make money. It’s a subtle difference, but it ends up meaning everything.”

Anyone familiar with Professor Christensen’s work will quickly recognize the same causal mechanism at the heart of the Innovator’s Dilemma: the pursuit of profit. The best professional managers — doing all the right things and following all the best advice — lead their companies all the way to the top of their markets in that pursuit… only to fall straight off the edge of a cliff after getting there.

Which is exactly what had happened to Apple. A string of professional managers had led the company straight off the edge of that cliff. The fall had almost killed the company. It had 90 days working capital on hand when he took over — in other words, Apple was only three months away from bankruptcy.

When he returned, Jobs completely upended the company. There were thousands of layoffs. Scores of products were killed stone dead. He knew the company had to make money to stay alive, but he transitioned the focus of Apple away from profits. Profit was viewed as necessary, but not sufficient, to justify everything Apple did. That attitude resulted in a company that looks entirely different to almost any other modern Fortune 500 company. One striking example: there’s only one person Apple with responsibility for a profit and loss. The CFO. It’s almost the opposite of what is taught in business school. An executive who worked at both Apple and Microsoft described the differences this way: “Microsoft tries to find pockets of unrealized revenue and then figures out what to make. Apple is just the opposite: It thinks of great products, then sells them. Prototypes and demos always come before spreadsheets.”

Similarly, Apple talks a lot about its great people. But make no mistake — they are there only in service of the mission. A headhunter describes it thus: “It is a happy place in that it has true believers. People join and stay because they believe in the mission of the company.” It didn’t matter how great you were, if you couldn’t deliver to that mission — you were out. Jobs’s famous meltdowns upon his return were symptomatic of this. They might have become less frequent in recent years, but if a team couldn’t deliver a great product, they got the treatment. The exec in charge of MobileMe was replaced on the spot, in front of his entire team, after a botched launch. A former Apple product manager described Apple’s attitude like this: “You have the privilege of working for the company that’s making the coolest products in the world. Shut up and do your job, and you might get to stay.”

Everything — the business, the people — are subservient to the mission: building great products. And rather than listening to, or asking their customers what they wanted; Apple would solve problems customers didn’t know they had with products they didn’t even realize they wanted.

By taking this approach, Apple bent all the rules of disruption. To disrupt yourself, for example, Professor Christensen’s research would typically prescribe setting up a separate company that eventually goes on to defeat the parent. It’s incredibly hard to do this successfully; Dayton Dry Goods pulled it off with Target. IBM managed to do it with the transition from mainframes to PCs, by firewalling the businesses in entirely different geographies. Either way, the number of companies that have successfully managed to do it is a very, very short list. And yet Apple’s doing it to itself right now with the utmost of ease. Here’s new CEO Tim Cook, on the iPad disrupting the Mac business: “Yes, I think there is some cannibalization… the iPad team works on making their product the best. Same with the Mac team.” It’s almost unheard of to be able to manage disruption like this.

They can do it because Apple hasn’t optimized its organization to maximize profit. Instead, it has made the creation of value for customers its priority. When you do this, the fear of cannibalization or disruption of one’s self just melts away. In fact, when your mission is based around creating customer value, around creating great products, cannibalization and disruption aren’t “bad things” to be avoided. They’re things you actually strive for — because they let you improve the outcome for your customer.

When I first learned about the theory of disruption, what amazed me was its predictive power; you could look into the future with impressive clarity. And yet, there was a consistent anomaly. That one dark spot on Professor Christensen’s prescience was always his predictions on Apple. I had the opportunity to talk about it with him subsequently, and I remember him telling me: “There’s just something different about those guys. They’re freaks.” Well, he was right. With the release of Jobs’s biography, we now know for sure why. Jobs was profoundly influenced by the Innovator’s Dilemma — he saw the company he created almost die from it. When he returned to Apple, Jobs was determined to solve it. And he did. That “subtle difference” — of flipping the priorities away from profit and back to great products — took Apple from three months away from bankruptcy, to one of the most valuable and influential companies in the world.

James Allworth is the Director of Strategy for Medallia, Inc and co-author of How Will You Measure Your Life?. He has worked as a Fellow at the Forum for Growth and Innovation at Harvard Business School, at Apple, and Booz & Company. Connect with him on Twitter at @jamesallworth.

Voir enfin:

Apple’s Secret? It Tells Us What We Should Love

Roberto Verganti

January 28, 2010

At the beginning of Steve Jobs’s presentation of the iPad, a slide showed an image of God delivering its commandments, paired by a quote from The Wall Street Journal: “Last time there was this much excitement about a tablet, it had some commandments written on it.” Although a touch arrogant, this quote powerfully captures the essence of the event.

While tech experts were busy commenting on the qualities of the iPad, what struck me was the level of excitement that the event created. On Tuesday, the day before the product was unveiled, a Web search for “Apple tablet” produced more than 17 million links! On Wednesday, hordes of people attended the news conference remotely. Everyone was anxiously waiting for Apple’s interpretation of what a tablet is.

This was validation of Apple’s peculiar innovation process: Insights do not move from users to Apple but the other way around. More than Apple listening to us, it’s us who listen to Apple.

This contradicts the conventional management wisdom about innovation. In fact, one of the mantras of the past decade has been user-centered innovation: Companies should start their innovation process by getting close to users and observe them using existing products to understand their needs.

I disagree with this approach for these kinds of efforts. User-centered innovation is perfect to drive incremental innovation, but hardly generates breakthroughs. In fact, it does not question existing needs, but rather reinforces them, thanks to its powerful methods.

With the iPad Apple has not provided an answer to market needs. It has made a proposal about what could fit us and what we could love. It’s now up to us to answer whether we agree.

The iPad, of course, is not the first time Apple has taken this approach. If it had scrutinized users of early MP3 players downloading music from Napster, it would have not came out with a breakthrough system (the iPod + iTunes application + iTunes Store) based on a business model that asks people to pay for music.

Consumers don’t always swallow Apple’s notion of what they should love. In 2008, when Jobs unveiled the MacBook Air, he said “No matter how hard you look, one thing you are not gonna find in a MacBook Air is an optical drive. If you really want one, we have built one. [He showed an external CD-DVD drive] . . . But you know what? We do not think most users will miss the optical drive. We do not think they will need an optical drive.”

Apple is not alone in thumbing its nose at the notion of user-centered innovation. If Nintendo had closely observed teenagers in their basements using existing game consoles, it would have provided them with what they apparently needed: a powerful console with sophisticated 3D processing that could enable them to better immerse in a virtual world. Instead, Nintendo did not get close to users when developing the Wii. According to Shigeru Miyamoto, Nintendo’s senior marketing director, “We don’t use consumer focus groups. We got a lot of feedback from developers in the industry.” This allowed Nintendo to completely redefine the experience of game consoles.

The iPod and the Wii were outside the spectrum of possibilities of what people knew and did. But they were not outside what they could dream of and love, if only someone could propose it to them.

Firms that create radical innovations make proposals. They put forward a vision. In doing that, of course, they take greater risks. And it may even be that the iPad will not succeed. (My feeling is that its success strongly depends on developers. If they create applications specifically tailored for this device, instead of simply adapting existing applications running on notebooks, then the iPad could mark a new era in mobile computing. The potential is there, given that Apple is using the same collaborative innovation strategy devised for the iPhone.)

My 10 years of research on breakthrough innovations by companies such as Apple, Nintendo, and Alessi, which are summarized in my book Design-Driven Innovation, shows, however, that these radical proposals are not created by chance. And they do not simply come from intuition of a visionary guru. They come from a very precise process and capabilities.

Thanks to this process these companies are serial radical innovators. Their non-user-centered proposals are not dreams without a foundation. Sometimes they fail. But when they work, people love them even more than products that have been developed by scrutinizing their needs.
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Roberto Verganti is professor of the management of innovation at Politecnico di Milano and a member of the board of the European Institute for Advanced Studies in Management. He has served as an executive advisor, coach, and educator at a variety of firms, including Ferrari, Ducati, Whirlpool, Xerox, Samsung, Hewlett-Packard, Barilla, Nestlè, STMicroelectronics, and Intuit.



Hagiographie: On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas qu’elle est une religion (God is great and Chavez is his new prophet)

31 mars, 2014
http://www.sfsustudentcenter.com/about/muralimages/Cesar%20Chavez%20Mural.png
https://fbcdn-sphotos-h-a.akamaihd.net/hphotos-ak-frc1/t1.0-9/p235x350/1978752_4105162284442_314659912_n.jpg
http://www.docspopuli.org/images/07_0821_120.jpg
http://blog.preservationnation.org/wp-content/uploads/2012/10/blog_photo_121009_POTUS-speech.jpg
http://www.defense.gov/news/Sep2002/200209262a_hr.jpg
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/e7/Cesar_Chavez_2014_film.jpg
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. Dennis Prager
On Cesar Chavez Day, we celebrate one of America’s greatest champions for social justice. Raised into the life of a migrant farm worker, he toiled alongside men, women, and children who performed daily, backbreaking labor for meager pay and in deplorable conditions. They were exposed to dangerous pesticides and denied the most basic protections, including minimum wages, health care, and access to drinking water. Cesar Chavez devoted his life to correcting these injustices, to reminding us that every job has dignity, every life has value, and everyone — no matter who you are, what you look like, or where you come from — should have the chance to get ahead. After returning from naval service during World War II, Cesar Chavez fought for freedom in American agricultural fields. Alongside Dolores Huerta, he founded the United Farm Workers, and through decades of tireless organizing, even in the face of intractable opposition, he grew a movement to advance "La Causa" across the country. In 1966, he led a march that began in Delano, California, with a handful of activists and ended in Sacramento with a crowd 10,000 strong. A grape boycott eventually drew 17 million supporters nationwide, forcing growers to accept some of the first farm worker contracts in history. A generation of organizers rose to carry that legacy forward. The values Cesar Chavez lived by guide us still. As we push to fix a broken immigration system, protect the right to unionize, advance social justice for young men of color, and build ladders of opportunity for every American to climb, we recall his resilience through setbacks, his refusal to scale back his dreams. When we organize against income inequality and fight to raise the minimum wage — because no one who works full time should have to live in poverty — we draw strength from his vision and example. Throughout his lifelong struggle, Cesar Chavez never forgot who he was fighting for. "What [the growers] don’t know," he said, "is that it’s not bananas or grapes or lettuce. It’s people." Today, let us honor Cesar Chavez and those who marched with him by meeting our obligations to one another. I encourage Americans to make this a national day of service and education by speaking out, organizing, and participating in service projects to improve lives in their communities. Let us remember that when we lift each other up, when we speak with one voice, we have the power to build a better world. NOW, THEREFORE, I, BARACK OBAMA, President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim March 31, 2014, as Cesar Chavez Day. I call upon all Americans to observe this day with appropriate service, community, and education programs to honor Cesar Chavez’s enduring legacy. IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this twenty-eighth day of March, in the year of our Lord two thousand fourteen, and of the Independence of the United States of America the two hundred and thirty-eighth. Barack Obama
His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad. Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life. CNN
Sorel, for whom religion was important, drew a comparison between the Christian and the socialist revolutionary. The Christian’s life is transformed because he accepts the myth that Christ will one day return and usher in the end of time; the revolutionary socialist’s life is transformed because he accepts the myth that one day socialism will triumph, and justice for all will prevail. What mattered for Sorel, in both cases, is not the scientific truth or falsity of the myth believed in, but what believing in the myth does to the lives of those who have accepted it, and who refuse to be daunted by the repeated failure of their apocalyptic expectations. How many times have Christians in the last two thousand years been convinced that the Second Coming was at hand, only to be bitterly disappointed — yet none of these disappointments was ever enough to keep them from holding on to their great myth. So, too, Sorel argued, the myth of socialism will continue to have power, despite the various failures of socialist experiments, so long as there are revolutionaries who are unwilling to relinquish their great myth. That is why he rejected scientific socialism — if it was merely science, it lacked the power of a religion to change individual’s lives. Thus for Sorel there was “an…analogy between religion and the revolutionary Socialism which aims at the apprenticeship, preparation, and even the reconstruction of the individual — a gigantic task. Lee Harris

En cette Journée César Chavez tout récemment proclamée par Notre Grand Timonier Obama …

Lancée, comme il se doit, par ses images saintes made in Hollywood

Bienvenue au dernier saint de nos amis de la gauche américaine !

The Left’s Misplaced Concern
The Left craves power not money, and that makes it much more frightening.
Dennis Prager
National review on line
May 22, 2012

You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian.

One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels.

And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government?

The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state?

Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments.

How can anyone who thinks rationally believe that big corporations rather than big governments pose the greatest threat to humanity? The answer is that it takes a mind distorted by leftist dogma. If there is another explanation, I do not know what it is.

Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists.

That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head.

There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things.

Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.”

To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century.

As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money.

And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.

— Dennis Prager, a nationally syndicated columnist and radio talk-show host, is author of Still the Best Hope: Why the World Needs American Values to Triumph. He may be contacted through his website, dennisprager.com.

Voir aussi:

The iconic UFW

Another myth. I opened my Easter Sunday Google browser and did not find a Christian icon on the page, but instead a (badly done) romantic rendition of a youthful Cesar Chavez, apparently our age’s version of a politically correct divinity.

Yet I wondered whether the midlevel Googilites who post these politically hip images knew all that much about Chavez. I grant in this age that they saw no reason to emphasize Christianity on its most holy day. But there is, after all, Miriam Pawel’s 2010 biography of Chavez still readily accessible[10], and a new essay about him in The Atlantic[11] — both written by sympathetic authors who nonetheless are not quite the usual garden-variety hagiographers. To suggest something other than sainthood is heresy in these parts, as I have discovered since the publication of Mexifornia a decade ago.

I grew up in the cauldron of farm-labor disputes. Small farms like ours largely escaped the violence, because there were five of us kids to do the work in summer and after school, and our friends welcomed the chance to buck boxes or help out propping trees or thinning plums. Hired help was rare and a matter of a few days of hiring 20 or so locals for the fall raisin harvest. But the epic table grape fights were not far away in Parlier, Reedley, and down the 99 in Delano. I offer a few impressions, some of them politically incorrect.

First, give Chavez his due. Farmworkers today are more akin to supposedly non-skilled (actually there is a skill required to pruning and picking) labor elsewhere, with roughly the same protective regulations as the food worker or landscaper. That was not true in 1965. Conservatives will argue that the market corrected the abuse (e.g., competition for ever scarcer workers) and ensured overtime, accessible toilets, and the end to hand-held hoes; liberals will credit Chavez — or fear of Chavez.

But that said, Chavez was not quite the icon we see in the grainy videos walking the vineyards withRobert Kennedy[12]. Perhaps confrontation was inevitable, but the labor organizing around here was hardly non-violent. Secondary boycotts were illegal, but that did not stop picketers from yelling and cursing as you exited the local Safeway with a bag of Emperor grapes. There were the constant union fights with bigger family growers (the 500 acre and above sort), as often demonstrators rushed into fields to mix it up with so-called scabs. Teamsters fought the UAW. The latter often worked with the immigration service to hunt down and deport illegals. The former bused in toughs to crack heads. After-hours UFW vandalism, as in the slashed tire and chain-sawed tree mode, was common.

The politics were explicable by one common theme: Cesar Chavez disliked small farmers and labor contractors[13], and preferred agribusiness and the idea of a huge union. Otherwise, there were simply too many incongruities in an agrarian checkerboard landscape for him to handle — as if the UAW would have had to deal with an auto industry scattered among thousands of small family-owned factories.

For Chavez, the ideal was a vast, simple us/them, 24/7 fight, albeit beneath an angelic veneer of Catholic suffering. In contrast, small farmers were not rich and hardly cut-out caricatures of grasping exploitation. Too many were unapologetic Armenians, Japanese (cf. the Nisei Farmers League), Portuguese, and Mexican-Americans to guarantee the necessary white/brown binary. Many had their own histories of racism, from the Armenian genocide to the Japanese internment, and had no white guilt of the Kennedy sort. I cannot imagine a tougher adversary than a Japanese, Armenian, or Punjabi farmer, perched on his own tractor or irrigating his 60 acres — entirely self-created, entirely unapologetic about his achievement, entirely committed to the idea that no one is going to threaten his existence.

The local labor contractors were not villains, but mostly residents who employed their relatives and knew well the 40-acre and 100-acre farmers they served. When there were slow times on the farm, I picked peaches for two summers for a Selma labor contractor, whose kids I went to school with. He was hardly a sellout. The crusty, hard-bitten small farmers (“don’t bruise that fruit,” “you missed three peaches up there on that limb,” “you stopped before it was quite noon”) who monitored personally the orchards we picked looked no different from the men on ladders.

In contrast, Chavez preferred the south and west Central Valley of huge corporate agribusiness. Rich and powerful, these great captains had the ability by fiat to institute labor agreements across hundreds of thousands of acres of farmland. Chavez’s organizing forte was at home in a Tulare, Delano, Shafter, Mendota or Tranquility, not a Reedley, Kingsburg or Selma. In those days, the former were mostly pyramidal societies of a few corporate kingpins with an underclass of agricultural laborers, the latter were mixed societies in which Mexican-Americans were already ascendant and starting to join the broader middle class of Armenians, Japanese, and Punjabis.

Chavez was to be a Walter Reuther or George Meany, a make-or-breaker who sat across from a land baron, cut a deal for his vast following, and then assumed national stature as he doled out union patronage and quid-pro-quo political endorsements. In that vision, as a 1950s labor magnate Chavez largely failed — but not because agribusiness did not cave in to him. Indeed, it saw the UFW and Chavez as the simple cost of doing business, a tolerable write-off necessary to making all the bad press, vandalism, and violence go away.

Instead, the UFW imploded by its own insider and familial favoritism, corruption, and, to be frank, lunatic paranoia. The millions of dollars Chavez deducted for pension funds often vanished. Legions of relatives (for a vestigial experience of the inner sanctum, I suggest a visit to the national shrine southeast of Bakersfield) staffed the union administration. There were daily rumors of financial malfeasance, mostly in the sense of farmworkers belatedly discovering that their union deductions did not lead to promised healthcare or pensions.

Most hagiographies ignore Chavez’s eerie alliance with the unhinged Synanon bunch. In these parts, they had opened a foothill retreat of some sort above Woodlake, not far from here. (I visited the ramshackle Badger enclave once with my mother [I suppose as her informal "security,"], who was invited as a superior court judge to be introduced to their new anti-drug program in their hopes that county officials might save millions of dollars by sentencing supposedly non-violent heroin addicts to Synanon recovery treatments. Needless to say, she smiled, met the creepy “group,” looked around the place, and we left rather quickly, and that was that.)

I don’t think that the Google headliners remember that Charles Dederich[14] (of rattlesnake-in-the-mailbox and “Don’t mess with us. You can get killed, dead” fame) was a sort of model for Chavez, who tried to introduce the wacko-bird Synanon Game to his own UFW hierarchy. No matter, deification of Chavez is now de rigeur; the young generation who idolizes him has almost no knowledge of the man, his life, or his beliefs. It is enough that Bobby Kennedy used to fly into these parts, walk for a few well-filmed hours, and fly out.

When I went to UC Santa Cruz in September of 1971, I remember as a fool picking a box of Thompson seedless grapes from our farm to take along, and soon being met by a dorm delegation of rich kids from Pacific Palisades and Palos Verdes (a favorite magnet area for Santa Cruz in those days) who ordered me not to eat my own grapes on my own campus in my own room. Soon I had about four good friends who not only enjoyed them, but enjoyed eating them in front of those who did not (to the extent I remember these student moralists, and can collate old faces with names in the annual alumni news, most are now high-ups and executives in the entertainment industry). Victor Davis Hanson

Voir encore:

The study of history demands nuanced thinking

Miriam Pawel

Austin American-Statesman
7-17-09

[Pawel is the author of the forthcoming book 'The Union of Their Dreams — Power, Hope and Struggle in Cesar Chavez's Farm Worker Movement.']

Cesar Chavez was not a saint. He was, at times, a stubborn authoritarian bully, a fanatical control freak, a wily fighter who manufactured enemies and scapegoats, a mystical vegetarian who healed with his hands, and a union president who wanted his members to value sacrifice above higher wages.

He was also a brilliant, inspirational leader who changed thousands of lives as he built the first successful union for farmworkers, a consummate strategist singularly committed to his vision of helping the poor — a vision that even those close to him sometimes misunderstood.

That one man embodies such complexity and contradictions should be a key lesson underlying any history curriculum: Students should learn to think in shades of gray, to see heroes as real people, and to reject the dogma of black and white.

That sort of nuanced thinking appears largely absent from the debate over whether Cesar Chavez should be taught in Texas schools. Two of the six reviewers appointed to assess Texas’ social studies curriculum recently deemed Chavez an inappropriate role model whose contributions and stature have been overstated. Their critiques suggested he should be excised, not glorified. Their opponents pounced on the comments in an ongoing ideological and political dispute that clearly is far more sweeping than Chavez’s proper place in the classroom.

But the debate over Chavez and how his story is taught exemplifies the dangers of oversimplification and the absence of critical thinking.

His supporters are at fault as well as his detractors. For years, they have mythologized Chavez and fiercely fended off efforts to portray him in less than purely heroic terms. The hagiography only detracts from his very real, remarkable accomplishments. In an era when Mexican Americans were regarded as good for nothing more than the most back-breaking labor, Chavez mobilized public support and forced agribusiness to recognize the rights of farmworkers. His movement brought farmworkers dignity and self-respect, as well as better wages and working conditions. In California, he pushed through what remains today the most pro-labor law in the country, the only one granting farmworkers the right to organize and petition for union elections.

Chavez’s legacy can be seen in the work of a generation of activists and community organizers who joined the farmworker crusade during the 1960s and ’70s, a movement that transformed their lives. They, in turn, have gone on to effect change across the country, most recently playing key roles in the Obama presidential campaign.

The decline of the union Chavez founded and the ultimate failure of the United Farm Workers to achieve lasting change in the fields of California — much less expand into a national union — is part of the Chavez legacy, too. Chavez himself played a role in that precipitous decline, and students of history should not follow his example and blame the failures solely on outside forces and scapegoats.

Chavez, an avid reader of history, preserved an extraordinary record of his own movement: For years, he ordered that all documents, tapes and pictures be sent to the Walter P. Reuther Library at Wayne State University in Detroit, the nation’s preeminent labor archive. Chavez told people he wanted the history of his movement to be saved and studied — warts and all.

Those lessons should be taught in classrooms everywhere. – See more at: http://hnn.us/article/107517#sthash.NSesFPOF.dpuf

Voir encore:

Amid Chants of ‘¡Huelga!,’ an Embodiment of Hope
Hero Worship Abounds in ‘Cesar Chavez’

A. O. Scott

The NYT

MARCH 27, 2014

“Cesar Chavez,” directed by Diego Luna, is a well-cast, well-intentioned movie that falls into the trap that often awaits film biographies of brave and widely admired individuals. The movie is so intent on reminding viewers of its subject’s heroism that it struggles to make him an interesting, three-dimensional person, and it tells his story as a series of dramatic bullet points, punctuated by black-and-white footage, some real, some simulated, of historical events.

In spite of these shortcomings, Mr. Luna’s reconstruction of the emergence of the United Farm Workers organization in the 1960s unfolds with unusual urgency and timeliness. After a rushed beginning — in which we see Chavez (Michael Peña) arguing in a Los Angeles office and moving his family to Delano, a central California town, before we fully grasp his motives — we settle in for a long, sometimes violent struggle between the workers and the growers. Attempted strikes are met with intimidation and brutality, from the local sheriff and hired goons, and Chavez and his allies (notably Dolores Huerta, played by Rosario Dawson) come up with new tactics, including a public fast, a march from Delano to Sacramento and a consumer boycott of grapes.

As is customary in movies like this, we see the toll that the hero’s commitment takes on his family life. His wife, Helen (America Ferrera), is a steadfast ally, but there is tension between Chavez and his oldest son, Fernando (the only one of the couple’s eight children with more than an incidental presence on screen). Fernando (Eli Vargas) endures racist bullying at school and suffers from his father’s frequent absences. Their scenes together are more functional than heartfelt, fulfilling the requirement of allowing the audience a glimpse at the private life of a public figure.

We also venture into the household of one of Chavez’s main antagonists, a landowner named Bogdonovich, played with sly, dry understatement by John Malkovich. He is determined to break the incipient union, and the fight between the two men and their organizations becomes a national political issue. Senator Robert F. Kennedy (Jack Holmes) takes the side of the workers, while the interests of the growers are publicly defended by Ronald Reagan, shown in an archival video clip describing the grape boycott as immoral, and Richard Nixon. Parts of “Cesar Chavez” are as rousing as an old folk song, with chants of “¡Huelga!” and “¡Sí, se puede!” ringing through the theater. Although it ends, as such works usually do, on a note of triumph, the film, whose screenplay is by Keir Pearson and Timothy J. Sexton, does not present history as a closed book. Movies about men and women who fought for social change — “Mandela: Long Walk to Freedom” is a recent example — treat them less as the radicals they were than as embodiments of hope, reconciliation and consensus.

Though Cesar Chavez, who died in 1993, has been honored and celebrated, the problems he addressed have hardly faded away. The rights of immigrants and the wages and working conditions of those who pick, process and transport food are still live and contentious political issues.

And if you read between the lines of Mr. Luna’s earnest, clumsy film, you find not just a history lesson but an argument. The success of the farm workers depended on the strength of labor unions, both in the United States and overseas, and the existence of political parties able to draw on that power. What the film struggles to depict, committed as it is to the conventions of hagiography, is the long and complex work of organizing people to defend their own interests. You are invited to admire what Cesar Chavez did, but it may be more vital to understand how he did it.

“Cesar Chavez” is rated PG-13 (Parents strongly cautioned). Strong language and scenes of bloody class struggle.

Voir encore:

The Madness of Cesar Chavez
A new biography of the icon shows that saints should be judged guilty until proved innocent.
Caitlin Flanagan
The Atlantic
Jun 13 2011,

Once a year, in the San Joaquin Valley in Central California, something spectacular happens. It lasts only a couple of weeks, and it’s hard to catch, because the timing depends on so many variables. But if you’re patient, and if you check the weather reports from Fresno and Tulare counties obsessively during the late winter and early spring, and if you are also willing, on very little notice, to drop everything and make the unglamorous drive up (or down) to that part of the state, you will see something unforgettable. During a couple of otherworldly weeks, the tens of thousands of fruit trees planted there burst into blossom, and your eye can see nothing, on either side of those rutted farm roads, but clouds of pink and white and yellow. Harvest time is months away, the brutal summer heat is still unimaginable, and in those cool, deserted orchards, you find only the buzzing of bees, the perfumed air, and the endless canopy of color.

I have spent the past year thinking a lot about the San Joaquin Valley, because I have been trying to come to terms with the life and legacy of Cesar Chavez, whose United Farm Workers movement—born in a hard little valley town called Delano—played a large role in my California childhood. I spent the year trying, with increasing frustration, to square my vision of him, and of his movement, with one writer’s thorough and unflinching reassessment of them. Beginning five years ago, with a series of shocking articles in the Los Angeles Times, and culminating now in one of the most important recent books on California history, Miriam Pawel has undertaken a thankless task: telling a complicated and in many ways shattering truth. That her book has been so quietly received is not owing to a waning interest in the remarkable man at its center. Streets and schools and libraries are still being named for Chavez in California; his long-ago rallying cry of “Sí, se puede” remains so evocative of ideas about justice and the collective power of the downtrodden that Barack Obama adopted it for his presidential campaign. No, the silence greeting the first book to come to terms with Chavez’s legacy arises from the human tendency to be stubborn and romantic and (if the case requires it) willfully ignorant in defending the heroes we’ve chosen for ourselves. That silence also attests to the way Chavez touched those of us who had any involvement with him, because the full legacy has to include his singular and almost mystical way of eliciting not just fealty but a kind of awe. Something cultlike always clung to the Chavez operation, and so while I was pained to learn in Pawel’s book of Chavez’s enthrallment with an actual cult—with all the attendant paranoia and madness—that development makes sense.

In the face of Pawel’s book, I felt compelled to visit the places where Chavez lived and worked, although it’s hard to tempt anyone to join you on a road trip to somewhere as bereft of tourist attractions as the San Joaquin Valley. But one night in late February, I got a break: someone who’d just driven down from Fresno told me that the trees were almost in bloom, and that was all I needed. I took my 13-year-old son, Conor, out of school for a couple of days so we could drive up the 99 and have a look. I was thinking of some things I wanted to show him, and some I wanted to see for myself. It would be “experiential learning”; it would be a sentimental journey. At times it would be a covert operation.

One Saturday night, when I was 9 or 10 years old, my parents left the dishes in the sink and dashed out the driveway for their weekend treat: movie night. But not half an hour later—just enough time for the round trip from our house in the Berkeley Hills to the United Artists theater down on Shattuck—they were right back home again, my mother hanging up her coat with a sigh, and my father slamming himself angrily into a chair in front of The Bob Newhart Show.

What happened?

“Strike,” he said bitterly.

One of the absolute rules of our household, so essential to our identity that it was never even explained in words, was that a picket line didn’t mean “maybe.” A picket line meant “closed.” This rule wasn’t a point of honor or a means of forging solidarity with the common man, someone my father hoped to encounter only in literature. It came from a way of understanding the world, from the fierce belief that the world was divided between workers and owners. The latter group was always, always trying to exploit the former, which—however improbably, given my professor father’s position in life—was who we were.

In the history of human enterprise, there can have been no more benevolent employer than the University of California in the 1960s and ’70s, yet to hear my father and his English-department pals talk about the place, you would have thought they were working at the Triangle shirtwaist factory. Not buying a movie ticket if the ushers were striking meant that if the shit really came down, and the regents tried to make full professors teach Middlemarch seminars over summer vacation, the ushers would be there for you. As a child, I burned brightly with the justice of these concepts, and while other children were watching Speed Racer or learning Chinese jump rope, I spent a lot of my free time working for the United Farm Workers.

Everything about the UFW and its struggle was right-sized for a girl: it involved fruits and vegetables, it concerned the most elementary concepts of right and wrong, it was something you could do with your mom, and most of your organizing could be conducted just outside the grocery store, which meant you could always duck inside for a Tootsie Pop. The cement apron outside a grocery store, where one is often accosted—in a manner both winsome and bullying—by teams of Brownies pressing their cookies on you, was once my barricade and my bully pulpit.

Of course, it had all started with Mom. Somewhere along the way, she had met Cesar Chavez, or at least attended a rally where he had spoken, and that was it. Like almost everyone else who ever encountered him, she was spellbound. “This wonderful, wonderful man,” she would call him, and off we went to collect clothes for the farmworkers’ children, and to sell red-and-black UFW buttons and collect signatures. It was our thing: we loved each other, we loved doing little projects, we had oceans of free time (has anyone in the history of the world had more free time than mid-century housewives and their children?), and we were both constitutionally suited to causes that required grudge-holding and troublemaking and making things better for people in need. Most of all, though, we loved Cesar.

In those heady, early days of the United Farm Workers, in the time of the great five-year grape strike that started in 1965, no reporter, not even the most ironic among them, failed to remark upon, if not come under, Chavez’s sway. “The Messianic quality about him,” observed John Gregory Dunne in his brilliant 1967 book, Delano, “is suggested by his voice, which is mesmerizing—soft, perfectly modulated, pleasantly accented.” Peter Matthiessen’s book-length profile of Chavez, which consumed two issues of The New Yorker in the summer of 1969, reported: “He is the least boastful man I have ever met.” Yet within this self-conscious and mannered presentation of inarticulate deference was an ability to shape both a romantic vision and a strategic plan. Never since then has so great a gift been used for so small a cause. In six months, he took a distinctly regional movement and blasted it into national, and then international, fame.

The ranchers underestimated Chavez,” a stunned local observer of the historic Delano grape strike told Dunne; “they thought he was just another dumb Mex.” Such a sentiment fueled opinions of Chavez, not just among the valley’s grape growers—hardworking men, none of them rich by any means—but among many of his most powerful admirers, although they spoke in very different terms. Chavez’s followers—among them mainline Protestants, socially conscious Jews, Berkeley kids, white radicals who were increasingly rootless as the civil-rights movement transformed into the black-power movement—saw him as a profoundly good man. But they also understood him as a kind of idiot savant, a noble peasant who had risen from the agony of stoop labor and was mysteriously instilled with the principles and tactics of union organizing. In fact he’d been a passionate and tireless student of labor relations for a decade before founding the UFW, handpicked to organize Mexican Americans for the Community Service Organization, a local outfit under the auspices of no less a personage than Saul Alinsky, who knew Chavez well and would advise him during the grape strike. From Alinsky, and from Fred Ross, the CSO founder, Chavez learned the essential tactic of organizing: the person-by-person, block-by-block building of a coalition, no matter how long it took, sitting with one worker at a time, hour after hour, until the tide of solidarity is so high, no employer can defeat it.

Chavez, like all the great ’60s figures, was a man of immense personal style. For a hundred reasons—some cynical, some not—he and Robert Kennedy were drawn to each other. The Kennedy name had immense appeal to the workers Chavez was trying to cultivate; countless Mexican households displayed photographs of JFK, whose assassination they understood as a Catholic martyrdom rather than an act of political gun violence. In turn, Chavez’s cause offered Robert Kennedy a chance to stand with oppressed workers in a way that would not immediately inflame his family’s core constituency, among them working-class Irish Americans who felt no enchantment with the civil-rights causes that RFK increasingly embraced. The Hispanic situation was different. At the time of the grape strike, Mexican American immigration was not on anyone’s political radar. The overwhelming majority of California’s population was white, and the idea that Mexican workers would compete for anyone’s good job was unheard-of. The San Joaquin Valley farms—and the worker exploitation they had historically engendered—were associated more closely with the mistreatment of white Okies during the Great Depression than with the plight of any immigrant population.

Kennedy—his mind, like Chavez’s, always on the political promise of a great photograph—flew up to Delano in March 1968, when Chavez broke his 25-day fast, which he had undertaken not as a hunger strike, but as penance for some incidents of UFW violence. In a Mass held outside the union gas station where Chavez had fasted, the two were photographed, sitting next to Chavez’s wife and his mantilla-wearing mother, taking Communion together (“Senator, this is probably the most ridiculous request I ever made in my life,” said a desperate cameraman who’d missed the shot; “but would you mind giving him a piece of bread?”). Three months later, RFK was shot in Los Angeles, and a second hagiographic photograph was taken of the leader with a Mexican American. A young busboy named Juan Romero cradled the dying senator in his arms, his white kitchen jacket and dark, pleading eyes lending the picture an urgency at once tragic and political: The Third of May recast in a hotel kitchen. The United Farm Workers began to seem like Kennedy’s great unfinished business. The family firm might have preferred that grieving for Bobby take the form of reconsidering Teddy’s political possibilities, but in fact much of it was channeled, instead, into boycotting grapes.

That historic grape boycott eventually ended with a rousing success: three-year union contracts binding the Delano growers and the farmworkers. After that, the movement drifted out of my life and consciousness, as it did—I now realize—for millions of other people. I remember clearly the night my mother remarked (in a guarded way) to my father that the union had now switched its boycott from grapes to … lettuce. “Lettuce?” he squawked, and then burst out in mean laughter. I got the joke. What was Chavez going to do now, boycott each of California’s agricultural products, one at a time for five years each? We’d be way into the 21st century by the time they got around to zucchini. And besides, things were changing—in the world, in Berkeley, and (in particular, I thought) at the Flanagans’. Things that had appeared revolutionary and appealing in the ’60s were becoming weird or ugly in the ’70s. People began turning inward. My father, stalwart Vietnam War protester and tear-gasee, turned his concern to writing an endless historical novel about 18th-century Ireland. My mother stopped worrying so much about the liberation of other people and cut herself into the deal: she left her card table outside the Berkeley Co-op and went back to work. I too found other pursuits. Sitting in my room with the cat and listening over and over to Carly Simon’s No Secrets album—while staring with Talmudic concentration at its braless cover picture—was at least as absorbing as shaking the Huelga can and fretting about Mexican children’s vaccination schedules had once been. Everyone sort of moved on.

I didn’t really give any thought to the UFW again until the night of my mother’s death. At the end of that terrible day, when my sister and I returned from the hospital to our parents’ house, we looked through the papers on my mother’s kitchen desk, and there among the envelopes from the many, many charities she supported (she sent each an immediate albeit very small check) was one bearing a logo I hadn’t seen in years: the familiar black-and-red Huelga eagle. I smiled and took it home with me. I wrote a letter to the UFW, telling about my mom and enclosing a check, and suddenly I was back.

Re-upping with the 21st-century United Farm Workers was fantastic. The scope of my efforts was so much larger than before (they encouraged me to e-blast their regular updates to everyone in my address book, which of course I did) and the work so, so much less arduous—no sitting around in parking lots haranguing people about grapes. I never got off my keister. Plus, every time a new UFW e-mail arrived—the logo blinking, in a very new-millennium way, “Donate now!”—and I saw the pictures of farmworkers doing stoop labor in the fields, and the stirring photographs of Cesar Chavez, I felt close to my lost mother and connected to her: here I am, Mom, still doing our bit for the union.

And then one morning a few years later, I stepped out onto the front porch in my bathrobe, picked up the Los Angeles Times, and saw a headline: “Farmworkers Reap Little as Union Strays From Its Roots.” It was the first article in a four-part series by a Times reporter named Miriam Pawel, and from the opening paragraph, I was horrified.

I learned that while the UFW brand still carried a lot of weight in people’s minds—enough to have built a pension plan of $100 million in assets but with only a few thousand retirees who qualified—the union had very few contracts with California growers, the organization was rife with Chavez nepotism, and the many UFW-funded business ventures even included an apartment complex in California built with non-union labor. I took this news personally. I felt ashamed that I had forwarded so many e-mails to so many friends, all in the service, somehow, of keeping my mother’s memory and good works alive, and all to the ultimate benefit—as it turned out—not of the workers in the fields (whose lives were in some ways worse than they had been in the ’60s), but rather of a large, shadowy, and now morally questionable organization. But at least, I told myself, none of this has in any way impugned Cesar himself: he’d been dead more than a decade before the series was published. His own legacy was unblighted.

Or so it seemed, until my editor sent me a copy of The Union of Their Dreams, Pawel’s exhaustively researched, by turns sympathetic and deeply shocking, investigation of Chavez and his movement, and in particular of eight of the people who worked most closely with him. Through her in-depth interviews with these figures—among them a prominent attorney who led the UFW legal department, a minister who was one of Chavez’s closest advisers, and a young farmworker who had dedicated his life to the cause—Pawel describes the reality of the movement, not just during the well-studied and victorious period that made it famous, but during its long, painful transformation to what it is today. Her story of one man and his movement is a story of how the ’60s became the ’70s.

To understand Chavez, you have to understand that he was grafting together two life philosophies that were, at best, an idiosyncratic pairing. One was grounded in union-organizing techniques that go back to the Wobblies; the other emanated directly from the mystical Roman Catholicism that flourishes in Mexico and Central America and that Chavez ardently followed. He didn’t conduct “hunger strikes”; he fasted penitentially. He didn’t lead “protest marches”; he organized peregrinations in which his followers—some crawling on their knees—arrayed themselves behind the crucifix and effigies of the Virgin of Guadalupe. His desire was not to lift workers into the middle class, but to bind them to one another in the decency of sacrificial poverty. He envisioned the little patch of dirt in Delano—the “Forty Acres” that the UFW had acquired in 1966 and that is now a National Historic Landmark—as a place where workers could build shrines, pray, and rest in the shade of the saplings they had tended together while singing. Like most ’60s radicals—of whatever stripe—he vastly overestimated the appeal of hard times and simple living; he was not the only Californian of the time to promote the idea of a Poor People’s Union, but as everyone from the Symbionese Liberation Army to the Black Panthers would discover, nobody actually wants to be poor. With this Christ-like and infinitely suffering approach to some worldly matters, Chavez also practiced the take-no-prisoners, balls-out tactics of a Chicago organizer. One of his strategies during the lettuce strike was causing deportations: he would alert the immigration authorities to the presence of undocumented (and therefore scab) workers and get them sent back to Mexico. As the ’70s wore on, all of this—the fevered Catholicism and the brutal union tactics—coalesced into a gospel with fewer and fewer believers. He moved his central command from the Forty Acres, where he was in constant contact with workers and their families—and thus with the realities and needs of their lives—and took up residence in a weird new headquarters.

Located in the remote foothills of the Tehachapi Mountains, the compound Chavez would call La Paz centered on a moldering and abandoned tuberculosis hospital and its equally ravaged outbuildings. In the best tradition of charismatic leaders left alone with their handpicked top command, he became unhinged. This little-known turn of events provides the compelling final third of Pawel’s book. She describes how Chavez, the master spellbinder, himself fell under the spell of a sinister cult leader, Charles Dederich, the founder of Synanon, which began as a tough-love drug-treatment program and became—in Pawel’s gentle locution—“an alternative lifestyle community.” Chavez visited Dederich’s compound in the Sierras (where women routinely had their heads shaved as a sign of obedience) and was impressed. Pawel writes:

Chavez envied Synanon’s efficient operation. The cars all ran, the campus was immaculate, the organization never struggled for money.

He was also taken with a Synanon practice called “The Game,” in which people were put in the center of a small arena and accused of disloyalty and incompetence while a crowd watched their humiliation. Chavez brought the Game back to La Paz and began to use it on his followers, among them some of the UFW’s most dedicated volunteers. In a vast purge, he exiled or fired many of them, leaving wounds that remain tender to this day. He began to hold the actual farmworkers in contempt: “Every time we look at them,” he said during a tape-recorded meeting at La Paz, “they want more money. Like pigs, you know. Here we’re slaving, and we’re starving and the goddamn workers don’t give a shit about anything.”

Chavez seemed to have gone around the bend. He decided to start a new religious order. He flew to Manila during martial law in 1977 and was officially hosted by Ferdinand Marcos, whose regime he praised, to the horror and loud indignation of human-rights advocates around the world.

By the time of Chavez’s death, the powerful tide of union contracts for California farmworkers, which the grape strike had seemed to augur, had slowed to the merest trickle. As a young man, Chavez had set out to secure decent wages and working conditions for California’s migrant workers; anyone taking a car trip through the “Salad Bowl of the World” can see that for the most part, these workers have neither.

For decades, Chavez has been almost an abstraction, a collection of gestures and images (the halting speech, the plaid shirt, the eagerness to perform penance for the smallest transgressions) suggesting more an icon than a human being. Here in California, Chavez has reached civic sainthood. Indeed, you can trace a good many of the giants among the state’s shifting pantheon by looking at the history of one of my former elementary schools. When Berkeley became the first city in the United States to integrate its school system without a court order, my white friends and I were bused to an institution in the heart of the black ghetto called Columbus School. In the fullness of time, its name was changed to Rosa Parks School; the irony of busing white kids to a school named for Rosa Parks never seemed fully unintentional to me. Now this school has a strong YouTube presence for the videos of its Cesar Chavez Day play, an annual event in which bilingual first-graders dressed as Mexican farmworkers carry Sí, Se Puede signs and sing “De Colores.” The implication is that just as Columbus and Parks made their mark on America, so did Chavez make his lasting mark on California.

In fact, no one could be more irrelevant to the California of today, and particularly to its poor, Hispanic immigrant population, than Chavez. He linked improvement of workers’ lives to a limitation on the bottomless labor pool, but today, low-wage, marginalized, and exploited workers from Mexico and Central America number not in the tens of thousands, as in the ’60s, but in the millions. Globalization is the epitome of capitalism, and nowhere is it more alive than in California. When I was a child in the ’60s, professional-class families did not have a variety of Hispanic workers—maids, nannies, gardeners—toiling in and around their households. Most faculty wives in Berkeley had a once-a-week “cleaning lady,” but those women were blacks, not Latinas. A few of the posher families had gardeners, but those men were Japanese, and they were employed for their expertise in cultivating California plants, not for their willingness to “mow, blow, and go.”

Growing up here when I did meant believing your state was the most blessed place in the world. We were certain—both those who lived in the Republican, Beach Boys paradises of Southern California and those who lived in the liberal enclaves of Berkeley and Santa Monica—that our state would always be able to take care of its citizens. The working class would be transformed (by dint of the aerospace industry and the sunny climate) into the most comfortable middle class in the world, with backyard swimming pools and self-starting barbecue grills for everyone. The poor would be taken care of, too, whether that meant boycotting grapes, or opening libraries until every rough neighborhood had books (and Reading Lady volunteers) for everyone.

But all of that is gone now.

The state is broken, bankrupt, mean. The schools are a misery, and the once-famous parks are so crowded on weekends that you might as well not go, unless you arrive at first light to stake your claim. The vision of civic improvement has given way to self-service and consumer indulgence. Where the mighty Berkeley Co-op once stood on Shattuck and Cedar—where I once rattled the can for Chavez, as shoppers (each one a part owner) went in to buy no-frills, honestly purveyed, and often unappealing food—is now a specialty market of the Whole Foods variety, with an endless olive bar and a hundred cheeses.

When I took my boy up the state to visit Cesar’s old haunts, we drove into the Tehachapi Mountains to see the compound at La Paz, now home to the controversial National Farm Workers Service Center, which sits on a war chest of millions of dollars. The place was largely deserted and very spooky. In Delano, the famous Forty Acres, site of the cooperative gas station and of Chavez’s 25-day fast, was bleak and unvisited. We found a crust of old snow on Chavez’s grave in Keene, and a cold wind in Delano. We spent the night in Fresno, and my hopes even for the Blossom Trail were low. But we followed the 99 down to Fowler, tacked east toward Sanger, and then, without warning, there we were.

“Stop the car,” Conor said, and although I am usually loath to walk a farmer’s land without permission, we had to step out into that cloud of pale color. We found ourselves in an Arthur Rackham illustration: the boughs bending over our heads were heavy with white blossoms, the ground was covered in moss that was in places deep green and in others brown, like worn velvet. I kept turning back to make sure the car was still in sight, but then I gave up my last hesitation and we pushed deeper and deeper into the orchard, until all we could see were the trees. At 65 degrees, the air felt chilly enough for a couple of Californians to keep their sweaters on. In harvest season, the temperature will climb to over 100 degrees many days, and the rubbed velvet of the spring will have given way to a choking dust. Almost none of the workers breathing it will have a union contract, few will be here legally, and the deals they strike with growers will hinge on only one factor: how many other desperate people need work. California agriculture has always had a dark side. But—whether you’re eating a ripe piece of fruit in your kitchen or standing in a fairy-tale field of blossoms on a cool spring morning—forgetting about all of that is so blessedly easy. Chavez shunned nothing more fervently than the easy way; and nothing makes me feel further away from the passions and certainty of my youth than my eagerness, now, to take it.
Caitlin Flanagan’s book Girl Land will be published in January 2012.

Voir enfin:

Why the ‘Cesar Chavez’ biopic matters now
Cindy Y. Rodriguez
CNN
March 28, 2014

New York (CNN) — Cesar Chavez is something of a national icon.

His face is on a U.S. postage stamp. Countless statues, murals, libraries, schools, parks and streets are named after him — he even has his own national monument. He was on the cover of Time magazine in 1969. A naval ship was named after him. The man even has his own Google Doodle and Apple ad.

Yet his footprint in American history is widely unknown and that’s exactly the reason why actor-turned-director Diego Luna decided to produce a movie about his life.

"I was really surprised that there wasn’t already a film out about Chavez’s life, so that’s why I spent the past four years making this and hope the country will join me in celebrating his life and work," Diego Luna said during Tuesday’s screening of "Cesar Chavez: An American Hero" in New York. The movie opens nationwide on Friday.

After seeing farm workers harvesting the country’s food unable to afford feeding their own families — let alone the deplorable working conditions they faced — Chavez decided to act.

He and Dolores Huerta co-founded what’s now known as the United Farm Workers. They became the first to successfully organize farm workers while being completely committed to nonviolence.

Without Chavez, California’s farm workers wouldn’t have fair wages, lunch breaks and access to toilets or clean water in the fields. Not to mention public awareness about the dangers of pesticides to farm workers and helping outlaw the short-handled hoe. Despite widespread knowledge of its dangers, this tool damaged farm workers’ backs.

His civil rights activism has been compared to that of Martin Luther King Jr. and Mahatma Gandhi.

Difficult conditions in America’s fields

But as the film successfully highlights Chavez’s accomplishments, viewers will also be confronted with an uncomfortable truth about who picks their food and under what conditions.

Unfortunately, Chavez’s successes don’t cross state lines.

States such as New York, where farm workers face long hours without any overtime pay or a day of rest, are of concern for human rights activist Kerry Kennedy, president of the Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights.

The Kennedys have been supporters of the UFW since Sen. Robert Kennedy broke bread with Chavez during the last day of his fast against violence in 1968.

"New York is 37 years behind California. Farm workers here can be fired if they tried collective bargaining," Kennedy said after the "Cesar Chavez" screening. "We need a Cesar Chavez."

California is still the only state where farm workers have the right to organize.

Kennedy is urging the passing of the Farmworkers Fair Labor Practices Act, which would give farm workers the right to one day of rest each week, time-and-a-half pay for work past an eight-hour day, as well as unemployment, workers’ compensation and disability insurance.

It’s not just New York. Farm workers across the country face hardship. In Michigan’s blueberry fields, there’s a great deal of child labor, Rodriguez said.

"Because they’re paid by piece-rate, it puts a lot of stress on all family members to chip in. Plus, families work under one Social Security number because about 80% of the farm worker population is undocumented," Rodriguez added.

That’s why the UFW and major grower associations worked closely with the Senate’s immigration reform bill to include special provisions that would give farm workers legal status if they continued to work in agriculture.

"Farm workers shouldn’t struggle so much to feed their own families, and we can be part of that change," Luna said.

A national holiday in honor Chavez?

To help facilitate that change, Luna and the film’s cast — Michael Peña as Chavez, America Ferrera as his wife, Helen, and Rosario Dawson as labor leader Dolores Huerta — have been trekking all over the country promoting the film and a petition to make Chavez’s birthday on March 31 a national holiday.

"We aren’t pushing Cesar Chavez Day just to give people a day off. It’s to give people a ‘day on’ because we have a responsibility to provide service to our communities," United Farm Workers president Arturo Rodriguez told CNN.

In 2008, President Barack Obama showed his support for the national holiday and even borrowed the United Farm Workers famous chant "Si Se Puede!’ — coined by Dolores Huerta — during his first presidential campaign.

Obama endorsed it again in 2012, when he created a national monument to honor Chavez, but the resolution still has to be passed by Congress to be recognized as a national holiday.

Right now, Cesar Chavez Day is recognized only in California, Texas and Colorado.
Political activist Dolores Huerta Political activist Dolores Huerta

Huerta, 83, is still going strong in her activism and has also helped promote the film. She said she wishes the film could have included more history, but she knows it’s impossible.

"There were so many important lessons in the film. All the sacrifices Cesar and his wife, Helen, had to make and the obstacles we had to face against the police and judges. We even had people that were killed in the movement but we were still able to organize," Huerta said.

Actor Tony Plana, who attending the New York screening, knew the late Chavez and credited him with the launch of his acting career. Plana, known for his role as the father on ABC’s "Ugly Betty" TV series, said his first acting gig was in the UFW’s theatrical troupe educating and helping raising farm workers’ awareness about their work conditions.

"I’ve waited more than 35 years for this film to be made, and I can’t tell you how honored I am to finally see it happen," Plana told CNN.

It’s not that there wasn’t interest in making the biopic before: Hollywood studios and directors have approached the Chavez family in the past, but the family kept turning them down, mainly for two reasons.

"Well, first Cesar didn’t want to spend the time making the film because there was so much work to do, and he was hesitant on being singled out because there were so many others that contributed to the UFW’s success," said Rodriguez.

It wasn’t until Luna came around and asked the Chavez family how they felt the movie should be made that the green light was given. But when it came time to getting the funding to produce the film, Hollywood was not willing.

"Hopefully this film will send a message to Hollywood that our [Latino] stories need to be portrayed in cinema," Luna added.

"Latinos go to the movies more than anyone else, but we’re the least represented on screen. It doesn’t make any sense," Dawson told CNN.

In 2012, Hispanics represented 18% of the movie-going population but accounted for 25% of all movies seen, according to Nielsen National Research Group.

"I hope young people use the power of social media to help spread the word about social change," Dawson said.

"There is power in being a consumer and boycotting. If we want more as a community, we need to speak up."


Ecoutes: Avec Hollande, la Stasi, c’est maintenant ! (Yes, we can tap your phones, too: After Obama administration, France’s socialists pull an NSA phone-tap trick on their opponents)

22 mars, 2014
http://21stcenturywire.com/wp-content/uploads/2013/05/2013-05-01-Obama-Wiretapping.pnghttps://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-ash3/t1.0-9/148840_4080342903973_1657063545_n.jpgMa propre ville de Chicago a compté parmi les villes à la politique locale la plus corrompue de l’histoire américaine, du népotisme institutionnalisé aux élections douteuses. Barack Obama (Nairobi, Kenya, 2006)
La vérité, c’est tout simplement que le pouvoir socialiste ne tombera pas comme un fruit mûr. Et ceux qui laissent entendre que nous pouvons, c’est-à-dire nous la droite, revenir au pouvoir dans les mois qui viennent, ou même dans les deux années qui viennent se trompent, et trompent les Français. François Hollande (France inter, 1983)
J’ai appris hier avec stupéfaction et colère les aveux de Jérôme Cahuzac devant les juges. Il a trompé les plus hautes autorités du pays: le chef de l’Etat, le chef du gouvernement, le Parlement et à travers lui tous les Français. (…) J’affirme ici que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence et il a quitté le gouvernement à ma demande dès l’ouverture d’une information judiciaire. François Hollande (3 avril 2013)
Nous avons les preuves que le président a été parfaitement informé le 15 (…) Le 18, Edwy Plenel informe l’Elysée qu’ils ont toutes les preuves. Et Edwy Plenel est un ami personnel du président, ils ont même écrit un bouquin ensemble. (…)  je dis que le président, entre le 4 et le 18 décembre, a l’ensemble des informations lui permettant de se rendre compte que des preuves graves – selon lesquelles Jérôme Cahuzac détenait un compte en Suisse – existent.  Charles de Courson (président UDI de la commission Cahuzac)

 

Je vous l’assure : à l’instant où je l’ai appris, j’ai mis toute mon énergie pour faire en sorte que ce problème soit réglé. (…) Je peux vous affirmer que je n’étais au courant de rien à propos de ce rapport de l’inspection générale des services fiscaux avant qu’il n’y ait des fuites dans la presse. Barack Obama (16 mai 2013)
Beaucoup, à gauche comme à droite, soupçonnent Yves Bertrand d’avoir été la pièce maîtresse d’un cabinet noir piloté par Dominique de Villepin au service de Jacques Chirac. En essayant d’étouffer certaines affaires ou au contraire en soufflant sur les braises, YB aurait protégé l’ancien président de la République et déstabilisé ses ennemis ou concurrents. (…) Autres courroies de transmission entre l’Elysée et Yves Bertrand : Philippe Massoni, successivement préfet de police de Paris et chargé de mission pour les questions de sécurité auprès de Chirac à l’Elysée. (…) Dans les carnets secrets, on découvre l’ampleur des moyens déployés pour mettre hors jeu Charles Pasqua et Lionel Jospin dans la course à la présidentielle de 2002. Dès janvier 2000, le Premier ministre et son entourage (jusqu’à sa cousine germaine) font l’objet d’un véritable acharnement. La vie privée de chacun est passée à la loupe. (…) Nicolas Sarkozy n’a pas été épargné. Y compris lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Dès qu’il le pourra, Sarkozy se débarrassera d’ailleurs de l’inoxydable Bertrand-qui avait résisté à huit ministres de l’Intérieur et deux cohabitations-en l’exilant, en janvier 2004, à l’Inspection générale de l’administration. (…) Yves Bertrand est un pur produit de la vieille école RG. Celle d’une police politique qui n’hésitait pas à regarder par les trous de serrure. Cheveux poivre et sel tirant sur le blanc, à 64 ans, l’homme qui ressemble plus à un habitué des thés dansants qu’à un James Bond a commencé sa carrière sous le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin en faisant la chasse aux gauchistes. Ce qui ne l’empêchera pas d’être nommé à la tête des RG en 1992 par les socialistes.(…) Bertrand a su devancer les demandes inavouables des politiques de droite comme de gauche tout en leur faisant comprendre qu’il pouvait devenir leur pire fléau. (…) Pour faire la sale besogne, le patron des RG pouvait compter sur une poignée de fonctionnaires dévoués dont les noms apparaissent régulièrement dans ses carnets. On y croise aussi des barbouzes et quelques journalistes affidés, qui sont parfois rémunérés, comme le montrent les sommes d’argent en regard de certains noms. La presse, Yves Bertrand la fréquente assidûment. Chaque jour, il déjeune avec un journaliste ou en reçoit un dans son bureau. Certains le voient entre une et trois fois par mois. Les carnets secrets sont un effarant voyage sous les jupes de la République. On pourrait en sourire si ce travail de basse police n’avait parfois brisé des carrières, faussé le jeu démocratique et même détruit des vies. Le Point
François Hollande (…) a été élevé chez les frères De 4 à 11 ans, Hollande est élève chez les Frères des écoles chrétiennes Saint Jean-Baptiste de La Salle à Rouen. Son père était d’extrême droite George, qui dirige une clinique ORL, a été candidat malheureux en 1959 et en 1965 aux élections municipales de Rouen, sur une liste d’extrême droite. Il soutient l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, ancien camelot du roi, croix-de-feu. Il a affiché des sympathie pro-OAS et déteste le général de Gaulle. « Georges, en 1944, a été mobilisé quelques mois et garde de cette période une certaine fidélité au maréchal Pétain », écrit Raffy. La mère de François Hollande se sent, elle, proche de la gauche. (…) A 14 ans, il déménage de Rouen vers Neuilly-sur-Seine. Au lycée Pasteur, il compte parmi ses bons copains de classe Christian Clavier et Thierry Lhermitte. En première, Gérard Jugnot et Michel Blanc rejoindront la classe. Quand ils montent une troupe lycéenne, Hollande ne les suit pas. Il est trop sérieux pour cela. La troupe deviendra « Le Splendid ». Hollande, avec un autre choix, aurait peut-être terminé dans « Les Bronzés »… (…) Il entre à l’Elysée comme conseiller fantôme de Jacques Attali En mai 1981, Jacques Attali, sherpa de Mitterrand pour les sommets internationaux, a droit à deux conseillers officiels, des quadras rémunérés sur le budget de l’Elysée, Jean-Louis Bianco et Pierre Morel ; et à deux conseillers officieux : de jeunes hauts fonctionnaires rémunérés par leurs corps d’origine, tribunal administratif et Cour des comptes : Ségolène Royal et François Hollande. (…) Il se fait passer pour Caton, auteur d’un pamphlet téléguidé En 1983, Hollande a 29 ans, il est directeur de cabinet de Max Gallo, porte-parole du gouvernement de Pierre Mauroy. Mitterrand a une idée machiavélique : faire écrire un pamphlet par un prétendu leader de droite, mais qui se cacherait derrière un pseudonyme, Caton, et qui en réalité discréditerait la droite. Le journaliste André Bercoff accepte de tenir la plume ; le livre s’appelle ‘De la reconquête’. Pour ne pas qu’on reconnaisse Bercoff, Hollande accepte de prêter sa voix pour une interview de ‘Caton’ à France Inter. Rue 89
Sous la présidence Bush, Obama avait dénoncé comme un scandale un programme de collecte d’informations bien plus limité, qui permettait à la NSA d’espionner sans mandat judiciaire les conversations exclusivement vers l’étranger (et non au sein même des Etats-Unis) d’individus suspectés de terrorisme. Voir le même homme politique, devenu président, justifier la collecte systématique d’informations sur l’ensemble des citoyens américains montre son hypocrisie et son absence de principes. Or, aussi curieux que cela paraisse, lorsqu’un homme qui a démontré qu’il a ce type de caractère vous explique qu’il ne vous veut aucun mal, il n’est pas toujours universellement cru. (…) Pour le dire autrement, s’il fallait vraiment admettre que l’Etat rassemble toutes les informations sur les conversations téléphoniques et l’activité Internet des individus, beaucoup d’Américains auraient préféré que ce pouvoir ne soit pas donné à une équipe qui a utilisé les services fiscaux pour affaiblir ses opposants politiques ; placé sous écoute des dizaines de journalistes et les parents d’au moins l’un d’entre eux ; et fait envoyer en prison, sous un prétexte, l’auteur innocent d’une vidéo Youtube dont le président avait fait le bouc émissaire de sa propre inaction lors de l’attaque meurtrière d’un consulat américain. Sébastien Castellion
Il s’agit d’une information judiciaire traitée par des magistrats du siège (…) Il s’agit de juges du siège indépendants sans relation avec la Chancellerie et par conséquent la réponse est très claire, je n’avais pas l’information avant. Christiane Taubira
A l’occasion des révélations du Monde. Manuel Vals
Si on n’a rien à cacher, il n’y a pas de problème à être écouté. Benoît Hamon
On me met sur écoute en septembre 2013 pour des faits supposés de corruption qui auraient été commis en 2007! On le fait, non parce que l’on dispose d’indices, mais parce que l’on espère en trouver. Aujourd’hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu’elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France. Suis-je en droit de m’interroger sur ce qui est fait de la retranscription de mes conversations? Je sais, la ministre de la Justice n’était pas au courant, malgré tous les rapports qu’elle a demandés et reçus. Le ministre de l’Intérieur n’était pas au courant, malgré les dizaines de policiers affectés à ma seule situation. De qui se moque-t-on? Nicolas Sarkozy

Attention: une police politique peut en cacher une autre !

Après l’Administration Obama, qui, après avoir tant critiqué son prédécesseur pour ses actions prétendument liberticides, lance le fisc sur ses opposants politiques et met sur écoute ses journalistes et la planète entière chefs d’Etat amis compris …

Et au-delà du cas particulier d’un ancien président et héritier d’une génération d’hommes politiques qui, entre la Mairie de Paris et la direction de l’Etat, sera l’une des plus corrompues de l’histoire …

Comment ne pas voir l’incroyable gémellité avec un gouvernement Hollande qui non content d’avoir imposé l’aberration du mariage homosexuel avant plus tard l’adoption et les mères porteuses pour tous …

Multiplie les mensonges d’Etat et fait à présent écouter, à l’instar de la véritable petite Stasi que les RG supprimés par son successeur avait été notamment pour les années Chirac, les adversaires politiques qu’il avait tant fustigés pour atteintes supposées aux libertés publiques et pour leurs frasques ?

Nicolas Sarkozy : «Ce que je veux dire aux Français»

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy en appelle aux «principes sacré de notre République».

Le Figaro

20/03/2014

«J’ai longuement hésité avant de prendre la parole. D’abord, parce que je sais qu’il existe des sujets prioritaires pour nos compatriotes, à commencer par l’explosion du chômage. Ensuite, parce que, depuis deux ans, je me suis tenu à la décision de silence et de retrait que j’avais annoncée au soir du second tour de l’élection présidentielle de 2012. Contrairement à ce qui s’écrit quotidiennement, je n’éprouve nul désir de m’impliquer aujourd’hui dans la vie politique de notre pays. Je ne suis animé par aucune velléité de revanche et ne ressens nulle amertume à l’endroit des Français qui m’ont fait l’immense honneur de me confier, durant cinq ans, les rênes de notre pays. J’ai par ailleurs trop conscience des peines, des souffrances et des inquiétudes qu’endurent chaque jour tant de nos compatriotes pour ne pas mesurer la chance qui m’a si souvent accompagné tout au long de ma vie. Cette réalité mêlée à mon tempérament fait qu’aussi loin que je m’en souvienne je n’ai jamais aimé me plaindre. À 59 ans, il est sans doute trop tard pour changer. En tout cas, sur ce point…

Et pourtant, je crois qu’il est aujourd’hui de mon devoir de rompre ce silence. Si je le fais, c’est parce que des principes sacrés de notre République sont foulés aux pieds avec une violence inédite et une absence de scrupule sans précédent. Si je le fais par le moyen de l’écrit et non celui de l’image, c’est parce que je veux susciter la réflexion et non l’émotion.

Qui aurait pu imaginer que, dans la France de 2014, le droit au respect de la vie privée serait bafoué par des écoutes téléphoniques? Le droit au secret des conversations entre un avocat et son client volontairement ignoré? La proportionnalité de la réponse pénale, au regard de la qualité des faits supposés, violée? La présomption d’innocence désacralisée? La calomnie érigée en méthode de gouvernement? La justice de la République instrumentalisée par des fuites opportunément manipulées?

Que chacun réfléchisse à ce bref inventaire car demain il pourra, à son tour, être concerné. C’est de moi qu’il s’agit aujourd’hui. Je ne suis pas une victime. Je peux me défendre. Je peux en appeler au bon sens des Français, de gauche comme de droite. Tous n’auront pas et n’ont pas cette chance.

Ancien président de la République, je suis devenu un citoyen comme les autres. C’est la règle démocratique. Qui d’ailleurs pourrait prétendre que je l’ai, si peu que cela soit, enfreinte? En vingt mois, j’ai subi quatre perquisitions qui ont mobilisé trois juges et quatorze policiers. J’ai été interrogé durant vingt-trois heures parce que l’on me suspectait d’avoir profité de la faiblesse d’une vieille dame! Des milliers d’articles rédigés à charge ont été publiés. Sur le sujet, que reste-t-il de cette boue complaisamment répandue? Rien, si ce n’est une décision de non-lieu après que toutes les investigations possibles ont été engagées. J’ai eu envie de crier: «Tout cela pour cela.» Mais je n’ai rien dit au nom du devoir que me créent les responsabilités qui furent les miennes. J’ai tout accepté, confiant dans la justice et surtout dans la vérité.

Et que dire de la prétendue affaire Karachi où, après des années d’enquête, les magistrats ont fini par découvrir que je n’y avais, au final, assumé aucune responsabilité. Là aussi, cela n’a pas empêché des centaines d’articles à charge.

Puis l’on s’est aperçu que j’avais été le seul de tous les candidats à avoir dépassé, durant la campagne présidentielle de 2012, les montants de dépenses autorisés! De ce fait, je fus reconnu fautif d’un dépassement de 2,1 %. La sanction fut, pour la première fois dans l’histoire de la République, la suppression de 100 % des financements publics. Le 9 juillet 2013, il nous a fallu rembourser 11,3 millions d’euros, dont j’étais caution à titre personnel. Grâce aux soutiens de 137.000 Français et à la mobilisation de ma famille politique, ce fut réalisé en deux mois. Comment leur dire mon immense reconnaissance? Cette fois encore, je n’ai rien dit. J’ai tout accepté.

Sans l’ombre d’une preuve et contre toute évidence, me voici accusé d’avoir fait financer ma campagne de 2007 par M. Kadhafi. On a parlé d’un virement de 50 millions d’euros! Un détail… Après des mois d’enquête, des dizaines de commissions rogatoires, la justice n’a trouvé ni virement, ni banque de départ, ni banque d’arrivée. Toute l’accusation repose sur les témoignages «crédibles» du fils de M. Kadhafi et de son entourage, sans doute une référence morale, et de celui de M. Takieddine, dont on connaît aujourd’hui le passif judiciaire.

J’ai déposé plainte contre Mediapart pour faux et usage de faux à la suite de la publication d’un faux grossier. Ma plainte a paru suffisamment crédible pour que ses dirigeants soient placés par la justice sous statut de témoin assisté.

Le simple bon sens devrait amener à considérer que la guerre que nous avons conduite en Libye a duré dix mois. Durant cette période, si M. Kadhafi avait eu le moindre document à utiliser contre moi, pourquoi ne l’a-t-il pas fait, alors même que j’étais le chef de la coalition contre lui?

Or voici que j’apprends par la presse que tous mes téléphones sont écoutés depuis maintenant huit mois. Les policiers n’ignorent donc rien de mes conversations intimes avec ma femme, mes enfants, mes proches. Les juges entendent les discussions que j’ai avec les responsables politiques français et étrangers. Les conversations avec mon avocat ont été enregistrées sans la moindre gêne. L’ensemble fait l’objet de retranscriptions écrites dont on imagine aisément qui en sont les destinataires!

Ajoutant l’illégalité à l’illégalité, on n’hésite pas à publier des extraits tronqués et mensongers de ces mêmes enregistrements. Qui a donné ces documents alors même qu’aucun avocat n’a accès à la procédure? Les seuls détenteurs en sont les juges ou les policiers… Sont-ils au-dessus des lois sur le secret de l’instruction?

On me met sur écoute en septembre 2013 pour des faits supposés de corruption qui auraient été commis en 2007! On le fait, non parce que l’on dispose d’indices, mais parce que l’on espère en trouver. Aujourd’hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu’elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi. Il ne s’agit pas des agissements de tel dictateur dans le monde à l’endroit de ses opposants. Il s’agit de la France.

Suis-je en droit de m’interroger sur ce qui est fait de la retranscription de mes conversations? Je sais, la ministre de la Justice n’était pas au courant, malgré tous les rapports qu’elle a demandés et reçus. Le ministre de l’Intérieur n’était pas au courant, malgré les dizaines de policiers affectés à ma seule situation. De qui se moque-t-on? On pourrait en rire s’il ne s’agissait de principes républicains si fondamentaux. Décidément, la France des droits de l’homme a bien changé…

Heureusement, des milliers d’avocats, quelles que soient leurs sensibilités, ont décidé que trop, c’était trop. Avec le bâtonnier à leur tête, ils veulent faire entendre cette vérité qu’un avocat dans l’exercice de ses fonctions doit être protégé de la même manière qu’un journaliste. Dans la République, on n’écoute pas les journalistes, pas davantage que les avocats dans l’exercice de leurs fonctions!

Mais cela n’est pas tout. Mon propre avocat se trouve accusé d’avoir abusé de son influence auprès de notre juridiction suprême. Cette fois, fini de rire, car c’est à pleurer d’indignation. Son «crime»: être l’ami depuis trente ans d’un avocat général à la Cour de cassation, un des plus fameux juristes de France, à qui il a demandé des avis sur la meilleure stratégie de défense pour son client. Le problème, c’est que le client, c’est moi. Alors «le conseil» devient un «trafic d’influence» supposé. Peu importe que ce magistrat ne puisse exercer la moindre influence sur une chambre criminelle dans laquelle il ne siège pas. Détail, encore, que le gouvernement monégasque ait solennellement déclaré qu’il n’y avait jamais eu la moindre intervention. Dérisoire, le fait que le poste, auquel ce magistrat postulait pour après sa retraite, ait été pourvu un mois avant qu’il ait pensé à en signaler l’existence à mon avocat.

Tout ceci ne résiste pas à l’évidence. Eh bien, cela n’a pas empêché trois juges et vingt policiers de multiplier les perquisitions aux domiciles et au bureau de mon avocat, quatorze heures durant! Après avoir démonté sa machine à laver et exigé, qu’au moment de sa douche, à 6 h 30 du matin, il laissât la porte ouverte. La juge en charge est repartie avec ses téléphones. Dois-je considérer comme une anecdote le fait que cette magistrate soit membre du Syndicat de la magistrature? Ce syndicat désormais célèbre pour avoir affiché dans ses locaux le tristement fameux «mur des cons», où j’occupe une place de choix! Dois-je considérer qu’il s’agit d’un exercice serein et impartial de la justice? Augmenterai-je la gravité de mon cas en informant mes lecteurs que l’un des juges qui enquêtent sur le prétendu financement Kadhafi est celui-là même qui a signé, en juin 2012, l’appel des quatre-vingt-deux juges d’instruction, dont le ciblage de ma personne et de ma politique est transparent? Au moins dois-je être tranquillisé sur la clarté des opinions politiques d’un magistrat dont le devoir est pourtant d’enquêter à charge et à décharge. Pour la charge, je crois que l’on peut être confiant, mais pour la décharge… Quel justiciable voudrait connaître une situation semblable?

Et pourtant, envers et contre tout, je garde confiance dans l’institution judiciaire, dans l’impartialité de l’immense majorité des juges, dans la capacité de la justice à ne pas se laisser instrumentaliser.

Mon propos n’est pas de me plaindre. Je ne demande à personne de s’apitoyer sur mon sort. Ce texte est un appel à la conscience, aux convictions, aux principes de tous ceux qui croient en la République.

Aux Français qui n’ont pas voté pour moi, je demande d’oublier mon cas personnel et de penser à la République et à la France. Au nom de leurs propres convictions, peuvent-ils accepter ces violations répétées de nos principes les plus chers?

À ceux qui me sont attachés, je veux dire que je n’ai jamais trahi leur confiance. J’accepte tous les combats à condition qu’ils soient loyaux. Je refuse que la vie politique française ne fasse place qu’aux coups tordus et aux manipulations grossières.

Je veux affirmer que je n’ai jamais demandé à être au-dessus des lois, mais que je ne peux accepter d’être en dessous de celles-ci.

Enfin, à tous ceux qui auraient à redouter mon retour, qu’ils soient assurés que la meilleure façon de l’éviter serait que je puisse vivre ma vie simplement, tranquillement… au fond, comme un citoyen «normal»!»

Voir aussi:

Ces métiers indispensables qui n’existeraient plus sans secret professionnel

Habitués aux violations perpétuelles du secret de l’instruction, on aurait tendance à oublier que les secrets sont nécessaires dans certaines professions.

Atlantico

15 mars 2014

Atlantico : Suite à la révélation par Le Monde des écoutes de Nicolas Sarkozy et de son avocat, Me Herzog, le ministre délégué de l’Economie sociale et solidaire, Benoît Hamon, a déclaré "quand on a rien à se reprocher, ce n’est pas grave d’être sur écoute". Avoir un secret est-il devenu répréhensible ? Cela ne revient-il pas à assimiler le secret au mensonge ?

Françoise Gouzvinski : Ce n’est pas parce qu’on a un corps sculptural qu’on ouvre sa salle de bain à tout le monde… qu’on y soit nu ou pas d’ailleurs. On garde des choses pour soi pour avoir un lieu intime, à soi, qui permet d’être et de penser librement (Arendt : "le moi pensant vit toujours caché" (Hannah Arendt. La vie de l’esprit. Paris, P.U.F.1992. p.190) ou encore P. Aulagnier : "se préserver le droit et la possibilité de créer des pensées et plus simplement de penser, exige que l’on s’arroge celui de choisir les pensées que l’on communique et celles que l’on garde secrètes: c’est là une condition vitale (c’est l’auteur qui souligne) pour le fonctionnement du Je" (P. Aulagnier. Un interprète en quête de sens. p 229).

En l’espèce ce qui est en cause est la confiance attribuée au médium support de la transmission de l’information : téléphone, Internet ou dossiers papiers, etc. dont la démocratie, mais aussi la société devrait garantir qu’ils sont, selon les termes de J. P. Chrétien Goni des supports à "verrous de dévoilement contrôlé" (Goni-Chrétien : Le système du secret, Observations sur la pratique généralisée du secret. Paris EPE, Le Groupe familial, n°19, 1996). Tout montre que ce n’est pas "toujours" le cas (cf. paradigme du "risque" traité chez Ulrich Beck "La société du risque"). On vit alors, à juste titre, la surprise de ne pas se trouver seul (ou à deux) dans la salle de bain, comme une effraction. Donc avoir des choses secrètes et savoir les garder n’est pas répréhensible, au contraire, c’est un gage d’intelligence. Je suis convaincue que Monsieur Hamon le sait. Ce qui est grave et sérieux par contre c’est d’être mis sur écoute à son insu ; c’est pourquoi seule la justice peut décider d’une procédure qui prive le citoyen concerné de son droit à l’information.

Pour votre seconde question qui est plus morale – cela nécessiterait en soi un développement sur la notion du Vrai, mais aussi de la Honte – il faut savoir que depuis la nuit des temps, le fait de détenir un secret excite la curiosité. Encore si personne ne sait que vous avez un secret, cela pourra mettre quelques lustres avant qu’on ne le découvre, l’explore, le sonde… Mais si, comme c’est le cas pour la politique, votre fonction vous amène nécessairement à en faire (des secrets), l’effet paranoïaque alentour est décuplé. On suspecte celui qui a un secret ; on spécule, on fantasme… on a très probablement un peu peur. Vous l’avez vu jusqu’à présent je n’ai pas abordé la question du contenu du secret. Je vous parle de l’enveloppe, mais non de ce qu’il y a dedans. Alors le contenu qu’il soit vrai ou faux, louable ou répréhensible, c’est une autre question. Il y a des tas de gens qui conservent des secrets peut-être faux, répréhensibles il n’en demeure pas moins que cela peut être leur droit du moment qu’ils ne sont pas contraints par la loi à les dévoiler. Par contre que certaines personnes soient plus habiles (perverses ?) à dissimuler, cela ne fait aucun doute. Le droit au respect de la vie privée, comme le droit au secret professionnel sont des droits qui sont là pour protéger probablement ceux ou celles qui n’ont pas forcément les capacités à garder pour eux, à penser, à trouver des solutions, à élaborer tout seul.

Didier Martz : Au préalable, la notion de secret est particulièrement galvaudée. Le secret, à l’origine, c’est ce que personne ne peut connaître ou ne doit connaître. C’est la réalité profonde, énigmatique de quelqu’un, son intimité qui rend la relation possible. Le secret est pour ainsi dire sacré.

Aujourd’hui on appelle "secret" le fait de détenir une information et de la garder secrète. Evidemment, on passe assez facilement dans le champ de la morale : reproche, mensonge et au "quand on n’a rien à se reprocher !" La question est d’abord politique et juridique à savoir est-ce que les citoyens ont le droit de savoir ou non, d’être éclairé pour exercer leur citoyenneté ? Et par conséquent, quels sont les contre-pouvoirs chargés d’apporter ces lumières ? Médias, chercheurs, juristes…

Certains métiers nécessitent d’être garants de pouvoir garder des secrets : avocats, journalistes, médecins etc. Ces métiers pourraient-ils exister sans secret ? Pourquoi ?

Françoise Gouzvinski : Le secret professionnel garantit l’usager c’est-à-dire celui qui confie son information au professionnel et ne saurait protéger une profession. Il appartient aux professionnels de ne pas révéler ce qu’on leur a confié. En l’occurrence il n’est pas nécessaire de se "retrancher" derrière le secret professionnel mais seulement de ne pas dire en usant de celui-ci. Savoir faire usage sans faire mention évite bien des polémiques. (C’est un droit codifié à l’article 226.13 et 14 du Nouveau Code de Procédure pénale). Notons que la réforme du Code de procédure pénale a supprimé la liste des professionnels soumis au secret professionnel et généralisé l’obligation de secret professionnel en ces termes : "La révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire, est punie etc.").

L’hypothèse de la possibilité d’existence de ces métiers sans le droit au secret professionnel est caduque puisque qui songerait à se confier s’il n’était pas a priori garanti que sa confidence ne soit gardée. La question philosophique est de savoir si, en la matière, l’amitié qui n’exclut pas l’assistance et les conseils reprendrait du galon.

Didier Martz : Le secret des sources est indispensable à leur exercice et fait partie de leur déontologie. A ne pas confondre avec le partage de l’information notamment avec ceux qui sont directement concernés : le médecin doit partagé l’information avec son patient, l’avocat avec son client, les médias avec ses lecteurs.

Le politique est lui sous un autre régime d’où la nécessité de contre-pouvoirs.

De quoi le secret est-il garant dans ces cas-là ?

Françoise Gouzvinski : Il est le garant que la personne qui a confié à… un professionnel en l’occurrence, reste détenteur de l’usage de ce qu’il a confié, et donc conserve sa subjectivité. La personne qui a recours à un professionnel pour penser ensemble un événement difficile à traiter en soi, acquiert le discernement et conserve le pouvoir de choisir à qui et comment elle souhaitera le "médiatiser" à quelqu’un d’autres, ou quelques autres éventuellement. Il appartient au professionnel d’être garant de l’étanchéité des lieux où sont confiés ou échangés des propos.

Didier Martz : De l’exercice de ces métiers. Sinon on est dans un régime totalitaire.

Quelles relations secret et démocratie entretiennent-ils ? Peut-on dire que la possibilité du secret est inhérente à la démocratie ?

Françoise Gouzvinski : On se rapprochera pour approfondir cette relation avec grand intérêt aux rapports "Transparence et secrets" (“Transparences et secrets” Etudes et documents – La Documentation Voltaire N° 47, 1995) produits par les travaux de la CADA (Commission d’accès aux documents administratifs). Voilà le tableau qu’il présente :

Il paraît évident que, pour ne pas vivre dans une société totalitaire et poussant à la délation, le respect de la vie privée est un fondement de la démocratie (voir aussi G. Simmel dans "Secret et sociétés secrètes"). L’Etat même s’il tend vers la transparence du fonctionnement publique conserve toujours des zones de fonctionnement secrètes, déclarées ou non, comme le citoyen. Pour que se joue la démocratie il faut que le droit de poser des questions reste actif. La démocratie doit garantir le respect du droit pour tous, mais chacun ou chacune peut être interrogé par la Justice. Les efforts réalisés depuis les années 80 vont dans l’appropriation par le citoyen de droits analogues visant à lui permettre à lui aussi d’interroger le fonctionnement publique.

Attention au sophisme. Le secret est inhérent au totalitarisme, et on le voit sur ce tableau aux sociétés traditionnelles presque plus qu’aux sociétés démocratiques libérales. Au passage cela permet de remiser la remarque de Monsieur Hamon au sein d’une société "innocente", euphémisme pour parler des sociétés sans Etat.

Didier Martz : Au prétexte de démocratie, on veut rendre tout transparent, tout exposable. On est allé même chez certains hommes ou femmes politiques déclarer qu’on avait un vélo ! C’est comme dit Debray devenu le règne de l’obscène. Et la mort de la démocratie. La transparence est devenue le leit-motiv de la postmodernité : on avoue tout partout, partout on se repend, on s’expose publiquement aux jugements du troupeau.

Quels risques prend-on à établir une distinction entre bons et mauvais secrets ? Quelqu’un peut-il seulement en décider ?

Françoise Gouzvinski : Un Secret (une information à caractère secret) obéit selon J. P. Chrétien-Goni à une double logique ; une tendance à l’enfouissement, une tendance à la propagation. Tenter de garder secret et le mouvement insidieux et lent agira dans le sens d’une révélation ; décider de dire, de révéler et l’oubli viendra faire œuvre. Je le répète, cette double logique autour d’un même événement ou propos, œuvre quelque soit sa qualité. Le droit français a fort bien négocié la question du bon ou mauvais secret, donnant quelques rares exceptions au "droit au secret" au moins jusqu’en ce début de siècle. Les mauvais secrets commencent à être listés de façon de plus en plus importantes dès lors que la société devient sécuritaire et que tout ou presque peut être qualifié de menace. Plus une société allonge la liste et distingue en lieu et place de ses sujets ce qui est "on à garder" de ce qui est "mauvais" et justifie d’être dévoilé, plus elle augmente son pouvoir d’aliénation sur les individus, et se rapproche d’un modèle anti-démocratique. A la question de savoir si quelqu’un peut en décider, il faut bien reconnaître que les lois font autorité et que le débat public est le cadre de leur exercice, de leurs mises en critique, en tensions et de leurs évolutions. Si la société tend à être confiante dans ses institutions elle devrait n’avoir besoin que de très peu de gardes fous pour que chaque individu, quelque soit son identité, se sente protégé. Les médias participent de ce travail et je vais vous étonner, mais je demeure assez confiante.

Didier Martz : A supposer qu’il y a une instance, un groupe, une commission… que sais-je encore possédant les dits secrets et en charge de décréter ceux qui sont bons ou non et par conséquent publiables ou non.

La question est à mettre en rapport avec la notion de vérité et la façon dont elle s’établit. Il n’y a pas de vérité en soi, ni de secret bon ou mauvais en soi. Elle se construit continûment via le débat démocratique notamment.

Propos recueillis par Marianne Mura


France/USA: Sous les pavés des bonnes intentions, l’enfer socialiste (Where PC meets overweening government power, a terrible politics is born)

16 mars, 2014
http://www.weeklystandard.com/sites/all/files/imagecache/cover-small/magazines/coverimages/v19-27.Mar24.Cover_.jpgThere is nothing to drive a population rightward like the softening of its putatively conservative party. Most people in any society would like to be considered easy-going and accommodating. They will say the proper, tolerant things as long as they are confident someone else is willing to endure the social stigma of being the humorless keeper of order. When people lose confidence there is anyone more conservative hiding in the woodwork, they reluctantly take on the embarrassing job of expressing conservative thoughts themselves. That is what happened with the Tea Party. (…) About a year ago, though, the Manif pour Tous movement began to harden. Cast adrift from the French political system with no weapon but their numbers and their good intentions, by turns ignored and calumniated by an unpopular but steely government, certain marchers began to see the beautiful soul of Frigide Barjot as more of a liability than an asset. She was frozen out of her leadership position, replaced by Ludovine de la Rochère, an officer of the Jérôme-Lejeune Foundation. At the March 2013 demonstration of the Manif pour Tous, the one that drew 1.4 million people and ran for miles down the Avenue de la Grande Armée, police blocked the route. A group of marchers tried to end-run a police blockade and enter the Champs-Élysées, a nonauthorized parade route, to the chagrin of Barjot and some of the movement’s more orderly leaders. A businesswoman named Béatrice Bourges backed the marchers. (…) The French government has been speaking about sexual matters almost nonstop for two years now without ever giving a satisfactory explanation of its philosophy. So incoherent has Hollande been that many commentators assume he has chosen sex and gender arbitrarily, as a means of diverting attention from his economic-policy failures, or, more ambitiously, following a Leninist strategy of sowing confusion in the public. Compare him with Barack Obama. The president has backed gay marriage on the grounds that marriage is such a noble institution that it ought to be opened to everybody—a grounds that, while debatable, is also perfectly straightforward. Hollande appears bizarre by contrast. He married neither Ségolène Royal, the mother of his four children, nor Valérie Trierweiler, the journalist whom he publicly acknowledged as his companion in 2010. Nor has he announced any plans to marry Julie Gayet, the actress for whom he evicted Trierweiler from the Elysée Palace. He has shown himself willing to risk civil strife over an institution he does not believe in in the first place. (…) Political correctness came late to France, but the country has made up for lost time. France is now at the nadir of politically correct Zhdanovism, the stage America reached in about 1991, when Anita Hill accused Clarence Thomas of harassment at his Supreme Court confirmation hearing, Antioch College required lovers making passes at one another to obtain verbal or written consent at each “base,” people said things such as “differently abled,” and elementary schools raised the consciousness of children by forcing them to read Heather Has Two Mommies. Yet PC has acquired institutional redoubts in France that it never did in the United States, and it now appears almost invincible. This may have to do with France’s Jacobin tradition, which centralizes everything governmental and discourages wiggle room. Right now the Ministry of Education is conducting a monomaniacal campaign to persuade schoolchildren that there is no difference whatsoever between boys and girls, other than the ones they have been taught by a sexist culture. The ministry aims to fight centuries of sexism and bigotry through a kind of counter-brainwashing: giving girls trucks and balls, boys bottles and dolls, and turning Little Red Riding Hood into a boy. So much for Vive la différence. Opponents call such teachings la théorie du genre, or gender theory. In February, conservative UMP leader Jean-François Copé publicly criticized a list of books that were either required or suggested for use in schools. It was a bold move, a real coup, and might have had more effect on French voters had not the UMP already introduced a certain amount of gender theory to the schools under Sarkozy. The books Copé publicized included Does Miss Zazie Have a Peepee?, Daddy Wears a Dress, and Everybody’s Naked!, which contained vivid pictures of children and adults (“The babysitter is naked,” “The policeman is naked,” “The teacher is naked”) and promptly rose to number one on Amazon’s French website. Two things turned the controversy over théorie du genre into a scandal. The first is that education minister Peillon and his associates claimed there was no such thing. Peillon professed himself “absolutely against” gender theory; he was just for teaching children about the interchangeability of the sexes at ever-younger ages. “You mustn’t confuse it with gender studies,” said women’s rights minister Najat Vallaud-Belkacem. “What they’re teaching [kids] is the values of the republic,” said finance minister Pierre Moscovici, “those of the Universal Declaration of Human Rights.” They were, it turns out, taking their voters for dummies. The conservative television gadfly Éric Zemmour claimed that what was being taught came not from child psychology but from gay political activism. The new school materials were “carbon copies” of activist documents, he said, and he began to produce them: a plan to have the national railways “educate against homophobia,” memos from the Socialist party group Homosexuality and Socialism, last year’s government “Teychenné Report” on “LGBT-phobic Discrimination in Schools.” The théorie du genre was the principle on which the government had been legislating in practice for the past two years—why on earth wouldn’t they avow it? If you accept that sexuality is chosen, not given, then there’s no shame in taking steps to broaden the options on a child’s sexual menu. It was obvious to everyone except the government that this new vision of the Rights of Man was precisely what parents did not accept. Normally in such circumstances, confronted with dug-in resistance, the government would adopt a more-in-sorrow-than-in-anger tone and explain that the country was changing. It was getting more diverse. Our schoolbooks had to be opened to a greater variety of people. .  .  . But apparently there was a limit to diversity. In the weekly Marianne, the journalist Éric Conan noted a striking omission in this dynamic, multicultural time. “The Ministry of Education and the editors,” he wrote, “have carefully avoided Mohammed Has Two Daddies or Fadela Has Two Mommies.” (…) One of the mysteries of contemporary French political life is that the government has institutions for combating race prejudice patterned on American ones—but without having perpetrated slavery, Jim Crow, lynching, or any of the historic misdeeds that made the corresponding American remedies necessary. The political action group SOS Racisme was founded in the mid-1980s at the urging of President Mitterrand, just after his root-and-branch reforms had led the country into an economic collapse. It was what we would call an “Astroturf” group, a top-down movement designed by leaders to be passed off as grassroots. The first leader of SOS Racisme, Harlem Désir, is now the chairman of the Socialist party. A few people at the time, most forcefully the sociologist Paul Yonnet, suggested that the campaign against racism was a bizarre priority for France, having more to do with Mitterrand’s political needs than with France’s historic responsibility. (…) As communism once did, the French antiracism movement is producing renegades. Ex-Communists often took the menace of communism more seriously than they had taken the promise in their more credulous days; their exposure to both sides of certain arguments often gave them a more profound sense of ideological battles than their contemporaries on either side. (…) In a way that no one seems willing to acknowledge, Muslim politics is a key to Belghoul’s power. Although the JRE is small, it is one of those small things with the potential to bring an entire political coalition crashing down—in a U.S. context, imagine the Democratic party if its hold on the black vote were threatened. Hollande’s government was able to ignore the mostly Catholic Manif pour Tous, no matter how large its marches got, because he had never had and did not need the votes of devout Catholics. Muslims are a different story: In the first round of the last presidential election, 57 percent voted for Hollande, versus only 7 percent for Sarkozy. What is more, their power is magnified (and that of Catholics reduced) by a system meant to respect the rights of “minorities.” Should a silent majority of Catholics, by making common cause with Muslims, gain access to the same right to be heard, they will have picked the lock that has kept them out of politics since the 1990s. (…) All Western countries are becoming less politically free, but France is doing so at a faster rate than most. The government has many tools for enforcing conformity. Twitter is capable of suppressing tweets at the request of governments in certain extreme cases, the website Atlantico reported in February, and last year, of 352 such requests worldwide, 306 came from France. Valls, the justice minister, has looked into banning Bourges’s French Spring group. The activist group Collectifdom sued the director Nicolas Bedos for opinions expressed in a magazine column that it considered an assault on “the honor of the Antilles.” These are tip-of-the-iceberg cases. And consider what happened when Valls lectured the philosopher Alain Finkielkraut on the TV talk show Des paroles et des actes in February about France’s sterling record of welcoming the uprooted—Valls’s own family from Catalonia under Franco, Finkielkraut’s from Poland and Auschwitz. Finkielkraut agreed, but said that that didn’t entitle France to ignore those of French stock—the so-called français de souche. For having used that expression (and for having expressed the worry that France was turning into “the Soviet Union of antiracism”), Finkielkraut found himself in legal trouble—two high-ranking members of the Socialist party called for a sitting of the Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, a rough French equivalent of the FCC. It is a bad sign that, when the ruling party clashes with freedom of expression in this way, the media tend to take the side of the ruling party. Le Monde’s newly active blog section has covered the popular movement against théorie du genre not as a clash of political opinions but as an epidemic of intox, or collective insanity. In column after column, the paper of the ruling class mocks people who are utterly shut out of decision-making for their attempts, necessarily based on partial information, to make sense of the mandates imposed on them. There is little attempt to address the large kernel of truth in what they say, no attempt to address directly the question of whether teachers indeed are imposing on their children an ideology about sexual matters. And there is no acknowledgment whatsoever that parents could ever have a legitimate interest in what their children are taught about sex in school. There are only restatements of the government viewpoint and worries about the mental health of its opponents. (…)  A country whose intellectual and political leaders do not distinguish between Dieudonné and Élisabeth Lévy will have a hard time either disciplining extremists or accepting constructive criticism from any quarter. France has, through political correctness, maneuvered itself into a bad position. In rough times, people fall back on what they have—savings, family, faith, various things that no decent government feels entitled to violate. What France is doing in the name of equal citizenship is ripping up every last refuge and source of identity people have. Its political leaders have met legitimate popular opposition to their plans not just with punishment but with ridicule, ostracism, and exclusion. Many of its intellectual leaders have fallen into line behind the politicians. For now, France’s leaders have managed to insulate some of their wilder schemes from popular complaint. It would be a mistake to consider that a triumph in any but the very short term. Christopher Caldwell

Mariage homosexuel, adoption pour homosexuels, théorie du genre à l’école, non-repect de la liberté d’expression …

A l’heure où, pour dénoncer les turpitudes de leurs prédécesseurs, ceux qui nous servent actuellement de dirigeants se permettent à présent eux aussi les mensonges les plus éhontés …

Pendant que, de l’autre côté de l’Atlantique, la francisation semble avancer à grand pas …

Comment ne pas voir avec le magazine de droite américain The Weekly standard …

Ce zèle de nouveau converti  avec lequel une France ayant découvert sur le tard le politiquement correct se rattrape actuellement …

Mais surtout, avec le risque de se couper un jour durablement de la population, cette étrange convergence de dirigeants et d’élites intellectuelles des deux côtés de l’Atlantique, toujours plus fermés aux problèmes réels de ladite population ?

French Undressing

Where PC meets overweening government power, a terrible politics is born

Christopher Caldwell

The Weekly Standard

March 24, 2014

Paris

On a bright Wednesday afternoon in late February a bunch of French Muslims gathered in an upstairs room at the Café du Pont Neuf on the Seine. They had summoned a group of Internet journalists before whom they intended to lay out a few grievances. Their leader, Farida Belghoul, a 55-year-old Frenchwoman of Algerian Kabyle background, is a veteran of the movement that, back in the 1980s, sought to rally North African immigrants’ children (known as beurs) behind Socialist president François Mitterrand. Belghoul was the eloquent and camera-friendly voice of the so-called Second March of the Beurs in 1984, but she drifted from view after that. She has spent the intervening years teaching, writing novels, making films, studying, and, most recently, living in Egypt. Journalists who have written about ethnicity, immigration, and left-wing politics in decades past retain a vague memory of her name.

Those who have reacquainted themselves with Belghoul in recent months have been shocked to see what has become of this onetime hope of socialism. She has seen a few things. She has drawn closer to God. And she has become the sworn enemy of the French Ministry of Education’s ideas about what children should be taught about sex. In the audience at the café, silhouetted against the windows that face across the Seine toward the towers of the Conciergerie, there were women in headscarves. But the speakers sitting at Belghoul’s side included leaders of Christian organizations, conservative politicians, a priest, and a former member of Nicolas Sarkozy’s cabinet. Many of them until quite recently thought of Muslim immigration as a menace to the Republic. All were there to pay their respects to a woman who, for now at least, has become one of the most important right-wing leaders in France.

An embitterment has entered French politics under the presidency of François Hollande, the first Socialist to run France since the last century. Voters chose Hollande in 2012 as a way of administering a slap to the brassy martinet Sarkozy, but Hollande’s popularity has fallen steadily since. The economy is flat. Hollande’s advisers—mostly people of retirement age—keep scolding the public about how they ought to work harder. The Red Bonnets, a movement of protest against the green taxes that are hitting farmers hard, have been on the march in Brittany. Economic inequality has worsened, and the Paris economist Thomas Piketty—whose new book on inequality has made bestseller lists—took to the pages of the daily Libération to describe Hollande as a “serial bumbler.” Hollande is his party’s most prominent champion of French involvement in the 28-nation superstructure of the European Union, at a time when a majority (58 percent) of Frenchmen want less of it. The country’s unemployment rate is over 10 percent, and Hollande’s approval ratings have fallen into the teens. Never in recent decades has a Western European leader been less popular.

It is not usually fruitful to compare foreign leaders with American presidents, but there is a reason Hollande hit it off so well with President Obama on his state visit last month. Both have a mild manner that is an inestimable asset when the leader of the party that likes to shake things up is courting swing voters. Both, though, are ideological adventurers, with a reverence towards what the university utopians in their party dream up, even if they are not dreamers themselves. But Obama has trump cards Hollande lacks: a reserve currency, an empire, a vast army. He also has Republican opponents who have restrained him from nominating too many Van Joneses and Debo Adegbiles. Hollande has had the personal good fortune, and the political bad fortune, to get the allies he has wished for. He has wound up beholden to the Europe-Écologie party (EELV), which is too radical for most French voters’ tastes.

It was partly at the EELV’s suggestion that Hollande went out on a limb last winter and legalized gay marriage. It was a mistake. The law has been more ferociously resisted in France than in any Western country. As with President Obama’s health care reform, the passage of the law has done nothing to settle the argument over it. The protests have continued. The problem, it is clear, was not just the law itself but also the spirit in which it was offered. “It’s a reform of society,” said justice minister Christiane Taubira in late 2012, “and you could even say a reform of civilization.” That remark, and others like it, awakened a section of political France that had been slumbering for decades—the Catholic part, the traditionalist part, the sort of people who have five kids, favor cardigans over hoodies, and can describe France as the “eldest daughter of the church” without snickering.

Unmitigated Gaul

It is hard to say what made Catholics in France more hostile to gay marriage than those in other countries. Perhaps they have been so long at a distance from power that they have not acquired the habit of political negotiation and compromise. One factor in the resistance is certainly the incentive gay marriage offers to irregular adoption. French people are uneasy about mixing up money values and human values. Surrogate motherhood is still not legal; in fact, one sees it likened to the slave trade in certain newspapers, although legal activists have sought to ease restraints on the practice.

Gay marriage in France is called mariage pour tous, “marriage for everybody.” The mostly church-inspired movement against it is called la manif pour tous, “the demonstration for everybody,” manifestation being the French for a political march or protest. After all, everybody used to be Catholic. In the spring of 1984, several hundred thousand marchers convinced François Mitterrand to withdraw his project of absorbing the country’s Catholic schools into the state system.

This was what the anti-gay-marriage protesters had in mind. The main voice of the marches when they started was Frigide Barjot, a gifted and gentle eccentric who had been growing more and more serious about her Catholic faith for a decade. Barjot was an admirer of Pope Benedict XVI. She wrote interesting memoirs, was married to the comic writer Basile de Koch (his name and hers are pseudonyms), and had even made racy music videos. She had (and retains) many gay friends, and she appeared not to have a milligram of ill-will in her body. (“Who am I to judge?” she often says, quoting the present pope.) She was good on TV and the Internet, a person of integrity, living poor as a church mouse with her husband and children in an apartment in a modest block near the Eiffel Tower. (The left-leaning city government of Paris has begun proceedings to kick them out of it; when I visited, it was crammed with dress racks and piled high with cardboard boxes.)

Barjot described gay couples as a blessing for France and even backed civil unions for them; she insisted only that every child was the product of a mother and a father and deserved to be raised that way. The universe of people ready to sign on to these views turned out to be vast. It ranged from the lay Catholic bloggers of Salon Beige to the Jérôme-Lejeune Foundation (which campaigns for those with Down syndrome) to former housing minister Christine Boutin’s pro-life group Alliance Vita. That is leaving aside Muslims, Jews, the “fundamentalist” Catholics who reject Vatican II, and those who reject gay marriage for reasons that are nonreligious.

By last winter, the Manif pour Tous showed itself capable of drawing millions—1.4 million showed up for its event in Paris in March 2013, almost double the turnout of the biggest marches in 1984. It was stunning—most polls put Mass attendance in France at around 5 percent, and Catholics themselves had come to think they were dying out. Many Catholics describe the spirit of the Manif pour Tous in exactly the same terms gays did when they began protesting after the Stonewall riots of 1969—they were shocked to discover how many people there were who felt just as they did. Some even described them as “Catholic Pride days.”

Just as Scott Brown’s election to a Massachusetts Senate seat in 2010 was assumed to signal the end of President Obama’s health reforms, these marches should have meant the end of gay marriage in France. The constitution of the Fifth Republic turns the French presidency into an elective monarchy, which was fine in 1958 when it was designed for Charles de Gaulle. But it has proved a bad fit for anybody who cannot write on his résumé: “Saved the nation in World War II.” France doesn’t have midterm elections (although the approaching municipal elections will permit the public to send a signal). It has little local ability to temper the will of the capital. What it does have, especially since 1968, is a virtually constitutional role for street protests. If you can put enough people in the street to protest a government action, the government will back down. No one understands that better than the 59-year-old Hollande, who was mentored by his party’s soixante-huitards, or ’68ers. Mitterrand had to let Catholics keep their schools in 1984. Chirac had to abandon budget cuts in 1995 and a youth jobs program in 2006.

That didn’t happen last time. The anti-gay-marriage protests of 2012 and 2013 drew record crowds, and yet the government didn’t relent. In fact, it dug in. The number of arrests at Manif pour Tous parades was high. In recent days, a Russian student has told reporters that police offered her help obtaining citizenship in exchange for spying on the movement. “The government saw it as a sign of their own virtue to have these people marching against them,” said one non-Catholic sympathizer of Frigide Barjot. If this really was a reform of civilization, then those families marching in the streets were the new civilization’s enemies.

Cold front

Oppponents often describe the social-issues protesters as being on the “extreme right” or even a “French equivalent of the Tea Party,” both of them labels that get applied to whatever force the political class is most eager to exclude. These epithets were not ones that the broad, pious, native-French upper-middle class would have chosen as descriptions of itself. In fact, these people seem to have no political allies at all—either in the center of French politics or on the extremes. The Gaullist UMP, the closest French equivalent to the U.S. Republican party, is no place for “values voters.” Sarkozy talked a good game to them but left them no less disappointed than the rest of his coalition of followers. His housing minister, Christine Boutin, the only outspoken pro-life politician in the party, has now left the party, gravitating to Christian Democracy and the world of Farida Belghoul. The party’s candidate for mayor of Paris, the yuppie ex-Sarkozy spokesperson Nathalie Kosciusko-Morizet, not only distrusts the Manif pour Tous but has demanded recantation from any candidate in her party who ever expressed the slightest sympathy for it. This included Hélène Delsol, whom Kosciusko-Morizet dropped from her list of candidates, allegedly for her links to a centrist candidate. Conservatives often speak of the political establishment as the “UMPS”—a jamming-together of the party acronyms of the Gaullists and the Socialists.

There is nothing to drive a population rightward like the softening of its putatively conservative party. Most people in any society would like to be considered easy-going and accommodating. They will say the proper, tolerant things as long as they are confident someone else is willing to endure the social stigma of being the humorless keeper of order. When people lose confidence there is anyone more conservative hiding in the woodwork, they reluctantly take on the embarrassing job of expressing conservative thoughts themselves. That is what happened with the Tea Party.

And it is part of the explanation for why the rightist National Front (FN)—which, while democratic in its conduct, has for decades spoken with fascist overtones—has gained popularity in recent years, and why 40 percent of the UMP are ready to form alliances with it, according to an IFOP poll. Purged of its anti-Semitic and some of its anti-immigrant elements by its new leader, Marine Le Pen, it is leading the polls for the upcoming European elections. But the FN never rallied to the Manif pour Tous. Some attribute this coldness to Le Pen’s excess of caution, others to a reluctance to offend the Front’s gay supporters and members. Whatever the reason, these were not the Manif’s people. The National Front’s rank and file opposed gay adoption, but only by 56 percent to 37, not far from the views of the French public at large.

About a year ago, though, the Manif pour Tous movement began to harden. Cast adrift from the French political system with no weapon but their numbers and their good intentions, by turns ignored and calumniated by an unpopular but steely government, certain marchers began to see the beautiful soul of Frigide Barjot as more of a liability than an asset. She was frozen out of her leadership position, replaced by Ludovine de la Rochère, an officer of the Jérôme-Lejeune Foundation. At the March 2013 demonstration of the Manif pour Tous, the one that drew 1.4 million people and ran for miles down the Avenue de la Grande Armée, police blocked the route. A group of marchers tried to end-run a police blockade and enter the Champs-Élysées, a nonauthorized parade route, to the chagrin of Barjot and some of the movement’s more orderly leaders. A businesswoman named Béatrice Bourges backed the marchers.

That was the beginning of Bourges’s explicitly political movement Printemps Français. The name, which means “French spring,” betrays an assumption, perhaps, that France is not much freer than the countries of the Arab world, where Bourges was born. Bourges wants to remove Hollande from office under the little-known Article 68 of the constitution for extreme dereliction of duty. She has not been specific about whether he most deserves ousting for his economic, his immigration, or his gender rights policies, nor has she been particular about whose company she travels in. In late January she organized a Day of Rage. The 17,000 people who gathered in the Place de la Bastille were not Frigide Barjot’s live-and-let-live types. There was a bit of humor. One held a sign reading “We want a state that is transparent, not a state of ‘trans’ parents.” But there was other stuff as well. “Jews!” read one placard. “France does not belong to you!”

M’Bad news

There have been incidents like this for at least 15 years in France, but they have tended to look like mere dérapages, moments when somebody loses his head and does something stupid. No longer. What seemed even two or three years ago to be only a serious potential problem has emerged as a present danger. There now exists an identifiable constituency for anti-Semitism in France. It is not necessarily broad, but it is not just a few fringe individuals, either. It is what you could call a “market.” Dieudonné M’bala M’bala, a gifted and sometimes riotously funny comic of Cameroonian descent and pronounced left-wing views, began to attack Israel and Zionism at the turn of the century, just after the second intifada and the September 11 attacks. Since then his ideology has evolved in a Farrakhanite direction and beyond. The literary scholar Robert Faurisson, France’s highest-profile denier of the Shoah, as the Holocaust is known, participated in one of Dieu-donné’s onstage routines in a striped Auschwitz-style suit. Dieudonné sings a bouncy song called “Shoah-nanas” (a homonym for “Hot Pineapple”), complete with a dance. In December he said of one of his journalistic critics, “When I hear him talk, Patrick Cohen, I think .  .  . you know .  .  . the gas chambers .  .  . too bad .  .  .”

Dieudonné’s defenders often say he is not anti-Semitic, only “anti-system.” But at times like now, when France’s “system” seems bent on dismantling its old institutions and adapting its culture to the cyber-economy, the system has suited Dieudonné fairly well. He churns out homemade videos that get millions of hits on his theater’s website, on YouTube, and on EgalitéetReconciliation.fr. This last is the brainchild of Alain Soral, a bestselling underground author, the brother of a famous Swiss actress, and an inspired provocateur. In one sense he resembles the television commentator Glenn Beck, an apostle of autodidacticism who offers his presumably angry viewers long reading lists with which to arm themselves intellectually—in Soral’s case, an interesting mix of left and right that includes Kropotkin, Ezra Pound, the contemporary economist Satyajit Das, the Dréyfusard Bernard Lazare, and the Marxist philosopher Pierre Clouscard. But whereas Beck’s books are mostly attacks on Woodrow Wilson or New Deal statism, many of Soral’s favorites question the whole modern order, and would have been found congenial by French fascists in the 1930s. He, too, spends a good deal of his energy thinking about Zionism. He has moved from Communism to the National Front to what he calls a “national socialism à la française.”

At the turn of the year, word spread that Dieudonné was about to take a particularly rebarbative show on tour. Interior minister Manuel Valls—the Socialist party’s only public figure with a reputation for being tough on crime—decided to come down on him like a ton of bricks. Valls sought to have the show banned before it even opened. When the city of Nantes, the first stop on the tour, refused to ban it, on the grounds that this would constitute prior restraint, the Conseil d’État—a sort of supreme court that operates out of the country’s executive branch—overruled it. Tax authorities raided Dieudonné’s house.

The public’s response was nothing like what the government might have anticipated. Valls, who had started the week as the most popular politician in France, saw his approval ratings plummet. The French pollster BVA showed his approval among young people, who are disproportionately of immigrant background, falling from 61 percent to 37 percent. It may be that they were unnerved by the government’s weakness—the realization that it required the entire disciplinary apparatus of the state to constrain one Afro-French vaudevillian. On the other hand, they may have been unnerved by the government’s presumption. France’s tools for disciplining opinion have been so wantonly overused that many who sincerely deplored Dieudonné’s views may have felt they had less to lose from his opinions than from giving the state more means of control.

In such a context, though, the Day of Rage alarmed even the government’s most vocal opponents. They saw it as a pointless squandering of the Manif movement’s hard-earned reputation for constructive engagement, and a foolish opening, intentional or not, to extremists. The Figaro columnist Ivan Rioufol, usually a slashing opponent of political correctness and conformism, called the demonstration “the example not to follow” and faulted Bourges for failing to distance herself from the wackos a protest movement inevitably draws. Bourges said afterwards that she hadn’t seen the worst offending placards during the march. Rioufol had been used by the mainstream media, she said, adding: “The people are almost pre-revolutionary.” She insisted that channeling people’s rage was not the same thing as violence. What she didn’t do was apologize.

In this she sounded a bit like the Ukrainian boxer and political activist (and now presidential candidate) Wladimir Klitschko, who, when asked by the Guardian in January whether it bothered him to protest alongside the occasionally anti-Semitic extremist Oleh Tyahnybok, replied: “In order to land a punch, you need to bring your fingers together into a fist. We need to join all of our forces together. That is the only way that we can win.” In other words, no, it didn’t bother him. There are suddenly a lot of people talking and thinking this way in France. In forming political alliances, the extremism of one’s allies is becoming a second-order consideration.

A week after the Day of Rage, the Manif pour Tous held a much larger, much milder demonstration, amid threats from Valls that there would be a massive police reaction to any excesses. The following day, the Hollande government withdrew a law on the family that would have eased adoption rules and given new rights to stepparents. This occasioned another “day of rage” against Hollande, this one coming from his own party’s left wing. Was it the quiet, decent side or the unsavory side of French conservatism that had brought about this reversal? Was it the gentle Christians or the fuming radicals? Both sides claimed the credit.

Everybody’s naked

The French government has been speaking about sexual matters almost nonstop for two years now without ever giving a satisfactory explanation of its philosophy. So incoherent has Hollande been that many commentators assume he has chosen sex and gender arbitrarily, as a means of diverting attention from his economic-policy failures, or, more ambitiously, following a Leninist strategy of sowing confusion in the public. Compare him with Barack Obama. The president has backed gay marriage on the grounds that marriage is such a noble institution that it ought to be opened to everybody—a grounds that, while debatable, is also perfectly straightforward. Hollande appears bizarre by contrast. He married neither Ségolène Royal, the mother of his four children, nor Valérie Trierweiler, the journalist whom he publicly acknowledged as his companion in 2010. Nor has he announced any plans to marry Julie Gayet, the actress for whom he evicted Trierweiler from the Elysée Palace. He has shown himself willing to risk civil strife over an institution he does not believe in in the first place.

(A question that has interested French observers somewhat more is how the chubby 59-year-old has had such success as a .  .  . a .  .  . you could almost call him a sexagenarian. French women tend to explain it with reference to Hollande’s sense of humor, which is legendary in political circles. Une femme qui rit, runs the French proverb, est à moitié dans ton lit. If you can make a woman laugh, you’ve got her halfway into bed.)

On the eve of Hollande’s visit to the Vatican in January, which came just days after his household reshuffle, 120,000 Catholics wrote an online petition to Pope Francis, asking him to raise a long list of grievances with their president: a 1993 law against “hindering an abortion,” which has been used against antiabortion protesters and carries a prison sentence of up to two years; the desecration of churches by the Pussy Riot-style Ukrainian feminist group Femen; and the stated wish of the minister of education, Vincent Peillon, to “free the student of all determinisms.” This last bit of bureaucratic mumbo jumbo may not sound like much. But it is what drew those enraged Catholics and Muslims to the room over the Café du Pont Neuf in February.

Political correctness came late to France, but the country has made up for lost time. France is now at the nadir of politically correct Zhdanovism, the stage America reached in about 1991, when Anita Hill accused Clarence Thomas of harassment at his Supreme Court confirmation hearing, Antioch College required lovers making passes at one another to obtain verbal or written consent at each “base,” people said things such as “differently abled,” and elementary schools raised the consciousness of children by forcing them to read Heather Has Two Mommies.

Yet PC has acquired institutional redoubts in France that it never did in the United States, and it now appears almost invincible. This may have to do with France’s Jacobin tradition, which centralizes everything governmental and discourages wiggle room. Right now the Ministry of Education is conducting a monomaniacal campaign to persuade schoolchildren that there is no difference whatsoever between boys and girls, other than the ones they have been taught by a sexist culture. The ministry aims to fight centuries of sexism and bigotry through a kind of counter-brainwashing: giving girls trucks and balls, boys bottles and dolls, and turning Little Red Riding Hood into a boy. So much for Vive la différence.

Opponents call such teachings la théorie du genre, or gender theory. In February, conservative UMP leader Jean-François Copé publicly criticized a list of books that were either required or suggested for use in schools. It was a bold move, a real coup, and might have had more effect on French voters had not the UMP already introduced a certain amount of gender theory to the schools under Sarkozy. The books Copé publicized included Does Miss Zazie Have a Peepee?, Daddy Wears a Dress, and Everybody’s Naked!, which contained vivid pictures of children and adults (“The babysitter is naked,” “The policeman is naked,” “The teacher is naked”) and promptly rose to number one on Amazon’s French website.

Two things turned the controversy over théorie du genre into a scandal. The first is that education minister Peillon and his associates claimed there was no such thing. Peillon professed himself “absolutely against” gender theory; he was just for teaching children about the interchangeability of the sexes at ever-younger ages. “You mustn’t confuse it with gender studies,” said women’s rights minister Najat Vallaud-Belkacem. “What they’re teaching [kids] is the values of the republic,” said finance minister Pierre Moscovici, “those of the Universal Declaration of Human Rights.” They were, it turns out, taking their voters for dummies. The conservative television gadfly Éric Zemmour claimed that what was being taught came not from child psychology but from gay political activism. The new school materials were “carbon copies” of activist documents, he said, and he began to produce them: a plan to have the national railways “educate against homophobia,” memos from the Socialist party group Homosexuality and Socialism, last year’s government “Teychenné Report” on “LGBT-phobic Discrimination in Schools.”

The théorie du genre was the principle on which the government had been legislating in practice for the past two years—why on earth wouldn’t they avow it? If you accept that sexuality is chosen, not given, then there’s no shame in taking steps to broaden the options on a child’s sexual menu. It was obvious to everyone except the government that this new vision of the Rights of Man was precisely what parents did not accept. Normally in such circumstances, confronted with dug-in resistance, the government would adopt a more-in-sorrow-than-in-anger tone and explain that the country was changing. It was getting more diverse. Our schoolbooks had to be opened to a greater variety of people. .  .  . But apparently there was a limit to diversity. In the weekly Marianne, the journalist Éric Conan noted a striking omission in this dynamic, multicultural time. “The Ministry of Education and the editors,” he wrote, “have carefully avoided Mohammed Has Two Daddies or Fadela Has Two Mommies.”

That is where Farida Belghoul came in.

Path of Middle East resistance

Belghoul is a heroine of French antiracism. It is an odd-sounding role. One of the mysteries of contemporary French political life is that the government has institutions for combating race prejudice patterned on American ones—but without having perpetrated slavery, Jim Crow, lynching, or any of the historic misdeeds that made the corresponding American remedies necessary. The political action group SOS Racisme was founded in the mid-1980s at the urging of President Mitterrand, just after his root-and-branch reforms had led the country into an economic collapse. It was what we would call an “Astroturf” group, a top-down movement designed by leaders to be passed off as grassroots. The first leader of SOS Racisme, Harlem Désir, is now the chairman of the Socialist party. A few people at the time, most forcefully the sociologist Paul Yonnet, suggested that the campaign against racism was a bizarre priority for France, having more to do with Mitterrand’s political needs than with France’s historic responsibility.

More people think this now, and Belghoul is one of them. As communism once did, the French antiracism movement is producing renegades. Ex-Communists often took the menace of communism more seriously than they had taken the promise in their more credulous days; their exposure to both sides of certain arguments often gave them a more profound sense of ideological battles than their contemporaries on either side.

On a Sunday afternoon in February, Belghoul ex-plained her beliefs over sugar cookies in the sunny living room of her house a train ride into the modest banlieues (or suburbs) northwest of Paris. Fighting for the rights of second-generation North Africans in France made up a big part of her early life. Belghoul herself spent three uneventful years in the Communist party starting at age 17. She considers it a passing enthusiasm of little importance, but she retains from somewhere a gift for dialectics and wounding political invective. Taking the government literally in its insistence that there is no difference between a man and a woman, she calls the beautiful Najat Vallaud-Belkacem “Monsieur” and Vincent Peillon “Madame”—when she is not calling him the “minister of re-education.”

Belghoul studied at the Sorbonne and read a lot of history, philosophy, and literature. She marched with the groups that would eventually be swallowed up in SOS Racisme and spent the early 1990s working for Radio Beur. She now believes the antiracist movement was about securing the votes of the heavily Arab banlieues, not about solving their problems—particularly illiteracy, an obsession for her. On a personal level, too, she felt used and discarded. After leaving Radio Beur she disappeared off the Socialist party’s radar screen.

Belghoul sees a common thread between the anti-racism movements of the 1980s and gender theory: Both are means, in her view, of “destroying the basis of people’s identity.” Confusing children about their sexuality is just another way to break them of their ability to think clearly (déstructurer la pensée is her phrase), to make them more pliant before the state. Belghoul homeschooled her children, something that is easier to do in France than one might assume. Her response to the government’s gender theory has been to organize a movement of journées de retrait de l’école (JRE), when large numbers of parents keep their children home from school. To keep the government from organizing against the parents, she does not announce these days in advance. By February, the movement had spread to a hundred schools.

Obviously, antiracism aims explicitly to make native French people feel ashamed of their prejudices. For Belghoul it threatened the identity of minorities, too, including her own. In the 1980s, SOS Racisme and the Union of Jewish Students of France promoted a Jewish-Arab dialogue. This was an “illegitimate debate” in Belghoul’s view. “It was as if we were living in the Middle East,” she says. Many conservative Jews have made the same complaint—that the requirements of left-wing identity politics turned French Jews from citizens like anyone else into something they had not been in generations: a “minority.” The focus of Muslims’ attention on Israel is similarly the result of politicians’ need to blame someone other than France for the difficulties of French Muslims. There is a lot of truth in this.

But Belghoul has made many of these points on Soral’s EgalitéetReconciliation.fr—a website that few people visit for its sensitivity to the plight of the Jews. You don’t have to press her to get her views on why she has consented to be interviewed there—enough people have raised it with her that she anticipates the question. “You’ll see me alongside anyone who speaks out for the banning of gender theory in school,” she says, “even if I am in total disagreement with the rest of their opinions. We need to set priorities. Today’s attacks on the family put the future of our society at risk. When that goes, I don’t see what’s left. So we need to set aside—and maybe this is an instance of grace—all our quarrels, even those that seem most important to us, in order that the sacred priority of defending childhood may win out.” It is a very good answer. Whether it is a satisfactory one depends on whether you share Belghoul’s view of the seriousness of the threat to France’s children.

Belghoul is always talking about grace. She shouted a doggerel version of Romans 5:20 (La grâce est toujours là / Là où le péché sera / Là où le péché abonde / La grâce surabonde) at a television interviewer named Saïd on the network OummaTV in February. Anyone who thinks this way is bound to see Catholics and Muslims as involved in the same struggle—“même combat,” as French political activists are fond of saying. Almost all of the Christians who stood up at her press conference at the Café du Pont Neuf, from Christine Boutin to Béatrice Bourges to Alain Escada (of the Catholic fundamentalist Civitas movement), described themselves as converts of a sort—to the view that those who want to make France more Muslim and those who want to make it more Christian are not necessarily at odds.

One thing Belghoul says again and again is: “France is a Christian country.” It is a description that would have made sense any time between St. Irenaeus’ tenure as bishop of Lyon, less than a century after the death of Jesus, and a generation ago. But today Christianity has eroded in France in two ways. First, people have stopped going to Mass. Second, immigration has brought France its large and fast-growing Muslim minority. Two dozen young Frenchmen have been killed fighting with the Islamist rebels in Syria, and hundreds more are there now, according to the Ministry of the Interior.

In a way that no one seems willing to acknowledge, Muslim politics is a key to Belghoul’s power. Although the JRE is small, it is one of those small things with the potential to bring an entire political coalition crashing down—in a U.S. context, imagine the Democratic party if its hold on the black vote were threatened. Hollande’s government was able to ignore the mostly Catholic Manif pour Tous, no matter how large its marches got, because he had never had and did not need the votes of devout Catholics. Muslims are a different story: In the first round of the last presidential election, 57 percent voted for Hollande, versus only 7 percent for Sarkozy. What is more, their power is magnified (and that of Catholics reduced) by a system meant to respect the rights of “minorities.” Should a silent majority of Catholics, by making common cause with Muslims, gain access to the same right to be heard, they will have picked the lock that has kept them out of politics since the 1990s.

Peillon has called the JRE “an insult to the Ministry of Education and to teachers” and threatened to summon any parents who keep their children out of school. “There is a certain number of extremists who have decided to lie and to scare parents,” he told the press recently. “All we are trying to do in school is teach the values of the Republic and, thus, respect between men and women. I call on all the manipulators, all the sowers of trouble and strife, to stop.”

And that does not exhaust the government’s means of imposing its plans on schools.

Defending the sexbox

Alll Western countries are becoming less politically free, but France is doing so at a faster rate than most. The government has many tools for enforcing conformity. Twitter is capable of suppressing tweets at the request of governments in certain extreme cases, the website Atlantico reported in February, and last year, of 352 such requests worldwide, 306 came from France. Valls, the justice minister, has looked into banning Bourges’s French Spring group. The activist group Collectifdom sued the director Nicolas Bedos for opinions expressed in a magazine column that it considered an assault on “the honor of the Antilles.” These are tip-of-the-iceberg cases.

And consider what happened when Valls lectured the philosopher Alain Finkielkraut on the TV talk show Des paroles et des actes in February about France’s sterling record of welcoming the uprooted—Valls’s own family from Catalonia under Franco, Finkielkraut’s from Poland and Auschwitz. Finkielkraut agreed, but said that that didn’t entitle France to ignore those of French stock—the so-called français de souche. For having used that expression (and for having expressed the worry that France was turning into “the Soviet Union of antiracism”), Finkielkraut found himself in legal trouble—two high-ranking members of the Socialist party called for a sitting of the Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, a rough French equivalent of the FCC.

It is a bad sign that, when the ruling party clashes with freedom of expression in this way, the media tend to take the side of the ruling party. Le Monde’s newly active blog section has covered the popular movement against théorie du genre not as a clash of political opinions but as an epidemic of intox, or collective insanity. In column after column, the paper of the ruling class mocks people who are utterly shut out of decision-making for their attempts, necessarily based on partial information, to make sense of the mandates imposed on them. There is little attempt to address the large kernel of truth in what they say, no attempt to address directly the question of whether teachers indeed are imposing on their children an ideology about sexual matters. And there is no acknowledgment whatsoever that parents could ever have a legitimate interest in what their children are taught about sex in school. There are only restatements of the government viewpoint and worries about the mental health of its opponents.

Le Monde, for instance, notes that there is a rumor about children having to play with toy sex organs. False! “It’s probable that this rumor comes from Switzerland, where in the canton of Basel, sex-education teachers actually have at their disposal a ‘sexbox’ containing fabric stuffed sexual organs.” Le Monde’s blog linked to the left-wing site rue89 (recently bought by Le Monde), where a Swiss sexologist described the anti-gender-theory parents as groupuscules, or “splinter groups.” Parents, of course, are always groupuscules, usually consisting of two people, sometimes of one. The assumption here seems to be that parents are entitled to speak on their children’s behalf only as part of some nationwide patriotic front.

Probably the most interesting magazine in France now is the monthly Causeur, edited by Élisabeth Lévy, who has opened its columns to the best journalists, historians, and philosophers of left and right. Last month Lévy and her colleague Gil Mihaely interviewed Dieudonné. It was a hostile and highly enlightening conversation, Causeur having been more relentless than most French publications in attacking his (and others’) anti-Semitism over the past several years. But Bruno Roger-Petit of the Nouvel Observateur (also owned by Le Monde) saw interviewing Dieudonné as tantamount to endorsing him. He wrote of Lévy: “When you share the same goals—fighting ‘political correctness’—you wind up understanding one another.” So “fighting political correctness” (a fairly good synonym for “freedom of speech”) and Dieudonné’s kind of anti-Semitism are cast as virtual synonyms. Roger-Petit may well be interested in constraining Dieudonné. But he sounds less interested in constraining Dieudonné than in making sure that orthodox intellectuals not give up an iota of the professional advantage that political correctness affords them over independent thinkers like Lévy. A country whose intellectual and political leaders do not distinguish between Dieudonné and Élisabeth Lévy will have a hard time either disciplining extremists or accepting constructive criticism from any quarter.

France has, through political correctness, maneuvered itself into a bad position. In rough times, people fall back on what they have—savings, family, faith, various things that no decent government feels entitled to violate. What France is doing in the name of equal citizenship is ripping up every last refuge and source of identity people have. Its political leaders have met legitimate popular opposition to their plans not just with punishment but with ridicule, ostracism, and exclusion. Many of its intellectual leaders have fallen into line behind the politicians. For now, France’s leaders have managed to insulate some of their wilder schemes from popular complaint. It would be a mistake to consider that a triumph in any but the very short term.

Christopher Caldwell is a senior editor at The Weekly Standard and the author of Reflections on the Revolution in Europe: Immigration, Islam, and the West.

Voir aussi:

Anthony Weiner and the Frenchification of America

Richard Cohen

The Washington Post

May 23, 2013

Say what you will about Anthony Weiner — and I have — he is a stereotype buster. Until he announced this week that he would run for New York City mayor, it was still possible for anyone, particularly the French, to talk of American provincialism when it comes to sex and compare it to French sophistication, the prime example of that being François Mitterrand, president of the republic from 1981 to 1995. In addition to running the country and what was left of a once-vast colonial empire, Mitterrand kept a mistress with whom he fathered a daughter, Mazarine. This, not a baguette, was supposedly the essence of France.

Now, though, things have changed. Weiner is running for mayor only about two years after he was forced to quit Congress after tweeting pictures of himself in his undies to women across the county, none of whom he had met and some of whom might have been Republicans. The uproar over what he had done — he calls it a “mistake” — and his hounding from Congress fits very nicely with the old American stereotype about sex, but not his attempted comeback. Now we have become Frenchest of nations, and Weiner is running second in the polls — maybe on account of name recognition, maybe on account of recognition recognition.

Okay. We are talking New York. The front-runner is Christine Quinn, a lesbian who recently admitted to having been an alcoholic and bulimic. Another contender is Bill de Blasio, who is white and is married to Chirlane McCray, a black woman who in 1979 wrote an article for “Essence Magazine” entitled “I Am A Lesbian.” Presumably, she is now bisexual. Her husband should sweep the biracial bisexual vote, but only — because this is New York — if he is anti-police. On the other hand, Rudy Giuliani, who is definitely pro-police, opened his private life to public inspection back in 2000 when he ran — briefly — for the senate. He had had, like almost everyone, an affair.

Yes, New York is different — “The Bronx is up but the Battery’s down.” Still, take a look at South Carolina, not all that long ago a secessionist state. (You think I forgot?) There, Mark Sanford was elected this month to Congress after admitting an extra-marital affair while governor and disappearing from office. (He said he had gone hiking on the Appalachian Trail.) Like Weiner, he had to resign from everything while he was condemned, censored and ridiculed. But the voters, as opposed to the politicians, are more, well, French in their approach to such matters and cared more about Sanford’s loathing of taxes than his love for his once-mistress.

And then we come to David Vitter. He won re-election to the Senate from Louisiana in 2010 after being identified three years earlier as a client of a Washington, D.C., prostitution service. Without even Googling it, I can tell you that Vitter said he made a mistake and begged forgiveness. He also said the usual things about God. None of that matters. What matter is that he did a sex thing — and got away with it.

The most storied extramarital affair (or whatever) in American history has to be Bill Clinton’s whatever with Monica Lewinsky. He survived the attempt to oust him from office and left the presidency with highest ratings of any president since World War II. I have no doubt he could win election to any office in the country, including the presidency. (Okay, maybe not.)

As for the French, they are becoming more American. Dominique Strauss-Kahn was clearly relying on his country’s laissez-faire attitude toward sexual matters when he got caught giving a hotel maid an inappropriate tip and later admitting to a rambunctious sex life that had nothing to do with his wife. Not only did that abort Kahn’s political career — at least for now — but his extremely sophisticated wife divorced him. How thoroughly American of her!

Given the Frenchification of America — and given the dreariness of the mayoralty field in New York — Weiner might well win. He already has a $5 million war chest, but his chest, as we all know, is the least of him.

(I couldn’t help myself.)

The Frenchification of America

Onan Coca

Eagle rising

19 September 2013

In France being a jeweler is tough work – Christine Boquet, president of the union of jewelers and watchmakers, says that "The number of jewelry store robberies has been climbing for years. There’s one robbery a day in France… This creates enormous stress for the merchants. They live with this fear and insecurity every day."

Earlier this summer, a lone gunman was able to get away with $136 million dollars worth of jewelry in the resort town of Cannes. Just last week in Paris, thieves drove an SUV into a store and stole $2.7 million dollars in goods. With one robbery a day happening in the country, and amounts like this being made off with… it’s enough to ruin a businessman.

Let all of that sink in as we learn the story of 67-year-old jeweler Stephan Turk. Turk is a jeweler in the city of Nice on France’s southern coast. A few days ago he was accosted by a thief in his store. As the thief made his escape, Turk pulled a gun and shot the man three times, killing him. An accomplice escaped on motorcycle. Now Turk is being brought up on charges of murder for the killing of the teenage criminal.

The prosecutor who is facing backlash from an angry public had this to say, "After he was threatened, the jeweler grabbed his firearm, moved toward the metal shutters, crouched and fired three times. He said he fired twice to immobilize the scooter and a third time he fired because he said he felt threatened… I’m convinced that he fired to kill his aggressor. When he fired, his life was no longer in danger.”

From the recounting of the story, I think the Prosecutor has the facts right, but the emotion wrong. The loss of millions or even thousands of dollars could be enough to drive a small businessman out of work. A crime like this could have a huge impact on the future of not just the business owner but the man’s family and employees as well. This is just one reason that in America, private property has always been sacrosanct… well, until very recently that is.

In the past couple of weeks we have seen a father in New Mexico charged with beating a man who was naked spying outside of his daughter’s window, and a Texas carjacking victim facing possible charges after killing his attacker. We must be careful to avoid the Frenchification of our justice system – our legal system is blind, but it is not stupid. Prosecutors and grand juries have the ability to look at the facts of the case and understand that in extreme situations, anything can happen. If a man or woman is accosted with a gun, then it is the criminal who has just turned the situation into a game of life or death. When the victim responds with deadly force, even if we outside observers believe the danger has passed… their psychic and emotional state must be taken into account.

Was deadly force necessary in the French jewelry heist? Maybe not, but the jeweler should not have to pay the penalty for the thief’s violent crime. No one would have lost their life that day, had the thief not attacked the jeweler. When we become confused about justice our entire social structure is put at risk.

Read more at http://eaglerising.com/1832/frenchification-america/#jSjTwR0jw5D4lRvL.99


Papauté: Après l’obamamanie, voici la papomanie ! (Esquire’s best dressed man of 2013 celebrates first year in office)

13 mars, 2014
 http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/article_ul/2014/hebdos/1215/UNES/1215-RollingStone.jpghttp://cdn.spectator.co.uk/wp-content/uploads/2014/01/Pope-Idol-v3_SE_v2-393x413.jpg
https://fbcdn-sphotos-d-a.akamaihd.net/hphotos-ak-prn1/t1/1966881_4057303968014_779553176_n.jpg
Nous vivons dans un système international injuste, au centre duquel trône l’argent-roi. (…) C’est une culture du jetable, qui rejette les jeunes comme les vieux. Dans certains pays d’Europe, […] toute une génération de jeunes gens est privée de la dignité que procure le travail. Pape François
Dans ce contexte, certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. En même temps, les exclus continuent à attendre. Pour pouvoir soutenir un style de vie  qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort. La culture du bien-être nous anesthésie et nous perdons notre calme si le marché offre quelque chose que nous n’avons pas encore acheté, tandis que toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 1-35) a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain. (…) Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent de façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et impla­cable. Pape François
Francis continues to talk about his wish for a “poor church”, a “church for the poor”. But lately he has spoken out on “greed” and “inequality”, social maladies due to “neoliberalism” and “unfettered capitalism”. If this is the direction in which he is going, one must worry about his view of the world. How does he understand it? Specifically, has he understood the basic fact: Capitalism has been most successful in producing sustained economic growth. And that it is this growth which has been most effective in greatly reducing poverty? Just where is there “unfettered capitalism” in the world today? It is in China. Since the economic reforms that began in 1979 China has been the clearest example of “unfettered capitalism” (or, if you will, of the “neoliberal Washington Consensus”). It is still “fettered” by the bulky presence of inefficient state-owned enterprises, debris of the socialist past, with privileged access to capital and government favors. Nevertheless the capitalist engine has been roaring on, the private sector of the economy that does not have to worry about the “fetters” imposed on it in Western democratic countries—an expensive welfare state, laws and regulations that inhibit growth, and free labor unions. And it is this capitalist sector of the Chinese economy that has lifted millions of people from degrading poverty to a decent level of material life. The Chinese regime is appalling in many ways, but not because of failure to deal with poverty. Does Francis understand any of this? Greed is a moral flaw that exists in any economic system. And inequality is not of great concern to most people; they are concerned about the quality of their own lives and the prospects for the future of their children, rather than the income or wealth of people across town (that concern is called envy, which, if I recall correctly, is also a sin). Peter Berger
Revenons sur l’analogie avec Obama. Comme Francois, le président américain a été une figure télégénique succédant à un prédécesseur impopulaire avec la promesse d’un changement radical. Comme Francois, il est passé incroyablement vite à la notoriété mondiale, avec une histoire personnelle compliquée pouvant être lue de plusieurs manières. Et comme Francois, il a inspiré un consensus presque étrange parmi les commentateurs. Les médias influents ont décidé qu’il était essentiellement un gars bien qu’ils ont jugé par la suite sur ses intentions et non sur ses réalisations, blamant largement ses échecs sur ses ennemis et l’appuyant à chaque fois qu’il en avait le plus besoin. Francois n’est pas, bien sûr, le nouvel Obama, mais il jouit de la même relation enchantée  avec les journalistes. Oui, la lune de miel se terminera, comme elle l’a fait avec le président, mais cela ressemble au début d’un long mariage heureux. (…) De toute évidence, les journalistes ont aussi un intérêt économique à poursuivre leur idylle avec le François fantasmagorique : les articles sur ce sujet se vendent bien. Après tout, il a été la personnalité la plus débattue sur Internet l’année dernière. Si l’on met en ligne une jolie photo de lui en train d’embrasser un enfant, ou si l’on arrive à se faire un selfie [autoportrait pris au téléphone portable] avec de jeunes admirateurs du pape au Vatican, le nombre de pages vues grimpe en flèche. François est devenu l’un des produits les plus vendeurs en ligne. Aucun blogueur ne voudrait casser le marché. Rush Limbaugh, conservateur américain et présentateur de radio, a accusé le pontife de prôner “un marxisme pur et dur”. De toute évidence, on avait affaire à un nouvel avatar du François fantasmagorique. Sous François, l’Eglise s’engage résolument à mettre en œuvre ce que les théologiens appellent “l’option préférentielle pour les pauvres”. Mais pour choisir cette option, l’Eglise doit courtiser les plus riches. Par exemple, quelques multimillionnaires généreux financent la plupart des initiatives catholiques en Angleterre et au pays de Galles. Il suffirait que l’un d’entre eux soit rebuté par l’image “marxiste” de François pour que l’Eglise soit en difficulté. Cet homme de 77 ans sait qu’il doit faire aboutir rapidement les réformes financières lancées par son prédécesseur Benoît XVI, remanier la curie romaine, imposer des normes mondiales rigoureuses sur la conduite à tenir face aux affaires de sévices sexuels commis par des prêtres, continuer à prôner la paix en Syrie, inviter les Israéliens et les Palestiniens à négocier pendant sa visite en Terre sainte, et superviser un synode marqué par les controverses, qui pourrait revoir la position de l’Eglise en ce qui concerne les catholiques divorcés et remariés. Entre-temps, le François fantasmagorique va supprimer des dogmes, attiser la lutte des classes et influencer les tendances de la mode masculine. Mais ne tombez pas dans le panneau : tout cela est une illusion tout aussi entretenue par les médias que l’idée selon laquelle l’Eglise catholique serait obsédée par le sexe et l’argent. Ce qui compte, ce sont les paroles et les actes du vrai François. Et cela devrait être plus intéressant que les inventions, même les plus captivantes. The Spectator

Après l’obamamanie, voici la papomanie !

Couverture de Rolling Stone, encensement par le Guardian ("nouveau héros évident de la gauche” pour remplacer remplacer les posters défraîchis d’Obama “sur les murs des chambres d’étudiants de par le monde”), personne de l’année à la fois du magazine d’information Time et du magazine homosexuel américain The Advocate, homme le mieux habillé de l’année pour Esquire, personnalité la plus débattue sur Internet …

Alors que, de Rolling Stone au Guardian et de Time à Esquire et à l’Advocate, la nouvelle idole de nos éditorialistes fait les couvertures de la presse de gauche bien-pensante …

Comment ne pas voir, en ce premier anniversaire de son élection et avec l’une des rares voix discordantes, la même image largement fantasmée qui nous avait été faite d’un certain messie noir et plus rapide prix Nobel de la paix de l’histoire?

VATICAN François l’illusionniste

Tolérant, progressiste, voire marxiste, le pape François est la nouvelle idole des éditorialistes de la gauche bien-pensante. Une image qui doit beaucoup à leur imagination, selon l’hebdomadaire conservateur.

The Spectator (extraits)

Luke Coppen

1I février 2014

Le 31 décembre 2013, les médias ont reçu une dépêche stupéfiante. Le Vatican démentait officiellement que le pape François ait l’intention d’abolir le péché. On aurait dit un canular, mais ce n’en était pas un. Qui avait poussé le Vatican à publier un commentaire sur quelque chose d’aussi improbable ? Il s’avère que c’est l’un des plus éminents journalistes d’Italie : Eugenio Scalfari, cofondateur du journal de gauche La Repubblica Son article s’intitulait “La Révolution de François : il a aboli le péché”.

Pourquoi un journaliste, et a fortiori un analyste aussi prestigieux que Scalfari, se serait-il imaginé que le pape avait jeté aux orties l’un des principes fondamentaux de la théologie chrétienne ? Eh bien, depuis son entrée en fonctions, l’année dernière, François a été promu au rang de superstar de la gauche libérale [libérale au sens anglo-saxon, c’est-à-dire réformiste]. Ses origines modestes (il a été videur), son aversion pour la pompe vaticane (il prépare lui-même ses spaghettis) et sa volonté de mettre en avant l’engagement de l’Eglise en faveur des pauvres a amené les gens de gauche, et même des athées comme ce Scalfari, à le croire aussi étranger qu’eux aux dogmes de l’Eglise. Autrement dit, ils pensent que le pape n’est pas catholique. L’année dernière, presque tous les commentateurs orientés à gauche sont tombés sous le charme de ce jésuite laveur de pieds. Article après article, ils projetaient leurs rêves les plus fous sur François.

En novembre, Jonathan Freedland, journaliste au Guardian, annonçait que François était “le nouveau héros évident de la gauche”. Pour lui, les portraits du souverain pontife devaient remplacer les posters défraîchis d’Obama “sur les murs des chambres d’étudiants de par le monde”. Quelques jours plus tard, François prononçait une homélie dénonçant ce qu’il appelait “le progressisme adolescent”. Mais les gens ne voient et n’entendent que ce qu’ils veulent et personne n’a rien remarqué.

Voilà comment on en est venu à faire du pape une idole de la gauche. Dès qu’il se montre fidèle à la doctrine catholique, ses fans de gauche font la sourde oreille. En décembre, le plus vieux magazine gay des Etats-Unis, The Advocate, a salué en François son homme de l’année, du fait de la compassion qu’il a exprimée envers les homosexuels. Ce n’était guère révolutionnaire : l’article 2358 du catéchisme de l’Eglise catholique appelle à traiter les gays “avec respect, compassion et sensibilité”. En se contentant de réaffirmer un enseignement catholique, François est devenu un héros. La palme de la glorification absurde revient aux journalistes d’Esquire, qui sont arrivés à faire passer pour l’homme le mieux habillé de l’année en 2013 une personnalité portant la même tenue tous les jours.

Certains experts ont remarqué le gouffre existant entre le François fantasmagorique, figure née de l’imagination de la gauche, et l’actuel occupant du trône de saint Pierre. James Bloodworth, rédacteur du blog politique Left Foot Forward, a récemment appelé ses pairs à tempérer leurs ardeurs. “Les positions du pape François sur la plupart des sujets ont de quoi faire dresser les cheveux sur la tête de n’importe quelle personne de gauche, écrit-il. Au lieu de cela, article après article, des journalistes dont on pourrait attendre un peu plus de vigilance nous servent la même guimauve.”

La remarque de Bloodworth annonce-t-elle un réveil des laïques ? Pendant un certain temps, il a paru inévitable que les fans du nouveau pape comprennent qu’il n’était pas sur le point de donner sa bénédiction aux femmes prêtres, à l’usage du préservatif, au mariage gay ou à l’avortement, et qu’ils se retournent alors contre lui. Or cela paraît peu probable. Maintenant qu’ils ont inventé le François fantasmagorique, ses sympathisants de gauche ne vont peut-être plus jamais vouloir tuer leur création.

De toute évidence, les journalistes ont aussi un intérêt économique à poursuivre leur idylle avec le François fantasmagorique : les articles sur ce sujet se vendent bien. Après tout, il a été la personnalité la plus débattue sur Internet l’année dernière. Si l’on met en ligne une jolie photo de lui en train d’embrasser un enfant, ou si l’on arrive à se faire un selfie [autoportrait pris au téléphone portable] avec de jeunes admirateurs du pape au Vatican, le nombre de pages vues grimpe en flèche. François est devenu l’un des produits les plus vendeurs en ligne. Aucun blogueur ne voudrait casser le marché.

Rush Limbaugh, conservateur américain et présentateur de radio, a accusé le pontife de prôner “un marxisme pur et dur”. De toute évidence, on avait affaire à un nouvel avatar du François fantasmagorique. Sous François, l’Eglise s’engage résolument à mettre en œuvre ce que les théologiens appellent “l’option préférentielle pour les pauvres”. Mais pour choisir cette option, l’Eglise doit courtiser les plus riches. Par exemple, quelques multimillionnaires généreux financent la plupart des initiatives catholiques en Angleterre et au pays de Galles. Il suffirait que l’un d’entre eux soit rebuté par l’image “marxiste” de François pour que l’Eglise soit en difficulté.

Cet homme de 77 ans sait qu’il doit faire aboutir rapidement les réformes financières lancées par son prédécesseur Benoît XVI, remanier la curie romaine, imposer des normes mondiales rigoureuses sur la conduite à tenir face aux affaires de sévices sexuels commis par des prêtres, continuer à prôner la paix en Syrie, inviter les Israéliens et les Palestiniens à négocier pendant sa visite en Terre sainte, et superviser un synode marqué par les controverses, qui pourrait revoir la position de l’Eglise en ce qui concerne les catholiques divorcés et remariés.

Entre-temps, le François fantasmagorique va supprimer des dogmes, attiser la lutte des classes et influencer les tendances de la mode masculine. Mais ne tombez pas dans le panneau : tout cela est une illusion tout aussi entretenue par les médias que l’idée selon laquelle l’Eglise catholique serait obsédée par le sexe et l’argent. Ce qui compte, ce sont les paroles et les actes du vrai François. Et cela devrait être plus intéressant que les inventions, même les plus captivantes.

Voir aussi:

Sorry — but Pope Francis is no liberal

Trendy commentators have fallen in love with a pope of their own invention

Luke Coppen

11 January 2014

On the last day of 2013, one of the weirdest religious stories for ages appeared on the news wires. The Vatican had officially denied that Pope Francis intended to abolish sin. It sounded like a spoof, but wasn’t. Who had goaded the Vatican into commenting on something so improbable? It turned out to be one of Italy’s most distinguished journalists: Eugenio Scalfari, co-founder of the left-wing newspaper La Repubblica, who had published an article entitled ‘Francis’s Revolution: he has abolished sin’.

Why would anyone, let alone a very highly regarded thinker and writer like Scalfari, believe the Pope had done away with such a basic tenet of Christian theology? Well, since he took charge last year, Francis has been made into a superstar of the liberal left. His humble background (he is a former bouncer), his dislike for the trappings of office (he cooks his own spaghetti) and his emphasis on the church’s concern for the poor has made liberals, even atheists like Scalfari, suppose that he is as hostile to church dogma as they are. They assume, in other words, that the Pope isn’t Catholic. Last year few left-leaning commentators could resist falling for the foot-washing Jesuit from Buenos Aires. In column after column they projected their deepest hopes on to Francis — he is, they think, the man who will finally bring enlightened liberal values to the Catholic church.

In November Guardian writer Jonathan Freedland argued that Francis was ‘the obvious new hero of the left’ and that portraits of the Supreme Pontiff should replace fading Obama posters on ‘the walls of the world’s student bedrooms’. Just days later Francis preached a homily denouncing what he called ‘adolescent progressivism’, but people see and hear what they want to, so no one took any notice of that.

That is how the Pope has come to be spun as a left-liberal idol. Whenever he proves himself loyal to Catholic teaching — denouncing abortion, for instance, or saying that same-sex marriage is an ‘anthropological regression’ — his liberal fan base turns a deaf ear. Last month America’s oldest gay magazine, the Advocate, hailed Francis as its person of the year because of the compassion he had expressed towards homosexuals. It was hardly a revolution: Article 2358 of the Catholic church’s catechism calls for gay people to be treated with ‘respect, compassion and sensitivity’. In simply restating Catholic teaching, however, Francis was hailed as a hero. When a Maltese bishop said the Pope had told him he was ‘shocked’ by the idea of gay adoption, that barely made a splash. Time magazine, too, made Francis person of the year, hailing him for his ‘rejection of Church dogma’ — as if he had declared that from now on there would be two rather than three Persons of the Holy Trinity. But for cockeyed lionisation of Francis it would be hard to beat the editors of Esquire, who somehow managed to convince themselves that a figure who wears the same outfit every day was the best dressed man of 2013.

Some pundits have noticed the gulf between what you might call the Fantasy Francis — the figure conjured up by liberal imagination — and the actual occupant of the Chair of St Peter. James Bloodworth, editor of the political blog Left Foot Forward, recently urged his journalistic allies to show some restraint. ‘Pope Francis’s position on most issues should make the hair of every liberal curl,’ he wrote. ‘Instead we get article after article of saccharine from people who really should know better.’

Is Bloodworth’s remark a sign of a coming secular backlash against the new Pope? For a while, it seemed inevitable that the new Pope’s fans would come to realise he is not about to bless women bishops, condom use, gay marriage and abortion — and then they would turn on him. Now, that seems unlikely. Having invented the Fantasy Francis, his liberal well-wishers may never want to kill off their creation.

Consider the Obama analogy. Like Francis, the US president was a telegenic figure who followed an unpopular predecessor with a promise of radical change. Like Francis, he rose to worldwide prominence with incredible speed, bringing a complicated personal history that could be read in multiple ways. And like Francis, he inspired an almost eerie consensus among the commentariat. The most influential media outlets decided he was essentially a decent guy and judged him thereafter on his intentions rather than his achievements, blamed his failures largely on his enemies and backed him whenever he needed it most. Francis is not, of course, the new Obama, but he enjoys the same charmed relationship with journalists. Yes, the honeymoon will end, as it did with the president, but this looks like the start of a happy, lifelong marriage.

There’s only one case I can think of in which the media would turn on Francis: in the unlikely event that his private character were dramatically at odds with his public persona. He would have to be caught, say, building a death ray in the Vatican Gardens. (Even then some outlets would present it in the best possible light: ‘Pope Francis develops radical cure for human suffering.’)

Journalists also have a clear economic motive for sticking with the Fantasy Francis narrative: people will pay to read about it. After all, he was the most discussed person on the internet last year. Post a cute photo of him hugging a child, or posing for a ‘selfie’ with young admirers in the Vatican, and you’ll see a satisfying spike in page views. Francis has become one of the world’s most reliable online commodities. What sensible hack would want to threaten that?

Actually, Pope Francis has already survived a secular backlash. Barely an hour after he first appeared on the balcony above St Peter’s Square last March, the editor of the Guardian tweeted: ‘Was Pope Francis an accessory to murder and false imprisonment?’ The answer was ‘no’, of course. But allegations about Francis’s behaviour during Argentina’s Dirty War featured in bulletins for the next 24 hours, before fizzling out. The backlash lasted one entire news cycle. The idea of a left-wing pope, who had come to tear down the temple he inherited, turned out to be a far better story.

Perhaps the real challenge for the Pope this year will come from a different quarter. In his first apostolic exhortation, Evangelii Gaudium, Francis criticised ‘trickle-down theories which assume that economic growth, encouraged by a free market, will inevitably succeed in bringing about greater justice’. In classic Vatican style, that was a mistranslation of the original Spanish, which rejected the theory that ‘economic growth, encouraged by a free market alone’, would ensure more justice.

Such nuances didn’t concern the American conservative radio host Rush Limbaugh, who accused the Pontiff of espousing ‘pure Marxism’. Clearly this was just another version of the Fantasy Francis — a misapprehension of the man and his message that the Catholic hierarchy has done little to correct. But there is a price to be paid in allowing such myths to grow — a price that may have been paid, for example, by the Archdiocese of New York, which may have lost a seven-figure donation. According to Ken Langone, who is trying to raise $180 million to restore the city’s Catholic cathedral, one potential donor said he was so offended by the Pope’s alleged comments that he was reluctant to chip in.

Under Francis, the church is deeply committed to what theologians call ‘the preferential option for the poor’. But in order to opt for the poor, the church has to court the super-rich. A few generous multi-millionaires, for example, fund most of the major Catholic initiatives in England and Wales (including a significant part of Benedict XVI’s state visit in 2010). If just one of them was put off by the distorted ‘Marxist’ image of Francis, the church here would be in trouble.

Of course if those who caricature the church as bigoted and uncaring are forced to take a second look, then Pope Francis can claim he is doing his job. Cardinal Timothy Dolan, archbishop of New York, says that Roman Catholicism had been ‘out-marketed’ by its Hollywood critics — but now Pope Francis is changing the tone, without changing the substance.

But while the Pontiff has succeeded in appealing to those outside the church, his boldness has upset some within it. The Vatican analyst John Allen describes this as the Pope’s ‘older son problem’ — a reference to the parable of the Prodigal Son, in which the faithful brother gripes when his father welcomes back the wayward one. Allen writes that ‘Francis basically has killed the fatted calf for the prodigal sons and daughters of the postmodern world, reaching out to gays, women, non-believers, and virtually every other constituency inside and outside the church that has felt alienated.’ But some Catholics feel Francis is taking their loyalty for granted. ‘In the Gospel parable,’ Allen notes, ‘the father eventually notices his older son’s resentment and pulls him aside to assure him: “Everything I have is yours.” At some stage, Pope Francis may need to have such a moment with his own older sons (and daughters).’

You might think: why bother? The Pope should be focused on reaching out to the alienated, rather than on tending his followers’ wounded egos and stressing that he has not come to tear down Catholic teaching. But Francis needs an eager workforce if he is to realise his beautiful vision of the church as ‘a field hospital after battle’.

Catholics are having just as much trouble as everyone else distinguishing the real Francis. Just last week a devout, well–informed laywoman asked me if it was true that Francis had denied the existence of hell. It turned out that the Pope had overturned 2,000 years of Christian teaching at the end of the ‘Third Vatican Council’ — as reported exclusively by the ‘largely satirical’ blog Diversity Chronicle.

The true Francis will be moving fast throughout this year. The 77-year-old knows he must quickly finish the financial reforms launched by his predecessor Benedict XVI, overhaul the Roman Curia (which liberals and conservatives agree is in desperate need of reform), impose rigorous global norms on the handling of clerical sex abuse cases, continue to press for peace in Syria, nudge Israelis and Palestinians closer to an agreement during his Holy Land visit and oversee a contentious synod of bishops that could shift the Church’s approach to divorced and remarried Catholics.

Meanwhile, the Fantasy Francis will continue to throw out dogmas, agitate for class war and set trends in men’s fashion. But don’t be fooled: this is as much of a media-driven illusion as the idea that the Catholic church is obsessed by sex and money. What matters is what the real Francis says and does. And that should be more interesting than even the most gripping invention.

Luke Coppen is editor of the Catholic Herald.

Le Pape s’attaque à la « tyrannie » des marchés

Giulietta Gamberini

La Tribune

26/11/2013

Le capitalisme débridé est « une nouvelle tyrannie » selon le Pape François qui, dans un texte publié mardi, invite les leaders du monde entier à lutter contre la pauvreté et les inégalités croissantes.

Depuis son élection en mars, le Pape François avait déjà ponctué ses sermons de critiques contre l’économie capitaliste. Dans sa première exhortation apostolique, appelée Evangelii Gaudium (La joie de l’Evangile) et rendue publique ce mardi, il dessine nettement sa vision économique et sociale et appelle à l’action l’Eglise comme les leaders politiques. L’inégalité sociale y figure notamment comme l’une des questions tenant le plus à cœur au nouveau pontife, qui exhorte à une révision radicale du système économique et financier.

Non à une économie de l’exclusion

« Certains défendent encore les théories de la "rechute favorable", qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant ».

Les intérêts du « marché divinisé » sont transformés en règle absolue, condamne le Pape, produisant un système inégalitaire où les exclus, pire que les exploités, deviennent des « déchets ».

« Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une. »

Contre l’économie de l’exclusion et de la disparité sociale, le chef de l’Eglise va jusqu’à invoquer le cinquième commandement du décalogue chrétien « Tu ne tueras point » puisque, souligne-t-il, un tel système finit aussi par tuer.

Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent

« La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain ! »

Le Pape regrette surtout que les objectifs humanistes de l’économie soient perdus de vue et que l’être humain soit réduit à l’un seul de ses besoins : la consommation. La négation du droit de contrôle des Etats, chargés de préserver le bien commun, par la « nouvelle tyrannie invisible », « parfois virtuelle », de l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière y est pour beaucoup selon le Pape, qui pointe aussi la corruption et l’évasion fiscale.

« Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la spécificité de chaque contexte. »

Le pontife invite notamment à revenir à une économie et à une finance humanistes ainsi qu’à la solidarité désintéressée.

Non à la disparité sociale qui engendre la violence

« Quand la société – locale, nationale ou mondiale – abandonne dans la périphérie une partie d’elle-même, il n’y a ni programmes politiques, ni forces de l’ordre ou d’intelligence qui puissent assurer sans fin la tranquillité ».

Le Pape François met en garde contre la violence sociale, qui ne pourra jamais être éradiquée, au niveau national comme mondial, tant que l’exclusion et la disparité sociales persistent, empêchant tout développement durable et pacifique.

« Les revendications sociales qui ont un rapport avec la distribution des revenus, l’intégration sociale des pauvres et les droits humains ne peuvent pas être étouffées sous prétexte de construire un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse ».

Une paix sociale obtenue par l’imposition serait fausse selon le suprême pasteur de l’Eglise, la dignité humaine et le bien commun se situant au-dessus de la tranquillité des catégories privilégiées.

Oui à une redistribution des revenus

« La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose ; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat »

Les plans d’assistance ne peuvent plus représenter que des solutions provisoires selon le Pape, qui appelle les gouvernants comme le pouvoir financier à agir pour assurer à tous les citoyens un travail digne, une instruction et une assistance sanitaire.

« L’économie, comme le dit le mot lui-même, devrait être l’art d’atteindre une administration adéquate de la maison commune, qui est le monde entier. »

Les conséquences que toute action économique d’envergure produit sur la totalité de la planète invitent les gouvernements à assumer leur responsabilité commune, rappelle le pontife.

Mais l’Eglise aussi, souligne le Pape, doit profondément se rénover et reprendre contact avec la réalité sociale, notamment la hiérarchie du Vatican.

Evangelii Gaudium

Cette fois, c’est sûr : le pape François est socialiste

Clément Guillou

Rue89

27/11/2013

Le pape François n’est pas encore marxiste, même s’il a déclaré il y a peu que les hommes étaient des esclaves devant « se libérer des structures économiques et sociales qui nous réduisent en esclavage ».

Mais depuis l’exhortation apostolique publiée mardi par le Vatican, on peut affirmer sans crainte que le pape François est farouchement antilibéral et même… socialiste.

Il est des passages encore plus révolutionnaires dans ce premier texte majeur du pontificat de François, à en croire les journalistes accrédités au Vatican, mais celui-ci m’intéresse davantage.

Dès le chapitre 2, il se lance dans une longue diatribe contre le modèle économique « qui tue ». Extraits :

« De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue. »

Notre confiance en la bonté des puissants

Le pape François s’en prend ensuite à la théorie libérale du « trickle down [l’expression employée dans la version anglaise, d’ordinaire traduite par “ruissellement”, ici par “rechute favorable”, ndlr] ».

Cette théorie économique, qui stipule que les revenus des plus riches contribuent indirectement à enrichir les plus pauvres, a justifié l’action de Margaret Thatcher et Ronald Reagan et les libéraux la considèrent encore comme valable :

« Dans ce contexte, certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde.

Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. En même temps, les exclus continuent à attendre. »

Puisqu’on ne peut pas faire confiance au marché ni à ceux qui détiennent le pouvoir économique pour enrichir les plus pauvres, il faut revenir à plus d’Etat. L’air de rien, le pape explique que ce sont la régulation économique et la redistribution des richesses qui peuvent diminuer l’exclusion, pas la charité :

« Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des Etats chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable. »

« L’argent doit servir, non pas gouverner ! »

Et puis tant qu’à faire, François recommande aussi d’abandonner l’austérité et le dogme des 3% de déficit :

« De plus, la dette et ses intérêts éloignent les pays des possibilités praticables par leur économie et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. S’ajoutent à tout cela une corruption ramifiée et une évasion fiscale égoïste qui ont atteint des dimensions mondiales. »

Conclusion :

« Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la spécificité de chaque contexte. L’argent doit servir et non pas gouverner ! »

De l’anticommunisme à l’anticapitalisme

Bien sûr, le Vatican délivre de plus en plus souvent des messages économiques depuis la crise financière de 2008, allant même jusqu’à proposer ses solutions pour la régulation.

Mais François semble leur accorder une importance primordiale, qualifiant le chômage des jeunes et la solitude des personnes âgées de « plus grandes afflictions du monde actuellement ».

Farouchement anticommuniste, Jean-Paul II avait défendu le rôle du marché et la propriété privée, tout en mettant en garde contre les leurres de la société de consommation et en insistant sur l’importance d’apporter un cadre législatif et éthique strict respectueux de la liberté humaine.

Benoît XVI, lui, « semblait critiquer autant l’Etat que le marché ; François oriente considérablement son propos, pour dire que le marché a bien plus de pouvoir que l’Etat », observe un professeur de théologie interrogé par le Wall Street Journal.

La journaliste de The Atlantic Heather Horn, qui maîtrise mieux que moi son histoire de l’économie, y voit beaucoup de rapprochements avec les thèses de l’économiste hongrois Karl Polanyi, adepte d’un socialisme démocratique :

au lieu que ce soit le marché qui aide les gens à vivre mieux, ce sont les gens qui s’adaptent au marché ;

nos problèmes [la Première Guerre mondiale pour Polanyi, la crise actuelle pour François, ndlr] viennent du fait que le marché est au cœur de l’économie, et non l’homme ;

la théorie du marché absolument libre, déconnecté de la société, « détruirait physiquement l’homme et transformerait son environnement en monde sauvage », écrivait Polanyi, tandis que le pape note que « dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense ».

Le passage de l’anticommunisme à l’anticapitalisme, raconté par The Atlantic, doit évidemment se lire à l’aune des ravages de l’une et l’autre doctrine. Il n’en reste pas moins que, pour le Vatican, c’est une sacrée évolution.

Is Liberation theology resurgent ?

Two German Cardinals, and a Peruvian Dominican

Peter Berger

The American interest

December 4, 2013

The British Catholic journal The Tablet (which I have found to be a reliable and balanced source for what goes on in the Roman world) carried a story in its November 23, 2013, issue by Christa Pongratz-Lippitt, its correspondent in Germany. Titled “Mueller vs. Marx: Clash of the Titans”, the story reports on a public disagreement between Cardinal Gerhard Mueller, the head of the Vatican’s Congregation for the Doctrine of the Faith (CDF), and Cardinal Reinhard Marx, Archbishop of Munich, president of the European Bishops’ Conference and recent appointee to Pope Francis’ eight-member advisory Council of Cardinals. Whether these two men merit the label “titans” will not be immediately clear to non-Catholics; it will be to those who look to Rome for criteria for what is important: The CDF (which was headed by Benedict XVI before his elevation to the papacy) is the Church’s watchdog for doctrinal orthodoxy; Munich is the largest German diocese.

The disagreement is over the issue of whether divorced Catholics should continue to be barred from receiving communion, as canon law presently mandates. Mueller takes a hardline position on this: Appeals to “mercy” must not override this affirmation of the indissolubility of marriage. Marx, very much in tune with recent remarks by Pope Francis, has said that the issue should not be considered as closed. If there is a list of intra-Catholic issues that outsiders could not care about less, this probably heads the list. I have not thought about it, and I will hardly do so in the future: Catholics should be left alone to decide whom they admit to their sacramental commensality. But something else caught my attention: What Mueller and Marx have in common despite their doctrinal differences: an affinity with the teachings of Gustavo Gutierrez. That is a matter that everyone, Catholic or non-Catholic, with an interest in public policy should care about very much.

Gustavo Gutierrez was born in Lima, Peru, in 1928. A Dominican priest, he ministered to poor people in the slums. He also had higher education in his own country and in Europe, and is still on the faculty of Notre Dame in the US. In 1971 he published his enormously influential book, A Theology of Liberation, which became the founding document for the theological school of that name; Gutierrez is rightly seen as a founder of the school, which became a movement. He also advocated the so-called “preferential option for the poor” (“la opcion preferencial para los pobres”), which proposed that the Church should pay primary attention to the interests of the poor. It became the slogan for the Catholic left in Latin America and beyond, and was solemnly agreed upon at the conference of Latin American bishops (CELAM) in Medellin, Colombia, in 1968. Rome was from the beginning skeptical about the movement, not for its concern for the poor, but for its adoption of a Marxist interpretation of the contemporary world—“unjust social structures” equated with capitalism—and for the advocacy by some of its followers for class struggle and socialist revolution. The CDF, under then Cardinal Ratzinger, criticized Liberation Theology in 1984 and 1986. I don’t know how far Gutierrez himself endorsed the more radical versions of his theology, but he certainly became an idol for those who did.

Strange as this may seem, what the two cardinals in the Tablet story have in common is, precisely, sympathy with the ideas of Gustavo Gutierrez. Mueller met the latter on a visit to Lima, where he was impressed by his encounters with the “poorest of the poor”. He has repeatedly visited Peru and maintained his relationship with Gutierrez. He has not directly embraced Liberation Theology, but he has started the process toward the sanctification of Oscar Romero, the Archbishop of San Salvador who was assassinated by a right-wing death squad in 1980 and has become an object of veneration by the Catholic left. Marx has published a tongue-in-cheek letter to his namesake Karl, saying that the latter’s ideas have been rejected too broadly. He has sharply criticized “neoliberalism” and “turbo-capitalism”. Most interestingly, he has co-authored a book with Gutierrez! [I have not read this book. I spend some time reading things for my blog, but I’m afraid there are limits.] I understand that this book develops the core idea of Liberation Theology—the “solidarity with the poor”. Marx is apparently a folksy character; he enjoys attending the annual Munich Beer Festival, guzzling that beverage to the ear-shattering sound of Bavarian folk music. [Speaking as a Viennese, this doesn’t necessarily endear him to me.]

What emerges here is the possibility of an axis between theological conservatism and political leftism. Is this where the Catholic Church is heading?

A few months ago I wrote a post on this blog, asking whether the pontificate of Francis I heralds a new opening for Liberation Theology. I cautiously suggested that this may not be the case, though the jury is still out. Francis’ identification with the poor is not necessarily linked to leftist ideology. Even the “preferential option”, understood as a general moral rather than specifically political orientation, is hardly surprising in any follower of Jesus of Nazareth.

There is evidence that Francis showed little if any sympathy for Liberation Theology in his native Argentina. Then as now, he showed personal identification with the most marginal people in society—it is not accidental that as pope he chose the name of the saint known as “poverello” (“the little poor one”). So far, so good. So far, I don’t feel compelled to retract my earlier assessment of the present papacy. But I’m getting a bit worried.

Presumably worrisome: In September 2013 Francis received Gustavo Gutierrez in a private audience. A sign of personal favor? Or a move to avoid criticisms by conservatives? Or another attempt to draw back into the Church a constituency on the left with grievances? (After all, there has been a long campaign to reconcile the papacy with the right-wing critics of Vatican II.) Francis continues to talk about his wish for a “poor church”, a “church for the poor”. But lately he has spoken out on “greed” and “inequality”, social maladies due to “neoliberalism” and “unfettered capitalism”. If this is the direction in which he is going, one must worry about his view of the world. How does he understand it? Specifically, has he understood the basic fact: Capitalism has been most successful in producing sustained economic growth. And that it is this growth which has been most effective in greatly reducing poverty? Just where is there “unfettered capitalism” in the world today? It is in China. Since the economic reforms that began in 1979 China has been the clearest example of “unfettered capitalism” (or, if you will, of the “neoliberal Washington Consensus”). It is still “fettered” by the bulky presence of inefficient state-owned enterprises, debris of the socialist past, with privileged access to capital and government favors. Nevertheless the capitalist engine has been roaring on, the private sector of the economy that does not have to worry about the “fetters” imposed on it in Western democratic countries—an expensive welfare state, laws and regulations that inhibit growth, and free labor unions. And it is this capitalist sector of the Chinese economy that has lifted millions of people from degrading poverty to a decent level of material life. The Chinese regime is appalling in many ways, but not because of failure to deal with poverty. Does Francis understand any of this? Greed is a moral flaw that exists in any economic system. And inequality is not of great concern to most people; they are concerned about the quality of their own lives and the prospects for the future of their children, rather than the income or wealth of people across town (that concern is called envy, which, if I recall correctly, is also a sin).

I continue to think that Francis’ view of the world is to the right of the Liberation Theology movement. But the papacy is very much a “bully pulpit”. If the Pope continues to make leftist noises, he will give encouragement to the leftist wave that has (predictably) risen as a result of the economic crises of the last five years. These certainly are cause for reform of the capitalist economy, especially its financial industry, but not for a return to the poverty-enhancing policies of socialist utopianism. As far as I know, the agency called “Iustitia et Pax” (“Justice and Peace”) has been a niche of leftist ideas in the complex bureaucracy of the Vatican. It would be very unfortunate if Francis, wittingly or not, caused this niche to expand.

Voir aussi:

The Denominational Imperative

Peter Berger

The American interest

November 20, 2013

On November 11, 2013, Religion News Service reprinted an Associated Press story by Gillian Flaccus on the development of “atheist mega-churches”. These have the rather revealing name “Sunday Assemblies” (perhaps an allusion to the Pentecostal Assemblies of God—in the hope of emulating the success of the latter?). The story described a recent gathering of this type in Los Angeles: “It looked like a typical Sunday morning at any mega-church. Several hundred people, including families with small children, packed in for more than an hour of rousing music, an inspirational talk and some quiet reflection. The only thing missing was God.” Apparently there now are similar “churches” in other US locations. The movement (if it can be called that) began in Britain earlier this year, founded by Sanderson Jones and Pippa Evans, two prominent comedians (I am not making this up). The pair is currently on a fundraising tour in America and Australia.

The AP story links this development to the growth of the “nones” in the US—that is, people who say “none” when asked for their religious affiliation in a survey. A recent study by the Pew Forum on Religion and Public Life (a major center for religious demography) found that 20% of Americans fall under that category. But, as the story makes clear, it would be a mistake to understand all these people to be atheists. A majority of them believes in God and says that they are “spiritual but not religious”. All one can say with confidence is that these are individuals who have not found a religious community that they like. Decided atheists are a very small minority in this country, and a shrinking one worldwide. And I would think that most in this group are better described as agnostics (they don’t know whether God exists) rather than atheists (those who claim to know that he doesn’t). I further think that the recent flurry of avowed atheists writing bestselling books or suing government agencies on First Amendment grounds should not be seen as a great cultural wave, in America or anywhere else (let them just dream of competing with the mighty tsunami of Pentecostal Christianity sweeping over much of our planet).

How then is one to understand the phenomenon described in the story? I think there are two ways of understanding it. First, there is the lingering notion of Sunday morning as a festive ceremony of the entire family. This notion has deep cultural roots in Christian-majority countries (even if, especially in Europe, this notion is rooted in nostalgia rather than piety). Many people who would not be comfortable participating in an overtly Christian worship service still feel that something vaguely resembling it would be a good program to attend once a week, preferably en famille. Thus a Unitarian was once described as someone who doesn’t play golf and must find something else to do on Sunday morning. This atheist gathering in Los Angeles is following a classic American pattern originally inspired by Protestant piety—lay people being sociable in a church (or in this case quasi-church) setting. They are on their best behavior, exhibiting the prototypical “Protestant smile”. This smile has long ago migrated from its original religious location to grace the faces of Catholics, Jews and adherents of more exotic faiths. It has become a sacrament of American civility. It would be a grave error to call it “superficial” or “false”. Far be it from me to begrudge atheists their replication of it.

However, there is a more important aspect to the aforementioned phenomenon: Every community of value, religious or otherwise, becomes a denomination in America. Atheists, as they want public recognition, begin to exhibit the characteristics of a religious denomination: They form national organizations, they hold conferences, they establish local branches (“churches”, in common parlance) which hold Sunday morning services—and they want to have atheist chaplains in universities and the military. As good Americans, they litigate to protect their constitutional rights. And they smile while they are doing all these things.

As far as I know, the term “denomination” is an innovation of American English. In classical sociology of religion, in the early 20th-entury writings of Max Weber and Ernst Troeltsch, religious institutions were described as coming in two types: the “church”, a large body open to the society into which an individual is born, and the ”sect”, a smaller group set aside from the society which an individual chooses to join. The historian Richard Niebuhr, in 1929, published a book that has become a classic, The Social Sources of Denominationalism. It is a very rich account of religious history, but among many other contributions, Niebuhr argued that America has produced a third type of religious institutions—the denomination—which has some qualities derived from both the Weber-Troeltsch types: It is a large body not isolated from society, but it is also a voluntary association which individuals chose to join. It can also be described as a church which, in fact if not theologically, accepts the right of other churches to exist. This distinctive institution, I would propose, is the result of a social and a political fact. The denomination is an institutional formation seeking to adapt to pluralism—the largely peaceful coexistence of diverse religious communities in the same society. The denomination is protected in a pluralist situation by the political and legal guarantee of religious freedom. Pluralism is the product of powerful forces of modernity—urbanization, migration, mass literacy and education; it can exist without religious freedom, but the latter clearly enhances it. While Niebuhr was right in seeing the denomination as primarily an American invention, it has now become globalized—because pluralism has become a global fact. The worldwide explosion of Pentecostalism, which I mentioned before, is a prime example of global pluralism—ever splitting off into an exuberant variety of groupings.

The British sociologist David Martin has written about what he called the “Amsterdam-London-Boston axis”—that offspring of the Protestant Reformation that did not eventuate in state churches—the free churches, all voluntary associations, which played an enormous role in the British colonies in North America and came to full fruition in the United States. This form of Protestantism has pluralism in its sociological DNA. One could say that it has a built-in denominational imperative: “Go forth and multiply”. American Protestant history is one of churches splitting apart, merging, splitting apart again. Churches have divided over doctrinal differences, ethnic or regional ones, or because of moral or political differences. Almost all Protestant churches split over the issue of slavery in the 19th century, as they divide now over what I call issues south of the navel. American Lutheranism was for a long time split into ethnically defined synods, though this has now been replaced by basic doctrinal disagreements. Roman Catholicism has been protected from Protestant denominationalism by its centralized hierarchy, but it has become “Protestantized” in a different way: Against its deepest ecclesiological instincts, it has become de facto a voluntary association—with the result that its lay people have become vocally uppity. Even American Jews have organized in at least four denominations. (Joke: An American Jew stranded on a desert island built two synagogues, one in which he goes to pray, the other in which he would not be found dead), Muslims, Buddhists, Hindus in America have all fallen into the denominational pattern. The same pattern appears in secular movements (for example, the various “denominations” of American psychotherapy). Even witches have managed to create a denomination, Wiccan (I understand that they want the right to appoint chaplains for hospitals or in the military). Why should atheists be an exception?

The First Amendment is the icon invoked by all denominations in America. But its basic legal principle is reflected in everyday American mores. When I came to America as a young man, someone told me: “If you don’t want to do something, just say that it’s against your religion”. I had difficulty imagining a situation in which I could plausibly use this recommendation. I asked: “But won’t they ask what my religion is?” The response: “They wouldn’t dare.”

Voir également:

BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics

Grand Rapids, Eerdmans, 1999, 135 p.

Sébastien Fath

p. 71-73

Référence(s) :

BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics, Grand Rapids, Eerdmans, 1999, 135 p.

Cet ouvrage collectif, au titre provoquant, est le résultat d’une commande. Il répond au souhait de la Greve Foundation (alors présidée par John Kitzer), relayé par le Foreign Policy Institute de la John Hopkins University, d’inventorier (et d’expliquer) les nombreux phénomènes de vitalité religieuse sur la scène politique mondiale. C’est l’Ethic and Public Policy Center (présidé par Elliott Abrams, Washington D.C.) qui fut chargé de répondre à cette demande, ce dont il s’acquitta en confiant la tâche à P.L.B. et à une équipe de conférenciers. Ce livre, qui regroupe les différentes contributions rassemblées à l’initiative de Berger, défend une thèse : celle, non pas de la « désécularisation » du monde (contrairement au titre), mais du maintien vigoureux du religieux « traditionnel » sur la scène publique de très nombreux pays. Cette hypothèse est essentiellement présentée, et théorisée, par P.L.B. lui-même, dans une ample introduction.

D’après P.L.B., le monde d’aujourd’hui est « aussi furieusement religieux que toujours » (p. 2). Ce qui vaut à l’auteur un rapide mea culpa. dans la mesure où il s’est montré, par le passé, l’un des partisans les plus pénétrants de la théorie de la sécularisation, qu’il considère aujourd’hui comme globalement erronée. En effet, l’idée que la modernisation de la société conduise nécessairement au déclin de la religion dans l’espace public et dans la sphère individuelle s’est, d’après lui, avérée « fausse » (p. 3), les faits montrant au contraire une permanence vigoureuse (et parfois même un développement) du rôle des religions dans les sociétés humaines. Cette permanence n’a pas été uniforme : reprenant les hypothèses développées notamment par Roger Fink et Rodney Stark, il souligne que les religions qui ont cherché à s’aligner sur les valeurs de la modernité ont globalement « échoué », tandis que celles qui ont maintenu un « supernaturalisme réactionnaire » ont largement prospéré (p. 4). Partout, l’A. constate la vitalité des mouvements religieux « conservateurs, orthodoxes ou traditionalistes » (p. 6). Le choix d’une ligne catholique conservatrice par Jean-Paul II, la montée en puissance du protestantisme évangélique aux États-Unis, les succès du judaïsme orthodoxe (aussi bien en Israël que dans la diaspora), l’impact impressionnant de l’islamisme relèvent de ce phénomène, observable aussi dans l’hindouisme et le bouddhisme. En dépit de grandes différences, tous ces mouvements auraient pour point commun une posture « religieuse sans ambiguïté », et une démarche, « pour le moins », de « contre-sécularisation » (p. 6). L’essor de l’islam et celui du protestantisme évangélique constituent, pour l’A., les exemples les plus remarquables de cette « contre-sécularisation » (on est tenté de le suivre en partie sur ce point). Tous deux manifestent un dynamisme conversionniste considérable, même si celui de l’islam s’exprime surtout dans des pays déjà musulmans, ou comprenant d’importantes minorités musulmanes (comme en Europe), alors que le protestantisme évangélique connaîtrait un développement mondial, dans des pays où « ce type de religion était auparavant inconnu ou très marginal » (p. 9).

L’A. voit deux exceptions apparentes à la thèse de la « désécularisation » (sic). D’une part, l’Europe, aux taux de pratique religieuse très faibles. D’autre part, l’existence d’une « subculture internationale composée d’individus dotés d’une éducation occidentale supérieure » dont les contenus sont, « en effet sécularisés » (p. 10). Cette subculture, dominante dans les milieux médiatiques, académiques, politiques, constituerait une « élite globalisée », qui tenterait d’imposer ses normes (fondée sur les idéaux des Lumières) par le biais des médias et des institutions universitaires. P.L.B. n’hésite pas à critiquer (non sans humour) le « vase clos » relatif d’universitaires favorables au postulat de la sécularisation, mais incapables de prendre la mesure du décalage entre leur « monde » et celui des populations dont ils sont supposés analyser le rapport à la religion. Opérant un exercice radical de décentrage, il n’hésite pas à affirmer que cette « subculture » des élites occidentales sécularisées (à laquelle les universitaires participent) constitue, tout compte fait, une anomalie beaucoup plus étonnante que tel ou tel phénomène de radicalisme religieux. De ce fait, « l’Université de Chicago est un terrain beaucoup plus intéressant pour la sociologie des religions que les écoles islamiques de Qom » ! (p. 12) Les théories de la « dernière digue », défendues par ceux qui cherchent à sauver l’hypothèse de la sécularisation linéaire (les musulmans et les évangéliques constitueraient d’ultimes « digues » religieuses face à la marée de la sécularisation) ne tiennent pas, selon l’A. Il considère comme aberrante l’hypothèse selon laquelle « des mollah iraniens, des prédicateurs pentecôtistes, et des lamas tibétains penseront tous – et agiront – comme des professeurs de littérature dans les universités américaines » (p. 12). Cependant, il souligne la variété des relations à la modernité, qui peuvent aller d’une attitude « anti-moderne » (qui caractériserait selon lui l’islam) à une valorisation de la démocratie et de l’individu (qui caractériserait, d’après P.L.B., le courant évangélique). Quelles que soient les stratégies d’adaptation, les religions conservent une part essentielle dans les « affaires du monde » (p. 14), que ce soit sur le terrain politique, économique, social, humanitaire, tant il apparaît évident, pour l’A., que le sentiment religieux (et sa traduction intramondaine) constitue « un trait pérenne de l’humanité » (p. 13).

Les chapitres suivants (de moindre portée) proposent ensuite quelques éclairages partiels à partir de terrains spécifiques. La contribution de George Weigel (pp. 19 à 36) s’attache essentiellement à mettre en perspective l’impact de la pensée de Jean-Paul II (minutieusement exposée). Au passage, l’A. montre qu’à l’image de Léon XIII à la fin du XIXe siècle, le pape présente la vérité catholique comme une vérité « publique » (p. 25), bonne pour tous et pas seulement pour les catholiques. Mais il souligne en même temps (et c’est là un apport majeur) que sa posture apparaît désormais comme « post-Constantinienne » (p. 32). En d’autres termes, sans pour autant vouloir revenir au temps des catacombes (une sous-culture de repli), le catholicisme de l’an 2000 et de demain entend tenir une distance critique (qui n’a pas toujours été adoptée par le passé) face aux pouvoirs politiques. En clair, il s’agit de la fin d’un modèle moniste qui, en catholicisme, a longtemps voulu associer le politique et l’Église dans un modèle englobant. Cette analyse en terme de différenciation partielle des sphères, on le voit, ne paraît guère s’accorder avec l’hypothèse d’une « désécularisation » du monde : à la lumière de contributions comme celles de Weigel, on voit bien qu’une approche plus nuancée s’impose, une réelle vigueur religieuse n’étant pas incompatible avec certains phénomènes de sécularisation. C’est au même type de conclusion que parvient David Martin (pp. 37-49) dans son analyse du renouveau évangélique en protestantisme. En dépit d’un essor très significatif des Églises de type évangélique dans le monde, ces dernières lui paraissent surtout défendre « le rôle de commentateurs influents au sein d’une société pluraliste » (p. 48). L’idée d’une « société chrétienne », d’une Jérusalem évangélique terrestre a globalement décliné tout au long de l’époque contemporaine. Opposant lui aussi l’inspiration pluraliste et démocratique du courant évangélique à la perspective plus moniste de l’islam (p. 49), il considère donc, comme George Weigel, qu’une forme de « différenciation des sphères » (qui constitue une des caractéristiques fortes de la modernité sécularisée) joue à plein dans son terrain d’étude. La contribution de Jonathan Sacks (très engagé idéologiquement) développe ensuite la question de l’identité juive en modernité (pp. 51-63). Concluant sur le fait que les juifs survivront non par le nombre, mais « par la qualité et la force de la foi juive » (p. 63), il paraît déplorer, en attendant, le degré de sécularisation trop important qu’il constate en judaïsme, rapportant cette anecdote éclairante de Shlomo Carlebach en visite sur les campus américains : « je demande aux étudiants ce qu’ils sont. Si quelqu’un se lève et dit, « je suis un Catholique », je sais que c’est un Catholique. Si quelqu’un dit. « Je suis un Protestant », je sais que c’est un Protestant. Si quelqu’un se lève et dit, « Je suis seulement un être-humain », je sais que c’est un Juif » (p. 60). Il ne s’agit pas là, à proprement parler, d’un langage religieux identitaire, « désécularisé »… Là encore, le contenu de la contribution paraît apporter de sérieuses réserves à l’hypothèse liminaire défendue par P.L.B.

Grace Davie, quant à elle, semble davantage se situer dans cet axe. Dans son analyse de l’Europe, possible « exception qui confirme la règle » (pp. 65-83), elle s’attache minutieusement à montrer, qu’après tout, les Européens ne sont peut-être pas moins religieux, mais différemment religieux que les citoyens d’autres parties du monde. Appuyée principalement sur une analyse très fine des résultats de l’Enquête Européenne sur les valeurs, elle confirme à la fois le diagnostic d’une « déprise » de la religion sur les populations, et le maintien d’une demande religieuse « hors institution ». Elle précise aussi très opportunément que les données quantitatives disponibles sur la pratique religieuse en Europe ne sont pas assez étoffées, dans leur échantillonnage, pour rendre compte des minorités religieuses (comme le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, les « nouveaux mouvements religieux »). Or, il est essentiel, selon elle, de tenir compte de ces minorités, qui font globalement preuve d’un réel dynamisme religieux. La prise en considération, d’autre part, des taux de pratique toujours élevés aux États-Unis l’invite, au contraire de Steve Bruce dont la thèse est présentée entre les pages 74 et 77, à considérer l’Europe comme l’exception occidentale… qui confirme la règle d’un vigoureux maintien du religieux en modernité. Se référant aux travaux de José Casanova, elle attribue ce particularisme européen aux liens séculaires entre l’Eglise et l’État. S’appuyant ensuite sur les analyses de Danièle Hervieu-Léger, elle souligne le « paradoxe de la modernité » européenne (p. 80), qui corrode les mémoires collectives (amnésie) mais ouvre de nouveaux espaces utopiques que seule la religion peut remplir. Sa conclusion laisse ouverte la question d’une poursuite, ou non, du recul du religieux eu Europe. Les dernières contributions (Tu Weiming sur la Chine, pp. 85-101, et Abdullahi A. An-Na’im sur l’islam (pp. 103-121) n’apportent pas d’éléments décisifs, tout en soulignant qu’en Chine comme dans l’espace islamique, le religieux s’avère plutôt plus présent aujourd’hui qu’il y a quelques décennies.

Dépourvu de conclusion, l’ouvrage laisse un goût d’inachevé : la thèse suggérée dans le titre (la « désécularisation ») n’y aura pas été démontrée, et les contributions, à l’orientation parfois plus confessionnelle que scientifique, suggèrent une interprétation nuancée de la réalité : réaffirmations religieuses parfois (Chine, essor de l’islam et du protestantisme évangélique), certes, mais aussi déclin continu du rôle social des Églises (dans le cas européen), sur fond de multiples négociations avec la modernité où une sécularisation interne des religions s’observe parfois (option pour un modèle « post-constantinien » en catholicisme, valorisation accrue du pluralisme chez les évangéliques). Au bout du compte, l’ouvrage dirigé par P.L.B. soulève plus de questions qu’il n’en résoud. Peut-être était-ce, au fond, son objectif ?

Référence papier

Sébastien Fath, « BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics », Archives de sciences sociales des religions, 112 | 2000, 71-73.

Référence électronique

Sébastien Fath, « BERGER (Peter L.), ed., The Desecularization of the World, Resurgent Religion and World Politics », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 112 | octobre-décembre 2000, document 112.6, mis en ligne le 19 août 2009, consulté le 08 décembre 2013. URL : http://assr.revues.org/20264

Stephens: Obama’s Envy Problem

Inequality is a problem when the rich get richer at the expense of the poor.

That’s not happening in America.

Dec. 30, 2013

By BRET STEPHENS

As he came to the end of his awful year Barack Obama gave an awful speech. The president thinks America has inequality issues. What it has—what he has—is an envy problem.

I’ll get to the point in a moment, but first a word about the speech’s awfulness. To illustrate the evils of income inequality, the president said this:

"Ordinary folks can’t write massive campaign checks or hire high-priced lobbyists and lawyers to secure policies that tilt the playing field in their favor at everyone else’s expense. And so people get the bad taste that the system is rigged, and that increases cynicism and polarization, and it decreases the political participation that is a requisite part of our system of self-government."

This is coming from the man who signs legislation, such as Dodd-Frank, that only high-priced lawyers can understand; who, according to the Guardian newspaper, has spent much of 2013 on a "record-breaking fundraising spree," making "30 separate visits to wealthy donors," at "more than twice the rate of the president’s two-term predecessors."

In my last column, comparing Jane Fonda with Pope Francis, I wrote that liberalism was haunted by its hypocrisy. Consider Mr. Obama’s campaign-finance pieties as Exhibit B.

Now about inequality. In 1835 Alexis de Tocqueville noticed what might be called the paradox of equality: As social conditions become more equal, the more people resent the inequalities that remain.

"Democratic institutions awaken and foster a passion for equality which they can never entirely satisfy," Tocqueville wrote. "This complete equality eludes the grasp of the people at the very moment they think they have grasped it . . . the people are excited in the pursuit of an advantage, which is more precious because it is not sufficiently remote to be unknown or sufficiently near to be enjoyed."

One result: "Democratic institutions strongly tend to promote the feeling of envy." Another: "A depraved taste for equality, which impels the weak to attempt to lower the powerful to

http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702304591604579290350851300782 1/3/2014

Bret Stephens: Obama’s Envy Problem – WSJ.com Page 2 of 3

Alexis de Tocqueville (1805-59) saw the dark side of the politics of equality. Corbis

expense of the poor.

their own level and reduces men to prefer equality in slavery to inequality with freedom."

That is the background by which the current hand-wringing over inequality must be judged. Inequality is not a problem simply because the rich get richer faster than the poor get richer. It’s a problem only when the rich get richer at the

Mr. Obama tried to prove that in his speech, comparing present-day income with that halcyon year of 1979: "The top 10 percent no longer takes in one-third of our income—it now takes half," he said, suggesting that the rich are eating a larger share of the national pie. "Whereas in the past, the average CEO made about 20 to 30 times the income of the average worker, today’s CEO now makes 273 times more. And meanwhile, a family in the top one percent has a net worth 288 times higher than the typical family, which is a record for this country."

Here is a factual error, marred by an analytical error, compounded by a moral error. It’s the top 20% that take in just over half of aggregate income, according to the Census Bureau, not the top 10%. That figure is essentially unchanged since the mid-1990s, when Bill Clinton was president. And it isn’t dramatically different from 1979, when the top fifth took in 44% of aggregate income.

Besides which, so what? In 1979 the mean household income of the bottom 20% was $4,006. By 2012, it was $11,490. That’s an increase of 186%. For the middle class, the increase was 211%. For the top fifth it’s 320%. The richer have outpaced the poorer in growing their incomes, just as runners will outpace joggers who will, in turn, outpace walkers. But, as James Taylor might say, the walking man walks.

As it is, to whom except the envious should it matter that the boss now makes a lot more, provided you, too, also make more? Class-consciousness has always been a fact of American life, but rarely is it about how the poor, or even the middle class, feel toward the very rich. It has been about how the professional class—lawyers, journalists, administrators, academics—feel toward the financial class. It’s what Volvo America thinks about S-class America.

That idiot you knew freshman year, always fondling a lacrosse stick, before he became the head of his fraternity—his bonus last year was how much?

The moral greatness of capitalism rests in the fact that it is the only economic system where one person’s gain can be another’s also—where Steve Jobs’s billions are his shareholders’ thousands. Capitalism cultivates a sense of admiration where envy would otherwise rule in a zero-sum economic system. It’s what, for the past 60 years, has blunted the democratic tendency toward envy in the U.S. and distinguished its free-market democracy from the social democracies of Europe. It’s what draws people to this country.

Somewhere in the rubble of Mr. Obama’s musings on inequality there was a better speech on economic mobility. Then again, under Mr. Obama the median income of the poorest Americans has declined in absolute terms, to $11,490 in 2012 from $11,552 in 2009, at the height of the recession. Chalk it up as another instance of Mr. Obama being the cause of the very problems he aspires to address.

Le pape François se défend d’être marxiste

Jean-Marie Guénois

Le Figaro

15/12/2013

«Je le répète, je ne me suis pas exprimé en technicien, mais selon la doctrine sociale de l’Église», a rappelé le pape François.

Après ses diatribes contre le libéralisme, le souverain pontife a précisé ses positions économiques dans une interview à La Stampa.

Le pape François n’est pas «marxiste». Il a dû le préciser explicitement dimanche dans une interview exclusive accordée au quotidien italien La Stampa en réponse à une vague d’accusations venues des États-Unis qui ont suivi l’Exhortation apostolique publiée le 26 novembre où François avait effectivement instruit un procès en règle contre l’économie libérale qui «tue». On apprend également dans cet entretien son opposition aux femmes «cardinal» et sa prudence sur l’évolution de l’Église en faveur des divorcés remariés.

Rush Limbaugh, un animateur de radio américain, avait en effet fustigé l’exhortation apostolique intitulée La Joie de l’Évangile, la qualifiant de… «marxisme pur». Stuart Varney, de la chaîne Fox News, y avait vu du «néo-socialisme». Jonathon Moseley, membre du Tea Party, avait renchéri: «Jésus n’était pas un socialiste!» En France, Clément Guillou titrait sa chronique sur le site Rue 89: «Cette fois, c’est sûr, le pape François est socialiste».

Mais la polémique s’est à ce point enflammée outre-Atlantique, y compris dans les milieux catholiques, étonnés par les positions économiques du Pape, que François a dû préciser sa pensée par cet entretien avec le journaliste Andréa Tornielli, l’un des vaticanistes italiens les plus en vue. «L’idéologie marxiste est erronée, lui confie le pape François, mais dans ma vie j’ai rencontré de nombreux marxistes qui étaient des gens bien.»

«  Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés»

Extrait de l’exhortation apostolique

En fait, le passage de l’exhortation apostolique qui a mis le feu aux poudres a été la critique du Pape contre la théorie de la «rechute favorable» (en anglais «trickle down», expression mieux traduite en français par «théorie du ruissellement»): «Certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, écrivait François, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. Mais, pendant ce temps, les exclus continuent à attendre.»

Le Pape ajoutait, dans ce même chapitre: «Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde: la négation du primat de l’être humain! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain.»

Prônant un renforcement de l’État dans le contrôle de l’économie, le Pape concluait: «Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent de façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et impla­cable.»

Des propos d’une fermeté inédite dans la bouche d’un pape – car la doc­trine sociale de l’Église a toujours défendu la responsabilité personnelle et la liberté d’entreprise – qui ont alors suscité une incompréhension certaine, car plusieurs observateurs nord-américains ont reconnu là les thèses de l’écono­miste hongrois d’inspiration socialiste Karl Polanyi (1886-1964).

D’où cette mise au point du Pape dans l’interview de La Stampa: «Il n’y a rien dans l’exhortation apostolique qui ne soit dans la doctrine sociale de l’Église. Je ne me suis pas exprimé d’un point de vue technique, mais j’ai cherché à présenter une photographie de ce qui se passe. L’unique citation spécifique est celle de la théorie de la “rechute favorable”, selon laquelle toute croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire, par elle-même, une meilleure équité et inclusion sociale dans le monde. Soit la promesse que quand le verre serait rempli, il déborderait, et les pauvres alors en profiteraient. Mais quand il est plein, le verre, comme par magie, s’agrandit et jamais rien n’en sort pour les pauvres. Ce fut là ma seule référence à une théorie spécifique. Je le répète, je ne me suis pas exprimé en technicien mais selon la doctrine sociale de l’Église. Cela ne signifie pas être marxiste.»

Voir par ailleurs:

Le pape François, un an au Vatican : une révolution en trompe-l’oeil ?

Le Plus-Nouvelobs

14-03-2014

Jean-Marcel Bouguereau

éditorialiste

LE PLUS. Premier pape argentin de l’histoire, le pape François a fêté, jeudi 13 mars, le premier anniversaire de son élection au Vatican. Porteur de nombreuses attentes de réformes et d’ouverture, celui qui a succédé à Benoît XVI est-il à la hauteur ? Notre éditorialiste Jean-Marcel Bouguereau dresse un premier bilan.

Édité par Sébastien Billard

Le pape François pourrait en remontrer à l’autre François (Hollande) : en un an, il a réussi à changer beaucoup de choses dans cette institution par nature conservatrice, l’Église. C’est le magazine "Rolling-Stone" qui titrait à propos de lui : "Les temps changent".

On a beaucoup parlé de son style de vie, de sa simplicité, jusqu’à son refus de porter les traditionnels escarpins rouges, préférant rappeler son cordonnier argentin pour réparer ses vieilles chaussures. Il a bouleversé par son exemple les habitudes de la Curie romaine, en instaurant au Vatican une humilité qui n’était plus de mise chez ces prélats confits dans leurs ors et leurs brocards.

Transparence financière et gestes d’ouverture

Même si cela a beaucoup contribué à sa popularité, l’essentiel n’est pas là. Premier pape non européen, premier pape jésuite, premier pape de la mondialisation, il a montré sa volonté de réformer la toute-puissante Curie.

Son super ministère des finances va coiffer la fameuse banque du Vatican où il a commencé à faire le ménage : plus aucun laïc ne peut y ouvrir de compte ce qui, jusque-là, permettait à certains mafieux de blanchir au Vatican l’argent de trafics de drogue. Une transparence financière qui ne plait guère aux parrains de la mafia calabraise, qui lui auraient adressé des menaces de mort.

Il a multiplié les gestes de compréhension envers les homosexuels et envers les athées, demandant "l’ouverture et la miséricorde vis-à-vis des personnes divorcées, homosexuelles ou encore des femmes qui ont subi un avortement".

Mais sa volonté, selon la formule de Kierkegaard, "de remettre un peu de christianisme dans la chrétienté", ne plait pas à tout le monde. Le Tea Party américain n’a-t-il pas dénoncé en lui un "marxiste" et même, horresco referens, un "libéral", c’est à dire une sorte de gauchiste !

Pensez donc ! Un homme qui parle de la différence entre pêcheurs et corrompus, qui dit "qui suis-je pour juger un gay qui cherche Dieu ?", qui critique une société qui fait de l’argent une idole !

Se transformer pour continuer à exister

Mais parce qu’il prépare lui-même ses spaghettis et qu’il s’échappe clandestinement du Vatican les soirs de grand froid pour visiter des SDF romains, faut-il, comme certains, en faire une nouvelle idole de la gauche dont les posters viendraient remplacer ceux de Guevara ?

Ce pape reste pape. Dans ses goûts cinématographiques figurent le néoréalisme italien, Fellini, Rossellini et "Le Guépard" de Visconti où l’on trouve cette phrase tirée du roman de Lampedusa "Il faut que tout change pour que rien ne change".

Dans cette période du risorgimento ("Renaissance") où l’aristocratie ne meurt pas mais se transforme, on peut trouver une analogie avec la situation d’une Église qui doit impérativement se transformer pour continuer à exister.

Voir encore:

Eglise : jusqu’où veut aller le pape François sur les dossiers sensibles ?

Marie Lemonnier

Le Nouvel Observateur

13-03-2014

La place des femmes et des laïcs, l’homosexualité, la réforme de la Curie… Le successeur de Benoît XVI amènera-t-il le renouveau ?

Elu il y a un an, le 13 mars 2013, après la renonciation de Benoît XVI, souverain pontife pris dans les tourments du Vatileaks, Jorge Mario Bergoglio, 77 ans, a été désigné par ses pairs pour opérer la réforme nécessaire de l’appareil catholique. Avec ses prises de paroles, parfois tranchées, parfois ambiguës, et les premières décisions de sa première année de gouvernance, le pape argentin a ouvert plusieurs grands chantiers qui laissent entrevoir une forte volonté de renouveau, sans néanmoins toucher aux fondamentaux de la doctrine dont les papes sont les héritiers autant que les garants. Jusqu’où veut-il aller et jusqu’où pourra-t-il mener l’Eglise ?

1 La réforme de la Curie

Après le Vatileaks, les cardinaux électeurs ont clairement demandé au nouveau successeur de Pierre d’opérer un nettoyage et une rationalisation de la Curie romaine. Il s’agit d’une part d’alléger la structure, dans laquelle les dicastères (équivalent de ministères) se sont accumulés ces dernières décennies, mais aussi d’en changer la perspective. Au lieu de la laisser prospérer au-dessus des évêques comme un super-gouvernement tout puissant, François souhaite lui confier le rôle de médiateur entre les épiscopats et le pape. L’objectif ? Qu’elle soit véritablement au service des pasteurs de l’Eglise universelle et des Eglises locales. Une manière de faire vivre la collégialité, maître-mot de Vatican II que souhaite mettre en application Bergoglio, comme on le voit également à travers son usage du synode qui est l’occasion pour les évêques du monde entier de prendre part à la décision mais aussi avec la création de ce conseil permanent de 8 cardinaux venus des cinq continents, surnommé le G8 ou le C8, chargé de l’aider dans sa réforme de la Curie.

François veut ainsi que l’Eglise ne soit plus une monarchie absolue mais un organe de participation autour du pape, qui reste néanmoins seul détenteur de l’autorité. Etranger à l’institution romaine sur laquelle il porte un regard critique voire sévère, le pape argentin n’hésite pas à fustiger les querelles de pouvoir en son sein, les habitudes de cour et tous ceux qui s’y "prennent pour des dieux". Il semble ainsi très déterminé à remplir sa mission. A cette fin, une nouvelle Constitution apostolique doit être écrite pour remplacer celle de Jean-Paul II appelée Pastor Bonus, en vigueur depuis 1988. Le père Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a déjà tenté de modérer les impatiences en avertissant qu’elle ne verrait pas le jour avant 2015.

2 La gestion et la transparence des finances

"Je veux une Eglise pauvre au service des pauvres", martèle le pape François. En créant fin février un "Secrétariat pour l’économie" (un super ministère aux pouvoirs étendus sur le Saint-Siège et l’Etat du Vatican), dirigé par le cardinal australien Pell, qui fait déjà partie des hommes forts du G8 du pape, ainsi qu’un "Conseil pour l’économie" ayant autorité pour contrôler toutes les instances vaticanes, le pape François donne enfin les premiers signes concrets de la réforme institutionnelle.

C’est comme s’il avait créé la Cour des comptes et l’Inspection des finances en même temps !", souligne l’historien de la papauté Philippe Levillain.

Des bilans financiers seront rendus publics et les procédures moins bureaucratiques. Autre nouveauté, pour assurer une meilleure transparence, ce Conseil pour l’économie (CE) sera composé de 8 prélats mais aussi de 7 laïcs (dont le Français Jean-Baptiste de Franssu, patron de la société Incipit). C’est la première fois que des laïcs entrent ainsi dans une institution curiale. Enfin, le CE sera coordonné par l’archevêque de Munich et tout nouveau président de la Conférence épiscopale allemande Reinhard Marx, également auteur d’un livre intitulé… "Le Capital". Ca ne s’invente pas.

Même si aucune décision n’a encore été prise concernant la très critiquée et opaque banque du Vatican, la commission chargée de sa réforme poursuit ses travaux et devrait faire des annonces courant avril. Plus de la moitié des 19.000 comptes de l’IOR (Institut pour les Œuvres de religion) a été contrôlée ; un millier a été fermé et moins d’une centaine de comptes suspects fait l’objet d’investigations plus approfondies. "Tout va changer dans la gestion économico-administrative du Saint-Siège", promet ainsi le site Vatican Insider.

3 La place des femmes et des laïcs

La femme "peut et doit être plus présente dans les lieux de décision de l’Eglise", affirme le Saint-Père dans le "Corriere della Sera" du 5 mars, laissant ainsi espérer que des femmes puissent être à l’avenir nommées à la tête de dicastères. Le pape faisait toutefois observer qu’il s’agit là d’une "promotion de type fonctionnel" qui ne fait guère "avancer les choses". Il a également plusieurs fois exprimé sa volonté de promouvoir une "théologie de la femme" qui laisse dubitatif sur les réelles avancées à attendre sur le sujet. Surtout, il n’a pas caché qu’il n’ordonnera pas de femmes prêtres. Quant à nommer une femme Cardinal ? "D’où est sortie cette blague ?", a-t-il tout bonnement écarté dans "la Stampa" du 15 décembre.

Le pape ne dit rien, en revanche, sur l’ordination éventuelle d’hommes mariés. Cela peut-il faire partie des non-dits où les lignes peuvent bouger ?

Si le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, coordinateur du conseil des huit cardinaux chargé de la réforme, a émis l’idée de mettre un "couple marié" à la tête du Conseil pontifical pour la famille, l’hypothèse paraît là aussi douteuse. D’autant que ce Conseil pontifical pourrait se voir fondu dans un ensemble plus large. En revanche, une véritable Congrégation pour les laïcs pourrait voir le jour.

4 Les homosexuels

Si une personne est gay et cherche le Seigneur et qu’elle est de bonne volonté, mais qui suis-je pour la juger ?"

Lancée dans l’avion qui le ramenait du Brésil en juillet 2013, cette phrase est peut-être la plus connue et la plus commentée du pape François. Du moins dans sa version tronquée : "Qui suis-je pour juger ?". Et décontextualisée. En effet, le pape répondait à une question précise, qui portait sur Mgr Battista Ricca, le prélat qu’il venait de nommer comme conseiller pour la réforme de la banque du Vatican et dont l’homosexualité venait d’être révélée dans les médias italiens. La phrase lui valut néanmoins les honneurs de la célèbre revue LGBT américaine Advocate et a été accueillie comme une phrase symbolique de la bienveillance papale. En invitant les pasteurs à mieux "accompagner" les homosexuels, François prône ainsi une Église qui "considère la personne" avant de "condamner".

"La pensée de l’Eglise, nous la connaissons et je suis fils de l’Eglise, mais il n’est pas nécessaire d’en parler en permanence. Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents, déclare Bergoglio. Nous devons donc trouver un nouvel équilibre, autrement l’édifice moral de l’Eglise risque lui aussi de s’écrouler comme un château de cartes, de perdre la fraîcheur et le parfum de l’Evangile".

Même s’il souhaite étudier les raisons pour lesquelles des Etats ont pu adopter des unions civiles, le pape rappelle que le mariage est "l’union d’un homme et d’une femme".

5 La famille et la question des divorcés-remariés

La question des divorcés remariés, très attendue par l’opinion publique, est une source de crispations actuellement au Vatican. On l’a vu dernièrement au consistoire préparatoire au synode sur la famille qui s’est tenu les 20 et 21 février à Rome et dont le cardinal français Paul Poupard redoutait qu’il se termine en "guerre civile". "Les confrontations fraternelles et ouvertes font grandir la pensée théologique et pastorale. De ceci je n’ai pas peur, plutôt je le cherche"¸ a cependant assuré le pape François.

"Je crois que ce temps est celui de la miséricorde", avait-il déclaré au retour des JMJ de Rio. Ce qui ne veut pas dire suppression de l’interdiction pour eux de communier. Le "non" a été formulé par le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Gerhard L. Müller. Le pape argentin a néanmoins donné des signes d’espoir et d’ouverture, en choisissant le cardinal théologien Walter Kasper pour ouvrir le consistoire.

Dans son discours inaugural, ce dernier, connu pour ses positions progressistes, a en effet émis l’idée d’un "nouveau développement" concernant l’épineuse question des divorcés remariés, suggérant que la pratique actuelle serait "contre-productive". Le cardinal propose ainsi des solutions vers un sacrement de pénitence. Cette voie ne serait cependant pas une solution générale mais s’adresserait au petit nombre de ceux qui seraient sincèrement intéressé par les sacrements. Des pistes de réflexion qualifiées de "théologie sereine" par le pape François qui défend par ailleurs la famille traditionnelle si "maltraitée, dépréciée", mais "plan lumineux de Dieu".

La question n’est pas celle de changer la doctrine mais d’aller en profondeur et faire en sorte que la pastorale tienne compte des situations et de ce qu’il est possible de faire pour les personnes", a-t-il tenu à préciser dans sa dernière interview du 5 mars tout en saluant le "génie prophétique de Paul VI", auteur de l’encyclique Humanae Vitae qui fermait la question de la contraception.

Prudent, le pape François veut donc replacer la morale à sa "juste place" sans rien lâcher sur la doctrine. Ayant choisi le mode de la collégialité sous la forme de deux synodes en 2014 et 2015, aucune conclusion ne devrait voir le jour avant la fin des travaux ecclésiastiques.


De Staline à Poutine: Une longue pratique d’assassinats secrets et un effort mondial de désinformation (From JFK to Litvinenko: Romanian top spy defector Ion Mihai Pacepa looks back on the Kremlin’s killing and disinforming ways)

8 mars, 2014
http://i1.sndcdn.com/artworks-000034189888-rl6yse-t500x500.jpg?f9a018ahttp://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/02582/LITVINENKO_2582317b.jpgI shouted out, Who killed the Kennedys?  When after all  It was you and me. The Rolling Stones (1968)
Il n’aura même pas eu la satisfaction d’être tué pour les droits civiques. Il a fallu que ce soit un imbécile de petit communiste. Cela prive même sa mort de toute signification. Jackie Kennedy
En affirmant que l’Amérique a le droit d’agir parce qu’elle mène une guerre, qui ne s’applique pas à un territoire précis, contre un ennemi multiforme, la Maison-Blanche crée aussi un dangereux précédent, qui pourrait bien être utilisé à l’avenir par la Russie, la Chine ou l’Iran pour aller éliminer leurs propres ennemis. Pourquoi, dès lors, les alliés de l’Amérique restent-ils silencieux, alors qu’ils accablaient Bush? Le Figaro
Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, pas moins de 29 professionnels des médias ont été assassinés en lien direct avec leurs activités professionnelles. Agressions et assassinats se perpétuent à un rythme égal, nourri par l’impunité générale. RSF
Les Russes ont monté de toutes pièces des "séparatistes" ossètes, et abkhazes, pour casser la Géorgie, coupable de lèse-Russie. Moscou préparait depuis des mois l’assaut qui vient de se produire. La 58ème armée, qui s’est ruée sur la Géorgie, avait été préparée de longue main. (…) Poutine a préparé l’action (…) dès le mois d’avril, nous dit le spécialiste russe des affaires militaires Pavel Felgenhauer. On ne lance pas à l’improviste une opération combinée des commandos, des unités de blindés, de la marine et de l’armée de l’air, sans oublier une vaste cyber-attaque commencée une ou deux semaine avant l’assaut. Vu l’état général des forces russes, où les officiers vendent les pneus, les munitions, les carburants et les équipements, il a fallu préparer spécialement l’invasion pendant des mois. Laurent Murawiec
Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations? Françoise Thom
La politique de "redémarrage" des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. Françoise Thom
"Dix", me fit remarquer Ceausescu. "C’est dix dirigeants internationaux que le Kremlin a tué ou tenté de tuer",  m’expliqua-t-il, les comptant sur ses doigts. Laszlo Rajk et Imre Nagy de Hongrie ; Lucretiu Patrascanu et Gheorghe Gheorghiu-Dej de Roumanie ; Rudolf Slansky, le dirigeant tchèque et Jan Masaryk, le chef de la diplomatie de ce pays ; le shah d’Iran ; Palmiro Togliatti d’Italie ; le Président américain John F. Kennedy ; et Mao Tse Tong. Ion Mihai Pacepa
Quand l’Union soviétique s’est effondrée, les Russes avaient une chance unique de se libérer de leur ancienne forme d’État policier byzantin, qui avait, pendant des siècles, isolé le pays et l’avait laissé complètement démuni devant la complexité de la société moderne. Malheureusement, les Russes n’ont pas été à la hauteur de cette tâche. Depuis la chute du communisme, ils ont été confrontés à une forme indigène de capitalisme dirigé par un ensemble de vieux bureaucrates communistes, spéculateurs et impitoyables mafiosi qui a creusé les inégalités sociales. Par conséquent, après une période de bouleversements, les Russes ont progressivement — et peut-être heureusement — glissé dans leur forme historique du gouvernement, le samoderzhaviye russe traditionnel, une forme d’autocratie remontant à Ivan le Terrible au XIVe siècle, dans laquelle un seigneur féodal dirigeait le pays avec l’aide de sa police politique personnelle. Bonne ou mauvaise, l’ancienne police politique peut apparaître à la plupart des Russes comme leur seul moyen de défense contre la rapacité de leurs nouveaux capitalistes. Il ne sera pas facile de rompre avec une tradition de cinq siècles. Cela ne signifie pas que la Russie ne peut pas changer. Mais pour cela, les Etats-Unis ont leur rôle à jouer. Nous devrions arrêter de faire semblant que le gouvernement russe est démocratique et l’évaluer pour ce qu’il est vraiment : une bande de plus de 6 000 anciens officiers du KGB, une des organisations les plus criminelles de l’histoire — qui a saisi les postes les plus importants dans les gouvernements fédéraux et locaux, et qui perpétuent la pratique de Staline, Khrouchtchev et Brejnev d’assassinats secrets de ceux qui se dressent sur leur chemin. Tuer a toujours un prix, et il faudrait forcer le Kremlin à le payer jusqu’à ce qu’il arrête le massacre. Ion Mihai Pacepa
À partir de ses 15 ans, selon ses propres déclarations, Oswald s’intéresse au marxisme. Peu après, à La Nouvelle-Orléans, il achète le Capital et le Manifeste du Parti communiste7. En octobre 1956, Lee écrit au président du Parti socialiste d’Amérique une lettre où il se déclare marxiste et affirme étudier les principes marxistes depuis quinze mois. Pourtant, alors même qu’il lit toute la littérature marxiste qu’il peut trouver, Oswald prépare son entrée dans les marines en apprenant par cœur le manuel des marines de son frère aîné, Robert, qui est marine. Oswald adore ce frère dont il porte fièrement la bague du Corps et rêve depuis longtemps de l’imiter en le suivant dans la carrière. Alors même qu’il se considère comme un marxiste, Oswald réalise son rêve d’enfance et s’engage dans les marines une semaine après son dix-septième anniversaire. Après les entraînements de base, d’octobre 1956 à mars 1957, Oswald suit un entraînement spécifique destiné à la composante aérienne des marines. Au terme de cet entraînement, le 3 mai 1957, il devient soldat de première classe, reçoit l’accréditation de sécurité minimale, « confidentiel »9, et suit l’entraînement d’opérateur radar. Après un passage à la base d’El Toro (Californie) en juillet 1957, il est assigné à la base d’Atsugi, au Japon, en août 1957. Cette base est utilisée pour les vols de l’avion espion Lockheed U-2 au-dessus de l’URSS, et quoique Oswald ne soit pas impliqué dans ces opérations secrètes, certains auteurs ont spéculé qu’il aurait pu commencer là une carrière d’espion. (…)  En février 1959, il demande à passer un test de connaissance du russe auquel il a des résultats « faibles ».C’est alors qu’Oswald commence à exprimer de manière claire des opinions marxistes qui n’améliorent pas sa popularité auprès de ses camarades. Il lit énormément de revues en russe, écoute des disques en russe et s’adresse aux autres soit en russe soit en contrefaisant un accent russe. Ses camarades le surnomment alors "Oswaldskovich". Mi-1959, il fait en sorte de rompre prématurément son engagement dans l’armée en prétextant le fait qu’il est le seul soutien pour sa mère souffrante. Lorsqu’il peut quitter l’armée en septembre 1959, il a en fait déjà préparé l’étape suivante de sa vie, sa défection en URSS. Oswald a été un bon soldat, en tout cas au début de sa carrière, et ses résultats aux tests de tir, par exemple, sont très satisfaisants. Ses résultats au tir se dégradent cependant vers la fin de sa carrière militaire, élément qui fut ensuite utilisé pour faire passer Oswald pour un piètre tireur. Ainsi, avec un score de 191 le 5 mai 1959, Oswald atteint encore le niveau « bon tireur », alors qu’il envisage déjà son départ du Corps. Lors de cette séance de tir, Nelson Delgado, la seule personne qui affirma devant la commission Warren qu’Oswald était un mauvais tireur, avait fait 19212. En fait, selon les standards du Corps de Marines, Oswald était un assez bon tireur. Le voyage d’Oswald en URSS est bien préparé : il a économisé la quasi-totalité de sa solde de marine et obtient un passeport en prétendant vouloir étudier en Europe. Il embarque le 20 septembre 1959 sur un bateau en partance de La Nouvelle-Orléans à destination du Havre, où il arrive le 8 octobre pour partir immédiatement vers Southampton, puis prend un avion vers Helsinki (Finlande), où il atterrit le 10 octobre. Dès le lundi 12, Oswald se présente à l’ambassade d’URSS et demande un visa touristique de six jours dans le cadre d’un voyage organisé, visa qu’il obtient le 14 octobre. Oswald quitte Helsinki par train le 15 octobre et arrive à Moscou le 16. Le jour même, il demande la citoyenneté soviétique, que les Soviétiques lui refusent au premier abord, considérant que sa défection est de peu de valeur. Après qu’il a tenté de se suicider, les Soviétiques lui accordent le droit de rester, d’abord temporairement, à la suite de quoi Oswald tente de renoncer à sa citoyenneté américaine, lors d’une visite au consul américain le 31 octobre 1959, puis pour un temps indéterminé. Les Soviétiques envoient Oswald à Minsk en janvier 1960. Il y est surveillé en permanence par le KGB17 pendant les deux ans et demi que dure son séjour. Oswald semble tout d’abord heureux : il a un travail dans une usine métallurgique, un appartement gratuit et une allocation gouvernementale en plus de son salaire, une existence confortable selon les standards de vie soviétiques. Le fait que le U2 de Francis Powers ait été abattu par les Soviétiques après l’arrivée d’Oswald, en mai 1960, a éveillé la curiosité de certains auteurs se demandant quel lien cet évènement pouvait avoir avec le passage d’Oswald sur la base d’Atsugi, une des bases d’où des U2 décollaient. Cependant, outre qu’Oswald ne semble jamais avoir été en contact avec des secrets sur Atsugi, personne n’a jamais réussi à établir un lien entre Oswald et cet évènement. Ainsi, le U2 de Powers a été abattu par une salve de missiles SA-2 chanceuse (à moins que Powers ait été sous son plafond normal) et aucun renseignement spécial n’a été nécessaire à cet effet. (…) En mars 1961, alors qu’il a eu quelques contacts avec l’ambassade américaine à Moscou en vue de son retour aux États-Unis, Oswald rencontre Marina Nikolayevna Prusakova, une jeune étudiante en pharmacie de 19 ans, lors d’un bal au palais des Syndicats. Ils se marient moins d’un mois plus tard et s’installent dans l’appartement d’Oswald. Oswald a écrit plus tard dans son journal qu’il a épousé Marina uniquement pour faire du mal à son ex-petite amie, Ella Germain. En mai 1961, Oswald réitère à l’ambassade américaine son souhait de retourner aux États-Unis, cette fois avec son épouse. Lors d’un voyage en juillet à Moscou, Oswald va avec Marina, enceinte de leur premier enfant, à l’ambassade américaine pour demander un renouvellement de son passeport. Ce renouvellement est autorisé en juillet, mais la lutte avec la bureaucratie soviétique va durer bien plus longtemps. Lorsque le premier enfant des Oswald, June, naît en février 1962, ils sont encore à Minsk. Finalement, ils reçoivent leur visa de sortie en mai 1962, et la famille Oswald quitte l’URSS et embarque pour les États-Unis le 1er juin 1962. La famille Oswald s’installe à Fort Worth (près de Dallas) vers la mi-juin 1962, d’abord chez son frère Robert, ensuite chez sa mère, début juillet, et enfin dans un petit appartement fin juillet, lorsque Lee trouve un travail dans une usine métallurgique. Le FBI s’intéresse naturellement à Lee et provoque deux entretiens avec lui, le 26 juin et le 16 août. Les entretiens ne révélant rien de notable, l’agent chargé du dossier demande à Oswald de contacter le FBI si des Soviétiques le contactaient, et conclut ses rapports en recommandant de fermer le dossier. Cependant, dès le 12 août, Lee écrit au Socialist Workers Party, un parti trotskiste, pour leur demander de la documentation, et continue de recevoir trois périodiques russes. Vers la fin août, les Oswald sont introduits auprès de la petite communauté de Russes émigrés de Dallas. Ceux-ci n’aiment pas particulièrement Oswald, qui se montre désagréable, mais prennent en pitié Marina, perdue dans un pays dont elle ne connait même pas la langue que Lee refuse de lui apprendre. C’est dans le cadre de ces contacts qu’Oswald rencontre George de Mohrenschildt (en), un riche excentrique d’origine russe de 51 ans qui prend Oswald en sympathie. Les relations entre Oswald et Mohrenschildt ont été source de nombreuses spéculations, et certains ont cru voir dans Mohrenschildt un agent ayant participé à une conspiration, sans jamais trouver d’élément factuel qui démontre cette hypothèse. (…) En février 1963, alors que les relations entre Lee et Marina s’enveniment jusqu’à la violence, Oswald prend un premier contact avec l’ambassade d’URSS en laissant entendre qu’il souhaite y retourner. C’est aussi au cours de ce mois que les Oswald rencontrent Ruth Paine, qui allait devenir, avec son mari Michael, très proche des Oswald. Rapidement, Ruth et Marina deviennent amies au cours du mois de mars 1963, et c’est à la fin du mois que Lee demande à Marina de prendre des photos de lui avec ses armes. C’est également au cours de ce mois qu’Oswald commence à préparer l’assassinat du général Walker, que les deux armes commandées lui furent livrées, que Lee perdit son travail chez Jaggers et que l’agent Hosty du FBI commença un réexamen de routine du dossier de Oswald et Marina (six mois s’étant écoulés depuis son dernier entretien avec Oswald), au cours duquel il découvrit une note du FBI de New York sur un abonnement de Lee au Worker, journal communiste, ce qui l’intrigua et le poussa à rouvrir le dossier. Toutefois, avant que Hosty ait pu traiter le dossier, il se rendit compte que les Oswald avaient quitté Dallas. Le général Edwin Walker (en), un héros de la Seconde Guerre mondiale, est un anticommuniste virulent et partisan de la ségrégation raciale. Walker a été relevé de son commandement en Allemagne et muté à Hawaï en avril 1961 par le président Kennedy après qu’il eut distribué de la littérature d’extrême-droite à ses troupes. Il démissionne alors de l’armée en novembre 1961 et se retire à Dallas pour y commencer une carrière politique. Il se présente contre John Connally pour l’investiture démocrate au poste de gouverneur du Texas en 1962, mais est battu par Connally qui est finalement élu gouverneur. À Dallas, Walker devient la figure de proue de la John Birch Society, une organisation d’extrême-droite basée au Massachusetts. Walker représente tout ce que déteste Oswald et il commence à le surveiller en février 1963, prenant notamment des photos de son domicile et des environs. Le 10 avril 1963, alors qu’il est congédié de chez Jaggars-Chiles-Stovall depuis dix jours, il laisse une note en russe à Marina et quitte son domicile avec son fusil. Le soir même, alors que Walker est assis à son bureau, on tire sur lui d’une distance de 30 mètres. Walker survit par un simple coup de chance : la balle frappe le châssis en bois de la fenêtre et est déviée. Lorsqu’Oswald rentre chez lui, il est pâle et semble effrayé. Quand il dit à Marina ce qu’il vient de faire, elle lui fait détruire l’ensemble des documents qu’il a rassemblés pour préparer sa tentative d’assassinat, bien qu’elle conserve la note en russe. L’implication d’Oswald dans cette tentative ne sera connue des autorités qu’après la mort d’Oswald, lorsque cette note, ainsi qu’une photo de la maison de Walker, accompagnées du témoignage de Marina, leur parviendra. La balle récupérée dans la maison de Walker est trop endommagée pour permettre une analyse balistique, mais l’analyse de cette balle par activation neutronique par le HSCA permet de déterminer qu’elle a été produite par le même fabricant que la balle qui tua Kennedy. Sans emploi, Oswald confie Marina aux bons soins de Ruth Paine et part à La Nouvelle-Orléans pour trouver du travail. (…) Marina le rejoint le 10 mai. Oswald semble à nouveau malheureux de son sort, et quoiqu’il ait perdu ses illusions sur l’Union soviétique, il oblige Marina à écrire à l’ambassade d’URSS pour demander l’autorisation d’y retourner. Marina reçoit plusieurs réponses peu enthousiastes de l’ambassade, mais entretemps les espoirs d’Oswald se sont reportés sur Cuba et Fidel Castro. Il devient un ardent défenseur de Castro et décide de créer une section locale de l’association Fair Play for Cuba. Il consacre 22,73 dollars à l’impression de 1 000 tracts, 500 demandes d’adhésion et 300 cartes de membres pour Fair Play for Cuba et Marina signe du nom de « A.J. Hidell » comme président de la section sur une des cartes. (…)  Il fait, le 5 août 1963, une tentative d’infiltration des milieux anti-castristes, et se présente comme un anticommuniste auprès de Carlos Bringuier (en), délégué à La Nouvelle-Orléans de l’association des étudiants cubains en proposant de mettre ses capacités de Marine au service des anti-castristes. (…)  Oswald envisage de détourner un avion vers Cuba, mais Marina réussit à l’en dissuader, et l’encourage à trouver un moyen légal d’aller à Cuba. En l’absence de liaison entre les États-Unis et Cuba, Lee commence à envisager de passer par le Mexique. (…)  Oswald est dans un bus reliant Houston à Laredo le 26 septembre, et continue ensuite vers Mexico. Là, il tente d’obtenir un visa vers Cuba, se présentant comme un défenseur de Cuba et de Castro, et en affirmant qu’il veut ensuite continuer vers l’URSS. L’ambassade lui refuse le visa s’il n’avait pas au préalable un visa soviétique. L’ambassade d’URSS, après avoir consulté Moscou, refuse le visa. Après plusieurs jours de va-et-vient entre les deux ambassades, Oswald rejeté et mortifié retourne à Dallas. (…) Michael Paine (en), le mari de Ruth, a une conversation politique avec Oswald et se rend compte que malgré sa désillusion à l’égard des régimes socialistes, il est encore un fervent marxiste qui pense que la révolution violente est la seule solution pour installer le socialisme. Pendant les semaines suivantes, la situation entre Marina et Lee se dégrade à nouveau, tandis que le FBI de Dallas s’intéresse à nouveau à Oswald du fait de son voyage à Mexico.(….)  Marina découvre que Lee a à nouveau écrit à l’ambassade d’URSS, et qu’il s’est inscrit sous un faux nom à son logement, et ils se disputent au téléphone à ce sujet. Le 19 novembre, le Dallas Time Herald publie le trajet que le président Kennedy utilisera lors de la traversée de la ville. Comme Oswald a pour habitude de lire le journal de la veille qu’il récupère dans la salle de repos du TSBD, on présume qu’il a appris que le président passerait devant les fenêtres du TSBD le 20 ou le 21 novembre. Wikipedia
En tant qu’ancien ancien chef espion roumain sous les ordres directs du KGB soviétique, il est parfaitement évident pour moi que la Russie est derrière la disparition des armes de destruction massive de Saddam Hussein. Après tout, c’est la Russie qui au départ a aidé Saddam en acquérir. L’Union soviétique et tous les États du bloc soviétique ont toujours eu un mode opératoire normalisé d’enterrement pour les armes de destruction massive  — baptisé "Sarindar en roumain, ce qui signifie "issue de secours". Je l’ai mis en place en Libye. C’était pour débarrasser les despotes du tiers-monde de toute trace de leurs armes chimiques si jamais les impérialistes occidentaux se rapprochaient trop d’eux. Nous voulions nous assurer qu’ils ne pourraient jamais remonter à nous, et nous voulions également entraver l’ouest en ne leur donnant rien qu’ils puissent utiliser dans leur propagande contre nous. Toutes les armes chimiques devaient être immédiatement brûlées ou enfouies profondément en mer. En revanche, la documentation technique devait être préservée en microfiches enterrées dans des containers étanches pour la reconstruction future. Les armes chimiques, en particulier celles produites dans les pays du tiers monde, qui n’ont pas d’installations de production sophistiquées, perdent souvent leurs propriétés létales après quelques mois en entrepôt et sont systématiquement jetées de toute façon. Et toutes les usines d’armes chimiques avaient une couverture civile rendant la détection difficile, peu importe les circonstances. Le plan comprenait une routine de propagande élaborée. Toute personne accusant Muammar Khadhafi de posséder des armes chimiques pouvait être ridiculisé. Des mensonges, que des mensonges ! Venez en Libye et voyez pour vous-mêmes ! Nos organisations occidentales de gauche, comme le Conseil mondial de la paix, existaient à seule fin de propagande, que nous leur fournissions. Ces mêmes groupes recrachent exactement les mêmes thèmes aujourd’hui. Nous avons toujours compté sur leur expertise pour l’organisation de grandes manifestations de rue en Europe de l’ouest contre l’Amérique belliqueuse chaque fois que nous avons voulu détourner l’attention du monde des crimes des régimes vicieux que nous parrainions. L’Irak, à mon avis, avait  son propre plan "Sarindar" en direct de Moscou. Il en avait certainement un dans le passé. Nicolae Ceausescu me l’a dit, et il l’avait entendu de Leonid Brezhnev. du président du KGB Iouri Andropov, et plus tard, Yevgeny Primakov, me l’a répété. Dans les années 1970, Primakov a géré les programmes d’armement de Saddam Hussein. Après cela, comme vous le savez, il est promu chef du service du renseignement extérieur soviétique en 1990, et ministre russe des affaires étrangères en 1996 et en 1998, au premier ministre. Ce que vous ignorez peut-être est que Primakov déteste Israël et a toujours soutenu le radicalisme arabe. C’était un ami personnel de Saddam Hussein et il a visité Bagdad à plusieurs reprises après 1991, pour aider tranquillement Saddam à  jouer son jeu de cache-cache. Le bloc soviétique a non seulement vendu à Saddam ses armes de destruction massive, mais il leur a montré comment les faire "disparaître". La Russie est toujours à l’ œuvre. Primakov se rendait régulièrement à Bagdad de décembre 2003 à quelques jours avant la guerre, ainsi qu’une équipe d’experts militaires russes dirigée par deux généraux de haut niveau à la "retraite", Vladislav Achalov, un ancien vice-premier ministre de la défense et Igor Maltsev, un ancien chef d’état-major russe de l’armée de l’air. Ils ont tous été décorés par le ministre de la Défense irakien. Ils  n’étaient clairement pas là pour donner des conseils militaires à Saddam pour la guerre à venir — les lanceurs de Katioucha de Saddam vintage de la seconde guerre mondiale, et ses chars T-72, des véhicules de combat BMP-1 et des avions de chasse MiG étaient tous évidemment inutiles contre l’Amérique. « Je ne vais pas à Bagdad pour boire un café, » avait déclaré Achalov aux médias par la suite. Ils étaient là pour orchestrer le plan « Sarindar » de l’Irak. L’armée américaine  a en fait déjà trouvé la seule chose qui aurait pu survivre sous le plan soviétique classique « Sarindar » de  liquidation des arsenaux d’armes en cas de défaite dans la guerre — les documents technologiques montrant comment reproduire des stocks d’armes en quelques semaines. Un tel plan a sans doute été mis en place depuis août 1995 — quand le gendre de Saddam, le général Hussein Kamel, qui avait dirigé les programmes nucléaires, chimiques et biologiques de l’Irak pendant 10 ans, a fait défection vers la Jordanie.  En août, les inspecteurs de l’UNSCOM et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont fouillé un élevage de poulets appartenant à la famille de Kamel et trouvé plus d’une centaine de malles métalliques et boîtes contenant la documentation traitant de toutes les catégories d’armes, notamment nucléaires. Pris en flagrant délit, l’Iraq a enfin reconnu son « programme de guerre biologique, y compris d’armement, » et  publié un "Rapport de divulgation complet et final" et remis des documents sur l’agent neurotoxique VX et des armes nucléaires. Saddam a alors attiré le général Kamel, feignant de pardonner sa défection. Trois jours plus tard, Kamel et plus de 40 membres de la famille, y compris les femmes et les enfants, ont été assassinés, dans ce que la presse irakienne officielle décrit comme une « administration spontanée de justice tribale ». Après avoir envoyé ce message à son peuple intimidé, misérable, Saddam a ensuite fait une démonstration de coopération avec l’inspection de l’ONU, étant donné que Kamel venait de toute façon de compromettre tous ses programmes. En novembre 1995, il a publié une seconde "Rapport de divulgation complet et final" quant à ses programmes de missiles prétendument inexistants. Ce même mois, la Jordanie a intercepté une importante cargaison de composants de missiles de haute qualité destinées à l’Iraq. L’UNSCOM a bientôt repêché du Tigre des composants de missiles similaires, réfutant à nouveau les dénégations de Saddam. En juin 1996, Saddam a claqué la porte à l’inspection de l’UNSCOM de tout « mécanismes de dissimulation ». Le 5 août 1998, il a stoppé la coopération avec l’UNSCOM et l’AIEA complètement, et ils se sont retirés le 16 décembre 1998. Saddam avait encore quatre ans pour développer et cacher ses armes de destruction massive sans aucun regards indiscrets gênants. Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies 1115, (21 juin 1997), 1137 (12 novembre 1997) et 1194 (9 septembre 1998) ont été émises condamnant l’Irak — des paroles inefficaces qui n’ont eu aucun effet. En 2002, sous la pression d’un énorme regroupement de militaires américains par une nouvelle administration américaine, Saddam a refait encore un autre "Rapport de divulgation complet et final"qui se révéla plein de "fausses déclarations" et constitueant un autre « violation substantielle » des inspections de l’ONU et de l’AIEA et des paragraphes 8 à 13 de la résolution 687 (1991). C’est juste quelques jours après cette dernière « divulgation », après une décennie d’intervention avec l’ONU et le reste du monde au nom de l’Irak, que Primakov et son équipe d’experts militaires s’est posé à Bagdad — même si, avec 200 000 soldats américains à la frontière, la guerre était imminente, et Moscou ne pouvait plus sauver Saddam Hussein. Primakov était sans aucun doute là pour régler les derniers détails du plan « Sarindar » et rassurer Saddam que a tempête passée Moscou reconstruirait ses armes de destruction massive pour un bon prix. M. Poutine aime tirer sur l’Amérique et veut réaffirmer la place de la Russie dans les affaires mondiales. Pourquoi il ne profiterait pas de cette occasion ? En tant que ministre des affaires étrangères et premier ministre, Primakov est l’auteur de la stratégie de « multipolarité »  pour faire contrepoids à un leadership américain élevant la Russie au statut de grande puissance en Eurasie. Entre les 9 et 12 février, M. Poutine a visité l’Allemagne et la France pour proposer un alignement tactique des trois puissances contre les États-Unis pour défendre les inspections au lieu de la guerre. Le 21 février, la Douma russe a appelé les parlements allemand et français à se joindre à eux  les 4 et  7 mars à Bagdad, pour « empêcher l’agression militaire américaine contre l’Irak. » Des foules de gauchistes européens, ancrées depuis des générations dans la propagande de gauche tout droit sortie de Moscou, continuent à trouver la ligne attrayante. Les tactiques de M. Poutine ont marché. Les États-Unis ont remporté une victoire militaire éclatante, démolissant une dictature sans détruire le pays, mais ils ont commencé à perdre la paix. Alors que les troupes américaines ont révélé les fosses communes des victimes de Saddam, les forces anti-américaines en Europe occidentale et ailleurs, ont multiplié les attaques au vitriol, accusant Washington de rapacité pour le pétrole et de pas vraiment s’occuper des armes de destruction massive, ou d’avoir exagéré les risques, comme s’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter des armes de destruction massive. Ion Mihai Pacepa
Moscou, bien sûr, n’a jamais rien admis devant nous, dirigeants des services de renseignement de substitution des Soviets, sur toute implication dans l’assassinat de Kennedy. Le Kremlin savait que toute indiscrétion pouvait déclencher la troisième guerre mondiale. Mais pendant 15 ans de mon autre vie, au sommet de la communauté du renseignement du bloc soviétique, j’ai participé à un effort mondial de désinformation visant à détourner l’attention de l’implication du KGB avec Oswald, le Marine américain, qui avait fait défection vers Moscou, était retourné aux États-Unis et avait tué le président Kennedy. Nous avons lancé des rumeurs, publié des articles et même produit des livres, insinuant que les coupables étaient aux Etats-Unis, pas en Union soviétique. Notre ultime « preuve » était une note adressée à « M. Hunt, » datée du 8 novembre 1963 et signée par Oswald, copie de qui est apparu aux Etats-Unis en 1975. Nous savions que la note était un faux, mais des experts américains en graphologie ont certifié qu’elle était authentique, et les théoriciens de la conspiration l’ont connectée à l’agent de la CIA E. Howard Hunt, alors bien connu depuis l’affaire du Watergate et l’ont utilisée pour « prouver » que la CIA était impliquée dans l’assassinat de Kennedy. Enfin, des documents originaux du KGB tirés des Archives de Mitrokhin, apparues dans les années 1990, ont prouvé que la note avait été contrefaite par le KGB pendant le scandale du Watergate. La fausse note avait été vérifiée deux fois pour « authenticité » par la direction des opérations techniques du KGB (UTO) et approuvée pour utilisation. En 1975 le KGB a envoyé du Mexique trois photocopies de la note aux mordus de la conspiration aux États-Unis (les règles du KGB autorisent seulement  l’utilisation de photocopies de documents contrefaits, pour éviter un examen attentif de l’original). Après l’effondrement de l’Union soviétique, j’espérais que les nouveaux dirigeants de Moscou pourraient révéler la main du KGB dans l’assassinat de Kennedy. Au lieu de cela, ils ont publié en 1993 “Passeport pour l’assassinat : l’histoire jamais racontée de Lee Harvey Oswald par le Colonel du KGB qui le connaissait”, un livre affirmant qu’une enquête approfondie sur Oswald n’avait pas trouvé la moindre implication soviétique avec lui. Les bourreaux ne s’incriminent jamais. Dans les années 90, l’ancien officier du KGB  Vassili Mitrokhine, aidé par le MI6 britannique, a réussi à faire sortir de Moscou  quelque 25 000 pages de documents hautement confidentiels du KGB. Ils représentent une infime partie des archives du KGB, estimé à quelque 27 milliards de pages (les Archives de la Stasi est-allemande en contenaient 3 milliards). Ils représentent une infime partie des archives du KGB, estimé à quelque 27 milliards pages (les Archives de la Stasi est-allemande avaient 3 milliards). Néanmoins, le FBI a qualifié les archives Mitrokhin d’ “informations les plus complètes et les plus approfondies jamais reçues d’aucune source. » Selon cette archive, le premier livre américain sur l’assassinat: Oswald : Assassin ou bouc émissaire?, qui accuse la CIA et le FBI du crime, a été orchestré par le KGB. L’auteur du livre, Joachim Joesten, communiste allemand naturalisé américain, a passé cinq jours à Dallas après l’assassinat, puis est allé en Europe et a disparu. Quelques mois plus tard le livre de Joesten a été publié par le communiste américain Carlo Aldo Marzani (New York), qui a reçu 80 000 $ du KGB pour produire des livres pro-soviétiques, plus de 10 000 $ annuels  pour en faire de la publicité agressive. D’autres documents dans les Archives de Mitrokhin identifient le premier critique américain de cet ouvrage, Victor Perlo, comme un agent du KGB. Le livre de Joesten a aussi reçu une dédicace de l’Américain Mark Lane, décrit dans les Archives de Mitrokhin comme un homme de gauche ayant reçu anonymement  de l’argent du KGB. En 1966, Lane a publié le best-seller Jugement hâtif, alléguant que Kennedy avait été tué par un groupe de droite américain. Ces deux livres ont encouragé les gens ayant la moindre expertise dans le domaine à se joindre à la mêlée. Chacun a vu les événements de son propre point de vue, mais tous accusaient de ce crime des éléments liés aux États-Unis de ce crime. Le procureur de la Nouvelle-Orléans Jim Garrison a enquêté dans son district quartier et arrêté en 1967 un homme local, qu’il accuse d’avoir conspiré avec des éléments des services de renseignement américains pour assassiner Kennedy afin de l’arrêter dans ses efforts pour mettre fin à la guerre froide. L’accusé a été acquitté en 1969, mais Garrison s’est accroché à son histoire, écrivant tout d’abord Un Héritage de pierre (Putnam, 1970) et publiant finalement Sur la piste des assassins (Sheriden Square, 1988), un des livres qui a inspiré le film d’Oliver Stone "JFK". La conspiration pour l’assassinat de Kennedy était née — et elle n’est jamais morte. Selon un autre document, le chef du KGB Yury Andropov a informé en avril 1977 le Politburo que le KGB avait lance une nouvelle campagne de desinformatsiya pour impliquer davantage "les services spéciaux américains" dans l’assassinat de Kennedy. Malheureusement, les Archives de Mitrokhin sont muettes sur le sujet après cela. (…) Au cours de mes dix dernières années en Roumanie, j’ai réussi aussi équivalent du pays de la NSA, et je me suis familiarisé avec les systèmes de code utilisés dans l’ensemble de la communauté du renseignement bloc soviétique. Cette connaissance m’a permis de se rendre compte que les lettres anodin à consonance de Oswald et son épouse soviétique à l’ambassade soviétique à Washington, D.C. (mise à disposition de la Commission Warren) constituaient messages voilées du KGB. En eux, j’ai trouvé la preuve que Oswald a été envoyé aux États-Unis pour une mission temporaire, et qu’il avait prévu de revenir à l’Union soviétique impénétrable après avoir accompli sa tâche. Il m’a fallu plusieurs années de passer au crible le bon grain de l’ivraie en passant par les tas de rapports d’enquête générées par la mort violente du jeune président américain, mais quand j’ai fini j’étais fasciné par la richesse des empreintes digitales du KGB dans toute l’histoire d’Oswald et son assassin, Jack Ruby. (…) Prenons la note manuscrite en russe qu’Oswald a laissé à sa femme soviétique, Marina, juste avant sa tentative de tuer  le général américain Edwin Walker comme entrainement avant de passer à l’assassinat du président Kennedy. Cette remarque très importante contient deux codes du KGB : amis (code pour agent de soutien) et la Croix Rouge (code pour aide financière). Dans cette note, Oswald dit à Marina quoi faire dans le cas où il serait arrêté. Il souligne qu’elle doit communiquer avec le "ambassade" (soviétique), qu’ils y ont "des amis ici" et que la « Croix rouge » va l’aider financièrement. Particulièrement significative est l’instruction d’Oswald pour qu’elle puisse « envoyer à l’ambassade les informations sur ce qui m’est arrivé. » A cette époque, le code pour l’ambassade était "Bureau", mais il semble qu’Oswald voulait s’assurer que Marina comprendrait qu’elle doit immédiatement informer l’ambassade soviétique. Il convient de noter que Marina n’a pas mentionné cette note aux autorités américaines après l’arrestation d’Oswald. Il a été constaté à l’accueil de Ruth Paine, une amie américaine avec laquelle Marina séjournait au moment de l’assassinat. (…) Il y a nombre d’éléments prouvant la connexion d’Oswald avec le KGB. Un élément tangible est la lettre envoyée à l’ambassade soviétique à Washington quelques jours après sa rencontre avec « Camarade Kostin » à Mexico. Ailleurs Oswald nomme la personne qu’il avait rencontrée là « Camarade Kostikov. » La CIA a identifié Valery Kostikov comme officier du département de la PGU treizième « affaires humides » (humide étant un euphémisme pour sanglante). Une ébauche manuscrite de cette lettre a été trouvée parmi les effets d’Oswald après l’assassinat. Ladite Ruth Paine a témoigné qu’Oswald avait re-écrit cette lettre plusieurs fois avant de la taper à la machine. Marina a déclaré qu’il « retapé l’enveloppe dix fois. » C’était important pour lui. Une photocopie de la lettre finale Qu’Oswald a envoyé à l’ambassade soviétique a été récupérée par la Commission Warren. Permettez-moi de citer cette lettre, dans laquelle j’ai également inséré d’Oswald plus tôt la version de projet entre parenthèses: "c’est pour vous informer des événements récents depuis mes rencontres avec le camarade Kostin [dans le projet: « de nouvelles informations depuis mes entrevues avec camarade Kostine »] à l’ambassade de l’URSS, Mexico, Mexique. Je n’ai pu rester au Mexique [croisés en projet: "Parce que j'ai considéré inutile"] indefinily à cause de mes limitations de visas mexicain qui était de 15 jours seulement. Je ne pouvais pas prendre le risque de demander un nouveau visa [dans le projet: "demande une prorogation"] à moins d’utiliser mon vrai nom, alors je suis retourné aux États-Unis. » Le fait qu’Oswald a utilisé un nom de code opérationnel pour Kostikov confirme pour moi que tant sa rencontre avec Kostikov à Mexico que sa correspondance avec l’ambassade soviétique à Washington ont été menées dans un contexte opérationnel PGU. Le fait qu’Oswald n’a pas utilisé son vrai nom pour obtenir son visa mexicain confirme cette conclusion. Maintenant nous allons juxtaposer cette lettre combinée avec le guide gratuit Esta Semana-Cette semaine, 28 septembre – 4 octobre 1963 et un dictionnaire espagnol-anglais, tous deux retrouvés parmi les effets d’Oswald. Le guide a un numéro de téléphone de l’ambassade soviétique souligné, les noms de Kosten et Osvald sont en cyrillique sur la page listant les "Diplomates à Mexico" et cochés à côté de cinq salles de cinéma sur la page précédente. A l’arrière de son dictionnaire espagnol-anglais Oswald a écrit: « acheter des billets [pluriel] pour la corrida, » et les arènes de la Plaza México sont entourés sur sa carte de la ville de Mexico. Est également indiqué sur la carte d’Oswald, le Palais des beaux-arts, un lieu de prédilection pour les touristes le dimanche matin pour regarder le Ballet Folklórico. (Cliquez ici pour voir ces documents, les notes manuscrites d’Oswald et autres matériaux semblables.) Contrairement à ce que prétend Oswald, il n’a pas été constamment observé à l’ambassade soviétique pendant son séjour à Mexico, bien que la CIA ait eu des caméras de surveillance filmant l’entrée de l’ambassade à ce moment-là. En résumé, tous les faits ci-dessus, l’ensemble me suggèrent qu’Oswald a eu recours à la « réunion du fer » ou un imprévu — Jeleznaïa yavka en russe — pour un entretien urgent avec Kostikov à Mexico. La « réunion de fer » était une procédure standard du KGB pour les situations d’urgence, fer signifiant cuirassé ou invariable. Dans ma journée,  j’ai approuvé une certaine « réunions de fer » à Mexico (un endroit préféré pour contacter nos agents importants vivant aux États-Unis), et d’Oswald "réunion de fer" me semble typique. Cela signifie : une brève rencontre dans une salle de cinéma pour  convenir d’un rendez-vous pour le lendemain à la corrida (…) Bien sûr, je ne peux pas être sûr que tout s’est passé exactement ainsi, chaque agent ayant ses propres particularités. Mais cependant, ils sont raccordés, il est clair que Kostikov et Oswald sont satisfaisaits secrètement de ce week-end du 28 et 29 septembre 1963. Sur les points suivants, mardi, toujours à Mexico, il a téléphoné à l’ambassade soviétique de l’ambassade cubaine et a demandé au garde de service de le connecter avec « Camarade Kostikov » avec qui il avait « parlé le 28 septembre. » Ce coup de téléphone a été intercepté par la CIA. (…) Pendant toutes ces années, j’ai passé ses liens d’Oswald chercher avec le KGB, j’ai pris les informations factuelles, vérifiables sur sa vie qui avait été mises à jour par le gouvernement américain et les chercheurs privés, et je les ai examinées à la lumière de modèles opérationnels PGU — peu connus des étrangers en raison du secret absolu alors — comme aujourd’hui — endémique en Russie. De nouvelles perspectives sur l’assassinat me sont soudainement apparues. L’expérience d’Oswald comme marine servant au Japon, par exemple, est parfaitement dans le modèle de la PGU pour recruter des militaires américains en dehors des Etats-Unis que j’avais depuis de nombreuses années appliqué aux opérations roumaines. Il était aussi évident que le casier à un terminal de bus qu’Oswald avait utilisé en 1959, après son retour aux États-Unis du Japon, de déposer un sac polochon rempli de photos d’avions militaires américains était en fait une une des procédures de base des services secrets. Au cours de ces années, l’utilisation de ces casiers faisait fureur au PGU — et le dé. Les opérations d’espionnage soviétiques peuvent être isolées par leurs patrons, si vous êtes familier avec eux. Les experts du contre-espionnage appellent ces patrons « preuve opérationnelle », montrant les empreintes digitales de l’auteur. (…) Comme un opérateur radar à la base aérienne d’Atsugi au Japon, Oswald savait l’altitude de vol des avions-espion super-secrets de la CIA, le U-2 survolant l’Union soviétique, sur cette base. En 1959, lorsque j’étais chef de station dse renseignement de la Roumanie en Allemagne de l’Ouest, une exigence soviétique envoyé m’a demandé de « tout, y compris les rumeurs, » sur l’altitude de vol des avions U-2. Le ministère de la défense soviétique savait que les avions U-2 avaient survolé l’Union soviétique plusieurs fois, mais son Air Defense Command n’avait pas pu le suivre parce que les radars soviétiques de l’époque n’arrivaient pas à atteindre une telle altitude. Francis Gary Powers, le pilote de l’U-2 que les Soviétiques avaient abattu le 1er mai 1960, croyaient que les soviétiques étaient en mesure de le faire parce qu’Oswald leur avait fourni l’altitude de son vol. Selon la déclaration de Powers, Oswald avait accéder "non seulement aux codes radar et radio, mais aussi pour le nouveau radar de recherche de la hauteur MPS-16 d’engrenage et la hauteur à laquelle l’U-2 volait, qui fut l’un des secrets les plus hautement classifiés. Il semble que Oswald, qui fit défection vers l’Union soviétique en 1959, était une des personnes dans le public ayant assisté au procès de  Moscou de Powers. Le 15 février 1962, Oswald a écrit à son frère Robert: « J’ai entendu sur la Voix de l’Amérique qu’ils ont sorti le pilote de l"avion espion U2 Powers. Voilà une grande nouvelle où que vous soyez je suppose. Il semblait être un homme de type américain agréable, lumineux, quand je l’ai vu à Moscou". C’était une procédure normale pour le KGB d’offrir à Oswald d’assister à un procès comme l’une des récompenses pour avoir permis à l’Union soviétique d’abattre l’U-2. (…) Le recrutement de subalternes militaires américains a été une des priorités les plus importantes de la PGU à cette époque. La chasse aux « serzhant » était ma priorité absolue au cours des trois années (1957-59) où j’ai été affecté comme rezident en Allemagne de l’Ouest, et c’était toujours une priorité absolue en 1978, quand j’ai rompu avec le communisme. Bien sûr le PGU aurait voulu recruter des colonels américains, mais ils étaient difficiles d’approche, alors que les officiers subalternes étaient plus accessibles et pouvaient fournir des renseignements excellents s’ils étaient  bien guidés. Le Sergent Robert Lee Johnson est un bon exemple. Dans les années 1950, ‘il fut affecté à l’étranger où, comme Oswald, il s’éprit du communisme. En 1953, Johnson est subrepticement entré une unité militaire soviétique à Berlin-est, où il a demandé — comme Oswald l’a évidemment fait — l’asile politique dans le « paradis des travailleurs ». Une fois là, Johnson a été recruté par le PGU et persuadé de retourner temporairement aux États-Unis pour effectuer une « mission historique » avant de commencer sa nouvelle vie en Union soviétique — comme ce fut le cas avec Oswald. Finalement, le sergent Johnson a secrètement reçu le plus haut grade de l’Armée rouge et reçu par écrit les félicitations de Khrouchtchev lui-même. D’après le colonel PGU Vitaly Yurchenko, qui a fait défection à la CIA en 1985 et refait défection peu de temps après, l’adjudant-chef américain John Anthony Walker, un autre « serzhant » — était l’agent le plus important dans l’histoire du PGU, « dépassant en importance, même le vol soviétique de l’anglo-américain pour la première bombe atomique. » John F. Lehman, qui était  Secrétaire de la marine américaine lorsque Walker a été arrêté, a accepté. (…) En octobre 1962, la Cour suprême allemande a monté un procès public de Bogdan Stashinsky, un transfuge du renseignement soviétique qui avait été décoré par Khrouchtchev pour avoir assassiné des ennemis de l’Union soviétique vivant à l’Ouest. Cet essai a révélé Khrouchtchev au monde comme un boucher politique impitoyable. En 1963 le dictateur soviétique autrefois flamboyant était déjà un souverain paralysé et à bout de souffle. La moindre odeur de toute implication soviétique dans l’assassinat du président américain aurait pu être fatale à Khrouchtchev. Ainsi, le KGB — comme l’a fait mon DIE — a annulé toutes les opérations visant à assassiner des ennemis à l’Ouest. Le PNR a vainement tenté de déprogrammer Oswald. Les documents disponibles montrent que, pour prouver à la PGU qu’il était capable d’effectuer en toute sécurité l’assassinat attribué, Oswald a fait ue répétition en tirant  — bien que le ratant de peu — sur le général américain Edwin Walker. Oswald mis en place un ensemble, complet avec des photos, montrant comment il avait planifié cette opération, et puis il a apporté ce matériau à Mexico pour montrer au « Camarade Kostin, » son agent, ce qu’il pouvait faire. Même si il avait réussi la tentative d’assassinat de Walker sans être identifié, Moscou est restée inflexible. Le têtu Oswald a été dévasté, mais en fin de compte il est allé de l’avant tout seul, tout à fait convaincu qu’il s’acquittait de sa mission « historique ». Il avait tout juste 24 ans, et il avait fait de son mieux pour obtenir des armes de façon moins évidente et pour fabriquer des pièces d’identité, en utilisant le matériel technique que le KGB lui avait enseigné. Jusqu’au bout, il a également suivi les instructions d’urgence, que lui avait été initialement fournies par le KGB — ne rien reconnaître et demander un avocat. Comme Oswald en savait déjà trop sur le plan original, cependant, Moscou s’est arrangé pour le faire taire pour toujours, s’il devait commettre l’impensable. C’était un autre modèle soviétique. Sept chefs de la police politique soviétique ont été secrètement ou ouvertement assassinés pour les empêcher d’incriminer le Kremlin. Certains ont été empoisonnés (Vyacheslav Menzhinsky en 1934), d’autres ont été exécutés comme des espions occidentaux (Genrikh Yagoda en 1938, Nikolay Yezhov en 1939, Lavrenty Beriya et Vsevolod Merkulov en 1953 et Viktor Abakumov en 1954). En outre, immédiatement après la nouvelle de l’assassinat de Kennedy, Moscou a lancé l’Opération "Dragon", un effort de désinformation dans lequel mon service était très impliqué. Le but — qui a très bien réussi — devait rejeter la faute sur divers éléments aux Etats-Unis pour avoir tué leur propre président. (…) Khrouchtchev, qui avait été mon patron de fait pendant neuf ans, était irrationnel. Aujourd’hui, les gens se souviennent de lui comme un paysan terre-à-terre qui a corrigé les méfaits de Staline. Le Khrouchtchev que je connaissais était sanglant, Sarrasins et extraverti, et il avait tendance à détruire tous les projets une fois qu’il mettait la main dessus. L’irrationalité de Khrouchtchev avait fait de lui le leader soviétique le plus controversé et les plus imprévisible. Il a démasqué les crimes de Staline, mais il a fait des assassinats politiques un instrument principal de sa propre politique étrangère. Il a écrit une politique de coexistence pacifique avec l’Occident, mais il a fini par pousser le monde au bord de la guerre nucléaire. Il a conclu la première entente sur le contrôle des armes nucléaires, mais il a essayé de consolider la position de Fidel à la tête de Cuba à l’aide d’armes nucléaires. Il a réparé les relations de Moscou avec la Yougoslavie de Tito, mais il a rompu avec Pékin et détruit ainsi l’unité du monde communiste. Le 11 septembre 1971 Khrouchtchev est décédé dans l’ignominie, comme une non personne, mais pas avant de voir ses mémoires publiés à l’Ouest donnant sa propre version de l’histoire. Ion Mihai Pacepa
A wit observed once that Austria should be credited with an astounding double historical achievement – managing to convince the world that Beethoven was an Austrian and that Hitler was a German. However, the former Soviet Union perpetrated possibly an even more blatant example of perception management. This was when Soviet dictator Josef Stalin and his successor, Nikita Khrushchev, attempted simultaneously to whitewash Stalin’s duplicitous wartime pact with Hitler and to blacken Pope Pius XII as a Hitler sympathiser. Stalin of course was Hitler’s ally for the first part of World War II. On August 23, 1939, the world learned of the notorious Molotov-Ribbentrop Pact (named after the foreign ministers of the Soviet Union and the Third Reich), under which central and eastern Europe was to be divided into Soviet and German spheres of influence. The pact cleared the way for Hitler to invade Poland on September 1, 1939, with Stalin following suit on September 17. World War II had begun. From September 1, 1939, until June 22, 1941 – that is, not less than 21 months of this global conflict’s 67-month duration – Stalin supplied Hitler’s war machine with grain, fuel, strategic minerals, valuable intelligence and other crucial aid for Hitler’s bid to enslave central and western Europe. Only during the war’s latter 46-months – the period that Russians refer to as their Great Patriotic War – were Stalin and Hitler enemies. From late 1944, however, Stalin moved to erase any memory of those crucial opening 21 months that included his collaboration with Hitlerism. Another major component of Moscow’s re-writing of the history of wartime Europe was to fabricate evidence suggesting the existence of a secret pact between Pope Pius XII and Hitler. That the Kremlin was behind this concerted attempt to smear the Vatican as being pro-Nazi has recently been revealed by historians and confirmed by the highest-ranking intelligence officer ever to defect from the former communist Eastern bloc.  Joseph Poprzeczny

Attention: une fièvre tueuse peut en cacher une autre!

A l’heure où sortent dans la revue Books des extraits du livre du journaliste du NYT Mark Mazzetti ("The Drone Zone") sur le président américain qui, mine de rien, aura finalement liquidé plus de monde que Guantanamo n’en aura jamais incarcéré …

Pendant qu’après s’être débarrassé d’Eltsine et des autres gêneurs y compris jusqu’en Grande-Bretagne ou en Géorgie et devant la pusillanimité de l’Occident, la bande d’anciens kagébistes de Poutine poursuit sur sa lancée en Crimée et en Ukraine …

Retour, avec probablement le meilleur connaisseur encore vivant de la réalité de ce monde parallèle des guerres secrètes dans lequel nous vivons …

A savoir  le Mitrokhine roumain mais en plus gradé, le général Ion Mihai Pacepa et ancien chef des services secrets roumains, autrement dit le fonctionnaire le plus haut placé des services d’espionnage de l’ancien bloc soviétique à avoir jamais fait défection et qui sait tellement de choses qu’il vit toujours  caché quelque part aux Etats-Unis …

Sur l’autre "fiève tueuse", oubliée, des kagébistes et de leurs successeurs …

Mais surtout, avec l’incroyable exemple de l’assassinat du président Kennedy sans parler du financement des terroristes palestiniens, de la disparition des ADM de Saddam Hussein ou des tentatives d’assassinat physique ou moral d’au moins deux papes, sur la redoutable efficacité de leur campagnes d’intoxication (via notamment, de R. Palme Dutt, Joachim Joesten et Carlo Aldo Marzani à Victor Perlo, I. F. Stone et Mark Lane, toute une série de compagnons de route occidentaux) et de la crédulité de nos populations …

Qui fait que plus de 50 ans après, une majorité d’Occidentaux continuent à croire que les Américains auraient fait assassiner l’un de leurs présidents préférés …

Alors que, du recrutement de l’ancien Marine au Japon pour sa connaissance de l’altitude de vol ayant permis l’interception de l’U2 de Gary Powers à sa défection et son mariage en URSS, ses contacts avec des opérateurs soviétiques au Mexique et le codage de ses lettres et documents, les empreintes du KGB sont partout …

Jusqu’à peut-être, suite à sa répétition d’assassinat sur un officier américain et sa décision de poursuivre tout seul une opération qui avait été décommandée suite au témoignage public en Allemagne d’un agent soviétique passé à l’Ouest (un certain Bogdan Stashinsky) et ayant été décoré par Krouchtchev pour assassinats d’ennemis à l’étranger, son élimination ?

The New Proof of the KGB’s Hand in JFK’s Assassination

Ion Mihai Pacepa

PJ Media

November 20th, 2013

It has been 50 years since President John F. Kennedy was assassinated, and most of the world still wrongly believes that the culprit was the CIA, or the FBI, or the mafia, or right-wing American businessmen. It has been also 50 years since the Kremlin started an intense, worldwide disinformation operation, codenamed “Dragon,” aimed at diverting attention away from the KGB’s connection with Lee Harvey Oswald. Not unrelated are the facts that Oswald was an American Marine who defected to Moscow, returned to the United States three years later with a Russian wife, killed President Kennedy, and was arrested before being able to carry out his plan to escape back to Moscow. In a letter dated July 1, 1963, Oswald asked the Soviet embassy in Washington, D.C., to grant his wife an immediate entrance visa to the Soviet Union, and to grant another one to him, separtably (misspelling and emphasis as in the original).

The Kremlin’s “Dragon” operation is described in my book Programmed to Kill: Moscow’s Responsibility for Lee Harvey Oswald’s Assassination of President John Fitzgerald Kennedy. In 2010, this book was presented at a conference of the Organization of American Historians together with a review by Prof. Stan Weber (McNeese State University). He described the book as “a superb new paradigmatic work on the death of President Kennedy” and a “must read for everyone interested in the assassination.”[i]

Programmed to Kill is a factual analysis of that KGB crime of the century committed during the Khrushchev era. In those days, the former chief KGB adviser in Romania had become the head of the almighty Soviet foreign espionage service and pushed me up to the top levels of the Soviet bloc intelligence clique. My book also contains a factual presentation of Khrushchev’s frantic efforts to cover his backside. Recalling that the 1914 assassination of Archduke Franz Ferdinand by Serbian terrorist Gavrilo Princip had set off the First World War, Khrushchev was afraid that, if America should learn about the KGB’s involvement with Oswald, it might ignite the first nuclear war. Khrushchev’s interests happened to coincide with those of Lyndon Johnson, the new U.S. president, who was facing elections in less than a year, and any conclusion implicating the Soviet Union in the assassination would have forced Johnson to take undesired political or even military action, adding to his already widely unpopular stance on the war in Vietnam.

According to new KGB documents, which became available after Programmed to Kill was published, the Soviet effort to deflect attention away from the KGB regarding the Kennedy assassination began on November 23, 1963—the very day after Kennedy was killed—and it was introduced by a memo to the Kremlin signed by KGB chairman Vladimir Semichastny. He asked the Kremlin immediately to publish an article in a “progressive paper in one of the Western countries …exposing the attempt by reactionary circles in the USA to remove the responsibility for the murder of Kennedy from the real criminals, [i.e.,] the racists and ultra-right elements guilty of the spread and growth of violence and terror in the United States.”81JTEUZYdHL._SL1500_

The Kremlin complied. Two months later, R. Palme Dutt, the editor of a communist-controlled British journal called Labour Monthly, signed an article that raised the specter of CIA involvement without offering a scintilla of evidence. “[M]ost commentators,” Dutt wrote, “have surmised a coup of the Ultra-Right or racialists of Dallas . . . [that], with the manifest complicity necessary of a very wide range of authorities, bears all the hallmarks of a CIA job.” Semichastny’s super secret letter and Dutt’s subsequent article were revealed by former Russian president Boris Yeltsin in his book The Struggle for Russia, published 32 years after the Kennedy assassination.

No wonder Yeltsin was ousted by a KGB palace coup that transferred the Kremlin’s throne into the hands of the KGB—which still has a firm grip on it. On December 31, 1999, Yeltsin stunned Russia and the rest of the world by announcing his resignation. “I understand that I must do it,”[ii] he explained, speaking in front of a gaily-decorated New Year’s tree along with a blue, red and white Russian flag and a golden Russian eagle. Yeltsin then signed a decree “On the execution of the powers of the Russian president,” which states that under Article 92 Section 3 of the Russian Constitution, the power of the Russian president shall be temporarily performed by Prime Minister Vladimir Putin, starting from noon on December 31, 1999.[iii] For his part, the newly appointed president signed a decree pardoning Yeltsin, who was allegedly connected to massive bribery scandals, “for any possible misdeeds” and granted him “total immunity” from being prosecuted (or even searched and questioned) for “any and all” actions committed while in office. Putin also gave Yeltsin a lifetime pension and a state dacha.[iv]

Soon after that, the little window into the KGB archive that had been cracked opened by Yeltsin was quietly closed. Fortunately, he had first been able to reveal Semichastny’s memo, which generated the Kennedy conspiracy that has never stopped.

Dutt’s article was followed by the first book on the JFK assassination published in the U.S., Oswald: Assassin or Fall Guy? It was authored by a former member of the German Communist Party, Joachim Joesten, and it was published in New York in 1964 by Carlo Aldo Marzani, a former member of the American Communist Party and a KGB agent. Joesten’s book alleges, without providing any proof, that Oswald was “an FBI agent provocateur with a CIA background”. Highly classified KGB documents smuggled out of Russia with British MI-6 help by KGB defector Vasili Mitrokhin in 1993—long after the two U.S. government investigations into the assassination had been completed—show that in the early 1960s, Marzani received subsidies totaling $672,000 from the Central Committee of the Communist Party. That raises the question of why Marzani was paid by the party and not by the KGB, whose agent he was. The newly released Semichastny letter gives us the answer: on the next day after the assassination, the Kremlin took over management of the disinformation operation aimed at blaming America for the JFK assassination. That is why Oswald: Assassin or Fall Guy? was promoted by a joint party/KGB operation.

The book’s first review, which praised it to the skies, was signed by Victor Perlo, a member of the American Communist Party, and was published on September 23, 1964, in New Times, which I knew as a KGB front at one time printed in Romania. On December 9, 1963, the “progressive” American journalist I. F. Stone published a long article in which he tried to justify why America had killed its own president. He called Oswald a rightist crackpot, but put the real blame on the “warlike Administration” of the United States, which was trying to sell Europe a “nuclear monstrosity.” Stone has been identified as a paid KGB agent, codenamed “Blin.”

Joesten dedicated his book to Mark Lane, an American leftist who in 1966 produced the bestseller Rush to Judgment, alleging Kennedy was assassinated by a right-wing American group. Documents in the Mitrokhin Archive show that the KGB indirectly sent Mark Lane money ($2,000), and that KGB operative Genrikh Borovik was in regular contact with him. Another KGB defector, Colonel Oleg Gor­dievsky (former KGB station chief in London), has identified Borovik as the brother-in-law of Col. General Vladimir Kryuchkov, who in 1988 became chairman of the KGB and in August 1991 led the coup in Moscow aimed at restoring the Soviet Union.

The year 1967 saw the publication of two more books attributed to Joesten: The Case Against Lyndon Johnson in the Assassination of President Ken­nedy and Oswald: The Truth. Both books suggested that President Johnson and his CIA had killed Kennedy. They were soon followed by Mark Lane’s A Citizen’s Dissent (1968). Lane has also intensively traveled abroad to preach that America is an “FBI police state” that killed its own president.

With such books, the Kennedy conspiracy was born, and it never stopped. The growing popularity of books on the JFK assassination has encouraged all kinds of people with any sort of remotely related background expertise to join the party, each viewing events from his own narrow perspective. Several thousand books have been written on the JFK assassination, and the hemorrhage continues. In spite of this growing mountain of paper, a satisfactory explanation of Oswald’s motivation has yet to be offered, primarily because the whole important dimension of Soviet foreign policy concerns and Soviet intelligence practice in the late 1950s and early 1960s has not been addressed in connection with Oswald by any competent authority. Why not? Because none of their authors had ever been a KGB insider, familiar with its modus operandi.

By its very nature espionage is an arcane and duplicitous undertaking, and in the hands of the Soviets it developed into a whole philosophy, every aspect of which had its own set of tried and true rules and followed a prescribed pattern. To really understand the mysteries of Soviet espionage, it will not help to see a spy movie or read a spy novel, as entertaining as that might be. You must have lived in that world of secrecy and deceit for a whole career, as I did, and even then you may not fathom its darker moments, unless you are one of the few at the very top of the pyramid.

Therefore, I have put together a short PowerPoint presentation of such darker moments that are crucial for understanding how the Kremlin has been able to fool the rest of the world into believing that America killed one of its most beloved presidents. Click here to read “11 Facts That Destroy JFK Conspiracy Theories.” Let’s step back together into that world of Soviet espionage and deceit. At the end of our tour d’horizon, I hope you’ll agree with me that the Soviets had a hand in the assassination of President Kennedy. I also hope that afterwards you will look with different eyes upon other documents relating to the JFK assassination that may turn up in the future. Perhaps you may spot additional Soviet/Russian maneuverings hidden behind them.

Voir aussi:

Programmed to Kill

Jamie Glazov

Front Page Magazine

October 03, 2007

The highest ranking intelligence official to have ever defected from the Soviet bloc discloses new facts about Lee Harvey Oswald, the Soviet KGB and the Kennedy Assassination.

Frontpage Interview’s guest today is Lt. Gen. Ion Mihai Pacepa, the highest ranking intelligence official ever to have defected from the Soviet bloc. In 1989, Romania’s president Nicolae Ceausescu and his wife were executed at the end of a trial where most of the accusations had come word-for-word out of Pacepa’s book, Red Horizons, republished in 27 countries. Pacepa’s newest book is Programmed to Kill: Lee Harvey Oswald, the Soviet KGB, and the Kennedy Assassination.

FP: Lt. Gen Ion Mihai Pacepa, welcome to Frontpage Interview.

Pacepa: It is a great honor for me to be here. Yours is one of the few magazines that truly understand the Kremlin.

FP: Mr. Pacepa, you had direct knowledge of the KGB’s ties to Oswald and you also have had access to newly disclosed KGB documents. Tell us a bit about your own personal expertise in terms of this subject and the recently declassified evidence you have seen. Then kindly share with us the conclusions you have arrived at.

Pacepa: Moscow, of course, admitted nothing to us, the leaders of the Soviets’ surrogate intelligence services, about any involvement in the Kennedy assassination. The Kremlin knew that any indiscretion could start World War III. But for 15 years of my other life at the top of the Soviet bloc intelligence community, I was involved in a world-wide disinformation effort aimed at diverting attention away from the KGB’s involvement with Lee Harvey Oswald, the American Marine who had defected to Moscow, returned to the U.S., and killed President Kennedy.

We launched rumors, published articles and even produced books insinuating that the culprits were in the U.S., not in the Soviet Union. Our ultimate “proof” was a note addressed to “Mr. Hunt,” dated November 8, 1963 and signed by Oswald, copies of which turned up in the U.S. in 1975. We knew the note was faked, but American graphological experts certified that it was genuine, and conspiracy theorists connected it to the CIA’s E. Howard Hunt, by then well known from the Watergate affair, and used it to “prove” that the CIA was implicated in the Kennedy assassination.

Original KGB documents in the Mitrokhin Archive, brought to light in the 1990s, finally proved that the note was forged by the KGB during the Watergate scandal. The forged note was twice checked for “authenticity” by the KGB’s Technical Operations Directorate (OTU) and approved for use. In 1975 the KGB mailed three photocopies of the note from Mexico to conspiracy buffs in the United States.[1] (The KGB rules allowed only photocopies of counterfeited documents to be used, to avoid close examination of the original).

After the Soviet Union collapsed, I hoped the new leaders in Moscow might reveal the KGB hand in the Kennedy assassination. Instead, in 1993 they published Passport to Assassination: the Never-Before-Told Story of Lee Harvy Oswald by the KGB Colonel Who Knew Him, a book claiming that a thorough investigation into Oswald had found no Soviet involvement with him whatsoever.[2] Hangmen do not incriminate themselves.

FP: Can you go into a bit of detail about what the Mitrokhin Archive is?

Pacepa: In the 1990s, retired KGB officer Vasily Mitrokhin, helped by the British MI6, smuggled ca 25,000 pages of highly confidential KGB documents out of Moscow. They represent a minuscule part of the KGB archive, estimated to be some 27 billion pages (the East German Stasi archive had 3 billion). Nevertheless, the FBI described the Mitrokhin Archive as “the most complete and extensive intelligence ever received from any source.” According to this archive, the first American book on the assassination, Oswald: Assassin or Fall Guy?, which blames the CIA and the FBI for the crime, was masterminded by the KGB. The book’s author, Joachim Joesten, a German-born American communist, spent five days in Dallas after the assassination, then went to Europe and disappeared from sight. A few months later Joesten’s book was published by American communist Carlo Aldo Marzani (New York), who received $80,000 from the KGB to produce pro-Soviet books, plus an annual $10,000 to advertise them aggressively. Other documents in the Mitrokhin Archive identify the first American reviewer of this book, Victor Perlo, as an undercover KGB operative.

Joesten’s book was dedicated to American Mark Lane, described in the Mitrokhin Archive as a leftist who anonymously received money from the KGB. In 1966 Lane published the bestseller Rush to Judgment, alleging that Kennedy was killed by a right-wing American group. These two books encouraged people with any remotely related background expertise to join the fray. Each viewed events from his own perspective, but all accused elements in the U.S. of that crime. New Orleans district attorney Jim Garrison looked around his home district and in 1967 arrested a local man, whom he accused of conspiring with elements of U.S. intelligence to murder Kennedy in order to stop the latter’s efforts to end the Cold War. The accused was acquitted in 1969, but Garrison clung to his story, first writing A Heritage of Stone (Putnam, 1970) and eventually publishing On the Trail of the Assassins (Sheriden Square, 1988), one of the books that inspired Oliver Stone’s movie JFK.

The Kennedy assassination conspiracy was born—and it never died. According to another document, in April 1977 KGB chairman Yury Andropov informed the Politburo that the KGB was launching a new desinformatsiya campaign to further implicate “American special services” in the Kennedy assassination. Unfortunately, the Mitrokhin Archive is silent on the subject after that.

FP: You have discovered documents personally written by the assassin, Lee Harvey Oswald, suggesting that he was linked to the KGB’s department for assassination abroad, and that he had returned to the U.S. from the Soviet Union only temporarily, on a mission. Two federal investigations and over 2,500 books have looked into the assassination, but no one has raised this matter. How come?

Pacepa: Because no assassination investigators or researchers were sufficiently familiar with KGB operational codes and practices. The FBI recently told the U.S. Congress that only a native Arabic speaker could catch the fine points of an al-Qaida telephone intercept—especially one containing intelligence doubletalk. I spent 23 years of my other life speaking in such codes. Even my own identity was codified. In 1955, when I became a foreign intelligence officer, I was informed that from then on my name would be Mihai Podeanu, and Podeanu I remained until 1978, when I broke with communism. All my subordinates—and the rest of the Soviet bloc foreign intelligence officers—used codes in their written reports, when talking with their sources, and even in conversations with their own colleagues. When I left Romania for good, my espionage service was the “university,” the country’s leader was the “Architect,” Vienna was “Videle,” and so on.

In an interview published in the U.S., KGB general Boris Solomatin, a long-time deputy chief of the PGU (Soviet foreign intelligence), once stated: "I don’t make out of myself a man who knows everything in intelligence—as some former officers of the First Department [i.e., the PGU] who have written their books try to do. In intelligence and counterintelligence only the man who is heading these services knows everything. I am saying this because all the questions concerning ciphers and cipher machines were under another department—in a directorate outside of mine, similar to your National Security Agency."[3]

During my last ten years in Romania I also managed the country’s equivalent of NSA, and I became familiar with the code systems used throughout the Soviet bloc intelligence community. This knowledge allowed me to realize that the innocuous-sounding letters from Oswald and his Soviet wife to the Soviet embassy in Washington, D.C. (made available to the Warren Commission) constituted veiled messages to the KGB. In them I found proof that Oswald was sent to the U.S. on a temporary mission, and that he planned to return to the inscrutable Soviet Union after accomplishing his task.

It took me many years to sift the wheat from the chaff in going through the piles of investigative reports generated by the violent death of the young American president, but when I finished I was fascinated by the wealth of KGB fingerprints all over the story of Oswald and his killer, Jack Ruby.

FP: So give us some concrete KGB fingerprints.

Pacepa: Let’s take the handwritten note in Russian Oswald left his Soviet wife, Marina, just before he tried to kill American general Edwin Walker in a dry run before going on to assassinate President Kennedy. That very important note contains two KGB codes: friends (code for support officer) and Red Cross (code for financial help). In this note, Oswald tells Marina what to do in case he is arrested. He stresses that she should contact the (Soviet) “embassy,” that they have “friends here,” and that the “Red Cross” will help her financially. Particularly significant is Oswald’s instruction for her to “send the embassy the information about what happened to me.” At that time the code for embassy was “office,” but it seems that Oswald wanted to be sure Marina would understand that she should immediately inform the Soviet embassy. It is noteworthy that Marina did not mention this note to U.S. authorities after Oswald’s arrest. It was found at the home of Ruth Paine, an American friend with whom Marina was staying at the time of the assassination.

FP: The Warren Commission and the House Select Committee on Assassinations concluded that Oswald had no connection whatsoever with the KGB. But according to your book, Oswald secretly met an officer of the KGB’s assassination department in Mexico City just a few weeks before shooting President Kennedy. What’s the evidence?

Pacepa: There are many bits of evidence proving Oswald’s connection with the KGB. A tangible one is the letter he sent to the Soviet embassy in Washington a few days after meeting “Comrade Kostin” in Mexico City. Elsewhere Oswald identified the person he had met there as “Comrade Kostikov.” The CIA has identified Valery Kostikov as an officer of the PGU’s Thirteenth Department for “wet affairs” (wet being a euphemism for bloody). A handwritten draft of that letter was found among Oswald’s effects after the assassination. The previously mentioned Ruth Paine testified that Oswald re-wrote that letter several times before typing it on her typewriter. Marina stated he “retyped the envelope ten times.” It was important to him. A photocopy of the final letter Oswald sent to the Soviet embassy was recovered by the Warren Commission. Let me quote from that letter, in which I have also inserted Oswald’s earlier draft version in brackets:

“This is to inform you of recent events since my meetings with comrade Kostin [in draft: “of new events since my interviews with comrade Kostine”] in the Embassy of the Soviet Union, Mexico City, Mexico. I was unable to remain in Mexico [crossed out in draft: “because I considered useless”] indefinily because of my mexican visa restrictions which was for 15 days only. I could not take a chance on requesting a new visa [in draft: “applying for an extension”] unless I used my real name, so I returned to the United States.”

The fact that Oswald used an operational codename for Kostikov confirms to me that both his meeting with Kostikov in Mexico City and his correspondence with the Soviet Embassy in Washington were conducted in a PGU operational context. The fact that Oswald did not use his real name to obtain his Mexican visa confirms this conclusion.

Now let’s juxtapose this combined letter against the free guide book Esta Semana-This Week, September 28 – October 4, 1963, and a Spanish-English dictionary, both found among Oswald’s effects. The guide book has the Soviet embassy’s telephone number underlined, the names Kosten and Osvald noted in Cyrillic on the page listing “Diplomats in Mexico,” and check marks next to five movie theaters on the previous page.[4] In the back of his Spanish-English dictionary Oswald wrote: “buy tickets [plural] for bull fight,”[5] and the Plaza México bullring is encircled on his Mexico City map.[6] Also marked on Oswald’s map is the Palace of Fine Arts,[7] a favorite place for tourists to assemble on Sunday mornings to watch the Ballet Folklórico. (Click here to see these documents, Oswald’s handwritten notes and other similar materials.)

Contrary to what Oswald claimed, he was not observed at the Soviet embassy at any time during his stay in Mexico City, although the CIA had surveillance cameras trained on the entrance to the embassy at that time.[8] In short, all of the above facts taken together suggest to me that Oswald resorted to an unscheduled or “iron meeting”—zheleznaya yavka in Russian—for an urgent talk with Kostikov in Mexico City. The “iron meeting” was a standard KGB procedure for emergency situations, iron meaning ironclad or invariable.

In my day I approved quite a few “iron meetings” in Mexico City (a favorite place for contacting our important agents living in the U.S.), and Oswald’s “iron meeting” looks to me like a typical one. That means: a brief encounter at a movie house to arrange a meeting for the following day at the bullfights (in Mexico City they were held at 4:30 on Sunday afternoon); a brief encounter in front of the Palace of Fine Arts to pass Kostikov one of the bullfight tickets Oswald had bought; and a long meeting for discussions at the Sunday bullfight.

Of course, I cannot be sure that everything happened exactly that way—every case officer had his own quirks. But however they may have connected, it is clear that Kostikov and Oswald did secretly meet over that weekend of September 28-29, 1963. On the following Tuesday, still in Mexico City, he telephoned the Soviet embassy from the Cuban embassy and asked the guard on duty to connect him with “Comrade Kostikov” with whom he had “talked on September 28.” That phone call was intercepted by the CIA.

FP: Every communist party was managed by a Soviet-style politburo, all Soviet bloc armies wore the same uniform, every East European police force was replaced by a Soviet-style militia. How was this Soviet pattern reflected in the bloc’s intelligence community?

Pacepa: “Everything you’ll see here is identical to what I saw in your service,” Sergio del Valle—Cuban minister of interior and overall chief of both domestic security and foreign intelligence—told me in 1972, when he introduced me to the managers of the Cuban espionage service, the DGI.[9] Even the DGI officers’ training was based on the same manuals we in the Romanian espionage service, the DIE—Departamentul de Informatii Externe—had gotten from the PGU.

Yes, Soviet intelligence, like the Soviet government in general, had a strong penchant for patterns. By its very nature espionage is an arcane and duplicitous undertaking, but in the hands of the Soviets it developed into a whole philosophy, every aspect of which had its own set of tried and true rules and followed a prescribed pattern.

During the many years I spent researching Oswald’s ties with the KGB, I took the factual, verifiable information on his life that had been developed by the U.S. government and relevant private researchers, and I examined it in the light of PGU operational patterns—little known by outsiders because of the utter secrecy then—as now—endemic to Russia. New insights into the assassination came suddenly to life. Oswald’s experiences as a Marine serving in Japan, for instance, perfectly fit the PGU template for recruiting American servicemen outside the United States that I for many years had applied to Romanian operations. It also was obvious that the locker at a bus terminal Oswald used in 1959, after returning to the U.S. from Japan, to deposit a duffel bag stuffed with photographs of U.S. military planes was in fact an intelligence dead drop.[10] During those years the use of such lockers was all the rage with the PGU—and the DIE.

Soviet espionage operations can be isolated out by their patterns, if you are familiar with them. Counterintelligence experts call these patterns “operational evidence,” showing the fingerprints of the perpetrator.

FP: Most of the work on the Kennedy assassination suggests that Oswald was a low-ranking Marine who had no important information to offer the KGB. He was also clearly disturbed and somewhat of a loose-cannon. If that is true, why would the KGB have recruited him?

Pacepa: That was Soviet dezinformatsyia—disseminated by my DIE as well, at KGB behest. The truth is quite different. Here is one example. As a radar operator at Atsugi Air Base in Japan, Oswald knew the flight altitude of the CIA’s super-secret U-2 spy planes flying over the Soviet Union from that base. In 1959, when I was chief of Romania’s intelligence station in West Germany, a Soviet requirement sent to me asked for “everything, including rumors,” about the flight altitude of the U-2 planes. The Soviet Defense Ministry knew that U-2 planes had flown over the Soviet Union several times, but its Air Defense Command had not been able to track them because the Soviet radars of those days did not reach ultra-high altitudes.

Francis Gary Powers, the U-2 pilot whom the Soviets shot down on May 1, 1960, believed that the Soviets were able to get him because Oswald had provided them with the altitude of his flight. According to Powers’ statement, Oswald had access “not only to radar and radio codes but also to the new MPS-16 height-finding radar gear” and the height at which the U-2 flew, which was one of the most highly classified secrets.[11]

It seems that Oswald, who defected to the Soviet Union in 1959, was one of the people in the audience attending Powers’s spectacular trial in Moscow. On February 15, 1962, Oswald wrote to his brother Robert: “I heard over the voice of America that they released Powers the U2 spy plane fellow. That’s big news where you are I suppose. He seemed to be a nice, bright american-type fellow, when I saw him in Moscow.”[12]

It would have been normal procedure for the KGB to take Oswald to observe the Powers trial as one of the rewards given him for having enabled the Soviet Union to shoot down the U-2.

FP: Yuri Nosenko, a KGB officer who defected to the U.S. in 1964, told assassination researcher Gerald Posner: “I am surprised that such a big deal is made of the fact that [Oswald] was a Marine. What was he in the Marine Corps—a major, a captain, a colonel?”[13] How do you explain Nosenko’s statement?

Pacepa: I know for a fact that Nosenko was a bona fide defector. But he belonged to a KGB domestic department and knew nothing about PGU foreign sources—just as a middle level FBI agent would know nothing about CIA sources abroad.

Recruiting low-ranking American servicemen was one of the PGU’s highest priorities in those days. Hunting for a “serzhant” was my top priority during the three years (1957-59) I was assigned as rezident in West Germany, and it was still a top priority in 1978, when I broke with Communism. Of course the PGU would have liked to recruit American colonels, but they were difficult to approach, whereas low-ranking officers were more accessible and could provide excellent information if given the right guidance.

Sergeant Robert Lee Johnson is a good example. In the 1950s he was stationed abroad where, like Oswald, he became infatuated with communism. In 1953 Johnson surreptitiously entered a Soviet military unit in East Berlin, where he asked—as Oswald evidently did—to be granted political asylum in the “workers’ paradise.” Once there, Johnson was recruited by the PGU and persuaded to return temporarily to the U.S. to carry out a “historic task” before starting his new life in the Soviet Union—as was the case with Oswald. Eventually, Sgt. Johnson was secretly awarded the rank of Red Army major and received written congratulations from Khrushchev himself.[14]

According to PGU Col. Vitaly Yurchenko, who defected to the CIA in 1985 and soon redefected, U.S. Chief Warrant Officer John Anthony Walker—another “serzhant”—was the greatest agent in PGU history, “surpassing in importance even the Soviet theft of the Anglo-American blueprints for the first atomic bomb.” John F. Lehman, who was the U.S. secretary of the Navy when Walker was arrested, agreed.[15]

FP: In 1962, when Oswald returned from the Soviet Union, he brought with him a 13-page document entitled “Historic Diary.” Why was it called that?

Pacepa: “Historic” was a PGU slogan at the time. The term was introduced by General Aleksandr Sakharovsky, a former Soviet chief adviser to Romania’s Securitate who rose to head the PGU for an unprecedented fourteen years. “Historic” was his favorite expression. The Securitate had the “historic task” to weed out the bourgeoisie from the Romanian soil, as he constantly preached at us. The “historic duty” of the PGU was to dig the grave of the international bourgeoisie. Dogonyat i peregonyat was our “monumentalnaya, historic task,” he told us right after Khrushchev had launched that famous slogan of his about catching up with the West and overtaking it in the space of ten years.

Personal diaries were also Sakharovsky’s invention. All our illegal officers and agents sent to the West under a fictitious biography had to take along some kind of written memory aid, so that they could remember exactly where they had supposedly been when, and what they had done in various periods of their alleged lives. Up to the end of the 1950s, these notes had been taken abroad in the form of microdots or on soft film concealed in some everyday object, but of course they presented the potential risk of becoming incriminating evidence if ever found. In January 1959 Sakharovsky ordered all Soviet bloc foreign intelligence services to conceal those biographies in the form of diaries, drafts of books, personal letters or autobiographical notes. These notes were drafted by disinformation specialists, copied out by hand by the illegal or intelligence agent concerned, usually just before leaving for the West, and then carried across the border openly.

A microscopic examination of Oswald’s “Historic Diary” did indeed show that “it was written in one or two sessions.”[16] It was also copied out in great haste, as suggested by the many spelling inaccuracies.

FP: Your book takes an intriguing twist in the way it tells the plot. In the end, you find that the evidence suggests that Oswald lost PGU (Soviet Foreign Intelleigence) support, and that he went alone to kill President Kennedy. This is a bit of an eye-brow raiser. Tell us what you know and explain your interpretation please.

Pacepa: In October 1962, the West German Supreme Court mounted a public trial of Bogdan Stashinsky, a Soviet intelligence defector who had been decorated by Khrushchev for having assassinated enemies of the Soviet Union living in the West. This trial revealed Khrushchev to the world as a callous political butcher. By 1963 the once flamboyant Soviet dictator was already a crippled ruler gasping for air. The slightest whiff of any Soviet involvement in the assassination of the American president could have been fatal to Khrushchev. Thus, the KGB—as did my DIE—canceled all operations aimed at assassinating enemies in the West.

The PGU unsuccessfully tried to deprogram Oswald. The available documents show that, to prove to the PGU that he was capable of securely carrying out the assigned assassination, Oswald conducted a dry run by shooting at—although narrowly missing—American general Edwin Walker. Oswald put together a package, complete with photographs, showing how he had planned this operation, and then he took this material to Mexico City to show “Comrade Kostin,” his case officer, what he could do. Even though he had pulled off the Walker assassination attempt without being identified as the perpetrator, Moscow remained adamant.

The stubborn Oswald was devastated, but in the end he went ahead on his own, utterly convinced he was fulfilling his “historic” task. He was just 24 years old, and he had done his best to obtain weapons in an inconspicuous way and to fabricate identity documents, using the tradecraft the KGB had taught him. Up until the very end he also followed the emergency instructions he had originally been given by the KGB—admit nothing and ask for a lawyer.

Since Oswald already knew too much about the original plan, however, Moscow arranged for him to be silenced forever, if he should go on to commit the unthinkable. That was another Soviet pattern. Seven chiefs of the Soviet political police itself were secretly or openly assassinated to prevent them from incriminating the Kremlin. Some were poisoned (Vyacheslav Menzhinsky in 1934), other were executed as Western spies (Genrikh Yagoda in 1938, Nikolay Yezhov in 1939, Lavrenty Beriya and Vsevolod Merkulov in 1953, and Viktor Abakumov in 1954).

Furthermore, immediately upon news of Kennedy’s assassination Moscow launched Operation “Dragon,” a disinformation effort in which my service was deeply involved. The aim—which has succeeded only too well—was to throw the blame on various elements in the United States for killing their own president.

FP: A first review of Programmed to Kill, by Publishers Weekly, states that your book is based on old intelligence anecdotes and offers no convincing Soviet motives for the assassination. What do you have to say to that?

Pacepa: On January 3, 1988, The New York Times published a similar review of my first book, Red Horizons, stating that it contained only “squalid anecdotes” about Romanian president Nicolae Ceausescu. But two years later Ceausescu was executed at the end of a trial whose accusations came almost word-for-word out of Red Horizons—which is still in print.

FP: So wasn’t all of this – if it is true—a bit crazy for Khrushchev to have risked? It could have caused a world war, no?

Pacepa: Khrushchev, who was my de facto boss for nine years, was irrational. Today, people remember him as a down-to-earth peasant who corrected the evils of Stalin. The Khrushchev I knew was bloody, brash and extroverted, and he tended to destroy every project once he got his hands on it. Khrushchev’s irrationality made him the most controversial and unpredictable Soviet leader. He unmasked Stalin’s crimes, but he made political assassination a main instrument of his own foreign policy. He authored a policy of peaceful coexistence with the West, but he ended up by pushing the world to the brink of nuclear war. He concluded the first agreement for the control of nuclear arms, but he tried to secure Fidel Castro’s position at the helm of Cuba with the help of nuclear arms. He repaired Moscow’s relations with Yugoslavia’s Tito, but he broke those with Beijing and thereby destroyed the unity of the Communist world. On September 11, 1971 Khrushchev died in ignominy, as a non-person, although not before seeing his memoirs published in the West giving his own version of history.

FP: Lt. Gen Ion Mihai Pacepa, thank you kindly for joining Frontpage Interview. Aside from the new revelations and important facts and questions you have brought to the forefront about the Kennedy assassination, your book serves as yet another reminder of the evil nature of the KGB and the truly dark and sinister entity that we faced in the Soviet regime.

Thank you for your fight for the truth and for historical memory.

It was an honor to speak with you again.

Pacepa: I greatly appreciate your courage in being willing to debate this controversial subject.

Notes:

[1] Cristopher Andrew and Vasily Mitrokhin, The Mitrokhin Archive and the Secret History of the KGB (New York, Perseus Books Group, 1999), p. 229.

[2] Oleg Nechiporenko, Passport to Assassination: the Never-Before-Told Story of Lee Harvy Oswald by the KGB Colonel who knew him (New York: Carol Publishing Group, 1993).

[3] Washington Post Magazine, April 23, 1995.

[4] Warren Commission Exhibit 2486.

[5] Testimony of Ruth Hyde Paine, Warren Commission Vol. 3, pp. 12-13.

[6] Warren Commission Exhibit 1400.

[7] Priscilla Johnson McMillan, Marina and Lee (New York: Harper & Row, 1977), p. 496.

[8] Edward Jay Epstein, Legend: The Secret World of Lee Harvey Oswald (New York: Reader’s Digest Press), p. 16.

[9] Dirección General de Inteligencia

[10] Epstein, Legend, p. 89.

[11] Francis Gary Powers, with Curt Gentry, Operation Overflight: The U-2 spy pilot tells his story for the first time (New York: Holt, Rinehart, 1970), p. 357.

[12] Warren Commission Exhibit 315.

[13] Gerald Posner, Case Closed: Lee Harvey Oswald and the Assassination of JFK (New York: Random House, 1993), p. 49.

[14] Christopher Andrew and Oleg Gordievsky, KGB: The Inside Story Of Its Foreign Operations from Lenin to Gorbachev (New York: HarperCollins, 1990), p. 462.

[15] John Barron, Breaking the Ring (Boston: Houghton Mifflin, 1987), pp. 148, 212.

[16] Epstein, Legend, pp. 109, 298n.

Jamie Glazov is Frontpage Magazine’s editor. He holds a Ph.D. in History with a specialty in Russian, U.S. and Canadian foreign policy. He is the author of Canadian Policy Toward Khrushchev’s Soviet Union and is the co-editor (with David Horowitz) of The Hate America Left. He edited and wrote the introduction to David Horowitz’s Left Illusions. His new book is United in Hate: The Left’s Romance with Tyranny and Terror. To see his previous symposiums, interviews and articles Click Here. Email him at jglazov@rogers.com.

Voir aussi:

The Kremlin’s Killing Ways

A long tradition continues.

Ion Mihai Pacepa

The National Review

November 28, 2006

There is no doubt in my mind that the former KGB/FSB officer Alexander Litvinenko was assassinated at Putin’s order. He was killed, I believe, because he revealed Putin’s crimes and the FSB’s secret training of Ayman al-Zahawiri, the number-two in al Qaeda. I know for a fact that the Kremlin has repeatedly used radioactive weapons to kill political enemies abroad. In the late 1970s, Leonid Brezhnev gave Ceausescu, via the KGB and its Romanian sister, the Securitate, a soluble radioactive thallium powder that could be put in food; the poison was to be used for killing political enemies abroad. According to the KGB, the radioactive thallium would disintegrate inside the victim’s body, generating a fatal, galloping form of cancer and leaving no trace detectable in an autopsy. The substance was described to Ceausescu as a new generation of the radioactive thallium weapon unsuccessfully used against KGB defector Nikolay Khokhlov in West Germany in 1957. (Khokhlov lost all his hair but did not die.) Its Romanian codename was “Radu” (from radioactive), and I described it in my first book, Red Horizons, published in 1987. The Polonium 210 that was used to kill Litvinenko seems to be an upgraded form of “Radu.”

Assassination as Foreign Policy

The Kremlin’s organized efforts to assassinate political enemies abroad (not solely by means of poison, of course) started a couple of months after the XXth Congress of the Communist Party of the Soviet Union, held in February 1956, at which Khrushchev exposed Stalin’s crimes. The following April, General Ivan Anisimovich Fadeyev, the chief of the KGB’s new 13th Department, responsible for assassinations abroad, landed in Bucharest for an “exchange of experience” with the DIE, the Romanian foreign intelligence service to which I belonged. Before that, Fadeyev had headed the huge KGB intelligence station in Karlhorst, East Berlin, and he was known throughout our intelligence community as a bloodthirsty man whose station had kidnapped hundreds of Westerners and whose troops had brutally suppressed the June 13, 1953, anti-Soviet demonstrations in East Berlin.

Fadeyev began his “exchange of experience” in Bucharest by telling us that Stalin had made one inexcusable mistake: He had aimed the cutting edge of the state security apparatus against “our own people.” When Khrushchev had delivered his “secret speech,” the only thing he had intended was to correct that aberration. “Our enemies” were not in the Soviet Union, Fadeyev explained. The bourgeoisie in America and Western Europe wanted to wipe out Communism. They were “our deadly enemies.” They were the “rabid dogs” of imperialism. We should direct our sword’s cutting edge against them, and only against them. That was what Nikita Sergeyevich had really wanted to tell us in his “secret speech.”

In fact, Fadeyev said, one of Khrushchev’s very first foreign-policy decisions had been his 1953 order to have one such “rabid dog” secretly assassinated: Georgy Okolovich, the leader of the National Labor Alliance (Natsionalnyy Trudovoy Soyuz, or NTS), one of the most aggressively anti-Communist Russian émigré organizations in Western Europe. Unfortunately, Fadeyev told us, once in place, the head of the assassination team, Nikolay Khokhlov, had defected to the CIA and publicly displayed the latest secret weapon created by the KGB: an electrically operated gun concealed inside a cigarette pack, which fired cyanide-tipped bullets. And because troubles never came alone, Fadeyev added, two other KGB officers familiar with the assassination component had defected soon after Khokhlov: Yury Rastvorov in January 1954, and Petr Deryabin in February 1954.

This setback, Fadeyev said, had led to drastic changes. First, Khrushchev had ordered his propaganda machinery to spread the rumor worldwide that he had abolished the KGB’s assassination component. Then he baptized assassinations abroad with the euphemism “neutralizations,” rechristened the 9th Section of the KGB — as the assassination component had been called up to that time — as the 13th Department, buried it under even deeper secrecy, and placed it under his own supervision. (Later, after the 13th Department became compromised, the name was once again changed.)

Next, Khrushchev had introduced a new “methodology” for carrying out neutralization operations. In spite of the KGB’s penchant for bureaucratic paperwork, these cases had to be handled strictly orally and kept forever secret. They also had to be kept completely secret from the Politburo and every other governing body. “The Comrade, and only the Comrade,” Fadeyev emphasized, could now approve neutralizations abroad. (Among those in top circles throughout the bloc, the term “the Comrade” colloquially designated a given country’s leader.) Regardless of any evidence that might be produced in foreign police investigations, the KGB — along with its sister services — was never under any circumstances to acknowledge its involvement in assassinations abroad; any such evidence was to be dismissed out of hand as a ridiculous accusation. And, finally, after each operation, the KGB was surreptitiously to spread “evidence” abroad accusing the CIA or other convenient “enemies” of having done the deed, thereby, if possible, killing two birds with one stone. Then Khrushchev ordered the KGB to develop a new generation of weapons that would kill without leaving any detectable trace in the victim’s body.

Before Fadeyev left Bucharest, the DIE had established its own component for neutralization operations, which was named Group Z, because the letter Z was the final letter of the alphabet, representing the “final solution.” This new unit then proceeded to conduct the first neutralization operation in the Soviet bloc under Khrushchev’s new rules. In September 1958 Group Z, assisted by a special East German Stasi team, kidnapped Romanian anti-Communist leader Oliviu Beldeanu from West Germany. The governments of East Germany and Romania placed the onus for this crime on the CIA’s shoulders, publishing official communiqués stating that Beldeanu had been arrested in East Germany after having allegedly been secretly infiltrated there by the CIA in order to carry out sabotage and diversion operations.

Exporting a Tradition

Vladimir Putin appears to be only the latest in the long line of Russian tsars who have upheld the tradition of assassinating anyone who stood in their way. The practice goes back at least as far as the XIVth century’s Ivan the Terrible, who killed thousands of boyars and other people, including Metropolitan Philip and Prince Alexander Gorbatyl-Shuisky for having refused to swear an oath of allegiance to his eldest son, an infant at the time. Peter the Great unleashed his political police against everybody who spoke out against him, from his own wife, to drunks who told jokes about his rule; he even had the political police lure his own son and heir, the tsarevich Aleksey, back to Russia from abroad and torture him to death.

Under Communism, arbitrary assassinations became a state policy. In an August 11, 1918, handwritten order demanding that at least 100 kulaks be hanged in the town of Penza to set an example, Lenin wrote: “Hang (hang without fail, so the people see) no fewer than one hundred known kulaks, rich men, bloodsuckers … Do it in such a way that people for hundreds of [kilometers] around will see, tremble, know and scream out: they are choking and strangling to death these bloodsucking kulaks.” (This letter was part of an exhibit entitled “Revelations from the Russian Archives,” which was displayed at the Library of Congress, Washington, D.C., in 1992)

During Stalin’s purges alone, some nine million people lost their lives. Out of the seven members of Lenin’s Politburo at the time of the October Revolution, only Stalin was still alive when the massacre was over.

What I have always found even more disturbing than the brutality with which those crimes were carried out is the Soviet leaders’ deep involvement in them. Stalin personally ordered that Leon Trotsky, the co-founder of the Soviet Union, be assassinated in Mexico. And Stalin himself handed the Order of Lenin to the Spanish Communist Caridad Mercader del Rio, whose son, the Soviet intelligence officer Ramón Mercader, had killed Trotsky in August 1940 by bashing in his head with an ice axe. Similarly, Khrushchev with his own hands pinned the highest Soviet medal on the jacket of Bogdan Stashinsky, a KGB officer who in 1962 had killed two leading anti-Communist émigrés in West Germany.

My first contact with the Kremlin’s “neutralization” operations took place on November 5, 1956, when I was in training at the ministry of foreign trade for my cover position of deputy chief of the Romanian Mission in West Germany. Mihai Petri, a DIE officer acting as deputy minister, told me that the “big boss” needed me immediately. The “big boss” was undercover KGB general Mikhail Gavrilyuk, Romanianized as Mihai Gavriliuc and the head of the DIE.

“Is khorosho see old friend, Ivan Mikhaylovich,” I heard from the man relaxing in a comfortable chair facing Gavriliuc’s desk. It was General Aleksandr Sakharovsky, who got up out of the chair and held out his hand. He had created the DIE and, as its chief Soviet intelligence adviser, had been my de facto boss until a couple of months earlier, when Khrushchev had selected him to head the almighty PGU (Pervoye Glavnoye Upravleniye, or First Chief Directorate of the KGB, the Soviet Union’s foreign intelligence service). “Let me introduce you to Ivan Aleksandrovich,” he said, pointing to a scruffy peasant-type sporting gold-rimmed glasses. He was General Ivan Serov, the new chairman of the KGB. Both visitors were wearing flowered Ukrainian folkshirts over baggy, flapping trousers, in stark contrast to the gray and buttoned-up Stalin-style suits that had until recently been a virtual KGB uniform. (Even today it is still a mystery to me why most of the top KGB officers I knew would take such pains to imitate whatever Soviet leader happened to be in power at the moment. Was it merely an oriental inheritance from tsarist times, when Russian bureaucrats went to inordinate lengths to flatter their superiors?)

The visitors told us that the previous night Hungarian premier Imre Nagy, who had announced Hungary’s secession from the Warsaw Pact and asked the United Nations for help, had sought refuge in the Yugoslavian Embassy. Romanian ruler Gheorghe Gheorghiu-Dej and Politburo member Walter Roman (who knew Nagy from the war years when both had been working for the Comintern in Moscow) agreed to be flown to Budapest to help the KGB kidnap Nagy and bring him to Romania. Major Emanuel Zeides, the chief of the German desk, who spoke fluent Hungarian, would go with them as translator. “When Zeides Vienna you chief nemetskogo otdeleniya,” Gavriliuc told me, finally clarifying why I had been summoned. That meant I was to hold the bag as chief of the DIE’s German desk.

On November 23, 1956, the three Soviet Politburo members who had coordinated from Budapest the military intervention against Hungary sent an enciphered telegram to Khrushchev:

Comrade Walter Roman, who arrived in Budapest together with Comrade Dej yesterday, November 22, had long discussions with Nagy. … Imre Nagy and his group left the Yugoslavian Embassy and are now in our hands. Today the group will leave for Romania. Comrade Kadar and the Romanian comrades are preparing an adequate press communiqué. Malenkov, Suslov, Aristov.

A year later, Nagy and the principal members of his cabinet were hanged, after a showtrial the KGB organized in Budapest.

In February 1962 the KGB narrowly missed assassinating the shah of Iran, who had committed the unpardonable “crime” of having removed a Communist government installed in the northwestern part of Iran. The DIE’s chief razvedka (Russian for foreign intelligence) adviser never told us in so many words that the KGB had failed to kill the shah, but he asked us to order the DIE station in Tehran to destroy all its compromising documents, to suspend all its agents’ operations, and to report everything, including rumors, about an attempt on the shah’s life. A few days later he canceled the DIE plan to kill its own defector Constantin Mandache in West Germany with a bomb mounted in his car because, the adviser told us, the remote control, which had been supplied by the KGB for this operation, might malfunction. In 1990 Vladimir Kuzichkin, a KGB officer who had been directly involved in the failed attempt to kill the shah and who had afterwards defected to the West, published a book (Inside the KGB: My Life in Soviet Espionage, Pantheon Books, 1990) in which he describes the operation. According to Kuzichkin, the shah escaped alive because the remote control used to set off a large quantity of explosives in a Volkswagen car had malfunctioned.

Silencing Dissent

On Sunday, March 20, 1965, I paid my last visit to Gheorghiu-Dej’s winter residence in Predeal. As usual, I found him with his best friend, Chivu Stoica, Romania’s honorary head. Dej complained of feeling weak, dizzy, and nauseous. “I think the KGB got me,” he said, only half in jest. “They got Togliatti. That’s for sure,” Stoica squeaked ominously.

Palmiro Togliatti, the head of the Italian Communist party, had died on August 21, 1964, while on a visit to the Soviet Union. The word at the top of the bloc foreign intelligence community was that he had died from a rapid form of cancer, after having been irradiated by the KGB on Khrushchev’s order while vacationing in Yalta. His assassination had been provoked by the fact that, while in the Soviet Union, he had written a “testament” in which he had expressed profound discontent with Khrushchev’s failures. Togliatti’s frustrations expressed not only his personal view but also that of Leonid Brezhnev. According to Dej, these suspicions were confirmed by the facts that Brezhnev had attended Togliatti’s funeral in Rome; that in September 1964 Pravda had published portions of Togliatti’s “testament”; and that five weeks later Khrushchev was dethroned after being accused of harebrained schemes, hasty decisions, actions divorced from reality, braggadocio, and rule by fiat.

I saw Dej give a shiver. He had also been critical of Khrushchev’s foreign policy. Moreover, a year earlier he had expelled all KGB advisers from Romania, and the previous September he had expressed to Khrushchev his concern about Togliatti’s “strange death.” During the March 12, 1965, elections for Romania’s Grand National Assembly, Gheorghiu-Dej still looked vigorous. A week later, however, he died of a galloping form of cancer. “Assassinated by Moscow” is what the new Romanian leader, Nicolae Ceausescu, whispered to me a few months after that. “Irradiated by the KGB,” he murmured in an even lower voice, claiming, “That was firmly established by the autopsy.” The subject had come up because Ceausescu had ordered me immediately to obtain Western radiation detection devices (Geiger-Müller counters) and have them secretly installed throughout his offices and residences.

Soon after the Soviet-led invasion of Prague, Ceausescu switched over from Stalinism to Maoism, and in June 1971 he visited Red China. There he learned that the KGB had organized a plot to kill Mao Zedong with the help of Lin Biao, the head of the Chinese army, who had been educated in Moscow. The plot failed, and Lin Biao unsuccessfully tried to fly out of China in a military plane. His execution was announced only in 1972. During the same year I learned details about that Soviet plot from Hua Guofeng, the minister of public security — who in 1977 would become China’s supreme leader.

“Ten,” Ceausescu remarked to me. “Ten international leaders the Kremlin killed or tried to kill,” he explained, counting them off on his fingers. Laszlo Rajk and Imre Nagy of Hungary; Lucretiu Patrascanu and Gheorghiu-Dej in Romania; Rudolf Slansky, the head of Czechoslovakia, and Jan Masaryk, that country’s chief diplomat; the shah of Iran; Palmiro Togliatti of Italy; American President John F. Kennedy; and Mao Zedong. (Among the leaders of Moscow’s satellite intelligence services there was unanimous agreement that the KGB had been involved in the assassination of President Kennedy.)

On the spot, Ceausescu ordered me to create a super-secret counterintelligence unit for operations in socialist countries (i.e., the Soviet bloc). “You have one thousand personnel slots for this.” His added caveat was that the new unit should be “nonexistent.” No name, no title, no plate on the door. The new unit received only the generic designation U.M. 0920/A, and its head was given the rank of chief of a DIE directorate.

Ordered to Kill

On the unforgettable day of July 22, 1978, Ceausescu and I were hiding inside a pelican blind in a remote corner of the Danube Delta, where not even a passing bird could overhear us. As a man of discipline and a former general, he had long been fascinated by the structured society of the white pelicans. The very old birds — the grandparents — always lay up on the front part of the beach, close to the water and food supply. Their respectful children lined up behind them in orderly rows, while the grandchildren spent their time horsing around in the background. I had often heard my boss say he wished Romania had the same rigid social structure.

“I want you to give ‘Radu’ to Noel Bernard,” Ceausescu whispered into my ear. Noel Bernard was at that time the director of Radio Free Europe’s Romanian program, and for years he had been infuriating Ceausescu with his commentaries. “You don’t need to report back to me on the results,” he added. “I’ll learn them from Western newspapers and …” The end of Ceausescu’s sentence was masked by the methodical rat-a-tat of his submachine gun. He aimed with ritual precision, first at the front line of pelicans, then at the middle distance, and finally at the grandchildren in the back.

For 27 years I had been living with the nightmare that, sooner or later, such orders to have someone killed would land on my plate. Up until that order from Ceausescu, I had been safe, as it was the DIE chief who was in charge of neutralization operations. But in March 1978 I had been appointed acting chief of the DIE, and there was no way for me now to avoid involvement in political assassinations, which had grown into a main instrument of foreign policy throughout the Soviet bloc.

Two days later Ceausescu sent me to Bonn to deliver a secret message to Chancellor Helmut Schimdt, and there I requested political asylum in the U.S.

The Killings Continue

Noel Bernard continued to inform the Romanians about Ceausescu’s crimes, and on December 21, 1981, he died of a galloping form of cancer. On January 1, 1988, his successor, Vlad Georgescu, started serializing my book Red Horizons on RFE. A couple of months later, when the serialization ended, Georgescu informed his listeners that the Securitate had repeatedly warned him that he would die if he broadcast Red Horizons. “If they kill me for serializing Pacepa’s book, I’ll die with the clear conscience that I did my duty as a journalist,” Georgescu stated publicly. A few months later, he died of a galloping form of cancer.

The Kremlin also continued secretly killing its political opponents. In 1979, Brezhnev’s KGB infiltrated Mikhail Talebov into the court of the pro-American Afghan premier Hafizullah Amin as a cook. Talebov’s task was to poison the prime minister. After several failed attempts, Brezhnev ordered the KGB to use armed force. On December 27, 1979, fifty KGB officers from the elite “Alpha” unit, headed by Colonel Grigory Boyarnov, occupied Amin’s palace and killed everybody inside to eliminate all witnesses. The next day Brezhnev’s KGB brought to Kabul Bebrak Kemal, an Afghan Communist who had sought refuge in Moscow, and installed him as prime minister. That KGB neutralization operation played a role in generating today’s international terrorism.

On May 13, 1981, the same KGB organized, with help from Bulgaria, an attempt to kill Pope John Paul II, who had started a crusade against Communism. Mehmet Ali Aqca, who shot the pope, admitted that he had been recruited by the Bulgarians, and he identified his liaison officers in Italy: Sergey Antonov, deputy chief of the Balkanair office in Rome, who was arrested; and major Zhelvu Vasilief, from the military attaché office, who could not be arrested because of his diplomatic status and was recalled to Sofia. Aqca also admitted that, after the assassination, he was to be secretly taken out of Italy in a TIR truck (in the Soviet bloc the TIR trucks were used by the intelligence services for operational activities). In May 1991 the Italian government reopened its investigation into the assassination attempt, and on March 2, 2006, it concluded that the Kremlin had indeed been behind it.

On Christmas Day of 1989, Ceausescu was executed at the end of a trial in which the accusations came almost word for word out of Red Horizons. I recently learned from Nestor Ratesh, a former director of RFE’s Romanian program, who has spent two years researching Securitate archives, that he has obtained enough evidence to prove that both Noel Bernard and Vlad Georgescu were killed by the Securitate at Ceausescu’s order. The result of his research will be the subject of a book to be published by RFE.

Strong Arms and Stability

When the Soviet Union collapsed, the Russians had a unique chance to cast off their old Byzantine form of police state, which has for centuries isolated the country and has left it ill-equipped to deal with the complexities of modern society. Unfortunately, the Russian have not been up to that task. Since the fall of Communism they have been faced with an indigenous form of capitalism run by old Communist bureaucrats, speculators, and ruthless mafiosi that has widened social inequities. Therefore, after a period of upheaval, the Russians have gradually — and perhaps thankfully — slipped back into their historical form of government, the traditional Russian samoderzhaviye, a form of autocracy traceable to the 14th century’s Ivan the Terrible, in which a feudal lord ruled the country with the help of his personal political police. Good or bad, the old political police may appear to most Russians as their only defense against the rapacity of the new capitalists at home.

It will not be easy to break a five-century-old tradition. That does not mean that Russia cannot change. But for that to happen, the U.S. must help. We should stop pretending that Russia’s government is democratic, and assess it for what it really is: a band of over 6,000 former officers of the KGB — one of the most criminal organizations in history — who grabbed the most important positions in the federal and local governments, and who are perpetuating Stalin’s, Khrushchev’s, and Brezhnev’s practice of secretly assassinating people who stand in their way. Killing always comes with a price, and the Kremlin should be forced to pay it until it will stop the killings.

—Lt. General Ion Mihai Pacepa is the highest-ranking intelligence officer ever to have defected from the former Soviet bloc. His book Red Horizons has been republished in 27 countries.

Seeing Red

Spontaneous anti-American demonstrations? Think again.

Ion Mihai Pacepa

National Review on line

March 18, 2003

Over the March 15-16 weekend there were simultaneous anti-American and pro-peace demonstrations around the world, with the largest in Athens and Moscow. It is significant that the headquarters of the Soviet-created World Peace Council (WPC) is now in Athens, and that its honorary chairman is still the same KGB asset, Romesh Chandra, who chaired this Cold War organization during the years when I was a Communist general. This current bashing of the U.S. makes me believe I am watching a revival of an old stage drama, the lines of which I know by heart. Back in the 1970Ss the drama featured that same Ramesh Chandra and consisted of the WPC’s virulent offensive to counteract American efforts aimed at protecting the world against Communist expansion.

In fact, the WPC Secretariat recently recognized that the WPC has “participated in or co-organized” the current worldwide anti-American demonstrations. On December 14, 2002, the WPC convened a meeting of its Communist-style Executive Committee and then issued an official communiqué stating, in vintage Soviet language: “The Bush administration is intensifying readiness for the unilateral attack on Iraq, and this unilateralism of hegemony is becoming the biggest threat to world peace.” An international appeal published by the WPC Secretariat on the same day confirmed that the WPC had indeed been involved in organizing anti-American demonstrations in “USA, Great Britain, Florence, Prague and in many other European capitals, as well as in other countries.” The WPC appeal called upon “the peoples and movements of the world aspiring to peace and justice to unite their voices and actions against the U.S. war on Iraq.”

The WPC was created by Moscow in the 1950s and had only one task: to portray the United States as being run by a “war-mongering government.” To make it look like a Western organization, Moscow headquartered it in Paris, but in 1954 the French government accused the WPC of being a Soviet puppet and kicked it out of France. Therefore, its headquarters were moved to Soviet-occupied Vienna, and then to Prague when Austria became neutral. It is remarkable that, after the Soviet Union collapsed and the United States remained the only superpower, Romesh Chandra moved his WPC to Athens and focused its operations toward “waging a struggle against the New World Order.” According to its current charter, adopted during a 1996 Peace Congress in Mexico, the WPC has now “broadened into a worldwide mass movement” whose task is to support “those people and liberation movements” fighting “against [American] imperialism.”

Back in the 1970s, when Moscow appointed Romesh Chandra to head the WPC, it introduced him to the world as being an “apolitical” Indian. In reality, Chandra was a member of the National Committee of the Communist Party of India, one of the foreign Communist parties most loyal to the Soviet Union at that time. Khrushchev himself approved a $50 million annual budget for the “new” WPC (the money was delivered by the KGB in the form of laundered cash dollars, in order to hide its Soviet origin), and tasked Chandra to focus the WPC effort on condemning the American intervention in Vietnam as a “murderous adventure” and to require all WPC national branches to initiate demonstrations around the world against America’s imperialism and its war in Vietnam.

Until 1978, when I left Romania for good, I managed the Romanian side of the WPC, whose operations implicated thousands of undercover Soviet-bloc intelligence officers and many other thousands of paid and voluntary Communist activists. By that time Chandra’s WPC had reportedly collected 700 million signatures on a “ban-the-American-atomic-bomb” petition that had been drafted in Moscow and adopted by a peace conference convened in Stockholm. In a 1981 article published in the Comintern journal entitled Problems of Peace and Socialism (the English translation of which was called World Marxist Review), Chandra wrote: “The struggle to curb the arms race has become a mass demonstration against the deployment of new U.S. missiles.” Soon after that, Chandra and his WPC unleashed a worldwide offensive against the deployment by the United States of Pershing and Cruise missiles in Europe, and it organized “global campaigns” to protest the production of the neutron bomb announced by U.S. president Jimmy Carter and against the U.S. decision on “Star Wars,” WPC’s derisive term for the American strategic defense initiative (SDI).

In 1851 Karl Marx issued his now famous dictum: “History always repeats itself, the first time as tragedy, and the second as farce.” The new anti-American Axis Beijing-Moscow-Berlin-Paris is indeed a farcical effort to revive the anti-Americanism created by the WPC and its sponsors during the Cold War era.

— General Ion Mihai Pacepa is the highest-ranking intelligence officer ever to have defected from the former Soviet bloc. He is currently finishing a new book, Red Roots: The origins of today’s anti-Americanism.

Voir également:

Ex-spy fingers Russians on WMD

Ion Mihai Pacepa

The Washington Times

On March 20, Russian President Vladimir Putin denounced the U.S.-led "aggression" against Iraq as "unwarranted" and "unjustifiable." Three days later, Pravda said that an anonymous Russian "military expert" was predicting that the United States would fabricate finding Iraqi weapons of mass destruction. Russian Foreign Minister Igor Ivanov immediately started plying the idea abroad, and it has taken hold around the world ever since.

As a former Romanian spy chief who used to take orders from the Soviet KGB, it is perfectly obvious to me that Russia is behind the evanescence of Saddam Hussein’s weapons of mass destruction. After all, Russia helped Saddam get his hands on them in the first place. The Soviet Union and all its bloc states always had a standard operating procedure for deep sixing weapons of mass destruction — in Romanian it was codenamed "Sarindar, meaning "emergency exit."I implemented it in Libya. It was for ridding Third World despots of all trace of their chemical weapons if the Western imperialists ever got near them. We wanted to make sure they would never be traced back to us, and we also wanted to frustrate the West by not giving them anything they could make propaganda with.

All chemical weapons were to be immediately burned or buried deep at sea. Technological documentation, however, would be preserved in microfiche buried in waterproof containers for future reconstruction. Chemical weapons, especially those produced in Third Worldcountries,which lack sophisticated production facilities, often do not retainlethal properties after a few months on the shelf and are routinely dumped anyway. And all chemical weapons plants had a civilian cover making detection difficult, regardless of the circumstances.

The plan included an elaborate propaganda routine. Anyone accusing Moammar Gadhafi of possessing chemical weapons would be ridiculed. Lies, all lies! Come to Libya and see! Our Western left-wing organizations, like the World Peace Council, existed for sole purpose of spreading the propaganda we gave them. These very same groups bray the exact same themes to this day. We always relied on their expertise at organizing large street demonstrations in Western Europe over America’swar-mongering whenever we wanted to distract world attention from the crimes of the vicious regimes we sponsored.

Iraq, in my view, had its own "Sarindar" plan in effect direct from Moscow. It certainly had one in the past. Nicolae Ceausescu told me so, and he heard it from Leonid Brezhnev. KGB chairman Yury Andropov, and later, Gen. Yevgeny Primakov, told me so too. In the late 1970s, Gen. Primakov ran Saddam’s weapons programs. After that, as you may recall, he was promoted to head of the Soviet foreign intelligence service in 1990, to Russia’s minister of foreign affairs in 1996, and in 1998, to prime minister. What you may not know is that Primakov hates Israel and has always championed Arab radicalism. He was a personal friend of Saddam’s and has repeatedly visited Baghdad after 1991, quietly helping Saddam play his game of hide-and-seek.

The Soviet bloc not only sold Saddam its WMDs, but it showed them how to make them "disappear." Russia is still at it. Primakov was in Baghdad from December until a couple of days before the war, along with a team of Russian military experts led by two of Russia’s topnotch "retired"generals,Vladislav Achalov, a former deputy defense minister, and Igor Maltsev, a former air defense chief of staff. They were all there receiving honorary medals from the Iraqi defense minister. They clearly were not there to give Saddam military advice for the upcomingwar—Saddam’sKatyusha launchers were of World War II vintage, and his T-72 tanks, BMP-1 fighting vehicles and MiG fighter planes were all obviously useless against America. "I did not fly to Baghdad to drink coffee," was what Gen. Achalov told the media afterward. They were there orchestrating Iraq’s "Sarindar" plan.

The U.S. military in fact, has already found the only thing that would have been allowed to survive under the classic Soviet "Sarindar" plan to liquidate weapons arsenals in the event of defeat in war — the technological documents showing how to reproduce weapons stocks in just a few weeks.

Such a plan has undoubtedly been in place since August 1995 — when Saddam’s son-in-law, Gen. Hussein Kamel, who ran Iraq’s nuclear, chemical and biological programs for 10 years, defected to Jordan. That August, UNSCOM and International Atomic Energy Agency (IAEA) inspectors searched a chicken farm owned by Kamel’s family and found more than one hundred metal trunks and boxes containing documentation dealing with all categories of weapons, including nuclear. Caught red-handed, Iraq at last admitted to its "extensive biological warfare program, including weaponization," issued a "Full, Final and Complete Disclosure Report" and turned over documents about the nerve agent VX and nuclear weapons.

Saddam then lured Gen. Kamel back, pretending to pardon his defection. Three days later, Kamel and over 40 relatives, including women and children, were murdered, in what the official Iraqi press described as a "spontaneous administration of tribal justice." After sending that message to his cowed, miserable people, Saddam then made a show of cooperation with U.N. inspection, since Kamel had just compromised all his programs anyway. In November 1995, he issued a second "Full, Final and Complete Disclosure" as to his supposedly non-existent missile programs. That very same month, Jordan intercepted a large shipment of high-grade missile components destined for Iraq. UNSCOM soon fished similar missile components out of the Tigris River, again refuting Saddam’s spluttering denials. In June 1996, Saddam slammed the door shut to UNSCOM’s inspection of any "concealment mechanisms." On Aug. 5, 1998, halted cooperation with UNSCOM and the IAEA completely, and they withdrew on Dec. 16, 1998. Saddam had another four years to develop and hide his weapons of mass destruction without any annoying, prying eyes. U.N. Security Council resolutions 1115, (June 21, 1997), 1137 (Nov. 12, 1997), and 1194 (Sept. 9, 1998) were issued condemning Iraq—ineffectual words that had no effect. In 2002, under the pressure of a huge U.S. military buildup by a new U.S. administration, Saddam made yet another "Full, Final and Complete Disclosure," which was found to contain "false statements" and to constitute another "material breach" of U.N. and IAEA inspection and of paragraphs eight to 13 of resolution 687 (1991).

It was just a few days after this last "Disclosure," after a decade of intervening with the U.N. and the rest of the world on Iraq’s behalf, that Gen. Primakov and his team of military experts landed in Baghdad — even though, with 200,000 U.S. troops at the border, war was imminent, and Moscow could no longer save Saddam Hussein. Gen. Primakov was undoubtedly cleaning up the loose ends of the "Sarindar" plan and assuring Saddam that Moscow would rebuild his weapons of mass destruction after the storm subsided for a good price.

Mr. Putin likes to take shots at America and wants to reassert Russia in world affairs. Why would he not take advantage of this opportunity? As minister of foreign affairs and prime minister, Gen. Primakov has authored the "multipolarity" strategy of counterbalancing American leadership by elevating Russia to great-powerstatusinEurasia. Between Feb. 9-12, Mr. Putin visited Germany and France to propose a three-power tactical alignment against the United States to advocate further inspections rather than war. On Feb. 21, the Russian Duma appealed to the German and French parliaments to join them on March 4-7 in Baghdad, for "preventing U.S. military aggression against Iraq." Crowds of European leftists, steeped for generations in left-wing propaganda straight out of Moscow, continue to find the line appealing.

Mr. Putin’s tactics have worked. The United States won a brilliant military victory, demolishing a dictatorship without destroying the country, but it has begun losing the peace. While American troops unveiled the mass graves of Saddam’s victims, anti-American forces in Western Europe and elsewhere, spewed out vitriolic attacks, accusing Washington of greed for oil and not of really caring about weapons of mass destruction, or exaggerating their risks, as if weapons of mass destruction were really nothing very much to worry about after all.

It is worth remembering that Andrei Sakharov, the father of the Soviet hydrogen bomb, chose to live in a Soviet gulag instead of continuing to develop the power of death. "I wanted to alert the world," Sakharov explained in 1968, "to the grave perils threatening the human race thermonuclear extinction, ecological catastrophe, famine." Even Igor Kurchatov, the KGB academician who headed the Soviet nuclear program from 1943 until his death in 1960, expressed deep qualms of conscience about helping to create weapons of mass destruction. "The rate of growth of atomic explosives is such," he warned in an article written together with several other Soviet nuclear scientists not long before he died, "that in just a few years the stockpile will be large enough to create conditions under which the existence of life on earth will be impossible."

The Cold War was fought over the reluctance to use weapons of mass destruction, yet now this logic is something only senior citizens seem to recall. Today, even lunatic regimes like that in North Korea not only possess weapons of mass destruction, but openly offer to sell them to anyone with cash, including terrorists and their state sponsors. Is anyone paying any attention? Being inured to proliferation, however, does not reduce its danger. On the contrary, it increases it.

Ion Mihai Pacepa, a Romanian, is the highest-ranking intelligence officer ever to have defected from the former Soviet bloc.

How the Soviet KGB created Conspiracy Theories

Aug, 4 2013

The black propaganda tools of a very shrewd and cynical Soviet KGB created many of the ideas that are still echoed today as "conspiracy theories". I have been reading and researching conspiracy-theories for the last 20 years and in time, my suspicions were aroused because so many of these theories were directed at the USA specifically. "Why is America always the culprit in these theories?" I asked myself. Is there an actual conspiracy behind these conspiracy-theories?

Ever since the early days of the 1917 Bolshevik Revolution, the Russians were very well-versed in spying, counter-intelligence, disinformation, propaganda, placing "sleepers" into various countries, recruiting American journalists, filmmakers and academics for their agenda. Compared to their expertise, Americans were, for the longest time, naive amateurs (as the recent NSA outings have shown, America is no longer an amateur). To give you a taste for the outrageous extent of their campaign these are three fairly popular examples of conspiracy-theories that were planted by the KGB. It often surprises me how supposedly suspicious and skeptical "conspiracy theorists" rarely ask about the origins of a theory and who benefits from certain information.

Example 1: Operation Infektion

Operation: INFEKTION was a KGB disinformation campaign to spread information that the United States invented HIV/AIDS as part of a biological weapons research project at Fort Detrick, Maryland. The Soviet Union used it to undermine the United States’ credibility, foster anti-Americanism, isolate America abroad, and create tensions between host countries and the U.S. over the presence of American military bases (which were often portrayed as the cause of AIDS outbreaks in local populations).

Source: Operation INFEKTION

This is former Soviet Prime Minister Yevgeni Primakov who was the first to confess to "Operation Infektion":

The "AIDS Conspiracy Theory" is still quite popular, showing how easily disinformation, once disseminated, gains a life of its own and plenty of followers.

Example 2: The JFK Conspiracy Theory

One of the very first JFK-Conspiracy books to be published was in 1964 by Joachim Joesten. The book was titled "Oswald: Assassin or Fall Guy" and was published prior to the Warren Report. In this book it was claimed that JFK was killed by the CIA and that Oswald was not a lone gunman. The book has been used by many subsequent conspiracy-theorists, including Oliver Stone and his movie JFK, to support their views. In fact, it is still parroted to this day.

Only decades later, with the fall of the Soviet Union, it was proven that Joesten was a paid KGB Agent and the publisher was a KGB Front. The purpose of this conspiracy-theory was once again to discredit America and the CIA and sow doubt and fear in the populace. It was quite a successful operation, judging from the thousands of books and articles that still emulate the original KGB-message.

Source: The Sword and the Shield (among other sources)

Example 3: Islamic Anti-Americanism

Evidence has been steadily mounting that Anti-American sentiment in the Muslim world is not exclusively a creation of American Interventionism, but has been generously fueled by the Soviet KGB as well.

One of the operating principles of the Soviets was to look for already existing antagonism toward the U.S. and blow it out of proportion through added disinformation. Another tactic was to wait for the U.S. to make mistakes – such as those in foreign policy – and to then emphasize and mass-publish those mistakes. Anything to create anger and rage toward America was a good tool for the KGB, whether it had a factual basis or not.

In a recent book titled "Disinformation", former KGB Agent Ion Mihai Pacepa (image above) writes that his colleague and acquaintance Yuri Andropov (image below), the head of the KGB in the 1960s, was taksed with reviving anti-semitism in conjuction with anti-Americanism among Arabs and Persians. The goal was to "convince muslims that America was ruled by Jews". For this purpose the "Palestinian Liberation Army" was founded and trained by KGB special ops and books were published that displayed Israelis, Zionists and Americans as the worlds foremost threat to peace. It was hoped that by teaching muslims that America was ruled by the "Council of the Wise Elders of Zion", who were plotting to take over the whole world, that violence and terrorism against the U.S. would follow. Pacepa writes:

"In 1972 I received from the KGB an Arabic translation of the old Russian forgery, “The Protocols of the Elders of Zion.” We also received "documentary" material in Arabic produced by the Soviet disinformation "proving" America was a Zionist country whose aim was to transform the Islamic world into a Jewish fief. My DIE was ordered to disseminate these documents within its targeted Islamic countries. During my later years in Romania, the DIE disseminated thousands of copies of “The Protocols” and similar “documents” each month. The fruit of the KGB’s disinformation campaign was seen on Sept. 11, 2001. The weapon of choice for that horrific act was a hijacked airplane – a concept invented and perfected by Andropov’s disinformation machinery.

What is interesting about this campaign is that they may still be going on, decades after the Cold War ended. For example, among intelligence circles it is rumored that the Danish "Mohammed Cartoon" affair that transpired in 2005 and caused Islamic unrest and violence across the world, was orchestrated by the SVR – which is the successor of the KGB. Oleg Kalugin, former KGB Major, has gone public with this theory, saying that in the past the KGB has often used Danish journalists to disseminate agitation propaganda. He says it is no coindidence that the Jyllands Posten editor who commisioned the cartoons – Flemming Rose – was a correspondent to Moscow and has published several Russian-Propaganda articles against Chechnya. Flemming Rose was also married to the daughter of a KGB-officer. Next thing you know he is publishing articles that cause Islamic outrage against the West.

But if true (and thats really an IF in this case), why would modern Russia still be applying these Cold War tactics? Well, Russia is still in competition to the west for resources and oil and dominance. Their covert operation tools having worked in the past it follows that they would continue to use them.

Skyfloating

Aug, 4 2013

There were many, many more ideas and theories planted into the American mind by the KGB. History will remember the KGB as the foremost experts of disinformation. Most of this propaganda was part of a kind of political warfare termed Active Measures by the Soviets.

Active measures ranged "from media manipulations to special actions involving various degrees of violence". They were used both abroad and domestically. They included disinformation, propaganda, counterfeiting official documents, assassinations, and political repression, such as penetration in churches, and persecution of political dissidents. Active measures included the establishment and support of international front organizations (e.g. the World Peace Council); foreign communist, socialist and opposition parties; wars of national liberation in the Third World; and underground, revolutionary, insurgency, criminal, and terrorist groups. The intelligence agencies of Eastern Bloc states also contributed to the program, providing operatives and intelligence for assassinations and other types of covert operations. Retired KGB Maj. Gen. Oleg Kalugin described active measures as "the heart and soul of Soviet intelligence": "Not intelligence collection, but subversion: active measures to weaken the West, to drive wedges in the Western community alliances of all sorts, particularly NATO, to sow discord among allies, to weaken the United States in the eyes of the people of Europe, Asia, Africa, Latin America, and thus to prepare ground in case the war really occurs." Active measures was a system of special courses taught in the Andropov Institute of KGB situated at SVR headquarters in Yasenevo, near Moscow.

A few more of the "active measures" taken by the Soviets were:

* Creating the conspiracy-theory that the moon landing was a hoax.

* Trying to discredit Martin Luther King Jr. as an "agent of the Government"

* Creating racial tensions between black and whites by writing bogus letters from the Ku Klux Klan, distributing explosive packages in New York.

* Creating the conspiracy-theory that fluoridated drinking water was a US-Government conspiracy for population control.

* And much, much more, too much to go into here.

Source: The Mitrokhin Archive (among other sources).

My personal conclusion from all this is that when reading information I first ask: Where is it from and who benefits? Not all information is based on innocent research or inquiry.

Related Post: The Peace Movement was a Soviet Psy-Operation

Voir par ailleurs:

Les assauts de Moscou contre le Vatican

Le KGB a fait de la corruption de l’Église une priorité.

Ion Mihai Pacepa

4 février 2007

L’Union Soviétique ne s’est jamais sentie à l’aise de vivre dans le même monde que le Vatican. Les plus récentes découvertes montrent que le Kremlin était prêt à tout pour combattre le ferme anticommunisme de l’Église Catholique.

En mars 2006, une commission parlementaire italienne concluait « au-delà de tout doute raisonnable que les dirigeants de l’Union Soviétique avaient pris l’initiative d’éliminer le pape Karol Wojtyla, » en représailles de son soutien en Pologne au mouvement dissident Solidarność. En janvier 2007, quand des documents dévoilent que le nouvellement nommé archevêque de Varsovie Stanislas Wielgus a collaboré avec la police politique de l’ère communiste de Pologne, il admet les accusations et démissionne. Le jour suivant, le recteur de la cathédrale Wawel de Kracovie, site funéraire des rois et reines polonais, démissionnait pour la même raison. On a alors appris que Michal Jagosz, un membre du tribunal du Vatican pour la béatification du pape Jean-Paul II, était accusé d’être un ancien agent secret communiste ; selon les médias polonais, il avait été recruté en 1984 avant de quitter la Pologne pour prendre poste au Vatican. Aujourd’hui, un livre est sur le point d’être publié qui identifiera 39 autres prêtres dont les noms ont été trouvés dans les fichiers de la police secrète de Kracovie, et dont certains sont actuellement évêques. De plus, il semble que cela ne fait qu’effleurer la surface des choses. Une commission spéciale va bientôt commencer des investigations sur le passé de tous les religieux durant l’ère communiste, car des centaines d’autres prêtres catholiques de ce pays sont soupçonnés d’avoir collaboré avec la police secrète. Et il ne s’agit que de la Pologne – les archives du KGB et celles de la police politique du reste de l’ancien bloc soviétique restent à ouvrir sur les opérations menées contre le Vatican.

Dans mon autre vie, lorsque j’étais au centre des guerres de Moscou contre les services secrets étrangers, j’ai moi-même été impliqué dans un effort délibéré du Kremlin pour calomnier le Vatican en décrivant le Pape Pie XII comme un sympathisant nazi au coeur dur. Finalement, l’opération n’a pas causé de dommage durable, mais elle a laissé un mauvais arrière goût dont il est difficile de se débarrasser. Cette histoire n’a encore jamais été racontée auparavant.

Combattre l’Église

En février 1960, Nikita Khrushchev approuva un plan ultra-secret pour détruire l’autorité morale du Vatican en Europe de l’Ouest. L’idée est née du cerveau du patron du KGB Alexandre Shelepin et d’Aleksey Kirichenko, le membre du Politburo responsable des opérations internationales. Jusqu’à présent, le KGB avait combattu son « ennemi mortel » en Europe de l’Est, où le Saint-Siège avait été cruellement attaqué comme un repère d’espions à la solde de l’impérialisme américain, et ses représentants sommairement emprisonnés comme espions. Maintenant, Moscou voulait que le Vatican soit discrédité par ses propres prêtres, sur son propre territoire, en tant que bastion du nazisme.

Eugenio Pacelli, le Pape Pie XII, fut choisi comme cible principale du KGB, son incarnation du mal, parce qu’il était décédé en 1958. « Les morts ne peuvent pas se défendre » était le dernier leitmotiv du KGB. Moscou venait juste de se faire regarder de travers pour avoir monté une machination et emprisonné un prélat vivant du Vatican, le cardinal Jòzsef Mindszenty, Primat de Hongrie, en 1948. Pendant la révolution politique hongroise de 1956, il s’était échappé de sa détention et trouva asile à l’ambassade des États-Unis de Budapest, où il commença à rédiger ses mémoires. Quand les détails de la machination dont il avait été victime furent dévoilée aux journalistes occidentaux, il fut considéré par la plupart comme un héro et un martyr.

Comme Pie XII avait été le nonce apostolique à Munich et à Berlin lorsque les nazis commencèrent leur tentative d’accès au pouvoir, le KGB a voulu le décrire comme un antisémite qui avait encouragé l’Holocauste d’Hitler. La difficulté résidait dans le fait que l’opération ne devait pas permettre qu’on soupçonne si peu que ce soit l’implication du bloc soviétique. Tout le sale boulot devait être pris en charge par des mains occidentales en utilisant des preuves venant du Vatican lui-même. Cela éviterait de reproduire une autre erreur commise dans l’affaire Mindszenty, qui avait été accusé sur la base de faux documents soviétiques et hongrois [1].

Pour éviter une nouvelle catastrophe comme celle de Mindszenty, le KGB avait besoin de plusieurs documents originaux du Vatican, même n’ayant qu’un lointain rapport avec Pie XII, que les experts en désinformation pourrait légèrement modifier et projeter sous une « lumière appropriée » pour montrer la « véritable image » du Pape. Le problème était que le KGB n’avait pas accès aux archives du Vatican et c’est là que le DIE dont je faisais partie, les services secrets roumains, entrait en jeu. Le nouveau chef des services secrets soviétiques, le général Alexandre Sakharovsky avait créé le DIE en 1949 et avait été jusqu’à peu notre conseiller en chef soviétique ; il savait que le DIE était en excellente position pour contacter le Vatican et obtenir les autorisations pour faire des recherches dans ses archives. En 1959, alors que j’avais été affecté à l’Allemagne de l’Ouest sous la couverture de porte-parole de la Mission Roumaine, j’ai organisé un échange d’espions où deux officiers du DIE (le colonel Gheorghe Horobet et le major Nicolae Ciuciulin), qui avaient été pris sur le fait en Allemagne de l’Ouest, ont été échangés contre l’évêque catholique Augustin Pacha, emprisonné par le KGB sur la fausse accusation d’espionnage et qui fut finalement rendu au Vatican via l’Allemagne de l’Ouest.

Infiltrer le Vatican

« Siège-12 » était le nom de code donné à cette opération contre Pie XII, et j’en devins l’homme-clef en Roumanie. Pour faciliter mon travail, Sakharovsky m’avait autorisé à informer (faussement) le Vatican que la Roumanie était prête à renouer ses relations interrompues avec le Saint-Siège, en échange de l’accès à ses archives et d’un prêt sans intérêt sur 25 ans d’un milliard de dollars [2]. L’accès aux archives du Pape, devais-je expliquer au Vatican, était nécessaire pour trouver des racines historiques permettant au gouvernement roumain de justifier publiquement son revirement à l’égard du Saint-Siège. Le milliard (non, ce n’est pas une faute typographique), m’a-t-on dit, a été mis en jeu pour rendre plus plausible la soi-disant volte-face de la Roumanie. « S’il y a une chose que les moines comprennent, c’est l’argent » faisait remarquer Sakharovsky.

Mon implication récente dans l’échange de Mgr Pacha contre les deux officiers du DIE m’ouvrit en effet des portes. Un mois après avoir reçu les instructions du KGB, j’ai eu mon premier contact avec un représentant du Vatican. Pour des raisons de confidentialité, cette réunion — et la plupart de celles qui ont suivi — se tint en Suisse dans un hôtel de Genève. J’y fus présenté à un « membre influent du corps diplomatique » qui, m’avait-on dit, avait commencé sa carrière en travaillant aux archives du Vatican. Il s’appelait Agostino Casaroli, et j’appris bientôt qu’il était effectivement influent. Il me donna sur le champ accès aux archives du Vatican, et bientôt, trois jeunes officiers du DIE se faisant passer pour des prêtres roumains épluchèrent les archives papales. Casaroli acquiesça aussi « sur le principe » à la demande de Bucarest pour le prêt sans intérêt, mais dît que le Vatican désirait y mettre certaines conditions [3].

Pendant les années 1960 à 1962, le DIE parvint à dérober des centaines de documents liés de près ou de loin au pape Pie XII venant des archives du Vatican ou de la bibliothèque apostolique. Tout était immédiatement envoyé au KGB par courrier spécial. En réalité, aucun document compromettant contre le pontife ne fut trouvé dans tous ces documents photographiés en secret. Il s’agissait principalement de copies de lettres personnelles et de transcriptions de réunions et de discours, toutes rédigées dans le monotone jargon diplomatique auquel on peut s’attendre. Néanmoins, le KGB continua de demander d’autres documents. Et nous leur en avons envoyés d’autres.

Le KGB produit une pièce de théâtre

En 1963, le général Ivan Agayant, le célèbre chef du département de désinformation du KGB, atterrit à Bucarest pour nous remercier de notre aide. Il nous dît que « Siège-12 » avait abouti à une efficace pièce de théâtre attaquant le pape Pie XII, intitulée Le Vicaire (The Deputy), une référence indirecte au Pape comme représentant du Christ sur Terre. Agayants se vantait d’avoir inventé lui-même les grandes lignes de la pièce et nous dit qu’elle avait un volumineux appendice de documents réunis par ses experts grâce aux documents que nous avions dérobés au Vatican. Agayants nous dît aussi que le producteur du Vicaire, Erwin Piscator, était un communiste dévoué qui avait des liens de longue date avec Moscou. En 1929, il avait fondé le Théâtre Prolétaire à Berlin, puis avait demandé l’asile politique à l’Union soviétique lorsqu’Hitler était arrivé au pouvoir, et avait « émigré » quelques années plus tard aux États-Unis. En 1962, Piscator était de retour à Berlin Ouest pour produire Le Vicaire.

Pendant toutes mes années en Roumanie, j’ai toujours pris ce que me disaient mes patrons du KGB avec précaution, parce qu’ils avaient l’habitude de manipuler les faits de manière à faire de l’espionnage soviétique l’origine de tout. Mais j’avais des raisons de croire les fanfaronnades d’Agayants. C’était une légende vivante dans le domaine de la désinformation. En 1943, alors qu’il résidait en Iran, Agayants lança un rapport de désinformation disant qu’Hitler avait entraîné une équipe spéciale pour kidnapper le président Franklin Roosevelt à l’ambassade américaine à Tehéran, pendant un sommet allié qui devait s’y tenir. Le résultat fut que Roosevelt accepta d’installer son quartier général dans une villa à l’intérieur du périmètre de « sécurité » de l’ambassade soviétique, gardée par un grosse unité militaire. Tout le personnel soviétique affecté à la villa était constitué d’officiers du renseignement sous couverture qui parlaient anglais mais qui, à de rares exceptions près, l’avaient caché pour pouvoir écouter ce qui se disait. Même avec les moyens techniques limités de l’époque, Agayants a été capable de fournir heure par heure à Staline des rapports sur ses hôtes américains et britanniques. Ceux-ci aidèrent Staline à obtenir de Roosevelt l’accord tacite de conserver les pays baltes et le reste des territoires occupés par l’Union Soviétique en 1939-40. On raconte qu’Agayants avait aussi incité Roosevelt à appeler familièrement Staline « Oncle Joe » pendant le sommet. Selon Sakharovsky, Staline y trouva encore plus de plaisir qu’en ses gains territoriaux. On dit qu’il s’esclama joyeusement « L’infirme est à moi ! ».

Un an avant la sortie du Vicaire, Agayants réussit un autre coup de maître. Il fabriqua de toutes pièces un manuscrit conçu pour convaincre l’Occident que le Kremlin avait profondément une haute opinion des Juifs ; il fut publié en Europe de l’ouest avec un grand succès populaire, sous le titre Notes for a journal. Le manuscrit fut attribué à Maxim Litvinov [4] né Meir Walach, un ancien commissaire soviétique aux affaires étrangères, qui avait été limogé en 1939 lorsque Staline a purgé son appareil diplomatique des Juifs en préparation du pacte de « non agression » avec Hitler [5]. Ce livre d’Agayants était si parfaitement contrefait que l’historien britannique spécialiste de la Russie soviétique le plus éminent, Edward Hallet Carr, fut totalement convaincu de son authenticité et en écrivit même la préface [6].

Le Vicaire vit le jour en 1963 comme le travail d’un allemand de l’ouest inconnu nommé Rolf Hochhuth, sous le titre Der Stellvertreter christliches Trauerspiel (Le Vicaire, une tragédie chrétienne). Sa thèse centrale était que Pie XII avait soutenu Hitler et encouragé l’Holocauste. Elle provoqua immédiatement une grande controverse sur Pie XII, qui était décrit comme un homme froid et sans cœur plus préoccupé par les propriétés du Vatican que par le sort des victimes d’Hitler. Le texte original est une pièce de huit heures, terminée par 40 à 80 pages (selon l’édition) de ce que Hochhuth appelait « documentation historique ». Dans un article de journal publié en Allemagne en 1963, Hochhuth défend son portrait de Pie XII en disant : « Les faits sont là : quarante pages serrées de documentation dans l’appendice de ma pièce. » Dans une interview radiophonique donnée à New York en 1964, lorsque Le Vicaire y fut joué pour la première fois, Hochhuth dit : « J’ai trouvé nécessaire d’ajouter à la pièce un appendice historique, cinquante à quatre-vingt pages (selon la taille de l’impression). » Dans l’édition originale, l’appendice est intitulée « Historische Streiflichter » (éclairage historique). Le Vicaire a été traduit en près de 20 langues, coupé drastiquement et l’appendice souvent omise.

Avant d’écrire Le Vicaire, Hochhuth, qui n’avait pas le baccalauréat (Abitur), avait travaillé à différents postes insignifiants pour la maison d’édition Bertelsmann. Dans des interviews, il déclarait qu’il avait pris un congé en 1959 pour aller à Rome où il passa trois mois à parler aux gens puis à rédiger la première ébauche de la pièce, et où il posa « une série de questions » à un évêque dont il refusait de dire le nom. Très peu vraisemblable ! À peu près au même moment, je rendais des visites régulières au Vatican comme messager accrédité d’un chef d’État, et je n’ai jamais pu entraîner dans un coin un quelconque évêque bavard — et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les officiers clandestins du DIE que nous avions infiltrés au Vatican rencontrèrent aussi des difficultés insurmontables pour pénétrer dans les archives secrètes du Vatican, alors même qu’ils avaient une couverture de prêtres en béton.

Pendant mes derniers jours au DIE, si je demandais à mon chef du personnel, le général Nicolae Ceausescu (le frère du dictateur), de me donner un récapitulatif du dossier d’un subordonné, il me demandait à chaque fois « Promotion ou déchéance ? » Pendant ses dix premières années, Le Vicaire eu plutôt pour effet la déchéance du Pape. La pièce suscita une rafale de livres et d’articles, certains accusant et d’autres défendant le pontife. Certains allèrent jusqu’à rejeter la responsabilité des atrocités d’Auschwitz sur les épaules du pape, certains démolirent méticuleusement les arguments de Hochhuth, mais tous contribuèrent à attirer l’attention qu’on portait alors à cette pièce plutôt snob. Aujourd’hui, beaucoup de personnes qui n’ont jamais entendu parlé du Vicaire sont sincèrement convaincues que Pie XII était un homme froid et méchant qui détestait les Juifs et aida Hitler à s’en débarrasser. Comme avait l’habitude de me dire Yuri Andropov, l’incomparable maître de la tromperie soviétique, les gens sont plus prompts à croire la saleté que la sainteté.

Les mensonges dévoilés

Vers le milieu des années 1970, Le Vicaire commença à s’essouffler. En 1974, Andropov nous avoua que si l’on avait su alors ce qu’on sait aujourd’hui, nous n’aurions jamais dû nous en prendre à Pie XII. Ce qui fit alors la différence fut la parution de nouvelles informations montrant qu’Hitler, loin d’être ami avec Pie XII, avait en fait conspiré contre lui.

Quelques jours seulement avant l’aveu d’Andropov, l’ancien commandant suprême de l’escadron SS en Italie pendant la Seconde Guerre Mondiale, le général Karl Friedrich Otto Wolff, était relaché de prison et confessait qu’en 1943, Hitler lui avait donné l’ordre d’enlever le pape Pie XII au Vatican. Cet ordre était si confidentiel qu’il n’est jamais apparu après la guerre dans aucune archive nazie ni n’est ressorti d’aucun interrogatoire par les alliés des officiers SS et de la Gestapo. Dans sa confession, Wolff déclare qu’il avait répondu à Hitler qu’il lui faudrait six semaines pour mettre l’ordre à exécution. Hitler, qui rendait responsable le pape du renversement du dictateur italien Benito Mussolini, voulait que ce soit fait sur le champ. Finalement, Wolff persuada Hitler que les conséquences d’un tel plan seraient très négatives et le Fürher y renonça.

C’est seulement dans l’année 1974 que le cardinal Mindszenty publia ses mémoires, qui décrivaient avec force détails le coup monté dont il avait été victime dans la Hongrie communiste. Sur la foi de documents fabriqués, il fut accusé de « trahison, abus de devises étrangères et conspiration », accusations « toutes punissables de mort ou d’emprisonnement à vie ». Il décrivit aussi comment ses « confessions » falsifiées prirent vie d’elles-mêmes. « Il me semblait que tout le monde reconnaîtrait immédiatement que ce document était une grossière contrefaçon, tellement il était l’œuvre d’un esprit maladroit et inculte » écrit le cardinal. « Mais quand par la suite j’ai pris connaissance des livres, journaux et magazines étrangers qui parlaient de mon affaire et commentaient mes "confessions", j’ai réalisé que le public avait dû conclure que la "confession" avait bien été écrite par moi, bien que dans un état de semi-conscience et sous l’influence d’un lavage de cerveau… Que la police ait publié un document qu’ils avaient eux-mêmes créé paraissait finalement trop gros pour être cru. » De plus, Hanna Sulner, l’expert en graphologie hongroise utilisée pour circonvenir le cardinal, qui s’est échappée à Vienne, a confirmé qu’elle avait fabriqué de toutes pièces la « confession » de Mindszenty.

Quelques années plus tard, le pape Jean-Paul II ouvrit le procès en canonisation de Pie XII, et les témoins du monde entier ont implacablement prouvé que Pie XII était un ennemi d’Hitler, et non un ami. Israel Zoller, le grand rabbin de Rome entre 1943 et 1944, lorsqu’Hitler reprit la ville, consacra un chapitre entier de ses mémoires à louer le gouvernement de Pie XII. « Le Saint Père rédigea de sa main une lettre aux évêques leur donnant l’instruction de renforcer les barrières des couvents et monastères, afin qu’ils puissent devenir des refuges pour les Juifs. Je connais un couvent où les soeurs dorment dans la cave pour donner leurs lits aux réfugiés juifs. » Le 25 juillet 1944, Zoller a été reçu par le pape Pie XII. Les notes prises par le secrétaire d’État [NdT : en fait pro-secrétaire d’État] du Vatican Giovanni Battista Montini (qui deviendra le pape Paul VI) montrent que Rabbi Zoller remerciait le Saint Père pour tout ce qu’il avait fait pour la communauté juive de Rome — et ces remerciements furent retransmis à la radio. Le 13 février 1945, Rabbi Zoller était baptisé par l’évêque auxiliaire de Rome Luigi Traglia dans l’église Sainte Marie des Anges. Pour exprimer sa gratitude envers Pie XII, Zoller prit le nom chrétien d’Eugenio (le nom du pape). Un an plus tard, la femme et la fille de Zoller furent aussi baptisées.

David G. Dalin, dans Le mythe du pape d’Hitler : Comment le pape Pie XII a sauvé des Juifs des nazis, publié il y a quelques mois, a rassemblé d’autres preuves incontestables de l’amitié d’Eugenio Pacelli pour les Juifs qui a commencé bien avant qu’il ne soit pape. Au début de la Seconde Guerre Mondiale, la première encyclique du pape Pie XII était tellement anti-hitlérienne que la Royal Air Force et l’Armée de l’Air française en ont lâché 88.000 exemplaires au-dessus de l’Allemagne.

Durant les 16 dernières années, la liberté de religion a été restaurée en Russie et une nouvelle génération s’est battu pour développer une nouvelle identité nationale. On peut seulement espérer que le président Vladimir Poutine prendra conscience de l’utilité d’ouvrir les archives du KGB et de les étaler au grand jour pour que tout le monde puisse voir comment les communistes ont calomnié l’un des plus grand papes du siècle dernier.

P.-S.

Le général Ion Mihai Pacepa est le plus haut gradé de tous les espions qui ont jamais fuit le bloc soviétique. Son livre Red Horizons a été publié dans 27 pays. Cet article est la traduction d’un article de National Review Online

Notes

[1] Le 6 février 1949, quelques jours seulement avant la fin du procès, Hanna Sulner, l’experte en graphologie hongroise qui avait fabriqué les « preuves » utilisées contre le cardinal s’est échappé à Vienne et a montré des microfilms des « documents » sur lesquels le procès était fondé, qui étaient tous des documents fabriqués, « certains ostensiblement de la main du cardinal, d’autre portant sa soi-disant signature », produit par elle.

[2] Les relations de la Roumanie avec le Vatican avaient été rompues en 1951, lorsque Moscou avait accusé la nonciature apostolique de Roumanie d’être la couverture d’un avant-poste de la CIA et avait fermé ses bureaux. Les locaux de la nonciature à Bucarest sont devenus ceux du DIE, et abritent aujourd’hui une école de langues étrangères.

[3] En 1978, lorsque j’ai quitté définitivement la Roumanie, j’étais encore en train de négocier ce prêt, qui s’était alors réduit à 200 millions de dollars.

[4] NdT : voir la revue française de science politique .

[5] Le pacte de non agression entre Staline et Hitler fut signé le 23 août 1939 à Moscou. Il contenait un protocole secret qui partageait la Pologne entre les deux signataires et donnait aux soviétiques le champ libre en Estonie, Létonie, Finlande, Bessarabie et la Bukovine du Nord

[6] Carr a écrit une histoire de la Russie soviétique en dix volumes.

Voir encore:

THE COLD WAR:

How Moscow framed Pope Pius XII as pro-Nazi

Joseph Poprzeczny

News Weekly

April 28, 2007

Last year an Italian parliamentary commission concluded “beyond any reasonable doubt” that Moscow was behind the 1981 assassination attempt on Pope John Paul II. Now, according to Joseph Poprzeczny, evidence has surfaced exposing Moscow as being the instigator of the character assassination of the wartime Pope Pius XII.

A wit observed once that Austria should be credited with an astounding double historical achievement – managing to convince the world that Beethoven was an Austrian and that Hitler was a German.

However, the former Soviet Union perpetrated possibly an even more blatant example of perception management. This was when Soviet dictator Josef Stalin and his successor, Nikita Khrushchev, attempted simultaneously to whitewash Stalin’s duplicitous wartime pact with Hitler and to blacken Pope Pius XII as a Hitler sympathiser.

Stalin of course was Hitler’s ally for the first part of World War II. On August 23, 1939, the world learned of the notorious Molotov-Ribbentrop Pact (named after the foreign ministers of the Soviet Union and the Third Reich), under which central and eastern Europe was to be divided into Soviet and German spheres of influence.

The pact cleared the way for Hitler to invade Poland on September 1, 1939, with Stalin following suit on September 17. World War II had begun.

From September 1, 1939, until June 22, 1941 – that is, not less than 21 months of this global conflict’s 67-month duration – Stalin supplied Hitler’s war machine with grain, fuel, strategic minerals, valuable intelligence and other crucial aid for Hitler’s bid to enslave central and western Europe.

Only during the war’s latter 46-months – the period that Russians refer to as their Great Patriotic War – were Stalin and Hitler enemies.

From late 1944, however, Stalin moved to erase any memory of those crucial opening 21 months that included his collaboration with Hitlerism.

Another major component of Moscow’s re-writing of the history of wartime Europe was to fabricate evidence suggesting the existence of a secret pact between Pope Pius XII and Hitler.

That the Kremlin was behind this concerted attempt to smear the Vatican as being pro-Nazi has recently been revealed by historians and confirmed by the highest-ranking intelligence officer ever to defect from the former communist Eastern bloc.

English historian Michael Burleigh has reviewed two recent books on Eugenio Pacelli, the wartime pope – The Myth of Hitler’s Pope: How Pope Pius XII Rescued Jews from the Nazis (2005), by Rabbi David G. Dalin, and Righteous Gentiles: How Pius XII and the Catholic Church Saved Half a Million Jews from the Nazis (2005) by Ronald J. Rychlak.

Burleigh has concluded from these studies that the portrayal of Hitler and Pius XII as allies was a deliberate Kremlin disinformation campaign launched even before the war ended.

“Soviet attempts to smear Pius had actually commenced as soon as the Red Army crossed into Catholic Poland,” says Burleigh.

“To be precise, they hired a militantly anti-religious propagandist, Mikhail Markovich Sheinmann, to write a series of tracts claiming there had been a ‘secret’ pact between Hitler and the Vatican to enable ‘Jesuits’ to proselytise in the wake of Operation Barbarossa.

“Apart from the inherent improbability of this claim, Soviet attempts to frame Pius for a ‘pact’ were ironic, in a guilty sort of way, in view of the August 1939 Nazi-Soviet Pact, replete with its secret clauses carving up Poland and the Baltic states, which had precipitated the outbreak of war.”

So Stalin, a party to a pact with Hitler, initiated the propaganda campaign claiming that the Vatican had done so. And to further embellish this canard, the oft-used ploy of maligning the Jesuits was revived.

However, any serious historians of Hitler’s Lebensraum – Hitler’s plan to expand the Third Reich eastward and to kill, deport or enslave the subject populations of the conquered countries in order to create “living space” for the Aryan people – know that neither Catholicism nor the Jesuits had any place in a Germanised east (any more than religion of any sort was allowed any place under communism).

After the war, the Kremlin’s smear campaign was taken up by Holocaust-denier David Irving’s “soul mate”, the left-wing German playwright Rolf Hochhuth, author of the 1963 Schillerian drama, The Deputy, with its fictitious claims about Pius XII.

Burleigh says: “Hochhuth’s play, which drew heavily upon Sheinmann’s lies and falsehoods, inspired two scholarly critiques of Pius and the Catholic Church by, respectively, Guenter Lewy (1964) and Saul Friedländer (1966).

“Neither availed himself of the thirteen volumes of published wartime Vatican documents, and both relied heavily on German records, which are hardly an unimpeachable source on the Pope.

“These were followed by the works of Robert Katz, who was successfully sued for defamation by Pius’s niece, and John Morley, a Catholic priest. These personages were harbingers of future trends.”

Burleigh says Rabbi Dalin “explains in his powerful and closely-argued polemic against the Pope’s detractors, the most recent assault on Pius’s reputation came from liberal, secular Jews, whose anti-Catholicism is as pathological as the anti-Semitism they see lurking around every corner, and from dissident or renegade Catholics, who use the Holocaust as the biggest available moral stick with which to assault the conservative turn within their own Church.”

Some gullible people all too readily swallowed the early lying Stalin-Scheinmann campaign.

Burleigh says of Rychlak: “He patiently goes through every shifting charge and smear against Pius, highlighting his consistency in condemning Nazism as a form of neo-pagan state worship, and the terrible dilemmas he faced during the war.

“The Pope did not have the luxury of being some grandstanding US politician or rent-a-moralist; what he said had real consequences for real people, and it was not his job to thrust martyrdom upon them.

“When the Church did speak out, as it did, without circumspection, through Vatican Radio broadcasts about the plight of Jews and Christians in Poland, or when the Dutch Catholic bishops protested during round-ups of Jews in Amsterdam, the Nazis carried out terrible reprisals against Catholic priests, or, in the Dutch case, maliciously deported Jewish converts to Catholicism, who had hitherto been exempted, while leaving converts to Protestantism alone.”

But anti-Pius campaigning didn’t end with Stalin.

This year, Ion Pacepa, a two-star Romanian Securitate general and the highest-ranking intelligence official to defect from the Eastern bloc, unexpectedly re-surfaced to provide the true background to the revived anti-Pius campaign in an article, “Moscow’s Assault on the Vatican: The KGB made corrupting the Church a priority”, in National Review (January 25, 2007).

Pacepa, who defected in 1978 and published several important exposés including his memoirs Red Horizons (1988), was prompted to write about this because of two recent developments.

The first came in March 2006 with an Italian parliamentary commission concluding “beyond any reasonable doubt that the leaders of the Soviet Union took the initiative to eliminate the pope, Karol Wojtyla”, due to of his backing for Poland’s anti-communist Solidarity movement.

The second came in January this year when documents showed Warsaw’s just-appointed Archbishop Stanislaw Wielgus had collaborated with Polish communist secret police as a student.

“The Soviet Union was never comfortable living in the same world with the Vatican,” said Pacepa.

“The most recent disclosures document that the Kremlin was prepared to go to any lengths to counter the Catholic Church’s strong anti-communism.

“In my other life, when I was at the centre of Moscow’s foreign-intelligence wars, I myself was caught up in a deliberate Kremlin effort to smear the Vatican, by portraying Pius XII as a cold-hearted Nazi sympathiser.

“Ultimately, the operation did not cause any lasting damage, but it left a residual bad taste that is hard to rinse away. The story has never before been told.”

He said that in February 1960 Khrushchev approved a top-secret KGB plan to help destroy the Vatican’s moral authority across Western Europe.

Until then the KGB had combated Christianity across Eastern Europe, “where the Holy See had been crudely attacked as a cesspool of espionage in the pay of American imperialism”.

Now the Kremlin set out to discredit the Vatican by using its own priests and to smear Pius as a Nazi collaborator, especially after his death in 1958.

“Dead men cannot defend themselves” was the KGB’s slogan, according to Pacepa.

Because Pius served as Papal Nuncio (ambassador for the Holy See) in Germany when Nazism was gaining power, the KGB set about depicting him as an anti-Semite who encouraged Hitler’s Holocaust.

“The hitch was that the operation was not to give the least hint of Soviet bloc involvement,” says Pacepa.

What followed was a convoluted plot called “Seat 12” that even Ian Fleming couldn’t match.

Pacepa was to be the contact man with the Vatican. “To facilitate my job, [Soviet intelligence chief] Sakharovsky authorised me to (falsely) inform the Vatican that [communist] Romania was ready to restore its broken relations with the Holy See, in exchange for access to its archives and a one-billion-dollar, interest-free loan for 25-years,” writes Pacepa.

Access to Papal archives, the Vatican was told, was needed to find historical roots to help Romania’s government to publicly justify its change of heart toward the Holy See over the break-off of diplomatic relations in 1951.

Some documents, though in no way incriminating, were thereby deviously obtained and handed to the KGB.

The next step came in 1963 when KGB disinformation chief, General Ivan Agayants, told Pacepa that operation Seat 12 “had materialised into a powerful play attacking Pope Pius XII, entitled The Deputy, an oblique reference to the Pope as Christ’s representative on earth.”

“Agayants took credit for the outline of the play, and he told us that it had voluminous appendices of background documents put together by his experts with help from the documents we had purloined from the Vatican.

“Agayants also told us that The Deputy’s producer, Erwin Piscator, was a devoted communist who had a longstanding relationship with Moscow.

“In 1929 he had founded the Proletarian Theatre in Berlin, then sought political asylum in the Soviet Union when Hitler came to power, and a few years later had ‘emigrated’ to the US.

“In 1962 Piscator had returned to West Berlin to produce The Deputy.

“The Deputy saw the light in 1963 as the work of an unknown West German named Rolf Hochhuth, under the title Der Stellvertreter. Ein christliches Trauerspiel (The Deputy, a Christian Tragedy).”

- Joseph Poprzeczny is a Perth-based freelance journalist and historical researcher. He is author of Odilo Globocnik, Hitler’s Man in the East, (Jefferson, North Carolina: McFarland and Company, 2004). Softcover: 447 pages. Rec. price: US$45.00.

Voir enfin:

Obama, le président des drones

Stephen Holmes

Article paru dans la «London Review of Books», traduit par Sandrine Tolotti

"BoOks"

27-02-2014

Dans son livre "The Drone Zone", Mark Mazzetti, du "New York Times", explique la "fièvre tueuse" d’un président humaniste. Et ça fait froid dans le dos.

« Ce n’est pas lié au fait d’essayer de ne pas conduire des gens à Guantánamo»: en ce 6 juin 2013, la syntaxe chantournée d’Eric Holder devant la sous-commission du Sénat trahit l’immense embarras du ministre de la Justice des États-Unis, qui s’efforce de défendre le programme d’assassinats ciblés du président Obama. Il n’est pas le seul des porte-parole de l’administration à peiner lorsqu’il faut répondre aux questions sur la politique américaine de largage de drones sur le monde.

1. La hantise des agents de la CIA

L’une des principales thèses du livre que Mark Mazzetti consacre au sujet est la suivante: la CIA et le Pentagone ont décidé de traquer et tuer les ennemis présumés pour éviter les méthodes extrajudiciaires de capture et d’interrogatoire adoptées par le prédécesseur d’Obama à la Maison-Blanche. L’auteur réitère l’accusation à de multiples reprises, avec un sens de l’euphémisme qui n’appartient qu’à lui:

En l’absence de possibilités de placer en détention les suspects de terrorisme, et faute de goût pour les vastes opérations terrestres en Somalie, l’option de tuer était parfois bien plus attirante que celle de capturer.

Ou :

L’exécution était le mode d’action privilégié en Somalie et, comme le confie l’un des agents impliqués dans la planification de la mission, "nous ne l’avons pas pris parce qu’il aurait été difficile de trouver un endroit où le mettre".

En d’autres termes, l’administration a mis le paquet sur ce qui ressemble fort à des exécutions extrajudiciaires, faute de mieux, après avoir fermé les sites de détention secrets de Bush et décidé de ne plus envoyer personne à Guantánamo, où le tiers environ de la centaine de grévistes de la faim a bénéficié d’une forme sinistre d’Obamacare, les tubes dans le nez.

Mazzetti apporte une autre explication, inexprimée et peut-être inexprimable, de l’escalade dans la guerre des drones: les membres de l’appareil du renseignement craignaient d’être un jour tenus pour pénalement responsables de l’usage de la torture, un crime dans le droit américain. A le croire, la multiplication des assassinats par drones fut en partie motivée par des murmures de rébellion au sein de la CIA, où règne une peur légendaire d’être désigné à la vindicte par des responsables politiques manipulateurs.

Au moment de la brillante entrée en fonctions d’Obama, l’agence était apparemment préoccupée à l’idée que des «agents officiant en secret dans les prisons de la CIA puissent être poursuivis pour leur travail». Cette crainte a refroidi l’enthousiasme des interrogateurs pour l’extorsion d’informations par la violence physique et psychologique:

Chaque coup reçu par la CIA concernant son programme de détention secrète et d’interrogatoires inclinait un peu plus ses dirigeants à faire ce calcul morbide: l’agence se porterait bien mieux si elle tuait les terroristes présumés plutôt que de les incarcérer.

Selon John Rizzo, un juriste de l’organisation, les responsables de l’administration Obama «ne sont jamais venus dire qu’ils allaient commencer d’assassiner les suspects parce qu’ils ne pouvaient pas les interroger, mais personne ne pouvait s’y tromper […]. À partir du moment où le temps des interrogatoires était révolu, il ne restait que l’assassinat».

Résumant ses entretiens avec Rizzo et d’autres membres du sérail, Mazzetti conclut:

Les drones armés, et la politique d’assassinat ciblé en général, ont offert un nouveau cap à un service d’espionnage qui commençait de se sentir carbonisé par les années vouées à la politique de détention secrète et d’interrogatoires.

Voilà une façon incendiaire d’insinuer que la «critique de gauche» d’une politique de sécurité nationale certes inutilement dure et supervisée avec nonchalance, mais rarement mortelle, porte une certaine responsabilité dans le revirement d’Obama en faveur de la mort subite par drones.

Mazzetti lui-même ne l’évoque pas, mais la thèse selon laquelle les principes progressistes en la matière engendrent plus de cruauté qu’ils n’en évitent est depuis longtemps l’une des flèches préférées des conservateurs. Avant de devenir ministre de la Justice sous la seconde administration Bush, Michael Mukasey avait avisé les défenseurs des libertés civiles que le sang ne maculerait pas les mains des hommes qui torturaient les prisonniers de guerre mais les leurs. La gauche, affirma-t-il étrangement dans le «Wall Street Journal», se comportait de manière criminelle en plaidant pour le contrôle judiciaire des décisions de l’exécutif en matière de détention:

L’effet involontaire d’un avis de la Cour suprême qui étendrait sa juridiction sur les détenus de Guantánamo pourrait être de créer à l’avenir une préférence pour l’assassinat plutôt que la capture des terroristes présumés.

Tout ce qu’allaient obtenir ces défenseurs des droits, ce serait la mort des suspects, pas leur juste traitement.

2. La revanche de John Brennan

Mais est-ce vraiment en suivant un scénario antilibéral écrit par les faucons de l’ère Bush qu’Obama a troqué la détention secrète pour le tir à vue? La supposition possède un accent de vérité. Le programme de drones armés a au minimum des liens de sang avec le programme Bush de détention sans inculpation. Une parenté dont témoigne notamment ce principe qu’elles ont en commun: les ennemis présumés ne méritent pas un procès leur permettant de prouver qu’ils sont innocents des charges retenues contre eux.

L’idée que les deux politiques procèdent de la même sensibilité est également étayée par la trajectoire professionnelle de John Brennan, un ancien de la CIA récemment devenu directeur de l’agence. Après avoir été son directeur exécutif adjoint sous George Bush, Brennan est revenu aux affaires publiques (il avait été entre-temps P-DG d’une officine privée de renseignement) en 2008 comme conseiller d’Obama pour la lutte antiterroriste et, selon certains, simili-confesseur, bénissant les frappes mortelles du président au nom de leur conformité avec la philosophie catholique de la guerre juste.

Quoi qu’il en soit, Brennan a joué un rôle clé dans la transformation spectaculaire de la CIA en «machine à tuer, organisation obsédée par la chasse à l’homme». Plus concrètement, la «liste des hommes à abattre», durant le premier mandat Obama, fut «coétablie dans le bureau de John Brennan au sous-sol de la Maison-Blanche».

Voilà qui donne un indice des origines de l’actuelle politique des drones. Brennan fut, sous Bush, un avocat déclaré de la détention illimitée, de la «restitution» illégale [rendition] des suspects à des pays connus pour leurs piètres performances en matière de respect des droits de l’homme, et de l’interrogatoire musclé (mais pas du waterboarding). Ce sont même précisément ces états de service – et cela nous ramène plus directement à notre sujet – qui ont fait capoter sa nomination à la tête de la CIA en 2008, suite au rejet du Sénat.

Il ne semble pas tiré par les cheveux d’imaginer que, meurtri par ce retour de bâton contre les pratiques antiterroristes de l’ère Bush, Brennan ait été l’un des cerveaux de la conversion aux machines à tuer téléguidées. Avec cette nouvelle méthode de lutte contre les combattants ennemis, les agents du renseignement étaient beaucoup moins guettés par le spectre de la responsabilité pénale et autres phénomènes torpilleurs de carrière. La trajectoire déviée de Brennan jusqu’à la direction de la CIA, surtout si l’on y ajoute sa déclaration stupéfiante de juin 2011 sur l’absence de victimes civiles des drones, semble ainsi confirmer l’hypothèse récurrente du livre de Mazzetti: la présidence «assassine» d’Obama s’est construite par souci d’impunité de la CIA.

3. Pour en finir avec l’Irak

Que les «opérations imprévues à l’étranger» d’Obama, au nom tellement inoffensif, descendent en ligne directe de la guerre globale contre le terrorisme de Bush ne devrait pourtant pas nous surprendre. Un changement de président ne provoque jamais de bouleversement de la politique de défense quand le jeu partisan, les pesanteurs bureaucratiques, les droits acquis et l’opinion publique ne bougent que légèrement – si d’aventure ils bougent – à la faveur de l’élection. Comme l’écrit Mazzetti:

Les fondations de la guerre secrète ont été posées par un président républicain conservateur et avalisées par un président démocrate progressiste tombé amoureux de l’héritage.

Mais pourquoi exactement Obama a-t-il fait de l’assassinat télécommandé la pièce maîtresse de sa politique antiterroriste? La question ne relève pas de la simple curiosité. Il faut commencer par tirer au clair les motivations de l’administration pour pouvoir jauger les justifications qu’elle présente à l’opinion.

Mazzetti a pris un bon départ, mais il passe à côté d’une bonne partie de l’histoire, qui commence avec la rupture entre Obama et la conception de la sécurité nationale qu’avait Bush. Cela va presque sans dire, mais le passage aux drones est le résultat logique de la promesse faite par le nouveau président de se désengager des guerres d’invasion et d’occupation de l’ère précédente

Après la crise financière de 2008, les responsables américains ont commencé à douter du bien-fondé de cette prodigalité pour des projets chimériques comme la réconciliation ethnique et religieuse en Irak ou la construction de l’État en Afghanistan. Ces deux guerres dévoraient encore une part démesurée des ressources limitées dont dispose le pays pour sa défense, à commencer par l’attention des plus hauts responsables.

Mais l’électorat américain était devenu de plus en plus indifférent à leur égard, et de plus en plus dubitatif sur leur contribution à la sécurité nationale. Quant aux décideurs politiques, ils voyaient à l’évidence l’invasion de l’Irak, ayant par mégarde enfanté un allié chiite de l’Iran, comme un fiasco absolu. Et, en Afghanistan, les soldats formés par les États-Unis commençaient à tirer sur leurs instructeurs, laissant entendre que la capacité de l’Amérique à transmettre des compétences dépassait de loin sa capacité à inspirer de la loyauté.

Obama s’est désolidarisé de Bush quand il a abandonné l’espoir de transformer les anciens États sponsors du terrorisme en alliés dignes de confiance. Et les événements postérieurs sont venus confirmer de manière retentissante qu’il était sage de circonscrire la lutte antiterroriste aux seuls acteurs non étatiques.

L’inquiétant flot d’armes qui s’est déversé des arsenaux de Kadhafi sur le Mali et la Syrie a ainsi rappelé aux responsables américains que le changement de régime anarchique nourrit parfois la prolifération. La chute d’un dictateur dans des régions rompues à l’art de la contrebande ne peut qu’inonder le marché noir d’armes dangereuses, proposées à des prix défiant toute concurrence. Heureusement pour les néocons obsédés par le terrorisme nucléaire, Saddam Hussein ne possédait pas l’arsenal dont ils avaient argué pour justifier l’opération de renversement du régime.

À vrai dire, pendant qu’Obama se démène pour gérer au mieux l’héritage de la destruction mutuelle assurée, la dissuasion nucléaire a pris une forme radicalement nouvelle. Les États puissants n’assurent plus la paix en menaçant de s’envoyer des armes incroyablement destructrices.

Ce sont les États faibles qui veulent la bombe pour agiter le spectre d’une perte de contrôle au cas où un pays étranger soutiendrait un brutal changement de pouvoir. La frappe israélienne contre le réacteur syrien en 2007 a empêché Bachar el-Assad de s’y essayer. Mais force est de se demander si son usage – à petite échelle, mais incontestable – du gaz sarin vise à faire frémir les puissances occidentales à l’idée des conséquences d’un effondrement de son régime.

4. L’exception Ben Laden

Obama a donc décidé d’en finir avec les guerres contre les États parrains présumés du terrorisme pour des raisons parfaitement claires. Mais pourquoi a-t-il autorisé l’usage offensif des drones? Est-ce, comme le prétendent ses partisans, parce que cette forme de belligérance est la manière la plus efficace de protéger les Américains contre des attentats particulièrement meurtriers?

Ce serait une excellente justification. Cette explication suppose malheureusement que le président dispose d’un moyen de calcul réaliste des effets de sa politique sur la sécurité nationale.

En parlant de la «fièvre tueuse» d’Obama, expression qu’il utilise ailleurs pour évoquer les carnages commis par les groupes terroristes, Mazzetti invite ses lecteurs au doute sur la sincérité de l’administration quand elle plaide pour les drones armés avec des arguments du type «votre-sécurité-s’en-trouve-améliorée». Lesquels doutes redoublent quand on lit que «la CIA avait l’aval de la Maison-Blanche pour mener des frappes au Pakistan, même quand ses "cibleurs" n’étaient pas certains de l’identité de l’homme qu’ils étaient en train de tuer».

Avant de reconnaître que «toute frappe de drone est une exécution», Richard Blee, l’ancien chef de l’unité de la CIA en charge de la chasse à Ben Laden, a confié à Mazzetti que l’agence avait mis la barre plus bas en matière d’identification des cibles parce que les espions américains ne «voulaient plus savoir qui nous assassinions avant qu’on appuie sur la détente».

Ils ne voulaient plus savoir. C’est un propos extraordinaire, cette ignorance volontaire ne pouvant qu’accroître le risque de responsabilité pénale au cas improbable où le jour du jugement dernier finirait par venir.

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Roumanie: Attention, un refus de sourire peu en cacher un autre ! (Looking back at a time when child abuse was legal, even celebrated)

26 février, 2014
https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTeyEYIHHnQ71iZF7QCYolP8318m2w_jf_s0RmJJKMQSlQaw3UnJQhttps://fbcdn-sphotos-f-a.akamaihd.net/hphotos-ak-frc3/t1/p526x296/1505677_4011098172898_26535197_n.jpghttps://fbcdn-sphotos-c-a.akamaihd.net/hphotos-ak-frc3/t1/p280x280/1662283_4011066892116_2146793531_n.jpg
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Ne donne-t-on pas des médailles aussi bien aux dieux du stade qu’aux soldats tombés au front? L’Express
Je crois que c’est deux nouvelles qu’on peut appeler bonnes et mauvaises. La bonne nouvelle, c’est que je serai à Times Square. La mauvaise, c’est que je n’ai aucun vêtement sur moi. Je pense qu’elle va mourir. Nadia Comaneci (sur la réaction probable de sa mère encore au pays à l’annonce de son contrat publicitaire avec un fabricant de sous-vêtements américain, 1992)
Je viens d’un pays où il est très difficile de trouver des sous-vêtements et maintenant je viens ici et vous choisissez quel genre de sous-vêtements vous voulez porter : c’est pas bon, c’est du coton, c’est du lycra. Et je pense que je vais faire venir ma mère pour Noël. Et la première fois qu’elle va venir ici à New York, je vais la mettre dans une limousine – elle n’a jamais vu une limousine de sa vie – et je vais arrêter la voiture ici à Times Square : je pense qu’elle va mourir complètement. Nadia Comaneci
Il y a une chose qui intriguait le public: Comaneci ne souriait jamais, ne flirtait jamais avec la foule comme Korbut le faisait toujours. Il y avait des applaudissements fervents pour son brio, mais aucune histoire d’amour. "C’est pas sa nature de sourire", avait dit un juge roumaine, et Karolyi avait ajouté, "C’est son caractère grave". Sports Illustrated
Comaneci’s large brown eyes, hidden under long bangs, are solemn, perhaps too solemn for a 14-year-old. She answered questions crisply, without elaboration. Has she ever been afraid? "Never." Has she ever cried? "Never." What was the happiest moment in her life? "When I won the European Championship." What is the secret of her success? "I am so good because I work very hard for it." What is her favorite event? "The uneven bars. I can put in more difficulties. It is more challenging." How did she rate her performance in the American Cup? "It was a preparatory step toward the Olympics." Does she enjoy being famous? "It is all right, but I don’t want to get too excited about it." After a crash course in English, she was interviewed for ABC’s Wide World of Sports. How are you, Nadia? "Yes, I’m fine." Are you looking forward to the Olympics? "I want for myself gold medal." How many? "Five." Does it bother you to be constantly compared to Olga Korbut? "I’m not Olga Korbut. I’m Nadia Comaneci." Some say that Comaneci is not human enough, that she is a machine, that she has no emotions. But when she is not the center of attention and feels unwatched, she looks human, all right. She can grin like a child. She can get excited. Her favorite place in the U.S. is Disneyland. And she collects dolls. She has 60 of them, all in national costumes, lined up neatly on a shelf in her room at home. Four years ago, when Korbut started the little girls on this path, the Secretary General of the International Gymnastics Federation, Max Bangerter, branded her style "dangerous acrobatics which could lead to pelvic fractures." The IGF at one point even considered having Korbut’s routine banned in an effort to halt the revolution she had so clearly begun. Obviously, it was less than successful. But how much danger does Karolyi feel Comaneci is in, really? "Ah," he says, "but Comaneci never falls." Sports Illustrated
What I found was a story about legal, even celebrated, child abuse. In the dark troughs along the road to the Olympics lay the bodies of the girls who stumbled on the way, broken by the work, pressure and humiliation. I found a girl who felt such shame at not making the Olympic team that she slit her wrists. A father who handed custody of his daughter over to her coach so she could keep skating. A coach who fed his gymnasts so little that federation officials had to smuggle food into their hotel rooms. A mother who hid her child’s chicken pox with makeup so she could compete. Coaches who motivated their athletes by calling them imbeciles, idiots, pigs and cows. (…) Whether we see any changes instituted to protect these young athletes hinges on our willingness to sacrifice a few medals for the sake of their health and well-being. (…) "I’m not suggesting that all elite gymnasts and figure skaters emerge from their sports unhealthy and poorly adjusted. Joan Ryan
The book’s strongest moments come from the sport of gymnastics, where judges reward the work of sleek, supple girls able to perform the hardest maneuvers and give poorer marks to those who have slipped toward womanhood and must rely on grace and form. Countless hours of intensive training, combined with dangerous eating patterns, lower the percentage of body fat to such extreme levels that natural maturation cannot take place. The risks include stunted growth, broken bones and premature osteoporosis, according to Ryan. The physiological effects are only one part of this problem. The psychological effects of growing up as a gymnast can lead to eating disorders, such as the anorexia that eventually killed former gymnast Christy Heinrich. Amy Jackson, pushed by a parent, was training heavily at 6. By the time she was a high school senior, she had tried to commit suicide. The sections on figure skating pale in comparison to the reporting on gymnastics, but Ryan makes it clear that the impact on girls is similarly grim: Once the skaters mature, gaining the hips and breasts that make them aerodynamically inferior to the younger skaters, their careers are effectively shot. Ryan has suggestions for cleaning up the mess in gymnastics and figure skating: The minimum-age requirements should be raised. There should be mandatory licensing of coaches and careful scrutiny by the usually feckless national governing bodies. And athletes should be required to remain in regular schools at least until they are 16. The Chicago Tribune
In January, Romanian gymnastics coach Florin Gheorghe was sentenced to eight years in prison by a Bucharest court for having beaten an 11-year-old athlete so severely during a 1993 practice session she died two days later of a broken neck. Gheorghe’s attorney admitted his client slapped the young woman but said such physical abuse was common practice in Romanian gymnastics. "This kind of punishment is a heritage from Bela Karolyi," the attorney said, referring to the martinet coach who drove Nadia Comaneci and Mary Lou Retton to Olympic gold medals. Karolyi has denied the charge. – Aurelia Okino, a native Romanian whose daughter, Betty, trained with Karolyi a decade after his defection to the U.S., said in a 1992 interview she had become scared to answer the phone in her Elmhurst home. Aurelia Okino worried it would be Betty, then 17, calling from Karolyi’s gym in Houston with news of another injury, There had been serious elbow, back and knee injuries before Okino made the 1992 Olympic team and helped the U.S. women win a bronze medal in the team event. "Gymnastics is a brutal sport," Betty Okino said matter-of-factly. Asked why she had let her daughter go that far, Okino said, "How do you deny a child her dream?"- In 1985, a few days before her enormously talented daughter, Tiffany, would win her only U.S. figure skating title, Marjorie Chin accepted the offer of a ride back to her Kansas City hotel from a reporter she had first met 20 minutes before. Tiffany, then 17, took a back seat to Marjorie in the reporter’s car. For 30 minutes, Mrs. Chin delivered relentless criticism of her daughter’s performance in practice that day. "If you keep it up, you’re not going to be the star of the ice show, you’re going to be just part of the supporting cast," Mrs. Chin said, over and over. – Several times in the last few years, officials of the U.S. Figure Skating Association have spoken to a prominent ice dancer about her eating habits. The ice dancer, 32 years old, still looks like a wraith. One of those stories came from a wire service. The other three are personal recollections–mine, not Ryan’s. Her book, subtitled "the making and breaking of elite gymnasts and figure skaters" (Doubleday, 243 pp., $22.95), has much more frightening tales to tell. Ryan recounts in compelling detail the stories of Julissa Gomez and Christy Henrich, gymnasts whose pursuit of glory proved fatal; of figure skater Amy Grossman, whose mother said, "Skating was God"; of coaches like Karolyi and one of his disciples, Rick Newman, whose ideas of motivating adolescent girls include demeaning them at a time when their egos are most fragile; and of parents who hide their irresponsibility behind the notion of "trying to get the best for my child." Such is the sordid underbelly of the Olympics’ two most glamorous sports. Only in the last three years has the nation begun to have a vague awareness of this life under the sequins and leotards. Ryan began to get a clear view of these problems while doing research for a newspaper story before the 1992 Olympics. That led her to write this book, in which the villains are both coaches and parents. She lets Karolyi skewer himself with his own words. She shows how parents lose sight of the fundamental notion of protecting their children from harm, so blinded are they by possible fame and fortune. The cause of such intemperate adult behavior is partly the peculiar competitive demands to jump higher and twirl faster, particularly in gymnastics, that favor girls with tiny bodies over young women developing hips and breasts. That puts them in a race against puberty, creating a window of opportunity so narrow it leads to foolhardiness. Neither figure skating nor gymnastics is without athletes whose experiences are positive, a point that needed more attention in Ryan’s book than the disclaimer, "I’m not suggesting that all elite gymnasts and figure skaters emerge from their sports unhealthy and poorly adjusted." A better balance might have been struck if the author had given voice to the likes of Olympic champions Retton and Kristi Yamaguchi. Ryan’s basic premise about child abuse still is thoroughly supported by interviews, anecdotes and factual evidence. "Little Girls in Pretty Boxes" should be a manifesto for change in the rules of these two sports, so that women with adult bodies still can compete. It should be a wakeup call to parents who have abdicated their responsibility for their childrens’ well-being. Mamas, don’t let your babies grow up hooked on sports that don’t let them grow up . Philip Hersch
La réalité de sa Russie … est à l’opposé des idéaux olympiques et des droits de l’Homme les plus élémentaires. Il n’est pas possible d’ignorer le côté obscur de son régime – la répression qui broie les âmes, les nouvelles lois cruelles contre le blasphème et l’homosexualité, ou encore le système juridique corrompu qui permet de condamner des dissidents politiques à de longues peines sur la foi de fausses accusations. The New York Times
Les Jeux Olympiques, créés dans le but de rapprocher les pays autour du sport, semble avoir eu l’effet inverse sur les relations américano-russes. L’animosité grandissante entre les deux anciens protagonistes de la Guerre froide était visible lors de l’ouverture des Jeux, lors de laquelle une ex-patineuse artistique qui avait tweeté une photo à connotation raciste du président Obama a été choisie pour l’allumage symbolique de la vasque olympique. Cela s’est produit au lendemain de la fuite via YouTube de l’enregistrement d’un appel téléphonique entre l’ambassadeur américain à Kiev et Victoria Nuland, une responsable du Département d’État, dans lequel on entend cette dernière prononcer les mots « Fuck the European Union ». L’administration Obama avait immédiatement accusé Moscou d’avoir intercepté et fuité l’appel, ce que les Russes n’ont qu’à peine démenti. [ ... ] Alors qu’il entame sa 15ème année au pouvoir, le président Vladimir Poutine avait espéré que ces Jeux, les premiers sur le sol russe depuis les Jeux olympiques de Moscou en 1980 que les Etats-Unis avaient boycotté, mettrait en valeur la « nouvelle Russie » émergeant des cendres de l’Union soviétique. Au lieu de cela, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont systématiquement dépeint la Russie sous les traits d’une autocratie corrompue. [ ... ] Membre Démocrate de la commission du renseignement de la Chambre des Représentants, Dutch Ruppersberger a déclaré à CNN jeudi qu’il craignait que « l’ego » de Poutine mettrait en danger les athlètes et les visiteurs. Pour sa part, le Département d’Etat a conseillé aux membres de l’équipe olympique des États-Unis de ne pas porter leurs tenues officielles aux couleurs de « Team USA » en dehors des sites olympiques officiels, pour leur propre sécurité. Les tensions entre les deux pays ont été les plus fortes sur la question des droits des homosexuels. [ ... ] Mais ce n’est pas tout ce qui les divise. Le donneur d’alerte de la NSA Edward Snowden se trouve encore en Russie, qui lui a accordé l’asile temporaire l’an dernier. Sa présence à Moscou est une source d’embarras persistant pour l’administration Obama, et les responsables du renseignement américain ont ouvertement exprimé leurs inquiétudes quant à la possibilité qu’il soit désormais sous l’influence de leurs homologues russes. [ ... ] Les deux pays s’affrontent également sur comment gérer le programme nucléaire de l’Iran et sur ​​ce qu’il faut faire par rapport à la Syrie, cette dernière étant un proche allié de la Russie. La crise en Ukraine, où les manifestants cherchent à évincer le président pro-russe Viktor Ianoukovitch, ne fait qu’ajouter aux tensions. The Hill
How does a nation become self-governing when so much of "self" is so rotten? Run-of-the-mill analyses that Ukraine is a "young democracy" with corrupt elites, an ethnic divide and a bullying neighbor don’t suffice. Ukraine is what it is because Ukrainians are what they are. The former doesn’t change until the latter does. (…) that’s what people said about Ukraine during the so-called Orange Revolution in 2004, or about Lebanon’s Cedar Revolution in 2005, or about the Arab Spring in 2011. The revolution will be televised—and then it will be squandered. (…) The homo Sovieticus Ukrainians should fear the most may not be Vladimir Putin after all. Bret Stephens
Avec la même vigueur que ses compatriotes, cependant, le cinéaste filme un pays où les passe-droits pèsent aussi lourd que la terreur politique, jadis. Nul, en effet, ne résiste aux prébendes de Cornelia, pas même le flic présenté comme un modèle incorruptible : il résiste, il résiste, mais il cède comme tous les autres… Télérama
Quand tu prends le train en Roumanie, personne n’achète son ticket au guichet. Tu montes, tu t’assois et tu donnes la moitié de ce que tu aurais dû payer au contrôleur. Rasvan (28 ans)
A la fin des années 1970, le corps enfantin fait fantasmer. Brooke Shields, 13 ans prostituée dans La Petite de Louis Malle et en une de magazine, nue et outrageusement maquillée; Jodie Foster elle aussi pute sous la caméra de Martin Scorsese dans Taxi Driver nous rappellent qu’une certaine forme de pédophilie artistique était alors acceptable. Le traitement médiatique de Nadia Comaneci à cette époque fait écho à cette «mode». Cette fascination pour les corps androgynes et pourtant dénudés est-elle un signe du passé ou cette marchandisation de l’enfance est-elle encore de mise? C’est très troublant le passage que j’ai écrit sur les petites filles de l’Ouest et celles de l’Est. Ces petites filles chargées de maquillage un peu comme des petites esclaves et elle, Nadia, qui arrive le visage pâle, un peu comme une guerrière. J’adore cette image, j’adore le fait qu’elle était entre fille et garçon, elle échappe à son genre pendant un moment. Le titre par exemple, c’est la première phrase que j’ai écrite. Les journalistes occidentaux à Montréal lui demandaient de sourire mais elle ne souriait pas parce que c’est difficile et qu’elle n’avait pas que cela à faire. Sa réponse était «je sais sourire mais une fois que j’ai accompli ma mission». Il y a eu beaucoup de commentaires sur son visage triste, sobre. Pour moi, elle leur a fait un pied de nez, du genre je ne suis pas une petite poupée. (…) Ça a longtemps fait partie de mon adolescence. Quand je suis arrivée en France, ayant été élevée dans un autre système, j’ai été très brutalisée par la consommation. Ce n’est pas une pose, ça m’a pris de front. J’avais 13 ans et je n’avais jamais vu quelqu’un dormir dehors. Ça m’a bouleversée. Pendant des années, quand je disais aux gens qu’il y avait des trucs bien en Roumanie, c’était un discours impossible à entendre. Soit je passais pour une débile, soit on me disait que je ne savais pas de quoi je parlais. Evidemment le système était dévoyé, et la Roumanie n’était pas un système communiste, le communisme n’y a jamais été réellement appliqué. C’est comme quand on parle de la surveillance. Ça me fait mourir de rire. Les gens me disent, il y avait la Securitate en Roumanie. Oui c’est vrai. Mais c’était des baltringues. Des gens qui en suivaient d’autres. Ici votre pass navigo vous localise partout. On a votre nom, votre date de naissance, c’est une atteinte à votre liberté. Pareil pour les caméras vidéo, mais c’est accepté. On pense que ça va être plus pratique! Le succès du capitalisme, c’est d’arriver à faire accepter des choses qui dans le communisme étaient considérées comme horribles. Le capitalisme est nettement mieux marketé. (…) J’étais en France à ce moment-là et comme tous les Roumains, bouche bée. Plus que ça: j’étais sidérée. Parce que pour moi ça ne pouvait pas changer, c’était éternel. J’ai été élevée sous le portrait de Ceausescu. Mais cette sensation de malaise incroyable parce qu’on ne voit pas ses juges. Ça ne commence pas bien un procès où on ne voit pas les juges. Le truc que les gens qui l’arrêtent ratent, c’est qu’ils ont l’air d’un couple de petits vieux. Ils sont pathétiques. Ils ne font pas peur. On a pitié. Lui tremblote, elle a l’air usé, avec son fichu. Ils sont fatigués. Force de l’image mais qui est ratée selon moi. A cette période, il y a eu beaucoup de morts en Roumanie, le contraire de la révolution de velours. Les gens ne savaient plus qui était qui et se tirait dessus. Il n’y a eu aucun procès des sécuristes. Inclure des passages sur la Roumanie dans le roman, ça ne s’est pas décidé tout de suite, ça a pris plusieurs mois. J’étais en Roumanie à ce moment-là. Quand je voyais mes amis là-bas, ce qu’ils me racontaient me semblait tellement contredire ma documentation que je l’ai mis en scène. Moi j’étais armée avec tous mes bouquins et je rencontre des gens de moins de 30 ans qui n’ont pas vraiment vécu cette époque et qui en ont une nostalgie incroyable. On a toujours la nostalgie de son enfance, mais surtout ils en bavent tellement aujourd’hui. Ils me disent «moi mes parents ils partaient en vacances, ils allaient au resto, nous on doit payer nos études et on n’a pas les moyens, on peut pas sortir de toutes façons parce qu’on n’a pas d’argent». Il y a un énorme H&M au centre de Bucarest, j’ai l’impression qu’il est tout le temps vide. Lola Lafon

Attention: un refus de sourire peu en cacher un autre  !

Au lendemain de la chute, payée au prix fort mais pas gagnée d’avance étant donné la corruption généralisée, de la maison Ianoukovitch et de la découverte populaire de son Neverland qui 25 ans après les époux Ceausescu avait un étrange air de déjà vu …

Et de Jeux olympiques dignes des plus beaux jours de la Guerre froide …

Comme avec le roman que vient de sortir Lola Lafon sur la gymnaste prodige roumaine Nadia Comaneci, passée d’un seul coup de Héros du Travail Socialiste à femme-sandwich d’une marque de sous-vêtements américaine  …

Et un excellent dossier du site Slate.fr sur l’ancienne terre des ogres Ceausescu …

Comment ne pas repenser à toute une époque aujourd’hui largement oubliée où, a l’instar des Brooke Shields et autres Jodie Foster dans le cinéma, le corps de nos enfants était non seulement légal mais célébré ?

Mais aussi ne pas voir au-delà de l’image d’épinal que nous pouvons en avoir de travailleurs bon marché et de voleurs de poules voire de châteaux de buveurs de sang  …

La frustration d’une population écartelée entre d’un côté les nécessaires perfusions du FMI et une corruption, comme le rappelle un film roumain sorti en France le mois dernier, effectivement aussi endémique que phénoménale d’où une perte démographique de 13% depuis la fin du communisme (soit quelque 3 millions pour une population à l’origine de 23 millions à destination principalement de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Espagne) …

Et de l’autre les craintes de voir leur sol et sous-sol pollués et bradés à des intérêts étrangers par des dirigeants tous aussi véreux les uns que les autres suite à la découverte du plus grand gisement d’or et d’argent d’Europe (300 tonnes et 1.600 tonnes respectivement pour une dizaine de milliards d’euros en jeu) et du troisième gisement européen de gaz de schiste après la Pologne et la France (quelque 1.444 milliards de mètres cubes) ?

Autrement dit, le dépit tout particulier mais probablement pas si rare en ces contrées autrefois martyrisées par le communisme (dont d’ailleurs comme en Chine on attend toujours les procès de Nuremberg) et pas vraiment gâtées par leurs successeurs …

De se retrouver avec ce que les Roumains appellent eux-mêmes un "pauvre pays riche" ?

Lola Lafon sur Nadia Comaneci, la Roumanie, le capitalisme et les corps: l’entretien tablette

Dans «La Petite communiste qui ne souriait jamais», la romancière raconte l’histoire de la gymnaste Nadia Comaneci, mais surtout à travers elle aborde les questions du genre, du corps féminin, de l’Europe de la guerre froide .

Ursula Michel

Slate.fr

04/02/2014

A l’occasion de la sortie de son nouveau roman, Lola Lafon s’est prêtée à l’exercice de l’entretien tablette de Slate.fr, où les questions sont remplacées par des vidéos, des images, des photos ou encore des dessins. Une autre manière d’aborder l’univers de l’artiste.

A vec ce quatrième roman, La Petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon exhume de nos mémoires Nadia Comaneci, la jeune gymnaste roumaine qui a affolé les compteurs, les journalistes et le public aux Jeux olympiques de Montréal en 1976. Ce «perfect 10», note que personne n’avait jusque-là acquise, la gamine s’en empare et fait découvrir par la même à l’Occident ce petit pays inconnu derrière le rideau de fer. Produit d’un système totalitaire, Comaneci fascine mais l’histoire la rattrape et la chute du mur de Berlin scellera son destin de star déchue.

De Bucarest à Miami, des années 1970 à cet hiver 1989, Lola Lafon revisite le mythe, sonde les fantasmes que ce corps androgyne a provoqués et interroge le manichéisme est/ouest qui a façonné la conception du monde du siècle dernier.

Pendant une poignée de secondes, le monde a retenu son souffle en cet été 1976. La minuscule Roumaine a fait vaciller les championnes russes, elle a transfiguré les possibles de la gymnastique et a donné à la Roumanie une notoriété internationale. Mais comment décide-t-on d’en faire un personnage de roman?

Je ne sais pas quand est arrivée l’idée du personnage de Nadia mais ça faisait un moment que ça traînait dans ma tête. Au bout de quelques mois de documentation, j’ai réalisé que ce n’était pas un roman sur le sport mais que ça réunissait toutes mes thématique: le genre et le mouvement, le corps féminin dans l’espace au sens large, l’espace qu’on s’autorise et celui qui est autorisé, le bloc de l’est et de l’ouest.

Dans le roman précédent [Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce], il y avait déjà beaucoup de choses sur la danse, le corps et le mouvement. Après, des difficultés et d’obstacles sont apparus: six mois de documentation en trois langues qui ont fini par m’ensevelir. Il a fallu arrêter d’ingurgiter.

J’ai alors commencé à écrire une première moitié, mais ça n’allait pas. Il fallait épouser le corps de Nadia, être avec elle, acérée. Pas développer des millions de phrases, avec des adjectifs. Je cherchais la langue, cette fluidité, le passage d’un geste à l’autre comme d’une phrase à l’autre. J’ai coupé dans le texte comme jamais avant.

Et puis j’ai vécu en Roumanie, donc il y avait ma subjectivité assumée. Je voulais faire revivre l’Europe. C’est une métaphore énorme, mais les dix centimètres de la poutre, je les ai ressentis tout du long en évoquant le thème politique. Je me suis dit qu’il fallait rendre compte de Ceausescu et de ses décrets (j’en ai d’ailleurs découverts beaucoup après, j’étais trop jeune à l’époque). Sur le corps des femmes et l’avortement, c’était terrible. On voit aujourd’hui que Ceausescu n’a pas l’apanage de ce genre de décisions… Je voulais rendre compte sans nostalgie ni apologie de cette époque, et ne pas oublier qu’on a idolâtré cette gamine et elle était le pur produit d’un système communiste.

J’ai écrit plusieurs mois sans la voix de la narratrice. C’est mon premier roman à la 3e personne. Et à un moment donné, cet échange épistolaire entre elle et Nadia s’est imposé. Je me suis demandé si c’était juste un retour vers une habitude d’écriture mais en fait non, c’était nécessaire pour lui redonner la parole, pour qu’elle ne reste pas qu’un corps, un corps extraordinaire soit, mais sinon j’étais du côté de ceux qui la regardaient et je voulais lui redonner le pouvoir sur le texte, même fictivement.

A aucun moment, je n’ai envisagé de contacter Nadia. Ce roman est une rêverie, pas une biographie. Je me suis arrêtée en 1990 dans le roman parce qu’après, c’est le réel, c’est sa vie qui lui appartient. J’essaie de rendre compte de la fin d’une époque, d’un parcours qui s’arrête avec le mur qui s’écroule.

A la fin des années 1970, le corps enfantin fait fantasmer. Brooke Shields, 13 ans prostituée dans La Petite de Louis Malle et en une de magazine, nue et outrageusement maquillée; Jodie Foster elle aussi pute sous la caméra de Martin Scorsese dans Taxi Driver nous rappellent qu’une certaine forme de pédophilie artistique était alors acceptable. Le traitement médiatique de Nadia Comaneci à cette époque fait écho à cette «mode». Cette fascination pour les corps androgynes et pourtant dénudés est-elle un signe du passé ou cette marchandisation de l’enfance est-elle encore de mise?

C’est très troublant le passage que j’ai écrit sur les petites filles de l’Ouest et celles de l’Est. Ces petites filles chargées de maquillage un peu comme des petites esclaves et elle, Nadia, qui arrive le visage pâle, un peu comme une guerrière. J’adore cette image, j’adore le fait qu’elle était entre fille et garçon, elle échappe à son genre pendant un moment.

Le titre par exemple, c’est la première phrase que j’ai écrite. Les journalistes occidentaux à Montréal lui demandaient de sourire mais elle ne souriait pas parce que c’est difficile et qu’elle n’avait pas que cela à faire. Sa réponse était «je sais sourire mais une fois que j’ai accompli ma mission». Il y a eu beaucoup de commentaires sur son visage triste, sobre. Pour moi, elle leur a fait un pied de nez, du genre je ne suis pas une petite poupée. Aujourd’hui, avec les mini-miss, les mannequins de 15 ans, la représentation est plus subtile, mais d’une telle agressivité envers les femmes. Les filles de 15 ans sont photoshopées et celles de 30 ans s’en veulent de ne pas leur ressembler. C’est presque un complot contre les femmes.

Si les questions de genre sont au cœur de l’écriture de Lola Lafon, la dimension féministe tient une place tout aussi importante. Comment celle qui attaque les représentations machistes et le commerce du corps dans son travail romanesque se situe-t-elle face au nouveau féminisme incarné par les Femen?

Je n’aime pas l’idée des féministes qui s’entre-déchirent. Mais je trouve bizarre d’adopter un langage qui plaise tant aux hommes pour dénoncer les injustices faites aux femmes. Et puis adopter un langage de pub… je me demande ce qu’il en reste. Finalement, ces interventions ne sont pas si dérangeantes. Les religieux sont choqués, mais on s’en fout. Je crois que la leader, Inna Shevchenko avait dit «les anciennes féministes ce sont des femmes qui lisaient des livres». Mais un livre, c’est parfois beaucoup plus dérangeant qu’une photo. Les Femen, c’est du pop féminisme. C’est digérable. Si grâce à elles d’autres femmes ailleurs se sont libérées, s’il y a eu des prises de conscience, tant mieux. Tous les moyens sont bons finalement.

Son premier roman Une fièvre impossible à négocier arborait le symbole anarchiste. Au-delà d’une pose, cette implication politique irrigue ses autres romans, comme c’est encore le cas dans La petite communiste qui ne souriait jamais où la narratrice, capitaliste de culture (comme on peut l’être pour une religion), dialogue avec Nadia Comaneci, symbole d’un certain communisme. Un discours comparatif entre Est et Ouest, capitalisme et communisme qui fait voler en éclat les idées reçues et la bien-pensance occidentale. Un roman anarchiste peut-être, iconoclaste sans aucun doute.

Ça a longtemps fait partie de mon adolescence. Quand je suis arrivée en France, ayant été élevée dans un autre système, j’ai été très brutalisée par la consommation. Ce n’est pas une pose, ça m’a pris de front. J’avais 13 ans et je n’avais jamais vu quelqu’un dormir dehors. Ça m’a bouleversée.

Pendant des années, quand je disais aux gens qu’il y avait des trucs bien en Roumanie, c’était un discours impossible à entendre. Soit je passais pour une débile, soit on me disait que je ne savais pas de quoi je parlais. Evidemment le système était dévoyé, et la Roumanie n’était pas un système communiste, le communisme n’y a jamais été réellement appliqué. C’est comme quand on parle de la surveillance. Ça me fait mourir de rire. Les gens me disent, il y avait la Securitate en Roumanie. Oui c’est vrai. Mais c’était des baltringues. Des gens qui en suivaient d’autres.

Ici votre pass navigo vous localise partout. On a votre nom, votre date de naissance, c’est une atteinte à votre liberté. Pareil pour les caméras vidéo, mais c’est accepté. On pense que ça va être plus pratique! Le succès du capitalisme, c’est d’arriver à faire accepter des choses qui dans le communisme étaient considérées comme horribles. Le capitalisme est nettement mieux marketé.

Ayant passé une grande partie de son enfance en Roumanie sous le régime Ceausescu, Lola Lafon est fortement critique à l’égard de ce système mort en 1989. Quelques jours avant Noël, une révolution balaie le pouvoir en place, un simulacre de procès est organisé et le couple dirigeant est exécuté. Ces images, d’une violence inouïe, ont tourné en boucle sur les écrans du monde entier à l’époque. L’occasion de les commenter avec la romancière était trop belle.

J’étais en France à ce moment-là et comme tous les Roumains, bouche bée. Plus que ça: j’étais sidérée. Parce que pour moi ça ne pouvait pas changer, c’était éternel. J’ai été élevée sous le portrait de Ceausescu. Mais cette sensation de malaise incroyable parce qu’on ne voit pas ses juges. Ça ne commence pas bien un procès où on ne voit pas les juges. Le truc que les gens qui l’arrêtent ratent, c’est qu’ils ont l’air d’un couple de petits vieux. Ils sont pathétiques. Ils ne font pas peur. On a pitié. Lui tremblote, elle a l’air usé, avec son fichu. Ils sont fatigués. Force de l’image mais qui est ratée selon moi. A cette période, il y a eu beaucoup de morts en Roumanie, le contraire de la révolution de velours. Les gens ne savaient plus qui était qui et se tirait dessus. Il n’y a eu aucun procès des sécuristes.

Inclure des passages sur la Roumanie dans le roman, ça ne s’est pas décidé tout de suite, ça a pris plusieurs mois. J’étais en Roumanie à ce moment-là. Quand je voyais mes amis là-bas, ce qu’ils me racontaient me semblait tellement contredire ma documentation que je l’ai mis en scène. Moi j’étais armée avec tous mes bouquins et je rencontre des gens de moins de 30 ans qui n’ont pas vraiment vécu cette époque et qui en ont une nostalgie incroyable. On a toujours la nostalgie de son enfance, mais surtout ils en bavent tellement aujourd’hui. Ils me disent «moi mes parents ils partaient en vacances, ils allaient au resto, nous on doit payer nos études et on n’a pas les moyens, on peut pas sortir de toutes façons parce qu’on n’a pas d’argent». Il y a un énorme H&M au centre de Bucarest, j’ai l’impression qu’il est tout le temps vide. Ces propos venaient contredire la narratrice, c’est vraiment la mise en scène du processus d’écriture. La confrontation entre la documentation et le réel. Et la voix de Nadia, c’est un peu la mienne. Je lui prends la main.

En plus de son activité romanesque, Lola Lafon s’adonne aussi à la chanson, avec deux albums à son actif. Loin de la culture rock qu’on pouvait imaginer, son admiration se porte sur une chanteuse à texte dont elle a eu l’occasion de reprendre un titre marquant: Göttingen de Barbara.

Je reviens toujours à elle. C’est une rebelle, une iconoclaste. J’ai découvert son œuvre très tard. Ma grande sœur l’écoutait, mais c’est un journaliste qui a titillé ma curiosité bien après. Je m’y suis alors plongée. Elle incarne le genre de femme qui me subjugue. Elle est intemporelle et d’une indépendance incroyable. Jean Corti m’a invité sur scène à interpréter ce titre, Göttingen. Je le chantais à un moment où des enfants sans papiers étaient arrêtés dans des écoles. J’étais totalement bouleversée.

A l’heure où les romans finissent souvent sur grand écran, Lola Lafon ne fait pas exception à la règle. La réalisatrice de Sur la planche, Leïla Kilani, travaillerait à l’adaptation de son précédent ouvrage Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce. Info ou intox?

J’adore ce film, extraordinaire de poésie de brutalité et de rigueur. On s’est rencontrées avec Leïla Kilani et on a travaillé sur un découpage de Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce. Puis, je me suis lancée dans l’écriture de La Petite communiste qui ne souriait jamais, elle dans son nouveau film donc le projet en suspens pour l’instant. Mais je pense que ça se fera. Mais c’est mieux que je reste à distance. Le roman ne m’appartient plus. Quand on vit deux ans avec un livre, il faut savoir s’en détacher à un moment. Et je suis tellement une control freak que sur un tournage, les gens craqueraient.

Propos recueillis par Ursula Michel

• La Petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon, Actes Sud.

Voir aussi:

Savez-vous pourquoi la Roumanie n’entrera pas dans Schengen? A cause de la corruption

Malgré des condamnations médiatisées et des progrès indéniables en matière d’indépendance de la justice, la corruption reste solidement ancrée en Roumanie. Et les rapports de Bruxelles n’y changent rien.

Marianne Rigaux

25/02/2014

D’après le rapport publié le 3 février par la Commission européenne, un Roumain sur 4 a été confronté à un pot-de-vin dans l’année écoulée. Une économie parallèle qui représenterait 31% du PIB national. Alarmant, mais pas nouveau.

En Roumanie, il y a la haute corruption, celle qui implique des représentants politiques et des magistrats, parfois condamnés. Et puis, celle, tenace, quotidienne, qui relève presque du mode de vie.

Pour Valentin, 30 ans, pas besoin de lui suggérer deux fois.

«Un policier qui te trouve saoul au volant commence par annoncer le prix de l’amende, 700 lei par exemple (155 euros). Tu protestes pour la forme. Tu es sûr qu’il va proposer de ”payer la moitié maintenant”. C’est le signe qu’il faut lui glisser un billet de 100 lei (22 euros).»

Un billet contre des draps propres

Idem pour obtenir une autorisation ou pour éviter un contrôle des normes. «Le pot-de-vin est la règle partout, on a laissé les Roumains aller top loin», déplore Valentin. Lui qui a travaillé pendant deux ans dans les marchés publics l’affirme:

«Ils sont tous biaisés.»

Quel que soit le sujet abordé avec un interlocuteur roumain, la conclusion sera toujours la même:

«Le problème de ce pays, c’est la corruption.»

Elle touche tous les secteurs: justice, politique, économie, médias, santé.

Un expatrié relativise.

«Les pots-de-vin pour accélérer un dossier administratif reculent à Bucarest, mais c’est vrai qu’ils restent de rigueur en milieu hospitalier.»

Lui-même n’a pas hésité lors d’une hospitalisation. Pour être bien traité, passer avant les autres ou avoir des draps propres, glissez votre bakchich dans la blouse.

L’habitude est si tenace que les personnes donnent parfois avant même qu’on ne leur demande. Rasvan, 28 ans, explique.

«Quand tu prends le train en Roumanie, personne n’achète son ticket au guichet. Tu montes, tu t’assois et tu donnes la moitié de ce que tu aurais dû payer au contrôleur.»

Le contrôle annuel de Bruxelles

Toute l’économie marche ainsi. C’est là l’héritage d’un demi-siècle de communisme bouleversé depuis les années 1990 par un capitalisme débridé, dans un Etat permissif, dont la tête est elle-même touchée. En Roumanie, la corruption part d’en haut et infuse toute la société.

«En 2007, les Roumains pensaient que la haute corruption allait baisser, mais le gouvernement n’écoute pas Bruxelles», constate Valentin. Lorsque la Roumanie a rejoint l’UE il y a 7 ans, Bruxelles a imposé un Mécanisme de coopération et de vérification (MCV) pour contrôler les efforts du pays en matière de réformes judiciaires et de lutte contre la corruption. Une première dans l’histoire de l’Union.

A chaque contrôle annuel, la Roumanie reçoit généralement un «peut mieux faire». Le dernier rapport MCV rendu en janvier attribuait à Bucarest un bon point pour les récentes condamnations de dirigeants hauts placés, mais pointait aussi une tentative inquiétante.

Tranquille, le Parlement se vote une «super-immunité»

Ainsi, en décembre le Parlement roumain a voté une «super-immunité» afin que les députés, les sénateurs, le président de la République, mais aussi des professions libérales ne puissent plus être poursuivis pour des crimes comme la corruption ou les abus de pouvoir commis dans l’exercice de leurs fonctions.

Autrement dit, une amnistie, sans que Bruxelles ne puisse intervenir. Pratique, mais aussi ironique, quand 28 membres du Parlement –dont certains qui ont voté cette immunité– sont actuellement jugés ou en train de purger des peines de prison pour corruption. Cristina Guseth, présidente de l’ONG de défense de l’Etat de droit Freedom House Roumanie parle de «mardi noir de la démocratie roumaine».

Un mois plus tard, l’amendement a été retoqué par la Cour constitutionnelle roumaine, mais la tentative a été consignée dans l’évaluation de la Commission européenne. L’avertissement n’a pourtant pas empêché début février l’entrée en vigueur d’un nouveau code pénal très controversé, plutôt conciliant avec les auteurs de corruption. Là encore, la Commission européenne ne peut contraindre Bucarest à revoir ses ajustements.

La seule vraie punition, c’est Schengen. Faute de véritables progrès dans la lutte contre la corruption, l’adhésion de la Roumanie à l’espace de libre circulation est sans cesse reportée depuis plusieurs années. Avec la tendance des douaniers à se faire graisser la patte, impossible de confier la gestion des frontières extérieures à la Roumanie.

Un «M. anti-corruption» détesté

Présentée ainsi, la Roumanie ne semble guère avoir évolué depuis 1989. Malgré tout, Horia Georgescu reste optimiste. Ce juriste de 36 ans dirige l’Agence nationale pour l’intégrité (ANI) qui a la lourde tâche de faire respecter l’intégrité des élus et des hauts fonctionnaires publics roumains.

«Les hommes politiques me détestent, me menacent parfois, mais je ne me laisse pas intimider. La société civile fait confiance à l’agence.»

Son équipe de 35 «inspecteurs de l’intégrité» vérifie actuellement la situation de plus de 2.700 élus et fonctionnaires publics.

Créée en 2008 à la demande de Bruxelles, l’ANI est régulièrement citée en exemple d’efficacité. Ses investigations ont permis de faire tomber 10 ministres, 65 parlementaires et 700 élus locaux pour conflits d’intérêts, incompatibilités ou avoirs non justifiés. Ce qui est à la fois rassurant et inquiétant. La justice roumaine fonctionne, mais la tâche semble immense.

«On fait ce qu’on peut. On espère que la Roumanie va devenir un modèle pour d’autres pays qui s’inspireraient de nos méthodes. Parce que c’est facile de dire ”chez nous, il n’y a pas de corruption” si on n’a pas les outils pour enquêter sur cette corruption.»

Alors, quand la Commission européenne a révélé que la corruption touchait l’ensemble des pays européens, Horia Georgescu s’est senti tout de même un peu rassuré.

«Maintenant, on attend que Bruxelles mette en place des outils pour les membres de l’UE, mais la lutte contre la corruption est d’abord une question de confiance dans les institutions nationales.»

4 ans ferme pour l’ancien Premier ministre

Une autre institution affiche de beaux tableaux de chasse en la matière: la Direction nationale anticorruption (DNA). Depuis 2002, ce parquet financier a fait traduire en justice plus de 5.000 personnes pour corruption moyenne et haute, dont 2.000 condamnées définitivement. Ses experts sont régulièrement invités dans les pays voisins pour présenter l’efficacité du «modèle roumain».

Parmi les personnalités condamnées à de la prison ferme figurent un ancien Premier ministre (4 ans), un patron du club de foot (3 ans), deux anciens ministres de l’Agriculture (3 ans), une ancienne ministre des Sports (5 ans) et de nombreux parlementaires.

La condamnation à quatre ans ferme d’Adrian Nastase est celle qui a le plus intéressé les médias. Premier ministre de 2000 à 2004, négociateur de l’adhésion de la Roumanie à l’Otan et à l’UE, il a plongé pour avoir détourné plus de 1,5 million d’euros pour sa campagne électorale.

D’après Livia Sapaclan, porte parole de la DNA, «le nombre de condamnés définitifs pour corruption de haut niveau (soit plus de 10.000 euros reçus en pots-de-vin) est passé de 155 en 2006 à plus de 1.000 en 2013». Des chiffres encore une fois aussi satisfaisants qu’alarmants sur l’état de corruption du pays.

Réveiller le citoyen

Les jeunes Roumains rencontrés restent mitigés devant ces chiffres. «Les résultats de la DNA, c’est juste des exemples sur-médiatisés. Pour un ancien ministre attrapé, combien font des trucs plus graves sans être condamnés?», s’interroge Valentin.

Andrei et Romana, deux jeunes journalistes d’investigation pour Rise Project, préfèrent en rire.

«Au moins, on ne manque pas de travail! La plupart des médias roumains enquêtent, mais aucun ne le fait avec notre sérieux.»

Rise project a vu le jour en 2011. Il compte aujourd’hui 10 journalistes bénévoles et quelques jolies révélations à son actif, mais Romana veut rester modeste.

«Tu ne sais jamais si untel est condamné parce que tu as écrit un article sur ses conflits d’intérêt ou s’il l’aurait été quoi qu’il en soit.»

Le rapport de la Commission européenne sur la corruption? «Du blabla lointain», juge Andrei. Pour eux, la lutte contre la corruption ne part pas de Bruxelles, mais du citoyen, celui qu’il faut réveiller. Dommage que peu de médias roumains aient cette même envie. Peut-être sont-ils corrompus eux aussi…

Voir également:

Les Roumains en ont assez de se faire voler

Contrairement aux idées reçues, la Roumanie est riche. Mais elle se fait piller. Et si les Roumains ont remporté une victoire contre un projet de mine d’or potentiellement nocif pour l’environnement, la mobilisation continue contre l’exploration des gaz de schiste.

Marianne Rigaux

Slate

01/10/2013

Dimanche 6 octobre, des milliers de Roumains sont descendus dans les rues de Bucarest pour protester contre le gouvernement de centre gauche accusé de favoriser un projet canadien de mine d’or contesté par les scientifiques.

Contrairement aux idées reçues, la Roumanie n’est pas dépourvue de richesses. Mais ce n’est pas elle qui en profite le plus. A l’ouest, il y a l’or convoité par des Canadiens. A l’est, les gaz de schiste promis aux Américains. Et au milieu, les manifestations des Roumains.

En autorisant des compagnies étrangères à exploiter son sous-sol dans l’espoir d’en tirer des bénéfices, le gouvernement a fait exploser la colère des citoyens. Il doit aujourd’hui faire machine à arrière.

Prenons les habitants de Rosia Montana par exemple. S’ils creusaient sous leurs maisons, ils seraient les plus riches de Roumanie. Sous ce village de Transylvanie se trouve le plus grand gisement d’or (300 tonnes) et d’argent (1.600 tonnes) d’Europe. Que tente d’extraire et d’exploiter depuis 1995 une société canadienne, Gabriel Resources.

Le projet prévoit désormais une exploitation intensive à ciel ouvert pendant seize ans, le recours à de grandes quantités de cyanure pour séparer l’or de la boue. Une pratique controversée, interdite dans certains pays d’Europe. Pendant des années, le dossier a connu peu d’avancées concrètes. Sollicité en 2011 pour donner son feu vert, le ministère roumain de l’Environnement n’a même jamais donné de réponse, tandis que la mobilisation contre le projet restait assez locale.

Qui n’en profiterait pas?

Mais voilà: Bucarest a besoin d’argent pour remplir ses caisses vidées par la crise. Car la Roumanie vit depuis trois ans sous perfusion du FMI. Les retombées économiques attendues pour ce pays en crise ont poussé le Premier ministre Victor Ponta –contre ce projet il y a encore quelques mois lorsqu’il était dans l’opposition– à mettre cet été le dossier sur le haut de la pile. Le gouvernement a déposé un projet de loi déclarant la mine «d’utilité publique et d’intérêt exceptionnel». Ce statut autoriserait la compagnie minière à exproprier les villageois qui refusent de quitter le site, au nom de l’Etat roumain.

Des mesures exceptionnelles à la hauteur de l’enjeu? La valeur de Rosia Montana a augmenté au même rythme que le cours de l’or: 10.000 euros le kilo en 2005, plus de 31.000 euros aujourd’hui. Le gisement est aujourd’hui estimé à 10 milliards d’euros.

«Quel pays disposant d’une telle richesse ne chercherait pas de solutions pour en profiter?», avait lancé le président roumain Traian Basescu en 2011, alors que le cours de l’or atteignait un pic historique. Victor Ponta devenu Premier ministre tient à peu près le même discours:

«En tant que député, je ne peux être que contre, mais en tant que Premier ministre, je ne peux être que pour, car je me dois d’attirer de nouveaux investissements en Roumanie.»

Problème: l’Etat roumain est minoritaire au sein de Rosia Montana Gold Corporation (RMGC), la compagnie chargée de l’exploitation du filon. Les profits iront surtout à la société canadienne Gabriel Resources, actionnaire à hauteur de 75%.

Le site d’investigation roumain Rise Project a publié le 31 août le contrat liant l’Etat roumain à RMGC. Il était resté secret pendant toutes ces années, malgré la promesse récurrente du Premier ministre de le publier. Selon ce document, RMGC, qui possède les droits d’exploitation, versera une redevance de 6% sur la production à l’Etat roumain. Pour les manifestants, le gouvernement a tout simplement vendu le pays.

Dans le village de Rosia Montana, les réactions sont mitigées. Il y a ceux qui résistent encore, comme Ani et Andrei, jeune couple d’altermondialistes, qui refusent toujours de vendre leur auberge aux Canadiens.

Et ceux qui se sont résignés: avec 75% de chômage dans la région, «toutes les personnes sensées sont pour la mine», confie Catalin, accoudé au bar. Il faut dire que le lobbying de RMGC ne leur laisse guère le choix.

Dans la cantine du village, financée par RMGC, le porte-parole des Canadiens Catalin Hosu promet que «la mine créera 3.600 emplois directs et indirects durant les 16 années d’exploitation». La compagnie emploie déjà 500 habitants, dont 22 qui se sont enfermés dans une galerie minière à l’annonce du coup de frein au projet.

En décembre, la population locale avait approuvé par référendum la réouverture de la mine à 78%. La consultation, boycottée par les opposants, avait été annulée, faute de participation suffisante. Au fil des années, la majorité des 2.000 habitants a vendu sa maison et fuit.

12.000 tonnes de cyanure par an

«Le prix à payer pour créer quelques emplois est trop élevé», juge Sorin Jurca, l’un des irréductibles opposants. Employé par la mine d’Etat jusqu’à sa fermeture en 2006, il a créé la fondation culturelle Rosia Montana pour défendre le patrimoine menacé.

«Le prix à payer», c’est 900 familles expropriées, 4 montagnes décapitées, 7 églises rasées, 7 cimetières déplacés, des galeries romaines classées au patrimoine national endommagées et surtout 250 millions de tonnes de déchets cyanurés stockés dans un bassin retenu par un barrage, en amont de Rosia Montana.

C’est ce danger environnemental qui a lancé la mobilisation à Bucarest. «Nous ne voulons pas de cyanure, nous ne voulons pas de dictature», ont scandé quotidiennement, pendant les 10 premiers jours de septembre, les manifestants, à Bucarest et dans les grandes villes du pays, mais aussi à Paris, Londres et Bruxelles. Les anti ne sont pas inquiets sans raison: en 2000, à Baia Mare (nord-ouest de la Roumanie), la rupture d’un barrage similaire a déversé 100.000 tonnes de cyanure dans le Danube, tuant 100 tonnes de poissons et empoisonnant l’eau de 2,5 millions de Hongrois.

Depuis, l’Union européenne a durci sa législation sur le cyanure. Environ 1.000 tonnes de cyanure sont utilisées chaque année dans les mines d’or d’Europe, notamment en Suède. En Roumanie, Gold corporation prévoit d’en utiliser 12 fois plus.

Devant la pression populaire, le Premier ministre fait machine arrière à la mi-septembre, retire son soutien au projet de loi et assure qu’il sera rejeté par le Parlement. Bien que le projet ne soit pas définitivement enterré, c’est une victoire pour les opposants.

Et une double défaite pour Victor Ponta qui, à force de changer d’avis, a perdu la confiance de la population. Et sa crédibilité auprès de Gabriel Resources. L’investisseur canadien menace de poursuivre l’Etat roumain «pour violations multiples des traités internationaux d’investissement» si le projet est définitivement abandonné. La presse parle de 4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) de dommages et intérêts.

Le soir du 9 septembre, jour du recul du gouvernement roumain, l’action de Gabriel Resources a perdu la moitié de sa valeur à la Bourse de Toronto. Une dépréciation peu du goût des actionnaires, parmi lesquels des fonds spéculatifs, comme celui de John Paulson, qui s’est enrichi en spéculant sur la faillite de la Grèce.

Si les opposants au projet ont accueilli favorablement le recul du gouvernement roumain, ils ont bien l’intention de poursuivre leur mobilisation jusqu’au rejet du projet de loi par le Parlement et promis de revenir touts les jours, jusqu’à ce que le cyanure soit interdit dans l’industrie minière en Roumanie et le site de Rosia Montana classé au patrimoine de l’Unesco.

Les manifestants anti-mine d’or font aussi le lien avec les anti-gaz de schiste. A Bârlad, nord-est du pays, les protestations se multiplient depuis que le Premier ministre a autorisé cet été la compagnie américaine Chevron à explorer les gaz de schiste de la région.

D’après l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), le sous-sol roumain renfermerait quelque 1.444 milliards de mètres cubes de gaz de schiste, le troisième gisement européen après la Pologne et la France.

Si le gisement se confirme, Chevron prévoit une extraction par fracturation hydraulique à l’horizon 2017-2018. Une technique controversée, placée par la France sous moratoire, car elle polluerait les nappes phréatiques, fragiliserait les sols, voire favoriserait les tremblements de terre.

Mais en contrepartie de la fracturation de son sol, la région de Bârlad se voit promettre des dizaines de millions de dollars d’investissement dans les infrastructures locales, ainsi que dans le développement de la zone.

Rosia Montana, Bârlad: même combat

Pendant sa campagne électorale, le Premier ministre disait pourtant refuser qu’une entreprise étrangère explore le gaz de schiste roumain. C’était là encore avant d’être nommé et de faire volte-face en ouvrant la porte aux investissements étrangers en ces termes:

«Je veux que nous soyons un pays qui comprenne où sont ses intérêts.»

Comme à Rosia Montana, le profit que pourraient tirer les habitants de Bârlad, une ville désindustrialisée et appauvrie de 60.000 habitants, reste inconnu, car le contrat entre l’Etat et Chevron demeure secret. Et comme à Rosia Montana, le mécontentement dépasse largement les milieux écologistes.

Les Roumains se dressent aussi contre la manière de gouverner, la corruption, les entorses à la démocratie. Ils veulent défendre l’environnement, mais surtout empêcher leur pays de brader son sous-sol. Un réveil démocratique inédit en Roumanie depuis 1989.

Voir également:

L’invasion de Roms n’aura pas lieu

Pas plus de Roumains et de Bulgares, d’ailleurs, au 1er janvier 2014 comme le font craindre certains. Pourquoi? Ceux qui auraient pu venir sont déjà là et ils ne sont pas très nombreux.

Marianne Rigaux

Slate

26/09/2013

Deux échéances font revenir en force les Roms dans les médias: l’accès libre au marché du travail à partir du 1er janvier 2014 et les élections municipales de mars, avec leur lot de surenchère verbale. Au 1er janvier prochain, Roumains et Bulgares pourront librement travailler en France. Depuis leur entrée dans l’UE en 2007, ils sont libres de circuler et de s’installer où ils le veulent, mais ne peuvent pas exercer n’importe quel métier.

Pour l’instant, ils doivent obtenir une autorisation de travail délivrée par une préfecture française, ce qui peut prendre plusieurs mois, même avec une solide promesse d’embauche. L’employeur doit aussi prouver qu’il n’a pas trouvé de candidat français pour le poste, sauf pour une liste de 291 métiers pour lesquels le pays manque de main d’œuvre. Jusqu’en octobre 2012, cette liste ne contenait encore que 150 métiers dits «sous tension».

Avant même la fin de ces mesures transitoires, certains pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni pointent le risque d’une «invasion» de ressortissants roumains et bulgares. Et parmi eux, de nombreux Roms.

Spéculations et fantasmes

Au Royaume-Uni, le leader de l’United Kingdom Independence Party (UKIP) Nigel Farage l’affirme: «Nous allons ouvrir nos portes à 29 millions de Bulgares et Roumains pauvres. Il est temps de reprendre le contrôle de nos frontières». «Ils ont peur que les travailleurs roumains dérèglent leur marché du travail avec nos salaires plus faibles», constate Ilie Serbanescu, économiste et ancien ministre roumain.

Une étude de l’Observatoire des migrations de l’université d’Oxford relativise pourtant ces fantasmes. Après avoir analysé le «raz-de-marée» migratoire suscité par l’élargissement de l’UE en 2004, les auteurs concluent que les ressortissants des nouveaux pays membres ne représentent qu’un tiers de l’immigration totale au Royaume-Uni.

En France, c’est le Front National qui agite le chiffon rouge. «Je vous annonce que dans le courant de l’année 2014, il viendra à Nice 50.000 Roms au moins puisqu’à partir du 1er janvier, les 12 millions de Roms qui sont situés en Roumanie, en Bulgarie et en Hongrie auront la possibilité de s’établir dans tous les pays d’Europe», a lancé Jean-Marie Le Pen cet été.

Il y a entre 15.000 et 20.000 Roms en France, originaires de Roumanie et de Bulgarie pour la plupart, mais aussi de Macédoine, du Kosovo, de Slovaquie… Un chiffre stable depuis des années. De tous ses voisins, la France est le pays qui compte le moins de Roms: ils sont 750.000 en Espagne et 150.000 en Italie.

L’immigration a déjà eu lieu

Pour la politologue roumaine Irène Costelian, il n’y aura pas de raz-de-marée à l’horizon. «Les Roumains [Roms ou non] sont déjà partis depuis longtemps», affirme-t-elle. Il n’y aura pas de nouveau rush comme il y en a eu en 2004 à la suppression des visas ou en 2007 à l’entrée dans l’Union européenne». Ni comme en 1990, après la chute du dictateur Ceausescu.

D’après le recensement réalisé en 2011, la Roumanie a perdu 13% de sa population depuis la fin du communisme, passant de 23,21 millions en 1990 à 20,12 millions d’habitants en 2011. En cause, une forte émigration, principalement vers l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, et dans une moindre mesure vers la France, où le nombre de ressortissants roumains est estimé à 200.000 personnes.

Et puis partir n’a plus la cote, selon Edith Lhomel, analyste à la documentation française. «En 2011 et 2012, les revenus envoyés au pays par les Roumains expatriés ont baissé. On commence à se rendre compte qu’immigrer dans un pays d’Europe occidentale en crise n’est pas si rentable».

«Le pauvre fait peur»

Reste que les spéculations font douter, à quelques mois des élections municipales en France. Le trio Rom/immigration/insécurité refait surface dans les discours politiques et les médias. «Il ne faut vraiment pas craindre la Roumanie», écrivait le Premier ministre roumain Victor Ponta dans une tribune publiée dans le Times en février.

Oui mais voilà, «le pauvre fait peur», reconnaît Irène Costelian, elle-même née en Roumanie. «Le Roumain traîne l’image du travailleur pauvre qui va casser les prix». Un thème de campagne idéal pour le Front National, mais aussi pour la droite.

Depuis quelques semaines, les Roms et les amalgames sont partout: articles, petites phrases, carte pour localiser les camps, Une racoleuse. Ils ne sont que 20.000, soit la population du Puy-en-Velay, mais ils arrivent à éclipser les 3,2 millions de chômeurs.

Voir de même:

 Mère et Fils

Pierre Murat

Télérama

15/01/2014

Drame réalisé en 2013 par Calin Peter Netzer

Avec Luminita Gheorghiu , Bogdan Dumitrache , Natasa Raab …

Mère et Fils – Bande Annonce – VOST

SYNOPSIS

A 60 ans, Cornelia fait partie de la haute bourgeoisie de Bucarest. Son argent lui permet de connaître tous les puissants et la bonne société de la capitale roumaine. Tout irait pour le mieux si seulement ses relations avec son fils étaient moins tendues. Alors que médecins, musiciens, avocats se pressent à son anniversaire, il a refusé de venir. Lorsque celui-ci tue un enfant dans un accident de voiture, elle utilise son carnet d’adresse et consacre sa fortune pour lui éviter la prison. Un bon moyen, pense-t-elle, pour regagner l’amour de son fils. Or, elle a beau se démener, son fils refuse de se laisser amadouer…

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 15/01/2014

Plus il la repousse, plus Cornelia intervient dans la vie de son fils quadragénaire. Lorsqu’il tue un gamin au volant de sa voiture, elle fait jouer toutes ses relations pour lui éviter le pire… Depuis quelque temps, le cinéma roumain est au top : sujets brûlants, mises en scène jouant avec brio sur la durée. On se souvient de La Mort de Dante Lazarescu (Cristi Puiu), il y a quelques années, d’Un mois en Thaïlande (Paul Negoescu), l’an dernier, et, bien sûr, de 4 Mois, 3 semaines, 2 jours (Cristian Mungiu), Palme d’or à Cannes en 2007. Couronné à Berlin l’année dernière, Mère et fils n’a pas la même intensité. Durant la première heure, le réalisateur semble se gargariser de la virtuosité de sa caméra. Et le personnage du fils est beaucoup trop faible : brutal, borné, sans envergure ni démesure. On ne comprend pas sa rancoeur. Sa (fausse ?) rédemption indiffère.

Avec la même vigueur que ses compatriotes, cependant, le cinéaste filme un pays où les passe-droits pèsent aussi lourd que la terreur politique, jadis. Nul, en effet, ne résiste aux prébendes de Cornelia, pas même le flic présenté comme un modèle incorruptible : il résiste, il résiste, mais il cède comme tous les autres… Et Luminita Gheorghiu (déjà remarquable dans La Mort de Dante Lazarescu) fait de son personnage une sorte de monstre shakespearien, ne pouvant s’empêcher de distiller le poison dont son fils se sert pour la détruire.

Voir par ailleurs:

Book review.

Spotlight Casts Cruel Shadows For Girls

Reviewed by Bob Ford, Knight-Ridder Newspapers.

The Chicago tribune

August 28, 1995

Little Girls in Pretty Boxes:

The Making and Breaking of Elite Gymnasts and Figure Skaters

By Joan Ryan

Doubleday, 243 pages, $22.95

The lights come on, the audience is hushed and the athletes spin, flip and pirouette before us, china dolls performing their routines with grace and joy.

The little girls who form the core of our national gymnastics and figure-skating teams are the stuff of gossamer dreams as they compete against the world for Olympic medals and patriotic glory.

But for every girl who makes it into the brightest spotlight, there are hundreds left in the shadows of the sport, used and discarded. It is the other side of the American dream and one that has long needed a closer look.

As part of a series of newspaper articles on female athletes, Joan Ryan, a San Francisco journalist, began this investigation of the price exacted in the quest for youthful success. The series grew into "Little Girls in Pretty Boxes," which is as vital and troubling a work as the sports world has seen in a long time.

"What I found," writes Ryan, "was a story about legal, even celebrated, child abuse. In the dark troughs along the road to the Olympics lay the bodies of the girls who stumbled on the way, broken by the work, pressure and humiliation.

"I found a girl who felt such shame at not making the Olympic team that she slit her wrists. A skater who underwent plastic surgery when a judge said her nose was distracting. A father who handed custody of his daughter over to her coach so she could keep skating. A coach who fed his gymnasts so little that federation officials had to smuggle food into their hotel rooms. A mother who hid her child’s chicken pox with makeup so she could compete. Coaches who motivated their athletes by calling them imbeciles, idiots, pigs and cows."

Ryan lets the facts clearly indicate the damage that can be done to young girls by overbearing parents, obsessive coaches and the elusive dream of stardom.

The book’s strongest moments come from the sport of gymnastics, where judges reward the work of sleek, supple girls able to perform the hardest maneuvers and give poorer marks to those who have slipped toward womanhood and must rely on grace and form. Countless hours of intensive training, combined with dangerous eating patterns, lowers the percentage of body fat to such extreme levels that natural maturation cannot take place.

The psychological effects of growing up as a gymnast can lead to eating disorders, such as the anorexia that eventually killed former gymnast Christy Heinrich, and mental illness.

Ryan goes hard after Bela Karolyi, the former Romanian national team coach whose star rose in 1976 with the success of his student, Nadia Comaneci. The methods of Karolyi, now a coach in this country, include verbal abuse, Ryan asserts, and she also alleges that the gymnasts starve themselves to stay in his good graces. Karolyi does his job of producing winners well, however, and Ryan points out that until society changes its priorities for athletes, the situation will not change.

The sections on figure skating are cobbled in artfully by Ryan, but the material pales in comparison to the reporting on gymnastics. She carefully documents the pressure and the politics involved in skating and observes, once again, that judges are usually unwilling to grade a graceful woman as highly as a triple-jumper. Once the skaters mature, gaining the hips and breasts that make them aerodynamically inferior to the younger skaters, their careers are effectively shot. Getting to the top of the pack is a race against time, and the corners cut to get there can scar the athletes forever.

Ryan suggests changes involving gymnastics and figure skating: The minimum-age requirements should be raised. There should be mandatory licensing of coaches and careful scrutiny by the national governing bodies. And athletes should be required to remain in regular schools at least until they are 16.

Few sports books can truly be called important. This book, beautifully written and painstakingly researched, is one of those few.

Voir enfin:

Abuse Amid Glamor In Name Of Sports

 Philip Hersh, Tribune Olympic Sports Writer

The Chicago tribune

June 01, 1995

120

Joan Ryan comes right to the point in the introductory chapter of her book, "Little Girls in Pretty Boxes," which hits this stores this month.

Ryan, a San Francisco Chronicle columnist, undertook the book to learn about the effects of subjecting young girls to the training demands of figure skating and gymnastics, especially the latter.

"What I found," Ryan writes, "was a story about legal, even celebrated, child abuse."

The following anecdotes should illustrate why Ryan came to such a conclusion:

- In January, Romanian gymnastics coach Florin Gheorghe was sentenced to eight years in prison by a Bucharest court for having beaten an 11-year-old athlete so severely during a 1993 practice session she died two days later of a broken neck.

Gheorghe’s attorney admitted his client slapped the young woman but said such physical abuse was common practice in Romanian gymnastics.

"This kind of punishment is a heritage from Bela Karolyi," the attorney said, referring to the martinet coach who drove Nadia Comaneci and Mary Lou Retton to Olympic gold medals. Karolyi has denied the charge.

- Aurelia Okino, a native Romanian whose daughter, Betty, trained with Karolyi a decade after his defection to the U.S., said in a 1992 interview she had become scared to answer the phone in her Elmhurst home.

Aurelia Okino worried it would be Betty, then 17, calling from Karolyi’s gym in Houston with news of another injury, There had been serious elbow, back and knee injuries before Okino made the 1992 Olympic team and helped the U.S. women win a bronze medal in the team event.

"Gymnastics is a brutal sport," Betty Okino said matter-of-factly.

Asked why she had let her daughter go that far, Okino said, "How do you deny a child her dream?"

- In 1985, a few days before her enormously talented daughter, Tiffany, would win her only U.S. figure skating title, Marjorie Chin accepted the offer of a ride back to her Kansas City hotel from a reporter she had first met 20 minutes before. Tiffany, then 17, took a back seat to Marjorie in the reporter’s car.

For 30 minutes, Mrs. Chin delivered relentless criticism of her daughter’s performance in practice that day. "If you keep it up, you’re not going to be the star of the ice show, you’re going to be just part of the supporting cast," Mrs. Chin said, over and over.

- Several times in the last few years, officials of the U.S. Figure Skating Association have spoken to a prominent ice dancer about her eating habits. The ice dancer, 32 years old, still looks like a wraith. One of those stories came from a wire service. The other three are personal recollections–mine, not Ryan’s.

Her book, subtitled "the making and breaking of elite gymnasts and figure skaters" (Doubleday, 243 pp., $22.95), has much more frightening tales to tell.

Ryan recounts in compelling detail the stories of Julissa Gomez and Christy Henrich, gymnasts whose pursuit of glory proved fatal; of figure skater Amy Grossman, whose mother said, "Skating was God"; of coaches like Karolyi and one of his disciples, Rick Newman, whose ideas of motivating adolescent girls include demeaning them at a time when their egos are most fragile; and of parents who hide their irresponsibility behind the notion of "trying to get the best for my child."

Such is the sordid underbelly of the Olympics’ two most glamorous sports.

Only in the last three years has the nation begun to have a vague awareness of this life under the sequins and leotards. Ryan began to get a clear view of these problems while doing research for a newspaper story before the 1992 Olympics.

That led her to write this book, in which the villains are both coaches and parents. She lets Karolyi skewer himself with his own words. She shows how parents lose sight of the fundamental notion of protecting their children from harm, so blinded are they by possible fame and fortune.

The cause of such intemperate adult behavior is partly the peculiar competitive demands to jump higher and twirl faster, particularly in gymnastics, that favor girls with tiny bodies over young women developing hips and breasts. That puts them in a race against puberty, creating a window of opportunity so narrow it leads to foolhardiness.

Neither figure skating nor gymnastics is without athletes whose experiences are positive, a point that needed more attention in Ryan’s book than the disclaimer, "I’m not suggesting that all elite gymnasts and figure skaters emerge from their sports unhealthy and poorly adjusted." A better balance might have been struck if the author had given voice to the likes of Olympic champions Retton and Kristi Yamaguchi.

Ryan’s basic premise about child abuse still is thoroughly supported by interviews, anecdotes and factual evidence.

"Little Girls in Pretty Boxes" should be a manifesto for change in the rules of these two sports, so that women with adult bodies still can compete. It should be a wakeup call to parents who have abdicated their responsibility for their childrens’ well-being. Mamas, don’t let your babies grow up hooked on sports that don’t let them grow up.


Théorie du genre: Attention, un angélisme peut en cacher un autre (No sex differences, please, we’re socialists)

18 février, 2014
http://awhitecarousel.com/wp-content/uploads/2010/12/Botticelli-Nativity-783x1024.jpghttp://www.scientificamerican.com/sciam/cache/file/FE1E5E58-463F-4EBE-96F1A6CF2AF8F6B9_article.jpg?AC963A la résurrection des morts, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges dans les cieux. Jésus (Marc 12: 25)
S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle Tu as fondé ta gloire, pour confondre tes adversaires, Pour imposer silence à l’ennemi et au vindicatif. Psaumes 8:2
N’avez-vous jamais lu ces paroles: Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle? Jesus (Matthieu 21:16)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
L’esprit des Lumières a récupéré le Salut pour le transformer en progrès en le laïcisant. En ce sens, il a repris le christianisme, mais il l’a perverti en le dépouillant de la transcendance, ce qui change tout : le processus devient impatient et matérialiste. Mais on ne peut certainement pas dire que l’esprit des Lumières a évincé le christianisme en l’avalant. Les seules Lumières qui aient tenté d’évincer la religion sont les Lumières françaises (ni les Lumières américaines, ni les Lumières écossaises, n’en ont fait autant, au contraire). Ensuite parce qu’après les déceptions de la première modernité, on aperçoit clairement que le progrès est corrélé à l’espérance, ou alors n’est plus. Privées de transcendance, les Lumières françaises cessent de croire au progrès et se résignent au temps circulaire : c’est-à-dire qu’elles s’éteignent. Nous sauverons les libertés démocratiques si nous cessons de transformer l’émancipation des Lumières en religion intolérante et inquisitoriale. Pour l’instant, la folie du consensus traduit un despotisme technocratique. Chantal Delsol
À l’époque, et notamment aux États-Unis, on lit ce texte comme un pamphlet anti-stalinien et un roman désenchanté sur les dérives inéluctables de la révolution. Or, il est tout à fait intéressant de voir qu’Orwell conteste très explicitement cette lecture, qui est encore largement répandue aujourd’hui. Le propos du livre, précise-t-il, consiste avant tout à mettre en lumière ce fait inattendu que les idées totalitaires naissent très souvent chez des intellectuels. 1984, c’est, au fond, le rêve secret des intellectuels de gauche britanniques !… (…) Quand on pense à 1984,  on pense d’abord à Big Brother, au télécran, aux procédures de contrôle – et c’est, bien entendu, parfaitement légitime. Mais le cœur du livre, ce sont avant tout les mécanismes intellectuels à l’œuvre dans ces procédures. (…) Bref, le totalitarisme, selon Orwell, ce n’est pas seulement la police et le contrôle, c’est d’abord l’ambition de former les consciences et de façonner les corps. Et ce fantasme est bien, selon lui, un fantasme d’intellectuel. (…) Ceux que dénonce Orwell, ce sont les intellectuels cyniques ou ceux qu’on appelle les « compagnons de route », tous ceux qui, par fascination du pouvoir, trahissent leur fonction consistant d’abord à réfléchir à partir des faits qu’on a sous les yeux. (…) Si Winston s’accroche à des vérités apparemment insignifiantes comme « 2+2=4 » ou « L’eau est mouillée », c’est parce que le totalitarisme vise justement à couper les individus de cette expérience ordinaire, de ce qu’on peut vérifier par soi-même, et qui constitue le socle de notre rapport au monde et aux autres. Ce que visent les mécanismes totalitaires, c’est l’introduction d’un écran de mots et d’images entre les individus et cette expérience du sens commun. Et il s’agit bien là d’un projet qui mobilise des intellectuels. (…) C’est aussi pourquoi je pense qu’on a tort de rabattre le propos de 1984 sur celui tenu, par exemple, par Huxley dans Le Meilleur des mondes, où il s’agit essentiellement d’une dénonciation des risques que nous font courir le progrès des technologies. Il me semble que ce que dit Orwell, c’est que les progrès technologiques ne suffisent pas pour établir un régime policier. Un tel régime suppose aussi certains mécanismes qui sont très souvent pensés et voulus par des intellectuels. (…) Parce qu’en traitant les faits de manière désinvolte on supprime toute forme d’expérience personnelle sur laquelle s’appuyer ; et on laisse alors libre cours aux purs rapports de forces et de langage, ce qui est l’assurance de voir les plus puissants et les plus habiles triompher au détriment de tous les autres. Jean-Jacques Rosat
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. Déclaration universelle des droits de l‘homme (Article 2, 1948)
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. Constitution de la république française (Article 1, 1958)
L’inscription du terme "race", dans l’article même qui dispose des valeurs fondamentales de la République, est inadmissible même dans une "phrase qui a pour objet de lui dénier toute portée". Proposition de loi du groupe socialiste (Assemblée nationale, nov. 2004)
Oui [je suis favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes], je l’ai dit. Aux conditions d’âge bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental. Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA. François Hollande (Têtu, 27 février 2012)
Le Parti socialiste s’engage pour garantir l’égalité des droits et construire l’égalité réelle, sans discrimination de genre ou d’orientation sexuelle, • Tous les citoyennes et c itoyens, tous les couples, toutes les familles, doivent pouvoir avoir accès aux même droits, êtres reconnus et protégés par les mêmes institutions. Il s’agit de défendre nos principes républicains et de garantir l’égalité au sein de notre société • Nous ouvrirons le mariage à tous les couples et renforcerons le Pacs (concernant notamment les congés pour évènements familiaux, la protection sociale complémentaire, le droit au séjour, l’enregistrement à la mairie). • Nous ouvrirons l’adoption aux couples de même sexe et l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes , sans condition de couple ou d’infertilité. • Nous reconnaîtrons aux homosexuels le droit de donner leur sang. • Nous affirmons qu’il revient à chaque personne de déterminer son identité de genre . • Nous formerons tous les acteurs éducatifs pour éviter les stéréotypes et les assignations de genre. Tract du parti socialiste
Les questions dites « de société » sont pour moi tout aussi importantes que les questions économiques ou sociales. Elles mettent en lumière les valeurs que nous portons (la liberté, l’égalité, la solidarité, la laïcité, etc.) et les réponses que nous y apportons doivent donner du sens au « vivre ensemble » apaisé et optimiste que nous appelons de nos voeux. Le thème principal de ma campagne est clair : donner une priorité à la jeunesse. Or, cette jeunesse pour laquelle je souhaite mobiliser l’action publique est aussi celle qui aborde le plus simplement et avec la plus grande ouverture les questions de genre parmi lesquelles se trouvent les questions LGBT. Pour en venir au fond de votre demande et avant d’entrer dans le détail des propositions qui sont déjà très largement intégrées au projet du Parti socialiste (notamment grâce aux amendements portés par votre association), je vais m’attacher à vous indiquer la méthode de travail qui sera la mienne et le planning de mise en œuvre de ces propositions. En préambule, je ne cacherai pas que j’ai un réel désaccord avec l’une d’elles : l’autorisation encadrée de la gestation pour autrui (GPA). De nombreuses associations féministes s’opposent à cette légalisation de la GPA et leurs arguments portant sur la marchandisation et l’instrumentalisation du corps humain m’ont convaincu. S’agissant de vos autres propositions, celles-ci se décomposent, me semble-t- il, en deux groupes : celles qui relèvent d’une évolution législative et celles qui nécessitent de simples changements réglementaires ou la mise en œuvre de politiques publiques. Pour ce qui est des évolutions législatives, sur le fondement des propositions de loi déposées par le groupe socialiste dès 2006 (et dont j’étais le premier signataire au nom de tous les socialistes), plusieurs textes seront proposés au 5 vote du Parlement dans le courant de l’année 2012. Ces textes permettront, notamment, l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et la possibilité d’adopter pour tous. Ils seront complétés par l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation (AMP) à toutes les femmes. Un dernier ensemble de dispositions viendront traduire notre vision moderne et ouverte de la famille en re – connaissant le statut des beaux-parents. Quant au PaCS, il sera amélioré. Un autre texte sera présenté dans le courant de l’année 2013 pour faciliter le parcours de vie des personnes trans. Enfin, après avoir évalué l’efficacité et la pertinence du dispositif actuel de « Défenseur des droits », nous mettrons en place une Autorité indépendante chargée de lutter contre les discriminations et de promouvoir l’égalité. François Hollande
Introduire, dès la maternelle, des séances consacrées à la mixité et au respect hommes/femmes 190 Proposition UMP. Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées. Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé. Le second objectif est d’accroître les capacités des enfants à résoudre de façon non violente et coopérative des conflits qui mettent en cause l’appartenance à l’un ou l’autre sexe ainsi que de promouvoir le respect entre les hommes et les femmes. Agir sur une population jeune reste en effet le meilleur moyen d’endiguer la naissance de comportements inacceptables chez les adolescents puis chez les adultes. Tract UMP
Je n’ai jamais défendu la théorie du genre. Nous avons, en 2009, revu l’organisation et le contenu des programmes, notamment de SVT, et nous avons effectivement travaillé sur l’égalité hommes-femmes. C’était la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui. Luc Chatel
Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter. Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise. Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012. Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble. Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas. Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité. Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies. Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique "outils pédagogiques" du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie "littérature jeunesse". Le Lab Europe 1
"Tous à poil" ou "Papa porte une robe", ne relèvent pas de l’imaginaire et du fantasmatique mais du "modèle identificatoire" proche, c’est-à-dire du personnage réel, auquel l’enfant peut s’identifier et ces livres sont justement conçus pour que le phénomène du « modèle identificatoire » y soit puissant, sous couvert de rigolade bien entendu. Les objectifs sous-jacents sont bien sûr l’abattage de la barrière des générations, donc la négation d’une certaine forme d’autorité honnie du gauchiste libéral, dans le fait de se retrouver tous à poil. Mais au second degré, figure aussi une forme de « sexualité » dont les enfants ne seraient pas exclus puisqu’eux aussi sont « à poil », ce qui relève de ce qu’on appelle « l’implicite » et dans lequel l’enfant est poussé à imaginer qu’il « est » ce qu’il n’est pas et qu’il « fait » ce qu’il ne fait pas en réalité. (…) Et quand « papa » porte une robe, c’est bien de manière possible dans la tête de l’enfant, c’est « mon » papa et peut-être que ce sera moi aussi quand je serai grand : je porterai une robe. Ou même, « mais alors, si je grandis, je risque moi aussi de porter une robe », d’où le trouble. L’implicite est dans l’incertitude créée dans l’idée que l’on se fait de devenir un garçon ou une fille et surtout la conviction d’avoir le choix de devenir un garçon ou une fille, choix que nous n’avons pas en réalité. (…) Ces livres ne sont évidemment que l’un des aspects de l’offensive libérale-libertaire, il ne faut pas les brûler puisque ce faisant ce serait la dictature politico-policière classique bien connue, qui ne vaut pas mieux que l’autre, mais on n’est pas obligé de les acheter et de les lire à ses enfants. Pierre Duriot
Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. » Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature. On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine. Elisabeth Montfort
"Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite. Ainsies petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février. Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution. Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique. Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère. AFP
Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros. Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…) Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…) Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance. (…) Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné. Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. Lise Eliot
Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques. Charlotte Faurie
La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine. À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents. Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon. Michel Raymond
Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que "l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique". Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui "cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution". Peggy Sastre

Attention: un obscurantisme peut en cacher un autre !

A l’heure où, entre deux concubinats et interviews à Têtu, notre Marieur pour tous en chef en oublie jusqu’à ses (premières) promesses de campagne en faveur de la PMA …

Et où, après avoir projeté d’introduire la théorie du genre en maternelle puis l’avoir effectivement introduite au lycée avec la controverse que l’on a déjà oubliée, le précédent gouvernement sarkozyste se défend un peu trop fort d’avoir lancé "la première étape de ce que le gouvernement est en train de vouloir faire aujourd’hui" …

Pendant qu’après avoir appelé ses recteurs à "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités" via au besoin l’intervention à l’école d’associations homosexuelles ou même prôné la dépenalisation du cannabis,  l’actuel ministre de l’Education annonce contre toute évidence qu’un livre appelant à mettre à poil la maitresse et d’autres représentants de l’autorité ne figure pas sur les listes de son ministère …

Que, du côté de la recherche, le lait même dès le sein maternel et la bouche des enfants crie la vérité de la différentiation sexuelle …

Et que, sous prétexte de mauvaises fréquentations supposées avec la sociobiologie et l’antiféminisme, la psychologie évolutionnaire, c’est-à-dire  l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains, a tant de mal à se faire accepter en France …

Comment ne pas voir …

Derrière ces nouvelles byzantineries sur le sexe des anges et ce nouvel iconoclasme contre les "images stéréotypées" …

Et à l’instar de ces idées chrétiennes devenues folles contre lesquelles nous avait averti dès avant Orwell l’un des plus grands prophètes de notre monde moderne …

Le totalitarisme bien-pensant de nos nouveaux faiseurs d’anges …

Qui après avoir nié les différences raciales (pardon: ethniques jusque dans la… Constitution !) et l’antisémitisme (voire la présence juive !) en France …

Voudraient à présent faire ici-bas pour les différences sexuelles ce qu’un plus prudent christianisme avait réservé au ciel ?

Les neurones ont-ils un sexe ?

Sophie Roquelle

Le Figaro

20/08/2011

Les meilleurs extraits du livre événement de la neurobiologiste Lise Eliot , Cerveau rose, cerveau bleu (Robert Laffont).

1/5

Garçons et filles sont différents. Cette donnée, évidente pour toutes les générations qui nous ont précédés, fait aujourd’hui l’effet d’une révélation étonnante à de nombreux parents. Nous qui avons été élevés dans l’idée de l’égalité des sexes, nous considérons ou nous espérons, à tout le moins, que les différences entre les sexes ne sont pas innées, mais fabriquées par la société. Nous nous côtoyons sans difficulté entre personnes des deux sexes, nous échangeons nos points de vue aussi bien sur le sport que sur la cuisine et nous sommes joyeusement en compétition les uns avec les autres sur nos lieux de travail en faisant constamment semblant de considérer qu’hommes et femmes sont plus ou moins identiques. Jusqu’à ce que nous ayons à notre tour des enfants et que les différences entre les sexes deviennent impossibles à ignorer! (…)

Oui, garçons et filles sont différents. Ils ont des centres d’intérêt différents, des niveaux d’activité différents, des seuils sensoriels différents, des forces physiques différentes, des styles relationnels différents, des capacités de concentration différentes et des aptitudes intellectuelles différentes ! Les différences ne sont pas quantitativement très importantes et, dans de nombreux cas, bien plus modestes que celles, parfois énormes, qui existent entre hommes et femmes adultes. Les petits garçons pleurent, les petites filles tapent et donnent des coups de pied. Mais les différences s’additionnent -et c’est cela qui provoque l’apparition de certaines statistiques alarmantes qui influencent notre façon de penser l’éducation des enfants. (…) Ces différences entre les sexes ont de réelles conséquences et posent d’énormes défis aux parents. Comment soutenir aussi bien nos fils que nos filles, les protéger et continuer de les traiter de manière équitable, alors que leurs besoins sont manifestement si différents?

Déjà, dans le ventre de la mère…

Les tests de grossesse vendus dans le commerce sont excellents, mais ils ne sont pas encore capables d’annoncer le sexe du futur bébé. Cette limitation est en partie due au fait que plus on est tôt dans la grossesse, moins il est possible de différencier les fœtus. Les bébés des deux sexes sont identiques pendant les six premières semaines de leur développement intra-utérin. Le processus de différenciation sexuelle s’enclenche vers le milieu du premier trimestre, mais il n’apparaît pas clairement à l’échographie avant la fin du troisième mois (au plus tôt). Les fœtus prennent leur temps pour révéler leurs organes génitaux au monde extérieur. Et à l’intérieur de leurs toutes petites têtes, la différenciation est encore plus lente.

Cependant, il y a des différences qui s’impriment dans le cerveau, et sans doute dans l’esprit, avant la naissance. Vous ne pouvez ni les voir à l’échographie ni les entendre dans les battements de cœur du fœtus, mais elles sont bien là: garçons et filles sont influencés dans l’utérus par différents gènes et différentes hormones qui leur sont propres. (…)

Parmi toutes ces influences, celle que les chercheurs connaissent le mieux est celle de la testostérone, la célébrissime hormone stéroïde contre laquelle les mères adorent se lamenter quand elles surprennent leurs fils à se pourchasser à travers la maison ou à se bagarrer trop près de la table basse du salon.

Les parents, en général, ne savent pas à quel point la testostérone intervient tôt dans le développement de leur enfant. La première poussée de testotérone démarre six semaines après la conception, pour se terminer avant la fin du second trimestre. Ensuite, et jusqu’au moment de la naissance, le niveau de testostrérone des garçons n’est guère différent de celui des filles. Une autre poussée survient alors, plus modeste que la première, qui s’étend sur les six premiers mois de la vie. En tout état de cause, la brève période de quatre mois, avant la naissance, durant laquelle les fœtus sont exposés à la testostérone, suffit à les masculiniser entre les jambes et, dans une certaine mesure, dans leurs cerveaux embryonnaires. (…)

Les garçons se développent plus vite que les filles, et ce, dès le début de la grossesse. Les médecins spécialistes des fécondations in vitro sont souvent capables de deviner si l’embryon sera mâle ou femelle rien qu’en se basant sur le nombre de divisions cellulaires qui se sont produites en un certain nombre d’heures depuis la fécondation: les embryons mâles ont un métabolisme plus élevé, qui accélère le début de leur croissance et la multiplication des cellules. L’évolution semble avoir favorisé cette croissance plus rapide afin que les embryons mâles passent la période critique de la différenciation testiculaire avant que les œstrogènes de leur mère, dont les niveaux grimpent régulièrement au début de la grossesse, ne perturbent le développement de leur appareil uro-génital. Conséquence de leur développement plus rapide, les garçons sont plus grands, plus lourds et physiquement plus vigoureux que les filles au moment de la naissance – avec des crânes plus épais et, oui, des cerveaux plus gros.

Si les corps des garçons grandissent et grossissent plus vite, ceux des filles mûrissent plus rapidement. Et cette différence se traduit par un avantage net en faveur des fœtus féminins à la fin de la grossesse. Selon la plupart des critères de mesure, les filles sont plus capables de relever le défi de la vie en dehors de l’utérus ; les garçons sont davantage vulnérables à tout un éventail de maladies, de problèmes cognitifs et comportementaux, et même à la mort, à la fin de la grossesse et après l’accouchement. (…)

Quand une femme enceinte fait une fausse couche, il est environ 30 % plus probable que le fœtus était celui d’un garçon. Les garçons ont aussi environ 7 % de chances de plus que les filles de naître prématurément. Même les garçons nés à terme courent davantage de risques que les filles. Le taux de mortalité infantile global, aux Etats-Unis, est 22% plus élevé chez les garçons que chez les filles. (…)

Tous ces facteurs expliquent comment le surplus d’embryons mâles conçus à la fécondation diminue peu à peu, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un nombre de fœtus masculins presque égal à celui des fœtus de filles. Après la naissance, néanmoins, la vulnérabilité des garçons reste un thème dominant du début de leur croissance. Ils risquent davantage que les filles de succomber à un nombre impressionnant de problèmes physiques et mentaux. Cela fait d’eux, par bien des aspects, le sexe le plus difficile à élever au début de l’enfance.

A la naissance: si semblables… et si différents

Comme les chatons, les nouveau-nés se ressemblent à peu près tous. (…). N’empêche, il existe quelques différences entre les sexes, constantes et fiables, qui influencent sans doute réellement le démarrage de chaque garçon et de chaque fille dans la vie. Les bébés filles devancent les garçons par le nombre de gestes qu’elles produisent. En moyenne, elles commencent quelques semaines avant eux à pointer du doigt, à saluer de la main et à lever les bras vers les adultes pour être soulevées. Mais là encore, leur avantage est assez réduit: dans une importante étude suédoise, il est apparu que les filles de 18 mois produisaient… 5% de gestes en plus que les garçons. D’un autre côté, les gestes ne sont pas tout à fait les mêmes. Certains des gestes des bébés sont déjà marqués sexuellement: les filles de 8 à 16 mois ont davantage tendance à imiter les comportements parentaux (par exemple, elles étreignent ou bercent leurs poupées); les garçons de la même tranche d’âge font le geste de lire un journal, de conduire une voiture ou de donner des coups de marteau.

Après les gestes vient la prononciation des mots, premiers outils d’expression verbale des bébés. Les filles conservent leur modeste avancée, tout au long de la petite enfance, pour produire en moyenne trois cents mots à l’âge de 22 mois, tandis que les garçons atteignent ce seuil à 23 ou 24 mois.

Passé l’âge de 2 ans, les enfants commencent à parler pour de bon. Ils se mettent à associer les mots en petites phrases simples telles que Maman maison, Encore lait ou Aller parc. Là encore, les filles prennent la tête: huit mots consécutifs d’un souffle, à deux ans et demi, contre environ six mots pour les garçons. Et à l’émergence des phrases grammaticalement justes, celles des filles sont plus longues et plus complexes que celles des garçons – une différence qui se maintient durant toute la période préscolaire. (…)

Les écarts entre garçons et filles se creusent énormément entre 2 et 6 ans -et certains sont plus marqués à cette période qu’à aucun autre moment de la vie. Les coupables ne sont pas les hormones, puisque les gonades des enfants se sont calmées et resteront tranquilles jusqu’à la puberté. Mais il est vrai, comme nous l’avons vu, que certaines influences génétiques et hormonales pré et postnatales ont projeté les enfants sur des trajectoires légèrement différentes. Longtemps avant qu’ils n’entrent en contact avec notre culture très codifiée entre masculin et féminin, leurs cerveaux sont préparés à ne pas réagir tout à fait de la même manière à certains aspects de notre environnement. Et une fois le processus amorcé, ils s’épanouissent selon un modèle rose ou bleu qui caractérisera de bien des façons la suite de leur développement. (…)

Jouets: Barbie vs camion-benne

La plupart des parents ont des récits (…) sur les activités ludiques «typiques de leur sexe» de leurs très jeunes enfants. Et les recherches confirment que cette différence est remarquablement universelle. Qu’ils grandissent aux Etats-Unis, en Europe, au Japon et probablement n’importe où dans le monde, les garçons de 2 à 5 ans choisissent à une écrasante majorité le camion, la petite voiture, le ballon ou tout autre jouet « masculin » quand on leur offre le choix entre ces objets et une poupée. Les fillettes du même âge sélectionnent la poupée, les ustensiles de cuisine ou le nécessaire à maquillage (surtout si l’un de ces jouets est rose). (…) «Il doit y avoir un gène de la bagnole sur le chromosome Y!» Voilà comment de nombreux parents expliquent le fait indéniable, universel. (…)

Bien sûr, ni les camions ni les poupées n’existaient il y a cent mille ans, quand le génome humain s’est stabilisé sur la séquence qu’il a aujourd’hui. Mais il ne paraît pas absurde de croire que certaines propriétés intrinsèques des jouets «garçons» et des jouets «filles» séduisent profondément, et différemment, les garçons et les filles.

L’argument contraire, c’est que non, non, trois fois non, il n’y a strictement rien d’inné à tout cela. C’est nous, les parents, qui imbibons les enfants de ces préférences à travers les choix que nous faisons très consciemment quand nous leur achetons des jouets et à travers les présupposés inconscients sur les garçons et les filles. Cette théorie de la prééminence de l’acquis sur l’inné, des facteurs culturels sur la nature, n’a plus autant la cote qu’il y a quelques décennies, notamment parce qu’elle est contredite par les tentatives des parents pour intéresser leurs fils aux poupées et leurs filles aux camions. Mais la vérité est quelque part entre les deux idées: les préférences des garçons et des filles pour telle ou telle sorte de jouets sont clairement biaisées par certaines tendances innées, mais elles sont amplifiées par divers facteurs sociaux au premier chef desquels la prise de conscience qui s’impose à l’enfant qu’il est un garçon ou une fille. (…)

Deux études récentes – une sur les jolis petits vervets, l’autre sur les singes rhésus -ont révélé que les mâles et les femelles se différenciaient comme les garçons et les filles en matière de choix de jouets. La première étude, menée à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) par Gerianne Alexander et Melissa Hines, s’est penchée sur les préférences de vervets âgés de 1 an pour divers jouets humains conventionnels. Les mâles consacrèrent davantage de temps à manipuler la balle ou la petite voiture de police qu’aux autres jouets, tandis que les femelles préférèrent une poupée de chiffon et, plus mystérieusement, une casserole rouge. Cependant, les deux sexes passèrent autant de temps à examiner deux jouets unisexes (un chien en peluche et un livre d’images). Les résultats sont similaires dans l’étude des singes rhésus menée au Centre Yerkes de recherche sur les primates de l’université Emory. Dans les deux études, les singes ignoraient sans aucun doute le sens du concept de «jouet de garçon ou de jouet de fille». Aussi, ces résultats donnent bien à penser que ces préférences ont quelque chose d’inné.

Les garçons, plus actifs, sont peut-être davantage séduits par les objets mobiles qu’ils peuvent manipuler et contrôler en utilisant leur corps. Les filles trouvent peut-être les poupées plus plaisantes parce qu’elles ont davantage propension à nouer des liens avec les personnes de leur entourage, voire, parce qu’elles ont une attitude véritablement instinctive pour les bébés. (…) L’attirance des femelles vervets pour les bébés pourrait aussi expliquer leur intérêt bien étrange pour la casserole de l’étude. Il se trouve simplement que le rouge de cette casserole était proche de celui de la peau des nourrissons vervets. (…)

L’école: elles écrivent, ils comptent

S’ils insistent parfois pour porter des robes bien roses ou des jeans bien bleus pour l’école, ils ont beaucoup de choses en commun une fois en classe. Oui, les filles sont plus précoces sur le plan verbal. Mais en réalité, il s’agit là d’une des différences entre les sexes les moins importantes: elle se traduit par un simple écart de deux points de QI avant 6 ans et elle diminue beaucoup au cours des premières années du primaire (sans aucun doute parce que les enfants se mettent tous à parler énormément une fois qu’ils sont scolarisés). En d’autres termes, il y a des tas de petits garçons très loquaces. Et s’il est vrai que davantage de garçons que de filles ont des difficultés à apprendre à lire, il ne faut pas en conclure que tous les garçons peineront dans ce domaine ou, pis, qu’aucune fille n’a besoin d’aide supplémentaire pour apprendre à s’exprimer ou à lire. En outre, les filles ne sont pas en avance dans toutes les mesures de l’aptitude verbale. Pour le vocabulaire, en particulier, on n’observe pas de différence entre les sexes à partir de l’âge de 6 ans, en tout cas, et pendant toutes les années qui suivent.

Les garçons ont l’avantage dans d’autres domaines. Dès le primaire, ils ont des résultats un peu supérieurs aux tests d’aptitudes visio-spatiales et ils distancent de plus en plus les filles tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Ils sont également tout aussi bons, sinon meilleurs qu’elles en maths. (…) En maths et en sciences, à vrai dire, les filles démarrent tout à fait du bon pied. Au début du primaire, elles connaissent leurs nombres et savent compter aussi bien que les garçons. Les filles et les femmes sont même meilleures que les garçons et les hommes en calcul mental. Au bout du compte, pourtant, ce sont les garçons qui obtiennent les meilleurs résultats dans la plupart des examens de mathématiques, dont ceux de géométrie, de mesures, de probabilités et pour les très redoutés «problèmes».

Considérons les données des tests d’évaluation passés par des centaines de milliers d’élèves américains. Les filles ont des résultats inférieurs à ceux des garçons, en maths comme en sciences, dans les classes de CM1 et de quatrième quoique la différence (deux à trois points) soit considérablement moindre que la différence, au désavantage des garçons, relevée aux tests de lecture et d’écriture. Les filles sont encore un peu plus en retard en terminale. A cet âge, cependant, il est encourageant de constater que les écarts se sont réduits presque de moitié par rapport à ce qu’ils étaient il y a dix ou vingt ans.

Ne pleure pas, mon fils!

A vrai dire (…), les garçons seraient plutôt plus émotifs que les filles: les nouveau-nés sont plus irritables, ils pleurent plus tôt s’ils ont un problème et ils sont moins faciles à consoler que les nouveau-nées. Les choses s’égalisent assez vite, mais, comme le savent tous les parents de garçons, ceux-ci manifestent beaucoup, beaucoup leurs émotions. Pour eux comme pour les filles, le début de la vie est un méli-mélo de périodes de bonne humeur et de chutes dans la déprime la plus noire, de crises de colère et de sourires exubérants, sans oublier les poignantes déclarations d’amour qu’ils adressent à leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs animaux domestiques. Les visages des garçons, comme ceux des filles, sont très, très expressifs (voilà pourquoi les parents aiment tellement les photographier). Arrivés à l’âge de 4 ou 5 ans, les garçons pleurent peut-être un peu moins que les filles, mais ils versent encore bien assez de larmes pour vous donner envie de les prendre dans vos bras, de les bercer et de faire tout votre possible pour les réconforter.

Si les garçons éprouvent sans l’ombre d’un doute les mêmes émotions que les filles, ils apprennent cependant bien vite à ne pas les montrer. Le cliché du mâle stoïque est assez juste – en apparence, du moins. Les hommes adultes manifestent effectivement moins d’expressions faciales, ils pleurent moins et, de manière générale, ils dissimulent leurs sentiments davantage que les femmes. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne ressentent rien, bien au contraire! Dans les études en laboratoire, les hommes réagissent d’ailleurs plus intensément que les femmes aux stimuli émotionnels frappants comme le visionnage d’un film violent ou la peur de recevoir une décharge électrique. Le truc, c’est que leurs réactions sont essentiellement internes: dans les situations émotionnellement troublantes, ils connaissent de plus fortes accélérations de leur rythme cardiaque, de plus fortes élévations de leur pression artérielle et davantage de suées que les femmes. Mais leurs émotions, même si elles sont moins visibles en surface, sont tout aussi puissantes que celles des femmes.» (…)

Les intertitres sont de la rédaction.

Cerveau rose, cerveau bleu. Les neurones ont-ils un sexe?, de Lise Eliot, Robert Laffont, 504p., 22€.

Voir aussi:

Pourquoi la théorie de l’évolution de Darwin est-elle autant détestée ?

Peggy Sastre

Le Nouvel Observateur

12-06-2012

LE PLUS. Les comportements des femmes sont-ils différents de ceux des hommes pour des raisons génétiques ? Le décryptage de la vie humaine par Darwin est bien une révolution, selon Peggy Sastre, auteur de "No Sex" et "Ex utero". Ceux qui la critiquent peuvent aussi mal comprendre ou sous-estimer son importance.

Édité et parrainé par Mélissa Bounoua

La théorie darwinienne de l’évolution est l’une des plus importantes découvertes de tous les temps et peut se résumer en quatre propositions fondamentales :

1. Il existe une compétition entre les individus car les ressources de leur environnement sont limitées et les organismes produisent en général plus d’individus qu’il ne peut en survivre.

2. Il existe une variabilité interindividuelle au sein de chaque population. Certaines de ces variations sont héréditaires.

3. Il existe, dans un environnement donné, un avantage adaptatif ("fitness") associé à certaines variations, certains individus étant en conséquence plus efficaces ("fittest") que d’autres dans la lutte pour la survie et la reproduction.

4. En vertu des deux premières propositions, les individus porteurs de traits avantageux se reproduisent plus que les autres et transmettent leurs traits héritables à leur descendance. La population se trouve donc graduellement modifiée au fil des générations. Ce processus est appelé sélection naturelle, l’adaptation en est la conséquence.

À côté d’autres révolutions scientifiques (Copernic, Galilée, Newton ou Einstein), la force de Darwin est double : d’une part, c’est la vie et l’homme qu’il décrypte, pas des lois abstraites d’organisation de la matière et, d’autre part, sa théorie répond d’un seul mouvement à la question du "pourquoi" (l’adaptation) et à celle du "comment" (la sélection).

Mais l’idée darwinienne est peut-être l’un des paradigmes scientifiques les plus détestés de tous les temps, ne serait-ce que par tout le mal qu’elle fait et a fait aux religions. En France, tout particulièrement, elle est aussi l’une des plus sous-estimées, mal connues et mal comprises. Je ne compte plus les fois où, en essayant de l’exposer et de l’utiliser, on m’a répondu des trucs du genre "ce n’est qu’une théorie, rien ne la prouve", "on ne peut pas l’appliquer aux humains", "c’est juste un gros délire anglo-saxon", "en voilà des idées odieuses qui justifient l’extermination des plus faibles, on va tous finir dans un stade avec un numéro sur le bras à ce rythme-là !", etc.

Le royaume pourri de Darwin ?

Dernièrement, je suis ainsi tombée sur trois articles qui, bien que très différents dans leur forme comme dans leurs attendus, véhiculaient, globalement, le message selon lequel il y aurait quelque chose de fondamentalement pourri au royaume de Darwin :

- Le premier (le plus "sérieux"), publié sur un jeune blog qui se donne comme mission, somme toute honorable, d’être une sorte d’observatoire critique de la vulgarisation scientifique, mettait en garde contre les travers supposés de la "psychologie évolutionniste", "discipline idéologiquement suspecte du fait de ses accointances avec la sociobiologie et l’antiféminisme" [1] ;

- Le second, rédigé par Mona Chollet en réponse au dernier livre de Nancy Huston (sur lequel je reviendrai bientôt), voyait dans l’application de la théorie de l’évolution aux comportements humains en général, et sexuels en particulier, des "thèses réactionnaires et indigentes" ;

- Enfin, le troisième, écrit par Agnès Giard, n’y allait pas par quatre chemins : pour elle, toutes ces histoires ne sont qu’une "théorie douteuse, voire foireuse". On aura bien saisi : avant même de tenter de le comprendre, le dangereux Darwin, il faut s’en méfier, voire s’en détourner.

Un peu lasse d’avoir à combattre ces idées reçues (pour parler poliment) avec mes petits bras d’autodidacte, j’ai voulu m’entretenir avec quelques spécialistes estampillés "officiels" pour voir si la situation était réellement aussi désespérée qu’elle m’en avait l’air, ou si c’était, encore une fois, mon esprit malade qui me jouait des tours.

Pour couper l’herbe sous le pied de ceux pour qui la théorie de l’évolution et la France sont incompatibles (j’en suis parfois, je l’avoue, quand je suis très très énervée), je me suis orientée vers Michel Raymond, directeur de recherche au CNRS, responsable d’une équipe de recherche en biologie évolutive humaine à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier [2]. Au sein de son laboratoire, j’ai aussi posé quelques questions à Charlotte Faurie, spécialiste, entre autres, de l’évolution de la latéralité dans les populations humaines.

Pour eux, la situation commence tout juste à se débloquer, en particulier depuis 2009, la fameuse "année Darwin", qui célébrait les deux cents ans de sa naissance et les cent cinquante ans de la première édition de "De l’origine des espèces".

Mais pour autant, m’ont-ils expliqué, "les mécanismes qui sous-tendent l’évolution sont généralement mal connus, peu enseignés, et mal vulgarisés. Souvent caricaturé, le principe de la sélection naturelle est aussi parfois rejeté pour des raisons idéologiques. Il est pourtant nécessaire de s’accommoder des règles qui régissent le monde, puisque nos opinions ne les changeront pas. Ainsi, si l’on projette d’aller sur la Lune, quelles que soient nos opinions personnelles, il est prudent de ne pas s’inventer sa propre la loi de la gravité. Il en est de même en biologie. La compréhension du monde vivant passe par la connaissance des règles de l’évolution, et la sélection naturelle est l’une d’elles, la seule qui puisse rendre compte des adaptations du vivant et de l’existence d’organes complexes."

Et l’espèce humaine ? Elle n’y échappe évidemment pas : "la culture humaine ne fait pas sortir notre espèce du large champ de l’évolution", poursuivent Faurie et Raymond. Certes, "l’espèce humaine a des spécificités, comme un langage extrêmement développé et une culture complexe", mais "de nombreuses espèces animales possèdent une culture, parfois pas si rudimentaire que cela et, là encore, la sélection naturelle est indispensable pour en comprendre l’évolution".

Des blocages idéologiques et institutionnels

C’est pourtant ce genre de mantra – que l’humain super complexe échappe à l’évolution, d’aucuns disent même que l’humain n’évolue plus – qu’on se ressasse ici ou là, et en particulier dans les articles mentionnés ci-dessus. Pour Faurie et Raymond, cela s’explique par des "blocages, d’ordre idéologique et institutionnel. Les sciences sociales, au XXe siècle, ont défendu et construit des paradigmes scientifiques fondés essentiellement sur des déterminants purement environnementaux. Les effets biologiques dans les comportements étaient inconcevables (et restent inconcevables pour certains). Évidemment, la position opposée – tout s’explique biologiquement – est aussi extrême et fausse."

Selon les chercheurs, "le véritable problème est que la culture humaine est étudiée dans nos institutions comme une particularité qui échappe aux règles du vivant, particulièrement en France : les universités de sciences humaines ont des campus séparés des autres, cette séparation se retrouve également au sein du CNRS… Comme un dualisme conforté de façon institutionnelle. Mais rien ne vient appuyer scientifiquement une telle séparation. Au contraire, on sait maintenant que ce sont les interactions entre la biologie et la culture qui ont façonné ce que nous sommes, des interactions très fortes : chaque changement d’un côté modifiant les sélections de l’autre, qui en retour change la trajectoire initiale, et ainsi de suite. Les exemples sont de plus en plus nombreux. Avec cette coupure institutionnelle, on est mal équipé pour aborder sereinement ce genre d’interaction."

Blocage d’entre les blocages : les différences sexuelles. Pour Charlotte Faurie, ce sujet fait même "l’objet d’un obscurantisme ahurissant" :

"Il est tout simplement aberrant de nier les preuves que, dans l’espèce humaine comme dans toutes les autres espèces, les différences génétiques entre mâles et femelles entraînent des différences moléculaires, cellulaires, physiologiques, et comportementales. Principalement, un gène localisé sur le chromosome Y entraîne la synthèse d’en moyenne sept fois plus de testostérone chez les hommes que chez les femmes. Or, comme chez les autres vertébrés, cette molécule possède des récepteurs dans le cerveau, qui, lorsqu’ils sont activés par la testostérone, influencent d’une part la construction du cerveau (au cours du développement embryonnaire mais aussi post-natal), et d’autre part le comportement (préférences, décisions, réactions, interactions sociales, performances cognitives, etc., à tous les âges de la vie). Sachant cela, il paraît indispensable de comprendre pourquoi et comment l’évolution a conduit à de telles différences, c’est-à-dire quelles sont les pressions sélectives qui ont façonné et maintenu ces différences au cours de l’histoire évolutive. Ceux qui nient ces faits, et donc rejettent leurs explications, le font pour des raisons idéologiques et affectives – non-scientifiques."

Ce que Michel Raymond confirme :

"La position qui consiste à dire que les différences entre les cerveaux d’hommes et de femmes est uniquement d’origine culturelle est fondée sur une idéologie, mais elle est reprise en boucle par les médias, car elle est décrétée politiquement correcte. Étant donné que, chez tous les animaux étudiés, la différence est très forte entre les cerveaux mâles et femelles, pour des raisons génétiques, il faudrait proposer un mécanisme particulier expliquant pourquoi et comment cette différence s’est effacée dans la lignée conduisant à l’espèce humaine.

À ma connaissance, il n’en existe aucun de crédible, parce qu’aucun n’a été proposé. Les cerveaux sont biologiquement différents vu que les forces sélectives agissant sur les mâles et sur les femelles ne sont pas les mêmes, ce qui fait que les comportements sélectionnés depuis des centaines de millions d’années sont, eux aussi, différents. Les contraintes et les enjeux liés à la reproduction des hommes et des femmes sont aussi différents, dans tous les groupes culturels connus. À la naissance, les nouveaux nés garçons et filles ont déjà des comportements différents, donc des cerveaux biologiquement différents.

Évidemment, l’environnement familial et social va aussi contribuer à augmenter ou atténuer ces différences, et le résultat sera une différence aux bases biologiques et culturelles. L’égalité sociale entre hommes et femmes peut évidemment se construire sans nier des différences biologiques, y compris dans les cerveaux. Ignorer ou nier une contribution biologique est une aberration, l’aveuglement idéologique ne peut conduire à rien de bon."

Comment pourrait-on s’en sortir ?

Encore, et toujours, les meilleurs ennemis de l’obscurantisme sont l’éducation et l’information. Pour Charlotte Faurie, la vulgarisation doit être mise avant tout entre les mains des chercheurs, qui devraient "être incités à une implication dans des actions de vulgarisation, par une valorisation de ce travail par le CNRS et les universités (actuellement c’est plutôt considéré comme un loisir et/ou une perte de temps, qui doit être fait en dehors du temps de travail)".

Quant aux journalistes, c’est en étroite collaboration avec les universitaires qu’ils devraient travailler, sans se contenter de "passer un coup de fil de dix minutes à un chercheur avant d’écrire à la va-vite et de publier sans relecture un article sur une question scientifique".

Enfin, niveau éducation, Faurie et Raymond sont d’accord pour dire que "l’évolution et la biologie évolutive, y compris en ce qui concerne l’espèce humaine, doivent être enseignées dès le collège, afin de donner aux élèves des outils adéquats pour une véritable compréhension du monde biologique, de la même façon qu’on leur propose la gravité pour comprendre le monde physique". Et en ce sens, ils s’inscrivent dans la droite ligne du prix Nobel François Jacob, pour qui "cela simplifierait beaucoup la compréhension des enfants si l’on commençait l’étude du monde vivant par l’étude de l’évolution".

Il ne reste plus qu’à mettre tout cela en œuvre. Est-ce vraiment difficile ?

—-

[1] C’est ici une spécialité française et très signifiante que de souvent choisir des suffixes (-isme, -iste) marquant une couleur idéologique et politique (parle-t-on de physique quantiste?) pour mentionner les disciplines scientifiques nées avec Darwin. Pour ma part, j’insisterai toujours pour l’emploi de formules neutres comme "évolutionnaire" (la traduction est d’ailleurs plus fidèle à l’anglais "evolutionary") ou "évolutif".

[2] Auteur, entre autres, de deux ouvrages de vulgarisation bien malins dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture.

Voir également:

Le lait maternel s’adapte au sexe du bébé

Les Echos

15/02/14

Les mères produisent un lait différent selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, selon une étude britannique.

Il n’est pas rose ou bleu en fonction du sexe, mais sa constitution diffère : le lait des mères n’est pas le même selon qu’elles donnent naissance à un garçon ou à une fille, révèle une recherche publiée vendredi. « Les mères produisent des recettes biologiques différentes pour un garçon et pour une fille », a expliqué Katie Hinde, une biologiste de l’Université de Harvard. Des études sur des humains, des singes et d’autres mammifères ont révélé une variété de différences dans le contenu du lait et la quantité produite.

Ainsi les petits garçons ont du lait plus riche en graisse et en protéines donc énergétique tandis que les petites filles obtiennent de plus grande quantités de lait. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, a relevé Katie Hinde lors d’une présentation à la conférence annuelle de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS) réunie à Chicago du 13 au 17 février.

Accélerer le développement

Chez les singes rhésus par exemple, la femelle a tendance à produire plus de calcium dans son lait destiné à des progénitures femelles qui héritent du statut social de leur mère. « Cela permet aux mères de donner plus de lait à leurs filles ce qui va permettre d’accélerer leur développement pour commencer à se reproduire plus jeune », a expliqué la biologiste de l’évolution.

Les mâles n’ont pas besoin de parvenir à la maturité sexuelle aussi vite que les femelles car leur seule limite sur la fréquence de leur reproduction dépend du nombre de femelles qu’ils peuvent conquérir. Les femelles chez les singes sont nourries au lait maternel plus longtemps que les mâles qui passent plus de temps à jouer et qui ont de ce fait besoin d’un lait plus énergétique.

Mais on ne sait pas vraiment encore pourquoi chez les humains les mères produisent des laits différents pour leur nourrissons selon leur sexe, admet la scientifique. Il y a des indications montrant que tout est déjà programmé quand le bébé est encore dans le ventre de sa mère.

Améliorer le lait maternisé

Une étude de Katie Hinde publiée la semaine dernière montre que le sexe du foetus influence la production de lait des vaches longtemps après la séparation de leurs veaux, le plus souvent dans les heures après avoir mis bas. Cette recherche menée sur 1,49 million de vaches a montré qu’au cours de deux cycles de lactation de 305 jours, elles ont produite en moyenne 445 kilos en plus de lait quand elles donnaient naissances à des femelles comparativement à des mâles. Ces chercheurs n’ont pas non plus constaté de différences dans le contenu de protéines ou de graisse dans le lait produit pour une progéniture femelle ou mâle.

Comprendre les différences dans le lait maternel humain et l’impact sur le développement de l’enfant pourrait aider à améliorer les formules de lait pour enfant destinées aux mères n’allaitant pas. « Si la valeur nutritionnelle du lait maternel est bien reproduite dans les formules, les facteurs favorisant l’immunité du nourrisson ainsi que les signaux hormonaux sont absents », a expliqué la chercheuse.

Pouvoir mieux comprendre comment le lait est « personnalisé » selon chaque enfant permettrait également d’aider les hôpitaux à trouver du lait provenant du sein donné pour aider à mieux nourrir des enfants malades et nés prématurément, a-t-elle ajouté.

source AFP

Voir encore:

La subversion de l’identité

Elizabeth Montfort

Valeurs actuelles

03 février 2011

Avec la théorie du gender, une véritable déferlante s’abat sur la France et l’Europe, dans une indifférence quasi générale. En juin dernier, l’IEP de Paris annonçait un enseignement obligatoire sur les gender studies pour septembre 2011. Début janvier, l’IUFM de Nice organisait un colloque sur “Filles et garçons au sein de l’institution scolaire” avec une place de choix pour ces études.

Cette théorie née aux États-Unis s’est développée dans les années 1990. Mais c’est vraiment la 4e conférence mondiale sur les femmes, organisée par l’Onu en 1995, qui a imposé ce concept dans le vocabulaire international, largement relayé au Parlement européen. Cette théorie est une véritable révolution anthropologique dont l’objectif est de repenser les rapports homme-femme à partir d’une déconstruction de leur identité. Ce mouvement succède à deux courants féministes : l’égalitarisme où la femme prend comme modèle l’homme pour s’affranchir de sa domination, et le différentialisme qui exalte les différences entre les sexes au mépris de ce qui est commun, c’est la revendication des droits de la femme et la guerre des sexes. Ces deux courants avaient encore un aspect pratique car leur but était d’obtenir par la loi l’égalité des droits (droit de vote, égalité salariale…).

Avec la théorie du gender, un nouveau courant idéologique apparaît. Une partie des féministes radicales, notamment dans leur composante lesbienne, ne sont pas satisfaites de l’égalité des sexes et de la parité. Pour elles, l’égalité et la parité sont un leurre car elles supposent une distinction entre les sexes, synonyme d’inégalité et de la domination de l’homme sur la femme. Leur féminisme s’inspire d’un mélange de néomarxisme, de structuralisme et d’existentialisme : d’une part, la dialectique dominants-dominés ; d’autre part, la déconstruction des stéréotypes imposés par la culture. Admettre la différence des sexes, c’est admettre la complémentarité des sexes, la domination patriarcale, donc l’oppression et l’aliénation de la femme.

Chez Judith Butler, la grande théoricienne du gender, la définition du genre est une construction sociale et culturelle au service de cette domination. Son livre, traduit en 2005 en français, s’intitule Trouble dans le genre, pour un féminisme de la subversion. Judith Butler affirme vouloir penser ensemble « le féminisme et la subversion de l’identité ». En d’autres termes, elle entreprend de définir une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine et précise, dans son introduction, son objectif : déstabiliser « l’hétérosexualité obligatoire » pour repenser l’organisation sociale selon les modèles homosexuels et transsexuels. L’hétérosexualité sert la domination de l’homme. Il faut y mettre fin en supprimant les concepts d’homme et de femme et imposer un nouveau genre fondé sur les orientations sexuelles et non sur l’identité sexuelle : « Les femmes ne seraient pas opprimées s’il n’existait pas un concept de femme. »

Le deuxième point d’appui de la théorie, c’est l’opposition entre nature et culture. La société de la personne capable de créer des relations avec son semblable est remplacée par la société de l’individu qui se choisit ses vérités, ses intérêts et ses plaisirs. L’individu postmoderne doit se créer lui-même. C’est son droit le plus fondamental : « le droit à être moi ». Or la nature lui impose d’être homme ou femme. Accepter cette dictature, c’est refuser d’être libre. Se considérer comme homme ou femme, c’est refuser de se construire soi-même. Et pour la femme, c’est refuser de s’affranchir de la domination de l’homme. Ainsi, l’individu serait mieux caractérisé par son orientation sexuelle choisie que par son identité sexuelle comme donnée biologique, donc de nature.

On entrevoit aisément les conséquences de cette idéologie pour notre vie sociale. Après avoir déconstruit la différence sexuelle, il est nécessaire de déconstruire le couple, la famille et la reproduction. Pour les gender feminists, le couple doit être choisi. La famille fondée sur le mariage monogamique, comme survivance de la domination de l’hétérosexualité, devient polymorphe (bi, pluri, homo, monoparentalité…). La filiation se décline : filiation biologique, intentionnelle, juridique, sociale. L’individu fait son choix dans ce grand marché libertaire. Et enfin, la reproduction doit évoluer. Les techniques permettent une reproduction asexuée (AMP, mères porteuses, utérus artificiel…) et les révisions des lois de bioéthique sont une opportunité pour obtenir satisfaction. Dans ce grand bouleversement, la loi enregistre les revendications individuelles et crée de nouveaux droits arbitraires et déconnectés du bien commun et de la stabilité de notre communauté humaine.

Il est urgent de réagir. C’est la mission que s’est donnée l’Alliance pour un nouveau féminisme européen : analyser et informer pour construire une société pacifiée, fondée sur le respect et la coopération plutôt que sur la rivalité et la compétition. Il s’agit bien de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, égaux en droits et d’une égale dignité.

Elizabeth Montfort, ancien député européen, présidente de l’Alliance pour un nouveau féminisme européen

Voir par ailleurs:

Boys and Girls May Get Different Breast Milk

Milk composition differs based on a baby’s sex and a mother’s wealth

Marissa Fessenden

Scientific American

Nov 13, 2012

mother with babies, breast milk, breastfeeding

Thomas Fuchs

Mother’s milk may be the first food, but it is not created equal. In humans and other mammals, researchers have found that milk composition changes depending on the infant’s gender and on whether conditions are good or bad. Understanding those differences can give scientists insights into human evolution.

Researchers at Michigan State University and other institutions found that among 72 mothers in rural Kenya, women with sons generally gave richer milk (2.8 percent fat compared with 0.6 percent for daughters).* Poor women, however, favored daughters with creamier milk (2.6 versus 2.3 percent). These findings, published in the American Journal of Physical Anthropology in September, echo previous work that showed milk composition varying with infant gender in gray seals and red deer and with infant gender and the mother’s condition in rhesus macaques. The new study also follows findings that affluent, well-nourished moms in Massachusetts produced more energy-dense milk for male infants.

Together the studies provide support for a 40-year-old theory in evolutionary biology. The Trivers-Willard hypothesis states that natural selection favors parental investment in daughters when times are hard and in sons when times are easy. The imbalance should be greatest in polygamous societies, in which men can father offspring with multiple wives, such as the Kenyan villages. In those societies, a son can grow to be a strong, popular male with many wives and children, or he can end up with neither. Well-off parents who can afford to invest in sons should do so because their gamble could give them many grandchildren. Conversely, poor parents should not heavily invest in sons because it is unlikely to pay off—their offspring start at the bottom of the socioeconomic ladder. For those families, daughters are a safer bet because as long as they survive to adulthood, they are likely to produce young.

The new study is “exciting and enthralling,” says Robert Trivers, an evolutionary biologist at Rutgers University and co-author of the hypothesis, who was not involved in the recent work. “It is a Trivers-Willard effect I wouldn’t have the guts to predict.”

Even beyond fat and protein, other milk components might vary in humans, says Katie Hinde, an assistant professor in human evolutionary biology at Harvard University. She has found higher levels of cortisol, a hormone that regulates metabolism, in rhesus macaque milk for male infants. Her work shows that milk differences could change infant behavior and might affect growth and development. “Only half the story is what the mom’s producing,” Hinde says. “The other [half] is how the infant uses the milk.” These findings could have implications for formula, which could be tweaked to optimize development for both boys and girls.

Voir aussi:

Le livre jeunesse "Tous à poil" est-il recommandé aux enseignants ? La présentation tronquée de Vincent Peillon

Delphine Legouté

Le Lab/Europe 1

10/02/14

Il le soutient mais ne veut pas en endosser la responsabilité. Après les attaques de Jean-François Copé le 9 février au sujet d’un ouvrage intitulé Tous à poil et recommandé selon lui aux enseignants des classes de primaire, Vincent Peillon a fait venir la presse à la dernière minute dans son ministère ce 10 février pour riposter.

Son argumentaire tient en deux points : 1) il n’a rien à redire sur le contenu de cet ouvrage et 2) le livre n’est de toutes façons que la recommandation d’une lointaine association ardéchoise.

Le ministre de l’Education nationale prend en effet toutes ses distances avec Tous à poil en le décrivant ainsi :

Il y a un livre recommandé par une association de lecture de la Drôme et de l’Ardèche, dans une liste d’une centaine d’ouvrages pour enfants qui existe depuis des années. (…)

Il y a beaucoup de parents dans cette association. (…)

Ce sont des associations qui justement cherchent à développer la lecture, font un travail avec les enfants et les parents et recommandent un certain nombre d’ouvrages.

Ces livres sont des livres d’éditeur dont on peut faire un usage pédagogique, ensuite c’est au libre choix des enseignants de le faire ou pas.

Et ajoute :

Si on commence à faire ça sur l’ensemble de ce que les associations de parents ou de lectures peuvent faire en France, on va partir dans une inquisition qui sera tout à fait regrettable.

Factuellement, le ministre a raison. Tous à poil fait partie d’une liste de 92 albums jeunesse recommandés par L’Atelier des Merveilles, association du Teil, en Ardèche, qui établit ces listes avec des familles depuis 2009. Le livre en question a été ajouté en 2012.

Les missions départementales aux droits des femmes et à l’égalité ont soutenu la création de cette liste qui a fini par être diffusée par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Grenoble.

Comme l’indique Vincent Peillon, les listes diffusées par ce centre font office de recommandations que les enseignants sont libres de suivre, ou pas.

Mais la présentation du ministre ne va pas jusqu’au bout. Vincent Peillon semble en effet vouloir cantonner à un niveau local, et presque anecdotique, ce qui a été récemment diffusé à une échelle nationale via les ABCD de l’égalité.

Ces derniers, qui proposent des ressources aux enseignants pour mieux appréhender les inégalités filles-garçons dès la maternelle, reprennent les bibliographies diffusées par six académies.

Celle de l’Ardèche avec Tous à Poil en fait partie, au milieu de six autres listes tout aussi fournies. On peut concrètement trouver un lien vers cette liste dans la rubrique "outils pédagogiques" du site des ABCD de l’égalité – décrit comme le site de référence par le gouvernement – en se rendant dans la sous-partie "littérature jeunesse".

Notons que, le nom de domaine ayant migré, le lien n’est plus valide sur le site officiel. Voici la nouvelle adresse de la bibliographie qui se présente ainsi :

Bref, comme le relève Le Monde, Tous à poil n’est présent sur aucune liste de livres officiellement proposés aux enseignants et la constitution de la liste est particulièrement singulière puisqu’elle a été réalisée par les parents d’élève d’une association. En revanche, l’ouvrage a bien été promu sur un site institutionnel national à la faveur des ABCD de l’égalité.

Interrogé à ce sujet par le Lab ce 10 février, Vincent Peillon n’a pas caché la promotion par les ABCD de l’égalité de cette liste d’une "association de lecture dans la Drôme et l’Ardèche".

Il a tenu à préciser que ces programmes n’étaient pas nouveaux et que les remettre en question serait néfaste pour le travail sur les stéréotypes :

- Le Lab : Reconnaissez-vous que cet ouvrage est recommandé, parmi d’autres, par le site des ABCD de l’égalité ?

- Vincent Peillon : Absolument. C’était d’ailleurs en 2009 déjà une recommandation des personnes qui travaillent à la lutte contre les stéréotypes.

Il ne faudrait pas que l’on mette en question– car c’est ce qui se cache derrière tout ça – la nécessité de faire un travail entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas nier les différences mais au contraire les reconnaître et considérer qu’elles ne doivent pas empêcher certains d’avoir accès à un certain nombre de métiers.

Sans rentrer dans le débat sur le contenu de l’ouvrage (en quoi montrer des dessins de personnes se déshabillant à des enfants est-il un problème, en fait ?), l’information donnée par Jean-François Copé le 9 février sur RTL n’est donc pas factuellement inexacte. Amplifiée mais pas inexacte. Tous à poil fait bien partie des livres que les ABCD de l’égalité voient d’un bon œil et conseillent aux enseignants qui seraient intéressés.

Une première pour l’UMP qui multiplie depuis quelques jours les fausses rumeurs telle que l’existence d’un document promouvant la théorie du genre que le gouvernement voudrait cacher (document pourtant diffusé dans un premier temps par l’UMP au pouvoir) ou la diffusion de films à des enfants de primaire montrant des scènes de sexe entre personnes homosexuelles, affirmation intégralement fausse.

Voir enfin:

François Hollande à TÊTU: "Les libertés, elles s’arrachent toujours"

ÉVÉNEMENT. A une semaine du second tout de l’élection présidentielle, TÊTU.com* publie l’nterview accordée par François Hollande au magazine TÊTU le mois dernier.

Propos recueillis pour le numéro d’avril du magazine TÊTU, mis en vente le 21 mars 2012.

TÊTU : Le 23 février dernier, un auditeur de France Inter vous a interpellé pour savoir s’il pourrait se marier avec son compagnon d’ici à la fin de l’année. Quel sera votre calendrier concernant l’ouverture aux homosexuels du mariage et de l’adoption ?

Au plus tard au printemps 2013. _ Pourquoi cette date  ? Parce que je sais que les premiers mois de la session parlementaire vont être essentiellement consacrés aux éléments de programmation financière, donc je préfère être honnête  : si on veut un bon débat, mieux vaut qu’il puisse commencer au début de l’année 2013 et se terminer au printemps. Le printemps, ce n’est pas une mauvaise saison pour se marier  ! [Sourire.]

Lors des primaires socialistes, vous aviez confié «  en off  » lors d’une interview à Libération  : «  Attention, ce ne sera pas simple de faire passer ces textes.  »

Oui, et je continue de le dire. Vous avez vu ce qu’a dit le candidat sortant dans Le Figaro Magazine  ?

Si l’on songe que la droite n’a jamais accepté le pacs durant de nombreuses années…

Concevoir qu’elle accepte maintenant facilement le mariage pour les homosexuels, c’est une vue de l’esprit.

Aucune loi de conquête n’a été arrachée sans combat parlementaire mais aussi citoyen, et c’est bien qu’il en soit ainsi. Les libertés, elles s’arrachent toujours.

Vous escomptez donc que ce projet rassemble au-delà d’une majorité de gauche  ?

Je le souhaite  ! Pour le pacs, à part quelques parlementaires courageux, dont madame Bachelot, nous n’avions eu guère de soutien.

Après, des regrets ont été exprimés, y compris de la part de Nicolas Sarkozy, qui en a fait le reproche à ses propres amis. Je n’ai pas le sentiment qu’il soit aujourd’hui dans la même philosophie…

La droite est très offensive sur le sujet, mais en même temps 63 % des Français soutiennent l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. On peut se demander si ce ne sont pas les responsables politiques qui sont en retard par rapport aux évolutions de la société…

Ça peut arriver que la politique soit en retard par rapport à la société. L’inverse aussi. Mais il y a des minorités qui sont très agissantes.

Il y a des forces culturelles, spirituelles, qui vont également se mettre en mouvement.

Regardez ce qui se passe en Espagne avec la volonté du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy de revenir sur la loi du gouvernement Zapatero qui a ouvert le mariage.

Mais je ne redoute rien, dès lors qu’il y a une volonté, la nôtre, et une compréhension affichée par une majorité de Français.

C’est un droit reconnu par de nombreux pays européens, nous ferons donc cette évolution tranquillement. Avec le souci de convaincre et de faire avancer la société française.

Nicolas Sarkozy justifie son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe au nom, dit-il, des « valeurs », et il expliquait dans Le Figaro

Magazine que  : « En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale qu’est le mariage.  » Que vous inspirent ces propos  ?

Le mariage, au contraire, sera consacré s’il est ouvert à tous. Il sera même renforcé  ! Ceux qui sont attachés au mariage doivent se féliciter de voir que des couples homosexuels comme hétérosexuels se battent pour qu’il soit ouvert à tous.

Actuellement à l’Assemblée nationale, il n’y a qu’un seul député ouvertement gay, Franck Riester, de l’UMP, qui a fait son coming out récemment. On n’en compte aucun dans les rangs de gauche. Comment l’expliquez-vous  ?

Bertrand Delanoë avait fait ce choix avant sa première candidature à la mairie de Paris…

Mais Bertrand Delanoë reste un peu seul…

Je me souviens aussi qu’André Labarrère [ancien maire de Pau, décédé en 2006] l’avait fait, et avec quel fracas  ! [Sourire.] Après, c’est une affaire personnelle.

C’est une décision personnelle, mais ne dépend-elle pas, aussi, du climat dans lequel les élus ou les militants évoluent dans leur famille politique  ?

Oui, mais au PS, cette question n’a jamais fait débat… Et n’a jamais conduit à préférer une candidature plutôt qu’une autre.

Globalement, ne trouvez-vous pas que les partis politiques français ont des difficultés pour intégrer les minorités, les différences  ?

Cela a pu être vrai. Ça l’est beaucoup moins aujourd’hui.

À gauche, les partis sont tout à fait conscients que la société est diverse et que c’est un facteur de richesse.

Au sujet des débats sur le pacs puis le mariage, beaucoup de militants se sont mobilisés qui n’étaient pas homosexuels, et c’est très bien.

De la même manière, le combat pour le pacs est venu de groupes réunis au nom de l’idée républicaine d’égalité.

Il ne faut surtout pas réduire le mariage ouvert à tous à une revendication portée par les seuls homosexuels.

Plusieurs enquêtes montrent que jusqu’à 20 % des gays et lesbiennes seraient prêts à voter pour Marine Le Pen…

Cette intention peut surprendre. Mais cela vaut pour tous les citoyens. Pourquoi y a-t-il des Français qui ont le sentiment d’être abandonnés, délaissés, méprisés, stigmatisés, discriminés, et qui ont envie d’un cri de colère en le poussant de la pire des façons à mes yeux  ?

Et ne pensez-vous pas que certains partis réactionnaires développent des discours démagogiques et clivants en direction des gays et des lesbiennes, en agitant notamment la peur de l’islam  ?

En Europe du Nord, la crainte d’un islam fondamentaliste ouvertement hostile aux libertés a pu conduire certains vers des votes extrémistes.

Il y a eu cette instrumentalisation.

Aux homosexuels qui, ici, peuvent avoir la même crainte, je dis que c’est la laïcité qui les protégera. Je fais de la laïcité un élément majeur de mon projet.

La laïcité, c’est à la fois la liberté de conscience, la liberté religieuse et la garantie de la liberté  : liberté de vie personnelle, égalité homme-femme et orientation sexuelle pleinement assumée.

Je ne lâcherai rien là-dessus. Sinon, cela ferait effectivement le jeu d’une extrême droite qui a toujours stigmatisé les homosexuels, une extrême droite qui les a moqués, les a parfois pourchassés. Ce serait un comble que, pour être protégé d’une dérive fondamentaliste, on se réfugie dans une dérive antirépublicaine.

Êtes-vous favorable à l’ouverture de la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de lesbiennes  ?

Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental.

Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes. En revanche, je suis hostile à la gestation pour autrui, la GPA.

Seriez-vous néanmoins favorable à la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger  ?

Vous imaginez bien que si j’ouvrais cette question-là, ça pourrait être finalement une facilité donnée à la gestation pour autrui. Et seul compte le droit de l’enfant.

Justement, des enfants nés ainsi se retrouvent actuellement en difficulté…

Je sais bien, et donc ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation du corps.

Sur un autre point important, concernant le droit des personnes trans, quelles sont vos propositions ?

Je connais ce problème, des détresses immenses et parfois des suicides m’ont été signalés. Il faut également lutter contre cette discrimination-là.

Je suis pour la rectification de l’état civil lorsqu’il y a eu changement de sexe. Et également pour l’accès aux soins.

C’est-à-dire forcément une chirurgie  ?

Pas nécessairement. C’est un processus qui peut, dans certaines hypothèses, être distinct du parcours médical accompagnant la transition vers l’autre sexe. C’est le sens des recommandations du Conseil de l’Europe notamment.

Et des expertises psychologiques  ?

Oui. Ensuite, sur l’accès aux soins – car beaucoup de trans s’engagent dans un parcours médicalisé –, la situation actuelle n’est pas satisfaisante. Il conviendra de la corriger.

Êtes-vous pour un remboursement par la Sécurité sociale ?

Pour partie. Il n’y a pas de raison de donner une gratuité totale à ce qui est un choix individuel.

Quelles sont, au-delà des incantations, vos propositions concrètes pour lutter contre l’homophobie  ?

Les grands principes comptent, déjà. D’abord commençons par l’école, car c’est là aussi que beaucoup se joue et que des personnes homosexuelles peuvent toute leur vie durant porter un fardeau fait d’humiliations, de mépris, de méconnaissances.

À quel âge pensez-vous que cela doit commencer  ?

Au collège, parce que c’est à ce moment-là que ces questions se posent pour les adolescents.

Le dessin animé Le Baiser de la Lune, qui mettait en scène une histoire d’amour entre deux poissons de même sexe et était destiné aux classes de primaire, avait déclenché une polémique…

Oui, je me souviens. Je veux rétablir la formation des enseignants.

C’est très important qu’ils puissent savoir, aussi bien en primaire qu’au second degré, ce qu’il est possible de dire aux enfants.

On ne parle pas de la même manière à un enfant en primaire, où la connotation sexuelle n’est pas du tout présente, qu’en secondaire, où elle commence à apparaître.

C’est une forme à la fois d’enseignement de la réalité, et en même temps de pédagogie qui appelle de la sensibilité.

Les clichés, les insultes homophobes commencent très jeune, bien avant la sexualité…

Oui, c’est vrai. La lutte contre les clichés peut commencer très vite.

Il y aussi la situation dans le monde du travail qui doit être améliorée.

Le rôle des syndicats, des assistantes sociales et des médecins du travail, est très important.

Face à la polémique menée par la Droite populaire et des associations catholiques contre l’introduction des questions de genre dans les manuels scolaires de classe de première, le ministre Luc Chatel a tenu bon.

C’est bien qu’il ait tenu. C’était une offensive très idéologique, car elle niait même le fait qu’il existe des genres  ! Donc, poursuivons ce mouvement de sensibilisation avec tous les moyens utiles.

Vous avez fait de la jeunesse un des axes centraux de votre campagne. Que proposez-vous pour améliorer l’autonomie des jeunes adultes  ?

Des enquêtes ont démontré une surreprésentation des jeunes LGBT dans les populations en errance…

Effectivement, parfois des ruptures familiales peuvent avoir lieu beaucoup plus tôt encore que pour d’autres jeunes.

Et la recherche de logement devient la première préoccupation, car c’est une difficulté de plus pour une personne seule ou vivant en couple homosexuel.

Je suis favorable à un système de mutualisation des cautions, de façon que de plus en plus de jeunes ne puissent pas être empêchés de fonder un couple ou d’accéder à l’autonomie.

Deuxièmement, je souhaite que les jeunes puissent rentrer plus tôt dans l’emploi, c’est mon idée de «  contrat de génération  ».

Qu’il puisse y avoir, entre un senior et un jeune, une transmission d’expérience, et un soutien à l’employeur qui permettra à un jeune de rentrer dans le monde du travail en bénéficiant d’un CDI.

Enfin, je suis pour des parcours d’insertion, des systèmes de bourse, des contrats d’autonomie, qui puissent ouvrir des formations à ces jeunes.

Enfin, je suis très préoccupé par la déscolarisation de certains qui partent très tôt de chez leurs parents.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris l’engagement qu’aucun jeune entre 16 et 18 ans ne se retrouve sans solution.

Le service civique peut en fournir une, par exemple. Que les jeunes ne se retrouvent pas dans la rue et dans la désespérance.

L’éducation sexuelle reste focalisée sur la reproduction. N’est-ce pas réducteur ?

L’éducation aux risques est une absolue nécessité. Elle a été relâchée ces dernières années. Le sida se diffuse encore, notamment chez les homosexuels. Malheureusement, l’idée que le fléau a été enrayé fait qu’il y a plus d’imprudences. Nous devons donner les éléments qui permettent à chacun d’avoir sa sexualité sans se faire contaminer un jour. Il y a toujours eu une réticence des pouvoirs publics en France à faire des campagnes de prévention VIH ciblées sur les populations homos… Je ne partage pas cette réticence qui peut être fondée sur de bons motifs de non discrimination… Mais dès lors que le risque est plus grand dans les populations homosexuelles masculines, mieux vaut le dire, parce que des jeunes peuvent l’ignorer encore.

Est-ce que vous imposeriez aux médecins généralistes l’utilisation des tests de dépistage rapides  ? Que prévoyez-vous concernant une possible généralisation de ces tests, comme en Espagne dans les pharmacies  ? Et troisièmement, allez-vous appliquer le «  plan sida  » proposé par Roselyne Bachelot, qui a promis un financement de 1,08 milliard d’euros, vu les circonstances budgétaires ?

En matière de prévention, le rôle des associations est déterminant. Je veux saluer ici tout ce qu’engagent Act Up, Aides, Sida Info Service…

Car ce sont elles qui permettent aujourd’hui de diffuser le dépistage, de donner l’information et d’accueillir. Le dépistage doit être généralisé. J’ai participé à une opération de cars de dépistage – c’était Aides qui l’organisait –, qui se rendaient au plus près de la vie des Français pour leur proposer ce test qui est très simple. À chaque fois qu’il y a une inquiétude, mieux vaut aller faire le test que de continuer à porter cette interrogation. Enfin, je suis attentif à certaines populations qui sont plus exposées, les personnes dans les prisons, où il est nécessaire de renforcer les dispositifs de dépistage, et les populations migrantes, notamment les sans-papiers qui, par crainte de se faire connaître, peuvent ne pas se faire dépister ou soigner. Je suis pour le retour de l’aide médicale d’État, l’AME, qui nous permettra, nous citoyens français ou résidents réguliers, d’être protégés plutôt que d’être exposés.

La situation aux Antilles vous paraît-elle préoccupante  ? Oui, à plus d’un titre  : 60 % des jeunes au chômage, vie chère, violence qui s’est aggravée dans les régions d’outre-mer, et encore des préjugés nombreux par rapport aux orientations sexuelles.

Vous évoquez l’AME, quelles seront vos priorités concernant la politique de santé  ? Comptez-vous abolir les franchises médicales  ? Je suis conscient que nous devons maîtriser les comptes publics et sociaux, et en même temps, l’hôpital public doit être renforcé dans ses missions. La médecine de ville doit mieux travailler à la fois avec l’hôpital et avec les autres professions de santé. Il est légitime de mieux rémunérer les médecins. Sur les franchises, nous en discuterons car nous avons plusieurs problèmes à régler  : problèmes de dépassement d’honoraires, les mutuelles qui ont été taxées, les franchises, le prix des médicaments…

Au niveau international, quels sont vos engagements pour faciliter l’accès aux traitements dans les pays pauvres ?

Je suis favorable aux médicaments génériques. Nous avons besoin d’une politique internationale sur ce sujet.

Nous sommes tous concernés, quand un virus se développe dans une partie de la planète, nous finissons par être touchés.

Autre point important, la dépénalisation de l’homosexualité dans tous les pays du monde, c’est un enjeu essentiel en matière des droits de la personne.

Que pensez-vous de la proposition du Premier ministre britannique David Cameron de conditionner l’aide au développement au respect de tous les droits humains, y compris le respect des minorités LGBT  ?

C’est un bon principe. Là encore, ça dépasse les frontières nationales et idéologiques.

Sans mettre en cause les règles de chacun de ces pays, car en définitive, nous ne leur demandons rien d’autre que de lever une pénalisation qui est tout à fait inadmissible puisqu’elle est fondée sur la négation d’une liberté. Nous devons être fermes sur ce principe-là.

Y aura-t-il une action diplomatique à l’ONU, comme l’ont fait Nicolas Sarkozy et Rama Yade  ?

Nous n’aurons pas de mal à aller plus loin que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy. Ce qu’il a commencé et pas terminé, nous l’amplifierons et j’espère que nous l’achèverons jusqu’à essayer de faire voter une résolution.

Au printemps dernier, Arnaud Montebourg nous expliquait qu’il ne faisait pas «  de l’identification des questions sociétales l’enjeu majeur de l’élection présidentielle  », sa priorité étant «  d’apporter de nouvelles propositions pour transformer l’économie  ». Séparer ces enjeux n’est-ce pas en réalité une erreur  ?

Moi, je suis pour le progrès. Pour qu’une élection présidentielle puisse faire avancer la France. Puisque nous sommes confrontés à un choix, que cela soit celui qui nous donne la fierté de vivre ensemble, c’est mon ambition.

Qu’au bout de cinq ans, nous soyons encore plus fiers d’être Français que nous ne le sommes aujourd’hui.

Comment y parvenir  ? D’abord en permettant à tous nos concitoyens de travailler, d’être autonomes, de pouvoir accéder à de meilleures conditions au logement, d’être mieux soignés.

Et le progrès, c’est aussi vivre en plus grande liberté, en plus grande sécurité, en plus grande sûreté, en harmonie. Et parmi ces progrès, il y a la reconnaissance de droits qui peuvent être une meilleure protection à l’égard d’un certain nombre de risques, que cela soit des risques sanitaires ou de violence. Je disais combien la laïcité et la liberté devaient être protégées, ce qui suppose de lutter contre toutes violences.

Une société avance globalement. Les plus belles périodes de notre histoire sont celles où les conquêtes ont été multiples  : économiques, sociales, sociétales.

Je veux remettre le pays en mouvement pour que chacun se sente partie prenante. Les Français n’accepteront pas tout ce que je proposerai, mais dès lors qu’ils verront le but, qui est l’harmonie, la réconciliation, le rassemblement, ils y participeront.

* Têtu, le site du magazine gay ( sic).

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier.

En librairie à partir du 8 septembre.


Théorie du genre: La bataille des toilettes a commencé (Battle of the bathroom: The future is already here – it’s just not yet evenly distributed)

8 février, 2014
http://cupwire.ca/wp-content/uploads/sites/4/2013/10/TransgenderedWashrooms1.jpgLe futur est déjà là – simplement, il n’est pas encore réparti de manière uniforme. William Gibson
Il est temps de rétablir ce grand principe qu’on semble méconnaître : que les enfants appartiennent à la République avant d’appartenir à leurs parents. Danton (1793)
http://www.lepoint.fr/images/2014/02/04/2402221-tweet-gorafi-1-jpg_2064367.jpgDepuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère "post-chrétienne" est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les progrès des biotechnologies nous annoncent la possibilité du clonage humain, promesse d’une transformation de l’espèce humaine, qui est très exactement ce sur quoi ont buté le xixe et le xxe siècles. Les philosophies de l’Histoire, le marxisme comme le fascisme et le nazisme, ont rêvé toutes les trois d’un homme nouveau, et recommandé sa production à partir d’une révolution sociale. Slotterdijk nous dit : attention, nous risquons de voir se réaliser ce fantasme et cette utopie qui ont nourri les philosophies de l’histoire et conduit aux catastrophes que l’on sait. (…)Je crois que c’est une très grande erreur d’isoler l’histoire actuelle des développements de la biologie moléculaire, de l’histoire actuelle du développement des théories de l’information et des nouveaux matériaux. C’est en fait la même révolution, et souvent avec les mêmes acteurs, passant de la physique ou de l’information à la biologie. Il ne faut pas dissocier les biotechnologies des autres avancées scientifiques, ce sont les mêmes, dans le même contexte des technosciences, livrées à l’empire de la physico-chimie ; et n’oublions pas les intérêts concurrentiels des entreprises privées et publiques. (…) Nous sommes entrés dans un monde nouveau, radicalement nouveau, ce qui explique que les utopies se réalisent effectivement, à force à la fois de science et de fantasmes. (…) Slotterdijk s’appuie sur le politique de Platon pour montrer que toute l’histoire de l’humanité se réduit à la manière dont, grâce à l’éducation, on a pu distinguer et choisir les meilleurs, parmi les élites, et que, à terme, la biologie permettra enfin une sélection autrement plus efficace que celle des belles lettres. (…)Le siècle que nous avons vécu, siècle court qui a commencé en 1914, 1917 ou 1918 et qui s’est terminé en 1991, a vécu d’utopies réalisées qui ont fort mal tourné. Les totalitarismes fondés sur l’exploitation et la servitude des masses consentantes en ont fait un siècle de terreur et de massacres d’une ampleur sans précédent. À des titres, dans un style et suivant des répercussions différents, communisme, fascisme et nazisme ont envahi la scène de l’Histoire en proposant chacun l’idée de la fabrique d’un homme nouveau appelé à succéder aux impostures de l’humanisme. Dans ce désaveu de l’humanisme, c’est d’abord le procès de la bourgeoisie que, de tous côtés, écrivains et philosophes du xixe siècle, de Flaubert ou Baudelaire à Marx ou à Nietzsche, ont dressé, procès que les idéologies totalitaires du xxe siècle ont repris à leur compte, jusqu’à revendiquer l’inhumanité comme moteur de l’Histoire, c’est-à-dire comme l’instrument de leur expansion. Je ne vais pas insister sur ce point, mais si on réfléchit à la question suivante – d’où vient la tragédie de ce siècle ? – je crois qu’elle vient de ce que le procès intellectuel fait à la bourgeoisie a nourri, sur les désastres de la Première Guerre mondiale, les passions révolutionnaires, celles de droite comme celles de gauche, toutes les formes de gauches ; celles qui ont précédé la fin du communisme et celles qui l’ont suivie s’en sont encore inspirées, des Brigades rouges à la bande à Baader, mais aussi à l’armée de purification prolétarienne organisée par Pol Pot en religion d’État au Cambodge. Je crois qu’il faut lire et relire François Furet pour comprendre combien ce procès de la bourgeoisie, dont l’instruction remonte au xixe siècle, s’est confondu, au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le procès de la démocratie. Dans la culture européenne, le mépris mêlé de haine dont la bourgeoisie a été l’objet se confond avec cette dénonciation de l’humanisme, paravent des abus et des crimes qui se commettent dans l’exploitation du prolétariat par le capitalisme, du Nègre et du Jaune par le colonialiste, des peuples par l’impérialisme. Déficit moral et politique. Tartufferie des régimes parlementaires. Hypocrisie des libertés formelles. Imposture des sociétés démocratiques qui prétendent diffuser la civilisation alors qu’elles imposent la domination de la classe bourgeoise sur toutes les autres et tirent parti de leur génie technique pour asservir le prolétariat ou détériorer la pureté de la race. C’est de ce procès que vont naître et s’alimenter les passions révolutionnaires. En termes de psychanalyse, je crois qu’il faut relever cette note de François Furet : ce trait sans doute unique de la démocratie moderne dans l’Histoire universelle, cette capacité infinie à produire des enfants et des hommes qui détestent le régime social et politique dans lequel ils sont nés, haïssent l’air qu’ils respirent alors qu’ils en vivent et qu’ils n’en ont pas connu d’autre. La scène fondamentale de cette société n’est pas, comme l’a cru Marx, la lutte de l’ouvrier contre le bourgeois, c’est celle qui fait d’un peu tout le monde, y compris du bourgeois lui-même, l’ennemi du bourgeois. Le grand secret de la complicité entre communisme, fascisme et nazisme, quelles que soient leurs différences, qui sont considérables, c’est l’existence de cet adversaire commun, le bourgeois que chacun d’entre eux entend dénoncer, exorciser et combattre dans une lutte à mort. À partir du xixe siècle, l’Histoire en place dans notre société laïcisée remplace Dieu dans la toute-puissance sur le destin des hommes, mais c’est bien au xxe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution. Nietzsche devient alors le repère fondamental de cette manière de considérer que l’Histoire peut transformer non seulement la société, mais aussi la nature humaine et produire l’homme nouveau. On aurait pu croire enterré ce fantasme de l’homme nouveau après l’écrasement du nazisme et l’implosion du communisme. On aurait pu croire précisément que la fin du communisme, ayant fait de celui-ci – je cite Furet – un objet historique offert à l’autopsie, que la dissection effectuée par les historiens ait suffi à démystifier tous les mythes que les grands monstres de ce siècle ont entretenu, rendant caduques les sensibilités, les passions et, finalement, les utopies qui ont conduit à professer que, sous les décombres de l’humanisme, il y a toujours place pour une fabrique de l’homme nouveau. Mais l’heure de vérité qui a dévoilé les désastres des États totalitaires n’y a pas mis fin. (…) Ça veut dire que l’on attend toujours d’une forme de la science, qu’elle soit historique ou biologique, un rebondissement éminemment révolutionnaire au sens où l’avenir peut être conditionné par la confrontation non plus entre sociétés, mais entre les sociétés et le progrès scientifique et technique. Les régimes totalitaires ont été vaincus non pas parce qu’ils ont insuffisamment malaxé la pâte humaine, mais parce que la résistance de la pâte humaine a eu raison de leur idéologie. Quand la science et la technologie interviennent en réduisant la pâte à ses composants physico-chimiques, là où les philosophies de l’Histoire ont échoué, le biopouvoir, associé aux technologies de l’information et de la communication, doit permettre de transformer la nature même de l’homme et de créer enfin l’espèce nouvelle que les dictateurs prophètes du xxe siècle ne sont pas parvenus à enfanter. Retrouvailles avec le xixe siècle, qui ne sont pas paradoxales, en apparence seulement. Ce n’était pas seulement le siècle des philosophies de l’Histoire, c’était aussi celui du positivisme. C’est aussi suggérer que nous entrons dans le xxie siècle avec une cohorte de repères radicalement différents qui annuleraient tous les principes, toutes les valeurs dont la civilisation occidentale s’est inspirée ou par rapport auxquels elle s’est définie jusqu’à présent. L’homme nouveau aurait définitivement pris le deuil de l’humanisme et l’utopie post-moderniste donnerait congé à toute morale qui fasse passer les impératifs de la conscience avec l’irrépressible poids des faits, des démonstrations et, surtout, des réalisations scientifiques. L’homme du xxie siècle serait voué, comme le héros des Particules élémentaires de Michel Houellebecq, à se satisfaire de la jubilation du désastre, c’est-à-dire à voir disparaître l’humanité en lui et autour de lui. Je ne cite pas Houellebecq au hasard. Il fait partie, dans l’ordre du roman, de cette cohorte de prophètes qui déclinent aujourd’hui la fabrique de l’homme nouveau dans l’ordre des essais philosophiques, et celui-là dans l’ordre des romans, en se réclamant des conquêtes et des promesses irrépressibles de la biologie moléculaire et plus généralement des progrès de la science la plus contemporaine, liée de part en part aux conquêtes de la technologie au point d’en être indissociable, avec ses fantasmes de domination et de pouvoir, qui permettraient enfin de réussir là où toutes les philosophies de l’Histoire ont échoué. Je n’évoquerai pas Fukuyama, qui a beaucoup parlé de la fin de l’Histoire, et qui finalement a découvert tout simplement comme Slotterdijk que la solution est précisément celle qui viendra du triomphe des biotechnologies. Pourquoi terminer sur la figure de Nietzsche ? Lorsque vous interprétez toutes ces philosophies, vous voyez bien qu’il y a un recours qui consiste à dénoncer dans la bourgeoisie le petit homme, l’homme qui est incapable de dominer l’Histoire et qui se soumet à tout, le contraire du surhomme. Fukuyama a terminé un article où il annonce précisément la soumission de l’humanité à venir à la biotechnologie, de la manière suivante : d’ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d’accomplir ce que les spécialistes d’ingénierie sociale n’ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l’histoire humaine, rien que cela ! parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels. Commencera alors une nouvelle histoire, au-delà de l’humain. Ainsi parlait Zarathoustra, qui n’est assurément pas étranger à cette vision du redémarrage de l’Histoire au prix du retour du surhomme. La même année, donc, dans un tout autre contexte que celui de la bonne et impériale conscience américaine, Slotterdijk présentait sa conférence en Allemagne sur le parc ou le zoo humain. La relance de la fabrique de l’homme nouveau, grâce aux interventions des biotechnologies, renvoie aux mêmes périls que ceux auxquels le siècle qui s’est terminé a été exposé par les utopies totalitaires. Jean-Jacques Salomon
Nous voulons nous assurer que chaque électeur qui se rendra aux urnes sache précisément ce que Barack Obama fera pour imposer un changement fondamental en tant que président. Bill Burton (porte-parole du candidat Obama, 29.10.08)
After decades of broken politics in Washington, and eight years of failed policies from George W. Bush, and 21 months of a campaign that’s taken us from the rocky coast of Maine to the sunshine of California, we are five days away from fundamentally transforming the United States of America. In five days, you can turn the page on policies that put greed and irresponsibility on Wall Street before the hard work and sacrifice of folks on Main Street. In five days, you can choose policies that invest in our middle class, and create new jobs, and grow this economy, so that everyone has a chance to succeed, not just the CEO, but the secretary and janitor, not just the factory owner, but the men and women on the factory floor. Barack Obama (Columbia, Missouri, October 30, 2008)
I don’t think we have to fundamentally transform the nation. (…) I think that what we have to do is make sure that here in America, if you work hard, you can get ahead. Bill, you and I benefited from this incredible country of ours, in part, because there were good jobs out there that paid a good wage, because you had public schools that functioned well, that we could get scholarships if we didn’t come from a wealthy family, in order to go to college. (…) That, you know, if you worked hard, not only did you have a good job, but you also had decent benefits, decent health care… (…) and for a lot of folks, we don’t have that. We’ve got to make sure that we’re doing everything we can to expand the middle class… (…) — and work hard and people who are working hard can get into the middle class. Barack Obama (February 2, 2014)
Je crois que l’homosexualité est un défaut, une erreur, une distorsion… et que l’on peut en être entièrement restauré. Je sais que ce point de vue va à l’encontre des discours politiques populaires de ce monde, et je suis conscient que ce point de vue me vaut d’être considéré comme ‘un fanatique de droite’ qui doit juste être anéanti. (…) Je prie Dieu tous les jours pour ma sécurité. J’aime mon Dieu. J’aime ma vie. Je souhaite vivre une vie qui honore Dieu. (…) Plutôt que de vouloir ma mort, je voudrais que vous puissiez envisager la possibilité que j’ai le droit légitime à la vie et le droit légitime de suivre mon propre chemin de foi. Michael Glatze
Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complétement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation. Alain Finkielkraut
Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé. (…) Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : "J’en suis encore aux premières fois." La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants. (…)  c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. "Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre." (…) Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais "repris leur liberté" : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi. " (…) Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. Le Nouvel Observateur
Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek. Le Monde
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Le PACS est radicalement différent du mariage parce qu’il n’est pas question, ni aujourd’hui ni demain, que deux personnes physiques du même sexe, quel que soit leur sexe, puissent se marier. (…) Une famille ce n’est pas simplement deux individus qui contractent pour organiser leur vie commune. C’est bien plus que cela. C’est l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes. C’est la construction des rapports entre les générations qui nous précèdent et celles qui vont nous suivre. La famille c’est aussi la promesse et la venue de l’enfant. Celui-ci nous inscrit dans une histoire qui n’a pas commencé avec nous et qui ne se terminera pas avec nous. (…) Un enfant a droit à un père et une mère. Ce droit de l’enfant ne doit pas dépendre du statut juridique du couple de ses parents. (…) Enfin certains ajoutent encore une menace: le pacte ne serait qu’une première étape vers le droit à la filiation pour les couples homosexuels ! Ceux qui le prétendent sont libres d’exprimer leur opinion personnelle. Ils n’engagent qu’eux-mêmes. Le gouvernement a voulu, je l’ai dit, et c’est un choix réfléchi et déterminé, que le pacte ne concerne pas la famille. Comment pourrait-il avoir un effet sur la filiation ? Sur ce sujet je veux être parfaitement claire : Je reconnais totalement le droit de toute personne à avoir la vie sexuelle de son choix. Mais je dis avec la plus grande fermeté que ce droit ne doit pas être confondu avec un hypothétique droit à l’enfant. Un couple, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel, n’a pas de droit à avoir un enfant en dehors de la procréation naturelle qui, elle, implique nécessairement un homme et une femme. Les lois récentes sur la procréation médicalement assistée ont été l’occasion de tracer les limites du droit à l’enfant comme source de bonheur individualiste. Elles ont clairement indiqué, et je partage ce point de vue, que les procréations médicalement assistées ont pour but de remédier à l’infertilité pathologique d’un couple composé d’un homme et d’une femme. Elles n’ont pas pour but de permettre des procréations de convenance sur la base d’un hypothétique droit à l’enfant. (…) Pourquoi l’adoption par un couple homosexuel serait-elle une mauvaise solution ? Parce que le droit, lorsqu’il crée des filiations artificielles, ne peut, ni ignorer, ni abolir la différence entre les sexes. Cette différence est constitutive de l’identité de l’enfant et du sens de cette identité ; c’est-à-dire qu’est-ce qu’être un homme ou une femme ? Je soutiens comme de nombreux psychanalystes et psychiatres qu’un enfant a besoin pour sa structuration psychique, sociale et relationnelle d’avoir face à lui, pendant sa croissance, un modèle de l’altérité sexuelle, un référent homme et un référent femme. Un enfant adopté, déjà privé de sa famille d’origine, a d’autant plus besoin de stabilité sans que l’on crée pour lui, en vertu de la loi, une difficulté supplémentaire liée à son milieu d’adoption. Mon refus de l’adoption pour des couples homosexuels est fondé sur l’intérêt de l’enfant et sur ses droits à avoir un milieu familial où il puisse épanouir sa personnalité. C’est ce point de vue que je prends en considération et non le point de vue des couples qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels. Je n’ignore pas les procès d’intention sur un éventuel " après " de cette proposition de loi qui prépareraient des évolutions plus fondamentales de notre droit. Ce texte serait " une valise à double fond ". Je m’élève avec la plus grande énergie contre de telles insinuations. Les mots ont un sens. Ce vocabulaire de contrebande, qui fait croire que ce texte cacherait autre chose et que vos rapporteurs et le Gouvernement exerceraient une fraude à la loi, est inacceptable. Elisabeth Guigou (Assemblée nationale, 1998)
A l’époque, l’important était de faire passer le pacs. Il y avait une résistance farouche au pacs à l’Assemblée, mais aussi dans la société avec des manifestations, des débordements verbaux inadmissibles… Donc, l’important, c’était de dissocier le pacs du mariage, sur le plan légal et sur le plan symbolique. En 1998, il n’était pas possible de mettre sur la table la question du mariage homosexuel, même au sein du gouvernement, il a fallu que j’insiste. A l’époque c’était quelque chose qui était beaucoup moins admis dans la société, vous ne trouverez plus personne opposé au pacs aujourd’hui. Aujourd’hui, j’ai évolué sur le mariage, j’ai considéré, en parlant avec les associations que, dès lors qu’il s’agissait de consentement mutuel entre deux adultes, il n’était pas possible de refuser une égalité des droits. La société a beaucoup évolué, moi même je garde mes interrogations sur l’adoption ; il faut trouver comment écrire dans le code civil comment s’organise la filiation d’un enfant qui est adopté par un couple homo. Elisabeth Guigou (2012)
Eduquer pour changer les mentalités et transformer la société Devenue une obligation légale depuis 2001, l’ éducation à la sexualité à l’école est peu appliquée: les moyens comme la volonté manquent. Come nous le montrent des programmes expérimentés dans nos territoires, elle a pourtant comme conséquence à court terme une baisse des violences, une meilleure attention des élèves, une prévention accrue dans le domaine de la santé et à plus long terme une baisse des violences faites aux femmes, un recul du machisme, une baisse sensible des suicides chez les adolescents et une plus grande facilité d"émancipation des femmes et des hommes des rôles qui leurs ont assignés.  Le poids des rôles sociaux, des préjugés qui, pèse sur la possibilité des individus à exprimer librement et vivre sereinement leur genre et leur sexualité, lorsqu’ils s’écartent des modèles dominants. L’éducation permettra de déconstruire les préjugés de genre, sexistes, et de lutter contre les violences et discriminations qu’ils engendrent. Nous formerons tous les acteurs éducatifs à la question de l’éducation aux rapports entre les sexes, à partir d’un travail sur les stéréotypes et les assignations de genre. Pour tous les élèves de la classe de CP à la terminale, et tous les ans, 6 heures d’éducation à la sexualité, à l’égalité et au respect mutuel, seront assurées. Les  intervenants extérieurs devront nouer des liens avec les acteurs scolaires et extra-scolaires liés à l’établissement afin d’intégrer la question de l’égalité entre les sexes et les sexualités dans un projet global. Convention égalité réelle (page 36, PS, 11 décembre 2010)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon ("La Révolution française n’est pas terminée", 2008)
Le gouvernement s’est engagé à "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités", notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
Dans sa lettre du 4 janvier adressée aux recteurs, Vincent Peillon affirme sa volonté de révolutionner la société en se servant de l’école : « le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles », affirme-t-il en début de lettre. On remarque les termes : « s’appuyer sur la jeunesse » pour « changer les mentalités ». Qui ? Le gouvernement. En réalité, c’est donc lui qui choisit les orientations politiques et morales qui doivent prévaloir dans la société. Ce n’est plus la famille, l’école et la société adulte qui éduquent la jeunesse. Contrairement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est donc désormais l’État en France qui se pose en seul détenteur de la vérité. On assiste à une dérive théocratique de l’État républicain actuel. Et cette jeunesse, qui, par définition, ne possède pas encore les repères lui permettant de poser des choix par elle-même, il la mobilise dans le sens qu’il juge bon, selon le schéma de la révolution culturelle. La position de Vincent Peillon est vraiment choquante. Lorsqu’il s’appuie sur la jeunesse comme moteur révolutionnaire, renouant avec l’esprit de 1968, le gouvernement sort à l’évidence de son rôle : il instrumentalise la jeunesse à des fins politiques, pour changer les représentations sexuelles et morales dominantes. Ce faisant, il change les règles du jeu au sein de l’École publique en abandonnant ostensiblement l’exigence de neutralité. L’État sort également de son devoir de neutralité et de respect des droits éducatifs familiaux et de l’intimité des enfants lorsque le ministre demande aux recteurs de renforcer les campagnes d’information sur la ligne azur. Ainsi, contrairement à ce qui est affiché, il ne s’agit plus de lutter contre des stigmatisations homophobes en tant que telles, il s’agit bien plutôt d’inciter activement les jeunes en recherche d’identité (comme le sont par construction tous les adolescents) à explorer pour eux-mêmes la voie de l’homosexualité ou de la transsexualité. De même, lorsque le ministre encourage les recteurs à faire intervenir davantage les associations de lutte contre l’homophobie, il encourage en pratique l’ingérence dans l’enceinte de l’école d’associations partisanes engagées dans la banalisation et la promotion des orientations sexuelles minoritaires, si l’on se réfère à la liste des associations agréées par l’Éducation nationale pour intervenir sur ces thématiques dans les établissements. Il favorise donc des prises de paroles unilatérales auprès des jeunes, sur un sujet qui n’a pas encore été tranché par le législateur. (…) Durant la période soviétique, comme durant d’autres périodes totalitaires, il était habituel de se servir des enfants pour démasquer et sanctionner les opinions dissidentes des parents. C’était l’époque de la délation par ses propres enfants. Revenir à de telles pratiques inhumaines et profondément immorales serait une grave régression de l’État de droit. Non content enfin de mettre au pas les écoles publiques, le gouvernement entend aussi museler les écoles privées en bafouant clairement leur caractère propre. Il est évident que les écoles dont le projet éducatif et l’identité sont fondés sur la foi seront opposées à la légalisation du mariage homosexuel. Leur demander d’être neutres sur ce sujet n’a aucun sens, si ce n’est celui de leur faire renier purement et simplement leur vocation spécifique. Anne Coffinier
Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés. (…) Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit. (…) Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui… (…) l’objectif est (…) d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. (…) On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. (…) Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés. (…) Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»? (…) Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi. (…) Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant? (…) Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique.  Bérénice Levet
Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: "If you identify yourself as a boy, this is your toilet" ("Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes"). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre. (…) On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de "rejuger" les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de "réécrire" l’Histoire et de réinterpréter les contes (…) Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique "un homme peut aimer un homme" à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature. (…) En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements. Marie-Amélie Lombard
Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer. Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres. Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. (…) Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. (…) La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité. Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. (…) Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac. Chantal Delsol
La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. (…) L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel. Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République. Christine Boutin (16.12.12)

Et si c’était la "Jeanne d’Arc de la famille" qui avait raison ?

Juge révoquée pour avoir refusé au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant le prénom de "Messie" à un bébé du Tennessee, traitements hormonaux permettant aux enfants victimes de troubles de l’identité sexuelle de bloquer leur puberté  avant plus tard une éventuelle opération chirurgicale, fondateur d’un magazine homosexuel fustigé par des militants suite à sa conversion et à son changement d’orientation sexuelle, jupes pour hommes pour les remises de diplôme de Cambridge comme d’Oxford …

A l’heure où à la tête du Monde libre, un président-girouette qui après avoir tant critiqué la politique de son prédécesseur a intensifié tant les éliminations ciblées que la surveillance, jeux compris, des conversations téléphoniques de millions de gens ordinaires à travers le monde, nous annonce  l’abandon de son rêve de "changement fondamental" de son pays …

Pendant qu’en ces temps de retour à la police de la pensée où on va bientôt se faire trainer devant les tribunaux pour avoir osé parler de "Français de souche"

Et qu’après avoir multiplié tant les déclaration que les ouvrages sur la nécessité de "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités" et d’avoir appelé à l’intervention de militants homosexuels dans les écoles, les apprentis-sorciers de ce côté-ci de l’Atlantique nous assurent à présent que la théorie du genre n’existe tout simplement pas et que  la procréation médicalement assistée n’avait jamais été envisagée dans la loi sur la famille qu’ils renoncent désormais, sous la pression de la rue comme il y a trente ans pour l’école libre, à présenter au Parlement …

A l’instar d’un Parlement européen qui après avoir fait voter une feuille de route anti-homophobie nous assure avoir renoncé aux amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres qui proposaient d’étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents …

Comment alors que se vérifie, derrière ce nouveau catéchisme, énième quête de l‘Homme nouveau et véritable dérive totalitaire voire carrément théocratique de l’État, la prédiction de ses opposants qui avaient vu dans le Pacs le cheval de troie du mariage pour tous

Ne pas voir devant ce futur déjà là mais pas encore réparti de manière uniforme où l’on se bat pour les toilettes transgenres et où les enfants appellent leur mère papa ?

Christine Boutin : ce que j’ai appris du débat sur le Pacs

Alors que les partisans du mariage pour tous seront ce dimanche dans les rues, Christine Boutin, présidente du parti Chrétien-Démocrate et opposante du projet de loi, estime qu’il faut être prudent afin de ne pas heurter les sensibilités.

Atlantico

16 décembre 2012

Atlantico : En 1999, vous faisiez déjà partie des opposants aux Pacs, aujourd’hui vous êtes contre le mariage pour tous. Quelles sont les leçons que vous avez tiré du débat sur le Pacs ?

Christine Boutin : La philosophie et les enjeux que j’ai dénoncés au moment de la discussion sur le Pacs sont toujours les mêmes. Pour moi, le Pacs était l’antichambre de la revendication pour le mariage des homosexuels. On s’aperçoit douze ans plus tard que c’est ce qui se passe. Certes, à l’époque, toute la classe politique pensait que le Pacs s’adressait majoritairement aux homosexuels. Or, on s’aperçoit que ce sont majoritairement les hétérosexuels qui s’en sont servis. D’abord parce que je pense qu’il y a davantage d’hétérosexuels que d’homosexuels statistiquement. Il n’empêche que les ingrédients étaient là pour l’ouverture au mariage pour tous, à l’adoption et à la PMA. Là, nous avons ouvert une digue avec le Pacs. Je n’ai pas du tout changé d’avis.

Je n’ai pas l’impression d’avoir à l’époque eu des propos insultants à l’égard des homosexuels parce que c’est contraire à mon choix personnel. Le fait de m’être opposée au Pacs m’a valu d’être qualifiée d’homophobe par les militants minoritaires de la cause homosexuelle, je l’entends, mais je ne suis pas homophobe.

Quelles conclusions en tirez-vous pour le mariage pour tous ? Avez-vous choisi d’aborder le débat différemment ?

Il y a en effet eu dans l’hémicycle des propos inacceptables vis-à-vis des homosexuels, mais je ne les ai pas prononcés.

Le débat sur le Pacs m’a fait prendre conscience qu’il y avait une sensibilité très grande des personnes homosexuelles vis-à-vis du regard que l’on peut porter sur eux.

Le jour du Pacs, à 5 heures du matin des homosexuels sont venus hurler à mon portail : "Les pédés sont chez toi". Le terme de pédé, je ne l’ai personnellement jamais utilisé parce que ce terme est pour moi choquant et blessant. Que l’on soit homosexuel ou hétérosexuel, il est toujours difficile de s’exprimer en étant certain de ne pas blesser l’autre.

Pour des personnes qui ont une hyper-sensibilité – je ne parle pas uniquement des homosexuels – il faut être d’autant plus attentif.

Par ailleurs, comment éviter les amalgames entre opposition au mariage pour tous et homophobie ?

L’amalgame qui est fait entre opposition au mariage pour tous et homophobie est un raisonnement qui n’est pas un raisonnement. C’est une qualification sans aucun fondement. C’est une façon de fermer le débat que d’enfermer les opposants au mariage pour tous dans la catégorie des homophobes, c’est une façon de ne pas entendre leurs arguments. Ceux qui sont contre le mariage homosexuel ne doivent pas avoir peur d’être mis dans cette case pour la simple raison de ne pas être pour le mariage homosexuel.

Serez-vous à la manifestation le 13 janvier et pourquoi ?

Bien sûr, j’irai manifester le 13 janvier. Je ne suis pas allée à la précédente manifestation car je suis tellement identifiée sur cette cause, je ne voulais pas que la mobilisation soit ramenée à ma personne. Ainsi, les personnes présentes n’ont aucunement pu être instrumentalisées.

Par ailleurs, je crois qu’une forte mobilisation pourra faire changer les choses. Je pense que l’opinion est en train d’évoluer mais ceux que l’on doit faire basculer c’est le gouvernement et le président de la République.

Voir aussi:

Shéhérazade Semsar: "Les États-Unis sont confrontés à l’absurdité des revendications sur le genre"

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

04/02/2014

INTERVIEW – Les universités américaines doivent accorder une place toujours plus importante aux minorités sexuelles.

Chef d’entreprise, franco-iranienne, Shéhérazade Semsar a fait ses études supérieures aux États-Unis. Depuis juillet 2013, elle siège au conseil d’administration de l’université de Georgetown (Washington D.C.) après avoir occupé diverses fonctions au sein de ses instances dirigeantes.

LE FIGARO. – Quelle place occupe la question du «genre» aux États-Unis?

Shéhérazade Semsar. – Les études sur le genre se sont créées une place dans l’enseignement primaire et secondaire aux États-Unis. Elles ne sont pas enseignées en tant que telles, mais elles ont, peu à peu, pris de l’importance dans la vie scolaire. Un exemple parmi d’autres: dans une école en Californie, cette inscription figure sur l’une des portes: «If you identify yourself as a boy, this is your toilet» («Si tu te considères comme un garçon, ce sont tes toilettes»). Autre illustration, toujours en Californie, dans une classe de 5e, le cours d’éducation sexuelle est divisé en trois tiers: comment cela se passe entre deux hommes, deux femmes, un homme et une femme… D’ailleurs, dans la vie courante, sur les formulaires administratifs, on ne demande plus le sexe d’une personne mais son genre.

Qu’en est-il à l’université?

La totalité des universités est obligée d’accueillir un LGBTQ Center (un centre lesbien, gay, bisexuel, transsexuel, queer), de la plus connue, Harvard, à une petite faculté du fond de l’Ohio. Une université qui s’y refuserait verrait une partie de ses subventions fédérales coupées. C’est à la fin des années 1980 que des centres lesbiens-gays ont commencé à être institués. Puis, au cours de la décennie suivante, plusieurs procès ont été gagnés en ce sens. Quant au «Q» – pour «queer» – qu’on peut traduire par «ceux qui ne savent pas» ou aussi par «les tordus» – il a été ajouté dans les années 2000. Le «queer» s’oppose aux normes qu’il considère imposées par la majorité hétérosexuelle, il s’appuie sur l’exception pour définir les règles sociales.

Quel est le poids de ces LGBTQ Centers dans la vie universitaire?

Ces centres ont une vocation associative. Ils doivent permettre aux personnes se sentant appartenir aux communautés lesbienne, gay, etc., d’avoir un endroit pour être ensemble et discuter. Mais ils s’assurent aussi que ces catégories sont bien protégées et représentées au sein des différentes entités de l’université et de ses instances dirigeantes. Dans toutes les réunions de direction, il y a toujours un volet LGBTQ. Récemment Harvard a même dû accepter que la catégorie «sado-maso» soit aussi représentée sur son campus sous la dénomination «kinky» (pervers). Désormais, certains militent pour ajouter encore un «I» pour «intersexué» et un «A» pour «asexuel». C’est sans fin… Mais on commence à réaliser l’absurdité de ces revendications qui ne relèvent que de la pratique de la sexualité. Un mouvement, notamment universitaire, qui a pourtant soutenu les «gender studies», trouve que les choses vont trop loin et qu’on est en train de tomber dans un «nationalisme gay». Des associations de défense des droits des homosexuels ont même créé le «no homonationalism».

Rien de commun, selon vous, entre la volonté d’assurer l’égalité hommes-femmes et les revendications de ces minorités sexuelles?

On ne peut pas mettre ces revendications sur le même plan que la politique d’égalité hommes-femmes ou que la lutte contre les discriminations raciales. Sous couvert de faire avancer l’égalité entre les sexes, on a diffusé ce concept du genre. Jusqu’à quel niveau faudra-t-il aller dans l’exception? Quand il faut gérer dix mille étudiants, avec tous les problèmes que cela suppose, est-il raisonnable de passer autant de temps sur les pratiques sexuelles de 0,1 % de la population? Pourtant, les revendications des LGBTQ focalisent encore l’attention. De plus, il existe une vraie censure. Personne n’ose vraiment remettre en question le bien-fondé de cette importance accordée au genre. Cependant, une génération de jeunes a désormais vécu dans cet environnement. On commence à avoir le recul nécessaire pour mesurer ses conséquences.

Ces questions suscitent-elles la polémique aux États-Unis?

Dans l’enseignement, non. Car il n’y a jamais eu, comme en France actuellement, une volonté de l’État d’imposer une doctrine du genre à toute la société… Contrairement à ce qui est prévu dans les ABCD de l’égalité, à aucun moment aux États-Unis il n’est demandé aux élèves ou aux étudiants de «rejuger» les œuvres littéraires ou artistiques du passé avec les référentiels du genre ou de l’égalité. Il n’y a jamais eu cette volonté – très communiste, voire stalinienne – de «réécrire» l’Histoire et de réinterpréter les contes.

Pour certains, la question du genre prolonge la lutte contre l’homophobie.

Mais ce n’est pas parce qu’on a beaucoup lutté, à juste titre, contre l’homophobie qu’il faut diffuser dans toute la population la problématique du genre. Ce n’est pas du tout pareil. On est passé d’une problématique «un homme peut aimer un homme» à l’idée que tout le monde peut être homme ou femme et qu’il n’y a pas de sexe biologique. Cette confusion me semble très perturbante. Elle participe de l’idée, répandue parmi, disons, la génération 2.0, d’une surpuissance de l’Homme sur la nature.

Quelle est la puissance de ces associations?

En vingt ans, les LGBTQ sont devenus puissants. Ils peuvent être procéduriers en cas de litige. L’université du Texas, à Houston, a dû ainsi se défendre dans un énorme procès sur l’absence de bourses destinées aux seuls étudiants LGBTQ. Ils sont également actifs dans les campagnes de levée de fonds et reçoivent beaucoup d’argent de Hollywood ou des entreprises high-tech de Californie. Jeff Bezos, le fondateur du site de distribution Amazon, figure ainsi parmi les gros donateurs de la cause homosexuelle, comme Larry Page ou le fondateur de Paypal, Peter Thiel. C’est un lobby influent, avec des capacités de financement très importantes. Les candidats aux élections présidentielles américaines ont tous reçu des subsides de ces groupes de pression. Ni l’Administration Obama, ni, avant, celle de Bush, n’ont pris leurs distances avec ces mouvements.

Voir également:

Wilfrid est devenu Chloë : papa est une fille

Doan Bui

Le Nouvel observateur

15-08-2013

En octobre 2012, la cour d’appel de Rennes a validé le changement d’identité d’une transsexuelle mariée et père de trois enfants.

(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 1er novembre 2012)

Ses trois fils l’appellent toujours papa. Alors, évidemment, ça fait bizarre quand ils sont tous ensemble dans la rue, maintenant qu’elle a ces longs cheveux bouclés, ces créoles qui dansent aux oreilles, ces bagues et ces gestes gracieux qu’elle semble avoir esquissés toute sa vie. Pourtant, cela ne fait qu’un an que Chloé Avrillon, 42 ans, vit dans ce corps de femme dont elle avait toujours rêvé.

Pendant quarante ans, j’ai vécu enfermée par erreur dans un corps d’homme que je haïssais. J’ai l’impression d’une seconde naissance. "

Chloé est une transsexuelle, comme on dit, même si elle déteste ce mot, lui préférant le terme "transidentitaire".

Presque un an après son opération, à Bangkok, qui a finalisé sa métamorphose, elle continue à s’émerveiller de sa toute nouvelle féminité : "J’en suis encore aux premières fois." La première robe, le premier soutien-gorge, les premiers talons… Et, bientôt, ses nouveaux papiers : la semaine dernière [fin octobre 2012, NDLR], la cour d’appel de Rennes a donné à Wilfrid Avrillon le droit de changer d’état civil et de s’appeler enfin Chloé Avrillon. Alors qu’elle est toujours mariée à Marie, la mère de ses trois enfants.

"Je me suis toujours sentie fille. Je détestais ce corps"

Chloé. C’était le nom qu’elle s’était donné dans son coeur. "Je me suis toujours sentie fille. La puberté, ce fut un déchirement. Je détestais ce corps qui s’éloignait de plus en plus de ce que je voulais être." Elevé par une mère aimante, un beau-père présent – "les trans ne sont pas forcément des enfants délaissés !" -, Wilfrid-Chloé est un jeune garçon efféminé, mal dans sa peau, fan de David Bowie et de Boy George, pour leur allure androgyne. A la fois obsédé par les filles, parce qu’il veut être comme elles et… qu’il est attiré par elles.

"Je ne rentrais dans aucune case. Un jour, j’ai appelé un numéro d’aide pour les ados homosexuels. La personne m’a dit : ‘Désolé, je ne peux rien pour vous.’ Moi, je voulais être une fille, c’est vrai, mais je n’ai jamais été attiré par les garçons. C’est ce que j’ai dit à ma mère, qui s’inquiétait, pensant que je niais mon homosexualité."

"Des filles au masculin"

Les personnes dont Wilfrid tombe amoureux sont "toujours des filles au masculin, comme dans la chanson d’Indochine. Mon complément, en quelque sorte", dit-il. Quand, à 22 ans, il rencontre Marie, cheveux courts, garçon manqué, ils se trouvent tout de suite et tombent amoureux. Même si, dans l’intime, comme le confie pudiquement Chloé aujourd’hui, la fille égarée dans un corps de garçon reste dégoûtée par ses attributs d’homme et par l’acte sexuel : "Mais je voulais surmonter ce blocage pour Marie. J’avais trop peur de la perdre."

Ils s’installent ensemble. Wilfrid travaille dur et réussit le concours de l’Ecole nationale de l’Aviation civile : "Pour moi, les trans étaient des gens qui se prostituaient au bois ou qu’on enfermait à l’asile. C’était une angoisse terrible pour moi d’avouer ce que j’étais. Je n’avais qu’une obsession : me construire une place stable dans la société."

Détresse identitaire

Wilfrid-Chloé croit qu’il va pouvoir "oublier" tout cela. D’autant que Marie est enceinte. Il a 25 ans. "C’était un immense bonheur. Et en même temps, j’aurais tellement voulu porter cet enfant moi-même. Quel piège ! Je devais désormais m’interdire de penser à devenir une femme. Comment assumer tout cela avec un enfant ?" Alors Wilfrid enfouit tout. Avec Marie, ils ont un deuxième enfant. Puis un troisième. Ils déménagent dans la petite ville de Landerneau, dans le Finistère. Mais Wilfrid part à la dérive, rongé par cette détresse identitaire, soufrant de cette allure efféminée qui lui vaut d’être traité de "tarlouze" ou de "pédé".

"J’hésitais à faire mon coming-out. J’avais si peur qu’on m’enferme dans un hôpital psychiatrique, qu’on me retire les enfants. Et puis, en 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, a annoncé que les troubles identitaires ne seraient plus considérés comme des maladies mentales. Le décret est passé l’année d’après. J’étais mûr."

"Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon"

Ce 16 janvier 2010, c’est pourtant Marie qui va parler la première. Elle confesse ce qu’elle a caché si longtemps à son mari. Avant lui, elle n’avait aimé que des filles. Ses parents n’avaient jamais accepté son homosexualité, elle est tombée amoureuse de lui sans vraiment comprendre comment c’était possible. "Elle avait senti que j’étais une fille dans un corps de garçon. Mais pendant toutes ces années, on ne s’était rien dit. Elle avait peur de me perdre. Comme moi j’avais peur de la perdre." Cette fois Wilfrid est décidé. Il devient Chloé.

De cet "après-coming-out", Chloé garde le souvenir d’une période en apesanteur. "Je m’attendais à tout perdre. Ma famille, mon job. Mais, Marie m’a beaucoup soutenue. Ma mère aussi." "C’était un soulagement. Je savais enfin pourquoi Chloé allait si mal pendant toutes ces années", dit la mère. Et elle ajoute : "Oui, j’ai eu un fils et maintenant c’est une fille, mais je m’en fiche, c’est mon enfant, et il est encore en vie, alors que j’ai pensé le perdre."

"J’aurais préféré être un père comme les autres"

Et les enfants de Wilfrid-Chloé, ces trois garçons chéris qui ont à l’époque 13, 11 et 6 ans, comment ont-ils vécu cette transformation ? "Les pédopsychiatres nous ont assuré que tant qu’on les entourait, ça irait… On ne le croyait pas, mais pourtant, c’est ce qui s’est passé. Quand j’ai commencé à me faire pousser les ongles, mon aîné l’a remarqué. J’étais gênée, je lui ai dit que je commençais la guitare. Il m’a dit : ‘Arrête papa, on ne me la fait pas.’ Bien sûr, j’aurais préféré être pour eux un père comme les autres. Mais que vaut-il mieux ? Un père qui se suicide, ou un père qui devient une femme ?"

Et quand Marie et Wilfrid-Chloé expliquent la situation au principal du collège privé catholique où est scolarisé Théo, ce sont eux qui tombent de leur chaise. Celui-ci leur annonce qu’un élève du même âge que Théo connaît une situation familiale identique : son père vient de se faire opérer pour devenir une femme… Et, l’an dernier au lycée, un garçon a vécu la même expérience.

"Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait"

Au travail, à Brest, Wilfrid a en revanche eu du mal à faire admettre qu’il s’appellerait désormais Chloé. "Certains collègues m’ont dit que cela les dégoûtait, d’autres qu’ils refuseraient de me serrer la main." Elle a donc été mutée à Paris en mars 2012. Pudiquement, elle avoue que Marie et elle ont désormais "repris leur liberté" : Chloé a rencontré une autre femme, Marie-Pierre, Marie aussi.

"Je suis devenue une femme, certes, mais pas la femme que Marie avait choisie. C’est compliqué de faire le deuil de la personne qu’on a connue et aimée. Marie a eu besoin d’aller voir ailleurs, au début, j’ai eu un pincement au coeur, mais j’étais heureuse pour elle." Pourtant, Chloé et Marie se sont battues devant les tribunaux pour rester mariées, pour que le changement d’état civil de Chloé n’annule pas leur passé. "Marie, je la protégerai toute ma vie. On est liées pour toujours. Sans elle, je me serais flinguée. Elle m’a donné une famille, mes enfants. Et ça, nous nous battrons pour le préserver."

Voir encore:

"La théorie du genre entraîne l’école dans l’ingénierie sociale"

Pour la philosophe Bérénice Levet, en menant «la chasse aux stéréotypes»,le gouvernement joue aux apprentis sorciers.

Marie-Amélie Lombard

Le Figaro

30/01/2014

Docteur en philosophie, Bérénice Levet travaille à un essai sur La théorie du genre ou le monde rêvé des anges, à paraître chez Grasset en septembre 2014. Elle est l’auteur de Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 2012.

LE FIGARO. – L’Éducation nationale est-elle en train d’introduire «la théorie du genre» à l’école?

Bérénice LEVET. – Je précise d’emblée que je ne soutiens en rien les mouvements qui appellent à boycotter l’école et qui manipulent les esprits. Mais il ne faut pas abandonner ce débat à l’extrême droite. Or, dans ce qui est dénoncé aujourd’hui, il y a une part de réalité. Certes, la théorie du genre en tant que telle n’est pas enseignée à l’école primaire mais plusieurs de ses postulats y sont diffusés.

Avant tout, quelle définition donnez-vous de la théorie du genre?

Pour les tenants de cette théorie, l’identité sexuelle est, de part en part, construite. Selon eux, il n’y a pas de continuité entre le donné biologique – notre sexe de naissance – et notre devenir d’homme ou de femme. C’est, poussé à l’extrême, la formule de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième sexe «On ne naît pas femme, on le devient». Et les théoriciens du genre poursuivent: à partir du moment où tout est «construit», tout peut être déconstruit.

Quels sont les exemples de l’application de cette théorie à l’école?

Prenons les «ABCD de l’égalité», qui sont des parcours proposés aux élèves et accompagnés de fiches pédagogiques pour les enseignants. Ils sont supposés servir à enseigner l’égalité hommes-femmes. Qu’en est-il? Dans une fiche, intitulée «Dentelles, rubans, velours et broderies», on montre un tableau représentant Louis XIV enfant qui porte une robe richement ornée et des rubans rouges dans les cheveux. L’objectif affiché? Faire prendre conscience aux élèves de l’historicité des codes auxquels ils se soumettent et gagner de la latitude par rapport à ceux que la société leur impose aujourd’hui…

N’est-ce pas une simple façon de montrer que la façon de s’habiller a évolué au fil du temps?

Non, l’objectif est bien d’«émanciper» l’enfant de tous les codes. Ce qui aboutit à l’abandonner à un ensemble de «possibles», comme s’il n’appartenait à aucune histoire, comme si les adultes n’avaient rien à lui transmettre. Or, il est faux de dire qu’on «formate» un enfant, on ne fait que l’introduire dans un monde qui est plus vieux que lui. Kierkegaard parle d’un «désespoir des possibles» qui ne se transforme jamais en nécessité.

Quels autres exemples vous semblent condamnables?

Le film Tomboy – «garçon manqué» en français -, de la réalisatrice Céline Sciamma, a été montré l’an dernier à 12 500 élèves parisiens, de la dernière année de maternelle au CM2. Quel est le propos du film? Une petite fille, Laure, se fait passer pour un garçon auprès des enfants avec qui elle joue et se fait appeler Michaël. Qu’est-il écrit dans le dossier pédagogique? «Laure semble pouvoir aller au bout de la possibilité Michaël»… On n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance.

Le danger n’est-il pas surtout d’imposer à l’école un fatras mal assimilé des études de genre qui sont un champ de la recherche universitaire? Le gouvernement joue-t-il aux apprentis sorciers?

Sans scrupules, l’école est entraînée dans une politique d’ingénierie sociale. Tout en se donnant bonne conscience, le gouvernement encourage un brouillage très inquiétant. Savons-nous bien ce que nous sommes en train de faire? A l’âge de l’école primaire, les enfants ont besoin de s’identifier, et non pas de se désidentifier. A ne plus vouloir d’une éducation sexuée, on abandonne nos enfants aux stéréotypes les plus kitsch des dessins animés.

N’est-ce pas pour autant utile d’affirmer l’égalité des sexes dès le plus jeune âge?

Il faudrait surtout en finir avec cette mise en accusation systématique du passé. Notre civilisation occidentale, et spécialement française, n’est pas réductible à une histoire faite de domination et de misogynie. Sur la différence des sexes, la France a su composer une partition singulière, irréductible à des rapports de forces. L’apparition d’une culture musulmane change-t-elle la donne? Elle nous confronte en tout cas à une culture qui n’a pas le même héritage en matière d’égalité des sexes. Ce qui me paraît dangereux dans cette «chasse aux stéréotypes» est le risque de balayer d’un revers de main tout notre héritage culturel. Dans un tel contexte, quelle œuvre littéraire, artistique ou cinématographique ne tombera pas sous le coup de l’accusation de «sexisme»?

Selon vous, sous couvert de lutter contre les stéréotypes, on peut bouleverser en profondeur la société?

Il existe une volonté de transformer la société, de sortir de toute normativité pour aboutir à un relativisme complet. Le gouvernement Ayrault est en pointe sur ce combat. On l’a vu lors du débat sur le Mariage pour tous. Il ne devrait pas être impossible de dire que l’homosexualité est une exception et que l’hétérosexualité est la norme. La théorie de l’interchangeabilité des sexes se diffuse. Or, nous avons un corps sexué qui est significatif par lui-même et qui ne compte pas pour rien dans la construction de soi.

L’égalité hommes-femmes n’est cependant pas acquise aujourd’hui. Comment s’y prendre pour la renforcer?

Le principe de l’égalité est incontesté aujourd’hui. Certes, il existe encore ce fameux “plafond de verre” empêchant les femmes d’accéder aux plus hauts postes et des inégalités salariales. Mais les progrès sont inouïs. Doit-on, comme l’a fait récemment le gouvernement, imposer aux hommes de prendre un congé parental? On en arrive à punir la famille parce qu’un homme est récalcitrant à s’arrêter de travailler! Et puis, faut-il rappeler qu’il n’y a pas de cordon ombilical à couper entre un père et son enfant?

A vous entendre, les dérives que vous dénoncez risquent de ne pas se limiter à l’école.

Je n’ai guère le goût des analogies historiques mais, s’il existe une leçon à retenir des totalitarismes nazi et stalinien, c’est que l’homme n’est pas un simple matériau que l’on peut façonner. Avec la théorie du genre, l’enjeu est anthropologique. Montesquieu écrivait: «Dans un temps d’ignorance, on n’a aucun doute, même lorsqu’on fait les plus grands maux. Dans un temps de lumière, on tremble encore lorsqu’on fait les plus grands biens».

Voir par ailleurs:

Cette théorie relève d’une idéologie sectaire

Chantal Delsol (Philosophe, historienne des idées politiques)

Le Monde

30.01.2014

Depuis le 28 janvier, une affaire de catéchisme à l’école fait des ravages dans les médias. Il semble qu’un certain nombre de familles mettent en cause le catéchisme et les dogmes attenants, entendons le discours du genre. Il semble aussi que ces familles récalcitrantes ont été plus ou moins trompées par des messages excessifs ou même faux. Il y a donc des gens qui jouent de dérision pour tenter de subvertir les paroles du ministère de l’éducation. Or ces paroles sont sacrées. C’est péché de s’en moquer.

Ledit discours du genre ressemble tellement à une religion qu’on ne peut s’empêcher d’utiliser, pour en décrire les aventures, du vocabulaire religieux. Elle relève de l’idéologie, dont elle porte le fanatisme et l’irréalité. Ses défenseurs sont des apôtres excités, jamais fatigués, toujours l’injure aux lèvres.

Les textes du gouvernement concernant l’école précisent que les enfants appartiennent à l’Etat. Les textes concernant le genre, du même acabit, voudraient nous précipiter dans une société surréelle, mélange de George Orwell et de Nicolae Ceaucescu, où rien n’est à sa place, où rien n’a aucune place, puisque c’est le pouvoir, et les gardiens de l’orthodoxie régnante, qui décident de l’ordre du monde. Cela est si invraisemblable, si farfelu et si grotesque, que sans nul doute les humoristes vont s’y mettre. En lisant ces textes, certains peuvent avoir l’impression bien fondée qu’à partir de là, n’importe quoi peut être dit sans porter préjudice au bon sens. Comme on le sait, tout ce qui est excessif est insignifiant, et l’insignifiance fait rire, il n’y a plus que cela pour desceller des projets à la fois illuminés et pompeux. Voyez de quoi les Femen sont capables.

Nos gouvernants ne doivent pas s’imaginer qu’ils réduiront si facilement les familles françaises à croire que les garçons et les filles ne sont différents que là où le ministère le décide. Car dans la simple réalité, il n’en va pas ainsi. Et les familles ne sont peut-être pas versées dans la métaphysique des sphères, mais pour autant elles ne sont pas idiotes, et lorsqu’il s’agit de leurs enfants, elles sont déterminées pour refuser qu’on leur fasse avaler des pantalonnades pareilles.

ET CE SONT LES FILLES QUI EN FONT TOUJOURS LES FRAIS

La différence sexuelle engendre des hiérarchies, des discriminations et des inégalités injustes. Et ce sont les filles qui en font toujours les frais. Cela est historique. Faut-il donc supprimer les différences pour supprimer les discriminations ? On songe à cet anarchiste du XIXe siècle qui voulait rayer une ville de la carte pour supprimer la pauvreté qui y régnait. Lorsque tous les pauvres seront morts, lui répondait un autre, il n’y aura plus de pauvreté. Quand au lieu de garçons et de filles vous n’aurez plus qu’un sexe indéterminé, un Tomboy montré en modèle universel dans toutes les écoles de la République, alors il n’y aura plus de discrimination, mais il n’y aura plus de différences non plus. L’indétermination n’est pas l’idéal à poursuivre pour empêcher les inégalités injustes. Celles-ci, mieux vaudrait les combattre en mettant en valeur les différences et leur complémentarité.

Pourtant les choses sont plus compliquées. Le discours sur le genre n’évince pas l’altérité en soi, mais il ne reconnaît que les altérités construites, voulues, légitimées par la culture dominante et par les individus eux-mêmes. Les différences ne sont pas reçues, elles doivent être voulues. Le gender est moins une volonté d’indétermination et de retour au chaos qu’une volonté de re-nommer les êtres et de re-programmer les différences que l’ordre naturel avait (mal) faits. On dirait bien que deux totalitarismes ne nous ont pas encore déniaisés, ni découragés de vouloir prendre la place du créateur. Couvrir la terre de déchets qui la stérilisent et nier la masculinité, c’est le même comportement, qui consiste à récuser jusqu’à la révolte un ordre que nous n’avons pas nous-mêmes programmé. Dans notre mythe originel, l’ange du mal n’avait rien fait d’autre.

L’IDÉAL D’ÉMANCIPATION

Cette idéologie, qui s’avance comme un destin irrémédiable ou comme l’esprit d’Hegel, de quoi est-elle le nom ? Elle répond à l’idéal d’émancipation qui habite la culture européenne depuis les origines, et dont les concrétisations parsèment notre histoire et la façonnent. Seule culture dans laquelle on peut trouver des oeuvres comme L’Asservissement des femmes de Stuart Mill, ou Une chambre à soi de Virginia Woolf, avec toutes les mesures politico-sociales que cela entraîne.

Pourtant, il est regrettable de voir cette belle histoire d’émancipation s’enrayer dans l’extrémisme et le fanatisme. Comment se préserver de l’extrémisme que déploient des discours comme celui du gender ? En prenant en compte, non seulement l’émancipation enviable, mais aussi l’enracinement nécessaire qui nous arrime à la condition humaine, à l’histoire, aux exigences naturelles élémentaires. Supprimer tout enracinement : c’est ce qu’avaient tenté les soviets, à ce point que Trotski disait à ce sujet : nous vivons à présent dans un bivouac. Une société humaine ne peut pas faire sa demeure dans un bivouac.

Voir encore:

La feuille de route anti-homophobie de l’UE qui affole la « Manif pour tous »

Mathilde Gérard

Le Monde

04.02.2014

Dimanche 2 février, dans les cortèges de la Manif pour tous contre l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, beaucoup s’inquiétaient d’un texte qui vient d’être voté au Parlement européen, mardi 4 février : le « rapport Lunacek », initiative de la députée autrichienne écologiste Ulrike Lunacek, qui propose une « feuille de route » contre l’homophobie et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Le document a été adopté par 394 voix pour et 176 voix contre et 72 abstentions. Les opposants au mariage homosexuel dénoncent un texte élaboré par le « lobby LGBT » avec pour objectif d’imposer, selon eux, l’agenda gay aux législations des vingt-huit Etats membres. Sur le site CitizenGo, une pétition contre cette feuille de route, lancée par La Manif pour tous, a recueilli plus de 200 000 signatures. Le point sur ce texte qui suscite un grand nombre de fantasmes.

Que propose le « rapport Lunacek » ?

Ce document est un « rapport d’initiative », c’est à dire, dans le jargon européen, qu’il s’agit d’un « rapport d’opinion » qui n’a pas de valeur contraignante. Il propose à la Commission européenne d’adopter une stratégie globale afin de lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle. « A dix reprises depuis 2010, le Parlement européen a demandé à la Commission d’établir une feuille de route, comme il en existe déjà au sujet des discriminations contre les Roms ou contre les personnes souffrant de handicap, mais Viviane Reding [la commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté] ne s’est jamais emparée du sujet de l’homophobie, explique au Monde l’eurodéputée Ulrike Lunacek. Nous avons donc pris l’initiative en obligeant la Commission, par cette feuille de route, à tenir compte des discriminations liées à l’orientation sexuelle. »

Le document proposé par Ulrike Lunacek, qui a fait l’objet d’un consensus entre cinq grands partis européens – Parti populaire européen (PPE), Socialistes et démocrates (S&D), Alliance des Libéraux et Démocrates pour l’Europe (ALDE), Verts et Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique (GUE/NGL) – « condamne fermement toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre » et « demande à la Commission de faire un usage le plus large possible de ses compétences, y compris en facilitant l’échange de bonnes pratiques entre les Etats membres ».

Le texte reste très général, mais parmi les mesures plus concrètes proposées dans cette « stratégie », le texte encourage la Commission « à recueillir régulièrement des données pertinentes et comparables sur la situation des personnes LGBTI [lesbiennes, gays, bisexuelles, transexuelles et intersexe] dans l’Union européenne », à « promouvoir l’égalité et la lutte contre les discriminations dans l’ensemble de ses programmes destinés à la jeunesse » et à « favoriser la formation des professionnels ».

Le rapport Lunacek imposera-t-il de légiférer sur la PMA ou le mariage homosexuel ?

Dans le texte de la pétition s’opposant au rapport Lunacek, les signataires estiment que le document « détourne une politique de non-discrimination pour créer des privilèges au profit de certains citoyens sur la base de leur sexualité ». « Le rapport Lunacek ne laissera aucun autre choix aux institutions de l’UE et aux Etats membres que d’incorporer l’agenda LGBTI à la conception de politiques publiques ». En réalité, les signataires confondent la feuille de route, qui reste de nature générale, avec une série d’amendements adoptés par la commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres, qui effectivement, proposaient d’aller plus loin que le rapport initial. Parmi ces amendements figurent notamment une incitation à étendre les traitements de fertilité et de procréation médicalement assistée aux personnes LGBT ou la possibilité que les enfants aient plus de deux parents, mais aucun n’a été intégré au texte voté mardi au Parlement européen. « Nous avons voulu rester sur le document de consensus, approuvé par les cinq grandes familles politiques européennes », assure Ulrike Lunacek.

De même, des opposants au texte avancent que suite à l’adoption de la feuille de route, le droit au mariage homosexuel sera imposé à tous les Etats membres, mais le rapport Lunacek se contente de demander que lorsque des familles voyagent au sein de l’Union européenne, leur existence juridique soit reconnue d’un Etat à un autre.

Mais la confusion est grande. Mardi, le député UMP Laurent Wauquiez assurait à l’Agence France Presse que le rapport Lunacek porte « sur la théorie du genre, les techniques de PMA, et sur le fait pour un enfant d’avoir plus de deux parents », confondant le document de base et les amendements votés par la commission des droits de la femme, qu’Ulrike Lunacek n’a pas repris.

Y a-t-il un objectif financier adossé à ce rapport ?

C’est un autre reproche adressé par les signataires de la pétition au rapport Lunacek : « Alors que ILGA Europe [l'organisation européenne LGBT] a été financée à hauteur de 1,408 million d’euros en 2012, ce rapport conduira à un financement encore bien plus important. » Pourtant, le document ne fait à aucun moment mention d’un financement des associations de gays et lesbiennes.

Quel est le lien entre le rapport Lunacek et le rapport Estrela ?

Il n’y en a pas : le premier entend lutter contre l’homophobie, le second, rejeté en décembre par le Parlement européen, portait sur la santé sexuelle et proposait de faire de l’avortement un droit reconnu par l’Union européenne. Ils traitent donc chacun de thèmes bien différents. Pourtant, ces deux initiatives rassemblent les mêmes opposants qui y ont vu des attaques contre un prétendu modèle familial. « Faisant fi du rejet du rapport Estrela, les lobbies, soutenus par un certain nombre de parlementaires européens, persistent à vouloir imposer leur idéologie délétère », écrit par exemple l’eurodéputé frontiste Bruno Gollnisch.

Le débat préliminaire au vote parlementaire a-t-il été tronqué ?

Certains eurodéputés opposés au texte, comme Bruno Gollnisch, assurent que « l’ordre du jour [de la session plénière du Parlement européen] a été modifié » pour que le « débat soit volontairement tronqué ». Le débat préliminaire à l’examen du texte a en fait bien eu lieu lundi, en fin de journée et a duré une vingtaine de minutes (voir la vidéo). « En session plénière, il est habituel que les débats aient lieu la veille des votes », plaide Ulrike Lunacek. Et l’agenda serré des sessions plénières du Parlement européen atteste que les débats de vingt minutes, y compris sur des sujets complexes, sont légion.

Quelles conséquences pour le projet de loi sur la famille dont l’examen a été ajourné par le gouvernement français ?

« On est en train de faire entrer par la porte ce qu’on a fait sortir par la fenêtre », déplore Laurent Wauquiez (UMP), au lendemain de l’annonce par le gouvernement que le projet de loi sur la famille ne serait pas examiné avant 2015. « On voit l’hypocrisie et l’ambiguïté de la majorité qui sous la pression feint de reculer à Paris pour avancer camouflé en Europe », dénonce le député UMP, qui demande une « clarification » de la position des eurodéputés socialistes sur ce texte, mais oublie par la même occasion que sa famille politique européenne, le PPE, s’est elle-même divisée sur ce texte (70 députés PPE ont voté pour, 130 contre). Les eurodéputés PPE français ont tous rejeté le texte, en expliquant leur choix dans un communiqué : la délégation française UMP-UDI] « ne peut s’associer à ce que l’on demande à un Etat membre de reconnaître les actes civils tels que le mariage homosexuel contractés dans un autre Etat membre, alors même qu’il ne le reconnaît pas au sein de sa propre législation » et estime que de tels sujets doivent être laissés à « l’appréciation de chaque Etat conformément au principe de subsidiarité ».

Voir également:

Transgender kids: Painful quest to be who they are

Madison Park

CNN

September 27, 2011

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Berkeley, California (CNN) — One of the first things Thomas Lobel told his parents was that they were wrong.

The 3-year-old had learned sign language because he had apraxia, a speech impediment that hindered his ability to talk. The toddler pointed to himself and signed, "I am a girl."

"Oh look, he’s confused," his parents said. Maybe he mixed up the signs for boy and girl. So they signed back. "No, no. Thomas is a boy."

But the toddler shook his head. "I am a girl," he signed back emphatically.

Regardless of the fact he was physically male, Thomas has always maintained that he is a girl. When teased at school about being quiet and liking dolls, Thomas would repeat his simple response, "I am a girl."

Thomas, now 11, goes by the name of Tammy, wears dresses to school and lives as a girl.

Her parents have been accused by family, friends and others of being reckless, causing their youngest child permanent damage by allowing her to live as a girl.

When children insist that their gender doesn’t match their body, it can trigger a confusing, painful odyssey for the family. And most of the time, these families face isolating experiences trying to decide what is best for their kids, especially because transgender issues are viewed as mysterious, and loaded with stigma and judgment.

Transgender children experience a disconnect between their sex, which is anatomy, and their gender, which includes behaviors, roles and activities. In Thomas’ case, he has a male body, but he prefers female things likes skirts and dolls, rather than pants and trucks.

Gender identity often gets confused with sexual orientation. The difference is "gender identity is who you are and sexual orientation is who you want to have sex with," said Dr. Johanna Olson, professor of clinical pediatrics at University of Southern California, who treats transgender children.

When talking about young kids around age 3, they’re probably not interested in sexual orientation, she said. But experts say some children look like they will be transgender in early childhood, and turn out gay, lesbian or bisexual.

Gender nonconformity is not a disorder, group says

There is little consistent advice for parents, because robust data and studies about transgender children are rare. The rates of people who are transgender vary from 1 in 30,000 to 1 in 1,000, depending on various international studies.

Like Tammy, some children as young as 3, show early signs of gender dysphoria or gender identity disorder, mental health experts who work with transgender children estimate. These children are not intersex — they do no have a physical disorder or malformation of their sexual organs. The gender issue exists in the brain, though whether it’s psychological or physiological is debated by experts.

One of the most recognizable transgender celebrities is Chaz Bono, who currently competes on "Dancing with the Stars." Born female to entertainers Sonny and Cher, Bono underwent a transition to become a man in his 40s. He wrote in his book "Transition" that even in his childhood, he had been "aware of a part of me that did not fit."

Many transgender kids report feeling discomfort with their gender as early as they can remember.

Proud to be ‘Born This Way’

Mario, a 14-year-old Californian who asked his full name not be used, was born female. He dresses and acts like a boy, because, he said, since he was 2 years old, he never genuinely felt like a girl.

"I feel uncomfortable in female clothes," said Mario. "I feel like why should I wear this when it’s not who I am? Why should I be this fake person?"

But when a child starts identifying with the opposite gender, there is no way to determine whether it’s temporary or likely to become permanent.

"It’s important to acknowledge the signs of gender dysphoria, especially for children," said Eli Coleman, who chaired a committee to update treatment guidelines for the World Professional Association for Transgender Health, an international medical group meeting this week in Atlanta, Georgia. "By not addressing it, it could be really more damaging for the child than not."

"It’s a very difficult area and there are a lot of children who have gender nonconformity. They will simply grow out of that. Many of them later on identify as gay or lesbian, rather than transgender."

The American Psychological Association warns that "It is not helpful to force the child to act in a more gender-conforming way." When they’re forced to conform, some children spiral into depression, behavioral problems and even suicidal thoughts.

Do kids know who they are?

The journey of gender The journey of gender

Thomas Lobel’s metamorphosis can be told in pictures.

After his parents, Pauline Moreno and Debra Lobel, adopted Thomas at age 2, they observed that he was aloof. Shy and freckle-faced, he usually sat in a corner reading a book.

Unlike his two older brothers who were boisterous, athletic and masculine, Thomas was unusually quiet. Because of his speech impediment, he had to go to special education. Despite developing better speech skills, he didn’t want to engage in conversation or socialize.

"He seemed so depressed and unhappy all the time," Lobel said. "He didn’t enjoy playing. He sat there all the time, not interacting with anybody. He seemed really lonely."

In photos, Thomas appears small with a clenched smile and a glazed and distant look in his eyes.

Throughout his childhood, Thomas wanted to read Wonder Woman comics rather than Superman, wear rhinestone-studded hairbands instead of baseball caps and play with dolls rather than action figures. And, his parents said, he kept insisting he was a girl.

His personality changed from a very sad kid who sat still… to a very happy little girl who was thrilled to be alive.

His situation worsened when Thomas told his parents he wanted to cut off his penis. His parents tried to rationalize with him, warning him that he could bleed to death. But his request was a signal to them that this was serious and required professional help.

After seeing therapists and psychiatrists, the mental health specialists confirmed what Thomas had been saying all along. At age 7, he had gender identity disorder.

The diagnosis was hard for Moreno and Lobel to accept.

"The fact that she’s transgender gives her a harder road ahead, an absolute harder road," Moreno said.

They have been accused of terrible parenting by friends, family and others, that "we’re pushing her to do this. I’m a lesbian. My partner is a lesbian. That suddenly falls into the fold: ‘Oh, you want her to be part of the lifestyle you guys live,’ " Moreno said.

But that couldn’t be further from the truth, they said. People don’t understand how a hurting child can break a parent’s heart.

"No parent wants to be in this situation," said Lisa Kenney, managing director of Gender Spectrum, a conference for families of gender nonconforming children. "Nobody had a child and imagined this was what would happen."

Transgender kids do not come from lax parenting where adults "roll over" to their kids’ whims, said Olson, who treats transgender children.

"The parents are tortured by it," she said. "These are not easy decisions. Parents go through a long process going through this."

Moreno and Lobel allowed their child pick his own clothes at age 8. Thomas chose girl’s clothing and also picked four bras. Then, Thomas wanted to change his name to Tammy and use a female pronoun. This is called social transitioning and can include new hairstyles, wardrobe. Aside from mental health therapy, this stage involves no medical interventions. Social transitioning is completely reversible, said Olson, a gender identity specialist.

Every step of the way, her parents told Tammy, "If at any time you want to go back to your boy’s clothes, you can go back to Thomas. It’s OK." Tammy has declined every time.

She continues to see therapists.

Tammy’s room is painted bright golden yellow, decorated with stuffed animals and cluttered with pink glittery tennis shoes. At home, Tammy dances through the hallway, twirling in her pink flower dress.

"As soon as we let him put on a dress, his personality changed from a very sad kid who sat still, didn’t do much of anything to a very happy little girl who was thrilled to be alive," Moreno said.

The hormone question

This summer, Tammy began the next phase of transition, taking hormone-blocking drugs. This controversial medical treatment prevents children from experiencing puberty.

Girls who feel more like boys take hormone-suppressing medications so they will not develop breasts and start menstruating. Boys who identify as girls can take blockers to avoid developing broad shoulders, deep voice and facial hair. The drugs put their puberty on pause, so they can figure out whether to transition genders.

The hormone blockers are also reversible, because once a child stops taking the drugs, the natural puberty begins, said Dr. Stephen Rosenthal, pediatric endocrinologist at UC San Francisco.

But if the child wants to transition to the other gender, he or she can take testosterone or estrogen hormone treatment to go through the puberty of the opposite gender.

This transgender hormone therapy for children is relatively new in the United States after a gender clinic opened in Boston in 2007. Programs for transgender children exist in cities including Los Angeles, Seattle and San Francisco. The kids are treated by pediatric endocrinologists after long evaluations by mental health professionals.

No statistics exist on the number of transgender children taking such medical treatments.

Medical practitioners have to be careful with children with gender identity issues, said Dr. Kenneth Zucker, head of the Gender Identity Service in the Child, Youth, and Family Program and professor at the University of Toronto. Giving children hormone blockers to kids before the age of 13 is too early, he said.

Zucker conducted a study following 109 boys who had gender identity disorder between the ages of 3 and 12. Researchers followed up at the mean age of 20 and found 12% of these boys continued to want to change genders.

"The vast majority of children lose their desire to be of the other gender later," he said. "So what that means is that one should be very cautious in assuming say that a 6-year-old who has strong desire to be of the other gender will feel that way 10 years later."

All of this leads to unsettling answers for families trying to understand their children. No one knows whether a child’s gender dysphoria will continue forever or if it is temporary.

The unsatisfying answer repeated by experts is that only time will tell.

Despite the murky science and social stigma that confound adults, Mario, who has lived as a boy since fourth grade, has a simple answer.

"Don’t change for nobody else," he said. "Just be you and be happy."

Voir également:

The little boy who started a sex change aged eight because he (and his lesbian parents) knew he always wanted to be a girl

Parents say it’s better for Thomas to have sex change before he is adult

Daily Mail Reporter

The Daily Mail

30 September 2011

The lesbian parents of an 11-year-old boy who is undergoing the process of becoming a girl last night defended the decision, claiming it was better for a child to have a sex change when young.

Thomas Lobel, who now calls himself Tammy, is undergoing controversial hormone blocking treatment in Berkeley, California to stop him going through puberty as a boy.

But Pauline Moreno and Debra Lobel warn that children with gender identity disorder forced to postpone transitioning could face a higher risk of suicide.

The mothers say that one of the first things Thomas told them when he learned sign language aged three – because of a speech impediment – was, ‘I am a girl’.

At age seven, after threatening genital mutilation on himself, psychiatrists diagnosed Thomas with gender identity disorder. By the age of eight, he began transitioning.

This summer, he started taking hormone-blocking drugs, which will stop him from experiencing puberty.

Was this 14 year-old executed in the U.S. for the murder of two white girls innocent?

The hormone-suppressant, implanted in his upper left arm, will postpone the 11-year-old developing broad shoulders, deep voice and facial hair.

The couple faced intense criticism from friends and family as a result, Ms Moreno told MailOnline.

‘Everybody was angry with us. "How could you be doing this? You might be ruining his whole life!"

Citing a statistic from the Youth Suicide Prevention Program, Ms Moreno noted over 50 per cent of transgender youth will have had at least one suicide attempt by their 20th birthday.

PROUD MOM: Two photos of Tammy from one of Pauline’s Facebook albums called ‘My Sweet Sweet Princess’

Tammy favours headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear

And ignoring their son’s incessant pleas, she said, simply was not worth the risk.

‘What is so frightening to me is that you would be willing to say "no" just because you don’t like it – even though your child could lose their life?’

Her son’s adolescent transition, she hopes, will help him have a less conflicted adulthood.

‘The whole idea now is let’s stop creating a third (gender) that is neither one thing or the other, so we transitioned her,’ said Ms Moreno.

‘The protocol now is to transition these children as soon as you can make a diagnosis, because otherwise they end up being not one thing or the other… because they experienced puberty.’

HOW HORMONE BLOCKING WORKS:

Tammy Lobel’s hormones are being blocked by an implant on the inside of the 11-year-old’s upper left arm, which must be replaced once a year.

Ms Moreno explained: ‘In other words, she will stay as a pre-pubescent boy until she decides and we feel that she can make this decision about surgery.’

His parents say the hormone treatment will give him time to figure out if he wants to fully transition to being female or go through puberty as a boy.

By age 14 or 15 the device will need to be removed so that Tammy can go through puberty, Ms Moreno said.

If he chooses to stop taking the drugs, he will undergo natural male puberty at a later stage and his future fertility would not be impacted.

Should their son decide to transition to an adult female, he can take female hormones as well, which would raise his voice, allow him to grow breasts and develop other feminine physical characteristics.

Ms Moreno recalled the first step of Thomas’ transition to becoming female by letting him pick his own clothes.

He favoured headbands to baseball hats and picked out bras and dresses to start wearing when given choice in clothing to wear. And the change in his personality, Ms Moreno says, was instant.

‘He was in his own world just completely detached and that was a problem we always had was getting Thomas to participate in life,’ she said. ‘What we saw emerge when Tammy was allowed to be Tammy is, "Whoa!"… It was an immediate transformation. She was so giggly and she was now interacting she was now making it a point to defend herself.’

The diagnosis has been hard to accept for Tammy’s parents.

The couple were married in 1990 by a rabbi and have two older sons and grandchildren. But th