Najat Vallaud-Belkacem: Attention, une cible idéale peut en cacher une autre ! (When all else fails, blame racism)

14 septembre, 2014
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Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
La théorie du genre, qui explique «l’identité sexuelle» des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d’aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l’homosexualité, et de faire œuvre de pédagogie sur ces sujets. (…) Le vrai problème de société que nous devons régler aujourd’hui, c’est l’homophobie, et notamment les agressions homophobes qui se développent en milieu scolaire. L’école doit redevenir un sanctuaire, et la prévention de la délinquance homophobe doit commencer dès le plus jeune âge. Un jeune homosexuel sur cinq a déjà été victime d’une agression physique, et près d’un sur deux a déjà été insulté. Il est essentiel d’enseigner aux enfants le respect des différentes formes d’identité sexuelle, afin de bâtir une société du respect. Najat Vallaud-Belkacem (secrétaire nationale du PS aux questions de société, 31 août 2011)
La vocation de l’école, c’est d’apprendre. D’apprendre quoi aux enfants? D’apprendre à lire, à compter, à écrire. D’apprendre aussi les valeurs de la République. Que parmi ces valeurs de la République, il y a la liberté, l’égalité, la fraternité.  L’égalité, c’est notamment l’égalité entre les filles et les garçons. C’est cela qu’on apprend aujourd’hui  à l’école aux enfants. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le contenu de ces SMS, avec une soi-disant théorie du genre qui n’existe pas, avec des cours d’éducation sexuelle. (…) On ne parle aucunement de sexualité à des enfants de primaire. On leur parle de ce que les filles et les garçons doivent pouvoir ambitionner d’être à égalité plus tard dans les rêves qu’ils font, dans les ambitions professionnelles qu’ils peuvent avoir’. Najat Vallaud-Belkacem (Europe 1, 29 janvier 2014)
La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à -dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. C’est à elle qu’il revient de briser ce cercle, de produire cette auto-institution, d’être la matrice qui engendre en permanence des républicains pour faire la République, République préservée, république pure, république hors du temps au sein de la République réelle, l’école doit opérer ce miracle de l’engendrement par lequel l’enfant, dépouillé de toutes ses attaches pré-républicaines, va s’élever jusqu’à devenir le citoyen, sujet autonome. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la Loi. La société républicaine et laïque n’a pas d’autre choix que de «s’enseigner elle-même » (Quinet) d’être un recommencement perpétuel de la République en chaque républicain, un engendrement continu de chaque citoyen en chaque enfant, une révolution pacifique mais permanente. Vincent Peillon ("La Révolution française n’est pas terminée", 2008)
Le gouvernement s’est engagé à "s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités", notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles. L’engagement de notre ministère dans l’éducation à l’égalité et au respect de la personne est essentiel et prend aujourd’hui un relief particulier. Il vous appartient en effet de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes. (…) La lutte contre l’homophobie en milieu scolaire, public comme privé, doit compter au rang de vos priorités. J’attire à ce titre votre attention sur la mise en œuvre du programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre. Je souhaite ainsi que vous accompagniez et favorisiez les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes, dès lors que la qualité et la valeur ajoutée pédagogique de leur action peuvent être établies. Je vous invite également à relayer avec la plus grande énergie, au début de l’année, la campagne de communication relative à la « ligne azur », ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation ou leur identité sexuelles. Dans l’attente des conclusions du groupe de travail sur l’éducation à la sexualité, vous serez attentif à la mise en œuvre de la circulaire du 17 février 2003 qui prévoit cette éducation dans tous les milieux scolaires et ce, dès le plus jeune âge. La délégation ministérielle de prévention et de lutte contre la violence dirigée par Eric Debarbieux, permettra de mieux connaître la violence spécifique que constitue l’homophobie. Enfin, vous le savez, j’ai confié à Michel Teychenné une mission relative à la lutte contre l’homophobie, qui porte notamment sur la prévention du suicide des jeunes concernés. Je vous remercie de leur apporter tout le concours nécessaire à la réussite de leurs missions. Je souhaite que 2013 soit une année de mobilisation pour l’égalité à l’école. Vincent Peillon (minitre de l’Education nationale, Lettre aux Recteurs d’Académies, 4 janvier 2013)
2.1.1 À l’école primaire, l’éducation à la sexualité suit la progression des contenus fixée par les programmes pour l’école. Les temps qui lui sont consacrés seront identifiés comme tels dans l’organisation de la classe. Ils feront cependant l’objet, en particulier aux cycles 1 et 2, d’une intégration aussi adaptée que possible à l’ensemble des autres contenus et des opportunités apportées par la vie de classe ou d’autres événements. Aussi, à l’école, le nombre de trois séances annuelles fixé par l’article L. 312-16 du code de l’éducation doit-il être compris plutôt comme un ordre de grandeur à respecter globalement dans l’année que comme un nombre rigide de séances qui seraient exclusivement dévolues à l’éducation à la sexualité. L’ensemble des questions relatives à l’éducation à la sexualité est abordé collectivement par l’équipe des maîtres lors de conseils de cycle ou de conseils de maîtres. Les objectifs de cet enseignement intégré aux programmes ainsi que les modalités retenues pour sa mise en œuvre feront en outre l’objet d’une présentation lors du conseil d’école. Ministère de l’Education nationale (Circulaire N°2003-027 DU 17-2-2003 L’éducation à la sexualité dans les écoles, les collèges et les lycées)
Partout en Europe, en Amérique du Nord, en Australie, la coalition historique de la gauche, centrée sur la classe ouvrière, s’efface. Même dans les pays où existe un lien institutionnel, via les syndicats, entre la classe ouvrière et la gauche politique, le vote ouvrier déserte la gauche : Grande Bretagne, Allemagne, Suède. La social-démocratie perd sa base électorale. Si la coalition historique de la gauche est en déclin, une nouvelle coalition émerge.  (…) La nouvelle gauche a le visage de la France de demain : plus jeune, plus féminin, plus divers, plus diplômé, mais aussi plus urbain et moins catholique . Elle est en phase avec la gauche politique sur l’ensemble de ses valeurs. Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes : elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive. C’est tout particulièrement vrai pour les diplômés, les jeunes, les minorités . Elle s’oppose à un électorat qui défend le présent et le passé contre le changement, qui considère que « la France est de moins en moins la France », « c’était mieux avant », un électorat inquiet de l’avenir, plus pessimiste, plus fermé, plus défensif. Le facteur socioéconomique joue aussi. Car la France de demain réunit avant tout les « outsiders » de la société, ceux qui cherchent à y rentrer, notamment sur le marché du travail, mais n’y parviennent que difficilement : les jeunes, les femmes, les minorités, les chômeurs, les travailleurs précaires. Ils ont du mal car ils sont la principale variable d’ajustement face à la crise d’une société d’« insiders » qui, pour préserver les droits acquis, sacrifie les nouveaux entrants. Ces « outsiders » ont besoin de l’aide de la puissance publique pour surmonter les barrières qui se dressent devant eux : ils ont besoin d’un Etat qui les aide à s’émanciper, à briser le plafond de verre. Ils sont soutenus par les plus intégrés (les diplômés), solidaires de ces « exclus » par conviction culturelle. La nouvelle gauche qui émerge en France est la même que celle qui se dessine partout en Europe. Elle ressemble de près à la coalition qui a porté Barack Obama au pouvoir en 2008.  Terra Nova (think tank socialiste)
Quelle stratégie la gauche doit-elle adopter pour faire le plein de son nouvel électorat naturel ? Elle doit opter pour une stratégie de valeurs. L’électorat « France de demain » les partage. Il y a des marges de manœuvre. Les élections régionales de 2010 ont montré que le vote à gauche des femmes, des jeunes, des diplômés progressent plus fortement que la moyenne de l’électorat. Pour accélérer ce glissement tendanciel, la gauche doit dès lors faire campagne sur ses valeurs, notamment culturelles : insister sur l’investissement dans l’avenir, la promotion de l’émancipation, et mener la bataille sur l’acceptation d’une France diverse, pour une identité nationale intégratrice, pour l’Europe. La gauche doit également privilégier une stratégie de mobilisation. La « France de demain » vote fortement à gauche mais vote peu. Il est toutefois possible d’améliorer son taux de participation : les jeunes ou les minorités ne sont pas des abstentionnistes systématiques, ils votent par intermittence. L’objectif est donc de les mobiliser : cela passe par une campagne de terrain (porte-à-porte, phoning, présence militante sur les réseaux sociaux et dans les quartiers…), sur le modèle Obama. Terra Nova
Aujourd’hui le clivage droite/gauche n’est plus idéologique, mais philosophique et moral. Hervé Bentégeat
Racisme, sexisme : Najat Vallaud-Belkacem, la cible idéale. Titre du Nouvel Observateur
Elle est l’un des symboles de cette gauche a-économique qui s’accommode du virage social-démocrate du Président parce qu’elle n’a pas d’autres ambitions que de réformer les mentalités, de désaliéner le peuple qui ne comprend pas. Hervé Mariton
Quand on écoute Najat Vallaud-Belkacem, on entend Terra Nova. Responsable de l’UMP
Si sa carrière doit beaucoup à Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui l’a repérée en 2003, et à Ségolène Royal, qui, en 2007, a fait de Najat Vallaud-Belkacem l’une de ses porte-parole pendant sa campagne présidentielle, elle est tout autant redevable à Olivier Ferrand, avec qui elle s’est liée d’amitié. L’ancienne secrétaire nationale du Parti socialiste chargée des questions société et des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) était même, pour le fondateur de Terra Nova, comme l’incarnation faite femme des idées progressistes qu’il portait. Deux ans et demi plus tard, NVB, comme elle aimerait que les médias la surnomment sans parvenir à imposer ses initiales, contrairement à NKM, pleure encore. La nouvelle ministre de l’Éducation nationale est submergée par l’émotion lorsque Manuel Valls lui rend hommage aux universités d’été du PS, à La Rochelle, saluant, dimanche dernier, « le travail et l’engagement » de la benjamine de son gouvernement, exprimant sa fierté de voir pour la première fois « une femme si jeune occuper cette si lourde fonction ». Lui n’a pas eu cette chance. Il a subi les sifflets des frondeurs et des militants du Mouvement des jeunes socialistes, qui ont fait la claque pour perturber son discours de clôture. Il a peiné à ramener le calme. Najat, elle, a eu droit à une ovation debout. Rien de tout celan’étonne le premier ministre. Manuel Valls sait que Najat Vallaud-Belkacem est aujourd’hui le dernier trait d’union d’un Parti socialiste fracturé, qui ne se retrouve plus que sur les grandes réformes sociétales, « le plus petit dénominateur commun d’une gauche hier plurielle, qui est aujourd’hui une gauche plus rien », selon la formule d’un fin connaisseur du PS. Raphaël Stainville
Najat Vallaud-Belkacem, c’est d’abord un sourire accompagné d’un petit rire à peine réprimé qui lui donne de prime abord un côté si sympathique, si humain. Mais il ne faut pas s’y tromper. Derrière le sourire se cache une volonté de fer. Hervé Mariton, le député UMP de la Drôme, la décrit comme une «Viêt-minh souriante»! Une manière de souligner son côté sectaire, sa propension à ne pas souffrir la contestation et à diaboliser ses adversaires. Il aurait pu dire une «Khmère rose». Même son de cloche du côté de Jean-Frédéric Poisson, le patron du Parti chrétien-démocrate (PCD), qui évoque «ce beau visage donné à l’idéologie». «Un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom», avait écrit un jour Philippe Muray au sujet de Ségolène Royal. Comme la madone du Poitou, qui fut la première à lui donner sa chance en politique, Najat Vallaud-Belkacem a fait de son sourire l’un de ses atouts, une marque de fabrique. «Un masque», disent certains. Ce sourire, les responsables de l’UMP en dissertent volontiers. Pour Christian Jacob, le patron du groupe UMP à l’Assemblée nationale: «Elle parle beaucoup, affiche son sourire, mais derrière cela sonne creux». Ses traits délicats, ses yeux de chat, ses tailleurs élégants, son charme évident ne seraient qu’une manière d’habiller la vacuité de la politique du PS. «Une fausse valeur», affirme encore le chef de file des députés de l’opposition. Hervé Mariton, qui fut l’orateur de l’UMP pendant les débats sur le mariage pour tous, la considère avec davantage de sérieux et de crainte. Il a pu constater avec quelle vigueur et, parfois, avec quelle rage la benjamine du gouvernement était à la pointe du combat «progressiste». «Elle est, dit-il, l’un des symboles de cette gauche a-économique qui s’accommode du virage social-démocrate du Président parce qu’elle n’a pas d’autres ambitions que de réformer les mentalités, de désaliéner le peuple qui ne comprend pas.» Et pour cause: même si elle n’a pas toujours été en première ligne, laissant à d’autres, comme Christiane Taubira, le soin de porter des lois comme le mariage pour tous, qui ne relevaient pas de son ministère, elle est toujours en pointe ou à la relance sur ces sujets sociétaux. «Sur le mariage homosexuel, la PMA , les mères porteuses, la lutte contre les discriminations liées aux stéréotypes et à l’identité de genre, elle n’en rate pas une.» Avant de devenir, à 34 ans, la plus jeune ministre du gouvernement Ayrault, n’était-elle pas la secrétaire nationale du PS chargée des questions de société? En 2010 déjà, elle défendait l’idée de la gestation pour autrui solidaire, appelant de ses vœux à la GPA non marchande, au nom de «l’éthique du don». Pendant la campagne présidentielle, c’est elle qui représentait François Hollande au meeting LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) pour l’égalité. Pas étonnant qu’aujourd’hui on retrouve la ministre à la manœuvre sur toutes ces questions qui hérissent une grande partie de la société française. La ministre des Droits des femmes incarne, mieux que d’autres, cette gauche qui a délaissé le social et l’économie pour investir le champ sociétal. «À son programme: culpabilisation et rééducation», résume le philosophe François-Xavier Bellamy. D’ailleurs, même le gouvernement a eu droit à son stage pour lutter contre le sexisme. Et, puisqu’il semble que nombre de Français sont déjà perdus pour ses causes, elle consacre une grande partie de son énergie à s’occuper des générations futures. Dans la novlangue dont est friande la ministre, Najat Vallaud-Belkacem se contente de sensibiliser à l’égalité femme-homme (comment être contre?), à l’identité de genre pour lutter contre les stéréotypes… Cela commence dès la crèche. Elle sensibilise. On dirait une caresse. Tout se fait dans la douceur. C’est «bienvenue dans Le Meilleur des mondes!» Une école qui rééduque avant d’instruire. (…) Najat Vallaud-Belkacem a épousé le logiciel de ce laboratoire d’idées du PS qui préconisait en 2011, dans l’une de ses notes, que la gauche, pour espérer revenir au pouvoir, devait désormais viser un électorat constitué de femmes, de jeunes, de minorités et de diplômés, plutôt que d’essayer de convaincre une classe ouvrière largement ralliée aux idées du Front national. Nous y sommes. Tant et si bien qu’il est difficile de savoir ce que pense vraiment la ministre, tant elle est aujourd’hui habitée par la pensée dominante définie par ce think tank. «Quand on écoute Christiane Taubira, on découvre une personnalité. Quand on écoute Najat Vallaud-Belkacem, on entend Terra Nova», assure un responsable de l’UMP. «Elle coche toutes les cases», ajoute même un député de la Droite populaire, comme pour expliquer le succès de la ministre auprès des sympatisants du PS.(…) Bon chic mauvais genre, elle incarne très exactement le gauchisme culturel tel que le sociologue Jean-Pierre Le Goff l’a défini. Une école de pensée qui n’entend pas «changer la société par la violence et la contrainte», mais qui veut «changer les mentalités par les moyens de l’éducation, de la communication moderne et par la loi». Il procède par des tentatives de déstabilisation successives. Hier le pacs, aujourd’hui le mariage homosexuel, le genre, l’ABCD de l’égalité, et demain l’euthanasie… Certaines manœuvres opèrent. D’autres échouent au gré des résistances qu’elles rencontrent et suscitent. C’est le cas de la théorie du genre. Elle est devenue si sulfureuse que Najat Vallaud-Belkacem, qui en faisait pourtant la promotion à longueur de déplacements, et jusque dans les crèches, en est venue à expliquer qu’elle n’avait jamais existé. Pas plus tard que le vendredi 7 février, elle annulait un échange à Sciences-Po Paris avec Janet Halley, une juriste américaine spécialiste de la famille et du genre. Il figurait encore à son agenda le matin même. Mais, dans le contexte, cette rencontre aurait probablement fait désordre. Elle prenait le risque d’être soumise à la question et d’être une nouvelle fois obligée de se dédire sur la théorie du genre.Pour autant, de l’aveu d’un proche, la ministre des Droits des femmes ne connaît pas le doute. On pense qu’elle recule. Najat Vallaud-Belkacem avance toujours. Il en va ainsi des «forces de progrès». Comme le dit Jean-Pierre Le Goff, «elle a beau avoir le sourire du dalaï-lama, elle n’en a pas moins la rage des sans-culottes». Raphaël Stainville
Le gauchisme culturel n’entend pas changer la société par la violence et la contrainte, mais «changer les mentalités» par les moyens de l’éducation, de la communication moderne et par la loi. Il n’en véhicule pas moins l’idée de rupture avec le Vieux Monde en étant persuadé qu’il est porteur de valeurs et de comportements correspondant à la fois au nouvel état de la société et à une certaine idée du Bien. Ce point aveugle de certitude lui confère son assurance et sa détermination par-delà ses déclarations d’ouverture, de dialogue et de concertation. Les idées et les arguments opposés à ses propres conceptions peuvent être vite réduits à des préjugés issus du Vieux Monde et/ou à des idées malsaines. Le débat démocratique s’en trouve par là même perverti. (…) Ces postures ne sont pas sans rappeler celles du passé qui s’ancraient alors dans de grandes idéologies et les utopies issues du XIXe siècle, et plus précisément du communisme. Ce rapprochement, qui saisit des traits bien réels et souligne à juste titre le danger que le gauchisme culturel fait peser sur la liberté d’opinion et sur le fonctionnement de la démocratie, n’en est pas moins trompeur. Dans le cas du gauchisme culturel, l’«idéologie» – pour autant que l’on puisse utiliser ce mot – est d’une nature particulière. Elle n’est pas «une» mais plurielle, composée de bouts de doctrines anciennes en décomposition (communisme, socialisme, anarchisme), mais aussi des idées issues des «mouvements sociaux» et des nouveaux groupes de pression communautaires (écologie, féminisme, mouvement étudiant et lycéen, associations antiracistes, groupes homosexuels…), voire des références aux «peuples premiers» et aux spiritualités exotiques, comme on l’a vu à propos de l’écologie. Elle n’est pas une «idéologie de granit» – pour reprendre une expression de Claude Lefort – fondée sur une science qui prétend englober sous sa coupe l’ensemble des sphères d’activité, même si l’on peut y trouver des relents de scientisme. Ses représentants, qui se montrent parfois sourds, intransigeants et d’un sectarisme à tout crin, ne sont pas pour autant de dangereux fanatiques exerçant la terreur sur leurs adversaires et dans la société. Ils ont parfois des allures de boy-scouts et leurs opposants ont souvent l’impression de «boxer contre des édredons». Les représentants du gauchisme culturel ressembleraient plutôt à ce qu’on appelle des «faux gentils». Ils affichent le sourire obligé de la communication tant qu’ils ne sont pas mis en question; ils se réclament de l’ouverture, de la tolérance, du débat démocratique, tout en en délimitant d’emblée le contenu et les acteurs légitimes. En ce sens, la droite se trompe en parlant de nouveau «totalitarisme», même si l’on peut estimer que le gauchisme culturel en a quelques beaux restes. En réalité, ce dernier s’inscrit pleinement dans le contexte des «démocraties post-totalitaires»: il puise dans différentes idéologies du passé en décomposition qu’il recompose à sa manière et fait coexister sans souci de cohérence et d’unité, n’en gardant que des schèmes de pensée et de comportement. À ses pointes extrêmes, le gauchisme culturel combine la rage des sans-culottes et le sourire du dalaï-lama. (…) c’est surtout dans les années 1980 que le gauchisme culturel va recevoir sa consécration définitive dans le champ politique, plus précisément au tournant des années 1983-1984, au moment où la gauche change de politique économique sans le dire clairement et entame la «modernisation». Le gauchisme culturel va alors servir de substitut à la crise de sa doctrine et masquer un changement de politique économique mal assumé. À partir de ce moment, la gauche au pouvoir va intégrer l’héritage impossible de mai 68, faire du surf sur les évolutions dans tous les domaines, et apparaître clairement aux yeux de l’opinion comme étant à l’avant-garde dans le bouleversement des mœurs et de la «culture». Nous ne sommes pas sortis de cette situation. (…) nous assistons à la fin d’un cycle historique dont les origines remontent au XIXe siècle; la gauche a atteint son point avancé de décomposition, elle est passée à autre chose tout en continuant de faire semblant qu’il n’en est rien; il n’est pas sûr qu’elle puisse s’en remettre. Le gauchisme culturel, qui est devenu hégémonique à gauche et dans la société, a été un vecteur de cette décomposition et son antilibéralisme intellectuel, pour ne pas dire sa bêtise, est un des principaux freins à son renouvellement. La gauche est-elle capable de rompre clairement avec lui? Rien n’est certain étant donné la prégnance de ses postures et de ses schémas de pensée.(…) Quand les mécanismes de défense identitaires l’emportent sur la liberté de pensée et servent à se mettre à distance de l’épreuve du réel, il y a de quoi s’inquiéter sur l’avenir d’une gauche qui ne parvient pas à rompre avec ses vieux démons et se barricade entre gens du même milieu qui ont tendance à croire que la gauche est le centre du monde. (…) Et pendant ce temps-là, la France continue de se morceler sous l’effet de multiples fractures sociales et culturelles. L’extrême droite espère bien en tirer profit en soufflant sur les braises, mais, à vrai dire, elle n’a pas grand-chose à faire, le gauchisme culturel continue de lui faciliter la tâche. Jean-Pierre Le Goff

Attention: une cible idéale peut en cacher une autre !

"Ayotollah", viêt-minh souriante", "Khmère rose", "beau visage donné à l’idéologie", "culpabilisation et rééducation", "rage des sans-culottes et sourire du dalaï-lama" …

A l’heure où, du côté de la Maison Blanche, le premier président de la diversité est, du haut de son notoire mépris pour les ouvriers et de son recours systématique à la carte raciale, bien parti pour remporter le titre de pire président du siècle

Et où entre deux scandales ou dérives sociétales devant la même désaffection de la classe ouvrière, son homologue français semble enfin lui aussi se décider à revenir au réel du moins au niveau économique et au niveau du discours

Et nous ressortent, face aux inévitables critiques dont est notamment l’objet la nouvelle ministre de l’Education et ex-secrétaire nationale du PS chargée des questions de société et parfaite incarnation de la stratégie tout-sociétal du laboratoire d’idées socialiste Terra Nova, la vieille arme de l’accusation de racisme  …

Comment, avec le sociologue Jean-Pierre Le Goff, ne pas y voir le remake de la tentative du PS de masquer la crise de sa doctrine et un changement de politique économique toujours aussi mal assumé qui avait marqué sous Mitterrand le retour de la rigueur des années 83-84 ?

Du gauchisme culturel et de ses avatars
Jean-Pierre Le Goff
Le Débat

24 juin 2014

Pour un néophyte en politique qui s’intéresse à la gauche, il peut sembler difficile de s’y retrouver : « socialisme » ou « social-démocratie » ? « Gauche sociale », « gauche libérale », « gauche de la gauche »… ? Il en va de même au sein du parti socialiste : de la Gauche populaire à la Gauche durable, en passant par Maintenant la gauche ou encore L’Espoir à gauche…, les courants se font et se défont au gré des alliances et des congrès. Certains y voient encore le signe d’un « débat démocratique » au sein d’une gauche dont l’aspect pluriel ne cesse de s’accentuer. On peut au contraire y voir le symptôme du morcellement des anciennes doctrines qui n’en finissent pas de se décomposer.

Dans son livre Droit d’inventaire (Éd. du Seuil, 2009), François Hollande affirmait que le « socialisme navigue à vue ». Depuis lors, la situation n’a pas fondamentalement changé, d’autant qu’il faut faire face à la dette publique et à l’absence de croissance, en assumant plus ou moins clairement une politique de rigueur. La gauche change dans une recherche éperdue d’une nouvelle identité qui tente tant bien que mal de faire le lien ou la « synthèse » entre l’ancien et le nouveau. En réalité, la plupart des débats sans fin sur la redéfinition de la gauche se font en occultant une mutation fondamentale qui a déplacé son centre de gravité de la question sociale vers les questions de société. Cette mutation s’est opérée sous l’influence d’un gauchisme culturel inséparable des effets sociétaux qu’a produits la révolution culturelle de mai 68 et son « héritage impossible ». Tel est précisément ce que cet article voudrait commencer à mettre en lumière.

La notion de « gauchisme culturel » désigne non pas un mouvement organisé ou un courant bien structuré, mais un ensemble d’idées, de représentations, de valeurs plus ou moins conscientes déterminant un type de comportement et de posture dans la vie publique, politique et dans les médias. Il s’est affirmé à travers cinq principaux thèmes particulièrement révélateurs du déplacement de la question sociale vers d’autres préoccupations : le corps et la sexualité ; la nature et l’environnement ; l’éducation des enfants ; la culture et l’histoire. En déplaçant la question sociale vers ces thèmes, le gauchisme culturel s’inscrit dans les évolutions des sociétés démocratiques, mais il le fait d’une façon bien particulière : il se situe dans la problématique de la gauche qu’il adapte à la nouvelle situation historique en lui faisant subir une distorsion, en recyclant et en poussant à l’extrême ses ambiguïtés et ses orientations les plus problématiques 1.

Il a fait valoir une critique radicale du passé et s’est voulu à l’avant-garde dans le domaine des moeurs et de la culture. En même temps, il s’est érigé en figure emblématique de l’antifascisme et de l’antiracisme qu’il a revisités à sa manière. Plus fondamentalement, ce sont toute une conception de la condition humaine et un sens commun qui lui était attaché qui se sont trouvés mis à mal.

Ces conceptions et ces postures du gauchisme culturel sont devenues hégémoniques au sein de la gauche, même si certains tentent de maintenir les anciens clivages comme au « bon vieux temps » de la lutte des classes et du mouvement ouvrier, en les faisant coexister tant bien que mal avec un modernisme dans le domaine des moeurs et de la culture.

Ce gauchisme culturel est présent dans l’appareil du parti socialiste, dans l’État, et il dispose d’importants relais médiatiques. Le PS et la gauche au pouvoir ont pu ainsi apparaître aux yeux de l’opinion comme étant les représentants d’une révolution culturelle qui s’est répandue dans l’ensemble de la société et a fini par influencer une partie de la droite.

Nous n’entendons pas ici analyser l’ensemble de la thématique du gauchisme culturel. Mais la façon dont la gauche s’est comportée dans le débat et le vote de la loi sur le mariage homosexuel nous a paru constituer un exemple type de la prégnance de ce gauchisme et des fractures qu’il provoque dans la société. Dans cette affaire, le gauchisme culturel a prévalu au sein du PS et dans l’État à tel point qu’il est difficile de les démêler. En partant du thème de l’homoparentalité et en le reliant à d’autres comme ceux de l’antiracisme, de l’écologie ou de la nouvelle éducation des enfants, nous avons voulu mettre au jour quelques-unes des idées clés et des représentations qui structurent les comportements dans l’espace politique et médiatique.

Le nouveau domaine de l’égalité

La gauche a fait voter la loi sur le mariage homosexuel dans une situation sociale particulièrement dégradée. Le chômage de masse conjugué avec l’éclatement des familles et l’érosion des liens traditionnels de solidarité a produit des effets puissants de déstructuration anthropologique et sociale. Exclues du travail, vivant dans des familles gentiment dénommées monoparentales ou recomposées – alors qu’elles sont décomposées et marquées dans la plupart des cas par l’absence du père –, des catégories de la population connaissent de nouvelles formes de précarité sociale et de déstructuration identitaire. Les drames familiaux combinés souvent avec le chômage alimentent presque quotidiennement la rubrique des faits divers. C’est dans ce contexte que la gauche a présenté le mariage et l’adoption par les couples homosexuels comme la marque du progrès contre la réaction.

On attendait la gauche sur la question sociale qui constitue historiquement un facteur essentiel de son identité. En fait, elle a abandonné une bonne partie des promesses électorales en lanmatière, tout en se montrant intransigeante sur une question qui a divisé profondément le pays.

Elle a ainsi reporté sur cette dernière une démarcation avec la droite qu’elle a du mal à faire valoir dans le champ économique et social. Les anciens schémas de la lutte contre l’« idéologie bourgeoise », contre le fascisme montant se sont réinvestis dans les questions sociétales avec un dogmatisme et un sectarisme d’autant plus exacerbés.

Les partisans du « Mariage pour tous » l’ont affirmé clairement : « Pour nous, les craintes et les critiques suscitées par ce projet n’ont pas de base rationnelle 2. » Dans ces conditions, le débat avec des opposants mus par des craintes irrationnelles et une phobie vis-à-vis des homosexuels ne sert à rien. Les Jeunes Socialistes de leur côté ont appelé les internautes à dénoncer les « dérapages homophobes » de leurs élus sur l’Internet et sur Twitter à l’aide d’une « carte interactive » signalant leur nom, leur mandat, leur parti, la date et la « teneur du dérapage » 3.

La gauche au pouvoir a donné quant à elle l’image d’un État partisan, d’hommes d’État transformés en militants. La façon pour le moins cavalière dont elle a consulté les représentants religieux et a réagi à la prise de position de l’Église catholique avait des relents de lutte contre la religion du temps du père Combes, à la différence près que la loi de séparation a été votée depuis cette époque et que l’Église catholique a fini par se réconcilier avec la République.

Restent les intégristes, que l’on n’a pas manqué de mettre en exergue. Lors des grands rassemblements de la Manif pour tous, des journalistes militants braquaient systématiquement leurs micros et leurs caméras sur les petits cortèges de Civitas et de l’extrême droite, guettant le moindre incident qui viendrait confirmer leurs schémas préconçus et leur permettrait de déclarer comme un soulagement : « Voyez, on vous l’avait bien dit ! » Quoi de plus simple que de considérer ce mouvement contre le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels comme un succédané du fascisme des années 1930 et du pétainisme, de le réduire à une manifestation de l’intégrisme catholique et de l’extrême droite qui n’ont pas manqué d’en profiter ?

Les partisans du mariage homosexuel se sont trouvés pris au dépourvu : ils n’imaginaient pas qu’une loi, qui pour eux allait de soi, puisse susciter des manifestations de protestation d’une telle ampleur.

Pour la gauche, il ne faisait apparemment aucun doute que les revendications des groupes homosexuels participaient d’un « grand mouvement historique d’émancipation » en même temps que leur satisfaction représentait une « grande avancée vers l’égalité ».
La Gay Pride, à laquelle la ministre de la Famille fraîchement nommée s’est empressée de participer avant même le vote de la loi, leur apparaissait comme partie intégrante d’un « mouvement social » dont elle se considère le propriétaire légitime. Ce mouvement s’est inscrit dans une filiation imaginaire avec le mouvement ouvrier passé tout en devenant de plus en plus composite, faisant coexister dans la confusion des revendications sociales, écologistes, culturelles et communautaires. Devenu de plus en plus un « mouvement sociétal » par adjonction ou substitution des revendications culturelles aux vieux mots d’ordre de la lutte des classes, son « sujet historique » s’en est trouvé changé. À la classe ouvrière qui « n’ayant rien à perdre que ses chaînes » se voyait confier la mission de libérer l’humanité tout entière, aux luttes des peuples contre le colonialisme et l’impérialisme se sont progressivement substituées des minorités faisant valoir leurs droits particuliers et agissant comme des groupes de pression.

C’est ainsi que les revendications des lesbiennes, gays, bi et trans se sont trouvées intégrées dans un sens de l’histoire nécessairement progressiste, en référence analogique lointaine et imaginaire avec le mouvement ouvrier défunt et les luttes des peuples pour leur émancipation.

En inscrivant le « Mariage pour tous » dans la lutte pour l’égalité, la gauche a par ailleurs opéré un déplacement dont elle ne perçoit pas les effets. « Égalité rien de plus, rien de moins », proclamait un slogan des manifestations pour le mariage homosexuel en janvier 2012, comme s’il s’agissait toujours du même combat. Or, appliquée à des domaines qui relèvent de l’anthropologie, cette exigence d’égalité change de registre.

Elle concerne de fait, qu’on le veuille ou non, une donnée de base fondamentale de la condition humaine : la division sexuelle et la façon dont les êtres humains conçoivent la transmission de la vie et la filiation.

Obnubilée par la lutte contre les inégalités, la gauche ne mesure pas les effets de ce changement de registre qui ouvre une boîte de Pandore :
dans cette nouvelle conception de la lutte contre les inégalités, les différences liées à la condition humaine et les aléas de la vie peuvent être considérés comme des signes insupportables d’inégalité et de discrimination.

Dans le domaine de la différence sexuelle, comment alors ne pas considérer le fait de pouvoir porter ou non et de mettre au monde un enfant comme une « inégalité » fondamentale entre gays et lesbiennes ?

Dans ce cadre, la revendication de la gestation pour autrui paraît cohérente et prolonge à sa manière cette nouvelle lutte pour l’« égalité ».
Ce changement de registre marque une nouvelle étape problématique dans la « passion de l’égalité » propre à la démocratie. Dans la conception républicaine, la revendication d’égalité se déploie dans un cadre juridique et politique lié à une conception de la citoyenneté qui implique un dépassement des intérêts et des appartenances particulières pour se penser membre de la cité ; la lutte contre les inégalités économiques s’inscrit dans le cadre d’une « justice sociale » et vise à créer les conditions favorables à cette citoyenneté.

C’est en se plaçant dans cette perspective que la lutte contre les inégalités prend son sens et ne verse pas dans l’égalitarisme, en ne s’opposant pas à la liberté mais en l’intégrant comme une condition nécessaire et préalable pour que celle-ci puisse concerner le plus grand nombre de citoyens. Dans cette optique, il s’agit d’améliorer les conditions économiques et sociales, de développer l’éducation tout particulièrement en direction des couches les plus défavorisées afin d’accroître cette liberté. En ce sens, les paroles de Carlo Rossi, socialiste, antifasciste italien, assassiné en 1937, constituent le meilleur de la tradition de la gauche et du mouvement ouvrier : « Le socialisme c’est quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres 4. »

Cette conception de l’égalité articulée à la liberté et finalisée par elle ne se confond pas avec le « droit à la réussite pour tous » ou la revendication des « droits à » de la part des individus ou des groupes communautaires.

Ces derniers portent en réalité la marque de la « démocratie providentielle En ce sens, la mobilisation des Noirs américains des années 1960 pour les « droits civiques » en référence à la Constitution américaine est un combat pour la liberté et la citoyenneté. Ce combat n’est pas de même nature que la revendication pour le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, dans la mesure où cette dernière s’insère dans la lignée des « droits créances » qui se sont multipliés au fil des ans en sortant du registre économique et social. Les partisans du mariage homosexuel ont même fait valoir l’amour pour légitimer leur demande de droits : « Nous, citoyens hétéros ou gays, nous pensons que chacun a le droit de s’unir avec la personne qu’il aime, de protéger son conjoint, de fonder une famille 6. » Qui pourrait aller à l’encontre d’un si noble sentiment ?

La gauche s’est voulue rassurante en faisant valoir à ses adversaires qu’il ne s’agissait pas de changer ou de retirer des droits existants mais simplement d’en ouvrir de nouveaux, comme sices derniers raisonnaient dans le cadre du « socialindividualisme » (la société comme service rendu aux individus) avec son « militantisme procédurieret demandeur de droits 7 ».

Contrairement à ce que la gauche a laissé entendre, le rejet de la loi n’impliquait pas nécessairement un refus de prendre en compte juridiquement les situations des couples homosexuels et des enfants adoptés. Les opposants ont mis en avant, en tout cas, un questionnement et des conceptions différentes qui heurtaient la bonne conscience de la gauche ancrée dans ses certitudes. Dans cette affaire, les manifestations des intégristes catholiques, les provocations et les violences de l’extrême droite sont venues à point nommé pour ramener la confrontation à des schémas bien connus.

L’antifascisme revisité

La gauche s’est toujours donné le beau rôle de l’antifascisme qui constitue un des principaux marqueurs de son identité. La mort de Clément Méric dans une rixe avec des skinheads d’extrême droite a relancé une nouvelle fois la mobilisation en même temps qu’elle faisait apparaître une configuration nouvelle. Les skinheads et les « antifas » se sont rencontrés dans un appartement de The Lifestyle Company lors d’une vente privée de vêtements de marque Fred Perry qu’ils affectionnent particulièrement ; la bagarre qui s’ensuivit et la mort de Clément Méric ne ressemblent en rien aux violences et aux assassinats pratiqués par les chemises noires de Mussolini et encore moins à la terreur et à la barbarie des SA et des SS. Même l’extrême gauche de mai 68 aurait du mal à s’y retrouver, elle qui pourtant avait déjà tendance à traiter les CRS de « SS » et à voir du fascisme partout.

Autres temps, autres moeurs : à cette époque, l’attirance pour les marques n’aurait pas manqué d’être considérée par les militants comme un goût « petitbourgeois » ou le signe certain de l’« aliénation capitaliste ». Les violences entre « fascistes » et « antifas » des nouvelles générations ont des allures de révolte et de règlements de comptes entre bandes d’adolescents ou de post-adolescents mus par le besoin de décharger leur agressivité dans une société qui se veut policée, à la manière des affrontements de certains supporters de clubs de football.

Les idéologies extrémistes peuvent venir s’y greffer sans pour autant aboutir aux mêmes phénomènes que par le passé. Cela ne justifie en rien la mort de Clément Méric, la haine, les violences et les exactions commises par ces groupuscules, mais contredit les analogies historiques rapides et les amalgames. Ces derniers n’ont pas manqué à travers les propos de gens de gauche qui n’ont pas hésité à faire le rapprochement entre la mort de Clément Méric et la Manif pour tous.

L’antifascisme constitue en réalité un fonds de souvenirs passionnels et un stock d’idées toujours prêts à rejaillir à la moindre occasion, occultant la plupart du temps la façon dont le communisme l’a promu et la grille d’interprétation qu’il a fournie à la gauche à cette occasion. Dans le schéma communiste, le fascisme n’est qu’une forme de la dictature de la bourgeoisie poussée jusqu’au bout, constituée des éléments les plus réactionnaires du capitalisme. Le fascisme étant étroitement lié au capitalisme, «le ventre est toujours fécond d’où est sortie la bête immonde» et le combat antifasciste est un perpétuel recommencement tant que ne sera pas mis à bas le capitalisme. Ce schéma méconnaît l’opposition entre démocratie et totalitarisme et fait toujours porter le soupçon sur une droite qui, représentant les intérêts de la bourgeoisie, est constamment tentée de s’allier avec les éléments les plus réactionnaires.

La gauche ne semble pas vraiment avoir rompu avec ce schéma. En témoignent, par exemple, les déclarations du premier secrétaire du parti socialiste demandant à l’UMP de dissoudre la "droite populaire", ou accusant la droite, lors d’affrontements provoqués par des groupuscules opposés au Mariage pour tous, de "s’abriter derrière l’extrême droite", de se comporter "comme la vitrine légale de groupes violents".

Un "antiracisme de nouvelle génération"

La façon dont la gauche s’est comportée sur la question du mariage homosexuel n’est pas le seul exemple de ses orientations problématiques. La lutte contre le racisme en est une autre illustration. Cette cause apparaît simple, répondant à une exigence morale, mais les meilleures intentions ne sauraient passer sous silence le glissement qui s’est là aussi opéré. La façon dont l’antiracisme a été promu dans les années 1980 par SOS Racisme, étroitement lié au pouvoir socialiste mitterrandien, a entraîné la gauche vers de nouveaux horizons. Dans son livre Voyage au centre du malaise français. L’antiracisme et le roman national 10, Paul Yonnet a été l’un des premiers à mettre en lumière le paradoxe présent au cœur même de cet «antiracisme de nouvelle génération»: en promouvant de fait les identités ethniques dont le slogan «Black, blanc, beur» deviendra l’expression, il a introduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il affirme combattre. Ce faisant, il a rompu à la fois avec la lutte des classes marxiste et le modèle républicain. Cette rupture intervient au moment même où se décompose le messianisme révolutionnaire et le nouvel antiracisme lui a servi d’idéologie de substitution: «Ainsi, avec SOS Racisme, passe-t-on d’une vision classiste de la société à une vision panraciale, des ouvriers aux immigrés, comme nouveaux héros sociaux, de la conscience de classe [...] à la conscience ethnique, du séparatisme ouvrier au culturalisme ethnique, de l’utopie communiste à l’utopie communautaire 11.» Ce changement s’est accompagné d’une relecture de notre propre histoire qui a renversé la perspective. Au «roman national épique 12» du gaullisme et du communisme de l’après-guerre a succédé une fixation sur les pages sombres de notre histoire, tout particulièrement celles de Vichy, de la Collaboration et du colonialisme. Cet effondrement du «roman national» s’est accompagné de la dissolution de la nation dans le monde au nom de l’universalisme des droits de l’homme. Loin de lutter efficacement contre ce qu’il combat, ce nouvel antiracisme a produit des effets inverses, en exacerbant les sentiments collectifs de crise identitaire et en suscitant en réaction une «xénophobie de défense». Ce livre de Paul Yonnet provoquera de violentes polémiques. Soupçonné d’emblée d’être proche des thèses du Front national, il sera ostracisé par la gauche et ses thèses n’ont pas donné matière à un débat de fond.

En mars 2012, lors de sa campagne électorale, François Hollande s’est engagé à demander au Parlement de supprimer le mot race de l’article premier de la Constitution qui déclare: «La France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de race et de religion.» En mai 2013, les groupes de gauche à l’Assemblée nationale et une partie des centristes ont voté la loi supprimant le mot «race» de la législation française. Pour une partie de la gauche, il ne s’agit là que d’une première étape avant la suppression de ce mot dans la Constitution.

Croit-on sérieusement qu’une telle disposition puisse faire reculer le racisme? Jusqu’où ira-t-on dans cette volonté d’éradication du langage au nom de l’antiracisme?

La révolution culturelle de l’écologie

La conversion rapide de la gauche à l’écologie peut, elle aussi, donner lieu à des changements de problématique non seulement sur les problèmes sociaux, mais plus globalement sur une façon de concevoir le devenir du monde. Les problèmes bien réels de la dégradation de la nature et de l’environnement ne sont pas ici en question, mais le sont les discours qui confèrent  à l’écologie une signification et une mission salvatrice qui ne vont pas de soi. Les écologistes ne cessent d’en appeler à une «transformation radicale», à la nécessité absolue de «changer radicalement nos modes de vie», de «changer l’imaginaire de la société».

La rupture écologique paraît tout aussi radicale que celle de la rupture révolutionnaire, mais elle se présente désormais sous les traits d’une nécessité «en négatif». En ce sens, l’utopie écologique apparaît comme une utopie de substitution au saint-simonisme et aux philosophies de l’histoire, une sorte de messianisme inversé chargé d’eschatologie rédemptrice. La catastrophe annoncée de la fin possible de toute vie sur la planète doit permettre d’ouvrir enfin les yeux d’une humanité vivant jusqu’alors dans l’obscurantisme
productiviste et consumériste, sous le règne prométhéen de la science et de la technique érigées souvent en entités métaphysiques. Ce n’est plus désormais par le développement des «forces productives», de la science et de la technique que l’humanité pourra se débarrasser d’un passé tout entier marqué par l’ignorance et les préjugés. L’utopie écologique renverse la perspective en faisant du rapport régénéré à la nature le nouveau principe de la fraternité universelle et de la réconciliation entre les hommes.

Un tel schéma de pensée induit une relecture de notre propre histoire qui, s’ajoutant à celle de l’antiracisme, renforce la vision noire des sociétés modernes, en oubliant au passage le fait que le développement de la production, de la science et de la technique a permis la fin du paupérisme et le progrès social. En poussant à bout cette logique – mais pas tant que cela –, ce sont des pans entiers de notre culture qui peuvent être relus et déconsidérés comme étant la manifestation d’un désir de domination sur la nature, source de tous nos maux. Dans ce cadre, l’expression du philosophe René Descartes «maîtres et possesseurs de la nature» tient lieu de paradigme. Mais c’est aussi le projet d’émancipation des Lumières, fondé sur l’exercice de la raison et sur l’autonomie de jugement, qui lui aussi peut être interprété comme l’affirmation présomptueuse de la supériorité de l’homme sur la nature.

La révolution culturelle écologique poussée jusqu’au bout aboutit à remettre radicalement en question nombre d’acquis de la culture européenne. Celle-ci a été marquée à la fois par l’héritage des Lumières qui accorde une place centrale à la raison et à l’idée de progrès, et les religions juives et chrétiennes, pour qui la dignité de l’homme est première dans l’ordre de la création, et qui donnent une importance primordiale à la relation avec autrui. L’écologie est devenue l’un des principaux vecteurs d’une révolution
culturelle qui ne dit pas son nom.

L’éducation des enfants

Dans la mutation du monde qui s’annonce, les jeunes ont, pour les écologistes, un rôle décisif à jouer. Ils naissent dans un nouveau contexte marqué par la crise et les «désillusions du progrès» et peuvent plus facilement prendre conscience des nouveaux enjeux de l’humanité; ils sont l’«avenir du monde» et il importe de veiller à l’éducation de ces nouveaux pionniers.

À l’école, la notion confuse et élastique de «développement durable» est désormais intégrée au «socle commun de connaissances et de compétences» qui fixe les repères culturels et civiques du contenu de l’enseignement obligatoire, et elle donne lieu à d’étranges considérations sur l’homme, sur la nature et sur les animaux 13. Ces dernières sont également massivement diffusées en douceur par le biais d’émissions de télévision, de films catastrophes, de  dessins animés et toute une littérature enfantine remplie de bonnes intentions. Dans le domaine de l’écologie, les livres abondent. Le Petit Livre vert pour la Terre 14 de la fondation Nicolas Hulot, diffusé à plus de quatre millions d’exemplaires, recense une centaine de bons comportements pour sauver la planète et être un «citoyen de la terre», le tout placé sous l’égide du Mahatma Gandhi cité dès le début du livre: «Soyez vous-mêmes le changement que vous voudriez voir dans le monde.» Cette attention attachée aux gestes les plus quotidiens se retrouve dans toute la littérature écologique pour les enfants sous forme de leçons de morale: «Vous ignorez peut-être qu’en utilisant un mouchoir en papier, vous contribuez très certainement à la déforestation 15. [...] En jouant, en se lavant, en s’éclairant, en se déplaçant, en mangeant, en consommant on agit nous aussi sur le fonctionnement du monde 16.»

Quant aux nouveaux parents, ils se doivent de reconnaître leurs fautes: «En peu d’années, notre génération et celle de nos parents ont beaucoup abîmé la planète: l’air, l’eau, la mer et la terre, quatre éléments fondamentaux de la vie, pour “raison économique”, pour faire de l’argent 17.» De la même façon, depuis les années 2000, la littérature enfantine visant à éduquer les enfants aux nouveaux paradigmes de la sexualité et de la famille est en pleine expansion. Ces livres publiés par de petites maisons d’édition ne sont pas seulement destinés à des familles homoparentales, toutes ont le même but: dédramatiser et banaliser l’homoparentalité auprès des enfants. Les petites histoires avec un beau graphisme doivent les aider à mieux comprendre et à aborder des situations qui peuvent ou non les concerner directement: parents divorcés dont le père est devenu homosexuel (Marius 18); famille homoparentale (À mes amoures 19, Mes mamans se marient 20, Dis… mamans 21), les fables animalières avec leur couple de pingouins (Tango a deux papas et pourquoi pas? 22), de grenouilles (Cristelle et Crioline 23), les louves et leur louveteau (Jean a deux mamans 24) sont mis à contribution, mais aussi les histoires de princesse (Titiritesse 25) pour découvrir en douceur l’homosexualité féminine. Le petit livre J’suis vert 26 accompagné d’un CD de dix chansons aborde sans détour les questions de société qui touchent aussi les enfants, parmi lesquelles le divorce et les familles recomposées sous la forme d’une petite chanson enfantine «Je vous aime tous les deux». Celle-ci fait
approuver par l’enfant le choix de la séparation et présente sous des traits angéliques la nouvelle situation:

«Depuis pas mal de temps déjà je voyais que ça n’allait pas. [...] «Papa tu rentrais toujours tard, Maman tu faisais chambre à part. «C’est sûr ça pouvait plus durer, il valait mieux… vous séparer.
Refrain
«Mais si ça peut vous consoler, je voulais juste que vous sachiez… «Que je vous aime, je vous aime tous les deux.
[...]
«Enfin, c’est pas ma faute à moi, c’est la faute à personne je crois.
«C’est difficile d’aimer toujours, c’est c’qu’ils disent dans les films d’amour. [...] 47

«Et pour plus tard ce que j’espère, c’est des demi-sœurs et des demi-frères.
«J’suis sûr qu’on peut bien rigoler dans les familles “recomposées” 27.»

Les paroles de la chanson, qui sont supposées être celles de l’enfant, reflètent on ne peut mieux un optimisme gentillet qui a des allures de déni et semblent faites surtout pour rassurer les parents. Un livre plus volumineux répond précisément à cet objectif en combinant les histoires pour enfants avec des «fiches psycho-pratiques» à l’usage des parents. Vendu à plus de 150 000 exemplaires, 100 histoires du soir 28 a explicitement une visée à la fois thérapeutique et éducative «pour surmonter les petits et les gros soucis du quotidien». Seize histoires fort bien imaginées et écrites couvrent un vaste ensemble de situations allant du coucher de l’enfant jusqu’aux «histoires d’écologie et de grignotage», en passant par les maladies, l’école et les copains, le chômage («Comment
dire à ses enfants qu’on est au chômage?»), le divorce des parents (comment lui annoncer un divorce?). Les histoires consacrées à l’homoparentalité («Le petit bisou», «Moi j’ai deux papas!», «Deux moineaux japonais… et une cigogne», «Le Papa au blouson couleur de ciel») sont suivies de fiches composées d’une série d’explications et de recommandations auprès de parents homosexuels sur la bonne façon de dire les choses et de bien se comporter vis-à-vis de l’enfant. La Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif (2013-2018) affirme tout bonnement: «Préjugés et stéréotypes sexuels, ancrés dans l’inconscient collectif, sont la source directe de discriminations et doivent être combattus dès le plus jeune âge.

Ainsi, la mixité acquise en droit et ancrée dans la pratique demeure une condition nécessaire mais non suffisante à une égalité réelle entre filles et garçons et plus tard entre femmes et hommes. Elle doit être accompagnée d’une action volontariste des pouvoirs publics, de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative et des partenaires de l’école 29.» La notion de genre si controversée y figure en toutes lettres: «Les savoirs scientifiques issus des recherches sur le genre, les inégalités et les stéréotypes doivent nourrir les politiques publiques», «donner aux élèves, étudiants et étudiantes les outils nécessaires pour mieux appréhender le traitement du genre dans les médias», «rendre visibles les recherches sur le genre et les expert(e)s à travers la mise en place de recensements nationaux», «réaliser un travail de vulgarisation et de diffusion des recherches sur le genre». La formation est pareillement concernée: «La formation des formateurs et formatrices ainsi que la formation des personnels se destinant à travailler auprès d’enfants, d’adolescents, de jeunes adultes doivent comprendre une formation au genre et à l’égalité s’appuyant sur des données chiffrées et une vision sensible aux inégalités entre les femmes et les hommes dans l’ensemble des thématiques abordées.»

De son côté, le ministre de l’Éducation nationale a déclaré qu’il n’y avait pas de débat sur la théorie du genre à l’école et qu’il s’agissait seulement de «lutter contre toutes les discriminations à la fois de race, de religion et bien entendu sur les orientations sexuelles car elle cause de la souffrance 30». Pour faire face à cette souffrance, le partenariat existant entre l’Éducation nationale et des associations lesbiennes et gays lui donne satisfaction. Pourquoi les associations homosexuelles et pas les autres? Qui peut croire qu’elles n’ont pas d’esprit partisan?

Postures identitaire et mécanismes de déni

À partir de cet examen des changements problématiques de la gauche et de la prégnance de nouveaux schémas de pensée au sein du parti socialiste, il nous paraît possible de mieux cerner les principaux traits du gauchisme culturel.

Celui-ci ne se présente pas comme un mouvement structuré et unifié autour d’une doctrine dogmatique comme les grandes idéologies du passé. Il est pluriel dans ses références comme dans sa composition; il peut faire coexister des idées et des attitudes qui, il y a peu de temps encore, apparaissaient contradictoires et incohérentes. Il n’en possède pas moins des schèmes de pensée et de comportements transversaux qui lui donnent une unité structurant en arrière-fond son identité

Le gauchisme culturel n’entend pas changer la société par la violence et la contrainte, mais «changer les mentalités» par les moyens de l’éducation, de la communication moderne et par la loi. Il n’en véhicule pas moins l’idée de rupture avec le Vieux Monde en étant persuadé qu’il est porteur de valeurs et de comportements correspondant à la fois au nouvel état de la société et à une certaine idée du Bien. Ce point aveugle de certitude lui confère son assurance et sa détermination par-delà ses déclarations d’ouverture, de dialogue et de concertation.

Les idées et les arguments opposés à ses propres conceptions peuvent être vite réduits à des préjugés issus du Vieux Monde et/ou à des idées malsaines.

Le débat démocratique s’en trouve par là même perverti. Il se déroule en réalité sur une double scène ou, si l’on peut dire, avec un double fond qui truque la perspective: les idées et les arguments, pour importants qu’ils puissent paraître, ne changeront rien à la question abordée, l’essentiel se jouant à un autre niveau, celui des «préjugés, des stéréotypes ancrés dans l’inconscient collectif», comme le dit si bien la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif. Il s’agit alors de combattre ces préjugés et ces stéréotypes, en sachant que l’important se joue dans l’éducation des générations nouvelles plutôt que dans le dialogue et dans la confrontation avec les opposants considérés comme des individus ancrés dans leurs préjugés inconscients.

Le gauchisme culturel peut même se montrer inquisiteur et justicier en traquant les mauvaises pensées et les mauvaises paroles, en n’hésitant pas à pratiquer la délation et la plainte en justice. À sa façon, sans qu’il s’en rende compte, il retrouve les catégories de faute ou de péché par pensée, par parole, voire par omission, qui faisaient les beaux jours des confessionnaux. Le gauchisme culturel est à la fois un modernisme affiché et un moralisme masqué qui répand le soupçon et la méfiance dans le champ intellectuel, dans les rapports sociaux et la vie privée.

Ce moralisme s’accompagne d’un pathos sentimental et victimaire où les mots «amour», «fraternité», «générosité» s’opposent emphatiquement à la «haine», à l’«égoïsme», à la «fermeture» dans des discours souvent d’une généralité confondante qui laissent l’interlocuteur pantois. L’expression de la subjectivité souffrante agit pareillement, elle paralyse le contradicteur délicat qui ne veut pas apparaître comme un «salaud». Il faut savoir compatir, «écouter la souffrance» avant de «mettre des mots sur les maux». Le
gauchisme culturel pratique ainsi constamment une sorte de chantage affectif et victimaire qui joue sur la mauvaise conscience et le sentiment de culpabilité. Il se veut le porte-parole des victimes de toutes les discriminations en exigeant réparation; c’est la voix des opprimés, des persécutés, des oubliés de l’histoire qui parle à travers sa voix. Que faire face à un interlocuteur qui se veut le représentant des descendants d’esclaves? De quel droit peut-il se prévaloir d’un tel statut?

De telles questions n’ont guère de chance d’être prises en considération, car le gauchisme culturel ne s’adresse pas à la raison. L’indignation lui tient souvent lieu de pensée et le pathos qui l’accompagne brouille la réflexion. L’affirmation d’idées générales et généreuses, les références emblématiques à la résistance et aux luttes héroïques du passé accompagnent son indignation et servent d’arguments d’autorité. La morale et les bons sentiments recouvrent souvent l’inculture et la bêtise, donnant lieu à de vastes synthèses éclectiques et des salmigondis. Mais à vrai dire, l’affirmation avec émotion et véhémence de ce que l’on ressent suffit dans bien des cas: il ne s’agit pas de convaincre avec des arguments mais de faire partager aux autres son émotion et ses sentiments, de les englober dans son «ressenti» comme pour mieux leur faire avaliser ses propres positions. L’«essoreuse à idées médiatique» est particulièrement friande de ce genre d’émotions. Dans les débats publics, à la radio, sur les plateaux de télévision comme dans les dîners en ville, il ne s’agit pas de convaincre mais de gagner en jouant sur tous les registres à la fois. Tout interlocuteur qui refuse d’entrer dans ce cadre peut être considéré comme suspect ou comme un adversaire en puissance. Les doutes et les interrogations ne sont pas de mise; nulle faille apparente ne vient troubler le propos. Le gauchisme culturel s’est arrogé le magistère de la morale et cela lui suffit.

L’exigence morale de combattre le racisme, les exactions de l’extrême droite, les discriminations, pour justifiée qu’elle soit, n’a pas besoin de longues explications, et c’est précisément ce qui fait sa faiblesse. Réduisant ces maux à des pulsions individuelles plus ou moins conscientes, le gauchisme culturel ne s’attarde pas à l’analyse des conditions qui les ont rendus possibles, préférant réitérer indéfiniment ses appels à combattre le mal, en dénonçant publiquement ses auteurs et ses complices. Une telle posture a pu, par réaction, renforcer l’influence de l’extrême droite auprès des couches populaires qui n’apprécient pas qu’on les traite de «beaufs», de «racistes» ou de «fachos» parce qu’ils sympathisent ou votent pour le Front national. Mais depuis des années, le scénario reste fondamentalement le même: déploration, indignation, dénonciation, appel à la mobilisation contre le racisme et le fascisme. Non seulement cela n’apas empêché l’extrême droite de progresser, 50 mais cela a contribué à la mettre un peu plus au centre de l’espace public.

De telles postures permettent également de mettre à distance les questions qui dérangent et de se réconforter dans l’entre-soi. Aborder les questions de la nation, de l’immigration, de l’islam, dont on sait qu’elles préoccupent beaucoup de nos concitoyens, suscite des réactions quasi pavloviennes qui empêchent tout examen et débat serein. Il est vrai que dans cette période de crise l’extrême droite sait jouer sur les peurs et les frustrations dans une logique de bouc émissaire. Mais ce n’est pas la façon dont l’extrême droite et une partie de la droite exploitent ces questions qui est ici en cause, mais la façon dont les questions elles-mêmes sont considérées comme taboues. Le fait même de dire qu’il s’agit de questions peut être considéré comme le signe que l’on est contaminé par des idées de l’extrême droite ou, au mieux, que l’on fait son jeu. Au nom de la lutte contre l’islamophobie, un glissement s’opère qui barre toute réflexion libre sur le rapport de l’islam à la modernité.

Idéologies émiettées et mentalité utopique

Ces postures ne sont pas sans rappeler celles du passé qui s’ancraient alors dans de grandes idéologies et les utopies issues du XIXe siècle, et plus précisément du communisme. Ce rapprochement, qui saisit des traits bien réels et souligne à juste titre le danger que le gauchisme culturel fait peser sur la liberté d’opinion et sur le fonctionnement de la démocratie, n’en est pas moins trompeur.

Dans le cas du gauchisme culturel, l’«idéologie» – pour autant que l’on puisse utiliser ce mot – est d’une nature particulière. Elle n’est pas «une» mais plurielle, composée de bouts de doctrines anciennes en décomposition (communisme, socialisme, anarchisme), mais aussi des idées issues des «mouvements sociaux» et des nouveaux groupes de pression communautaires (écologie, féminisme, mouvement étudiant et lycéen, associations antiracistes, groupes homosexuels…), voire des références aux «peuples premiers» et aux spiritualités exotiques, comme on l’a vu à propos de l’écologie. Elle n’est pas une «idéologie de granit» – pour reprendre une expression de Claude Lefort – fondée sur une science qui prétend englober sous sa coupe l’ensemble des sphères d’activité, même si l’on
peut y trouver des relents de scientisme. Ses représentants, qui se montrent parfois sourds, intransigeants et d’un sectarisme à tout crin, ne sont pas pour autant de dangereux fanatiques exerçant la terreur sur leurs adversaires et dans la société. Ils ont parfois des allures de boy-scouts et leurs opposants ont souvent l’impression de «boxer contre des édredons». Les représentants du gauchisme culturel ressembleraient plutôt à ce qu’on appelle des «faux gentils». Ils affichent le sourire obligé de la communication tant qu’ils ne sont pas mis en question; ils se réclament de l’ouverture, de la tolérance, du débat démocratique, tout en en délimitant d’emblée le contenu et les acteurs légitimes.
En ce sens, la droite se trompe en parlant de nouveau «totalitarisme», même si l’on peut estimer que le gauchisme culturel en a quelques beaux restes. En réalité, ce dernier s’inscrit pleinement dans le contexte des «démocraties post-totalitaires»: il puise dans différentes idéologies du passé en décomposition qu’il recompose à sa manière et fait coexister sans souci de cohérence et d’unité, n’en gardant que des schèmes de pensée et de comportement. À ses pointes extrêmes, le gauchisme culturel combine la rage des sans-
culottes et le sourire du dalaï-lama.
Les utopies subissent un traitement semblable. Le gauchisme culturel véhicule bien un imaginaire qui retrouve nombre de traits anciens recyclés et adaptés à la nouvelle situation historique: ceux d’une société enfin débarrassée des scories du passé, réconciliée et devenue transparente à elle-même, d’un monde délivré du tragique de l’histoire, un monde sans frontières, sans haine, sans violence et sans guerre, pacifié et fraternel, mû par le souci de la planète, du plaisir et du bien-être de chacun. À l’échelle individuelle, cet imaginaire est celui d’un être indifférencié, un être sans dilemmes et sans contradictions, débarrassé de ses pulsions agressives, bien dans sa tête et dans son corps, s’étant réconcilié avec lui-même, avec les autres et avec la nature. Et, qui plus est, autonome et «citoyen actif» de la maternelle jusqu’à son dernier souffle, «citoyen du monde» et «écocitoyen». Cet imaginaire, pour utopique qu’il soit, s’articule en réalité aux évolutions problématiques des sociétés démocratiques européennes qui sont sorties de l’histoire et c’est précisément ce qui lui donne une consistance qui l’apparente à l’état du monde présent. Cette imbrication étroite de l’utopie et des évolutions problématiques de la société change sa nature. Il ne s’agit plus d’attendre la réalisation de l’utopie dans un futur indéterminé sur le modèle du socialisme utopique du XIXe siècle, pas plus que dans une fin de l’histoire articulée au devenir historique dont on détiendrait les clés. L’utopie se conjugue désormais au présent et prétend ne pas en être une. Tel est le paradoxe qu’a
bien mis en lumière Marcel Gauchet: «En ce début du XXIe siècle, l’avenir révolutionnaire a disparu de notre horizon; l’avenir tout entier nous est devenu inimaginable; mais la conscience utopique ne s’est pas totalement évanouie pour autant; elle hante véritablement notre présent 31.» Mais peut-être vaudrait-il mieux parler de mentalité utopique dans la mesure où cette dernière expression désigne un état d’esprit qui n’est pas nécessairement conscient.

L’écologie est de ce point de vue particulièrement révélatrice du nouveau statut de l’utopie dans le monde d’aujourd’hui: si elle retrouve des accents prophétiques annonçant la fin possible du monde et son salut, elle appelle en même temps à mettre en œuvre dès à présent de multiples pratiques alternatives. Celles-ci doivent permettre à la fois de sauver la planète et d’incarner dès maintenant le nouveau monde. Il en va de même avec les «crèches expérimentales», les nouvelles pédagogies qui doivent rendre l’enfant autonome au plus tôt, voire les multiples outils qui permettent de résoudre les contradictions et les tensions. L’utopie est éclatée en de multiples «révolutions minuscules», des «utopies concrètes» (oxymore qui à sa façon traduit bien le statut nouveau de l’utopie au XXIe siècle), dont la mise en œuvre s’accompagne de «guides pratiques», de «boîtes à outils», de «kits pédagogiques» promus par des spécialistes patentés.
Aux origines du gauchisme culturel
Il est, en revanche, une utopie d’un genre par ticulier dont se réclame plus volontiers le gauchisme culturel: celle de mai 68 et des mouvements qui l’ont portée. Ce n’est pas l’événement historique «mai 68» qui est ici en question: cet événement historique comme tel n’appartient à personne, il appartient à notre histoire, comme à celle de l’Europe et à de nombreux pays dans le monde. Cet événement iconoclaste à plusieurs facettes peut être globalement analysé comme un moment de basculement vers le nouveau monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, que nous le voulions ou non. En ce sens, l’idée selon laquelle il faudrait «liquider mai 68» est absurde. En revanche, ce qui me paraît être avant tout en question, c’est ce que j’ai appelé son «héritage impossible 33» et c’est précisément dans cet héritage que le gauchisme culturel a pris naissance et s’est développé. Textes, discours, pratiques et comportements de l’époque constituent un creuset premier, chaotique et bouillonnant qui va se répandre sur de multiples fronts, se pacifier et finir par s’intégrer à la nouvelle culture des sociétés démocratiques.

En mai 68 et dans le sillage de l’événement sont apparus de nouveaux thèmes portant sur la sexualité, l’éducation des enfants, la psychiatrie, la culture, qui sont venus interpeller les schémas de la lutte des classes et les idéologies de l’extrême gauche traditionnelle. Le gauchisme culturel naît précisément dans ce cadre et c’est lui qui va le premier déplacer l’axe central de la contestation vers les questions sociétales, à la manière de l’époque, c’est-à-dire de façon radicale et délibérément provocatrice. Il est ainsi devenu le vecteur d’une révolution culturelle qui a mis à mal l’orthodoxie des groupuscules d’extrême gauche, avant de concerner l’ensemble de la gauche et de se répandre dans la société.
Quand on étudie la littérature gauchiste de l’immédiat après-Mai, on est frappé de retrouver nombre de thèmes du gauchisme culturel d’aujourd’hui, mais, en même temps, ces derniers semblent bien mièvres et presque banalisés en regard de la rage dont faisaient preuve les révolutionnaires de l’époque. Leur remise en question radicale a concerné bien des domaines dont nous ne pouvons rendre compte dans le cadre limité de cet article 34. Mais il suffit d’évoquer ce qu’il en fut en matière de mœurs et de sexualité au début des années 1970 pour mieux cerner le fossé qui nous sépare du présent.

Le désir était alors brandi comme une arme de subversion de l’ordre établi qui devait faire sauter tous les interdits, les tabous et les barrières. Il s’agissait de faire tomber tous les masques, en pourchassant les justifications et les refoulements au cœur même des discours les plus rationnels et les plus savants. Être «authentique», c’était oser, si l’on peut dire, regarder le désir en face et ne plus craindre d’exprimer en toute liberté le chaos que l’on porte en soi. C’est sans doute pour cette raison que sur le front du désir la classe
ouvrière a pu apparaître muette à beaucoup. Les religions juives et chrétiennes, la «morale bourgeoise», l’idéologie, le capitalisme réprimaient le désir, il s’agissait alors ouvertement de tout mettre à bas pour le libérer. Le mariage et la famille n’échappaient pas à un pareil traitement. Ils étaient considérés comme un dispositif central dans ce vaste système de répression, la cellule de base du système visant à castrer et à domestiquer le désir en le ramenant dans les credo de la normalité 35. Les lesbiennes et les gays revendiquaient clairement leur différence en n’épargnant pas les «hétéro-flics», la «virilité fasciste», le patriarcat. Il était alors totalement exclu de se marier et de rentrer dans le rang. On peut mesurer les différences et le chemin parcouru depuis lors. Nous sommes passés d’une dynamique de transgression à une banalisation paradoxale qui entend jouer sur tous les plans à la fois: celui de la figure du contestataire de l’ordre établi, celui de la minorité opprimée, celui de la victime ayant des droits et exigeant de l’État qu’il satisfasse au plus vite ses revendications, celui du Républicain qui défend la valeur d’égalité, celui du bon père et de la bonne mère de famille…

Mais, en même temps, force est de constater que nombre de thèmes de l’époque font écho aux postures d’aujourd’hui. Il en est ainsi du culte des sentiments développé particulièrement au sein du MLF. Renversant la perspective du militantisme traditionnel, il s’agissait déjà de partir de soi, de son «vécu quotidien», de partager ce vécu avec d’autres et de le faire connaître publiquement. On soulignait déjà l’importance d’une parole au plus près des affects et des sentiments. Alors que l’éducation voulait apprendre
à les dominer, il fallait au contraire ne plus craindre de se laisser porter par eux. Ils exprimaient une révolte à l’état brut et une vérité bien plus forte que celle qui s’exprime à travers la prédominance accordée à la raison. À l’inverse de l’idée selon laquelle il ne fallait pas mêler les sentiments personnels et la politique, il s’agissait tout au contraire de faire de la politique à partir des sentiments. Trois préceptes du MLF nous paraissent condenser le renversement qui s’opère dès cette période: «Le personnel est politique et le politique est personnel 36»; «Nous avons été dupés par l’idéologie dominante qui fait comme si “la vie publique” était gouvernée par d’autres principes que la “vie privée” 37»; «Dans nos groupes, partageons nos sentiments et rassemblons-les en un tas. Abandonnons-nous à eux et voyons où ils nous mèneront. Ils nous mèneront aux idées puis à l’action 38». Ces préceptes condensent une nouvelle façon de faire de la «politique» qui fera de nombreux adeptes.
Resterait à tracer la genèse de ce curieux destin du gauchisme culturel jusqu’à aujourd’hui, la perpétuation de certains de ses thèmes et leur transformation. L’analyse de l’ensemble du parcours reste à faire, mais cette dernière implique à notre sens la prise en compte du croisement qui s’est opéré entre ce gauchisme de première génération avec au moins trois grands courants: le christianisme de gauche, l’écologie politique et les droits de l’homme. C’est dans la rencontre avec ces courants que le gauchisme culturel s’est pacifié, pris un côté boy-scout et faussement gentillet, et qu’il s’est mis à revendiquer des droits. Mais c’est surtout dans les années 1980 que le gauchisme culturel va recevoir sa consécration définitive dans le champ politique, plus précisément au tournant des années 1983-1984, au moment où la gauche change de politique économique sans le dire clairement et entame la «modernisation». Le gauchisme culturel va alors servir de substitut à la crise de sa doctrine et masquer un changement de politique économique mal assumé. À partir de ce moment, la gauche au pouvoir va intégrer l’héritage impossible de mai 68, faire du surf sur les évolutions dans tous les domaines, et apparaître clairement aux yeux de l’opinion comme étant à l’avant-garde dans le bouleversement des mœurs et de la «culture». Nous ne sommes pas sortis de cette situation.

Au terme de ce parcours qui rend compte des glissements opérés par la gauche et de l’influence du gauchisme culturel en son sein, il 54 nous paraît possible de poser sans détour ce qui n’est plus tout à fait une hypothèse: nous assistons à la fin d’un cycle historique dont les origines remontent au XIXe siècle; la gauche a atteint son point avancé de décomposition, elle est passée à autre chose tout en continuant de faire semblant qu’il n’en est rien; il n’est pas sûr qu’elle puisse s’en remettre. Le gauchisme culturel, qui est devenu hégémonique à gauche et dans la société, a été un vecteur de cette décomposition et son antilibéralisme intellectuel, pour ne pas dire sa bêtise, est un des principaux freins à son renouvellement. La gauche est-elle capable de rompre clairement avec lui? Rien n’est certain étant donné la prégnance de ses postures et de ses schémas de pensée.

Pour nombre de militants, d’adhérents, de sympathisants, d’anciens ou de nouveaux, d’ex ou de dissidents, de tels propos ne sont guère audibles parce que pour eux, la gauche reste toujours la gauche, quoi qu’il en soit de la réalité des changements. C’est une question avant tout «identitaire», une sorte de réflexe indéracinable fondé plus ou moins consciemment sur l’idée que la gauche est, malgré tout, le dépositaire attitré d’une certaine idée du bien, se nourrissant encore, pour les plus anciens, de références au «camp du progrès» et aux luttes passées du mouvement ouvrier. Et d’en appeler de façon de plus en plus éthérée à une «vraie gauche» ou à un «vrai socialisme» qui ne saurait se confondre avec la gauche et le socialisme «réellement existants» comme pour mieux se rassurer face à des évolutions problématiques. Quand les mécanismes de défense identitaires l’emportent sur la liberté de pensée et servent à se mettre à distance de l’épreuve du réel, il y a de quoi s’inquiéter sur l’avenir d’une gauche qui ne parvient pas à rompre avec ses vieux démons et se barricade entre gens du même milieu qui ont tendance à croire que la gauche est le centre du monde. Pour ceux qui n’en pensent pas moins, il est d’autres types d’arguments plus réalistes qui peuvent faire taire le questionnement.

Quand vos amis sont des gens qui se définissent comme «naturellement» de gauche, à quoi bon se fâcher avec eux? Il en va de même avec un petit milieu de l’édition, de journalistes et d’artistes militants qui baignent dans le gauchisme culturel depuis longtemps. On ne tient pas à se voir coller une étiquette qui combine désormais 55  le «réac» et le «ringard». L’argument rabâché selon lequel «il ne faut pas faire le jeu de la droite et de l’extrême droite» (souvent confondues) fait le reste. Malgré les références à l’anticonformisme et aux luttes glorieuses du passé, le courage n’est pas toujours au rendez-vous.

Et pendant ce temps-là, la France continue de se morceler sous l’effet de multiples fractures sociales et culturelles. L’extrême droite espère bien en tirer profit en soufflant sur les braises, mais, à vrai dire, elle n’a pas grand-chose à faire, le gauchisme culturel continue de lui faciliter la tâche.

1. Cf. Jean-Pierre Le Goff, « La difficile réconciliation du socialisme et de la démocratie », Le Débat, n° 131, septembre- octobre 2004.

2. « Manifeste : au mariage pour tous, nous disons oui », Le Nouvel Observateur, janvier 2013. 3. Cf. jeunes-socialistes.fr/alerte-elus-homophobes. RP-

3. Cf. jeunes-socialistes.fr/alerte-élus-homophobes.

4. Carlo Rossi, cité par Monique Canto-Sperber, Les Règles de la liberté, Plon, 2003, pp. 13-14.

5. Dominique Schapper, La Démocratie providentielle. Essai sur l’égalité contemporaine, Gallimard, 2002.

6. « Manifeste : au mariage pour tous, nous disons oui », art. cité. 7. Paul Thibaud, « Triomphe et impotence du socialindividualisme  », Le Débat, n° 173, janvier-février 2013. RP-LeGoff.indd 43 13/08/13 07:17

Mise en ligne CV : 11 février 2014

Jean-Pierre Le Goff est sociologue au CNRS. Derniers ouvrages parus : La Gauche à l’épreuve (Perrin, 2011) et La Fin du village. Une histoire française (Gallimard, 2012).

Voir aussi:

Société
Madame la ministre de la Rééducation nationale
Raphaël Stainville
Valeurs actuelles
04 Septembre 2014

L’ayatollah. Najat Vallaud-Balkacem ne doit pas sa nomination Rue de Grenelle à sa connaissance des dossiers, mais à ses manières d’idéologue qui plaisent tant à la gauche et insupportent la droite. Portrait d’une provocatrice qui ne recule devant rien pour imposer coûte que coûte ses délires progressistes.
Dans son petit poing serré, elle tient un Kleenex. Najat Vallaud-Belkacem n’est pas la seule, ce 4 juillet 2012, à pleurer la mort d’Olivier Ferrand. Toute la famille socialiste, rassemblée à l’église Saint-Sulpice, pleure la disparition du fondateur de Terra Nova. C’est en partie grâce à lui que François Hollande a été élu. En partie grâce à celui qui recommandait au PS d’abandonner les classes populaires au profit d’une nouvelle coalition composée notamment des minorités et des habitants des quartiers à forte population d’origine immigrée.

Dans la foule, il y a là Arnaud Montebourg, qui s’essuie les yeux. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, accompagné de Valérie Trierweiler, qui représente le chef de l’État absent. On y croise Jack Lang, Lionel Jospin. Tout ce que la gauche compte de ministres et d’anciens ministres. Mais derrière Carole Ferrand, la veuve de l’éphémère député socialiste des Bouches-du_Rhône, tout le monde remarque la détresse de celle qui est alors depuis un mois et demi ministre des Droits des femmes. Ses larmes, contrairement à beaucoup d’autres, sont des plus sincères.

Et pour cause. Si sa carrière doit beaucoup à Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui l’a repérée en 2003, et à Ségolène Royal, qui, en 2007, a fait de Najat Vallaud-Belkacem l’une de ses porte-parole pendant sa campagne présidentielle, elle est tout autant redevable à Olivier Ferrand, avec qui elle s’est liée d’amitié. L’ancienne secrétaire nationale du Parti socialiste chargée des questions société et des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) était même, pour le fondateur de Terra Nova, comme l’incarnation faite femme des idées progressistes qu’il portait.

Deux ans et demi plus tard, NVB, comme elle aimerait que les médias la surnomment sans parvenir à imposer ses initiales, contrairement à NKM, pleure encore. La nouvelle ministre de l’Éducation nationale est submergée par l’émotion lorsque Manuel Valls lui rend hommage aux universités d’été du PS, à La Rochelle, saluant, dimanche dernier, « le travail et l’engagement » de la benjamine de son gouvernement, exprimant sa fierté de voir pour la première fois « une femme si jeune occuper cette si lourde fonction ». Lui n’a pas eu cette chance. Il a subi les sifflets des frondeurs et des militants du Mouvement des jeunes socialistes, qui ont fait la claque pour perturber son discours de clôture. Il a peiné à ramener le calme. Najat, elle, a eu droit à une ovation debout. Rien de tout cela n’étonne le premier ministre. Manuel Valls sait que Najat Vallaud-Belkacem est aujourd’hui le dernier trait d’union d’un Parti socialiste fracturé, qui ne se retrouve plus que sur les grandes réformes sociétales, « le plus petit dénominateur commun d’une gauche hier plurielle, qui est aujourd’hui une gauche plus rien », selon la formule d’un fin connaisseur du PS

Voir aussi:

http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2014/02/14/10001-20140214ARTFIG00306-najat-vallaud-belkacem-la-khmere-rose.php

Najat Vallaud-Belkacem, la «Khmère rose»
Raphaël Stainville
Le Figaro magazine
14/02/2014
Derrière un sourire désarmant se cache une volonté féroce d’imposer ses idées. La ministre des Droits des femmes est le symbole de cette gauche sociétale qui a pris le pouvoir et entend rééduquer la France.
La ministre l’a ramené de Brooklyn lors de l’un de ses passages éclairs à New York. C’est un petit caniche qui présente bien des avantages. Il n’aboie pas. Ne mordille pas les chevilles des visiteurs, ni n’abîme le mobilier national de l’hôtel de Broglie qu’elle occupe. Il n’oblige pas à se baisser pour ramasser ce qui doit l’être. Mieux, il n’a pas de sexe. Indifféremment chien ou chienne, chien et chienne, selon les désirs de son maître. Son nom: Invisible Dog, une laisse rigide qui se termine par un collier vide. Outre-Atlantique, il fait fureur chez les bobos. En France, ils ne sont que quelques-uns à en posséder un. Comme souvent, Najat Vallaud-Belkacem se croit en avance sur son temps. C’est vrai en matière d’art. N’a-t-elle pas fait décrocher de son bureau une toile de maître qui faisait pourtant le bonheur de ses prédécesseurs au motif, selon ses propres mots, qu’il s’agissait d’une «vraie croûte!» , lui préférant une peinture abstraite? C’est encore plus vrai en matière de politique et de lois sociétales.

Jusqu’à ce qu’elle ne devienne récemment la ministre la plus populaire du gouvernement Ayrault, profitant de la chute dans les sondages de Manuel Valls, personne ne prenait vraiment garde à la ministre des Droits des femmes. Le grand public ne connaissait Najat Vallaud-Belkacem qu’à travers le porte-parolat du gouvernement Ayrault, son autre casquette ministérielle. Les journalistes politiques lui passaient facilement sa capacité à débiter des éléments de langage au kilomètre pour expliquer les contorsions du gouvernement et les grands écarts du Président. Ils excusaient ses silences, se contentant le plus souvent de son sourire en guise d’explication.

Car Najat Vallaud-Belkacem, c’est d’abord un sourire accompagné d’un petit rire à peine réprimé qui lui donne de prime abord un côté si sympathique, si humain. Mais il ne faut pas s’y tromper. Derrière le sourire se cache une volonté de fer. Hervé Mariton, le député UMP de la Drôme, la décrit comme une «Viêt-minh souriante»! Une manière de souligner son côté sectaire, sa propension à ne pas souffrir la contestation et à diaboliser ses adversaires. Il aurait pu dire une «Khmère rose». Même son de cloche du côté de Jean-Frédéric Poisson, le patron du Parti chrétien-démocrate (PCD), qui évoque «ce beau visage donné à l’idéologie». «Un sourire de salut public, comme il y a des gouvernements du même nom», avait écrit un jour Philippe Muray au sujet de Ségolène Royal. Comme la madone du Poitou, qui fut la première à lui donner sa chance en politique, Najat Vallaud-Belkacem a fait de son sourire l’un de ses atouts, une marque de fabrique. «Un masque», disent certains. Ce sourire, les responsables de l’UMP en dissertent volontiers. Pour Christian Jacob, le patron du groupe UMP à l’Assemblée nationale: «Elle parle beaucoup, affiche son sourire, mais derrière cela sonne creux». Ses traits délicats, ses yeux de chat, ses tailleurs élégants, son charme évident ne seraient qu’une manière d’habiller la vacuité de la politique du PS. «Une fausse valeur», affirme encore le chef de file des députés de l’opposition.

Hervé Mariton, qui fut l’orateur de l’UMP pendant les débats sur le mariage pour tous, la considère avec davantage de sérieux et de crainte. Il a pu constater avec quelle vigueur et, parfois, avec quelle rage la benjamine du gouvernement était à la pointe du combat «progressiste». «Elle est, dit-il, l’un des symboles de cette gauche a-économique qui s’accommode du virage social-démocrate du Président parce qu’elle n’a pas d’autres ambitions que de réformer les mentalités, de désaliéner le peuple qui ne comprend pas.»

Et pour cause: même si elle n’a pas toujours été en première ligne, laissant à d’autres, comme Christiane Taubira, le soin de porter des lois comme le mariage pour tous, qui ne relevaient pas de son ministère, elle est toujours en pointe ou à la relance sur ces sujets sociétaux. «Sur le mariage homosexuel, la PMA , les mères porteuses, la lutte contre les discriminations liées aux stéréotypes et à l’identité de genre, elle n’en rate pas une.» Avant de devenir, à 34 ans, la plus jeune ministre du gouvernement Ayrault, n’était-elle pas la secrétaire nationale du PS chargée des questions de société? En 2010 déjà, elle défendait l’idée de la gestation pour autrui solidaire, appelant de ses vœux à la GPA non marchande, au nom de «l’éthique du don». Pendant la campagne présidentielle, c’est elle qui représentait François Hollande au meeting LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans) pour l’égalité. Pas étonnant qu’aujourd’hui on retrouve la ministre à la manœuvre sur toutes ces questions qui hérissent une grande partie de la société française.

La ministre des Droits des femmes incarne, mieux que d’autres, cette gauche qui a délaissé le social et l’économie pour investir le champ sociétal. «À son programme: culpabilisation et rééducation», résume le philosophe François-Xavier Bellamy. D’ailleurs, même le gouvernement a eu droit à son stage pour lutter contre le sexisme. Et, puisqu’il semble que nombre de Français sont déjà perdus pour ses causes, elle consacre une grande partie de son énergie à s’occuper des générations futures. Dans la novlangue dont est friande la ministre, Najat Vallaud-Belkacem se contente de sensibiliser à l’égalité femme-homme (comment être contre?), à l’identité de genre pour lutter contre les stéréotypes… Cela commence dès la crèche. Elle sensibilise. On dirait une caresse. Tout se fait dans la douceur. C’est «bienvenue dans Le Meilleur des mondes!» Une école qui rééduque avant d’instruire.

Dangereuse, Najat Vallaud-Belkacem? Ils sont de plus en plus nombreux à le penser dans les rangs de l’opposition. Le très médiatique abbé Grosjean, qui a eu l’occasion de débattre avec la jeune femme sur les plateaux de télévision et qui s’est invité à petit-déjeuner au 35, rue Saint-Dominique, préfère souligner «sa bienveillance et sa cordialité, qui buttent sur une difficulté à comprendre et connaître cette jeunesse qui est descendue dans la rue». Il n’est pas le seul à s’étonner de cette incapacité du gouvernement à trouver les mots pour apaiser cette France qui manifeste sans se lasser contre le mariage homosexuel et la théorie du genre.

Au mois d’août dernier, Bernard Poignant, l’un des plus proches conseillers du Président, évoquait justement, devant une centaine d’étudiants de l’association Acteurs d’avenir, les traits dominants de cette jeune génération socialiste qui s’est installée aux commandes de l’Etat, dans les cabinets ministériels et jusqu’à certains ministères. Une génération passée directement du MJS (Mouvement des jeunes socialistes) ou d’associations militantes au pouvoir, sans avoir jamais eu de mandats locaux, regrettait le maire de Quimper. «Ils ne connaissent pas la société», constatait l’ami de François Hollande pour expliquer l’arrogance de certains.

La ministre des Droits des femmes en est la parfaite illustration, tout comme ceux qui l’entourent dans son cabinet. On y retrouve des militants associatifs, à l’image de ses deux conseillers chargés de «l’accès aux droits et de la lutte contre les violences faites aux femmes et de la lutte contre les violences et les discriminations commises en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre».

En l’occurrence, Caroline de Haas, la présidente d’Osez le féminisme, à laquelle a succédé Gilles Bon-Maury, l’ancien président d’Homosexualités et Socialisme. Idem pour Romain Prudent, un autre de ses conseillers, qui était jusqu’en 2012 secrétaire général de Terra Nova. Et ce n’est pas un hasard: Najat Vallaud-Belkacem a épousé le logiciel de ce laboratoire d’idées du PS qui préconisait en 2011, dans l’une de ses notes, que la gauche, pour espérer revenir au pouvoir, devait désormais viser un électorat constitué de femmes, de jeunes, de minorités et de diplômés, plutôt que d’essayer de convaincre une classe ouvrière largement ralliée aux idées du Front national. Nous y sommes. Tant et si bien qu’il est difficile de savoir ce que pense vraiment la ministre, tant elle est aujourd’hui habitée par la pensée dominante définie par ce think tank. «Quand on écoute Christiane Taubira, on découvre une personnalité. Quand on écoute Najat Vallaud-Belkacem, on entend Terra Nova», assure un responsable de l’UMP. «Elle coche toutes les cases», ajoute même un député de la Droite populaire, comme pour expliquer le succès de la ministre auprès des sympatisants du PS.

Un changement de société par déstabilisations successives

Bon chic mauvais genre, elle incarne très exactement le gauchisme culturel tel que le sociologue Jean-Pierre Le Goff l’a défini. Une école de pensée qui n’entend pas «changer la société par la violence et la contrainte», mais qui veut «changer les mentalités par les moyens de l’éducation, de la communication moderne et par la loi». Il procède par des tentatives de déstabilisation successives. Hier le pacs, aujourd’hui le mariage homosexuel, le genre, l’ABCD de l’égalité, et demain l’euthanasie… Certaines manœuvres opèrent. D’autres échouent au gré des résistances qu’elles rencontrent et suscitent. C’est le cas de la théorie du genre. Elle est devenue si sulfureuse que Najat Vallaud-Belkacem, qui en faisait pourtant la promotion à longueur de déplacements, et jusque dans les crèches, en est venue à expliquer qu’elle n’avait jamais existé. Pas plus tard que le vendredi 7 février, elle annulait un échange à Sciences-Po Paris avec Janet Halley, une juriste américaine spécialiste de la famille et du genre. Il figurait encore à son agenda le matin même. Mais, dans le contexte, cette rencontre aurait probablement fait désordre. Elle prenait le risque d’être soumise à la question et d’être une nouvelle fois obligée de se dédire sur la théorie du genre.

Pour autant, de l’aveu d’un proche, la ministre des Droits des femmes ne connaît pas le doute. On pense qu’elle recule. Najat Vallaud-Belkacem avance toujours. Il en va ainsi des «forces de progrès». Comme le dit Jean-Pierre Le Goff, «elle a beau avoir le sourire du dalaï-lama, elle n’en a pas moins la rage des sans-culottes».

Voir encore:

Racisme, sexisme : Najat Vallaud-Belkacem, la cible idéale

Barbara Krief

Le Nouvel Observateur
01-09-2014
La ministre subit de nombreuses attaques depuis sa nomination au ministère de l’Education nationale.

Manuel Valls lui a rendu dimanche, à La Rochelle, un hommage appuyé : "La République sait reconnaître le travail et l’engagement", s’est réjoui le Premier ministre, saluant "une femme si jeune occuper cette si lourde fonction". Dans la salle, l’intéressée, Najat Vallaud-Belkacem, a écrasé une larme. Il faut dire que depuis sa promotion il y a dix jours, sa jeunesse comme son genre féminin sont plutôt source d’insultes. Sexisme, racisme… Ses détracteurs, majoritairement de droite et d’extrême droite, s’autorisent tous les écarts pour mettre en cause la légitimité de la nouvelle ministre de l’Education. Retour sur les pires attaques.

La promotion par la jupe
"Quels atouts Najat Vallaud-Belkacem a utilisé pour convaincre Hollande de la nommer à un grand ministère", s’interrogeait hier Franck Keller, conseiller municipal UMP de Neuilly-sur-Seine. Le tweet, accompagné d’une photo de la ministre en jupe, a depuis été supprimé.

SOS Racisme a lancé une pétition pour soutenir la ministre. L’initiative a récolté plus de 4.300 signatures. L’association explique ainsi les remarques désobligeantes à l’encontre de la nouvelle ministre de l’Education :

Najat Vallaud-Belkacem est une cible idéale pour tous ceux qui veulent distiller l’idée qu’une femme d’origine immigrée ne saurait avoir légitimement sa place au sein d’un gouvernement"
"Claudine Dupont"
Une fausse carte d’identité lui attribuant le nom de Claudine Dupont, mise en circulation sur les réseaux sociaux en 2013, est réapparue sur Twitter, le 28 août, eux jour après la nomination de Najat Vallaud-Belkacem à l’éducation. L’ancienne porte-parole du gouvernement se voit soupçonnée d’avoir échangé son "vrai nom" pour celui de Najat Vallaud-Belkacem. Le but ? Encore une fois, faciliter une promotion.

Son illégitimité est à nouveau décriée par ses détracteurs. Selon eux, sa nomination est une "provocation". Les opposants au mariage pour tous ont fait de la ministre de l’Education leur cible. Ils lui reprochent d’avoir soutenue ouvertement le mariage homosexuel et de prôner "l’idéologie du genre à l’école". Le spectre de la "théorie du genre" pourrit la promotion de l’ancienne porte-parole du gouvernement, qui subit une troisième attaque en ce premier jour de septembre.

"Viêt-minh souriante"
Le 14 février, Najat Vallaud-Belkacem se faisait taxer de "khmer rose" par le "Figaro magazine", en référence au mouvement politique et militaire communiste radical. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire, le député UMP Hervé Mariton, qui soutient la Manif pour tous, invite à se méfier de celle qu’il qualifie de "Viêt-minh souriante" qui veut "désaliéner le peuple".

Voir de plus:

Najat Vallaud-Belkacem cible de "Minute" et "Valeurs actuelles": des provocations ignobles
Mehdi Thomas Allal
Militant anti-discriminations

Tribune cosignée par Loreleï Mirot, consultante en communication politique, et Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discriminations de la fondation Terra Nova.

Le Nouvel Observateur

03-09-2014

LE PLUS. Après avoir été, dans la foulée de sa nomination au poste de ministre de l’Éducation nationale, la cible de la "Manif pour tous", Najat Vallaud-Belkacem est visée par "Minute" et "Valeurs actuelles". Des choix éditoriaux qui font vivement réagir nos deux contributeurs, Loreleï Mirot, consultante en communication politique, et Mehdi Thomas Allal, responsable du pôle anti-discriminations de Terra Nova.
Édité par Hélène Decommer

Christiane Taubira, Myriam El Khomri et, plus récemment, Najat Vallaud-Belkacem… Parce qu’elles sont femmes, issues de la diversité, et qu’elles occupent des postes à fortes responsabilités, elles concentrent sur elles des discours de haine inacceptables.

Le personnel politique, mais aussi les médias de droite et d’extrême droite, à l’instar de "Valeurs actuelles" et de "Minute" n’hésitent pas à inciter à la haine vis-à-vis de ces personnalités, qui symbolisent en réalité la réussite de certaines couches des minorités visibles…

Un procès en illégitimité permanent

Les unes des hebdomadaires "Valeurs actuelles" et "Minute" rivalisent cette semaine d’ignominies pour salir l’image de la ministre de l’Education nationale ; c’est à celui qui exploitera le mieux ses origines.

"Minute" qui n’en est pas à sa première polémique – rappelons notamment sa une non dépourvue de sous-entendus racistes sur Christiane Taubira – évite de s’embarrasser de la double nationalité de Najat Vallaud-Belkacem, pour ne mettre en avant que son ascendance marocaine ! Son titre "Une marocaine musulmane à l’Education nationale – la provocation Najat Vallaud-Belkacem", souligne également, sans une hésitation, le fait qu’elle soit de confession musulmane…

Interpréter les origines et les croyances supposées de la ministre comme étant l’antithèse des qualités exigées pour occuper sa fonction conforte "Minute" dans une ligne éditoriale d’extrême droite. Et contredit l’article 1er de la Constitution selon lequel "la République (…) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion."

Racisme : le maux derrière les mots

Si "Valeurs actuelles" ne fait guère davantage dans la finesse, l’hebdomadaire de droite tente, quant à lui, d’échapper aux critiques sur son racisme latent en jouant sur le sens des mots.

Sur sa une, une photo de Najat Vallaud-Belkacem apparaît sur fond noir, sous le titre "L’ayatollah". Ce terme désigne, selon le communiqué de presse du journal, qui tente de se justifier et indique qu’il va porter plainte contre ses détracteurs, une "personne aux idées rétrogrades qui use de manière arbitraire et tyrannique des pouvoirs étendus dont elle dispose".

Or, ce mot s’utilise aussi comme un titre honorifique donné aux principaux chefs religieux de l’islam chiite. Nul doute qu’il s’agit bien des origines et de la religion, arbitrairement attribuée à la ministre de l’Education nationale, sur lesquelles "Valeurs actuelles" a souhaité attirer l’attention.

Par son sous-titre "Enquête sur la ministre de la Rééducation nationale", le journal entend par ailleurs démontrer sa volonté de bouleverser le système éducatif et ses conventions (en imposant par exemple l’imaginaire "théorie du genre").

Najat Vallaud-Belkacem clôt avec subtilité la polémique

"Valeurs actuelles" et "Minute" s’emploient à utiliser les origines de Najat Vallaud-Belkacem pour diffuser leurs thématiques islamophobes et rétrogrades.

La dénonciation de leurs campagnes immondes aura au moins le mérite d’unir la gauche et une partie de la droite, et de permettre aux deux camps de réaffirmer les principes et les valeurs de la République.

Dans un communiqué, le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a déclaré : "La une de Minute est une incitation à la haine. Elle doit être juridiquement condamnée". Des associations telles que la Licra et SOS Racisme montent au créneau ; cette dernière a notamment publié une pétition de soutien.

Najat Vallaud-Belkacem qui se définit comme un "pur produit de la République" et un exemple d'"intégration heureuse" ne craint pas ces attaques sur la forme ; ses preuves, elle les a faites en occupant successivement les postes de ministre des Droits des femmes, à la Ville, et de ministre de l’Education nationale.

La déclaration de Najat Vallaud-Belkacem à la sortie du conseil des ministres ce jour clôture avec subtilité cette polémique en invoquant feu l’humoriste Pierre Desproges et sa fameuse formule sur l’hebdomadaire d’extrême droite : "Pour le prix d’un journal, vous avez la nausée et les mains sales", deux ouvrages de Jean-Paul Sartre qui méritent, eux, d’être lus.

Voir enfin:

Tribunes
Il faut condamner les attaques contre Najat Vallaud-Belkacem
Yann GALUT Député PS du Cher, fondateur et porte-parole de la Gauche forte, Mehdi Thomas ALLAL Délégué general de la Gauche forte, Colette CAPDEVIELLE Députée PS des Pyrénées-Atlantiques, Alexis BACHELAY Député PS des Hauts-de-Seine et porte-parole de la Gauche forte, Marie-Anne CHAPDELAINE Députée PS d’Ille-et-Vilaine et Loreleï MIROT Consultante en communication politique

Libération

1 septembre 2014 à 17:54

TRIBUNE Récemment nommée au ministère de l’Education nationale, elle concentre de violentes critiques sexistes et racistes entremêlées.

La ministre de l’Education nationale irrite l’extrême-droite par ses origines, de même que les militants hostiles au mariage homosexuel, pour lesquels elle symbolise le retour de la théorie du genre dont elle serait l’initiatrice, ainsi qu’une partie de la droite, qui loin d’opter pour la modération, se prête aux allusions sexistes. Najat Vallaud-Belkacem se retrouve confrontée aux deux types de discriminations les plus souvent subies par les élèves à l’école ; l’occasion pour le ministère de réaffirmer les principes et les valeurs de la République que l’école est censée promouvoir.

La promotion de l’Egalité Femme-Homme
Avant même l’annonce de sa nomination au ministère de l’Education nationale, Christine Boutin mettait en garde Najat Vallaud-Belkacem en dénonçant une «provocation non tolérable». L’aversion de la présidente d’honneur du Parti chrétien démocrate résulte de la prise de position de Najat Vallaud-Belkacem en faveur du mariage pour tous, mais aussi de sa volonté de mettre en place un plan d’action pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école intitulé ABCD de l’égalité. Pour Christine Boutin, cet outil pédagogique ne représentait rien d’autre qu’une façon d’imposer insidieusement la «théorie du genre» (ou gender theory) !

Par la fabrication et la diffusion de multiples hoax sur les ABCD de l’égalité (elle viserait à supprimer l’altérité sexuelle, pervertir les élèves, imposer l’homosexualité aux enfants…), les militants anti-gender, qui se confondent avec les militants anti-mariage pour tous, sont finalement parvenus à semer le trouble parmi les esprits, notamment ceux des parents d’élèves. Un débat concernant la lutte contre une prétendue «théorie du genre» menaçante pour les enfants s’est finalement substitué à la légitime et nécessaire lutte contre les discriminations de genre.

En tant qu’ancienne ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem ne peut rester insensible à la question malheureusement négligée de l’enseignement en faveur de l’égalité femme-homme dès le plus jeune âge. Les anti-gender ont gagné la bataille de la communication en révélant une homophobie latente et des stéréotypes archaïques sur les rôles sexuels dits naturels.

D’autant que la ministre de l’Education n’est pas épargnée par ces stéréotypes ; le conseiller municipal UMP de Neuilly-sur-Seine s’interrogeait le premier septembre sur Twitter sur les «atouts» employés par Najat Vallaud-Belkacem pour «convaincre Hollande de la nommer à un grand ministère». Accompagné d’une photo de la ministre en jupe, le message a indigné la gauche sur la toile et fort heureusement, des personnalités de tous bords.

La lutte contre le racisme
Najat Vallaud-Belkacem fait également l’objet d’attaques à caractère raciste, à l’instar d’autres personnalités du gouvernement telles que la Garde des Sceaux Christiane Taubira ou encore la secrétaire d’Etat à la Ville Myriam El Khomri. Une fausse carte d’identité prétendant dévoiler la véritable identité de la ministre de l’Education nationale circule sur la toile depuis sa nomination ; elle s’appellerait en réalité Claudine Dupont et emprunterait un autre nom pour jouer la carte de la diversité et obtenir des postes politiques à forte valeur ajoutée !

Diversité, un mot qui suscite l’effroi au sein de la droite réactionnaire et de l’extrême droite. La page Facebook du ministère de l’Education nationale a déclenché une vague de commentaires insidieux et injurieux, après la publication d’une photo d’une dizaine d’enfants de maternelle, dont plusieurs de couleur de peau noire.

Dénonçant un «grand remplacement» des «Français de souche» par des immigrés (sic), les internautes ont réussi à forcer le ministère à censurer l’objet du scandale, confirmant ainsi l’absolue nécessité pour le système éducatif de cesser de se plier au jeu des extrémistes et de leurs campagnes diffamatoires. Le racisme demeure un fléau à combattre aussi bien sur les bancs de l’école que sur les réseaux sociaux, ainsi que sur ceux du personnel politique.

Pour tout ce qu’elle représente et tout ce qu’elle entreprend, démontrant sa compétence et sa légitimité, nous réaffirmons notre soutien et notre fierté de compter Najat Vallaud-Belkcacem comme la numéro trois du gouvernement. Elle incarne une France jeune, diverse et moderne, que rejettent les extrémistes de tout poil. C’est la raison pour laquelle les attaques dont elle fait l’objet doivent être condamnées et dénoncées comme autant d’actes répréhensibles par la loi.
Yann GALUT Député PS du Cher, fondateur et porte-parole de la Gauche forte, Mehdi Thomas ALLAL Délégué general de la Gauche forte, Colette CAPDEVIELLE Députée PS des Pyrénées-Atlantiques, Alexis BACHELAY Député PS des Hauts-de-Seine et porte-parole de la Gauche forte, Marie-Anne CHAPDELAINE Députée PS d’Ille-et-Vilaine et Loreleï MIROT Consultante en communication politique


Obama: Nous n’avons pas encore de stratégie (Inaction also has its price)

7 septembre, 2014

C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser. Rivarol
The truth of the matter is that it’s a big world out there, and that as indispensable as we are to try to lead it, there’s still going to be tragedies out there, and there are going to be conflicts, and our job is to make sure to project what’s right, what’s just, and, you know, that we’re building coalitions of like-minded countries and partners in order to advance not only our core security interests, but also the interests of the world as a whole. Obama
Nous n’avons pas encore de stratégie. Obama
Il faut que je revienne sur un aspect de la conférence d’hier qui a attiré l’attention. Le président assume pleinement sa décision prise hier… de porter son costume d’été à la conférence de presse. Josh Earnes (porte-parole de la Maison Blanche)
Barack Obama est un amateur L’économie est une catastrophe (…) Les États-Unis ont perdu leur triple  A. (…) Il ne sait pas ce que c’est que d’être président. (…) C’est un incompétent. Bill Clinton
Les grandes nations ont besoin de principes directeurs, et "ne pas faire des choses idiotes" n’est pas un principe directeur. Hillary Clinton
To announce he had no plan, even if he had a plan, to announce he had no plan does not help the United States of America against ISIS and terrorism throughout the globe. My father . . . didn’t announce what he was going to do. He just, in the middle of the night, sent a couple of planes into Tripoli, took out a couple of the homes real quick and Gadhafi stayed quiet for 20-plus years. Michael Reagan
The real conundrum is why the president seems so compelled to take both sides of every issue, encouraging voters to project whatever they want on him, and hoping they won’t realize which hand is holding the rabbit. That a large section of the country views him as a socialist while many in his own party are concluding that he does not share their values speaks volumes — but not the volumes his advisers are selling: that if you make both the right and left mad, you must be doing something right. As a practicing psychologist with more than 25 years of experience, I will resist the temptation to diagnose at a distance, but as a scientist and strategic consultant I will venture some hypotheses. The most charitable explanation is that he and his advisers have succumbed to a view of electoral success to which many Democrats succumb — that “centrist” voters like “centrist” politicians. Unfortunately, reality is more complicated. Centrist voters prefer honest politicians who help them solve their problems. A second possibility is that he is simply not up to the task by virtue of his lack of experience and a character defect that might not have been so debilitating at some other time in history. Those of us who were bewitched by his eloquence on the campaign trail chose to ignore some disquieting aspects of his biography: that he had accomplished very little before he ran for president, having never run a business or a state; that he had a singularly unremarkable career as a law professor, publishing nothing in 12 years at the University of Chicago other than an autobiography; and that, before joining the United States Senate, he had voted "present" (instead of "yea" or "nay") 130 times, sometimes dodging difficult issues. Drew Westen (Emory university, Aug. 2011)
Le manque de soutien des Américains aux Français est, en vérité, la marque de fabrique de Barack Obama (…) Le Président américain avait trouvé une stratégie d’évitement pour ne pas intervenir, à condition que le gouvernement syrien renonce à son arsenal chimique : toutes les autres formes d’assassinat de masse restaient donc tolérées par le Président américain. Un million de morts et deux millions de réfugiés plus tard n’empêchent apparemment pas Barack Obama de dormir la nuit : il a d’autres priorités, tel lutter contre un hypothétique déréglement du climat ou faire fonctionner une assurance maladie, moralement juste et pratiquement dysfonctionnelle. On connaît les arguments pour ne pas intervenir en Syrie : il serait difficile de distinguer les bons et les mauvais Syriens, les démocrates authentiques et les islamistes cachés. Mais ce n’est pas l’analyse du sénateur John Mc Cain, plus compétent qu’Obama sur le sujet : lui réclame, en vain, que les États-Unis arment décemment les milices qui se battent sur les deux fronts, hostiles au régime de Assad et aux Islamistes soutenus par l’Iran. Par ailleurs, se laver les mains face au massacre des civils, comme les Occidentaux le firent naguère au Rwanda – et longtemps en Bosnie et au Kosovo – n’est jamais défendable. Il est parfaitement possible, aujourd’hui encore en Syrie, d’interdire le ciel aux avions de Assad qui bombardent les civils, de créer des couloirs humanitaires pour évacuer les civils, d’instaurer des zones de sécurité humanitaire. C’est ce que Obama refuse obstinément à Hollande. Comment expliquer cette obstination et cette indifférence d’Obama : ne regarde-t-il pas la télévision ? Il faut en conclure qu’il s’est installé dans un personnage, celui du Président pacifiste, celui qui aura retiré l’armée américaine d’Irak, bientôt d’Afghanistan et ne l’engagera sur aucun autre terrain d’opérations. Obama ignorerait-il qu’il existe des "guerres justes" ? Des guerres que l’on ne choisit pas et qu’il faut tout de même livrer, parce que le pacifisme, passé un certain seuil, devient meurtrier. "À quoi sert-il d’entretenir une si grande armée, si ce n’est pas pour s’en servir ?", avait demandé Madeleine Albright, Secrétaire d’État de Bill Clinton, au Général Colin Powell, un militaire notoirement frileux. Les États-Unis sont le gendarme du monde, la seule puissance qui compte : les armées russes et chinoises, par comparaison, sont des nains. On posera donc à Obama – si on le pouvait – la même question que celle de Madeleine Albright : "À quoi sert l’armée américaine et à quoi sert le Président Obama ?". Il est tout de même paradoxal que Hollande, un désastre en politique intérieure, pourrait passer dans l’Histoire comme celui qui aura dit Non à la barbarie et Barack Obama, Prix Nobel de la Paix, pour celui qui se sera couché devant les Barbares. Guy Sorman
Le Président Barack Obama est désormais plus populaire en Europe qu’aux États-Unis. De ce côté-ci de l’Atlantique, nous restons fascinés par l’élégance, le cool et l’aura du premier couple Noir à la Maison Blanche, mais nous n’en subissons pas, pas directement, les retombées politiques. Le désamour des Américains ne s’explique pas que par l’usure du pouvoir – après six ans de mandat – mais par une déception certaine, un écart béant entre la promesse initiale et des résultats insaisissables. (…) Quand le Président n’est pas modeste – et Obama n’est pas modeste, contrairement à Ronald Reagan qui le fut – les Américains et le reste du monde comprennent d’autant plus  mal le gouffre entre des annonces tonitruantes et des résultats insignifiants. L’extension de l’assurance maladie obligatoire à tous les Américains qui devait être une révolution sociale, a ainsi accouché d’une souris bureaucratique parce qu’Obama avait promis à tous ce qu’il ne pouvait pas garantir : les Américains à revenus modestes sont un peu moins inégaux face à la maladie, mais ils le restent néanmoins. La sortie de crise, après le krach financier de 2008, était l’autre priorité intérieure de Barack Obama : la croissance est restaurée, le plein emploi l’est quasiment, mais les Américains n’en sont pas trop reconnaissants au Président. De fait, le mérite en revient aux entrepreneurs innovants, à la politique monétaire de la Banque fédérale (peut-être) mais Obama a plutôt retardé la reprise par des augmentations d’impôts, par des réglementations nouvelles (pour protéger la Nature), par ses tergiversations sur l’exploitation des ressources énergétiques, du gaz de schiste en particulier. Peu versé en économie, Barack Obama est certainement le plus anti-capitaliste de tous les présidents américains dans une société dont le capitalisme reste le moteur incontesté sauf par quelques universitaires socialistes et marginaux. Il reste la politique étrangère où le Président dispose, au contraire de l’économie et des affaires sociales (qui sont plutôt de compétence locale), d’une grande latitude. Élu, il le rappelle incessamment, pour terminer deux guerres et ramener les troupes "à la maison", il a tenu parole. Il a également reflété le sentiment qui régnait au début de son mandat, d’une lassitude des Américains envers les aventures extérieures. Mais en six ans, les circonstances ont profondément changé, en Mer de Chine, au Proche-Orient, en Ukraine, Obama n’en a tenu aucun compte, comme prisonnier de son image pacifiste, et décidé à le rester alors même que son pacifisme est interprété par tous les ennemis de la démocratie comme un aveu de pusillanimité. Du pacifisme, Obama aura basculé dans l’irréalisme, dénoncé par Hillary Clinton : l’incapacité idéologique d’Obama de reconnaître que l’armée américaine, nolens volens, est le policier du monde. Le policier peut s’avérer maladroit – George Bush le fut – habile comme l’avait démontré Ronald Reagan, médiocre comme le fut Bill Clinton, mais il ne peut pas s’abstenir. S’il renonce, à la Obama, le Djihad conquiert, la Russie annexe, la Chine menace. La majorité des Américains, les déçus de l’Obamania ont aujourd’hui compris que le pacifiste avait les mains blanches mais qu’il n’avait pas de mains. (…) Obama, au total, n’est peut-être qu’une image virtuelle : il a été élu sur une photo retouchée, la sienne, sur un slogan (Yes we can), sur un mythe (la réconciliation des peuples, des civilisations), sur une absence de doctrine caractéristique de sa génération pour qui tout est l’équivalent de rien, et grâce à l’influence décisive des réseaux sociaux. Barack Obama est de notre temps, un reflet de l’époque : ce qui le condamne à l’insuffisance. Guy Sorman
With Obama, there was always more than a whiff of the overconfident dilettante, so sure of his powers that he could remain supremely comfortable with his own ignorance. His express-elevator ascent from Illinois state senator to U.S. president in the space of just four years didn’t allow much time for maturation or reflection, either. Obama really is, as Bill Clinton is supposed to have said of him, “an amateur.” When it comes to the execution of policy, it shows. And yet this view also sells Obama short. It should be obvious, but bears repeating, that it is no mean feat to be elected, and reelected, president, whatever other advantages Obama might have enjoyed in his races. In interviews and press conferences, Obama is often verbose and generally self-serving, but he’s also, for the most part, conversant with the issues. (…) The myth of Obama’s brilliance paradoxically obscures the fact that he’s no fool. The point is especially important to note because the failure of Obama’s foreign policy is not, ultimately, a reflection of his character or IQ. It is the consequence of an ideology. That ideology is what now goes by the name of progressivism, which has effectively been the dominant (if often disavowed) view of the Democratic Party since George McGovern ran on a “Come Home, America” platform in 1972—and got 37.5 percent of the popular vote. Progressivism believes that the United States must lead internationally by example (especially when it comes to nuclear-arms control); that the U.S. is as much the sinner as it is the sinned against when it comes to our adversaries (remember Mosaddegh?); and that the American interest is best served when it is merged with, or subsumed by, the global interest (ideally in the form of a UN resolution).  (…) Above all, progressivism believes that the United States is a country that, in nearly every respect, treads too heavily on the Earth: environmentally, ideologically, militarily, and geopolitically. The goal, therefore, is to reduce America’s footprint; to “retrench,” as the administration would like to think of it, or to retreat, as it might more accurately be called. (…)  Little wonder that leaders in Tehran, Beijing, and Moscow quickly understood that, with Obama in the White House, they had a rare opportunity to reshape and revise regional arrangements in a manner more to their liking. Iran is doing so today in southern Iraq, Lebanon, and Syria. Beijing is extending its reach in the South and East China Sea. Russia is intervening in Ukraine. It’s no accident that, while acting independently from one another, they are all acting now. The next American president might not be so cavalier about challenges to the global status quo, or about enforcing his (or her) own red lines. Better to move while they can. (…) In a prescient 2004 essay in Foreign Policy, the historian Niall Ferguson warned that “the alternative to [American] unipolarity” would not be some kind of reasonably tolerable world order. It would, he said, “be apolarity—a global vacuum of power.” “If the United States retreats from global hegemony—its fragile self-image dented by minor setbacks on the imperial frontier—its critics at home and abroad must not pretend that they are ushering in a new era of multipolar harmony, or even a return to the good old balance of power. Be careful what you wish for.” (…) Two years ago, Obama was considered a foreign-policy success story. Not many people entertain that illusion now; the tide of public opinion, until recently so dull and vociferous in its opposition to “neocons,” is beginning to shift as Americans understand that a policy of inaction also has its price. Bret Stephens

Attention: une incompétence peut en cacher une autre !

Alors que, des deux côtés de l’Atlantique et chacun à sa manière, ceux qui nous servent de gouvernants semblent rivaliser de vacuité …

Que ce soit un président français dont l’interventionnisme militaire contre le djihadisme africain est salué de partout mais qui, après avoir plongé en seulement deux ans et sans compter ses délires sociétaux et ses frasques personnelles, son économie dans la plus grave des crises, pourrait réussir l’exploit historique de descendre sous la barre fatidique des 10% de popularité

Ou un président américain dont l’économie semble contre tous ses efforts finalement repartie mais qui, face à la menace djihadiste et après six ans au pouvoir, reconnait qu’il n’a "pas encore de stratégie " …

Comment ne pas repenser à l’incroyable décalage avec les espoirs soulevés par leurs élections après des prédécesseurs tant honnis et critiqués mais dont ils ont fini par reprendre la plupart des mesures ?

Mais surtout résister à la tentation de n’y voir que l’effet de l’amateurisme et de l’incompétence ?

Alors que, comme le rappelle l’éditorialiste Bret Stephens pour le cas américain, on a là le résultat le plus pur d’une idéologie …

A savoir, face à un monde qui a plus que jamais besoin de souplesse au niveau économique mais de fermeté au niveau international, l’idéologie progressiste de l’interventionnisme forcené en politique intérieure et du retrait et des bons sentiments en politique extérieure …

The Meltdown
Bret Stephens
Commentary
09.01.14

In July, after Germany trounced Brazil 7–1 in the semifinal match of the World Cup—including a first-half stretch in which the Brazilian soccer squad gave up an astonishing five goals in 19 minutes—a sports commentator wrote: “This was not a team losing. It was a dream dying.” These words could equally describe what has become of Barack Obama’s foreign policy since his second inauguration. The president, according to the infatuated view of his political aides and media flatterers, was supposed to be playing o jogo bonito, the beautiful game—ending wars, pressing resets, pursuing pivots, and restoring America’s good name abroad.
Instead, he crumbled.
As I write, the foreign policy of the United States is in a state of unprecedented disarray. In some cases, failed policy has given way to an absence of policy. So it is in Libya, Syria, Egypt, Iraq, and, at least until recently, Ukraine. In other cases the president has doubled down on failed policy—extending nuclear negotiations with Iran; announcing the full withdrawal of U.S. forces from Afghanistan.
Sometimes the administration has been the victim of events, such as Edward Snowden’s espionage, it made worse through bureaucratic fumbling and feckless administrative fixes. At other times the wounds have been self-inflicted: the espionage scandal in Germany (when it was learned that the United States had continued to spy on our ally despite prior revelations of the NSA’s eavesdropping on Chancellor Angela Merkel); the repeated declaration that “core al-Qaeda” was “on a path to defeat”; the prisoner swap with the Taliban that obtained Sergeant Bowe Bergdahl’s release.
Often the damage has been vivid, as in the collapse of the Israel–Palestinian talks in April followed by the war in Gaza. More frequently it can be heard in the whispered remarks of our allies. “The Polish-American alliance is worthless, even harmful, as it gives Poland a false sense of security,” Radek Sikorski, Poland’s foreign minister and once one of its most reliably pro-American politicians, was overheard saying in June. “It’s bullshit.”
This is far from an exhaustive list. But it’s one that, at last, people have begun to notice. Foreign policy, considered a political strength of the president in his first term, has become a liability. In June, an NBC/Wall Street Journal poll found that Americans disapproved of his handling of foreign affairs by a 57-to-37 percent ratio. Overseas, dismay with Obama mounts. Among Germans, who greeted the future president as a near-messiah when he spoke in Berlin in the summer of 2008, his approval rating fell to 43 percent in late 2013, from 88 percent in 2010. In Egypt, another country the president went out of his way to woo, he has accomplished the unlikely feat of making himself more unpopular than George W. Bush. In Israel, political leaders and commentators from across the political spectrum are united in their disdain for the administration. “The Obama administration proved once again that it is the best friend of its enemies, and the biggest enemy of its friends,” the center-left Haaretz columnist Ari Shavit noted in late July. It’s an observation being echoed by policymakers from Tokyo to Taipei to Tallinn.
But perhaps the most telling indicator is the collapsing confidence in the president among the Democratic-leaning foreign-policy elite in the United States. “Under Obama, the United States has suffered some real reputational damage,” admitted Washington Post columnist David Ignatius in May, adding: “I say this as someone who sympathizes with many of Obama’s foreign-policy goals.” Hillary Clinton, the president’s once loyal secretary of state, offered in early August that “great nations need organizing principles, and ‘don’t do stupid stuff’ is not an organizing principle.” Zbigniew Brzezinski, Jimmy Carter’s national-security adviser, warned in July that “we are losing control of our ability at the highest levels of dealing with challenges that, increasingly, many of us recognize as fundamental to our well-being.” The United States, he added, was “increasingly devoid of strategic will and a sense of direction.”
And there was this: “What kind of figure will Obama cut at Omaha?” Roger Cohen, the reliably liberal New York Times columnist, wondered on the eve of the 70th D-Day commemoration at Omaha Beach in June. “I wish I could say he will cut a convincing figure.” But, he continued:

Obama at bloody Omaha, in the sixth year of his presidency, falls short at a time when his aides have been defining the cornerstone of his foreign policy as: “Don’t do stupid stuff.”… He falls short at a time when Syria bleeds more than three years into the uprising… Obama falls short at a time when Vladimir Putin, emboldened by that Syrian retreat and the perception of American weakness, has annexed Crimea… Obama falls short as Putin’s Russian surrogates in eastern Ukraine wreak havoc… He falls short, also, when the Egyptian dreams of liberty and pluralism that arose in Tahrir square have given way to the landslide victory of a former general in an “election” only a little less grotesque than Assad’s in Syria.

Are we all neoconservatives again? Not quite—or at least not yet. Even as the evidence of the failure of Obama’s foreign policy abounds, the causes of that failure remain in dispute. Has the world simply become an impossibly complex place, beyond the reach of any American president to shape or master? Is the problem the president himself, a man who seems to have lost interest in the responsibilities (though not yet the perquisites) of his office? Or are we witnessing the consequences of foreign-policy progressivism, the worldview Obama brought with him to the White House and that he has, for the most part, consistently and even conscientiously championed?

Not surprisingly, many of the president’s supporters are attracted to the first explanation.
In this reading, the U.S. no longer enjoys its previous geopolitical advantages over militarily dependent and diplomatically pliant allies, or against inherently weaker and relatively predictable adversaries. On the contrary, our economic supremacy is fading and we may be in long-term decline. Our adversaries are increasingly able to confront us asymmetrically, imposing high costs on us without incurring significant costs for themselves. Limited budgetary resources require us to make “hard choices” about the balance between international and domestic priorities. What’s more, the sour experiences of Iraq and Afghanistan—another bad Bush legacy—limit Obama’s options, because Americans have made it plain that they are in no mood to intervene in places such as Syria or over conflicts such as the one in Ukraine. As the president told an interviewer in 2013,“I am more mindful probably than most of not only our incredible strengths and capabilities but also our limitations.”
It would be wrong to dismiss this argument out of hand. Can Obama fairly be blamed for the quarter-century of misgovernance in Kiev that created conditions in which Russian separatists in Crimea and Donetsk would flourish? Was there anything he could realistically have done to prevent Hosni Mubarak’s ouster, or to steer Egyptian politics in the tumultuous years that followed? Is it his fault that Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki pursued vendettas against Iraq’s Sunni leaders, creating the political conditions for al-Qaeda’s resurgence, or that Hamid Karzai has proved to be such a disappointing leader for Afghanistan? If the price of better relations with Pakistan was ending the program of drone strikes, was that a price worth paying?
Then again, every president confronts his share of apparently intractable dilemmas. The test of a successful presidency is whether it can avoid being trapped and defined by them. Did Obama inherit anything worse than what Franklin Roosevelt got from Herbert Hoover (the Great Depression) or Richard Nixon from Lyndon Johnson (the war in Vietnam and the social meltdown of the late ’60s) or Ronald Reagan from Jimmy Carter (stagflation, the ayatollahs, the Soviet Union on the march)?
If anything, the international situation Obama faced when he assumed the presidency was, in many respects, relatively auspicious. Despite the financial crisis and the recession that followed, never since John F. Kennedy has an American president assumed high office with so much global goodwill. The war in Iraq, which had done so much to bedevil Bush’s presidency, had been won thanks to a military strategy Obama had, as a senator, flatly opposed. For the war in Afghanistan, there was broad bipartisan support for large troop increases. Not even six months into his presidency, Obama was handed a potential strategic game changer when a stolen election in Iran led to a massive popular uprising that, had it succeeded, could have simultaneously ended the Islamic Republic and resolved the nuclear crisis. He was handed another would-be game changer in early 2011, when the initially peaceful uprising in Syria offered an opportunity, at relatively little cost to the U.S., to depose an anti-American dictator and sever the main link between Iran and its terrorist proxies in Lebanon and Gaza.
Incredibly, Obama squandered every single one of these opportunities. An early and telling turning point came in 2009, when, as part of the Russian reset, the administration abruptly cancelled plans—laboriously negotiated by the Bush administration, and agreed to at considerable political risk by governments in Warsaw and Prague—to deploy ballistic-missile defenses to Poland and the Czech Republic. “We heard through the media,” was how Witold Waszczykowski, the deputy head of Poland’s national-security team, described the administration’s consultation process. Adding unwitting insult to gratuitous injury, the announcement came on the 70th anniversary of the Nazi-Soviet pact, a stark reminder that Poland could never entrust its security to the guarantees of great powers.
And this was just the beginning. Relations would soon sour with France, as then-President Nicolas Sarkozy openly mocked Obama’s fantasies of nuclear disarmament. “Est-il faible?”—“Is he weak?”—the French president was reported to have wondered aloud after witnessing Obama’s performance at his first G20 summit in April 2009. Then relations would sour with Germany: A biography of Angela Merkel by Stefan Kornelius quotes her as telling then-British Prime Minister Gordon Brown that she found Obama “so peculiar, so unapproachable, so lacking in warmth.” Next was Saudi Arabia: U.S. policy toward Syria, the Kingdom’s Prince Turki al-Faisal would tell an audience in London, “would be funny if it were not so blatantly perfidious, and designed not only to give Mr. Obama an opportunity to back down, but also to help Assad butcher his people.” Canada—Canada!—would be disappointed. “We can’t continue in this state of limbo,” complained foreign minister John Baird about the administration’s endless delays and prevarications over approving the Keystone XL pipeline.
And there was Israel: “We thought it would be the United States that would lead the campaign against Iran,” Defense Minister Moshe Ya’alon noted in March in a speech at Tel Aviv University. Instead, Obama was “showing weakness,” he added. “Therefore, on this matter, we have to behave as though we have nobody to look out for us but ourselves.”
This was quite a list of falling-outs. Still, most such differences can usually be finessed or patched up with a bit of diplomacy. Not so Obama’s failures when it came to consolidating America’s hard-won gains in Iraq, or advocating America’s democratic values in Iran, or pursuing his own oft-stated goal in Afghanistan—“the war that has to be won,” as he was fond of saying when he was running for the presidency in 2008. As for Syria, perhaps the most devastating assessment was offered by Robert Ford, who had been Obama’s man in Damascus in the days when Bashar al-Assad was dining with John Kerry and being touted by Hillary Clinton as a “reformer.”
“I was no longer in a position where I felt I could defend the American policy,” Ford told CNN’s Christiane Amanpour in June, explaining his decision to resign from government. “There really is nothing we can point to that’s been very successful in our policy except the removal of about 93 percent of some of Assad’s chemical materials. But now he’s using chlorine gas against his opponents.”
None of these fiascos— for brevity’s sake, I’m deliberately setting to one side the illusory pivot to Asia, the misbegotten Russian Reset, the mishandled Palestinian–Israeli talks, the stillborn Geneva conferences on Syria, the catastrophic interim agreement with Iran, the de facto death of the U.S. free-trade agenda, the overhyped opening to Burma, the orphaned victory in Libya, the poisoned relationship with Egypt, and the disastrous cuts to the Defense budget—can be explained away as a matter of tough geopolitical luck. Where, then, does the source of failure lie?
For those disposed to be ideologically sympathetic to the administration, it comes down to the personality of the president. He is, they say, too distant, not enough of a schmoozer, doesn’t forge the close personal relationships of the kind that Bush had with Tony Blair, or Clinton with Helmut Kohl, or Reagan with Margaret Thatcher. Also, he’s too professorial, too rational, too prudent: He thinks that foreign-policy success is a matter of hitting “singles and doubles,” as he put it on a recent visit to Asia, when what Americans want is for the president to hit home runs (or at least point toward the lights).
Alternatively, perhaps he’s too political: “The president had a truly disturbing habit of funneling major foreign-policy decisions through a small cabal of relatively inexperienced White House advisers whose turf was strictly politics,” recalled Vali Nasr, the academic who served as a State Department aide early in Obama’s first term. “Their primary concern was how any action in Afghanistan or the Middle East would play out on the nightly news.”
Another theory: The president is simply disconnected from events, indifferent to the details of governance, incompetent in the execution of policy. Last fall, following the disastrous rollout of the ObamaCare website, it emerged that the president had not had a single private meeting with Health and Human Services Secretary Kathleen Sebelius for more than three years—an indicator, given that this was his highest political priority, of the quality of attention he was giving lesser issues. It also turned out that the president had gone for nearly five years without knowing that the National Security Agency was bugging the phones of foreign leaders. In a revealing portrait from October 2013 in the New York Times, the president was described as “impatient and disengaged” during White House debates about Syria, “sometimes scrolling through messages on his BlackBerry or slouching and chewing gum.” The president is also known to have complained to aides about what he called “decision fatigue,” demanding memos where he can check “agree,” “disagree,” or “let’s discuss.”
The most devastating testimony of all came from Obama himself. Prepping for an interview on 60 Minutes after a late-night dinner in Italy, Politico reported, the president complained about his hard lot: “Just last night I was talking about life and art, big interesting things, and now we’re back to the minuscule things on politics”—those “minuscule things” being the crisis in Ukraine and his own health-care plan. Then there was this detail, about a presidential excursion in March as the crisis in Crimea was unfolding:

At a leisurely dinner with friends on that Saturday night, Obama expressed no regrets about the mini-vacation at the lush Ocean Reef Club resort or the publicity surrounding the trip, which reportedly required planes, five helicopters, more than 50 Secret Service agents and airspace restrictions over South Florida. After a difficult few weeks dealing with an international crisis, he relished the break, which included two rounds of golf.

Even allowing that presidents can get work done on the fairway and make executive decisions between fundraising events (Obama did 321 of them in his first term, according to the Washington Post, as compared with 173 for George W. Bush’s first four years and 80 for Reagan’s), there is still the reality that the American presidency remains a full-time job that requires something more than glancing attention. Karl-Theodor zu Guttenberg, Germany’s former defense minister, described Obama as “probably the most detached President [in] decades.” William Galston, my (liberal) fellow columnist at the Wall Street Journal and a former aide to Bill Clinton, has noted that “this president doesn’t seem to be as curious about the processes of government—whether the legislative process or the implementation process or the administrative or bureaucratic process.”

Even the ordinarily sympathetic Washington press corps has cottoned to the truth about Obama’s style of management. “Former Obama administration officials,” the Washington Post’s Scott Wilson reported last year, “said the president’s inattention to detail has been a frequent source of frustration, leading in some cases to reversals of diplomatic initiatives and other efforts that had been underway for months.”
Should any of this have come as a surprise? Probably not: With Obama, there was always more than a whiff of the overconfident dilettante, so sure of his powers that he could remain supremely comfortable with his own ignorance. His express-elevator ascent from Illinois state senator to U.S. president in the space of just four years didn’t allow much time for maturation or reflection, either. Obama really is, as Bill Clinton is supposed to have said of him, “an amateur.” When it comes to the execution of policy, it shows.
And yet this view also sells Obama short. It should be obvious, but bears repeating, that it is no mean feat to be elected, and reelected, president, whatever other advantages Obama might have enjoyed in his races. In interviews and press conferences, Obama is often verbose and generally self-serving, but he’s also, for the most part, conversant with the issues. He may not be the second coming of Lincoln that groupies like historians Michael Beschloss (who called Obama “probably the smartest guy ever to become president”) or Robert Dallek (who said Obama’s “political mastery is on par with FDR and LBJ”) made him out to be. But neither is he a Sarah Palin, mouthing artless banalities about this great nation of ours, or a Rick Perry, trying, like Otto from A Fish Called Wanda, to remember the middle part. The myth of Obama’s brilliance paradoxically obscures the fact that he’s no fool. The point is especially important to note because the failure of Obama’s foreign policy is not, ultimately, a reflection of his character or IQ. It is the consequence of an ideology.
That ideology is what now goes by the name of progressivism, which has effectively been the dominant (if often disavowed) view of the Democratic Party since George McGovern ran on a “Come Home, America” platform in 1972—and got 37.5 percent of the popular vote. Progressivism believes that the United States must lead internationally by example (especially when it comes to nuclear-arms control); that the U.S. is as much the sinner as it is the sinned against when it comes to our adversaries (remember Mosaddegh?); and that the American interest is best served when it is merged with, or subsumed by, the global interest (ideally in the form of a UN resolution).
“The truth of the matter is that it’s a big world out there, and that as indispensable as we are to try to lead it, there’s still going to be tragedies out there, and there are going to be conflicts, and our job is to make sure to project what’s right, what’s just, and, you know, that we’re building coalitions of like-minded countries and partners in order to advance not only our core security interests, but also the interests of the world as a whole.” Thus did Obama describe his global outlook in an August 2014 press conference.
Above all, progressivism believes that the United States is a country that, in nearly every respect, treads too heavily on the Earth: environmentally, ideologically, militarily, and geopolitically. The goal, therefore, is to reduce America’s footprint; to “retrench,” as the administration would like to think of it, or to retreat, as it might more accurately be called.
To what end? “We are five days away from fundamentally transforming the United States of America,” Obama said on the eve of his election in 2008. If Obama-Care is anything to go by, that fundamental transformation involves a vast expansion of the entitlement state; the growth of federal administrative power at the expense of Congress and the states; the further subordination of private enterprise to government regulation—and, crucially, the end of Pax Americana in favor of some new global dispensation, perhaps UN-led, in which America would cease to be the natural leader and would become instead the largest net contributor. The phrase “nation-building at home” captures the totality of the progressive ambition. Not only does it mean an end to nation-building exercises abroad, but it suggests that an exercise typically attempted on failed states must be put to use on what progressives sometimes see as the biggest failed state of all: the United States.
That, at any rate, is the theory. Practice has proved to be a different story. If the United States were to go into retreat, to turn inward for the sake of building some new social democracy, just what would take the place of Pax Americana abroad? On this point, Obama has struggled to give an answer. “People are anxious,” he acknowledged at a fundraiser in Seattle in July:

Now, some of that has to do with some big challenges overseas…Part of people’s concern is just the sense that around the world the old order isn’t holding and we’re not quite yet to where we need to be in terms of a new order that’s based on a different set of principles, that’s based on a sense of common humanity, that’s based on economies that work for all people.

A new order that’s based on a different set of principles: Just what could that new order be? In the absence of a single dominant power, capable and willing to protect its friends and deter its foes, there are three conceivable models of global organization. First, a traditional balance-of-power system of the kind that briefly flourished in Europe in the 19th century. Second, “collective security” under the supervision of an organization like the League of Nations or the United Nations. Third, the liberal-democratic peace advocated, or predicted, by the likes of Immanuel Kant, Norman Angell, and Francis Fukuyama.

Yet, with the qualified exception of the liberal-democratic model, each of these systems wound up collapsing of its own weight—precisely the reason Dean Acheson, Harry Truman, Winston Churchill, and the other postwar statesmen “present at the creation” understood the necessity of the Truman Doctrine, the Atlantic Alliance, containment, the General Agreement on Tariffs and Trade, and all the rest of the institutional and ideological architecture of America’s post–World War II leadership. These were men who knew that isolationism, global-disarmament pledges, international law, or any other principle based on “common humanity” could provide no lasting security against ambitious dictatorships and conniving upstarts. The only check against disorder and anarchy was order and power. The only hope that order and power would be put to the right use was to make sure that a preponderance of power lay in safe, benign, and confident hands.
In 1945 the only hands that fit that description were American. It remains true today—even more so, given the slow-motion economic and strategic collapse of Europe. Yet here was Obama, blithely proposing to substitute Pax Americana with an as-yet-unnamed and undefined formula for the maintenance of global order. Little wonder that leaders in Tehran, Beijing, and Moscow quickly understood that, with Obama in the White House, they had a rare opportunity to reshape and revise regional arrangements in a manner more to their liking. Iran is doing so today in southern Iraq, Lebanon, and Syria. Beijing is extending its reach in the South and East China Sea. Russia is intervening in Ukraine. It’s no accident that, while acting independently from one another, they are all acting now. The next American president might not be so cavalier about challenges to the global status quo, or about enforcing his (or her) own red lines. Better to move while they can.
Then again, the next American president might not have options of the sort that Obama enjoyed when he took office in 2009. By 2017, the U.S. military will be an increasingly hollow force, with the Army as small as it was in 1940, before conscription; a Navy the size it was in 1917, before our entry into World War I; an Air Force flying the oldest—and smallest—fleet of planes in its history; and a nuclear arsenal no larger than it was during the Truman administration.
By 2017, too, the Middle East is likely to have been remade, though exactly how is difficult to say. As I write, the Islamic State of Iraq and Syria, which had seized eastern Syria and most of Anbar Province in Iraq in June, is now encroaching simultaneously into Lebanon and Iraq’s Kurdish regions. It is too soon to tell what kind of nuclear deal the West will strike with Iran—assuming it strikes any deal at all. But after years of prevarication on one side and self-deceit on the other, the likeliest outcomes are that a) Iran will get a bomb; b) Iran will be allowed to remain within a screw’s twist of a bomb; or c) Israel will be forced, at great risk to itself, to go to war to prevent a) or b) because the United States would not do the job. As for Asia and our supposed pivot, a comment this spring by Assistant Secretary of Defense Katrina McFarland could not have been lost on Chinese—or, for that matter, Japanese—ears. “Right now,” she said, “the ‘pivot’ is being looked at again because candidly it can’t happen.” There just aren’t enough ships.
And these are just the predictable consequences of the path we’ve been taking under Obama. What happens if there’s more bad news in store? If Vladimir Putin were to invade one, or all, of the Baltic states tomorrow, there is little short of nuclear war that NATO could do to stop him, and the alliance would stand exposed as the shell it has already become. Or, to take another no-longer-implausible scenario, is it inconceivable that Saudi Arabia, unhappy as it is over the Obama administration’s outreach toward Tehran, might choose to pursue its own nuclear options? The Saudis are already widely believed to own a piece of Pakistan’s nuclear arsenal; why not test one of the weapons somewhere in the Saudi desert as a warning shot to Tehran, and perhaps to Washington also?
Or how about this: What if inflation in the United States prompts the Federal Reserve finally to raise interest rates in a major way? What effect would that have on commodity-dependent emerging markets? And what if the crisis in the Eurozone isn’t over at all, and a second deep recession brings a neo-fascist such as Marine Le Pen to power in France? The depressions of the 1920s and ’30s were caused, not least, by America’s original retreat from the world after it soured on international politics and the promise of global democracy. Now Obama is sounding the same retreat, for many of the same reasons, and probably with the same consequences.
In a prescient 2004 essay in Foreign Policy, the historian Niall Ferguson warned that “the alternative to [American] unipolarity” would not be some kind of reasonably tolerable world order. It would, he said, “be apolarity—a global vacuum of power.” “If the United States retreats from global hegemony—its fragile self-image dented by minor setbacks on the imperial frontier—its critics at home and abroad must not pretend that they are ushering in a new era of multipolar harmony, or even a return to the good old balance of power. Be careful what you wish for.”
For nearly 250 years it has been America’s great fortune to have always found just the right leadership in the nick of time. Or perhaps that’s not quite accurate: It has, rather, been our way first to sleepwalk toward crisis and catastrophe, then to rouse ourselves when it is almost too late. As things stand now, by 2017 it will be nearly too late. Who sees a Lincoln, or a Truman, or a Reagan on the horizon?
Still, we should not lose hope. We may be foolish, but our enemies, however aggressive and ill-intended, are objectively weak. We may be a nation in deliberate retreat, but at least we are not—at least not yet—in inexorable decline. Two years ago, Obama was considered a foreign-policy success story. Not many people entertain that illusion now; the tide of public opinion, until recently so dull and vociferous in its opposition to “neocons,” is beginning to shift as Americans understand that a policy of inaction also has its price. Americans are once again prepared to hear the case against retreat. What’s needed are the spokesmen, and spokeswomen, who will make it.
Since I am writing these words on the centenary of the First World War, it seems appropriate to close with a line from the era. At the battle of the Marne, with Germany advancing on Paris, General Ferdinand Foch sent the message that would rally the French army to hold its ground. “My center is yielding. My right is retreating. Situation excellent. I am attacking.” Words to remember and live by in this new era of headlong American retreat.

About the Author

Bret Stephens is the foreign-affairs columnist and deputy editorial-page editor of the Wall Street Journal. In 2013 he was awarded a Pulitzer Prize. His first book, America in Retreat: The New Isolationism and the Coming Global Disorder will be published by Sentinel in November.

class="ecxp1" style="text-align: justify;">Voir aussi:

Obama’s Endless Vacation
In the 1990s, America had a holiday from history. Today, it has a president on holiday
Matthew Continetti
National Review
August 23, 2014

The headline was brutal. “Bam’s Golf War: Prez tees off as Foley’s parents grieve,” read the cover of Thursday’s New York Daily News. Obama’s gaffe was this: He had denounced the beheading of James Foley from a vacation spot in Martha’s Vineyard, then went to the golf course. Seems like he had a great time. Such a great time that he returned to the Farm Neck Golf Club — sorry, membership is full — the next day.

Technically, Obama’s vacation began on August 9. It is scheduled to end on Sunday, August 24. With the exception of a two-day interlude in D.C., it has been two weeks of golf, jazz, biking, beach going, dining out, celebrating, and sniping from critics, not all of them conservative, who are unnerved by the president’s taking time off at a moment of peril.

Attacking the president for vacation is usually the job of the out party. But these days it is the job of all parties. Ukraine, Syria, Iraq, the Islamic State, Ebola, child migrants on the border, racial strife in Ferguson, an American murdered by the caliphate — critics say the president who danced to every song at Ann Jordan’s birthday partyseems remote and aloof from, and even mildly annoyed by, such concerns.

I disagree. Not with the judgment that Obama is detached, dialing it in, contemptuous of events that interfere with his plans. I disagree with the idea that this August has been different, in any meaningful way, from the rest of Obama’s second term. For this president, the distinction between “time off” and “time on” is meaningless. For this president, every day is a vacation. And has been for some time. He is like Cosmo Kramer of Seinfeld. “His whole life is a fantasy camp,” George Costanza says of his friend. “People should plunk down $2,000 to live like him for a week.” Imagine what they would pay to live like Obama.

Uncomfortable with all of the golf on Martha’s Vineyard? It is but a fraction of Obama’s habit. Since 2009, the president has played more than 185 rounds, typically with Wall Street cronies such as Robert Wolf and sports celebrities such as Alonzo Mourning, Tony Kornheiser, and Michael Wilbon. So devoted to golf is Obama that he wears Game Golf, which tracks how well a golfer shoots. Game Golf is not something you wear as a lark. You use it to study and hone your game. The hours on the course are just the start; there are also the hours spent analyzing results at home. Obama is not golfing like an amateur. He’s golfing like a man who wants to join the PGA tour.

While on vacation, the Obamas dined at Atria, where the cioppino costs $42 and sides include olive-oil-whipped potatoes and truffle parmesan fries. But fine dining is not something the Obamas limit to the beach. They are foodies, patronizing the best restaurants in Chicago, D.C., Old Town, New York, Key Largo, and Los Angeles. I have been to some of these restaurants; the president has great taste. Recently, as part of his “bear is loose” shtick, he has visited sandwich places, bars, and coffee shops. He meets the public, he becomes associated with a fashionable locale, and he spends a few dollars on small businesses. It’s a good thing. Here, at last, is an Obama initiative that does not harm the economy.

Good food is not a luxury for Obama. It is a staple. Before the president departed for Martha’s Vineyard, he shared a limo ride with the chairman of the Joint Chiefs of Staff, General Martin Dempsey. The general explained to the president the situation in Iraq. He warned of horrible consequences for the Yazidis, for Iraq, and for the United States if the jihadists conquered Mount Sinjar and took Erbil. Obama decided to meet with his national-security team. The presidential limo was diverted. Guess where it had been going. “The Italian dinner in Georgetown with Michelle Obama would have to wait,” Politico reported.

Think two weeks in Martha’s Vineyard sends the wrong message? On July 31, Katy Perry performed at the White House. She was there to celebrate the Special Olympics — a worthy cause. But the same standard applies. If cutting loose in Martha’s Vineyard while the Islamic State is rampaging abroad is “bad optics,” so is hosting a teenage dream while, in the words of Chuck Hagel, the “Middle East is blowing up.” “Propriety” is not a word one associates with Katy Perry. The refrain of her latest hit: “So let me get you in your birthday suit / It’s time to bring out the big balloons.” She’s not talking about party favors.

Voir également:

Is Obama Still President?
His cadences soar on, through scandal after fiasco after disaster
Victor Davis Hanson
October 29, 2013

We are currently learning whether the United States really needs a president. Barack Obama has become a mere figurehead, who gives speeches few listen to any more, issues threats that scare fewer, and makes promises that almost no one believes he will keep. Yet America continues on, despite the fact that the foreign and domestic policies of Barack Obama are unraveling, in a manner unusual even for star-crossed presidential second terms.

Abroad, American policy in the Middle East is leaderless and in shambles after the Arab Spring — we’ve had the Syrian fiasco and bloodbath, leading from behind in Libya all the way to Benghazi, and the non-coup, non-junta in Egypt. This administration has managed to unite existential Shiite and Sunni enemies in a shared dislike of the United States. While Iran follows the Putin script from Syria, Israel seems ready to preempt its nuclear program, and Obama still mumbles empty “game changers” and “red line” threats of years past.

We have gone from reset with Russia to Putin as the playmaker of the Middle East. The Persian Gulf sheikhdoms are now mostly anti-American. The leaders of Germany and the people of France resent having their private communications tapped by Barack Obama — the constitutional lawyer and champion of universal human rights. Angela Merkel long ago grasped that President Obama would rather fly across the Atlantic to lobby for a Chicago Olympic Games — or tap her phone — than sit through a 20th-anniversary commemoration of the fall of the Berlin Wall.

Japan, South Korea, and Taiwan are beginning to see that the U.S. is more a neutral than a friend, as Obama negotiates with Putin about reducing the nuclear umbrella that protects America’s key non-nuclear allies. Perhaps they will soon make the necessary adjustments. China, Brazil, and India care little that Barack Obama still insists he is not George W. Bush, or that he seems to be trying to do to America what they seek to undo in their own countries.

The world’s leaders do not any longer seem much impressed by the president’s cat-like walk down the steps of Air Force One, or the soaring cadences that rechannel hope-and=change themes onto the world scene. They acknowledge that their own publics may like the American president, and especially his equivocation about the traditional role of American power in the world. But otherwise, for the next three years, the world is in a holding pattern, wondering whether there is a president of the United States to reckon with or a mere teleprompted functionary. Certainly, the Obama Nobel Peace Prize is now the stuff of comedy.

At home, the signature Affordable Care Act is proving its sternest critics prescient. The mess can best be summed up by Republicans’ being demonized for trying to delay or defund Obamacare — after the president himself chose not to implement elements of his own law — followed immediately by congressional Democrats’ seeking to parrot the Republicans. So are the Democrats followers of Ted Cruz or Barack Obama? Is Obama himself following Ted Cruz?

The problem is not just that all the president’s serial assurances about Obamacare proved untrue — premiums and deductibles will go up, many will lose their coverage and their doctors, new taxes will be needed, care will be curtailed, signups are nearly impossible, and businesses will be less, not more, competitive — but that no one should ever have believed they could possibly be true unless in our daily lives we usually get more and better stuff at lower cost.

More gun control is dead. Comprehensive immigration legislation depends on Republicans’ trusting a president who for two weeks smeared his House opponents as hostage-takers and house-breakers. Moreover, just as no one really read the complete text of the Obamacare legislation, so too no one quite knows what is in the immigration bill. There are few assurances that the border will be first secured under an administration with a record of nullifying “settled law” — or that those who have been convicted of crimes or have been long-time recipients of state or federal assistance will not be eligible for eventual citizenship. If the employer mandate was jettisoned, why would not border security be dropped once a comprehensive immigration bill passed? Or for that matter, if it is not passed, will the president just issue a blanket amnesty anyway?

 Voir encore:

Obama’s Made-for-TV Worldview
In real life, Mr. President, the good guys don’t automatically win.
Jonah Goldberg
National review
August 22, 2014

Does the president think the world is a TV show?

One of the things you learn watching television as a kid is that the hero wins. No matter how dire things look, the star is going to be okay. MacGyver always defuses the bomb with some saltwater taffy before the timer reaches zero. There was no way Fonzie was going to mess up his water-ski jump and get devoured by sharks.

Life doesn’t actually work like that. That’s one reason HBO’s Game of Thrones is so compelling. Despite being set in an absurd fantasy world of giants, dragons, and ice zombies, it’s more realistic than a lot of dramas set in a more plausible universe in at least one regard. Heroes die. The good guys get beaten by more committed and ruthless bad guys. No one is safe, nothing is guaranteed. There is no iron law of the universe that says good will ultimately triumph.

President Obama often says otherwise.

In his mostly admirable remarks about the beheading of American journalist James Foley by the jihadists of the so-called “Islamic State,” Obama returned to two of his favorite rhetorical themes: 1) the idea that in the end the good guys win simply because they are good, and 2) that world opinion is a wellspring of great moral authority.

Obama invokes the “right side of history” constantly, not only that such a thing exists but that he knows what it is and actually speaks for it as well. Perhaps his favorite quote comes from Martin Luther King Jr.: “The arc of the moral universe is long, but it bends toward justice.”

As for world opinion, particularly in the form of that global shmoo the “international community,” there’s apparently nothing it can’t do. It is the secret to “leading from behind.” Behind what, you ask? The international community. What is the international community? The thing we’re leading from behind. From Russia to Syria, Iran to North Korea, the president is constantly calling on the international community to do something he is unwilling to do. When Russia was carving Crimea away from Ukraine, Obama vowed that “the United States will stand with the international community in affirming that there will be costs for any military intervention in Ukraine.” After pro-Russian forces shot down a civilian plane over Ukraine, and as Russia lined up troops for a possible invasion, Obama sternly warned that Russia “will only further isolate itself from the international community.”

Taken together, these two ideas — that everything will work out in the long run, and that there’s some entity other than the U.S. that will take care of things — provide a license to do, well, if not nothing, then certainly nothing that might detract from your golf game.

“One thing we can all agree on,” the president said in his statement Wednesday, “is that a group like ISIL has no place in the 21st century.” The jihadists will “ultimately fail . . . because the future is won by those who build and not destroy. The world is shaped by people like Jim Foley and the overwhelming majority of humanity who are appalled by those who killed him.”

It’s a very nice thought. But is it actually true? The jihadists are building something. They call it the Caliphate, and in a remarkably short amount of time they’ve made enormous progress. If I had to bet, I’d guess that they will ultimately fail, but it will be because someone actually takes the initiative and destroys — as in kills — those trying to build it. Until that happens, there will be more beheadings, more enslaved girls, more mass graves. Obama has been very slow to learn this lesson.

Perhaps this is because there’s a deep-seated faith within progressivism that holds that the mere passage of time drives moral evolution. As if simply tearing pages from your calendar improves the world. It is as faith-based as saying evil will not stand because God will not let it, and far, far less effective at rallying men of goodwill to fight. No doubt some people will face death to defend an arbitrary date, but not many.

Sometimes lazy TV writers will resort to what is called a deus ex machina, a godlike intervention or stroke of luck that saves the day and ensures a happy ending. But in real life, as in Game of Thrones, that doesn’t happen. The good guys get beheaded while scanning the horizon for a savior more concrete than world opinion and more powerful than a date on the calendar.

— Jonah Goldberg is a fellow at the American Enterprise Institute and editor-at-large of National Review Online. You can write to him by e-mail at goldbergcolumn@gmail.com or via Twitter @JonahNRO. © 2014 Tribune Content Agency, LLC

Voir enfin:

Obama, un si mauvais Président ?
Guy Sorman
Le futur, c’est tout de suite
L’Hebdo
22.08.2014

Le Président Barack Obama est désormais plus populaire en Europe qu’aux États-Unis. De ce côté-ci de l’Atlantique, nous restons fascinés par l’élégance, le cool et l’aura du premier couple Noir à la Maison Blanche, mais nous n’en subissons pas, pas directement, les retombées politiques. Le désamour des Américains ne s’explique pas que par l’usure du pouvoir – après six ans de mandat – mais par une déception certaine, un écart béant entre la promesse initiale et des résultats insaisissables. À quelques semaines du renouvellement du Congrès où Barack Obama devrait perdre sa majorité au Sénat après l’avoir perdue, il y a deux ans, à la Chambre des représentants, il est remarquable que les candidats Démocrates ne se réclament surtout pas d’Obama et ne sollicitent pas son soutien. Hillary Clinton, candidate à la succession après six ans de fidélité inconditionnelle, vient de marquer ses distances en dénonçant la vacuité de la diplomatie américaine. Nul doute qu’Obama restera, quoi qu’il fasse, le premier Président noir – mais pas véritablement afro-américain – des États-Unis : il est envisageable qu’il n’en restera pas grand-chose de plus. Ce jugement commun aux États-Unis, est-il injuste ? Probablement oui parce qu’il repose sur une surestimation de ce que peut véritablement tout Président. La Constitution américaine a été délibérément conçue pour ficeler le pouvoir exécutif dans mille liens qui cantonnent sa liberté d’agir. Ce décalage entre l’image de l’homme le plus puissant de la planète et sa faculté d’agir ne peut que frustrer les attentes : exactement ce que souhaitent les pères fondateurs des États-Unis. Quand le Président n’est pas modeste – et Obama n’est pas modeste, contrairement à Ronald Reagan qui le fut – les Américains et le reste du monde comprennent d’autant plus  mal le gouffre entre des annonces tonitruantes et des résultats insignifiants. L’extension de l’assurance maladie obligatoire à tous les Américains qui devait être une révolution sociale, a ainsi accouché d’une souris bureaucratique parce qu’Obama avait promis à tous ce qu’il ne pouvait pas garantir : les Américains à revenus modestes sont un peu moins inégaux face à la maladie, mais ils le restent néanmoins.

La sortie de crise, après le krach financier de 2008, était l’autre priorité intérieure de Barack Obama : la croissance est restaurée, le plein emploi l’est quasiment, mais les Américains n’en sont pas trop reconnaissants au Président. De fait, le mérite en revient aux entrepreneurs innovants, à la politique monétaire de la Banque fédérale (peut-être) mais Obama a plutôt retardé la reprise par des augmentations d’impôts, par des réglementations nouvelles (pour protéger la Nature), par ses tergiversations sur l’exploitation des ressources énergétiques, du gaz de schiste en particulier. Peu versé en économie, Barack Obama est certainement le plus anti-capitaliste de tous les présidents américains dans une société dont le capitalisme reste le moteur incontesté sauf par quelques universitaires socialistes et marginaux.

Il reste la politique étrangère où le Président dispose, au contraire de l’économie et des affaires sociales (qui sont plutôt de compétence locale), d’une grande latitude. Élu, il le rappelle incessamment, pour terminer deux guerres et ramener les troupes "à la maison", il a tenu parole. Il a également reflété le sentiment qui régnait au début de son mandat, d’une lassitude des Américains envers les aventures extérieures. Mais en six ans, les circonstances ont profondément changé, en Mer de Chine, au Proche-Orient, en Ukraine, Obama n’en a tenu aucun compte, comme prisonnier de son image pacifiste, et décidé à le rester alors même que son pacifisme est interprété par tous les ennemis de la démocratie comme un aveu de pusillanimité. Du pacifisme, Obama aura basculé dans l’irréalisme, dénoncé par Hillary Clinton : l’incapacité idéologique d’Obama de reconnaître que l’armée américaine, nolens volens, est le policier du monde. Le policier peut s’avérer maladroit – George Bush le fut – habile comme l’avait démontré Ronald Reagan, médiocre comme le fut Bill Clinton, mais il ne peut pas s’abstenir. S’il renonce, à la Obama, le Djihad conquiert, la Russie annexe, la Chine menace. La majorité des Américains, les déçus de l’Obamania ont aujourd’hui compris que le pacifiste avait les mains blanches mais qu’il n’avait pas de mains.

Le Président Truman se moquait des juristes qui le conseillaient en pesant le pour et le contre : « on one hand, on the other hand ». Il était heureux, commentait Truman, que ces juristes n’avaient pas trois mains. Il ne pouvait imaginer qu’Obama aurait cette troisième main, une remarquable capacité d’analyser et une tout aussi remarquable faculté de ne rien décider. Obama, au total, n’est peut-être qu’une image virtuelle : il a été élu sur une photo retouchée, la sienne, sur un slogan (Yes we can), sur un mythe (la réconciliation des peuples, des civilisations), sur une absence de doctrine caractéristique de sa génération pour qui tout est l’équivalent de rien, et grâce à l’influence décisive des réseaux sociaux. Barack Obama est de notre temps, un reflet de l’époque : ce qui le condamne à l’insuffisance.


Mort de Simon Leys: Hommage aux hérissons rusés ! (The worst way to be wrong: Looking back at an intellectual by any other name)

25 août, 2014
Sa vigilance nous manque déjà. Sartre (à la mort de Gide)
On ne sait pas si le président russe, Vladimir Poutine, où l’un de ses subordonnés, a donné l’ordre de faire sauter en vol le Boeing 777 de la Malaysia Airlines. Mais il y a déjà cinq fois plus de civils innocents massacrés à Gaza, ceux-là soigneusement ciblés et sur l’ordre direct d’un gouvernement. Les sanctions de l’Union européenne contre Israël restent au niveau zéro. L’annexion de la Crimée russophone déclenche indignation et sanctions. Celle de la Jérusalem arabophone nous laisserait impavides ? Peut-on à la fois condamner M. Poutine et absoudre M. Nétanyahou ? Encore deux poids deux mesures ? Nous avons condamné les conflits interarabes et intermusulmans qui ensanglantent et décomposent le Moyen-Orient. Ils font plus de victimes locales que la répression israélienne. Mais la particularité de l’affaire israélo-palestinienne est qu’elle concerne et touche à l’identité des millions d’Arabes et musulmans, des millions de chrétiens et Occidentaux, des millions de juifs dispersés dans le monde. Ce conflit apparemment local est de portée mondiale et de ce fait a déjà suscité ses métastases dans le monde musulman, le monde juif, le monde occidental. Il a réveillé et amplifié anti-judaïsme, anti-arabisme, anti-christianisme (les croisés) et répandu des incendies de haine dans tous les continents. (…) N’ayant guère d’accointances avec les actuels présidents du Conseil et de la Commission européens, ce n’est pas vers ces éminentes et sagaces personnalités que nous nous tournons mais vers vous, François Hollande, pour qui nous avons voté et qui ne nous êtes pas inconnu. C’est de vous que nous sommes en droit d’attendre une réponse urgente et déterminée face à ce carnage, comme à la systématisation des punitions collectives en Cisjordanie même. Les appels pieux ne suffisent pas plus que les renvois dos à dos qui masquent la terrible disproportion de forces entre colonisateurs et colonisés depuis quarante-sept ans. L’écrivain et dissident russe Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) demandait aux dirigeants soviétiques une seule chose : « Ne mentez pas. » Quand on ne peut résister à la force, on doit au moins résister au mensonge. Ne vous et ne nous mentez pas, monsieur le Président. On doit toujours regretter la mort de militaires en opération, mais quand les victimes sont des civils, femmes et enfants sans défense qui n’ont plus d’eau à boire, non pas des occupants mais des occupés, et non des envahisseurs mais des envahis, il ne s’agit plus d’implorer mais de sommer au respect du droit international. (…) Nous n’oublions pas les chrétiens expulsés d’Irak et les civils assiégés d’Alep. Mais à notre connaissance, vous n’avez jamais chanté La Vie en rose en trinquant avec l’autocrate de Damas ou avec le calife de Mossoul comme on vous l’a vu faire sur nos écrans avec le premier ministre israélien au cours d’un repas familial. (…) Israël se veut défenseur d’un Occident ex-persécuteur de juifs, dont il est un héritier pour le meilleur et pour le pire. Il se dit défenseur de la démocratie, qu’il réserve pleinement aux seuls juifs, et se prétend ennemi du racisme tout en se rapprochant d’un apartheid pour les Arabes. L’école stoïcienne recommandait de distinguer, parmi les événements du monde, entre les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous. On ne peut guère agir sur les accidents d’avion et les séismes – et pourtant vous avez personnellement pris en main le sort et le deuil des familles des victimes d’une catastrophe aérienne au Mali. C’est tout à votre honneur. A fortiori, un homme politique se doit de monter en première ligne quand les catastrophes humanitaires sont le fait de décisions politiques sur lesquelles il peut intervenir, surtout quand les responsables sont de ses amis ou alliés et qu’ils font partie des Nations unies, sujets aux mêmes devoirs et obligations que les autres Etats. La France n’est-elle pas un membre permanent du Conseil de sécurité ? Ce ne sont certes pas des Français qui sont directement en cause ici, c’est une certaine idée de la France dont vous êtes comptable, aux yeux de vos compatriotes comme du reste du monde. Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis. (…) C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier. C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des œuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’œuvre prochaine de vérité et de justice. (…) Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera.  (…) Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici : quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres. Emile Zola (J’accuse, 1898)
Chaque jour j’attache moins de prix à l’intelligence. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n’est qu’en dehors d’elle que l’écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impressions passées, c’est-à-dire atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l’art. (…) Mais d’une part les vérités de l’intelligence, si elles sont moins précieuses que ces secrets du sentiment dont je parlais tout à l’heure, ont aussi leur intérêt. Un écrivain n’est pas qu’un poète. Même les plus grands de notre siècle, dans notre monde imparfait où les chefs-d’œuvre de l’art ne sont que les épaves naufragées de grandes intelligences, ont relié d’une trame d’intelligence les joyaux de sentiment où ils n’apparaissent que çà et là. Et si on croit que sur ce point important on entend les meilleurs de son temps se tromper, il vient un moment où on secoue sa paresse et où on éprouve le besoin de le dire. La méthode de Sainte-Beuve n’est peut-être pas au premier abord un objet si important. Mais peut-être sera-t-on amené, au cours de ces pages, à voir qu’elle touche à de très importants problèmes intellectuels, peut-être au plus grand de tous pour un artiste, à cette infériorité de l’intelligence dont je parlais au commencement. Et cette infériorité de l’intelligence, c’est tout de même à l’intelligence qu’il faut demander de l’établir. Car si l’intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c’est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n’a dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n’y a qu’elle qui soit capable de proclamer que l’instinct doit occuper la première. Marcel Proust (préface de  "Contre Sainte Beuve", édition posthume, 1954)
Les hommes dont la fonction est de défendre les valeurs éternelles et désintéressées, comme la justice et la raison, que j’appelle les clercs, ont trahi fonction au profit d’intérêts pratiques. Julien Benda (La Trahison des clercs, 1927)
Cherchant à expliquer l’attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu’ils soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d’abord les mots sacrés : gauche, Révolution, prolétariat. Raymond Aron
Si la tolérance naît du doute, qu’on enseigne à douter des modèles et des utopies, à récuser les prophètes de salut, les annonciateurs de catastrophes. Appelons de nos vœux la venue des sceptiques s’ils doivent éteindre le fanatisme. Raymond Aron (L’Opium des intellectuels, 1955)
L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu’ils n’ont pas écrit une ligne pour l’empêcher. Ce n’était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l’affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l’affaire de Zola ? L’administration du Congo, était-ce l’affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d’écrivain.  Sartre
Intellectuels : personnes qui ayant acquis quelque notoriété par des travaux qui relèvent de l’intelligence abusent de cette notoriété pour sortir de leur domaine  et se mêler de ce qui ne les regarde pas. Jean-Paul Sartre
Cette violence irrépressible il le montre parfaitement, n’est pas une absurde tempête ni la résurrection d’instincts sauvages ni même un effet du ressentiment : c’est l’homme lui-même se recomposant. Cette vérité, nous l’avons sue, je crois, et nous l’avons oubliée : les marques de la violence, nulle douceur ne les effacera : c’est la violence qui peut seule les détruire. Et le colonisé se guérit de la névrose coloniale en chassant le colon par les armes. Quand sa rage éclate, il retrouve sa transparence perdue, il se connaît dans la mesure même où il se fait ; de loin nous tenons sa guerre comme le triomphe de la barbarie ; mais elle procède par elle-même à l’émancipation progressive du combattant, elle liquide en lui et hors de lui, progressivement, les ténèbres coloniales. Dès qu’elle commence, elle est sans merci. Il faut rester terrifié ou devenir terrible ; cela veut dire : s’abandonner aux dissociations d’une vie truquée ou conquérir l’unité natale. Quand les paysans touchent des fusils, les vieux mythes pâlissent, les interdits sont un à un renversés : l’arme d’un combattant, c’est son humanité. Car, en ce premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante de ses pieds. Sartre (préface aux damnés de la terre, 1961)
J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale : “Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir. (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Camus (préface américaine à L’Etranger)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus
Le besoin de se justifier hante toute la littérature moderne du «procès». Mais il y a plusieurs niveaux de conscience. Ce qu’on appelle le «mythe» du procès peut être abordé sous des angles radicalement différents. Dans L’Etranger, la seule question est de savoir si les personnages sont innocents ou coupables. Le criminel est innocent et les juges coupables. Dans la littérature traditionnelle, le criminel est généralement coupable et les juges innocents. La différence n’est pas aussi importante qu’il le semble. Dans les deux cas, le Bien et le Mal sont des concepts figés, immuables : on conteste le verdict des juges, mais pas les valeurs sur lesquelles il repose. La Chute va plus loin. Clamence s’efforce de démontrer qu’il est du côté du bien et les autres du côté du mal, mais les échelles de valeurs auxquelles il se réfère s’effondrent une à une. Le vrai problème n’est plus de savoir «qui est innocent et qui est coupable?», mais «pourquoi faut-il continuer à juger et à être jugé?». C’est là une question plus intéressante, celle-là même qui préoccupait Dostoïevski. Avec La Chute, Camus élève la littérature du procès au niveau de son génial prédécesseur. Le Camus des premières oeuvres ne savait pas à quel point le jugement est un mal insidieux et difficile à éviter. Il se croyait en-dehors du jugement parce qu’il condamnait ceux qui condamnent. En utilisant la terminologie de Gabriel Marcel, on pourrait dire que Camus considérait le Mal comme quelque chose d’extérieur à lui, comme un «problème» qui ne concernait que les juges, alors que Clamence sait bien qu’il est lui aussi concerné. Le Mal, c’est le «mystère» d’une passion qui en condamnant les autres se condamne elle-même sans le savoir. C’est la passion d’Oedipe, autre héros de la littérature du procès, qui profère les malédictions qui le mènent à sa propre perte. [...] L’étranger n’est pas en dehors de la société mais en dedans, bien qu’il l’ignore. C’est cette ignorance qui limite la portée de L’Etranger tant au point de vue esthétique qu’au point de vue de la pensée. L’homme qui ressent le besoin d’écrire un roman-procès n’appartient pas à la Méditerranée, mais aux brumes d’Amsterdam. Le monde dans lequel nous vivons est un monde de jugement perpétuel. C’est sans doute le vestige de notre tradition judéo-chrétienne. Nous ne sommes pas de robustes païens, ni des juifs, puisque nous n’avons pas de Loi. Mais nous ne sommes pas non plus de vrais chrétiens puisque nous continuons à juger. Qui sommes-nous? Un chrétien ne peut s’empêcher de penser que la réponse est là, à portée de la main : «Aussi es-tu sans excuse, qui que tu sois, toi qui juges. Car en jugeant autrui, tu juges contre toi-même : puisque tu agis de même, toi qui juges». Camus s’était-il aperçu que tous les thèmes de La Chute sont contenus dans les Epîtres de saint Paul ? [...] Meursault était coupable d’avoir jugé, mais il ne le sut jamais. Seul Clamence s’en rendit compte. On peut voir dans ces deux héros deux aspects d’un même personnage dont le destin décrit une ligne qui n’est pas sans rappeler celle des grands personnages de Dostoïevski." René Girard – Critique dans un souterrain, Pour un nouveau procès de l’Etranger, p.140-142)
Attention, l’Amérique a la rage (…) La science se développe partout au même rythme et la fabrication des bombes est affaire de potentiel industriel. En tuant les Rosenberg, vous avez tout simplement esayé d’arrêter les progrès de la science. Jean-Paul Sartre ("Les animaux malades de la rage", Libération, 22 juin 1953)
Les groupes n’aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes. (…) L’apprenti sorcier qui prend le risque de s’intéresser à la sorcellerie indigène et à ses fétiches, au lieu d’aller chercher sous de lointains tropiques les charmes rassurant d’une magie exotique, doit s’attendre à voir se retourner contre lui la violence qu’il a déchainée. Pierre  Bourdieu
Manet a deux propriétés uniques [...] : premièrement, il a rassemblé des choses qui avaient été séparées, et […] c’est une des propriétés universelles des grands fondateurs. […] Et, deuxième propriété, il pousse à la limite les propriétés de chacun de ces éléments constitutifs de l’assemblage qu’il fabrique. Donc, il y a systématicité et passage à la limite. Pierre Bourdieu
Dans la grande maison du symbolique, l´I.T. occupe le palier supérieur parce qu´il a reçu de l´histoire et de l´inconscient collectif le supérieur en charge : la lyre, plus la morale. Position princière. Comme le roi Charles X disait au dauphin, de Chateaubriand venu le visiter en exil à Prague, avec un respect mêlé d´effroi : attention, mon fils, voici « une des puissances de la Terre » . Un magistrat de l´essentiel, qui a « le secret des mots puissants. (…) La capitale, qui excite l´intellectuel, gâte l´artiste. L´iode et la chlorophylle entretiennent les vertus d´enfance ; poètes et enchanteurs, enfants prolongés (c´est un labeur), vieillissent prématurément dans nos bousculades. Calme et silence. Avec son optimisme végétal, Rilke a dit l´essentiel. S´en remettre au lent travail des profondeurs intimes, « laisser mûrir comme l´arbre qui ne précipite pas le cours de sa sève. (…) Quiconque veut se mettre en mesure d´écouter sa musique d´enfance aura tout à gagner à se montrer dur d´oreille aux trompettes et violons qui font frémir les cœurs dans le voisinage. Car il en va des inspirations comme des civilisations : si elles s´ouvrent trop aux autres, elles perdent leur sève et le fil. C´est en quoi l´artiste, au contraire de l´intellectuel, cet être de débat, d´échange ou de collectif, a intérêt, s´il ne veut pas diminuer ses chances, à ne pas trop communiquer avec son époque, le public et les autres artistes. Régis Debray (I.F. suite et fin, 2000)
Il importe de rapporter l’état ultime d’une figure à son état princeps pour déceler ce qui unit et distingue l’I.O. et l’I.T. D’embrasser d’un même trait l’élan, l’inflexion et la chute ; reconnaître la continuité depuis le point de lancement sans déguiser la déconvenue de l’arrivée. L’héritier du nom est à la fois le continuateur du dreyfusard et son contraire. L’I.F. fut un éclaireur, c’est devenu un exorciste. Il accroissait l’intelligibilité, il renchérit sur l’opacité des temps. Il favorisa la prise de distance, il s’applique à resserrer les rangs. Ce fut un futuriste, c’est, tout accrocheur qu’il soit, et volumineux, un déphasé, qui n’aide plus personne à devenir contemporain. Et c’est de lui qu’il faudrait maintenant s’émanciper. Régis Debray (I.F. suite et fin, 2000)
Certes, les attaques faciles où Bourdieu traite Reagan et Bush de "bellâtres de série B", n’étaient pas indispensables… En revanche, quiconque a ressenti la contrainte des rues à angle droit, funestes à toute improvisation, ce commandement totalitaire de sympathie, de familiarité, de véridicité qui rend normal de promettre sur une fiche de douane qu’on ne vient aux Etats-unis ni pour tuer ni pour répandre une infection mortelle, ne peut qu’approuver le diagnostic bourdieusien devant une société déterminée par des principes d’inexorable bienveillance et la conviction de la dichotomie entre logique et éthique. Marie-Anne Lescourret
The idea that art, ethics, and matters of the spirit, including religious faith, come from the same place is central to Leys’s concerns. All his essays, about André Gide or Evelyn Waugh no less than the art of Chinese calligraphy, revolve around this. Leys once described in these pages the destruction of the old walls and gates of Beijing in the 1950s and 1960s as a “sacrilege.” The thick walls surrounding the ancient capital were “not so much a medieval defense apparatus as a depiction of a cosmic geometry, a graphic of the universal order.” Pre-modern Chinese politics were intimately linked with religious beliefs: the ruler was the intermediary between heaven and earth, his empire, if ruled wisely, a reflection of the cosmic order. Classical Beijing, much of it built in the fourteenth and fifteenth centuries, was deliberately planned to reflect this order. It survived almost intact until the 1950s. Apart from a few pockets, such as the Forbidden City, nothing of this old city remains. Critics over the years have attacked Leys for being an elitist, a Western mimic of Chinese literati, an aesthete who cares more about high culture than people, more about walls and temples than the poor Beijingers who had to live in dark and primitive alleys, oppressed by absolute rulers and feudal superstition. But this misses the point. It was not Leys’s intention to defend the Chinese imperial or feudal system. On the contrary, he lamented the fact that Maoists decided to smash the extraordinary artifacts of the past instead of the attitudes that made feudalism so oppressive in the first place. The stones were destroyed; many of the attitudes, alas, remained, albeit under different rulers. Iconoclasts, not only in China, are as enthralled by the sacred properties of the objects they destroy as those who venerate them. This much we know. But Leys goes further. In his view, Maoists didn’t just reduce the walls of Beijing, and much else besides, to rubble because they believed such acts would liberate the Chinese people; they smashed Yuan and Ming and Qing Dynasty treasures because they were beautiful. Yet beauty, as Leys himself insists, is rarely neutral. His use of the term “sacrilege” suggests that there was more to Maoist iconoclasm than a philistine resentment of architectural magnificence. Leys quotes Guo Moruo, one of the most famous mandarins of the Chinese Communist revolution, on the city walls in Sichuan where the scholar and poet grew up. People approaching a town near Guo’s native village felt a “sense of religious awe when confronted with the severe majestic splendor” of the city gate. Guo notes the rarity of such superb walls outside Sichuan—“except in Peking, of course, where the walls are truly majestic.” Guo was a Communist, but not a vandal. He paid a common price for his love of the wrong kind of beauty. Persecuted during the Cultural Revolution, he was forced to declare that his books were worthless and should be burned. Two of his children were driven to suicide, and Guo had to write odes in praise of Chairman Mao for the rest of the Great Helmsman’s life. The point about the walls is, of course, not merely aesthetic, nostalgic, or even to do with awe. Heinrich Heine’s famous dictum—“Where they burn books, they will ultimately also burn people”—applies to China too. It wasn’t just buildings that were shattered under Chairman Mao, but tens of millions of human lives. In one of his essays, Leys refers to the first Communist decades in China as “thirty years of illiterates’ rule,” which might be construed as snobbish; but the relative lack of education among the top Communist cadres is not actually the main issue for Leys. His targets are never uneducated barbarians, people too ignorant or stupid to know what they are doing. The objects of his devastating and bitterly funny barbs are fellow intellectuals, often fellow academics, most often fellow experts on China, people who faithfully followed every twist and turn of the Chinese Communist Party line, even though they knew better. Such people as the writer Han Suyin, for example, who declared that the Cultural Revolution was a Great Leap Forward for mankind until she observed, once the line had changed, that it had been a terrible disaster. (…) Still, the reasons why Leys finds Orwell attractive might be applied in equal measure to Leys himself: “[Orwell’s] intuitive grasp of concrete realities, his non-doctrinaire approach to politics (accompanied with a deep distrust of left-wing intellectuals) and his sense of the absolute primacy of the human dimension.” Both Orwell and Chesterton were good at demolishing cant. Leys is right about that: “[Chesterton’s] striking images could, in turn, deflate fallacies or vividly bring home complex principles. His jokes were irrefutable; he could invent at lightning speed surprising short-cuts to reach the truth.” When Confucius was asked by one of his disciples what he would do if he were given his own territory to govern, the Master replied that he would “rectify the names,” that is, make words correspond to reality. He explained (in Leys’s translation): If the names are not correct, if they do not match realities, language has no object. If language is without an object, action becomes impossible—and therefore, all human affairs disintegrate and their management becomes pointless. Leys comments that Orwell and Chesterton “would have immediately understood and approved of the idea.” If this reading is right, Confucius wanted to strip the language of cant, and reach the truth through plain speaking, expressing clear thoughts. But Leys believes that he also did more than that: “Under the guise of restoring their full meaning, Confucius actually injected a new content into the old ‘names.’” One example is the interpretation of the word for gentleman, junzi. The old feudal meaning was “aristocrat.” But for Confucius a gentleman’s status could be earned only through education and superior virtue. This was a revolutionary idea; the right to rule would no longer be a matter of birth, but of intellectual and moral accomplishment, tested in an examination system theoretically open to all. (…) To be sure, words are used to obfuscate and lie, as well as to tell the truth. Leys believes that grasping the truth is largely a matter of imagination, poetic imagination. Hence his remark that the “Western incapacity to grasp the Soviet reality and all its Asian variants” was a “failure of imagination” (his italics). Fiction often expresses truth more clearly than mere factual information. Truth, Leys writes, referring to science and philosophy, as well as poetry, “is grasped by an imaginative leap.” The question is how we contrive such leaps. Ian Buruma
Le renard sait beaucoup de choses mais le hérisson une seule grande. Archiloque
Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. Sima Qian
People all know the usefulness of what is useful, but they do not know the usefulness of what is useless. Zhuang Zi
Hamlet was my favourite Shakespearean play. Read in a Chinese labour camp, however, the tragedy of the Danish prince took on unexpected dimensions. All the academic analyses and critiques that had engrossed me over the years now seemed remote and irrelevant. The outcry ‘Denmark is a prison’ echoed with a poignant immediacy and Elsinore loomed like a haunting metaphor of a treacherous repressive state. The Ghost thundered with a terrible chorus of a million victims of proletarian dictatorship. Rozencrantz and Guildenstern would have felt like fish in the water had they found their way into a modern nation of hypocrites and informers. As to Hamlet himself, his great capacity for suffering gave the noble Dane his unique stature as a tragic hero pre-eminently worthy of his suffering. I would say to myself ‘I am not Prince Hamlet, nor was meant to be’, echoing Eliot’s Prufrock. Rather I often felt like one of those fellows ‘crawling between earth and Heaven’ scorned by Hamlet himself. But the real question I came to see was neither ‘to be, or not to be’ nor whether ‘in the mind to suffer the slings and arrows of outrageous fortune’, but how to be worthy of one’s suffering. Wu Ningkun
As if I also was hearing it for the first time: like the blast of a trumpet, like the voice of God. For a moment I forget who I am and where I am. The companion begs me to repeat it. How good he is, he is aware that it is doing me good. Or perhaps it is something more – perhaps he has received the message, he has felt that it had to do with him, that it has to do with all men who suffer, and with us in particular; and that it has to do with us two, who dare to reason of these things with the poles for the soup on our shoulders. (…) I have forgotten at least twelve lines; I would give today’s soup to know how to connect the last fragment to the end of the Canto. I try to reconstruct it through the rhymes, I close my eyes, I bite my fingers, but it is no use, the rest is silence. Primo Levi
Let each one examine what he has most desired. If he is happy, it is because his wishes have not been granted.  Prince de Ligne
The madness of tomorrow is not in Moscow, much more in Manhattan. It has been left to the very latest Modernists to proclaim an erotic religion which at once exalts lust and forbids fertility. The next great heresy is going to be simply an attack on morality, and especially on sexual morality. G.K. Chesterton (1926)
I do not believe for instance that it is a mere coincidence that we are witnessing simultaneously the development of a movement supporting euthanasia and the development of a movement in favour of homosexual marriage. Simon Leys
S’il est une chose dont le Belge est pénétré, c’est de son insignifiance. Cela, en revanche, lui donne une incomparable liberté – un salubre irrespect, une tranquille impertinence, frisant l’insouciance. Simon Leys
La pire manière d’avoir tort c’est d’avoir eu raison trop tôt ! Simon Leys
Dans une controverse, on reconnait le vainqueur à ce que ses adversaires finissent par s’approprier ses arguments en s’imaginant les avoir inventés.  Simon Leys
Whenever a minute of silence is being observed in a ceremony, don’t we all soon begin to throw discreet glances at our watches? Exactly how long should a ‘decent interval’ last before we can resume business-as-usual with the butchers of Peking? (…) they may even have a point when they insist, in agreeing once more to sit at the banquet of the murderers, they are actively strengthening the reformist trends in China. I only wish they had weaker stomachs. Simon Leys
The other day, I was reading the manuscript of a forthcoming book by a young journalist – a series of profiles of women living in the Outback – farmer wives battling solitude and natural disasters on remote stations in the bush. One woman was expressing concern for the education and future of her son, and commented on the boy’s choice of exclusively practical subjects for his courses at boarding school. "And I can’t say I blame his choice, as I too, would prefer to be out in the bush driving a tractor of building cattleyards rather than sitting in a classroom learning about Shakespeare, which is something he will never need…" (…) Oddly enough, this disarming remark on the uselessness of literature unwittingly reduplicates, in one sense, a provocative statement by Nabokov. In fact the brave woman from the outback here seems to echo a sardonic paradox of the supreme literate aesthete of our age. Nabokov wrote this (which I shall never tire of quoting, perhaps because I myself taught literature for some time): ‘Let us not kid ourselves; let us remember that literature is of no use whatever, except in the very special case of somebody’s wishing to become, of all things, a Professor of Literature.’ And yet even Professors of Literature, when they are made of the right mettle, but find themselves in extreme situations – divested of their titles, deprived of their books, reduced to their barest humanity, equipped only with their tears and their memory – can reach the heart of the matter and experience in their flesh what literature is really about: our very survival as human beings. Simon Leys
The need to bring down to our own wretched level, to deface, to deride and debunk any splendour that is towering above us, is probably the saddest urge of human nature. Simon Leys
L’intuition de Chesterton est que le christianisme a renversé la vieille croyance platonicienne que la matière est mauvaise et que le spirituel est bon. Simon Leys
Comme Chesterton et comme Bernanos (autres écrivains de génie qui ont montré quel art le journalisme peut et doit être), Orwell a semé des perles un peu partout ; là, il faut donc tout lire, ce n’est pas une obligation, c’est un régal. (…) Chez Orwell, la qualité qui frappe le plus, c’est l’originalité. La vraie originalité, c’est le fait d’un homme qui, ayant d’abord réussi à devenir lui-même, n’a plus qu’à écrire naturellement. L’originalité échappe invinciblement à qui la poursuit pour elle-même, ne trouvant que la fausse originalité – cette lèpre qui ronge les lettres… Or un homme vrai ne saurait se réduire à des simplifications abstraites, à des définitions à sens unique (gauche, droite, progressiste, réactionnaire) ; c’est un noeud naturel de contradictions, un vivant paradoxe, comme Orwell l’a bien suggéré en se décrivant lui-même comme un « anarchiste conservateur ». (…) Orwell a explicitement récusé une façon de lire 1984 comme une description d’événements à venir. Il a lui-même défini son livre comme une « satire », développant les implications logiques de la prémisse totalitaire. Il serait donc vain d’essayer de mettre 1984 à jour. Anthony Burgess a jadis commis un 1985 qui montrait seulement sa profonde incompréhension du livre. Le vrai maître d’Orwell, c’est Swift, qu’il lisait et relisait sans se lasser. Comment concevoir une révision des Voyages de Gulliver ? À la lecture d’une intéressante interview que le professeur Jacques Le Goff vient de donner au Point (n° 1777, 5 octobre), je suis frappé par cette remarque qu’exprime le grand historien en passant : « Je déteste un livre comme 1984 d’Orwell à cause de sa non-insertion dans l’histoire. » Mais, précisément, c’est là le sujet même dont traite Orwell. Car le totalitarisme en action, c’est la négation de l’histoire – à tout le moins, sa suspension effective et délibérée. Orwell en eut la première intuition lors de la guerre d’Espagne ; et l’on peut voir dans la révélation qu’il eut alors comme le premier germe de1984. Il en fit la réflexion à Arthur Koestler, qui avait partagé cette même expérience : « L’Histoire s’est arrêtée en 1936. » Ainsi, la propagande stalinienne effaça toutes traces de batailles gagnées par les républicains lorsqu’il s’agissait de milices anarchistes et inventa de grandes victoires communistes là où nul combat n’avait été livré. Dans la presse communiste, l’expérience du front qu’avaient vécue Orwell et ses camarades se trouva frappée de totale irréalité. L’exercice du pouvoir totalitaire ne peut tolérer l’existence d’une réalité historique. Simon Leys
Le divorce de la littérature et du savoir est une plaie de notre époque et un des aspects caractéristiques de la barbarie moderne où, la plupart du temps, on voit des écrivains incultes tourner le dos à des savants qui écrivent en charabia. Simon Leys
Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais je ne peux pas accepter, moi qui ai vu le fleuve Jaune charrier des cadavres chaque jour depuis mes fenêtres, cette vision idyllique de la Révolution culturelle. Simon Leys
Je pense… que les idiots disent des idioties, c’est comme les pommiers produisent des pommes, c’est dans la nature, c’est normal. Le problème c’est qu’il y ait des lecteurs pour les prendre au sérieux et là évidemment se trouve le problème qui mériterait d’être analysé. Prenons le cas de Madame Macciocchi par exemple — je n’ai rien contre Madame Macciocchi personnellement, je n’ai jamais eu le plaisir de faire sa connaissance — quand je parle de Madame Macciocchi, je parle d’une certaine idée de la Chine, je parle de son œuvre, pas de sa personne. Son ouvrage De la Chine, c’est … ce qu’on peut dire de plus charitable, c’est que c’est d’une stupidité totale, parce que si on ne l’accusait pas d’être stupide, il faudrait dire que c’est une escroquerie. Simon Leys
Une nouvelle interprétation de la Chine par un “China watcher” français de Hongkong travaillant à la mode américaine. Beaucoup de faits, rapportés avec exactitude, auxquels se mêlent des erreurs et des informations incontrôlables en provenance de la colonie britannique. Les sources ne sont d’ordinaire pas citées, et l’auteur n’a manifestement pas l’expérience de ce dont il parle. La Révolution culturelle est ramenée à des querelles de cliques. Alain Bouc (Le Monde)
Une sinologue, Michelle Loi, publie en 1975 un court livre intitulé Pour Luxun. Réponse à Pierre Ryckmans (Simon Leys) (Lausanne, Alfred Eibel éditeur), dont le titre dévoile le nom réel de Simon Leys, au risque de lui interdire de pouvoir retourner en Chine. Wikipedia
« La “Révolution culturelle‘ qui n’eut de révolutionnaire que le nom et de culturel que le prétexte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir, menée au sommet entre une poignée d’individus, derrière le rideau de fumée d’un fictif mouvement de masses [...] En Occident, certains commentateurs persistent à s’attacher littéralement à l’étiquette officielle et veulent prendre pour point de départ de leur glose le concept de révolution de la culture, voire même de révolution de la civilisation (le terme chinois wenhua’ laisse en effet place à cette double interprétation). En regard d’un thème aussi exaltant pour la réflexion, toute tentative pour réduire le phénomène à cette dimension sordide et triviale d’une ‘lutte pour le pouvoir sonne de façon blessante, voire diffamatoire aux oreilles des maoïstes européens.  Simon Leys
Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation". [...] Devant les écrits ‘ chinois ’ de Barthes (et de ses amis de Tel Quel), une seule citation d’Orwell saute spontanément à l’esprit : ‘ Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide.‘  Simon Leys
Nos admirations nous définissent, mais parfois elles peuvent aussi cerner nos manques (par exemple, un bègue qui admire un éloquent causeur, un écrivain crispé et taciturne comme Jules Renard qui vénère la tonitruante prolixité de Victor Hugo, ou un romancier concis et pur comme Chardonne qui célèbre le formidable flot deTolstoï…). Quand on rend visite à quelqu’un que l’on souhaiterait mieux connaître, on est naturellement tenté de regarder les livres de sa bibliothèque: ce n’est pas plus indiscret que de regarder son visage -c’est tout aussi révélateur (bien que parfois trompeur). Simon Leys
Je crois à l’universalité et à la permanence de la nature humaine; elle transcende l’espace et le temps. Comment expliquer sinon pourquoi les peintures de Lascaux ou la lecture de Zhuang Zi (Tchouang-tseu) ou de Montaigne peuvent nous toucher de façon plus immédiate que les informations du journal de ce matin? Pour le meilleur et pour le pire, je ne vois donc pas comment les intellectuels du XXIe siècle pourraient fort différer de ceux du siècle précédent. Malraux disait que l’intellectuel français est un homme qui ne sait pas comment on ouvre un parapluie (je soupçonne d’ailleurs qu’il parlait d’expérience; et personnellement je ne me flatte pas d’une bien grande dextérité). Du fait de leur maladresse et de leur faiblesse, certains intellectuels seraient-ils plus vulnérables devant les séductions du pouvoir, et de son incarnation dans des chefs totalitaires? Je me contente de constater mélancoliquement la récurrence du phénomène -je ne suis pas psychologue. Simon Leys
Comme je l’évoque dans le post-scriptum de mon essai sur Liu Xiaobo, par la faute d’un agent consulaire belge, mes fils (jumeaux) se sont trouvés réduits à l’état d’apatrides. La faute aurait pu être rectifiée; malheureusement, elle était tellement grotesque que les autorités responsables n’auraient pu le reconnaître sans se rendre ridicules – aussi fallait-il la cacher. Comme toujours dans ce genre de mésaventure administrative, la tentative de camouflage est cent fois pire que ce qu’elle tente de dissimuler. Le problème devient monumental et rigide, il s’enfle et gonfle comme un monstrueux champignon vénéneux qui, en fin de compte, ne contient RIEN: un vide nauséabond. Ayant jadis passé pas mal de temps à analyser et à décrire divers aspects du phénomène bureaucratique au sein du totalitarisme marxiste, j’ai découvert avec stupeur qu’il avait son pendant naturel dans un ministère bruxellois: des bureaucrates belges placés dans le plus toxique des environnements pékinois se seraient aussitôt sentis comme des poissons dans l’eau. Je voudrais tâcher de dépasser l’anecdote personnelle pour cerner une leçon universelle. De nombreux lecteurs, victimes d’expériences semblables, m’ont d’ailleurs offert des rapports d’une hallucinante absurdité. J’envisage donc de faire une petite physiologie du bureaucrate. Cela pourrait s’intituler Le Rêve de Zazie -par référence à l’héroïne de Queneau: comme on demande à Zazie ce qu’elle voudrait devenir quand elle sera grande, elle répond: "Institutrice! -Ah, fort bien et pourquoi? -Pour faire chier les mômes!" Simon Leys
 No tyrant can forsake humanity and persecute intelligence with impunity: in the end, he reaps imbecility and madness. When he visited Moscow in 1957, Mao declared that an atomic war was not to be feared since, in such an eventuality, only half of the human race would perish. This remarkable statement provided a good sample of the mind that was to conceive the “Great Leap Forward” and the “Cultural Revolution.” The human cost of these ventures was staggering: the famines that resulted from the “Great Leap” produced a demographic black hole into which it now appears that as many as fifty million victims may have been sucked. The violence of the “Cultural Revolution” affected a hundred million people. If, on the whole, the Maoist horrors are well known, what has not been sufficiently underlined is their asinine lunacy. In a recent issue of The New York Review, Jonathan Mirsky quoted an anecdote (from Liu Binyan, Ruan Ming, and Xu Gang’s Tell the World) that is so exemplary and apposite here that it bears telling once more: one day, Bo Yibo was swimming with Mao. Mao asked him what the production of iron and steel would be for the next year. Instead of replying, Bo Yibo told Mao that he was going to effect a turn in the water; Mao misunderstood him and thought that he had said “double.” A little later, at a Party meeting, Bo Yibo heard Mao announce that the national production of iron and steel would double the next year.3 The anecdote is perfectly credible in the light of all the documentary evidence we have concerning Mao’s attitude at the time of the “Great Leap”: we know that he swallowed the gigantic and grotesque deceptions fabricated by his own propaganda, and accepted without discussion the pleasing suggestion that miracles were taking place in the Chinese countryside; he genuinely believed that the yield of cotton and grain could be increased by 300 to 500 percent. And Liu Shaoqi himself was no wiser: inspecting Shandong in 1958, and having been told that miraculous increases had been effected in agricultural output, he said: “This is because the scientists have been kicked out, and people now dare to do things!” The output of steel, which was 5.3 million tons in 1957, allegedly reached 11 million tons in 1958, and it was planned that it would reach 18 million in 1959. The grain output which was 175 million tons in 1957, allegedly reached 375 million tons in 1958, and was planned to reach 500 million in 1959. The Central Committee solemnly endorsed this farce (Wuchang, Sixth Plenum, December 1958)—and planned for more. Zhou Enlai—who never passed for a fool—repeated and supported these fantastic figures and announced that the targets laid in the Second Five Year Plan (1958–1962) had all been reached in the plan’s first year! All the top leaders applauded this nonsense. Li Fuchun and Li Xiannian poured out “Great Leap” statistics that were simply lies. What happened to their common sense? Only Chen Yun had the courage to remain silent. Graphic details of the subsequent famine were provided in the official press only a few years ago, confirming what was already known through the testimonies of countless eyewitnesses. As early as 1961, Ladany published in China News Analysis some of these reports by Chinese travelers from all parts of China. All spoke of food shortage and hunger; swollen bellies, lack of protein and liver diseases were common. Many babies were stillborn because of their mothers’ deficient nutrition. Few babies were being born. As some workers put it, their food barely sufficed to keep them standing on their feet, let alone allowing them to have thoughts of sex. Peasants lacked the strength to work, and some collapsed in the fields and died. City government organisations and schools sent people to the villages by night to buy food, bartering clothes and furniture for it. In Shenyang the newspaper reported cannibalism. Desperate mothers strangled children who cried for food. Many reported that villagers were flocking into the cities in search of food; many villages were left empty…. It was also said that peasants were digging underground pits to hide their food. Others spoke of places where the population had been decimated by starvation. According to the Guang Ming Daily (April 27, 1980), in the North-West, the famine generated an ecological disaster: in their struggle to grow some food, the peasants destroyed grasslands and forests. Half of the grasslands and one third of the forests vanished between 1959 and 1962: the region was damaged permanently. The People’s Daily (May 14, 1980) said that the disaster of the “Great Leap” had affected the lives of a hundred million people who were physically devastated by the prolonged shortage of food. (Note that, at the time, China experts throughout the world refused to believe that there was famine in China. A BBC commentator, for instance, declared typically that a widespread famine in such a well-organized country was unthinkable.) Today, in order to stem the tide of popular discontent which threatens to engulf his rule, Deng Xiaoping is invoking again the authority of Mao. That he should be willing to call that ghost to the rescue provides a measure of his desperation. Considering the history of the last sixty years, one can easily imagine what sort of response the Chinese are now giving to such an appeal. Deng’s attempts to revive and promote Marxist studies are no less unpopular. Marxism has acquired a very bad name in China—which is quite understandable, though somewhat unfair: after all, it was never really tried. Simon Leys
In any debate, you really know that you have won when you find your opponents beginning to appropriate your ideas, in the sincere belief that they themselves just invented them. This situation can afford a subtle satisfaction; I think the feeling must be quite familiar to Father Ladany, the Jesuit priest and scholar based in Hong Kong who for many years published the weekly China News Analysis. Far away from the crude limelights of the media circus, he has enjoyed three decades of illustrious anonymity: all “China watchers” used to read his newsletter with avidity; many stole from it—but generally they took great pains never to acknowledge their indebtedness or to mention his name. Father Ladany watched this charade with sardonic detachment: he would probably agree that what Ezra Pound said regarding the writing of poetry should also apply to the recording of history—it is extremely important that it be written, but it is a matter of indifference who writes it. China News Analysis was compulsory reading for all those who wished to be informed of Chinese political developments—scholars, journalists, diplomats. In academe, however, its perusal among many political scientists was akin to what a drinking habit might be for an ayatollah, or an addiction to pornography for a bishop: it was a compulsive need that had to be indulged in secrecy. China experts gnashed their teeth as they read Ladany’s incisive comments; they hated his clearsightedness and cynicism; still, they could not afford to miss one single issue of his newsletter, for, however disturbing and scandalous his conclusions, the factual information which he supplied was invaluable and irreplaceable. What made China News Analysis so infuriatingly indispensable was the very simple and original principle on which it was run (true originality is usually simple): all the information selected and examined in China News Analysis was drawn exclusively from official Chinese sources (press and radio).  (…) What inspired his method was the observation that even the most mendacious propaganda must necessarily entertain some sort of relation with the truth; even as it manipulates and distorts the truth, it still needs originally to feed on it. Therefore, the untwisting of official lies, if skillfully effected, should yield a certain amount of straight facts. Needless to say, such an operation requires a doigté hardly less sophisticated than the chemistry which, in Gulliver’s Travels, enabled the Grand Academicians of Lagado to extract sunbeams from cucumbers and food from excreta.  (…) Without an ability to decipher non-existent inscriptions written in invisible ink on blank pages, no one should ever dream of analyzing the nature and reality of Chinese communism. Very few people have mastered this demanding discipline, and, with good reason, they generally acknowledge Father Ladany as their doyen. Simon Leys
 G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture – literary, political, poetical, historical and philosophical – once received the naive praise of a lady: “Oh, Mr Chesterton, you know so many things!” He suavely replied: “Madam, I know nothing: I am a journalist.” The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion. At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies’ man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike. Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends (…) Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton’s brother said of his famous sibling: “He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.” Revel’s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, The Thief in an Empty House. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece. His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing. Whereas wit is a form of duelling – it aims to wound or to kill – the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: “My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that ‘funny’ is the opposite of ‘serious’. But ‘funny’ is the opposite of ‘not funny’ and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.” What compounded the dismay of Revel’s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer’s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important? With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism. He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel’s book Why Philosophers?, in which Lacan’s charlatanism was analysed. Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne’s Pour Jean-François Revel: Un esprit libre (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel’s intellectual, literary and human stature. A paradoxical situation developed: Revel’s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential “progressive” critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander. Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Montaigne, Francois Rabelais and Marcel Proust marry intelligence with love; his anthology of French poetry mirrors his original appreciation of the poetic language), in his art of living (his great book on gastronomy is truly a “feast in words”) and in his conviviality (he truly cared for his friends). And yet what strikingly set him apart from most other intellectuals of his generation was his genuinely cosmopolitan outlook. He had spent abroad the best part of his formative and early creative years, mostly in Mexico and Italy. In addition to English (spoken by few educated French of his time) he was fluent in Italian, Spanish and German; until the end of his life he retained the healthy habit to start every day (he rose at 5am) by listening to he BBC news and reading six foreign newspapers. On international affairs, on literature, art and ideas, he had universal perspectives that broke completely from the suffocating provincialism of the contemporary Parisian elites. In the 18th century, French was the common language of the leading minds of continental Europe; 20th-century French intellectuals hardly noticed that times had changed in this respect; they retained the dangerous belief that whatever was not expressed in French could hardly matter. Revel never had enough sarcasm to denounce this sort of self-indulgence; on the bogus notion of le rayonnement français, he was scathing: “French culture has radiated for so long, it’s a wonder mankind has not died from sunstroke.” He fiercely fought against chauvinist cultural blindness, and especially against its most cretinous expression: irrational anti-Americanism. At the root of this attitude he detected a subconscious resentment: the French feel that when Americans are playing a leading role in the political-cultural world they are usurping what is by birthright a French prerogative. By vocation and academic training Revel was originally a philosopher (he entered at an exceptionally early age the Ecole Normale Superieure, the apex of the French higher education system). He taught philosophy and eventually wrote a history of Western philosophy (eschewing all technical jargon, it is a model of lucid synthesis). However, he became disenchanted with the contemporary philosophers who, he flet, had betrayed their calling by turning philosophy into a professional career and a mere literary genre. “Philosophy,” he wrote “ought to return to its original and fundamental question: How should I live?” he preferred simply to call himslef “a man of letters”. Ancient Greek poet Archilochus famously said: “The fox knows many things but the hedgehog knows one big thing.” Revel was the archetypical fox, but at the same time he held with all the determination of a hedgehog to one central idea that inspires, pervades and motivates all his endeavours: The belief that each individual destiny, as well as the destiny of mankind, depends upon the accuracy – or the falsity – of the information at their disposal, and upon the way in which they put this information to use. He devoted one of his books specifically to this issue, La Connaissance Inutile (Useless Knowledge), but this theme runs through nearly all his writings. Politics naturally absorbed a great amount of his attention. From the outset he showed his willingness to commit himself personally, and at great risk: as a young man in occupied France he joined the Resistance against the Nazis. After the war, his basic political allegiance was, and always remainded, to the Left and the principles of liberal democracy. He was sharply critical of Charles de Gaulle and of all saviours and providential leaders in military uniforms. Yet, like George Orwell before him, he always believed that only an uncompromising denunciation of all forms of Stalinist totalitarianism can ensure the ultimate victory of socialism. Thus – again, like Orwell – he earned for himself the hostility of his starry-eyed comrades. Simon Leys

Attention: un intellectuel peut ne pas en cacher un autre !

Belge de naissance, chinois de coeur, australien de résidence, chrétien revendiqué, admirateur de Chesterton, Bernanos, Orwell,  ami de Revel et Mario Vargas Llosa, intellectuel ayant fait de la nécessité de l’ "insignifiance" supposée de sa nationalité vertu, vendeur de mèche des secrets de sa tribu maolâtre et antichrétienne ayant osé dénoncer les habits neufs de l’empereur et défendre Mère Teresa, intellectuel n’hésitant pas à critiquer l’anti-intellectualisme tout en se méfiant de l’intelligence, à appeler un imbécile un imbécile,  à pratiquer tout en restant vigilant le meilleur des journalismes, à  mettre en doute  des conquêtes de l’humanité aussi grandes que l’euthanasie et le mariage homosexuel et même à révéler et remercier ses propres sources …

En ces temps étranges où, sur fond de purification ethnique et de génocide revendiqué des derniers chrétiens et juifs du Moyen-Orient …

Et où, après la tentation du fascisme, du nazisme, du communisme, du stalinisme, du maoïsme et de l’antiaméricanisme primaire, ceux qui ont toujours préféré avoir tort avec Sartre semblent repartis à la case départ de l‘antisémitisme qui avait justement, avec le fameux "J’accuse" de Zola, marqué leur acte de naissance …

Comment ne pas repenser à l’occasion de la récente disparition du sinologue Pierre Ryckmans (dit Simon Leys) dont la vigilance, pour reprendre le mot de Sartre à la mort d’un Gide dont ladite vertu lui sera hélas de peu d’utilité,  nous manque déjà …

A tous ces véritables intellectuels que nos médiacrates actuels ont indûment éclipsés quand, à la manière de l’ancien compagnon de route de Che Guevara et ex-conseiller spécial de François Mitterrand Régis Debray, ils ne les ont pas confondus avec leur version française et n’en ont pas fait l’acte de décès ?

Comment ne pas voir protégés peut-être par leur nationalité ou résidence étrangères à l’instar du sinologue belgo-australien qui fut aussi critique littéraire et écrivain …

Que ce sont aussi ceux qui correspondent le plus à la définition canonique que fit de cette version moderne des prophètes juifs d’antan après Benda et avant Bourdieu, le petit camarade d’Aron et de Camus si fier en son temps  de sa "stricte obédience stalinienne" ?

A savoir non d "‘abuser" mais d’utiliser la notoriété acquise par leurs travaux pour défendre les "valeurs éternelles et désintéressées" de la justice et de la raison …

Mais aussi, refusant le compartimentage et l’amputation de  l’une ou l’autre des grandes voies d’accès à la vérité telles que la religion, l’art, la philosophie et la science et à l’image de Proust,  se  méfiant sans la rejeter de l’intelligence, de résister aux dérives du temps qui virent la plus grande indulgence aux plus grands crimes et de ne pas hésiter, au prix fort, à vendre la mèche sur sa propre tribu ?

Et quel meilleur hommage leur faire que ces deux textes et sortes d’autoportrait en creux dans lesquels Leys fit l’éloge de deux des intellectuels dont ils partageaient la volonté farouche d’allier la connaissance et le goût de la théorie du renard à la détermination et à l’intérêt pour le  travail de terrain du hérisson mais surtout  l’amour par dessus tout de la précision et de la vérité …

A savoir le père et sinologue polonais, Laszlo Ladany dont il ne taira jamais l’inspiration et l’essayiste qui fut l’un des rares intellectuels français à le soutenir Jean-Francois Revel ?

The Art of Interpreting Nonexistent Inscriptions Written in Invisible Ink on a Blank Page
Simon Leys

The New York Review of Books

OCTOBER 11, 1990 ISSUE
The Communist Party of China and Marxism, 1921––1985: A Self Portrait
by Laszlo Ladany, foreword by Robert Elegant
Hoover Institution Press, 588 pp., $44.95
1.

In any debate, you really know that you have won when you find your opponents beginning to appropriate your ideas, in the sincere belief that they themselves just invented them. This situation can afford a subtle satisfaction; I think the feeling must be quite familiar to Father Ladany, the Jesuit priest and scholar based in Hong Kong who for many years published the weekly China News Analysis. Far away from the crude limelights of the media circus, he has enjoyed three decades of illustrious anonymity: all “China watchers” used to read his newsletter with avidity; many stole from it—but generally they took great pains never to acknowledge their indebtedness or to mention his name. Father Ladany watched this charade with sardonic detachment: he would probably agree that what Ezra Pound said regarding the writing of poetry should also apply to the recording of history—it is extremely important that it be written, but it is a matter of indifference who writes it.

China News Analysis was compulsory reading for all those who wished to be informed of Chinese political developments—scholars, journalists, diplomats. In academe, however, its perusal among many political scientists was akin to what a drinking habit might be for an ayatollah, or an addiction to pornography for a bishop: it was a compulsive need that had to be indulged in secrecy. China experts gnashed their teeth as they read Ladany’s incisive comments; they hated his clearsightedness and cynicism; still, they could not afford to miss one single issue of his newsletter, for, however disturbing and scandalous his conclusions, the factual information which he supplied was invaluable and irreplaceable. What made China News Analysis so infuriatingly indispensable was the very simple and original principle on which it was run (true originality is usually simple): all the information selected and examined in China News Analysis was drawn exclusively from official Chinese sources (press and radio). This austere rule sometimes deprived Ladany’s newsletter of the life and color that could have been provided by less orthodox sources, but it enabled him to build his devastating conclusions on unimpeachable grounds.

What inspired his method was the observation that even the most mendacious propaganda must necessarily entertain some sort of relation with the truth; even as it manipulates and distorts the truth, it still needs originally to feed on it. Therefore, the untwisting of official lies, if skillfully effected, should yield a certain amount of straight facts. Needless to say, such an operation requires a doigté hardly less sophisticated than the chemistry which, in Gulliver’s Travels, enabled the Grand Academicians of Lagado to extract sunbeams from cucumbers and food from excreta. The analyst who wishes to gather information through such a process must negotiate three hurdles of thickening thorniness. First, he needs to have a fluent command of the Chinese language. To the man-in-the-street, such a prerequisite may appear like elementary common sense, but once you leave the street level, and enter the loftier spheres of academe, common sense is not so common any longer, and it remains an interesting fact that, during the Maoist era, a majority of leading “China Experts” hardly knew any Chinese. (I hasten to add that this is largely a phenomenon of the past; nowadays, fortunately, young scholars are much better educated.)

Secondly, in the course of his exhaustive surveys of Chinese official documentation, the analyst must absorb industrial quantities of the most indigestible stuff; reading Communist literature is akin to munching rhinoceros sausage, or to swallowing sawdust by the bucketful. Furthermore, while subjecting himself to this punishment, the analyst cannot allow his attention to wander, or his mind to become numb; he must keep his wits sharp and keen; with the eye of an eagle that can spot a lone rabbit in the middle of a desert, he must scan the arid wastes of the small print in the pages of the People’s Daily, and pounce upon those rare items of significance that lie buried under mountains of clichés. He must know how to milk substance and meaning out of flaccid speeches, hollow slogans, and fanciful statistics; he must scavenge for needles in Himalayan-size haystacks; he must combine the nose of a hunting hound, the concentration and patience of an angler, and the intuition and encyclopedic knowledge of a Sherlock Holmes.

Thirdly—and this is his greatest challenge—he must crack the code of the Communist political jargon and translate into ordinary speech this secret language full of symbols, riddles, cryptograms, hints, traps, dark allusions, and red herrings. Like wise old peasants who can forecast tomorrow’s weather by noting how deep the moles dig and how high the swallows fly, he must be able to decipher the premonitory signs of political storms and thaws, and know how to interpret a wide range of quaint warnings—sometimes the Supreme Leader takes a swim in the Yangtze River, or suddenly writes a new poem, or sponsors a ping-pong game: such events all have momentous implications. He must carefully watch the celebration of anniversaries, the noncelebration of anniversaries, and the celebration of nonanniversaries; he must check the lists of guests at official functions, and note the order in which their names appear. In the press, the size, type, and color of headlines, as well as the position and composition of photos and illustrations are all matters of considerable import; actually they obey complex laws, as precise and strict as the iconographic rules that govern the location, garb, color, and symbolic attributes of the figures of angels, archangels, saints, and patriarchs in the decoration of a Byzantine basilica.

To find one’s way in this maze, ingenuity and astuteness are not enough; one also needs a vast amount of experience. Communist Chinese politics are a lugubrious merry-go-round (as I have pointed out many times already), and in order to appreciate fully the déjà-vu quality of its latest convolutions, you would need to have watched it revolve for half a century. The main problem with many of our politicians and pundits is that their memories are too short, thus forever preventing them from putting events and personalities in a true historical perspective. For instance, when, in 1979, the “People’s Republic” began to revise its criminal law, there were good souls in the West who applauded this initiative, as they thought that it heralded China’s move toward a genuine rule of law. What they failed to note, however—and which should have provided a crucial hint regarding the actual nature and meaning of the move in question—was that the new law was being introduced by Peng Zhen, one of the most notorious butchers of the regime, a man who, thirty years earlier, had organized the ferocious mass accusations, lynchings, and public executions of the land reform programs.

Or again, after the death of Mao, Western politicians and commentators were prompt to hail Deng Xiaoping as a sort of champion of liberalization. The Selected Works of Deng published at that time should have enlightened them—not so much by what it included, as by what it excluded; had they been able to read it as any Communist document should be read, i.e., by concentrating first on its gaps, they would have rediscovered Deng’s Stalinist-Maoist statements, and then, perhaps, they might have been less surprised by the massacres of June 4.

More than half a century ago, the writer Lu Xun (1889–1936), whose prophetic genius never ceases to amaze, described accurately the conundrum of China watching:

Once upon a time, there was a country whose rulers completely succeeded in crushing the people; and yet they still believed that the people were their most dangerous enemy. The rulers issued huge collections of statutes, but none of these volumes could actually be used, because in order to interpret them, one had to refer to a set of instructions that had never been made public. These instructions contained many original definitions. Thus, for instance, “liberation” meant in fact “capital execution”; “government official” meant “friend, relative or servant of an influential politician,” and so on. The rulers also issued codes of laws that were marvellously modern, complex and complete; however, at the beginning of the first volume, there was one blank page; this blank page could be deciphered only by those who knew the instructions—which did not exist. The first three invisible articles of these non-existent instructions read as follows: “Art. 1: some cases must be treated with special leniency. Art. 2: some cases must be treated with special severity. Art. 3: this does not apply in all cases.”

Without an ability to decipher non-existent inscriptions written in invisible ink on blank pages, no one should ever dream of analyzing the nature and reality of Chinese communism. Very few people have mastered this demanding discipline, and, with good reason, they generally acknowledge Father Ladany as their doyen.

2.

After thirty-six years of China watching, Father Ladany finally retired and summed up his exceptional experience in The Communist Party of China and Marxism, 1921–1985: A Self Portrait. In the scope of this article it would naturally not be possible to do full justice to a volume which analyzes in painstaking detail sixty-five years of turbulent history; still, it may be useful to outline here some of Ladany’s main conclusions.

The Communist party is in essence a secret society. In its methods and mentality it presents a striking resemblance to an underworld mob.1 It fears daylight, feeds on deception and conspiracy, and rules by intimidation and terror. “Communist legality” is a contradiction in terms, since the Party is above the law—for example, Party members are immune from legal prosecution; they must be divested of their Party membership before they can be indicted by a criminal court (that a judge may acquit an accused person is inconceivable: since the accused was sent to court, it means that he is guilty). Whereas even Mussolini and Hitler orginally reached power through elections, no Communist party ever received an electorate’s mandate to govern.

In China, the path that led the Communists to victory still remains partly shrouded in mystery. Even today, for Party historians, many archives remain closed, and there are entire chapters that continue to present insoluble riddles; minutes of decisive meetings are nowhere to be found, important dates remain uncertain; for some momentous episodes it is still impossible to identify the participants and to reconstruct accurately the sequence of events; for some periods one cannot even determine who were the Party leaders!

As Ladany points out, a Communist regime is built on a triple foundation: dialectics, the power of the Party, and a secret police—but, as to its ideological equipment, Marxism is merely an optional feature; the regime can do without it most of the time. Dialectics is the jolly art that enables the Supreme Leader never to make mistakes—for even if he did the wrong thing, he did it at the right time, which makes it right for him to have been wrong, whereas the Enemy, even if he did the right thing, did it at the wrong time, which makes it wrong for him to have been right.

Before securing power, the Party thrives on political chaos. If confronted with a deliquescent government, it can succeed through organization and propaganda, even when it operates from a minuscule base: in 1945, the Communists controlled only one town, Yan’an, and some remote tracts of countryside; four years later, the whole of China was theirs. At the time of the Communist takeover, the Party members in Peking numbered a mere three thousand, and Shanghai, a city of nine million people, had only eight thousand Party members. In a time of social and economic collapse, it takes very few people—less than 0.01 percent of the population in the Chinese case—to launch emotional appeals, to stir the indignation of the populace against corrupt and brutal authorities, to mobilize the generosity and idealism of the young, to enlist the support of thousands of students, and eventually to present their tiny Communist movement as the incarnation of the entire nation’s will.

What is even more remarkable is that, before 1949, wherever the population had been directly exposed to their rule the Communists were utterly unpopular. They had introduced radical land reform in parts of North China during the civil war, and, as Ladany recalls,

Not only landowners but all suspected enemies were treated brutally; one could walk about in the North Chinese plains and see hands sticking out from the ground, the hands of people buried alive…. Luckily for the Communists, government propaganda was so poorly organised that people living in regions not occupied by the Communists knew nothing of such atrocities.

Once the whole country fell under their control, it did not take long for the Communists to extend to the rest of the nation the sort of treatment which, until then, had been reserved for inner use—purging the Party and disciplining the population of the so-called liberated areas. Systematic terror was applied on a national scale as early as 1950, to match first the land reform and then the campaign to suppress “counterrevolutionaries.” By the fall of 1951, 80 percent of all Chinese had had to take part in mass accusation meetings, or to watch organized lynchings and public executions. These grim liturgies followed set patterns that once more were reminiscent of gangland practices: during these proceedings, rhetorical questions were addressed to the crowd, which, in turn, had to roar its approval in unison—the purpose of the exercise being to ensure collective participation in the murder of innocent victims; the latter were selected not on the basis of what they had done, but of who they were, or sometimes for no better reason than the need to meet the quota of capital executions which had been arbitrarily set beforehand by the Party authorities.

From that time on, every two or three years, a new “campaign” would be launched, with its usual accompaniment of mass accusations, “struggle meetings,” self-accusations, and public executions. At the beginning of each “campaign,” there were waves of suicides: many of the people who, during a previous “campaign,” had suffered public humiliation, psychological and physical torture at the hands of their own relatives, colleagues, and neighbors, found it easier to jump from a window or under a train than to face a repeat of the same ordeal.

What is puzzling is that in organizing these recurrent waves of terror the Communists betrayed a strange incapacity to understand their own people. As history has amply demonstrated, the Chinese possess extraordinary patience; they can stoically endure the rule of a ruthless and rapacious government, provided that it does not interfere too much with their family affairs and private pursuits, and as long as it can provide basic stability. On both accounts, the Communists broke this tacit covenant between ruler and ruled. They invaded the lives of the people in a way that was far more radical and devastating than in the Soviet Union. Remolding the minds, “brainwashing” as it is usually called, is a chief instrument of Chinese communism, and the technique goes as far back as the early consolidation of Mao’s rule in Yan’an.

To appreciate the characteristics of the Maoist approach one need simply compare the Chinese “labor rectification” camps with the Soviet Gulag. Life in the concentration camps in Siberia was physically more terrifying than life in many Chinese camps, but the mental pressure was less severe on the Soviet side. In the Siberian camps the inmates could still, in a way, feel spiritually free and retain some sort of inner life, whereas the daily control of words and thoughts, the actual transformation and conditioning of individual consciousness, made the Maoist camps much more inhuman.

Besides its cruelty, the Maoist practice of launching political “campaigns” in relentless succession generated a permanent instability, which eventually ruined the moral credit of the Party, destroyed much of society, paralyzed the economy, provoked large-scale famines, and nearly developed into civil war. In 1949, most of the population had been merely hoping for a modicum of order and peace, which the Communists could easily have granted. Had they governed with some moderation and abstained from the needless upheavals of the campaigns, they could have won long-lasting popular support, and ensured steady economic development—but Mao had a groundless fear of inner opposition and revolt; this psychological flaw led him to adopt methods that proved fatally self-destructive.

History might have been very different if the original leaders of the Chinese Communist party had not been decimated by Chiang Kai-shek’s White Terror of 1927, or expelled by their own comrades in subsequent Party purges. They were civilized and sophisticated urban intellectuals, upholding humanistic values, with cosmopolitan and open minds, attuned to the modern world. While their sun was still high in the political firmament, Mao’s star never had a chance to shine; however bright and ambitious, the young self-taught peasant was unable to compete with these charismatic figures. Their sudden elimination marked an abrupt turn in the Chinese revolution—one may say that it actually put an end to it—but it also presented Mao with an unexpected opening. At first, his ascent was not exactly smooth; yet, by 1940 in Yan’an, he was finally able to neutralize all his rivals and to remold the entire Party according to his own conception. It is this Maoist brigade of country bumpkins and uneducated soldiers, trained and drilled in a remote corner of one of China’s poorest and most backward provinces, that was finally to impose its rule over the entire nation—and, as Ladany adds, “This is why there are spittoons everywhere in the People’s Republic.”

Mao’s anti-intellectualism was deeply rooted in his personal experiences. He never forgot how, as a young man, intellectuals had made him feel insignificant and inadequate. Later on, he came to despise them for their perpetual doubts and waverings; the competence and expertise of scholarly authorities irritated him; he distrusted the independence of their judgments and resented their critical ability. In the barracks-like atmosphere of Yan’an, a small town without culture, far removed from intellectual centers, with no easy access to books, amid illiterate peasants and brutish soldiers, intellectuals were easily singled out for humiliating sessions of self-criticism and were turned into exemplary targets during the terrifying purges of 1942–1944. Thus the pattern was set for what was to remain the most characteristic feature of Chinese communism: the persecution and ostracisim of intellectuals. The Yan’an brigade had an innate dislike of people who thought too much; this moronic tradition received a powerful boost in 1957, when, in the aftermath of the Hundred Flowers campaign, China’s cultural elite was pilloried; nine years later, finally, the “Cultural Revolution” marked the climax of Mao’s war against intelligence: savage blows were dealt to all intellectuals inside and outside the Party; all education was virtually suspended for ten years, producing an entire generation of illiterates.

Educated persons were considered unfit by nature to join the Party; especially at the local level resistance to accepting them was always greatest, as the old leadership felt threatened by all expressions of intellectual superiority. Official figures released in 1985 provide a telling picture of the level of education within the Communist party—which makes up the privileged elite of the nation: 4 percent of Party members had received some university education—they did not necessarily graduate—(against 30 percent in the Soviet Union); 42 percent of Party members only attended primary school; 10 percent are illiterate….

The first casualty of Mao’s anti-intellectualism was to be found, interestingly enough, in the field of Marxist studies. When, after fifteen years of revolutionary activity, the Party finally felt the need to acquire some rudiments of Marxist knowledge (at that time virtually no work of Marx had yet been translated into Chinese!), Mao, who himself was still a beginner in this discipline, undertook to keep all doctrinal developments under his personal control. In Yan’an, like an inexperienced teacher who has gotten hold of the only available textbook and struggles to keep one lesson ahead of his pupils, he simply plagiarized a couple of Soviet booklets and gave a folksy Chinese version of some elementary Stalinist-Zhdanovian notions. How these crude, banal, and derivative works ever came to acquire in the eyes of the entire world the prestige and authority of an original philosophy remains a mystery; it must be one of the most remarkable instances of mass autosuggestion in the twentieth century.

In one respect, however, the Thoughts of Mao Zedong did present genuine originality and dared to tread a ground where Stalin himself had not ventured: Mao explicitly denounced the concept of a universal humanity; whereas the Soviet tyrant merely practiced inhumanity, Mao gave it a theoretical foundation, expounding the notion—without parallel in the other Communist countries of the world—that the proletariat alone is fully endowed with human nature. To deny the humanity of other people is the very essence of terrorism; millions of Chinese were soon to measure the actual implications of this philosophy.

At first, after the establishment of the People’s Republic the regime was simply content to translate and reproduce elementary Soviet introductions to Marxism. The Chinese Academy of Sciences had a department of philosophy and social sciences but produced nothing during the Fifties, not even textbooks on Marxism. Only one university in the entire country—Peking University—had a department of philosophy; only Mao’s works were studied there.

When the Soviet Union denounced Stalin and rejected his History of the Communist Party—Short Course, the Chinese were stunned: this little book contained virtually all they knew about Marxism. Then, the Sino-Soviet split ended the intellectual importations from the USSR, and it was conveniently decided that the Thoughts of Mao Zedong represented the highest development of Marxist-Leninist philosophy; therefore, in order to fill the ideological vacuum, Mao’s Thoughts suddenly expanded and acquired polyvalent functions; its study became a reward for the meritorious, a punishment for the criminal, a medicine for the sick; it could answer all questions and solve all problems; it even performed miracles that were duly recorded; its presence was felt everywhere: it was broadcast in the streets and in the fields, it was put to music, it was turned into song and dance; it was inscribed everywhere—on mountain cliffs and on chopsticks, on badges, on bridges, on ashtrays, on dams, on teapots, on locomotives; it was printed on every page of all newspapers. (This, in turn, created some practical problems: in a poor country, where all paper is recycled for a variety of purposes, one had always to be very careful when wrapping groceries or when wiping one’s bottom, not to do it with Mao’s ubiquitous Thoughts—which would have been a capital offence.) In a way, Mao is to Marx what Voodoo is to Christianity; therefore, it is not surprising that the inflation of Mao’s Thoughts precluded the growth of serious Marxist studies in China.2

No tyrant can forsake humanity and persecute intelligence with impunity: in the end, he reaps imbecility and madness. When he visited Moscow in 1957, Mao declared that an atomic war was not to be feared since, in such an eventuality, only half of the human race would perish. This remarkable statement provided a good sample of the mind that was to conceive the “Great Leap Forward” and the “Cultural Revolution.” The human cost of these ventures was staggering: the famines that resulted from the “Great Leap” produced a demographic black hole into which it now appears that as many as fifty million victims may have been sucked. The violence of the “Cultural Revolution” affected a hundred million people. If, on the whole, the Maoist horrors are well known, what has not been sufficiently underlined is their asinine lunacy. In a recent issue of The New York Review, Jonathan Mirsky quoted an anecdote (from Liu Binyan, Ruan Ming, and Xu Gang’s Tell the World) that is so exemplary and apposite here that it bears telling once more: one day, Bo Yibo was swimming with Mao. Mao asked him what the production of iron and steel would be for the next year. Instead of replying, Bo Yibo told Mao that he was going to effect a turn in the water; Mao misunderstood him and thought that he had said “double.” A little later, at a Party meeting, Bo Yibo heard Mao announce that the national production of iron and steel would double the next year.3

The anecdote is perfectly credible in the light of all the documentary evidence we have concerning Mao’s attitude at the time of the “Great Leap”: we know that he swallowed the gigantic and grotesque deceptions fabricated by his own propaganda, and accepted without discussion the pleasing suggestion that miracles were taking place in the Chinese countryside; he genuinely believed that the yield of cotton and grain could be increased by 300 to 500 percent. And Liu Shaoqi himself was no wiser: inspecting Shandong in 1958, and having been told that miraculous increases had been effected in agricultural output, he said: “This is because the scientists have been kicked out, and people now dare to do things!” The output of steel, which was 5.3 million tons in 1957, allegedly reached 11 million tons in 1958, and it was planned that it would reach 18 million in 1959. The grain output which was 175 million tons in 1957, allegedly reached 375 million tons in 1958, and was planned to reach 500 million in 1959. The Central Committee solemnly endorsed this farce (Wuchang, Sixth Plenum, December 1958)—and planned for more. Zhou Enlai—who never passed for a fool—repeated and supported these fantastic figures and announced that the targets laid in the Second Five Year Plan (1958–1962) had all been reached in the plan’s first year! All the top leaders applauded this nonsense. Li Fuchun and Li Xiannian poured out “Great Leap” statistics that were simply lies. What happened to their common sense? Only Chen Yun had the courage to remain silent.

Graphic details of the subsequent famine were provided in the official press only a few years ago, confirming what was already known through the testimonies of countless eyewitnesses.

As early as 1961, Ladany published in China News Analysis some of these reports by Chinese travelers from all parts of China.

All spoke of food shortage and hunger; swollen bellies, lack of protein and liver diseases were common. Many babies were stillborn because of their mothers’ deficient nutrition. Few babies were being born. As some workers put it, their food barely sufficed to keep them standing on their feet, let alone allowing them to have thoughts of sex. Peasants lacked the strength to work, and some collapsed in the fields and died. City government organisations and schools sent people to the villages by night to buy food, bartering clothes and furniture for it. In Shenyang the newspaper reported cannibalism. Desperate mothers strangled children who cried for food. Many reported that villagers were flocking into the cities in search of food; many villages were left empty…. It was also said that peasants were digging underground pits to hide their food. Others spoke of places where the population had been decimated by starvation.

According to the Guang Ming Daily (April 27, 1980), in the North-West, the famine generated an ecological disaster: in their struggle to grow some food, the peasants destroyed grasslands and forests. Half of the grasslands and one third of the forests vanished between 1959 and 1962: the region was damaged permanently. The People’s Daily (May 14, 1980) said that the disaster of the “Great Leap” had affected the lives of a hundred million people who were physically devastated by the prolonged shortage of food. (Note that, at the time, China experts throughout the world refused to believe that there was famine in China. A BBC commentator, for instance, declared typically that a widespread famine in such a well-organized country was unthinkable.)

Today, in order to stem the tide of popular discontent which threatens to engulf his rule, Deng Xiaoping is invoking again the authority of Mao. That he should be willing to call that ghost to the rescue provides a measure of his desperation. Considering the history of the last sixty years, one can easily imagine what sort of response the Chinese are now giving to such an appeal.

Deng’s attempts to revive and promote Marxist studies are no less unpopular. Marxism has acquired a very bad name in China—which is quite understandable, though somewhat unfair: after all, it was never really tried.

1
Looking at this phenomenon from an East European angle, Kazimierz Brandys made similar observations in his admirable Warsaw Diary (Random House, 1983).↩

2
Epilogue: in 1982, a People’s Daily survey revealed that over 90 percent of Chinese youth do not have an inkling of what Marxism is.↩

3
The New York Review, April 26, 1990.↩

Voir aussi:

Cunning like a hedgehog

Cunning like a heldgehog. In memory of Jean-François Revel, man of letters, man of integrity, friend

Simon Leys

The Australian Literary Review, 1 August 2007

G K. CHESTERTON, whose formidable mind drew inspiration from a vast culture – literary, political, poetical, historical and philosophical – once received the naive praise of a lady: “Oh, Mr Chesterton, you know so many things!” He suavely replied: “Madam, I know nothing: I am a journalist.”

The many enemies of French philosopher Jean-François Revel (1924-2006) often attempted to dismiss him as a mere journalist which, of course, he was among many other things, and very much in the Chestertonian fashion.

At first he may seem odd to associate these two names: what could there be in common between the great Christian apologist and the staunch atheist, between the mystical poet and the strict rationalist, between the huge, benevolent man mountain and the short, fiery, nimble and pugnacious intellectual athlete (and, should we also add, between the devoted husband and the irrepressible ladies’ man)? One could multiply the contrasts, yet, on a deeper level, the essence of their genius was very much alike.

Revel was an extrovert who took daily delight in the company of his friends:

I am the most sociable creature; other people’s society is my joy. Though, for me, a happy day should have a part of solitude, it must also afford a few hours of the most intense of all the pleasures of the mind: conversation. Friendship has always occupied a central place in my life, as well as the keen desire to make new acquaintances, to hear them, to question them, to test their reactions to my own views.

Always sparring with his interlocutors, he was passionately commited to is ideas, but if he took his own beliefs with utter seriousness, he did not take his own person seriously. Again, one could apply to him what Chesterton’s brother said of his famous sibling: “He had a passionate need to express his opinions, but he would express them as readily and well to a man he met on a bus.”

Revel’s capacity for self-irony is the crowning grace of his memoirs, The Thief in an Empty House. Personal records can be a dangerous exercice, but in his case it eventuated in a triumphant masterpiece.

His humour enchanted his readers, but kept disconcerting the more pompous pundits. The French greatly value wit, which they display in profusion, but humour often makes them uneasy, especially when it is applied to important subjects; they do not have a word for it, they do not know the thing.

Whereas wit is a form of duelling – it aims to wound or to kill – the essence of humour is self-deprecatory. Once again, a Chestertonian saying could be apposite: “My critics think that I am not serious, but only funny, because they think that ‘funny’ is the opposite of ‘serious’. But ‘funny’ is the opposite of ‘not funny’ and nothing else. Whether a man chooses to tell the truth in long sentences or in short jokes is analogous to whether he chooses to tell the truth in French or German.”

What compounded the dismay of Revel’s pretentious critics was his implacable clarity. One of his close friends and collaborators said he doubted if Revel, in his entire career, had written a single sentence that was obscure. In the Parisian intellectual world such a habit can easily ruin a writer’s credit, for simple souls and solemn mediocrities are impressed only by what is couched in opaque jargon. And, in their eyes, how could one possibly say something important if one is not self-important?

With the accuracy of his information and the sharpness of his irony, Revel deflated the huge balloons of cant that elevate the chattering classes. They felt utterly threatened, for he was exposing the puffery of the latest intellectual fashions upon which their livehood depended. At times they could not hide their panic; for instance, the great guru of the intelligentsia, Jacques Lacan, during one of his psychoanalytical seminars at the Sorbonne, performed in front of his devotees a voodoo-like exorcism.

He frantically trampled underfoot and destroyed a copy of Revel’s book Why Philosophers?, in which Lacan’s charlatanism was analysed.

Yet such outbursts weere mere circus acts; far more vicious was the invisible conspiracy that surrounded Revel with a wall of silence, well documented in Pierre Boncenne’s Pour Jean-François Revel: Un esprit libre (Plon, Paris, 2006), a timely and perceptive book that takes the full measure of Revel’s intellectual, literary and human stature.

A paradoxical situation developed: Revel’s weekly newspaper columns were avidly read, nearly every one of his 30-odd books was an instant bestseller, and yet the most influential “progressive” critics studiously ignored his existence. His books were not reviewed, his ideas were not discussed, if his name was mentioned at all it was with a patronising sneer, if not downright slander.

Revel was quintessentially French in his literary tastes and sensitivity (his pages on Michel de Montaigne, Francois Rabelais and Marcel Proust marry intelligence with love; his anthology of French poetry mirrors his original appreciation of the poetic language), in his art of living (his great book on gastronomy is truly a “feast in words”) and in his conviviality (he truly cared for his friends).

And yet what strikingly set him apart from most other intellectuals of his generation was his genuinely cosmopolitan outlook.

He had spent abroad the best part of his formative and early creative years, mostly in Mexico and Italy. In addition to English (spoken by few educated Fench of his time) he was fluent in Italian, Spanish and German; until the end of his life he retained the healthy habit to start every day (he rose at 5am) by listening to he BBC news and reading six foreign newspapers.

On international affairs, on literature, art and ideas, he had universal perspectives that broke completely from the suffocating provincialism of the contemporary Parisian elites. In the 18th century, French was the common language of the leading minds of continental Europe; 20th-century French intellectuals hardly noticed that times had changed in this respect; they retained the dangerous belief that whatever was not expressed in French could hardly matter.

Revel never had enough sarcasm to denounce this sort of self-indulgence; on the bogus notion of le rayonnement français, he was scathing: “French culture has radiated for so long, it’s a wonder mankind has not died from sunstroke.” He fiercely fought against chauvinist cultural blindness, and especially against its most cretinous expression: irrational anti-Americanism. At the root of this attitude he detected a subconscious resentment: the french feel that when Americans are playing a leading role in the political-cultural world they are usurping what is by birthright a French prerogative.

By vocation and academic training Revel was originally a philosopher (he entered at an exceptionally early age the Ecole Normale Superieure, the apex of the French higher education system). He taught philosophy and eventually wrote a history of Western philosophy (eschewing all technical jargon, it is a model of lucid synthesis).

However, he became disenchanted with the contemporary philosophers who, he flet, had betrayed their calling by turning philosophy into a professional career and a mere literary genre. “Philosophy,” he wrote “ought to return to its original and fundamental question: How should I live?” he preferred simply to call himslef “a man of letters”.

Ancient Greek poet Archilochus famously said: “The fow knows many things but the hedgehog knows one big thing.” Revel was the archetypical fox, but at the same time he held with all the determination of a hedgehog to one central idea that inspires, pervades and motivates all his endeavours:

The belief that each individual destiny, as well as the destiny of mankind, depends upon the accuracy – or the falsity – of the information at their disposal, and upon the way in which they put this information to use.

He devoted one of his books specifically to this issue, La Connaissance Inutile (Useless Knowledge), but this theme runs through nearly all his writings.

Politics naturally absorbed a great amount of his attention. From the outset he showed his willingness to commit himself personaly, and at great risk: as a young man in occupied France he joined the Resistance against the Nazis. After the war, his basic political allegiance was, and always remainded, to the Left and the principles of liberal democracy. He was sharply critical of Charles de Gaulle and of all saviours and providential leaders in military uniforms.

Yet, like George Orwell before him, he always believed that only an uncompromising denunciation of all forms of Stalinist totalitarianism can ensure the ultimate victory of socialism. Thus – again, like Orwell – he earned for himself the hostility of his starry-eyed comrades.

Revel’s attempt at entering into active politics was short-lived, but the experience gave him an invaluable insight into the essential intellectual dishonesty that is unavoidably attached to partisan politicking. He was briefly a Socialist Party candidate at the 1967 national elections, which put him in close contact with François Mitterrand (then leader of the Opposition). The portrait he paints of Mitterrand in his memoirs is hilarious and horrifying.

Mitterrand was the purest type of political animal: he had no politics at all. He had a brilliant intelligence, but for him ideas were neither right or wrong, they were only useful or useless in the pursuit of power. The object of power was not a possibility to enact certain policies; the object of all policies was simply attain and retain power.

Revel, having drafted a speech for his own electoral campaign, was invited by Mitterrand to read it to him. The speech started, “Although I cannot deny some of my opponent’s achievements…” Mitterand interrupted him at once, screaming: “No! Never, never! In politics never acknowledge that your opponent has any merit. This is the basic rule of the game.”

Revel understood once and for all that this game was not for him and it was the end of his political ambition. Which proved to be a blessing: had politics swallowed him at that early stage in his life how much poorer the world of ideas and letters would have been. (And one could have said exactly the same about his close friend Mario Vargas Llosa, who – luckily for literature – was defeated in presidential elections in Peru.)

Dead writers who were also friends never leave us: whenever we open their books, we hear again their very personal voices and our old exchanges are suddenly revived. I had many conversations (and discussions: different opinions are the memorable spices of friendship) with Revel; yet what I wish to record here is not something he said, but a silence that had slightly puzzled me at the time. The matter is trifling and frivolous (for which I apologise), but what touches me is that I found the answer many years later, in his writings.

A long time ago, as we were walking along a street in Paris, chatting as we went, he asked me about a film I had seen the night before, Federico Fellini’s Casanova (which he had not seen). I told him that one scene had impressed me, by its acute psychological insight into the truth that love-making without love is but a very grim sort of gymnastics. He stopped abruptly and gave me a long quizzical look, as if he was trying to find out whether I really believed that, or was merely pulling his leg.

Unable to decide, he said, “Hmmm” and we resumed our walk, chatting of other things.

Many years later, reading his autobiography, I suddenly understood. When he was a precocious adolescent of 15, at school in Marseilles, he was quite brilliant in all humanities subjects but hopeless in mathematics. Every Thursday, pretending to his mother that he was receiving extra tuition in maths, he used to go to a little brothel. He would first do his school work in the common lounge and, after that, go upstairs with one of the girls. The madam granted him a “beginner’s rebate”, and the tuition fee generously advanced by his mother covered the rest.

One Thursday, however, as he was walking up the stairs his maths teacher came down. The young man froze, but the teacher passed impassively, merely muttering between clenched teeth: “You will always get passing marks in maths.” The schoolboy kept their secret and the teacher honoured his part of the bargain; Revel’s mother was delighted by the sudden improvement in his school results.

I belatedly realised that, from a rather early age, Revel had acquired a fairly different perspective on the subject of our chat.

At the time of Revel’s death in April last year, Vargas Llosa concluded the eloquent and deeply felt obituary he wrote for our friend in Spanish newspaper El pais: “Jean-François Revel, we are going to miss you so much.” How true.

Voir encore:

To the Editors:

Bashing an elderly nun under an obscene label does not seem to be a particularly brave or stylish thing to do. Besides, it appears that the attacks which are being directed at Mother Teresa all boil down to one single crime:she endeavors to be a Christian, in the most literal sense of the word—which is (and always was, and will always remain) a most improper and unacceptable undertaking in this world.

Indeed, consider her sins:

She occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals. But it is hard to see why, as a Christian, she should be more choosy in this respect than her Master, whose bad frequentations were notorious, and shocked all the Hitchenses of His time.
Instead of providing efficient and hygienic services to the sick and dying destitutes, she merely offers them her care and her love. When I am on my death bed, I think I should prefer to have one of her Sisters by my side, rather than a modern social worker.
She secretly baptizes the dying. The material act of baptism consists in shedding a few drops of water on the head of a person, while mumbling a dozen simple ritual words. Either you believe in the supernatural effect of this gesture—and then you should dearly wish for it. Or you do not believe in it, and the gesture is as innocent and well-meaningly innocuous as chasing a fly away with a wave of the hand. If a cannibal who happens to love you presents you with his most cherished possession—a magic crocodile tooth that should protect you forever—will you indignantly reject his gift for being primitive and superstitious, or would you gratefully accept it as a generous mark of sincere concern and affection?
Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His time. It is now Mother Teresa’s privilege to experience this particular updating of her Master’s predicament.

Simon Leys
Canberra, Australia

Christopher Hitchens
DECEMBER 19, 1996 ISSUE
In response to:
In Defense of Mother Teresa from the September 19, 1996 issue

To the Editors:

Since the letter from Simon Leys [“In Defense of Mother Teresa,” NYR, September 19] is directed at myself rather than at your reviewer, may I usurp the right to reply?

In my book, The Missionary Position: Mother Teresa In Theory and Practice, I provide evidence that Mother Teresa has consoled and supported the rich and powerful, allowing them all manner of indulgence, while preaching obedience and resignation to the poor. In a classic recent instance of what I mean—an instance that occurred too late for me to mention it—she told the April 1996 Ladies’ Home Journal that her new friend Princess Diana would be better off when free of her marriage. (“It is good that it is over. Nobody was happy anyhow.”) When Mother Teresa said this, she had only just finished advising the Irish electorate to vote “No” in a national referendum that proposed the right of civil divorce and remarriage. (That vote, quite apart from its importance in separating Church from State in the Irish Republic, had an obvious bearing on the vital discussion between Irish Catholics and Protestants as to who shall make law in a possible future cooperative island that is threatened by two kinds of Christian fundamentalism.)

Evidence and argument of this kind, I have discovered, make no difference to people like Mr. Leys. Such people do not exactly deny Mother Teresa’s complicity with earthly powers. Instead, they make vague allusions to the gospels. Here I can claim no special standing. The gospels do not agree on the life of the man Jesus, and they make assertions—such as his ability to cast demonic spells on pigs—that seem to reflect little credit upon him. However, when Mr. Leys concedes that Mother Teresa “occasionally accepts the hospitality of crooks, millionaires, and criminals” and goes on to say, by way of apologetics, that her Master’s “bad frequentations were notorious,” I still feel entitled to challenge him. Was his Jesus ever responsible for anything like Mother Teresa’s visit to the Duvaliers in Haiti, where she hymned the love of Baby Doc and his wife for the poor, and the reciprocal love of the poor for Baby Doc and his wife? Did he ever accept a large subvention of money, as did Mother Teresa from Charles Keating, knowing it to have been stolen from small and humble savers? Did he ever demand a strict clerical control over, not just abortion, but contraception and marriage and divorce and adoption? These questions are of no hermeneutic interest to me, but surely they demand an answer from people like Leys who claim an understanding of the Bible’s “original intent.”

On my related points—that Mother Teresa makes no real effort at medical or social relief, and that her mission is religious and propagandistic and includes surreptitious baptism of unbelievers—I notice that Mr. Leys enters no serious dissent. It is he and not I who chooses to compare surreptitious baptism to the sincere and loving gesture of an innocent “cannibal” (his term) bestowing a fetish. Not all that inexact as a parallel, perhaps—except that the “cannibal” is not trying to proselytize.

Mr. Leys must try and make up his mind. At one point he says that the man called Jesus “shocked all the Hitchenses of His time”: a shocking thought indeed to an atheist and semi-Semitic polemicist like myself, who can discover no New Testament authority for the existence of his analogue in that period. Later he says, no less confidently, that “Jesus was spat upon—but not by journalists, as there were none in His [sic] time.” It is perhaps in this confused light that we must judge his assertion that the endeavor to be a Christian “is (and always was, and will always remain)” something “improper and unacceptable.” The public career of Mother Teresa has been almost as immune from scrutiny or criticism as any hagiographer could have hoped—which was my point in the first place. To represent her as a woman defiled with spittle for her deeds or beliefs is—to employ the term strictly for once—quite incredible. But it accords with the Christian self-pity that we have to endure from so many quarters (Justice Scalia, Ralph Reed, Mrs. Dole) these days. Other faiths are taking their place in that same queue, to claim that all criticism is abusive, blasphemous, and defamatory by definition. Mr. Leys may not care for some of the friends that he will make in this line. Or perhaps I misjudge him?

Finally, I note that he describes the title of my book as “obscene,” and complains that it attacks someone who is “elderly.” Would he care to say where the obscenity lies? Also, given that I have been criticizing Mother Teresa since she was middle-aged (and publicly denounced the senile Khomeini in his homicidal dotage), can he advise me of the age limit at which the faithful will admit secular criticism as pardonable? Not even the current occupant of the Holy See has sought protection from dissent on the ground ofanno domini.

Christopher Hitchens
Washington, DC

On Mother Teresa

Simon Leys
JANUARY 9, 1997 ISSUE
In response to:
Mother Teresa from the December 19, 1996 issue

The following is a reply to Christopher Hitchens’s letter in the December 19, 1996, issue.

To the Editors:

If Mr. Hitchens were to write an essay on His Holiness the Dalai Lama, being a competent journalist, he would no doubt first acquaint himself with Buddhism in general and with Tibetan Buddhism in particular. On the subject of Mother Teresa, however, he does not seem to have felt the need to acquire much information on her spiritual motivations—his book contains a remarkable number of howlers on elementary aspects of Christianity (and even now, in the latest ammunition he drew from The Ladies’ Home Journal, he displayed a complete ignorance of the position of the Catholic Church on the issues of marriage, divorce, and remarriage).

In this respect, his strong and vehement distaste for Mother Teresa reminds me of the indignation of the patron in a restaurant, who, having been served caviar on toast, complained that the jam had a funny taste of fish. The point is essential—but it deserves a development which would require more space and more time than can be afforded to me, here and now. (However, I am working on a full-fledged review of his book, which I shall gladly forward to him once it comes out in print.)

Finally, Mr. Hitchens asked me to explain what made me say that The Missionary Position is an obscene title. His question, without doubt, bears the same imprint of sincerity and good faith that characterized his entire book. Therefore, I owe him an equally sincere and straightforward answer: my knowledge of colloquial English being rather poor, I had to check the meaning of this enigmatic title in The New Shorter Oxford English Dictionary (Oxford University Press, 1993, 2 vols.—the only definition of the expression can be found in Vol. I, p. 1794). But Mr. Hitchens having no need for such a tool in the exercise of his trade probably does not possess a copy of it. It will therefore be a relief for his readers to learn that his unfortunate choice of a title was totally innocent: when he chose these words, how could he possibly have guessed what they actually meant?

Simon Leys
Canberra, Australia
T’IEN HSIA
An Interview with Pierre Ryckmans
Daniel Sanderson
The Australian National University
The following interview was originally published in the Chinese Studies Association of Australia Newsletter, No.41 (February 2011). It was conducted via correspondence between Daniel Sanderson, the editor of the Newsletter, and Pierre Ryckmans. China Heritage Quarterly takes pleasure in reproducing it here with permission and adding it to our archive related to New Sinology.

In The Hall of Uselessness: collected essays published in mid 2011, Professor Ryckmans includes the text of a speech he made in March 2006 entitled ‘The Idea of the University’. Discussing the tension between intellectual creativity at universities and the creep of managerialism that has increasingly benighted the life of the mind at universities he made the following observation:

Near to the end of his life, Gustave Flaubert wrote in one of his remarkable letters to his dear friend Ivan Turgenev a little phrase that could beautifully summarise my topic. ‘I have always tired to live in an ivory tower; but a tide of shit is beating at its walls, threatening to undermine it.’ These are indeed the two poles of our predicament: on one side, the need for an ‘ivory tower’, and on the other side, the threat of the ‘tide of shit’.
—’The Idea of the University’, in Simon Leys, The Hall of Uselessness—collected essays, Collingwood, Victoria: Black Inc., 2011, p.398.
From September 2011 over four issues of this e-journal we will serialize Professor Ryckmans’ Boyer Lectures, Aspects of Culture: A View From the Bridge, originally broadcast by ABC Radio National in 1996.—The Editor

An internationally renowned Sinologist, Professor Ryckmans spent seventeen years teaching at The Australian National University and six years as Professor of Chinese at the University of Sydney. Having retired from academic life in 1993, he remains a regular contributor to a range of publications including The New York Review of Books, Le Figaro Littéraire and The Monthly. Throughout his career, Ryckmans has combined meticulous scholarship and a vigorous public engagement with contemporary political and intellectual issues. His elegant yet forthright style is evident in these responses to questions submitted by the CSAA Newsletter.—Daniel Sanderson
Daniel Sanderson: Can you tell us about your childhood and teenage years? Where were you born? Where did you grow up? What kind of family life did you have as a child?

Pierre Ryckmans: I was born and grew up in Brussels; I had a happy childhood. To paraphrase Tolstoy: all happy childhoods are alike—(warm affection and much laughter—the recipe seems simple enough.)
The main benefit of this is that later on in life, one feels no compulsion to waste time in ‘The Pursuit of Happiness’—a rather foolish enterprise: as if happiness was something you could chase after.

DS: What form did your early education take?

PR: A traditional-classic education (Latin—Greek).

DS: Was China in any way an element of your childhood? Was there, for instance, any scope to study Chinese history or politics, or the Chinese language, at school?

PR: No—nothing at all (alas!).

DS: You studied law and art history at the Université Catholique de Louvain [now the Katholieke Universiteit Leuven]. This seems an unusual combination. What drew you to these subjects? Were you influenced particularly by any of your teachers?

PR: I studied Law to follow a family tradition, and Art History to follow my personal interest.
At university, personal contacts, intellectual debates and exchanges with friends and schoolmates (many of whom came from Asia and Latin America) were far more important, enriching and memorable than most lectures. Lately I noted with pleasure that John Henry Newman already made a similar observation in his great classic The Idea of a University (1852).

DS: I understand you visited the People’s Republic of China with a group of Belgian students in 1955. How was this visit arranged? What was your impression of the New China at that time? Did you ever return to the PRC? If so, under what circumstances? Do you think that some experience of living in China is necessary for the scholar of China?

PR: The Chinese Government had invited a delegation of Belgian Youth (10 delegates—I was the youngest, age nineteen) to visit China for one month (May 1955). The voyage—smoothly organized—took us to the usual famous spots, climaxing in a one-hour private audience with Zhou Enlai.
My overwhelming impression (a conclusion to which I remained faithful for the rest of my life) was that it would be inconceivable to live in this world, in our age, without a good knowledge of Chinese language and a direct access to Chinese culture.

DS: What did you do after completing your undergraduate degree? Did you progress directly to further study? Did you ever consider a career outside the academy?
PR: I started learning Chinese. Since, at that time, no scholarship was available to go to China, I went to Taiwan. I had no ‘career’ plan whatsoever. I simply wished to know Chinese and acquire a deeper appreciations of Chinese culture.

DS: I would like to learn something about your PhD. What was your topic? Why was it important to you?

PR: Loving Western painting, quite naturally I became enthralled with Chinese painting (and calligraphy) – and I developed a special interest for what the Chinese wrote on the subject of painting: traditionally, the greatest painters were also scholars, poets, men of letters – hence the development of an extraordinarily rich, eloquent and articulate literature on painting, philosophical, critical, historical and technical.
We are often tempted to do research on topics that are somewhat marginal and lesser-known, since, on these, it is easier to produce original work. But one of my Chinese masters gave me a most valuable advice: ‘Always devote yourself to the study of great works—works of fundamental importance—and your effort will never be wasted.’ Thus, for my PhD thesis, I chose to translate and comment what is generally considered as a masterpiece, the treatise on painting by Shitao, a creative genius of the early eighteenth century; he addresses the essential questions: Why does one paint? How should one paint? Among all my books, this one, first published forty years ago, has never gone out of print—and, to my delight, it is read by painters much more than by sinologists!

DS: You lived for some years in Taiwan, also spending time in Hong Kong and Singapore. Do you think your time spent on the ‘periphery’ of China has influenced your approach to the study of China?

PR: During some twelve years, I lived and worked successively in Taiwan, Singapore and Hong Kong (plus six months in Japan). It was a happy period of intense activity—living and learning in an environment where all my friends became my teachers, and all my teachers, my friends. I am fond of a saying by Prince de Ligne (a writer I much admire): ‘Let each one examine what he has most desired. If he is happy, it is because his wishes have not been granted.’ For some years, I had wished I could study in China; but now, in retrospect, I realise that, had I been given such a chance at that particular time (1958-1970), I would never have been allowed to enjoy in China such rich, diverse, easy and close human contacts.

DS: You arrived in Australia in 1970 to take up a position at the Australian National University. How did this come about? What was your role? Can you tell me a little about the atmosphere at ANU during your early years there?

PR: Professor Liu Ts’un-yan (Head of the Chinese department at ANU) came to see me in Hong Kong and invited me to join his department. Thus, with my wife and four (very young) children, we moved to Canberra for what was supposed to be a three-year stay, but turned out to become our final, permanent home. Professor Liu was not only a great scholar, he was also an exquisite man; for me, working in his department till his own retirement (fifteen years later) was sheer bliss—it also coincided with what must have been the golden age of our universities. Later on, the atmosphere changed—for various politico-economic and other reasons—and I took early retirement. The crisis of Higher Education is a vast problem, and a world phenomenon; I have spoken and written on the subject—there is no need and no space to repeat it here.

DS: The 1970s were a period of great political division within the field of Chinese Studies, and across society at large. The iconoclasm of the Cultural Revolution was attractive to many in the West. It was in this context that your book, The Chairman’s New Clothes, appeared in 1971, bursting the Maoist bubble. This was followed in 1976 by the equally controversial Chinese Shadows. Both these works stirred considerable debate in Europe. What was the reaction in Australia, particularly within the Chinese Studies community? Were you ever attracted to the Maoist experiment yourself?

PR: My own interest, my own field of work is Chinese literature and Chinese painting. When commenting on Chinese contemporary politics, I was merely stating common sense evidence and common knowledge. But at that time, this may indeed have disturbed some fools here and there—which, in the end, did not matter very much.

DS: Do you think political engagement is a necessary part of the intellectual life?

PR: In a democracy, political engagement is a necessary part of everyone’s life. (The political views of the greatest philosopher on earth may well be more silly than those of his ignorant housekeeper.)

DS: You spent seventeen years at ANU and a further six years at the University of Sydney engaged in the study and teaching of Chinese literature. Can you comment on the changes you saw within Chinese Studies at those institutions, and in Australia more generally, during that time?

PR: I am poorly informed on more recent developments (I left academic life sixteen years ago). When things began to change (education becoming mere training) and took an orientation that corresponded no longer to what I always believed a university ought to be, I opted for early retirement. In front of younger colleagues who keep bravely fighting the good fight, I feel like a deserter, ill-qualified to make further comments.

DS: It is perhaps a reductive question, but I wonder whether you could tell me what it is about the literature of China that you find appealing?

PR: The virtue and power of the Chinese literary language culminates in its classical poetry. Chinese classical poetry seems to me the purest, the most perfect and complete form of poetry one could conceive of. Better that any other poetry, it fits Auden’s definition: ‘memorable speech': and indeed, it carves itself effortlessly into your memory. Furthermore, like painting, it splendidly occupies a visual space in its calligraphic incarnations. It inhabits your mind, it accompanies your life, it sustains and illuminates your daily experiences.

DS: Why, in your opinion, is the study of China necessary in Australia? Or, indeed, is it necessary at all?

PR: Why is scholarly knowledge necessary in Australia? And why culture?

DS: A large proportion of your writing has been aimed at a general readership. Do you think academics, and China scholars in particular, bear a responsibility to communicate with the public?

PR: Sidney Hook said that the first moral obligation of an intellectual is to be intelligent. Regarding academics and China scholars one might paraphrase this statement and say that their first duty is to master their discipline. Yet communicating with the public is a special talent; very learned scholars do not necessarily possess it.

DS: Though based in Canberra, you continue to take part in European political and cultural life through your writings in French. Do you think your physical distance from Europe affects your approach to these issues?

PR: Distance also has its advantages.

DS: What are you reading at the moment?

PR: Leszek Kolekowski, My Correct Views of Everything; F.W. Mote, China and the Vocation of History in the Twentieth Century—A Personal Memoir; and for bedside reading, I keep constantly dipping into two huge collections of sardonic aphorisms (gloriously incorrect!) by two eccentric and lonely geniuses: Cioran’s posthumous notebooks (Cahiers) and Nicolás Gómez Dávila’s Escolios a un texto implícito (my Spanish is very primitive, but have the help of two volumes of French translations).

DS: When you reflect on your career as a whole, what makes you proudest?

PR: I had various (rather disjointed) activities—not exactly a ‘career’ on which I can ‘reflect’.

DS: Do you have any regrets?

PR: Regrets? Usually what we regret is what we did not do. Let me think about it.

DS: What are your thoughts on the current state of Chinese Studies in Australian universities? Do you think Australian scholars have particular strengths or weaknesses when it comes to the study of China?

PR: As I said earlier, I left academe some sixteen years ago. I am really not in a position to assess the current state of Chinese Studies in Australian universities.

DS: What are your hopes for the future?

PR: May cultural exchanges further develop! (In our capital city, ANU seems particularly well placed for discharging this important task.)

DS: Do you have any advice for aspiring scholars of China?

PR: First of all, learn the Chinese language to the best of your ability (and spend as much time as possible in a Chinese-speaking environment). Language fluency is the key which will open all doors for you—practically and spiritually.

The Man Who Got It Right
Ian Buruma

The New York Review of Books

AUGUST 15, 2013
The Hall of Uselessness: Collected Essays
by Simon Leys
New York Review Books, 572 pp., $19.95 (paper)
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Ray Strange/Newspix
Pierre Ryckmans, who writes under the name of Simon Leys, Canberra, Australia, June 2009
1.

Near the beginning of Simon Leys’s marvelous collection of essays is an odd polemic between the author and the late Christopher Hitchens, fought out in these very pages. Leys takes Hitchens to task for attacking Mother Teresa in a book entitled The Missionary Position. He writes: “Bashing an elderly nun under an obscene label does not seem to be a particularly brave or stylish thing to do.” Hitchens replies: What do you mean, obscene? You know perfectly well, answers Leys. And so on and on.

What interested me about this exchange was not the relative merits of the arguments put forth by two writers who had at least one thing in common—a love of George Orwell and G.K. Chesterton, possibly for the same reasons, to which I shall return a little later. The most interesting thing, to me, was the anecdote related by Leys at the end of his account, about sitting in an Australian café minding his own business while a radio is blaring musical and spoken pap in the background. By chance, the program switched to a Mozart clarinet quintet, for a moment turning the café “into an antechamber of Paradise.” People fell silent, there were looks of bafflement, and then, “to the huge relief of all,” one customer “stood up, walked straight to the radio,” turned the knob to another station, and “restored at once the more congenial noises, which everyone could again comfortably ignore.”

Leys describes this event as a kind of epiphany. He is sure that philistinism does not result from the lack of knowledge. The customer who could not abide hearing Mozart’s music recognized its beauty. Indeed, he did what he did precisely for that reason. The desire to destroy beauty, according to Leys, applies not just to aesthetics but as much, if not more, to ethics: “The need to bring down to our own wretched level, to deface, to deride and debunk any splendour that is towering above us, is probably the saddest urge of human nature.”
I’m not sure whether the deeds of Mother Teresa can really be compared usefully to Mozart’s music. An alternative explanation for the behavior of the man in the café might be that he disliked Mozart’s music out of class resentment. The “philistines” wouldn’t put up with something they associated with people who might sneer at their lack of refinement. Perhaps. In fact, there is no way of knowing what really went through the man’s head. But the idea that art, ethics, and matters of the spirit, including religious faith, come from the same place is central to Leys’s concerns. All his essays, about André Gide or Evelyn Waugh no less than the art of Chinese calligraphy, revolve around this.

Leys once described in these pages the destruction of the old walls and gates of Beijing in the 1950s and 1960s as a “sacrilege.”1 The thick walls surrounding the ancient capital were “not so much a medieval defense apparatus as a depiction of a cosmic geometry, a graphic of the universal order.” Pre-modern Chinese politics were intimately linked with religious beliefs: the ruler was the intermediary between heaven and earth, his empire, if ruled wisely, a reflection of the cosmic order. Classical Beijing, much of it built in the fourteenth and fifteenth centuries, was deliberately planned to reflect this order. It survived almost intact until the 1950s. Apart from a few pockets, such as the Forbidden City, nothing of this old city remains.

Critics over the years have attacked Leys for being an elitist, a Western mimic of Chinese literati, an aesthete who cares more about high culture than people, more about walls and temples than the poor Beijingers who had to live in dark and primitive alleys, oppressed by absolute rulers and feudal superstition. But this misses the point. It was not Leys’s intention to defend the Chinese imperial or feudal system. On the contrary, he lamented the fact that Maoists decided to smash the extraordinary artifacts of the past instead of the attitudes that made feudalism so oppressive in the first place. The stones were destroyed; many of the attitudes, alas, remained, albeit under different rulers.

Iconoclasts, not only in China, are as enthralled by the sacred properties of the objects they destroy as those who venerate them. This much we know. But Leys goes further. In his view, Maoists didn’t just reduce the walls of Beijing, and much else besides, to rubble because they believed such acts would liberate the Chinese people; they smashed Yuan and Ming and Qing Dynasty treasures because they were beautiful. Yet beauty, as Leys himself insists, is rarely neutral. His use of the term “sacrilege” suggests that there was more to Maoist iconoclasm than a philistine resentment of architectural magnificence. Leys quotes Guo Moruo, one of the most famous mandarins of the Chinese Communist revolution, on the city walls in Sichuan where the scholar and poet grew up. People approaching a town near Guo’s native village felt a “sense of religious awe when confronted with the severe majestic splendor” of the city gate. Guo notes the rarity of such superb walls outside Sichuan—“except in Peking, of course, where the walls are truly majestic.”

Guo was a Communist, but not a vandal. He paid a common price for his love of the wrong kind of beauty. Persecuted during the Cultural Revolution, he was forced to declare that his books were worthless and should be burned. Two of his children were driven to suicide, and Guo had to write odes in praise of Chairman Mao for the rest of the Great Helmsman’s life.

The point about the walls is, of course, not merely aesthetic, nostalgic, or even to do with awe. Heinrich Heine’s famous dictum—“Where they burn books, they will ultimately also burn people”2—applies to China too. It wasn’t just buildings that were shattered under Chairman Mao, but tens of millions of human lives.

In one of his essays, Leys refers to the first Communist decades in China as “thirty years of illiterates’ rule,” which might be construed as snobbish; but the relative lack of education among the top Communist cadres is not actually the main issue for Leys. His targets are never uneducated barbarians, people too ignorant or stupid to know what they are doing. The objects of his devastating and bitterly funny barbs are fellow intellectuals, often fellow academics, most often fellow experts on China, people who faithfully followed every twist and turn of the Chinese Communist Party line, even though they knew better. Such people as the writer Han Suyin, for example, who declared that the Cultural Revolution was a Great Leap Forward for mankind until she observed, once the line had changed, that it had been a terrible disaster.

I recognize the type, since they were to be found among the Dutch professors who taught me Chinese literature and history at Leyden University in the early 1970s, when the Cultural Revolution was still raging. None of them was a Maoist, in the sense that they would have advocated Mao’s politics in their own country. But China, whose unique culture my professors spent their lives studying, was different. Ordinary Chinese, one world-famous expert of early Chinese Buddhism explained to us, loved the revolutionary operas that replaced the popular classical operas, which were banned. Presumably, they also didn’t mind being cooped up in rigidly controlled state communes, and believed in the justice of “struggle sessions” against “revisionists,” “bourgeois splitists” and other “enemies of the people” who were humiliated, tortured, and often murdered in public. In any case, was it not a smug illusion to think that we were so free in our Western democracies? And apart from anything else, it was important not to ruin one’s chances to visit China. It really wouldn’t do to upset the Chinese authorities.

So when Leys first published his scorching polemical essays against the idiocies of Western apologists for Mao’s misrule in the 1970s, some of my professors were very annoyed. And yet, in the fierce debate that followed, they kept curiously aloof. They simply dismissed Leys.3 His writings on China did, however, spark strong arguments among journalists and intellectuals, which had less to with China itself than with local concerns with student protest, ideological conflict, and the colonial past.

If Leys’s views were unwelcome in Leyden, this was even more true in France, where Maoism had captivated the minds of many more intellectuals. One conspicuous feature of the European Maoists in the 1970s was their obliviousness to actual conditions in China. The Chinese were discussed almost as an abstraction. Leys, who cared deeply about the Chinese, became a hate figure in Paris. I remember watching him on a French television chat show. The host, Bernard Pivot, asked him why he had decided to take on what seemed like the entire Parisian intellectual establishment. Leys replied with one word: chagrin—grief, sorrow, distress.

2.

Simon Leys is actually the nom de plume for Pierre Ryckmans, a French-speaking Belgian with a Flemish name. He fell in love with Chinese culture when he visited China as part of a student delegation in 1955. After studying law at the Catholic university in Louvain, Leys became a scholar of Chinese, living for several years in Taiwan, Singapore, and in Hong Kong, where he made friends with a young Chinese calligrapher who, in a traditional flourish of stylish humility, named his own slum dwelling the Hall of Uselessness. Ryckmans spent two “intense and joyful years” there, “when learning and living were one and the same thing.” The name Leys is a homage to René Leys, the wonderful novel by Victor Segalen (1878–1919) about a seventeen-year-old Belgian who penetrated the mysteries of the Chinese imperial court just before the revolution of 1911.4

Ryckmans/Leys went on to become a highly distinguished professor of Chinese literature in Australia, where he still lives today, writing essays and sailing boats. Few, if any, contemporary scholars of Chinese write as well about the classical Chinese arts—calligraphy, poetry, and painting—let alone about European literature, ranging in this collection from Balzac to Nabokov. None, so far as I know, have written novels as good as his Death of Napoleon. Leys is perhaps unique in that his prose in English is no less sparkling than in French.

Unlike in the 1970s, few people now dispute that Leys was right about the horrors of Mao’s regime. Even the Chinese government admits that more than fifteen million people died of starvation as the direct result of Mao’s deranged experiments in the late 1950s. Recent scholarship shows that the real figure might be as high as forty-five million deaths between 1958 and 1962 (see Frank Dikötter’s Mao’s Great Famine, 2010). The Cultural Revolution, although Mao’s own leading role in it can still not be discussed openly, is commonly referred to as the “great disaster.” One of the questions raised by Leys is why most people got it so wrong when Maoism was at its most murderous. Was it a matter of excusable ignorance about what was then a very closed society?

Leys has a tendency to overdo his expressions of humility, a bit like Chinese mandarins in old comic books: “My little talk,” “My readers will naturally forget this article,” and so on. But he is surely right in claiming that his insights into the Maoist terrors inflicted on the Chinese people owed very little to superior expertise. Famous apologists for Mao’s regime, such as the filmmaker Felix Greene, the once-popular author Ross Terrill, or indeed Han Suyin, had traveled far more extensively in China than Leys had. He hadn’t even set foot there between 1955 and 1972. All he did was listen to Chinese friends and “every day…read a couple of Chinese newspapers over breakfast.” The information he gleaned was freely available in English as well, in the superb China News Analysis, for example, published weekly in Hong Kong by the Jesuit scholar Father Laszlo Ladany, to whom Leys pays tribute in one of his essays. Ladany’s publication was read by every serious follower of Chinese affairs at the time.

So why were the “China experts” (we might as well leave other famous dupes, such as Shirley MacLaine, aside) so obtuse? As in the case of the man who couldn’t tolerate Mozart, Leys dismisses ignorance as an explanation. His answer: “What people believe is essentially what they wish to believe. They cultivate illusions out of idealism—and also out of cynicism.” The truth can be brutal, and makes life uncomfortable. So one looks the other way. This aspect of dealing with China, or any other dictatorship where interests might be at stake, has not changed.

In an essay written after the “Tiananmen Massacre” in 1989, Leys remarks that the mass killings of demonstrators all over China offered everyone, even the most thickheaded, a glimpse of truth; it was so glaring that it was impossible to avoid. But this, too, would pass: “Whenever a minute of silence is being observed in a ceremony, don’t we all soon begin to throw discreet glances at our watches? Exactly how long should a ‘decent interval’ last before we can resume business-as-usual with the butchers of Peking?”

Well, not long, as it turned out. Businessmen, politicians, academics, and others soon came flocking back. Indeed, as Leys says, “they may even have a point when they insist, in agreeing once more to sit at the banquet of the murderers, they are actively strengthening the reformist trends in China.” Then he adds, with a little flick of his pen: “I only wish they had weaker stomachs.”

Which brings me back to Orwell and Chesterton, so much admired by Leys and Christopher Hitchens. Orwell has served as a model for many soi-disant mavericks who like to depict themselves as brave tellers of truth. The case for Chesterton, as Hitchens acknowledged in his very last article, is a little more complicated. Chesterton’s opinions on Jews and “negroes,” though not uncommon in his time, were not entirely in line with the great wisdom Leys attributes to him. The much-vaunted “common sense,” claimed as the prime virtue of Orwell and Chesterton by their admirers, might sometimes be mistaken for philistinism. And Leys’s love of Chesterton occasionally leads him down paths where I find it hard to follow. When Chesterton huffs and puffs that modern people, especially for some reason in Manhattan, “proclaim an erotic religion which at once exalts lust and forbids fertility,” Leys adds, as though his hero’s statement were the pinnacle of prophetic sagacity, that it is surely no coincidence that people in our own time are supporting euthanasia as well as homosexual marriage. Whatever one thinks of euthanasia or homosexual marriage, lust surely has very little to do with it.

Still, the reasons why Leys finds Orwell attractive might be applied in equal measure to Leys himself: “[Orwell’s] intuitive grasp of concrete realities, his non-doctrinaire approach to politics (accompanied with a deep distrust of left-wing intellectuals) and his sense of the absolute primacy of the human dimension.” Both Orwell and Chesterton were good at demolishing cant. Leys is right about that: “[Chesterton’s] striking images could, in turn, deflate fallacies or vividly bring home complex principles. His jokes were irrefutable; he could invent at lightning speed surprising short-cuts to reach the truth.”

3.

When Confucius was asked by one of his disciples what he would do if he were given his own territory to govern, the Master replied that he would “rectify the names,” that is, make words correspond to reality. He explained (in Leys’s translation):

If the names are not correct, if they do not match realities, language has no object. If language is without an object, action becomes impossible—and therefore, all human affairs disintegrate and their management becomes pointless.
Leys comments that Orwell and Chesterton “would have immediately understood and approved of the idea.”

If this reading is right, Confucius wanted to strip the language of cant, and reach the truth through plain speaking, expressing clear thoughts. But Leys believes that he also did more than that: “Under the guise of restoring their full meaning, Confucius actually injected a new content into the old ‘names.’” One example is the interpretation of the word for gentleman, junzi. The old feudal meaning was “aristocrat.” But for Confucius a gentleman’s status could be earned only through education and superior virtue. This was a revolutionary idea; the right to rule would no longer be a matter of birth, but of intellectual and moral accomplishment, tested in an examination system theoretically open to all.

The question of language and truth is the main theme of Leys’s fascinating essays on classical Chinese poetry and art. We commonly assume that speech preceded the written word. In China, however, the earliest words, carved into “oracle bones” some 3,700 years ago, could have been read by people who would not have understood one another in any spoken language. Since these earliest Chinese ideographs, still recognizable in Chinese script today, had to do with forecasting harvests and military affairs, they were, as Leys puts it, “intimately associated with the spirits and with political authority.”

In a way this is still true. Chinese rulers, including the Communists, all like to display their prowess as calligraphers; banal maxims, supposedly written in their hand, are plastered all over public buildings, and even mountainsides, to show the rulers’ mastery of the word, and thus of civilization. The same custom persists not only in Japan but even in North Korea, where words of the Great Leader, or his son, the Dear Leader, or soon, no doubt, his son, General Kim Jong-un, are to be seen everywhere. The magical properties of the word were plainly believed by Red Guards who were quite ready to kill someone “sacriligious” enough to soil one of Mao’s Little Red Books.

To be sure, words are used to obfuscate and lie, as well as to tell the truth. Leys believes that grasping the truth is largely a matter of imagination, poetic imagination. Hence his remark that the “Western incapacity to grasp the Soviet reality and all its Asian variants” was a “failure of imagination” (his italics). Fiction often expresses truth more clearly than mere factual information. Truth, Leys writes, referring to science and philosophy, as well as poetry, “is grasped by an imaginative leap.” The question is how we contrive such leaps.

Leys identifies a basic difference between the Chinese and what he calls, perhaps a bit too loosely, the Western traditions. Classical Chinese poetry or paintings do not set out to mimic reality, to make the world look real in ink, or in poetry to express new ideas or come up with fresh descriptions. The aim is, rather, to make art into a manifestation of nature itself, or indeed vice versa—the found object in the shape of a perfect rock, for instance. The best traditional Chinese artists express themselves by breathing new life into old clichés—the mountains, the rivers, the lonely dwellings, etc. For poets, in Leys’s words, “the supreme art is to position, adjust and fit together…well-worn images in such a way that, from their unexpected encounter, a new life might spark.”

This is almost impossible to convey in translation, because the same images expressed in another language can lose their spark and easily become banal or incomprehensible. For that reason, Leys praises Ezra Pound’s efforts to render classical Chinese poetry in English, despite Pound’s gross linguistic misunderstandings. Pound understood that a Chinese poem “is not articulated upon a continuous, discursive thread, but that it flashes a discontinuous series of images (not unlike the successive frames of a film).”

Western artists often arrived by instinct at a similar understanding of art. Picasso, for example: “The question is not to imitate nature, but to work like it.” Or Paul Claudel: “Art imitates Nature not in its effects as such, but in its causes, in its ‘manner,’ in its process, which are nothing but a participation in and a derivation of actual objects, of the Art of God himself.”

Claudel was a devout Catholic, and thus perhaps (like Chesterton) especially dear to Leys, who makes his attachment to the Roman Church quite clear. But in this, as in other matters, Leys has a cosmopolitan spirit. Although keen to stress Chinese uniqueness in many respects, Leys also stretches himself as far as he can to find common spiritual ground between East and West. He is sensitive to the spirituality of many other traditions (though perhaps not so tolerant of people who reject organized religion per se, hence his spat with Christopher Hitchens). Classical Chinese art, in painting and in poetry, constitutes, as Leys puts it, “the visible manifestation” of “China’s true religion, which is a quest for cosmic harmony, an attempt to achieve communion with the world.”

This would seem, however, to take us a long way from George Orwell’s trust in plain speaking. Or at least, when it comes to spirituality, plain speaking clearly reaches its limits. The spiritual truth of Chinese art—and not only Chinese art—often lies in what is left unsaid or unpainted, the spaces deliberately left blank. In modern Western art, one thinks of the early paintings (White on White, say) by Malevich. But then he came from a Russian tradition, which also sees artworks as spiritual objects. Leys does not mention Russian icons; perhaps they are not part of a “Western” tradition. In any case, he quotes a modern Chinese critic, named Zhou Zuoren, to illustrate an essential part of classical Chinese aesthetics that would apply to many Western modernists as well: “All that can be spelled out is without importance.”

And yet the word remains. In one of Leys’s most interesting and provocative essays on Chinese culture, he tries to find an answer to an apparent paradox: why the Chinese are both obsessed with their past, specifically their five thousand years of cultural continuation, and such lax custodians of the material products of their civilization. India and Europe are full of historic churches, temples, cathedrals, castles, forts, mosques, manor houses, and city halls, while contemporary China has almost nothing of the kind. That this cannot be blamed entirely on Mao and his vandalizing Red Guards is obvious; far more of old Beijing disappeared at the hand of developers after Mao’s death than during the Cultural Revolution. European travelers already complained in the nineteenth century of the fatalistic indifference displayed by Chinese toward their ancient monuments.

People in the Chinese cultural sphere, and perhaps beyond, did not traditionally share the common Western defiance of mortality. The idea of erecting monumental buildings meant to last forever would have seemed a naive illusion. Everything is destined to perish, so why not build impermanence into our sense of beauty? The Japanese took this aesthetic notion even further than their Chinese masters: the cult of cherry blossoms, for example, fleetingness being the essence of their unique splendor. Chinese capital cities in the past were frequently abandoned, and new ones established elsewhere. What is considered to be historic in China is the site, not the buildings that happen to be there at any given time. Buddhist temples and Taoist halls, built a few years ago in concrete, on the same site where older buildings once stood, are still called “ancient” in the tourist guides.

But if even the strongest works of man cannot in the end withstand the erosion of time, what can? Leys’s answer: “Life-after-life was not to be found in a supernature, nor could it rely upon artefacts: man only survives in man—which means, in practical terms, in the memory of posterity, through the medium of the written word.” As long as the word remains, Chinese civilization will continue. Sometimes memories replace great works of art. Leys mentions the legendary fourth-century calligraphy of a prose poem whose extraordinary beauty was celebrated by generation after generation of Chinese, centuries after the original work was lost. Indeed, it may never even have existed.

With a civilization built on such an adaptable, supple, constantly self-replenishing, and indeed beautiful basis, who needs big city walls? But I would not wish to end my tribute to a writer I much admire on such a note of sacrilege. Better to end with a line from a poem by Victor Ségalen, deploring the barbaric Western habit of building monuments for eternity, which might equally apply to the modern Chinese habit of building dreadful kitsch on the ruins of their past:

You, sons of Han, whose wisdom reaches ten thousand years, no tens of tens of thousands of years, beware of such contempt.
1
“ Chinese Shadows,” The New York Review, May 26, 1977; reprinted in Simon Leys, Chinese Shadows (Viking, 1977). ↩

2
This line, from Heine’s play Almansor, actually refers to the burning of the Koran by the Spanish Inquisition. ↩

3
Although rumor had it that at least one tried to sabotage a Dutch translation of Leys’s first book on modern China, Les Habits neufs du président Mao [ The Chairman’s New Clothes ] (Paris: Champ libre, 1971). ↩

4
New York Review Books, 2003. ↩

Après Simon Leys : lettre ouverte aux sinologues et défenseurs des droits humains
Gregory B. Lee | sinologue
Rue 89/Le Nouvel Obs
16/08/2014

Depuis quelques jours nombre de sinologues et autres personnalités se succèdent pour rendre hommage à la mémoire de Pierre Ryckmans, le grand écrivain et sinologue belge qui écrivait sous le pseudonyme de Simon Leys.

Dans ses écrits, il a démasqué la réalité de la Chine révolutionnaire de Mao que tant d’intellectuels et d’écrivains n’ont cessé de louer jusqu’à la fin des années 1970.

Mais cette Chine-là, en dépit des vastes réformes économiques, reste un état totalitaire qui refuse à ses citoyens la liberté d’expression. Qui plus est, les autorités chinoises, non contentes de bâillonner leurs citoyens, tentent également d’imposer leur propre image de la Chine à travers le monde.

Il y a un mois, le prétendu « soft power » chinois, sous l’égide du réseau des Instituts Confucius, a été exposé comme un pouvoir dur et impitoyable, lorsque pendant le grand congrès bisannuel de la sinologie européenne, qui se tenait cette année au Portugal, les représentants du gouvernment chinois ont fait arracher des programmes une page d’information concernant la Fondation Chiang Ching-kuo de Taiwan.

Mais, pendant ce temps les médias avaient d’autres préoccupations que celles des sinologues : la situation épouvantable dans la bande de Gaza que notre gouvernement a eu tant de mal à condamner (sic), a choqué la vaste majorité des gens. Enfin, depuis une semaine nous avons également redécouvert les ravages occasionnés par les forces djihadistes de « l’état islamiste » en Iraq.

« Spectateur depuis mon canapé »

En tant que spécialiste de la Chine, que puis-je faire ? Je ne peux qu’assister en spectateur depuis mon canapé et exprimer mon désarroi et ma profonde indignation. Est-ce là vraiment tout ce que je peux faire ?

Simon Leys à aucun moment de sa carrière ne s’est limité à la seule observation et critique de la Chine. En tant que socialiste, dans le moule d’un Orwell, en tant qu’humaniste, il s’est intéressé à un large éventail de questions, de problèmes et de cultures. Et si sa critique de la Révolution culturelle et du régime qui lui a succédé fut si percutante c’est parce que l’intérêt qu’il portait aux Chinois était en tant qu’êtres humains et non pas en tant que constructions de nos propres fantasmes exotiques occidentaux.

Pour Leys, la Chine n’était pas un objet, mais une partie intégrale de l’histoire vécue et du présent de notre commune humanité.

Nous ne pouvons pas tous, hélas, prétendre à la grandeur humaniste d’un Pierre Ryckmans. Dans notre monde professionnalisé, spécialisé et micro-disciplinaire, nous avons déjà du mal à nous maintenir dans la petite sphère d’expertise que nous nous réservons.

Et pourtant nous sommes sensibles aux questions qui touchent à nos métiers, ou plutôt à l’image idéalisée que nous projetons de nos métiers. En tant qu’écrivains, scientifiques et universitaires nous sommes tous concernés par les questions de l’indépendance de l’écrivain, de la liberté d’expression des journalistes et des intellectuels.

Quel que soit notre domaine d’expertise, nous sommes tous, plus ou moins, prêts à prendre position et à faire preuve de solidarité quand nous décelons une privation ou un refus de ces droits essentiels à nos collègues.

En tant que membre de la classe intellectuelle, en tant qu’universitaire et chercheur, je dois constater que nous sommes rarement prêts à nous engager de manière collective ; individualistes, nous avons du mal à travailler en équipe.

Diplomatie culturelle chinoise

À cela il faut ajouter notre réticence à nous éloigner de ce qu’attendent de nous ceux qui contrôlent les avancements professionnels de nos carrières strictement encadrées et délimitées. Certains, cependant, à l’instar de nos collègues américains l’anthropologue sinisant Marshall Sahlins, le sociologue Perry Link ainsi que le sinologue Victor Mair, sont toujours prêts à s’élever contre ce que l’on targue de diplomatie culturelle chinoise et qui n’est en fait que tyrannie politico-culturelle.

Enfin, mon ami David Palumbo-Liu, professeur à l’université de Stanford a récemment mené courageusement campagne contre la politique de son gouvernement en Palestine, et est de surcroît un ardent défenseur de la liberté de pensée et d’expression dans le monde universitaire.

La question qui me préoccupe tout particulièrement depuis plusieurs mois est le sort réservé à mon collègue Ilham Tohti, professeur à l’Université Centrale des Nationalités de Pékin. Arrêté au mois de janvier 2014, il doit être jugé pour séparatisme dans un futur très proche.

La suppression des libertés universitaires, l’interdiction d’exprimer son opinion personnelle sur des questions sociopolitiques me révoltent où qu’elles se manifestent. Dans ce cas particulier et pour des raisons personnelles, je me sens encore plus interpellé par le cas de ce collègue et il me faut prendre position en sa faveur. Il se trouve que j’ai établi depuis de longues années des échanges universitaires et une collaboration de recherche étroite entre l’université d’Ilham Tohti et la mienne.

J’y connais plusieurs enseignants-chercheurs dont la carrière a été stoppée en raison de leur engagement courageux lors des événements de 1989 et leur refus de se rétracter. J’ai également dirigé de nombreux étudiants en Master et en doctorat de l’Université des Nationalités. Je me sens donc tout particulièrement concerné et je me dois d’exprimer ma solidarité avec Ilham Tohti accusé d’un « crime » passable de la peine de mort ou de la détention à perpétuité.

Le sort d’Ilham Tohti

Au cours de ces dernières semaines je me suis demandé pourquoi on entendait si peu parler d’Ilham Tohti dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux en France. Est-ce parce qu’il est difficile d’obtenir des informations exactes, ou est-ce parce que la situation de la minorité ouïgoure que défend Tohti est trop difficile à expliquer au lecteur lambda ?

Le nom d’Ilham Tohti n’a peut-être pas suffisamment de consonances chinoises, mais il est chinois, citoyen de la République Populaire de Chine. Il défend sa minorité ethnique qui endure des problèmes semblables à ceux des Tibétains. Les Ouïgours n’ont que peu ou pas de pouvoir sur leur propre destin. Ils sont assujettis à une politique officielle d’immigration chinoise « Han » qui a pour but de diluer leur présence sur leurs terres.

Alors que le Tibet, fantasme exotique occupant une place privilégiée dans l’imaginaire occidental et dont la cause politique est personnifiée par le personnage charismatique du Dalaï Lama, bénéficie d’une grande attention de la part des Occidentaux, le Xinjiang demeure peu connu.

Le Xinjiang – ça se prononce comment ? (Les speakers radiophoniques ont déjà assez de mal à dire Beijing alors comment peuvent-il s’extirper du mot Xinjiang ?) Xinjiang, Nouvelle Frontière, nom chinois pour un territoire peuplé de non-Chinois. Je viens d’utiliser le terme de « Chinois » en référence aux Chinois Han, ce que font tous les non-initiés, ce que nous faisons tous dans la conversation de tous les jours.

Mais le terme « Han » me pose également problème : c’est un terme qui couvre une réalité beaucoup plus complexe, qui a été inventé pour désigner une ethnie majoritaire visant à rendre encore plus minoritaires les autres ethnies officiellement constituées en Chine Populaire, elles-mêmes produits d’une classification ethnologique officielle au service de la politique étatique.

Je pourrais rédiger des centaines de pages sur comment traduire « chinois » en « chinois », mais je me contenterai de me reprendre comme suit : Xinjiang, Nouvelle Frontière, (anciennement dénommé Turkestan chinois, ou connu sous le terme de Turkestan oriental), un nom en langue chinoise donné par l’état chinois à un territoire sous sa juridiction et peuplé de Ouïgours, Kazakhs, Kirghizes, Ouzbeks, Tadjiks, Hui, Mongols et de Chinois Han. L’essentiel étant que la majorité des habitants sont musulmans.

Méthodes disproportionnées

Même si depuis des semaines, des mois, des années nous assistons à la télévision aux bombardements et au massacre dans tout le Proche Orient, de musulmans, ces derniers, en raison de leur appartenance religieuse, sont toujours apparentés à des terroristes islamistes. C’est peut-être ce que nous avons le plus de mal à concevoir en regardant les bombardements de la Bande de Gaza : les responsables de la mort de près de 2000 personnes n’étaient pas musulmans. (sic)

Ce fait a bouleversé notre récit dominant de la malédiction islamiste et de la nécessité d’une alliance internationale contre la terreur (islamiste) qui a donné « carte blanche » à l’état chinois pour traiter comme de la « terreur » toute résistance et dissidence venant des peuples musulmans du Xinjiang.

Alors qu’Ilham Tohti est détenu à Urumqi, capitale du Xinjiang, des événements, émeutes et manifestations ont été réprimés dans une violence semblable à celle utilisée contre les Palestiniens de la Bande de Gaza sic). L’Etat chinois, qui n’a jamais hésité à utiliser des méthodes disproportionnées pour réprimer la dissidence au Xinjiang, a effectivement déclaré la guerre à sa population musulmane : les femmes voilées et les hommes barbus sont automatiquement soupçonnés de terrorisme.

La situation au Xinjiang est exacerbée par le fait qu’il existe très peu d’informations en provenance de sources indépendantes, et que les gens ordinaires, comme partout ailleurs sur le territoire chinois, n’ont pas la liberté de s’exprimer ou de nous informer de ce qui se passe réellement. Ainsi les médias étatiques chinois ont-ils toute liberté de diffuser leur récit unique sans aucune crainte d’être contredits.

En France, un commentateur respecté qui passe régulièrement, et pratiquement exclusivement, à la radio et à la télévision, quand on lui pose la question des droits humains en Chine répond en substance :

« Donnons encore 50 ans aux Chinois pour qu’il se démocratisent, après tout nous, nous avons bien mis deux siècles. »
Comme s’il suffisait de se réjouir du « miracle économique chinois », et que l’expérience de l’histoire démontrait que l’expansion massive du capitalisme était gage incontestable de démocratie à venir.

En fait, ce discours est ancré dans l’idée que les Chinois sont si différents de nous, ou nous sont si ’extérieurs’, que contrairement à Ryckmans, nous ne pouvons les traiter pas comme des sujets humains mais comme une catégorie à part. Personne ne devrait devoir attendre cinquante ans de plus pour bénéficier des droits humains essentiels.

Je ne suis ni viscéralement anti-Chine, ni anti-Chinois, ceux qui m’ont lu peuvent en témoigner. Je ne suis pas non plus anti-Chinois « Han », je sais pertinemment que l’immense majorité de la population de la Chine souffre de la même pauvreté, des mêmes catastrophes environnementales et de santé publique, du même manque d’autonomie et de la même incapacité de maîtriser leur propre destin.

Vers un procès spectacle

Cependant en ce moment précis, ce sont les musulmans du Xinjiang qui sont les plus touchés et qui se trouvent dans la situation la plus pernicieuse. Loin de l’attention internationale, cachés dans une région d’Asie centrale souvent rendue inaccessible aux visiteurs, et à un moment où l’Islam est considéré comme un credo terroriste, qui va leur venir en aide ?

Un homme, l’un des leurs, discrètement, savamment et avec diplomatie, a tenté d’attirer l’attention sur la réalité et la vérité des conditions d’existence de la population du Xinjiang. Pour cela il va lui falloir endurer un procès spectacle.

En tant que « China-watchers », commentateurs, journalistes, et universitaires notre devoir est de dénoncer cette injustice. Je suis sûr que c’est ce qu’aurait fait Simon Leys. De plus, je suis convaincu qu’il aurait apprécié le courage de cet homme confronté à la puissance de l’état.

Peut-être que Leys aurait alors évoqué une de ses citations préférées de l’historien chinois Sima Qian (145-90 av. notre ère), citation dont nous ferions bien de nous souvenir :

« Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. »

Simon Leys quitte la Chine pour l’éternité
Il ridiculisa les maoïstes de tous les pays
Causeur
14 août 2014

Pierre Ryckmans, plus connu sous son pseudonyme éditorial Simon Leys, est décédé, le 11 août, à l’âge de 78 ans, dans la lointaine ville de Canberra, improbable capitale administrative de l’Australie, où il résidait avec sa famille depuis le début des années soixante-dix du siècle dernier. Qu’on ne se méprenne pas à propos des louanges post mortem que  consacrent aujourd’hui les grands médias français à cet immense sinologue belge. L’encens qu’ils répandent aujourd’hui autour de son cercueil ne saurait dissiper l’odeur nauséabonde des tombereaux d’ordures qu’ils déversèrent sur lui lors de la publication de ses ouvrages consacrés à la Chine de Mao et à la Révolution culturelle, notamment Les habits neufs du président Mao , paru en 1971. Ce livre survient alors que la France intellectuelle est en pleine hystérie maoïste post soixante huitarde : de Normale Sup à Vincennes, la GRCP (Grande Révolution Culturelle Prolétarienne) la geste maoïste est venue au secours des orphelins d’une révolte tombée en quenouille. La fine fleur de l’intelligentsia hexagonale, Roland Barthes, Philippe Sollers, Michel Foucault, Jean Paul Sartre se font les chantres zélés de la geste maoïste, dont Louis Althusser et ses disciples Benny Lévy, les frères Miller (Jacques-Alain et Gérard), Jean-Claude Milner sont les coryphées. Et voilà qu’un obscur universitaire d’outre Quiévrain, inconnu au bataillon des habitués de la Closerie des Lilas, se permet, armé de sa seule connaissance de la langue, de la civilisation et de la société chinoise de démonter le mythe d’une Révolution culturelle émancipatrice de l’humanité entière.

Pour Ryckmans, devenu pour l’occasion Simon Leys pour ne pas obérer ses possibilités de retourner en Chine, cette GRCP se résume à une sanglante lutte de pouvoir au sommet de l’Etat communiste, où Mao et ses sbires instrumentalisent la jeunesse pour éliminer ceux qui l’avaient écarté du pouvoir réel à Pékin : Liu Shao Shi, Deng Hsiao Ping, puis Lin Biao. Cette interprétation, aujourd’hui universellement admise, fait alors scandale : en quelques lignes,  Le Monde  exécute l’ouvrage d’un « China watcher travaillant avec les méthodes américaines » et « comportant des erreurs et des faits incontrôlables en provenance de la colonie britannique ». Ce libelle est signé des initiales d’Alain Bouc, correspondant du  Monde à Pékin, dont la ferveur envers le «  Grand Timonier » justifiera la qualification, par les situationistes de Guy Debord,  du quotidien de la rue des Italiens de « principal organe de presse maoïste paraissant hors de Chine ».

Pierre Ryckmans, rejeton de la grande bourgeoisie belge, est pourtant tombé dans la controverse politique à son corps défendant. S’étant pris de passion pour la Chine lors d’un voyage d’étudiants belges dans les années cinquante, il se consacre à l’étude de la langue, de la littérature et des arts de ce pays. La politique, au mieux l’indiffère, au pire lui fait horreur, comme à celui qu’il reconnaîtra plus tard comme l’un de ses maîtres à penser, George Orwell. Un événement, pourtant, le précipite dans la controverse qui va marquer sa vie et son œuvre : en 1967, alors qu’il se trouve à Hong Kong, contractuel au consulat général de Belgique, un artiste de variété Li Ping est sauvagement assassiné devant sa porte par des sbires du régime de Pékin, coupable d’avoir brocardé Mao à la télévision hongkongaise. Il peut voir également chaque jour les cadavres des suppliciés de la Révolution Culturelle s’échouer sur les plages de la colonie, emmenés par milliers par le courant des fleuves se jetant dans la mer de Chine. Mettant de côté ses chères études sur la calligraphie et la peinture chinoise ancienne, il se plonge dans la sinistre langue de bois des publications maoïstes pour y déceler la part de vérité qui peut s’y cacher : un travail de décryptage dont le précurseur est un père jésuite, Lazlo Ladany, éditeur à Hong Kong de l’hebdomadaire China news analysis, épluchage minutieux des publications officielles. C’est ce qui rend le discours de Leys inattaquable : tout ce qu’il rapporte provient d’écrits dûment tamponnés par la censure maoïste, dont il suffit de connaître les codes de langages, de présentation et de mise en scène pour les décrypter. Qu’on fête, ou non, l’anniversaire d’un dirigeant national ou local, un recul ou une avancée dans la liste des personnalités présentes à une manifestation officielle, le choix des photos en une du «  Quotidien du peuple » constituent un métalangage qu’un travail de bénédictin permet de décrypter.

« La pire manière d’avoir tort c’est d’avoir eu raison trop tôt ! » dira Ryckman-Leys bien des années après avoir pu constater qu’en Occident, principalement en France, la cabale des dévots du maoïsme, de gauche comme de droite, réussira, pendant de nombreuses années, à confiner ses écrits dans la confidentialité. Il fallut attendre 1989, et la chute du communisme soviétique pour que  Les Habits neufs du président Mao soient édités en poche, et 1998 pour qu’une sélection de ses écrits sur la Chine soit publiée dans la collection «  Bouquins » à l’initiative de Jean-François Revel, l’un des rares intellectuels français ayant soutenu Ryckmans. Bernard Pivot, prudent comme de coutume, attendit 1983 avant de le convier à une séance d’Apostrophes sur le thème «  Les intellectuels face au communisme » 1. Il n’eut pas à le regretter : en quelques minutes, Ryckmans mit en pièces la maoïste de salon Maria Antonietta Macchiochi, qui avait commis un livre de 500 pages à la gloire du Grand Timonier à l’issue d’un mois de visite guidée à travers la Chine en 1971. Ryckmans «  Ce livre est stupide, c’est le plus charitable que l’on puisse en dire… si ce n’est pas une stupidité, alors c’est une escroquerie, ce qui est beaucoup plus grave… ». Pivot n’en est pas encore revenu : c’est la seule fois de sa carrière où un livre présenté à Apostrophes, celui de Macchiochi, a vu le rythme de ses ventes baisser après  l’émission…

« Dans une controverse, on reconnait le vainqueur à ce que ses adversaires finissent par s’approprier ses arguments en s’imaginant les avoir inventés » constatait encore Ryckmans dans un article de la  New York Review of Books  en hommage Lazlo Ladany, son maître en «  maologie ». Le triomphe de Ryckmans fut modeste, trop content qu’il était de pouvoir, enfin, se consacrer à ses passions littéraires, artistiques et maritimes à 20 000 km de Saint Germain des Près. La morgue de ses adversaires, en revanche, ne s’est en rien atténuée, trouvant dans d’autres passions exotiques matière à pontifier.

On peut se procurer cette émission pour la modeste somme de 2,99 euros sur le site de téléchargement de l’INA. C’est donné pour un moment jubilatoire… ↩

Voir aussi:

A propos de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, et des sources qui ont inspiré ‘Les Habits neufs du président Mao’
Eglise d’Asie

21/08/2014

Le sinologue et écrivain belge Pierre Ryckmans est décédé en Australie à l’âge de 78 ans. Il s’est éteint le 11 août 2014, à Canberra, capitale fédérale australienne, où il vivait et enseignait depuis les années 1970.

Pierre Ryckmans parlait peu des raisons de son exil en Australie, mais …

… les années qu’il avait vécues Hongkong, auparavant, avaient été pour lui les plus marquantes et les plus fécondes mais aussi les plus éprouvantes.

Avant tout sinologue à la culture encyclopédique, il a traduit Lu Xun et Les Entretiens de Confucius mais il restera dans la mémoire des observateurs de la Chine comme celui qui a courageusement dénoncé, avant tous et presque seul contre beaucoup, les monstruosités de la Révolution culturelle lancée par Mao de 1966 à 1976 en Chine. Son livre publié en 1971, Les Habits neufs du président Mao, dénonçant la nature meurtrière du communisme de Mao, fit l’effet d’un véritable coup de canon dans le monde des « maoïstes européens », si nombreux à l’époque qu’ils monopolisaient les informations concernant la Chine.

Ils accusèrent Pierre Ryckmans d’être un traitre et un faussaire, de colporter des ragots venus de Hongkong et des analystes de la CIA. Le fait d’avoir été si précoce dans sa dénonciation avait rendu ses propos inacceptables pour les sinologues de l’époque, admirateurs de Mao, qui refusaient de voir la véritable nature du régime chinois, habilement masquée par une intense propagande. C’est ce qui a probablement provoqué son exil en Australie. Pierre Ryckmans avait pris parti pour les victimes de la Révolution culturelle, y compris pour les milliers de chrétiens, protestants et catholiques, martyrisés par le régime.

Ce qui est moins connu, à propos de Pierre Ryckmans, c’est l’influence qu’a eue sur lui le sinologue, savant et  jésuite hongrois Laszlo (Ladislaus) Ladany (勞達一), qui dirigeait, à Hongkong, un centre qui rassemblait et analysait les informations sur la situation en Chine. Il publiait chaque mois un bulletin, China News Analysis, remarquablement bien informé et de très haut niveau. Les ambassades et consulats de la région y étaient tous abonnés malgré son prix exorbitant.

Dès le début de la Révolution culturelle, le P. Ladany avait compris que cette agitation était un conflit de personnes et une immense lutte pour le pouvoir. Il a voulu le dire haut et fort. Cependant, ses affirmations n’atteignaient pas les intellectuels d’Europe et des Etats-Unis et le P. Ladany avait le sentiment de prêcher dans le désert, jusqu’à ce que Pierre Ryckmans s’intéresse à ses écrits et les répercute dans le monde entier. Ce dernier a reconnu bien volontiers avoir puisé dans China News Analysis, notamment ses numéros 759, 761, 762, 763 (mai à juillet 1969) pour écrire son livre. Le fait est que c’est le P. Ladany qui a inspiré à Pierre Ryckmans, lui qui était un spécialiste de la littérature classique chinoise, toute sa vision de la Révolution culturelle par le biais de China News Analysis.

China News Analysis bulletin a été publié de 1953 à 1998 (1). En 1997, les jésuites avaient transféré la rédaction de Hongkong à Taipei de manière à éliminer tout risque d’éventuelles pressions politiques après la rétrocession de la colonie anglaise à la Chine continentale. Un an plus tard cependant, le bulletin était arrêté.

(eda)
Notes(1) En décembre 1982, lorsque le P. Ladany (1914-1990) se retire de la rédaction de China News Analysis, il rédige les ‘dix commandements’ qui, selon lui, devraient guider tout China Watcher digne de ce nom :
1. Remember that no one living in a free society ever has a full understanding of life in a regimented society.
2. Look at China through Chinese spectacles; if one looks at is through foreign glasses, one is thereby trying to make sense of Chinese events in terms of our own problems.
3. Learn something about other Communist countries.
4. Study the basic tenets of Marxism.
5. Keep in mind that words and terms do not have the same meaning in a Marxist society as they do elsewhere.
6. Keep your common sense: the Chinese may have the particular characteristics of Chinese, but they are human beings, and therefore have normal reactions of human beings.
7. People are not less important than issues; they are probably more so. A group may adopt the programme of those who oppose it in order to retain power.
8. Do not believe that you know all the answers. China poses more questions than it provides answers.
9. Do not lose your sense of humour. A regimented press is too serious to be taken very seriously.
10. Above all, read the small print!

Voir encore:

Le sinologue belge Simon Leys est décédé
Philippe Paquet

La Libre Belgique

11 août 2014

BELGIQUEPierre Ryckmans, alias Simon Leys, décédé à l’âge de 78 ans dans la nuit de dimanche à lundi à Sydney, où il était traité pour un cancer, est avant tout le sinologue belge devenu australien qui, avec "Les Habits neufs du président Mao" et "Ombres chinoises", fut le premier à faire voler en éclats le mythe maoïste, au début des années 70. Il démonta les rouages de la Révolution culturelle et exposa les réalités du régime communiste chinois avec une persévérance qui lui attira la haine tenace d’une certaine intelligentsia européenne, parisienne en particulier, mais aussi avec un talent littéraire qui vaut à ses "Essais sur la Chine" (réédités dans la collection "Bouquins") d’être toujours aussi appréciés aujourd’hui.

Ce fils d’éditeur était, toutefois, aussi un romancier (quoique d’un seul roman, "La Mort de Napoléon", récit d’une imaginaire autant que rocambolesque évasion de Sainte-Hélène), un critique littéraire (aussi à l’aise avec Hugo et Cervantes qu’avec Conrad et Chesterton), un essayiste politique (passionné par George Orwell et Simone Weil), un caricaturiste amateur (à qui l’on a trouvé des airs de ressemblance avec Daumier), un amoureux de la mer (depuis que, encore adolescent, il avait fait les bancs d’Islande sur un chalutier ostendais)… Cependant, c’est peintre qu’il aurait voulu être, et il n’apprécia rien de plus que les cours pris auprès du talentueux Jacques Laudy. L’université, dirait-il, le détourna tristement de ce projet.

Une grande famille belge

Pierre Ryckmans est né, le 28 septembre 1935, à Uccle, dans une maison de l’avenue des Aubépines qui existe toujours. Dans une grande famille belge aussi, aux origines malinoises et anversoises (le grand-père, Alphonse, fut échevin de la métropole portuaire, avant d’être vice-président du Sénat). Son oncle et homonyme Pierre Ryckmans fut le meilleur gouverneur général du Congo, selon David Van Reybrouck. Un autre oncle, qui fut aussi son parrain, Gonzague Ryckmans, professeur à Louvain, était une sommité mondiale de l’épigraphie arabique. L’un et l’autre exercèrent une influence d’autant plus forte sur le futur Simon Leys qu’ils se substituèrent à un père mort prématurément, quand le jeune homme n’avait que dix-neuf ans.

Après avoir brièvement fréquenté l’école des Servites de Marie, à deux pas de la maison familiale, Pierre Ryckmans fit toute sa scolarité au collège Cardinal Mercier de Braine-l’Alleud. Il n’en garda pas un souvenir exagérément ému, se rappelant surtout les trajets en tram dans un décor qui était encore champêtre, mais aussi les leçons d’un maître, l’abbé Voussure, qui acheva d’ancrer en lui une foi chrétienne inébranlable. Inscrit à Louvain en 1953, il y fit des études de droit, pour se plier à une tradition familiale, et d’histoire de l’art, pour se faire plaisir.

Un voyage en Chine en 1955

C’est le hasard qui décida de la suite, exceptionnelle : Pierre Ryckmans fut convié de façon inattendue à se joindre, en avril 1955, à une délégation de la jeunesse belge invitée par une Chine avide de reconnaissance internationale. Le séjour eut beau être court et très encadré, il déclencha la passion d’une vie. L’étudiant en revint subjugué et transformé. Il lui sembla désormais impossible d’ignorer "l’autre pôle de l’expérience humaine", comme disait Malraux, et impensable de ne pas apprendre le chinois. Comme il n’était pas possible d’aller au-delà d’une simple initiation en Belgique, une fois diplômé de Louvain, il partit pour Taïwan, nanti d’une modeste bourse du gouvernement de Chiang Kai-shek.

Sur l’île qu’on appelait Formose, ou encore la "Chine libre" par opposition à la "Chine rouge" de Mao, Pierre Ryckmans s’éprit de littérature et de peinture chinoises (il eut pour professeur Pu Hsin-yu, un cousin du "dernier empereur" Pu Yi), amassant les matériaux pour la future thèse de doctorat qu’il consacrerait à Shitao, lettré du XVIIe siècle, et qui établirait d’emblée sa réputation dans le monde de la sinologie classique. C’est là aussi, et surtout, qu’il s’éprit de Hanfang, qui deviendrait son épouse et sa muse. Le couple eut quatre enfants : Etienne, Jeanne, et des jumeaux, Louis et Marc.

"Coopération au développement"

Sa formation taïwanaise terminée, Pierre Ryckmans fut ravi de profiter d’une nouvelle législation belge sur l’objection de conscience pour troquer son service militaire contre trois années de "coopération au développement" en Asie. Il étudia et enseigna en chinois à Singapour grâce à Han Suyin – avec qui il croiserait plus tard impitoyablement le fer. Suspecté de sympathies communistes (!) par le régime paranoïaque de Lee Kuan Yew, il dut plier bagage et s’installa en 1963 à Hong Kong, où il décrocha un emploi précaire au "New Asia College", embryon de la future Université chinoise. Le jeune sinologue produisit là-bas ses premiers travaux sinologiques (une traduction de Shen Fu, publiée aux… éditions Larcier que son père avait rachetées, une monographie sur le "peintre rebelle et fou" Su Renshan, couronnée par le prestigieux prix Stanislas Julien, des dizaines de notices sur les peintres chinois pour l’"Encyclopædia Universalis").

Mais, pour soutenir une famille nombreuse, il fallait trouver d’autres ressources. Pierre Ryckmans donna des cours à l’Alliance française de Hong Kong et – ce qui était bien plus captivant – alimenta le consulat de Belgique dans la colonie britannique en rapports bimensuels sur la Révolution culturelle, à partir de la presse chinoise qu’il dépouillait et du témoignage des réfugiés qu’il interviewait. Un jeune sinologue français de passage à Hong Kong, René Viénet, convainquit le "China watcher" en herbe de rassembler ses notes et de les publier. Il en résulta en 1971 "Les Habits neufs du président Mao" et une célébrité bientôt planétaire.
Attaché culturel à Pékin

C’est à la même époque que Pierre Ryckmans reçut une proposition qui l’enthousiasma : revoir la Chine en devenant l’attaché culturel de l’ambassade que la Belgique rouvrait à Pékin. Cet intermède diplomatique de six mois, aux côtés de Jacques Groothaert et Patrick Nothomb, serait l’occasion d’aventures mémorables en territoire maoïste et fournirait la matière d’"Ombres chinoises". Dans l’intervalle, pour éviter de froisser les Chinois, Pierre Ryckmans, le sinologue et diplomate, prit le pseudonyme de Simon Leys pour publier ses pamphlets, pseudonyme trouvé comme l’on sait dans un roman de Victor Segalen ("René Leys"), mais qui fait aussi référence – ce qu’on ignore généralement – à une dynastie de peintres anversois dont le plus célèbre fut Henri Leys.

Peu avant de partir pour Pékin, le hasard avait encore souri à Pierre Ryckmans. Un collègue rencontré à Hong Kong l’invita à venir enseigner temporairement à l’Université nationale d’Australie. Ce qui devait être une expérience de deux ou trois ans, le temps d’offrir aux enfants un cadre de vie plus aéré, allait être un voyage sans retour, choix que ni le professeur de chinois à Canberra, puis à Sydney, ni sa famille n’auraient de raisons de regretter. Aux antipodes, d’où il enverrait de savoureuses lettres au "Magazine littéraire" (elles seront réunies dans "Le Bonheur des petits poissons"), Ryckmans serait à l’abri des tempêtes parisiennes soulevées par le maoïsme et pourrait ainsi poursuivre tranquillement son travail. Car, dirait-il, "en Australie, on ne reçoit pas moins de bons livres. On a seulement plus de temps pour les lire".

Des livres, Simon Leys – le pseudonyme finit par supplanter l’état civil – en lirait, et en critiquerait. Tout en continuant d’interpréter les convulsions de la Chine dans des essais souvent caustiques ("Images brisées", "La Forêt en feu", "L’Humeur, l’honneur, l’horreur"), il donna libre cours à toutes ses passions, sans se préoccuper du caractère apparemment disparate de son œuvre. Il consacra nombre de textes à la littérature, tant française qu’anglo-saxonne (l’installation en Australie fit aussi de lui un écrivain de langue anglaise, ce dont il se félicitait) ; on les retrouve dans "Protée et autres essais", "L’Ange et le Cachalot", "Le Studio de l’inutilité". Il passa aussi beaucoup de temps "en mer", traduisant le chef-d’œuvre méconnu de Richard Henry Dana "Deux années sur le gaillard d’avant", racontant le naufrage du "Batavia", assemblant sa monumentale "Anthologie de la mer dans la littérature française".

Dans toutes ses activités, Pierre Ryckmans s’amusa beaucoup – on le mesure en parcourant "Les Idées des autres idiosyncratiquement compilées par Simon Leys", un recueil qui était au départ un cadeau de Noël pour Hanfang. Ce n’est qu’exceptionnellement qu’il se résigna à feindre le sérieux (qui n’est pas le contraire d’amusant, se plaisait-il à rappeler en citant Chesterton), par exemple quand il accepta de rejoindre l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, où on l’élit en 1990 et où il fut reçu deux ans plus tard (le temps de revenir d’Australie…). Le cadeau était empoisonné car il y succédait à Simenon, un homme et un écrivain pour lequel il n’avait qu’une admiration relative. Leys refusa, en revanche, l’invitation (pourtant inhabituelle) que lui adressa l’Académie française, dont il redoutait les contraintes mondaines.

Un "dernier combat" ubuesque

La retraite anticipée qu’il prit en 1994, parce qu’il était profondément inquiet de la mercantilisation de l’université (il la dénoncerait onze ans plus tard dans un discours iconoclaste prononcé à l’UCL lors de la remise d’un doctorat honoris causa à l’initiative du doyen Heinz Bouillon), devait être paisible et heureuse. Elle le fut jusqu’en décembre 2006, quand une bourde de notre administration priva Marc et Louis Ryckmans de leur nationalité belge. Ne mesurant pas à quel point cette grossière bévue blessait un homme resté si profondément attaché à la Belgique, le ministère des Affaires étrangères s’entêta dans l’erreur, obligeant Simon Leys à mener pour ses fils ce qu’il appela son "dernier combat". Un combat qu’il gagna haut la main, en justice, sept ans plus tard, mais qui, aussi, le rongea.

Cet homme foncièrement bon aurait sans aucun doute mérité que sa patrie d’origine lui permît de terminer sa vie d’une façon plus paisible. Dans l’intimité, Simon Leys était en effet tout le contraire du pamphlétaire impitoyable que révélaient ses écrits. Pétri de gentillesse et de simplicité, il formait avec Hanfang, après cinquante ans de mariage, un couple extraordinairement attachant.

Voir aussi:

Quand « Le Monde » étrillait Simon Leys… avant de l’encenser
|Thomas Wieder

Le Monde

12.08.2014

Dix lignes seulement, mais dix lignes assassines. C’est ainsi, le 19 novembre 1971, que Le Monde rend compte des Habits neufs du président Mao, de Simon Leys : « Une nouvelle interprétation de la Chine par un “China watcher” français de Hongkong travaillant à la mode américaine. Beaucoup de faits, rapportés avec exactitude, auxquels se mêlent des erreurs et des informations incontrôlables en provenance de la colonie britannique. Les sources ne sont d’ordinaire pas citées, et l’auteur n’a manifestement pas l’expérience de ce dont il parle. La Révolution culturelle est ramenée à des querelles de cliques. » L’article est signé « A. B. », les initiales d’Alain Bouc, qui sera nommé en 1973 correspondant du Monde à Pékin.

La nécrologie : Mort du sinologue Simon Leys

Plus de quarante ans plus tard, Gérard Guégan, cofondateur de Champ libre, où parut le livre, se souvient parfaitement de ces quelques lignes. Et notamment du tract que ses amis situationnistes rédigèrent à l’époque contre leur auteur, sous le titre « Un Bouc qui pue »…

« SILENCE DE MORT »

S’il se rappelle lui aussi très bien de la « brève dédaigneuse du Monde », Raphaël Sorin, autre ancien de Champ libre, garde surtout en tête le « silence de mort » qui entoura la parution en France du livre de Simon Leys. A part Le Nouvel Observateur, qui publia une critique positive, mais en l’accompagnant prudemment d’un point de vue opposé, la presse fut avare de comptes rendus. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y eut pas de réaction. « Il y a eu quelques incidents notables avec les maoïstes », se souvient ainsi Gérard Guégan. Ils ont fait un jour une descente à la fac de Vincennes pour détruire les stands où on vendait le livre. Ils sont aussi venus à la maison d’édition pour distribuer quelques coups de poing… »

RECONNAISSANCE TARDIVE
L’ostracisme dont Simon Leys fut victime en France mit des années à se dissiper. Dans Le Monde, le changement de regard fut très progressif. En 1975, quand paraît Ombres chinoises, André Fontaine se contente d’évoquer un livre qui « dénonce sur le mode de la causticité allègre les tares d’un régime a jadis beaucoup admiré ». En 1979, quand le livre est réédité, Nicole Zand est nettement plus louangeuse. Rappelant que le livre fut « diversement accueilli à sa publication », ce qui est sans doute une allusion à ce qu’avait écrit André Fontaine non sans quelque ironie fielleuse, la journaliste note que « les événements de ces dernières années ne contredisent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, l’analyse de Simon Leys ».

Pour ce dernier, la pleine reconnaissance de sa lucidité prémonitoire ne viendra cependant qu’une vingtaine d’années plus tard. « Leys, le juste », titre « Le Monde des livres », en 1998, lors de la réédition, chez Robert Laffont, des Essais sur la Chine. Signé Francis Deron, le portrait, élogieux, est accompagné d’un texte dithyrambique de Philippe Sollers saluant ce « déchiffreur immunisé contre la propagande totalitaire ». Une façon, pour le journal comme pour l’écrivain, dont la très maoïste revue Tel Quel n’avait pas été épargnée vingt-cinq ans plus tôt par Simon Leys, de reconnaître sur le tard leurs égarements d’antan.

Voir encore:

Are Books Useless?
An extract from the 1996 Boyer lectures
Pierre Ryckmans
Australian Humanities Review

Are books essentially useless? I suggest that we indeed subscribe to such a conclusion. But so long as we remain aware that uselessness is also the hallmark of what is truly priceless. Zhuang Zi summed it up well: "People all know the usefulness of what is useful, but they do not know the usefulness of what is useless".

The other day, I was reading the manuscript of a forthcoming book by a young journalist – a series of profiles of women living in the Outback – farmer wives battling solitude and natural disasters on remote stations in the bush. One woman was expressing concern for the education and future of her son, and commented on the boy’s choice of exclusively practical subjects for his courses at boarding school. "And I can’t say I blame his choice, as I too, would prefer to be out in the bush driving a tractor of building cattleyards rather than sitting in a classroom learning about Shakespeare, which is something he will never need…"

In this passing remark, there is something which I find simply heartbreaking. For a woman who single-handedly raises and cares for a large family, while sharing in many of the men’s tasks – worrying about mortgage repayments, fighting loneliness and depression, bolstering her husband’s crumbling self-respect in front of looming bankruptcy, fending off the menaces of alcoholism and social disintegration, and who meanwhile, drives tractors and handles cattle, and faces a thousand emergencies – it would appear indeed that Shakespeare is something one will never need. And on what ground would we dare to challenge her view?

Oddly enough, this disarming remark on the uselessness of literature unwittingly reduplicates, in one sense, a provocative statement by Nabokov. In fact the brave woman from the outback here seems to echo a sardonic paradox of the supreme literate aesthete of our age. Nabokov wrote this (which I shall never tire of quoting, perhaps because I myself taught literature for some time): ‘Let us not kid ourselves; let us remember that literature is of no use whatever, except in the very special case of somebody’s wishing to become, of all things, a Professor of Literature.’

And yet even Professors of Literature, when they are made of the right mettle, but find themselves in extreme situations – divested of their titles, deprived of their books, reduced to their barest humanity, equipped only with their tears and their memory – can reach the heart of the matter and experience in their flesh what literature is really about: our very survival as human beings.

I know of one Professor of Literature at least, who would be qualified to teach the good woman from the outback how, even for people in her situation, particularly for people in her situation, there may be a very real need for reading Shakespeare.

The name of that Professor is Wu Ningkun. He is an elderly Chinese scholar. Nearly 50 years ago, moved by patriotism, he gave up a promising, and cosy, academic career in the United States where he was teaching English literature, and returned to China, knowing that his talents and expertise were sorely needed there. But under Maoism, there was no place in China for refined, cultivated and cosmopolitan minds. He was immediately suspected, ostracised, persecuted, and for the next 30 years became a victim of the totalitarian paranoia that sees humanist culture as a betrayal, intelligence as an ideological crime, and presumes that whoever reads T.S. Eliot in the original must be a dangerous international spy.

He has written a book about his experiences, A Single Tear , which is, to my mind, the best written and most essential reading on a subject on which so much has already been published, and yet so little is understood.

The darkest depth of his ordeal was reached when he was sent to a labour camp in the barren wilderness of North-Eastern China, close to the Siberian border. Around him, many inmates were crushed to death by the horrors of the camp – they were dying of starvation, brutal treatment, exhaustion and despair. Under such conditions, physical resilience was not enough to stay alive – one needed spiritual strength. Wu Ningkun sustained his spirit with poetry. He had succeeded in smuggling with him two small books: a copy of Hamlet and a collection of the Tang dynasty poet, Du Fu. Formerly, he had only studied Shakespeare; now, for the first time, he was truly reading it. Occasionally, when a blinding blizzard blew from Siberia, and the prisoners had to spend the day cooped up in a cell, he could come back to Hamlet:

"Hamlet was my favourite Shakespearean play. Read in a Chinese labour camp, however, the tragedy of the Danish prince took on unexpected dimensions. All the academic analyses and critiques that had engrossed me over the years now seemed remote and irrelevant. The outcry ‘Denmark is a prison’ echoed with a poignant immediacy and Elsinore loomed like a haunting metaphor of a treacherous repressive state. The Ghost thundered with a terrible chorus of a million victims of proletarian dictatorship. Rozencrantz and Guildenstern would have felt like fish in the water had they found their way into a modern nation of hypocrites and informers. As to Hamlet himself, his great capacity for suffering gave the noble Dane his unique stature as a tragic hero pre-eminently worthy of his suffering. I would say to myself ‘I am not Prince Hamlet, nor was meant to be’, echoing Eliot’s Prufrock. Rather I often felt like one of those fellows ‘crawling between earth and Heaven’ scorned by Hamlet himself. But the real question I came to see was neither ‘to be, or not to be’ nor whether ‘in the mind to suffer the slings and arrows of outrageous fortune’, but how to be worthy of one’s suffering."

That a man may survive for quite a while without food, but cannot live one day without poetry, is a notion which we tend to dismiss too lightly, as a sort of 19th century romantic hyperbole. But our gruesome century has provided enough evidence: it is true, in a very literal sense. Wu Ningkun’s testimony which I just invoked, confirms from the other end of the world an earlier testimony from another House of the Dead – the voice of Primo Levi who, having survived Auschwitz, wrote the classic account of the camps, If This is a Man and devoted one entire chapter to an experience very similar to the one described by the Chinese scholar.

One day, as Levi and another inmate were on duty to fetch soup for the entire barrack, on their way to the kitchen, with the heavy soup bucket hanging from a pole which they carried on their shoulders, they enjoyed the brief respite of a summer day, and started chatting. The other prisoner was a clever young Frenchman with a gift for languages. Levi, who had been teaching him some Italian, suddenly was moved by a crazy and irresistible impulse to introduce him to Dante. He began to recite a passage from The Divine Comedy, the Canto of Ulysses, clumsily translating it for the other man, verse by verse: "Here, listen, open your ears and your mind, you have to understand, for my sake."

The effect of this recitation of a few stanzas was "As if I also was hearing it for the first time: like the blast of a trumpet, like the voice of God. For a moment I forget who I am and where I am. The companion begs me to repeat it. How good he is, he is aware that it is doing me good. Or perhaps it is something more – perhaps he has received the message, he has felt that it had to do with him, that it has to do with all men who suffer, and with us in particular; and that it has to do with us two, who dare to reason of these things with the poles for the soup on our shoulders." Then, sudden catastrophe: memory fails at the end of one stanza – to reach the end of the Canto, a crucial connection is missing: "I have forgotten at least twelve lines; I would give today’s soup to know how to connect the last fragment to the end of the Canto. I try to reconstruct it through the rhymes, I close my eyes, I bite my fingers, but it is no use, the rest is silence."

The depth and truth of this particular moment were such that thirty years later – the year before he died – Levi returned to it in the last book he wrote, The Drowned and the Saved. Summing up his experience of the death camp, he concluded, "Culture was important to me, and perhaps it saved me. When I wrote ‘I would give today’s soup to know how to retrieve the forgotten passage’, I had neither lied nor exaggerated. I really would have given bread and soup – that is, blood – to save from nothingness those memories which today, with the sure support of printed paper I can refresh gratis whenever I wish, and which therefore seem of little value."

In Auschwitz, the forgotten poem became literally priceless. In that place, at that instant, the very survival of Primo Levi’s humanity was dependent on it.

Pierre Ryckmans is an internationally renowned novelist, writing under the name Simon Leys, as well as a scholar, Sinologist, artist and calligrapher. His books include Chinese Shadows and The Death of Napoleon. From 1988 he was Chair of Chinese Studies at University of Sydney from where he has recently retired.

The Boyer lectures were broadcast by the Australian Broadcasting Commission on Radio National. The book and cassettes of the six Boyer lectures are now available from all ABC bookshops.

 


Islam: C’est l’Apocalypse, imbécile ! (This is the final jihad: It’s the book of Revelation, stupid !)

18 août, 2014
Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l’abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme, ferma et scella l’entrée au-dessus de lui, afin qu’il ne séduisît plus les nations, jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. Après cela, il faut qu’il soit délié pour un peu de temps. Et je vis des trônes; et à ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image, et qui n’avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans. Les autres morts ne revinrent point à la vie jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. C’est la première résurrection. Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n’a point de pouvoir sur eux; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans. Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel, et les dévora. Apocalypse 20: 1-9
C’est la lutte finale Groupons-nous et demain L’Internationale Sera le genre humain … Refrain bien connu
Le soir, vous dites: Il fera beau, car le ciel est rouge; et le matin: Il y aura de l’orage aujourd’hui, car le ciel est d’un rouge sombre. Vous savez discerner l’aspect du ciel, et vous ne pouvez discerner les signes des temps. Jésus (Matthieu 16 : 2-3)
Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
J’annonce au monde entier, sans la moindre hésitation, que si les dévoreurs du monde se dressent contre notre religion, nous nous dresserons contre leur monde entier et n’auront de cesse avant d’avoir annihilé la totalité d’entre eux. Ou nous tous obtiendrons la liberté, ou nous opterons pour la liberté plus grande encore du martyre. Ou nous applaudirons la victoire de l’Islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Ayatollah Khomeiny
La possibilité d’une annihilation existe. Le projet sioniste entier est apocalyptique. Il existe dans un environnement hostile et dans un certain sens son existence n’est pas raisonnable. (…) Oui, je pense à Armageddon. C’est possible. Dans les vingt prochaines années, il pourrait y avoir une guerre atomique ici. Benny Morris
Dans l’Islam, de même que dans le Judaïsme et le Christianisme, certaines croyances portent sur une bataille cosmique marquant la fin des temps – Gog et Magog, l’Antéchrist, Armageddon et, pour les Musulmans chiites, le retour tant attendu de l’Imam caché, qui doit déboucher sur la victoire finale des forces du bien sur celles du mal, quelle qu’en soit la définition. Il est évident qu’Ahmadinejad et ses adeptes croient que ce temps est venu et que la lutte finale est déjà entamée, et même bien avancée. Bernard Lewis
Vous comprendrez d’autant mieux la perplexité de Jacques Chirac qui a entendu, un jour de 2003, George W. Bush lui expliquer qu’il fallait intervenir militairement en Irak, parce que Gog et Magog y étaient à l’œuvre. Quand il livre ses convictions les plus intimes sur la politique proche-orientale, George W. Bush ne pense donc pas au pétrole ou à des bases susceptibles d’accueillir ses GI. Il ne parle ni d’économie ni de géostratégie. Il réagit comme un croyant qui attend que se réalise une prophétie biblique… (…) Comme ni Jacques Chirac ni ses services n’ont compris la référence du président américain, Paris s’est mis au travail. George W. Bush appartenant à la mouvance chrétienne évangélique, l’Élysée s’est orienté vers les protestants de France, qui ont transmis la requête à Thomas Römer. Jocelyn Rochat
Dans le vocabulaire politique, l’expression « millénarisme » peut servir à désigner, de manière métaphorique, une forme de doctrine aspirant à une révolution radicale, qui aboutirait à la mise en place définitive d’un ordre social supposé plus juste, et sans commune mesure avec ce qui a existé jusqu’à présent. Dans cette acception, le terme a pu servir à qualifier aussi bien le communisme que le nazisme. Wikipedia
It is a series of images that come out of the Book of Revelation. There is a Millenarian idea, of an impending calamity, that something unspeakable is about to occur. (…) At the end of the First World War, these currents in poetry, from the romantic to the symbolist poets at the end of the century and the beginning of the new century, finally convert themselves into a series of political movements, which are mass movements against the idea of liberalism. They are movements of rebellion against the belief in the many instead of the one, against the idea that life should be divided into a series of spheres — the public and the private, the state and society, the civil and the religious — and at some level, in different ways, they are movements of rebellion against the idea of rational analysis. Instead, they are movements in favor of the one, the solid, the granite, of authority, as opposed to rational analysis — sometimes of mysticism, but in any case of authority. These movements were founded by Lenin, Mussolini, Franco, Hitler, the leaders of the Iron Guard in Romania, various figures from the extreme right in France, and through every single country in Europe in some version or another — the Bolshevik movement on the Left, all of the other movements on the Right. The movements were utterly different one from the other, and the Left and the Right hated each other, and sometimes the Right and the Right hated each other. But (…)  In all of these cases, the similarities consisted of a belief in a deep myth, the Ur myth of the twentieth century and into our own time. The name of this myth is the Book of Revelation. It is a variation on the themes of the symbolist poets. It takes the idea of transgressive rebellion, which the earlier Romantics had already come up with, of murder and rebellion as satanic acts of rebellion against liberal society, the conversion of this idea into the mythology that you see in the Book of Revelation, and then finally these political movements convert that same notion into political doctrines in this way. The story in the Book of Revelation says: There is a people of God; the people of God are being afflicted and polluted by forces from within their own society, who worship at the synagogue of Satan. At the same time, the people of God are being afflicted by cosmic foes from abroad. The people of God who are oppressed rise up in rebellion against these polluting forces from within and against the cosmic forces from abroad. The name of this war is Armageddon, and it lasts, according to St. John, the author of Revelation, one hour. And at the end of the war, with all of those foes dispatched, the reign of Christ is established and lasts a thousand years. It is a perfect, stable society with no polluting elements. It is the millennium. (…) But the totalitarian ideal also arose in two other versions, which were distinctly not European. The radical Islamist movement — that is, the notion of Islam as a revolutionary political movement, not just as a religion — was founded in 1928 with the Muslim Brotherhood in Egypt. The Pan-Arabist movement in its most radical version, the Baath, was founded formally in 1943 in Damascus. (…)  There is a people of God. The people of God should be described as the “true Muslims” in the case of the Islamists, or as the “true Arabs” in the case of the Baath. The people of God are afflicted by internal corruptors within Muslim society. These internal corruptors are the Jews or the Masons or the Muslim hypocrites. The people of God are afflicted by sinister external foes, Western imperialists or the worldwide Zionist conspiracy. The people of God will resist these internal foes and external foes in a gigantic war of Armageddon. This war will be the liberation of Jerusalem or it will be the jihad. Afterwards the reign of purity will be established and this reign of purity is described in the case of both of those movements in the same way: it is the re-resurrection of the Caliphate of the seventh century in the years after the Prophet Mohammed. The Caliphate is described by each of these movements in a slightly different way. For the Islamists, it means the reinstating of Shar’iah or Qur’anic law. For the Baathists the emphasis is secular; it is the recreating, the resurrecting, of the Arab empire when the Arab empire was on the march. Finally, these two movements have lacked for nothing in the realm of practical achievement – killing millions. In the last twenty years, several million people have been killed in the course of the Iran-Iraq war, which pitted one of these movements against the other — the mass human wave suicide attacks on the part of the Iranian Islamists against the cult of cruelty, and of chemical weapons on the part of the Baathists. It is estimated that between one and a half million and two million people were killed in Sudan; 100,000 are thought killed in Algeria over the last several years. (…) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years. Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?” And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy. It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things. All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions. Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis. The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas. The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists. I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas. Paul Berman

Attention: une lutte finale peut en cacher une autre !

A l’heure où, entre deux parties de golf ou condamnations d’Israël, les autruches qui nous gouvernent semblent enfin prendre conscience de la menace djihadiste pour la planète entière …

Comment ne pas repenser, avec Paul Berman, au mythe qui, du communisme au nazisme et aujourd’hui à l‘islamisme, soutend l’ensemble de ces mouvements totalitaristes …

A savoir le mythe millénariste du livre de l’Apocalypse de Saint Jean ?

Terror and Liberalism
Paul Berman, Joanne J. Myers
Carnegie Council
April 15, 2003

Introduction

JOANNE MYERS: On behalf of the Carnegie Council I would like to welcome members and guests to our Author in the Afternoon program.

Today we are delighted to have Paul Berman, a writer who has been especially recognized for his penetrating philosophical perspectives on a vast array of social and cultural topics. His latest work, Terror and Liberalism, focuses on a subject that is generating a great deal of interest, as it is the first book to address the political/philosophical dimensions of the current conflict found in Islamic fundamentalism and on the War on Terror.

I have asked Jack Diggins to introduce Mr. Berman. Jack is a Distinguished Professor of American History at the City University of New York. He has also taught at Princeton, Cambridge, and the University of London. Jack has published a number of books dealing with American politics and history, including Up From Communism: The Liberal Persuasion; Arthur Schlesinger, Jr., and the Challenge of the American Past; The Promise of Pragmatism; The Rise and Fall of the American Left, and The Proud Decades, America in War and Peace, 1941-1960. Just by listening to these titles you can easily conclude that Jack has concerned himself with, among other things, American intellectual history, liberalism, pragmatism, and the American past and its influence on the present, which makes him the ideal person to introduce our guest today.

JACK DIGGINS: Thank you. I am very pleased to be here and to introduce my old friend, Paul Berman.

I came to know Paul many years ago when I was living on the West Coast and there was an essay in the Village Voice on the philosopher Sidney Hook. I thought I was the only person in the United States who admired Sidney Hook, but there was one other, Paul Berman. Hook was a leading philosopher of pragmatism and Marxism and became an ardent anti-communist, which in the 1960s was not politically correct, at least on the campuses.

And then, watching television, the Iraq war, the aftermath of the war, and seeing the scenes of fists in the air and anti-American statements and rumors of Baath police being lynched and the scenes of looting, I said to myself, “This is not going to bother Paul.”

Many years ago Paul was with me in California and said, “I’m going to take a trip to Tijuana.” At that time, if you went to Tijuana and parked your car for ten minutes, the tires were gone. But Paul came back just smiling and praising it as a land of moral solidarity and all the people with hearts of gold. I couldn’t help remember the last time I was there I was taken to the police station because I refused to pay a cop a $50 bribe for crossing the street the wrong way. But Paul is so much more optimistic than I am, and maybe he is right.

With the fall of Communism, he and I would debate every day, and I would side with Gorbachev and he would side with Yeltsin or anyone who let the whole system come down. Paul describes himself as a democratic socialist, but deep down he has an anarchist impulse and he does think that out of chaos will come freedom. I am a little bit more cautious.

But the fall of Communism was, as Daniel Patrick Moynihan said, the greatest peaceful transfer of power in modern history, and Paul was right about it, and perhaps he will be right about his position on the Iraq war.

Some people will be curious why I dedicated a book that is about the great prudent conservative President-statesman John Adams to a radical activist from the 1960s. People wonder if there is an incongruence there. But I would like to read you the last sentence of my acknowledgement: “In the 1790s John Adams reflected on events in France, in the 1980s Paul Berman on events in Nicaragua. Both faced the wrath of some of their own friends for telling us that a revolution without representation is destined to devour itself. Truth dared to speak before its time.”

Remarks

PAUL BERMAN: I’d like to thank the Carnegie Council for inviting me to speak and my dear friend, the slyly brilliant Professor Diggins, for this introduction.

I would like to offer ten propositions with which our present crisis could be observed.

1) In the nineteenth century, the belief arose that the secret of human progress had been discovered and had been proved to be correct. This secret was thought to be a belief in the many instead of the one, a belief that each aspect of life should be allowed to remain in its own sphere — the public and the private, the state and society, the religious and the civil. There was a belief that society ought to govern itself through rational analysis.

Many different philosophies and political movements expressed this idea. None of them, none of the large ones, expressed it fully consistently. Marx had some aspects of this idea. The French Revolution stood for some aspects and could not quite get the other aspects right. Thomas Jefferson stood for a very pure version of this idea and yet couldn’t quite straighten out the part regarding human slavery. Each separate movement in the nineteenth century, or in the early eighteenth century and into the nineteenth century, had some aspect of it and some contradiction which was yet to be worked out.

And yet, in spite of the contradictions, there was consensus about general principles which were seen to be working in some of the societies that we think of as the West and which were regarded by some people in all regions around the world as the secret of human progress universally, not just in the places where they were seen to be prospering at that moment.

There was among a very large number of people, a general feeling of underlying optimism, which you can see in many of the writers of the nineteenth century, in many of the doctrines that came to dominate political movements.

2) At the same time, there was reason to be suspicious of these doctrines. There was a whole series of criticisms about hypocrisies or inconsistencies or lies that were concealed within it. Marx was the great prophet of this.

But beyond these doctrines of suspicion, there were also some elements that not even Marx discussed, something that went beyond exploitation and hypocrisy. This could be seen by the late-nineteenth century in King Leopold’s war in the Congo or in German Southwest Africa at the turn of the century, where the very countries, Germany and Belgium, who were among the principal exemplars of the doctrine of human progress, were in some other aspect of their national activity somehow engaged in the most grotesque genocide. The combination of the sense of optimism and the genocidal atrocities, seemed to be beyond the capability of the liberal imagination to conceive.

In the First World War, these darkest aspects, which had already been visible in the Congo and in Southwest Africa, finally rolled back across Europe. What had been unimaginable throughout the nineteenth century finally took place in Europe itself, which was mass death on the most colossal scale, nine or ten million people killed for reasons that were ultimately unintelligible. Each country went into the war with a logical set of reasons instead of treaties and alliances. The final outcome was a catastrophe beyond that which anyone would have or did predict.

3) From the nineteenth century and onward, a series of rebellions against this prevailing liberal optimism arose. Some of these rebellions are particularly worth observing.

First, there was a rebellion within the romantic literary tradition, in romantic poetry. An important sign of this was Victor Hugo’s verse play Hernani in 1830, which already broached certain themes. The play ends with the attempted assassination of the King of Spain and a triple suicide. The theme of murder and suicide in the context of rebellion had already been broached.

Baudelaire picks up the same theme. In the second edition of The Flowers of Evil, the inscription mentions enrolling in the rhetorical school of Satan.

And, in fact, there is a religious subtext that underlies this notion of rebellion, which is the romantic cult of Satan, which, within the literary tradition, begins to mean a cult of murder and suicide as literary postures.

Later in the nineteenth century among the poets, the religious aspect of this rebellion, of this notion of transgressive rebellion against the existing order, takes a new form. You can see it in Rimbaud and in a marvelous version in the greatest of the turn-of-the-century Spanish-language poets, Ruben Dario.

This new version is not the cult of Satan. It is a series of images that come out of the Book of Revelation. There is a Millenarian idea, of an impending calamity, that something unspeakable is about to occur. You can see it in Yeats. This idea emerges as the new religious underpinning.

There is something self-ironic about the writers who were writing about Satan but there is nothing ironic or self-ironic about the writers who were drawing on images from the Book of Revelation.

At the end of the First World War, these currents in poetry, from the romantic to the symbolist poets at the end of the century and the beginning of the new century, finally convert themselves into a series of political movements, which are mass movements against the idea of liberalism. They are movements of rebellion against the belief in the many instead of the one, against the idea that life should be divided into a series of spheres — the public and the private, the state and society, the civil and the religious — and at some level, in different ways, they are movements of rebellion against the idea of rational analysis. Instead, they are movements in favor of the one, the solid, the granite, of authority, as opposed to rational analysis — sometimes of mysticism, but in any case of authority.

These movements were founded by Lenin, Mussolini, Franco, Hitler, the leaders of the Iron Guard in Romania, various figures from the extreme right in France, and through every single country in Europe in some version or another — the Bolshevik movement on the Left, all of the other movements on the Right.

The movements were utterly different one from the other, and the Left and the Right hated each other, and sometimes the Right and the Right hated each other. But what I am struck by is the similarities.

4) In all of these cases, the similarities consisted of a belief in a deep myth, the Ur myth of the twentieth century and into our own time. The name of this myth is the Book of Revelation.

It is a variation on the themes of the symbolist poets. It takes the idea of transgressive rebellion, which the earlier Romantics had already come up with, of murder and rebellion as satanic acts of rebellion against liberal society, the conversion of this idea into the mythology that you see in the Book of Revelation, and then finally these political movements convert that same notion into political doctrines in this way.

The story in the Book of Revelation says: There is a people of God; the people of God are being afflicted and polluted by forces from within their own society, who worship at the synagogue of Satan. At the same time, the people of God are being afflicted by cosmic foes from abroad.

The people of God who are oppressed rise up in rebellion against these polluting forces from within and against the cosmic forces from abroad. The name of this war is Armageddon, and it lasts, according to St. John, the author of Revelation, one hour.

And at the end of the war, with all of those foes dispatched, the reign of Christ is established and lasts a thousand years. It is a perfect, stable society with no polluting elements. It is the millennium.

Each of the movements that arose in the period after World War I found a new way to tell this story. There was always a people of God. The people of God were proletariat. The people of God were the children of the Roman wolf, the Italian people. The people of God were the Catholic warriors of Christ, according to the King in Spain. The people of God were the Aryan race.

There were always polluting elements from within society, such as the bourgeoisie, or the Trotskyite wreckers, or the Jews, or the Masons, or the Communists.

There were always external foes from abroad. These were the forces of capitalist encirclement, or Anglo-American imperialism, or what Heidegger described as the “pincer pressure” of the United States and the Soviet Union pressing on the people of Germany.

There was always going to be a war, which would be a war of extermination against these external and internal foes. This war would be the class war, or the crusade in Franco’s version, or the biological war in the Nazi version.

At the end was always the perfect society, which was pictured either as a sci-fi leap into the future or as a return to the golden age of the past, usually as some version of both.

The Communist version was a leap into the future, though if you read your Marx carefully, you understand that this is also a leap into the primitive Communism of the past. And in the Soviet version there are many references to the primitive Communist traditions of the Russian peasants.

All of the right-wing versions were variations of a slightly different sort.

Mussolini was going to recreate the Roman Empire, and when he marched on Rome in 1922, he organized his followers into legions. They were centurions marching on Rome. The Roman Empire was going to be recreated in a modern version. They weren’t going to go back to the ancient version. It was would be a modern version of the Roman Empire.

Franco was going to recreate the medieval Crusades of Spain at its greatest. He would do this in a modern version.

Hitler was also going to recreate the Roman Empire. The Third Reich meant the new Reich after the Roman Empire and the Holy Roman Empire. He would recreate the Roman Empire, but in an Aryan version instead of an Italian version.

And likewise, this cult of the ancient, the reestablishing of the ancient, was a leap into the future at the same time, a modernism.

The symbolist cult of the Book of Revelation is also a cult of ancient myth, which is a cult of modernism at the same time. If you want to see that artistically, picture some of Picasso, where he is evoking the ancient myths of the Mediterranean but in the most modern of ways.

5) All of these movements proposed impractical programs which were unachievable except in one way, which was through mass death. Mass death showed that these were movements of transgressive rebellion, not movements of reform, not conservative movements of reform or social democratic movements of reform, Left or Right, but movements that would break through the ordinary morality of behavior, thus would break through the existing world view.

The reassuring demonstration that one had really gone beyond the ordinary was a commitment to mass death. All of these movements failed completely in achieving what they stated to be their worldly aims, and in achieving mass death.

6) The liberal society which in its weaknesses and contradictions and inability to conceive of the dark in human nature, the liberal society which in some way had inspired these movements and against which these movements now arose in rebellion, also had a great deal of trouble in identifying what these movements were.

We are all too familiar with the failures of the left-wing Fellow Travelers, who could not understand Stalinism and could only understand it as an exceptionally advanced form of social democracy. But you can take examples of this kind of error across the spectrum.

I write about the French socialists of the 1930s, who were a deeply democratic and liberal, in my sense of the word, movement with an impeccable record of liberal democratic credentials going back into the nineteenth century, without any of the aspects of Bolshevism, Marxism, or Leninism. One has to remember that in the 1930s, the French socialists were the enemies of Nazism and of the Right.

And yet, the majority of the French socialists finally voted for Marshall Pétain because they could not get themselves to understand the nature of Nazism. They managed to tell themselves that Nazism was a legitimate movement, that the Germans did have grievances, that the Treaty of Versailles had been unjust, that Hitler might be raving but he was stating truths.

The French socialists in their majority faction certainly did not regard themselves as anti-Semites, and yet they asked themselves: “Every time somebody rails against the Jews, is it always an example of anti-Semitism?” The French socialists were, by definition, the enemy of financiers — “and weren’t some of the financiers Jewish?”

The French socialists finally thought that the great danger to France was represented not by Hitler and the Nazis but by the hawks in their own society. And who was the leading hawk? Unfortunately, it was their own leader, the leader of the minority faction, who had managed to get himself elected Prime Minister, Léon Blum, whose ethnic identity now became itself a source of much speculation.

With this kind of reasoning, the French socialists in the majority faction not only managed to vote for Pétain, but quite a few ended up joining his government, and in this way the impeccable liberal democrats of the French Left managed to convert themselves into fascists.

7) The progress of totalitarianism depends on and is inseparable from this kind of liberal naïveté. Without the cooperation of the Fellow Travelers with Stalin, without the French anti-war socialists in the case of Hitler, without the naïveté of any number of conservatives and democratic right-wingers in the case of a variety of fascists and Nazis, without the naïveté even of the United States with regard to Hitler straight through the 1930s, it would be inconceivable to imagine that these movements would have gotten very far.

So it is a mistake to think of the totalitarian movements as isolated. They existed in a dynamic, and part of the dynamic is the liberal naïve unwillingness to recognize them as what they are.

8) Totalitarianism arose in Europe in the fifteen years after the First World War. In the first twenty-five years, similar or identical movements arose on the other side of the Mediterranean too, in the Muslim world.

One of these movements was certainly Muslim Communism, which everyone forgets about. In the interpretation of the clash of civilizations, one would imagine that a Western movement like Communism would be inconceivable in what is called a non-Western society. In fact, Communism was a large and lasting movement.

But the totalitarian ideal also arose in two other versions, which were distinctly not European. The radical Islamist movement — that is, the notion of Islam as a revolutionary political movement, not just as a religion — was founded in 1928 with the Muslim Brotherhood in Egypt. The Pan-Arabist movement in its most radical version, the Baath, was founded formally in 1943 in Damascus.

These movements are conventionally seen as opposites. If you turn on the TV, you will see any number of people automatically saying that these movements have nothing in common; one is religious, the other is secular; they despise each other. And it is true that they have despised each other and have committed mutual massacres on a gigantic scale.

It is useful to point out the ways in which these two movements resemble each other. The totalitarian movements in Europe also were different one from the other, and sometimes were at war with one another, and yet there were underlying similarities.

In the case of Baathism and Islamism, these similarities are easy to see. There is a people of God. The people of God should be described as the “true Muslims” in the case of the Islamists, or as the “true Arabs” in the case of the Baath. The people of God are afflicted by internal corruptors within Muslim society. These internal corruptors are the Jews or the Masons or the Muslim hypocrites.

The people of God are afflicted by sinister external foes, Western imperialists or the worldwide Zionist conspiracy. The people of God will resist these internal foes and external foes in a gigantic war of Armageddon. This war will be the liberation of Jerusalem or it will be the jihad.

Afterwards the reign of purity will be established and this reign of purity is described in the case of both of those movements in the same way: it is the re-resurrection of the Caliphate of the seventh century in the years after the Prophet Mohammed. The Caliphate is described by each of these movements in a slightly different way. For the Islamists, it means the reinstating of Shar’iah or Qur’anic law. For the Baathists the emphasis is secular; it is the recreating, the resurrecting, of the Arab empire when the Arab empire was on the march.

Finally, these two movements have lacked for nothing in the realm of practical achievement – killing millions. In the last twenty years, several million people have been killed in the course of the Iran-Iraq war, which pitted one of these movements against the other — the mass human wave suicide attacks on the part of the Iranian Islamists against the cult of cruelty, and of chemical weapons on the part of the Baathists. It is estimated that between one and a half million and two million people were killed in Sudan; 100,000 are thought killed in Algeria over the last several years.

It is conventionally said that in these movements today we face nothing like Hitler or Stalin, but statistically this is not true.

9) The success of Muslim totalitarianism has depended on liberal naïveté — in fact, blindness. The eyes of the world have not been on these millions who have been killed in the last twenty years.

Always the liberals all over the world have wanted to describe these movements as in some way rational and conventional, as movements based on grievances — “The movements are anti-Zionist, and isn’t it the case that Israel has often been at fault?” “The movements are anti-American, and isn’t it the case that the United States has often been at fault?”

And these grievances do exist, but the effort to take them seriously tends often to distort their madness in such a way as to make it unrecognizable, for totalitarian doctrines are always mad. The Nazis thought they were engaged in a biological struggle. The Stalinists thought they were the proletariat and their enemies were the bourgeois exploiters. The Baathists and Islamists see a cosmic Zionist-Crusader conspiracy.

It is important to keep a sense of the madness in these ideas, even if it is true that in the years after World War I some Germans were oppressed outside of the borders of Germany, and Israel and the U.S. have done bad things.

10) All of the totalitarian movements were at bottom ideological movements, not based on a normal sense of grievances of political claims or expression of real-life interests, but movements based on ideological visions.

Each of these movements in the past was defeated not militarily but ideologically. World War II was violent and military, but although D-Day was important, de-Nazification was the actual victory. The defeat of Nazism militarily would not have been all that helpful if Germany, which is inherently an extremely wealthy and powerful society, had continued to remain a society of millions and millions of convinced Nazis.

The same is true now. The struggle we are involved in now has, had, and will continue to have a military aspect, but this aspect must be secondary to the ideological aspect, to the war of ideas.

The basic danger we are facing now is not weapons of mass destruction, per se, because we know very well that box cutters can be lethal weapons of the worst sort. The danger that we face is not inherently military; it’s not armies in the conventional sense. It is above all ideological. As long as millions of people are committed fanatically to doctrines that are ultimately mad and that follow in the tradition of the totalitarian madnesses of Europe in the twentieth century, the danger persists.

I maintain that the struggle we are involved in is, or ought to be, ultimately a war of ideas.

Thank you.

JOANNE MYERS: I would like to open the floor to questions.

Questions and Answers

QUESTION: A fascinating rendition of history. The problem underlying all of these movements that have done so much damage in the world is that they are the result of liberalism. Liberalism, therefore, because of its very nature of considering a wide spectrum of good and evil, as opposed to taking a position on one side, is very negative and probably should be considered unacceptable in the war of ideas. Liberals have fomented some of the major problems in the history of the world.

I’d like your comments.

PAUL BERMAN: I agree with you up until your final conclusion. Liberalism in the broadest sense, the notion of a liberal society, does in fact generate these movements.

I am not the first to make that observation. In The Open Society and its Enemies, Karl Popper explains at length, in a book written or completed in 1943, a very evocative date, that the notion of freedom itself, which he traces back to Greece, inspires a rebellion of fear against it.

There is a relation between liberal society and its enemies, and that liberalism does inspire these movements of rebellion, and has inherently a difficulty in coping with them. If that is what you are suggesting, I agree completely.

We must recognize, first, that liberalism itself does bear some responsibility for the rise of these movements, and then bears a responsibility for failing to recognize them and to engage with them.

At a time of war people want to wave a flag and say, “these are the totally good guys and those are the totally bad guys.” I am with you on saying “those are the totally bad guys.” But about saying “these are the totally good guys” I have a moment of reservation.

QUESTION: Have you been in touch with fellow intellectuals in Europe? How do they respond to your thesis, they who have suffered from Nazism and Franco and Communism, and yet seem so naïve when it comes to understanding what the United States is trying to do to combat the dangerous ideologies in the Islamic world?

How can we find again a common basis with the Europeans and others, and with Muslims all over the world, to transform this Armageddon-directed Islamism, militant Islamism, into a more open society?

PAUL BERMAN: I’m sorry to say that in the current issue of the New York Review of Books I’ve been hanged by Ian Buruma, who takes the occasion to observe that he is Dutch-born and expresses a lot of resentment at some implicit analyses of contemporary Europe that he finds in my book. So there are some tensions.

I was at a conference in Paris last summer where the tensions between some of the American and European intellectuals were in fact quite great.

At the same time, my book occupies a strange place in this debate because it has already been criticized for being anti-European and having a naïve American nationalism implicit in it.

The ideas that I have just expounded, come, insofar as they aren’t my own, from Popper in some degree, from Albert Camus, and especially André Glucksmann, the French philosopher, who in his hugely unappreciated book of 1991, Le Onzième Commandement, which is his answer to Francis Fukuyama, lays out some aspects of this notion of the Book of Revelation as an Ur myth underlying modern totalitarianism.

I just had this same discussion with a reporter from Le Monde, who called to ask me if I wasn’t anti-European, based on what she had read about my book in the New York Review. I said, “I don’t think so because all my ideas are actually French, except that I have given them a different twist.”

The great chasm that has opened up between the United States and Western Europe, at least, is much more conjunctural, much more a matter of chance events, than it is anything deeper or structural. I disagree with Robert Kagan on this point. Much of it is the fault of George Bush and could have been avoided.

In France, before the Iraq war, a poll showed that 33 percent of the French supported the war. Of those 33 percent, most were on the Right, some were on the Left. But apart from the 33 percent, the polls showed consistently that the single most admired politician in France is Bernard Kouchner, who was a socialist, Mitterand’s Minister of Health, NATO Administrator in Kosovo, and long ago had been the founder of Doctors Without Borders. Kushner supported the war.

So if you figure that the most popular politician in France, who is a socialist, supported the war, 33 percent of the population supported the war, most of whom were on the Right, meaning that you could have got much support on the Left, all you had to do was convince 9 percent of the French to change their opinion and you would have had a majority of France in favor of the war. The popular support for the war in France is much above that in Spain, where Aznar did support the war.

If Bush had presented the arguments for the war along the lines that a Bernard Kouchner would have proposed, if he had argued for the war as a further extension of what NATO had done in the Balkans finally in the Kosovo war, he would have been able to carry that extra 9 percent in France, and if Chirac saw that even a small majority was leaning in favor of the war, he would have found a way to interpret the international situation rather differently.

World War II was an age of giants, of Roosevelt and Churchill. Today we have Churchill but we don’t have Roosevelt and we don’t have de Gaulle. I attribute the breach between the United States and Europe above all to these errors of Bush.

QUESTION: Would you give us your views on the modalities by which an ideological struggle can be conducted? It is difficult for outsiders to argue with or conduct an ideological debate with the Muslim world. An ideological debate must occur within a community.

PAUL BERMAN: First, it’s a mistake to regard Muslims as outsiders to the West. In many respects the intellectual capital of the Arab world is Paris and London, where you have the freest press and the most open debate. The leading philosopher of the most moderate, fairly reasonable wing of modern Islamism is a Swiss professor who is the grandson of the founder of the Muslim Brotherhood in Egypt.

Second, the founders of the Muslim totalitarian movements, the most important theoreticians, like Sayyid Qutb in the case of radical Islamism, or Michel Aflaq in the case of Baathism, are Western-educated intellectuals.

A quarter of my book is devoted to the writings of Sayyid Qutb, born in 1906, hanged by Nassar in 1966. During his many years in prison he wrote a gigantic commentary of the Qur’an. It looks strictly Islamic and Qur’anic, but if you sit back and look at the ideas, it’s not hard to recognize a bit of Heidegger, of existentialism, all of the familiar doctrines of modern European philosophy.

And this guy knew what he was doing. He did not come up with totally modern ideas strictly out of the seventh-century Qur’an. He did succeed in finding a Qur’anic language to express these ideas, but this writer does not live on a different planet or come from a different universe than the intellectuals of New York or Paris or London.

If my analysis is correct, I don’t mean to deny a distinctly regional and denominational aspect of Muslim totalitarianism. I am happy to acknowledge the differences between Egypt and Italy, or for that matter Egypt and its immediate neighbors. But if the fundamentals of my analysis are correct, then all of these movements reflect the intellectual currents of the twentieth century coming out of the nineteenth century, and it is a great mistake on our part to think that the intellectuals behind these movements are coming from a different universe.

So we can argue with these people directly. And we shouldn’t assume that they are not reading us or would not be willing to read us. I came on the works of Qutb prowling the Islamic bookstores of Atlantic Avenue in Brooklyn. There is every reason to think that the other people prowling those bookstores, who might have a different ethnic origin than my own, are nonetheless reading some of the same books that I am reading, and that the gap between us and them is not so great.

QUESTION: You describe the totalitarian forces as the people of God in their minds. Do you not think that this concept is slightly different in this context, because one could say that about an aspect of what is going on in this country? After all, there is a rather large segment of people in this country who have affected policy who call themselves the Christian Right. They believe in Armageddon, Revelation.

There is this aspect in what you would characterize as the liberalism force as also the people of God. Our President has said that God is on our side. This is slightly different from the analysis that you presented of all the other contexts.

PAUL BERMAN: An excellent question. I have two responses.

First, it is not true that everyone who calls himself a fundamentalist is the same. The mainstream of American Christian fundamentalism has, even if they allow themselves flights of fancy, political goals, such as prayer in schools, the end of the right to abortion, etc.

Maybe if they were given free rein, they would lose control of themselves and the goals would multiply. I don’t rule that out.

The mainstream of these people are not dreaming of abolishing the U.S. Constitution and replacing it with a theocracy. It’s a limited movement.

However, there are groups like the David Koresh cult and certain kinds of cults that arise on the fringe of the American Christian fundamentalist movement that have this idea. If you could picture one of those cults becoming a mass movement led by David Koresh, then you would have something much more like radical Islamism, or the Taliban.

One of Bush’s worst failures is that he is so locked into a conventional American understanding of Christianity and its role in American politics that he has no idea whatsoever how this plays in the rest of the world. He hasn’t the faintest idea that to European ears when he evokes God he sounds like a fascist. He knows he is not a fascist, and most Americans know that he is not a fascist, that he doesn’t want to overthrow the Constitution.

But the language he is using is not so different from a language that you can trace among American politicians way back into the nineteenth century and is well understood both on the Right and the Left.

So when we hear Bush invoking his Christian faith and saying “God bless America,” we shrug. But to many people around the world, in Europe especially, this is language that only a follower of Franco would use.

Bush has no idea how badly he has weakened the United States internationally by using this language and how badly he has weakened the struggle ideologically. After all, the most important thing that we want to do is persuade millions of people in the Muslim world that Islam is excellent but what they want to establish is a secular society which is not theocratic, which has the qualities of a liberal society, and that there is a fine and esteemed place for religion within it. Bush sounds like a Christian Crusader, exactly the worst fantasy of the Islamists and Baathists who are against the United States.

QUESTION: Paul, I would like to make a defense of liberalism. You’re conflating the failure of nerve of liberals in the 1930s to stand up against Hitler, and then later to see the treacheries of Stalin. But just because these movements identify themselves as opposition to liberalism is no discredit to liberalism.

How do you expect this next phase of our confrontation with the Islamic world to be a struggle of ideas? When has liberalism been able to persuade others to give up their ways? The liberal society of the North couldn’t even persuade the South to give up its ways. And in every encounter that liberalism has had in the twentieth century, it was a winning philosophy. Liberalism prevailed over fascism, over Communism, and what the Islamic world now faces is that they are isolated and in a state of desperation, backwardness and poverty.

Oscar Wilde said, “How do you reason someone out of what they have not reasoned into?”

PAUL BERMAN: They have not reasoned their way into it. When you read some of the theoreticians of these movements, you see that they are quite intelligent, and that people reasoned their way into fascism, Nazism, and Communism, and then they reasoned their way out of those movements.

In the case of Communism, the liberal world engaged in an excellent war of ideas, which, in Europe at least, meant that Communism collapsed, outside of Romania, in an entirely peaceful way, which is the ideal solution to the problem. And it was done largely through a war of ideas, that liberals of the Left and Right upheld their ideas. Liberal movements eventually began to spring up within the Communist societies, and some of the Communists themselves began to question their ideas in the face of these criticisms.

Communism has always contained something of a contradictory element, going back to Marx, who was partly wrong but partly right. The intellectual aspect of the Cold War in Europe was huge.

In the case of the Islamists and Baathists, again they are not so remote from us. Ultimately, they have to be reasoned with.

The whole history of totalitarian movements up to now has been one in which liberalism has finally triumphed, and so there is reason to feel some deep confidence about this. One actually has to go out and engage in this fight, which is largely intellectual.

There are two obstacles that exist, that make it difficult for us to engage in this fight.

One is a liberal naïveté, which has always been the case in regard to totalitarian movements, where one doesn’t want to believe that these movements are as bad as they are and one finds reasons for saying that they are reasonable and, therefore, not to take them seriously.

The other obstacle is the belief in the clash of civilizations, which attributes to the Muslim world an exoticism, that might lead us to suppose that we can’t argue with them because they come from another planet.

We must avoid the naïveté of failing to recognize what some of these movements represent and the dangers they pose and the crimes that they have already committed, and we must avoid the belief that there is no way we can speak to these people because they come from such a faraway place.

JOANNE MYERS: Thank you very much.

Voir aussi:

ISIL could pose threat to US, Europe, officials say

The group is now considered “the most potent military force” of any terrorist outfit in the world
Michael Isikoff
Yahoo News
August 15, 2014

U.S. air strikes not "breaking the threat" of ISIL: Pentagon

U.S. counterterrorism officials have dramatically ramped up their warnings about the threat posed by the Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL), concluding that the well-armed group is expanding its ambitions outside the Middle East and may be planning terror attacks against western Europe — and even the U.S. homeland.
ISIL’s conquest of vast swaths of Iraqi territory this spring and summer netted it a “significant” arsenal of U.S. weapons from two Iraqi military bases, including hundreds of tanks, heavily armored Humvees, assault rifles, and rocket-propelled grenade launchers, officials say. One U.S official tells Yahoo News ISIL is now considered “the most potent military force” of any terrorist group in the world.

Led by its charismatic chief Abu Bakr al-Baghdadi, the radical Islamist group is looking beyond its short-term goal of overthrowing the Iraqi and Syrian governments and replacing them with a self-proclaimed Islamic Caliphate. “We’re seeing an expansion of its external terrorist ambitions,” one U.S. counterterrorism official said in a briefing for reporters Thursday. “As its capabilities grow, it has attracted thousands of foreign extremists — some of whom are going home to start cells. As it carves out territory [in Iraq], it wants to go beyond that and do attacks outside. ” U.S. counterterrorism agencies had put the number of ISIL fighters at about 10,000, but that figure is now being reassessed and is likely to be raised, officials say.

Just four years ago the group, then calling itself the Islamic State of Iraq, was scattered and on the run from American forces, aided by Sunni tribes horrified by the group’s often grotesque violence. Its reign has been marked by summary executions, ritual stonings, beheadings and even crucifixions.

What fueled its resurgence? Officials say the group fed off Sunni resentment over the Shia-dominated government of Iraq’s Prime Minister Nouri al-Maliki, who announced his resignation Thursday night. It took advantage of the power vacuum in northern Iraq to seize large chunks of essentially ungoverned territory. It saw an opportunity in recruiting prisoners; in July 2013, its suicide bombers blew their way into the notorious Abu Ghraib prison, freeing up to 500 inmates, including al-Qaida leaders.

These demonstrable successes gave the group new credibility among jihadis around the world, especially after it joined the civil war in Syria and changed its name to ISIL. (It has at times also been known as ISIS, or the Islamic State of Iraq and Syria.) It has since changed its name again to the Islamic State after proclaiming itself a caliphate, the latest in a succession of Muslim empires dating back to the seventh century. Its ranks were soon swelled by foreigners, including hundreds of followers of the red-bearded Chechen militant Omar al-Shishani, a former Georgian army sergeant known for his deep hatred of America.

Concerns about terrorism spilling over from Syria and Iraq hit home in June when French police arrested an "armed jihadi" who had just returned from Syria in connection with the May 24 killing of four people — including two Israeli tourists — at a Jewish Center in Brussels.

Since then, authorities in Europe have broken up terror cells linked to ISIL, including one in Kosovo where officials this week arrested 40 suspects who had returned from Iraq and Syria—including some who had fought with ISIL — and seized weapons and explosives in dozens of locations.

ISIL and its followers have also proven adept at using social media, making a steady barrage of threats against the West, including the United States.

“Probably most striking are the threats on Twitter,” said a U.S. official who monitors the postings. “We’ve seen tens of thousands of postings by ten of thousands of people supporting ISIL, making threats to blow up U.S. Embassies." One posting showed an ISIL banner apparently superimposed on an image of the White House.

It is still unclear how real those threats are, at least while ISIL is focused on its war with the Iraqi government. And the resignation of the deeply unpopular Maliki could allow for more U.S.-Iraqi cooperation in the fight against the insurgents.

But increasingly, officials say, ISIL has the perception of momentum. For the first time there are signs that some jihadis linked to al-Qaidaare expressing sympathy, if not allegiance, to ISIL — despite al-Qaida chief Ayman al-Zawahri’s disavowal of the group.

One thing ISIL does not lack is funds. The group has seized banks, accumulating vast amounts of cash and raking in more by selling oil and other commodities to smugglers. ISIL “is flush with cash. It has plenty of money. They control oil fields, they have refiners. They have hundreds of millions of dollars,” said one U.S. analyst at the Thursday briefing.

And it is exceptionally well armed. When ISIL forces assaulted two Iraqi military bases, Camp Speicher and Rasheed Air Base, in July, they got the keys to the kingdom — hundreds of millions of dollars’ worth of American tanks, armored personal carriers, howitzers and other equipment. ISIL fighters have posed for videos brandishing MANPADS, shoulder-launched surface to air missiles that can shoot down low-flying aircraft.

This undated file image posted on a militant website on Tuesday, Jan. 14, 2014, which has been verified and is …
“They’ve got enough supplies, equipment and ammunition to last them five years,” said John Maguire, a former top CIA officer in Iraq who retains close ties to the Kurdish regional government. Thanks in part to assistance from former Iraqi military officers who have defected to ISIL, “they know how to operate American equipment.”

What they also have, at least for the moment, is a de facto safe haven. Al-Baghdadi — who officials say sees himself as the true successor to Osama bin Laden — is believed to be constantly on the move. But ISIL appears to have established a headquarters in Raqqa in northern Syria, where the group’s black banners reportedly fly over administrative buildings.

Given that President Obama has placed sharp limits on U.S. airstrikes and confined them to Iraq, that effectively makes Baghdadi and his top deputies — almost all of whom were once in U.S. custody — off-limits to U.S. military action. The Raqqa safe haven “is a problem,” acknowledged one U.S. official.

The bottom line, U.S. counterterrorism officials say, is that new strategies are urgently needed to counter the surging ISIL threat. In the briefing for reporters Thursday, one senior official made the point in the most understated way possible: “We don’t assess at the moment this [the threat from ISIL] is something that will collapse on its own.”

Voir également:

TEA LEAF NATION
China Sees Islamic State Inching Closer to Home
Chinese media lights up after a Hong Kong weekly says IS aims to expand into Xinjiang.
Alexa Olesen
Foreign Policy
August 11, 2014

They’ve been grabbing headlines nearly everywhere else, but the jihadis of northern Iraq haven’t been getting much play in China. But a threat by the Islamic State (IS) of revenge against countries, including China, for seizing what IS calls "Muslim rights" appears to have changed all that. The comments were made in early July, but the news didn’t jump the language barrier from Arabic into Mandarin until August 8, when Phoenix Weekly, a Hong Kong-based newsmagazine widely distributed in China, made the IS revenge threats against China its cover story. Since then, the article has been widely syndicated on Chinese news websites and has gained traction on social media as well. Ordinary Chinese who may have felt distant from the carnage now feel it creeping closer to home.

The glossy cover of the Phoenix issue features a picture of masked gun-toting jihadis advancing through a desert landscape. The piece inside sounds the alarm over a July 4 speech in Mosul, Iraq, by IS leader Abu Bakr Al-Baghdadi in which he urged Muslims around the world to pledge their allegiance to him. It quotes Baghdadi saying that "Muslim rights are forcibly seized in China, India, Palestine" and more than a dozen other countries and regions. "Your brothers all over the world are waiting for your rescue, and are anticipating your brigades," Baghdadi told his followers. Phoenix noted that China was mentioned first on Baghdadi’s list. (The article also includes a map that some news reports have said shows the vast territory IS plans to occupy in the next five years, which appears to include a significant portion of Xinjiang. Although the authenticity of the map, which was widely shared on English-language social media sites in early July, has been questioned, the Phoenix piece reports it as fact.)

Online, Chinese are both agitated and bemused. One Chinese reader wrote on the social media site Weibo:
"This is good. It offends all five of the hooligans on the UN Security Council" — that is, China, France, Russia, the United Kingdom, and the United States — which means the IS jihadis "are going to be roadkill." Anotherresponded to a photo of Baghdadi: "Looking at this bearded pervert makes me sick. Hurry up and incinerate this kind of trash, and send him to enjoy his 72 virgins in heaven." A third wrote that ISIS seemed to have "a death wish," but that people should be grateful because the jihadist group was giving Beijing "a reasoned and evidence-based opportunity to crack down on terrorist activities."

This may constitute a welcome opening for Chinese authorities. China has been fighting a low-level separatist insurgency of its own in Xinjiang for decades and worries that foreign Islamic groups are infiltrating the region, emboldening the simmering independence movement. Uighur exile groups say China’s government overstates its terrorism problem and falsely paints protests that turn into riots as premeditated terror attacks. In any case, Beijing is likely alarmed by IS’s criticism of its treatment of the Muslim Uighurs and the group’s alleged plan to seize Xinjiang, no matter how far-fetched the idea might be. But just how actively authorities will deal with any IS threat remains to be seen.

Beijing has consistently tried to keep itself removed from the political and military crises roiling Iraq, even as China has poured billions of dollars into Iraqi oil, enough that about 10 percent of its oil imports come from the Middle Eastern country. China’s most decisive action since ISIS’s surge has been to evacuate 10,000 Chinese working in Iraq. On July 8, Chinese special envoy Wu Sike met with Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki and pledged anti-terror support, but added that Beijing would fully respect the country’s sovereignty. When Wu returned to Beijing he briefed reporters about the trip on July 29, telling them that China was a victim of terror with roots in Syria and Iraq. "Solving the conflicts in Iraq and Syria will benefit China and the entire world," he said.

But Beijing’s reaction to U.S. airstrikes in Iraq betrays its conflicted allegiances. China usually bristles at or condemns U.S. intervention in global hot spots and has opposed U.S. sanctions against Sudan, Syria, Russia, and Iran. But the interests of Washington and Beijing are unusually closely aligned when it comes to Iraq. On August 8, the official Xinhua News Agency quoted a Foreign Ministry spokesperson as saying that China was "keeping an open mind" about operations that would "help maintain security and stability" in Iraq. The statement came in response to a request for comment on U.S. President Barack Obama’sannouncement that the United States would carry out airstrikes against insurgents in northern Iraq. Wang Chong, a researcher at Charhar Institute, a public diplomacy think tank in Beijing, wrote on Weibo that he "firmly supported" the U.S. crackdown on IS. Wang added that the United States "ought to send ground troops to wipe out those brutal terrorists" and that if there was a need, "China could also send troops to help and provide training."

That’s possible — within limits. Zhu Weilie, director of the Middle East Studies Institute at Shanghai International Studies University, toldthe state-run Global Times on July 29 that China believes the United Nations should lead anti-terror operations in the Middle East. "China will be more actively involved in these efforts but will never be as involved in Middle East affairs as the United States," he said.

Voir enfin:
Hezbollah sees Islamic State insurgents as threat to Gulf, Jordan
Tom Perry
Reuters
Beirut Aug 15, 2014

(Reuters) – The Hezbollah leader described the radical Islamist movement that has seized large areas of Iraq and Syria as a growing "monster" that could threaten Jordan, Saudi Arabia, Kuwait and other Gulf states, according to an interview printed on Friday.

In a separate speech, Sayyed Hassan Nasrallah said Islamic State also posed an existential threat to his own nation, Lebanon, the target of an incursion by Islamist insurgents fromSyria this month. He said his heavily armed Shi’ite Muslim group was ready to fight the threat in Lebanon – if required.

The Iranian-backed Hezbollah has been helping Syrian President Bashar al-Assad fight a Sunni Islamist-dominated insurgency that spilled into the Lebanese border town of Arsal on Aug. 2, triggering five days of battles between the Lebanese army and militants including members of Islamic State.

"Here we live, and – if the battle is imposed on us – here we fight and here we will be martyred," said Nasrallah. Hezbollah said it stayed out of the Arsal battle, wary of inflaming sectarian tensions with Lebanese Sunnis, many of whom have supported the uprising against Assad.

Nasrallah was speaking on the eighth anniversary of the conclusion of Hezbollah’s one-month war with Israel.

Addressing the wider threat to the region from Islamic State, Nasrallah said it could easily recruit in other Arab states where its hardline ideology exists. Even Turkey, the passage for many foreign fighters into Syria, should beware.

"Wherever there are followers of the ideology there is ground for (Islamic State), and this exists in Jordan, in Saudi Arabia, in Kuwait and the Gulf states," Nasrallah said in the interview with the Lebanese newspaper Al-Akhbar.

Nasrallah, whose group is backed by Shi’ite power Iran, said Islamic State was encountering resistance in some parts of Iraq and Syria. But "it appears that the capabilities, numbers and capacities available to (Islamic State) are vast and large. This is what is worrying everyone, and everyone should be worried."

Saudi Arabia, a Sunni Muslim monarchy that has been in a state of cold war with Shi’iteIran and its allies, has shown growing signs of alarm about the spread of Islamic State. Last month, it deployed 30,000 soldiers at its border with Iraq.

Saudi Arabia has also been a major sponsor of the anti-Assad uprising.

Hezbollah’s role in Syria has helped Assad beat back the rebellion against his rule in critical areas of the country including Damascus and a corridor of territory stretching north from the capital. But large parts of Syria’s less densely populated north and east have fallen to Islamic State.

"A REAL DANGER"

"This danger does not recognise Shi’ites, Sunnis, Muslims, Christians or Druze or Yazidis or Arabs or Kurds. This monster is growing and getting bigger," said Nasrallah.

Nasrallah reiterated his defence of Hezbollah’s role in the Syrian conflict, the focus of criticism from Lebanese opponents who say the group has provoked Sunni militant attacks in Lebanon.

Most recently, insurgents including members of Islamic State seized the town of Arsal at the Syrian border, battling the Lebanese army for five days before withdrawing with 19 soldiers and 17 policemen as captives.

Nasrallah said the insurgents would have advanced as far as the Lebanese coast were it not for Hezbollah’s role fighting them in areas of Syria just east of the Lebanese border.

"Going to fight in Syria was, in the first degree, to defend Lebanon, the resistance in Lebanon, and all Lebanese," he said.

A Hezbollah commander was last month killed in Iraq near Mosul, a city seized by Islamic State in June, suggesting the group may also be helping pro-government forces there.

Hezbollah has not officially announced any role in Iraq.

Nasrallah linked the threat posed by Islamic State to the spread of Wahhabism, a puritanical school of Islam followed in Saudi Arabia that demands obedience to the ruler but which has been widely blamed for fuelling Sunni radicalism.

"(Islamic State) does not have borders. There is a real danger and a real fear among many states and authorities, because one of the advantages of this organisation is its capacity to recruit among followers of al Qaeda-Wahhabi thought," he said.

(Additional reporting by Laila Bassam; Editing by Mark Heinrich)


Gaza: Attention, une perfidie peut en cacher une autre ! (We lied, people died: How the West helped Hamas build its war machine)

26 juillet, 2014

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https://fbcdn-sphotos-c-a.akamaihd.net/hphotos-ak-xpa1/t1.0-9/p526x296/10530872_689121274500935_5988822043723872590_n.jpg https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/t1.0-9/10527862_4463432360970_1818002411482289599_n.jpgPuisqu’ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête. Osée 8: 7
S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19: 40)
What are Gazans supposed to do ? Jon Stewart
Il faut commencer par se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. Autrement dit, la problématique judaïque et chrétienne est toujours incorporée à nos déviations. René Girard
Dans le monde moderne, même les ennemis de la raison ne peuvent être ennemis de la raison. Même les plus déraisonnables doivent être, d’une façon ou d’une autre, raisonnables. (…) En cohérence avec cette idée, les socialistes regardaient ce qui se passait outre-Rhin et refusaient simplement de croire que ces millions d’Allemands avaient adhéré à un mouvement politique dont les principes conjuguaient théories paranoïaques du complot, haines à glacer le sang, superstitions moyenâgeuses et appel au meurtre. Les kamikazés étaient certes fous, mais la faute en incombait à leurs ennemis, pas à leurs dirigeants ni à leurs propres doctrines. (…) le nihilisme palestinien ne pouvait signifier qu’une chose: que leur souffrance était encore pire … Paul Berman
Rien ne s’améliorera aussi longtemps que les gens raisonnables penseront que les criminels et les fanatiques obéissent aux mêmes règles qu’eux. Et qu’ils acceptent de leur vendre, de leur confier, ou de laisser entre leurs mains de puissantes armes de mort. Cette attitude est aussi absurde et criminelle que celle qui conduisit le mahatma Gandhi, en juillet 1939 et décembre 1940, à écrire à son « cher ami » Adolf Hitler, pour lui demander d’être raisonnable. Si on se conduit avec les mafias et les mouvements terroristes comme avec des gens raisonnables, c’est le monde entier qui sera bientôt invivable. Jacques Attali
Il est de peu d’intérêt de s’indigner contre le déferlement antisémite et de le faire dans l’habituelle rhétorique sans pensée, c’est-à-dire bien-pensante, de l’«antifascisme» militant, si l’on n’est pas capable de méditer encore et à nouveau l’effet de choc produit, il y a quelques années, par les développements badiousiens sur les «portées du mot «juif». Ce texte constitue un tournant – dont on peut mesurer l’effet de brèche. Lorsqu’on écrit, en dépit de tout bon sens, que «le nom de juif» est «une création politique nazie» sans référent préexistant, qu’il constitue une invention hitlérienne au service de l’extermination, quand on affirme que «juif» est désormais le signifiant-maître des nouveaux aryens, que les Israéliens sont tout sauf juifs (à la limite le seraient seuls Spinoza, Marx, Freud et quelques autres Ehrenjuden !), quand on claironne qu’Israël est un pays antisémite, quand on pose avec une telle assurance «ontologique» tant de sottises, on donne à la logique diabolique du retournement, soit de la perversion, le statut d’une figure de pensée : non seulement les «juifs» ne sont pas juifs, mais ils sont, eux, les véritables nazis. Et, par voie de «conséquence», ceux qui les combattent, ici, là-bas, sont d’authentiques antinazis, courageux et exposés à la vindicte haineuse et meurtrière des juifs-nazis ou des nazis-juifs. Cet ectoplasme de pensée est devenu, en quelques années, un topos de l’idéologie et de l’action d’extrême gauche, décliné sous tous les registres et tous les tons. On ne le doit pas, me semble-t-il, à la seule force de conviction de Badiou (ses hypothèses, sur ce point précis, sont vraiment indigentes), mais à une conjoncture, à un climat, à un état des forces politiques, à une sinistre mutation. L’analyse politique, «l’analyse concrète d’une situation concrète», comme nous disions jadis et naguère, doit s’entendre et se pratiquer comme une pensée des circonstances de l’agir. Autrement, la politique n’est plus une politique, mais un principe d’indétermination abstrait qui distribue une même substance (le capital, par exemple) sous des accidents divers mais substantiellement identiques, la démocratie et le fascisme, les CRS et les SS, Gaza et le ghetto de Varsovie. Sous ce préalable et cette mémoire, que s’est-il passé, il y a quelques mois, politiquement, culturellement, idéologiquement autour de «l’affaire» Dieudonné ? Que recèle et que montre ce «moment» insigne ? Il a signifié, aux naïfs, dont je suis, une surprise, une prise inattendue dans le retour d’un contenu refoulé, comme si du coup l’affaire Dieudonné venait inscrire une césure, un retournement (une quenelle ?), une «libération» du discours raciste – expression dont on voit bien qu’elle indique un dé-foulement de ce qui aura été originairement réprimé, la liquidation violente d’instances de censure désuète, comme balayées par une vague immense. Pour la première fois depuis très longtemps, le pavé parisien a retenti en janvier, puis de nouveau ces jours-ci, de cris de haine et de mort, «mort aux juifs», «juifs hors de France». Rien de neuf d’une certaine façon, simplement, au contraire, un retour à la normale, la restauration publique et politiquement assumée d’une très ancienne détestation après une brève interruption d’une cinquantaine d’années – d’où l’effet de souffle d’une parole «libérée». Mais le progressisme «spontané» qui gouverne de façon pavlovienne notre saisie des événements politiques avait persuadé que le temps de ce vieil antisémitisme européen était aussi révolu que la lampe à huile ou l’aéroplane de grand-papa. Or, il ne suffit pas d’avoir établi l’inanité philosophique de ce progressisme pour en avoir fini avec les illusions et aveuglements qu’il provoque et charrie. Il convient, peut-être, de se remémorer le mot de Lénine à propos de l’antisémitisme. Ce dernier, disait-il, est «éternellement nouveau». C’est dire que sa pérennité même ne se peut qu’à la condition de son renouvellement et que ses avatars signalent moins d’authentiques différences que des modulations temporalisées d’une même continuité «éternelle». (…) C’est qu’entre-temps, et l’intervention badiousienne joue un rôle crucial à cet égard, sous le couvert d’un antisionisme parfois furieux, l’extrême gauche, ou plutôt une certaine extrême gauche, pas toute, mais presque, aura contribué à redonner à l’antisémitisme le plus plat une légitimité dont la vieille extrême droite rêvait et que le gauchisme aura donc fait ou refait. Car il est vrai aussi qu’il renoue ainsi avec les courants antisémites les plus forcenés, de Proudhon à Dühring en passant par beaucoup d’autres, qui ont toujours été implantés dans les mouvements socialistes européens. C’est là que se profile, selon moi, une menace croissante, à en juger par la nature de certains propos venus de l’«islamo-gauchisme», pour utiliser une expression sans doute trop indéterminée. Le péril, c’est que la jonction finisse par se produire entre une extrême gauche «antisioniste» et l’antisémitisme d’extrême droite (ce que plusieurs manifestations récentes ont partiellement réussi dans la rue et ce dont elles sont le prodrome voire le premier symptôme effectif). Si cette condensation devait parvenir, comme force politique, à rassembler la jeunesse déshéritée, ou une partie d’entre elle, alors les conséquences en seraient vraiment redoutables. Gérard Bensussan
 Ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à une telle situation. Depuis 1948, tous les jours, tous les mois et surtout pendant le mois sacré du ramadan, nous assistons à une tentative de génocide systématique. Recep Tayyip Erdogan (premier ministre turc)
The vast majority of the countries participating in [the Arab League] summit consider Hamas to be a terrorist organization. These countries pray – all those foreign ministers are praying – that Israel will manage to get rid of Hamas once and for all. They support the Israeli planes bombing the Gaza Strip under the pretext of getting rid of Hamas and stopping the missiles. (…) Is it conceivable that such an "urgent" meeting is convened only 7-8 days after the Israeli air raids on the Gaza Strip began?! Why did it take them so long? The reason was that they wanted to give the Israeli planes and tanks the opportunity to invade Gaza and destroy the resistance. There are 18 resistance movements in Gaza. It’s not only Hamas. (…) They took their time to allow Israel to destroy the resistance once and for all. This meeting was summoned by Kuwait. Why didn’t Palestinian President Mahmoud Abbas summon it, and from day one? The reason is that he does not want the Arabs to convene. He does not want them to decide that this aggression must be stopped. (…) Yizhak Rabin once said that he hoped to wake up one day and see Gaza had sunk into the sea. By God, the Arab regimes and leaders have outdone Rabin in this. They would like the West Bank, the Gaza Strip, and the entire Palestinian people to sink into the sea with no survivors. Abd Al-Bari Atwan (former Gaza-born, editor-in-chief of Al-Quds Al-Arabi, Mayadeen TV on July 14, 2014)
Toute personne tuée ou tombée en martyr doit être appelée « civil de Gaza ou de Palestine », avant de préciser son rôle dans le djihad ou son grade militaire. N’oubliez pas de toujours ajouter l’expression « civil innocent » ou « citoyen innocent » en évoquant les victimes des attaques israéliennes sur Gaza. Commencez [vos rapports sur] les actions de résistance par l’expression « en réponse à la cruelle attaque israélienne », et concluez avec la phrase : « Ces nombreuses personnes sont des martyrs depuis qu’Israël a lancé son agression contre Gaza ». Assurez-vous toujours de maintenir le principe : « Le rôle de l’occupation est d’attaquer, et nous en Palestine sommes toujours en mode réaction ». (…) Évitez de publier des photos de tirs de roquettes sur Israël depuis les centres-villes de Gaza. Cela [servirait de] prétexte pour attaquer des zones résidentielles de la bande de Gaza. Ne publiez pas ou ne partagez pas de photos ou de clips vidéo montrant des sites de lancement de roquettes ou [les forces] du mouvement de résistance à Gaza. (…) ne publiez pas de photos d’hommes masqués avec des armes lourdes en gros plan, afin que votre page ne soit pas fermée [par Facebook] sous prétexte d’incitation à la violence. Dans vos informations, assurez-vous de préciser : « Les obus fabriqués localement tirés par la résistance sont une réponse naturelle à l’occupation israélienne qui tire délibérément des roquettes contre des civils en Cisjordanie et à Gaza »… (…) • Lorsque vous vous adressez à l’Occident, vous devez utiliser un discours politique, rationnel et convaincant, et éviter les propos émotifs mendiant de l’empathie. Certains à travers le monde sont dotés d’une conscience ; vous devez maintenir le contact avec eux et les utiliser au profit de la Palestine. Leur rôle est de faire honte de l’occupation et d’exposer ses violations. • Évitez d’entrer dans une discussion politique avec un Occidental pour le convaincre que l’Holocauste est un mensonge et une tromperie ; en revanche, assimilez-le aux crimes d’Israël contre les civils palestiniens. • Le narratif de la vie comparé au narratif du sang : [en parlant] à un ami arabe, commencez par le nombre de martyrs. [Mais en parlant] à un ami occidental, commencez par le nombre de blessés et de morts. Veillez à humaniser la souffrance palestinienne. Essayez de dépeindre la souffrance des civils à Gaza et en Cisjordanie pendant les opérations de l’occupation et ses bombardements de villes et villages. Directives du ministère de l’Intérieur du Hamas aux activistes en ligne
We, the undersigned academics, lawyers, and community leaders, are profoundly perturbed by the unbalanced and partisan position adopted by the Canadian Government and federal political parties regarding the current violence in Gaza. While more than 650 Palestinians – 75% civilians, according to the United Nations – have been killed in Israel’s latest military operation, official statements have focused exclusively on denouncing Hamas’s rocket strikes (responsible for two fatalities) and uncritically proclaiming Israel’s right to self-defence. While Hamas’s indiscriminate rocket firings are illegal under international law, Israel is still bound by basic international humanitarian law principles protecting civilians during times of war and prohibiting collective punishment. Indiscriminate and disproportionate attacks on civilian life and infrastructure in Gaza violate fundamental norms of international law. As of July 22, the toll of the ongoing offensive (the third major military assault on Gaza in six years) includes: at least 147 children killed, including four by missile strike while playing soccer on a Gaza beach; 3 504 Palestinians injured (it is uncertain how many are civilians, but the number includes 1 100 children and 1 153 women); 2 655 families whose homes have been destroyed or severely damaged; 117 000 people displaced; at least 90 schools and 18 health facilities damaged (including the destruction of al-Wafa Hospital, the only rehabilitation hospital in Gaza and the West Bank) 2 million people with no or very limited access to water and sanitation services. (…) And the toll increases by the hour. (…) As a country claiming to champion universal human rights and dignity, Canada’s foreign policy must align with international law, and reflect the equal value of Palestinian and Israeli life. The callous devaluation of Palestinian life communicated by our political leaders does not represent us as Canadians. Canadians 4 Gazans
It is a just war carried out with a great deal of care. I don’t like the civilian casualties that result from bombing the homes of the Hamas leaders. And what’s happening in Shejaiya is horrible, but I think it falls within the normal rules of war. The moral bottom line seems clear.“‘We’re using missile defense to protect our civilians, and they’re using their civilians to protect their missiles.’” Ori Nir (porte-parole de Americans for peace now)
Provoke Israel. It had worked in the past. A kidnapping of Israeli soldiers on the northern border had led to Israel’s less-than-discriminate assault on Hizballah in Lebanon in 2006. Rocket attacks had provoked Israel’s two previous Gaza incursions, in 2008 and 2012. Hamas and Hizballah had “won” those wars because their fighters resisted the Israelis more effectively than conventional Arab armies had done in the past but also because the images of collapsed buildings and blood-soaked children had bolstered Israel’s growing reputation as an oppressor and a bully in the eyes of the world. This time is different, however, for several reasons. The initial provocation, the kidnapping and murder of three Israeli teenagers, was indefensible, as was a retaliatory murder of a Palestinian teen. In a moment of moral clarity, Hamas lauded its kidnappers, while a furious Netanyahu called the retaliation “reprehensible.” Indeed, Israel’s actions have been more prudent across the board. It confined its bombing at first to Hamas’ military facilities and leaders. Civilians were killed in the process–as was Hamas’ intent–but these were targeted strikes, not the free-range assault on Gaza City that had occurred in Operation Cast Lead in 2008. The ground campaign that followed was limited as well, confined to Shejaiya, a neighborhood on the eastern outskirts of Gaza City that was a warren of Palestinian fighters and the launch point for a very elaborate tunnel system from Gaza to Israel. The fighting has been brutal, to be sure. More than 500 Palestinians and 32 Israeli soldiers have been killed. But it was not an indiscriminate massacre. Israel was protecting its border, the right of any sovereign nation; its citizens were threatened by Palestinian assaults at the receiving end of the tunnels (several of which were attempted, and foiled, during the fighting). (…) There have been the predictable anti-Israel riots in Europe, mostly populated by Islamic groups; the parlor left has been appalled, on cue, by the alleged Israeli brutality–without questioning the deadly cynicism of Hamas. Meanwhile, Hamas has been outfoxed diplomatically: it opposed the cease-fire agreement proposed by Egypt, which Israel–and the Arab League–supported. If you’re really the aggrieved party, it’s not easy to explain why you won’t accept peace. By now, in a reasonable world, Hamas would have lost all remaining shreds of its tenuous moral credibility. Joe Klein
I think that there has been a failure of reporting on our side about the extent of the Israeli operation, which compared to cast lead in 2008-2009. Cast lead was really wanton destruction of Gaza city. This has been pretty well-targeted … The ground offensive is in only one neighborhood of east Gaza city. The targets: schools, mosques, that’s where they store the guns. And it’s terrible that families and children are being killed but that is precisely Hamas’s purpose in starting this mess.(…) It’s pretty well known that I’ve been very critical of Israel in the past,  especially their activities on the West bank and their expansion of settlements and I still am. But in this case … I spent the last couple of days talking to members of the Israeli peace movement, you know, people like Ori Nir, the spokesman of Americans for peace now and he called this a just war. He studies these things very, very carefully. And I think that in this case we have to present more nuanced  reporting. Joe Klein (Time)
It’s the moral equivalence which is so devastating. When Egypt this week proposed its ceasefire in Gaza, a BBC presenter asked whether both sides would now conclude that there was no point carrying on with the war. From the start, restraint has been urged on both sides — as if more than 1,100 rocket attacks on Israel in three weeks had the same weight as trying to stop this onslaught once and for all. Israel has been bombing Gaza solely to stop Hamas and its associates from trying to kill Israeli citizens. But for many in the West, the driving necessity is not to stop Hamas but to stop Israel. Moral equivalence morphs instantly into moral bankruptcy. People have looked at the casualty count — around 200 Palestinians killed at the time of writing, while only a handful of Israelis have been injured or killed — and decided that this proves Israel is a monstrous aggressor. No concern at all for the Israelis who have only a few seconds to rush to a shelter when the sirens start to wail, car drivers flinging themselves to the ground at the side of the road. No concern for the elderly or disabled Israelis who can’t get to a shelter, the hospital patients left helpless while the rockets slam into the ground nearby. Just imagine if the Scots, for example, had for years been firing at England volleys of rockets that were now putting 40-50 million people within range. Unimaginable? Of course it is. No country would tolerate it. But that’s the equivalent situation in which tiny Israel has found itself. Yet it is simultaneously having to fight another war: against a West determined to demonise it with accusations of deliberate atrocities, lack of restraint or an attempt to conquer more land. To these people, whatever Israel does to defend itself is bad. Killing Gazans is bad, warning them to flee so they won’t be killed is bad, the Iron Dome missile defence system is bad because, while Palestinians are being killed, Israelis are not. Ah yes, that’s the real outrage, isn’t it? Not enough dead Jews. How dare they defend themselves so effectively! Melanie Philips
Où sont les routes et les chemins de fer, les industries et les infrastructures du nouvel Etat palestinien ? Nulle part. A la place, ils ont construit kilomètres après   kilomètres des tunnels souterrains, destinés à y cacher leurs armes, et lorsque les choses se sont corsées, ils y ont placé leur commandement militaire. Ils ont investi  des millions dans l’importation et la production de roquettes,  de lance-roquettes, de mortiers, d’armes légères et même de drones. Ils les ont délibérément placés dans des écoles, hôpitaux, mosquées et habitations privées pour exposer au mieux  leurs citoyens. Ce jeudi,  les Nations unies ont annoncé  que 20 roquettes avaient été découvertes dans l’une de leurs écoles à Gaza. Ecole depuis laquelle ils ont tiré des roquettes sur Jérusalem et Tel-Aviv. Pourquoi ? Les roquettes ne peuvent même pas infliger de lourds dégâts, étant presque, pour la plupart,  interceptées par le système anti-missiles « Dôme de fer » dont dispose Israël. Même, Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité palestinienne a demandé : « Qu’essayez-vous d’obtenir en tirant des roquettes ? Cela n’a aucun sens à moins  que vous ne compreniez, comme cela a été expliqué dans l’éditorial du Tuesday Post, que le seul but est de provoquer une riposte de la part d’Israël. Cette riposte provoque la mort de nombreux Palestiniens et  la télévision internationale diffuse en boucle les images de ces victimes. Ces images étant un outil de propagande fort télégénique,  le Hamas appelle donc sa propre population, de manière persistante, à ne pas chercher d’abris lorsqu’Israël lance ses tracts avertissant d’une attaque imminente. Cette manière d’agir relève d’une totale amoralité et d’une stratégie  malsaine et pervertie.  Mais cela repose, dans leur propre logique,  sur un principe tout à fait  rationnel,  les yeux du monde étant constamment braqués sur  Israël, le mélange d’antisémitisme classique et d’ignorance historique presque totale  suscitent  un réflexe de sympathie envers  ces défavorisés du Tiers Monde. Tout ceci mène à l’affaiblissement du soutien à Israël, érodant ainsi  sa  légitimité  et  son droit à l’auto-défense. Dans un monde dans lequel on constate de telles inversions morales kafkaïennes, la perversion du Hamas  devient tangible.   C’est un monde dans lequel le massacre de Munich n’est qu’un film  et l’assassinat de Klinghoffer un opéra,  dans lesquels les tueurs sont montrés sous un jour des plus sympathiques.   C’est un monde dans lequel les Nations-Unies ne tiennent pas compte de l’inhumanité   des criminels de guerre de la pire race,  condamnant systématiquement Israël – un Etat en guerre depuis 66 ans – qui, pourtant, fait d’extraordinaires efforts afin d’épargner d’innocentes victimes que le Hamas, lui, n’hésite pas à utiliser  en tant que boucliers humains. C’est tout à l’honneur des Israéliens qui, au milieu de toute cette folie, n’ont  perdu ni leur sens moral, ni leurs nerfs.  Ceux qui sont hors de la région, devraient avoir l’obligation de faire état de cette aberration  et de dire la vérité. Ceci n’a jamais été aussi aveuglément limpide. Charles Krauthammer
Hamas doesn’t care if its population suffers under the attacks or not, because the population is suffering anyway. Hamas doesn’t really care about their own casualties either. They want to achieve something that will change the situation in Gaza. This is a really complicated situation for Israel. It would take one to two years to take over the Gaza Strip and get rid of the tunnels, the weapons depots and the ammunition stashes step-by-step. It would take time, but from the military point of view, it is possible. But then we would have 2 million people, most of them refugees, under our control and would be faced with criticism from the international community. (…) Unfortunately, we have failed in the past to deliver a debilitating blow against Hamas. During Operation Cast Led, in the winter of 2008-2009, we were close. In the last days of the operation, Hamas was very close to collapsing; many of them were shaving their faces. Now, the situation has changed to the benefit of the Islamists. They deepened the tunnels; they are more complex and tens of kilometers long. They succeeded in hiding the rockets and the people who launch the rockets. They can launch rockets almost any time that they want, as you can see. Yuval Diskin
L’armée israélienne a déjoué plusieurs attentats de grande envergure. Le Hamas avait prévu plusieurs attentats simultanés à grande échelle durant la période du Nouvel An juif qui doit débuter le 24 septembre prochain, a confié une source sécuritaire vendredi à i24news. Selon cette source se basant sur les informations recueillies par les services de Renseignements qui ont interrogé des terroristes palestiniens faits prisonniers ces derniers jours à Gaza, le Hamas avait prévu d’infiltrer en Israël environ 200 de ses combattants par chacun des tunnels menant de la bande de Gaza vers le territoire israélien durant les fêtes de Rosh Hashana, la nouvelle année du calendrier juif. I24news
Au sud, vers 8h, les Givati ont pris possession de l’agglomération de Khirbet al Adas. A l’occasion de la prise de contrôle de cette localité, 150 individus qui se trouvaient dans un bâtiment depuis lequel des tirs étaient dirigés vers les soldats se sont rendus en s’avançant au-devant d’eux avec des drapeaux blancs. Nombres de ces hommes étaient uniquement des auxiliaires secondaires des brigades Ezzedine al Kassam, la branche armée du Hamas, mais une quarantaine d’entre eux appartenaient aux commandos d’élite de la milice islamiste. Ils ont été transférés en autobus vers des centres de détention en Israël et sont actuellement interrogés. C’est la première fois dans ce conflit que l’on assiste à une reddition aussi massive que celle-ci ; reste que l’Armée israélienne détient déjà un grand nombre de prisonniers. (…) L’observation des combats laisse à penser que les capacités défensives et le moral du Mouvement de la Résistance Islamique sont ébranlés. La Ména a procédé aujourd’hui au décompte des estimations remises par les commandants de 3 des 5 brigades participant aux combats dans la Bande de Gaza. Le chiffre des miliciens islamistes tués par ces trois brigades dépasse les 500 morts. Ces appréciations sont précieuses, car le Hamas et les autres milices ne communiquent absolument pas quant au nombre de leurs combattants tombés en action. Selon les bilans qu’ils présentent, tous les morts sont des civils. Sur la base des renseignements en notre possession, en ajoutant la quarantaine de miliciens morts dans cette journée de jeudi, la Ména affirme que les milices djihadistes ont perdu jusqu’à maintenant entre 650 et 670 combattants lors de Rocher Inébranlable. Des dizaines de ces miliciens sont enterrés dans des cimetières de fortune éloignés des regards, ou abandonnés sous les décombres de leurs positions afin d’empêcher Tsahal d’établir des bilans plus précis et d’évaluer de la sorte les capacités restantes de l’ennemi. D’après les évaluations effectuées par Sami el Soudi, se basant sur les chiffres de Tsahal, des témoignages téléphoniques de Gaza et des communiqués des différents hôpitaux et morgues de la bande côtière, le chiffre total des morts gazaouis s’établirait, ce jeudi soir, entre 850 et 880, incluant les miliciens. Mena press
While salvaging Qurans from the rubble of the Al-Farouq Mosque in Gaza, junior imam Muhammad Hamad told the New York Times, ‘This is a house of God” – as though this proved the mosque is a peaceful place of worship.  He said this after Al-Farouq had been targeted by the Israeli Defense Forces (IDF) on July 12.  According to IDF spokesperson, Lt. Col. Peter Lerner, intelligence indicated the mosque was used as “a Hamas rocket cache and gathering point for militants.” (…) Further Palestinians have a documented history of using mosques as bases for terrorism.  A few examples: In 2003, Israeli police thwarted a suicide attack and located the explosives belt in a mosque in Taibeh. In 2003, Hamas terrorists in Hebron used their mosque’s football team as cover while they carried out a series of suicide attacks that killed 34 Israelis. In 2003, Ra’ed Misk, an imam of a mosque in Hebron, carried out a suicide attack that killed 23 civilians.  He was dressed in the explosives belt at a mosque in eastern Jerusalem. In 2008, the IDF bombed a mosque in Gaza City that was used to store missiles and explosives and was used as a launching ground for rocket attacks. In 2009, during Operation Cast Lead, IDF forces uncovered weapons caches in mosques throughout Gaza including ones in Jabaliya, Al-Atatra, and the Zeitun neighborhood of Gaza City. As for the Al-Farouq Mosque recently targeted in Gaza for being a “rocket cache” and meeting place for terrorists, it broadcasts publicly its affiliation with Hamas and its promotion of jihad on the mosque’s Facebook page. Danielle Avel
I recently had the opportunity to see for myself the moral chasm between how the Israeli Defense Forces and Hamas treat civilians during military operations. In May I joined a dozen other retired U.S. generals and admirals on a trip to Israel with the Jewish Institute for National Security Affairs. Just outside Hamas-ruled Gaza, we toured a tunnel discovered less than one kilometer from an Israeli kindergarten. Unlike tunnels that I had seen during the Iraq war that were designed for smuggling, this Hamas tunnel was designed for launching murder and kidnapping raids. The 3-mile-long tunnel was reinforced with concrete, lined with telephone wires, and included cabins unnecessary for infiltration operations but useful for holding hostages. Israel, fearing just such tunnel-building, has long tried to limit imports of concrete to Gaza for anything but humanitarian projects, yet somehow thousands of tons of the material have been diverted for terror use rather than building hospitals or housing for Palestinians. Since the beginning of ground operations into Gaza, the IDF has uncovered approximately 30 similar tunnels leading into Israel, in addition to the more than two dozen discovered prior to Operation Protective Edge. Hamas operatives have been intercepted emerging from such tunnels in Israel carrying tranquilizers and handcuffs, apparently hoping to replicate the successful 2006 kidnapping of IDF soldier Gilad Shalit, for whom Israel exchanged 1,000 Palestinian prisoners in 2011. Beyond targeting Israeli civilians with kidnappings and with the indiscriminate firing of rockets, Hamas shows a callous disregard for the lives of the Palestinians it ostensibly represents. Earlier this month Hamas spokesman Sami Abu Zuhri appeared on Al-Aqsa TV and encouraged Gaza residents to act as human shields. They appear to have heeded the call: Israeli Defense Forces combat video has shown Palestinians rushing to rooftops after receiving warnings from Israel—via phone calls, text messages, and unarmed "knock-knock" small projectiles striking a targeted building—that a missile attack is imminent. Nor is Hamas the only potential adversary of Israel that believes its civilians’ propaganda value is worth more than their lives. From an IDF outpost overlooking the border, I saw housing tracts in Lebanon built with Iranian money after Israel’s 2006 war with Hezbollah. The IDF has determined that the housing masks the launch sites for some of the more than 100,000 rockets that Hezbollah holds in reserve for attacking Israel and its citizens. As we have seen in images from Gaza, the occupants of these dwellings either will serve as human shields to deter Israeli pre-emptive strikes, or in the event of another war they will be valuable "collateral damage"—dying in the service of Hezbollah’s propaganda mill. This cynical inducement of civilian suffering for propaganda is in marked contrast to the IDF’s treatment of noncombatants. While Hamas is encouraging the sacrifice of its civilian population—and its cowardly leadership is ensconced in underground bomb shelters—the IDF reports that in the conflict’s first week it provided more than 4,400 tons of food to Palestinians in Gaza, about 900 tons of natural gas and about 3.2 million liters of diesel fuel. All this despite 1,700 Hamas rockets fired at Israel.  General Conway
If Israel was purposely trying to kill Gazan civilians, 18-28 year-old men would not make up so many of the deaths. The percentage of women would be way higher than 22% (since they make up almost half the population), and the percentage of children killed would be way higher than approximately 20%, given nearly 50% of Gazans are under 14. Also, compare these figures to those published by the UN: 599 Palestinians killed 443 civilians (74%) 147 children (25%) 74 women (12%). Israellycool
Those are the primary antidotes to the biased and lazy mainstream media’s false equivalencies and context-free body count obsession. If Israel were less adept at protecting its innocents, and if Hamas actually tried to spare its civilians instead of intentionally putting them in harm’s way, low-information Americans might be spared the various monuments to “moral lunacy,” erected by people like Jon Stewart: Mr. Stewart asserted that both sides–Israel and Hamas–are engaging in aerial bombardment. But because Israel is more effective at prosecuting the war, and because more Palestinians than Israelis are dying, Israel is the more guilty party. It’s framed as an example of moral equivalence, but with Israel more morally culpable because of the “asymmetric” nature of the conflict. This is moral lunacy. You would never know from watching Stewart that Hamas is dedicated to the destruction of the Jewish state (and says so in its charter); that Hamas started the war; that Hamas wants to escalate the war; that Hamas has refused repeated ceasefires; and that Hamas is using innocent Palestinians as human shields by, for example, using hospitals and schools for military purposes. You would never know, in other words, that Hamas has a vested interest in more dead Palestinians, precisely in the hopes that people like Jon Stewart will make Israel out to be the more malicious of the two combatants. And when Stewart ridicules Israel for warning Palestinians to evacuate before the IDF strikes military targets in Gaza–”Evacuate to where!?”–he is displaying (at best) an embarrassing ignorance. Israel actually drops leaflets with maps indicating where residents of Gaza can go–specific sites–where they’ll be unharmed. So Israel is instructing Gazans to leave dangerous combat zones. And what about Hamas? It’s urging Gazans to stay. Why? In order for them to be killed. Hot air
Le conflit actuel avec Gaza prouve que les diverses accusations émises par Israël à l’encontre du Hamas sont fondées, et le résultat c’est la guérilla urbaine déloyale dont le monde est témoin en ce moment. Comme l’a écrit Evelyn Gordon précédemment, les vastes réseaux de tunnels prouvent qu’Israël avait raison de prédire le double usage que ferait le Hamas d’objets et de matériaux au profit de sa guerre terroriste contre des civils israéliens. Les Occidentaux devraient être gênés d’avoir rendu possible la construction de ces tunnels : la pression exercée sur Israël pour qu’il laisse entrer ces matériaux a été le moyen utilisé par la communauté internationale pour faire des civils israéliens les cobayes d’une grande expérience. Les nations n’ont pas cru aux prédictions d’Israël, elles voulaient vérifier leurs thèses. C’est fait maintenant, et des innocents en payent le prix. Seth Mandel

Attention: une perfidie peut en cacher une autre !

Découverte de dizaines de kilomètres de tunnels, tunnels d’attaque compris émergeant en territoire israélien au prix de quelque 600 000 tonnes de ciment et plus d’un milliard de dollars; projets d’attentats massifs via les tunnels notamment pour le nouvel an juif fin septembre; roquettes qui apparaissent dans les école de l’ONU et qui, si l’on en croit les aviations civiles occidentales pourraient désormais se révéler dangereuses pour nos passagers; bilan, provisoire et publié uniquement par des agences proches du Hamas, de pertes "civiles" confirmant la surreprésentation des hommes en âge de combattre (80%); utilisation de photos de victimes recyclées d’autres conflits; journalistes occidentaux faisant état de pressions et de manoeuvres d’intimidation de la part du Hamas pour avoir osé évoquer l’utilisation délibérée de sa population comme boucliers humains; journalistes arabes évoquant le souhait cachés du Monde arabe – nos amis qataris et turcs exceptés – de voir le Hamas enfin désarmé …

Alors qu’en ces temps étranges où le plus fort doit s’excuser de trop bien protéger sa population pendant que le plus faible fait la une des médias pour l’avoir sacrifiée

Se confirment, une à une et jour après jour, l’ensemble des accusations que répètent depuis des années les autorités israéliennes sur les détournements et la perfidie des méthodes de combat du Hamas en particulier et des Palestiniens en général …

Et que du côté occidental, si l’on en croit un récent sondage américain et ce que l’on peut voir dans nos manifestations, les critiques seraient plutôt jeunes, sous-éduqués, sous-informés et plutôt gauchisants …

Comment ne pas voir, avec la revue américaine Commentary et comme en creux à l’instar des proverbiales pierres de l’Evangile (sauf que là, c’est des pierres de tunnel !) criant enfin leur vérité, l’incroyable mauvaise foi ou au mieux naïveté de l’ensemble ….

Tant des accusations dirigées contre l’Etat hébreu que des excuses généreusement accordées pendant toutes ces années au Hamas par nos belles âmes ?

Mais aussi, alors que le bilan humain s’alourdit chaque jour un peu plus, leur incroyable irresponsabilité  ?

Israel and the Burden of Being Right
Seth Mandel
Commentary
07.24.2014

Generally when someone says they “hate to say I told you so,” it’s fair to doubt they really hate saying it. But in Israel’s case it’s believable. The current conflict with Gaza is proving Israel correct about its various claims with regard to Hamas, and the result is the treacherous urban warfare the world is currently witnessing.

As Evelyn Gordon wrote earlier, the vast tunnel networks prove Israel was right about letting in dual-use items that Hamas would only appropriate for its terror war against Israeli civilians. The West should, in fact, be embarrassed by its enabling of those tunnels: pressuring Israel to let in those materials was the international community’s way of using Israeli civilians as guinea pigs in a grand experiment. They didn’t believe Israeli predictions, and wanted the premises tested. Now they have been, and innocents are paying the price.

While we’re on the topic of dangerously boneheaded diplomatic fumbles by the Obama administration, the FAA ban on flights to Israel’s major international airport–conspicuously imposed not when the rockets started flying but when John Kerry needed leverage to box Israel into a cease-fire–proved another point. The grotesque body-counters among the press like to treat rockets from Gaza as barely more than fireworks which do not lead (because of Israeli and American technological genius) to a comparable number of fatalities.

But the FAA ban is the Obama administration’s way of inadvertently admitting otherwise: rockets from Gaza are such a threat, according to the Obama administration’s actions, that Tel Aviv should be treated as more dangerous for commercial flight than countless other locations that would give anything for a safety record even resembling that of Ben-Gurion. Thus, the possibility that rockets will escape Iron Dome is sufficient to treat them as the act of war they are intended to be. Israel was right about the need to stop and deter the rockets, not least because of America’s reaction to them.

The tunnels and the rockets are Hamas’s primary threat to those living inside Israel, and they also shine a light on another of Israel’s verified claims: Hamas’s practice of turning civilians and their property into instruments of war. As I wrote on Tuesday, journalists have witnessed Hamas fighters using a hospital as a command center and moving rockets into mosques. And Hamas is using UN schools to store weaponry as well.

But reporters have also opened a window into why there’s not as much coverage of the use of human shields as one would think. Yesterday, a Wall Street Journal photographer tweeted an image of a Hamas official at Shifa hospital and wrote: “You have to wonder w the shelling how patients at Shifa hospital feel as Hamas uses it as a safe place to see media.” He then deleted the tweet. At the Jerusalem Post, Lahav Harkov offers a window into the threats journalists are getting on social media for recording Hamas actions:

On Wednesday, Peter Stefanovic of Australia’s Channel Nine News tweeted: “Hamas rockets just launched over our hotel from a site about two hundred metres away. So a missile launch site is basically next door.”
An account called @ThisIsGaza said this was Stefanovic’s fourth time “passing and fabricating information to Israel… from GAZA” and threatened to sue him.
Another account, @longitude0 wrote: “You are a cretin. Are you working for the IDF” and “in WWII spies got shot.”
Financial Times Jerusalem Bureau Chief John Reed reported seeing “two rockets fired toward Israel from near al-Shifa hospital, even as more bombing victims were brought in.”
Shifa, in Gaza City, is the main medical facility in the Strip.
In response, @Saritah_91 tweeted: “We’ll hold you responsible if Israel uses your tweet to bomb the hospital & then justify it.”

The Hamas supporters are making use of the term “informant,” treating the media as their allies (I can’t imagine why) who then betray the cause when they report what they see. There has also been an interesting desire on the part of journalists to obfuscate the implications of their own reporting. For example, in an article detailing Hamas’s brazen use of human shields, New York Times reporters Anne Barnard and Jodi Rudoren write:

Nothing is ever so clear in the complex and often brutal calculus of urban warfare. There is no evidence that Hamas and other militants force civilians to stay in areas that are under attack — the legal definition of a human shield under international law. But it is indisputable that Gaza militants operate in civilian areas, draw return fire to civilian structures, and on some level benefit in the diplomatic arena from the rising casualties.

Hamas is using civilians as human shields, but let’s not jump to any conclusions. Barnard and Rudoren don’t cite their source for international law, but here is the plain text of the Geneva Conventions:

The presence of a protected person may not be used to render certain points or areas immune from military operations.

But even by the Barnard/Rudoren account, it’s pretty clear that Hamas, in turning civilian areas into military targets and then prohibiting civilians from using the reinforced bunkers under those areas to which Hamasniks then retreat when the counterattack arrives, is using civilians as human shields.

Again, Israel said all this–and has said it for some time. But there’s not much consolation in being right about these claims, because it means Hamas’s sacrificial use of Palestinian civilians and the group’s genocidal war against the Jewish state continues.

Voir aussi l’excellent traduction de Menahem Macina:

Israël et la lourde charge d’avoir raison
Seth Mandel
13/08/2014
Israël et la lourde charge d’avoir raison, Seth Mandel
Texte original anglais : “Israel and the Burden of Being Right”, paru le 24 juillet 2014 dans Commentary.
[Je dois d’avoir eu connaissance de cet article à J.C. Durbant, qui en donne la référence sur son blogue.
En général, quand quelqu’un dit qu’il « déteste dire "je vous l’avais dit" », on a le droit de douter qu’il déteste réellement dire cela. Mais dans le cas d’Israël, on peut le croire. Le conflit actuel avec Gaza prouve que les diversesaccusations émises par Israël à l’encontre du Hamas sont fondées, et le résultat c’est la guérilla urbaine déloyale dont le monde est témoin en ce moment.
Comme l’a écrit Evelyn Gordon précédemment, les vastes réseaux de tunnels prouvent qu’Israël avait raison de prédire le double usage que ferait le Hamas d’objets et de matériaux au profit de sa guerre terroriste contre des civils israéliens. Les Occidentaux devraient être gênés d’avoir rendu possible la construction de ces tunnels : la pression exercée sur Israël pour qu’il laisse entrer ces matériaux a été le moyen utilisé par la communautéinternationale pour faire des civils israéliens les cobayes d’une grande expérience. Les nations n’ont pas cru aux prédictions d’Israël, elles voulaient vérifier leurs thèses. C’est fait maintenant, et des innocents en payent le prix.
Venons-en aux tâtonnements stupides de l’Administration Obama. L’interdiction par l’Agence fédérale de l’aviation, des vols à destination du principal aéroport international d’Israël – manifestement imposée non pas quand lestirs de missiles ont commencé mais lorsque John Kerry a eu besoin d’exercer une pression brutale sur Israël pour imposer un cessez-le-feu – a prouvé autre chose. Le grotesque décompte comparatif des cadavres, fait pas la presse, a permis de considérer les missiles tirés de Gaza comme à peine plus que des feux d’artifices, qui, en raison du génie technologique israélien et américain, ne se soldent pas par un nombre comparable de morts.
Mais l’interdiction de vol de l’Agence fédérale de l’aviation a été le moyen qui a permis à l’Administration Obama d’admettre, par inadvertance, que les missiles tirés par le Hamas constituaient une telle menace, à en croire les mesures prises par l’Administration Obama, que Tel Aviv devait être considérée comme plus dangereuse pour l’aviation commerciale que d’innombrables autres lieux qui donneraient n’importe quoi pour avoir un dossiersécuritaire semblable à celui de Ben Gourion. Ainsi, la possibilité que des missiles échappent au Dôme de fer est suffisante pour les considérer comme l’acte de guerre qu’ils voulaient être. Israël avait donc raison d’insister pour qu’on empêche les tirs de missiles et que soient dissuadés ceux qui les effectuent, au moins en raison de la réaction américaine à leur égard.
Les tunnels et les missiles sont les principales menaces du Hamas à l’encontre de ceux qui habitent à l’intérieur d’Israël, et ils éclairent une autre des plaintes d’Israël qui se sont vérifiées : la pratique du Hamas de transformer les civils et leurs biens en instruments de guerre. Comme je l’ai écrit mardi, des journalistes ont été témoins que des combattants du Hamas utilisent un hôpital comme centre de commandement et déplacent leurs missiles dans des mosquées. Le Hamas utilise aussi des écoles de l’ONU pour entreposer de l’armement.
Mais les reporters fournissent ainsi un bref aperçu de la raison pour laquelle l’utilisation des boucliers humains ne bénéficie pas d’une aussi grande la couverture qu’on le pense. Hier, un photographe du Wall Street Journal atweeté la photo d’un fonctionnaire du Hamas à l’hôpital de Shifa et écrit : « On doit se demander pourquoi il y a des bombardements, et ce que ressentent les patients de l’hôpital Shifa quand le Hamas l’utilise comme abri pour rencontrer les médias ». Il a ensuite détruit son tweet. Au Jerusalem Post, Lahav Harkov fournit un bref apercu des menaces que subissent des journalistes dans les médias sociaux pour avoir enregistré des faits et actes du Hamas.
Mercredi, Peter Stefanovic, de la chaîne australienne d’informations 9 (Channel Nine News), a tweeté : « Des missiles du Hamas viennent juste de passer au-dessus de notre hôtel, [ils ont été tirés] d’un emplacement situé à 200 mètres de nous. Ainsi, en somme, un pas de tir de missiles se trouve tout à côté. »
Un compte intitulé @ThisIsGaza, affirme que c’est la quatrième fois que Stefanovic « transmet et fabrique une information destinée à Israël… à partir de Gaza », et il menace de le poursuivre en justice.
Un compte intitulé @longitude0 écrit : « Vous êtes un crétin. Est-ce que vous travaillez pour Tsahal ? », et « Durant la Seconde guerre mondiale, les espions étaient fusillés ».
Le Chef du bureau du Financial Times à Jérusalem, John Reed, rapporte avoir vu « deux missiles tirés vers Israël [à partir d'un emplacement situé] tout près de l’hôpital al-Shifa, alors qu’on était en train d’y amener de nouvellesvictimes de bombardements ».
Shifa, dans la ville de Gaza, est le principal établissement médical de la Bande de Gaza.
En réponse, @Saritah_91 tweete : « Nous vous tenons pour responsable si Israël se sert de votre tweet pour bombarder l’hôpital et s’en justifier ensuite ».
Les partisans du Hamas se qualifient d’ « informateurs » et traitent les médias comme leurs alliés (je ne peux concevoir pourquoi), [quitte à ce que], ensuite, [ces journalistes] trahissent la cause en rapportant ce qu’ils voient.Intéressant aussi est le fait que certains journalistes se sont efforcés d’obscurcir les implications de leurs propres reportages. Par exemple, dans un article détaillant l’usage impudent que fait le Hamas de boucliers humains, les reporters du New York Times, Anne Barnard et Jodi Rudoren, écrivent :
« Rien n’est jamais très clair dans les calculs complexes et souvent brutaux de la guérilla urbaine. Il n’y a pas de preuve que le Hamas et d’autres militants forcent des civils à rester dans des zones soumises à des attaques, ce qui est la définition même du bouclier humain selon le droit international. Mais il est indiscutable que des militants de Gaza opèrent dans des zones civiles, attirant des tirs de riposte contre des bâtiments civils, et récoltant,d’une certaine manière, un bénéfice diplomatique de l’augmentation des pertes. »
[Il ressort de ces considérations que] le Hamas utilise des civils comme boucliers humains, mais [qu]‘il ne faut pas se hâter d’en tirer des conclusions. Anne Barnard et Jodi Rudoren ne citent pas leur source en matière de droit international, mais voici le texte même des Accords de Genève :
« La présence d’une personne protégée ne doit pas être utilisée dans le but d’assurer l’immunité en matière d’opérations militaires à certains lieux ou positions. »
Mais même selon le compte rendu de Barnard/Rudoren, il est tout à fait clair qu’en transformant des zones civiles en cibles militaires et en empêchant les civils d’utiliser les bunkers fortifiés, enterrés en-dessous de ces zones,alors qu’ensuite les hommes du Hamas s’y réfugient quand se produit la contre-attaque, l’organisation terroriste se sert des civils comme de boucliers humains.
Je le répète, Israël a dit tout cela, et durant un certain temps. Et il n’y a guère de consolation pour lui à avoir eu raison dans ses accusations, parce que cela signifie que l’usage sacrificiel fait par le Hamas des civils palestiniens, ainsi que la guerre génocidaire menée par cette organisation contre l’Etat Juif, se poursuivent.

How the West Helped Hamas Build Its War Machine
Evelyn Gordon
Commentary
07.24.2014

Yesterday, I wrote about one important way in which the West helps Hamas. Clearly, there are also many others, including media coverage that encourages Hamas’s use of human shields (as Alan Dershowitz explains here) or even parrots outright Hamas lies (as Noah Pollak explains here). But Monday’s Jerusalem Post editorial highlighted one important form of assistance to Hamas that has received far too little attention despite contributing greatly to Gaza’s current misery: the West’s relentless pressure on Israel to stop restricting imports of “dual-use” items into Gaza.

For years, human-rights groups, diplomats, pundits, and other opinion leaders demanded an end to the “siege” of Gaza, and eventually, they succeeded. President Barack Obama deserves special mention here; it was he who, after Israel’s botched raid on a flotilla to Gaza in 2010, twisted Israel’s arm into drastically easing its import controls. The pressure increased again after Egypt tightened its own blockade of Gaza last year, leading Israel to remove all remaining restrictions on construction materials like cement and iron.
Most of those who pressed Israel on this issue sincerely wanted to improve Palestinian lives: Eliminating import restrictions, they argued, would let Gaza residents build homes and businesses, improve the economy, and generally contribute to Palestinian wellbeing. So they blithely dismissed Israel’s warnings that these materials would actually be used not to help ordinary Palestinians, but to build Hamas’s terror infrastructure.
We now know Israel’s warnings were 100 percent correct. As Jonathan Tobin has already noted, Hamas built a vast warren of underground bunkers to protect its rockets and its own personnel. It also built dozens of cross-border tunnels dedicated solely to launching attacks inside Israel; the IDF has so far located 28–each of which runs for miles, deep underground, requiring hundreds of tons of cement and millions of dollars to build–and doesn’t think it has found them all. Yet Hamas built no hospitals, schools, power plants, or even bomb shelters to serve the general population; where such institutions exist, they were built either by Israel (when it controlled Gaza) or the international community.
Hamas built much of its underground warren with materials smuggled in from Egypt. But Israel’s lifting of restrictions last year undoubtedly helped. And even before that, Israel allowed huge quantities of dual-use products to be imported for projects supervised by the UN, Western governments, or international aid agencies, who were supposed to ensure that Hamas didn’t use them for its terrorist infrastructure. Given the sheer size of the tunnel network, it now seems likely that Hamas siphoned off some of this material, too–just as it has repeatedly stored rockets in UNRWA schools despite that organization’s stated objections.
Had Hamas not been able to build these tunnels, Israeli ground troops wouldn’t be in Gaza trying to destroy them. And had Israeli troops not been in Gaza, the hundreds of Palestinians wounded or killed in the Hamas-Israel crossfire would be unharmed, while the hundreds of homes damaged or destroyed in the fighting, or in the demolition of tunnels that run right under them, would still be standing.
In other words, in its well-meaning effort to improve Palestinian lives by demanding that Israel end its import restrictions, the international community helped Hamas build a massive terrorist infrastructure that has now brought death and destruction down on Gaza. I wonder whether all the Palestinians who have lost their loved ones or their homes think those extra tons of imported cement were worth the price.
I also wonder whether the West will learn the lessons for next time. Hamas is demanding that any cease-fire include a complete removal of all Israeli and Egyptian import restrictions and the end of Israel’s naval blockade. Pressuring Israel to comply with this demand would be a mistake. For not only would it show Hamas that launching rockets at Israel is an effective way of securing political gains, it would also facilitate its efforts to rebuild its war machine for the next round.

Voir également:

Recovery

Gaza’s Next Disaster: No Cement for Rebuilding

Commentary
July 23, 2014

To rebuild after its war with Israel, Gaza is going to need tons of cement. But Hamas has a history of using cement for military rather than civilian purposes, and importation of the vital building material is likely to be even more tightly controlled once hostilities end than it has been in the past. So big swaths of Gaza that have been devastated by Israeli bombardment will likely not be rebuilt for many years to come.

The bottom line: Visible scars from this war will last a long time.

Troops of the Israel Defense Forces have been surprised by the number and sophistication of tunnels discovered during their ground incursion, considering that Israel and (sometimes) Egypt have gone to great lengths to prevent Hamas engineers from getting their hands on material for building tunnels. What’s clear now is that those efforts to keep cement strictly for civilian purposes failed miserably. As of July 21, the IDF had found 23 tunnels under the Gaza-Israel border with 66 access points. The soil in the area is soft, which means tunnels are easy to dig but frequently require concrete for reinforcement. The Israeli military estimates that 600,000 tons of concrete—made by mixing cement with sand, gravel, and water—may have gone into the tunnels.

The tunnels can be surprisingly sophisticated. Last October, for instance, Israel discovered an attack tunnel under the border that was 1.6 miles long and 66 feet below ground, equipped with electricity, a communications network, and “stockpiles of cookies, yoghurt and other foods to allow for stays of several months,” the website Al-Monitor reported.

The construction of attack tunnels and underground lairs came at a time when Gaza was appealing to the world to be relieved of limitations on the importation of cement on humanitarian grounds. The Israeli human rights organization B’Tselem reported last year that “contractors and construction laborers in the Gaza Strip depicted a harsh reality in which projects are put on hold due to lack of materials. They related that contractors were forced to dismiss employees, so that thousands of people, most of whom support large families, lost their livelihood.”

A journalist for Al-Monitor, Rasha Abou Jalal, told the poignant story of a 22-year-old man who needed bags of cement last year to complete the construction of his marital home. The man had to buy them in secret, meeting his connection precisely at 10:30 p.m. at an arranged location. The article attributed the need for secrecy to the Hamas government’s “going after merchants monopolizing the cement market.” What seems clear now, however, is that the government’s real concern wasn’t fighting monopolistic merchants but keeping the cement for itself.

This history will further immiserate Gaza in coming years. International organizations willing to give Hamas the benefit of the doubt before are less likely to do so now. Hamas militants have demonstrated that when they get their hands on cement, they use it for attack tunnels. The victims, of course, will be the ordinary residents of Gaza who are caught in the middle.

Voir encore:

New Analysis Of Gazan Casualties In Operation Protective Edge: As of July 23rd (Update)

Important Update: It has been discovered that the Al Jazeera list (based on Gaza Health Ministry data) has many duplicates, and hence has inflated the number of Gazans killed. Read here for more.

Following on from the Gazan casualties analysis I published on Sunday – which has been widely disseminated – comes this latest one, based on the casualties list published on Al Jazeera as of today, which contains the names and ages of 535 palestinians.

Note: The Al Jazeera list contains some palestinians of age unknown, or who are unidentified, or whose names are gender neutral, meaning some of this data is skewed. The reader who did the analysis states that “there may be more of a bias towards women then there should be.”

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Since the last analysis (which was based on approximately 200 fewer casualties):

  • Percentage of males killed has slightly fallen from approx 82% to 78%
  • The percentage of those males killed, who were of combat age (18-28)* has fallen from approx 50% to 44%. Meaning, the total percentage of those killed who most fit the profile of a possible combatant has fallen from 41% to 34%
  • The percentage of males in the 29-48 age group (which also conceivably contains combatants) has more or less remained stable at 20%.
  • The percentage of children killed has risen from 18.6% to 19.5%

The new figures – like those of the previous analysis – bring into question how many of those killed were really innocent civilians, and still indicate that Israel has not been indiscriminately killing Gazans.

One would imagine, if Israel was purposely trying to kill Gazan civilians, 18-28 year-old men would not make up so many of the deaths. The percentage of women would be way higher than 22% (since they make up almost half the population), and the percentage of children killed would be way higher than approximately 20%, given nearly 50% of Gazans are under 14.

Also, compare these figures to those published by the UN:

  • 599 palestinians killed
  • 443 civilians (74%)
  • 147 children (25%)
  • 74 women (12%)

* Although as we have seen, young children have been used as combatants

Voir de plus:

Reporting of Casualties in Gaza

Steven Stotsky

Camera

July 14, 2014

Shown below is a chart of male fatalities in Gaza resulting from hostilities between Hamas and Israel between July 7 and July 14, derived from a list published by Al Jazeera on July 14. Information provided by Qatar-owned Al Jazeera should not be accepted at face value, as the emirate has close ties to the Hamas-led Gazan government, but nevertheless, the information provided in the list shows that as in past hostilities, the fatalities are disproportionately [compared to the overall population] among young males, which corresponds with the characteristics of combatants. Males over 40 years old are also disproportionately represented. Some of the fatalities in those over 40 years of age likely represent senior members of terrorist organization. Media coverage often parrots the line fed by Gazan authorities that "most of the casualties are civilians" despite the well-established propensity of Gazan authorities to exaggerate the proportion of civilian casualties.

CAMERA will update with information on the topic of combatant versus civilian fatalities as further investigation uncovers membership in terrorist groups of casualties labeled as civilian.

The x axis shows the age from 1 to 65 and the y axis shows the number of fatalities associated with each age. The total number of male fatalities is 150, but the ages are only available for 131, and 3 over age 65 are not shown due to space limitations. So 128 are shown on the chart. There were also 20 female fatalities over the same time frame.

Of the 150 male fatalities, 83 are between the ages of 16-39, 28 are over 40 years old and 20 are under 16 years old. For 19 not shown, the age was unspecified, although one of these was listed as a member of Islamic Jihad.

Notably, only about 12 percent of the total fatalities are female, though females make up half the population. Also, the median age of Gazans is reported to be around 15. Males under 15 make up just 13 percent of the total fatalities even though they represent half of all males in the Gaza Strip.

Voir encore:

The Moral Chasm Between Israel and Hamas
The 3-mile-long tunnel from Gaza was designed for launching murder and kidnapping raids.
James T. Conway
The Wall Street Journal
July 24, 2014

Americans are understandably concerned when they hear that the majority of Palestinian casualties in the fighting between Israel and Hamas have been civilians and when they see images of houses in Gaza reduced to rubble and women wailing. Given the lack of corresponding Israeli civilian casualties to date, this creates the impression of an unequal—and hence immoral—fight between Israel and Hamas.

Although American empathy for noncombatants is a critical component of who we are as a people, it should not blind us to reality: Israel’s military exists to protect its civilian population and seeks to avoid harming noncombatants, while its adversary cynically uses Palestinian civilians as human shields while deliberately targeting Israeli civilians.

I recently had the opportunity to see for myself the moral chasm between how the Israeli Defense Forces and Hamas treat civilians during military operations. In May I joined a dozen other retired U.S. generals and admirals on a trip to Israel with the Jewish Institute for National Security Affairs.

Just outside Hamas-ruled Gaza, we toured a tunnel discovered less than one kilometer from an Israeli kindergarten. Unlike tunnels that I had seen during the Iraq war that were designed for smuggling, this Hamas tunnel was designed for launching murder and kidnapping raids. The 3-mile-long tunnel was reinforced with concrete, lined with telephone wires, and included cabins unnecessary for infiltration operations but useful for holding hostages.

Israel, fearing just such tunnel-building, has long tried to limit imports of concrete to Gaza for anything but humanitarian projects, yet somehow thousands of tons of the material have been diverted for terror use rather than building hospitals or housing for Palestinians. Since the beginning of ground operations into Gaza, the IDF has uncovered approximately 30 similar tunnels leading into Israel, in addition to the more than two dozen discovered prior to Operation Protective Edge. Hamas operatives have been intercepted emerging from such tunnels in Israel carrying tranquilizers and handcuffs, apparently hoping to replicate the successful 2006 kidnapping of IDF soldier Gilad Shalit, for whom Israel exchanged 1,000 Palestinian prisoners in 2011.

Beyond targeting Israeli civilians with kidnappings and with the indiscriminate firing of rockets, Hamas shows a callous disregard for the lives of the Palestinians it ostensibly represents. Earlier this month Hamas spokesman Sami Abu Zuhri appeared on Al-Aqsa TV and encouraged Gaza residents to act as human shields. They appear to have heeded the call: Israeli Defense Forces combat video has shown Palestinians rushing to rooftops after receiving warnings from Israel—via phone calls, text messages, and unarmed "knock-knock" small projectiles striking a targeted building—that a missile attack is imminent.

Nor is Hamas the only potential adversary of Israel that believes its civilians’ propaganda value is worth more than their lives. From an IDF outpost overlooking the border, I saw housing tracts in Lebanon built with Iranian money after Israel’s 2006 war with Hezbollah. The IDF has determined that the housing masks the launch sites for some of the more than 100,000 rockets that Hezbollah holds in reserve for attacking Israel and its citizens. As we have seen in images from Gaza, the occupants of these dwellings either will serve as human shields to deter Israeli pre-emptive strikes, or in the event of another war they will be valuable "collateral damage"—dying in the service of Hezbollah’s propaganda mill.

This cynical inducement of civilian suffering for propaganda is in marked contrast to the IDF’s treatment of noncombatants. While Hamas is encouraging the sacrifice of its civilian population—and its cowardly leadership is ensconced in underground bomb shelters—the IDF reports that in the conflict’s first week it provided more than 4,400 tons of food to Palestinians in Gaza, about 900 tons of natural gas and about 3.2 million liters of diesel fuel. All this despite 1,700 Hamas rockets fired at Israel.

Meanwhile, the Rutenberg power plant outside Ashdod in Israel supplies Gaza with electricity, though the Palestinian Authority’s payments are badly in arrears. This supply only stopped when a Hamas rocket destroyed the power lines to Gaza on July 13, plunging 70,000 Palestinian households into darkness. Despite the rocket fire, Israel repaired the transmission lines, restoring electricity to Gaza.

I do not relate these experiences to argue for an Israeli moral perfection that does not exist, or to suggest that the IDF should be immune from criticism even if it commits genuine abuses. The tragic reality is that no matter how much the IDF tries to avoid collateral damage, its operations will kill some number of civilians. That won’t be close to the carnage of noncombatants in the Syrian civil war, but it won’t matter. As one Israeli commander told me, "The world judges Israel differently," regardless of its efforts to minimize civilian casualties.

I suspect that he may be right. If so, it is essential for the IDF to be as vigilant in shaping the information environment as it is in intercepting rockets from Gaza.

Gen. Conway, who retired in 2010, was the 34th commandant of the U.S. Marine Corps.

Voir aussi:

Ex-Israeli Security Chief Diskin: ‘All the Conditions Are There for an Explosion’
Interview Conducted by Julia Amalia Heyer
In an interview with SPIEGEL, Yuval Diskin, former director of Israel’s internal security service Shin Bet, speaks of the current clash between Israel and the Palestinians, what must be done to achieve peace and the lack of leadership in the Middle East.
July 24, 2014

SPIEGEL: Mr. Diskin, following 10 days of airstrikes, the Israeli army launched a ground invasion in the Gaza Strip last week. Why now? And what is the goal of the operation?

Diskin: Israel didn’t have any other choice than to increase the pressure, which explains the deployment of ground troops. All attempts at negotiation have failed thus far. The army is now trying to destroy the tunnels between Israel and the Gaza Strip with a kind of mini-invasion, also so that the government can show that it is doing something. Its voters have been increasingly vehement in demanding an invasion. The army hopes the invasion will finally force Hamas into a cease-fire. It is in equal parts action for the sake of action and aggressive posturing. They are saying: We aren’t operating in residential areas; we are just destroying the tunnel entrances. But that won’t, of course, change much in the disastrous situation. Rockets are stored in residential areas and shot from there as well.SPIEGEL: You are saying that Prime Minister Benjamin Netanyahu has been pressured to act by the right?

Diskin: The good news for Israel is the fact that Netanyahu, Defense Minister Moshe Ya’alon and Army Chief of Staff Benny Gantz are not very adventurous. None of them really wanted to go in. None of them is really enthusiastic about reoccupying the Gaza Strip. Israel didn’t plan this operation at all. Israel was dragged into this crisis. We can only hope that it doesn’t go beyond this limited invasion and we won’t be forced to expand into the populated areas.

SPIEGEL: So what happens next?

Diskin: Israel is now an instrument in the hands of Hamas, not the opposite. Hamas doesn’t care if its population suffers under the attacks or not, because the population is suffering anyway. Hamas doesn’t really care about their own casualties either. They want to achieve something that will change the situation in Gaza. This is a really complicated situation for Israel. It would take one to two years to take over the Gaza Strip and get rid of the tunnels, the weapons depots and the ammunition stashes step-by-step. It would take time, but from the military point of view, it is possible. But then we would have 2 million people, most of them refugees, under our control and would be faced with criticism from the international community.

SPIEGEL: How strong is Hamas? How long can it continue to fire rockets?

Diskin: Unfortunately, we have failed in the past to deliver a debilitating blow against Hamas. During Operation Cast Led, in the winter of 2008-2009, we were close. In the last days of the operation, Hamas was very close to collapsing; many of them were shaving their faces. Now, the situation has changed to the benefit of the Islamists. They deepened the tunnels; they are more complex and tens of kilometers long. They succeeded in hiding the rockets and the people who launch the rockets. They can launch rockets almost any time that they want, as you can see.

SPIEGEL: Is Israel not essentially driving Palestinians into the arms of Hamas?

Diskin: It looks that way, yes. The people in the Gaza Strip have nothing to lose right now, just like Hamas. And this is the problem. As long as Mohammed Morsi of the Muslim Brotherhood was in power in Egypt, things were going great for Hamas. But then the Egyptian army took over and within just a few days, the new regime destroyed the tunnel economy between Gaza and the Sinai Peninsula, which was crucial for Hamas. Since then, Hamas has been under immense pressure; it can’t even pay the salaries of its public officials.

SPIEGEL: All mediation attempts have failed. Who can stop this war?

Diskin: We saw with the most recent attempt at a cease-fire that Egypt, which is the natural mediator in the Gaza Strip, is not the same Egypt as before. On the contrary, the Egyptians are using their importance as a negotiator to humiliate Hamas. You can’t tell Hamas right now: "Look, first you need to full-stop everything and then we will talk in another 48 hours."

SPIEGEL: What about Israel talking directly with Hamas?

Diskin: That won’t be possible. Really, only the Egyptians can credibly mediate. But they have to put a more generous offer on the table: the opening of the border crossing from Rafah into Egypt, for example. Israel must also make concessions and allow more freedom of movement.

SPIEGEL: Are those the reasons why Hamas provoked the current escalation?

Diskin: Hamas didn’t want this war at first either. But as things often are in the Middle East, things happened differently. It began with the kidnapping of three Israeli teenagers in the West Bank. From what I read and from what I know about how Hamas operates, I think that the Hamas political bureau was taken by surprise. It seems as though it was not coordinated or directed by them.

SPIEGEL: Netanyahu, though, claimed that it was and used it as a justification for the harsh measures against Hamas in the West Bank, measures that also targeted the joint Hamas-Fatah government.

Diskin: Following the kidnapping of the teenagers, Hamas immediately understood that they had a problem. As the army operation in the West Bank expanded, radicals in the Gaza Strip started launching rockets into Israel and the air force flew raids into Gaza. Hamas didn’t try to stop the rockets as they had in the past. Then there was the kidnapping and murder of the Palestinian boy in Jerusalem and this gave them more legitimacy to attack Israel themselves.

SPIEGEL: How should the government have reacted instead?

Diskin: It was a mistake by Netanyahu to attack the unity government between Hamas and Fatah under the leadership of Palestinian President Mahmoud Abbas. Israel should have been more sophisticated in the way it reacted. We should have supported the Palestinians because we want to make peace with everybody, not with just two-thirds or half of the Palestinians. An agreement with the unity government would have been more sophisticated than saying Abbas is a terrorist. But this unity government must accept all the conditions of the Middle East Quartet. They have to recognize Israel, renounce terrorism and recognize all earlier agreements between Israel and the Palestinians.

SPIEGEL: The possibility of a third Intifada has been mentioned repeatedly in recent days, triggered by the ongoing violence in the Gaza Strip.

Diskin: Nobody can predict an Intifada because they aren’t something that is planned. But I would warn against believing that the Palestinians are peaceful due to exhaustion from the occupation. They will never accept the status quo of the Israeli occupation. When people lose hope for an improvement of their situation, they radicalize. That is the nature of human beings. The Gaza Strip is the best example of that. All the conditions are there for an explosion. So many times in my life I was at these junctions that I can feel it almost in my fingertips.

SPIEGEL: Three of your sons are currently serving in the Israeli army. Are you worried about them?

Diskin: And a fourth is in the reserves! I am a very worried father, but that is part of it. I defended my country and they will have to do so too. But because real security can only be achieved through peace, Israel, despite its military strength, has to do everything it can in order to reach peace with its neighbors.

SPIEGEL: Not long ago, the most recent negotiations failed — once again.

Diskin: Yes, and it’s no wonder. We have a problem today that we didn’t have back in 1993 when the first Oslo Agreement was negotiated. At that time we had real leaders, and we don’t right now. Yitzhak Rabin was one of them. He knew that he would pay a price, but he still decided to move forward with negotiations with the Palestinians. We also had a leader on the Palestinian side in Yasser Arafat. It will be very hard to make peace with Abbas, but not because he doesn’t want it.

SPIEGEL: Why?

Diskin: Abbas, who I know well, is not a real leader, and neither is Netanyahu. Abbas is a good person in many respects; he is against terror and is brave enough to say so. Still, two non-leaders cannot make peace. Plus, the two don’t like each other; there is no trust between them.

SPIEGEL: US Secretary of State John Kerry sought to mediate between the two.

Diskin: Yes, but from the beginning, the so-called Kerry initiative was a joke. The only way to solve this conflict is a regional solution with the participation of Israel, the Palestinians, Jordan and Egypt. Support from countries like Saudi Arabia, the United Arab Emirates and maybe Turkey would also be necessary. That is the only way to consider all the demands and solve all problems. And we need more time, at least five years — and more to implement it step-by-step.

SPIEGEL: Why isn’t Netanyahu working toward such a compromise, preferring instead to focus on the dangers presented by an Iranian nuclear bomb?

Diskin: I have always claimed that Iran is not Israel’s real problem. It is this conflict with the Palestinians, which has lasted way too long and which has just intensified yet again. The conflict is, in combination with the Israeli occupation of the West Bank, the biggest security risk for the state of Israel. But Netanyahu has made the invocation of an existential threat from Iran into his mantra, it is almost messianic. And of course he has derived political profit from it. It is much easier to create consensus about the Iranian existential threat than about an agreement with the Palestinians. Because there, Netanyahu has a problem with his electorate.

SPIEGEL: You have warned that the settlements in the West Bank may soon become irreversible and that it will make the two-state solution impossible.

Diskin: We are currently very near this point of no return. The number of settlers is increasing and already a solution to this problem is almost impossible, from a purely logistical standpoint, even if the political will were there. And this government is building more than any government has built in the past.

SPIEGEL: Is a solution to the conflict even possible anymore?

Diskin: We have to go step-by-step; we need many small successes. We need commitment on the Palestinian side and the acceptance of the Middle East Quartet conditions. And Israel must freeze at once any settlement activity outside the big blocks of settlements. Otherwise, the only possibility is a single, shared state. And that is a very bad alternative.

SPIEGEL: Mohammed Abu Chidair, the teenager murdered by Israeli right-wing extremists, was recognized as being a victim of terror. Why hasn’t Israel’s security service Shin Bet been as forceful in addressing Israeli terror as it has with Arab terror?

Diskin: We invested lots of capabilities and means in order to take care of this issue, but we didn’t have much success. We don’t have the same tools for fighting Jewish extremism or even terrorists as we have when we are, for example, facing Palestinian extremists. For Palestinians in the occupied territories, military rule is applied whereas civilian law applies to settlers. The biggest problem, though, is bringing these people to trial and putting them in jail. Israeli courts are very strict with Shin Bet when the defendants are Jewish. Something really dramatic has to happen before officials are going to take on Jewish terror.

SPIEGEL: A lawmaker from the pro-settler party Jewish Home wrote that Israel’s enemy is "every single Palestinian."

Diskin: The hate and this incitement were apparent even before this terrible murder. But then, the fact that it really happened, is unbelievable. It may sound like a paradox, but even in killing there are differences. You can shoot someone and hide his body under rocks, like the murderer of the three Jewish teenagers did. Or you can pour oil into the lungs and light him on fire, alive, as happened to Mohammed Abu Chidair…. I cannot even think of what these guys did. People like Naftali Bennett have created this atmosphere together with other extremist politicians and rabbis. They are acting irresponsibly; they are thinking only about their electorate and not in terms of the long-term effects on Israeli society — on the state as a whole.

SPIEGEL: Do you believe there is a danger of Israel becoming isolated?

Diskin: I am sorry to say it, but yes. I will never support sanctions on my country, but I think the government may bring this problem onto the country. We are losing legitimacy and the room to operate is no longer great, not even when danger looms.

SPIEGEL: Do you sometimes feel isolated with your view on the situation?

Diskin: There are plenty of people within Shin Bet, Mossad and the army who think like I do. But in another five years, we will be very lonely people. Because the number of religious Zionists in positions of political power and in the military is continually growing.

About Yuval Diskin
Yuval Diskin was the director of Israel’s internal security service Shin Bet between 2005 and 2011. In recent years, he has become an outspoken critic of the policies of Prime Minister Benjamin Netanyahu.

Voir de même:

In Gaza, a Just but Bloody War
Joe Klein
Time
July 24, 2014

Ori Nir is a man of Peace. He was born and raised in Jerusalem, spent many years as a prominent journalist for Ha’aretz, Israel’s finest newspaper, and is now the spokesman for Americans for Peace Now. He is not shy about disagreeing with the Israeli government, especially when it comes to the illegal Israeli settlements in the West Bank and the general bellicosity of Benjamin Netanyahu’s regime. But he hasn’t protested the current Israeli incursion into Gaza. “It is a just war,” he told me, “carried out with a great deal of care.”

Provoke Israel. It had worked in the past. A kidnapping of Israeli soldiers on the northern border had led to Israel’s less-than-discriminate assault on Hizballah in Lebanon in 2006. Rocket attacks had provoked Israel’s two previous Gaza incursions, in 2008 and 2012. Hamas and Hizballah had “won” those wars because their fighters resisted the Israelis more effectively than conventional Arab armies had done in the past but also because the images of collapsed buildings and blood-soaked children had bolstered Israel’s growing reputation as an oppressor and a bully in the eyes of the world.

This time is different, however, for several reasons. The initial provocation, the kidnapping and murder of three Israeli teenagers, was indefensible, as was a retaliatory murder of a Palestinian teen. In a moment of moral clarity, Hamas lauded its kidnappers, while a furious Netanyahu called the retaliation “reprehensible.” Indeed, Israel’s actions have been more prudent across the board. It confined its bombing at first to Hamas’ military facilities and leaders. Civilians were killed in the process–as was Hamas’ intent–but these were targeted strikes, not the free-range assault on Gaza City that had occurred in Operation Cast Lead in 2008. The ground campaign that followed was limited as well, confined to Shejaiya, a neighborhood on the eastern outskirts of Gaza City that was a warren of Palestinian fighters and the launch point for a very elaborate tunnel system from Gaza to Israel. The fighting has been brutal, to be sure. More than 500 Palestinians and 32 Israeli soldiers have been killed. But it was not an indiscriminate massacre. Israel was protecting its border, the right of any sovereign nation; its citizens were threatened by Palestinian assaults at the receiving end of the tunnels (several of which were attempted, and foiled, during the fighting). “I don’t like the civilian casualties that result from bombing the homes of the Hamas leaders,” Nir says. “And what’s happening in Shejaiya is horrible, but I think it falls within the normal rules of war. The moral bottom line seems clear.” And then, semi-amazed to be doing so, he quoted Netanyahu: “‘We’re using missile defense to protect our civilians, and they’re using their civilians to protect their missiles.’”

There have been the predictable anti-Israel riots in Europe, mostly populated by Islamic groups; the parlor left has been appalled, on cue, by the alleged Israeli brutality–without questioning the deadly cynicism of Hamas. Meanwhile, Hamas has been outfoxed diplomatically: it opposed the cease-fire agreement proposed by Egypt, which Israel–and the Arab League–supported. If you’re really the aggrieved party, it’s not easy to explain why you won’t accept peace. By now, in a reasonable world, Hamas would have lost all remaining shreds of its tenuous moral credibility.

A cease-fire will be negotiated sooner or later, perhaps even by U.S. Secretary of State John Kerry. It is likely that nothing good will come of it. But Hamas’ weakness, its inability to dictate terms, does leave a tiny possibility for peace. The first step is to restore legal order in Gaza by returning the Palestinian Authority–ousted by Hamas in a 2007 coup–to power and bringing in the U.S.-trained Palestinian security forces who have done such an excellent job of bringing law and order to the West Bank. The next step is free elections in Gaza, which, given Hamas’ current unpopularity, might be won by more moderate factions, perhaps even Fatah.

This is the Middle East, of course. Israel remains intransigent on a West Bank agreement. Peace is a chimera; only the dead bodies are real.

Voir enfin:

L’extrême droite en a rêvé, l’extrême gauche l’a fait
Gérard Bensussan

Philosophe, professeur à l’université de Strasbourg

Libération

22 juillet 2014

Après les violentes manifestations de la dernière semaine, où des synagogues ont été attaquées sans vergogne, je voudrais revenir sur ce qui me paraît relever d’une forclusion généralisée et retracer, très sommairement, la généalogie d’un phénomène singulier, inquiétant, attristant – auquel divers éléments (les déclarations d’un élu écolo du 93 ou encore les récents propos de Gianni Vattimo) ajoutent encore un affligeant relief. Il est clair désormais que les extrêmes droites dieudonnéisées ou soralisées sont parvenues à intégrer, à leurs discours et pratiques, des pans idéologiques entiers de provenance d’extrême gauche.

Un premier point : il est de peu d’intérêt de s’indigner contre le déferlement antisémite et de le faire dans l’habituelle rhétorique sans pensée, c’est-à-dire bien-pensante, de l’«antifascisme» militant, si l’on n’est pas capable de méditer encore et à nouveau l’effet de choc produit, il y a quelques années, par les développements badiousiens sur les «portées du mot «juif». Ce texte constitue un tournant – dont on peut mesurer l’effet de brèche. Lorsqu’on écrit, en dépit de tout bon sens, que «le nom de juif» est «une création politique nazie» sans référent préexistant, qu’il constitue une invention hitlérienne au service de l’extermination, quand on affirme que «juif» est désormais le signifiant-maître des nouveaux aryens, que les Israéliens sont tout sauf juifs (à la limite le seraient seuls Spinoza, Marx, Freud et quelques autres Ehrenjuden !), quand on claironne qu’Israël est un pays antisémite, quand on pose avec une telle assurance «ontologique» tant de sottises, on donne à la logique diabolique du retournement, soit de la perversion, le statut d’une figure de pensée : non seulement les «juifs» ne sont pas juifs, mais ils sont, eux, les véritables nazis. Et, par voie de «conséquence», ceux qui les combattent, ici, là-bas, sont d’authentiques antinazis, courageux et exposés à la vindicte haineuse et meurtrière des juifs-nazis ou des nazis-juifs.

Cet ectoplasme de pensée est devenu, en quelques années, un topos de l’idéologie et de l’action d’extrême gauche, décliné sous tous les registres et tous les tons. On ne le doit pas, me semble-t-il, à la seule force de conviction de Badiou (ses hypothèses, sur ce point précis, sont vraiment indigentes), mais à une conjoncture, à un climat, à un état des forces politiques, à une sinistre mutation. L’analyse politique, «l’analyse concrète d’une situation concrète», comme nous disions jadis et naguère, doit s’entendre et se pratiquer comme une pensée des circonstances de l’agir. Autrement, la politique n’est plus une politique, mais un principe d’indétermination abstrait qui distribue une même substance (le capital, par exemple) sous des accidents divers mais substantiellement identiques, la démocratie et le fascisme, les CRS et les SS, Gaza et le ghetto de Varsovie. Sous ce préalable et cette mémoire, que s’est-il passé, il y a quelques mois, politiquement, culturellement, idéologiquement autour de «l’affaire» Dieudonné ? Que recèle et que montre ce «moment» insigne ?

Il a signifié, aux naïfs, dont je suis, une surprise, une prise inattendue dans le retour d’un contenu refoulé, comme si du coup l’affaire Dieudonné venait inscrire une césure, un retournement (une quenelle ?), une «libération» du discours raciste – expression dont on voit bien qu’elle indique un dé-foulement de ce qui aura été originairement réprimé, la liquidation violente d’instances de censure désuète, comme balayées par une vague immense.

Pour la première fois depuis très longtemps, le pavé parisien a retenti en janvier, puis de nouveau ces jours-ci, de cris de haine et de mort, «mort aux juifs», «juifs hors de France». Rien de neuf d’une certaine façon, simplement, au contraire, un retour à la normale, la restauration publique et politiquement assumée d’une très ancienne détestation après une brève interruption d’une cinquantaine d’années – d’où l’effet de souffle d’une parole «libérée». Mais le progressisme «spontané» qui gouverne de façon pavlovienne notre saisie des événements politiques avait persuadé que le temps de ce vieil antisémitisme européen était aussi révolu que la lampe à huile ou l’aéroplane de grand-papa. Or, il ne suffit pas d’avoir établi l’inanité philosophique de ce progressisme pour en avoir fini avec les illusions et aveuglements qu’il provoque et charrie.

Il convient, peut-être, de se remémorer le mot de Lénine à propos de l’antisémitisme. Ce dernier, disait-il, est «éternellement nouveau». C’est dire que sa pérennité même ne se peut qu’à la condition de son renouvellement et que ses avatars signalent moins d’authentiques différences que des modulations temporalisées d’une même continuité «éternelle».

Le «moment» Dieudonné, sa «nouveauté», la pensée qui l’autorise, ses retombées en cascade obligent à regarder en face la nécessité, douloureuse, d’avoir à penser les extrêmes droites dans leur intime connexion avec les extrêmes gauches.

Je me souviens d’une génération, celle des grands aînés, Sartre («pas un Français ne sera en sécurité tant qu’un juif, en France et dans le monde entier, pourra craindre pour sa vie») ou Blanchot («la renaissance de l’Etat d’Israël, ainsi que la conscience plus vive que nous avons de ce qu’est une condition d’oppression peuvent nous faire avancer») – génération pour laquelle le soutien au mouvement d’émancipation nationale du peuple palestinien pouvait aller avec un attachement inconditionnel à l’existence de l’Etat d’Israël. Ceci semblera aux plus jeunes incongru ou intenable. C’est qu’entre-temps, et l’intervention badiousienne joue un rôle crucial à cet égard, sous le couvert d’un antisionisme parfois furieux, l’extrême gauche, ou plutôt une certaine extrême gauche, pas toute, mais presque, aura contribué à redonner à l’antisémitisme le plus plat une légitimité dont la vieille extrême droite rêvait et que le gauchisme aura donc fait ou refait. Car il est vrai aussi qu’il renoue ainsi avec les courants antisémites les plus forcenés, de Proudhon à Dühring en passant par beaucoup d’autres, qui ont toujours été implantés dans les mouvements socialistes européens. C’est là que se profile, selon moi, une menace croissante, à en juger par la nature de certains propos venus de l’«islamo-gauchisme», pour utiliser une expression sans doute trop indéterminée. Le péril, c’est que la jonction finisse par se produire entre une extrême gauche «antisioniste» et l’antisémitisme d’extrême droite (ce que plusieurs manifestations récentes ont partiellement réussi dans la rue et ce dont elles sont le prodrome voire le premier symptôme effectif). Si cette condensation devait parvenir, comme force politique, à rassembler la jeunesse déshéritée, ou une partie d’entre elle, alors les conséquences en seraient vraiment redoutables.

Prochain ouvrage : «Traduit de l’absolu Essai sur Schelling», chez Vrin (automne 2014).

Voir par ailleurs:

XVIIème jour : le Hamas commence sérieusement à plier (info # 012407/14)

Metula News Agency

24 juillet 2014
Situation

 

Depuis le début de l’opération Rocher Inébranlable, 2316 roquettes ont été tirées sur Israël, 46 depuis minuit, dont 14  ont été interceptées par le Dôme de Fer.

Pour la première fois depuis le début des affrontements, aucun projectile n’a été tiré par les terroristes djihadistes entre minuit et 8h ce jeudi matin.

Globalement le nombre de roquettes tirées est en baisse par rapport aux jours précédents, durant lesquels ils avaient déjà atteint le nombre de 192 lancers quotidiens, le jeudi 10 courant.

Plusieurs salves de roquettes ont toutefois été tirées sur Tel-Aviv et la région centrale au cours de la journée, sans faire de dégâts ou de victimes.

Depuis le début de l’offensive terrestre Tsahal a découvert 34 "tunnels stratégiques", et en a détruits 11.

Dans le même laps de temps, Tsahal a autorisé l’accès à Gaza de plus de 864 camions contenant de la nourriture, du matériel médical ainsi que du gaz et de l’essence. Ce, en dépit des attaques que les miliciens continuent de mener contre les points de passages de Kerem Shalom et Erez.

Les milices islamistes ont également tiré une dizaine d’obus de mortiers sur l’hôpital de campagne édifié par les Israéliens à Erez pour venir en aide aux blessés et aux malades de la bande côtière.

L’Armée égyptienne a anéanti quant à elle un véhicule qui transportait des roquettes Grad ainsi que deux de leurs lanceurs qui s’apprêtaient à les pointer en direction du territoire israélien. L’attaque s’est déroulée dans la ville de Sheikh Zouweid, dans le nord du Sinaï, à proximité du poste de passage de Rafah.

 

Levée de l’interdiction de la FAA

Ce matin, la FAA, l’Autorité Fédérale de l’aviation civile américaine, a indiqué qu’elle levait l’interdiction qu’elle avait faite aux compagnies américaines d’utiliser l’Aéroport International d’Israël, David Ben Gourion.

Les compagnies aériennes d’outre-Atlantique s’organisent pour reprendre graduellement leurs dessertes.

Certaines compagnies aériennes européennes qui ont interrompu leurs vols vers Tel-Aviv sont également en train de rétablir leurs services ; d’autres, comme Lufthansa, maintiennent leur décision de cesser les opérations vers Tel-Aviv pour le moment, bien qu’elles ne soient soumises à aucune directive de la part d’un organe européen de régulation aérienne.

 

Etat des combats

La brigade Golani a pratiquement terminé l’occupation du quartier de Shuja’iyya et procède au nettoyage des dernières poches de résistance.

Les combats ont débuté dans un autre quartier de Gaza-city, Toufakh, qui est également un bastion du Hamas commandant l’accès aux boulevards du centre de la cité, dans lequel sont probablement situés les quartiers généraux de la milice islamiste.

Au sud, vers 8h, les Givati ont pris possession de l’agglomération de Khirbet al Adas. A l’occasion de la prise de contrôle de cette localité, 150 individus qui se trouvaient dans un bâtiment depuis lequel des tirs étaient dirigés vers les soldats se sont rendus en s’avançant au-devant d’eux avec des drapeaux blancs.

 

Les 150 prisonniers de Khirbet al Adas

Nombres de ces hommes étaient uniquement des auxiliaires secondaires des brigades Ezzedine al Kassam, la branche armée du Hamas, mais une quarantaine d’entre eux appartenaient aux commandos d’élite de la milice islamiste.

Ils ont été transférés en autobus vers des centres de détention en Israël et sont actuellement interrogés.

C’est la première fois dans ce conflit que l’on assiste à une reddition aussi massive que celle-ci ; reste que l’Armée israélienne détient déjà un grand nombre de prisonniers.

Au Nord, la bataille pour le contrôle de Beit Hanoun, un gros bourg situé à quelques centaines de mètres seulement de Sdérot, d’où partent des "tunnels stratégiques" fait rage ; elle implique la participation de la brigade du Nakhal renforcée par des blindés ainsi que de l’artillerie et de l’aviation.

Sur tous les fronts, Tsahal semble avoir percé, ce jeudi, l’écorce dure du Hamas, et s’enfonce avec beaucoup plus de facilité que précédemment dans les espaces tenus par l’ennemi.

L’observation des combats laisse à penser que les capacités défensives et le moral du Mouvement de la Résistance Islamique sont ébranlés.

 

Pertes chez les miliciens

La Ména a procédé aujourd’hui au décompte des estimations remises par les commandants de 3 des 5 brigades participant aux combats dans la Bande de Gaza.

Le chiffre des miliciens islamistes tués par ces trois brigades dépasse les 500 morts.

Ces appréciations sont précieuses, car le Hamas et les autres milices ne communiquent absolument pas quant au nombre de leurs combattants tombés en action. Selon les bilans qu’ils présentent, tous les morts sont des civils.

Sur la base des renseignements en notre possession, en ajoutant la quarantaine de miliciens morts dans cette journée de jeudi, la Ména affirme que les milices djihadistes ont perdu jusqu’à maintenant entre 650 et 670 combattants lors de Rocher Inébranlable.

Des dizaines de ces miliciens sont enterrés dans des cimetières de fortune éloignés des regards, ou abandonnés sous les décombres de leurs positions afin d’empêcher Tsahal d’établir des bilans plus précis et d’évaluer de la sorte les capacités restantes de l’ennemi.

D’après les évaluations effectuées par Sami el Soudi, se basant sur les chiffres de Tsahal, des témoignages téléphoniques de Gaza et des communiqués des différents hôpitaux et morgues de la bande côtière, le chiffre total des morts gazaouis s’établirait, ce jeudi soir, entre 850 et 880, incluant les miliciens.

 

Une école de l’UNRWA touchée à Beit Hanoun

15 civils sont morts dans une école tenue par l’ONU de cette agglomération et des dizaines d’autres ont été blessés, lorsqu’un projectile s’est abattu dans la cour de l’établissement.

L’incident s’est produit alors que se déroulaient de violents affrontements au sol entre la milice et la brigade du Nakhal.

Les responsables de cette dernière reconnaissent avoir tiré 12 obus de mortiers dans la région, mais affirment qu’Ezzedine al Kassam a lancé de nombreuses roquettes sur la même zone ; des dires qui sont confirmés par Chris Gunness, le porte-parole de l’UNRWA à Gaza, l’un des plus déterminés d’entre les détracteurs d’Israël dans la région.

On ignore donc, pour le moment, qui des Israéliens ou des islamistes sont responsables de cet incident dramatique ; ce que l’on peut toutefois affirmer avec certitude est que Tsahal a informé à de multiples reprises les représentants des diverses organisations présentes à Beit Hanoun, dont la Croix Rouge et l’UNWRA, de l’imminence des combats, leur demandant instamment de quitter le secteur avec tous les civils.

A ce jour, environ 170 000 gazaouis ont évacué leurs domiciles vers des zones sécurisées après avoir reçu des avertissements de la part de l’Armée israélienne.

 

Cessez-le-feu

On observe ce soir de profondes divergences entre la direction du Hamas à Gaza, notamment Ismail Hanya, le chef du califat, et Mohammad Deif celui de la branche armée, d’une part, et le Hamas de l’extérieur, représenté par son dirigeant Khaled Mashal.

Le Hamas de Gaza, comme on a pu s’en persuader lors de communications interceptées, se trouve dans une situation militairement intenable, soumise à la volonté de l’exécutif israélien. Ce dernier va décider, avant la fin de la semaine, s’il se contente des victoires qu’il a accumulées sur le champ de bataille ou s’il va éliminer le Mouvement de la Résistance Islamique de Gaza.

Le Hamas de l’intérieur, dans ces conditions, est disposé à accepter immédiatement la proposition de cessez-le-feu égyptienne, qui se résume à un arrêt mutuel et simultané des hostilités, suivi de l’allégement des restrictions du trafic aux frontières de la Bande, dans un souci humanitaire.

Hier (mercredi), à l’occasion d’une intervention à Doha, Khaled Mashal a, pour sa part, rejeté catégoriquement l’option d’un cessez-le-feu qui ne prendrait pas ses exigences en compte, dont l’ouverture d’un port et d’un aéroport international dans la bande côtière, pour ne citer que ces conditions.

Mashal a laissé un très étroit entrebâillement en vue d’une éventuelle trêve humanitaire, qui précéderait un cessez-le-feu. Mais cette éventualité a été évoquée parmi un verbiage exalté, qui a ôté tout sens pratique à l’éventualité d’une telle trêve.

Alors que le chef du département d’Etat US, John Kerry, a tenté aujourd’hui, avec l’aide des Jordaniens et des Qataris, de parvenir à une formulation compréhensible de l’idée brièvement exposée hier par Mashal, les Egyptiens ont pris du recul avec les négociations, affirmant qu’ils n’avaient aucune intention de dialoguer avec le Hamas mais uniquement avec l’Autorité Palestinienne

Détection des tunnels

Ce soir, la Ména a appris qu’une équipe de savants israéliens travaillant dans le cadre de l’industrie militaire et du ministère de la Défense, a réalisé de très sérieuses avancées dans le domaine de la détection des tunnels souterrains.

A l’occasion d’expérimentations, la nouvelle technologie, dont il est absolument interdit de dévoiler le moindre détail, a réussi à détecter des galeries situées à des dizaines de mètres sous terre et également à déterminer leur itinéraire.

Le développement de cette technique, auquel sont allouées des sommes pratiquement illimitées, pourrait, si ces succès se confirment, aboutir dans un laps de temps d’une année à la mise au point d’instruments fonctionnels.

Voir enfin:

Le « Souterrain de Gaza », la menace qu’Israël a choisi d’ignorer

Les attaques par les tunnels du Hamas sont un réel danger, Israël devra reconquérir Gaza pour éviter leur reconstruction

Avi Issacharoff
Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen-Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, le portail leader d’infos en Israël. …

The Times of Israel

25 juillet 2014

La construction des tunnels à l’intérieur de Gaza et sous les frontières israéliennes n’est plus un projet mené au nez et la barbe d’Israël et du peuple palestinien.

Tous les enfants à Gaza, comme tous les sous-officiers de l’intelligence militaire, savaient que, sous la ville de Gaza, et au-delà, un réseau de tunnels était creusé pendant ces cinq dernières années. Il y a eu un investissement d’un million de dollars. En d’autres termes, on peut appeler ce réseau : le Souterrain de Gaza.
Pourtant le public israélien a été surpris par l’envergure des tunnels quand le danger s’est fait ressentir ces deux dernières semaines.

La presse israélienne avait fait écho de ce phénomène, mais il semblerait que les dirigeants politiques – et dans une certaine mesure, les dirigeants sécuritaires – ont préféré minimiser la menace. Aujourd’hui, au 18ème jour de l’opération Bordure protectrice, le public a conscience du danger stratégique.

La stratégie souterraine du Hamas n’a pas éclos en une nuit. Afin de construire 40 « tunnels d’attaque » qui serpentent le sous-sol de la bande de Gaza jusqu’à la frontière (et le nombre pourrait être légèrement plus élevé), le Hamas avait besoin d’une aide importante, soit d’une grande organisation ou d’une entité étatique.

Et on ne parle pas uniquement de l’aide financière, mais aussi de conseils professionnels. Le Hamas aurait pu utiliser les experts qui les avaient aidé pour les tunnels creusés à Rafah, sous la frontière entre Gaza et l’Egypte. Mais ces tunnels étaient plus simples à creuser et ne demandaient aucun investissement ou un effort extraordinaire.

Les tunnels en Israël étaient (et sont encore, car l’armée israélienne ne les a pas tous détruits) une autre histoire. La plupart sont bétonnés et assez grands pour permettre à des essaims de terroristes de passer par là pour attaquer ses cibles en Israël. Une aide importante au niveau gouvernemental a dû être nécessaire pour aider à les construire et, ce n’est pas une mince affaire, guider le forage.

Quel gouvernement ou entité quasi-étatique cela pourrait-il être ? La liste des suspects est assez courte. Le Hezbollah et l’Iran sont les seuls acteurs de la région qui souhaiteraient blesser Israël et qui ont également la capacité pour construire des tunnels sophistiqués et solides qui ne s’effondreraient pas.

Pourtant, les tunnels qui servent à l’attaque ne sont qu’une partie du Souterrain de Gaza. Le Hamas a également préparé des tunnels pour permettre à ses agents de se déplacer d’un endroit à un autre sans se faire détecter.

Il y a aussi tout un système de bunkers où il y a ses centres de commandement et de contrôle, qui sont indemnes. Les dirigeants du Hamas de l’aile politique et militaire se sont réfugiés dans d’autres bunkers, et eux aussi, sont sains et saufs.

A la veille de l’opération, l’armée israélienne avait calculé que le Hamas avait environ 15 tunnels d’attaque – une sous-estimation importante. Est-ce un échec majeur des renseignements ? Je ne le vois pas de cette façon. Il n’existe aucun moyen fiable pour que les renseignements puissent prendre connaissance de chaque tunnel qui existe.

L’échec vient plutôt du niveau politique qui a préféré ignorer la menace croissante sous la frontière au sud d’Israël pendant cinq ans. Les responsables avaient connaissance des tunnels, et savaient aussi pour les 9 000 – 10 000 roquettes du Hamas.

Il était plus facile pour eux de fermer les yeux sur ce sujet par commodité et par amour du calme. Il était plus facile pour eux de se chamailler avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas sur sa demande épouvantable d’adhérer à des organisations de l’UNESCO. (Ce qui pose clairement une menace existentielle pour l’Etat d’Israël, si vous me pardonnez mon sarcasme).

Il était plus facile pour eux de développer les implantations en Cisjordanie, que de faire face à une guérilla armée et dangereuse qui est restée calme tant que cela était commode pour elle.

Maintenant, bien sûr, les tunnels sont décrits comme la principale source de menace, alors qu’ils l’ont toujours été, et qui nécessitent une incursion terrestre des soldats israéliens dans la bande de Gaza. Maintenant, en effet, à la demande de certains bureaux gouvernementaux, on est passé à l’autre extrême. On demande à l’armée israélienne de rester à l’intérieur de Gaza aussi longtemps qu’il le faut pour « finir le travail ».

Si, toutefois, Israël annonce dans quelques jours qu’il a détruit les tunnels d’attaque et si l’armée israélienne se retire ses forces de Gaza, que se passera-t-il ?

Il est évident que le Hamas va reconstruire ces tunnels à un rythme accéléré. Au prochain conflit, disons dans deux ans, les forces militaires n’auront pas affaire à 40 tunnels, mais au double ou au triple. Ils seront tellement grands qu’un policier du Hamas devra se tenir aux principales intersections souterraines [pour réguler la circulation]… ou peut-être qu’ils vont installer des feux de circulation pour tous les terroristes.

Deux choses peuvent empêcher que le conflit se répète avec un Hamas plus fort à l’avenir : premièrement, une opération « à la racine » qui incluraient, en effet, la reprise en charge de la bande de Gaza et l’éradication de la direction du Hamas. Une telle opération coûterait la vie de centaines de soldats israéliens, et aucun homme politique ne voudra être tenu responsable de ces pertes.

La deuxième solution serait de graver la notion de dissuasion dans la conscience du Hamas. Comme Israël l’a fait pendant la Seconde Guerre du Liban en 2006 dans le quartier de Dahiyeh à Beyrouth. Ce quartier était un bastion du Hezbollah qui s’est transformé en piqure de rappel pour les dirigeants [du Hezbollah] sur les dangers de s’en prendre à Israël.

A ce stade, nous n’en sommes pas là. Israël n’a pas l’intention d’envoyer ses troupes pour déraciner complètement le Hamas. Il est peu probable aussi que le Hamas ait été suffisamment dissuadé de planifier de futures attaques militaires contre Israël.

Les Palestiniens, cependant, sont fatigués des combats, et leur conscience a été brûlée à profusion. La question est de savoir si les dirigeants de l’aile militaire du Hamas, qui tirent ses missiles sur Israël depuis le cœur des quartiers peuplés de Gaza, se préoccupent de tout ça. Son comportement à Chajaya, où la guerre a été dévastatrice pour les habitants locaux de Gaza, suggère que ce n’est pas le cas.

 


Gaza: Dôme de fer serait-il trop efficace ? (The real problem with Iron Dome: Not enough dead Jews !)

22 juillet, 2014
http://img.washingtonpost.com/rf/image_908w/2010-2019/WashingtonPost/2014/07/13/Health-Environment-Science/Images/Mideast_Israel_Palestinians_Supermoon-05080.jpg
It’s the moral equivalence which is so devastating. When Egypt this week proposed its ceasefire in Gaza, a BBC presenter asked whether both sides would now conclude that there was no point carrying on with the war. From the start, restraint has been urged on both sides — as if more than 1,100 rocket attacks on Israel in three weeks had the same weight as trying to stop this onslaught once and for all. Israel has been bombing Gaza solely to stop Hamas and its associates from trying to kill Israeli citizens. But for many in the West, the driving necessity is not to stop Hamas but to stop Israel. Moral equivalence morphs instantly into moral bankruptcy. People have looked at the casualty count — around 200 Palestinians killed at the time of writing, while only a handful of Israelis have been injured or killed — and decided that this proves Israel is a monstrous aggressor. No concern at all for the Israelis who have only a few seconds to rush to a shelter when the sirens start to wail, car drivers flinging themselves to the ground at the side of the road. No concern for the elderly or disabled Israelis who can’t get to a shelter, the hospital patients left helpless while the rockets slam into the ground nearby. Just imagine if the Scots, for example, had for years been firing at England volleys of rockets that were now putting 40-50 million people within range. Unimaginable? Of course it is. No country would tolerate it. But that’s the equivalent situation in which tiny Israel has found itself. Yet it is simultaneously having to fight another war: against a West determined to demonise it with accusations of deliberate atrocities, lack of restraint or an attempt to conquer more land. To these people, whatever Israel does to defend itself is bad. Killing Gazans is bad, warning them to flee so they won’t be killed is bad, the Iron Dome missile defence system is bad because, while Palestinians are being killed, Israelis are not. Ah yes, that’s the real outrage, isn’t it? Not enough dead Jews. How dare they defend themselves so effectively! Melanie Philips
A 100% effective Iron Dome wouldn’t serve Tel Aviv’s strategical interest slightest bit since the regime relies on the public’s fear of Palestinian attacks. Add to that the huge cost of the defence system’s missles as compared to that of the primitive projectiles fired by the Gazan resistance. From the Palestinian perspective, before Iron Dome the qassams hardly ever caused damage to the Israeli military, but did spread fear and incite the Israeli public opinion against them. Today, thanks to Iron Dome, every airborn sewer pipe is guaranteed to inflict substantial financial loss to the IDF, at least if the system would be programmed to react to every threat. So my take is the Israeli army intentionally limited the effectiveness of the defence system. Pasparal da Beira do Canal (2013)
L’accord de cessez-le-feu signé entre Israël et le Hamas a mis un terme, au moins provisoirement – à l’opération "Pilier de défense". Au-delà des enjeux politiques, ce conflit aura permis à Tsahal de tester l’efficacité d’un bouclier antimissile qui… intéresse la Corée du Sud. (…) La bande de Gaza, terrain de jeu idéal pour le système antimissile israélien ? "L’opération sur Gaza n’a évidemment pas été lancée pour des raisons industrielles, mais elle est récupérée par le lobby militaro-industriel qui en fait une formidable publicité pour les équipements militaires israéliens, comme Iron Dome, les missiles ou les drones, souligne Pierre Razoux, directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, et auteur de Tsahal : Nouvelle histoire de l’armée israélienne (éd. Perrin). Le groupe Dassault avait un peu bénéficié de la même exposition pour ses Mirage avec les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973." L’Etat hébreu tente depuis plusieurs mois de vendre l’Iron Dome à la Corée du Sud, qui pourrait ainsi se protéger d’éventuels tirs de missiles conventionnels du voisin nord-coréen. Israël essaierait aussi d’exporter en Corée du Sud et en Inde le système anti-missiles balistiques (longue portée) Arrow 2, développé par l’israélien IAI et l’américain Boeing. Des champions qui exportent 80% de leur production De fait, malgré sa population de 7,8 millions d’habitants seulement, Israël est le huitième exportateur mondial d’armement, avec 12,9 milliards de dollars de contrats exports signés entre 2004 et 2011 selon le service de recherche du Congrès américain (CRS). Le dernier rapport au parlement français sur les exportations d’armement mettait même le pays au cinquième rang mondial, avec 5,3% de part de marché. Les champions locaux Elbit Systems, IAI, et Rafael figurent respectivement aux 38e, 41e et 48e rangs mondiaux des groupes de défense du magazine Defense News, avec 8,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires cumulé, dont 80% en moyenne réalisés à l’export. Comment expliquer de tels résultats ? Israël, en état de guerre quasi-permanente, s’est toujours servi de ces opérations pour développer son industrie de défense. Tel Aviv a ainsi été précurseur sur l’utilisation des drones de surveillance, dès la fin des années 70. Israël reste le deuxième acteur mondial du secteur, derrière les Etats-Unis : le Harfang français, utilisé en Afghanistan et en Libye, est un Heron israélien francisé. "Les groupes israéliens ne conçoivent pas de systèmes d’armes complexes, comme des sous- marins, des chasseurs ou des porte-avions, mais ils se sont concentrés sur des niches, notamment les drones, les capteurs ou les radars", expliquait récemment à Challenges, Bertrand Slaski, consultant à la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS). Parmi les bestsellers israéliens, les drones Heron et Hermes 450, ou encore le missile antichar Spike. "Israël est aussi très fort sur le segment du « retrofit », la modernisation d’équipements militaires", indique Pierre Razoux. (…° Iron Dome n’est d’ailleurs qu’une des trois couches d’un véritable bouclier antimissiles israélien encore en cours de développement. Il traite avant tout les missiles artisanaux Qassam, des missiles Grad ou les Fajr-5, engins de plus longue portée de conception iranienne. La deuxième couche est David’s Sling (la Fronde de David), conçue en partenariat avec l’américain Raytheon pour intercepter les missiles moyenne portée (70 à 250 km). Le dernier étage de la fusée est le fameux système Arrow de défense antimissile balistique (Arrow 2, Arrow 3 étant en développement), conçu par IAI et Boeing. Derrière l’expertise technologique israélienne, le porte-monnaie et la puissance de feu de R&D des Etats-Unis ne sont jamais loin. "Israël a bénéficié en 2012 d’une aide américaine de 3 milliards de dollars, en plus des divers partenariats industriels avec les groupes américains", souligne Pierre Razoux. Une aide parfois à double tranchant : Washington avait bloqué, en 2000, une vente par Israël d’avions de surveillance AWACS à la Chine et interdit toute exportation qui pourrait concurrencer directement ses propres industriels. Challenges (novembre 2012)
During Operation Pillar of Defence in November 2012, when Israel clashed with Hamas, 1,500 rockets were launched from Gaza at Israel. According to figures provided at the time by the Israel Defence Forces (IDF), Iron Dome destroyed 426 rockets, with a successful interception rate of 84%. Israeli officials hailed Iron Dome as a "game-changer" that saves lives, describing it as "an extraordinary homemade rocket swatter". Some have questioned whether it is as effective as claimed, but Time magazine’s defence expert, Mark Thompson, says the "lack of Israeli casualties suggests Iron Dome is the most effective, most tested, missile shield the world has ever seen". The Guardian
To Israeli security officials, the success of Iron Dome is akin to that of the separation barrier between Israel and the West Bank, which they say helped bring an end to an onslaught of suicide bombings in the early 2000s. The Iron Dome system has rendered rockets so ineffective that Hamas and its allies have, in recent days, been attempting more-creative ways of attacking Israel. Last week, a Hamas commando unit tried to infiltrate Israel by sea before being cut down on the beach by Israeli fire. On Monday, the Islamist militant group launched a drone that hovered over the southern city of Ashdod. (…) Iron Dome may be changing Israel’s tactics and calculus, as well. In Israel’s offensive against Hamas in 2008 and 2009, before Iron Dome was implemented, Israel sent in ground troops, dramatically increasing the death toll on both sides. But in another major operation in late 2012, Iron Dome was deployed for the first time and Israel kept its soldiers out of the strip. It has largely done the same this time. (…) But critics say the system also has taken some of the pressure off Israel’s leaders to negotiate a peace agreement with the Palestinians. Iron Dome, Peretz said, is no more than a stopgap. “In the end, the only thing that will bring true quiet is a diplomatic solution,” he said. Griff Witte and Ruth Eglash
Restraint? I’d like to see how Israelis would react if just once an F-16 squadron swooped down on a residential neighborhood and dropped a ton of smart bombs on it. Uri Misgav (2014)
By now, it is a ritual. Nearly every morning for the past few days, and just about every evening, rockets fired from Gaza have rained down on this city and its suburbs, activating wailing sirens and sending frightened people scattering for cover. As in Kafka’s short story about the leopards that invade the temple so consistently that they eventually become a permanent part of the religious ceremony, these unnerving rocket attacks quickly become part of the quotidian experience for millions of Israelis. The subdued public reaction I see from my apartment window is so characteristically Israeli: rather than panic, most of them move with ironic detachment toward the bomb shelters or duck and cover along the highways. They wear a mixture of fatalistic apathy and a self-assurance that no harm will come to them. Asked by the press, time and again, why they are not scared, most Israelis living in the metropolitan Tel Aviv area have supplied the same response: Iron Dome. While this latest round of violence between Israel and Hamas is far from over, Israelis have already hurried to proclaim a winner. The groundbreaking missile defense system, developed a few years ago by the Israeli defense industry (with generous U.S. funding), has been hailed by commentators in Israel and around the world as the main “victor” in this recent clash. And for good reason. It has performed majestically: nearly all of the rockets fired towards Tel Aviv and other major population centers have been intercepted by the Iron Dome giving it, according to the Israeli Army, a 90 percent success rate. Thank the defense system for the lack of fatalities and the relatively low casualty rate among Israeli civilians. For now, it is both a physical and a psychological solace that enables Israelis to go about their business. But, over time, Iron Dome may do them more harm than good. What looks like a tactical miracle may, accidentally, help engender a grave strategic blunder. Technology can mislead us by providing a false sense of security. But it cannot – and must not – become a substitute for effective diplomacy. And Iron Dome’s ability to protect Israelis from periodic rocket attacks so far will never remove the strife and discontent that has produced the motivation to ruthlessly fire them in the first place. Yoav Fromer (2014)

Mais pourquoi les Israéliens refusent-ils si obstinément de se laisser tuer en plus grand nombre ?

Alors qu’un système de défense anti-missile qui avait tant été critiqué pour son coût et son inefficacité démontre d’une manière chaque jour un peu plus éclatante et insolente l’efficacité de la technologie israélienne …

En ces temps étranges où avec l’augmentation proportionnellement explosive des victimes du côté de sa population-otage-bouclier humain, le Hamas a droit à tous les honneurs aux unes de nos quotidiens …

Comment ne pas voir, au-delà de la démonstration grandeur nature de l’incroyable efficacité du huitième exportateur mondial d’armement, la vraie raison de la véritable fureur de nos belles âmes contre l’Etat hébreu ?

PostEverything
The missiles keeping Israel safe may do more long-term harm than good

Yoav Fromer

July 14

Yoav Fromer teaches politics and history at Tel Aviv University. He is also a contributor to Tablet Magazine.

TEL AVIV — By now, it is a ritual. Nearly every morning for the past few days, and just about every evening, rockets fired from Gaza have rained down on this city and its suburbs, activating wailing sirens and sending frightened people scattering for cover. As in Kafka’s short story about the leopards that invade the temple so consistently that they eventually become a permanent part of the religious ceremony, these unnerving rocket attacks quickly become part of the quotidian experience for millions of Israelis.

The subdued public reaction I see from my apartment window is so characteristically Israeli: rather than panic, most of them move with ironic detachment toward the bomb shelters or duck and cover along the highways. They wear a mixture of fatalistic apathy and a self-assurance that no harm will come to them. Asked by the press, time and again, why they are not scared, most Israelis living in the metropolitan Tel Aviv area have supplied the same response: Iron Dome.

While this latest round of violence between Israel and Hamas is far from over, Israelis have already hurried to proclaim a winner. The groundbreaking missile defense system, developed a few years ago by the Israeli defense industry (with generous U.S. funding), has been hailed by commentators in Israel and around the world as the main “victor” in this recent clash. And for good reason. It has performed majestically: nearly all of the rockets fired towards Tel Aviv and other major population centers have been intercepted by the Iron Dome giving it, according to the Israeli Army, a 90 percent success rate. Thank the defense system for the lack of fatalities and the relatively low casualty rate among Israeli civilians. For now, it is both a physical and a psychological solace that enables Israelis to go about their business.

But, over time, Iron Dome may do them more harm than good. What looks like a tactical miracle may, accidentally, help engender a grave strategic blunder. Technology can mislead us by providing a false sense of security. But it cannot – and must not – become a substitute for effective diplomacy. And Iron Dome’s ability to protect Israelis from periodic rocket attacks so far will never remove the strife and discontent that has produced the motivation to ruthlessly fire them in the first place.

Iron Dome was originally engineered to defend Israelis from rockets launched in Lebanon and Gaza. But what was once a tactical defense mechanism to temporarily protect the civilian population has become a strategy unto itself. In that way, it may actually undermine Israel’s long-term security. By temporarily minimizing the dangers posed by Hamas and Hezbollah, it distracts us from seeking a broader regional political solution that could finally incapacitate these terror networks and make systems such as Iron Dome moot.

The Netanyahu government is not exactly brimming with creative ideas to reignite the peace process with the Palestinians. And with Iron Dome, why would it? As long as the Israeli public believes it is safe, for now, under the soothing embrace of technology, it will not demand that its political leaders wage diplomacy to end violence that mandated Iron Dome in the first place. Since Iron Dome has transformed a grim reality into a rather bearable ordeal, Israelis have lost the sense of urgency and outrage that might have pushed their government to make painful if necessary concessions in exchange for peace.

There is an apt American analogy. When President Reagan pursued the Strategic Defense Initiative (aka “Star Wars”) in the early 1980’s, he wanted to end nuclear deterrence—the fear of Mutually Assured Destruction—by neutralizing the Soviet missiles. But SDI was a means, not an end: It was always supposed to be one more way to pressure the already struggling Soviet leadership toward the negotiating table. Although historians are still conflicted about the extent to which it helped end the cold war, there is little doubt that SDI enhanced America’s bargaining power and contributed to the important arms-reduction treaties that eased tensions between the superpowers and eventually helped unravel the Iron Curtain.

Israelis are in danger of overlooking this important historical lesson. If they confuse the short-term military advantage provided by Iron Dome with the long term need for an original and comprehensive political solution, then that would not be ironic. It would be a tragedy.

Voir aussi:

New Study: Journalists, Experts are Massive Bullshitters

Jamie Stern-Weiner

New Left Project

10 March 2013

Yesterday, the Israeli newspaper Ha’aretz reported that journalists and experts are bullshitters, nearly to the last one.

Some background. One unambiguous Israeli victory in its attack on Gaza last November, journalists and experts widely concurred, was the performance of its ‘Iron Dome’ missile defence shield in shooting down projectiles fired from Gaza. The BBC’s Jonathan Marcus reported on the "remarkable" progress in missile defence technology represented by Iron Dome, evidenced by its "recent success" in the field. His colleague, Mark Urban, described Iron Dome’s "impressive" performance, while the Guardian‘s Harriett Sherwood reported Iron Dome’s "considerable success". "The naysayers now are few", observed the New York Times‘s Isabel Kershner—or non-existent, to judge by the number quoted in her article. The Atlantic‘s Jeffrey Goldberg was satisfied that Iron Dome "is doing a very good job", though he quoted a "friend… who knows a great deal" fretting that Iron Dome might, if anything, be too effective. The experts, too, seemed to agree. For dovish Israeli academic Ron Pundak Iron Dome was a "game changer"; for Shashank Joshi of the Royal United Services Institute (RUSI) it "represent[ed]… a major shift for Israel" [update: but see note below]; for the respected International Crisis Group, "the success of… Iron Dome" was not in doubt. The Council on Foreign Relations’ Max Boot spoke for most when he wrote:

"The latest Gaza war is only a few days old, but already one conclusion can be drawn: missile defence works".

This expansive edifice of journalistic and expert analysis, pontification and reportage was based on a single source: official Israeli government statistics, which claimed a success rate for Iron Dome of approximately 84%. The BBC’s Mark Urban was unusual in noticing that this was a not entirely disinterested authority—Israel’s government being "anxious to dismiss the impression that it has not [sic] been humiliated by Hamas"—but he proceeded to rely on its data regardless. Most reported Israel’s official line uncritically.

With surprising speed, the accumulating media and expert consensus on the success of Iron Dome became self-reinforcing, its existence taken as evidence of its own accuracy. Thus Max Fisher informed readers of the Washington Post that Iron Dome is, "by every appearance, a remarkable success"—"every appearance" being useful journalistic shorthand for "every regurgitation of the exact same set of official Israeli data".

                  

Iron Dome: Israel’s near invincible* missile defense system. *Vulnerable to rain, teenagers, and missiles.

The sole sceptical note was sounded by the American scholar Norman Finkelstein, who wondered, in a post on his website, whether Iron Dome might be better named ‘Swiss Cheese‘. There, and in an article for New Left Project, Finkelstein observed that whereas during the three weeks of Operation Cast Lead (2008-09) three Israeli civilians were killed by projectiles from Gaza, during Operation Pillar of Defence—Iron Dome notwithstanding—rockets and mortars landing in Israel killed four in one week. Given that Hamas, with perhaps an occasional exception, did not use much more advanced weaponry in the most recent conflict, his conclusion was straightforward: Iron Dome "almost certainly did not save many and perhaps not any lives". Recalling the hype over U.S. Patriot missiles deployed in 1991 against Iraqi Scuds, subsequently revealed as completely ineffective, Finkelstein expressed scepticism about the veracity of the Iron Dome statistics provided by Israel. This scepticism was rooted in his political analysis of Israel’s attack on Gaza, one that found no expression in the reams of columns, articles and reports published by mainstream journalists and experts. Israel attacked Gaza, he argued, to re-establish ‘deterrence’ vis-a-vis its regional neighbours. This backfired as Palestinians and regional powers managed to impose a ceasefire on Israel and residents of Gaza emerged from the conflict triumphant. The only plausible victory to which desperate Israeli officials could point was Iron Dome, which they plugged for all it was worth. Given this political context, and the Israeli government’s clear commercial interest in marketing Iron Dome abroad,  it was obvious that Israeli figures about Iron Dome’s performance ought to be taken with a pinch of salt—except, it seems, to the journalists and experts quoted above, and many more besides.

Finkelstein’s initial doubts were soon echoed by others. Notably, Ted Postol, the MIT researcher who led the debunking of the Patriot missiles in 1991, recanted his initially positive assessment of Iron Dome’s performance: "I’m skeptical. I suspect it is not working as well as the Israelis are saying … but there is great value in the strategic deception". (See also here). But the conventional wisdom has stood firm.

Which brings us to yesterday’s article in Ha’aretz. The Israeli military already effectively admitted, earlier this month, that Iron Dome cannot protect Sderot and other Israeli communities bordering the Gaza Strip, whose defence was its initial rationale for existence. Now Ha’aretz reports that separate studies by Ted Postol and two other scientists, formerly of Raytheon (which manufactured the Patriot missiles) and Rafael (which co-developed Iron Dome), have concluded that the official Israeli data on Iron Dome is almost certainly false. Whereas Israel claimed a successful intercept-rate of 84%, Postol, after examining video footage of Iron Dome in action, concludes that the real rate was "perhaps as low as 5%", and "could well be lower".

For the Israeli state, relying on Iron Dome’s alleged success to qualify what was otherwise an unmitigated disaster in Gaza, the scientists’ findings are deeply inconvenient. For all the journalists and experts who relayed official Israeli data uncritically, they are devastating.

***

The BBC, the Guardian, the New York Times and the Washington Post have so far decided against reporting Postol et al.’s critical findings. Nor, to my knowledge, have Joshi, Jeffrey Goldberg, the ICG et al. seen fit to alter their expert analysis.

   

How Iron Dome Works – BBC diagram (fixed)

Update: I included Shashank Joshi as an example of a bullshitting expert, above, based on the (bullshit) quote attributed to him in this article. Joshi has objected to this on twitter, claiming that he prefaced every comment to journalists about Iron Dome with the caveat that the official stats may not be true, and that he can hardly be blamed if they then chose not to quote the caveat. He posted this screenshot as evidence that he was indeed sceptical about the accuracy of Israel’s stats. I can’t check this, but obviously, if Joshi was misrepresented or misquoted, then the fault lies with the reporter rather than with him.


France/US: Cachez ce rêve américain que je ne saurai voir (Protestant work ethic 101: Cadillac shamelessly celebrates American dream and enrages both espresso-sipping French and US liberals)

13 avril, 2014

http://www.washingtonpost.com/blogs/style-blog/files/2014/04/oecd.pnghttp://cdn.static-economist.com/sites/default/files/imagecache/full-width/images/2013/09/blogs/free-exchange/working_hours_picture_1_2.pnghttp://evanstonpubliclibrary.files.wordpress.com/2014/04/big-shoulders.jpg?w=398&h=530J’entends chanter l’Amérique, j’entends ses diverses chansons, Celles des ouvriers, chacun chantant la sienne joyeuse et forte comme elle doit l’être … Walt Whitman
Fier d’être le Charcutier de l’Univers, l’Outilleur, le Glaneur de Blé, l’Ouvrier du Rail et le Manutentionnaire de la Nation ... Carl Sandberg
Une bonne partie de ce que nous observons dans les relations entre la France et les Etats-Unis est le produit d’une structure de relations que l’on doit penser comme la confrontation entre deux impérialismes de l’universel. (…) La France est une sorte d’idéologie réalisée: être français, c’est se sentir en droit d’universaliser son intérêt particulier, cet intérêt particulier qui a pour particularité d’être universel. Et doublement en quelque sorte: universel en matière de politique, avec le modèle pur de la révolution universelle, universel en matière de culture, avec le modèle de chic (de Paris). On comprend que, bien que son monopole de l’universel soit fortement contesté, en particulier par les Etats-Unis, la France reste l’arbitre des élégances en matière de radical chic, comme on dit outre-Atlantique ; elle continue à donner le spectacle des jeux de l’universel, et, en particulier, de cet art de la transgression qui fait les avant-gardes politiques et/ou artistiques, de cette manière (qui se sent inimitable) de se sentir toujours au-delà, et au-delà du delà, de jouer avec virtuosité de tous les registres, difficile à accorder, de l’avant-gardisme politique et de l’avant-gardisme culturel (…) C’est dire que nombre des choses qui s’écrivent ou se disent, à propos de la France ou des USA ou de leurs rapports, sont le produit de l’affrontement entre deux impérialismes, entre un impérialisme en ascension et un impérialisme en déclin, et doivent sans doute beaucoup à des sentiments de revanche ou de ressentiment, sans qu’il soit exclu qu’une partie des réactions que l’on serait porté à classer dans l’antiaméricanisme du ressentiment puissent et doivent être comprises comme des stratégies de résistance légitime à des formes nouvelles d’impérialisme… (…) En fait, on ne peut attendre un progrès vers une culture réellement universelle – c’est-à-dire une culture faite de multiples traditions culturelles unifiées par la reconnaissance qu’elles s’accordent mutuellement – que des luttes entre les impérialismes de l’universel. Ces impérialismes, à travers les hommages plus ou moins hypocrites qu’ils doivent rendre à l’universel pour s’imposer, tendent à le faire avancer et, à tout le moins, à le constituer en recours susceptible d’être invoqué contre les impérialismes mêmes qui s’en réclament. Pierre Bourdieu
Pourquoi on travaille autant ? Pourquoi ? Pour ça ?  Pour tous ces trucs ? Dans d’autres pays, ils travaillent, ils rentrent tranquillement chez eux, ils s’arrêtent au café, ils se prennent tout le mois d’août pour les vacances. Tout le mois d’août ! Pourquoi vous êtes pas comme ça ? Pourquoi, nous, on est pas comme ça ? Parce qu’on est des croyants accros au travail. Voilà pourquoi ! Ces autres pays, ils nous prennent pour des fous et alors ? Est-ce que  les frères Wright étaient fous ? Bill Gates ? Les Paul ? Ali ?  On était fous quand on est allé sur la lune ?  Oui, parce que nous, on y est allé Et vous savez quoi ? On a trouvé ça ennuyeux. Alors on est reparti.  On a laissé une voiture là-bas avec les clés dessus. Vous savez pourquoi ? Parce qu’on est les seuls à pouvoir y retourner. Voilà pourquoi. Mais je m’éloigne du sujet. Vous voyez: c’est assez simple. On travaille dur, on crée ses propres chances et on sait que tout est possible. Quant à tous ces trucs ? C’est le bon côté de prendre que deux semaines de vacances en août. N’est-ce pas ? Publicité Cadillac
Average American employee only takes half of earned vacxation:paid time off; 61% report working while on vacation.Glassdoor survey
N’en déplaise à Louis Gallois, la croissance de la productivité horaire française est bien plus élevée que 0,8%: +1,3% en 2011 selon l’OCDE, + 1,4% selon l’Insee. Certes, en comparaison, la productivité horaire des Allemands a augmenté de 1,6% sur la même période, et de 1,5% en moyenne dans les pays de l’OCDE. Mais la productivité horaire d’un Français est parmi les plus élevée des pays industrialisés: 57,7 dollars en 2011 contre 55,3 dollars pour un Allemand et 44 dollars en moyenne dans les pays de l’OCDE. Seuls les Américains (60,3 dollars), les Norvégiens (81,5 dollars), les Néerlandais (59,8 dollars), les Luxembourgeois (78,9), les Irlandais (66,4) et les Belges (59,2) sont plus productifs. Quant à la productivité globale – la valeur ajoutée brute -, elle a augmenté de 2,7% l’an dernier, à 1789 milliards d’euros. (…) Il est toutefois faux de croire que les Français ne travaillent que 35 heures par semaine: heures supplémentaires comprises, la durée hebdomadaire de travail des salariés à temps complet était, en 2011, de 39,5 heures (52,7 heures pour les non salariés). Certes, c’est moins que les Allemands (40,4 heures en moyenne par semaine) et que l’ensemble des Européens (40,4 heures). Mais, au total en 2011, les Français ont travaillé 1475 heures selon l’OCDE, contre 1411 heures pour les Allemands! Car si l’Allemagne n’a pas réduit le temps de travail des salariés à temps plein, elle a en revanche massivement développé le temps partiel. Reste que les Français ont des marges de progression: la moyenne en zone euro est de 1573 heures de travail par an, et de 1775 heures dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ceux qui travaillent le plus sont les Mexicains (2250 heures par an) et les Sud-Coréens (2193 heures par an). L’Expansion
The Greeks are some of the most hardworking in the OECD, putting in over 2,000 hours a year on average. Germans, on the other hand, are comparative slackers, working about 1,400 hours each year. But German productivity is about 70% higher. Alternatively, the graph above might suggest that people who work fewer hours are more productive. (…) There are aberrations, of course. Americans are relatively productive and work relatively long hours. And within the American labour force hours worked among the rich have risen while those of the poor have fallen The Economist
A new and growing body of multidisciplinary research shows that strategic renewal — including daytime workouts, short afternoon naps, longer sleep hours, more time away from the office and longer, more frequent vacations — boosts productivity, job performance and, of course, health. In a study of nearly 400 employees, published last year, researchers found that sleeping too little — defined as less than six hours each night — was one of the best predictors of on-the-job burn-out. A recent Harvard study estimated that sleep deprivation costs American companies $63.2 billion a year in lost productivity. The Stanford researcher Cheri D. Mah found that when she got male basketball players to sleep 10 hours a night, their performances in practice dramatically improved: free-throw and three-point shooting each increased by an average of 9 percent. Daytime naps have a similar effect on performance. When night shift air traffic controllers were given 40 minutes to nap — and slept an average of 19 minutes — they performed much better on tests that measured vigilance and reaction time. Longer naps have an even more profound impact than shorter ones. Sara C. Mednick, a sleep researcher at the University of California, Riverside, found that a 60- to 90-minute nap improved memory test results as fully as did eight hours of sleep. MORE vacations are similarly beneficial. In 2006, the accounting firm Ernst & Young did an internal study of its employees and found that for each additional 10 hours of vacation employees took, their year-end performance ratings from supervisors (on a scale of one to five) improved by 8 percent. Frequent vacationers were also significantly less likely to leave the firm. (…) In the 1950s, the researchers William Dement and Nathaniel Kleitman discovered that we sleep in cycles of roughly 90 minutes, moving from light to deep sleep and back out again. They named this pattern the Basic-Rest Activity Cycle or BRAC. A decade later, Professor Kleitman discovered that this cycle recapitulates itself during our waking lives. The difference is that during the day we move from a state of alertness progressively into physiological fatigue approximately every 90 minutes. Our bodies regularly tell us to take a break, but we often override these signals and instead stoke ourselves up with caffeine, sugar and our own emergency reserves — the stress hormones adrenaline, noradrenaline and cortisol. Working in 90-minute intervals turns out to be a prescription for maximizing productivity. Professor K. Anders Ericsson and his colleagues at Florida State University have studied elite performers, including musicians, athletes, actors and chess players. In each of these fields, Dr. Ericsson found that the best performers typically practice in uninterrupted sessions that last no more than 90 minutes. The NYT
Alors que les Américains s’appauvrissent constamment depuis 2004, la tendance est inverse au Capitole où les élus sont de plus en plus riches. C’est ce que révèle une enquête publiée par le New York Times, basée sur des données du Centre pour une politique réactive (Center for Responsive Politics), et qui montre que 250 des 535 membres du Congrès américains sont millionnaires. Si l’endroit a toujours été peuplé par des personnes plutôt aisées, l’écart avec le reste du peuple n’a en revanche jamais été aussi marqué. Le revenu net médian des représentants et sénateurs culmine à 913.000 de $ (705.000 €) et ne cesse d’augmenter, quand celui des Américains dans son ensemble, continuellement en baisse, avoisine aujourd’hui les 100.000 $ (77.000 €). Plus surprenant, le revenu du Congrès a augmenté de 15% en sept ans, période durant laquelle celui des Américains les plus fortunés a pour sa part stagné. Pour tous les autres, le revenu médian a baissé de 8% pour cette même période. Si cet écart de richesse aurait pu passer inaperçu en temps normal, en pleine crise économique, il choque. Des fortunes qui dépassent les 100 millions de $. (…) Pour tenter d’expliquer comment les parlementaires font pour continuer de s’enrichir en ces temps de morosité économique, plusieurs pistes sont évoquées. Certains analystes, cités par le New York Times, estiment que c’est tout simplement parce que la politique s’adresse avant tout aux personnes aisées. Lors des élections de 2010, le coût d’une campagne victorieuse pour le Sénat s’élevait en moyenne à 10 millions de $ et à 1,4 million pour une place au sein de la Chambre des représentants. De facto, seules des personnes avec déjà des moyens conséquents sont à même de se lancer en politique. Une fois entré au Congrès, le parlementaire touche un salaire annuel de base de 174.000 $ (qui a augmenté de 10% depuis 2004, soit un peu moins que l’inflation). À ce salaire s’ajoutent plusieurs avantages auquel le citoyen lambda n’a pas accès: des primes d’ancienneté, des pensions de retraite et une sécurité sociale en or. Le Washington Post explique aussi qu’une fois en place, les sénateurs et les représentants jouissent d’un réseau et de nouveaux moyens qui leurs permettent d’augmenter leurs pécules. Les données récoltées par le Center for Responsive Politics montrent que les parlementaires feraient d’excellents résultats sur les marchés boursiers. D’après des chercheurs de l’université de Géorgie, qui ont étudié la question, ces performances seraient le fruit d’un «important avantage d’informations» dû à leurs positions. Le Figaro
Even if the clip was a bit corny and overdone, the late Paul Harvey was a masterful throaty narrator in the romantic age before the onset of America’s now ubiquitous metrosexual nasal intonation. Harvey just didn’t sound different from the present generation, but from what we suspect, he sounded different from most generations to come as well. One reason that our age cannot make a Shane, High Noon, or The Searchers is that most of our suburban Hollywood actors cannot even fake the accent of either the frontier or the tragic hero anymore. When Tommy Lee Jones and Robert Duvall go, so goes too the last link to the cinema’s Westerner. There are no more voices like Slim Pickens or Ben Johnson. (…) It was not just Harvey’s mid-20th century voice that intrigued millions, but his unapologetic praise of the farmer’s work ethic, religiosity, and family values that he implied were at the core of American greatness, and were shared by all sorts of other American originals: the truck driver, the steel worker, or waitress whom we now all praise and yet prep our children not to be. We suspect that our kids would be better off at forty for spending a summer on a tractor at fifteen, but we just can’t seem to risk the loss of a season’s computer camp or eco-camp in the bargain. (…) I suppose the images resonated in 2013 in a way that they would have seemed passé in 1950, but not just because farmers then were about 15% of the population and now make up less than 1%, and so currently earn the added intrigue accorded to vanishing in the manner of the rhino or blue whale. The commercial instead was mostly a hit because of the sharp contrast, not just with the Petronian spectacle of today’s Super Bowl extravaganza, but also with the general tenor of the times of 2013 in particular.Victor Davis Hanson
Rather than millionaires, the spot’s targeted at customers who make around $200,000 a year. They’re consumers with a "little bit of grit under their fingernails" who "pop in and out of luxury" when and how they see fit. These are people who haven’t been given anything. Every part of success they’ve achieved has been earned through hard work and hustle. . . . One of the ways they reward themselves for their hard work is through the purchase of a luxury car … Right up front, Mr. McDonough dismisses the idea the reason American work so hard is to buy "stuff." What he’s really saying is that Americans work hard because that’s what they love to do. Luxury cars and other expensive goodies are a byproduct of success; not the objective. It’s basically saying hard work creates its own luck. In order to achieve it, you just have to believe anything’s possible. You have to believe in yourself, you have to believe in possibilities. It’s really about optimism. It’s really a fundamental human truth: optimism about creating your own future. It’s not about materialism. … Cadillac does not want to "guilt" people into buying an American rather than a European luxury car. The last thing in the world we want to do is comes across as: ‘It’s your duty to buy an American car.’ I don’t think anybody wakes up wanting to hear that. . . . The strategy was really to play off the consumer insights around this notion of achievement earned through hard work and hustle — and celebrating that. Since it’s a U.S.-based spot, we used metaphors to talk about other people who received their success through hard work … Reaction is running about 3-1 in favor of the spot with the young consumer audience on YouTube. But some people are offended at the perceived workaholic message when millions of people are out work and others are just getting by. Again, that’s not what Cadillac intended … We’re not making a statement saying, ‘We want people to work hard.’ What we’re saying is that hard work has its payoffs. Find something you love to do, do it incredibly well and there’s a reward for that. Whether its personal satisfaction, whether its fulfillment, whether that’s money … Rogue found and cast Mr. McDonough in an early version of the spot that they used to pitch and ultimately win Cadillac’s $250 million creative account last year. Cadillac and Rogue later went back and remade the spot with Mr. McDonough to create the version on-air now. We just liked his attitude … [It's a dissertation on American values] Sure. But what people forget is that still just a car ad. What made Cadillac happiest is consumers recognize ELR as an electric car — although Mr. McDonough never states that explicitly. It’s sparked an interesting and thought-provoking debate. Craig Bierley
The only thing to upset the early-morning serenity was the single most obnoxious television ad ever made: the one for Cadillac, in which the life of the tiniest one per cent of the one per cent is represented as an American birthright. It’s the one with the appalling guy who high-fives his kids (without looking at them) and then ends with an anti-French flourish: “You work hard; you create your own luck. And all that stuff? That’s the upside of only taking two weeks off in August, n’est-ce pas?” The French is proudly mispronounced, but if any Francophone ad were as aggressively anti-American as this one is against the French, you’d be reading about it for weeks in the Wall Street Journal. That the French summer vacation is not a rule forced on the rich entrepreneur—who can scheme on his yacht all August if he likes—but a protection for the poor worker he employs, is not something that occurs to the Cadillac mind. (If you want to understand why the rest of the world likes to watch Americans lose, this ad explains it all.) Adam Gopnik
"There are plenty of things to celebrate about being American, but being possessed by a blind mania for working yourself into the ground, buying more stuff and mocking people in other countries just isn’t one of them. The Huffington Post
Why are we looking to Europe for guidance? They take the month of August off, there’s 14% unemployment, they’re welfare states. They sit around and they move at a leisurely pace. They can’t defend themselves. They rely on us for that. What in the world is there to model ourselves after? … Oh, man, I’ll tell you, they look at this as an assault on Europe. They look at it as an assault on sidewalk cafes, Starbucks and this kind of thing. They look at it as an assault on their lifestyle. Remember, these are the people telling us that you are liberated when you get fired. You’re liberated when you lose your job because now you don’t have to do some stupid job to have health care because the government will give it to you. You don’t have to work anymore. That’s where they come from. Yeah, you can finally go discover the inner artist in you, and you now can join the legion of great human beings who have painted. You can be one of them, not tied to some silly job … But that’s the lifestyle, that’s sophistication, you see. Sophistication is, work? I’ll do what I have to. I’m gonna really devote myself to what’s important. I’m going to go paint. Then I’m gonna go visit a museum. After I visit the museum, then I’m gonna go to the art gallery, and after I finish the art gallery, I’m gonna head over back to the espresso cafe. When I finish there I’m gonna head to the real bar and I’m gonna have a couple shots, maybe some white wine, maybe some Camembert. When I finish there, I’m then gonna go to the craft show at the local community center where I’m gonna learn how to knit and sew and knit and peel and whatever, and then I’m gonna go home and I’m gonna water my garden. And right before I go to bed, I’m gonna add to the poem I’ve been writing for the past month. Yes, I’ll work on my poetry. When I finish my poetry, I will then retire and go to bed. And when I awaken, I will get up, and I will hate the fact that the first part of my day is a job where I’m going to be exploited by some evil capitalist. But I’ll go do it anyway so that when it’s over I can stroll back to the espresso bar and maybe while I’m at the espresso bar, I’ll dream of inventing the flying car, and I’ll write it and scribble it out there on my Microsoft Surface, because I don’t want to the best, the iPad. No. And then I just repeat the cycle. I’ll go to a different museum and I’ll go see different displays, exhibits and so forth. That’s sophistication. That is what we should aspire to. All this hard-work stuff, what a crock. If you do work, by the way, if you do get sucked in, make sure you work for a nonprofit. In fact, the best thing you, make sure you run a nonprofit. That way you can really get paid for not doing anything. That way you’re not working for some enterprise devoted to the evil of profit. No, you’re working for a nonprofit. You will live off what other people give you and you will claim that you are better people, because you have not been soiled by the poisons of capitalism. There isn’t any profit or loss in what you do. You’re interested in public service. Then, when you finish that, it’s to the soup kitchen and the homeless shelter, just to look in, just to see that people are there, and you’ll feel great about yourself because you care. And then you’ll demand the rich pay higher taxes so that the soup kitchen doesn’t close … Here’s the thing about hard work. Hard work is hard — and, by the way, folks, not everybody loves their work. This commercial is an indication of what can happen if you work hard, even though you may not like it. But you know what this commercial really is? By the way, this commercial was originally not for an electric car. They made this ad about an electric car to try to soften the blow so it would offend these leftist wackos less. Rush Limbaugh

Cachez ce rêve américain que je ne saurai voir !

Alors qu’au pays aux éternels trois millions de chomeurs, un jeune entrepreneur  et l’organe de presse qui publiait sa tribune libre se voient assigner en justice pour avoir osé remettre en question les méthodes anticoncurrentielles d’une compagnie de taxis …

Et qu’à la suite d’un président du Très Grand Capital recordman toutes catégories des levées de fonds et des dépenses de campagne et avec le nouvel assouplissement des règles que vient de voter la Cour suprême, des parlementaires américains toujours plus riches vont pouvoir, démocrates en tête, s’enrichir un peu plus …

Comment s’étonner de la belle unanimité du tollé qu’a suscité, chez les têtes pensantes des deux côtés de l’Atlantique, la véritable ode au rêve américain et à l’éthique du travail qu’avait lancée Cadillac sur les petits écrans en février dernier pour vendre sa nouvelle berline ?

Où, au prix d’un double contresens confondant matérialisme et accomplissement personnel et critiquant la conversion d’une entreprise à l’écologie qui aurait dû les séduire (la berline est en fait hybride-électrique), nos professionnels de la nouvelle police de la pensée politiquement correcte se ruent comme un seul homme  sur le chiffon rouge de l’image d’une Amérique à nouveau fière d’elle-même

Dans une pub il est vrai où, contrairement à l’habile parodie qu’en a fait aussitôt après son concurrent Ford pour vendre sa propre voiture électrique (avec femme noire, comme il se doit, modèle de modestie et de bonne conscience écologique), la vénérable compagnie au nom si mythiquement français choisissait pour l’incarner un acteur blond et bien dans sa peau, étalant sans vergogne sa réussite et celle de son pays tout en taclant au passage les quatre semaines de congés payés d’un pays pourtant, du moins pour ceux qui ont la chance d’avoir un travail, des plus productifs  …

La pub anti-Français de Cadillac
Le Nouvel Observateur
11-04-2014

Le dernier spot de la marque de luxe laisse entendre que les Français sont des paresseux passant leur temps à se délecter des congés payés. Charming.

Les publicités pour voiture ne font pas toujours preuve d’une grande finesse. C’est le cas du dernier spot de Cadillac.

Tout commence sur fond de grosse maison américaine. Un homme, dénommé Nel McDonough, se tient devant la piscine, et pose une question existentielle : "Pourquoi travaillons-nous autant ?" "Pour tout ça", dit-il en traversant sa villa, "pour toutes ces choses matérielles".

"Dans d’autres pays, ils rentrent chez eux tôt, s’arrêtent au café et prennent des vacances tout le mois d’août", poursuit-il.

Ce "nous", ce sont bien sûr les Américains, et les "autres pays", la France avec ses 35 heures, ses congés payés et ses bistrots à tous les coins de rue.

Nel McDonough ne lésine sur aucun argument pour démontrer le caractère "ambitieux" et "acharné" des Américains dont les Français seraient dépourvus : Neil Armstrong et les premiers pas sur la lune, Bill Gates… Dans son costume gris des plus chics, Nel McDonough pour finir débranche son bolide électrique en déclarant que la vie, finalement, "c’est assez simple. Vous travaillez dur, vous créez vos propres chances, vous devez croire que tout est possible. Et tous ces biens ? C’est l’avantage de ne prendre que deux semaines de vacances en août".

Et de conclure par un clin d’œil "N’est-ce pas ?". En français bien sûr.

Voir aussi:

L’affligeante pub anti-française de Cadillac
La marque de General Motors propose dans un spot une vision caricaturale de Français forcément paresseux.
Marc Naimark
Slate
11/04/2014

Il est vaguement ironique qu’une marque automobile qui tire son nom du fondateur français du Fort Ponchartrain, devenu la ville de Detroit, décide de faire du French-bashing. Ah oui, ces Frogs, ces cheese-eating surrender monkeys, connus pour leur paresse, les 35 heures, la déconnexion de leurs mails professionnel à 18h et les quatre semaines passées à bronzer parmi les coquillages et crustacés en août! Quelle différence avec ces Yankees travailleurs, se délectant des heures passées à tout faire sauf ne rien faire.

C’est justement le trait de caractère qu’utilise Cadillac, la gamme de luxe de General Motors, qui tire son nom d’un certain Antoine Laumet de La Mothe, sieur de Cadillac, dans une pub télé pour son modèle ELR mettant en scène l’acteur Neil McDonough (Frères d’armes, Desperate Housewives, etc.).

Dans ce spot, McDonough se promène de sa belle piscine vers sa non moins belle villa, de la superbe cuisine de celle-ci vers son vaste salon, en nous posant une question existentielle: pourquoi travaille-t-on autant? Pour tous ces biens matériels? Pour une marque de luxe, il va de soi que la réponse, après un discours un peu erratique sur la folie américaine, sera «oui».

«N’est-ce pas?» en français dans le texte

Durant ce plaidoyer en faveur du matérialisme, McDonough oppose aux Américains «d’autres pays» (en fait, la France) où, après le boulot, on se prélasse à la terrasse d’un café, où l’on passe tout le mois d’août en vacances, où l’on sait apprécier la vie.

Ceux-là méprisent les Américains ambitieux et acharnés au travail en les traitant de fous. Mais les frères Wright, pionniers de l’aviation, n’étaient-ils pas fous? N’était-ce pas fou d’aller sur la Lune et d’y retourner plusieurs fois avant de s’en ennuyer, laissant des bagnoles là-haut, sûrs que les seuls capables d’y retourner seront des Américains (surtout, ne le dites pas aux Chinois…)?

McDonough rentre dans son dressing et ressort en costume, prêt à sortir débrancher le bolide électrique à générateur intégré garé devant sa villa, en concluant:

«Les biens matériels, c’est le bon côté de ne prendre que quinze jours de vacances.»

Avec comme conclusion, un «N’est-ce pas?» évidemment en français dans le texte.

Effort pour un monde meilleur

A la caricature du Français qui sait vivre mais qui ne connaîtra jamais le plaisir d’avoir autant de choses que l’Américain, Ford, dans une nouvelle pub qui répond à celle de Cadillac, vient d’opposer une autre vision. Le spot met en scène, non pas un acteur, mais une personne réelle, Pashon Murray, la fondatrice de Detroit Dirt, entreprise du secteur social et solidaire qui récupère les déchets pour les transformer en compost destiné aux fermes urbaines d’une Detroit dépeuplée.

Dans cette pub, calque exacte de celle de Cadillac mais pour une voiture électrique bien plus modeste, Murray propose une troisième voie: ni paresse ni obsession accumulatrice, mais l’effort pour un monde meilleur.

La pub Cadillac se voulait provocatrice et clivante. General Motors prétend que les réactions étaient largement en sa faveur, mais a néanmoins choisi de ranger ce spot au placard après l’avoir diffusé massivement lors des JO de Sotchi, au profit de spots Internet destinés à mettre en évidence les avantages d’une voiture électrique et les autres innovations luxo-technologiques de l’ELR.

Si cette pub a «marché», c’est sans doute parce qu’elle conforte des Américains qui travaillent sans relâche pour acheter des maisons plus grandes où ils ne passent que très peu de temps, pour se procurer de nouveaux objets électroniques qu’ils n’ont presque pas le temps d’utiliser, pour acheter plein de jouets à leurs enfants qu’ils ne voient jamais. Neil McDonough les rassure: ça va, c’est bien de travailler autant, vous aurez une Cadillac à la fin!

Pour les 80% d’Américains qui n’auront jamais les moyens de payer plus de 75.000 dollars une voiture, les heures sans fin, c’est pour payer les assurances santé, la garde d’enfant, un logement dans un quartier avec des écoles un peu moins pourries qu’ailleurs. Et peut-être la voiture électrique de Ford, vendue moitié moins cher que l’ELR.

Une vision d’un monde où le travail n’est ni égoïstement honni, ni égoïstement adulé, mais tout simplement une voie vers un monde meilleur. Et c’est sans doute cette vision à laquelle adhéreraient les Français, les vrais, pas les faire-valoir caricaturaux de ce spot plutôt affligeant.

Voir également:

Cadillac lance une campagne de pub « anti-France »
Romain Pomian-Bonnemaison
Terrafemina
12 avril 2014

La marque de voiture Cadillac a choisi de centrer sa dernière campagne de pub sur ce qui fait des Etats-Unis un si grand pays… surtout par rapport au « farniente » à la française. N’hésitant pas à faire passer les français pour des flemmards parce qu’il se prendraient « un mois de vacances en août », la publicité qui n’en est pas à une contradiction près – en fait presque oublier le produit qu’elle essaie de vendre. Sans vraiment faire dans la finesse.

« Dans d’autres pays, ils travaillent, reviennent à la maison en s’arrêtant au café, ils prennent leur mois d’août – en entier », répète, insondable, l’acteur Neal McDonough (Desperate Housewives, Frères d’Armes, Minority Report…). Après tout un laïus sur le matérialisme, véritable sens de l’existence (avoir une piscine, par exemple, est dépeint comme un objectif de vie suprême), la publicité se conclut par un « N’est-ce pas ? » en français dans le texte – histoire de bien souligner que les « autres pays », ça veut bien dire la France. Pour la petite histoire, le nom de l’entreprise, Cadillac, fait référence au gascon Antoine de Lamothe-Cadillac, fondateur de la ville de Détroit en 1701 – une contradiction certes vague, mais non moins intéressante.

Quel est le message de Cadillac ?

Dans le détail, les poncifs véhiculés par cette publicité sont affligeants. Comme le relève Slate, les Etats-Unis, dépeints en creux, sont des maîtres incontestés dans tous les domaines – quitte à dire de belles âneries comme sur la conquête de la Lune, où il oublie que les Russes et les Chinois ont eux aussi déposé des véhicules… Et de conclure par cette phrase pas très illuminée: « Les biens matériels, c’est le bon côté de ne prendre que quinze jours de vacances », suivi de « N’est-ce pas ? ».

Voir encore:

Ford surfe sur le bad buzz de Cadillac pour sa dernière pub

maitesavin
Meltybuzz
31/03/2014
Alors que la dernière campagne de Cadillac faisait l’objet d’un bad buzz, la marque de voiture Ford a décidé de surfer sur ce bad buzz pour le tourner à son avantage en reprenant la pub au plan près !

La parodie de Cadillac par Ford

Après le bad buzz de la pub de Cadillac, Ford a retourné la situation à son avantage. En effet, en février dernier, l’acteur Neal McDonough (Dave Williams, mari d’Edie Britt dans la saison 5 de Desperate Housewives) incarnait le rêve américain matérialiste et libéral afin de promouvoir l’ELR, la berline électrique de Cadillac. Cette campagne n’avait pas fait l’unanimité et a même été qualifiée de "cauchemar". C’est alors que Team Detroit, l’agence de pub travaillant pour la marque de voitures Ford, a décidé de prendre cette pub à contre pied. Surfant sur le bad buzz qu’elle a déclenché, elle reprend plan par plan la campagne de Cadillac remplaçant l’acteur blond par l’Afro-américaine Pashon Murray. Rien ne change sauf le discours. Cette dernière porte des bottes et un pantalon de jardin et explique son mode de vie écologique, tourné vers la Terre et les autres avec sa fondation Detroit Dirt. Contrairement à Cadillac, la jeune femme ne parle en aucun cas de sa réussite, de sa richesse en vantant la suprématie américaine et taclant les 5 semaines de congés payés français. Non, Ford a su garder un discours modeste et a bien su se servir de Cadillac pour promouvoir sa propre voiture électrique !

Voir de même:

Les Français ne sont pas assez productifs: info ou intox?

Louis Gallois estime que la productivité ne croît plus suffisamment en France. Pourtant, la France a une productivité horaire des plus élevées. Mais travaille moins d’heures que ses voisins. Décryptage.

Emilie Lévêque

L’Expansion

09/11/2012

Et si le manque de compétitivité de la France n’était pas seulement dû au coût du travail trop élevé, mais à un déficit de productivité des salariés? C’est en tout cas ce pense Louis Gallois. "Il y a un vrai problème de la productivité du travail en France", a déclaré ce vendredi sur BFM Business l’ancien patron du groupe aéronautique EADS, auteur du rapport sur la compétitivité des entreprises françaises. "La productivité horaire française reste forte, le problème, c’est qu’elle ne croît plus au rythme souhaitable", a-t-il poursuivi soulignant qu’elle augmentait à un rythme de "0,8% par an". "C’est insuffisant", pour l’industriel.

N’en déplaise à Louis Gallois, la croissance de la productivité horaire française est bien plus élevée que 0,8%: +1,3% en 2011 selon l’OCDE, + 1,4% selon l’Insee. Certes, en comparaison, la productivité horaire des Allemands a augmenté de 1,6% sur la même période, et de 1,5% en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Mais la productivité horaire d’un Français est parmi les plus élevée des pays industrialisés: 57,7 dollars en 2011 contre 55,3 dollars pour un Allemand et 44 dollars en moyenne dans les pays de l’OCDE. Seuls les Américains (60,3 dollars), les Norvégiens (81,5 dollars), les Néerlandais (59,8 dollars), les Luxembourgeois (78,9), les Irlandais (66,4) et les Belges (59,2) sont plus productifs. Quant à la productivité globale – la valeur ajoutée brute -, elle a augmenté de 2,7% l’an dernier, à 1789 milliards d’euros.
Louis Gallois contraint de retirer ces préconisation sur le temps de travail?

Ce n’est donc peut-être pas tant un problème de productivité horaire, que dénonce Louis Gallois, mais de nombre d’heures travaillées. Parmi les nombreuses informations qui ont fuité sur ce que proposerait le rapport Gallois, il y a eu, en octobre, celle du Parisien sur la suppression des 35 heures. Le Commissariat général à l’investissement avait aussitôt démenti. Et de fait, il n’y a aucune mention à la durée du travail dans le rapport remis le 6 novembre au Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Etrange, car toutes les autres fuites de presse se sont révélées exactes – sur l’allègement de charges sociales de 30 milliards d’euros, sur l’exploration du gaz de schiste, etc. Louis Gallois aurait-il été contraint de retirer cette proposition de supprimer les 35 heures? C’est ce qu’il dit à demi-mots: il a été obligé "de se cantonner à un certain nombre de sujets", explique-t-il sur BFM.

Il est toutefois faux de croire que les Français ne travaillent que 35 heures par semaine: heures supplémentaires comprises, la durée hebdomadaire de travail des salariés à temps complet était, en 2011, de 39,5 heures (52,7 heures pour les non salariés). Certes, c’est moins que les Allemands (40,4 heures en moyenne par semaine) et que l’ensemble des Européens (40,4 heures). Mais, au total en 2011, les Français ont travaillé 1475 heures selon l’OCDE, contre 1411 heures pour les Allemands! Car si l’Allemagne n’a pas réduit le temps de travail des salariés à temps plein, elle a en revanche massivement développé le temps partiel.

Reste que les Français ont des marges de progression: la moyenne en zone euro est de 1573 heures de travail par an, et de 1775 heures dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Ceux qui travaillent le plus sont les Mexicains (2250 heures par an) et les Sud-Coréens (2193 heures par an).

Voir par aussi:

Relax! You’ll Be More Productive
Tony Schwartz
February 9, 2013

THINK for a moment about your typical workday. Do you wake up tired? Check your e-mail before you get out of bed? Skip breakfast or grab something on the run that’s not particularly nutritious? Rarely get away from your desk for lunch? Run from meeting to meeting with no time in between? Find it nearly impossible to keep up with the volume of e-mail you receive? Leave work later than you’d like, and still feel compelled to check e-mail in the evenings?

More and more of us find ourselves unable to juggle overwhelming demands and maintain a seemingly unsustainable pace. Paradoxically, the best way to get more done may be to spend more time doing less. A new and growing body of multidisciplinary research shows that strategic renewal — including daytime workouts, short afternoon naps, longer sleep hours, more time away from the office and longer, more frequent vacations — boosts productivity, job performance and, of course, health.

“More, bigger, faster.” This, the ethos of the market economies since the Industrial Revolution, is grounded in a mythical and misguided assumption — that our resources are infinite.

Time is the resource on which we’ve relied to get more accomplished. When there’s more to do, we invest more hours. But time is finite, and many of us feel we’re running out, that we’re investing as many hours as we can while trying to retain some semblance of a life outside work.

Although many of us can’t increase the working hours in the day, we can measurably increase our energy. Science supplies a useful way to understand the forces at play here. Physicists understand energy as the capacity to do work. Like time, energy is finite; but unlike time, it is renewable. Taking more time off is counterintuitive for most of us. The idea is also at odds with the prevailing work ethic in most companies, where downtime is typically viewed as time wasted. More than one-third of employees, for example, eat lunch at their desks on a regular basis. More than 50 percent assume they’ll work during their vacations.

In most workplaces, rewards still accrue to those who push the hardest and most continuously over time. But that doesn’t mean they’re the most productive.

Spending more hours at work often leads to less time for sleep and insufficient sleep takes a substantial toll on performance. In a study of nearly 400 employees, published last year, researchers found that sleeping too little — defined as less than six hours each night — was one of the best predictors of on-the-job burn-out. A recent Harvard study estimated that sleep deprivation costs American companies $63.2 billion a year in lost productivity.

The Stanford researcher Cheri D. Mah found that when she got male basketball players to sleep 10 hours a night, their performances in practice dramatically improved: free-throw and three-point shooting each increased by an average of 9 percent.

Daytime naps have a similar effect on performance. When night shift air traffic controllers were given 40 minutes to nap — and slept an average of 19 minutes — they performed much better on tests that measured vigilance and reaction time.

Longer naps have an even more profound impact than shorter ones. Sara C. Mednick, a sleep researcher at the University of California, Riverside, found that a 60- to 90-minute nap improved memory test results as fully as did eight hours of sleep.

MORE vacations are similarly beneficial. In 2006, the accounting firm Ernst & Young did an internal study of its employees and found that for each additional 10 hours of vacation employees took, their year-end performance ratings from supervisors (on a scale of one to five) improved by 8 percent. Frequent vacationers were also significantly less likely to leave the firm.

As athletes understand especially well, the greater the performance demand, the greater the need for renewal. When we’re under pressure, however, most of us experience the opposite impulse: to push harder rather than rest. This may explain why a recent survey by Harris Interactive found that Americans left an average of 9.2 vacation days unused in 2012 — up from 6.2 days in 2011.

The importance of restoration is rooted in our physiology. Human beings aren’t designed to expend energy continuously. Rather, we’re meant to pulse between spending and recovering energy.

In the 1950s, the researchers William Dement and Nathaniel Kleitman discovered that we sleep in cycles of roughly 90 minutes, moving from light to deep sleep and back out again. They named this pattern the Basic-Rest Activity Cycle or BRAC. A decade later, Professor Kleitman discovered that this cycle recapitulates itself during our waking lives.

The difference is that during the day we move from a state of alertness progressively into physiological fatigue approximately every 90 minutes. Our bodies regularly tell us to take a break, but we often override these signals and instead stoke ourselves up with caffeine, sugar and our own emergency reserves — the stress hormones adrenaline, noradrenaline and cortisol.

Working in 90-minute intervals turns out to be a prescription for maximizing productivity. Professor K. Anders Ericsson and his colleagues at Florida State University have studied elite performers, including musicians, athletes, actors and chess players. In each of these fields, Dr. Ericsson found that the best performers typically practice in uninterrupted sessions that last no more than 90 minutes. They begin in the morning, take a break between sessions, and rarely work for more than four and a half hours in any given day.

“To maximize gains from long-term practice,” Dr. Ericsson concluded, “individuals must avoid exhaustion and must limit practice to an amount from which they can completely recover on a daily or weekly basis.”

I’ve systematically built these principles into the way I write. For my first three books, I sat at my desk for up 10 hours a day. Each of the books took me at least a year to write. For my two most recent books, I wrote in three uninterrupted 90-minute sessions — beginning first thing in the morning, when my energy was highest — and took a break after each one.

Along the way, I learned that it’s not how long, but how well, you renew that matters most in terms of performance. Even renewal requires practice. The more rapidly and deeply I learned to quiet my mind and relax my body, the more restored I felt afterward. For one of the breaks, I ran. This generated mental and emotional renewal, but also turned out to be a time in which some of my best ideas came to me, unbidden. Writing just four and half hours a day, I completed both books in less than six months and spent my afternoons on less demanding work.

The power of renewal was so compelling to me that I’ve created a business around it that helps a range of companies including Google, Coca-Cola, Green Mountain Coffee, the Los Angeles Police Department, Cleveland Clinic and Genentech.

Our own offices are a laboratory for the principles we teach. Renewal is central to how we work. We dedicated space to a “renewal” room in which employees can nap, meditate or relax. We have a spacious lounge where employees hang out together and snack on healthy foods we provide. We encourage workers to take renewal breaks throughout the day, and to leave the office for lunch, which we often do together. We allow people to work from home several days a week, in part so they can avoid debilitating rush-hour commutes. Our workdays end at 6 p.m. and we don’t expect anyone to answer e-mail in the evenings or on the weekends. Employees receive four weeks of vacation from their first year.

Our basic idea is that the energy employees bring to their jobs is far more important in terms of the value of their work than is the number of hours they work. By managing energy more skillfully, it’s possible to get more done, in less time, more sustainably. In a decade, no one has ever chosen to leave the company. Our secret is simple — and generally applicable. When we’re renewing, we’re truly renewing, so when we’re working, we can really work.

Tony Schwartz is the chief executive officer of The Energy Project and the author, most recently, of “Be Excellent at Anything.”

Voir également:

Cadillac Clears Up ‘Misconceptions’ About Contentious ‘Poolside’ Ad
But Expect Debate to Keep Raging After Oscar Airing
Michael McCarthy
Ad age
March 01, 2014. 31

"Why do we work so hard? For what? For this? For stuff?" asks actor Neal McDonough as he gazes out over his pool in new Cadillac’s TV commercial before delivering a dissertation on the American Dream.

With that, the actor begins the controversial 60-second spot Cadillac that will air both before and during ABC’s broadcast of the Academy Awards this Sunday night.

The "Poolside" spot created, by ad agency Rogue, is intended to serve as a "brand provocation," according to Craig Bierley, Cadillac’s advertising director. Consider it mission accomplished.

The spot for the new Cadillac ELR has provoked extreme reactions since its debut during NBC’s broadcast of the Opening Ceremony of the 2014 Sochi Winter Olympics

Fans on the political right see "Poolside" as an unapologetic ode to American values. Critics on the political left see it as Ugly American chest thumping at its worst. During a time when Americans are working harder and longer for less money, others question the spot’s perceived workaholic message.

Fox Business News contributor Jonathan Hoenig, a founding member of the Capitalistpig hedge fund, praised "Poolside" as a "tremendous" celebration of profit-seeking, productivity and, yes, enjoyment of material goods.

"Those are considered very declasse these days, very down. So here’s a wonderful ad that actually celebrates America," Mr. Hoenig said.

But Fox Business host Neil Cavuto worried "Poolside" feeds the negative perception of the richest 1% as smug, rich bastards who are contemptuous of everyone else. It also takes chutzpah for GM, a company bailed out by American taxpayers, to preach self-reliance, Mr. Cavuto wryly noted.

Other critics have attacked the spot more bluntly. The Huffington Post declared: "Cadillac made a commercial about the American Dream — and it’s a Nightmare." Wrote Carolyn Gregoire: "The luxury car company is selling a vision of the American Dream at its worst: Work yourself into the ground, take as little time off as possible, and buy expensive sh*t (specifically, a 2014 Cadillac ELR)."

Washington Post contributor Brigid Schulte "groaned" at the sight of a "middle-aged white guy" extolling the "virtues of hard work, American style," while strolling around his fancy house, pool and $75,000 electric car.
Ad Age DataCenter
11.5% Experiential marketing

U.S. revenue growth for experiential/event-marketing agencies in Ad Age’s Agency Report 2013. Check out the full report and rankings.
Learn more

Advertising Age interviewed Cadillac’s Mr. Bierley on the strong reaction to the spot. He said the spot’s been "misconstrued" by some viewers. He wanted to set the record straight. Among the misperceptions:
Craig Bierley Craig Bierley

It’s aimed at the richest 1%
Not so, says Mr. Bierley. Rather than millionaires, the spot’s targeted at customers who make around $200,000 a year. They’re consumers with a "little bit of grit under their fingernails" who "pop in and out of luxury" when and how they see fit, he said. "These are people who haven’t been given anything. Every part of success they’ve achieved has been earned through hard work and hustle. . . . One of the ways they reward themselves for their hard work is through the purchase of a luxury car," he said.

It’s about materialism
Go back and watch the beginning, said Mr. Bierley. Right up front, Mr. McDonough dismisses the idea the reason American work so hard is to buy "stuff." What he’s really saying is that Americans work hard because that’s what they love to do. Luxury cars and other expensive goodies are a byproduct of success; not the objective.

"It’s basically saying hard work creates its own luck. In order to achieve it, you just have to believe anything’s possible. You have to believe in yourself, you have to believe in possibilities. It’s really about optimism. It’s really a fundamental human truth: optimism about creating your own future. It’s not about materialism."

It’s a "Buy American" spot
That’s wrong too. Mr. McDonough references the U.S. moon landing, Bill Gates and the Wright Brothers because the ad is only designed to run in the U.S., not overseas. If "Poolside" was designed as a global ad, the references would be more global.

Cadillac does not want to "guilt" people into buying an American rather than a European luxury car, said Mr. Bierley. "The last thing in the world we want to do is comes across as: ‘It’s your duty to buy an American car.’ I don’t think anybody wakes up wanting to hear that. . . . The strategy was really to play off the consumer insights around this notion of achievement earned through hard work and hustle — and celebrating that. Since it’s a U.S.-based spot, we used metaphors to talk about other people who received their success through hard work."
Advertisement

It celebrates the USA’s workaholic culture
Reaction is running about 3-1 in favor of the spot with the young consumer audience on YouTube, said Mr. Bierley. But some people are offended at the perceived workaholic message when millions of people are out work and others are just getting by. Again, that’s not what Cadillac intended, Mr. Bierley said.

"We’re not making a statement saying, ‘We want people to work hard.’ What we’re saying is that hard work has its payoffs. Find something you love to do, do it incredibly well and there’s a reward for that. Whether its personal satisfaction, whether its fulfillment, whether that’s money."

It was created for the Olympics, when nationalism runs high
Wrong, said Mr. Bierley. Instead, Rogue found and cast Mr. McDonough in an early version of the spot that they used to pitch and ultimately win Cadillac’s $250 million creative account last year. Cadillac and Rogue later went back and remade the spot with Mr. McDonough to create the version on-air now. "We just liked his attitude," said Mr. Bierley about the character actor who’s starred on HBO’s "Band of Brothers" and other shows.

It’s a dissertation on American values
Sure, said Mr. Bierley. But what people forget is that still just a car ad. What made Cadillac happiest is consumers recognize ELR as an electric car — although Mr. McDonough never states that explicitly. "It’s sparked an interesting and thought-provoking debate," said Mr. Bierley.

Voir encore:

The Super Bowl Farmers
Victor Davis Hanson
February 13th, 2013

Chrysler’s Super Bowl Ram Truck commercial praising the American farmer was an unexpected big hit and is still being replayed around the country on talk radio. Rich Lowry and Peggy Noonan both contrasted the authenticity of that commercial fantasy with the falsity of the real event.

And why not? Even if the clip was a bit corny and overdone, the late Paul Harvey was a masterful throaty narrator in the romantic age before the onset of America’s now ubiquitous metrosexual nasal intonation. Harvey just didn’t sound different from the present generation, but from what we suspect, he sounded different from most generations to come as well. One reason that our age cannot make a Shane, High Noon, or The Searchers is that most of our suburban Hollywood actors cannot even fake the accent of either the frontier or the tragic hero anymore. When Tommy Lee Jones and Robert Duvall go, so goes too the last link to the cinema’s Westerner. There are no more voices like Slim Pickens or Ben Johnson. One of the successes of the commercial is that the photographed farmers did not speak, and left the impression of mute superiority.

It was not just Harvey’s mid-20th century voice that intrigued millions, but his unapologetic praise of the farmer’s work ethic, religiosity, and family values that he implied were at the core of American greatness, and were shared by all sorts of other American originals: the truck driver, the steel worker, or waitress whom we now all praise and yet prep our children not to be. We suspect that our kids would be better off at forty for spending a summer on a tractor at fifteen, but we just can’t seem to risk the loss of a season’s computer camp or eco-camp in the bargain.

The commercial’s platitudes were cleverly juxtaposed with grainy pictures of un-Botoxed people doing real physical work and in concert with each other, using big machines, and looking the worse for wear from it. True or not, we at least were to believe that no one in those still shots had hair plugs, bleached teeth, or faux tans in the manner of our vice president, who tries so hard to be an oh-so-authentic “Joey.” In that regard, Clint Eastwood’s resonance hinges in part on the fact that his lined and craggy face does not resemble what has happened to Sylvester Stallone’s, and he did not engage in the sort of embarrassing, obsequious fawning about George Bush that a Chris Rock or Jamie Foxx has monotonously done about Barack Obama. Americans still admire authenticity, and that too explains the later YouTube popularity of the commercial. When the Obama team released pictures of Obama “skeet shooting” or with a furrowed brow following in real time the ongoing shooting and killing in Benghazi, we knew it was all show, all Dukakis in a tank. The only thing worse than being cut off from the premodern world is faking participation in it.

I suppose the images resonated in 2013 in a way that they would have seemed passé in 1950, but not just because farmers then were about 15% of the population and now make up less than 1%, and so currently earn the added intrigue accorded to vanishing in the manner of the rhino or blue whale. The commercial instead was mostly a hit because of the sharp contrast, not just with the Petronian spectacle of today’s Super Bowl extravaganza, but also with the general tenor of the times of 2013 in particular.

Voir aussi:

Advertisers Pitching to Americans Yearning to Feel Confident Again
Jim Geraghty
National Review

March 5, 2014

Beyond the Russia and Alan Grayson news in today’s Morning Jolt . . .

Advertisers Pitching to Americans Yearning to Feel Confident Again

Take a look at three of the biggest, most-discussed television ads of the past year or so.

First, Ram Trucks’ “God Made a Farmer” ad from the Super Bowl last year:

Then the Coke ad from the Super Bowl this year:

I know there were some folks who watched the Coke ad and perceived the message, “America isn’t just for English-speakers! Embrace the polyglot, you ethnocentric hicks!” But it’s just as easy, or easier, to look at the ad and see the message that all across the globe, in every tongue, people find America, and its freedoms, cultures, and traditions beautiful.

Then the latest ad to make a splash, no pun intended, is Cadillac’s “Poolside”:

Ad Age summarizes the reaction:

“Why do we work so hard? For what? For this? For stuff?” asks actor Neal McDonough as he gazes out over his pool in new Cadillac’s TV commercial before delivering a dissertation on the American Dream.

With that, the actor begins the controversial 60-second spot Cadillac that will air both before and during ABC’s broadcast of the Academy Awards this Sunday night.

The “Poolside” spot created, by ad agency Rogue, is intended to serve as a “brand provocation,” according to Craig Bierley, Cadillac’s advertising director. Consider it mission accomplished.

Fox Business News contributor Jonathan Hoenig, a founding member of the Capitalistpig hedge fund, praised “Poolside” as a “tremendous” celebration of profit-seeking, productivity and, yes, enjoyment of material goods.

“Those are considered very declasse these days, very down. So here’s a wonderful ad that actually celebrates America,” Mr. Hoenig said.

But Fox Business host Neil Cavuto worried “Poolside” feeds the negative perception of the richest 1% as smug, rich bastards who are contemptuous of everyone else. It also takes chutzpah for GM, a company bailed out by American taxpayers, to preach self-reliance, Mr. Cavuto wryly noted.

What’s the theme tying together all three of these?

Americans desperately want to feel good about their country again.

The farmer in the Ram Trucks ad is what we think we once were, and want to still be: hard-working, reliable, honest, filled with determination and integrity. The Coke ad actually begins with a cowboy who would fit in the Ram Truck ad, but moves on to break-dancing kids, a family visiting the Grand Canyon, a big (Hispanic?) family settling in for dinner, folks wobbling at a roller rink and laughing at themselves. That ad shows that we’re warm and welcoming, close to our families, spending quality time with our kids who aren’t sitting in front of a video-game console or staring at the screen of their phone.

And then Neal McDunough — “Hey, it’s that guy from Band of Brothers and Captain America!” — comes along and stabs a needle of adrenaline and confidence into our heart. He chuckles about other countries sitting at cafes and taking August off. He walks past his kids, who are doing their homework, with one appearing to be working on a model of DNA. He explains that “we’re crazy, driven, hard-working believers,” and high-fives his younger child, who obviously has already absorbed this cheerful, confident philosophy. He’s got a gorgeous house with a pool, happy, bright kids, a good-looking wife who reads the Wall Street Journal after he does, and he looks good in a suit. He’s got spring in his step. The world is his oyster, and he says it’s America’s oyster, too, because “you work hard, you create your own luck, and you’ve got to believe anything is possible.”

We want to be that guy. Or we want to believe we could be that guy if we tried. Or perhaps put even clearer, we want to believe we have the opportunity to be that guy, whether or not we actually want to pursue that life, that house, that lifestyle, and drive that car.

UPDATE: A reader reminds me that Mike Rowe’s ad for Walmart fits in this theme as well:

Most companies test their ads extensively with focus groups. The folks in those focus groups must be bursting at the seams for a message that America can be great again. Are the potential 2016 contenders hearing this?

Liberals Outraged by Cadillac Ad
Rush Limbaugh
March 06, 2014

RUSH: Have you seen, ladies and gentlemen, the new Cadillac commercial for their new electric car? (interruption) You haven’t?  It features the actor Neal McDonough.  Do you watch Justified? (interruption) Well, Neal McDonough was in Justified two years ago.  He’s got this baby-shaped head, blue eyes, short, blond hair.  He can play the nicest next-door neighbor or the evilest villain you’ve ever found.

He is the actor in this commercial.  The left hates this commercial.  There are caustic posts on leftist websites, and even mainstream news sites, Huffing and Puffington Post. They’re outraged over the Cadillac ad!  If you’ve seen it, you might know why.

RUSH:  Let’s get to the Cadillac commercial.  There’s a headline here at the Huffing and Puffington Post.  It’s by a woman named Carolyn Gregoire, and I don’t know she pronounces it that way.  G-r-e-g-o-i-r-e, Gregoire, Gregoire. It’s probably Gregory, if I had to guess.  But anyway, headline: "Cadillac Made a Commercial About the American Dream, and it is a Nightmare."  This commercial has hit a nerve in the left that is such a teachable moment!

This commercial itself and the reaction to it by the left is all anyone needs know about what really has become of the Democrat Party and the American left.  The actor is Neal McDonough.  You’ve seen him in Justified.  He was in some other TV series that ran for four years.  I can’t think of the name of it right off the top of my head.  You’d recognize him if you saw him.  He’s playing the part here of a successful American male, who happens to own one of these new Cadillac electric cars.

RUSH: Here is the ad.  This is 43 seconds here. It’ll go by here pretty quickly and I’ll do the transcript myself when this is finished.

MCDONOUGH:  Why do we work so hard?  For what?  For this?  For stuff?  Other countries, they work, they stroll home, they stop by the cafe, they take August off.  Off.  Why aren’t you like that?  Why aren’t we like that?  Because we’re crazy, driven, hardworking believers.  Those other countries think we’re nuts.  Whatever.  Were the Wright Brothers insane?  Bill Gates? Les Paul? Ali?  Were we nuts when we pointed to the moon?  That’s right.  We went up there, and you know what we got?  Bored.  So we left.  It’s pretty simple.  You work hard, you create your own luck, and you gotta believe anything is possible.  As for all the stuff, that’s the upside of only taking two weeks off in August.  N’est-ce pas?

You don’t need stuff. You need to be the inner artiste, and while you piddle around and produce absolutely nothing, we will take care of you, and we will give you your health care while you explore your inner uselessness, and only dream about what you could be while looking at other people who are successful and instantly hating them.

RUSH: Have you seen, ladies and gentlemen, the new Cadillac commercial for their new electric car? (interruption) You haven’t? It features the actor Neal McDonough. Do you watch Justified? (interruption) Well, Neal McDonough was in Justified two years ago. He’s got this baby-shaped head, blue eyes, short, blond hair. He can play the nicest next-door neighbor or the evilest villain you’ve ever found.

He is the actor in this commercial. The left hates this commercial. There are caustic posts on leftist websites, and even mainstream news sites, Huffing and Puffington Post. They’re outraged over the Cadillac ad! If you’ve seen it, you might know why.

RUSH: Let’s get to the Cadillac commercial. There’s a headline here at the Huffing and Puffington Post. It’s by a woman named Carolyn Gregoire, and I don’t know she pronounces it that way. G-r-e-g-o-i-r-e, Gregoire, Gregoire. It’s probably Gregory, if I had to guess. But anyway, headline: "Cadillac Made a Commercial About the American Dream, and it is a Nightmare." This commercial has hit a nerve in the left that is such a teachable moment!

This commercial itself and the reaction to it by the left is all anyone needs know about what really has become of the Democrat Party and the American left. The actor is Neal McDonough. You’ve seen him in Justified. He was in some other TV series that ran for four years. I can’t think of the name of it right off the top of my head. You’d recognize him if you saw him. He’s playing the part here of a successful American male, who happens to own one of these new Cadillac electric cars.

RUSH: As for all the stuff, that’s the two weeks off in August. He also says in the ad about the moon, and we’re gonna be the first to go back. Now, the left is simply outraged because they perceived this to be an attack on Western European socialism. This is Cadillac. Remember what I’ve always told you about advertising? Advertising that works is advertising that properly, correctly takes the pulse of the people it is targeted to.

It takes the pulse of the American culture at that moment, that snapshot. So here you have Cadillac and their ad agency, and what are they using to sell this thing? The American dream, the old adages: Hard work, success, climbing the ladder. You just work hard and work hard, and you don’t think about vacations first. You think about your work. You find something you love, you go out and you do it.

And, yeah, you acquire stuff. There’s nothing wrong with acquiring stuff, and there’s nothing wrong with improving your lifestyle. The left is just livid. A pull quote from this Huffing and Puffington Post story: "a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

One of the things that liberals love to hate about America is wrapped up in that one sentence. Let me read it to you again. The pull quote from Carolyn Gregoire, the Huffington Post says, this Cadillac ad is "a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

If there’s one thing that this commercial misses and — well, not really. There’s a lot of Americans who can’t work anymore. There aren’t any jobs, no matter how hard you work. There are just some people that can’t find work, but Cadillac is targeting those who have jobs and are trying. You know, whatever you do, don’t feel guilty about climbing the ladder. Don’t feel guilty about improving your life.

Don’t feel guilty about wanting a Cadillac, an electric Cadillac.

Don’t feel guilty about this.

Why are we looking to Europe for guidance? They take the month of August off, there’s 14% unemployment, they’re welfare states. They sit around and they move at a leisurely pace. They can’t defend themselves. They rely on us for that. What in the world is there to model ourselves after? And the left is just loaded for bear. I’ll share with you further details from this piece. Here. Grab sound bite 18. Quickly we can squeeze it in. Here’s Robin Roberts on morning America today.

ROBERTS: Oh, my goodness. And what’s wrong with taking more than two weeks off? You’re made to be felt guilty because you’re not working hard?

RUSH: Yeah, yeah, yeah. That commercial, oh, wow! That makes you feel guilty if take more than two weeks off. That Cadillac commercial is making me feel guilty. I’m telling you, the left is afraid of that commercial. It’s such a teachable moment here.

RUSH: No. No, no, no, no. The point is, the left really is anti-American tradition. The left really does not believe in the all American dream. It’s not that they don’t even believe it; they advocate against it. That’s what this Cadillac hullabaloo illustrates and is all about. You know, we think we’re all in this together. We might have our disagreements, Democrats and Republicans, but we all want the same things. We don’t anymore.

There is not a singular American culture that’s oriented around growth and prosperity and individual achievement and success. That’s not what the Democrat Party’s about anymore. Their power base is not rooted in people like that. Their power base is rooted in the failures and victims of our society. And they are trying to create even more of them.

The enemy, as far as the Democrat Party and the American left are is concerned, the enemy are the successful, the enemy is those who are achieved. The enemy is the philosophy that undergirds the American dream. It’s called consumerism and capitalism and it’s supposedly void of any real meaning and no values. It’s just about who has more stuff and who has more money and who’s richer and all that, and they are full-fledged resentful of that.

Now, this has been building for 50 years. It didn’t just happen overnight, but to some people who are casual observers, it has happened overnight. We went from George Bush, who was a Republican for all intents and purposes as far as low-information voters are concerned, a conservative, and he won two elections. He loses, and within two years everything the country stood for is gone and finished. How did this happen? That’s what a lot of people are asking. How in the world did this happen overnight? And the answer is it hasn’t been happening overnight, or it didn’t.

It has been building for years, starting in first grade, kindergarten, all the way up through the university level, the anti-America dream speech, philosophy, the pro-Western, socialist view of things, the all-powerful state, the idea that people aren’t smart enough to take care of themselves, people aren’t capable of taking care of themselves, that people aren’t, on their own, able to make the right decisions. They not gonna spend their money right. They need people do that for them. Liberals, preferably in government, determining how people live and what decisions are made, and if they make the wrong ones, then we’ll penalize them.

It’s an amazing thing that a commercial has come along and shown this for what it is. So let me replay — and this is not the whole thing — the whole thing is 60. We cut it down to 45 seconds just for the essence, you know, brevity is the soul of wit. And this commercial literally has the left in a tizzy. I read it, folks. It’s my gig here. Show prep, I know no bounds. And I’m telling you that all over leftist blogs there is genuine rage over this. Here it is again.

MCDONOUGH: Why do we work so hard? For what? For this? For stuff? Other countries, they work, they stroll home, they stop by the cafe, they take August off. Off. Why aren’t you like that? Why aren’t we like that? Because we’re crazy, driven, hardworking believers. Those other countries think we’re nuts. Whatever. Were the Wright Brothers insane? Bill Gates? Les Paul? Ali? Were we nuts when we pointed to the moon? That’s right. We went up there, and you know what we got? Bored. So we left. It’s pretty simple. You work hard, you create your own luck, and you gotta believe anything is possible. As for all the stuff, that’s the upside of only taking two weeks off in August. N’est-ce pas?

RUSH: Oh, man, I’ll tell you, they look at this as an assault on Europe. They look at it as an assault on sidewalk cafes, Starbucks and this kind of thing. They look at it as an assault on their lifestyle. Remember, these are the people telling us that you are liberated when you get fired. You’re liberated when you lose your job because now you don’t have to do some stupid job to have health care because the government will give it to you. You don’t have to work anymore. That’s where they come from. Yeah, you can finally go discover the inner artist in you, and you now can join the legion of great human beings who have painted. You can be one of them, not tied to some silly job.

You don’t need stuff. You need to be the inner artiste, and while you piddle around and produce absolutely nothing, we will take care of you, and we will give you your health care while you explore your inner uselessness, and only dream about what you could be while looking at other people who are successful and instantly hating them. Let me read to you even more from this piece at the Huffing and Puffington Post.

"There are plenty of things to celebrate about being American, but being possessed by a blind mania for working yourself into the ground, buying more stuff and mocking people in other countries just isn’t one of them." And that’s how they view this commercial. This commercial is advocating for working yourself to death, buying a bunch of useless stuff, and making fun of other people. That’s the great sin. It’s a toss-up between working hard and making fun of other people that offends them the most. They don’t know which bothers them the most.

"So we wish we could say that Cadillac’s commercial [for it's new electric car], which debuted during the Olympics, was a joke. But no, it seems to be dead serious — a completely shameless celebration of our work-hard-buy-more culture, with a blanket dismissal of ‘other countries’ and their laziness tossed in for good measure."

Oh, I just love this. It’s so predictable, too. It’s so right on the money. People are just doing us the biggest favor by telling us exactly who they are and what they resent and what they don’t like. And what is it about hard work that bothers them? Bill Gates, I guarantee you when he was building Microsoft, it wasn’t work. It was love.

Let me use myself. I don’t look at what I do as work. I absolutely love it. I’ve always worked hard, and I absolutely love it, and I am thankful as I can be that I found what I love. I’m ecstatic I found my passion. I describe it as doing what I was born to do. I’m one of the lucky few, apparently, who found what that is, and, by the way, not an insignificant part, a way to get paid for doing it.

It’s not hard work. Well, it is, but I don’t look at it that way. It’s not arduous. I don’t get up regretting it. I don’t spend my days wringing my hands ticked off at people for what I have to do. I think every day’s an opportunity. To these people, every day’s drudgery, every day is more punishment, every day is more of an excrement sandwich. And work hard, who needs that? There’s a reason why the United States has been the lone superpower.

And, by the way, we now have a president who agrees with this take on this commercial. The American dream’s always been phony. You know why? The American dream’s been a trick. The American dream’s a trick fostered on people to get ‘em to work hard for evil corporate bosses who won’t pay them anything with this impossible result that they’re gonna make it big someday. That’s a lie. This is what the left thinks. It’s a lie put forth by corporate America, rich America, to get you to bust your butt for them while they pay you nothing. And you will die dreaming of what you never had, and, my God, you will have wasted your life in the process. And that is their outlook. You are nothing but a victim being exploited by the evil rich who are mostly white, by the way, and that’s important in this, too.

The article continues. "The opening shot shows a middle-aged man, played by the actor Neal McDonough, looking out over his backyard pool." That bugs ‘em, too. The guy has a big house. He’s got a big house, it’s in a nice neighborhood, and he’s got a pool, and it’s a built-in pool. It’s not one of these cheap balloons that you put water in. It’s a real cement pond, really ticks the left off. And he’s looking over his domain, says, "‘Why do we work so hard? For this? For stuff?’ As the ad continues, it becomes clear that the answer to this rhetorical question is actually a big fat YES." All we do is work hard for stuff.

"And it gets worse. ‘Other countries, they work,’ he says. ‘They stroll home. They stop by the cafe. They take August off. Off.'" Which they do! They take August off. They do stroll home. And when they’re not strolling, they’re driving little lawn mowers they call cars. "Then he reveals just what it is that makes Americans better than all those lazy, espresso-sipping foreigners." You just feel hate dripping from every word here? "Then he reveals just what it is that makes Americans better than all those lazy espresso-sipping foreigners," which, by the way, Carolyn I’m sure would love to be one of those lazy espresso sipping foreigners. And she may be, who knows.

But that’s the lifestyle, that’s sophistication, you see. Sophistication is, work? I’ll do what I have to. I’m gonna really devote myself to what’s important. I’m going to go paint. Then I’m gonna go visit a museum. After I visit the museum, then I’m gonna go to the art gallery, and after I finish the art gallery, I’m gonna head over back to the espresso cafe. When I finish there I’m gonna head to the real bar and I’m gonna have a couple shots, maybe some white wine, maybe some Camembert. When I finish there, I’m then gonna go to the craft show at the local community center where I’m gonna learn how to knit and sew and knit and peel and whatever, and then I’m gonna go home and I’m gonna water my garden. And right before I go to bed, I’m gonna add to the poem I’ve been writing for the past month.

Yes, I’ll work on my poetry. When I finish my poetry, I will then retire and go to bed. And when I awaken, I will get up, and I will hate the fact that the first part of my day is a job where I’m going to be exploited by some evil capitalist. But I’ll go do it anyway so that when it’s over I can stroll back to the espresso bar and maybe while I’m at the espresso bar, I’ll dream of inventing the flying car, and I’ll write it and scribble it out there on my Microsoft Surface, because I don’t want to the best, the iPad. No. And then I just repeat the cycle. I’ll go to a different museum and I’ll go see different displays, exhibits and so forth. That’s sophistication. That is what we should aspire to. All this hard-work stuff, what a crock.

If you do work, by the way, if you do get sucked in, make sure you work for a nonprofit. In fact, the best thing you, make sure you run a nonprofit. That way you can really get paid for not doing anything. That way you’re not working for some enterprise devoted to the evil of profit. No, you’re working for a nonprofit. You will live off what other people give you and you will claim that you are better people, because you have not been soiled by the poisons of capitalism. There isn’t any profit or loss in what you do. You’re interested in public service.

Then, when you finish that, it’s to the soup kitchen and the homeless shelter, just to look in, just to see that people are there, and you’ll feel great about yourself because you care. And then you’ll demand the rich pay higher taxes so that the soup kitchen doesn’t close. Oh, yes. Back to the story.

"‘Why aren’t you like that?’ he says. ‘Why aren’t we like that? Because we’re crazy, driven, hard-working believers, that’s why.’ By this point, the ad has already become little more than a parody of itself, but we had to ask: believers in what? The pursuit of ‘stuff.’ The other reason for America’s superiority, according to Cadillac? Our unrivaled space exploration program (‘We’re the only ones going back up there,’ the ad boasts). Never mind the fact that the US government is now paying Russia $70 million a pop to shuttle NASA astronauts to the International Space Station."

Hey, Ms. Gregoire, never mind that Barack Obama made NASA into a Muslim outreach department and it’s Barack Obama, your idol and hero, that makes it necessary to pay the Russians $70 million for every astronaut to the space station. By the way, with this thing in the Ukraine with the KGB vs. Obama, i.e., ACORN, what happens if Putin says, "You know what, you really ticked me off and I’m not taking you back to your space station," how we gonna get there, Ms. Gregoire? ‘Cause Obama’s shut it down. NASA’s a museum for Muslim outreach now.

"Cadillacs have long been a quintessentially American symbol of wealth and status. But as this commercial proves, no amount of wealth or status is a guarantee of good taste. Now, the luxury car company is selling a vision of the American Dream at its worst: Work yourself into the ground, take as little time off as possible, and buy expensive s- (specifically, a 2014 Cadillac ELR)."

That’s what she said. It doesn’t talk about working yourself into the ground. It’s not talking about working yourself to death, to punishment. The ad is about working yourself to prosperity and achievement and success. And they just can’t stand it, folks.

RUSH: Here’s the thing about hard work. Hard work is hard — and, by the way, folks, not everybody loves their work. This commercial is an indication of what can happen if you work hard, even though you may not like it. But you know what this commercial really is? By the way, this commercial was originally not for an electric car. They made this ad about an electric car to try to soften the blow so it would offend these leftist wackos less.

The fact that this Cadillac commercial is about an electric car doesn’t make a difference. But let me tell you what Cadillac sees. The ad tells us that people with money do not want little bitty hybrids and lawn mowers with seats on them. This ad tells us that people with money want comfortable, sexy luxury cars — and I’ll tell you what else this ad tells us. Cadillac sees the enthusiasm for the Tesla.

In California, the number one selling car of all cars is the Model S. I think it’s the Model S, but it’s some model of Tesla. They’re expensive as hell. This Cadillac is 75 grand in this ad, and Teslas are going into six figures. One of my buddies… I came back from LA. One of my buddies told me he bought one and was afraid I was gonna get mad at him. He said, "I’m not buying it ’cause I’m a wacko, Rush. I love the car. I can call up your website up in the dashboard in your car.

"I love the car — and you know, Rush, I get 175 miles a charge on it." I said, "Wow." But Cadillac sees that people with money — and that’s who they sell their cars to, people with money — have an enthusiasm for the Tesla. The Tesla is the competition for this ELV car of theirs, and it’s clear who the market is. The market that this car is made for is high achievers — and Cadillac is trying to talk to them in their native language, these high achievers, and the left just hates it.

RUSH: We’re gonna starts in Dayton, Ohio. Julie, I’m glad you called. It’s great to have you on the program. Hello.

CALLER: Thanks. I’m so happy to talk to you again.

CALLER: Thank you. We’re Home of the Wright Brothers, which was mentioned in the commercial.

RUSH: That’s right.

CALLER: Yes. Dayton, Ohio. I love this commercial. I don’t typically watch commercials because I DVR a lot of stuff, but I happened to be watching something live, so I was kind of ignoring the commercial while it was on until I heard the gentleman talk about taking a month off in August versus we take two weeks.

RUSH: Right.

CALLER: That just totally struck a chord with me. I jumped up, I backed the commercial up, and I had to replay it. I listened to that commercial over and over again, and I was just like, "Oh, my gosh. I want to go out and buy a Cadillac now."

RUSH: What do you like about? You’ve gotta get specific for me here. Obviously you had an overall favorable impression. You felt great watching it, but what hit you? What did you like about it?

CALLER: Well, I work for a pharmaceutical company, a foreign pharmaceutical company. I know that for any drug to be successful, it has to be successful in the United States, otherwise that company is not gonna do well. Americans are the hardest, hardest working, and we push and we push, and we work 40, 50, 60, 70 hours a week. We work one job, two jobs, three jobs. I mean, we work hard and we work hard for –

RUSH: I know, and it doesn’t leave me time to paint or write poetry or go to the museum.

CALLER: None at all. One of my best friends is Marcus, who I love dearly, but then my best friend Georgia, she is Greek, and when she would go over to Greece, she says, "It is so laid back." She says that they take-two-hour naps at lunchtime, and they close down work at, like, three, four o’clock, and they just don’t work as hard as Americans do.

RUSH: That’s not the right way to look at it. No, no. "They are sophisticated. They are more balanced. They have their lives in much more perspective. The Greeks, never mind that they’re broke and in debt and totally dependent on others to keep them living. The Greeks and the Spaniards and the British and the French and the Swiss? We love the Swiss, and the Danes.

We really love the Danes. They’re sophisticated. They’ve got it all figured out. They don’t work hard at all. They know that that’s not necessary. There’s no intense pressure attached to their lives. They’re able to slow down. They don’t even have to defend themselves! The United States will do that if they are ever attacked, like by the KGB. So we just don’t see the world in the right way.

John Kerry is one of these guys that thinks Western Europeans are doing it right. They’ve got the answer with their 14% unemployment. Speaking of which, you know, there’s sort of a funny story. What is this, Carla Brunei, the wife of Sarkozy, former president of France? It is Brunei, or Brunei? (interruption) Brunei. All right. Well, she was a model and an actress, and then she married the guy.

And then she couldn’t work anymore because of conflicts of interest with the government, president, and so forth. She’s actually quoted in a newspaper story today as thinking she got shafted. She thought she was marrying a guy with money, and he only makes 300 grand a year or the equivalent, and she feels like she got screwed. (interruption) Well, I know 300 grand is a lot, but not for the elites, see. That 300 grand, that’s embarrassing. For the wife of a president of a country?

Julie, I appreciate the call. Thank you.

Donald in Carpinteria, California, you’re next on the EIB Network. Hello.

CALLER: Hello, Rush. Nice to talk to you. It’s an honor, sir.

RUSH: Thank you very much, sir. Great to have you here.

CALLER: Thank you. Rush, in reference to that great ad, that great Cadillac ad, I was thinking that there’s a couple of points with that, and one being that Obama took public funds and bailed out GM. We all recall that, and then they come up and they make an ad like this that targets hardworking Americans. And it’s kind of like a slap in the face to the left, and my take is they can’t stand that. They think that GM should toe the line now because they were bailed out with public funds.

RUSH: There probably is some of that in the left’s reaction to this, that this is a government-owned company. What the hell are they doing selling something like this anyway?

CALLER: Right, and kudos to the advertising agency that would actually make an ad like this and make a pro-American, pro-work ad. And even though they took those funds, it’s kind of like, well –

RUSH: Here’s the thing about this. At the risk of sounding naive — and I am naive about a lot of things and I don’t mind people knowing that. Did you ever think — any of you — that an ad like that would be something divisive in the country? That ad is what used to be the philosophy everybody was raised by. That ad was, in fact, how everybody who wanted to be a success or wanted their kids to be a success was raised. That ad typifies distinctly, as we know, distinctly American values. And I’ll tell you, they are held in other parts of the country.

That ad is gonna ring home and true with Asians and a couple of other cultures who are also from the hard-work school of going through life and conquering it. But the idea that an ad that is as innocuous as this, this is hard work. How do we get stuff, and, yeah, there’s some people around the world that don’t. This is what American exceptionalism is. This is how we’re different. This is why people come here. That is exactly right. That ad is why people break the law to come here. And yet that ad has become something divisive in our culture now. That ad is something that is really controversial now to the left. But divisive as well.

This why I say this is a teachable moment. Look, some of you may be wondering why I’m spending so much time on it. I’ll tell you why. And it’s the same old thing. By the way, I’ve got friends who tell me I ought to change my approach. I’ll explain here in a minute. I really believe that the more people who could be taught, who would learn, be educated, what liberalism is, is the way to eventually see to it that they don’t win anymore. They’re not a majority now. They have to lie about what they believe and what they’re gonna do in order to win elections. They are not anywhere near a majority of the people of this country.

We’re being governed by a minority, and it’s simply because they have mastered the emotional, compassionate, feel-good approach to things. And they’ve made great hay out of the misconception, as they put it forth, of equality. To them it’s sameness, and anything that’s not the same is something inherently wrong with the country. And I just think this is educational. I think this is one of these great teachable moments for low-information people. Now, I have a friend who says it’s an ideological thing, it’s all good, but it’s not gonna reach everybody, Rush. People don’t want to look at things that way. Liberalism, conservative, not nearly as oriented like you are in that direction, and they’re not nearly as passionate about that.

So you gotta talk about it in terms of stupid versus smart. Instead of talking about what a big liberal Obama is, it’s just stupid what these people are doing, just plain damn dumb. And I understand the people who think that ideology is not the best way to go about educating, but it’s worked for me. I am never wrong when I predict what a liberal is gonna do, never wrong. I would never vote for one, I don’t care who. I would never vote for one. Why would anybody, is my attitude, after this, but then when you realize what they do, they’re Santa Claus. The people voting for them are not voting for them on ideology. They’re voting for ‘em on the basis of stuff.

The dirty little secret is, everybody wants stuff. It’s just that some people are happier if it’s given to them, than having to work for it. Hard work is always gonna be a tougher sell than getting gifts. But it makes for a better culture, country, and society over all. That’s what’s always been the truth, truism and the case. You what the average life span of any republic or democracy is? It’s about 200 years. So we’ve gone past ours. We’ve gone past our life expectancy. And when does every democracy end is when the public learns that they can vote themselves money from the Treasury, that is the beginning of the end. And we’re in that phase.

So the question we have is, can we arrest that and stop it before we are swallowed and destroyed by this ever-expanding mountain of debt, because that is what will do it. Don’t listen to people that tell you the debt doesn’t matter, including the people in the Republican establishment. "Ah, the debt’s the debt. It’s no different now than it was then. It may be a little bit bigger, but, hell, it’s the United States government, always good for what it owes (muttering)." At some point it all collapses and can’t sustain itself. And we have reached that point.

 Voir par ailleurs:

Taxis, VTC : les fossoyeurs de l’innovation
Opinions: Nicolas Colin s’en prend au lobby des taxis, mais surtout fustige des pouvoirs publics qui ne comprennent qu’en cédant aux lobbys de tout poil, ils creusent la tombe du redressement économique
Nicolas Colin
La Tribune
15/10/2013

Le lobby des taxis a gagné la guerre contre les VTC. Pour Nicolas Colin entrepreneur alarmé, cette affaire a révélé l’incapacité des politiques français à promouvoir l’innovation, et pourrait bien conduire à notre perte…
sur le même sujet

Tout commence comme une sorte de message à caractère informatif. Un collaborateur vient voir le patron d’Orange et lui présente une idée dont il n’est pas peu fier :

"Patron, comme nous sommes à la fois une entreprise de média et une entreprise innovante, nous pourrions consacrer une émission de télévision sur notre chaîne Orange Innovation TV aux grands patrons qui innovent dans les grandes entreprises. Ca consisterait à interviewer des dirigeants hyper-innovants et à mettre en valeur leurs innovations par rapport à celles des startups, qui nous donnent beaucoup de leçons mais dont on ne voit pas beaucoup les résultats. D’ailleurs on a déjà trouvé le titre, ça s’appellerait Les décideurs de l’innovation. On a mis au point un super générique à la Top Gun. "

Ravi, le patron d’Orange soutient cette idée :

« Mon vieux, votre idée est géniale. Je fais banco, vous avez ma carte blanche. J’ai d’ailleurs quelques idées pour les premiers invités, regardons ensemble mon carnet d’adresses pour voir à qui je dois rendre service. »
Parmi ces premiers invités figure justement Nicolas Rousselet, patron des taxis G7 (qui n’opèrent pas que des taxis d’ailleurs, mais aussi une activité de location de voitures, des activités de logistique, de stockage, etc.). Qu’il soit un invité d’une émission aussi audacieuse et disruptive que Les décideurs de l’innovation est un paradoxe : après tout, il est aujourd’hui engagé dans un vaste effort de lobbying pour contrer l’innovation dans le transport individuel de personnes en ville, dans des conditions abondamment détaillées ici ou la. Quoiqu’il en soit, dans une récente et exceptionnelle édition des Décideurs de l’innovation, Nicolas Rousselet nous expose sa vision de l’innovation.

Et à ce point du billet, mieux vaut en finir avec l’ironie : l’innovation vue par Nicolas Rousselet mérite qu’on s’y attarde tant est elle est dérisoire et erronée à peu près du début à la fin. Voici quelques extraits et mes commentaires :

« l’innovation prend deux formes : l’innovation technologique, technique et l’innovation en termes de services, de nouveaux services » (1’50?)

Eh bien non, à l’âge entrepreneurial, l’innovation ne prend qu’une seule forme, celle d’une offre nouvelle amorcée et valorisée sur un marché de masse grâce à la mise au point d’un nouveau modèle d’affaires. Les progrès technologiques sans changement de modèle d’affaires ni traction auprès de la multitude s’appellent simplement des gains de productivité… et se commoditisent en un clin d’oeil, sans permettre à l’entreprise de se différencier ;

« Pour les GPS, tout ça, là on est vraiment à la pointe, ça fait très longtemps qu’on géolocalise tous nos taxis » (3’05?)

Non non, si ça fait longtemps qu’on fait quelque chose, alors on n’est pas vraiment à la pointe. Ces derniers temps, les choses changent vite en matière de géolocalisation et de services associés ;

« Rapprocher le client du taxi, du chauffeur, nécessite de la haute technologie » (3’18?)

Pas du tout, ça nécessite tout au plus de l’amabilité de la part du chauffeur et, éventuellement, une application mobile, qui est quasiment à la portée du premier venu d’un point de vue technologique. Bien sûr, cela peut aussi nécessiter de l’innovation, c’est-à-dire un changement du modèle d’affaires : on rapproche d’autant mieux les taxis des clients qu’on fait alliance avec ces derniers, qu’ils sont ainsi incités à être actifs et donc producteurs de données. Cela, ça suppose de la confiance et ça se valorise d’autant mieux que les clients sont nombreux, bien au-delà de la clientèle premium (j’y reviendrai) ;

« Chaque filiale dans le groupe est gérée de manière autonome, indépendante, par un manager intéressé sur ses résultats » (4’12?)

Ce qui est précisément la caractéristique des entreprises non innovantes. L’innovation consiste à combiner de façon différente les composantes de l’activité de l’entreprise, quitte à ce que certaines déclinent si c’est le prix à payer pour le développement de l’entreprise tout entière. Un manager de filiale intéressé sur ses résultats fera tout pour tuer l’innovation dans sa filiale comme dans l’entreprise en général, de façon à protéger sa rente. C’est pourquoi – si du moins l’objectif est d’innover – un manager de filiale ne peut être intéressé au mieux qu’aux résultats de l’ensemble du groupe. Steve Jobs, traumatisé par sa lecture de The Innovator’s Dilemma, l’avait bien compris et mis en pratique depuis longtemps chez Apple, notamment avec la notion de unified P&L ;

« Nous avons gagné le prix de l’innovation 2010 de la chambre professionnelle du self-stockage » (5’00?)

C’est bien pratique de se créer ses petits prix de l’innovation maison pour faire croire au monde extérieur qu’on est innovant. Mais non, ça ne prend pas. L’innovation, à l’âge de la multitude, ça se mesure aux rendements d’échelle exponentiels et aux positions dominantes sur des marchés globaux. Aucune autre innovation ne contribue de manière significative au développement de l’économie française. Au contraire, le renforcement des situations de rente contribue de manière décisive à la stagnation du revenu par tête et à l’aggravation des inégalités ;

« On gère les taxis depuis pas loin de vingt ans de manière totalement numérique, avec le GPS » (6’50?)

Si les taxis étaient gérés de manière totalement numérique, ils ne s’en tiendraient pas au GPS et auraient inventé Uber avant Uber. Souvenez-vous de cette citation fameuse de The Social Network sur les frères Winklevoss :

« Nos chauffeurs de taxi sont tous des indépendants. C’est un vrai partenariat, où la qualité de service est un leitmotiv » (8’00?)

Des forums entiers sur la mauvaise expérience des taxis parisiens vécue par les touristes étrangers et les Parisiens eux-mêmes témoignent du contraire – ce qui prouve, par ailleurs, que le fait que les chauffeurs de taxi soient tous indépendants n’est pas forcément la meilleure formule pour assurer une qualité de service maximale. Comme le triomphe d’Apple nous l’a amplement démontré depuis 10 ans, l’unification de l’expérience utilisateur (ou une plateforme bien conçue, comme Amazon) sont les meilleures options pour garantir une qualité de service élevée ;

« On a lancé en décembre 2011 le club affaires premium, et là on a même un iPad mis à disposition, on a de l’eau, on a des lingettes » (8’10?)

Nous sommes tous très impressionnés, mais il n’y a pas beaucoup d’innovation dans le fait d’enrichir l’offre de service pour les seuls clients qui paient très cher leur abonnement affaires premium. La fuite vers le premium – et le délaissement corrélatif des marchés de masse – est l’un des phénomènes qui détourne les entreprises françaises de l’innovation à l’âge de la multitude – et il y a bien d’autres exemples que les taxis G7. C’est heureux que Nicolas Rousselet assume sans fard qu’il ne s’agit que de fournir aux clients que quelques lingettes et bouteilles d’eau en plus : nous sommes décidément très loin de l’innovation ;

« On voit que ça ne roule pas très bien, il y a des gros progrès à faire pour améliorer les conditions de circulation dans Paris » (8’40?)

Précisément, on ne roule pas bien dans Paris parce que trop de gens, insatisfaits du fonctionnement des transports en commun et ne pouvant s’offrir les services Affaires Premium Excellence Platine des taxis G7, choisissent de prendre leur véhicule personnel pour leurs déplacements en ville. Le développement des nouveaux modèles d’affaires autour de l’automobile en ville (auto-partage, VTC, etc.) vise en partie à dissuader les individus de prendre leur voiture et peut donc se traduire, à terme, par une décongestion de la circulation à Paris. Que les taxis G7 trouvent que les conditions actuelles sont mauvaises pour les affaires est un comble : d’abord les mauvaises conditions de circulation leur permettent de plus faire tourner le compteur (les taxis ont tout leur temps, ce sont les clients qui sont pressés) ; ensuite, les barrières réglementaires qu’ils défendent à toute force sont précisément la raison pour laquelle il est impossible d’améliorer les conditions de circulation dans cette ville de plus en plus difficile à vivre.
L’innovation doit faire bouger les lignes

Bref, comme le résume si brillamment ce journaliste particulièrement dur en interview, avec les taxis G7, « ça roule pour l’innovation ». J’ajouterai deux choses sur Nicolas Rousselet et les conditions règlementaires de l’innovation dans les transports urbains :
« Il faut que les VTC restent sur le métier pour lesquels ils ont été créés » déclarait-il au mois de juillet, cité par un article du Figaro. Wrong again : encore une fois, quand il s’agit d’innovation, l’objectif est précisément de faire bouger les lignes qui séparent les différentes activités et d’en faire la synthèse dans un nouveau modèle d’affaires, centrée autour de l’utilisateur – condition de l’alliance avec la multitude. Le déploiement d’une offre de qualité à très grande échelle est l’objectif stratégique à l’âge entrepreneurial et le seul cœur de métier des startups innovantes, comme nous le rappellent Steve Blank et Paul Graham. Ça n’a aucun sens, dans un monde où la technologie évolue en permanence et où la multitude révèle sans cesse de nouveaux besoins, de demander à une entreprise de rester sur le métier pour lequel elle a été initialement créée. On peut le faire bien sûr, mais il faut assumer alors qu’on renonce à l’innovation – moteur du développement économique, facteur de création d’emplois et de réduction des inégalités et, accessoirement, contribution décisive à l’amélioration du quotidien des consommateurs ;

Restreindre l’innovation aux clients premium, c’est empêcher son développement
On apprend aujourd’hui, dans un article du Monde, que « le délai de 15 minutes [entre la commande d'un VTC et la prise en charge] s’appliquera à tous les clients des VTC, hormis les hôtels haut de gamme et les salons professionnels ». Belle victoire de lobbying, en tous points contraire à l’intérêt général, et stupéfiante si l’on songe qu’elle a été consentie par un gouvernement de gauche. Si l’on résume la situation, les riches clients du Royal Monceau et les VIP du salon de l’automobile seront servis sans attendre ; par contre, les moins riches attendront ou prendront le bus et les entrepreneurs innovants seront noyés dans la baignoire. (Rappelons encore une fois que l’innovation de rupture arrive toujours ou presque par les activités à faibles marges sur les marchés à faible marge. Si l’on restreint les offres innovantes aux seuls clients premium, il n’y a pas la masse critique pour imposer une innovation de rupture.)

L’innovation meurt d’être mal comprise. Il n’y a pas meilleur contrepoint à la vision de Nicolas Rousselet que les rappels ci-après sur ce qu’est l’innovation, pourquoi elle est importante et comment la favoriser.

Pas d’investissements possibles

L’innovation ne peut pas prospérer en présence de verrous qui rigidifient l’économie et protègent les positions existantes. La seule existence de ces verrous, notamment législatifs et règlementaires, dissuade toute allocation du capital à des activités qui font bouger les lignes dans les secteurs concernés.

Quel intérêt d’investir dans une entreprise innovante se développant en France dans le secteur des VTC, puisque le rendement sur capital investi sera dégradé voire annulé par le verrou règlementaire qui protège la rente des taxis ? Il est beaucoup plus rentable d’allouer du capital à une entreprise américaine qui, elle, va triompher des obstacles règlementaires et conquérir un immense marché.
On tue les entreprises françaises dans l’oeuf

Dans ces conditions, les entreprises américaines prospèrent, tandis que les françaises sont littéralement empêchées de naître. Et lorsque les utilisateurs français (ou les touristes) n’en pourront plus de la mauvaise qualité du service de transport individuel de personnes à Paris et qu’ils obtiendront enfin l’abaissement de la barrière règlementaire, seules les entreprises américaines auront la qualité de service et l’infrastructure nécessaires pour prendre le marché français.

De même que quand la chronologie des médias sera enfin adaptée aux nouveaux modes de consommation des contenus cinématographiques et audiovisuels en ligne, seule Netflix, pas Canal+, sera en mesure de se déployer auprès des utilisateurs français.
L’inutile politique de soutien financier à l’innovation

Dans un cadre juridique hostile à l’innovation, on voit bien qu’une politique publique de soutien financier à l’innovation est vaine. On peut allouer tout l’argent qu’on veut à OSEO, à BPI France, à la sanctuarisation du CIR et du statut de jeune entreprise innovante, les entreprises ainsi financées ne parviennent pas à lever du capital puisque les gestionnaires de fonds identifient parfaitement les barrières juridiques à l’entrée sur les différents marchés et en déduisent qu’un investissement dans les entreprises concernées ne pourra jamais être rentable.

En présence de verrous juridiques protégeant la rente des entreprises en place, l’argent public dépensé pour soutenir l’innovation est comme de l’eau froide qu’on verserait sur une plaque chauffée à blanc : elle s’évapore instantanément.

Un problème qui se généralise

Le problème serait circonscrit si de tels verrous législatifs n’existaient que pour les VTC. Mais, loin de se cantonner à un seul secteur, ils se multiplient. Les industries créatives sont déjà affectées depuis longtemps par les entraves à l’innovation. Les hôteliers déploient un lobbying à grande échelle pour que la loi soit durcie et les protège sur trois fronts : celui des intermédiaires déjà en place sur le marché de la réservation de chambres d’hôtels ; celui de Google, qui rentre sur ce marché avec Hotel Finder ; celui d’AirBnB, qui intensifie la concurrence sur le marché de l’hébergement en faisant arriver sur le marché les chambres et habitations mises sur le marché par les particuliers.

Les libraires semblent en passe d’obtenir une interdiction de livrer gratuitement à domicile les livres commandés via les applications de vente à distance. Bref, à mesure que le numérique dévore le monde, les incendies se déclarent un peu partout et la réponse est toujours la même : on érige une barrière règlementaire qui dissuade l’allocation de capital à des activités innovantes et empêche donc à terme l’émergence de champions français dans ces secteurs.
Pour un lobby français de l’innovation

Sur tous ces dossiers, nous payons très cher l’inexistence d’un lobby français de l’innovation. Il n’est pas du tout évident qu’un tel lobby puisse exister. Aux États-Unis, il s’est constitué et il déploie sa puissance en raison d’une double anomalie : les entreprises ont le droit de financer les campagnes électorales ; et les entreprises les plus riches, dont la capitalisation boursière est la plus élevée, sont aussi les plus innovantes.

Au lobbying de ces entreprises s’ajoute celui d’une organisation, la National Venture Capital Association, qui défend les intérêts des fonds de capital-risque, y compris contre les intérêts du private equity, des banques d’affaires et des banques de dépôt.
La politique doit être favorable à l’innovation

Il n’existe rien de tel chez nous : aucune de nos plus grande entreprises n’est une entreprise innovante, une valeur de croissance comme le sont les géants californiens du numérique ; nos fonds de capital-risque sont rares, dispersés, dilués sur le front institutionnel dans l’Association française du capital investissement ; enfin, les entrepreneurs innovants comme les gestionnaires de fonds de capital-risque sont largement méconnus ou ignorés par les hauts fonctionnaires de la direction générale du Trésor, les membres des cabinets ministériels et, évidemment, les parlementaires.

Il ne peut exister qu’une seule politique publique de l’innovation. Son motif est que l’innovation est le principal facteur de la croissance et moteur du développement économique. Sa règle cardinale est que toutes les décisions de politique publique, sans exception, doivent être prises dans un sens favorable à l’innovation : en matière de financement de l’économie ; en matière de réglementation sectorielle ; en matière de fiscalité et de protection sociale. Aucune autre politique publique que celle-là ne peut être favorable à l’innovation.
Vers une économie française atrophiée et inégalitaire

Si les exceptions se multiplient, si l’innovation n’est plus qu’une priorité parmi d’autres, si l’on n’abaisse pas les barrières règlementaires à l’innovation de modèle d’affaires, alors notre destin est scellé : notre économie sera bientôt tenue exclusivement par des gens qui, bien qu’ils se prétendent décideurs de l’innovation, en sont en réalité les fossoyeurs.

Nicolas Rousselet, les taxis G7 et tous ceux qui les soutiennent au Parlement ou dans l’administration ne sont qu’un avant-gout de ce sombre avenir : bientôt, notre économie ressemblera à celle de ces pays du Tiers-Monde où l’homme le plus riche du pays, par ailleurs frère ou beau-frère du chef de l’État, a fait une immense fortune grâce à un monopole mal acquis sur l’importation des Mercedes d’occasion. Dans une telle configuration, on a tout gagné : des distorsions de marché, l’atrophie de la production locale, une valeur ajoutée réduite à néant, une croissance au ralenti et des inégalités de plus en plus insupportables.

Est-ce cela que nous voulons ? Et sinon, qu’attendons-nous pour agir ?

* Nicolas Colin est entrepreneur, co-auteur de "L’âge de la multitude" et membre de Futurbulences, de Renaissance numérique, du Club du 6 mai et de la commission « Services » du pôle de compétitivité Cap Digital

Voir aussi:

Steve Jobs Solved the Innovator’s Dilemma

James Allworth

HBR

October 24, 2011

In the lead up to today’s release of the Steve Jobs biography, there’s been an increasing stream of news surrounding its subject. As a business researcher, I was particularly interested in this recent article that referenced from his biography a list of Jobs’s favorite books. There’s one business book on this list, and it “deeply influenced” Jobs. That book is The Innovator’s Dilemma by HBS Professor Clay Christensen.

But what’s most interesting to me isn’t that The Innovator’s Dilemma was on that list. It’s that Jobs solved the conundrum.

When describing his period of exile from Apple — when John Sculley took over — Steve Jobs described one fundamental root cause of Apple’s problems. That was to let profitability outweigh passion: “My passion has been to build an enduring company where people were motivated to make great products. The products, not the profits, were the motivation. Sculley flipped these priorities to where the goal was to make money. It’s a subtle difference, but it ends up meaning everything.”

Anyone familiar with Professor Christensen’s work will quickly recognize the same causal mechanism at the heart of the Innovator’s Dilemma: the pursuit of profit. The best professional managers — doing all the right things and following all the best advice — lead their companies all the way to the top of their markets in that pursuit… only to fall straight off the edge of a cliff after getting there.

Which is exactly what had happened to Apple. A string of professional managers had led the company straight off the edge of that cliff. The fall had almost killed the company. It had 90 days working capital on hand when he took over — in other words, Apple was only three months away from bankruptcy.

When he returned, Jobs completely upended the company. There were thousands of layoffs. Scores of products were killed stone dead. He knew the company had to make money to stay alive, but he transitioned the focus of Apple away from profits. Profit was viewed as necessary, but not sufficient, to justify everything Apple did. That attitude resulted in a company that looks entirely different to almost any other modern Fortune 500 company. One striking example: there’s only one person Apple with responsibility for a profit and loss. The CFO. It’s almost the opposite of what is taught in business school. An executive who worked at both Apple and Microsoft described the differences this way: “Microsoft tries to find pockets of unrealized revenue and then figures out what to make. Apple is just the opposite: It thinks of great products, then sells them. Prototypes and demos always come before spreadsheets.”

Similarly, Apple talks a lot about its great people. But make no mistake — they are there only in service of the mission. A headhunter describes it thus: “It is a happy place in that it has true believers. People join and stay because they believe in the mission of the company.” It didn’t matter how great you were, if you couldn’t deliver to that mission — you were out. Jobs’s famous meltdowns upon his return were symptomatic of this. They might have become less frequent in recent years, but if a team couldn’t deliver a great product, they got the treatment. The exec in charge of MobileMe was replaced on the spot, in front of his entire team, after a botched launch. A former Apple product manager described Apple’s attitude like this: “You have the privilege of working for the company that’s making the coolest products in the world. Shut up and do your job, and you might get to stay.”

Everything — the business, the people — are subservient to the mission: building great products. And rather than listening to, or asking their customers what they wanted; Apple would solve problems customers didn’t know they had with products they didn’t even realize they wanted.

By taking this approach, Apple bent all the rules of disruption. To disrupt yourself, for example, Professor Christensen’s research would typically prescribe setting up a separate company that eventually goes on to defeat the parent. It’s incredibly hard to do this successfully; Dayton Dry Goods pulled it off with Target. IBM managed to do it with the transition from mainframes to PCs, by firewalling the businesses in entirely different geographies. Either way, the number of companies that have successfully managed to do it is a very, very short list. And yet Apple’s doing it to itself right now with the utmost of ease. Here’s new CEO Tim Cook, on the iPad disrupting the Mac business: “Yes, I think there is some cannibalization… the iPad team works on making their product the best. Same with the Mac team.” It’s almost unheard of to be able to manage disruption like this.

They can do it because Apple hasn’t optimized its organization to maximize profit. Instead, it has made the creation of value for customers its priority. When you do this, the fear of cannibalization or disruption of one’s self just melts away. In fact, when your mission is based around creating customer value, around creating great products, cannibalization and disruption aren’t “bad things” to be avoided. They’re things you actually strive for — because they let you improve the outcome for your customer.

When I first learned about the theory of disruption, what amazed me was its predictive power; you could look into the future with impressive clarity. And yet, there was a consistent anomaly. That one dark spot on Professor Christensen’s prescience was always his predictions on Apple. I had the opportunity to talk about it with him subsequently, and I remember him telling me: “There’s just something different about those guys. They’re freaks.” Well, he was right. With the release of Jobs’s biography, we now know for sure why. Jobs was profoundly influenced by the Innovator’s Dilemma — he saw the company he created almost die from it. When he returned to Apple, Jobs was determined to solve it. And he did. That “subtle difference” — of flipping the priorities away from profit and back to great products — took Apple from three months away from bankruptcy, to one of the most valuable and influential companies in the world.

James Allworth is the Director of Strategy for Medallia, Inc and co-author of How Will You Measure Your Life?. He has worked as a Fellow at the Forum for Growth and Innovation at Harvard Business School, at Apple, and Booz & Company. Connect with him on Twitter at @jamesallworth.

Voir enfin:

Apple’s Secret? It Tells Us What We Should Love

Roberto Verganti

January 28, 2010

At the beginning of Steve Jobs’s presentation of the iPad, a slide showed an image of God delivering its commandments, paired by a quote from The Wall Street Journal: “Last time there was this much excitement about a tablet, it had some commandments written on it.” Although a touch arrogant, this quote powerfully captures the essence of the event.

While tech experts were busy commenting on the qualities of the iPad, what struck me was the level of excitement that the event created. On Tuesday, the day before the product was unveiled, a Web search for “Apple tablet” produced more than 17 million links! On Wednesday, hordes of people attended the news conference remotely. Everyone was anxiously waiting for Apple’s interpretation of what a tablet is.

This was validation of Apple’s peculiar innovation process: Insights do not move from users to Apple but the other way around. More than Apple listening to us, it’s us who listen to Apple.

This contradicts the conventional management wisdom about innovation. In fact, one of the mantras of the past decade has been user-centered innovation: Companies should start their innovation process by getting close to users and observe them using existing products to understand their needs.

I disagree with this approach for these kinds of efforts. User-centered innovation is perfect to drive incremental innovation, but hardly generates breakthroughs. In fact, it does not question existing needs, but rather reinforces them, thanks to its powerful methods.

With the iPad Apple has not provided an answer to market needs. It has made a proposal about what could fit us and what we could love. It’s now up to us to answer whether we agree.

The iPad, of course, is not the first time Apple has taken this approach. If it had scrutinized users of early MP3 players downloading music from Napster, it would have not came out with a breakthrough system (the iPod + iTunes application + iTunes Store) based on a business model that asks people to pay for music.

Consumers don’t always swallow Apple’s notion of what they should love. In 2008, when Jobs unveiled the MacBook Air, he said “No matter how hard you look, one thing you are not gonna find in a MacBook Air is an optical drive. If you really want one, we have built one. [He showed an external CD-DVD drive] . . . But you know what? We do not think most users will miss the optical drive. We do not think they will need an optical drive.”

Apple is not alone in thumbing its nose at the notion of user-centered innovation. If Nintendo had closely observed teenagers in their basements using existing game consoles, it would have provided them with what they apparently needed: a powerful console with sophisticated 3D processing that could enable them to better immerse in a virtual world. Instead, Nintendo did not get close to users when developing the Wii. According to Shigeru Miyamoto, Nintendo’s senior marketing director, “We don’t use consumer focus groups. We got a lot of feedback from developers in the industry.” This allowed Nintendo to completely redefine the experience of game consoles.

The iPod and the Wii were outside the spectrum of possibilities of what people knew and did. But they were not outside what they could dream of and love, if only someone could propose it to them.

Firms that create radical innovations make proposals. They put forward a vision. In doing that, of course, they take greater risks. And it may even be that the iPad will not succeed. (My feeling is that its success strongly depends on developers. If they create applications specifically tailored for this device, instead of simply adapting existing applications running on notebooks, then the iPad could mark a new era in mobile computing. The potential is there, given that Apple is using the same collaborative innovation strategy devised for the iPhone.)

My 10 years of research on breakthrough innovations by companies such as Apple, Nintendo, and Alessi, which are summarized in my book Design-Driven Innovation, shows, however, that these radical proposals are not created by chance. And they do not simply come from intuition of a visionary guru. They come from a very precise process and capabilities.

Thanks to this process these companies are serial radical innovators. Their non-user-centered proposals are not dreams without a foundation. Sometimes they fail. But when they work, people love them even more than products that have been developed by scrutinizing their needs.
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Roberto Verganti is professor of the management of innovation at Politecnico di Milano and a member of the board of the European Institute for Advanced Studies in Management. He has served as an executive advisor, coach, and educator at a variety of firms, including Ferrari, Ducati, Whirlpool, Xerox, Samsung, Hewlett-Packard, Barilla, Nestlè, STMicroelectronics, and Intuit.



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