Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
Vietnamese dissidents arrestedRappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des “lois” arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul “mur israélien”, continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont “plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton” mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, “glissé sous le radar” après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La “douce” puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.” Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : “A bas le Parti communiste du Viêt-nam !” Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : “Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie.” Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des “lois internationales”. Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des “tribunaux populaires”

Les autorités ont de nouveau mobilisé les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’”écarter de la société”. Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un “opportuniste politique démasqué”.

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une “tribunal populaire” du district de Bach Khoa, accusé d’avoir “trahi son pays”. Les “juges” avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour “propagande contre le régime”. Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour “terrorisme”

“Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale”, a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le “prestige de l’Etat”.

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les “agitateurs et les terroristes” de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de “fermer”. Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir enfin:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour “abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat”. Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : “Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière”, estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

La police utilise également les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des “organes d’Etat”, notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour “violation grave de la loi sur la presse”. C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.”


Chute du mur/20e: Aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré (No capitalist country has ever walled its people in)

8 novembre, 2009
Michael Moore
Vous ne pouvez pas vous dire capitaliste et chrétien, parce que vous ne pouvez pas aimer votre argent et aimer votre voisin. Michael Moore
Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste? Le communisme comme illusion lyrique, mais à l’Ouest, pas à l’Est! Guy Sorman
Le roi était nu et nous ne le savions pas.
.
En ces temps étranges où, 20 ans après la chute du communisme, l’on nous annonce tous les jours la fin d’un capitalisme supposé vivre ses derniers instants …

Et où le premier documenteur venu peut remplir les salles et rafler les récompenses dans les festivals en alignant les pires inepties sur le système dont il vit grassement depuis 20 ans …

Pendant que nos dirigeants comme nos partis politiques signent des accords avec les partis frères des dernières dictatures de la planète …

Que ferions-nous sans les piqûres de rappel régulières de nos Guy Sorman pour nous remettre en mémoire certaines évidences?

Comme le fait, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, qu’il ait fallu si longtemps, de notre côté occidental, pour finalement comprendre que “partout où il a semé la terreur, le communisme n’a jamais été que le plus ou moins habile ou frustre maquillage d’une occupation militaire” (le tristement fameux bout du fusil de Mao).

Ou, contrairement à tous les murs de l’Histoire censés empêcher l’entrée des barbares (ou, contre la mauvaise foi de nos médias, des terroristes comme aujourd’hui la barrière de sécurité israélienne ou des immigrants illégaux entre les Etats-Unis et le Mexique ou… celle de Ceuta aux portes de notre propre Europe?), l’incroyable incongruité d’un mur censé “interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable”.

Ou enfin, que “tous les murs ne sont pas abattus” et que nombre de peuples (en Chine, Corée du nord, Cuba, Vietnam) rest”ent emmurés dans leur paradis communiste”.

Bref, que “le capitalisme n’a jamais emmuré personne”.

Sauf, ajouterions-nous, quand il envoie ses dirigeants signer des accords avec les geoliers des autres peuples ou ses entreprises pour leur fournir la technologie nécessaire

Extraits:

Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire: sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

(…)

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ?

(…)

Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie.

Il y a vingt ans, disparaissait l’illusion communiste
Guy Sorman
Le futur c’est tout de suite
30 octobre 2009

La chute du Mur ? Mais le Mur de Berlin n’est pas « tombé » le 9 novembre 1989 : il a été détruit. Comment s’est imposée l’expression « Chute du Mur » ? Comme s’il s’était effondré de lui-même ? La destruction fut volontaire et laborieuse : les Allemands de l’Est, acteurs et non pas spectateurs de cette « Chute », ne disposaient que d’outils rudimentaires : c’est à coups de marteau qu’ils vinrent à bout de la muraille en béton. Je fus sur place, témoin que, le Mur à peine franchi, les Allemands de l’Est, libérés, se précipitèrent vers les supermarchés de l’Ouest et s’en retournaient chez eux, chargés de ce que l’on ne trouvait pas à l’Est, en particulier des couches pour bébés et des bananes. Comme l’avait écrit Bertold Brecht dans son Opéra de quatre sous « La révolution, c’est bien ; mais il faut d’abord bouffer ». La destruction du Mur ne fut donc pas instantanée, ce qu’aussi laisserait croire l’expression Chute du Mur : Berlin ne fut pas Jéricho. De même, il ne fut pas clair d’emblée que l’Allemagne de l’Est avait disparu, ni que l’Europe était réunifiée, ni l’Union soviétique effacée de la carte, ni l’idéologie communiste hors jeu. L’élimination de la dictature soviétique chemina lentement et n’aboutit que grâce au talent visionnaire de Helmut Kohl en Allemagne, de George Bush aux Etats-Unis, de Boris Eltsine en Russie : grâce à eux, qui surent s’engouffrer dans le brèche, l’Europe finit réunifiée et l’URSS disparut.

Cette Fin de l’histoire communiste n’obéissait, en 1989, à aucune nécessité. Dans le camp soviétique, en Europe de l’Est, chez certains dirigeants occidentaux comme François Mitterrand, on espéra que la destruction du Mur ouvrait la voie à un nouveau socialisme, à visage humain : le Mur en moins, le communisme ne pourrait-il devenir légitime et démocratique ? En décembre 1989, un mois après la destruction du Mur, François Mitterrand se rendit en visite officielle en Allemagne de l’Est et déclara : « Nous avons encore beaucoup à faire ensemble ». Ce n’est qu’en octobre 1990, que l’Allemagne – au regret de Mitterrand – fut réunifiée. La destruction du Mur, loin de sonner, d’emblée, la victoire du capitalisme libéral, à l’époque et à gauche, fut interprétée et espérée comme l’inauguration d’une Troisième voie, ni capitaliste, ni communiste. Rappelons que Gorbatchev se berça de ce mythe de substitution jusqu’à ce que Boris Eltsine, qui lui était un démocrate, en 1991, y mette un terme. En Pologne, les apparatchiks communistes tentèrent aussi de se reconvertir à une Troisième voie : une partie des Eglises catholiques polonaise et tchèque, protestantes en Allemagne, s’y rallièrent avant que Jean-Paul II, sans enthousiasme mais lucide, admette que l’économie de marché seule pouvait sortir l’Europe de l’Est de la pauvreté.

Deux ans de controverses intellectuelles, de manipulations diplomatiques et de reconversions hâtives furent donc nécessaires pour enfouir, sous les décombres du Mur, à la fois le communisme dur, le communisme à visage humain et l’Union soviétique. Au terme de ces deux années d’hésitation, il fut enfin admis par les peuples directement concernés et leurs dirigeants que n’avait jamais existé qu’un seul communisme, le communisme réel. Et qu’il ne pouvait pas en exister un autre qui serait idéal et distinct de son expérience historique.

La destruction du Mur et le débat qui s’en suivit révélèrent, enfin, sans conteste, par KO, la véritable nature du communisme. Non, ce n’était pas une idéologie alternative à la démocratie libérale ; ce n’était pas une autre voie vers le développement économique ; ce n’était pas une autre forme de démocratie populaire par opposition à la démocratie bourgeoise. Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire : sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

Mais on rappellera à la décharge de Gorbatchev et bien d’autres que l’Histoire ne fait sens qu’après les événements. La Destruction du Mur et la chute du communisme soviétique, qui aujourd’hui ont des allures d’inéluctabilité, étaient en vérité imprévisibles, n’obéissaient pas à une nécessité historique. La preuve en est, bien sûr, que nul ne l’avait prévu et que ceux qui s’aventuraient dans la prophétie la lisaient à l’envers : le Président de l’Allemagne de l’Est, en juin 1989, avait déclaré que le Mur était là pour cent ans, immédiatement rejoint par le leader social démocrate Ouest allemand, Gerhard Schroeder. Sans doute fallait-il, pour prévoir juste, une inspiration quasi mystique chez des hommes d’Etat qui, comme Ronald Reagan à Berlin, en 1987, s’adressant à Gorbatchev, avait osé dire « Démolissez ce Mur ». Reagan avait la conviction qu’il serait entendu par la Providence sinon par le Parti communiste soviétique.

La prophétie est un genre aléatoire, mais il n’empêche que, depuis vingt ans, les faits ont donné raison à ce qui fut, à l’époque, dès la Destruction du Mur, l’hypothèse de Francis Fukuyama sur la Fin de l’Histoire. Il n’avait pas écrit qu’il n’y aurait plus d’Histoire du tout, mais que celle-ci se définirait par rapport à un unique modèle de référence : le capitalisme démocratique. Depuis vingt ans, tel est bien le cas : de bon ou de mauvais gré, en temps de croissance, comme en temps de crise, la réflexion politique, la science économique et les choix démocratiques opèrent tous, partout, à l’intérieur du paradigme unique du capitalisme démocratique. Que certains cherchent à s’en échapper et que, peut-être, certains parviendront à inventer des idéologies de substitution, est dans l’ordre des choses : Fukuyama avait envisagé que la quête d’absolu, fut-elle déraisonnable, ne céderait jamais devant le principe de réalité. En Allemagne aujourd’hui, dans le reste de l’Europe de l’Est, en Russie, une intelligentsia insatisfaite par le capitalisme libéral rumine non pas dans le regret du Mur, mais dans la quête insatiable d’une société plus parfaite, sans Mur

Le regret du Mur affecte aussi, de manière non dite, les nostalgiques d’une Europe essentiellement franco-allemande qui paraissait avant 1989, à ses dirigeants, comme une alternative à la puissance américaine, une troisième force entre l’URSS et les Etats-Unis. Mais la réunification de toute l’Europe, inéluctablement générée par la Destruction du Mur, devait aussi mettre un terme à cette Europe-là. La nouvelle Europe se révèle beaucoup plus libérale en économie et pro-américaine que ne le fut jamais le couple franco-allemand. Loin de devenir la nouvelle puissance tierce, dont rêvèrent De Gaulle et Mitterrand, l’Union européenne est devenue une vaste zone de libre échange, et une configuration culturelle à l’identité floue qui ressemble plus à ce que fut l’Empire ottoman qu’à une troisième force neutraliste. La Destruction du Mur a pu fait perdre en puissance et en cohérence à l’ancienne Europe ; mais elle aura fait progresser l’aire de la paix et de la prospérité commune. Les Européens, dans leur ensemble, y auront gagné

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ? Cette illusion n’avait pas confondu que la Gauche : Raymond Aron, philosophe libéral mais pessimiste par tempérament, dans les années 1960, envisageait une « convergence » entre les systèmes économiques communistes et libéraux. Il est désormais accepté de comparer l’illusion communiste à l’Ouest avec une sorte de foi religieuse qui rendait imperméable à la réalité. Certes. Mais ce serait sous estimer l’efficacité de la propagande soviétique, les complicités politiques et intellectuelles et le rôle de la corruption financière dans cet amour excessif de l’intelligentsia de gauche européenne pour l’URSS. Ce serait sous estimer, aussi, que la passion pour l’URSS fut indissociable de l’autre passion, négative celle-là, qui infecte en permanence l’intelligentsia européenne, je veux parler de l’anti-américanisme.

Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste ? Le communisme comme illusion lyrique , mais à l’Ouest, pas à l’Est ! En 1990, lors d’une conversation avec Lech Walesa, alors leader du syndicat Solidarité à Gdansk, il m’assura n’avoir jamais rencontré un seul communiste polonais : « des opportunistes oui, des apparatchiks aussi, mais un communiste jamais ! ». L’observation ironique et profonde de Walesa valait pour l’ensemble du monde soviétique comme elle s’applique encore aux peuples emmurés de la Chine et de la Corée du Nord. Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Le choix ultime pour l’humanité est donc le suivant : vivre dans « l’enfer » capitaliste mais avec le droit d’en sortir ou dans le « paradis » communiste, avec l’obligation d’y rester. Dante n’avait pas imaginé cette Comédie-là.

Voir aussi:

For those of you on the way to church this morning …
Michael Moore
The Huffington Post November 8, 2009
October 4, 2009

Friends,

I’d like to have a word with those of you who call yourselves Christians (Muslims, Jews, Buddhists, Bill Maherists, etc. can read along, too, as much of what I have to say, I’m sure, can be applied to your own spiritual/ethical values).

In my new film I speak for the first time in one of my movies about my own spiritual beliefs. I have always believed that one’s religious leanings are deeply personal and should be kept private. After all, we’ve heard enough yammerin’ in the past three decades about how one should “behave,” and I have to say I’m pretty burned out on pieties and platitudes considering we are a violent nation that invades other countries and punishes our own for having the audacity to fall on hard times.

I’m also against any proselytizing; I certainly don’t want you to join anything I belong to. Also, as a Catholic, I have much to say about the Church as an institution, but I’ll leave that for another day (or movie).

Amidst all the Wall Street bad guys and corrupt members of Congress exposed in Capitalism: A Love Story, I pose a simple question in the movie: “Is capitalism a sin?” I go on to ask, “Would Jesus be a capitalist?” Would he belong to a hedge fund? Would he sell short? Would he approve of a system that has allowed the richest 1 percent to have more financial wealth than the 95 percent under them combined?

I have come to believe that there is no getting around the fact that capitalism is opposite everything that Jesus (and Moses and Mohammed and Buddha) taught. All the great religions are clear about one thing: It is evil to take the majority of the pie and leave what’s left for everyone to fight over. Jesus said that the rich man would have a very hard time getting into heaven. He told us that we had to be our brother’s and sister’s keepers and that the riches that did exist were to be divided fairly. He said that if you failed to house the homeless and feed the hungry, you’d have a hard time finding the pin code to the pearly gates.

I guess that’s bad news for us Americans. Here’s how we define “Blessed Are the Poor”: We now have the highest unemployment rate since 1983. There’s a foreclosure filing once every 7.5 seconds. 14,000 people every day lose their health insurance.

At the same time, Wall Street bankers (“Blessed Are the Wealthy”?) are amassing more and more loot — and they do their best to pay little or no income tax (last year Goldman Sachs’ tax rate was a mere 1 percent!). Would Jesus approve of this? If not, why do we let such an evil system continue? It doesn’t seem you can call yourself a Capitalist and a Christian — because you cannot love your money and love your neighbor when you are denying your neighbor the ability to see a doctor just so you can have a better bottom line. That’s called “immoral” — and you are committing a sin when you benefit at the expense of others.

When you are in church this morning, please think about this. I am asking you to allow your “better angels” to come forward. And if you are among the millions of Americans who are struggling to make it from week to week, please know that I promise to do what I can to stop this evil — and I hope you’ll join me in not giving up until everyone has a seat at the table.

Thanks for listening. I’m off to Mass in a few hours. I’ll be sure to ask the priest if he thinks J.C. deals in derivatives or credit default swaps. I mean, after all, he must’ve been good at math. How else did he divide up two loaves of bread and five pieces of fish equally amongst 5,000 people? Either he was the first socialist or his disciples were really bad at packing lunch. Or both.

Yours,
Michael Moore


Chute du mur/20e: Si le sel perd sa saveur (Looking back at those Christian Berlin wall heroes who proved Lévi-Strauss wrong)

7 novembre, 2009
Radio liberty Schmemann with friend SolzhenitynVous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Jésus
Ses sermons furent diffusés en Russie sur Radio Liberty pendant 30 ans. Il a acquis une vaste communauté d’auditeurs à travers l’Union soviétique, dont Alexandre Soljenitsyne, qui devint son ami après son départ en Occident. Wikipedia (Alexandre Schmemann)
Ce qui m’a motivé, c’était la parole de Jésus “vous êtes le sel de la terre” qui signifie que vous devez nous engager; vous ne pouvez pas rester dans votre église. Vous devez vous engager dans cette situation; le sel doit être inséré dans la blessure, dans l’endroit qui n’est pas en règle, qui est en difficulté. C’est là où vous devez aller. Cette idée d’engagement dans la politique est une pensée que Jésus a déjà exprimée dans la parabole du bon Samaritain. Quelqu’un a été battu et git là sur le chemin, ceux qui l’ont battu sont partis, et maintenant deux hommes venant du temple s’approchent, détournent la tête et s’en vont. Jésus dit qu’ils sont coupables non parce qu’ils [ont fait quelque chose] – ils n’ont rien fait, ce n’est pas eux qui l’ont battu – mais parce qu’ils ne l’ont pas aidé. Si nous nous contentons de laisser le monde tranquille et ne nous engageons, nous sommes tout aussi coupables que ces deux hommes qui, comme l’a dit Jésus dans cette parabole, se ont détourné les yeux et n’ont pas voulu en entendre parler. Vous devez vous engager parce que vous êtes le sel de la terre. Christian Führer
Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons: je retrouve en lui l’univers d’où je viens; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. (…) Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’Islam ; et il est frappant de marquer que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Claude Lévi-Strauss

Alors qu’au lendemain de la mort de l’un des pères fondateurs du multiculturalisme, on redécouvre les pages fortes que celui-ci avait écrites sur l’islam …

Retour, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin et avec les paroles fortes de l’un de ses acteurs les plus méconnus, sur la véritable source de l’irritation de notre grand homme.

A savoir le (judéo)christianisme pour lequel, se gardant bien d’en évoquer la matrice juive bien antérieure qui aurait bien sûr démoli son beau raisonnement sur la supériorité supposée de son bouddhisme chéri, le petit-fils de rabbin n’avait pas de mots assez durs.

Autrement dit, en dépit de ses certes pires dérives (“Napoléon, ce Mahomet de l’Occident”), ce sel de la terre dont parle le pasteur Führer.

Et qui, contrairement au bouddhisme du désengagement et de l’éternel retour, a révolutionné et continue à révolutionner un monde que notre champion du statu quo aurait tant voulu figer à jamais

The Rev. Christian Fuhrer Extended Interview
Religion & ethics
November 6th, 2009

Read a translation of the Religion & Ethics NewsWeekly interview at St. Nikolai Church in Leipzig with Pastor Christian Fuhrer:

In East Germany, the church provided the only free space in connection with the groups—people who wanted to discuss topics that were taboo, such as the refusal to serve in the army, military education. Everything that could not be discussed in public could be discussed in church, and in this way the church represented a unique spiritual and physical space in East Germany in which people were free.

Here [at St. Nikolai Church in Leipzig] we have said peace prayers since 1981 and every Monday since 1982. That was something very special in East Germany. Here a critical mass grew under the roof of the church—young people, Christians and non-Christians, and later those who wanted to leave [East Germany] joined us and sought refuge here. The church became a very special place, and in particular the Nikolai Church, which we could describe like this: the church was finally on the side of the Lord, on Jesus’ side. In other words, it was on the side of the oppressed and not on that of the oppressors, with the people and not with those who had the power. The special experience we had here was that the people accepted Jesus’ message, especially the message of the Sermon on the Mount. We experienced in a very special way that everything that is written here is true. If you don’t believe, you won’t stay. The “comrades” did not believe, and they did not stay. “Not by might, nor by power, but by my spirit.” “He pulls the powerful from their throne and lifts up the poor.” “Blessed are the meek, for they shall inherit the earth.” We experienced it just like that—the church as a refuge and a place for change, Jesus’ Sermon on the Mount, no mention of paradise and redemption, but the daily bread in the reality of political hopelessness.

The special experience that we had during the years of peace prayers and then with this massive number of non-Christians in the church, which was exceptional, was that they accepted the message of Jesus. They grew up in two consecutive atheist dictatorships. They grew up with the Nazis who were preaching racism, the master race, prepared for war, and replaced God with Providence, as Hitler liked to say. They also grew up with the Socialists preaching class struggle and vilified the church by saying Jesus never existed, that’s all nonsense and fairy tales, legends, and your talk about nonviolence is dangerous idealism; what counts is politics, money, the army, the economy, the media. Everything else is nonsense. And the people who were brainwashed like this for years and grew up with that. The fact that they accepted Jesus’ message of the Sermon on the Mount, that they summarized it in two words—no violence—and the fact that they did not only think and say it, but also practiced it consistently in the street was an incredible development, an unprecedented development in German history. If any event ever merited the description of “miracle” that was it: a revolution that succeeded, a revolution that grew out of the church, remained nonviolent, no broken windows, no people beaten, no people killed—an unprecedented development in German history. A peaceful revolution, a revolution that came out of the church. It is astonishing that God let us succeed with this revolution. After all the violence that Germany brought to the world in the two wars during the last century, especially the violence against the people from whom Jesus was born, a horrible violence, and now this wonderful result, a unique, positive development in German history. That is why we are so happy that the church was able to play this role and enabled this peaceful revolution.

The most important thing for us was the power of prayer, which is still true today. We are not praying to the air or to the wall, but to a living God. We did not pray for the wall to come down. It was more comprehensive: [We were praying] for peace, justice, and the preservation of our creation. We addressed the very specific needs of human beings in our prayers, and God has blessed those prayers in such a way that nobody could have predicted. We went on, step by step. It got bigger and bigger, and in the end the prayers prevented us from drowning in fear and gave us the strength to face the opposition outside. In other words, more and more protests came from the church and spilled onto the street, combined with the strength that we got from our faith. The fear was very powerful, but our faith was more powerful than the fear, and the prayers gave us the strength to act. That is still the same today.

What motivated me was Jesus’ saying “You are the salt of the earth,” which means that you must get involved; you cannot stay in your church. You must get involved in this situation; the salt must be inserted in the wound, in the place that is not in order, that is sick. That’s where you must go. This thought to get involved in politics is a thought that Jesus already voiced in the parable of the Good Samaritan. Someone is beaten and lies there, those who beat him are gone, and now two people coming from temple are approaching, are looking the other way and walking away. Jesus says that they are guilty, not because—they did not do anything, they did not beat him, but they did not help him. If we just leave the world alone and do not get involved, we are just as guilty as those two, as Jesus said in that parable, who looked the other way and did not want to hear about it. You must get involved, because you are the salt of the earth.

[Dietrich] Bonhoeffer really impressed me with his philosophy in approaching the atheist, the non-Christian, with the Christian message in a way that is easy to understand. I first learned that from Jesus—the simple language. Jesus did not speak the language of the temple, but the language of the people. He talked about the mustard seed, the farmer, the worker in the vineyard, the jobless who are waiting in the marketplace, hoping to get hired. Those are all things that people can understand, and then he introduced the message of God’s love into this clear language. And Bonheffer said that we should apply Jesus’ language in such a way that it can be understood even if you were not born into the Christian tradition or into a Christian household. That was really impressive. In addition, the examples impressed me very much, the fact that people applied the Sermon on the Mount one-to-one. First, to put Christians to shame, it was a non-Christian and Hindu who did it: Mahatma Gandhi. Very much in the spirit of the Sermon of the Mount, he engaged in nonviolent resistance and freed his people from British colonialism, but gave his life for it, as did Jesus. He was shot in 1948. The second one was, thank God, a Christian: Martin Luther King. He prepared and executed this idea of nonviolence, peaceful resistance, in a wonderful way. It was a very tense situation, and the fact that it was possible for an African-American to become president of the United States today even exceeds Martin Luther King’s dream. Then it became our turn to apply the teachings of the Sermon of the Mount here in Leipzig. But you cannot forget to mention Nelson Mandela and Bishop Desmond Tutu. They have always impressed us. We felt that we were walking together with them to fulfill Jesus’ legacy.

The police were always very violent, especially on October 7th when they beat hundreds of people. With this violence they wanted to prevent people from gathering here, here in the church and on the plaza. They gradually increased the amount of violence, but achieved the opposite of what they expected. Especially on October 9th, they had created such a frightful scenario that they thought people would not dare show up here. Instead, even more people came. In church people had learned to turn fear into courage, to overcome the fear and to hope, to have strength, as I mentioned before. That was very important, and during those years and in particular during this frightful time, people overcame their fear. They did not bring their children, because you had to fear for your life. The children stayed at home. They came to church and then started walking, and since they did not do anything violent, the police were not allowed to take action. “We were ready for anything, except for candles and prayer,” they said. If the first group had attacked the police, the police would have known exactly what to do. You can see it on TV every night how police and armies react to demonstrators. That did not happen, and the officers and generals called Berlin and asked what they should do, but they did not get any instructions. Those in Berlin did not say anything, the officers here did not do anything, and thus the movement that did not result in any violence, as the people learned in church, began to spread, and that is when the following became clear in East Germany: This is the beginning of the end of East Germany. It cannot go on, the people got what they wanted. Peace prayers were held all over the country. When they saw the images from Leipzig on October 9th, they started demonstrations everywhere else. The crowds became larger and larger, and then [Erich] Honecker handed in his resignation, and on the 18th the politburo resigned. On November 9th, on this very important day, on this day the wall was overcome from the East. Those are experiences that you cannot learn in college, and I would like to summarize them as follows: the Nikolai Church was open to everyone. The church was open to all people, no matter if they were Christian or non-Christian. The next thing is that throne and altar do not belong together. That is a huge mistake that the church made during the past century. No, the street and the altar belong together, just as Jesus did not hide in the temple, but was mingling out in the street, in the houses and on the plazas. We as a church must go into the street and let the street come into the church. The church must be open to everyone. We can teach nonviolence as a practical application of the Sermon on the Mount, turn swords into ploughshares as in the Old Testament, open to all, as mentioned before, and we are the people. We have to learn to have a certain self-confidence, overcome fear, find our voice once again in church, approach bad situations with this self-confidence, be able to make changes within society, reject injustice, and refuse to go along, and I think what is important in all of that is the power of prayer. Without prayer we would not have changed anything, we would not have been able to overcome fear, we would not have had the strength to change things and to take the message of the Bible seriously, being able to interject yourself into a social reality, finding the message of Jesus and the Bible and applying it to the current situation, not uttering long sentences but finding the right word for the right situation, knowing how to act. For me the main criterion for action was: What would Jesus say in this situation? Then I came to the conclusion that we needed to do it the same way he would have done it.

The role of the church did not diminish, at least not here in the Nikolai Church. It continued. Huge protests against the war in Iraq, peace prayers involving many people to save jobs…It continued, but under different social circumstances. However, there are always certain peaks, unique times, such as October 9th. It was a peaceful revolution which was a unique process. You cannot expect that it will go on like that every day. What this revolution aimed to achieve was indeed achieved, and then people stepped back. The important thing to remember is that we did not do that to get people to join our church, but because it was necessary. That is what Jesus did as well. When he provided help, he never asked if that person went to the temple or if that person said all his prayers. He just realized that this human being needed help, so he helped. That is exactly how we did it. We never said “but you must return the favor,” the way it is done in politics and in the world. We created something, and the blessing continued for the people. The most important thing is that the church has to remain open. Whenever people need the church again, in everyday life or in very specific situations, they should find the church open. The church should be there for the people, the way Jesus intended. An inviting, open church without the expectation that people join; an inviting, open church offering unconditional love, just as Jesus did, and [we must] act in this spirit.

Voir aussi:

Extraits de Tristes tropiques:

(…)

Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons: je retrouve en lui l’univers d’où je viens; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les Musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt. A l’abri d’un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l’univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l’Islam est resté figé dans sa contemplation d’une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n’arrivons plus à penser hors des cadres d’une époque révolue depuis un siècle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l’histoire; et encore trop brièvement, car Napoléon, ce Mahomet de l’Occident, a échoué là où a réussi l’autre. Parallèlement au monde islamique, la France de la Révolution subit le destin réservé aux révolutionnaires repentis, qui est de devenir les conservateurs nostalgiques de l’état des choses par rapport auquel ils se situèrent une fois dans le sens du mouvement. (Page 468)

Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’Islam ; et il est frappant de marquer que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Il n’y a pas d’au-delà pour le bouddhisme ; (….) Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l’autre monde, ses espoirs, ses menaces et son dernier jugement. Il ne reste plus à l’Islam qu’à lui enchaîner celui-ci : le monde temporel et le monde spirituel se trouvent rassemblés. L’ordre social se pare des prestiges de l’ordre surnaturel, la politique devient théologie. En fin de compte on a remplacé des esprits et des fantômes auxquels la superstition n’arrivait tout de même pas à donner la vie, par des maîtres déjà trop réels, auxquels on permet en surplus de monopoliser un au-delà qui ajoute son poids au poids déjà écrasant de l’ici-bas. (Pages 471-2)


Chute du Mur/20e: Ces chrétiens sans lesquels le Mur serait peut-être encore debout (And the walls came tumbling down)

6 novembre, 2009
Leipzig Christian demonstrations (Oct. 1989)C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté. Christian Führer (pasteur de Leipzig)
Ouvrez, ouvrez les frontières des Etats! Jean-Paul II (juin 1979)
Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (décembre 1981)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Si le pape élu en 1978 avait été italien, français ou brésilien, le mur de Berlin serait peut-être encore debout… Bernard Lecomte
Tout ce qu’ils demandaient, c’était un gouvernement propre – est-ce un péché? Et ce qu’ils souhaitaient, c’était une nation forte – est-ce un péché ? Tout ce que nous faisons, c’est poursuivre leurs aspirations. oui, l’économie s’est améliorée et il y en a qui ont gagné plein d’argent, mais la corruption est partout, les écarts de revenus sont énormes, les mines continuent à avaler des ouvriers et le faux lait en poudre et les faux médicaments inondent le marché – c’est ça, le progrès? S’ils avaient écouté le conseil des étudiants et des ouvriers, le pays ne serait-il pas aujourd’hui un meilleur pays ? Le cardinal Joseph Zen de Honkong (le 4 juin 2006)
Ce protocole veut dire une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d’échanges entre le parti communiste au pouvoir en Chine et le parti de droite au pouvoir en France. Xavier Bertrand
Le secrétaire général de l’UMP a expliqué (…) que l’UMP avait également passé un accord avec le parti conservateur britannique. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a volé à son secours en qualifiant le PC chinois de «super-ENA», dont sont issues toutes les élites. Le Figaro
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, des jeunes Palestiniens ont ouvert une brèche dans le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. Le Monde

Pour ceux qui, dans l’actuel flot de belles paroles et d’auto-congratulations, auraient oublié les véritables acteurs de la Chute du Mur …

A l’heure où, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin le tout récent prix Nobel de la paix s’est, comme avant lui notre propre Sarkozy national, défilé devant le passage du dalaï lama à Washington …

Et où, pendant que nos médias se prêtent allégrement aux pires récupérations palestiniennes et que le nouveau Rideau de fer du totalitarisme islamique asphixie peu à peu les derniers chétiens du Monde dit musulman, le parti de notre Grand Timonier alias l’UMP signe des accords avec le parti frère du PC de Pékin …

Retour sur la part souvent méconnue de l’église protestante est-allemande dans l’affaire, notamment les manifestations pacifiques du pasteur Führer de Leipzig qui, lancées dès 1982 et de lundi en lundi, culminèrent à l’automne 1989 en manifestations de masse débouchant finalement sur l’effondrement dudit mur …

Comme celle du Pape Jean-Paul II qui, dès juin 1979 au lendemain de son élection (alors que trois ans plus tard la France assurait les autorités communistes que “naturellement nous n’allons rien faire”), fit de la tournée pastorale de son pays natal la première brèche opérée dans le rideau de fer .…

Leipzig, un prélude à la chute du Mur
Patrick Saint-Paul, envoyé spécial à Leipzig
Le Figaro magazine
09/10/2009

C’est dans cette ville qu’eurent lieu, il y a vingt ans, les premières manifestations.

Le mur de Berlin tombera un mois plus tard, mais dès le 9 octobre 1989, le régime communiste de RDA commence à vaciller. Leipzig commémore vendredi avec la «Fête des lumières» le vingtième anniversaire de la première manifestation de masse contre le SED, le Parti communiste est-allemand, qui rassembla quelque 70 000 personnes autour de la Nikolaïkirche, l’église Saint-Nicolas. Un tournant dans la contestation qui libéra la vague démocratique à travers toute la RDA. «La Stasi (la police secrète est-allemande) avait tout prévu, se souvient Christian Führer, pasteur de l’église Saint-Nicolas. Sauf les bougies et les prières.»

L’Église protestante (BEK) a joué un rôle majeur dans la «révolution pacifique» de 1989. Depuis 1982, le pasteur Führer accueillait dans sa paroisse des services de prière pour la paix, tous les lundis. Au milieu des années 1980, ils étaient six ou sept à participer. «Au début, les gens venaient me voir parce qu’ils voulaient voyager librement. Cette privation les rendait malades, raconte le pasteur. Puis ils venaient parler librement de tous les problèmes que l’on ne pouvait évoquer en public : visas, logements vétustes, aspiration à la liberté. Les espions de la Stasi nous surveillaient de très près. Les gens avaient peur de nous. Mais ça ne changeait rien. Renoncer, c’était perdre tout espoir.»

Ce n’est pas un hasard si la révolte débute à Leipzig. Sous la dictature communiste, l’ancienne cité commerçante de Saxe continuait d’accueillir de nombreuses foires, notamment le Salon du livre : une fenêtre sur le monde occidental. «Deux fois par an, nous avions droit à une bouffée d’oxygène, se souvient Sabine Gugutschkow, l’une des pionnières du mouvement démocratique. Nous allions recopier les titres et les références des ouvrages spécialisés, pour les commander en Allemagne de l’Ouest. Il fallait attendre deux ou trois ans avant de les recevoir. Nous allions lire quelques pages des derniers livres de Christa Wolf, qui paraissaient à l’Ouest bien avant d’arriver ici.»

Le 7 mai 1989, lors des élections communales, les habitants de Leipzig votent pour la première fois contre le Parti communiste en barrant les noms des candidats sur les bulletins de vote. Le lendemain, ils sont abasourdis à l’annonce des résultats : 89,9 % pour le SED. Sabine Gugutschkow et plusieurs centaines de personnes manifestent pour réclamer des élections libres. Les forces de l’ordre ont fermé tous les accès à l’église Saint-Nicolas. Mais les protestataires osent passer entre les mailles pour converger vers ce qui était devenu le centre naturel de la contestation. «Dès lors nous étions de plus en plus nombreux chaque lundi», se souvient le pasteur Führer.

Invité d’honneur au 40e anniversaire de la RDA, le père de la perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev, est accueilli en héros par les Allemands de l’Est le 7 octobre. À Leipzig, comme à Berlin, on descend dans les rues pour scander «Gorbi, Gorbi». Certains osent un «Gorbi aide nous» à l’adresse du réformateur soviétique. Inquiet, le patron de la RDA, Erich Honecker, s’irrite de la popularité de son hôte et rejette toute idée de réforme. «Ceux qui arrivent trop tard sont punis par l’Histoire», lui lâche un Gorbatchev visiblement lassé par l’interminable défilé militaire.

» Le reportage du journal Soir 3 sur la visite de Gorbatchev à Berlin :
Les menaces d’Egon Krenz

Les autorités multiplient les menaces pour empêcher la manifestation du lundi suivant à Leipzig. Huit mille policiers et soldats sont mobilisés. Egon Krenz, le numéro deux du régime en charge des affaires intérieures, qui s’était félicité de la façon dont les communistes chinois avaient réprimé dans le sang les manifestations sur la place Tiananmen, brandit la menace d’une «solution à la chinoise» en jurant de faire «ravaler leur salive» aux manifestants. Dès le matin du 9 octobre, des cadres du SED et de la Stasi occupent les bancs de l’église Saint-Nicolas pour empêcher les manifestants de s’y rassembler. «Je tremblais de peur, mais j’ai réussi à décrocher quelques sourires, raconte le pasteur Führer. Je leur ai dit que l’église était ouverte à tous et que j’étais ravi de les accueillir pour leur première prière. Ils ont découvert que nos préoccupations étaient très terre à terre et que nous n’étions pas téléguidés par les médias occidentaux, comme le prétendait le régime.»

Aux milliers de manifestants, qui bravent l’interdiction de se rassembler et affluent vers l’église, le pasteur ne cesse de répéter de ne pas céder à la moindre provocation : ni violence, ni jets de pierres, ni insultes, martèle-t-il. «Puis nous sommes sortis de l’église avec des bougies en priant pour la paix et pour que les policiers ne tirent pas sur les citoyens», ajoute le pasteur. Les forces de l’ordre sont rapidement débordées par la foule, qui scande «wir sind das Volk» (nous sommes le peuple) ou encore «liberté de voyager avec visas jusqu’à Hawaï». Les autorités locales ne cessent de téléphoner à Berlin pour réclamer des ordres.

Egon Krenz hésite. Il promet de rappeler plus tard. L’immense cortège ose même défiler devant le siège de la Stasi, véritable camp retranché transformé en dépôt de munitions. Mais l’ordre d’ouvrir le feu ne viendra jamais de Berlin. «Un cousin de province était venu me rendre visite, raconte Sabine Gugutschkow. Il est resté la bouche ouverte pendant toute la journée et n’a pas été capable de dire un seul mot. Ce jour-là, nous savions que nous avions gagné la liberté.»

Diffusées par la télévision ouest-allemande, les images des 70 000 manifestants font le tour de la RDA. «C’était la première fois que Krenz avait fait quelque chose de bien, parce qu’il n’avait rien fait, se réjouit Führer. C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté et que nous avions gagné la sympathie des forces de l’ordre. C’était le tournant.» Le lundi suivant, ils seront 120 000 dans les rues de Leipzig. Deux semaines plus tard 320 000… Ils seront de plus en plus nombreux, chaque lundi, partout en RDA jusqu’à la chute du Mur le 9 novembre suivant.

Voir aussi:

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/31/01003-20091031ARTFIG00223–le-prophte-venu-de-l-est-.php

Jean-Paul II, le prophète venu de l’Est
Bernard Lecomte *
Le Figaro magazine
30/10/2009

Si le pape élu en 1978 avait été italien, français ou brésilien, le mur de Berlin serait peut-être encore debout…

Nous sommes le 17 août 1980. A Castel Gandolfo, dans sa résidence d’été, le pape Jean-Paul II a allumé la télévision : il a l’habitude de regarder le journal de la RAI. Ce soir-là, c’est la Pologne qui fait l’actualité. A Gdansk, au bord de la Baltique, des milliers d’ouvriers en grève occupent les chantiers Lénine. La tension, au cœur du bloc communiste, est à son comble. Soudain, le visage de Jean-Paul II se fige. Sur l’écran, le pape voit distinctement que les ouvriers de Gdansk ont accroché, sur les grilles de leur usine, son propre portrait…

L’histoire innove. De la révolte ouvrière de Berlin-Est (1953) au Printemps de Prague (1968) en passant par l’insurrection de Budapest (1956), jamais aucune révolte populaire en Europe de l’Est n’avait eu de connotation religieuse. Cette fois, les représentants de la classe ouvrière – les vrais, pas les fonctionnaires du parti qui prétendent en être l’avant-garde – assistent à la messe chaque matin, prient la Sainte Vierge sans complexe, et en appellent ostensiblement au souverain pontife, à ce pape polonais qui les a visités un an plus tôt, sitôt élu par le conclave. Tous ont en mémoire l’extraordinaire tournée pastorale de l’ancien archevêque de Cracovie à travers son pays natal, en juin 1979 – un voyage qui restera, pour tous les historiens, la première brèche opérée dans le rideau de fer.

Jamais un pape italien, français ou brésilien n’aurait entrepris pareil périple. A l’heure de la « détente » entre l’Est et l’Ouest, et alors que le communisme continue de progresser dans le reste du monde (de l’Angola au Laos, du Mozambique à l’Afghanistan), seul un pape venu de l’Est pouvait oser affirmer, au mépris de toutes les censures, que le pouvoir communiste était une «parenthèse» dans la vie de ces pays, et que la coupure de l’Europe en deux était un «accident» de l’histoire !

«N’ayez pas peur !» avait lancé le pape slave le jour de son intronisation, en octobre 1978. En Tchécoslovaquie, en Hongrie, mais aussi dans les régions catholiques de l’URSS (Lituanie, Ukraine occidentale), on a vite compris le message. «Ouvrez, ouvrez les frontières des Etats !» a-t-il clamé lors de son premier voyage à l’Est, en ce fameux mois de juin 1979, avant d’en appeler avec obstination, de discours en homélie, à la réunification de l’Europe.

Jean-Paul II a multiplié les signes en direction des chrétiens de ces pays, qu’on appelait collectivement « l’Eglise du silence ». Il avait lui-même assuré à Assise, quelques mois après son élection : «Il n’y a plus d’Eglise du silence, puisqu’elle parle par ma voix!» Message reçu par tous les dissidents de l’Est, les Vaclav Havel, Jan Patocka et autres Adam Michnik. Quelques semaines plus tard, au micro de la BBC, Alexandre Soljenitsyne s’enthousiasme : «Ce pape est un don du ciel !»

«Le pape, combien de divisions ? » avait demandé Staline, un jour, avec ironie. Jean-Paul II n’est pas un chef de guerre. Pas même un homme politique. Les « divisions » du pape slave, ce sont les chrétiens de l’Est, apparus partout aux premiers rangs de la contestation : Lech Walesa et l’abbé Popieluszko en Pologne, Mgr Tomasek et Vaclav Maly en Tchécoslovaquie, Doina Cornea et le pasteur Tökes en Roumanie, etc. Ses armes, ce sont ses paroles : à toute occasion, ce pape humaniste et polyglotte prône les droits de l’homme, la liberté religieuse, la dignité humaine, le droit à la vérité. Autant de valeurs particulièrement subversives dans les pays du « socialisme réel ». Au point que dans toute l’Europe centrale, en mai 1981, l’attentat qui manque de coûter la vie au pape est attribué, évidemment, au KGB ! En décembre 1981, si Jean-Paul II s’engage, contre l’avis de ses cardinaux, à ne pas laisser tomber la Pologne écrasée sous la botte du général Jaruzelski, c’est parce qu’il en fait un combat emblématique, universel, contre le mensonge et l’oppression.

Lorsque Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS, en mars 1985, les Occidentaux sont sceptiques sur sa capacité à réformer le système soviétique. Le pape slave, lui, sent très vite qu’il se passe quelque chose, que la glasnost et la perestroïka vont lui permettre de pousser son avantage. Notamment de contraindre le général Jaruzelski, en 1988, au dialogue avec Solidarnosc, le syndicat interdit qu’il est venu spectaculairement conforter à deux reprises, en 1983 et en 1987. A Moscou, à l’occasion du millénaire de l’Eglise russe en juin 1988, Jean-Paul II envoie son « Premier ministre », le cardinal Casaroli, entamer un vrai dialogue avec Gorbatchev : celui-ci, pris au piège de sa propre stratégie réformatrice, assure que le temps de la lutte antireligieuse est terminé, et accepte le principe d’une rencontre avec le pape.

Gorbatchev au Vatican ! Le 1er décembre 1989, quand le chef du communisme mondial vient rencontrer le chef de l’Eglise catholique à Rome, les jeux sont faits : le Mur est tombé, son régime entre en agonie. Il faudra moins de deux ans pour que le président de l’URSS soit obligé de céder la place aux nouveaux dirigeants de la Russie, de l’Ukraine, de la Lituanie, du Kazakhstan, etc. L’empire des « soviets » a explosé. Dans un article fameux qu’il publie deux mois plus tard, Mikhaïl Gorbatchev revient sur cette suite d’événements extraordinaires : «Rien de ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pu se produire sans ce pape-là…»

* Journaliste et écrivain. Auteur du livre Les Secrets du Vatican (Perrin, 2009).

Voir enfin:

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/29/01002-20091029ARTFIG00013-l-accord-avec-le-pc-chinois-passe-mal-a-l-ump-.php

L’accord avec le PC chinois passe mal à l’UMP
Sophie Huet
Le Figaro
29/10/2009

Le «mémorandum» signé à Pékin par Xavier Bertrand est critiqué dans le parti majoritaire.

Le «mémorandum d’entente» signé le 22 octobre entre le Parti communiste chinois et l’UMP, à l’initiative de Xavier Bertrand, fait des remous chez les députés UMP. Lionnel Luca, le président du groupe d’études sur le Tibet à l’Assemblée, ne décolère pas contre «le numéro de contorsionniste assez compliqué» du secrétaire général de l’UMP. «Même s’il souhaite donner une dimension internationale à l’UMP, ce mémorandum a une portée symbolique désastreuse», estime le député des Alpes-Maritimes, qui s’est mis en congé des instances de son parti en guise de protestation. Luca dénonce «cet affichage politique avec l’un des derniers partis totalitaires». Mercredi, Xavier Bertrand est venu s’expliquer devant une dizaine de députés UMP du groupe d’études, sans réussir à convaincre les plus récalcitrants. Henri Plagnol a jugé cette initiative «en contradiction avec la charte de l’UMP sur les valeurs», et Dominique Tian a jugé que cette affaire «créait un précédent fâcheux» vis-à-vis d’autres partis, comme le FLN algérien.

«Tout est dans le symbole»

En soi, ce «mémorandum d’entente», dont Le Figaro a eu une copie, est de portée très générale. Il précise que les deux partis se sont mis d’accord sur des principes, en particulier celui de «non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui» (ce qui déplaît fortement aux défenseurs de la cause tibétaine comme Luca), qu’ils «organiseront un dialogue une fois tous les deux ans, alternativement dans leur pays respectif», ainsi que «des échanges de délégations»… Interpellé mardi en réunion du groupe UMP, Xavier Bertrand a d’ailleurs précisé qu’il avait «parlé du dalaï-lama et abordé la question religieuse avec les dirigeants chinois». Le secrétaire général de l’UMP a expliqué que les partis politiques «doivent jouer un rôle dans les relations internationales», et que l’UMP avait également passé un accord avec le parti conservateur britannique. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a volé à son secours en qualifiant le PC chinois de «super-ENA», dont sont issues toutes les élites. D’autres UMP comme Jean-Paul Anciaux et Damien Meslot ont aussi soutenu Bertrand, rappelant que le général de Gaulle avait reconnu la République populaire de Chine il y a près de cinquante ans.

À l’inverse, les libéraux ont vivement attaqué Bertrand. Yves Nicolin a estimé que les relations doivent se traiter d’État à État, «sinon, pourquoi ne pas aller à Cuba ?» Jugeant cet accord «inapproprié», Hervé Mariton a estimé que «tout est dans le symbole, ce qui rend l’affaire plus grave». Amusé par la polémique, Jean-François Copé a commis un lapsus révélateur en qualifiant son rival de «premier secrétaire» de l’UMP – qui est en fait le titre du patron du Parti socialiste -, avant de se raviser.


Chine/60e: Retour sur l’indécence extraordinaire de nos lettrés (Looking back at our intellectuals’ extraordinary indecency)

1 octobre, 2009
Au pays de l'avenir radieux
Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide. Orwell
Notre civilisation chinoise tant vantée n’est qu’un festin de chair humaine apprêté pour les riches et les puissants, et ce qu’on appelle la Chine n’est que la cuisine où se concocte ce ragoût. Ceux qui nous louent ne sont excusables que dans la mesure où ils ne savent pas de quoi ils parlent, ainsi ces étrangers que leur haute position et leur existence douillette ont rendus complètement aveugles et obtus. Lu Xun
Du temps de Staline, il faut bien dire que les organisations politiques ouvrières et populaires se portaient infiniment mieux, et que le capitalisme était moins arrogant. Il n’y a même pas de comparaison. Alain Badiou
Les Khmers rouges s’emparent de Phnom Penh : une séquence historique s’achève parce qu’une contradiction est résolue (…). La résolution d’une contradiction exige que quelque chose disparaisse (…). Il n’est de pensée révolutionnaire véritable que celle qui mène la reconnaissance du nouveau jusqu’à son incontournable envers : de l’ancien doit mourir (…). La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu’il y a des cadavres qu’aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller. Au plus fort de la Révolution culturelle, on disait en Chine : l’essence du révisionnisme, c’est la peur de la mort. Alain Badiou
Je ne suis certainement pas de ceux que l’alliance de Staline avec les nazis scandalise. En effet, je l’ai toujours considérée comme un acte de lucidité stratégique (…). Il est totalement absurde de tenter d’accuser l’Union soviétique de comportements antisémites. (…) Bien sûr, le stalinisme a été quelque chose de monstrueux et de tout à fait inacceptable pour une infinité de raisons. Mais il a été, d’un autre côté, un phénomène extrêmement productif. Toni Negri
Son nom même, en chinois Pilin-Pikong, tinte comme un grelot joyeux, et la campagne se divise en jeux inventés : une caricature, un poème, un sketch d’enfants au cours duquel, tout à coup, une petite fille fardée pourfend entre deux ballets le fantôme de Lin Biao : le Texte politique (mais lui seul) engendre ces mêmes happenings. Barthes (1974)
Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation. Simon Leys

A l’heure où, 60 ans du désastre maoïste obligent, nos médias nous bassinent sur l’air du prétendu “miracle chinois” et de la Chine troisième puissance mondiale etc.

Et où, entre nos Badiou et nos Zizek, la pensée révolutionnaire (maoïste ou staliniste) brille à nouveau de tous ses feux …

Petit retour en arrière sur ces folles années 70 où nos intellectuels avaient profité de la sanglante Révolution culturelle de Mao pour renouveler le genre littéraire déjà bien rodé (de Gide à Sartre et Beauvoir) du voyage en terre révolutionnaire.

Avec le récent et toujours aussi cinglant commentaire d’un de nos rares intellectuels à avoir gardé – au prix fort – son intelligence et sa liberté de parole face aux inepties des compagnons de route maoïstes et notamment français des années 70, à savoir le (serait-ce un hasard ?) Belge Pierre Rickerts alias Simon Leys.

Sur la sortie, atterrante de bêtise, des notes posthumes et jusqu’ici inédites de Roland Barthes sur son voyage en Chine de 1974 avec l’équipe de la revue Tel Quel …

Barthes et la Chine
Simon Leys
La Croix
28 mai 2009-10-01

Aujourd’hui paraissent deux textes inédits de Roland Barthes, qui réunissent deux ensembles, jusqu’alors conservés à l’Imec, de ses célèbres fiches, à la fois notes de travail, laboratoire d’idées et journal personnel. L’un est consacré au deuil de sa mère, l’autre à son voyage en Chine en 1974. De ce dernier carnet, l’éminent sinologue Simon Leys a donné à “La Croix” sa lecture personnelle

En avril-mai 1974, Roland Barthes a effectué un voyage en Chine avec un petit groupe de ses amis de Tel Quel. Cette visite avait coïncidé avec une purge colossale et sanglante, déclenchée à l’échelle du pays entier par le régime maoïste – la sinistrement fameuse «campagne de dénonciation de Lin Biao et Confucius» (pi Lin pi Kong).

À son retour, Barthes publia dans Le Monde un article qui donnait une vision curieusement joviale de cette violence totalitaire : «Son nom même, en chinois Pilin-Pikong, tinte comme un grelot joyeux, et la campagne se divise en jeux inventés : une caricature, un poème, un sketch d’enfants au cours duquel, tout à coup, une petite fille fardée pourfend entre deux ballets le fantôme de Lin Biao : le Texte politique (mais lui seul) engendre ces mêmes happenings.»

À l’époque cette lecture me remit aussitôt en mémoire un passage de Lu Xun – le plus génial pamphlétaire chinois du XXe siècle : «Notre civilisation chinoise tant vantée n’est qu’un festin de chair humaine apprêté pour les riches et les puissants, et ce qu’on appelle la Chine n’est que la cuisine où se concocte ce ragoût. Ceux qui nous louent ne sont excusables que dans la mesure où ils ne savent pas de quoi ils parlent, ainsi ces étrangers que leur haute position et leur existence douillette ont rendus complètement aveugles et obtus.»

Deux ans plus tard, l’article de Barthes fut réédité en plaquette de luxe à l’usage des bibliophiles – augmenté d’une Postface, qui m’inspira la note suivante : «(…) M. Barthes nous y explique en quoi résidait la contribution originale de son témoignage (que de grossiers fanatiques avaient si mal compris à l’époque ) : il s’agissait, nous dit-il, d’explorer un nouveau mode de commentaire, “le commentaire sur le ton no comment” qui soit une façon de “suspendre son énonciation sans pour autant l’abolir”. M. Barthes, qui avait déjà de nombreux titres à la considération des lettrés, vient peut-être de s’en acquérir un qui lui vaudra l’immortalité, en se faisant l’inventeur de cette catégorie inouïe : le “discours ni assertif, ni négateur, ni neutre”, “l’envie de silence en forme de discours spécial”.

Par cette découverte dont toute la portée ne se révèle pas d’emblée, il vient en fait – vous en rendez-vous compte ? – d’investir d’une dignité entièrement neuve, la vieille activité, si injustement décriée, du parler-pour-ne-rien-dire. Au nom des légions de vieilles dames qui, tous les jours de cinq à six, papotent dans les salons de thé, on veut lui dire un vibrant merci. Enfin, ce dont beaucoup sans doute devront lui être le plus reconnaissants, dans cette même postface, M. Barthes définit avec audace ce que devrait être la vraie place de l’intellectuel dans le monde contemporain, sa vraie fonction, son honneur et sa dignité : il s’agit, paraît-il, de maintenir bravement, envers et contre “la sempiternelle parade du Phallus” de gens engagés et autres vilains tenants du “sens brutal”, ce suintement exquis d’un tout petit robinet d’eau tiède.»

Voici maintenant que ce même éditeur nous livre le texte des carnets dans lesquels Barthes avait consigné au jour le jour les divers événements et expériences de ce fameux voyage (1). Cette lecture pourrait-elle nous amener à réviser notre opinion ?

Dans ces carnets, Barthes note à la queue-leu-leu, très scrupuleusement, tous les interminables laïus de propagande qu’on lui sert lors de ses visites de communes agricoles, d’usines, d’écoles, de jardins zoologiques, d’hôpitaux, etc. : «Légumes : année dernière, 230 millions livres + pommes, poires, raisin, riz, maïs, blé; 22 000 porcs + canards. (…) Travaux d’irrigation. 550 pompages électriques; mécanisation : tracteurs + 140 monoculteurs. (…) Transports : 110 camions, 770 attelages; 11 000 familles = 47 000 personnes (…) = 21 brigades de production, 146 équipes de production»… Ces précieuses informations remplissent 200 pages.

Elles sont entrecoupées de brèves notations personnelles, très elliptiques : «Déjeuner : tiens, des frites ! – Oublié de me laver les oreilles – Pissotières – Ce qui me manque : pas de café, pas de salade, pas de flirt – Migraines – Nausées.» La fatigue, la grisaille, l’ennui de plus en plus accablant ne sont traversés que par de trop rares rayons de soleil – ainsi une tendre et longue pression de main que lui accorde un «joli ouvrier».

Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation.» (C’est moi qui souligne.)

Mais ne soyons pas injustes : chacun de nous note des monceaux de sornettes à son usage privé; on ne peut nous juger que sur celles dont nous faisons un usage public. Quoi que l’on puisse penser de Roland Barthes, nul ne saurait nier qu’il avait de l’esprit et qu’il avait du goût. Et aussi s’est-il soigneusement abstenu de publier ces carnets. Maintenant, qui diable a pu avoir l’idée de cette consternante exhumation ? Si cette étrange initiative émane de ses amis, ceci rappelle alors la mise en garde de Vigny : «Un ami n’est pas plus méchant qu’un autre homme.»

Dans le dernier numéro du Magazine littéraire, Philippe Sollers estime que ces carnets reflètent la vertu que célébrait George Orwell, «la décence ordinaire». Il me semble au contraire que, dans ce qu’il y tait, Barthes manifeste une indécence extraordinaire. De toute manière ce rapprochement me paraît incongru (la «décence ordinaire» selon Orwell est basée sur la simplicité, l’honnêteté et le courage; Barthes avait certainement des qualités, mais pas celles-là). Devant les écrits «chinois» de Barthes (et de ses amis de Tel Quel), une seule citation d’Orwell saute spontanément à l’esprit : «Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide.»

***

(1) Il avait résumé ces trois étapes dans son Roland Barthes par Roland Barthes, en 1974, livre paru dans la célèbre collection « Écrivains de toujours », au Seuil.

Voir aussi:

Les beaux jours de la pensée maoïste en France
Marc Perelman et Jean-Marie Brohm
Le Figaro
30/09/2009

(…)

Alain Badiou, par exemple, qui se veut maître-penseur, romancier et poète – du genre épopée du Grand Bond en avant et de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et dont les publications s’étalent avec complaisance dans toutes les librairies branchées -, s’est fait une spécialité de donner une justification politique à l’infamie. De quoi Badiou est-il en effet le nom ? Tout simplement de la fausse conscience qui a conduit à encenser les «timoniers», «guides suprêmes» et autres «grands leaders du prolétariat mondial». Sur le ton amphigourique du gourou, Badiou s’est mis en tête d’expliquer urbi et orbi, comme autrefois les philosophes officiels du Parti, la crise systémique du capitalisme, la mondialisation malheureuse, la nature bonapartiste du gouvernement de Nicolas Sarkozy et, surtout, car c’est cela qui lui importe le plus, le devenir radieux de «l’hypothèse communiste». Pour cet admirateur de la «pensée-maotsetoung», il s’agit avant tout de réhabiliter la nostalgie de «l’homme de fer», despote éclairé par la «science marxiste-léniniste», et sujet supposé pouvoir. «Du temps de Staline, il faut bien dire que les organisations politiques ouvrières et populaires se portaient infiniment mieux, et que le capitalisme était moins arrogant. Il n’y a même pas de comparaison» (De quoi Sarkozy est-il le nom ?). Prophète du « vrai marxisme contre le faux» (Théorie de la contradiction), Alain Badiou s’autoproclamait en 1975 chargé de mission («pour nous, maoïstes, porteurs déterminés de l’avenir révolutionnaire») et n’hésitait pas à franchir une étape supplémentaire dans l’acquiescement à la terreur qui succéda à «l’écrasement du régime fantoche cambodgien» pour reprendre sa terminologie : «Les Khmers rouges s’emparent de Phnom Penh : une séquence historique s’achève parce qu’une contradiction est résolue (…). La résolution d’une contradiction exige que quelque chose disparaisse (…). Il n’est de pensée révolutionnaire véritable que celle qui mène la reconnaissance du nouveau jusqu’à son incontournable envers : de l’ancien doit mourir (…). La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu’il y a des cadavres qu’aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller. Au plus fort de la Révolution culturelle, on disait en Chine : l’essence du révisionnisme, c’est la peur de la mort.» La sinistre phraséologie pseudo-hégélienne de Badiou ne peut pas ne pas prendre sens quand on se souvient des multiples charniers et fosses communes qui ont marqué à jamais le régime des Khmers rouges du sceau de la barbarie. Quand on se souvient aussi comment la Grande Révolution culturelle prolétarienne a détruit des pans entiers du patrimoine culturel de l’empire du Milieu, éliminant les intellectuels et tous ceux qui déviaient d’un iota de la ligne officielle, et inventant les nouvelles thérapies de masse dans les laogai et laojiao. Et que dire de l’Albanie du dictateur sanglant Enver Hoxha, de la Corée du Nord et son régime totalitaire, du Cambodge des Khmers rouges de Pol Pot ? Qu’en pense Badiou, qui s’est voulu le théoricien «de l’être et de l’événement» ?

Fasciné par la problématique de la disparition et de la destruction, Badiou passe aujourd’hui encore pour l’idéologue des masses révoltées, alors qu’il n’a jamais cessé d’être le saltimbanque baroque du maoïsme en quête d’un prolétariat mythifié : «Les dialecticiens maoïstes, proclamait-il en 1975, sont aujourd’hui en France les scaphandriers (sic) du processus primaire, immergés dans les profondeurs pratiques du prolétariat, sous les sédiments secondaires entassés par le révisionnisme.» Ce ne sont pas ces absurdités qui étonnent tellement, mais la considération dont jouit encore Badiou parmi quelques cénacles de «philosophes», qui dissocient de manière schizophrénique la politique et l’ontologie, les mêmes souvent d’ailleurs qui pensent que l’engagement «résolu» de Heidegger en faveur du national-socialisme n’entache pas sa «profondeur métaphysique».

À l’instar d’autres orphelins de Staline et de Mao situés dans «la grande tradition classique du mouvement ouvrier», Badiou a su agréger autour de lui d’autres personnalités politiques, universitaires et intellectuels, pour débattre publiquement de sujets qui le préoccupent : la démocratie, l’altermondialisme, l’organisation politique à venir. Étienne Balibar, Jacques Rancière, Slavoj Zizek et d’autres, sans oublier, à sa manière impériale, Toni Negri, qui ne cessent de se rencontrer à travers débats, forums et livres, ne font certes pas tous preuve du même enthousiasme pour «l’idée communiste», véritable hypostase mystique digne de l’arrière-monde platonicien, mais ils sont issus d’une matrice stalinienne commune encore féconde. Toni Negri ne craint pas, dans l’un de ses derniers opuscules (Goodbye Mr. Socialism, 2007), de réactualiser de solides et pérennes mensonges historiques : «Je ne suis certainement pas de ceux que l’alliance de Staline avec les nazis scandalise. En effet, je l’ai toujours considérée comme un acte de lucidité stratégique (…). Il est totalement absurde de tenter d’accuser l’Union soviétique de comportements antisémites. (…) Bien sûr, le stalinisme a été quelque chose de monstrueux et de tout à fait inacceptable pour une infinité de raisons. Mais il a été, d’un autre côté, un phénomène extrêmement productif.» Toni Negri voulait sans doute évoquer quelques «réalités positives» : le procès des blouses blanches, le système concentrationnaire du Goulag, la militarisation de la vie sociale, la délation généralisée, l’interdiction des partis politiques, des syndicats et de la presse libres, l’occupation militaire de plusieurs pays (Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie…), la chasse aux dissidents…

(…)

Voir enfin:

La chute de la maison Mao
Paul François Paoli
Le Figaro
24/09/2009

«La Dernière Révolution de Mao, histoire de la Révolution culturelle 1966-1976» de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals -Deux sinologues montrent l’impasse dans laquelle le maoïsme a plongé la Chine.

La Révolution culturelle chinoise ne fut pas seulement une immense gabegie doublée d’une vague de terreur massive, elle fut aussi le tombeau du maoïsme et explique le virage de la Chine vers ce que l’auteur du petit livre rouge abhorrait par-dessus tout : l’entrée dans la modernité capitaliste. Telle est la thèse de deux sinologues américains qui ont exploré les arcanes du communisme chinois leur vie durant.

Le but de Mao, quand il engage la bataille de la Grande Révolution culturelle prolétarienne au printemps 1966, est de consolider un magistère affaibli par le désastre du Grand Bond en avant qui s’est soldé par des famines qui ont causé des millions de victimes. Son leitmotiv : prévenir la Chine du révisionnisme promu par une bureaucratie soviétique embourgeoisée qui prone une voie pacifique au socialisme. Mais alors même que Mao ne jure que par Lénine, son coup de génie dialectique est d’inverser le théorème léniniste selon lequel le Parti se doit de guider les masses. Il va au contraire exalter la spontanéité de la jeunesse en l’exhortant à se libérer des « carcans » de l’autorité, depuis l’école jusqu’à l’université, pour mieux la mobiliser contre l’appareil de l’État dont il veut prendre le contrôle. Et au passage ouvrir la boite de Pandore qui va faire des vagues jusqu’en Europe, avec mai 68, ceux qui sont censés savoir, enseignants, ingénieurs, cadres, doivent se mettre à l’écoute des dominés et des sans grades. A ses yeux, la révolution est un état d’exaltation où la violence a un grand role à jouer. C’est seulement après que Mao eut déclaré qu’il était juste de se rebeller que la terreur rouge commence véritablement. En août-septembre 1966, 1 772 personnes furent assassinées à Pékin. À Shanghaï, en septembre, on dénombra 704 suicides et 534 morts liés à la révolution. Wuhan, au cours de cette période, compta 32 morts et 62 suicides », écrivent les auteurs.

Drame sanguinaire

La « révolution », qui commence comme un énorme monôme, se transforme en drame sanguinaire. Enfants qui dénoncent les parents, gardes rouges qui pillent les maisons au hasard pour traquer les signes de trahison : une immense campagne de lynchage et d’autocritique s’abat sur la Chine. Parmi les centaines de milliers de tués de cette purge géante, beaucoup d’enseignants et d’intellectuels, et chacun se souvient de ces pianistes qui auront les bras cassés pour avoir joué de la musique classique, dite bourgeoise. Mao ne prétend pas seulement en finir avec la routine du présent, il veut aussi liquider le passé. Des temples consacrés à Confucius sont pillés, des lieux de culte bouddhistes saccagés, tandis que dans les provinces habitées par les Ouïgours, des corans seront brûlés.

Le ton de ce livre difficile à lire, tant les conflits qui agitent la bureaucratie chinoise sont complexes à décrypter, est cependant exempt de toute polémique. Les experts donnent des chiffres, livrent des faits, délivrent des hypothèses. Ils dépeignent Mao telle une icône erratique dont les proches revendiquent la pensée pour se neutraliser et se combattre, de Yang Jing, sa femme, à Lin Piao le leader gauchiste  à qui disparaîtra mystérieusement en survolant la Mongolie en 1972, en passant par Liu Shaoqi, chef de l’État accusé de révisionnisme. Ce jusqu’à ce que Deng Xiaoping, rappelé par Mao après avoir été congédié pour « droitisme », tourne résolument le dos à une révolution que le parti chinois considère aujourd’hui comme la plus grave erreur du Grand Timonier. Une fois refermé l’ouvrage, on a une pensée amusée pour ces intellectuels d’Occident, et singulièrement en France, qui ont autant péroré sur le caractère ineffable de la « pensée de Mao », certains continuent d’ailleurs de le faire, sans que le rouge de la honte leur monte au front. Cet ouvrage va peut-être leur rappeler de cuisants souvenirs. Du passé, pourquoi faire table rase ?

«La Dernière Révolution de Mao, histoire de la Révolution culturelle 1966-1976» de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals NRF Gallimard «essais», 808 p, 35 €.


Hommage à Irving Kristol: Pas de beurre sans canons (There Is No Military Free Lunch)

19 septembre, 2009
Guns for butterLes Soviétiques font passer les canons au-dessus du beurre, mais nous plaçons presque tout au-dessus des canons. (…) Mais (…) la puissance militaire soviétique ne disparaîtra pas juste parce que nous refusons de la regarder. Margaret Thatcher (1976)
La question légitime à se poser au sujet de n’importe quel programme, c’est: “cela marchera-t-il”?
Car il y a une chose que le peuple américain sait au sujet du sénateur McCarthy: il est, comme eux, irrévocablement anti-communiste. Conviction qu’ils ne partagent en aucune façon concernant les porte-paroles de la gauche américaine. Et avec une certaine justification. (1952)
C’est l’engagement pleinement assumé des néoconservateurs d’expliquer au peuple américain pourquoi il a raison et aux intellectuels pourquoi ils ont tort.
Aux Etats-Unis aujourd’hui, la loi insiste sur le fait qu’une fille de 18 ans a le droit à la fornication publique dans un film pornographique – mais seulement si elle est payée le salaire minimum.
Aussi loin que je me souvienne, j’ai été néo-quelque chose: néo-marxiste, néo-trotskyste, néo-gauchiste, néo-conservateur et, en religion, toujours néo–orthodoxe, même quand j’étais néo-trotskyste et néo-marxiste. Je vais finir néo-. Juste néo-, c’est tout. Néo-tiret-rien. Irving Kristol

Au lendemain de l’annonce, dans son obsession à se démarquer du néo-conservatisme de son prédécesseur, de l’abandon du bouclier antimissile et à nouveau (contre les promesses faites mais ils doivent avoir l’habitude!) des pays de l’Europe centrale et de l’est comme la Tchécoslovaquie ou la Pologne par le nouveau Chamberlain de la Maison Blanche …

Et de la disparition, à 89 ans bien remplis, d’Irving Kristol, parrain du néoconservatisme et de tous les gens de gauche qui comme lui avaient, selon son mot fameux, été “braqués par la réalité” et avaient dès lors décidé de placer le pragmatisme au-dessus de l’idéologie et du mépris des aspirations des gens ordinaires.

Retour, en guise d’hommage et d’avertissement renouvelé à la fois, sur sa tribune classique de février 1990 (que le NYT venait d’ailleurs de ressortir).

Rappelant les faux calculs de ceux qui critiquaient la très faible hausse des dépenses militaires présentées par le ministre de la défense de Bush père Dick Cheney.

Au moment où revenait sur le tapis avec la fin de la guerre froide (comme aujourd’hui avec la fin de la guerre en Irak et la crise financière) le vieux débat (déjà à la veille de l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917 suite à la démission du Secrétaire d’Etat pacifiste William Bryan Jennings et au sujet notamment de la construction d’usines de nitrates en Alabama “pour l’engrais en temps de paix et la poudre à canon en temps de guerre”) sur les “dividendes de la paix” et du “beurre contre les canons” …

There Is No Military Free Lunch
Irving Kristol
The New York Times
February 2, 1990

Now that the cold war is over and I need worry less about my personal safety and welfare, I find myself contemplating with pleasure all the money I shall save and be able to spend. These savings are of a peculiar kind: they represent expenditures I had thought of making but that no longer seem necessary.

To cope with the prospect of nuclear war, I had wondered about the advisability of purchasing a large country estate, which would shelter my wife, children, grandchildren and perhaps the families of a few nieces and nephews. To reach this refuge, I would need a large, fast station wagon, perhaps two. There would be other expenses, too, and I have calculated the total cost in the vicinity of $1.5 million, with maintenance costs of about $25,000 a year.

What a blessing to be relieved of such expenditures! There are so many needs I can satisfy with this saving. We can at last have our kitchen redone; we can take a long-delayed, unhurried holiday in Europe; we can double our contributions to charity – and more. We shall, of course, pay for these expenditures with a credit card. We shall also, of course, end up filing for bankruptcy.

A combination of hypothetical savings with actual spending is a clear path to financial ruin. Nevertheless, much of the discussion of a peace dividend, and the uses to which it might be put, revolves around exactly such a combination.

Those hypothetical savings are enormous. If we simply forget about providing ourselves with new land-based nuclear missiles, consigning the MX and Midgetman to oblivion, we would save $10 billion annually in the years ahead. That’s a lot of money, and under present circumstances a sensible idea. But while forgetting the MX and the Midgetman, we ought to remember that they barely exist. This is a hypothetical saving of a hypothetical expenditure. It gives us no cash in hand. Surely, however, there are real cash savings, in addition to such hypothetical savings, that will be available from a reduction in the Pentagon’s budget? Yes, there are – but they will be far more modest than one realizes. The villain is inflation.

Let us assume that we insist the Pentagon’s budget should remain exactly at its current level, with no adjustment for inflation. Let us further assume that we can look forward to economic growth of 3 percent a year, with inflation at 4 percent. Neither assumption seems particularly radical, and both allow more of the resources created by economic growth to be allocated to nonmilitary purposes. What’s wrong with that? Is it not a prudent and responsible reaction to the end of the cold war? Indeed, might we not think of a real (inflation-adjusted) cut in the military budget of another 3 percent, which would provide us with far more ”extra” money? Many liberals in Congress have exactly such thoughts.

Well, we had better not think too seriously along any such lines, because the interaction of these ”modest” assumptions will engender immodest results. This flows from the compounding effect of inflation, which can be devastating to anyone or anything with a static or declining income. If we take the more ambitious cut of 7 percent annually (4 percent inflation plus 3 percent cash), in 10 years we shall have a military budget, in 1990 dollars, of less than one-half the present size.

Even with fixing that budget at its current level, and with no further cuts, a decade from now it will be about 33 percent smaller (in 1990 dollars) than is the case today. We are talking about a truly radical shrinkage in our military establishment.

One does not wish to exaggerate. After any combination of these projected paths for the military budget, we shall still have a military establishment that will be more than negligible. It will probably be slightly superior to Japan’s, though perhaps not quite a match for Syria’s tanks and air power. It ought to be sufficient to deter a hostile power from invading our territory. Our military condition would be comparable to Sweden’s today.

Will we tolerate such a diminution of our position as a world power? Are we willing to relinquish the possibility of intervening anywhere, ever, to help shape a world order in flux? Will we count on our nursing homes and day care centers, rather than our Navy, Air Force and Marines, to deter foreign nations from taking actions offensive and hostile to us? Are we content to become a larger Sweden, existing comfortably, if a bit precariously, on the margin of world affairs?

I don’t believe it. Such a prospect goes too profoundly against the grain. Even Congress, which would dearly love to spend every penny of that dividend – if it existed – is likely to find such a future intolerable.

So we shall discover, after the dust has cleared, that there is a consensus in the vicinity of Defense Secretary Dick Cheney’s proposal to increase the defense budget, but only by a couple of percentage points below the inflation rate. If we have decent growth, we’ll end up with a small cash dividend next year, maybe $6 billion to $8 billion. If we have a period of slow growth, the dividend will not materialize. Meanwhile, our military establishment will experience a moderate (though real) decline – one that does not disarm us precipitously.

The odd thing is that since 1985 the military budget has been experiencing, under Congressional pressure, almost exactly the nominal increase and real cut Secretary Cheney proposes.

So where has the ”peace dividend” gone? In part, it has been spent on social programs, and in part it has been used to keep the budget deficit from getting even larger than it is. All in all, it has been virtually invisible. It would take at least a decade for this ”peace dividend” simply to pay for the bailout of the savings and loan industry.

Discussion of the ”peace dividend” is a distraction from the main debate taking place in Washington: To what degree should the fruits of economic growth, represented by increased Government revenues, be spent on social programs as against reducing the budget deficit? Conservatives will say that reducing the deficit must take priority. Liberals may not deny the importance of reducing the deficit but will demand a tax increase to cope with our social problems and social needs.

That is the real debate. As it proceeds, you will not hear serious people in Congress or the executive branch chattering about a ”peace dividend,” which has already been swallowed up by the deficit and mandated outlays on the environment, the drug war, medical services to the elderly and other popular programs.

Irving Kristol was publisher of The National Interest and co-editor of The Public Interest, quarterly journals.

Voir aussi:

Irving Kristol, Godfather of Conservatism, Dies
Barry Gewen
The New York Times
September 19, 2009

Irving Kristol, the political commentator who, as much as anyone, defined modern conservatism and helped revitalize the Republican Party in the late 1960s and early ’70s, setting the stage for the Reagan presidency and years of conservative dominance, died Friday in Arlington, Va. He was 89 and lived in Washington.

His son, William Kristol, the commentator and editor of the conservative magazine The Weekly Standard, said the cause of death was complications of lung cancer.

Mr. Kristol exerted an influence across generations, from William F. Buckley to the columnist David Brooks, through a variety of positions he held over a long career: executive vice president of Basic Books, contributor to The Wall Street Journal, professor of social thought at New York University, senior fellow at the American Enterprise Institute.

He was commonly known as the godfather of neoconservatism, even by those who were not entirely sure what the term meant. In probably his most widely quoted comment — his equivalent of Andy Warhol’s 15 minutes of fame — Mr. Kristol defined a neoconservative as a liberal who had been “mugged by reality.”

It was a description that summarized his experience in the 1960s, along with that of friends and associates like Daniel Bell, Nathan Glazer and Daniel Patrick Moynihan. New Deal Democrats all, they were social scientists who found themselves questioning many of President Lyndon B. Johnson’s Great Society ideas.

Mr. Kristol translated his concerns into a magazine. In 1965, with a $10,000 contribution from a wealthy acquaintance, he and Daniel Bell started The Public Interest. Its founding is generally considered the beginning of neoconservatism. “Something like a ‘movement’ took shape,” Mr. Kristol wrote, “with The Public Interest at (or near) the center.”

The Public Interest writers did not take issue with the ends of the Great Society so much as with the means, the “unintended consequences” of the Democrats’ good intentions. Welfare programs, they argued, were breeding a culture of dependency; affirmative action created social divisions and did damage to its supposed beneficiaries. They placed practicality ahead of ideals. “The legitimate question to ask about any program,” Mr. Kristol said, “is, ‘Will it work?’,” and the reforms of the 1960s and ’70s, he believed, were not working.

For more than six decades, beginning in 1942, when he and other recent graduates of City College founded Enquiry: A Journal of Independent Radical Thought, his life revolved around magazines. Besides The Public Interest, Mr. Kristol published, edited and wrote for journals of opinion like Commentary, Encounter, The New Leader, The Reporter and The National Interest.

All were “little magazines,” with limited circulations, but Mr. Kristol valued the quality of his readership more than the quantity. “With a circulation of a few hundred,” he once said, “you could change the world.”

Small circles and behind-the-scenes maneuverings suited him. He never sought celebrity; in fact, he was puzzled by writers who craved it. Described by the economics writer Jude Wanniski as the “hidden hand” of the conservative movement, he avoided television and other media spotlights; he was happier consulting with a congressman like Jack Kemp about the new notion of supply-side economics and then watching with satisfaction as Mr. Kemp converted President Ronald Reagan to the theory. Mr. Kristol was a man of ideas who believed in the power of ideas, an intellectual whose fiercest battles were waged against other intellectuals.

A major theme of The Public Interest under Mr. Kristol’s leadership was the limits of social policy; he and his colleagues were skeptical about the extent to which government programs could actually produce positive change.

Neoconservatism may have begun as a dispute among liberals about the nature of the welfare state, but under Mr. Kristol it became a more encompassing perspective, what he variously called a “persuasion,” an “impulse,” a “new synthesis.” Against what he saw as the “nihilistic” onslaught of the ’60s counterculture, Mr. Kristol, in the name of neoconservatism, mounted an ever more muscular defense of capitalism, bourgeois values and the aspirations of the common man that took him increasingly to the right.

For him, neoconservatism, with its emphasis on values and ideas, had become no longer a corrective to liberal overreaching but an “integral part” of conservatism and the Republican Party, a challenge to liberalism itself, which, in his revised view, was a destructive philosophy that had lost touch with ordinary people.

Neoconservatism maintained a lingering sympathy for certain aspects of Roosevelt’s New Deal, but its focus had shifted to the culture wars and to upholding traditional standards. Liberalism led to “moral anarchy,” Mr. Kristol said, arguing the point with one of his wisecracking encapsulizations: “In the United States today, the law insists that an 18-year-old girl has the right to public fornication in a pornographic movie — but only if she is paid the minimum wage.”

Mr. Kristol’s rightward drift, though it brought him new allies like Buckley and Robert Bartley, the head of The Wall Street Journal’s editorial board, broke up the original Public Interest family. Mr. Moynihan went on to a celebrated career as a Democratic senator from New York, and Mr. Bell gave up the coeditorship of the magazine in the early ’70s, declaring himself a socialist in economics, a liberal in politics and a conservative in culture. (He was replaced by Nathan Glazer.)

But neoconservatism turned quite literally into a family affair for Mr. Kristol. His wife, Gertrude Himmelfarb, a distinguished historian of 19th-century England, wrote books and articles critical of modern permissiveness and urged a return to Victorian values. His son, William, who had been Vice President Dan Quayle’s chief of staff, became a leading spokesman for neoconservatism in his own right as a television commentator, the editor of The Weekly Standard and briefly a columnist for The New York Times. Friends referred to them as America’s first family of neoconservatism.

Mr. Kristol’s weapon of choice was the biting polemical essay of ideas, a form he mastered as part of the famed circle of writers and critics known as the New York Intellectuals, among them the ferocious literary brawlers Mary McCarthy and Dwight Macdonald. Mr. Kristol once described feeling intimidated at a cocktail party when he was seated with Ms. McCarthy on one side, Hannah Arendt on the other and Diana Trilling across from him.

He learned the hard way that he was not destined to be an author of books. In the late 1950s he spent three months researching a study of the evolution of American democracy, only to abandon the project, he said, once he realized “it was all an exercise in futility.” An attempted novel was consigned to his incinerator. “I was not a book writer,” he said.

The four volumes published under his name — “On the Democratic Idea in America” (1972), “Two Cheers for Capitalism” (1978), “Reflections of a Neoconservative” (1983) and “Neoconservatism: The Autobiography of an Idea” (1995) — are collections of previously published articles.

As an essayist, Mr. Kristol was sharp, witty, aphoristic and assertive. “Equivocation has never been Irving Kristol’s long suit,” his friend Robert H. Bork said of him. Before achieving his reputation as a writer on political and social affairs, he was a wide-ranging generalist. In the 1940s and ’50s, his subjects included Einstein, psychoanalysis, Jewish humor and the Marquis de Sade.

His erudition could burst out at unexpected moments. An attack on environmental extremists uses a quotation from Auden; a passage about American men’s obsession with golf cites T.S. Eliot. But he could be a verbal streetfighter as well. John Kenneth Galbraith, he wrote, “thinks he is an economist and, if one takes him at his word, it is easy to demonstrate that he is a bad one.” After it was revealed that Magic Johnson had tested HIV positive, Mr. Kristol wrote: “He is a foolish, reckless man who does not merit any kind of character reference.”

Mr. Kristol seemed to need enemies: the counterculture, the academic and media professionals who made up what he called the New Class, and finally liberalism in its entirety. And he certainly made enemies with his harsh words.

Yet underlying the invective was an innate skepticism, even a quality of moderation and self-mockery, which was often belied by his single-mindedness. This stalwart defender of free enterprise could manage only two cheers for capitalism. “Extremism in defense of liberty,” he declared, taking issue with Barry Goldwater, “is always a vice because extremism is but another name for fanaticism.” And the two major intellectual influences on him, he said, were Lionel Trilling, “a skeptical liberal,” and Leo Strauss, “a skeptical conservative.”

“Ever since I can remember,” he said in summing himself up, “I’ve been a neo-something: a neo-Marxist, a neo-Trotskyist, a neo-liberal, a neo-conservative and, in religion, always a neo-orthodox, even while I was a neo-Trotskyist and a neo-Marxist. I’m going to end up a neo. Just neo, that’s all. Neo-dash-nothing.”

Irving William Kristol was born on Jan. 20, 1920, in Brooklyn into a family of low-income, nonobservant Jews. His father, Joseph, a middleman in the men’s clothing business, went bankrupt several times; his mother, Bessie, died of cancer when he was 16. “We were poor, but then everyone was poor, more or less,” Mr. Kristol recalled.

In the late 1930s he attended City College, the highly politicized, overwhelmingly Jewish New York institution where his indignation at the injustices of the Great Depression pushed him to the left, but not the far left. In the large, dingy school cafeteria were a number of alcoves where students could gather with like-minded colleagues. There was an athlete’s alcove, a Catholic alcove, a black alcove, an ROTC alcove. But the alcoves that later became famous were Numbers One and Two.

Alcove One held leftists of various stripes; Alcove Two housed the Stalinists, including a young Julius Rosenberg. The Stalinists outnumbered the anti-Stalinists by as much as 10-1, but among the anti-Stalinists were Mr. Bell as well as the future sociologist Seymour Martin Lipset and the future literary critic Irving Howe.

Mr. Howe recruited Mr. Kristol into the Trotskyists, and though Mr. Kristol’s career as a follower of the apostate Communist Leon Trotsky was brief, it lasted beyond his graduation from City College, long enough for him to meet Ms. Himmelfarb at a Trotskyist gathering in Bensonhurst, Brooklyn. He fell in love, and the two were married in 1942, when she was 19 and he was just short of his 22nd birthday. Besides William, they also had a daughter, Elizabeth. They, along with their mother and five grandchildren, survive him.

After marrying, Mr. Kristol followed his wife to Chicago, where she was doing graduate work and where he had what he called “my first real experience of America.” Drafted into the Army with a number of Midwesterners who were street-tough and often anti-Semitic, he found himself shedding his youthful radical optimism. “I can’t build socialism with these people,” he concluded. “They’ll probably take it over and make a racket out of it.”

In his opinion, his fellow GI’s were inclined to loot, rape and murder, and only Army discipline held them in check. It was a perception about human nature that would stay with him for the rest of his life, creating a tension with his alternative view that ordinary people were to be trusted more than intellectuals to do the right thing.

After the war he and Ms. Himmelfarb spent a year in Cambridge, England, while she pursued her studies. When they returned to the United States in 1947, he took an editing job with Commentary, then a liberal anti-Communist magazine. In 1952, at the height of the McCarthy era, he wrote what he called the most controversial article of his career: “ ‘Civil Liberties,’ 1952 — A Study in Confusion.” It criticized many of those defending civil liberties against the government inquisitors, saying they failed to understand the conspiratorial danger of Communism. Though he called Senator McCarthy a “vulgar demagogue,” the article was remembered for a few lines: “For there is one thing that the American people know about Senator McCarthy: he, like them, is unequivocably anti-Communist. About the spokesmen for American liberalism, they feel they know no such thing. And with some justification.”

After leaving Commentary, Mr. Kristol spent 10 months as executive director of the anti-Communist organization the American Committee for Cultural Freedom, and in 1953 he removed to England to help found Encounter magazine with the poet Stephen Spender. They made an unlikely pair: Mr. Spender, tall, artsy, sophisticated; Mr. Kristol, short, brash, still rough around the edges. Together, they made Encounter one of the foremost highbrow magazines of its time.

But another explosive controversy awaited Mr. Kristol. It was later revealed that the magazine had been receiving financial support from the C.I.A. Mr. Kristol always denied any knowledge of the connection. But he hardly appeased his critics when he added that he did not disapprove of the C.I.A.’s secret subsidies.

Back in New York at the end of 1958, Mr. Kristol worked for a year at another liberal anti-Communist magazine, The Reporter, then took a job at Basic Books, rising to executive vice president. In 1969 he left for New York University, and while teaching there he became a columnist for The Wall Street Journal.

It was during this time that Mr. Kristol became uncomfortable with liberalism, his own and others’. He supported Vice President Hubert H. Humphrey in his 1968 presidential campaign against Richard M. Nixon, saying that “the prospect of electing Mr. Nixon depresses me.” But by 1970 he was dining at the Nixon White House, and in 1972 he came out in favor of Nixon’s re-election. By the mid-’70s he had registered as a Republican.

Always the neoconservative, however — aware of his liberal, even radical, roots and his distance from traditional Republicanism — he was delighted when another Democratic convert, President Ronald Reagan, expressed admiration for Franklin D. Roosevelt. In 1987 he left New York University to become the John M. Olin Distinguished Fellow at the American Enterprise Institute.

By now Mr. Kristol was battling on several fronts. He published columns and essays attacking liberalism and the counterculture from his perches at The Wall Street Journal and The Public Interest, and in 1978 he and William E. Simon, President Nixon’s secretary of the treasury, formed the Institute for Educational Affairs to funnel corporate and foundation money to conservative causes. In 1985 he started The National Interest, a journal devoted to foreign affairs.

But Mr. Kristol wasn’t railing just against the left. He criticized America’s commercial class for upholding greed and selfishness as positive values. He saw “moral anarchy” within the business community, and he urged it to take responsibility for itself and the larger society. He encouraged businessmen to give money to political candidates and help get conservative ideas across to the public. Republicans, he said, had for half a century been “the stupid party,” with not much more on their minds than balanced budgets and opposition to the welfare state. He instructed them to support economic growth by cutting taxes and not to oppose New Deal institutions.

Above all, Mr. Kristol preached a faith in ordinary people. . “It is the self-imposed assignment of neoconservatives,” he wrote, “to explain to the American people why they are right, and to the intellectuals why they are wrong.”

Mr. Kristol saw religion and a belief in the afterlife as the foundation for the middle-class values he championed. He argued that religion provided a necessary constraint to antisocial, anarchical impulses. Without it, he said, “the world falls apart.” Yet Mr. Kristol’s own religious views were so ambiguous that some friends questioned whether he believed in God. In 1996, he told an interviewer: “I’ve always been a believer.” But, he added, “don’t ask me in what.”

“That gets too complicated,” he said. “The word ‘God’ confuses everything.”

In 2002, Mr. Kristol received the Presidential Medal of Freedom, often considered the nation’s highest civilian honor. It was another satisfying moment for a man who appears to have delighted in his life or, as Andrew Sullivan put it, “to have emerged from the womb content.”

He once said that his career had been “one instance of good luck after another.” Some called him a cheerful conservative. He did not dispute it. He had had much, he said, “to be cheerful about.”


Médias: Un aveuglement dont Le Monde ne fut pas exempt (The rare day Le Monde apologized… for its support of future genociders!)

19 août, 2009
Patrice de Beer/Le Monde (Cambodge 75)Patrice De Beer/leMonde (Cambodge 75)‘Le Nouvel Observateur’ et ‘Le Monde’ exercent une influence considérable sur les intellectuels du tiers monde. En prenant position comme collaborateur du Monde, je ne pense pas avoir poussé beaucoup de paysans cambodgiens à la révolte, mais j’ai pu lancer des intellectuels khmers sur une piste sanglante. Si j’ai écrit ce livre, ce n’est pas pour me faire pardonner mais pour appliquer un contre-poison à ce peuple empoisonné et lui faire prendre une tasse de lait après l’arsenic que j’ai contribué à lui administrer (…).
Pour le Vietnam, je plaide coupable. Je m’accuse d’avoir pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien (…) Je subissais l’influence écrasante de Sartre qui voyait dans toute critique de fond de la Russie soviétique une arme offerte aux réactionnaires et aux Américains. “Il ne fallait pas désespérer Billancourt”. Pendant vingt ans, j’ai participé à cette scandaleuse timidité à l’égard de la Russie communiste, que je considérais comme la capitale de la gauche et de la révolution mondiale. Jean Lacouture (“Valeurs Actuelles”, 13 novembre 1978)
Le premier moment, c’est en 75-76, au moment où j’ai rompu définitivement avec toute idéologie communiste. En 76, au Bénin, j’ai lu Cambodge année zéro de François Ponceau, qui est le livre qui raconte le désastre khmer rouge, l’horreur de ce régime. Moi qui avais été pro-khmer rouge, cela m’a fait un choc. Pas si énorme que cela: j’avais commencé à comprendre. Mais ça été la purge. Il y avait eu Moscou, Pékin et la révolution culturelle, j’avais commencé à comprendre la grande saloperie que cela avait été, et le superbe maquillage qu’on en avait fait. Avec les khmers rouges, la boucle était bouclée. Rony Brauman (cofondateur avec Bernard Kouchner de l’association humanitaire MSF)

Dans la suite de notre petit début de recensement des fautes professionnelles de nos journalistes nationaux …

Retour sur une rareté dans le journalisme à la française, un demi (et quelque peu tardif: 30 ans après !) mea culpa du Monde pour son support indirect, via ses correspondants Patrice De Beer et JC Pomonti, d’un génocide, celui du Cambodge en 1975 (voir la très complète récension d’articles sur un site hélas par ailleurs notoirement antisémite Fonjallaz)

A quand celui du Nouvel Observateur pour son soutien de la Révolution islamique de Khomeny avec notamment son philosophe-reporter de choc Foucault?

L’aveuglement – un aveuglement dont Le Monde ne fut pas exempt – prévalut jusqu’à ce que l’armée vietnamienne, pour des raisons propres à Hanoï, mette fin au régime de Pol Pot, en janvier 1979, et que les témoignages commencent à se faire jour sur la violence inouïe et la froide démence qui s’étaient emparées du Cambodge.

Plus encore qu’aux Cambodgiens, dont le traumatisme s’explique, cette réflexion s’impose à la communauté internationale, qui n’a pas su, à l’époque, discerner l’horreur. C’est-à-dire à nous tous, individuellement comme collectivement, dans la mesure où, ailleurs, tortionnaires et illuminés poursuivent leurs basses oeuvres, tandis que, trop souvent, nous regardons dans une autre direction.

Il est trop facile d’invoquer le contexte de la guerre froide, qui opposait deux camps à travers l’Asie du Sud-Est, pour passer le drame khmer rouge aux profits et pertes de l’Histoire.

ÉDITORIAL
Khmers rouges, le crime
Le Monde
Le 19.04.05

VOICI TRENTE ANS, le 17 avril 1975, les « Khmers rouges », ainsi que le prince Norodom Sihanouk avait surnommé les communistes du Cambodge, instauraient à Phnom Penh une des plus meurtrières dictatures du XXe siècle. Un régime dont l’Histoire retiendra, plus que l’ironie involontaire de son nom, le « Kampuchéa démocratique », le génocide qu’il perpétra, éliminant physiquement, en quatre petites années, entre un quart et un tiers de la population du pays.

Venant dans le contexte des luttes d’émancipation « anticoloniales » et « anti-impérialistes », la tragédie frappant le peuple khmer se déroula dans une indifférence générale autour d’un pays dont les nouveaux maîtres avaient hermétiquement scellé les frontières. L’aveuglement – un aveuglement dont Le Monde ne fut pas exempt – prévalut jusqu’à ce que l’armée vietnamienne, pour des raisons propres à Hanoï, mette fin au régime de Pol Pot, en janvier 1979, et que les témoignages commencent à se faire jour sur la violence inouïe et la froide démence qui s’étaient emparées du Cambodge.

Cette tragédie est aujourd’hui reconnue, amplement documentée, par des historiens mais aussi par de courageux militants khmers des droits de l’homme et des artistes, tel le cinéaste Rithy Panh, auteur du documentaire S21. Mais elle est restée impunie. Si Pol Pot lui-même est mort dans un règlement de comptes entre anciens « camarades », les autres ex-dirigeants khmers rouges ne sont toujours pas passés devant un tribunal, qu’il soit national ou international.

Le procès que se sont engagés à organiser conjointement l’actuel gouvernement de Phnom Penh et les Nations unies, qui, à ce titre, engagent la responsabilité morale de la communauté mondiale, n’a toujours pas commencé. Son financement vient tout juste d’être assuré. Il est possible qu’il se tienne en 2005 ou qu’il soit encore différé à 2006. N’y figureront même pas, en principe, deux des plus visibles assassins patentés de ce régime de bourreaux. Khieu Samphan, alors chef de l’Etat en titre, et Ieng Sary, beau-frère de Pol Pot, coulent des jours paisibles dans une retraite politique que nul n’inquiète.

A la veille de cet anniversaire, l’ethnologue français François Bizot, qui fut lui-même prisonnier des Khmers rouges avant 1975, insistait dans les pages de ce journal sur le profond travail de réflexion qui s’impose toujours à propos de ce drame. Plus encore qu’aux Cambodgiens, dont le traumatisme s’explique, cette réflexion s’impose à la communauté internationale, qui n’a pas su, à l’époque, discerner l’horreur. C’est-à-dire à nous tous, individuellement comme collectivement, dans la mesure où, ailleurs, tortionnaires et illuminés poursuivent leurs basses oeuvres, tandis que, trop souvent, nous regardons dans une autre direction.

Il est trop facile d’invoquer le contexte de la guerre froide, qui opposait deux camps à travers l’Asie du Sud-Est, pour passer le drame khmer rouge aux profits et pertes de l’Histoire.


Honduras: Hollywood vs. Torture Academy (If one is under 25 and not a socialist, he has no heart)

8 juillet, 2009
Cleaning up after BushSi à moins de vingt-cinq ans on n’est pas socialiste, on n’a pas de cœur, mais si à plus de 25 ans, on l’est encore, c’est qu’on n’a pas de tête. George Bernard Shaw
Putsch, coup d’Etat, “Torture Academy”, théologie de la libération, Hollywood …

Quel formidable bol de jouvence, cet Obama – son maitre Salinski comme le coco invétéré Shaw lui-même s’en retourneraient dans leur tombe de plaisir!

Alors que, dans son obsession de se démarquer du cowboy Bush honni (pardon: de “nettoyer, comme Carter après les infâmies du Vietnam, les écuries d’Augias de l’ère Bush”) et devant l’enthousiasme de ses alliés européens, l’entriste de choc actuellement à la Maison Blanche n’a rien trouvé de mieux que la privatisation accrue de ses guerres en Irak et en Afghanistan …

Pendant qu’avec la mise en bière dorée à l’or fin en mégavision de l’un des leurs, le gotha des cracheurs dans la soupe, racistes et antisémites comme il se doit, nous ont de Farrakhan à Shartpton fait redécouvrir nos jeunes années “We are the world” sans lesquelles l’Afrique ne serait probablement ce qu’elle est aujourd’hui…

Retour, avec la traduction par nos soixante-huitards de service de Backchich d’un papier de Doug Ireland, sur cette incroyable et inespérée bouffée de nos bonnes vieilles années 70 et 80 avec le dernier coup bas de la “Torture Academy” sur le “USS Honduras”.

Où, avec la résurrection de l’union sacrée Hollywood-catholicisme de gauche, le refus de voir son pays rejoindre les dictatures populistes (pardon- “républiques populaires”) à la cubo-vénézuélienne suite à la tentative de “putsch légal” de son ancien président est immédiatement assimilé, avec la bénédiction de notre agent de La Havane, au retour aux coups d’Etat des années 70 par, je vous le donne en mille, des diplômés de l’infâme “Torture Academy”…

Les putschistes au Honduras formés à la “Torture Academy”
Coup d’Etat au Honduras
Doug Ireland
Backchich
8 juillet 2009

Depuis un demi-siècle, les Etats-Unis forment des militaires sud-américains avec un net penchant pour la dictature au sein de la School of Americas, une annexe du Pentagone. Le responsable du coup d’Etat au Honduras en est issu.

Ainsi, les États-Unis n’auraient pas de responsabilité dans le coup d’Etat militaire du 28 juin dernier qui a renversé le gouvernement démocratiquement élu du Honduras ? Faux et archi faux !

Comme l’a rapporté l’hebdomadaire National Catholic Reporter du 29 juin, l’homme qui a fait ce coup, le général Romeo Orlando Vasquez Velasquez, commandant de l’armée, a été diplômé à deux reprises de l’infâme School of the Americas (L’École des Amériques), une succursale du Pentagone située à Fort Benning dans l’Etat de Géorgie et tristement célèbre école de torture d’où sont sortis une belle brochette de dictateurs et d’affairistes militaires en Amérique centrale et latine. Un autre leader du coup d’Etat est, lui aussi, diplômé de la même école : il s’agit du général Luis Javier Prince Suazo, chef des forces aériennes et responsable du transport du président déchu, Manuel Zelaya, en dehors du pays.

Relique de la Guerre Froide, la School of the Americas a été créée il y a un demi-siècle afin, disait-on, de former des militaires, des policiers et des agents de renseignement des pays au sud des États-Unis afin qu’ils conduisent la lutte contre les « insurrections » étiquetées « communistes » par le Pentagone. Mais dans les faits, les diplômés de cette école ont toujours constitué les troupes de choc de la répression politique contre la gauche dans ces pays hispanophones.

La torture enseignée à la School of the Americas

Bien avant les horreurs d’Abou Ghraïb en Irak, les pires techniques de torture étaient enseignées à la School of the Americas. En mai 2004, les manuels d’interrogatoire utilisés par l’école ont été rendus publics par le National Security Archive, un institut de recherche indépendant, après un procès qui s’est tenu selon la loi du Freedom of Information Act, intenté par des médias réputés comme le Baltimore Sun. Ces manuels, traduits en espagnol et dont des milliers d’exemplaires ont été distribués aux alliés hispanophones de Washington, donnaient des consignes explicites pour torturer, bastonner et assassiner.

La longue histoire de ces supplices pratiqués par les voyous diplômés de la School of the Americas a également été bien documentée par d’autres organismes, notamment Amnesty International dans son rapport intitulé « Unmatched Power, Unmet Principles » (Pouvoir incomparable, Principes abandonnés), ainsi que dans les excellents ouvrages « Hidden Terrors » (Terreurs cachées) de A.J. Langguth (un ancien reporter du New York Times), « Rogue State : A Guide to the World’s Only Superpower « (publié en France sous le titre L’État voyou : un guide de la seule superpuissance mondiale) par William Blum, ancien diplomate du Département d’Etat, ou encore « A Miracle, A Universe ») (Un miracle, un univers) par Lawrence Weschler (l’expert Amérique latine du New Yorker).

L’enseignement de la torture dans cette école été suspendu par le président Jimmy Carter en 1977, mais réintroduit par Ronald Reagan quatre ans plus tard. En 2000, suite à des enquêtes sur cette école par des médias tels que le Washington Post et le Baltimore Sun et grâce à une opposition grandissante à son encontre au Congrès, le Pentagone en a relifté le nom et l’a rebaptisé Western Hemisphere Institute for Security Cooperation (WHINSEC). Mais comme le disait à l’époque le sénateur Paul Coverdale de l’Etat de Géorgie, un conservateur membre du Parti républicain, cette soi-disant « réforme » n’était qu’« essentiellement superficielle ». D’ailleurs, aujourd’hui, tout le monde en dehors du Pentagone continue d’appeler l’école par son ancien nom.

Des généraux-dictateurs diplômés de cette annexe du Pentagone

Le coup d’Etat du 28 juin au Honduras est le troisième dans l’histoire de ce petit pays de 7 millions d’habitants, dont 50 % vivent dans une pauvreté extrême. En 1975, le général Juan Megler Castro, diplômé de la School of the Americas, est devenu le dictateur militaire de ce Honduras. Puis, entre 1980-1982, le chef de la dictature était un autre diplômé de « l’école de torture », Policarpo Paz Garcia. Ses principaux faits d’armes consistent à avoir intensifié la répression et semé la terreur avec le Bataillon 3-16, l’un des plus terrifiants escadrons de la mort de toute l’Amérique latine fondé par des diplômés honduriens de la School of the Americas, avec l’aide de diplômés argentins de cette école. Car cette dernière n’a pas essaimé qu’au Honduras. Loin de là.

Parmi les soixante mille et quelques militaires qui y sont passés, on compte plusieurs dictateurs avérés : les généraux Noriega et Trujillo au Nicaragua, le général Hugo Banzer Suarez en Bolivie, le général Guido Vildoso Calderon au Pérou, le général Efrain Rios Montt au Guatemala et les généraux Leopoldo Galtieri et Roberto Viola en Argentine.

La lutte pour fermer cette école immonde est menée depuis vingt ans par l’association School of the Americas Watch, animée par des catholiques de gauche et fondée par un prêtre, le père Roy Bourgeois, lui-même une ancienne victime des tortionnaires de cette institution au Salvador, après les meurtres de quatre bonnes sœurs catholiques et de l’évêque Oscar Romero par des escadrons de la mort organisés et commandés par le colonel Roberto D’Aubuisson, un autre diplômé de l’école et auteur des pires crimes commis pendant la guerre civile salvadorienne.

Hollywood se mobilise

Des manifestations récentes qui ont mobilisé des dizaines de milliers de personnes demandant sa fermeture devant les portes de l’école ont attiré la participation des personnalités comme l’actrice Susan Sarandon, l’acteur Martin Sheen et la sœur Helen Prejean, auteur du livre « Dead Man Walking » devenu un film célèbre avec Sean Penn (La Dernière Marche, de Tim Robbins).

Pour comprendre les dessous du coup d’Etat du 28 juin, il faut savoir que le président Zelaya du Honduras, comme l’a rapporté le National Catholic Reporter dans son article cité plus haut, « était un homme d’affaires qui penchait plutôt à droite quand il a été élu en 2006. Mais il a surpris beaucoup de monde quand il a commencé à desserrer les liens entre le Honduras et les Etats-Unis qui contrôlait le pays à tel point qu’on le surnommait “U.S.S. Honduras”. »

De plus, Zelaya avait augmenté le Smic local de 60 %, ce qui a rendu l’élite économique du pays folle de rage puis s’est « heurté aux multinationales pétrolières et à l’ambassade des États Unis quand il a tenté de réduire le prix du pétrole pour les Honduriens », comme l’a écrit le National Catholic Reporter.

La dernière fois qu’il y a eu un vote au Congrès américain pour stopper le financement de la School of the Americas — en 2007 — sept voix ont manqué pour fermer l’école. Mais lors des élections législatives de 2008, une trentaine de ses supporters ont perdu leurs sièges.

Ainsi, si le président Obama est vraiment sérieux au sujet de son auto-proclamé « nouveau départ » en politique étrangère, rien ne l’empêche du point de vue électoral de fermer immédiatement la School of the Americas. Mais jusqu’ici la Maison-Blanche est muette sur ce sujet.
Pour l’administration américaine, il n’y a pas eu de coup d’Etat au Honduras

Même si Barack Obama a déclaré que le renversement du président Zelaya n’était « pas légal », il l’a fait dans des termes bien moins forts que l’Organisation des États Américains, qui représente les 34 pays indépendants de l’hémisphère.

Qui plus est, sa secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a refusé de le qualifier de « coup d’Etat » ce qui entraînerait automatiquement l’arrêt de toute aide économique et militaire au nouveau régime illégal du Honduras, selon la loi américaine qui régit l’aide aux pays étrangers. Le fait que Zelaya se soit laissé photographier souriant bras-dessus bras-dessous avec Hugo Chavez du Venezuela et Raul Castro de Cuba au sommet des gouvernements de gauche de l’Amérique latine en est sans doute pour quelque chose…

Les Honduriens privés de libertés publiques

A peine installés au pouvoir au Honduras, les militaires qui ont fait le coup d’Etat du 28 juin pour défendre l’oligarchie du pays ont montré leur caractère fascisant. Dès le 1er juillet, la liberté garantie par la Constitution hondurienne a été suspendue. Les citoyens n’ont désormais plus le droit de se rassembler ou se réunir quel que soit le motif et la soldatesque peut désormais investir quand elle le veut la maison de tous les citoyens. La télévision est sévèrement censurée et seuls les supporters du coup d’Etat sont autorisés à l’antenne. Des arrestations de masse ont eu lieu en province pour empêcher les pauvres et les syndicalistes qui soutiennent le président déchu Zelaya de rejoindre la capitale de Tegucigalpa et participer à des manifestations contre le coup d’Etat. La campagne populaire en faveur du retour de Zelaya au pouvoir, qui a mobilisé des dizaines de milliers de citoyens dans la rue, est accueillie par des balles et du gaz lacrymogène tiré par des armes « made in U.S.A. », avec un nombre inconnu de morts.

C’est que l’oligarchie hondurienne a peur des mouvements et institutions populaires qui ont vu le jour ces derniers décennies : trois confédérations syndicales, un puissant mouvement indigène, des organisations des droits de l’homme comme le Comité des parents des détenus disparus, des radios communautaires, des associations environnementales, etc. La menace que représente cette agitation de la base populaire pour l’oligarchie est détaillée dans un excellent article pour le magazine de gauche Monthly Review du 4 juillet.

Selon le New York Times l’administration d’Obama est en train de chercher un « compromis » avec le nouveau régime installé par les militaires. Obama s’est notamment abstenu de demander le retour immédiat du président Zelaya, démocratiquement élu, au pouvoir, préférant un appel évasif pour « un retour a l’ordre constitutionnel. » Selon des sources au Département d’Etat, cela signifie temporiser jusqu’aux élections prévues pour novembre prochain, sans exiger le retour immédiat de Zelaya au pouvoir. Mais la question que l’on doit poser à Obama est la suivante : peut-on vraiment se « compromettre » avec le fascisme sans perdre son âme et l’essentiel de la démocratie ? D.I.


Présidence Obama: Notre agent de La Havane (Our Man from Havana)

1 juillet, 2009
Our man in HavanaOn ne peut pas blâmer les États-Unis pour chaque problème dans cet hémisphère. Je suis très reconnaissant que le Président Ortega ne m’ait pas blâmé pour des choses qui se sont produites quand j’avais trois mois. Obama (18 avril 2009)

Certains diraient que le Président Obama est de centre-gauche. Et naturellement cela signifie que nous allons bien travailler avec les pays qui partagent notre engagement à améliorer et à accroître le potentiel humain. Hillary Clinton (conférence de presse au Salvador, 1er juin 2009)

La légitimité est manifestement une notion très subjective. Et évidemment, la légitimité du régime a été remise en question par les manifestations. Mais ce n’est pas l’élément décisif en termes de nos rapports avec l’Iran. Susan Rice (ambassadrice américaine à l’ONU, 28 juin 2009)

Bref, nous assistons au retour de l’idéalisme postnational d’un Carter mais avec cette fois le charisme d’un Reagan. Pendant 40 ans nos écoles ont enseigné l’équivalence morale, le pacifisme utopique et le multiculturalisme bien intentionné et nous apprenons maintenant que tout ceci n’était pas que de la thérapie mais est insidieusement devenu notre évangile national. Victor Davis Hanson
De l’Iran au Venezuela et à Cuba, du Myanmar à la Corée du Nord et à la Chine, du Soudan à l’Afghanistan et à l’Irak, de la Russie à la Syrie et à l’Arabie Saoudite, l’administration Obama a systématiquement enlevé les droits de l’homme et la promotion de la démocratie de l’ordre du jour de l’Amérique. A leur place, elle a préconisé l’amélioration de l’image de l’Amérique, le multilatéralisme et un relativisme moral qui soit ne voit aucune distinction entre les dictateurs et leurs victimes soit considère les distinctions peu importantes à l’avancement des intérêts américains. Caroline Glick

Notre Pleurnicheur en chef et avide lecteur du “Manuel du gauchiste” serait-il en train, pour subvenir aux besoins de ses filles à l’instar du modeste marchand d’aspirateurs du célèbre roman de Graham Greene, de se transformer en véritable agent de la Havane?

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton qui, fêtant il y a exactement un mois l’arrivée au pouvoir d’une nouveau gauchiste au Salvador (Mauricio Funes, candidat de l’ex-guérilla d’extrême gauche, s’il vous plait !) et son rétablissement des relations avec Cuba, rappelait fièrement la position de centriste de gauche de son patron et leur commun engagement avec les dictateurs de la planète à améliorer et à accroître le potentiel humain …

L’ambassadrice américaine à l’ONU Susan Rice qui, commentant l’actuelle contestation du régime iranien dans une interview sur CBS le weekend dernier, confirmait que pour l’Administration Obama “la légitimité est de toute évidence une affaire purement subjective et surtout pas l’élément décisif en termes de nos rapport avec l’Iran” …

Alors qu’à l’instar du musée Chirac et ses attaques gratuites anti-Sara Palin et après Obama, Merkel et Zapatero, notre Sarko national se permet un nouvelle fois d’insulter un responsable politique étranger (cette fois le ministre des Affaires étrangères israélien Avigdor Lieberman, le comparant, devant un Nétanyahou qu’on a connu plus combatif, à notre repoussoir national Jean-Marie Le Pen) …

Après les excuses à tort et à travers, les mensonges et contre-vérités sur l’islam et l’histoire mondiale en général, l’extrême passivité face à la répression sanglante en Iran (jusqu’au refus, contre ses alliés européens, de nouvelles sanctions?) et la dénonciation avec ses amis Chavez et Ortega de la mise en échec d’une tentative de coup d’Etat légal au Honduras

Retour, avec la chroniqueuse du Jerusalem post Caroline Glick (merci drzz pour la traduction), sur un premier bilan des six mois de présidence Obama confirmant les pires prévisions de ceux qui nous annonçaient un nouveau Carter

Extraits:

La politique étrangère d’Obama est déjà un échec. Pourquoi le Président refuse-t-il de la reconsidérer ?

Pourquoi, lorsque le sang coule dans les rues iraniennes, Obama veut-il toujours apaiser les mollahs ? Pourquoi, alors que le Vénézuéla menace d’envahir le Honduras pour supporter Zelaya, Obama se tient-il du côté de Zelaya contre les démocrate honduriens ? Pourquoi, alors que les Palestiniens refusent toujours le droit à l’auto-détermination au peuple hébreu, veut-il priver 500′000 Israéliens de leur logement ? Pourquoi, alors que la Corée du Nord menace d’utiliser ses missiles balistiques contre les Etats-Unis, refuse-t-il d’autoriser l’USS John McCain à aborder le navire nord-coréen illégal que [les Américains] trace[nt] depuis deux semaines ? Pourquoi, alors que le gouvernement du Soudan continue d’assassiner des Darfuris, cette administration clame-t-elle que le génocide au Darfour est terminé ?

La seule réponse logique à cette question est que la politique étrangère de Barack Obama est la plus dogmatique depuis Carter. Si, lorsqu’Obama a pris ses fonctions, on pouvait s’interroger sur sa vision internationale – pragmatique, ou dogmatique -, les six premiers mois de sa présidence permettent de lever les doutes. Obama est mû par une idéologie extrémiste et antiaméricaine qui le pousse à minimiser l’importance de la démocratie et se ranger du côté des dictateurs anti-américains contre les alliés de son pays.

Comme Carter avant lui, Obama pourra un temps cacher ses échecs de politique étrangère à son opinion publique , car celle-ci sera occupée à mesurer ses échecs en politique intérieure. Mais au final, sa dévotion aveugle à son idéologie radicale le conduira aux extrêmes ; ses échecs atteindront alors une masse critique.

Et ils s’effondreront avec lui.

Ideologue-in-chief
Caroline Glick
The Jerusalem Post
Jun. 29, 2009

For a brief moment it seemed that US President Barack Obama was moved by the recent events in Iran. On Friday, he issued his harshest statement yet on the mullocracy’s barbaric clampdown against its brave citizens who dared to demand freedom in the aftermath of June 12’s stolen presidential elections.

Speaking of the protesters Obama said, “Their bravery in the face of brutality is a testament to their enduring pursuit of justice. The violence perpetrated against them is outrageous. In spite of the government’s efforts to keep the world from bearing witness to that violence, we see it and we condemn it.”

While some noted the oddity of Obama’s attribution of the protesters’ struggle to the “pursuit of justice,” rather than the pursuit of freedom – which is what they are actually fighting for – most Iran watchers in Washington and beyond were satisfied with his statement.

Alas, it was a false alarm. On Sunday Obama dispatched his surrogates – presidential adviser David Axelrod and UN Ambassador Susan Rice – to the morning talk shows to make clear that he has not allowed mere events to influence his policies.

After paying lip service to the Iranian dissidents, Rice and Axelrod quickly cut to the chase. The Obama administration does not care about the Iranian people or their struggle with the theocratic totalitarians who repress them. Whether Iran is an Islamic revolutionary state dedicated to the overthrow of the world order or a liberal democracy dedicated to strengthening it, is none of the administration’s business.

Obama’s emissaries wouldn’t even admit that after stealing the election and killing hundreds of its own citizens, the regime is illegitimate. As Rice put it, “Legitimacy obviously is in the eyes of the people. And obviously the government’s legitimacy has been called into question by the protests in the streets. But that’s not the critical issue in terms of our dealings with Iran.”

No, whether an America-hating regime is legitimate or not is completely insignificant to the White House. All the Obama administration wants to do is go back to its plan to appease the mullahs into reaching an agreement about their nuclear aspirations. And for some yet-to-be-explained reason, Obama and his associates believe they can make this regime — which as recently as Friday called for the mass murder of its own citizens, and as recently as Saturday blamed the US for the Iranian people’s decision to rise up against the mullahs — reach such an agreement.

IN STAKING out a seemingly hard-nosed, unsentimental position on Iran, Obama and his advisers would have us believe that unlike their predecessors, they are foreign policy “realists.” Unlike Jimmy Carter, who supported the America-hating mullahs against the America-supporting shah 30 years ago in the name of his moralistic post-Vietnam War aversion to American exceptionalism, Obama supports the America-hating mullahs against the America-supporting freedom protesters because all he cares about are “real” American interests.

So too, unlike George W. Bush, who openly supported Iran’s pro-American democratic dissidents against the mullahs due to his belief that the advance of freedom in Iran and throughout the world promoted US national interests, Obama supports the anti-American mullahs who butcher these dissidents in the streets and abduct and imprison them by the thousands due to his “hard-nosed” belief that doing so will pave the way for a meeting of the minds with their oppressors.

Yet Obama’s policy is anything but realistic. By refusing to support the dissidents, he is not demonstrating that he is a realist. He is showing that he is immune to reality. He is so committed to appeasing the likes of Mahmoud Ahmadinejad and Ali Khamenei that he is incapable of responding to actual events, or even of taking them into account for anything other than fleeting media appearances meant to neutralize his critics.

Rice and Axelrod demonstrated the administration’s determination to eschew reality when they proclaimed that Ahmadinejad’s “reelection” is immaterial. As they see it, appeasement isn’t dead since it is Khamenei – whom they deferentially refer to as “the supreme leader” – who sets Iran’s foreign policy.

While Khamenei is inarguably the decision maker on foreign policy, his behavior since June 12 has shown that he is no moderate. Indeed, as his post-election Friday “sermon” 10 days ago demonstrated, he is a paranoid, delusional America-bashing tyrant. In that speech he called Americans “morons” and accused them of being the worst human-rights violators in the world, in part because of the Clinton administration’s raid on the Branch Davidian compound in Waco, Texas in 1993.

Perhaps what is most significant about Obama’s decision to side with anti-American tyrants against pro-American democrats in Iran is that it is utterly consistent with his policies throughout the world. From Latin America to Asia to the Middle East and beyond, after six months of the Obama administration it is clear that in its pursuit of good ties with America’s adversaries at the expense of America’s allies, it will not allow actual events to influence its “hard-nosed” judgments.

TAKE THE ADMINISTRATION’S response to the Honduran military coup on Sunday. While the term “military coup” has a lousy ring to it, the Honduran military ejected president Manuel Zelaya from office after he ignored a Supreme Court ruling backed by the Honduran Congress which barred him from holding a referendum this week that would have empowered him to endanger democracy.

Taking a page out of his mentor Venezuelan dictator Hugo Chavez’s playbook, Zelaya acted in contempt of his country’s democratic institutions to move forward with his plan to empower himself to serve another term in office. To push forward with his illegal goal, Zelaya fired the army’s chief of staff. And so, in an apparent bid to prevent Honduras from going the way of Daniel Ortega’s Nicaragua and becoming yet another anti-American Venezuelan satellite, the military – backed by Congress and the Supreme Court – ejected Zelaya from office.

And how did Obama respond? By seemingly siding with Zelaya against the democratic forces in Honduras who are fighting him. Obama said in a written statement: “I am deeply concerned by reports coming out of Honduras regarding the detention and expulsion of president Mel Zelaya.”

His apparent decision to side with an anti-American would-be dictator is unfortunately par for the course. As South and Central America come increasingly under the control of far-left America-hating dictators, as in Iran, Obama and his team have abandoned democratic dissidents in the hope of currying favor with anti-American thugs. As Mary Anastasia O’Grady has documented in *The Wall Street Journal*, Obama and Secretary of State Hillary Clinton have refused to say a word about democracy promotion in Latin America.

Rather than speak of liberties and freedoms, Clinton and Obama have waxed poetic about social justice and diminishing the gaps between rich and poor. In a recent interview with the El Salvadoran media, Clinton said, “Some might say President Obama is left-of-center. And of course that means we are going to work well with countries that share our commitment to improving and enhancing the human potential.”

But not, apparently, enhancing human freedoms.

FROM IRAN to Venezuela to Cuba, from Myanmar to North Korea to China, from Sudan to Afghanistan to Iraq to Russia to Syria to Saudi Arabia, the Obama administration has systematically taken human rights and democracy promotion off America’s agenda. In their place, it has advocated “improving America’s image,” multilateralism and a moral relativism that either sees no distinction between dictators and their victims or deems the distinctions immaterial to the advancement of US interests.

While Obama’s supporters champion his “realist” policies as a welcome departure from the “cowboy diplomacy” of the Bush years, the fact of the matter is that in country after country, Obama’s supposedly pragmatic and nonideological policy has either already failed – as it has in North Korea – or is in the process of failing. The only place where Obama may soon be able to point to a success is in his policy of coercing Israel to adopt his anti-Semitic demand to bar Jews from building homes in Jerusalem, Judea, and Samaria. According to media reports, Prime Minister Binyamin Netanyahu has authorized Defense Minister Ehud Barak to offer to freeze all settlement construction for three months during his visit to Washington this week.

Of course, in the event that Obama has achieved his immediate goal of forcing Netanyahu to his knees, its accomplishment will hinder rather than advance his wider goal of achieving peace between Israel and its neighbors. Watching Obama strong-arm the US’s closest ally in the region, the Palestinians and the neighboring Arab states have become convinced that there is no reason to make peace with the Jews. After all, Obama is demonstrating that he will deliver Israel without their having to so much as wink in the direction of peaceful coexistence.

So if Obama’s foreign policy has already failed or is in the process of failing throughout the world, why is he refusing to reassess it? Why, with blood running through the streets of Iran, is he still interested in appeasing the mullahs? Why, with Venezuela threatening to invade Honduras for Zelaya, is he siding with Zelaya against Honduran democrats? Why, with the Palestinians refusing to accept the Jewish people’s right to self-determination, is he seeking to expel some 500,000 Jews from their homes in the interest of appeasing the Palestinians? Why, with North Korea threatening to attack the US with ballistic missiles, is he refusing to order the USS John McCain to interdict the suspected North Korean missile ship it has been trailing for the past two weeks? Why, when the Sudanese government continues to sponsor the murder of Darfuris, is the administration claiming that the genocide in Darfur has ended?

The only reasonable answer to all of these questions is that far from being nonideological, Obama’s foreign policy is the most ideologically driven since Carter’s tenure in office. If when Obama came into office there was a question about whether he was a foreign policy pragmatist or an ideologue, his behavior in his first six months in office has dispelled all doubt. Obama is moved by a radical, anti-American ideology that motivates him to dismiss the importance of democracy and side with anti-American dictators against US allies.

For his efforts, although he is causing the US to fail to secure its aims as he himself has defined them in arena after arena, he is successfully securing the support of the most radical, extreme leftist factions in American politics.

Like Carter before him, Obama may succeed for a time in evading public scrutiny for his foreign-policy failures because the public will be too concerned with his domestic failures to notice them. But in the end, his slavish devotion to his radical ideological agenda will ensure that his failures reach a critical mass.

And then they will sink him.


Idiots utiles: Le totalitarisme n’est fort que de nos faiblesses (Looking back at the Left’s long history of cozying up to political murderers)

18 juin, 2009
[A]vec l’URSS[,] nous avons fini par comprendre, après des décennies de lâcheté, que, parvenu à un certain stade de pourrissement, le totalitarisme n’était fort que de nos faiblesses. Bernard-Henri Lévy
Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. Aragon (1925)
Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… André Breton (1925)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut dans la foule. Qui n’a pas eu, au moins une fois, envie d’en finir de la sorte avec le petit système d’avilissement et de crétinisation en vigueur a sa place toute marquée dans cette foule, ventre à hauteur de canon. André Breton
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault
Les mots sont responsables: il leur est répondu. Les paroles de haine des avant-gardes ont préparé la mort des individus. (…) Appel au meurtre, à la destruction, exaltation de la déraison et du romantisme noir, fascination des pulsions primitives des races demeurées pures du côté de l’Orient, antisémitisme : les manifestes surréalistes diffèrent peu, si l’on prend la peine de les lire froidement, des propos extrémistes tenus par les pousse-au-crime du temps, de gauche et de droite. Jean Clair
Nous n’allons pas nous en mêler. (…) Je pense qu’il est important de comprendre que la différence en terme de politique réelle entre MM. Ahmadinejad et Moussavi n’est peut-être pas aussi grande qu’on ne l’a dit. Barack Hussein Obama
On tue et on bat les gens dans les rues de Téhéran et dans tout l’Iran et nous devrions les défendre. Comme nous l’avions fait pour les ouvriers polonais à Dantzig ou pour le peuple tchèque lors du printemps de Prague et comme nous avons défendu la liberté dans chaque partie du monde. Ce n’est pas ça que nous faisons en ce moment. John McCain

Où l’on comprend pourquoi en novembre dernier le régime iranien préférait Obama!

Cruelle ironie de l’histoire que ce surréaliste chassé croisé qui voit les Démocrates américains et la gauche en général défendre, derrière le Pleurnicheur en chef, le “réalisme” et le statu quo comme les pires dictatures (pourvu qu’elles soient anti-américaines!) …

Tandis que la droite se voit accuser de “radicalisme” pour vouloir défendre un peuple au moment même où pour la première fois depuis 30 ans il semble sur le point de secouer la brutale dictature sous laquelle il étouffe …

Comment comprendre en effet cette veule complaisance de nos nouveaux Chamberlain de gauche (Obama, Carter, Kerry, Ross) comme de nos nouveaux Duranty (Cohen, Friedman ou Rich) de la presse bien-pensante qui ne rêvent que d’apaisement ou d’accords secrets sur le dos desdites populations?

C’est là tout l’intérêt du dernier livre du chercheur russo-américain Jamie Glazov qui, retraçant la longue histoire de l’idiotie utile, montre, de Duranty à Shaw et Brecht, et de Mailer à Chomsky et Foucault, comment on en est arrivé là.

Généalogie de la “démoralisation de l’Occident” qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler un article encore plus inquiétant de Jean Clair au lendemain du 11/9, montrant comment ces trois générations d’intellectuels” en mal de nouveaux “damnés de la terre” ont aussi d’une manière ou d’une autre été “élevées au lait surréaliste” des “appels au meurtre” et de la “fascination des pulsions primitives des races demeurées pures du côté de l’Orient” …

Dupes
Jamie Glazov exposes the Left’s long history of cozying up to political murderers.
Bruce S. Thornton
City Journal
5 June 2009

United in Hate: The Left’s Romance with Tyranny and Terror, by Jamie Glazov (WND Books, 264 pp., $25.95)

The long romance of Western leftists with some of the bloodiest regimes and political movements in history is a story not told often enough, and Jamie Glazov’s United in Hate tells it particularly well. Glazov, managing editor of FrontPage, holds a Ph.D. in U.S., Russian, and Canadian foreign policy. He also is an immigrant from the Soviet Union, where his parents were active in the dissident movement. Both intellectually and personally, he’s well qualified to document and expose the Left’s destructive behavior.

United in Hate begins with a brief survey of the many leftists who since 9/11 have rationalized jihadist terrorism and blamed the United States for the attacks: “From Noam Chomsky to Norman Mailer,” Glazov writes, “from Eric Foner to Susan Sontag, the Left used 9/11 to castigate America,” seeing the 3,000 dead in Manhattan as “merely collateral victims of the world’s well-founded rebellion against the evil American empire.” But similar attitudes are also found in the Democratic Party itself. From Jimmy Carter’s courtship of Hamas to the Democratic congressional leadership’s eagerness to declare the Iraq War a failure—even as millions of Iraqis voted in free elections—the presumably “moderate” Democratic leadership has regularly created obstacles to defeating a murderous jihadist ideology that opposes every ideal the liberal Left supposedly embraces.

Before returning to the subject of Islam and the Left in greater detail, Glazov surveys the long history of the Left’s “useful idiocy.” Western political pilgrims to post-revolutionary Russia gushed like schoolgirls over Lenin and Stalin, even as torture, terror, and famine were inflicted on the Russian people. New York Times reporter Walter Duranty stands as perhaps the quintessential fellow-traveler, killing news reports of famine and writing that Ukrainians were “healthier and more cheerful” than he had expected, and that markets were overflowing with food—this at the height of Stalin’s slaughter of the kulaks. Today’s Times continues to list Duranty among the paper’s Pulitzer Prize winners. Other abettors of terror and famine, both famous and obscure, make their appearance in Glazov’s hall of dishonor. They include George Bernard Shaw and Bertholt Brecht, who, he writes, “excused and promoted Stalin’s crimes at every turn,” and American sociologist Jerome Davis, who said of Stalin, “everything he does reflects the desires and hopes of the masses.” The same delusions clouded the vision of Western fans of China’s Mao Tse-tung, whose butcher’s bill of dead, tortured, starved, and imprisoned eclipses Hitler’s and Stalin’s combined.

The next generation of leftists in America, the so-called “New Left,” may have become disillusioned with the Soviet Union after Khrushchev validated every anti-Communist charge, but they still clung to the ideology that had justified and driven Communism’s crimes. They simply shopped around for new autocrats to worship. Castro’s Cuba became, and to some extent has remained, the Shangri-La for starry-eyed American leftists, despite its half-million political prisoners—“the highest incarceration rate per capita in the world,” Glazov points out—and its execution of 15,000 enemies of the state. Vietnam for a time inspired pilgrimages as well, lauded by intellectuals like Susan Sontag and Mary McCarthy despite the Viet Cong’s bloody record of torture, forced depopulation, and murder. The bloody dénouement of Saigon’s fall—the purges, executions, refugees, and a holocaust in neighboring Cambodia—soon diverted the Left’s adulation to the next revolution de jour, in Nicaragua. Fans of the thuggish Sandinistas, or the “sandalistas,” as critics dubbed these “political tourists,” did not seem to mind the regime’s 8,000 political executions, 20,000 political prisoners, forced population relocations, or regular use of torture on state enemies. Indeed, about 250,000 Americans went to Nicaragua to work for the Sandinista government.

In 1990, the Sandinistas faced a reasonably fair election and were voted out of power. When China began easing toward greater economic freedom, the only full-blown Communist regime left besides Cuba’s was that of North Korea’s lunatic Kim Jong Il, whose mad dictatorship even American leftists struggled to idealize. However, some found in the resurgent Islamic jihad the next supposed victim of American imperialism and capitalism that, Glazov writes, “would fill the void left by communism’s collapse.” The first stirrings of this unholy alliance between leftists and jihadists were visible after the Iranian revolution of 1979. Again displaying a remarkable myopia about their new heroes’ crimes—the mullahs in Iran killed more people just in the span of two weeks in 1979 (about 20,000) than the hated Shah had in 38 years—Western radicals like French philosopher Michel Foucault indulged both their noble-savage idealization of the non-Western “other” and their usual adolescent worship of “revolution.”

The Left’s flirtation with Islamists is particularly bizarre. Unlike Communist tyrannies, which at least paid lip service to the ideals of social justice and equality, the jihadists in word and deed continually displayed their contempt for feminism, human rights, cosmopolitan tolerance, and democratic freedom—everything the Left claims to stand for. Yet American feminists, who can become enraged over a single masculine pronoun, find all sorts of rationalizations for gender apartheid, honor killings, genital mutilations, wife-beating, polygamy, and other medieval sexist abuses sanctioned by Islam, Glazov shows. Duke professor Miriam Cooke, for example, asserts, “What is driving Islamist men is globalization,” and she praises female suicide bombers for manifesting “agency” against colonial powers. In response to the high incidence of Muslims raping Norwegian women, Professor Unni Wikan of the University of Oslo recommends that Norwegian women wear a veil. And Nation columnist Naomi Klein calls on leftists to join in solidarity with Muqtada al-Sadr, the Iraqi Shiite who has fomented violence against the American military and fellow Iraqis. The only villain in the leftist melodrama remains the capitalist, colonialist, imperialist, Christian West. Hence the surreal sight of American feminists marching against the Iraq War and George W. Bush, though the hated president had freed more women than all the activists and women’s studies professors combined.

Glazov’s repeated exposure of such irrational hypocrisy is his book’s most valuable achievement. Less useful, to my mind, are his psychological explanations. Some leftist “true believers” might hold their convictions because they fuel “the rage and fury that is already at the root of [their] psychological makeup.” But this can’t be true of all of them. I’ve known plenty of sweet, mellow leftists. Glazov is on firmer ground when he focuses on larger cultural trends such as noble-savage multiculturalism, the transformation of Communism into a “political religion” that compensates for the decline of faith, and the adulation of the violent, “authentic” revolutionary inspired by Romanticism. This broader, less personal analysis of pathology also helps explain the jihadists’ motives. “Misogyny and the fear and hatred of women’s sexuality” perhaps might explain the actions of individual terrorists, but the doctrines and traditions of Islam, as Glazov correctly points out, are ultimately explanation enough.

United in Hate is a valuable aid for those wishing to understand one of the strangest spectacles in history: a large number of a society’s most privileged people, who enjoy unprecedented freedom, education, material well-being, and leisure, relentlessly attacking the institutions and ideals that make such benefits possible—and extolling enemies who seek to destroy all of these goods. Americans should closely heed the warnings of United in Hate.

Bruce Thornton is the author of Greek Ways and Decline and Fall: Europe’s Slow-Motion Suicide (Encounter Books).

Voir aussi:

Intellectuels français: des plaies mal refermées
Le surréalisme et la démoralisation de l’Occident
JEAN CLAIR
Le Monde
Le 22.11.01

En ces temps où de grandes expositions, à Londres et bientôt à Paris, célèbrent le surréalisme, il vaut la peine de s’attarder sur le curieux atlas du monde qu’en 1929 les disciples de Breton avaient publié dans la revue Variétés. La méthode de projection utilisée n’obéissait pas à des paramètres géographiques : chaque pays s’y voyait représenté en fonction de l’importance que le surréalisme lui accordait dans la genèse de ses idées. Deux « corrections » sont frappantes : les Etats-Unis ont disparu, engloutis sous une frontière qui coud directement le Mexique au Canada. Et un petit pays y couvre un espace démesuré : l’Afghanistan…

Coïncidence ? Non. L’idéologie surréaliste n’avait cessé de souhaiter la mort d’une Amérique à ses yeux matérialiste et stérile et le triomphe d’un Orient dépositaire des valeurs de l’esprit.

Extra-lucide comme elle se plaisait à croire qu’elle l’était, l’intelligentsia française est ainsi allée très tôt et très loin dans la préfiguration de ce qui s’est passé le 11 septembre. Les textes sont là pour souligner, entre 1924 et 1930, cette imagination destructrice. Aragon en 1925 : « Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère… Monde occidental tu es condamné à mort. Nous sommes les défaitistes de l’Europe… Voyez comme cette terre est sèche et bonne pour tous les incendies. » Ne manque pas même à la péroraison sa dimension oraculaire, ou plutôt « pythique » comme aurait dit Breton, si féru d’occultisme : « Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique au loin croule de ses buildings blancs… » ( La Révolution surréaliste, n 4, 1925).

Le rêve d’Aragon s’est réalisé. Nous y sommes. L’outrance n’était pas seulement verbale. Si l’acte surréaliste le plus simple, comme on sait, c’était descendre dans la rue et tirer sur le premier venu, cette folie meurtrière n’aurait pas dédaigné, si les appuis politiques lui avaient été fournis, de s’en prendre à un Occident tout entier voué à l’exécration. Le gentil Robert Desnos lui-même voyait dans l’Asie « la citadelle de tous les espoirs », appelait de ses voeux les barbares capables seuls de marcher sur les traces des « archanges d’Attila » .

La lutte se terminera par la victoire d’un Orient en qui les surréalistes voient « le grand réservoir des forces sauvages », la patrie éternelle des grands destructeurs, des ennemis éternels de l’art, de la culture, ces petites manifestations ridicules des Occidentaux.

Au nom d’un « mysticisme » confus et d’une « fureur » sans frein – pour reprendre les termes qui reviennent dans leurs écrits – c’est bien à une attaque en règle contre la logique, contre la raison, contre les Lumières que se livrent, au milieu des années 1920, derniers héritiers du romantisme noir, les jeunes surréalistes. Ce qu’ils veulent, c’est la destruction radicale de tout ce qui a donné à l’Occident sa suprématie.

Bien sûr, pareils appels au meurtre furent des lieux communs de toutes les avant-gardes. Marinetti a servi de modèle rhétorique à Mussolini, et le futurisme, en manipulant avec brio les instruments de la propagande de masse, cinéma, mises en scène, décorum, manifestations de rue, devait fournir les clés d’une esthétisation de la politique qui aurait sur la foule une fascination dont le nazisme saurait tirer parti. Trotski, fin connaisseur, dans Littérature et Révolution, fut le premier à reconnaître en 1924 que, populaire auprès des masses italiennes, le futurisme avait ouvert la voie du fascisme.

A l’autre bord, on commence de reconnaître, serait-ce à regret, que, disciples de Marinetti, les représentants de l’avant-garde soviétique, comme Ossip Brik et les « Kom-Fut » (futuristes-communistes), dans leurs appels à l’élimination des bourgeois, des vieux ( « dont les crânes feront des cendriers » ), des faibles, ou encore, comme Maïakovski dans son poème 150 000 000, par l’éloge de « la baïonnette [du] browning et [de] la bombe » avaient eux aussi préparé les esprits à accepter les massacres de masse commis par la Tchéka et par le Guépéou.

Les mots sont responsables : il leur est répondu. Les paroles de haine des avant-gardes ont préparé la mort des individus. Feuilletons les écrits surréalistes : le ton ordurier, et les injures – « goujat », « cuistre », « canaille », « vieille pourriture », « étron intellectuel », « couenne faisandée » – adressées aux ennemis, aux écrivains bourgeois, aux traîtres, aux renégats, tels qu’on les trouve dans le Traité du style ou dans les lettres ouvertes, ne sont pas différents de ceux qu’on trouvait dans les brûlots des ligues fascistes et qu’on trouvera bientôt adressés aux « chiens enragés » dans les procès de Moscou. Ils signent une époque.

Appel au meurtre, à la destruction, exaltation de la déraison et du romantisme noir, fascination des pulsions primitives des races demeurées pures du côté de l’Orient, antisémitisme : les manifestes surréalistes diffèrent peu, si l’on prend la peine de les lire froidement, des propos extrémistes tenus par les pousse-au-crime du temps, de gauche et de droite.

Paroles en l’air, dira-t-on, dans lesquelles il faut faire la part de la provocation dadaïste. Je ne crois pas. C’est oublier que la compromission des surréalistes avec le communisme sera plus durable que celle des intellectuels de droite avec le fascisme. Dès 1933, Stefan George et Heidegger tournent le dos au national- socialisme, Jünger et Gottfried Benn s’enfoncent dans l’émigration intérieure. Il faudra attendre fin 1935 pour voir Breton rompre avec le stalinisme. Et que dire alors d’Eluard et d’Aragon ?

On ne peut s’empêcher de penser que, contrairement aux autres avant-gardes, les surréalistes continuent de jouir d’une étrange indulgence. Aujourd’hui encore, ils passent pour les parangons d’un idéal libertaire qui, pêle-mêle, aurait conduit la jeunesse à la libération sexuelle, au merveilleux de la création automatique et spontanée – l’art fait pour tous et par tous -, à la réconciliation du rêve et de l’action, et autres fredons de la pensée unique.

Il y a une autre raison à cette impunité. Le surréalisme se distingue radicalement des autres avant-gardes en cela que, n’ayant pas cru au paradigme du progrès, il est devenu furieusement « tendance ». Le monde moderne n’est pas son fait. La machine, la vitesse, l’énergie – tout ce qui fascine les futuristes, les constructivistes, les puristes et tous les autres « istes » -, les surréalistes y sont indifférents. Leur domaine, c’est la nature, la folie, la nuit, l’inconscient, le primitif, l’originaire. C’est la volute modern style, non l’orthogonalité de Mondrian ou de Rodtchenko. C’est un mouvement en fait de régression et d’archaïsme. La ville, oui, à condition qu’elle s’ensauvage, le nouveau, oui, à condition qu’il soit cherché à l’intérieur de soi et non dans l’extérieur de la maîtrise du monde. Etc.

Deux motifs, à cet égard, hantent l’imagerie futuriste. L’un est le gratte-ciel et l’autre l’avion. Ils sont présents chez Fillia et Prampolini comme chez Lissitzky et Malevitch, côte à côte, emblèmes simultanés de la gloire du monde technique. Les surréalistes sont les premiers à les imaginer l’un contre l’autre, préfigurant ce que les terroristes accompliront.

En fait, les surréalistes, eussent-ils été plus cultivés, n’auraient pas mis Freud en exergue, qui les méprisait en retour, ne voyant en eux que de dangereux exaltés, mais Heidegger, le penseur critique de la technique et le maître du recours aux forêts. C’est de ce côté-là, du côté encore une fois du romantisme que se trouvent les sources du « merveilleux » surréaliste et de sa fascination pour l’Orient et ses mille et une nuits.

Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour « l’ermite de Neauphle-le-Château » et pour la « révolution » iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras.

Nous avons tous appris à lire chez Eluard et chez Aragon. Comment tuer nos pères ? Héritiers du surréalisme, comment le condamner ? Nous restons donc sans voix quand nous voyons prendre corps sous nos yeux – et de quelle horrible façon ! – les textes que nous avons vénérés dans notre adolescence.