France/USA: Un jour ils auront des vins (Judgement of Paris: The day France lost to America at wine)

2 novembre, 2009
Bottle shockBottle shockCorked!
Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul Valéry (1919)
Vous comprendrez, quand vous verrez l’Amérique, qu’un jour ils auront des peintres, parce que ce n’est pas possible, dans un pays pareil, qui offre des spectacles visuels aussi éblouissants, qu’il n’y ait pas de peintres un jour. Matisse (1933)
Où il y a de la vigne, il y a de la civilisation, il n’y a pas de barbarie. Hubert de Montille (propriétaire et viticulteur bourguignon, in “Mondovino”, 2004)
Le vin, c’est l’histoire qui vit, qui respire, en relation constante avec le passé, celui du terroir, celui de cette bouteille elle-même, un passé qui continue de vivre au présent, voire qui s’améliore avec le temps. C’est un des liens essentiels qui nous restent avec notre propre histoire. En cela, le vin est progressiste et notre histoire est menacée par l’acte commercial envisagé comme unique raison d’être. Jonathan Nossiter
Le même vin, partout, chaque année, on y vient. Comme le Coca. Comme les McDo. Tout le monde aime la même chose, tout le monde est d’accord. Ce que Hollywood a réussi en un peu plus d’un siècle, la Californie du vin et ses alliés sont en passe de le réaliser en moins de vingt ans. Très fort. Le Nouvel observateur
Soyons clairs, le vin est mort. Et pas seulement les vins, mais aussi les fruits, les fromages (…) Souvenez-vous qu’aux jeux Olympiques d’Athènes, une seule boisson était autorisée: Coca-Cola. Toutes les autres étaient interdites! Aimé Guibert (“Mondovino”)

Pour ceux qui croient encore que le Jugement de Paris est une toile de Cézanne

A la veille de la sortie française du dernier opus du documenteur américain préféré des Français dénonçant une énième fois le capitalisme américain ..

Petit retour sur quelques films que vous n’êtes en revanche pas prêts de voir en France.

Comme par exemple deux petits films américain et britannique (“Bottle shock” et “Judgement of Paris” ) qui ont le malheur de toucher à l’une de nos vaches sacrées.

A savoir, le fameux et depuis longtemps refoulé concours de dégustation de 1976 (l’année du bicentenaire des Etats-Unis, dite justement “Jugement de Paris” ) qui, organisée par un marchand de vin britannique et en aveugle mais avec 9 juges français sur 11 (dont notre pauvre Raymond Oliver national!), vit les vins californiens battre à plate couture leurs homologues français.

Marquant ainsi, à la manière du légendaire Armory show de New York de 1913 pour la peinture (où, après l’humiliation de leurs paysagistes à l’Exposition universelle de 1876 et face à la crème des peintres français, Edward Hopper vendit son premier tableau), la naissance officielle des vins américains dans le saint des saints de l’œnologie d’alors, jusque là véritable chasse gardée des grands crus français.

Sans compter que, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie et balayant l’excuse française selon laquelle les vins américains ne vieilliraient pas aussi bien (reprise en chœur par la presse parisienne – le Figaro tentant notamment de donner le change en titrant ironiquement “La guerre des crus a-t-elle eu lieu?”), ces perfides Anglo-saxons avaient remis ça à trois reprises (1978, 1986 et 2006 pour le 30e anniversaire) avec quasiment les mêmes résultats.

Contraignant ainsi la terre natale de Gault et Millau à une remise en question aussi malvenue que déchirante (certains disent pour le meilleur, comme semble l’indiquer une dernière dégustation plus internationale début de l’année à Montréal?).

Et se payant même, tout dernièrement, le luxe de l’autodérision avec la sortie d’un faux documentaire (“Corked!”).

Que nous aurons d’ailleurs peut-être la chance de voir un jour en France, puisque, à l’instar du “Mondani” de Jonathan Nossiter qui dénonçait il y a cinq ans le rouleau compresseur californien Mondani rachetant à coup de millions de dollars des vignobles européens comme la mondialisation du goût imposée par le tastemaker Robert Parker, il moque le snobisme oenologique californien…

Guerre du vin à Hollywood

Courrier intrnational

le 3 août 2007

En 1976, une dégustation en aveugle menée par onze experts reconnus – dont neuf français – concluait à la supériorité des vins californiens sur les vins français. Deux films rivaux s’intéressent à cette histoire et se livrent aujourd’hui un combat sans merci.

La nouvelle fit l’effet d’une bombe dans le milieu viticole français – et marqua le début d’une guerre du vin qui continue de faire rage. En 1976, un groupe de 11 œnologues distingués fut convié à une dégustation en aveugle. Il s’agissait de comparer des grands millésimes français à des vins californiens inconnus. A l’époque, nul n’aurait osé remettre en cause la suprématie des vins français. La France produisait les meilleurs vins au monde, un point c’est tout. Mais l’impensable arriva : tous les juges – dont neuf étaient français – sans exception accordèrent les meilleures notes aux vins américains. Trente ans plus tard, le milieu vinicole français ne s’en est toujours pas remis et ce douloureux souvenir hante encore les mémoires.

Aujourd’hui, cet événement déchaîne à nouveau les passions. Deux films hollywoodiens qui ont pris pour thème ce jugement légendaire se livrent une concurrence impitoyable. A l’époque, les Français avaient crié à la supercherie. Le verdict était caduc puisque tout amateur de vin un peu éclairé ressent dans sa chair et son âme la supériorité des vins français sur les vins californiens. Le négociant en vin britannique Steven Spurrier, organisateur de l’événement, a été accusé d’être à la solde de la “perfide Albion”, tandis que les goûteurs français recevaient des courriers assassins leur reprochant d’ avoir “laissé tomber la France.”

Steven Spurrier a participé au film “officiel”, Le Jugement de Paris, adapté du livre de George Taber, de Time Magazine, seul journaliste présent lors de la dégustation. Steven Spurrier accuse de “diffamation et de grossière réinterprétation” les producteurs du film concurrent – Bottle Shock, avec Alan Rickman dans le rôle de Steven Spurrier et Danny De Vito dans celui de Mike Grgich, propriétaire du chardonnay de la Napa Valley et vainqueur de la dégustation de 1976.

Furieux d’être dépeint comme un “snob de la pire espèce”, il s’est senti insulté à la lecture du scénario et il a écrit aux producteurs de Bottle Shock pour les menacer de les attaquer en justice si son nom n’était pas retiré du générique. “En ce qui me concerne, ce scénario est un ramassis d’inventions fantaisistes”, s’est indigné Steven Spurrier dans Decanter, un magazine dont il est rédacteur consultant.

M. Spurrier, qui a organisé une nouvelle dégustation à l’aveugle pour les trente ans du Jugement de Paris – avec le même résultat –, a été profondément choqué par la façon dont il était présenté dans Bottle Shock. “C’est n’importe quoi ! Je suis censé avoir des employés que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, avoir été dans des endroits où je n’ai jamais mis les pieds et avoir emprunté de l’argent dont je n’ai jamais vu la couleur”, a-t-il déclaré récemment. “Mon nom a été retiré du script et, si ce film voit le jour, j’espère qu’il sera présenté comme une fiction et non comme une histoire vraie.” La société de production américaine du film officiel Le Jugement de Paris, qui détient les droits de l’histoire de Steven Spurrier, envisage également de poursuivre la production concurrente.

M. Spurrier, qui avait 34 ans à l’époque de la première dégustation, raconte que la production lui a proposé des grands noms du cinéma pour interpréter son personnage. “Je leur ai dit que je voulais un acteur anglais, ils m’ont proposé Hugh Grant mais il était trop vieux à mon goût, ils ont ensuite proposé Jude Law mais je le trouve trop beau !” D’autres grands noms de Hollywood comme George Clooney et Keanu Reeves ont également été pressentis.

Pour sa part, Bottle Shock, actuellement en tournage, devrait sortir l’année prochaine. Les deux films cherchent à profiter de l’engouement des spectateurs pour les films sur le vin, comme Sideways, qui a reçu un Oscar en 2005. Nadine Jolson, porte-parole de Bottle Shock, a déclaré que le film retracera un événement historique et que “personne ne détient les droits de ce genre de chose”.

Cette dégustation catastrophique a eu lieu le 24 mai 1976 sur la terrasse de l’hôtel InterContinental. M. Spurrier, propriétaire d’une cave à vin dans le centre de Paris et d’une école d’œnologie, voulait attirer l’attention sur des vins exceptionnels venus de Californie et demeurés inconnus à Paris. Il rassembla un panel de juges, comprenant entre autres Odette Khan, rédactrice en chef de La Revue du vin de France, célèbre sommelier et propriétaire de l’un des meilleurs restaurants de France.

“Je ne pouvais rêver mieux comme jury. Je voulais simplement attirer l’attention sur ces nouveaux vins. Or j’ai rapidement compris que pour les persuader de les goûter il fallait procéder à une dégustation en aveugle et leur dire qu’il y avait de très grands vins français en jeu, raconte M. Spurrier. Des grands crus de Bourgogne et de Bordeaux contre des chardonnays et des cabernets californiens. J’avais tout fait pour que les Français gagnent. Une demi-douzaine de vins inconnus de Californie contre les meilleurs vins français, le résultat était couru d’avance !”

M. Spurrier raconte que, pour les juges français, il s’agissait d’un exercice purement intellectuel et que leur suffisance leur a joué des tours. “Ce vin est trop riche, disaient-ils, il doit être californien, alors qu’il s’agissait d’un vin français, et ils donnaient les meilleures notes à un vin en étant persuadé qu’il était français. L’annonce des résultats a jeté un froid. L’une des juges voulait même reprendre ses notes et elle a ensuite écrit un article disant que j’avais truqué la dégustation, mais les autres goûteurs se sont montrés beaux joueurs. En 1976, nous avons montré que les vins californiens étaient meilleurs que les meilleurs vins français. C’était un signal d’alarme pour les exploitants français et ils n’en ont malheureusement pas tenu compte.”

Voir aussi:

“Mondovino”, de Jonathan Nossiter

La guerre du vin

Pascal Mérigeau

Le Nouvel Observateur

28/10/2004

Aujourd’hui, le vin est un marché aux enjeux colossaux. Dans son film, présenté au dernier Festival de Cannes, l’Américain Jonathan Nossiter a mené l’enquête sur trois continents pour montrer que la mondialisation du goût est en marche. Entre se soumettre et résister, le choix, dit-il, est encore possible

«Mais pourquoi y a-t-il autant de chiens dans votre film?» Impossible d°¶y couper, la question revient toujours dans la bouche des journalistes et celle des spectateurs. Ce soir-là encore, à Montpellier, où était organisée la première séance publique après la présentation du film à Cannes, Jonathan Nossiter y a eu droit. La salle de 350places était comble, plusieurs dizaines de personnes navaient pas pu entrer. Tous ces gens pour un film sur le vin? Il est vrai que la région s°¶y prête, et parmi les spectateurs se trouvaient nombre de viticulteurs et d°¶étudiants en œnologie. Mais il faut dire surtout qu°¶en questionnant le monde du vin sur trois continents Nossiter a ouvert une porte sur quelques-uns des problèmes majeurs de ce temps, de ceux qui concernent tout le monde, tous les jours, à tous moments. Une affaire de goût? Oui, justement. Mais s’agit-il de votre goût, vraiment, ou de celui que le marché vous impose?

Hubert de Montille, propriétaire et viticulteur bourguignon, est une des vedettes de «Mondovino», pas uniquement parce que son crâne déplumé apparaît sur l°¶affiche du film. Une de ses phrases peut servir de première clé: «Où il y a de la vigne, il y a de la civilisation, il n’y a pas de barbarie.» Jonathan Nossiter est allé voir là où il y a de la vigne, au Brésil et en Sardaigne, en Bourgogne et en Argentine, dans le Bordelais et en Californie. Voir, et écouter ce que les gens ont à dire. Et pour qu°¶ils s°¶expriment, ces gens, il est entré chez eux le sourire aux lèvres, on le voit dans le film, accompagné seulement de deux complices, la photographe Stéphanie Pommez et un cinéaste uruguayen vivant à Paris, Juan Pittaluga: «Ceux qui nous recevaient ne voyaient pas débarquer une équipe de cinéma ou de télévision, mais trois copains avec lesquels ils pouvaient parler tout en continuant de se promener dans leurs vignes ou de goûter leur vin.» Deux complices qui ne s°¶intéressent pas particulièrement au vin, c°¶est ce qu°¶il souhaitait, parce qu°¶il voulait que le film ne se limite pas aux connaisseurs et amateurs de la chose: «Quand Juan tenait la caméra, comme il se fiche du vin, son regard se portait sur les à-côtés, grâce à lui j°¶ai vu ensuite des choses que je n°¶aurais pas remarquées.» Un chauffeur qui attend son maître, un ouvrier sur son échelle, des mains de filles qui se tordent tandis qu°¶on célèbre les noces de la Californie et du Bordelais, ces arrière-plans irriguent le film, fondent son humanité. La plupart du temps, cependant, Jonathan Nossiter tenait lui-même la caméra, comme une troisième casquette vissée sur la tête, avec celle du réalisateur et du sommelier. Au départ, il prévoyait deux mois de tournage et un de montage, finalement trois années ont passé.

Quelle impression a-t-il rapporté de l°¶aventure, lui demande une spectatrice? «On trouve chez les vignerons ce qu°¶il y a de plus beau chez les grands artistes, la prétention en moins.» Le temps, en effet, se charge de dégonfler les têtes. Le temps qui passe et le temps qu°¶il fait. Le soleil qui brille au mauvais moment, la pluie qui tombe quand il ne faudrait pas, le gel qui fiche tout en l°¶air, la vanité ne tarde pas à en prendre un coup. Le vin comme une école de l°¶humilité. Le ciel ne se soucie pas de l°¶orgueil des hommes et se moque de leurs besoins d°¶argent. Mais quand il y a beaucoup à gagner? Là, cela devient autre chose, le vin ne peut être la seule marchandise qui se dérobe aux impératifs du marché, il faut que sa qualité soit constante, il faut qu°¶il séduise, chaque année, qu°¶il neige ou qu°¶il pleuve, que la récolte soit abondante ou maigre, on ne plaisante pas avec le business. D°¶où le mot de l°¶importateur new-yorkais Neal Rosenthal, qui parle d°¶une «guerre entre résistants et collaborateurs». Résistance et collaboration, le film s°¶organise autour de ces deux pôles. Jonathan Nossiter: «Le vin, c°¶est l°¶histoire qui vit, qui respire, en relation constante avec le passé, celui du terroir, celui de cette bouteille elle-même, un passé qui continue de vivre au présent, voire qui s°¶améliore avec le temps. C°¶est un des liens essentiels qui nous restent avec notre propre histoire. En cela, le vin est progressiste et notre histoire est menacée par l°¶acte commercial envisagé comme unique raison d°¶être.»

Il a rencontré Michel Rolland, œnologue consultant de plusieurs centaines de vignerons de par le monde, Bordeaux, Californie, Argentine, Maroc, Inde, entre autres. L°¶homme qui «micro-bulle» à tour de bras (c°¶est son truc), se marre tout le temps et professe que l°¶on peut faire du vin partout. Le cinéaste l°¶a filmé dans sa voiture, dans son bureau, dans son labo. Pas dans les vignes? «Non, j°¶ai passé six heures avec lui, je n°¶ai pas choisi les lieux. Avec Aimé Guibert (autre vigneron, autre vedette du film), je n°¶ai passé que deux heures, dans ses vignes.» Michel Rolland est un ami de Robert Parker, le critique qui pour quelques points de plus ou de moins (il note les vins sur 100) fait la fortune d°¶un vigneron ou décide de sa ruine. Dans le Bordelais et la vallée du Rhône, on lui élèverait volontiers une statue, il la mérite. Mais aujourd°¶hui, son jugement fait loi, ce n°¶est plus une affaire de goût, c°¶est une question de pouvoir et d°¶argent. Et pour lui plaire, certains vignerons ont cessé de faire le vin qu°¶ils aimaient, celui de leur terroir, pour fabriquer celui que Parker aime. Quand Mondavi, qui règne sur le vin de Californie et sur quelques-uns des beaux crus de par le monde, rachète un vignoble toscan, les critiques américains décrètent d°¶un même élan que le vin produit est «le meilleur au monde», et si dans le même temps Parker lui attribue 100 sur 100 (cela peut arriver, c°¶est peut-être un hasard), le prix de la bouteille est multiplié par 100. Limpide. Le même vin, partout, chaque année, on y vient. Comme le Coca. Comme les McDo. Tout le monde aime la même chose, tout le monde est d°¶accord. Ce que Hollywood a réussi en un peu plus d°¶un siècle, la Californie du vin et ses alliés sont en passe de le réaliser en moins de vingt ans. Très fort.

Face aux puissants, des culs-terreux, des attardés, des rétrogrades, c°¶est ainsi que les désignent ceux qui prétendent vivre avec leur temps. Ce n°¶est pas si simple, et dans «Mondovino» il n°¶y a ni bons ni méchants, ou du moins la distinction n°¶est-elle pas si tranchée. Aimé Guibert, qui a parcouru pour l°¶occasion les 30 kilomètres qui séparent ses vignes d°¶Aniane de Montpellier: «Sous Franco, il existait plusieurs catégories de criminels politiques et Nossiter me paraît correspondre à l°¶une d°¶elles: il est un anarchiste modéré.» Dans «Mondovino» comme chez Renoir, le problème est que tout le monde a ses raisons. Celles d°¶Hubert de Montille et de ses enfants, la jolie Alix en tête, ne sont pas celles du marché. Les vins dont on nous dit qu°¶ils sont meilleurs, ceux qui plaisent, donc, «vous bluffent, vous en mettent plein la gueule dès le départ et vous lâchent d°¶un seul coup, et alors il n°¶y a plus rien». La conclusion d°¶Hubert de Montille, dans le film: «Le monde moderne, parce qu°¶il n°¶a plus le temps de rien, est habitué à cela, il aime se faire bluffer.» Des vins bourrés d°¶effets spéciaux, si l°¶on veut. Aimé Guibert le dit autrement, mais cela revient au même: «Soyons clairs, le vin est mort. Et pas seulement les vins, mais aussi les fruits, les fromagesˇ» Le bonhomme joue volontiers les provocateurs, en tout cas il continue de faire comme il l°¶entend, attaché à ce «métier de poète» qui consiste à élever de grands vins. Le mystère n°¶est pas près de se dissiper, qui dure depuis aussi longtemps que la civilisation et que des milliers de gens dans le monde cultivent.

On dira peut-être qu°¶il y en a pour tous les goûts, des vins à l°¶épate, des grands, des bons et même d°¶infâmes piquettes. Oui, maisˇ «Souvenez-vous qu°¶aux jeux Olympiques d°¶Athènes, une seule boisson était autorisée: Coca-Cola. Toutes les autres étaient interdites!», tempête Aimé Guibert. Pas si loin de là, un vigneron sarde rappelle que «même les animaux choisissent ce qu°¶ils mangent».

Les clebs courent dans les vignes derrière leur maître. Ils sont les veilleurs, les gardiens, comme des totems, la truffe au ras des grappes. Allez savoir si le vin serait le même si parfois ils ne levaient pas la patte sur les ceps. Robert Parker, lui aussi, a des chiens. L°¶un d°¶eux est pétomane.

«Mondovino», de Jonathan Nossiter. En salles le 3 novembre.

Jonathan Nossiter, né aux Etats-Unis il y a 42 ans, cinéaste et documentariste, a réalisé notamment «Sunday»,«Resident Alien» et «Signs and Wonders».

Voir également:

Corked!

Film Review

Duane Byrge

The Hollywood reporter

May 22, 2009

CANNES — A satire of “fine wine” has found its time. A mockumentary in the “Spinal Tap” tradition, “Corked!” pops off the pretensions of the Northern California wine community. This aromatic outing distills all the pretentious sniffing and snobbing that accompanies the wine biz.

Drier and frothier than recent mockumentaries made by recognized Hollywood comics, “Corked!” is a pithy delight. It’s a brilliant lampoon of winemaking and will go well with either Milk Duds or organic popcorn.

If picked, this TriCoast Worldwide entertainment will entice on the select-site circuit, and perform superbly in festivals. With its ripe subject matter and brainy humor, “Corked!” could pop on cable outlets, from comedy channels to the food-stuff channels.

Written and directed by Ross Clendenen and Paul Hawley, “Corked!” blends the stories of four different, Northern California wineries. Poured out in a dead-on documentary style of interviews from vinters, wine critics, marketers and pickers, it’s like to tantalize the funny-bones of all of us who have endured wine-connoisseur talk. Hilarious and smart, it never falls flat, only occasionally bursting its bubble of documentary plausibility. So well-honed is “Corked!” that many viewers are not going to realize it’s a fictional entertainment.

Blue ribbons to filmmakers Clendenen and Hawley, and to their talented cast. In particular, plaudits to Todd Norris for his performance as a protector of the grapes, who blasts high-decibel jaguar sounds across the vineyards to startle starlings as well as other unsavory interlopers.

As two knucklehead wine-marketers, one in AA and the other a Bud man, Ben Tolpin and Rob Reinis are uproarious, while Ross Clendenen is perfect as a snooty, effete vineyard mogul.

Tech contributions are a perfect blend: Special praise to cinematographer/editor Miguel Medina for his acidic comic compositions and devilishly dry cuts.

Section: Market

Sales: TriCoast Worldwide

Production companies: TriCoast Worldwide and 28 Entertainment

Cast: Ross Clendenen, Ben Tolpin, Rob Reinis, Jeffrey Weissman, Devin Westberg, Martina Finch, Todd Norris.

Directors/Screenwriters: Ross Clendenen, Paul Hawley

Producer: Brian A. Hoffman

Director of photography/Editor: Miguel Medina

Music: Erin Davis, Dave Foley, Errol Reifman

No rating, 90 minutes.

WINE TALK

The Day California Shook the World

Frank J. Prial

The NYT

May 9, 2001

ON May 24, 1976, six weeks before America’s bicentennial celebration, there occurred in Paris a tasting that American winemakers and cultural historians have come to characterize as the defining moment in the evolution of fine wine in this country.

The effects on the California wine industry, as well as its distributors and, indeed, their customers, were profound. The winemakers had known they could make great wine; wineries like Beaulieu and Inglenook had been doing it for at least 30 years. What the Paris tasting did was bolster their self-esteem. It encouraged many who had been content making mediocre wine to go for the very best.

More important, it showed American consumers that they no longer had to look abroad for fine wine. Little more than a decade earlier, a general American embarrassment had greeted President Lyndon B. Johnson’s decree that American embassies serve only American wines.

At that tasting 25 years ago, nine judges, all prominent French food and wine people, gathered in the enclosed courtyard of the Paris Inter-Continental Hotel and tasted 20 wines, red and white, French and American. The tasting was blind; all the bottles were covered; no one was told which were French, which were American.

When the bottles were unwrapped, the tasters were astonished to discover that the highest scorers were American: a 1973 cabernet sauvignon from Stag’s Leap Wine Cellars and a 1973 chardonnay from Chateau Montalena, both from the Napa Valley. Under the headline ”Judgment of Paris,” Time magazine said that the ”unthinkable” had happened: ”California defeated all Gaul.”

The tasting had been staged by Steven Spurrier, a 34-year-old Englishman who ran a wine shop and wine school just off the Place de la Madeleine. It grew from the influence of many of his customers and students, most of whom were American. I.B.M.’s French headquarters, with its cadre of upwardly mobile young Yankee executives, was just across the street.

In 1975, intrigued by their talk of American wines, he sent his American partner, Patricia Gallagher, to California. She was so impressed that Mr. Spurrier made his own voyage of discovery.

He returned to France excited by what he had found and determined to arrange a tasting event. He hoped to twit the xenophobic French, publicize the fine California wines he had found and, understandably, win some publicity for himself.

He succeeded on all three counts. The French tasters, who included the chief inspector of the National Institute of Controlled Appellations, the owners of two famous Paris restaurants and the sommelier of a third, were true to form. They lavished praise on what they thought were French wines and derided those they thought were American.

The California reds were all cabernet sauvignon; the French reds all cabernet-based Bordeaux. The California whites were chardonnay, the French whites Burgundy chardonnay. Here is how the judges ranked the wines.

The reds, in order of finish: Stag’s Leap Wine Cellars, 1973; Mouton-Rothschild, 1970; Haut-Brion, 1970; Montrose, 1970; Ridge Vineyards Monte Bello, 1971; Léoville-Las-Cases, 1971; Mayacamas Vineyards, 1971; Clos du Val, 1972; Heitz Cellars, Martha’s Vineyard, 1970; Freemark Abbey, 1969.

White: Chateau Montelena, 1973; Domaine Roulot, Meursault-Charmes, 1973; Chalone Vineyard, 1974; Spring Mountain Vineyards, 1973; Joseph Drouhin, Beaune Clos des Mouches, 1973; Freemark Abbey, 1972; Ramonet-Prudhon, Bâtard-Montrachet, 1973; Domaine Leflaive, Puligny-Montrachet, Les Pucelles, 1972; Veedercrest Vineyards, 1972; David Bruce, 1973.

”The egg on the judges’ collective faces,” wrote Paul Lukacs in his ”American Vintage” (Houghton Mifflin, 2000), ”came from their inability to discern what until then everyone had assumed was obvious — namely that great French wines tasted better than other wines because they tasted, well, French.”

Still, there is one notion that the tasting should have dispelled, and that is that California wines do not last. I don’t know why the doubt persisted, but perhaps because it did, Mr. Spurrier decided to recreate the red-wine tasting in 1986.

By then, the wines were 13 to 16 years old. The French ones were in perfect condition, but so were the Americans. And a California wine again placed first — this time, Clos du Val — and the Ridge Monte Bello was second. The Stag’s Leap 1973 was sixth, after three French wines, but hardly because of age. Warren Winiarski, who owns Stag’s Leap Wine Cellars, served it at a dinner I attended at Stag’s Leap six weeks ago. It was in beautiful condition.

For the French, the impact of all the comparisons, starting with the first tasting, has been subdued. One early result was that it became easier for French and American winemakers to overcome their mutual suspicion and begin to exchange visits and information. It is a rare California winery these days that doesn’t employ a French apprentice or two, while young Americans can be found pulling hoses and scrubbing tanks in wineries in France.

But the overall effect on the French has become more evident over the years: American wines may still be rare in the French market, but then many French wines, particularly Bordeaux, now taste like American wines. Bordeaux producers have always prided themselves on their wines’ restraint, elegance and subtlety. But anyone who tastes them regularly can attest to how much more fruity, full-bodied and forward many have become.

Once, chateau owners were proud to say their wines took three decades to mature. Now there are Bordeaux winemakers who, like many Californians, insist that their wines are ready to drink after a few years.

One major change, both in France and California, is price. In its June 7, 1976, issue, Time magazine said of the Paris tasting: ”The U.S. winners are little known to wine lovers, since they are in short supply even in California and rather expensive.”

Time’s definition of expensive?

”$6 plus.”

Photos: BIG MOMENT — In 1976, Steven Spurrier, left, held a tasting in Paris at which American wines placed highest. (Jean-Luce Huré for The New York Times

The Judgment of Paris

What the French didn’t learn from the legendary wine-tasting.

By Mike Steinberger

Slate Magazine

May 24, 2006

Today is the 30th anniversary of the Judgment of Paris, the legendary tasting in which a pair of unheralded California wines bested some of France’s most celebrated reds and whites. It was, you might say, the collective slurp heard round the world. France losing to the United States at wine? Unthinkable. In a century filled with indignities for France, the Judgment of Paris was another cruel blow. For the most part, though, the French refused to take the result seriously, dismissing it as either an aberration or, worse, the product of Anglo-American chicanery (the tasting was organized by a Brit, Steven Spurrier, who was accused of serving French wines that were either too young or from inferior vintages). The central lesson of the tasting—that competition was now at hand and that French wines would no longer necessarily enjoy a presumption of superiority—was lost on the French. Thirty years later, some of them are paying dearly for their complacency.

The story of the Great Vinous Smackdown is retold in the recently published Judgment of Paris: California vs. France and the Historic 1976 Paris Tasting That Revolutionized Wine, written by George M. Taber, the Time magazine correspondent who covered the event. The tasting featured nine French wine experts, among them Odette Kahn, editor of the influential Revue du Vin de France; and Christian Vannequé, sommelier of the three-star Parisian restaurant La Tour d’Argent. The French wines were no less reputable and included the 1970 Haut-Brion, the 1970 Mouton Rothschild, and the 1973 Domaine Leflaive Puligny-Montrachet Les Pucelles. But when the scores were tallied that afternoon at Paris’ InterContinental Hotel, it was the 1973 Chateau Montelena Chardonnay from Napa that finished first among the whites, and the 1973 Stag’s Leap Wine Cellars Cabernet Sauvignon, also from Napa, that was tops among the reds. According to Taber, one unnamed, aggrieved Bordeaux chateau owner later told Spurrier, “You’ve spat in our soup.”

Taber’s book has inspired a number of commemorative tastings in the lead-up to the anniversary. But the most eagerly awaited Judgment of Paris re-creation is the one being held today—an event organized primarily by Spurrier that is taking place simultaneously in London and Napa. Once more, an impressive panel has been assembled, although this one is not exclusively French; the judges include Vannequé; two British masters of wine, Jancis Robinson and Michael Broadbent; and the journalist Michel Bettane, often called France’s Robert Parker. With a few exceptions, the wines are equally stellar. However, unlike the original Judgment of Paris, which became controversial only after the fact, the sequel has been plagued with problems from the outset.

Earlier this month, the Wall Street Journal ran a front-page story detailing the difficulties Spurrier has encountered. According to the Journal, the leading Bordeaux châteaux were reluctant to submit any recent vintages for a comparative tasting and ultimately persuaded Spurrier not to put the younger French wines up against their California counterparts (the concern is that the French wines, being slower to mature, would be at a disadvantage). Thus, the only competitive, fully blind portion of today’s tasting will be the first flight, featuring the same 10 red wines that were part of the 1976 event. The younger wines (from 2000 to 2004) will be segregated geographically and tasted semiblind—the participants won’t know which wine is which, but they will know that Flight 3 consists only of white Burgundies, Flight 4 California cabernets, and so forth.

This arrangement has caused much outrage in the wine blogosphere, where the French are being accused of—what else?—cowardice. (Never mind that two California wineries, Harlan and Kistler, declined to participate.) But when I spoke with Spurrier this week, he insisted the French didn’t have to twist his arm regarding the format. He agreed that it would be unfair to pit young Bordeauxs against equally youthful California cabernets in a blind tasting, because the wines do age differently. In 1976, when California wines still had something to prove, he explained, a head-to-head match-up was necessary. But California established its worthiness 30 years ago.

Still, I think it’s a pity they went with a watered-down format. True, we don’t need a competitive tasting to tell us that California makes great wines. But a second Judgment of Paris, done well, might have been even more interesting and revealing than the original. A blind tasting that included the three other major grape varieties in which the United States now produces noteworthy wines—merlot, syrah, and pinot noir—could have answered, or raised, all sorts of intriguing questions. Probably the most remarkable aspect of the 1976 tasting, for instance, was how often the California chardonnays were mistaken for white Burgundies. Today, would California chardonnays—which have generally become oakier and more alcoholic over the years—prove equally deceptive? And what about California pinot noir? It’s generally considered an entirely different breed than its Burgundian cousin, but who knows what a blind tasting would have turned up.

This new Judgment of Paris comes at a time when a large segment of the French wine industry is mired in crisis—a crisis that might have been mitigated had the French not ignored the message of the first Judgment of Paris. France is currently sitting on an ocean of unsold wine, a glut that has led to a collapse in prices at the cheaper end of the spectrum. According to the New York Times, some 100 million liters of Appellation d’Origine Controlee wine was distilled into ethanol last year. That’s enough to fill 133 million bottles. Across France, hundreds of winemakers, and possibly thousands, are on the verge of bankruptcy; it has been suggested by some trade organizations that in the Languedoc, the hardest-hit region, 30 to 50 percent of wineries may ultimately be forced out of business. There have been a number of protests tied to the crisis, and several suicides, as well.

The proximate cause of all this unhappiness is that sales of French wines have been plummeting at home and overseas, especially at the lower price points. Domestic consumption has dropped by more than 40 percent over the last four decades. And France has been hemorrhaging market share abroad, particularly in the two fastest-growing markets, the United States and Britain. The French share of the American market for imported wines fell from 26 percent in 1994 to 14 percent in 2004. Inept marketing is one big reason for the decline, and this ineptitude can be put down to complacency and chauvinism.

The French have been blindsided by the emergence of aggressive competition from Italy, Spain, Australia, South America, and other regions. This isn’t true of the very finest French producers; thanks in part to the Judgment of Paris, they recognized early on that the New World was capable of making excellent wine, and they worked to improve their own offerings (which they have done—the good French wines have never been better). By and large, though, after 1976, the French continued to assume that their wines were the only ones worth drinking. They had little interest in foreign wines (even now, French wine shops offer astonishingly few imports), and they put little effort into salesmanship because they figured that French wines, simply by virtue of being French, would sell themselves. Interviewed several years ago, one Burgundian winemaker, Patrick Hudelot, put it well: “In France, there is a belief that you don’t need to market your wine, that France’s reputation is enough. And that way we are being left behind.”

So they are. Thirty years after the Judgment of Paris, shrewdly marketed brands like Australia’s Yellow Tail are winning over budget-minded drinkers around the world while a bloated, inefficient French wine industry grapples with millions of liters of unwanted wine and a growing army of destitute vintners. The French can’t say they weren’t warned.

The 1976 Judgment of Paris tasting still has the French spluttering with indignation. Not only did a handful of then relatively obscure wines from California trounce the greatest names in France, but they did so in a blind tasting organised by an Englishman, in Paris, with a panel of judges including highly respected French wine trade luminaries.

Thirty years on denial still clouds the French viewpoint, but the Paris tasting proved pivotal for the confidence of New World wines. Americans began to buy top-end California wines and the concept of collectable “blue chip” wines emerged as select estates ratcheted up the price on their small batches of wine.

And Paris almost certainly proved the spur for the seminal Mondavi-Rothschild joint venture in 1979 that saw the creation of Opus One, forerunner of a host of similar high-profile Gallic-New World winemaking projects.

What began as “a fairly run-of-the-mill tasting” helped fuel the global rise in quality and diversity we see today. And, although our Gallic neighbours would never admit it, this rivalry has driven the quality of France’s wines to new heights.

Hollywood goes nose to nose over French wine’s darkest moment

Rival films to tell tale of 1976 tasting when classics were humbled by the New World

Kim Willsher in Paris

Andrew Catchpole

The Guardian

1 August 2007

Wine tasting

It was a calamity for French viticulture – and it sparked a wine war that rages even to this day.

In 1976 a group of 11 distinguished wine experts were asked to compare some of France’s finest wines with some little-known California bottles in a blind test. At the time it was carved in stone that France produced the best wines in the world.

When the unthinkable happened and every one of the judges – nine of them French – awarded top marks to the American wines, the reaction brought a whole new meaning to the phrase grapes of wrath. Three decades on, French viticulture has never completely recovered and some in France still find the event too painful to discuss.

Now the tasting is the reason behind another round of bloodletting, this time over two rival Hollywood films – one starring British actor Alan Rickman – that are being made about the legendary judgment.

At the time the French cried foul, dismissed the result as a fluke and declaring that anyone who knew anything knew as a matter of fact and instinct that French wines were better than California wines. The British wine merchant Steven Spurrier, who had organised the competition, was shunned as an agent of perfidious Albion, while the Gallic tasters received hate mail for “letting France down”.

Mr Spurrier is involved in the so-called “official” version of the event, a film called Judgment of Paris based on a book by Time journalist George Taber, the only reporter present at the tasting. Mr Spurrier has accused the producers of a rival movie, entitled Bottle Shock and starring Rickman as Mr Spurrier and Danny DeVito as Mike Grgich, a celebrated Californian winemaker whose Napa Valley Chardonnay triumphed in the 1976 tasting, of “defamation and gross misinterpretation”.

Having read the script Mr Spurrier is reportedly outraged that he is being portrayed as an “impossibly effete snob” and says the portrayal of his character is “deeply insulting”. He has now written to the Bottle Shock producers threatening to sue and demanding that his name is excised from the story.

“There is hardly a word that is true in the script and many, many pure inventions as far as I am concerned,” Mr Spurrier said in Decanter magazine, where he works as consultant editor.

Mr Spurrier, who organised a re-run of the tasting – with the same results – last year, added that some “if not all” representations of him in the rival film are “false, defamatory and disparaging”, and show him in a “false light”.

“It’s absolute rubbish the way they portray me. I’m supposed to have employees I never had, been in places I’ve never been, borrowed money from banks I never borrowed,” he said yesterday. “I’ve had my name taken off the script and I hope that if they make the film it will be as fiction rather than a true story.”

The American production company making the official Judgment of Paris, which owns the rights to Mr Spurrier’s story, is also considering suing the rival production.

Mr Spurrier, who was 34 at the time of the original tasting, said the production company had mooted some big names to play his character. “I said I wanted an English actor and they suggested Hugh Grant, but I said he’s too old. They said Jude Law, I said too beautiful.”

Other Hollywood leading men, including George Clooney and Keanu Reeves, have been suggested for major supporting roles.

Bottle Shock, which is currently being filmed, is due for release next year. Both films are hoping to cash in on the success of 2005’s wine-themed Oscar winner Sideways. Nadine Jolson, a spokesman for Bottle Shock, said the film was about a historical event “and nobody owns the rights to that”.

The infamous Paris tasting took place on May 24, 1976 in the covered terrace at the Intercontinental hotel. Mr Spurrier, who owned a small wine shop in the centre of the city and a wine school next door, wanted to draw attention to some exceptional wines from California, then unknown in Paris. He brought together a panel of judges, including Odette Kahn, editor of La Revue de Vin de France, a top sommelier and the owner of one France’s top restaurants.

“It was an absolutely impeccable range of tasters. My intention was simply to draw attention to these new wines but I realised the only way to persuade them to taste them was to do it blind and say there were benchmarks of French wine in there,” said Mr Spurrier.

He pitted premier and first cru Burgundy wines and grand and premier cru Bordeaux wines against Californian Chardonnay and Cabernet. “I had rigged the whole thing for the French to win. You don’t take half a dozen unknown Californian wines and put them up the very best of French wine,” he said.

Mr Spurrier said the French judges had treated the tasting as an intellectual exercise with only one outcome.

“They were saying things like “this is rather rich, it must be Californian”, when it was a French wine, and they gave top marks to a wine convinced it was French. When they found out it wasn’t there was general consternation,” he said. “One of the judges wanted her notes back to change them, then wrote an article saying I had rigged the tasting, but the other testers were all very gentlemanly.

“What we showed in 1976 was that the Californian wines were better than the best French wines. It was a wake-up call to French winemakers. Sadly, it is a wake-up call they didn’t heed.”

A taste of the future

The 1976 Judgment of Paris tasting still has the French spluttering with indignation. Not only did a handful of then relatively obscure wines from California trounce the greatest names in France, but they did so in a blind tasting organised by an Englishman, in Paris, with a panel of judges including highly respected French wine trade luminaries.

Thirty years on denial still clouds the French viewpoint, but the Paris tasting proved pivotal for the confidence of New World wines. Americans began to buy top-end California wines and the concept of collectable “blue chip” wines emerged as select estates ratcheted up the price on their small batches of wine.

And Paris almost certainly proved the spur for the seminal Mondavi-Rothschild joint venture in 1979 that saw the creation of Opus One, forerunner of a host of similar high-profile Gallic-New World winemaking projects.

What began as “a fairly run-of-the-mill tasting” helped fuel the global rise in quality and diversity we see today. And, although our Gallic neighbours would never admit it, this rivalry has driven the quality of France’s wines to new heights.


Documenteurs: En mettre plein les yeux, c’est le contraire exactement de donner à voir (Two truths can make a lie)

29 octobre, 2009
Apocalypse (France 2)
En mettre plein les yeux: c’est le contraire exactement de donner à voir. (…) Les documentalistes d’Apocalypse n’ont choisi que des images authentiques, mais le montage de deux authenticités qui n’ont rien à voir – par exemple tel visage et tel nom propre – n’est que pur mensonge au regard de l’histoire. Georges Didi-Huberman
Post-war filmmakers gave us the documentary, Rob Reiner gave us the mockumentary and Moore initiated a third genre, the crockumentary. Jean-Luc Godard
William Karel est aussi l’auteur d’Opération Lune (2002), faux documentaire sur la conquête spatiale, qui mêle images d’archives et faux témoignages – un « documenteur ». Il se plaît à rappeler les mots de François Truffaut, selon lequel un documentaire est mille fois plus menteur et manipulateur qu’une fiction, où les cartes sont mises sur table dès le départ. Wikipedia
En octobre 1929, alors que la croissance grise l’Amérique, Wall Street s’effondre. Avec son talent coutumier, William Karel (Le Monde selon Bush, Opération Lune) dissèque le grand krach boursier et tord le cou à quelques mythes. Un documentaire de référence sur le sujet. Télérama (“Un krach, ce Karel”)

Au lendemain d’un énième documentaire à charge de notre documenteur national Willam Karel sur sa chaine favorite (“1929“)…

Qui, sans avoir besoin de recoloriser les images d’archives choisies pour illustrer son montage de commentaires d’historiens triés sur le volet (pour leur discours critiques du capitalisme à la Howard Zinn), nous a concocté à nouveau un véritable petit joyau de propagande anti-américaine.

Remplaçant un mythe (le New Deal) par un autre (tout est venu de ou a mené à la guerre, la sortie américaine de la crise de l’effort de guerre comme l’arrivée d’Hitler au pouvoir du retrait des capitaux américains).

Avec la bonne vieille technique du montage, par un commentaire envahissant, de morceaux de réponses-monologues d’experts systématiquement coupées des questions qui les motivaient ou des éventuelles corrections ou atténuations de leurs propres auteurs comme de toute discussion entre eux …

Retour, avec le philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman, sur la critique d’une autre récente série documentaire (“Apocalypse” de France 2 sur la deuxième guerre mondiale) qui a le mérite, en ces temps de MichaelMoorisation et de phototshopisation triomphantes, de rappeler quelques principes élémentaires de la présentation des images de l’histoire.

Notamment que tout traitement de l’image historique n’est nécessairement pas neutre et ce d’autant plus pour un film qui se faisait un véritable point d’honneur de cumuler au plus haut niveau des techniques actuelles montage, colorisation et sonorisation dans l’objectif naïvement explicite de bluffer et d’en mettre plein la vue aux jeunes.

Confondant ainsi “rendre visible quelque chose du réel” et “nous en mettre plein les yeux” …

Extraits:

Au même moment, le film s’autoproclame en voix de la vérité, débutant sur ces mots qui vont faire date dans l’histoire de l’immodestie : «Ceci est la véritable histoire de la Seconde Guerre mondiale”.

(…)

toute image – dès sa prise de vue – est le résultat d’une opération technique, d’une médiation, donc d’une manipulation. La question est de savoir ce qu’on veut faire de nos mains qui manipulent : étouffer les images ou bien les traiter avec tact. Il s’agit aussi d’avoir l’honnêteté minimale de reconnaître les limites de ce qu’on fait. Pourquoi prétendre restituer la «vérité en histoire» tout en reconnaissant vouloir nous «séduire» et nous «bluffer» ? Bluffer, cela veut dire impressionner – la guerre est impressionnante, de toute façon -, mais cela veut aussi dire mentir.

(…)

Coloriser, technique vieille comme le monde, n’est rien d’autre que maquiller : plaquer une certaine couleur sur un support qui en était dépourvu. C’est ajouter du visible sur du visible. C’est, donc, cacher quelque chose, comme tout produit de beauté, de la surface désormais modifiée. Ainsi rend-on invisibles les réels signes du temps sur le visage – ou les images – de l’histoire. Le mensonge ne consiste pas à avoir traité les images mais à prétendre qu’on nous offrait là un visage nu, véritable, de la guerre, quand c’est un visage maquillé, «bluffant», que l’on nous a servis.

François Montpellier, le technicien de colorisation d’Apocalypse, admet lui-même que son traitement des images consiste, je le cite, à «unifier, dans une même continuité visuelle, des documents provenant parfois de sources différentes». Mais la continuité visuelle n’est qu’un choix esthétique et narratif parfaitement arbitraire, tous les monteurs le savent bien. La véritable histoire, quant à elle, n’est faite que de discontinuités, ne serait-ce que parce qu’elle a été regardée, vécue, enregistrée selon des points différents. Apocalypse, au contraire, veut nous faire croire qu’un seul cinéaste, avec le même sens des couleurs, aurait tout vu à la fois en tous les points du globe. Pourquoi voit-on partout ce même ciel bleu pâle des cartes postales rétros ? Pourquoi l’Ange bleu devient-il tout jaune ? Pourquoi le cadavre flottant dans la mer, à Omaha Beach, se découpe-t-il sur un beau fond outremer (la mer était peut-être verte et Samuel Fuller, qui était sur place, raconte que l’eau près du rivage était toute rougie du sang des morts) ? Pourquoi coloriser Dachau et pas Auschwitz ? Pourquoi diviser Buchenwald en noir pour certains plans, en couleurs pour d’autres ? Pourquoi l’enfer atomique est-il vert et mauve comme dans un film de science-fiction ? En justifiant le renoncement à coloriser les images de la Shoah pour «ne laisser aucun doute sur leur authenticité» et pour que «personne ne puisse y trouver matière à supercherie», les auteurs d’Apocalypse admettent que tout le reste de leur film peut se voir comme une véritable matière à supercherie.

Ce qui peut être dit de la colorisation des images vaut également pour leur sonorisation et leur commentaire. Gilbert Courtois connaît la différence de bruit entre un moteur Yakovlev et un moteur Stuka, fort bien. Moyennant quoi il se targue de n’avoir donné que des sons authentiques. Quant à Daniel Costelle, il émaille également son récit de noms authentiques : August Von Kageneck, Gaston Cirech, Armand (l’Alsacien enrôlé dans les «malgré-nous»), etc. Mais les gros plans associés à ces noms forment-ils un montage authentique ? Même le chien berger qui passe dans une rue de Berlin se voit associé au nom de Blondie, le chien de Hitler. Les documentalistes d’Apocalypse n’ont choisi que des images authentiques, mais le montage de deux authenticités qui n’ont rien à voir – par exemple tel visage et tel nom propre – n’est que pur mensonge au regard de l’histoire.

La série Apocalypse n’a restauré ces images que pour leur rendre une fausse unité, un faux présent de reportage et de mondiovision. Elle a pensé que nous étions trop stupides pour accepter de voir des bribes blêmes, des lacunes, des bouts de pellicule rayés à mort. Elle s’est tout approprié et ne nous a rien restitué. Elle a voulu nous en mettre plein les yeux et, pour rendre les images bluffantes, elle les a surexposées. Façon de les rendre irregardables.

En mettre plein les yeux et rendre «Apocalypse» irregardable
Georges Didi-Huberman
philosophe et historien de l’art
Libération
21/09/2009

Les images nous rendent l’histoire visible. Elles assument un rôle crucial dans notre façon de comprendre ce qui s’est passé, ce qui se passe autour de nous. Un rôle crucial, cela veut dire : à la croisée des chemins, donc pour le meilleur ou pour le pire. C’est en cela que les images – y compris les images du passé – sont toujours des objets politiques et, même, des actes politiques : des prises de position. Tant il est vrai qu’une image ne vaut que par la position qu’elle occupe dans un montage où interviennent, bien sûr, d’autres images choisies à propos, mais aussi des mots, des pensées, des prises de position devant l’histoire.

La série télévisée Apocalypse nous rend «visibles» un certain nombre de documents relatifs à la Seconde Guerre mondiale. Nous les rend-elle regardables, «lisibles», pensables, compréhensibles pour autant ? Quelle est donc sa position ? Les réalisateurs, les producteurs et les directeurs de programme se sont contentés d’adopter une posture typique du monde commercial, l’autocélébration : projet «pharaonique», émission «miracle», «révélation» de l’histoire… On a remonté des archives visuelles en leur restituant, dit-on, «une qualité d’image tout simplement époustouflante ! De quoi convaincre tout le monde !» (dixit Daniel Costelle, l’auteur du commentaire). La chaîne de télévision, de son côté, a réussi la prouesse de transformer une «commémoration» – le soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la guerre – en cet «événement» nommé prime time.

Mais de quel événement parlons-nous ? Et de quoi veut-on nous convaincre ? Avant tout de la puissance même dont se targue la machine télévisuelle. Les réalisateurs nous disent avoir fabriqué un objet capable de «carrément séduire un jeune public», de «bluffer» les spectateurs par leurs techniques de traitement de l’image, en sorte que, devant les archives remontées, colorisées, sonorisées, «les jeunes vont s’éclater» (redixit Daniel Costelle). Au même moment, le film s’autoproclame en voix de la vérité, débutant sur ces mots qui vont faire date dans l’histoire de l’immodestie : «Ceci est la véritable histoire de la Seconde Guerre mondiale.» On comprend qu’il n’y ait pas, au générique, un seul nom d’historien de premier plan (comme Raul Hilberg avait pu assumer son rôle de chercheur dans Shoah de Claude Lanzmann). Les historiens sont en général bien trop modestes – et respectueux – devant leur objet pour oser croire «bluffer» qui que ce soit ou prétendre «convaincre tout le monde» avec leurs hypothèses.

Les trois premières minutes d’Apocalypse forment un cocktail parfaitement stéréotypé de mort (pour «bluffer» ?), de haine (dont Mathieu Kassowitz, l’auteur du film du même nom, nous ressassera le motif à longueur d’épisodes) et de sexe (pour «s’éclater» ?) : cadavres dans la rue, sang, flammes, plus le récit du viol d’une femme allemande qui se termine par le dicton «mieux vaut avoir un Russe sur le ventre qu’un Américain au-dessus de la tête». Les trois dernières minutes, quant à elles, débitent un montage qui fera se succéder les ruines d’Hiroshima, une vision de camp, l’héroïsation des cameramen, le retour de Rose – petite fée de toute la série, comme le «petit chaperon colorisé», rouge comme il se doit, de la Liste de Schindler – et enfin un vrai baiser sur la bouche digne du meilleur cinéma américain. C’est sans doute ainsi que l’on veut «carrément séduire un jeune public». C’est ainsi que le «jeune» spectateur en aura plein les yeux.

En mettre plein les yeux : c’est le contraire exactement de donner à voir. Mais l’appareil télévisuel, nous en faisons l’expérience chaque jour, fonctionne à la surenchère et à l’autosatisfaction : nous avons réussi à placer huit cents plans par épisode, nous avons reconstitué les couleurs, nous avons ajouté les sons absents des images originales… Autant dire que les documents de l’histoire deviennent des confettis dans un montage qui veut ressembler à un feu d’artifice d’images. Les réalisateurs ont bien anticipé la possible polémique avec les puristes du document. Mais il ne s’agit pas de purisme, justement : rien n’est pur en ce domaine, et toute image – dès sa prise de vue – est le résultat d’une opération technique, d’une médiation, donc d’une manipulation. La question est de savoir ce qu’on veut faire de nos mains qui manipulent : étouffer les images ou bien les traiter avec tact. Il s’agit aussi d’avoir l’honnêteté minimale de reconnaître les limites de ce qu’on fait. Pourquoi prétendre restituer la «vérité en histoire» tout en reconnaissant vouloir nous «séduire» et nous «bluffer» ? Bluffer, cela veut dire impressionner – la guerre est impressionnante, de toute façon -, mais cela veut aussi dire mentir.

Que la colorisation d’Apocalypse ait été obtenue par des procédés nouveaux et performants n’entre pas en ligne de compte dans ce débat. Ce qui compte est l’acte, et son résultat. Coloriser, technique vieille comme le monde, n’est rien d’autre que maquiller : plaquer une certaine couleur sur un support qui en était dépourvu. C’est ajouter du visible sur du visible. C’est, donc, cacher quelque chose, comme tout produit de beauté, de la surface désormais modifiée. Ainsi rend-on invisibles les réels signes du temps sur le visage – ou les images – de l’histoire. Le mensonge ne consiste pas à avoir traité les images mais à prétendre qu’on nous offrait là un visage nu, véritable, de la guerre, quand c’est un visage maquillé, «bluffant», que l’on nous a servis.

François Montpellier, le technicien de colorisation d’Apocalypse, admet lui-même que son traitement des images consiste, je le cite, à «unifier, dans une même continuité visuelle, des documents provenant parfois de sources différentes». Mais la continuité visuelle n’est qu’un choix esthétique et narratif parfaitement arbitraire, tous les monteurs le savent bien. La véritable histoire, quant à elle, n’est faite que de discontinuités, ne serait-ce que parce qu’elle a été regardée, vécue, enregistrée selon des points différents. Apocalypse, au contraire, veut nous faire croire qu’un seul cinéaste, avec le même sens des couleurs, aurait tout vu à la fois en tous les points du globe. Pourquoi voit-on partout ce même ciel bleu pâle des cartes postales rétros ? Pourquoi l’Ange bleu devient-il tout jaune ? Pourquoi le cadavre flottant dans la mer, à Omaha Beach, se découpe-t-il sur un beau fond outremer (la mer était peut-être verte et Samuel Fuller, qui était sur place, raconte que l’eau près du rivage était toute rougie du sang des morts) ? Pourquoi coloriser Dachau et pas Auschwitz ? Pourquoi diviser Buchenwald en noir pour certains plans, en couleurs pour d’autres ? Pourquoi l’enfer atomique est-il vert et mauve comme dans un film de science-fiction ? En justifiant le renoncement à coloriser les images de la Shoah pour «ne laisser aucun doute sur leur authenticité» et pour que «personne ne puisse y trouver matière à supercherie», les auteurs d’Apocalypse admettent que tout le reste de leur film peut se voir comme une véritable matière à supercherie.

Ce qui peut être dit de la colorisation des images vaut également pour leur sonorisation et leur commentaire. Gilbert Courtois connaît la différence de bruit entre un moteur Yakovlev et un moteur Stuka, fort bien. Moyennant quoi il se targue de n’avoir donné que des sons authentiques. Quant à Daniel Costelle, il émaille également son récit de noms authentiques : August Von Kageneck, Gaston Cirech, Armand (l’Alsacien enrôlé dans les «malgré-nous»), etc. Mais les gros plans associés à ces noms forment-ils un montage authentique ? Même le chien berger qui passe dans une rue de Berlin se voit associé au nom de Blondie, le chien de Hitler. Les documentalistes d’Apocalypse n’ont choisi que des images authentiques, mais le montage de deux authenticités qui n’ont rien à voir – par exemple tel visage et tel nom propre – n’est que pur mensonge au regard de l’histoire.

Notre langue elle-même nous prévient à chaque fois de toutes ces ambiguïtés lorsqu’elle distribue des sens opposés pour des mots tels que histoire (veut-on nous rendre l’histoire visible, ou bien veut-on juste nous raconter des histoires ?), légende (veut-on nous expliquer ce qu’une image dénote, ou bien veut-on juste construire un récit légendaire ?) et, bien sûr, image (veut-on nous rendre visible quelque chose du réel, ou bien veut-on juste nous en mettre plein les yeux ?). Les images d’Apocalypse ne constituent en rien notre patrimoine historique. Elles forment juste un montage et un traitement contestables de ce patrimoine. En ce sens, elles ne nous appartiennent pas. Elles n’appartiennent qu’au monde de la télévision qui les commercialise habilement.

La série Apocalypse n’a restauré ces images que pour leur rendre une fausse unité, un faux présent de reportage et de mondiovision. Elle a pensé que nous étions trop stupides pour accepter de voir des bribes blêmes, des lacunes, des bouts de pellicule rayés à mort. Elle s’est tout approprié et ne nous a rien restitué. Elle a voulu nous en mettre plein les yeux et, pour rendre les images bluffantes, elle les a surexposées. Façon de les rendre irregardables.

Dernier ouvrage paru : «Quand les images prennent position», aux éditions de Minuit, 2009.

Voir aussi:

Entretien avec William Karel
Arte

William Karel (CIA, guerres secrètes, Les hommes de la Maison-Blanche) dissèque la grande crise de 1929, quatre-vingts ans après. De Roosevelt à Kennedy père, il terrasse quelques mythes au passage et tend un reflet troublant à notre époque. Entretien.
zoom

Qu’avez-vous découvert en préparant ce film ?

William Karel : Tout, ou presque. J’ai appris que le New Deal de Roosevelt n’a été qu’un mythe, destiné à empêcher une révolte de devenir une révolution: seuls l’effort de guerre et la relance de l’industrie militaire ont permis au pays de sortir de la crise. Que la Seconde Guerre mondiale s’enracine dans ce krach, car le rapatriement des capitaux américains placés en Allemagne a mené Hitler au pouvoir. Qu’en Amérique même, l’antisémitisme et le racisme ont connu des poussées sans précédent – Joseph Kennedy, père du futur président, trafiquant d’alcool et antisémite virulent, fut l’un des responsables de l’effondrement de Wall Street. Mais pour avoir financé la campagne du parti démocrate, il sera nommé contrôleur de la Bourse, puis ambassadeur… Ce n’est pas un film d’économie, mais « d’histoires », grâce notamment à Howard Zinn, auteur d’Une histoire populaire des États-Unis, mais aussi témoin direct. À 10 ans, il a vu sa mère mendier pour le nourrir. C’est lui qui se montre le plus critique envers Roosevelt.

D’où viennent ces images très marquantes, films et photos ?

Des agences spécialisées (British Pathé, Gaumont, Getty Images, le Nara, les archives nationales américaines), qui m’avaient envoyé par erreur, pour les besoins d’un autre film*, plusieurs heures de documents sur la Grande Dépression, tous magnifiques, et souvent inédits – dont les premières actualités sonores, puisqu’en octobre 1929, le cinéma venait d’apprendre à parler. Le projet est parti de là. Puis nous avons eu accès aux photos exceptionnelles de Dorothea Lange et de Walker Evans, qui ont largement amplifié dans l’opinion l’impact du New Deal. Malheureusement, la misère est toujours photogénique. Pour la photographie, les actualités, le cinéma, la littérature, ça a été une période d’une richesse inouïe.

Peut-on décrypter 2009 dans le miroir de 1929 ?

Chaque mot de ce film nous ramène à aujourd’hui. Le système qui a entraîné le krach et la Dépression, il y a quatre-vingts ans, est toujours debout, toujours le même. Les deux événements n’en sont pas pour autant similaires, ne serait-ce que par l’ampleur de la crise de 1929. Après le krach, plus de cinq mille banques ont fermé en trois jours, la production industrielle a chuté de 50 %, et la population américaine comptait 25 % de chômeurs… Autre différence fondamentale : à l’époque, les hommes politiques, qui ignoraient tout de l’économie, n’avaient aucune idée des mesures à prendre.

ARTE Magazine n° 44 – Semaine du 24 au 30 octobre 2009
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* « Meurtres à l’Empire State building», qui sera diffusé par ARTE le 24 décembre 2009.


Documenteurs: J’ai tourné les séquences à Rafah par téléphone (What about the other Rachels?)

21 octobre, 2009
Rachel (Simone Botton, 2008)Les Palestiniens sont en ce moment, pour autant que je sache, engagés dans une résistance non-violente gandhienne. Rachel Corrie
Un faux documentaire (ou encore le mot-valise documenteur) est un canular qui tout en ayant l’apparence d’un vrai documentaire présente une histoire fictive ou défend une thèse farfelue. En anglais, on a recours au néologisme mockumentary. À ne pas confondre avec le docu fiction qui est un documentaire relatant des événements réels mais utilisant des reconstitutions avec comédiens. pour illustrer ce genre cinématographique marginal. Wikipedia
Le correspondant de France 2 à Gaza, Talal, qui a filmé la scène (…) travaille en toute confiance pour notre chaîne depuis 1988. Charles Enderlin
J’ai tourné les séquences à Rafah, en donnant mes indications de mise en scène par téléphone. Simone Bitton
Ecrasée sciemment ou non? Le Canard enchainé
Ménageant ainsi la raison des uns et des autres, le film ne se prononce pas explicitement en faveur d’une version ou de l’autre, mais induit par leur juxtaposition l’hypothèse du mensonge israélien. Ce faisant, il privilégie un débat dont la pertinence est toute théorique, tant il est clair que ce bulldozer est la cause directe de la mort de la jeune femme, et tant il semble que la mort de civils, du moins palestiniens, n’est pas toujours un facteur discriminant dans les actions menées par Tsahal. Le Monde
Ces militaires sont serviables et efficaces, lorsque vous vous intéressez à quelque chose dont ils veulent parler, mais lorsque vous arrivez avec un sujet qui leur déplaît ils sont très forts pour vous mettre des bâtons dans les roues. Je les ai tellement harcelés que finalement, pour se débarrasser de moi, ils m’ont accordé trente minutes d’entretien avec le Major Avital Leibovitch, qui est la propagandiste en chef de l’armée israélienne pour la presse étrangère. (…) Aujourd’hui, il y a des caméras presque partout. Les manifestants et les militants dans les zones de conflit savent que l’image de leur cadavre sera médiatisée s’ils sont tués ; non seulement ils ne s’y opposent pas, mais cela fait partie de leur démarche. (…) C’est une enquête cinématographique sur la mort d’une jeune fille, écrasée par un engin militaire dans un pays malade. Cette jeune fille était américaine, l’engin était un bulldozer israélien, et le pays, c’est la Palestine et Israël. Un lieu dont je ne cesse, film après film, de documenter le malheur et parfois la beauté. Mon enquête est rigoureuse. Comme l’affaire n’a jamais été jugée, je joue un peu le rôle d’un juge d’instruction, je ” cuisine ” les témoins, je relis les dépositions, j’examine les pièces à conviction, etc. Je détricote une montagne de versions et je laisse la vérité affleurer d’elle-même, sans commentaire. Cette rigueur est essentielle, car elle me permet d’aller plus loin, de transcender le sujet. Au cinéma, le résultat de l’enquête compte moins que le fait même d’enquêter. Il s’agit de filmer et d’observer des lieux, des gens, des objets ; de recueillir des paroles, des gestes et des silences. De faire jaillir l’émotion des matières les plus froides et les plus dures, comme les images d’une caméra de surveillance ou le métal lisse d’une table d’autopsie. Simone Bitton
J’ai du mal à croire que des soldats israéliens aient tué délibérément des civils palestiniens (…) Nous savons tous comment l’armée palestinienne opère à Gaza. Nous savons bien que ce n’est pas le cas. (…) Demander à Israël un gel intégral de la colonisation, c’est certes conforme au droit international (…) mais est-ce vraiment réaliste? C’est la logique du tout ou rien (…) Si la colonisation était le principal problème, on n’aurait pas attendu 2009 pour le traiter. Christophe Bigot (ambassadeur de France en Israël, cité par Le Canard enchainé, 21.10.09)

Vous avez aimé Human Rights Watch, Goldstone, les soldats tueurs d’enfants, les soldats violeurs, les soldats dépeceurs?

Vous aimerez aussi… les soldats équarisseurs!

“Négligences de l’enquête officielle”, “mensonges de l’armée”, “déshumanisation galopante”, “soldats lobotomisés par la propagande”, “civils impuissants”, “élégante manière de retrouver sa propre jeunesse militante”, “jeune Américaine refusant qu’à l’autre bout de la terre on tue en son nom”, “inexpérience des soldats perchés sur les chars et contraints d’obéir aux ordres” …

Pour ceux qui se souviennent des fameuses images de la “mort en direct du petit Mohamed” tournées à portée de téléphone par notre Enderlin national …

Parmi les films recommandés par le Canard très enchainé cette semaine …

Qui fustige au passage le porte-voix de l’Elysée à Tel Aviv, le nouvel ambassadeur de France Christophe Bigot …

L’enquête poétique (“Rachel”), après le triomphe des scènes de Londres et de Broadway il y a quatre ans, de la documentariste franco-israélienne Simone Bitton, déjà auteure d’une dénonciation d’une barrière de sécurité israélienne qui empêche non seulement aux Palestiniens de s’éclater au soleil mais les contraint de lancer des roquettes par dessus (“Mur”, 2004) …

Adapté du journal intime de la jeune pacifiste américaine Rachel Corrie, écrasée en 2003 par un bulldozer de l’armée israélienne dans la bande de Gaza alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction d’une maison palestinienne dans le cadre de la construction d’un mur de séparation dans la zone frontalière avec l’Egypte …

Télérama revient, sans jamais (véritable tour de force partagé apparemment par l’ensemble de ses confrères!) évoquer une seconde les tunnels de contrebande de terroristes et d’armes – sans parler des autres morts de Rachel – que ladite barrière était censée arrêter), sur les difficiles conditions de cette “minutieuse reconstitution” tournée à des moments par téléphone …

A l’assaut de Tsahal

Rachel
Film français de Simone Bitton
Mathilde Blottière
Télérama
Samedi 24 octobre 2009

“Juive arabe”, comme elle aime à se présenter, Simone Bitton n’en a pas fini avec Israël. Dans Mur, son précédent documentaire, la cinéaste démontait un à un les arguments des promoteurs de la « barrière de sécurité » qui, depuis 2002, sépare Israël des territoires palestiniens. Avec la même rigueur et une sensibilité toujours à vif, elle revient, cette fois, sur la mort d’une militante pacifiste américaine. Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, 23 ans, membre de l’ISM (International Solidarity Movement), a été écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne, alors qu’elle tentait de protéger la maison d’un Palestinien, à Rafah, dans la bande de Gaza.

Simone Bitton enquête. Elle passe au crible les multiples témoignages, les dépositions, les documents officiels et officieux. Elle reconstitue la chronologie des faits, repère les négligences de l’enquête officielle, pointe les mensonges de l’armée. Plus le film progresse, plus la réalisatrice révèle une déshumanisation galopante : dans ce pays, des soldats, lobotomisés par la propagande, détruisent des quartiers entiers sous les yeux de civils impuissants…

Filmer les amis de Rachel (« Bien plus courageux que moi au même âge », avoue-t-elle) est pour Simone Bitton une élégante manière de retrouver sa propre jeunesse militante. En eux, elle salue une nouvelle génération d’activistes prêts à défendre leurs convictions contre les idées de leur milieu. Et l’on devine l’admiration de la documentariste pour cette jeune Américaine, refusant qu’à l’autre bout de la terre on tue en son nom.

Lus par ses proches quatre ans après le drame, les mots de Rachel résonnent longtemps en nous. Des mots simples et bouleversants, extraits de mails ou de lettres, qui dévoilent une personnalité étonnamment mûre. Convaincue de la justesse de sa cause, mais émue par l’inexpérience des soldats perchés sur les chars et contraints d’obéir aux ordres.

Simone Bitton refuse l’émotion facile autant que le discours militant. Précis, dense, complexe, son film s’impose comme une réflexion passionnante sur la jeunesse et la résistance. Au-delà du conflit israélo-palestinien.

Voir aussi:

Critique
“Rachel” : autopsie d’une disparition à Gaza
Le Monde
20.10.09

Dans la bande de Gaza, le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une Américaine de 23 ans, trouve la mort en s’interposant devant un bulldozer israélien affecté au déblaiement de la zone frontalière avec l’Egypte. La jeune femme faisait partie d’une organisation non violente, l’International Solidarity Movement (ISM), et était venue, comme d’autres jeunes gens de tous pays, pour s’opposer aux destructions menées par l’armée israélienne dans le cadre officiel de la lutte antiterroriste. Plus précisément, l’armée opérait dans la zone de Raffah pour y créer un no man’s land destiné à faciliter la construction d’un mur de séparation.

La réalisatrice Simone Bitton, qui tourne des films dans la région et sur ce conflit depuis une quinzaine d’années, s’empare de ce drame pour tenter de lever le voile sur les circonstances qui l’ont permis, voire en comprendre les raisons. Elle a retrouvé les principaux témoins de l’accident, s’est procuré les rapports de l’armée israélienne, le journal intime de la défunte, s’est entretenue avec un nombre considérable de gens, a retrouvé un reportage d’une télévision privée qui a recueilli anonymement le point de vue des deux conducteurs du bulldozer, a même mis la main sur une vidéo de surveillance de Tsahal, expurgée du moment fatal.

Le film est construit comme une enquête indépendante, qui entend aller plus loin que le classement de l’affaire par la commission d’enquête officielle israélienne, qui a conclu à un accident. Ce point de vue, repris dans le film par la porte-parole de Tsahal, qui se fonde sur le témoignage des conducteurs de l’engin et le rapport d’autopsie, fait état de la vision très réduite à bord du bulldozer, et de l’absence de contusions graves sur le corps de la victime, qui, selon le rapport d’autopsie, aurait péri par asphyxie.

Juxtaposition

Les compagnons de la jeune femme, comme les témoins palestiniens alentour, réfutent quant à eux cette thèse et prétendent avoir vu le bulldozer venir de loin et bel et bien renverser Rachel Corrie. Ils en concluent, d’une part, que les conducteurs de l’engin avaient eu tout loisir de voir la jeune femme, d’autre part et conséquemment qu’il y a donc eu volonté de tuer. Ménageant ainsi la raison des uns et des autres, le film ne se prononce pas explicitement en faveur d’une version ou de l’autre, mais induit par leur juxtaposition l’hypothèse du mensonge israélien.

Ce faisant, il privilégie un débat dont la pertinence est toute théorique, tant il est clair que ce bulldozer est la cause directe de la mort de la jeune femme, et tant il semble que la mort de civils, du moins palestiniens, n’est pas toujours un facteur discriminant dans les actions menées par Tsahal. Cette approche affaiblit en outre la puissance documentaire du film, en instrumentalisant ses personnages au profit du débat qu’il entend illustrer.

LA BANDE-ANNONCE (avec Preview Networks)
Bande-annonce fournie par Filmtrailer.com

Documentaire français de Simone Bitton. (1 h 40.)


Affaire Polanski: Une certaine Amérique qui fait peur (A scary America that has just shown its face)

2 octobre, 2009
Free PolanskiJe refuse de considérer a priori comme terroristes actifs et dangereux des hommes qui sont venus, particulièrement d’Italie, longtemps avant que j’exerce les responsabilités qui sont miennes, et qui venaient de s’agréger ici et là, dans la banlieue parisienne, repentis… à moitié, tout à fait,… je n’en sais rien, mais hors du jeu. Doctrine Mitterrand (février 1985)
On sait les conditions dans lesquelles c’est arrivé, et de la même manière qu’il y a une Amérique généreuse que nous aimons, il y aussi une certaine Amérique qui fait peur, et c’est cette Amérique là qui vient de nous présenter son visage. Frédéric Mitterrand (ministre français de la Culture, septembre 2009)
Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier, tiennent à affirmer leur consternation. Il leur semble inadmissible qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier. Forts de leur extraterritorialité, les festivals de cinéma du monde entier ont toujours permis aux œuvres d’être montrées et de circuler et aux cinéastes de les présenter librement et en toute sécurité, même quand certains États voulaient s’y opposer. L’arrestation de Roman Polanski dans un pays neutre où il circulait et croyait pouvoir circuler librement jusqu’à ce jour, est une atteinte à cette tradition: elle ouvre la porte à des dérives dont nul aujourd’hui ne peut prévoir les effets. Pétition pour Romain Polanski (28.09.09)

Pour ceux qui avaient cru que le départ du cowboy honni avait définitivement tourné la page de l’antiaméricanisme français …

A l’heure où l’Amérique d’Obama se voit soudain traitée à nouveau comme aux pires moments de l’Amérique de Bush …

Et ce, à l’occasion de l’arrestation d’un fugitif de 30 ans et de la part d’un membre du gouvernement d’un pays qui, sans parler des terroristes fugitifs et avec la complicité de ses médias unanimes, avait pendant des années caché la famille morganatique de son président comme le trafic d’influence et les détournements de millions du successeur de celui-ci …

Ainsi que de cinéastes prétendant, pour leur corporation et leurs festivals, à rien moins que l’immunité diplomatique et l’extraterritorialité judiciaire …

Retour, avec le célèbre blog de maitre Eolas, qui, hormis une assimilation un tantinet hâtive et hasardeuse du viol d’une jeune fille de 13 ans avec l’aide d’alcool et de stupéfiants à la loi sur le téléchargement, a le mérite de remettre quelques pendules à l’heure.

D’abord, que la culpabilité de Roman Polanski ne fait plus débat puisque dès 1977, celui-ci a plaidé coupable pour abus sexuel sur mineur (unlawful sexual intercourse with a minor, code pénal californien section 261.5., délit puni de 4 ans de prison maximum).

Que si la victime a par la suite été indemnisée et a retiré sa plainte (suite à l’accord passé avec le parquet?), cela ne fait pas obstacle à la poursuite de l’action publique puisque la peine, qui doit être prononcée en présence du condamné, n’a pu l’être suite à sa fuite du territoire américain depuis 30 ans.

Que si, comme la France, la Suisse n’extrade pas ses propres citoyens, elle n’avait dans le cas précis pas le choix (le cinéaste s’étant d’ailleurs apparemment signalé de lui-même aux autorités en leur demandant une assistance de sécurité), étant liée par des accords bilatéraux avec les Etats-Unis.

Que si la loi californienne prévoit une prescription de 6 à 10 ans (d’inaction des autorités judiciaires) pour des faits de la nature de ceux reprochés à Roman Polanski (Code pénal de Californie, section 801.1), celle-ci peut être interrompue à chaque nouvelle demande de mandat d’arrêt international comme cela avait apparemment été fait en 2005.

Et enfin que l’on comprend, de la part d’une “justice qui n’épargne pas les puissants et les protégés des puissants” et prête il y a dix ans à “renverser son président en exercice parce qu’il avait menti sous serment devant un Grand Jury”, qu’un “ministre de la République française, qui a soigneusement mis son président et ses ministres à l’abri de Thémis, trouve que cette Amérique fait peur”

Extraits

je trouve choquant deux choses dans le tir de barrage du monde artistique.

Je trouve honteux d’entendre des artistes qui il y a quelques semaines vouaient aux gémonies les téléchargeurs et approuvaient toute législation répressive et faisant bon cas de droits constitutionnels pour sanctionner le téléchargement illégal de leurs œuvres crier au scandale quand c’est à un des leurs qu’on entend appliquer la loi dans toute sa rigueur. Quand on sait que pas mal de téléchargeurs ont dans les treize ans, on en tire l’impression que les mineurs ne sont bons à leurs yeux qu’à cracher leur argent de poche et leur servir d’objet sexuel. Comme si leur image avait besoin de ça. Et après ça, on traitera les magistrats de corporatistes.

Et je bondis en entendant le ministre de la culture parler de « cette Amérique qui fait peur ». Ah, comme on la connait mal, cette amérique.

Tocqueville avait déjà relevé il y a 170 ans, la passion pour l’égalité de ce pays. Elle n’a pas changé. Il est inconcevable là-bas de traiter différemment un justiciable parce qu’il appartiendrait à une aristocratie, fut-elle artistique. Il y a dix ans, l’Amérique a sérieusement envisagé de renverser le président en exercice parce qu’il avait menti sous serment devant un Grand Jury. Quitte à affaiblir durablement l’Exécutif.

Une justice qui n’épargne pas les puissants et les protégés des puissants ? On comprend qu’un ministre de la République française, qui a soigneusement mis son président et ses ministres à l’abri de Thémis, trouve que cette Amérique fait peur.

Voir aussi:

France rushes to Polanski’s defense
Angela Doland
(AP)
4 days ago

PARIS — Was Roman Polanski “thrown to the lions because of ancient history?” That’s what France’s culture minister says, and many French people agree.

France has rushed to the filmmaker’s defense since he was arrested this weekend in Switzerland on a three-decade-old U.S. charge of having sex with a 13-year-old girl. French government ministers and France’s cultural world have lauded Polanski as a great artist, a family man and a survivor of countless hardships who deserves peace at age 76.

There’s a gulf between how Polanski is seen in France and by many outside the entertainment world in the U.S.: in Paris, he’s not a fugitive wanted for a sex crime but rather a revered artist and public figure who has never had much reason to hide.

While Polanski would have risked arrest to attend the 2003 Academy Awards in Los Angeles — where he was named best director for “The Pianist” — he is free to climb the red carpet at every Cannes Film Festival. Actor Harrison Ford eventually delivered the golden Oscar statuette to Polanski at another French film festival in the Normandy beach town of Deauville.

Polanski — who has dual French and Polish nationality — has long been protected by France’s refusal to extradite its citizens. But there’s more to it than that: France’s indulgence toward artists has played into the overwhelming sympathy for him, as has the French distaste for peering into public figures’ private lives.

Polanski has lived in France since he fled the United States in 1978, after pleading guilty to one count of unlawful sexual intercourse with a minor but before being formally sentenced. By all reports he leads a quiet life with his wife, actress Emmanuelle Seigner, and their two children. His early life was marked by tragedy — his mother died at Auschwitz during the Holocaust, and his second wife, actress Sharon Tate, was murdered in 1969 by followers of Charles Manson. She was eight months pregnant.

While French Cabinet ministers are generally cautious about commenting on the legal affairs of other countries, saying they don’t want to interfere, they have been astonishingly outspoken on behalf of Polanski, who risks extradition to the United States.

Both French Culture Minister Frederic Mitterrand and Foreign Minister Bernard Kouchner stressed Polanski’s artistic gifts in their defense of him, though in theory all men — regardless of talent — are equal before the law.

Kouchner called the arrest “sinister,” adding: “A man of such talent, recognized in the entire world, recognized especially in the country that arrested him — all this just isn’t nice.”

To many here, the slap of American justice seemed particularly sharp as the arrest came as Polanski was entering Switzerland to receive a lifetime achievement award from the Zurich Film Festival.

Mitterrand said, “To see him like that, thrown to the lions because of ancient history, really doesn’t make any sense.”

Mitterrand continued with a jab against the United States: “In the same way that there is a generous America that we like, there is also a scary America that has just shown its face.”

Many find it odd that Polanski is being sought for a 32-year-old crime. His French lawyers have stressed that the statute of limitations on the case would have expired long ago in France.

Polanski’s victim, Samantha Geimer, who identified herself publicly years ago, has joined in Polanski’s bid for dismissal, saying she wants the case to be over. She sued Polanski and reached an undisclosed settlement.

Justice Minister Michele Alliot-Marie was one of the few leading figures here to mention Polanski’s victim in her appraisal of Polanski’s case. The former justice minister said it “poses a problem” that the U.S. is still seeking his extradition — since Geimer herself wants to move on.

j


Militantisme: Dur dur, le métier d’artiste engagé! (No Celebration of Occupation or… of its critique!)

18 septembre, 2009

Love parade protestor against the occupation, Tel Aviv, Aug. 2009

En tant que membres du monde de la culture, notamment du cinéma, nous sommes troublés par la décision du TIFF de réserver une place de choix à Tel Aviv et de s’être ainsi rendu complice, intentionnellement ou pas, de la machine de propagande israélienne. Nous ne visons pas les cinéastes israéliens dont les œuvres sont inscrites au programme du festival. Mais nous dénonçons l’instrumentalisation du festival, par une campagne de propagande au service d’un régime d’apartheid. Ken Loach et al
La présentation sélective de la façade moderne et sophistiquée de Tel-Aviv, sans égard au passé et aux réalités de l’occupation israélienne des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ce serait comme si on glorifiait la beauté et la vie élégante chez les communautés exclusivement blanches au Cap ou à Johannesburg pendant l’apartheid, sans reconnaître les cantons noirs de Khayelitsha et de Soweto. Ken Loach , Jane Fonda, Naomi Klein, David Byrne, Alice Walker, Danny Glover, Harry Belafonte, Noam Chomsky, etc.

Alors qu’un film israélien dénonçant la guerre du Liban remportait le Lion d’or de Venise …

Dur dur, le métier d’artiste engagé!

Qui, au nom de la généreuse lutte contre le “régime d’apartheid” israélien, voit un maitre mondialement reconnu de la militance cinématographique comme l’Anglais Ken Loach obligé de choisir très précautionneusement ses cibles de boycott ou de pressions (Melbourne ou Edimbourgh ou Toronto mais pas Cannes aux trop gros enjeux commerciaux).

Et réduit finalement à punir les cinéastes israéliens les plus critiques de leurs propres société et gouvernement (tout en en recevant certes les subsides).

Au profit… des cinéastes de fait les moins critiques de la même région!

Israël, cible de Ken Loach
Ariel Schweitzer
Le Monde
15.09.09

On a appris cet été que le cinéaste Ken Loach, qui devait présenter son dernier film, Looking for Eric, au Festival de Melbourne, en Australie, a décidé de le retirer du programme. Loach a voulu ainsi protester contre la participation à cette manifestation d’un film israélien, Le Sens de la vie pour 9,99 dollars, dont les frais de voyage de l’auteur, Tatia Rosenthal, ont été payés par une institution publique israélienne. Auparavant, Loach avait demandé au directeur du festival, Richard Moore, de refuser la contribution financière israélienne. Devant le refus de ce dernier, qui a qualifié l’exigence de Loach de “chantage”, le cinéaste anglais a choisi de boycotter l’événement.

Ce n’est pas la première fois que Loach applique la même méthode. Au mois de mai dernier, il a même réussi à convaincre la direction du Festival d’Edimbourg, en Ecosse, de refuser la venue d’une autre cinéaste israélienne, Tali Shalom-Ezer, dont le voyage devait être payé par l’ambassade israélienne. Au terme d’un long débat, la cinéaste est arrivée au festival qui a fini par assumer lui-même ces dépenses.

C’est le droit de Ken Loach d’envoyer son film où bon lui semble. C’est aussi son droit de protester contre l’Etat d’Israël et sa politique d’occupation. Le problème est la méthode choisie. Car si l’on suit la logique de Loach, on est en droit de questionner la décision du cinéaste de boycotter le Festival de Melbourne et non pas, par exemple, le dernier Festival de Cannes où il est venu présenter le même film, Looking for Eric, en compétition. En effet, cinq films israéliens (trois longs et deux courts métrages) furent présentés à Cannes cette année. Tous financés par des fonds publics israéliens et dont la venue au festival a été soutenue par des institutions du même pays.

Pourquoi donc Melbourne et pas Cannes ? Peut-être parce que Cannes est un grand festival dont les enjeux médiatiques et économiques sont trop importants, même pour un cinéaste engagé comme Ken Loach, alors que Melbourne est un petit festival où l’on peut faire son numéro de cinéaste militant donneur de leçons.

Liberté d’expression

Mais au-delà des méthodes pratiquées par Ken Loach, on peut aussi s’interroger sur le bien-fondé et l’efficacité de cette attitude. Car qui est finalement visé par ce boycottage ? Des cinéastes israéliens dont une grande majorité fait partie de la gauche israélienne et qui luttent depuis des années pour les droits des Palestiniens et contre la politique d’occupation de leur gouvernement. Des cinéastes d’opposition comme Amos Gitaï, Avi Mograbi, Ari Folman ou Keren Yedaya, pour ne citer que les plus connus, qui véhiculent dans leurs films une image complexe, souvent extrêmement critique de la société israélienne.

Loin de moi l’envie d’idéaliser l’Etat d’Israël, sûrement pas sa politique d’occupation, mais il faut au moins reconnaître que les auteurs israéliens bénéficient d’une grande liberté d’expression et que de nombreux films politiques sont financés par l’argent public israélien. Des mauvaises langues diront que cette politique cultuelle sert d’alibi, visant à donner du pays l’image d’une démocratie éclairée, une posture qui masque sa véritable attitude répressive à l’égard des Palestiniens. Admettons.

Mais je préfère franchement cette politique culturelle à la situation existante dans bien des pays de la région où l’on ne peut point faire des films politiques et sûrement pas avec l’aide de l’Etat. Les cinéastes israéliens, militants de gauche, sont déjà isolés dans leur propre pays. Au lieu de les isoler davantage, au lieu de les boycotter, donnons-leur au contraire la parole pour que leur voix et leur message soient entendus en Israël comme à l’étranger.

Ariel Schweitzer est historien du cinéma et critique.

Voir aussi:

La déclaration de Toronto : Pleins feux sur l’occupation

jeudi 17 septembre 2009

Lettre ouverte au festival international du film de Toronto :

Le 2 septembre, 2009

Nous, membres de la communauté canadienne et internationale des arts cinématographiques, des médias, et de la culture, sommes profondément déçus par la décision du Festival international du film de Toronto (TIFF) de mettre un « pleins feux » célébratoire sur Tel Aviv. Nous protestons que le TIFF, intentionnellement ou non, se soit rendu complice de la machine de propagande de l’État d’Israël.

En 2008, le gouvernement israélien, avec ses partenaires canadiens Sidney Greenberg de Astral Media, David Asper de CanWest Global Communications, et Joel Reitman de MIJO Corporation, lançait la campagne « Brand Israel » – une campagne publicitaire et médiatique d’un million de dollars visant à changer les perceptions du public canadien concernant l’État d’Israël. Plus précisément, la campagne « Brand Israel » détournerait l’attention de ses guerres agressives et son traitement inhumain de la population palestinienne, et mettrait l’accent sur ses réalisations dans les domaines de la médecine, de la science, et de la culture. Lors d’une conférence de presse où il annonçait le lancement de cette campagne, le Consul général d’Israël, Amir Gissin, déclarait que Toronto serait la ville-pilote d’une promotion qui pourrait alors être déployée dans le monde entier. Selon M. Gissin, la culmination de la campagne serait une importante présence israélienne au Festival international de film de Toronto en 2009. (Andy Levy-Alzenkopf, “Brand Israel set to launch in GTA,” Canadian Jewish News, la 28 août, 2008.)

En 2009, TIFF a annoncé que le festival allait inaugurer son nouveau programme, City to City, avec un « pleins feux » sur Tel-Aviv. Selon les notes de programmation écrites par Cameron Bailey, co-directeur du Festival et programmateur du volet City to City : « Les dix films dans l’édition 2009 du volet City to City témoignent des courants complexes qui se croisent à Tel-Aviv aujourd’hui. Alors qu’elle fête son centenaire en 2009, Tel Aviv est une ville jeune et dynamique qui, comme Toronto, célèbre sa diversité. »

L’accent mis sur la “diversité” en Ville à Ville est vide de sens, étant donné l’absence de cinéastes palestiniens dans le programme. En plus, ce que cette description ne révèle pas, c’est que Tel-Aviv est construite sur des villages palestiniens détruits, et que la ville de Jaffa, qui était au cœur de la vie culturelle palestinienne jusqu’en 1948, a été annexée à Tel-Aviv après l’exil en masse de la population palestinienne. Ce programme occulte la souffrance de milliers d’anciens résidents et leurs descendants de la région Tel Aviv/ Jaffa, qui vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés dans les territoires occupés, ou vivent dispersés dans d’autres pays, dont le Canada. La présentation sélective de la façade moderne et sophistiquée de Tel-Aviv, sans égard au passé et aux réalités de l’occupation israélienne des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ce serait comme si on glorifiait la beauté et la vie élégante chez les communautés exclusivement blanches au Cap ou à Johannesburg pendant l’apartheid, sans reconnaître les cantons noirs de Khayelitsha et de Soweto.

Nous ne protestons pas contre les cinéastes israéliens inclus dans le programme City to City, et nous ne suggérons en aucune façon que le cinéma israélien devrait être exclu de TIFF. Toutefois, en particulier à la suite de l’assaut brutal de cette année sur Gaza, nous nous opposons à l’utilisation d’un festival international aussi important pour promouvoir une campagne de propagande au nom d’un régime que l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, l’ancien président des États-Unis Jimmy Carter, et le président général des Nations-Unies Miguel d’Escoto Brockmann ont appelé un régime d’apartheid.

Cette lettre a été rédigée par le comité ad hoc suivant :

Udi Aloni, cinéaste, Israël ; Elle Flanders, cinéaste, Canada ; Richard Fung, vidéaste, Canada ; John Greyson, cinéaste, Canada ; Naomi Klein, écrivaine et cinéaste, Canada ; Kathy Wazana, cinéaste, Canada ; Cynthia Wright, écrivaine et universitaire, Canada ; b h Yael, cinéaste et vidéaste, Canada

Signée par :

Ahmad Abdalla, cinéaste, Égypte

Hany Abu-Assad, cinéaste, Palestine

Mark Achbar, cinéaste, Canada

Zackie Achmat, activiste de SIDA, Afrique du Sud

Ra’anan Alexandrowicz, cinéaste, Jerusalem

Anthony Arnove, éditeur et producteur, É.-U.

Ruba Atiyeh, cinéaste documentaire, Liban

Joslyn Barnes, écrivaine et productrice, É.-U.

John Berger, auteur, France

Dionne Brand, poète/écrivaine, Canada

Judith Butler, professeure, É.-U.

David Byrne, musicien, É.-U.

Guy Davidi, réalisateur, Israël

Na-iem Dollie, journaliste/écrivain, Afrique du Sud

Igor Drljaca, cinéaste, Canada

Eve Ensler, dramaturge et auteure, É.-U.

Eyal Eithcowich, cinéaste, Israël

Sophie Fiennes, cinéaste, Royaume-Uni

Peter Fitting, professeur, Canada

Jane Fonda, actrice et écrivaine, É.-U.

Danny Glover, cinéaste et acteur, É.-U.

Noam Gonick, réalisateur, Canada

Malcolm Guy, cinéaste, Canada

Mike Hoolboom, cinéaste, Canada

Annemarie Jacir, cinéaste, Palestine

Fredric Jameson, critique littéraire, É.-U.

Juliano Mer Khamis, cinéaste, Jenin/Haifa

Bonnie Sherr Klein, cinéaste, Canada

Paul Laverty, producteur, Royaume-Uni

Min Sook Lee, cinéaste, Canada

Paul Lee, cinéaste, Canada

Yael Lerer, éditeur, Israël

Jack Lewis, cinéaste, Afrique du Sud

Ken Loach, cinéaste, Royaume-Uni

Arab Lotfi, cinéaste, Égypte/Liban

Kyo Maclear, auteure, Canada

Mahmood Mamdani, professeur, É.-U.

Fatima Mawas, cinéaste, Australie

Tessa McWatt, auteure, Canada/Royaume-Uni

Cornelius Moore, distributeur de film, É.-U.

Yousry Nasrallah, réalisateur, Égypte

Rebecca O’Brien, producteur, Royaume-Uni

Pratibha Parmar, productrice/réalisatrice, Royaume-Uni

Jeremy Pikser, scénariste, É.-U.

John Pilger, cinéaste, Royaume-Uni

Shai Carmeli Pollak, cinéaste, Israël

Ian Iqbal Rashid, cinéaste, Canada

Judy Rebick, professeure, Canada

David Reeb, artiste, Israël

B. Ruby Rich, critique et professeure, É.-U.

Wallace Shawn, dramaturge et acteur, É.-U.

Eyal Sivan, cinéaste et universitaire, Paris/London/Sderot

Elia Suleiman, cinéaste, Nazareth/Paris/New York

Eran Torbiner, cinéaste, Israël

Alice Walker, écrivaine, É.-U.

Thomas Waugh, professeur, Canada

Howard Zinn, écrivain, É.-U.

Slavoj Zizek, professeur, Slovenie

Original:

Toronto Declaration: No Celebration of Occupation

An Open Letter to the Toronto International Film Festival:

September 2, 2009

As members of the Canadian and international film, culture and media arts communities, we are deeply disturbed by the Toronto International Film Festival’s decision to host a celebratory spotlight on Tel Aviv. We protest that TIFF, whether intentionally or not, has become complicit in the Israeli propaganda machine.

In 2008, the Israeli government and Canadian partners Sidney Greenberg of Astral Media, David Asper of Canwest Global Communications and Joel Reitman of MIJO Corporation launched “Brand Israel,” a million dollar media and advertising campaign aimed at changing Canadian perceptions of Israel. Brand Israel would take the focus off Israel’s treatment of Palestinians and its aggressive wars, and refocus it on achievements in medicine, science and culture. An article in Canadian Jewish News quotes Israeli consul general Amir Gissin as saying that Toronto would be the test city for a promotion that could then be deployed around the world. According to Gissin, the culmination of the campaign would be a major Israeli presence at the 2009 Toronto International Film Festival. (Andy Levy-Alzenkopf, “Brand Israel set to launch in GTA,” Canadian Jewish News, August 28, 2008.)

In 2009, TIFF announced that it would inaugurate its new City to City program with a focus on Tel Aviv. According to program notes by Festival co-director and City to City programmer Cameron Bailey, “The ten films in this year’s City to City programme will showcase the complex currents running through today’s Tel Aviv. Celebrating its 100th birthday in 2009, Tel Aviv is a young, dynamic city that, like Toronto, celebrates its diversity.”

The emphasis on ‘diversity’ in City to City is empty given the absence of Palestinian filmmakers in the program. Furthermore, what this description does not say is that Tel Aviv is built on destroyed Palestinian villages, and that the city of Jaffa, Palestine’s main cultural hub until 1948, was annexed to Tel Aviv after the mass exiling of the Palestinian population. This program ignores the suffering of thousands of former residents and descendants of the Tel Aviv/Jaffa area who currently live in refugee camps in the Occupied Territories or who have been dispersed to other countries, including Canada. Looking at modern, sophisticated Tel Aviv without also considering the city’s past and the realities of Israeli occupation of the West Bank and the Gaza strip, would be like rhapsodizing about the beauty and elegant lifestyles in white-only Cape Town or Johannesburg during apartheid without acknowledging the corresponding black townships of Khayelitsha and Soweto.

We do not protest the individual Israeli filmmakers included in City to City, nor do we in any way suggest that Israeli films should be unwelcome at TIFF. However, especially in the wake of this year’s brutal assault on Gaza, we object to the use of such an important international festival in staging a propaganda campaign on behalf of what South African Archbishop Desmond Tutu, former U.S. President Jimmy Carter, and UN General Assembly President Miguel d’Escoto Brockmann have all characterized as an apartheid regime.

This letter was drafted by the following ad hoc committee:

Udi Aloni, filmmaker, Israel; Elle Flanders, filmmaker, Canada; Richard Fung, video artist, Canada; John Greyson, filmmaker, Canada; Naomi Klein, writer and filmmaker, Canada; Kathy Wazana, filmmaker, Canada; Cynthia Wright, writer and academic, Canada; b h Yael, film and video artist, Canada

Endorsed By:

Ahmad Abdalla, Filmmaker, Egypt
Hany Abu-Assad, Filmmaker, Palestine
Mark Achbar, Filmmaker, Canada
Zackie Achmat, AIDS activist, South Africa
Ra’anan Alexandrowicz, Filmmaker, Jerusalem
Anthony Arnove, Publisher and Producer, USA
Ruba Atiyeh, Documentary Director, Lebanon
Joslyn Barnes, Writer and Producer, USA
Harry Belafonte, Musician/Actor, USA
John Berger, Author, France
Walter Bernstein, Screenwriter/Film Producer, USA
Dionne Brand, Poet/Writer, Canada
Daniel Boyarin, Professor, USA
Judith Butler, Professor, USA
David Byrne, Musician, USA
Noam Chomsky, Professor, USA
Julie Christie, Actor, USA
Nandita Das, Actor/Filmmaker, India
Guy Davidi Director, Israel
Na-iem Dollie, Journalist/Writer, South Africa
Igor Drljaca, Filmmaker, Canada
Eve Ensler, Playwright, Author, USA
Eyal Eithcowich, Director, Israel
Lynne Fernie, Filmmaker and Programmer, Canada
Sophie Fiennes, Filmmaker, UK
Peter Fitting, Professor, Canada
Jane Fonda, Actor and Author, USA
Danny Glover, Filmmaker and Actor, USA
Noam Gonick, Director, Canada
Malcolm Guy, Filmmaker, Canada
Rawi Hage, Writer, Canada
Anne Henderson, Filmmaker, Canada
Mike Hoolboom, Filmmaker, Canada
Annemarie Jacir, Filmmaker, Palestine
Gordon Jackson, Jazz Musician, South Africa
Fredric Jameson, Literary Critic, USA
Nadia Kamel, Filmmaker, Egypt
Juliano Mer Khamis, Filmmaker, Jenin/Haifa
Bonnie Sherr Klein Filmmaker, Canada
Joy Kogawa, Writer, Canada
Paul Laverty, Producer, UK
Min Sook Lee, Filmmaker, Canada
Paul Lee, Filmmaker, Canada
Yael Lerer, publisher, Tel Aviv
Mark Levine, Professor, USA
Jack Lewis, Filmmaker, South Africa
Ken Loach, Filmmaker, UK
Arab Lotfi, Filmmaker, Egypt/Lebanon
Kyo Maclear, Author, Toronto
Guy Maddin, Screenwriter/Director, Canada
Mahmood Mamdani, Professor, USA
Fatima Mawas, Filmmaker, Australia
Anne McClintock, Professor, USA
Tessa McWatt, Author, Canada and UK
Viggo Mortensen, Actor, USA
Cornelius Moore, Film Distributor, USA
Yousry Nasrallah, Director, Egypt
Joan Nestle, Writer, USA
Rebecca O’Brien, Producer, UK
Pratibha Parmar, Producer/Director, UK
Anand Patwardhan, Documentary Film Maker, India
Jeremy Pikser, Screenwriter, USA
John Pilger, Filmmaker, UK
Shai Carmeli Pollak, Filmmaker, Israel
Ian Iqbal Rashid, Filmmaker, Canada
Judy Rebick, Professor, Canada
David Reeb, Artist, Tel Aviv
B. Ruby Rich, Critic and Professor, USA
Wallace Shawn, Playwright, Actor, USA
Eyal Sivan, Filmmaker and Scholar, Paris/London/Sderot
Elia Suleiman, Fimmlaker, Nazareth/Paris/New York
Eran Torbiner, Filmmaker, Israel
Alice Walker, Writer, USA
Thomas Waugh, Professor, Canada
Christian Wiener Freso, President – Union of Peruvian Filmmakers, Peru
Debra Zimmerman, Executive Director Women Make Movies, USA
Howard Zinn, Writer, USA
Slavoj Zizek, Professor, Slovenia


Désinformation: On aménage la région parisienne comme un grand bordel (Two or Three Things I Know About the Gestapo of Structures)

11 septembre, 2009
2 ou 3 choses que je sais sur elle (Godard, 1967)Le rédacteur en chef du New York Times a qualifié jeudi de “simplistes” les voix qui se sont élevées pour critiquer les méthodes d’enquêtes d’un journaliste du quotidien, enlevé en Afghanistan samedi puis secouru lors d’une opération où son interprète afghan est mort. Le reporter britannique Stephen Farrell, otage des talibans dans la province de Kunduz, a été libéré mercredi par un commando de l’Otan. L’opération s’est soldée par la mort de son interprète afghan Sultan Munadi, d’une femme, d’un enfant et d’un soldat britannique. Dépêche du Monde (le 11.09.09)
L’antiaméricanisme en France n’est pas un sentiment populaire, il est le fait d’une certaine partie de l’élite. Un livre est à citer : “Les Scènes de la vie future”, de Georges Duhamel, paru en 1930. Le titre exprime bien la répulsion: l’Amérique d’aujourd’hui, c’est notre monde de demain. Et Duhamel de fustiger les horreurs du cinéma, la musique en boîte (le disque), la publicité, “l’omniprésence de l’automobile, le jazz (pas de musique aux Etats-Unis, sauf celle des “nègres monocordes”), les ascenseurs, l’horrible promiscuité de toutes les races du monde, le goût excessif du sport, la cuisine qui n’est pas naturelle…”Nous nous sentons orphelins de notre grandeur, non seulement politique, mais littéraire, artistique, intellectuelle. L’antiaméricanisme est une des modalités de la nostalgie nationale. Michel Winock (historien)

Quand on soulève les jupes de la ville, on en voit le sexe. Jean-Luc Godard
Silence
Apprenez en silence deux ou trois choses que je sais d’ELLE
ELLE, la cruauté du néo-capitalisme
ELLE, la prostitution
ELLE, la région parisienne
ELLE, la salle de bain que n’ont pas 70 % des Français
ELLE, la terrible loi des grands ensembles
ELLE, la Gestapo des structures
ELLE, la physique de l’amour
ELLE, la vie d’aujourd’hui
ELLE, la guerre du Vietnam
ELLE, la call-girl moderne…
(Cartons du film de Godard “Deux ou trois choses que je sais d’elle”)
On aménage la région parisienne […] comme un grand bordel […] Et si j’ai filmé une prostituée, c’est disons, pour mettre cela en évidence. Je veux dire que j’aurais pu le faire sur un ouvrier ou un technicien qui les trois quarts du temps ne se comporte pas, grosso modo, différemment… JL Godard
C’est l’histoire d’une femme, une ouvrière qui se prostitue pour se payer un manteau de fourrure. Luc Favory (interviewer de l’ORTF sur les lieux lors du tournage du film de Godard en 1966)
Je suis pas d’accord, les deux dames qui travaillent avec moi ce sont deux petites Portugaises qui habitent dans un bidonville, c’est des femmes courageuses. Elles veulent arriver alors elles travaillent. Femme de ménage résidente des 4000
D’une récente enquête, menée dans une cité neuve, à l’est de Paris où sont logées deux mille familles, il ressort qu’une ménagère sur deux, mères de famille comprises, pratique « en amateur » le plus vieux métier du monde. Catherine Vimenet (journaliste du Nouvel Observateur, 23 mars 1966, au sujet d’une enquête de son partenaire Claude Vimenet sur la prostitution dans les grands ensembles publiée les 29 mars et 10 mai 1966)
Évidemment, il n’y a pas une femme sur deux, et dans aucun ensemble, qui se livre à la prostitution. Qu’il y en ait beaucoup est déjà suffisamment grave. Ce n’est pas une réalité que nous avons traquée volontairement, par goût du scandale : elle nous a sauté au visage dès que nous avons commencé à mettre en place les structures du club Louise Michel. Jeannette Brutelle (militante socialiste)
S’il y a scandale, il n’est pas dans la publication de Catherine Vimenet, mais dans les conditions de vie qui sont faites à des centaines de milliers de femmes et qui conduisent certaines d’entre elles – certaines seulement bien sûr- à se prostituer. Autre militante

Déshumanisation, aliénation, inhumanité des nouvelles formes d’habitat, déconstruction et refus de l’artefact de la cohérence du récit, non-sens de la société de consommation, implacable de sa domination, terrible loi des grands ensembles, dépossession de soi, exploitation capitaliste, cruauté du néo-capitalisme, Gestapo des structures, violence de l’univers concentrationnaire, inhumanité du régime policier nazi, violence de la mise en ordre capitaliste, “CRS SS” …

A l’heure où l’irresponsabilité d’un journaliste a encore frappé …

En ce 8e anniversaire d’une journée d’infamie et de tragédie que certains de nos “grands intellectuels” avaient, avec leurs sophismes à la petite semaine, trouvé moyen d’aggraver …

Retour, avec une fascinante analyse de la revue Cahiers d’histoire (“Les 4000 logements de La Courneuve: réalités et imaginaires cinématographiques”, Aurélie Cardin, 2006 – merci José), sur cette époque bénie où, sous prétexte de “critique de la société de consommation” et de “l’aliénation imposée par l’exploitation capitaliste” (entendez- “Made in USA”), nos journalistes (le Nouvel observateur déjà) et nos cinéastes (nos Godard ou nos Tati) ou nos “sémiologues” (nos Barthes) ou nos écrivains (nos Pérec) pouvaient se permettre à peu près n’importe quoi.

Y compris (mais les choses ont-elles tellement changé?) de jouer avec l’image des lieux d’habitation de toute une population tout juste sortie de l’insalubrité des bidonvilles, des taudis des quartiers parisiens (Belleville) ou de l’hébergement d’urgence du rapatriement d’Algérie.

Ainsi ce célèbre film de Godard dûment subventionné comme les autres par le Centre National de la Cinématographie (“Deux ou trois choses que je sais” d’elle) où, reprenant son thème sensationnaliste de la prostitution (“Vivre sa vie”) tout en rêvant avec ses petits camarades à une Chine de Mao alors en plein dans ses massacres de la Révolution culturelle comme “symbole du possible d’une société autre” ( “La Chinoise”), notre maitre à penser de la Nouvelle vague et consommateur boulimique de série B américains (pour leur subversivité supposée) veut, sur fond d’antiaméricanisme bien de chez nous (en pleine contestation de la Guerre du Vietnam) nous faire prendre (à partir d’une enquête bidonnée du Nouvel Observateur) la prostitution occasionnelle d’une femme de cadre moyen (incarnée par Marina Vlady) comme “typique d’une certaine petite bourgeoisie” de la cité HLM des 4000 …

Extraits :

Deux ou trois choses que je sais d’elle est tourné durant le mois d’août 1966 dans l’ensemble des 4000 logements de La Courneuve dont la construction, hors équipements, s’est achevé en 1963. C’est le troisième film de Jean-Luc Godard réalisé cette année-là, et le cinéaste suisse a obtenu pour ce film l’avance sur recette, une aide versée par le Centre National de la Cinématographie 14. Il s’agit pour Godard d’années de grande créativité au cours desquelles il inscrit sa production dans l’urgence du moment. Le premier long-métrage terminé cette année 1966, Made in USA, s’inspire de l’histoire d’un assassinat politique commis l’année précédente, celui de Medhi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine au roi Hassan II. Le troisième film de cette année sera La Chinoise, film sur la nouvelle jeunesse étudiante des années soixante, habitée par les références à la Chine de Mao, alors symbole du possible d’une société autre. Ce film traduit lui aussi la sensibilité de Godard aux mutations de l’espace urbain et à leurs conséquences sur la façon de vivre des individus ; notamment, il contient une séquence située sur le campus de Nanterre, symbole de l’université en train de sortir de terre, au milieu des friches, à proximité des bidonvilles et des grands ensembles, qui n’est pas sans rappeler certaines séquences de Deux ou trois choses. Mais Deux ou trois choses que je sais d’elle est le film dans lequel Godard choisit la transformation urbaine comme objet même du film et cherche à créer une forme de cinéma adéquate à son objet, une forme elle-même nouvelle, elle-même en construction, faite de pièces disjointes, caractérisée par la juxtaposition, les ruptures des contenus et des formes, des récits qui se croisent sans se mêler. Le film a une dimension explicitement expérimentale. Jean-Luc Godard s’interroge et interroge le spectateur sur le film en train de se faire, notamment par le moyen de la voix off qui énonce ses commentaires 15. On y voit à l’œuvre une esthétique inspirée par la déconstruction du récit pratiquée à la même époque dans d’autres domaines de la création, notamment dans le domaine de l’écriture à travers le nouveau roman 16. On y retrouve le refus de l’artefact de la cohérence du récit, de l’auteur prenant de fait la place d’un dieu omniscient. Le titre du film suggère que l’on n’apprendra que « deux ou trois choses » que connaît l’auteur. On y retrouve aussi le refus de la fiction psychologique comme base de l’intrigue ainsi qu’une fascination pour les effets de construction par le cadrage, par l’organisation des regards travaillant les relations du champ et du hors-champ. Le personnage de femme qui est au cœur du film reste étranger. L’importance rendue volontairement visible de la technique et donc de l’arbitraire du créateur doit aussi beaucoup à la nouvelle puissance attribuée aux signes dans la mouvance du renouveau de la sémiologie de Roland Barthes. Les Mythologies sont parues en 1957 dans lesquelles l’auteur décrivait le fonctionnement de mythes contemporains mettant sur le même plan la fameuse Citroën DS ou Greta Garbo. La démarche du film doit beaucoup à cet environnement culturel marquée par le structuralisme, lecture qui permet de dire le non-sens de la société de consommation en même temps que l’implacable de sa domination. Le film est ainsi une des manifestations les plus novatrices de La Nouvelle Vague. Le titre du film est l’expression de cette démarche qui fait des objets des acteurs. Le « elle » du titre du film se réfère, autant qu’à la femme omniprésente de toutes les mythologies, à la « région parisienne » et à « la terrible loi des grands ensembles ». L’actrice Marina Vlady incarne le rôle de Juliette Janson, une femme d’une trentaine d’années, apparaissant ainsi que le remarque Jacques Belmans comme « typique d’une certaine petite bourgeoisie » 17, qui vit avec son mari, Robert, et ses deux enfants dans l’univers impersonnel d’une HLM. Elle se prostitue occasionnellement car « il faut qu’elle se débrouille. Robert, je crois, a cent dix mille francs par mois »18. Ce qui correspond alors au salaire d’un cadre moyen. Le ton de l’enquête, reprenant celui de l’approche sociologique qui se développe alors pour justifier par les besoins, les « attentes » des gens, les choix politiques, est le moyen d’exprimer l’aliénation instillée par les faux semblants de choix offerts par la société de consommation. Expression de cette aliénation, la passivité face à la guerre que les États-Unis mènent alors au Vietnam, guerre que Godard fait surgir dans ce quotidien. Autant de thèmes qui font de ce film une anticipation du mouvement de mai 1968. (…)

(…)

Les habitants des grands ensembles, eux-mêmes, sont montrés comme souscrivant au sacrifice du collectif au nom de la possible acquisition de nouveaux biens de consommation. Le réalisateur montre qu’à un certain mode d’habitat correspond un mode de consommation quotidienne qui vient redoubler l’aliénation de ceux qui subissent le grand ensemble : il montre Juliette faisant la vaisselle devant un alignement de dizaines de produits. Le supermarché Prisunic, équipement indispensable, central, se trouve au coeur de la cité, est devenu le cœur même de la cité. Le tournage du film a lieu en 1966, en plein essor de ce que l’éditorialiste du Monde Maurice Duverger, deux ans plus tard, définira comme « la société de consommation ». C’est en effet en 1966 que l’on assiste à la création du premier hypermarché, baptisé du nom de Carrefour, où l’on vend des marchandises à des prix réduits par la rationalisation de la chaîne de distribution. D’autres suivent comme l’établissement de vente d’électroménager des frères Darty et les supermarchés du groupe Auchan en 1967. Nouveau mode de consommer qui accompagne la nouvelle façon d’habiter, également déshumanisante, fondée sur l’uniformisation des produits comme des comportements.

La forme ultime de cette déshumanisation des rapports sociaux est la banalité de la prostitution. Elle apparaît chez Godard comme une des manifestations d’un système dans lequel le besoin d’argent saisit tous les individus à la gorge et où seul l’argent circule librement entre les personnes. Dans ce système, les femmes sont particulièrement mise à mal et la prostitution est une des formes de leur esclavage, nié dans le cadre du mariage par l’hypocrisie bourgeoise.

La prostitution est une activité ordinaire de toutes les femmes, y compris les femmes mariées, vivant dans le grand ensemble des « 4000 » tel que Godard le met en scène. Cet angle d’approche est choisi par le cinéaste en raison de la situation extrême qu’il exprime et de la tension qu’il institue pour traiter du problème du mal-vivre généré par les concentrations urbaines. Pour construire son propos, Godard s’est inspiré d’une enquête à sensation parue le 29 mars 1966 dans Le Nouvel Observateur 35. Ce parti pris suscita de vives réactions à l’époque et se trouva notamment au centre des questions d’un reportage effectué par une équipe de l’ORTF pour l’émission « Dim, Dam, Dom » 36. L’équipe se rendit sur les lieux lors du tournage du film de Godard en 1966. L’interviewer, Luc Favory, demanda à plusieurs habitantes ce qu’elles pensaient du thème retenu pour le film, la prostitution dans les grands ensembles, en formulant la question ainsi : «…c’est l’histoire d’une femme, une ouvrière qui se prostitue pour se payer un manteau de fourrure ». Plusieurs interlocutrices s’offusquèrent de cette présentation de leur vie comme cette femme de ménage qui réagit en disant : « Je suis pas d’accord, les deux dames qui travaillent avec moi ce sont deux petites Portugaises qui habitent dans un bidonville, c’est des femmes courageuses. Elles veulent arriver alors elles travaillent ». La publication de l’article est ressentie comme une atteinte à l’honneur de l’ensemble de ceux qui vivent dans les grands ensembles, une « insulte à la classe ouvrière » et le scandale provoqué a amené le journal à se justifier en poursuivant l’enquête sur un phénomène nié par la société.

Dans son enquête du Nouvel Observateur intitulée « Les étoiles filantes », Catherine Vimenet affirmait en effet : « D’une récente enquête, menée dans une cité neuve, à l’est de Paris où sont logées deux mille familles, il ressort qu’une ménagère sur deux, mères de famille comprises, pratique « en amateur » le plus vieux métier du monde ». Ce chiffre fut par la suite démenti par l’hebdomadaire sans qu’il lui soit possible d’apporter une statistique fiable. Mais dans sa livraison du 4 mai 1966 38, la parole était donnée à Jeannette Brutelle, militante socialiste, présidente du « club Louise Michel » ainsi qu’à d’autres femmes de ce club politique, à une assistante sociale, un éducateur, un conseiller psychopédagogique, tous travaillant dans les grands ensembles et appelés à préciser la réalité des difficultés sociales de leurs habitants. Jeannette Brutelle rectifiait le chiffre avancé dans l’enquête mais confirmait la gravité de la situation : « Évidemment, il n’y a pas une femme sur deux, et dans aucun ensemble, qui se livre à la prostitution. Qu’il y en ait beaucoup est déjà suffisamment grave. Ce n’est pas une réalité que nous avons traquée volontairement, par goût du scandale : elle nous a sauté au visage dès que nous avons commencé à mettre en place les structures du club Louise Michel ». Une autre militante du club rajoutait : « S’il y a scandale, il n’est pas dans la publication de Catherine Vimenet, mais dans les conditions de vie qui sont faites à des centaines de milliers de femmes et qui conduisent certaines d’entre elles – certaines seulement bien sûr- à se prostituer. »

(…)

Le film de Godard s’inscrit dans les réalités et les débats du moment de sa réalisation. Ces débats fournissent une grande part de la matière première de son film qui, à la différence de ces débats, se déroule là où ils s’enracinent, les grands chantiers de la périphérie parisienne. Mais de par cette présence des matériaux mêmes de l’enquête sociologique, par le fait de placer la caméra dans les immeubles en construction, le film est radicalement neuf, tant dans sa forme que dans son contenu. Le cinéaste est un regard sur ce qui apparaît de neuf dans son monde : regard qui met en évidence les effets de contrainte provoqués par la rénovation urbaine, les illusions produites et la brutalité des désillusions qui naissent de la pauvreté réelle, en dépit du mirage de la consommation. Avec certains architectes de son temps, il dit que l’architecture n’est pas neutre, que les façons d’habiter sont dans l’ordre social, ne laissant que des choix marginaux aux individus. D’où la « gestapo des structures ». Il dit la violence impensée d’une architecture moderne, reprenant sans l’avis des acteurs le principe de Le Corbusier justifiant l’uniformisation par l’existence de « besoins identiques entre tous les hommes ». Cette violence est portée par la place faite à la prostitution, pratique qui exemplarise les ravages provoqués par la misère financière et affective des habitants du grand ensemble. Ainsi, à partir d’une situation limite à l’époque, la prostitution d’une femme de cadre moyen dans un grand ensemble de la proche banlieue, le réalisateur anticipe sur la crise qui frappera ce territoire de plein fouet quelques années plus tard. Mais déjà au moment où il tourne, l’enquête du Nouvel Observateur a révélé les dommages provoqués par un endettement massif (qui conduit au moins un tiers des ménages à la misère), endettement qui renvoie à l’enfermement solitaire dans un monde où les objets tiennent place d’interlocuteurs, notamment à travers leur obsédante présence dans les images publicitaires. Cette omniprésence et cette dangerosité des objets rapproche le film de Jean-Luc Godard de l’univers de Jacques Tati tel qu’il se déploie dans Mon Oncle, tourné lui en1958. Comme Tati, Godard nous livre aussi une réflexion sur le temps et le langage : de nouveaux mots sont créés comme « échangeur », mais en fait qu’échange t-on ? Pas du sens, simplement du flux. Comme « bretelle » qui ne retient rien… Le but de Godard est bien de donner à penser le radicalement nouveau de ce qui s’édifie, bien plus qu’un ensemble de logements, une nouvelle façon de vivre en ville. Godard fait dire à Marina Vlady : « Personne aujourd’hui ne peut savoir quelle sera la ville de demain. Une partie de la richesse sémantique qui fut sienne dans le passé…, elle va la perdre certainement… Peut-être… Le rôle créateur de la ville sera assuré par d’autres systèmes de communication…, peut-être… Télévision, Radio, Vocabulaire et Syntaxe, sciemment et délibérément… »

Le film rompt donc totalement avec les représentations alors données souvent du grand ensemble comme lieu de vie pour l’avenir, sans pour autant être travaillé par la nostalgie d’un âge d’or de la banlieue. Cette réalité existe et c’est de là qu’il faut partir, qu’il faut analyser des paysages, des situations, inventer des personnages. Esthétiquement, il introduit une écriture cinématographique inévitablement très particulière : réduction de la trame fictionnelle, voix off omnisciente, direction d’acteur originale (il n’existe pas de scénario ; Godard chuchote le texte aux acteurs avant chaque prise), invention d’un personnage hors du commun : le grand ensemble. Après Deux ou trois choses que je sais d’elle, les cinéastes ne pourront plus filmer le grand ensemble de la même façon. Ce qui n’empêchera pas certains politiques de continuer à le penser comme avant.

Aurélie Cardin

Les 4000 logements de La Courneuve : réalités et imaginaires cinématographiques
La représentation des « 4000 » à travers Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967) de Jean-Luc Godard


Télévision: Hitler apparaissait comme le cavalier de l’Apocalypse (If you want peace, you need to know about war)

9 septembre, 2009
Fifth horseman of Apocalypse (Daniel Fitzpatrick, St. Louis Post-Dispatch cartoon, June 4, 1940)Minnelli's Four horsemen of the ApocalypseMinneli's Four horsemen of the Apocalypse 1962 remakeLe titre s’est imposé. L’Europe glissait vers le suicide. Dans un tel déchaînement de violences, Hitler apparaissait comme le cavalier de l’Apocalypse semant la terreur, la haine, la destruction du monde. Isabelle Clarke
Etymologiquement, apocalypse signifie “révélation” en grec, ce qui définit assez bien notre propos. Daniel Costelle
Ce qui m’épate toujours, c’est de constater qu’il y a, chaque fois, un cameraman présent. Même à Smolensk, au milieu des balles qui sifflent. Ou dans les faubourgs de Moscou, quand les chars allemands font leur entrée. Daniel Costelle
Je redonne leur couleur aux images, au plus près de la réalité. Les gens ne vivaient pas en noir et blanc ! (…) En noir et blanc, impossible de distinguer un drapeau italien d’un drapeau français. Sur des images de Monte Cassino, par exemple, c’est pourtant un “détail” qui fait toute la différence. (…) Un soldat avec un fusil en noir et blanc, c’est seulement un combattant. Si l’on distingue la couleur de ses yeux et l’éclat de son alliance, il devient un homme, un père de famille. François Montpellier
D’ordinaire, on se préoccupe de l’Europe, du nazisme et de l’arrivée des Américains. Ou alors les documentaires se fixent sur une bataille, un front, une période donnée. On ne se rend généralement pas compte que se jouait, en parallèle, dans le même temps, une autre guerre entre le Japon et les Etats-Unis. On ne réalise pas que, au cours de cette période, c’est l’ensemble du monde qui a sombré dans l’abîme… Nous avons voulu traduire le présent de l’Histoire, faire sentir l’incertitude d’alors. Par exemple, en 1942 personne n’imagine qu’Hitler va finir par perdre. Il y a une telle violence, un tel déchaînement, une telle démence, que tout paraît absolument inéluctable. Isabelle Clarke
Si tu veux la paix, connais la guerre. Gaston Bouthoul (sociologue fondateur de la polémologie)

Couple de documentaristes réputés (l’historien-écrivain Daniel Costelle et la réalisatrice Isabelle Clarke avec déjà à leur actif deux séries remarquées sur Eva Braun et la traque des nazis), plus de 2 ans et demi de travail, recolorisation bluffante de séquences d’images d’archives pour plus de la moitié inédites, sonorisation particulièrement travaillée (sons des avions, bombes et mitrailleuses recréés en studio), bande son du compositeur de dessins animés mangas et de films de science-fiction japonais Kenji Kawai, voix d’un acteur populaire auprès des jeunes (Mathieu Kassovitz) pour le commentaire (mélange poignant d’informations et d’émotions réduit à l’occasion à sa plus simple expression: “Hitler dit.. , Staline ordonne”…), titres choc des épisodes (“L’agression”, “L’embrasement”, “L’enfer”…), montage rapide (près de 800 plans pour un 52 minutes : autant qu’une série américaine), foison de documents inédits (près de 50%), montage intelligent, séquences bluffantes, image sidérantes, point de vue résolument panoramique et international, panorama complet et facilement intelligible du conflit, regard à hauteur d’homme de la guerre par ceux qui l’ont vécue (des chefs de guerre aux simples soldats et surtout aux civils enfants compris, pour la première fois victimes principales d’un conflit sur 40 à 50 millions de morts, soit quatre fois plus que la Première Guerre mondiale) …

France 2, on le voit, n’a pas lésiné pour la série documentaire grand public qu’elle vient de sortir pour le 70e anniversaire du déclenchement de la deuxième guerre mondiale (“Apocalypse”, 3 fois 2 h à partir d’hier soir, soit les 8, 15 et 29 septembre à 20 h 35, mais déjà diffusé fin août en Belgique et en Suisse).

Même si, devant une telle débauche de moyens, on a à des moments la fâcheuse impression d’avoir quitté l’histoire et d’être dans une très habile reconstitution ou fiction (comme l’avait déjà tenté Minnelli en 1961) et que, derrière la voix faussement objective du narrateur, on aurait bien voulu en savoir plus sur tous ces opérateurs anonymes artificiellement réunis et unifiés par le montage et le traitement high tech de l’image et du son …

Episode 1 : 1933-1939 – l’agression Episode 2 l’écrasement 1939- 1940 Episode 3 le Choc 1940-1941Episode 4 : l’embrasement 1941-1942 Episode 5 : l’étau 1942-1943 Episode 6 l’Enfer 1944-1945 les Américains déclenchent le feu nucléaire. L’apocalypse.

Interview
France 2 : Isabelle Clarke, réalisatrice de “Apocalypse”
“La défaite de la raison”

Elsa Menanteau

lundi 31 août 2009

Septembre 1939. Il y a tout juste 70 ans, s’allumait le feu de ce qui deviendra très vite, la plus violente déflagration planétaire. Avec Apocalypse, France 2 montre dans un documentaire en six épisodes, les explosions simultanées et successives, les engrenages, politiques, diplomatiques, militaires sur tous les espaces, terre, mers, ciels, mais aussi le calvaire des populations civiles. Isabelle Clarke , la réalisatrice de ce document exceptionnel, éclaire sa démarche pour toutpourlesfemmes.com. Entretien.

La 2e guerre mondiale et la période noire de 39-45 ont été traitées dans des centaines voire de milliers de documentaires, de fictions. Avec Apocalypse , vous avez réalisé une œuvre monumentale. Pourquoi cette entreprise ?

Isabelle Clarke : « La paternité de ce projet revient à Daniel Costelle. Dans les années 1970 il a réalisé avec Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne une série devenue mythique : « Les grandes batailles » qui, d’une certain façon, est à l’origine de ce projet. Avec Apocalypse nous reprenons le principe de la série historique, tout en le modernisant. »

En quoi vous vous distinguez de tout ce qui a été fait jusqu’à présent ?

IC :« Nous racontons la guerre en six épisodes, dans lesquels plus de la moitié des images sont inédites. Dans la plupart des documentaires, ce qui est généralement présenté, c’est un zoom sur une page d’histoire : un point de vue, un lieu, une période, une bataille, un pays…Dans Apocalypse, nous avons montré la simultanéité des faits, l’embrasement total de la planète. Nous avons voulu souligner l’angoisse des populations, les prévisions sans cesse bafouées que le conflit serait de courte durée. Notre option était d’éviter la seule lecture stratégique du conflit. Nous avons cherché aussi nous mettre à la place des victimes, entrer dans la vie au quotidien des hommes et des femmes – emportés par cette folie. Le monde était alors le témoin de la défaite de la raison. »

D’où ce titre, Apocalypse ?

IC : Le titre s’est imposé. L’Europe glissait vers le suicide. Dans un tel déchaînement de violences, Hitler apparaissait comme le cavalier de l’Apocalypse semant la terreur, la haine, la destruction du monde.

En tant que femme pensez-vous porter un regard différent sur ces évènements ?

IC : « Cette guerre a fait plus de victimes civiles que militaires. Des femmes, des enfants qui sont meurtris, tués…comment ne pas être touchée ! Ma mère, alors petite fille a vécu l’exode et je ne peux m’empêcher de la voir à travers l’enfant de « Jeux interdits » jouée par Brigitte Fossey. A ma fille qui a dix-huit ans, et à toutes les jeunes générations j’avais aussi envie de dire que cette période sombre de notre passé, n’est pas une page desséchée de l’histoire, mais que c’est leur histoire. »

Comment alors pensez vous atteindre les jeunes, pour lesquels cette période peut paraître bien lointaine ?

IC : « Pour toucher le plus grand nombre nous avons utilisé des outils modernes : restauration de documents exceptionnels, colorisation des images, enregistrement d’une bande originale au diapason de leurs goûts du musicien japonais Kenji Kawai, commentaire dit par Mathieu Kassovitz très apprécié par les jeunes générations et qui sait faire passer une émotion où se mêlent pudeur et violence ».TÉLÉVISION

Voir aussi:

Apocalypse
La Seconde Guerre mondiale telle qu’on vous ne l’avez jamais vue
Marion Festraëts
L’Express
le 07/09/2009

Apocalypse raconte et montre la Seconde Guerre mondiale telle qu’on ne l’a jamais vue. Cette série documentaire en six épisodes sur France 2 foisonne d’images d’archives inédites, exhumées par Daniel Costelle et Isabelle Clarke. Un film exceptionnel.

Apocalypse, de Daniel Costelle et Isabelle Clarke. Les 8, 15 et 23 septembre, 20 h 35, France 2.

Staline hausse les sourcils puis esquisse une moue sous sa moustache de morse. Tout son corps traduit la surprise. Face à lui, le général Anders et le général Sikorski, Premier ministre du gouvernement polonais en exil à Londres. Ils viennent de lui remettre la liste des milliers d’officiers polonais disparus au printemps 1940. Staline secoue la tête, incrédule, semblant ignorer tout du sort de ces soldats. Ces images datent de 1942. Il faudra attendre 1990 pour que Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse ce que Staline savait déjà, et pour cause : sur ce bout de papier figurent les noms des massacrés de Katyn, abattus sur ses ordres.

Cette scène filmée, incroyable, monstrueuse de cynisme, personne (ou presque) n’avait pu la voir. Depuis près de soixante-dix ans, elle dormait dans les archives de l’armée soviétique. Au secret. La voilà exhumée, ressuscitée, comme des milliers d’autres, présentées dans un documentaire exceptionnel diffusé sur France 2, signé Daniel Costelle et Isabelle Clarke. Six épisodes pour raconter toute une guerre, de 1939 à 1945. Un projet titanesque, au titre éloquent : Apocalypse. Semblable au cataclysme dont il rend compte et à comprendre dans la signification première de son étymologie grecque : l’annonce et la révélation.

La moitié de ces films d’archives sont inédits. Et tous sont présentés comme on ne les a jamais vus. D’abord le son, d’une efficacité redoutable : pour rendre au plus juste les bruits de l’époque, Gilbert Courtois, ingénieur et musicien, a plongé dans son incroyable collection sonore et a effectué des recherches pour reconstituer fidèlement le bruit des obus ou des vitres brisées sous les rafales de mitrailleuses. Puis, la mise en couleurs, qui restitue aux personnages toute leur dimension (lire notre article). Enfin, le commentaire, dit avec pudeur et précision par Mathieu Kassovitz.

Apocalypse montre la guerre des stratèges et des militaires, les grandes batailles, la multiplication des fronts et des troupes. La série dévoile aussi, et surtout, ce qu’on ne voit jamais : la guerre à hauteur d’homme. Des voisins ou des parents, dont les yeux se plantent soudain dans ceux du téléspectateur. Il y a notamment Rose, cette toute petite gamine anglaise, amoureusement filmée par son père pendant la guerre. Et tous ces anonymes, dont les visages servent à incarner les témoignages de l’écrivain allemand August von Kageneck, du général Jean Delmas ou des femmes de Berlin, deux fois suppliciées dans leur ville bombardée, livrée aux troupes russes.

Ne rien taire du désastre

Cette dimension prophétique, pédagogique, Daniel Costelle et Isabelle Clarke l’assument pleinement. Les documentaristes prennent à leur compte la théorie du sociologue Gaston Bouthoul, spécialiste de la guerre, postulant que l’amnésie joue largement dans le processus de déclenchement des conflits. Auteur de nombreux films sur le nazisme, l’histoire de l’aviation ou la guerre du Vietnam, le couple n’a rien voulu taire du désastre : « La guerre est un mot ; sa réalité, c’est autre chose, martèle Daniel Costelle. Gloire, vainqueur, vaincu n’ont pour traduction qu’horreur, ruine et gaspillage. Cette guerre a englouti toutes les ressources du monde. Car rien n’est plus stérile qu’une arme. »

Apocalypse en chiffres

40 personnes ont travaillé sur cette série de 6 x 52 minutes.

30 mois se sont écoulés entre l’écriture du scénario, avec Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne, et la livraison des épisodes.

650 heures de rushes ont été collectées, et le montage a duré 16 mois.

102 jours ont été nécessaires à la restauration des images, dont la mise en couleurs a exigé 13 mois de travail.

Spécialistes des archives cinématographiques, Costelle et Clarke se sont constitué au fil du temps un réseau international de recherchistes, Morgane Barrier en tête, qui, pendant deux ans, ont fouillé sans relâche les caves et les tiroirs des cinémathèques du monde entier, des fonds militaires, des greniers de particuliers où se trouvent encore de vieilles bobines oubliées. Résultat : 650 heures de rushes. « Prenez le cas d’un soldat allemand qui a filmé la “Shoah par balles”, en Ukraine, explique Costelle. Que fait-il de ses pellicules, une fois démobilisé ? Il ne crie pas sur les toits qu’il les a, alors il les planque. Et on ne les retrouve qu’après sa mort, souvent par hasard. »

Une histoire complète et poignante

Voilà d’où viennent les images de ces soldats allemands, hilares et désoeuvrés, dansant autour de leurs véhicules en attendant l’ordre de marcher vers l’Est. On les voit encore, quelques mois plus tard, pendant l’hiver russe, pauvres hères cavalant dans la neige 40 fois par jour pour soulager leurs tripes, rongées par la dysenterie. Voilà d’où vient cette séquence d’un Hitler se prélassant dans son chalet du Berghof et recevant ses vassaux de toute l’Europe occupée. « On trouve ce genre de choses dans les archives roumaines ou hongroises, car les dignitaires se sont fait filmer par leurs propres équipes de tournage », remarque Costelle.

« Ce qui m’épate toujours, c’est de constater qu’il y a, chaque fois, un cameraman présent, s’étonne le documentariste. Même à Smolensk, au milieu des balles qui sifflent. Ou dans les faubourgs de Moscou, quand les chars allemands font leur entrée. » Les archives militaires recèlent aussi leur lot de prises de vues oubliées ou interdites, enfin déclassifiées : ces marines exécutant un Japonais dans une rivière aux Philippines ou arrachant les dents en or des soldats nippons ; ces chiens russes, conditionnés à rechercher leur pitance entre les chenilles des tanks pour mieux qu’ils se lancent, ceinturés d’explosifs, contre les blindés ennemis ; ce chirurgien militaire, les deux mains fourrageant dans les viscères d’un blessé pour les remettre dans son abdomen crevé – pendant ce temps, le commentaire rapporte que les médecins déconseillaient alors aux soldats l’absorption de toute nourriture dans les six heures précédant un assaut, pour minimiser les risques d’hémorragie interne en cas de blessure.

Après seize mois de montage – « et beaucoup de larmes », reconnaît Costelle – Isabelle Clarke est parvenue à monter une histoire complète et poignante du conflit, vue de tous les fronts. Une oeuvre essentielle, déjà vendue dans le monde entier, y compris en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon. Le testament d’un enfer mondial.

Sur France 2 les 8, 15 et 23 septembre
Comment Apocalypse a redonné des couleurs à la guerre
Marion Festraëts

le 08/09/2009

François Monptellier a colorisé les images d’archives de la Seconde Guerre Mondiale pour le film événement Apocalypse.

Nom : François Montpellier. Profession : magicien. Reclus treize mois durant dans son studio parisien, cet homme a rendu des couleurs aux milliers d’images d’archives exhumées par les recherchistes d’Isabelle Clarke et de Daniel Costelle. Seulement 5 % des prises de vue de l’époque ont été filmées directement en couleurs. « Je redonne leur couleur aux images, au plus près de la réalité, souligne François Montpellier. Les gens ne vivaient pas en noir et blanc ! » Grâce à sa palette miraculeuse, le bourbier russe recouvre ses nuances terreuses, l’acier des casques luit de reflets durs, le ciel de Berlin s’embrase sous les bombardements alliés.

Depuis une dizaine d’années et sa première collaboration avec le couple Clarke-Costelle sur Les Ailes des héros, documentaire consacré aux pionniers de l’aviation, il perfectionne ses techniques, à base d’algorithmes permettant de retrouver le grain de la pellicule d’époque. Surtout, il se fonde sur une formidable collection de 5 000 textures : « Pour rendre les couleurs d’un champ, je ne le badigeonne pas en vert, explique-t-il. J’appose les nuances de marron et de vert extraites de clichés en couleurs pour restituer ses teintes à l’herbe. Cela n’a rien à voir avec les aplats qu’on plaquait autrefois sur la pellicule et qui donnait ces résultats si peu naturels. »

Pour restituer la teinte des textiles, il sillonne les musées de la mode du monde entier, confronte les motifs, compare les nuances de gris. Il lui faut également tenir compte de la saison, de l’heure de la journée, des conditions météorologiques du moment… Autant de paramètres qui nécessitent des recherches approfondies. « Pour retrouver l’ambiance des bombardements de Berlin, je me suis appuyé sur des récits et des témoignages. L’atmosphère de la bataille de Dunkerque, en juin 1940, c’était le ciel désespérément bleu de ces journées de printemps. »

En l’absence de couleur, certaines images peuvent se révéler ambiguës, voire trompeuses. « En noir et blanc, impossible de distinguer un drapeau italien d’un drapeau français, souligne Montpellier. Sur des images de Monte Cassino, par exemple, c’est pourtant un “détail” qui fait toute la différence. » Car voilà la justification de toute cette entreprise : rendre aux images leur lisibilité, leur vérité, la totalité des informations qu’elles recèlent. Et leur puissance émotionnelle : « Un soldat avec un fusil en noir et blanc, c’est seulement un combattant. Si l’on distingue la couleur de ses yeux et l’éclat de son alliance, il devient un homme, un père de famille. »

Voir également:

“Apocalypse” : pari réussi pour France 2
Ce soir, ne ratez pas, sur France 2, les deux premiers des six épisodes sur la Seconde Guerre mondiale
François-Guillaume Lorrain
Le Point
le 08/09/2009

“Eh bien, mon général, c’est fait.
- Je vous remercie pour la façon dont vous avez fait.
- Mon général, oui enfin, vous me comprenez ?
- Je vous comprends.”

La gorge se serre en écoutant le général Huntzinger annoncer par téléphone (mis sur écoute par les Allemands) au général Weygand qu’il vient de signer l’armistice dans le wagon de Rethondes. C’est un de ces multiples documents inédits (en couleurs, en HD et resonorisés) proposés par la série Apocalypse de France 2, qui réussit le pari de raconter la guerre en six heures. Pourquoi coloriser des images tournées en noir et blanc ? Si l’on veut intéresser les nouvelles générations à l’Histoire, ce procédé, à l’évidence, semble aujourd’hui incontournable. Les producteurs ont fait aussi le pari d’un montage rapide : près de 800 plans pour un 52 minutes, soit autant qu’une série américaine. Mais ce n’est pas la seule qualité de cette série. Montage intelligent : on passe de soldats allemands pris de diarrhées dans l’hiver russe à leurs collègues bronzés de l’Afrika Korps qui font cuire des oeufs sur la tôle brûlante de leurs chars. Séquence bluffante : des bataillons sibériens vêtus de blanc qui arrosent à la mitraillette tout en dévalant des pentes à skis comme dans un James Bond. Image sidérante : Manhattan illuminée la nuit aperçue du périscope d’un U-Boat allemand qui croise dans la baie de New York. Commentaire passionnant : on apprend (et l’on voit) que les Soviétiques affamèrent 100.000 prisonniers allemands, dont beaucoup de “Malgré-nous alsaciens”, avant de leur donner de la soupe aux choux (un puissant laxatif) pour qu’ils défilent dans Moscou, pris de coliques.

Tous ces exemples disent bien le point de vue panoramique et international adopté sur un conflit éminemment mondial. Pas d’approche franco-française. Au contraire. L’équilibre est respecté aussi entre, d’une part, les dirigeants et, d’autre part, le soldat de base et les civils, qui, pour la première fois, sont les victimes principales d’un conflit. Au total, 40 à 50 millions de morts, soit quatre fois plus que lors de la Première Guerre mondiale. On a vu six heures, on aurait pu en voir douze ou dix-huit, car c’est souvent du jamais-vu. “Les cinémathèques du monde entier nous ont fourni leurs fonds émergents”, expliquent les auteurs, Daniel Costelle et Isabelle Clarke, qui, avec leur équipe, ont visionné 2.000 heures durant trois ans. Un exploit dont le service public peut être fier.

France 2, les 8, 15 et 29 septembre à 20 h 35

Voir enfin:

Apocalypse
La série documentaire
RTBF

Daniel Costelle, historien et écrivain, et Isabelle Clarke, réalisatrice, ont signé quelques-uns des très grands documentaires historiques de ces dernières années “Eva Braun, dans l’intimité d’Hitler”, “Les Ailes des héros”, “Lindbergh, l’aigle solitaire” ou encore “La Traque des Nazis”. Pour commémorer le soixante-dixième anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, ils repoussent les limites du documentaire pour créer un spectacle choc. Une manière de transmettre aux jeunes générations la mémoire de cette folie meurtrière généralisée. Explications.

Pourquoi ce titre, Apocalypse ?
Daniel Costelle : Etymologiquement, apocalypse signifie “révélation” en grec, ce qui définit assez bien notre propos.
Isabelle Clarke : Et le titre joue bien évidemment sur les références bibliques, avec cette idée qu’Hitler serait le cavalier de l’apocalypse, semant ruine, misère et violence sur son passage.

Quelle est l’origine d’Apocalypse ?
Isabelle Clarke : Je voudrais tout d’abord remercier du fond du coeur les auteurs, Jean-Louis Guillaud et Henri de Turenne, de m’avoir fait confiance sur une entreprise aussi importante. Leur série — mythique — Les Grandes batailles est à l’origine de ce projet.
Daniel Costelle : Patrice Duhamel voulait commémorer le soixante-dixième anniversaire du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, 3 septembre 1939 – 3 septembre 2009. Mais comment s’y prendre, aujourd’hui ? Comment raconter de manière intéressante et claire un tel conflit ? Comment témoigner de cette folie meurtrière généralisée ? Et surtout comment faire comprendre l’indicible aux jeunes générations ? Très vite, nous avons senti que ce projet allait être atypique et résolument nouveau…
Isabelle Clarke : …d’une ampleur totalement inédite, même ! Pour la première fois, une série documentaire embrasse la Seconde Guerre dans sa globalité, s’intéressant aux stratégies et enjeux géopolitiques internationaux mais aussi s’attardant sur le visage des hommes et des femmes, racontant leur quotidien. Apocalypse est une série à hauteur d’homme : on pénètre à la fois dans la tête des grands chefs et dans celle des victimes, des sans-grade. Voilà la guerre telle qu’on ne l’a jamais vue : humaine, “atroce et familière”, pour reprendre l’expression employée par Fabrice Puchault qui était responsable du projet, au commencement.

Dans sa forme même, Apocalypse représente un pari novateur et audacieux…
Daniel Costelle : Je crois que le plus important est le sens du public et de la clarté que nous nous sommes imposé dès le départ, ainsi qu’ une rigueur historique et un grand sens de l’efficacité narrative. Ce que nous savons, c’est qu’il était extrêmement compliqué de faire simple. Isabelle Clarke a voulu faire d’Apocalypse une oeuvre cinématographique. Nous avons utilisé tous les moyens modernes pour aborder l’Histoire d’une façon nouvelle. La série, constituée exclusivement d’images d’archives, a été pensée et conçue avec les outils — narratifs, technologiques — du cinéma. Les archives bénéficient ainsi d’une qualité d’image (en couleur et en Haute Définition) et de son (mixage en 5.1) tout simplement époustouflante ! De quoi convaincre tout le monde !

Isabelle Clarke : Nous nous sommes emparés des images d’archives comme si nous les avions tournées nous-mêmes, pour les intégrer dans de véritables séquences, comme une fiction (il y a près de 800 plans par épisode). La série joue ainsi sur un équilibre délicat entre le récit historique et l’émotion. Nous avons fait en sorte de maintenir en permanence ces différents niveaux de lecture en étant extrêmement rigoureux historiquement (tout a été vérifié et re-vérifié par nos conseillers), tout en restant accessibles au plus grand nombre, intelligibles et captivants.

Comment gère-t-on un projet aussi titanesque ?
Isabelle Clarke : Je crois que tous ceux avec qui nous avons eu la chance de travailler se sont passionnés pour le projet, autant pour ce qu’il raconte que pour son aspect pharaonique, pour les défis qu’il demandait de relever. Cette confiance, cet enthousiasme collectif, nous ont portés tout au long des deux années et demie de préparation.
Daniel Costelle : Je tiens à remercier France 2 qui nous a donné les moyens d’aller au bout de ce projet démesuré. C’est là toute la raison d’être du service public. Nous avons vécu un petit miracle, comme un temps béni de la télévision.
Isabelle Clarke : Et Louis Vaudeville ! Notre producteur, qui a pris des risques insensés pour nous…
Daniel Costelle : Oui, un vrai producteur kamikaze ! Aujourd’hui, toute l’équipe de production, dirigée par Florence Sarrazin- Mounier, est récompensée de ses efforts. Notre distributeur international France Télévisions Distribution a vendu la série dans de nombreux pays, et notamment à des chaînes prestigieuses comme National Geographic International, NHK au Japon et NDR, WDR, MDR, SWR en Allemagne. Tout un symbole.

Pour la première fois, un film offre une vision globale du conflit. Quelle leçon en tirer ?
Isabelle Clarke : Ce qui frappe particulièrement, à mon sens, c’est la redoutable simultanéité de cette guerre. D’ordinaire, on se préoccupe de l’Europe, du nazisme et de l’arrivée des Américains. Ou alors les documentaires se fixent sur une bataille, un front, une période donnée. On ne se rend généralement pas compte que se jouait, en parallèle, dans le même temps, une autre guerre entre le Japon et les Etats-Unis. On ne réalise pas que, au cours de cette période, c’est l’ensemble du monde qui a sombré dans l’abîme… Nous avons voulu traduire le présent de l’Histoire, faire sentir l’incertitude d’alors. Par exemple, en 1942 personne n’imagine qu’Hitler va finir par perdre. Il y a une telle violence, un tel déchaînement, une telle démence, que tout paraît absolument inéluctable. Raconter ce glissement progressif vers la destruction, l’autodestruction du monde — 50 millions de morts, et majoritairement des civils ! — c’est le mouvement de notre film.

En même temps, Apocalypse semble portée par une sorte d’espoir…
Daniel Costelle : Dans le dernier épisode, sur les ruines de Berlin détruite, nous citons les paroles de l’écrivain allemand Klaus Mann : “La défaite en elle-même ne constitue pas une honte, au contraire. La honte nationale, l’avilissement, la décomposition et l’appauvrissement de la vie allemande, c’était le national-socialisme.” De même, à la capitulation du Japon, le ministre plénipotentiaire de l’empereur Hirohito dit : “Ce jour n’est pas un jour de deuil, mais le premier jour du Japon nouveau”. Une manière de montrer que, malgré tout cela, l’homme s’en sort.

UN APPEL VIBRANT

Vous sentez-vous une responsabilité morale ? L’envie de faire passer un message ?
Isabelle Clarke : Un message absolument pacifiste. Oui, c’est ce que j’ai voulu faire.
Daniel Costelle : Nous voyons cette série comme un appel vibrant. J’engage d’ailleurs tout le monde à lire ou relire Gaston Bouthoul, cet éminent sociologue qui a fondé la polémologie, discipline passionnante fondée sur l’étude de la guerre et des formes d’agressivité en société. “Si tu veux la paix, connais la guerre”, disait-il.
Notre ambition est là : montrer la guerre pour servir la paix.
Isabelle Clarke : D’autant que, aujourd’hui, il est indispensable de se souvenir, de lutter contre l’oubli. C’est l’oubli qui conduit au négationnisme. Mais plutôt que de parler de “devoir de mémoire”, je préfère l’expression de Simone Veil, “devoir d’histoire”.
Apocalypse participe pleinement de ce devoir.


Cinéma: Les mollahs lancent leur révolution verte sur les écrans de Venise (Mullahs take on Michael Moore at Venice film festival)

2 septembre, 2009
Makhmalbaf (San Sebastian)Le fond du problème est que ce régime ne veut pas reprendre ses négociations avec les Occidentaux car au bout de compte, il devrait accepter des compromis contraires à ses intérêts. Ces intérêts résident dans le fait d’être l’adversaire idéologique de l’Occident pour demeurer dans le rôle intéressant d’agitateur régional arbitre du conflit israélo-arabe. Pour cela, il doit séduire la rue arabe avec des slogans anxiogènes et disposer de milices armées. S’il faisait le moindre geste d’apaisement, il perdrait l’appui de la rue arabe et de ces milices qui peuvent aller proposer leurs services à d’autres protecteurs qui souhaitent contrôler cette force de nuisance (Syrie, Russie ou Chine). Iran Resist
En juin dernier, le régime voulait organiser sa propre révolution de couleur en faveur du candidat islamiste modéré Moussavi pour pousser Obama et les Européens à plébisciter sans le vouloir une seconde révolution islamique. Au passage, cela lui aurait permis de faire contester par les Occidentaux la légitimité du président élu Ahmadinejad, ce qui aurait de facto bloqué les négociations avec l’Iran. Les mollahs espéraient ainsi provoquer une crise plus grave afin que par la peur d’une guerre touchant le couloir pétrolier du Golfe Persique, Obama capitule et abandonne ses exigences et ses sanctions. Iran Resist

Plus forts que Michael Moore!

Addition surprise de dernière minute, présentation hors compétition, très jeune réalisatrice (Ours de cristal de Berlin l’an dernier pour ses 20 ans, déjà présente à Venise en 2003 pour ses 15!), propre fille du porte-parole de Moussavi, montage et post-production achevés en catastrophe, “pellicules cachées dans un endroit tenu secret pour échapper à la censure”, annonce d’une autre version par la faussaire de “Persépolis” elle-même et d’un documentaire de 6 heures à la gloire des bassidjis qui ont maté le soulèvement …

Les mollahs et leurs pompom girls n’ont à nouveau pas lésiné, comme le rappellent nos amis d’Iran-Resist en cette 66e ouverture de la Mostra, pour vendre au monde, entre deux livraisons d’armes pour leurs protégés palestiniens, leur “révolution de couleur” de juin dernier!

Iran: 3 films officiels sur le soulèvement iranien
Iran-Resist
26.08.2009

Hana Makhmalbaf la fille de Mohsen Makhmalbaf, le porte-parole en Europe du Mouvement Vert et de la journée de solidarité (« Green Days »), présentera en avant-première à la 66e Mostra de cinéma de Venise un film en partie documentaire nommé « Green Days » sur les « manifestations qui ont récemment secoué l’Iran ».

«Les pellicules sont déjà en Italie et la jeune réalisatrice finit le montage et la post-production, dans un endroit tenu secret » échappant ainsi à la censure iranienne, a indiqué un porte-parole du festival à l’AFP. On se fiche bien de nous : cette femme est iranienne et voyage avec un passeport fourni par les mollahs comme Satrapi ou Kiarostami…

En jouant la comédie de la dissidence, Téhéran veut tromper l’opinion pour diffuser sa version du soulèvement du peuple iranien : une version qui prétend que les Iraniens qui manifestaient du 15 au 25 juin n’étaient pas hostiles au régime, mais des partisans de Moussavi, membre de la milice bassidj et fervent partisan de la révolution islamique, de la république islamique et de sa constitution.

Pour réussir cet exploit, Hana (ou plus exactement Henné) Makhmalbaf a sélectionné les images : elle a éliminé toutes les images du soulèvement, celles que l’on a vues sur Youtube, pour ne garder celles des petites manifestations du 13 et du 14 juin quand Téhéran simulait sa révolution verte pro-Moussavi.

Explications de cette sélection | Le 13 juin dernier, le régime lançait le Mouvement Vert de la contestation des résultats électoraux. Son objectif initial était d’offrir à Obama une imitation iranienne des révolutions de couleur made in US afin que le président américain, porté par son propre élan de soutien aux démocrates du monde musulman, soutienne les partisans de Moussavi en conformité avec son discours du Caire. Si Obama avait fait ce geste, il aurait rendu illégitime le président élu et de facto rendu toutes futures négociations avec lui dépourvues de valeur. Obama n’a pas fait cette gigantesque erreur et le peuple iranien n’a pas tenu le rôle qui lui était réservé par le régime dans ce Mouvement Vert. Le 15 juin (48 heures après le lancement du mouvement), le peuple est descendu massivement dans la rue : non pour contester Ahmadinejad en soutien au Mouvement Vert, mais pour contester le régime dans sa totalité.

Contre-attaque(s) | Le régime a alors interdit aux journalistes étrangers de filmer ou enregistrer ces manifestations où l’on criait Mort à la république Islamique avant de donner l’ordre de feu dans la journée. Moussavi a écrit une lettre publique au guide pour l’encourager à casser cette contre-révolution. Malgré cette trahison, pendant dix jours, les Iraniens ont résisté à mains nues, lâchés par tous les soi-disant dissidents célèbres : les étudiants qui avaient eu les faveurs de Delphine Minoui, les journalistes réformateurs avec le même profil, les féministes de la campagne 1 million de signatures et bien sûr les cinéastes primés à Cannes comme Kiarostami ou encore cette Hana Makhmalbaf, et même le dernier lauréat d’« un certain regard », Bahman Ghobadi. Tous avaient perdu leur caméra et le chemin de la rue.

Le 25 juin, quand le régime a maté ce soulèvement, il a tenté de remobiliser la rue sous la bannière verte, mais la trahison de ce mouvement et de ses chefs a rendu la tâche impossible. A Téhéran, ville de 12 millions d’habitants, Moussavi et les Verts n’arrivent même pas à mobiliser 100 personnes alors que des opposants au régime ont encore récemment mobilisé des dizaines de milliers de personnes dans cette ville mais aussi en province. Pour répondre à cet affront, le régime a décidé d’effacer toutes les traces de ce soulèvement en produisant des articles qui niaient les images vues sur YouTube, les slogans, les morts, les arrestations. Au mieux, cette désinformation les attribuait aux journées du 13 et 14 juin. Après les articles, voici la version cinématographique de cette désinformation produite par les mêmes lâches qui avaient déserté la rue.

Les images des 13 et 14 juin étant peu nombreuses, Henné Makhmalbaf a comblé le reste de la bobine pour son Green Days avec des séquences de fiction sur la condition féminine en Iran, en fait des séquences consacrées aux fausses féministes, alibi démocratique du régime. Le régime réécrit l’histoire, mais aussi il entend redorer l’image de ces lâches faux opposants. C’est un travail de fond, il faut relancer les faux opposants pour relancer Moussavi et son Mouvement Vert. Téhéran a besoin de ce Mouvement populaire pro-nucléaire pour refuser au nom du peuple tout compromis nucléaire.

Après « Green Days », selon le quotidien Etemad qui appartient à haut dignitaire du régime, on aura droit à un autre film de ce genre actuellement en production sous la direction de Marjane Satrapi. C’est la version 2 de Persépolis « consacrée au coup d’Etat d’Ahmadinejad contre l’élection démocratique de Moussavi ! »

D’un coup de baguette magique, la république des mollahs se retrouve être le récipiendaire d’une démocratie ! Formidable tour de passe-passe pour détourner l’opinion occidentale du vrai mécontentement populaire en Iran, pour que les voix des Iraniens ne soient jamais entendues.

Là ne s’arrêtent pas les efforts de Téhéran pour l’effacement du soulèvement. Très méticuleux, le régime a aussi pensé à limiter l’évocation même diffuse de la répression en Iran : il a envoyé vers les festivals en Europe un documentaire de 6 heures de Mehran Tamaddon à la gloire des bassidjis, ces miliciens haïs par le peuple qui ont maté le soulèvement iranien. Dans son documentaire salué comme « un film engagé » par un journaliste français très bête, ce cinéaste franco-iranien financé par les mollahs humanise ces miliciens qu’il qualifie de « délicieux ».

C’est une opération que le régime aurait dû éviter. Mais en la faisant, il a rendu immense service à ses opposants. L’annonce de la diffusion d’un film à la gloire de la milice n’a donné lieu à aucune tribune de Hana Makhmalbaf ou de Satrapi qui se disent les porte-parole des victimes de la répression. Comme il est facile de démasquer les lobbyistes du régime… avis aux journalistes français, il y a une vie en dehors du lobbying.

Voir aussi:

Un film sur les manifestations en Iran à la Mostra de Venise
Le Monde
le 24.08.09

La jeune réalisatrice iranienne Hana Makhmalbaf présentera en avant-première à la 66e Mostra de cinéma de Venise un film en partie documentaire sur les manifestations qui ont récemment secoué l’Iran, ont annoncé lundi 24 août les organisateurs du festival.

“Les pellicules sont déjà en Italie et la jeune réalisatrice finit le montage et la post-production, dans un endroit tenu secret” échappant ainsi à la censure iranienne, a indiqué un porte-parole du festival. Son film, Green Days, alterne des séquences documentaires – des images à chaud sur le début des manifestations – et des séquences de fiction sur la condition féminine en Iran, explique le communiqué de la Mostra, qui précise que l’œuvre sera présentée hors compétition pendant le festival, qui se déroule du 2 au 12 septembre.

La jeune réalisatrice, Hana Makhmalbaf, 21 ans, a remporté en 2008 un Ours de Cristal au festival de Berlin pour son film Le Cahier. Elle avait présenté en 2003 à Venise, à l’âge de 15 ans, son premier long métrage, Lezate Divanegi (“Joy of Madness”). Issue d’une famille de cinéastes reconnus, Hana Makhmalbaf est la fille de Mohsen Makhmalbaf, réalisateur et porte-parole du réformateur Mir Hossein Moussavi, candidat malheureux à l’élection présidentielle iranienne de juin.
avec AFP


Iran: Quand on a vu ces trois millions de personnes dans les rues, on a été surpris (How many people would like to be held up by our group?)

25 juin, 2009
Corrupted hands (iranian Take the money and run, 2001)Okay, on va voter. Combien de personnes ici voudraient être braquées par ce groupe? Et maintenant combien de personnes voudraient être braquées par notre groupe? Virgil Starkwell (“Prends l’oseille et tais-toi”, Woody Allen, 1969)
Quand on a vu ces trois millions de personnes dans les rues, on a été surpris. Bernard Hourcade
La Stampa a d’ailleurs révélé que les services secrets italiens avaient détecté depuis 48 heures des transferts massifs de capitaux des fondations iraniennes liées aux différents dirigeants du régime en particulier Rafsandjani. L’article cite également Moussavi et son frère aîné, Khamenei. Selon La Stampa, les sommes expédiées sont limitées à 10 millions de dollars pour ne pas attirer l’attention des inspecteurs chargés de surveiller l’activité bancaire iranienne et transitent via des petites banques privées turques, malaisiennes, indonésiennes, pakistanaise et émiraties vers leurs destinations finales. Iran-Resist
Les manifestations sans précédent qu’ont connu dimanche dernier les rues des grandes villes françaises seraient-elles en train de faire plier les mollahs?

Expulsions de journalistes et diplomates étrangers, transferts aussi précipités que massifs de dizaines de millions de dollars, pays occidentaux demandant à leurs ressortissants de quitter le pays, refus d’obéir de forces de sécurité …

Alors que, malgré la répression sanglante toujours en cours, nos médias et les pompom girls du régime ont commencé à claironner l’essouflement et la mise au pas tant attendues de la rue iranienne …

Pendant que, démontrant l’efficacité que pourrait avoir une véritable politique d’assistance aux peuples en danger, l’une de nos démocraties (non, rassurez-vous: ce n’est pas le Pleurnicheur en chef!) se décide enfin à joindre l’acte à la parole …

C’est-à-dire, après les niveaux médiatique et diplomatique, là où ça fait vraiment mal, au portefeuille du Guide lui-même qui, au moment où il pourrait en avoir vraiment besoin, voit les milliards d’économie de ses vieux jours gelés …

Retour, toujours avec nos amis du site Iran-Resist, sur cette folle semaine …

Où, comme dans le premier et génial film de Woody Allen qui fête ses 40 ans cette année …

Nos décidément malheureux mollahs cinéphiles ont faire voter les clients de la banque pour savoir par qui ils voulaient être braqués et… c’est l’autre bande qui a gagné!

Iran: Les mollahs plient bagages!
Iran-Resist
25.06.2009

Il y a 13 jours le régime des mollahs a annoncé la victoire d’Ahmadinejad suivie d’une saine contestation des résultats pour inciter un soutien international en faveur de Moussavi afin de procurer à ce dernier une reconnaissance qui lui permettrait de refuser la main tendue par Obama. Ce plan ambitieux a échoué car le peuple a profité de la brèche pour descendre massivement dans la rue pour scander des slogans hostiles au régime. Désormais, le régime cherche un moyen pour se tirer d’affaire à moindres frais.

Quand le patron occulte du régime, Rafsandjani, qui est à l’origine du projet d’apaisement via la création des réformateurs et des dissidents, a mis sur le pavé les figurants pro-Moussavi, il n’imaginait jamais les conséquences de ce choix. La brèche ouverte a sorti le régime de ses mises en scène pour le plonger dans un domaine qu’il maîtrise mal comme tout régime fasciste : le monde réel. Jusque-là, Téhéran avait l’habitude d’agiter par intermittence des soi-disant dissidents qui simulaient des querelles pour donner l’illusion d’une démocratie pluraliste mais se taisaient rapidement avant que cela ne dégénère.

La descente massive du peuple dans les rues a surpris les mollahs. Le mot a été lâché par erreur par Bernard Hourcade sur le plateau de C dans l’Air : quand on a vu ces trois millions de personnes dans les rues, on a été surpris. On veut bien le croire. On sait qu’à la fin de la journée, le régime a ouvert le feu et tué 23 manifestants. Cette réaction résultait de plusieurs constatations : non seulement la foule n’arborait pas la couleur verte de Moussavi, ne scandait pas des slogans en sa faveur, mais elle avait aussi appelé à une grève générale et illimitée contre le régime. Pire encore, comme en témoigne cette vidéo, un homme qui se veut un Seyed (lien transmissible de descendance avec le prophète) propose au mollah Abtahi, proche collaborateur de Khatami, d’avoir certaines relations sexuelles avec sa mère « pour l’honneur du titre de Seyed ». Personne n’a défendu le mollah qui semble très apeuré ! Depuis cet incident, la foule descend toujours plus nombreuse et l’on ne voit plus aucun mollah dans les manifestations. Les barbus aussi se font rares.

Cette descente massive du peuple dans la rue a eu lieu au troisième jour de la fausse contestation imaginée par Téhéran pour mettre en selle Moussavi avec une reconnaissance internationale. Cette manifestation inattendue, surprenante selon le gaffeur Hourcade, a en fait mis les mollahs dans un double pétrin : ils devaient continuer leur mise en scène pour obtenir la reconnaissance américaine pour Moussavi sans se laisser déborder encore plus par la rue désormais incontrôlable.

La première mesure défensive du régime n’a pas été un déploiement de ses troupes de la milice anti-émeute, mais l’interdiction aux journalistes étrangers de couvrir ces manifestations non programmées par ses soins. D’emblée, Téhéran a situé le front sur le plan médiatique car c’est là que se passait sa bataille, celle qui devait montrer Moussavi comme une victime pour susciter un soutien en sa faveur.

Cette bataille, Téhéran l’a perdue quand une chaîne insoupçonnable s’est spontanément créée entre les démunis qui descendaient dans la rue et ceux plus aisés qui filmaient les scènes pour les transmettre au monde libre via leur connexion Internet (trop coûteuse pour les moins aisés). Le monde a ainsi découvert une insurrection en direct, une contre-révolution. Incapable de retenir ce flot d’images, Téhéran a cherché à dévoyer le contenu en affirmant via ses troupes de lobbyistes étrangers que les gens continuaient à descendre dans la rue uniquement pour contester les résultats et pour soutenir Moussavi !

Pour donner une certaine crédibilité à cette affirmation, Moussavi a été prié de faire des apparitions remarquées dans ces manifestations incontrôlées. La tâche était difficile car la foule ne répondait pas aux propositions de rassemblement lancées par Moussavi, ce dernier a eu du mal à suivre. Lors de sa dernière apparition, la foule s’est mise à chanter un hymne nationaliste de l’époque du Shah interdit par Khomeiny ! Il est apparu que l’entreprise était risquée car le candidat du régime pouvait à tout instant être hué par la foule devant les objectifs miniaturisés des téléphones portables anonymes qui pallient à l’absence de la presse étrangère sur le terrain. Dès lors, le régime est entré dans une phase de cache-cache avec la foule : d’une part, il attend les appels aux rassemblements et les fait reformuler par les siens, Moussavi Montazéri, Khatami ou encore Karroubi en informant la presse internationale et en lui demandant de relayer l’info, mais il n’envoie jamais aux rendez-vous le mollah inviteur. Nous assistons ainsi depuis 10 jours à des invitations surmédiatisées et des démentis plutôt discrets uniquement destinés aux médias persanophones.

Cette méthode est efficace, puisque que de nombreux médias étrangers continuent à citer le nom de Moussavi, mais cela n’est pas une réussite pour le régime car Moussavi est désormais et sans le vouloir qualifié du candidat de la rue contre le régime. Les mollahs doivent désormais trouver une porte de sortie afin qu’ils ne se retrouvent pas avec un soutien mondial au peuple iranien, qui leur imposerait la tenue d’une nouvelle élection sous l’égide d’observateurs étrangers, un processus qui se transformera en un referendum signant leur destitution !

C’est pourquoi nous assistons à un changement de programme: Moussavi ne demande plus de nouvelles élections, mais la « création d’une commission de vérité » pour un simple arbitrage du Conseil de Discernement géré par Rafsandjani, le concepteur de ce projet raté. Le régime s’en remet au concepteur de ce projet. Ses choix sont limités : si le Conseil de Discernement décidait de donner raison à Moussavi, il donnerait raison à la rue et devrait donc envisager des élections libres c’est-à-dire un referendum ; s’il ne le faisait pas, il irait à la confrontation avec le peuple et le régime exploserait, les Pasdaran refusant de tirer. En évoquant un recours à ce Conseil, le régime pris à son propre piège cherche en fait à retarder les échéances sans doute pour couvrir la fuite des dirigeants.

La Stampa a d’ailleurs révélé que les services secrets italiens avaient détecté depuis 48 heures des transferts massifs de capitaux les fondations iraniennes liées aux différents dirigeants du régime en particulier Rafsandjani. L’article cite également Moussavi et son frère aîné, Khamenei. Selon La Stampa, les sommes expédiées sont limitées à 10 millions de dollars pour ne pas attirer l’attention des inspecteurs chargés de surveiller l’activité bancaire iranienne et transitent via des petites banques privées Turques, Malaisiennes, Indonésiennes, Pakistanaise et Emiraties vers leurs destinations finales. Les mollahs plient bagages. En attendant d’avoir fini de déplacer leurs capitaux, ils font patienter leurs interlocuteurs avec la création d’une commission de vérité et des tergiversations sur l’opportunité de demander ou pas un arbitrage du Conseil de Discernement. Cette fuite qui laisserait les Bassidjis seuls face à la colère populaire pourrait tourner au désavantage des fuyards. Leurs sympathiques gardes du corps pourraient les retenir à Téhéran. Chacun l’espère.

On peut parler d’Annus Horribilis pour Rafsandjani : il avait sélectionné Larijani pour succéder à Ahmadinejad, mais le rouquin a cherché à le virer via la prise de contrôle du ministère de l’intérieur par son plus proche collaborateur Ali Kordan. Il a alors déchu Kordan et écarté Larijani et opté pour le maintien d’Ahmadinejad, avant d’imaginer à la hâte ce plan B autour de Moussavi qui s’avère être son dernier choix politique, ses choix étant désormais d’ordre de survie et ce n’est qu’un début.

La chute n’est désormais qu’une question de temps. Ceci explique peut-être la nervosité des bassidjis et la répression très sanglante du dernier rassemblement à Téhéran qualifiée de massacre par plusieurs témoins. Les images font état d’une ville en guerre, l’Allemagne a demandé à ses ressortissants de quitter le pays.

un témoin : les bassidjis nous ont massacrés…

Conscient que les mollahs pourraient l’entraîner dans leur chute, Bachar El Assad vient de revoir sa position sur la main tendue par Obama. Nous verrons aussi des changements chez les protégés des mollahs : le Hamas et le Hezbollah. La chute des mollahs changera la face du Moyen-Orient et du monde.

Voir aussi:

Iran: Le Guide, dévasté par la « politique perverse » de Londres
Iran-Resist
25.06.2009

Il y a quelques jours, le ton est monté entre Téhéran et Londres. La version officielle parle d’une querelle autour de l’expulsion de Jon Leyne le correspondant de la BBC à Téhéran, mais la vérité est différente car les relations ne cessent de se détériorer.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a déclaré que Téhéran souhaitait réduire le niveau de ses relations avec la Grande-Bretagne. Les deux pays ont d’ailleurs expulsé chacun des diplomates de l’autre pays, Téhéran accusant la Grande-Bretagne d’interférer dans ses affaires internes.

En fait, Londres s’est immiscé non pas dans les affaires internes du régime mais dans celles de son Guide Suprême quand il a fait geler ses avoirs placés en Angleterre sur le compte de son fils Agha Mojtaba : 1 milliard 600 millions de dollars qui sont désormais officiellement bloqués pour être restitués au peuple iranien après la libération du pays. Un petit cadeau pour faire oublier la collaboration britannique avec les mollahs qui fut l’un des principaux obstacles à un changement de régime.

Dans cette opération, le Guide a perdu une bonne partie de ses économies pour ses vieux jours, juste au moment où il pourrait en avoir besoin pour s’acheter un exil tranquille. On comprend donc son dépit. Il lui reste néanmoins près de 8 milliards de $ disséminés dans plusieurs autres comptes avec des noms d’emprunts. Parmi ceux-là on peut citer 800 millions de dollars déposés sur un compte allemand au nom de Mojtaba Tehrani.

Le vent tourne. D’autres mollahs tremblent déjà à l’idée de perdre leurs avoirs d’où cette colère collective qui est celle du régime et non d’un seul homme.

Voir enfin:

Iran: Hier à Téhéran, on a crié Mort à la République Islamique
Iran-Resist
24.06.2009

Les Iraniens ne se démobilisent pas : le régime est donc passé à des méthodes de désinformation indignes : il a mis en place plusieurs adresses email de délation et évoque déjà des centaines de courriels de délation afin de semer le doute dans l’esprit de solidarité qui a régné cette semaine en Iran, faisant toujours reculer la milice armée face à des foules désarmées.

Puisqu’il a été incapable de mater l’insurrection qui se veut clairement une contre-révolution islamique, le régime a commencé à prétendre le contraire pour démoraliser les troupes. Non seulement, il a annoncé la création d’adresses virtuelles pour la délation et des centaines de cas en quelques heures, mais il a aussi mis on-line une vidéo soi-disant amateur qui montre des miliciens armés et casquées en train d’arrêter deux suspects à l’intérieur de leur propre cour d’immeuble avec beaucoup de facilité et sans trop de violence.

Cette vidéo est un peu ridicule car on voit le panier à salade de nos CRS locaux qui est également garé dans l’espace privé de l’immeuble ! C’est illogique. C’est ce qui arrive quand on fait les choses à la hâte. Les deux personnes qui sont censées filmer la scène chuchotent pour expliquer cette scène bizarre ! Mais alors que les miliciens se parlent, nos deux super cinéastes n’ont pas eu idée de noter les noms ou encore le numéro de la plaque d’immatriculation du véhicule de la milice qu’ils filment en parlant de leur tristesse que les miliciens pénètrent ainsi dans les logements, insinuant que les opposants ne sont nulle part à l’abri.

Il y a quelques jours nous avons diffusé une vidéo essentiellement sonore où une fille très sensible parle de sa tristesse devant l’absence de réaction des pays étrangers face à ce qui se passe en Iran. Dans cette vidéo, les cris d’Allah Akbar qui narguent le régime sont assez flous car lointains. Le régime a fait sa propre version de cette vidéo, mais dans celle-ci le propos n’est pas de se plaindre mais faire peur : ici pas de commentaires sur le régime mais une voix très lointaine, mais extrêmement cristalline laisse insinuer une descente de la milice chez une fille. L’info est passée sur une chaîne américaine où chacun a été remué par ces méthodes policières, mais on a négligé le fait qu’il s’agissait d’un document pour insinuer que personne n’était nulle part à l’abri de la sagacité de la milice.

Une descente aux domiciles des gens expose toute la famille à des punitions que l’on imagine. Téhéran cherche à terroriser les plus jeunes en prétendant qu’il va s’en prendre à leurs aînés. Le régime ne s’attaque pas uniquement aux manifestants, il cherche aussi à intimider ceux qui restent à l’arrière. Cette opération d’intimidation est une seconde vague : la semaine dernière le régime faisait casser des façades et des voitures par ses agents pour incriminer les manifestants, afin de casser la chaîne de solidarité citoyenne qui a fait le succès des opposants la semaine dernière. La triche avait été révélée par des personnes qui ont par hasard photographié et filmé les miliciens dans leurs basses œuvres.

Démasqué, le régime a abandonné la casse des biens publics ou privés pour s’orienter vers une méthode plus pernicieuse qui cherche à semer le doute et rompre les relations de confiance entre les manifestants. Parallèlement à la diffusion de ces rumeurs de délation et d’arrestations annoncées ou filmées, le régime a aussi commencé à envoyer via Youtube des vidéos montrant des villes apaisées pour évoquer la fin du mouvement. On lit aussi ça et là des confidences d’ex-manifestants qui évoquent leur déception de la fin de ce mouvement qui fut si beau.

Ces rumeurs ne trompent que ceux qui veulent y croire car hier au moment où certaines confidences lues ou entendues ça et là évoquaient un Téhéran étouffé, avait lieu sur la Place Haft é Tir une grosse manifestation de 60,000 personnes qui a donné lieu à 200 arrestations. Au moins, 6 personnes ont été tuées et il y a également eu deux blessés graves dont nous avons publié les images hier.

Aujourd’hui aussi les soi-disant ex-manifestants ont été de corvée de rumeurs, mais la foule s’est encore réunie à Téhéran cette fois sur la Place Bahârestân devant l’entrée du Parlement historique de l’Iran et notre source sur place a fait état d’une nouvelle journée sanglante, mais sans donner de détails.

Aujourd’hui, on a aussi eu la bonne surprise d’entendre pour la première fois à Téhéran le slogan « MARG BAR JOMHURI ESLAMI » (mort à la république islamique) à proximité de la Place de la Révolution !

Le mouvement ne se démobilise donc pas. Parallèlement à cette présence désormais quotidienne sur le pavé, la grève générale et illimitée a débuté partiellement. Au Kurdistan, nos compatriotes ont débrayé à plus de 60% dans les ateliers et les commerces. Mais dans plusieurs villes dont Saghez qui est la seconde ville de cette région plus de 90% des commerçants ont baissé leurs rideaux métalliques.

On signale aussi une grève partielle de l’industrie pétrolière ainsi qu’une nouvelle brèche dans le corps des Pasdaran, 17 des chefs historiques et très croyants de cette milice ont fait part de leur désapprobation du limogeage (et de la « disparition ») d’Ali Fazli, le haut commandant des Pasdaran à Téhéran qui a refusé d’ouvrir le feu sur le peuple de Téhéran. Ces chefs historiques des Pasdaran que l’on ne peut dissocier de la révolution islamique ont publiquement fait savoir que la répression de la foule était « en contradiction avec l’esprit de la révolution islamique de 1979 ».

Il y a donc d’une part les images de la mobilisation et de l’autre des nouvelles très réjouissantes pour l’opposition et entre les deux, un régime aux abois réduit à se défendre par des rumeurs et des menaces comme s’il manquait de troupes prêtes à le défendre.


Cinéma: Tu n’as rien vu à Katyn (You saw nothing in Katyn)

16 avril, 2009
Communist pandemy mapEpurer la terre russe de tous les insectes nuisibles, des puces (les filous), des punaises (les riches), etc. Lénine (1917)
Si la révolution tarde en Allemagne, nous devrons nous mettre à l’école du capitalisme d’État des Allemands, l’imiter de toutes nos forces, ne pas craindre les procédés dictatoriaux pour accélérer cette assimilation de la civilisation occidentale par la Russie barbare, ne pas reculer devant les moyens barbares pour combattre la barbarie. Lénine (1918)

Le refus vigilant de toute équivalence, de toute comparaison, même, entre nazisme et communisme, malgré la parenté de leurs structures étatiques et de leurs comportements répressifs, provient de ce que l’exécration quotidienne du nazisme sert de rempart protecteur contre l’examen attentif du communisme.(…) Perpétrées en quelques jours selon un plan préétabli, ces tueries en masse de Polonais vaincus, exterminés pour la seule raison qu’ils étaient polonais, constituent d’indiscutables crimes contre l’humanité, et non pas seulement des crimes de guerre, puisque la guerre était terminée en ce qui concerne la Pologne. D’après les conventions de Genève, l’exécution de prisonniers d’une armée régulière, qui ont combattu en uniforme, est un crime contre l’humanité, surtout une fois le conflit terminé. L’ordre de Moscou était de supprimer toutes les élites polonaises: étudiants, juges, propriétaires terriens, fonctionnaires, ingénieurs, professeurs, avocats et, bien sûr, officiers. Jean-François Revel
Du nazisme, les Français ont conservé, et à juste titre, la mémoire tragique de la défaite de 40 et de l´occupation (fusillades, pillages, déportations etc.). Par contre, depuis 1936, et surtout depuis 1944-1945, les Français ont assez largement conservé une mémoire glorieuse qui repose sur la participation du PCF au front populaire, sur la participation des communistes à la Résistance et à la Libération du pays, et aussi au rôle de l´URSS dans l´écrasement du nazisme. Cette opposition entre mémoire tragique de l´un et mémoire glorieuse de l´autre explique cette “différence de méfiance”. Mais, si vous allez par exemple en Europe de l´est, vous verrez qu´il n´y a aucune mémoire glorieuse du communisme, mais au contraire une mémoire tragique en raison des conditions dans lesquelles ont été “libérés” ces pays – certains dès 1939-1940, comme l´Ukraine occidentale, les Etats baltes – par l´Armée rouge : c´est-à-dire une totale soviétisation forcée avec à la clef la terreur de masse, les fusillades et déportations de masses, la destruction des cultures nationales etc. Stéphane Courtois
Quelle satisfaction aurait-on de voir que la carrière semi-clandestine d’un film sur le massacre soviétique perpétré à Katyn ne serait que le fruit d’une manœuvre réussie de diversion, de sorte que le grand public ne prenne pas connaissance d’un des plus atroces crimes du communisme. Pour peu que l’on ne veuille pas le corriger à l’aide d’excursions pédagogiques de spectateurs révoltés, il faut se rendre à l’évidence que les distributeurs timorés prévoyaient consciemment pire que la censure : les pires aspects du communisme, même confiés à un grand metteur en scène, n’émeuvent guère le grand public, ne suscitent aucune indignation sincère, n’enflamment pas la passion ou l’imagination d’un large publi (…) C’est une conclusion amère et triste, mais réelle. (…) 20 ans après la chute du Mur de Berlin, le communisme et ses massacres n’intéressent pratiquement personne, à l’exception de ceux pour qui l’anticommunisme est devenu une obsession. (…) Concernant le communisme – aucune indignation. Dans le monde de la culture, dans le débat public, aux caisses des cinémas, l’anticommunisme a subi une défaite mélancolique. Pierluigi Battista (Pourquoi “Katyn” n’intéresse personne ?, Corriere della Sera)
Katyn est fortement enraciné dans la mémoire des Polonais (…). Le régime communiste polonais n’a jamais été disposé à dire la vérité sur Katyn, aucun livre, aucun débat n’était permis sur la question. Son souvenir a constitué un grave obstacle dans les relations entre la Pologne et la Russie. (…) En même temps, l’attitude des alliés a entaché également les relations entre la Pologne et l’Occident. Leur silence à propos de ce massacre a été perçu comme une trahison. C’est bien pour ça que après 1945, même si on connaissait les responsables, une partie de l’élite polonaise a choisi le communisme. Andrzej Wajda
Septembre 1939, un pont métallique en Pologne. Soldats et civils, autos, charrettes et vélos tentent de traverser. Dans les deux sens. Les uns fuient les Allemands, les autres, les Russes. Le 17 septembre, les Polonais, repliés dans l’est du pays, contiennent l’attaque lancée le 1er du mois par la Wehrmacht, mais ils sont pris à revers par l’Armée rouge. La traîtrise est une des clauses secrètes du pacte germano-soviétique. Sur le pont, c’est la bousculade, impossible d’avancer. La première image de “Katyn”, le nouveau film d’Andrzej Wajda, résume la tragédie de la Pologne, prise en étau. Le martyre ne fait que commencer. Emmanuel Hecht
Ces qualités rendent d’autant plus étrange le refus des grands circuits de distribution de montrer le film au public français. Sans doute Gaumont, UGC et MK2 ont-ils craint de s’attirer des ennuis avec un film décapant qui rappelle la collusion entre nazis et communistes dans les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale (c’est pour dénoncer cette collusion que la police française avait arrêté en 1940 des militants communistes comme le jeune Guy Môquet). André Larané
Katyn est le premier film qui porte sur le massacre et l’agression soviétique contre la Pologne, commise en accord avec Hitler. Ce fut un sujet tabou pour la gauche française. Pendant de longues années, elle garda le silence autour de l’invasion de la Pologne par l’Armée rouge, des crimes des Soviétiques, de même que sur Katyn. Jusqu’à aujourd’hui, ce tragique événement historique est un cadavre dans le placard de la gauche française, si longtemps indulgente à l’égard du “Grand Linguiste” (Staline). Adam Michnik

Circulez: il n’y a rien à voir!

“Amidonnée par un académisme qui nuit à l’émotion”, “longueurs et reconstitution empesée très académique”, “lourdingue”, “académisme empesé et d’une religiosité (un peu nationaliste) dont il ne se débarrassera jamais”, “ne convainc pas”, “esthétique surannée, vieillotte, académique”, “échec”, “pas assez dialecticien pour traiter ontologiquement cette question” …

Alors que la vieille Europe se réjouit des prétendus derniers soubresauts du capitalisme pendant qu’une Russie hypernationaliste se repenche avec nostalgie sur la soi-disant gloire passée du soviétisme et commence à refermer les archives …

Comment s’étonner, outre une on ne peut plus discrète sortie (deux ans après, douzaine de salles en France, 4 à Paris), de la plutôt tiède réception française dont, sauf exceptions, témoignent ces critiques de la dernière œuvre du réalisateur polonais Andrzej Wajda (83 ans)?

L’auteur de “Danton” (dont, 28 ans après, le DVD est lui aussi quasiment introuvable) dérangerait-il encore avec son récit si personnel en forme de testament (son propre père fit partie des quelque 22 000 officiers et autres membres de l’élite polonaise dont la sauvage liquidation par les Soviétiques à ou près de Katyn en avril 1940 fut faussement attribuée aux nazis) sur cet odieux mensonge érigé, pendant un demi-siècle et avec la complicité tacite de l’Ouest (BNF comprise?), en vérité historique?

Le renvoi dos à dos la barabarie nazie comme soviétique (parfaitement illustré tant par la première scène où se croisent deux vagues de civils fuyant l’une la Wehrmacht l’autre l’Armée rouge que la rafle nazie de l’Université de Cracovie) dérangerait-elle encore dans un pays pour lequel le communisme est encore, selon les mots de Marchais, un “bilan globalement positif” et où Guy Môquet est censé être un résistant?

Comme, au-delà d’un rapport certes ambigu de nombre de Polonais face au génocide juif (quid, dans le film, des 500 à 600 juifs de Katyn?), l’étrange ressemblance entre ces exécutions de masse au bord de tranchées, cette destruction programmée de toute une élite (officiers, universitaires, ingénieurs, intelligentsia) ainsi que les rafles, la traque et la déportation en camps de leurs familles avec ladite Shoah?

Sans compter, last but not least, l’organe de presse du parti qui pendant toutes ces années n’a rien vu à Kiev, Budapest, Prague ou Varsovie (ou Pékin, Hanoï, Pnom Penh, La Havane ou Pyongyang) et se permet maintenant de reprocher à l’un des fils des victimes de la police politique soviétique… de “n’avoir rien vu à Katyn” ?

Tu n’as rien vu à Katyn
Histoire . Le plus célèbre des cinéastes polonais revient sur le massacre où a péri son père.
J.R.
L’Humanité
le 1er avril 2009

Katyn,
d’Andrzej Wajda.
Pologne. 2 h 1.

En 1940 à Katyn, probablement quinze mille officiers de l’armée polonaise sont purement et simplement liquidés et balancés dans des fosses. Les coupables désignés de cette extermination sont les Allemands. Moi-même, participant il y a quelque trente ans de cela à une délégation très officielle en Union soviétique, ai été invité à me recueillir à Katyn sur ce symbole de la barbarie nazie. Mais (la délégation comportait de vieux crabes, dont un des officiers supérieurs de l’escadron Normandie-Niemen) des phrases circulaient sous le manteau. L’Armée rouge aurait, sur ordre de Staline, été responsable du massacre. Le dire aujourd’hui, en – Pologne de surcroît, ne relève plus du scoop mais on comprend que – Andrzej Wajda, qui perdit son père à Katyn à l’âge de quatorze ans, ait pu avoir envie, dans le cadre d’une superproduction apte à toucher des millions de spectateurs de surcroît, de revenir sur cette période de douleurs qu’il avait déjà abordée dans Génération, Kanal et Cendres et Diamant. C’est donc à travers une nouvelle fiction qu’il retrouve le chemin de sa mémoire, de sa propre résistance anticommuniste et de sa mère, Anna dans le film. Il y a là assez pour émouvoir.

Néanmoins, le résultat ne convainc pas. La première raison est que l’esthétique est surannée, vieillotte, académique en un mot. Piège incontournable où d’autres avant Wajda ont laissé des dents. Impossible de faire de l’avant-garde sur un tel sujet, et voici comment la forme se fige dans une intemporalité qui fait qu’il est impossible de savoir si l’oeuvre date d’aujourd’hui ou d’il y a bien longtemps (pourtant Wajda, dans les films précités, avait ouvert une voie possible…). L’autre cause de l’échec est plus subtile. Wajda intègre des documents d’archives soviétiques pour nous montrer que l’image peut mentir. Belle idée de cinéaste. Mais si l’image peut mentir, pourquoi alors ne pas douter de la version des faits rapportés par Wajda ? En bref, si je crois tout ou partie (la place manque pour soulever la question de sa représentation de l’antisémitisme en – Pologne) de ce qu’il affirme, c’est à partir d’un savoir extérieur, pas d’un point de vue intrinsèque. Comme – aurait dit Godard, est-ce une image juste ou juste une image ? Convaincu que l’affirmation d’une vérité suffit, Wajda n’est pas assez dialecticien pour traiter ontologiquement cette question. D’où, ce qui renvoie à notre réserve précédente, un film qui illustre son propos au lieu de secréter son – discours.

Voir aussi:

Katyn
Un film qui dérange

André Larané
Hérodote

Avril 2009 : Katyn sort en France dans la plus grande discrétion et ne tourne que dans une douzaine de salles ! L’ayant vu et apprécié, nous nous en étonnons…

Rappelons les faits : le 13 avril 1943, la radio allemande annonce la découverte d’un charnier dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Il s’agit des restes de plusieurs milliers d’officiers polonais, prisonniers de guerre délibérément exécutés par les Soviétiques lorsque ceux-ci, conformément au pacte germano-soviétique, s’étaient emparés en 1939-1940 de la partie orientale du pays. Pendant plusieurs décennies, les communistes persisteront à rejeter le crime sur les nazis.

En 2007, le grand cinéaste polonais Andrzej Wajda (82 ans) a tiré un film témoignage de ce drame dont son propre père a été l’une des victimes. Disons-le d’emblée, Katyn est un film d’une excellente facture : la mise en scène est talentueuse ; les acteurs, les décors et les scènes de vie tout à fait dans le ton des années 1940. La tension monte très vite et quand défile le générique de fin dans un silence mortuaire, c’est avec peine que les spectateurs s’arrachent à leur siège.

Ces qualités rendent d’autant plus étrange le refus des grands circuits de distribution de montrer le film au public français. Sans doute Gaumont, UGC et MK2 ont-ils craint de s’attirer des ennuis avec un film décapant qui rappelle la collusion entre nazis et communistes dans les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale (c’est pour dénoncer cette collusion que la police française avait arrêté en 1940 des militants communistes comme le jeune Guy Môquet).

Le déni du crime

Andrzej Wajda est l’un des plus grands cinéastes actuels (Palme d’or au Festival de Cannes 1981 pour L’Homme de fer, film sur la révolution de Solidarnosc). Il déroule dans son dernier film les circonstances qui ont conduit au massacre de Katyn. En croisant les destins de plusieurs officiers et de leurs familles, il révèle surtout le traumatisme qui a suivi, dans la Pologne communiste de l’après-guerre, quand il a fallu taire la vérité pour complaire au vainqueur, l’URSS.

Tout commence le 17 septembre 1939 quand les Polonais qui fuient vers l’est l’avance des chars allemands se heurtent à leurs compatriotes qui fuient, eux, l’invasion soviétique ! On apprend alors que l’Armée rouge libère les soldats polonais capturés au fil des combats mais retient les officiers. Or, à la différence de l’Allemagne, l’URSS n’a pas signé la convention de Genève sur la protection des prisonniers de guerre…

Au printemps 1943, deux ans après la rupture du pacte germano-soviétique, la propagande nazie ne se fait pas faute d’exploiter la découverte des charniers de Katyn. L’horrible litanie des noms des victimes, diffusée dans les journaux et par haut-parleur dans les rues, veut convaincre les Polonais que le mal absolu est le communisme que combat désormais la Wehrmacht !

Retournement de situation en 1945, à la chute du nazisme, avec l’installation à Varsovie d’un gouvernement communiste aux ordres de Moscou. Ce dernier tente sans y réussir de convaincre l’opinion que les massacres de Katyn sont postérieurs au repli soviétique de juin 1941 et donc le fait des Allemands. Pour les familles des officiers, la date du décès – avril 1940 – devient désormais un enjeu vital.

Où sont les juifs ?

Remarquable document sur un aspect de la Seconde Guerre mondiale méconnu des Français et des Occidentaux, le film de Wajda fait toutefois silence sur l’existence de nombreux juifs dans la Pologne de 1939. Elle compte en effet 3,2 millions de juifs (un dixième de la population totale) et ceux-ci sont présents en masse dans les villes et les couches intellectuelles et bourgeoises. Le judaïsme imprègne profondément les grandes villes comme Cracovie.

Beaucoup d’officiers victimes des Soviétiques devaient même être de religion israélite. Leur absence du film est la seule entorse à la vérité historique mais elle mérite d’être relevée…

Voir également:

“Katyn”, film poignant et douloureux pour Wajda
Jean-Luc Douin
Le Monde
01.04.09

Le cinéaste évoque l’assassinat par les Soviétiques, en avril 1940, de milliers d’officiers polonais, dont son père
ans les pays de l’Est, Katyn est un mot tabou. C’est le nom d’une forêt, en territoire russe, près de Smolensk, où les troupes allemandes trouvèrent en 1941 un charnier. Les cadavres de milliers d’officiers polonais exécutés d’une balle dans la nuque. Qui avait commandité ce massacre ? Les Allemands accusèrent les Soviétiques. Les Soviétiques désignèrent les Allemands. La polémique dura jusqu’à ce qu’éclate la vérité : en 1990, Mikhaïl Gorbatchev reconnaît officiellement que ces prisonniers de guerre avaient été fusillés par les services spéciaux du NKVD en avril 1940. En 1992, Boris Eltsine en livrera la preuve aux autorités de Varsovie : l’ordre du crime signé par Staline.

Rappel historique : lorsque la seconde guerre mondiale éclate, l’Armée rouge est liée aux nazis par le pacte germano-soviétique signé en 1939. Hitler et Staline se sont mis d’accord pour se partager la Pologne, « ce bâtard né du traité de Versailles », comme dit Molotov, le ministre soviétique des affaires étrangères. Les Allemands attaquent, et, lorsque les Soviétiques franchissent à leur tour la frontière, Staline parle de tendre une « main fraternelle au peuple polonais », de défendre les Ukrainiens et les Biélorusses de la Pologne orientale. Son objectif caché est de détruire la Pologne, qu’il considère comme un Etat fasciste, et d’y imposer le système soviétique.

Andrzej Wajda tenait absolument à tourner un film sur ce traumatisme national pour deux raisons. La première est intime : son père faisait partie des officiers exécutés à Katyn. Cette histoire lui permet de rendre hommage au courage de sa mère et de régler quelques comptes avec sa propre histoire. Il s’est par ailleurs donné une mission messianique, celle de défendre l’identité d’un pays qui fut envahi, morcelé, déchiqueté. Katyn est un nouvel épisode de l’épopée de la survie d’un peuple qui n’a cessé d’être une proie pour ses voisins. Et de la détermination de Wajda à dénoncer la falsification de l’histoire par les communistes.

Morceau de bravoure de ce film, le spectacle terrifiant de l’assassinat systématique des officiers – dont on pousse le corps dans une fosse après avoir tiré à bout portant à l’arrière de leur crâne – est précédé par l’évocation des épisodes de cette tragédie (attaque armée des Soviétiques, découverte des restes, etc.), et la manière dont un certain nombre de Polonais vivent l’événement, essentiellement des femmes. Un capitaine de cavalerie est longtemps attendu par sa femme, sa fille et sa mère, qui ont gardé espoir à cause d’une confusion sur la liste des morts. L’épouse d’un général, la soeur d’un pilote vivent douloureusement le silence et les mensonges qui entourent la disparition de leurs proches.

A 83 ans, Wajda arbore une belle vigueur créatrice. Katyn est l’un des films les plus poignants qu’il ait réalisés depuis longtemps. Il faut savoir toutefois que, évoquant des sujets sensibles, Katyn encourt deux types de critiques.

La première concerne le renvoi dos à dos des nazis et des Soviétiques comme prédateurs du territoire national. Réalisé, comme L’Homme de marbre, dans un contexte politique consensuel, le film est conçu comme une bombe antisoviétique. On y voit le Politburo envoyer une universitaire de Cracovie en camp de travail ; on y entend les troupes polonaises clairement assimilées à des partisans de la Pologne libre, et comportant autant de scientifiques, professeurs, ingénieurs, juristes et artistes que de militaires de carrière.

ETRANGE CONFUSION

Comme l’explique Victor Zaslavsky dans un ouvrage sur Le Massacre de Katyn (Tempus, 202 p., 7,50 ?), les Soviétiques ont effectivement programmé la mort des officiers polonais, qui incarnaient les « ennemis objectifs », une intelligentsia bourgeoise, un vivier potentiel de résistance, ainsi que la déportation en camps de leurs familles. Ces exécutions de masse sont conçues comme un « nettoyage de classe ».

La seconde est l’étrange confusion entre Katyn et le génocide des juifs. Rien, aucune allusion, dans le film, sur la Shoah, mais une description des rafles, de la traque des familles d’officiers polonais, comme s’il s’agissait de la déportation des juifs en camps. Détail troublant : ces proies d’un massacre programmé sont viscéralement attachées à leur ours en peluche. Or le Musée Yad Vashem de Jérusalem a fait de l’ours un symbole de l’extermination des enfants juifs, du martyre d’un peuple.

Dans Katyn, sommée par les services allemands de dénoncer la responsabilité soviétique dans le massacre, la femme d’un général polonais est menacée d’être envoyée à Auschwitz… Tout, sans cesse, nous ramène aux juifs, sauf que le mot n’est jamais prononcé. Le juif n’existe pas. La victime de la seconde guerre mondiale, c’est le Polonais.

Pourquoi ce non-dit, cette confusion ? Andrzej Wajda aura traîné cette question toute sa carrière, puisque son premier film, Génération (1955) – évocation de la résistance contre les nazis -, occultait déjà cet enjeu capital de la guerre. Il est vrai que l’ambiguïté de la représentation des juifs dans le cinéma polonais dépasse sa personne.

Voir de plus:

ENTRETIEN

Andrzej Wajda parle de son film « Katyn » : « Je voulais évoquer le crime et le mensonge »

Le Monde
01.04.09

L’histoire de milliers d’officiers polonais exécutés par les Soviétiques en 1940
Andrzej Wajda est un des plus grands cinéastes polonais de l’après-guerre. Depuis Génération (1955), il s’est donné une mission de porte-parole de sa nation, déterminé à adapter les oeuvres des grands romanciers nationaux (Jaroslaw Iwaskiewicz dans Le Bois de bouleaux, Wladyslaw Reymont dans La Terre de la grande promesse). Ou à retracer les heures glorieuses de l’histoire nationale, sa résistance aux tentatives de rayer le pays de la carte, son sursaut contre le stalinisme ( L’Homme de fer, 1981).

Le succès de Katyn en Pologne symbolise-t-il des funérailles nationales pour les victimes de cette tragédie ?

Katyn est un événement de notre histoire qui n’a jamais eu de véritable reflet. Le besoin était fort. L’ancienne génération, qui ne va pas au cinéma, s’est déplacée. Les écoles ont organisé des sorties. En revanche, la distribution à l’étranger n’a pas du tout fonctionné. Katyn n’est pas diffusé aux Etats-Unis, en Russie, en Allemagne. Il sort tout juste en France. Ceux qui l’ont acheté ne le montrent pas. C’est dû à l’incompétence de la télévision publique polonaise. Ce sont des mammouths du « socialisme réel ».

Katyn reste un sujet brûlant entre la Pologne et la Russie…

Après les années 1980, Gorbatchev puis Eltsine avaient autorisé la transmission de documents levant tout doute sur la nature du crime de Katyn. Notamment celui où Beria propose la liquidation des officiers, puis celui exprimant l’accord du comité central. En 2004, la situation a changé. Nous ne pouvions plus obtenir le reste des documents. L’an passé, j’ai écrit au procureur général de Russie pour demander en vertu de quel article de loi mon père avait été tué. Il m’a répondu qu’il ne pouvait rien expliquer, car le dossier de mon père n’existait pas.

Comment, justement, le drame de Katyn a-t-il influé sur votre destin ?

J’ai perdu mon père à 13 ans. Je suis très vite devenu autonome et actif, notamment comme soldat de l’Armée de l’intérieur [AK, mouvement de résistance] pendant l’Occupation. Ensuite, j’ai cherché ma place dans l’art, en entrant à l’Académie des beaux-arts dans les années 1940, puis à l’école de cinéma.

Mon père a été assassiné dans les caves de Kharkov et enterré dans une fosse commune, dans les abords de la ville, où reposaient aussi des victimes du stalinisme des années 1930. Ma mère a attendu son retour jusqu’à sa mort.

Certains considèrent que la fin du film [ l'exécution par balles des officiers, jetés dans des fosses ] est de la spéculation émotionnelle. En vérité, j’avais envisagé de commencer par ça. Mais je voulais évoquer à la fois le crime et le mensonge. Or, pour cela, il faut d’abord raconter le mensonge.

Quel mensonge ?

Les Allemands ont révélé le crime de Katyn en 1943. Le gouvernement polonais en exil à Londres a demandé à la Croix-Rouge internationale de vérifier qui se trouvait dans les fosses communes. Staline a alors rompu avec le gouvernement, affirmant que ce crime avait été commis par les Allemands.

Le mensonge portait sur la date : les faits avaient-ils eu lieu au printemps 1940, ou après que les Allemands furent entrés sur le territoire, lors de la guerre contre les Russes ? La datation des arbres qui ont poussé sur les fosses, les documents officiels et les papiers que les officiers avaient sur eux ne laissent aucun doute.

Le film risquait d’être emporté par vos émotions personnelles ?

Je ne craignais pas ça. Un réalisateur ne peut faire de films s’il est plus ému qu’il ne veut émouvoir le public. Mon problème était autre : je manquais de matériaux littéraires, comme pour mes autres films, avec des personnages, des scènes.

Les scénarios qu’on me proposait ne me satisfaisaient pas. J’ai décidé d’utiliser des personnages réels dont j’ai découvert l’existence dans des récits, des documents trouvés sur les officiers. J’avais des obligations, car je réalisais le premier film sur Katyn. Je devais associer des informations historiques à des personnages.

Pour les figures féminines, j’avais l’exemple de ma mère. Pour les hommes, je devais me faire une idée de la façon dont ils ont vécu cette fin, dont ils ont été tués.

Y a-t-il des films qui vous ravissent aujourd’hui ?

Le cinéma polonais tel que je l’ai connu s’est épuisé. Le public a changé. Au lieu de trois mille salles, il n’y en a plus que quelques centaines, dans les grandes villes. Les billets sont plus chers. Le public n’a pas envie de changement, la réalité lui convient, il prend le cinéma comme un divertissement. Il n’attend pas de films sociaux ou politiques.

Les films européens qui essaient de saisir une réalité me plaisent. Par exemple L’Enfant, des frères Dardenne. Cette idée qu’un enfant pourrait devenir un produit m’a fait une énorme impression. Je pense aussi à Entre les murs, de Laurent Cantet, qui m’a fait dresser les cheveux sur la tête. Cette hostilité des élèves contre leur professeur et contre la France pose la question des idéaux de la Révolution française.

Vous préparez un film sur Lech Walesa…

Il portera sur ses débuts. J’aimerais qu’il s’achève sur ces paroles fabuleuses, prononcées lors d’un voyage officiel à Washington comme président : « Nous, le peuple. » Lui, l’ancien électricien.
Propos recueillis par Piotr Smolar

Voir également:

“Katyn” ou le film du massacre des Polonais par les Soviétiques

Adam Michnik
Le Monde
15.04.09
Nulle ambiguïté chez Wajda : il relate un drame sans lien avec la Shoah

Le Monde fait partie des plus sérieux quotidiens internationaux. Aussi ai-je été fortement surpris de lire la critique qu’il a faite de Katyn, le dernier film d’Andrzej Wajda ( Le Monde du 1er avril).

Son auteur y formule deux remarques, dont la première « concerne le renvoi dos à dos des nazis et des Soviétiques comme prédateurs du territoire national ». Aux yeux du critique français, c’est une aberration, une contre-vérité. Cependant, dans la période entre septembre 1939 et juin 1940, tels furent les faits historiques. Quelle troublante ignorance !

A l’époque, la Pologne fut morcelée par deux puissances totalitaires liées par le pacte germano-soviétique. La terreur dans les deux parties occupées du pays fut comparable ; la brutalité et la cruauté avec lesquelles les deux occupants emprisonnaient et assassinaient les Polonais était la même.

Lorsque, en avril 1943, les Allemands découvrirent, dans la forêt de Katyn, les cadavres d’officiers polonais, le plus important bulletin de la Résistance polonaise ( Bulletin d’informations) publia le commentaire suivant : « Nous sommes conscients de la barbarie de l’occupation soviétique en territoire oriental de la Pologne. (…) En même temps, nous sommes stupéfaits par l’insolence des Allemands qui font semblant d’oublier leurs effroyables crimes commis à Auschwitz, Majdanek, Palmir, Wawer et n’hésitent pas à rechercher des criminels du côté de Smolensk. » (…)

« Aujourd’hui, alors qu’éclate toute la vérité sur cet événement tragique, nous disons avec force : nous n’oublierons jamais le crime soviétique perpétré près de Smolensk – comme nous n’oublierons jamais non plus les crimes allemands de Palmir, de Wawer, des camps de concentrations, et ceux de la partie occidentale de la Pologne. » Voici comment la Résistance polonaise réagit au massacre de Katyn, qui fut un couronnement du pacte Ribbentrop-Molotov.

Après la guerre, la vérité sur ce massacre était tue, voire falsifiée. Le silence mensonger entourait le drame ; Staline et sa propagande remportaient la victoire. En Europe centrale et orientale, ce silence fut imposé par la terreur. En Europe occidentale, en revanche, le dogme idéologique interdisait de mettre côte à côte les crimes d’Hitler et ceux de Staline. La critique du Monde est donc prisonnière de ce dogme, alors que Wajda le défie. Le metteur en scène polonais brise le mur du silence.

Katyn est le premier film qui porte sur le massacre et l’agression soviétique contre la Pologne, commise en accord avec Hitler. Ce fut un sujet tabou pour la gauche française. Pendant de longues années, elle garda le silence autour de l’invasion de la Pologne par l’Armée rouge, des crimes des Soviétiques, de même que sur Katyn. Jusqu’à aujourd’hui, ce tragique événement historique est un cadavre dans le placard de la gauche française, si longtemps indulgente à l’égard du « Grand Linguiste » (Staline).

Ce ne fut pas le seul dogme de la gauche française. Un autre fut la conviction que, depuis toujours, les Polonais tétèrent l’antisémitisme avec le lait de leurs mères, et que les juifs furent les seules victimes de l’occupation allemande. Je lis dans Le Monde que le film de Wajda crée « une étrange confusion entre Katyn et le génocide des juifs », ainsi qu’il n’y a « rien, aucune allusion, dans le film, sur la Shoah ». Il y a en revanche « une description des rafles, de la traque des familles des officiers polonais, comme s’il s’agissait de la déportation des juifs en camps ».

Pire : « Ces proies d’un massacre programmé sont attachées à leur ours en peluche. Or, le Musée Yad Vashem de Jérusalem a fait de l’ours un symbole de l’extermination des enfants juifs, du martyre d’un peuple ». Et de conclure : « Tout, sans cesse, nous ramène aux juifs, sauf que le mot n’est jamais prononcé. Le juif n’existe pas. La victime de la seconde guerre, c’est le Polonais. »

Faut-il rappeler que le thème central du film de Wajda n’est pas l’Holocauste mais le massacre de Katyn ? Si, dans ce film, on ne voit pas de juifs dans les rues de Cracovie occupée par les Allemands, c’est parce qu’en 1943, ils étaient entassés dans des ghettos et déportés dans des camps de la mort.

Aucune confusion n’est faite dans ce film entre Katyn et Treblinka. Ce furent deux crimes différents ; le film n’aborde que l’un des deux. Le reproche sur le manque de référence à l’Holocauste est donc absurde. Pourrait-on formuler la même critique à l’adresse de Steven Spielberg ou de Roman Polanski qui, dans leurs films ( La liste de Schindler et Le Pianiste), ne mentionnent pas non plus le massacre de Katyn, des goulags de la Kolyma, ou de Karaganda ? Jusqu’alors peu de films ont été réalisés autour des crimes soviétiques, même si ces derniers furent aussi barbares et massifs que ceux perpétrés par Hitler – et je le déplore. Pendant des décennies, ils furent entourés d’un mur de silence.

Par ailleurs, je tiens à souligner qu’Andrzej Wajda n’est pas et n’a jamais été un négationniste déguisé de l’Holocauste. Il a réalisé trois films consacrés à cette problématique : Samson, Korczak, et La Semaine sainte. Lui faire ce reproche me paraît tout à fait infondé. Katyn décrit avec réalisme les rafles et les persécutions subies par les Polonais, « coincés » entre deux Molochs totalitaires. Tel fut le sort réservé à ce peuple et c’est pour cette raison que les Polonais ont fait partie des principales victimes de la seconde guerre mondiale. Il est grand temps de prendre note de ces vérités banales.

En conclusion, la critique du Monde constate « l’ambiguïté de la représentation des juifs dans le cinéma polonais ». Or le cinéma polonais n’est pas un monolithe, il est représenté par une multitude de personnalités, de perspectives, de styles. C’est pourquoi il est insensé de généraliser cette question, comme il est insensé de reprocher à Wajda d’avoir polonisé le symbole du martyre du peuple juif – l’ours en peluche.

Voir enfin:

Communisme-Nazisme: la comparaison interdite
Jean-François Revel
Le Figaro Magazine
12 février 2000

Le refus vigilant de toute équivalence, de toute comparaison, même, entre nazisme et communisme, malgré la parenté de leurs structures étatiques et de leurs comportements répressifs, provient de ce que l’exécration quotidienne du nazisme sert de rempart protecteur contre l’examen attentif du communisme.

Rappeler chaque jour les atrocités nazies exercice devenu sacré, désormais, sous le nom de ” devoir de mémoire ” – entretient un bruit de fond permanent qui ne laisse plus de vigilance disponible pour le rappel des atrocités communistes. Selon la formule d’Alain Besançon, l’ ” hypermnésie du nazisme “, détourne l’attention de 1′«amnésie du communisme». Chacun comprend donc que toute analyse, tout travail des historiens minoritaires ramenant l’accent sur leur essentielle similarité soulèvent des ouragans annonciateurs de rages vengeresses. On objectera, certes, avec raison, qu’aucun rappel de la criminalité nazie ne saurait être excessif. Mais l’insistance de ce rappel devient suspecte dès lors qu’elle sert à en ajourner indéfiniment un autre: celui des crimes communistes.

Révélateur du succès obtenu par ce leurre est le sens qu’a pris l’expression ” devoir de mémoire ” désignant de façon quasi exclusive le devoir de rappeler sans cesse les crimes nazis et eux seuls. On ajoute éventuellement à la liste quelques autres forfaits qui peuvent leur être comparés, à condition qu’ils n’appartiennent pas au champ d’action des grandes maisons mères communistes et ne relèvent pas non plus de la conception socialiste du monde.

Ainsi, le 16 juillet 1999, le président de la République française, Jacques Chirac, se rend à Oradour-sur-Glane pour inaugurer un Centre de la mémoire, dans ce village où, le 10 juin 1944, les SS de la division Das Reich ont massacré 642 habitants, dont 246 femmes et 207 enfants, brûlés vifs dans l’église. Noble et pieuse évocation du chef de l’Etat. Dans le discours qu’il prononce sur place, le Président flétrit, par-delà l’holocauste (au sens littéral) d’Oradour, ” tous ” les massacres et génocides de l’histoire, ” et d’abord bien sûr, dit-il, celui de la Shoah “. Puis il évoque également la Saint-Barthélemy, ” les villages de Vendée sous la Terreur ” (ce qui est courageux, vu le tabou d’origine jacobine qui a longtemps refusé la ” mémoire ” à ce génocide cependant fort mémorable). Puis furent énumérés Guernica, Sabra et Chatila (une pierre dans le jardin d’Israël), les meurtres de masse intertribaux du Rwanda en 1994 ; les milliers de Bosniaques assassinés dans et par tous les camps au nom de la ” purification ethnique ” entre 1992 et 1995, enfin les carnages plus récents du Kosovo. Dans toutes ces exterminations, comme à Oradour, ” les bourreaux n’ont pas fait de distinction entre les hommes, les femmes et les enfants “, a souligné Jacques Chirac avec force et indignation.

On le remarquera ou, plus exactement, personne ne l’a remarqué, dans cette fresque de ” tous ” les crimes, de ” tous ” les temps et de ” tous ” les lieux ne figure aucun massacre communiste. Katyn n’a jamais eu lieu. Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, Mengistu, Kim Il-sung ont quitté sur la pointe des pieds, sous la houlette d’un chef d’Etat gaulliste, le théâtre de la mémoire des génocides et l’histoire des répressions exterminatrices au XX ème siècle.

Du passé de gauche, faisons table rase ! Bien plus: les despotismes communistes toujours actifs et inventifs, aujourd’hui même, dans l’art de peupler les cimetières progressistes et les camps de rééducation par le travail sont passés sous silence. La Chine, où se pratiquent par milliers chaque jour impunément des tortures qui ne sont pas au passé, de ces tortures qui valent par ailleurs une juste inculpation à Pinochet, lequel n’est plus au pouvoir ; le Vietnam, la Corée du Nord et, cela va de soi, Fidel Castro, dont on connaît l’angélique douceur, si grande qu’il est devenu le Notre-Dame de Lourdes de tous les pèlerins démocratiques ou ecclésiastiques.

” Mémoire “, qui veut dire en français ” faculté de se souvenir “, est employé, depuis quelques années, comme un synonyme du mot ” souvenir “. Quant au ” souvenir de ” quelque chose, depuis qu’il s’est glissé dans les habits de la ” mémoire de “, on n’a plus le droit de l’employer qu’au sens de souvenir, pardon ! ” mémoire ” des crimes nazis et, en particulier, de l’holocauste des Juifs. ” Mémoire ” et ” crimes nazis ” sont donc désormais deux termes interchangeables. Il en ressort que le ” devoir de mémoire “, lié au nazisme par une relation exclusive, est un devoir d’oubli pour tout le reste.

Au lendemain des propos présidentiels à Oradour, le quotidien régional Ouest France titre : ” Une mémoire contre la barbarie. ” Est-ce à dire qu’une seule mémoire, la mémoire d’un seul individu, se souvient encore de cette barbarie ? Ce serait fort triste.

N’hésitons pas à traduire: le souvenir sans cesse ravivé de la barbarie nazie doit enseigner aux jeunes générations le devoir d’éliminer toute barbarie dans l’avenir. En revanche, les régimes communistes, n’ayant jamais manifesté la moindre barbarie, ce qui est notoire, ne relèvent point du ” devoir de mémoire “. Ceux qui actuellement subsistent, torturent et persécutent ne sont l’objet d’aucun ” devoir de vigilance “. Notre résistance au nazisme se fait d’autant plus farouche que celui-ci s’éloigne dans le passé. C’est ainsi que le ministère des Anciens Combattants, de moins en moins surmené au fur et à mesure qu’il y a de moins en moins d’anciens combattants, songe à se reconvertir en un ministère de la Mémoire, et même à mettre sur pied un ” tourisme de la mémoire “. Gageons que ces organisateurs de voyages éthiques ne délivreront guère de billets à destination des lieux de mémoire de la Loubianka soviétique, du goulag aujourd’hui désaffecté, ou des laboratoires de travaux pratiques toujours en pleine activité du laogaï chinois. Que notre vigilance à l’égard des crimes du III éme Reich ne cesse de croire, c’est en soi un fruit salutaire conscience historique. Mais qu’elle ait décuplé depuis que la vérité sur la criminalité du communisme, après sa chute, a été mieux connue ou du moins, plus difficile à escamoter, voilà une concomitance qui laisse perplexe.

Le jour même où le président Chirac s’exprime à Oradour, notre Premier ministre, Lionel Jospin ne voulant pas être en reste dans la course à l’éthique hémiplégique, faisait, accompagné de son épouse, elle-même d’origine polonaise, du tourisme de mémoire à Auschwitz. Qui ne lui en reconnaissant ? On ne rappellera jamais assez l’unicité de la Shoah “, pour reprendre les termes d’Alain Besançon. On regrettera toutefois que nos deux ” touristes de mémoire ” ne se soient pas mis en ” devoir “, puisqu’ils étaient en Pologne, d’en profiter pour pousser jusqu’à Katyn. Le devoir de mémoire est universel ou il n’est que pharisianisme partisan. C’est insulter la mémoire des victimes du nazisme que de se servir d’elles pour enterrer le souvenir de celles du communisme.

Qu’on veuille bien m’excuser de résumé des faits, à l’usage des jeunes générations auxquelles l’appellation géographique Katyn ne dit rien – je l’ai souvent constaté – pour la raison que leur professeurs, leurs journaux et leurs médias ont pris toutes les précautions nécessaires pour éviter qu’elle ne leur dise quoi que ce fût. En septembre 1939, après la défaite de la Pologne, envahie simultanément par les nazis à l’Ouest et par leurs communistes à l’Est, une zone d’occupation de 200′000 kilomètres carrés est (entre autres territoires) octroyée par Hitler à ses amis soviétiques pour les récompenser de leur aide précieuse.

Dès la défaite polonaise, dans cette zone, les Soviétiques sur ordre écrit de Staline, massacrent plusieurs milliers d’officiers polonais prisonniers de guerre : plus de 4 000 à Katyn (près de Smolensk), 1ieu où fut découvert ultérieurement le charnier le plus connu, mais aussi environ 21000 en divers lieux. A ces victimes, il faut ajouter qu 15000 prisonniers simples soldats, probablement noyés dans la mer Blanche. Perpétrées en quelques jours selon un plan préétabli, ces tueries en masse de Polonais vaincus, exterminés pour la seule raison qu’ils étaient polonais, constituent d’indiscutables crimes contre l’humanité, et non pas seulement des crimes de guerre, puisque la guerre était terminée en ce qui concerne la Pologne. D’après les conventions de Genève, l’exécution de prisonniers d’une armée régulière, qui ont combattu en uniforme, est un crime contre l’humanité, surtout une fois le conflit terminé. L’ordre de Moscou était de supprimer toutes les élites polonaises : étudiants, juges, propriétaires terriens, fonctionnaires, ingénieurs, professeurs, avocats et, bien sûr, officiers.

Lorsque ces charniers polonais furent découverts, le Kremlin imputa ces crimes aux nazis. La gauche occidentale s’empressa naturellement d’obéir à la voix de son maître. Je ne dis pas que toute la gauche non communiste fut servile. La partie d’entre elle qui avait des doutes resta en tout cas fort discrète et plus plaintivement perplexe que catégoriquement accusatrice.

Pendant quarante-cinq ans, affirmer hautement que l’on croyait vraisemblable la culpabilité soviétique- pour la bonne raison que les crimes avaient été commis dans la zone d’occupation soviétique et non allemande – vous classait sur l’heure parmi les obsessionnels ” viscéraux ” de l’anticommunisme ” primaire “. Et puis voilà qu’en 1990, grâce à Gorbatchev et à sa glasnost, le Kremlin, dans un communiqué de l’agence Tass, reconnaît sans détours atténuants que ” Katyn a été un grave crime de l’époque stalinienne “. En 1992, à la suite d’un début d’inventaire des archives de Moscou, est divulgué un rapport secret de 1959 dû à Chélépine, alors chef du KGB. Il fait état de ” 21 857 Polonais de l’élite, fusillés en 1939 sur ordre de Staline “.

La question étant donc tranchée du fait des aveux soviétiques mêmes, on aurait pu espérer que les négationnistes occidentaux de gauche qui, pendant quatre décennies, avaient traité de fascistes, ou peu s’en faut, les partisans de la culpabilité soviétique, fissent alors amende honorable. C’était mal les connaître. Aussi peut-on regretter qu’en 1999 le premier ministre de la France n’ait pas eu, en Pologne, un petit geste ” touristique ” pour montrer qu’enfin la gauche avait cessé d’être une unijambiste de la ” mémoire “, de la morale et de l’histoire.

Cette discrimination persistante provient de la non moins tenace aberration selon laquelle le fascisme serait l’antithèse du communisme et donc que les victimes du second, quoique se chiffrant par dizaines de millions, seraient qualitativement moins ” victimes ” que celles du premier. On a envie d’interpeller les négateurs de ces victimes en leur criant : ” De quel lieu vous taisez-vous ? ” Ce n’est pas le fascisme qui est l’ennemi du communisme. C’est la démocratie. Il n’y aura pas de ” mémoire ” équitable, donc pas de mémoire du tout, car la mémoire volontairement tronquée est par là même inexistante, aussi longtemps que gauche et droite réunies traiteront différemment les criminels vainqueurs et les criminels vaincus.

[...] L’une des causes, en effet, du voile jeté sur les crimes communistes est une lâcheté certaine, puisqu’il est plus facile de s’en prendre à des totalitaires morts qu’à des totalitaires vivants. Il suffit de voir avec quels égards sont traités les régimes communistes subsistants, même faibles, pour mieux comprendre la colossale servilité qui se manifesta envers la puissante Union soviétique, entre sa victoire militaire de 1945 et sa disparition en 1991. Obligatoire en Occident chez ses parti- sans ou sympathisants, cette servilité surprend par son ampleur inattendue chez les adversaires mêmes de son idéologie. On a pu l’excuser jadis en alléguant des motifs de realpolitik. Mais elle survit chez eux à la fin du communisme soviétique et européen, parce qu’ils n’ont toujours pas le courage de déplaire à leur propre gauche, laquelle renâcle encore à reconnaître l’échec universel et les crimes avérés du socialisme réel. D’une part le 111, Reich a été anéanti politiquement voilà plus d’un demi-siècle, tandis que le communisme existe encore, quoique sur une étendue plus restreinte ; d’autre part, l’idéologie nazie a cessé depuis cinquante ans de représenter une force culturelle, sauf chez quelques marginaux sans influence, dont l’importance est d’ailleurs soigneusement grossie dans le dessein d’entretenir le mythe d’un danger fasciste éternellement renaissant. Au contraire, l’idéologie marxiste- léniniste, tout autant discréditée par la praxis ou qui devrait l’être, continue d’imprégner nos sché- mas interprétatifs et nos comportements culturels. Les procédés stalino-léninistes restent d’usage courant. La calomnie, le mensonge, la désinformation, la déformation, l’amalgame, l’injure excommunicatrice, le rejet dans le camp fasciste, vichyste, voire antisémite de tout contradicteur, l’affront immérité autant qu’insidieux restent admis dans nos mœurs politiques, et même artistiques ou littéraires. Le plus véniel anathème consiste à traiter de nazi quiconque désapprouve votre secte, sur quelque terrain queue se situe, le ,débat fût-il même étranger à la politique. Il est au demeurant révélateur que la loi française punissant depuis 1990 la contestation des seuls crimes nazis, et donc autorisant, par son silence même à leur sujet, la contestation des crimes communistes… soit due à un communiste. Je veux bien qu’on m’exhorte à exécrer chaque jour davantage les anciens admirateurs d’Himmler, à condition que cette homélie comminatoire ne me soit point administrés par d’anciens admirateurs de Beria.