Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
Vietnamese dissidents arrestedRappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des “lois” arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul “mur israélien”, continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont “plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton” mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, “glissé sous le radar” après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La “douce” puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.” Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : “A bas le Parti communiste du Viêt-nam !” Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : “Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie.” Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des “lois internationales”. Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des “tribunaux populaires”

Les autorités ont de nouveau mobilisé les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’”écarter de la société”. Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un “opportuniste politique démasqué”.

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une “tribunal populaire” du district de Bach Khoa, accusé d’avoir “trahi son pays”. Les “juges” avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour “propagande contre le régime”. Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour “terrorisme”

“Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale”, a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le “prestige de l’Etat”.

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les “agitateurs et les terroristes” de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de “fermer”. Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir enfin:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour “abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat”. Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : “Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière”, estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

La police utilise également les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des “organes d’Etat”, notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour “violation grave de la loi sur la presse”. C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.”


Chute du mur/20e: Aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré (No capitalist country has ever walled its people in)

8 novembre, 2009
Michael Moore
Vous ne pouvez pas vous dire capitaliste et chrétien, parce que vous ne pouvez pas aimer votre argent et aimer votre voisin. Michael Moore
Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste? Le communisme comme illusion lyrique, mais à l’Ouest, pas à l’Est! Guy Sorman
Le roi était nu et nous ne le savions pas.
.
En ces temps étranges où, 20 ans après la chute du communisme, l’on nous annonce tous les jours la fin d’un capitalisme supposé vivre ses derniers instants …

Et où le premier documenteur venu peut remplir les salles et rafler les récompenses dans les festivals en alignant les pires inepties sur le système dont il vit grassement depuis 20 ans …

Pendant que nos dirigeants comme nos partis politiques signent des accords avec les partis frères des dernières dictatures de la planète …

Que ferions-nous sans les piqûres de rappel régulières de nos Guy Sorman pour nous remettre en mémoire certaines évidences?

Comme le fait, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, qu’il ait fallu si longtemps, de notre côté occidental, pour finalement comprendre que “partout où il a semé la terreur, le communisme n’a jamais été que le plus ou moins habile ou frustre maquillage d’une occupation militaire” (le tristement fameux bout du fusil de Mao).

Ou, contrairement à tous les murs de l’Histoire censés empêcher l’entrée des barbares (ou, contre la mauvaise foi de nos médias, des terroristes comme aujourd’hui la barrière de sécurité israélienne ou des immigrants illégaux entre les Etats-Unis et le Mexique ou… celle de Ceuta aux portes de notre propre Europe?), l’incroyable incongruité d’un mur censé “interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable”.

Ou enfin, que “tous les murs ne sont pas abattus” et que nombre de peuples (en Chine, Corée du nord, Cuba, Vietnam) rest”ent emmurés dans leur paradis communiste”.

Bref, que “le capitalisme n’a jamais emmuré personne”.

Sauf, ajouterions-nous, quand il envoie ses dirigeants signer des accords avec les geoliers des autres peuples ou ses entreprises pour leur fournir la technologie nécessaire

Extraits:

Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire: sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

(…)

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ?

(…)

Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie.

Il y a vingt ans, disparaissait l’illusion communiste
Guy Sorman
Le futur c’est tout de suite
30 octobre 2009

La chute du Mur ? Mais le Mur de Berlin n’est pas « tombé » le 9 novembre 1989 : il a été détruit. Comment s’est imposée l’expression « Chute du Mur » ? Comme s’il s’était effondré de lui-même ? La destruction fut volontaire et laborieuse : les Allemands de l’Est, acteurs et non pas spectateurs de cette « Chute », ne disposaient que d’outils rudimentaires : c’est à coups de marteau qu’ils vinrent à bout de la muraille en béton. Je fus sur place, témoin que, le Mur à peine franchi, les Allemands de l’Est, libérés, se précipitèrent vers les supermarchés de l’Ouest et s’en retournaient chez eux, chargés de ce que l’on ne trouvait pas à l’Est, en particulier des couches pour bébés et des bananes. Comme l’avait écrit Bertold Brecht dans son Opéra de quatre sous « La révolution, c’est bien ; mais il faut d’abord bouffer ». La destruction du Mur ne fut donc pas instantanée, ce qu’aussi laisserait croire l’expression Chute du Mur : Berlin ne fut pas Jéricho. De même, il ne fut pas clair d’emblée que l’Allemagne de l’Est avait disparu, ni que l’Europe était réunifiée, ni l’Union soviétique effacée de la carte, ni l’idéologie communiste hors jeu. L’élimination de la dictature soviétique chemina lentement et n’aboutit que grâce au talent visionnaire de Helmut Kohl en Allemagne, de George Bush aux Etats-Unis, de Boris Eltsine en Russie : grâce à eux, qui surent s’engouffrer dans le brèche, l’Europe finit réunifiée et l’URSS disparut.

Cette Fin de l’histoire communiste n’obéissait, en 1989, à aucune nécessité. Dans le camp soviétique, en Europe de l’Est, chez certains dirigeants occidentaux comme François Mitterrand, on espéra que la destruction du Mur ouvrait la voie à un nouveau socialisme, à visage humain : le Mur en moins, le communisme ne pourrait-il devenir légitime et démocratique ? En décembre 1989, un mois après la destruction du Mur, François Mitterrand se rendit en visite officielle en Allemagne de l’Est et déclara : « Nous avons encore beaucoup à faire ensemble ». Ce n’est qu’en octobre 1990, que l’Allemagne – au regret de Mitterrand – fut réunifiée. La destruction du Mur, loin de sonner, d’emblée, la victoire du capitalisme libéral, à l’époque et à gauche, fut interprétée et espérée comme l’inauguration d’une Troisième voie, ni capitaliste, ni communiste. Rappelons que Gorbatchev se berça de ce mythe de substitution jusqu’à ce que Boris Eltsine, qui lui était un démocrate, en 1991, y mette un terme. En Pologne, les apparatchiks communistes tentèrent aussi de se reconvertir à une Troisième voie : une partie des Eglises catholiques polonaise et tchèque, protestantes en Allemagne, s’y rallièrent avant que Jean-Paul II, sans enthousiasme mais lucide, admette que l’économie de marché seule pouvait sortir l’Europe de l’Est de la pauvreté.

Deux ans de controverses intellectuelles, de manipulations diplomatiques et de reconversions hâtives furent donc nécessaires pour enfouir, sous les décombres du Mur, à la fois le communisme dur, le communisme à visage humain et l’Union soviétique. Au terme de ces deux années d’hésitation, il fut enfin admis par les peuples directement concernés et leurs dirigeants que n’avait jamais existé qu’un seul communisme, le communisme réel. Et qu’il ne pouvait pas en exister un autre qui serait idéal et distinct de son expérience historique.

La destruction du Mur et le débat qui s’en suivit révélèrent, enfin, sans conteste, par KO, la véritable nature du communisme. Non, ce n’était pas une idéologie alternative à la démocratie libérale ; ce n’était pas une autre voie vers le développement économique ; ce n’était pas une autre forme de démocratie populaire par opposition à la démocratie bourgeoise. Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire : sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

Mais on rappellera à la décharge de Gorbatchev et bien d’autres que l’Histoire ne fait sens qu’après les événements. La Destruction du Mur et la chute du communisme soviétique, qui aujourd’hui ont des allures d’inéluctabilité, étaient en vérité imprévisibles, n’obéissaient pas à une nécessité historique. La preuve en est, bien sûr, que nul ne l’avait prévu et que ceux qui s’aventuraient dans la prophétie la lisaient à l’envers : le Président de l’Allemagne de l’Est, en juin 1989, avait déclaré que le Mur était là pour cent ans, immédiatement rejoint par le leader social démocrate Ouest allemand, Gerhard Schroeder. Sans doute fallait-il, pour prévoir juste, une inspiration quasi mystique chez des hommes d’Etat qui, comme Ronald Reagan à Berlin, en 1987, s’adressant à Gorbatchev, avait osé dire « Démolissez ce Mur ». Reagan avait la conviction qu’il serait entendu par la Providence sinon par le Parti communiste soviétique.

La prophétie est un genre aléatoire, mais il n’empêche que, depuis vingt ans, les faits ont donné raison à ce qui fut, à l’époque, dès la Destruction du Mur, l’hypothèse de Francis Fukuyama sur la Fin de l’Histoire. Il n’avait pas écrit qu’il n’y aurait plus d’Histoire du tout, mais que celle-ci se définirait par rapport à un unique modèle de référence : le capitalisme démocratique. Depuis vingt ans, tel est bien le cas : de bon ou de mauvais gré, en temps de croissance, comme en temps de crise, la réflexion politique, la science économique et les choix démocratiques opèrent tous, partout, à l’intérieur du paradigme unique du capitalisme démocratique. Que certains cherchent à s’en échapper et que, peut-être, certains parviendront à inventer des idéologies de substitution, est dans l’ordre des choses : Fukuyama avait envisagé que la quête d’absolu, fut-elle déraisonnable, ne céderait jamais devant le principe de réalité. En Allemagne aujourd’hui, dans le reste de l’Europe de l’Est, en Russie, une intelligentsia insatisfaite par le capitalisme libéral rumine non pas dans le regret du Mur, mais dans la quête insatiable d’une société plus parfaite, sans Mur

Le regret du Mur affecte aussi, de manière non dite, les nostalgiques d’une Europe essentiellement franco-allemande qui paraissait avant 1989, à ses dirigeants, comme une alternative à la puissance américaine, une troisième force entre l’URSS et les Etats-Unis. Mais la réunification de toute l’Europe, inéluctablement générée par la Destruction du Mur, devait aussi mettre un terme à cette Europe-là. La nouvelle Europe se révèle beaucoup plus libérale en économie et pro-américaine que ne le fut jamais le couple franco-allemand. Loin de devenir la nouvelle puissance tierce, dont rêvèrent De Gaulle et Mitterrand, l’Union européenne est devenue une vaste zone de libre échange, et une configuration culturelle à l’identité floue qui ressemble plus à ce que fut l’Empire ottoman qu’à une troisième force neutraliste. La Destruction du Mur a pu fait perdre en puissance et en cohérence à l’ancienne Europe ; mais elle aura fait progresser l’aire de la paix et de la prospérité commune. Les Européens, dans leur ensemble, y auront gagné

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ? Cette illusion n’avait pas confondu que la Gauche : Raymond Aron, philosophe libéral mais pessimiste par tempérament, dans les années 1960, envisageait une « convergence » entre les systèmes économiques communistes et libéraux. Il est désormais accepté de comparer l’illusion communiste à l’Ouest avec une sorte de foi religieuse qui rendait imperméable à la réalité. Certes. Mais ce serait sous estimer l’efficacité de la propagande soviétique, les complicités politiques et intellectuelles et le rôle de la corruption financière dans cet amour excessif de l’intelligentsia de gauche européenne pour l’URSS. Ce serait sous estimer, aussi, que la passion pour l’URSS fut indissociable de l’autre passion, négative celle-là, qui infecte en permanence l’intelligentsia européenne, je veux parler de l’anti-américanisme.

Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste ? Le communisme comme illusion lyrique , mais à l’Ouest, pas à l’Est ! En 1990, lors d’une conversation avec Lech Walesa, alors leader du syndicat Solidarité à Gdansk, il m’assura n’avoir jamais rencontré un seul communiste polonais : « des opportunistes oui, des apparatchiks aussi, mais un communiste jamais ! ». L’observation ironique et profonde de Walesa valait pour l’ensemble du monde soviétique comme elle s’applique encore aux peuples emmurés de la Chine et de la Corée du Nord. Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Le choix ultime pour l’humanité est donc le suivant : vivre dans « l’enfer » capitaliste mais avec le droit d’en sortir ou dans le « paradis » communiste, avec l’obligation d’y rester. Dante n’avait pas imaginé cette Comédie-là.

Voir aussi:

For those of you on the way to church this morning …
Michael Moore
The Huffington Post November 8, 2009
October 4, 2009

Friends,

I’d like to have a word with those of you who call yourselves Christians (Muslims, Jews, Buddhists, Bill Maherists, etc. can read along, too, as much of what I have to say, I’m sure, can be applied to your own spiritual/ethical values).

In my new film I speak for the first time in one of my movies about my own spiritual beliefs. I have always believed that one’s religious leanings are deeply personal and should be kept private. After all, we’ve heard enough yammerin’ in the past three decades about how one should “behave,” and I have to say I’m pretty burned out on pieties and platitudes considering we are a violent nation that invades other countries and punishes our own for having the audacity to fall on hard times.

I’m also against any proselytizing; I certainly don’t want you to join anything I belong to. Also, as a Catholic, I have much to say about the Church as an institution, but I’ll leave that for another day (or movie).

Amidst all the Wall Street bad guys and corrupt members of Congress exposed in Capitalism: A Love Story, I pose a simple question in the movie: “Is capitalism a sin?” I go on to ask, “Would Jesus be a capitalist?” Would he belong to a hedge fund? Would he sell short? Would he approve of a system that has allowed the richest 1 percent to have more financial wealth than the 95 percent under them combined?

I have come to believe that there is no getting around the fact that capitalism is opposite everything that Jesus (and Moses and Mohammed and Buddha) taught. All the great religions are clear about one thing: It is evil to take the majority of the pie and leave what’s left for everyone to fight over. Jesus said that the rich man would have a very hard time getting into heaven. He told us that we had to be our brother’s and sister’s keepers and that the riches that did exist were to be divided fairly. He said that if you failed to house the homeless and feed the hungry, you’d have a hard time finding the pin code to the pearly gates.

I guess that’s bad news for us Americans. Here’s how we define “Blessed Are the Poor”: We now have the highest unemployment rate since 1983. There’s a foreclosure filing once every 7.5 seconds. 14,000 people every day lose their health insurance.

At the same time, Wall Street bankers (“Blessed Are the Wealthy”?) are amassing more and more loot — and they do their best to pay little or no income tax (last year Goldman Sachs’ tax rate was a mere 1 percent!). Would Jesus approve of this? If not, why do we let such an evil system continue? It doesn’t seem you can call yourself a Capitalist and a Christian — because you cannot love your money and love your neighbor when you are denying your neighbor the ability to see a doctor just so you can have a better bottom line. That’s called “immoral” — and you are committing a sin when you benefit at the expense of others.

When you are in church this morning, please think about this. I am asking you to allow your “better angels” to come forward. And if you are among the millions of Americans who are struggling to make it from week to week, please know that I promise to do what I can to stop this evil — and I hope you’ll join me in not giving up until everyone has a seat at the table.

Thanks for listening. I’m off to Mass in a few hours. I’ll be sure to ask the priest if he thinks J.C. deals in derivatives or credit default swaps. I mean, after all, he must’ve been good at math. How else did he divide up two loaves of bread and five pieces of fish equally amongst 5,000 people? Either he was the first socialist or his disciples were really bad at packing lunch. Or both.

Yours,
Michael Moore


Chute du Mur/20e: Ces chrétiens sans lesquels le Mur serait peut-être encore debout (And the walls came tumbling down)

6 novembre, 2009
Leipzig Christian demonstrations (Oct. 1989)C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté. Christian Führer (pasteur de Leipzig)
Ouvrez, ouvrez les frontières des Etats! Jean-Paul II (juin 1979)
Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (décembre 1981)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Si le pape élu en 1978 avait été italien, français ou brésilien, le mur de Berlin serait peut-être encore debout… Bernard Lecomte
Tout ce qu’ils demandaient, c’était un gouvernement propre – est-ce un péché? Et ce qu’ils souhaitaient, c’était une nation forte – est-ce un péché ? Tout ce que nous faisons, c’est poursuivre leurs aspirations. oui, l’économie s’est améliorée et il y en a qui ont gagné plein d’argent, mais la corruption est partout, les écarts de revenus sont énormes, les mines continuent à avaler des ouvriers et le faux lait en poudre et les faux médicaments inondent le marché – c’est ça, le progrès? S’ils avaient écouté le conseil des étudiants et des ouvriers, le pays ne serait-il pas aujourd’hui un meilleur pays ? Le cardinal Joseph Zen de Honkong (le 4 juin 2006)
Ce protocole veut dire une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d’échanges entre le parti communiste au pouvoir en Chine et le parti de droite au pouvoir en France. Xavier Bertrand
Le secrétaire général de l’UMP a expliqué (…) que l’UMP avait également passé un accord avec le parti conservateur britannique. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a volé à son secours en qualifiant le PC chinois de «super-ENA», dont sont issues toutes les élites. Le Figaro
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, des jeunes Palestiniens ont ouvert une brèche dans le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. Le Monde

Pour ceux qui, dans l’actuel flot de belles paroles et d’auto-congratulations, auraient oublié les véritables acteurs de la Chute du Mur …

A l’heure où, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin le tout récent prix Nobel de la paix s’est, comme avant lui notre propre Sarkozy national, défilé devant le passage du dalaï lama à Washington …

Et où, pendant que nos médias se prêtent allégrement aux pires récupérations palestiniennes et que le nouveau Rideau de fer du totalitarisme islamique asphixie peu à peu les derniers chétiens du Monde dit musulman, le parti de notre Grand Timonier alias l’UMP signe des accords avec le parti frère du PC de Pékin …

Retour sur la part souvent méconnue de l’église protestante est-allemande dans l’affaire, notamment les manifestations pacifiques du pasteur Führer de Leipzig qui, lancées dès 1982 et de lundi en lundi, culminèrent à l’automne 1989 en manifestations de masse débouchant finalement sur l’effondrement dudit mur …

Comme celle du Pape Jean-Paul II qui, dès juin 1979 au lendemain de son élection (alors que trois ans plus tard la France assurait les autorités communistes que “naturellement nous n’allons rien faire”), fit de la tournée pastorale de son pays natal la première brèche opérée dans le rideau de fer .…

Leipzig, un prélude à la chute du Mur
Patrick Saint-Paul, envoyé spécial à Leipzig
Le Figaro magazine
09/10/2009

C’est dans cette ville qu’eurent lieu, il y a vingt ans, les premières manifestations.

Le mur de Berlin tombera un mois plus tard, mais dès le 9 octobre 1989, le régime communiste de RDA commence à vaciller. Leipzig commémore vendredi avec la «Fête des lumières» le vingtième anniversaire de la première manifestation de masse contre le SED, le Parti communiste est-allemand, qui rassembla quelque 70 000 personnes autour de la Nikolaïkirche, l’église Saint-Nicolas. Un tournant dans la contestation qui libéra la vague démocratique à travers toute la RDA. «La Stasi (la police secrète est-allemande) avait tout prévu, se souvient Christian Führer, pasteur de l’église Saint-Nicolas. Sauf les bougies et les prières.»

L’Église protestante (BEK) a joué un rôle majeur dans la «révolution pacifique» de 1989. Depuis 1982, le pasteur Führer accueillait dans sa paroisse des services de prière pour la paix, tous les lundis. Au milieu des années 1980, ils étaient six ou sept à participer. «Au début, les gens venaient me voir parce qu’ils voulaient voyager librement. Cette privation les rendait malades, raconte le pasteur. Puis ils venaient parler librement de tous les problèmes que l’on ne pouvait évoquer en public : visas, logements vétustes, aspiration à la liberté. Les espions de la Stasi nous surveillaient de très près. Les gens avaient peur de nous. Mais ça ne changeait rien. Renoncer, c’était perdre tout espoir.»

Ce n’est pas un hasard si la révolte débute à Leipzig. Sous la dictature communiste, l’ancienne cité commerçante de Saxe continuait d’accueillir de nombreuses foires, notamment le Salon du livre : une fenêtre sur le monde occidental. «Deux fois par an, nous avions droit à une bouffée d’oxygène, se souvient Sabine Gugutschkow, l’une des pionnières du mouvement démocratique. Nous allions recopier les titres et les références des ouvrages spécialisés, pour les commander en Allemagne de l’Ouest. Il fallait attendre deux ou trois ans avant de les recevoir. Nous allions lire quelques pages des derniers livres de Christa Wolf, qui paraissaient à l’Ouest bien avant d’arriver ici.»

Le 7 mai 1989, lors des élections communales, les habitants de Leipzig votent pour la première fois contre le Parti communiste en barrant les noms des candidats sur les bulletins de vote. Le lendemain, ils sont abasourdis à l’annonce des résultats : 89,9 % pour le SED. Sabine Gugutschkow et plusieurs centaines de personnes manifestent pour réclamer des élections libres. Les forces de l’ordre ont fermé tous les accès à l’église Saint-Nicolas. Mais les protestataires osent passer entre les mailles pour converger vers ce qui était devenu le centre naturel de la contestation. «Dès lors nous étions de plus en plus nombreux chaque lundi», se souvient le pasteur Führer.

Invité d’honneur au 40e anniversaire de la RDA, le père de la perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev, est accueilli en héros par les Allemands de l’Est le 7 octobre. À Leipzig, comme à Berlin, on descend dans les rues pour scander «Gorbi, Gorbi». Certains osent un «Gorbi aide nous» à l’adresse du réformateur soviétique. Inquiet, le patron de la RDA, Erich Honecker, s’irrite de la popularité de son hôte et rejette toute idée de réforme. «Ceux qui arrivent trop tard sont punis par l’Histoire», lui lâche un Gorbatchev visiblement lassé par l’interminable défilé militaire.

» Le reportage du journal Soir 3 sur la visite de Gorbatchev à Berlin :
Les menaces d’Egon Krenz

Les autorités multiplient les menaces pour empêcher la manifestation du lundi suivant à Leipzig. Huit mille policiers et soldats sont mobilisés. Egon Krenz, le numéro deux du régime en charge des affaires intérieures, qui s’était félicité de la façon dont les communistes chinois avaient réprimé dans le sang les manifestations sur la place Tiananmen, brandit la menace d’une «solution à la chinoise» en jurant de faire «ravaler leur salive» aux manifestants. Dès le matin du 9 octobre, des cadres du SED et de la Stasi occupent les bancs de l’église Saint-Nicolas pour empêcher les manifestants de s’y rassembler. «Je tremblais de peur, mais j’ai réussi à décrocher quelques sourires, raconte le pasteur Führer. Je leur ai dit que l’église était ouverte à tous et que j’étais ravi de les accueillir pour leur première prière. Ils ont découvert que nos préoccupations étaient très terre à terre et que nous n’étions pas téléguidés par les médias occidentaux, comme le prétendait le régime.»

Aux milliers de manifestants, qui bravent l’interdiction de se rassembler et affluent vers l’église, le pasteur ne cesse de répéter de ne pas céder à la moindre provocation : ni violence, ni jets de pierres, ni insultes, martèle-t-il. «Puis nous sommes sortis de l’église avec des bougies en priant pour la paix et pour que les policiers ne tirent pas sur les citoyens», ajoute le pasteur. Les forces de l’ordre sont rapidement débordées par la foule, qui scande «wir sind das Volk» (nous sommes le peuple) ou encore «liberté de voyager avec visas jusqu’à Hawaï». Les autorités locales ne cessent de téléphoner à Berlin pour réclamer des ordres.

Egon Krenz hésite. Il promet de rappeler plus tard. L’immense cortège ose même défiler devant le siège de la Stasi, véritable camp retranché transformé en dépôt de munitions. Mais l’ordre d’ouvrir le feu ne viendra jamais de Berlin. «Un cousin de province était venu me rendre visite, raconte Sabine Gugutschkow. Il est resté la bouche ouverte pendant toute la journée et n’a pas été capable de dire un seul mot. Ce jour-là, nous savions que nous avions gagné la liberté.»

Diffusées par la télévision ouest-allemande, les images des 70 000 manifestants font le tour de la RDA. «C’était la première fois que Krenz avait fait quelque chose de bien, parce qu’il n’avait rien fait, se réjouit Führer. C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté et que nous avions gagné la sympathie des forces de l’ordre. C’était le tournant.» Le lundi suivant, ils seront 120 000 dans les rues de Leipzig. Deux semaines plus tard 320 000… Ils seront de plus en plus nombreux, chaque lundi, partout en RDA jusqu’à la chute du Mur le 9 novembre suivant.

Voir aussi:

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/31/01003-20091031ARTFIG00223–le-prophte-venu-de-l-est-.php

Jean-Paul II, le prophète venu de l’Est
Bernard Lecomte *
Le Figaro magazine
30/10/2009

Si le pape élu en 1978 avait été italien, français ou brésilien, le mur de Berlin serait peut-être encore debout…

Nous sommes le 17 août 1980. A Castel Gandolfo, dans sa résidence d’été, le pape Jean-Paul II a allumé la télévision : il a l’habitude de regarder le journal de la RAI. Ce soir-là, c’est la Pologne qui fait l’actualité. A Gdansk, au bord de la Baltique, des milliers d’ouvriers en grève occupent les chantiers Lénine. La tension, au cœur du bloc communiste, est à son comble. Soudain, le visage de Jean-Paul II se fige. Sur l’écran, le pape voit distinctement que les ouvriers de Gdansk ont accroché, sur les grilles de leur usine, son propre portrait…

L’histoire innove. De la révolte ouvrière de Berlin-Est (1953) au Printemps de Prague (1968) en passant par l’insurrection de Budapest (1956), jamais aucune révolte populaire en Europe de l’Est n’avait eu de connotation religieuse. Cette fois, les représentants de la classe ouvrière – les vrais, pas les fonctionnaires du parti qui prétendent en être l’avant-garde – assistent à la messe chaque matin, prient la Sainte Vierge sans complexe, et en appellent ostensiblement au souverain pontife, à ce pape polonais qui les a visités un an plus tôt, sitôt élu par le conclave. Tous ont en mémoire l’extraordinaire tournée pastorale de l’ancien archevêque de Cracovie à travers son pays natal, en juin 1979 – un voyage qui restera, pour tous les historiens, la première brèche opérée dans le rideau de fer.

Jamais un pape italien, français ou brésilien n’aurait entrepris pareil périple. A l’heure de la « détente » entre l’Est et l’Ouest, et alors que le communisme continue de progresser dans le reste du monde (de l’Angola au Laos, du Mozambique à l’Afghanistan), seul un pape venu de l’Est pouvait oser affirmer, au mépris de toutes les censures, que le pouvoir communiste était une «parenthèse» dans la vie de ces pays, et que la coupure de l’Europe en deux était un «accident» de l’histoire !

«N’ayez pas peur !» avait lancé le pape slave le jour de son intronisation, en octobre 1978. En Tchécoslovaquie, en Hongrie, mais aussi dans les régions catholiques de l’URSS (Lituanie, Ukraine occidentale), on a vite compris le message. «Ouvrez, ouvrez les frontières des Etats !» a-t-il clamé lors de son premier voyage à l’Est, en ce fameux mois de juin 1979, avant d’en appeler avec obstination, de discours en homélie, à la réunification de l’Europe.

Jean-Paul II a multiplié les signes en direction des chrétiens de ces pays, qu’on appelait collectivement « l’Eglise du silence ». Il avait lui-même assuré à Assise, quelques mois après son élection : «Il n’y a plus d’Eglise du silence, puisqu’elle parle par ma voix!» Message reçu par tous les dissidents de l’Est, les Vaclav Havel, Jan Patocka et autres Adam Michnik. Quelques semaines plus tard, au micro de la BBC, Alexandre Soljenitsyne s’enthousiasme : «Ce pape est un don du ciel !»

«Le pape, combien de divisions ? » avait demandé Staline, un jour, avec ironie. Jean-Paul II n’est pas un chef de guerre. Pas même un homme politique. Les « divisions » du pape slave, ce sont les chrétiens de l’Est, apparus partout aux premiers rangs de la contestation : Lech Walesa et l’abbé Popieluszko en Pologne, Mgr Tomasek et Vaclav Maly en Tchécoslovaquie, Doina Cornea et le pasteur Tökes en Roumanie, etc. Ses armes, ce sont ses paroles : à toute occasion, ce pape humaniste et polyglotte prône les droits de l’homme, la liberté religieuse, la dignité humaine, le droit à la vérité. Autant de valeurs particulièrement subversives dans les pays du « socialisme réel ». Au point que dans toute l’Europe centrale, en mai 1981, l’attentat qui manque de coûter la vie au pape est attribué, évidemment, au KGB ! En décembre 1981, si Jean-Paul II s’engage, contre l’avis de ses cardinaux, à ne pas laisser tomber la Pologne écrasée sous la botte du général Jaruzelski, c’est parce qu’il en fait un combat emblématique, universel, contre le mensonge et l’oppression.

Lorsque Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS, en mars 1985, les Occidentaux sont sceptiques sur sa capacité à réformer le système soviétique. Le pape slave, lui, sent très vite qu’il se passe quelque chose, que la glasnost et la perestroïka vont lui permettre de pousser son avantage. Notamment de contraindre le général Jaruzelski, en 1988, au dialogue avec Solidarnosc, le syndicat interdit qu’il est venu spectaculairement conforter à deux reprises, en 1983 et en 1987. A Moscou, à l’occasion du millénaire de l’Eglise russe en juin 1988, Jean-Paul II envoie son « Premier ministre », le cardinal Casaroli, entamer un vrai dialogue avec Gorbatchev : celui-ci, pris au piège de sa propre stratégie réformatrice, assure que le temps de la lutte antireligieuse est terminé, et accepte le principe d’une rencontre avec le pape.

Gorbatchev au Vatican ! Le 1er décembre 1989, quand le chef du communisme mondial vient rencontrer le chef de l’Eglise catholique à Rome, les jeux sont faits : le Mur est tombé, son régime entre en agonie. Il faudra moins de deux ans pour que le président de l’URSS soit obligé de céder la place aux nouveaux dirigeants de la Russie, de l’Ukraine, de la Lituanie, du Kazakhstan, etc. L’empire des « soviets » a explosé. Dans un article fameux qu’il publie deux mois plus tard, Mikhaïl Gorbatchev revient sur cette suite d’événements extraordinaires : «Rien de ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pu se produire sans ce pape-là…»

* Journaliste et écrivain. Auteur du livre Les Secrets du Vatican (Perrin, 2009).

Voir enfin:

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/29/01002-20091029ARTFIG00013-l-accord-avec-le-pc-chinois-passe-mal-a-l-ump-.php

L’accord avec le PC chinois passe mal à l’UMP
Sophie Huet
Le Figaro
29/10/2009

Le «mémorandum» signé à Pékin par Xavier Bertrand est critiqué dans le parti majoritaire.

Le «mémorandum d’entente» signé le 22 octobre entre le Parti communiste chinois et l’UMP, à l’initiative de Xavier Bertrand, fait des remous chez les députés UMP. Lionnel Luca, le président du groupe d’études sur le Tibet à l’Assemblée, ne décolère pas contre «le numéro de contorsionniste assez compliqué» du secrétaire général de l’UMP. «Même s’il souhaite donner une dimension internationale à l’UMP, ce mémorandum a une portée symbolique désastreuse», estime le député des Alpes-Maritimes, qui s’est mis en congé des instances de son parti en guise de protestation. Luca dénonce «cet affichage politique avec l’un des derniers partis totalitaires». Mercredi, Xavier Bertrand est venu s’expliquer devant une dizaine de députés UMP du groupe d’études, sans réussir à convaincre les plus récalcitrants. Henri Plagnol a jugé cette initiative «en contradiction avec la charte de l’UMP sur les valeurs», et Dominique Tian a jugé que cette affaire «créait un précédent fâcheux» vis-à-vis d’autres partis, comme le FLN algérien.

«Tout est dans le symbole»

En soi, ce «mémorandum d’entente», dont Le Figaro a eu une copie, est de portée très générale. Il précise que les deux partis se sont mis d’accord sur des principes, en particulier celui de «non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui» (ce qui déplaît fortement aux défenseurs de la cause tibétaine comme Luca), qu’ils «organiseront un dialogue une fois tous les deux ans, alternativement dans leur pays respectif», ainsi que «des échanges de délégations»… Interpellé mardi en réunion du groupe UMP, Xavier Bertrand a d’ailleurs précisé qu’il avait «parlé du dalaï-lama et abordé la question religieuse avec les dirigeants chinois». Le secrétaire général de l’UMP a expliqué que les partis politiques «doivent jouer un rôle dans les relations internationales», et que l’UMP avait également passé un accord avec le parti conservateur britannique. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a volé à son secours en qualifiant le PC chinois de «super-ENA», dont sont issues toutes les élites. D’autres UMP comme Jean-Paul Anciaux et Damien Meslot ont aussi soutenu Bertrand, rappelant que le général de Gaulle avait reconnu la République populaire de Chine il y a près de cinquante ans.

À l’inverse, les libéraux ont vivement attaqué Bertrand. Yves Nicolin a estimé que les relations doivent se traiter d’État à État, «sinon, pourquoi ne pas aller à Cuba ?» Jugeant cet accord «inapproprié», Hervé Mariton a estimé que «tout est dans le symbole, ce qui rend l’affaire plus grave». Amusé par la polémique, Jean-François Copé a commis un lapsus révélateur en qualifiant son rival de «premier secrétaire» de l’UMP – qui est en fait le titre du patron du Parti socialiste -, avant de se raviser.


Phénomènes mimétiques: Invasion des voleurs de pénis (When the locker room syndrome runs amok)

4 octobre, 2009
Mine is bigger than yoursJ’ai travaillé avec Freud à Vienne. On s’est brouillé sur le concept d’envie du pénis. Il voulait le limiter aux femmes. Woody Allen (“Zelig”, 1983)
Cet homme qui, rapporte-t-on, est originaire d’Afrique occidentale, est un agent sioniste impérialiste envoyé pour empêcher la population de procréer et de se multiplier. Jafar Abbas (chroniqueur soudanais résidant à l’étranger, Al-Watan, Arabie Saoudite, septembre 2003)
Le plus drôle est que le préjugé est colporté depuis des siècles par des Blancs racistes, tant et si bien qu’aujourd’hui nombre de Noirs, eux-mêmes persuadés de leur supériorité sexuelle, ne supportent pas qu’on veuille la démystifier. L’auteur rapporte notamment les résultats édifiants d’une enquête d’opinion Ipsos effectuée en avril dernier en Martinique. “Au fond, démolir cette légende comme Serge Bilé le fait (et il va jusqu’à évoquer la triste condition des Noirs dotés d’un petit sexe, terriblement inhibés à l’idée de provoquer une double déception), c’est risquer de mettre à mal un cas historique de discrimination positive. A cette aune, on mesurera l’enjeu politique d’un essai consacré au sexe des Noirs. Pierre Assouline (sur “Le Sexe surdimensionné des noirs” de Serge Bilié)
C’est le sexe de l’homme qui est visé car dans nos sociétés natalistes c’est le symbole de la richesse et du pouvoir. Lui voler son sexe c’est prendre son pouvoir. Felix Koné (sociologue africain)
Sur les marchés on vend d’énormes quantités d’aphrodisiaques, non pour améliorer les performances sexuelles, mais pour pallier les disfonctionnements… Comme disait Napoléon, l’homme place sa fierté là où il est le plus fragile ! (…) Ce n’est pas pour rien que le Haoussa a été pris pour cible, il est le spécialiste incontesté de la fabrication des aphrodisiaques. Or, dans la société haoussa, la puissante caste des bouchers mêle la préparation de la viande à son corollaire, l’hyper-sexualité. “Les maîtres des sauces” sont en effet les génies de l’étrange gastronomie à fin sexuelle… Yannick Jaffré (anthropologue français)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie

A l’heure où Newsweek s’inquiète de “l’envie d’Obama” dont souffrirait notre Sarko national face au Pleurnicheur en chef

Et après les fureurs sacrées, les chasses aux sorcières, les bâtiments hypocondriaques ou la course au toujours moins

Retour, dans notre série phénomènes mimétiques de masse, sur les extraordinaires formes que peuvent prendre, en notre monde toujours plus mondialisé, cette fameuse “envie du pénis” que Freud voulait réserver aux seules femmes.

Ou comment, à partir de la variabilité interindividuelle mais aussi tout simplement naturelle de l’organe

(de 1 à 3 pour cause, on le sait, de régulation thermique via la contraction ou rétraction réflexe des bourses par le muscle crémaster rapprochant ou éloignant ainsi les testicules du corps pour, selon la température ambiante – mais aussi l’état psychologique et le stress -, les réchauffer ou les refroidir, permettant ainsi aux bourses d’assurer leur fonction de frigo du sperme en maintenant les testicules à la température constante la plus favorable à la production de spermatozoïdes, soit environ 3 degrés de moins que le reste du corps)

Peuvent se greffer toutes sortes de complications allant, en nos sociétés occidentales, du simple “syndrome des vestiaires (fonds de commerce apparemment sans fond, si l’on en croit nos pourriels, des vendeurs d’accessoires ou de techniques chirurgicales d’agrandissement – chacun ses injections de silicone!).

A de véritables épidémies, en d’autres parties du monde comme en Asie (Chine, Indonésie, Singapour, Inde, sous le terme générique de “Koro”) ou en Afrique (Bénin, Nigeria, Ghana, Congo, Soudan, souvent liées à des accusations de sorcellerie) voire ailleurs (Jordanie),… de panique collective de rétraction ou de vol de pénis!

Ainsi, cette phobie des “rétrécisseurs de sexe” et son tribut de lynchages divers, remarquablement bien analysés par le journaliste indépendant Jean-Jacques Mandel (pour “Géo magazine” et les “Cahiers d’études africaines” en 2008) qui, il y a une dizaine d’années, a “traversé l’Afrique de l’Ouest à la vitesse d’un cyclone et fait les mêmes ravages: près de trois cents morts, plus de trois mille blessés, victimes expiatoires de la vindicte populaire”.

Le tout apparemment à partir d’une simple rumeur lancée en août 1996 dans la ville du Cameroun anglophone de Limbé (et amplifiée de plus par la presse locale) de colporteurs nigérians prétendument dotés de pouvoirs maléfiques (toujours aussi bénéfiques puisque ce sont les mêmes qui vendent les aphrodisiaques), censés faire ‘disparaître’ les organes génitaux par simple effleurement ou poignée de main.

Sur fond naturellement de profondes mutations sociales et économiques (dévaluation du CFA, ‘démocratisation’ de façade, faillite des États, exaspération des inégalités, prévarication, délinquance, exode rural, déracinement, replis communautaires, islamisme, antisémitisme), vite attribuées souvent à l’Occident rapace …

Extraits:

(…)

A la mi-août, le Cameroon Post, hebdomadaire de langue anglaise, fait pour la première fois état d’émeutes suivies de lynchages dans les bourgades de Limbé, Tiko, Muea et Batoké, toutes situées au pied des monts Cameroun, à un vol de busard de la frontière. Devant l’ampleur du phénomène, les forces de sécurité sont mises en alerte et opèrent rapidement de nombreuses arrestations dans la communauté nigériane de la bourgade pétrolière de Limbé, changée en cocotte-minute par la rumeur qui, selon l’hebdo Le Messager, couvait depuis le Noël précédent. Toute personne suspectée de sortilège sera désormais mise en garde à vue ; une façon comme une autre de protéger les suspects du lynchage en passe de devenir le sport local quotidien.

Ce qui n’empêche pas les émeutes de se multiplier. Trois morts et une dizaine de blessés en l’espace d’une seule semaine. Dès lors, chacun connaissant au moins quelqu’un qui a vu ou connaît quelqu’un qui a vu quelqu’un dont le sexe a été rétréci par un Nigérian, la psychose gagne à une vitesse fulgurante. Elle emprunte les transports en commun, gagne les villes voisines jusqu’aux environs de Douala et remonte vers le centre du pays. « Tous les hommes se promènent les mains bien enfoncées dans les poches et refusent d’échanger des poignées de mains », s’inquiète l’AFP dans une dépêche du 20 août 1996 émise de la capitale, Yaoundé, où la rumeur qui est annoncée fait craindre l’embrasement de la ville. Le risque est réel car la cité ne s’est jamais vraiment remise de cette terrible année 1978 où pareille rumeur, imputée à une vieille sorcière irascible, avait obligé les habitants à protéger de palmes le seuil de leurs maisons, seul remède magique capable de détourner le courroux démoniaque. Cette même année, les Camerounais s’en souviennent encore avec effroi, dans le Sud, non loin de Limbé comme par hasard, « les jours de marchés des malfrats faisaient disparaître le sexe des hommes et déplaçaient sur le front celui des femmes ! ».

La trame de cette rumeur naissante n’est pas le fruit d’un délire collectif mais la projection imaginaire des conséquences d’un fait avéré : une escroquerie montée par de faux colporteurs de médicaments mais vrais charlatans ambulants. Le scénario de l’arnaque, pratiquée par un duo de compères haoussas gonflés, sera invariable dans les pays que la rumeur va traverser. Toujours le même film. Sur un marché, une gare routière, à un carrefour, un étranger demande des renseignements à l’autochtone, il lui serre la main ou lui tape sur l’épaule. Puis il poursuit son chemin. Alors tout va très vite : la personne touchée par l’inconnu éprouve un frisson glacial ou bien une chaleur intense, des picotements ou encore de vives démangeaisons. Autant de signes qui annoncent la disparition imminente du sexe qui aussitôt se recroqueville, pire qui disparaît au plus profond du corps. Comme par miracle, un complice s’approche de la victime désemparée : il assure posséder les médicaments permettant au sexe de recouvrer sa taille initiale. Il peut même les lui vendre contre une coquette somme. Une sorte de rançon qui varie, selon les lieux et la qualité des victimes, de cinq mille francs CFA (environ 7,50 €) à sept ou huit cent mille francs CFA !

Une telle crédulité sur fond de magie pourrait a priori faire sourire si elle n’entraînait mort d’homme. Mais c’est ainsi que sont les superstitions ancestrales dont l’origine mythique se situe, dit-on, au cœur des ténèbres de l’Afrique centrale. C’est la remise à jour d’un châtiment millénaire inventé par les dieux pour punir les hommes adultères ou, plus prosaïque, les fainéants qui culbutaient les paysannes dans les champs au lieu de récolter les moissons. Dans le lit de la croyance populaire rurale, une simple affaire d’escroquerie va devenir en quelques mois la première rumeur panafricaine de l’histoire du continent.

Traversant successivement, à la vitesse d’une traînée de poudre, le Bénin, le Togo, la Côte-d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal et la Mauritanie ; relayée par les médias, enrichie par des centaines de témoignages, elle se nourrit de l’angoisse engendrée par la crise politico-économique pour s’infiltrer dans tous les foyers, et réveille les peurs villageoises enfouies au plus profond des ruelles des cités indigènes.

Mi-octobre, la rumeur repasse la frontière du Nigeria, puis celle du Bénin qu’elle parcourt comme un missile téléguidé avant d’arriver à Lomé, Togo. Elle se répand sur tout le pays. Dans son sillage, la vindicte populaire. Le carnage continue jusqu’à la fin de l’année. Seul changement notable, les nouveaux boucs émissaires sont désormais des Ghanéens, traditionnels bras de la main-d’œuvre immigrée. Bien entendu, ceux-là sont plus nombreux que les Haoussas.

Le Togo n’est séparé du Ghana que par quelques kilomètres de plages qui commencent au centre de Lomé. À pied, en pirogue, en bus, en taxi, en car rapide comme en camion, le bruit des exactions commises contre les Ghanéens brûlés vifs ou lapidés précède la rumeur et arrive à la douane. Le 17 janvier 1997 « Satan s’empare d’Accra ! » annonce, en Une, le Ghanaian Times. « Des hommes aux pouvoirs maléfiques frappent dans la rue », surenchérit la manchette du Daily Grafic. Sept personnes sont lynchées à mort. On assiste alors à un étrange ballet dans les rues : la plupart des hommes se déplacent une main dans leur poche, l’autre devant l’entrejambe. On ne compte plus les blessés. Treize personnes dont deux Nigérians sont arrêtés et placés en détention pour être préservés de la colère de la foule. Le 20 janvier, la presse comptabilise onze cadavres ! Un fantastique dispositif policier est mis en place autour des principales villes, il s’agit de protéger les victimes putatives, des Nigérians essentiellement : Yorubas, Haoussas ou Ibos, promis au lynchage, aux bastonnades mortelles ou tout simplement à être brûlés vifs par le supplice du collier.

Elle court, elle court la rumeur, et n’en finit pas de gonfler. Elle court le long de la route côtière. Pénètre en Côte-d’Ivoire par l’est. Le journal abidjanais Soir Info annonce l’arrivée des « envoûteurs de sexe ». Aussitôt, les premiers cas de disparitions d’organes génitaux sont signalés près de la frontière ghanéenne. La rumeur fond sur Abidjan début février. Elle va s’installer pour de longs mois, dans les quartiers chics ou les cités populaires, à Cocody comme à Treichville, en Zone 4 et à Abobo gare ou Adjamé… On l’entend même près des pistes de l’aéroport essayant de s’envoler pour essaimer bien plus loin. Dans les quartiers périphériques des meutes déchaînées, armées de gourdins, de barres de fer et de machettes, terrorisent les « étrangers ». Un matin, on craint même un pogrom dans le quartier Koumassi, place Inch’Allah, quand les sanguinaires émeutiers entonnent leur nouveau cri de guerre : « Il faut braiser les Haoussas ! » Appel au meurtre qui va résonner dans toute la ville. Résultat ? Dès la première semaine, une dizaine d’innocents seront brûlés vifs ou lynchés. Parfois les deux. Les journaux font leur Une des photographies de cadavres de suspects calcinés, on publie les témoignages hallucinés des victimes. Plus personne n’ose sortir, on ne se salue plus. L’Autre est devenu le Diable. Seuls la confrérie des « trado-thérapeutes » et autres marabouts charlatans se frottent les mains. C’est bon pour le business : sur les marchés aux fétiches, la vente des grigris, poudres magiques et autres amulettes de protection connaît un véritable boom.

Les commissariats de police sont assiégés par les plaignants. Par peur de se faire eux-mêmes lapider, les flics hésitent désormais à intervenir pour protéger les victimes des foules hystériques. Pendant qu’Abidjan est à feu et à sang, la rumeur court toujours, mais ne peut aller plus loin à l’ouest sur la côte car elle est incapable de rivaliser avec les atrocités bien réelles de la guerre civile qui n’en finit pas de déchirer le Liberia frontalier. Deuxième quinzaine de mars, elle bifurque donc et poursuit son chemin vers le nord, par le chemin de fer cette fois. Direction le Burkina Faso, qu’elle traverse pour atteindre, au nord-ouest, le Mali.

Le 28 mars, on apprend que « deux escrocs nigérians auraient fait disparaître le pénis d’un innocent de passage » en plein Sikasso, non loin de la frontière. Les deux ont été tabassés par la foule puis, en piteux état, ils ont été interpellés par la police malienne ; le 3 avril, un prétendu Haoussa est bastonné à mort dans la ronde des taxis de la gare routière. Pendant que la fièvre gagne Bamako, la rumeur flambe à l’est du Burkina et pénètre dans Ouagadougou le 9 avril, vieille cité calme et douce. Il ne lui faudra qu’un mois à peine avant d’atteindre la paranoïa.

Le 13 mai, la goutte d’eau qui fait déborder le canari : une foule en délire est prête à lapider des Ibos dans un quartier populaire de la capitale burkinabè. La police intervient. On ramasse les corps martyrisés de nombreuses victimes. Des cas de disparition de sexe seront signalés chaque jour aux quatre coins de la ville en proie à la psychose. Les autorités organisent une réunion au sommet et publient un appel au calme. Le 20 mai, un communiqué du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité lance un deuxième appel au calme et rappelle que la loi sera appliquée dans le cas d’actes de violence. « Les fauteurs de troubles seront sanctionnés sans faiblesse » titre le quotidien Sidawaya, daté du 22 mai. En pages intérieures, on lit qu’il est urgent de « procéder à une campagne de sensibilisation au niveau des églises, temples, mosquées et organisations de la jeunesse. Il faut organiser des patrouilles, sécuriser les étrangers, et utiliser la répression contre les fauteurs de troubles ». Riposte visiblement efficace car la rumeur abandonne le Burkina du jour au lendemain !

Peut-on encore parler de rumeur ? Une énorme pieuvre étend désormais ses tentacules sur les pays avoisinants. Elle tente le passage en Guinée, la remontée vers le Niger. Elle est à nouveau secouée de soubresauts au sud du Cameroun et arrive, un rien essoufflée, au Gabon. Le 13 juin, un lycéen aura le sexe réduit au beau milieu de la cour du bahut, au cœur de Libreville. Puis la fièvre retombe dans la forêt gabonaise, les exploits des rétrécisseurs n’intéressent plus personne. Tout se passe comme si la malédiction ne pouvait survivre loin des contrées islamiques propices à sa naissance et à sa propagation. Elle stoppe net aux lisières de cette même forêt qui, jadis, arrêta l’expansion hégémonique de l’islam. Tous les djihad, même les plus guerriers tels que ceux menés par les fantastiques armées peules au XIXe siècle, ont capitulé devant la puissance des génies des bois sacrés de la sylve primaire équatoriale. Peu importe, le monstre a du boulot ailleurs. Le Mali n’en finit pas de se contorsionner. Une demi-douzaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Puis, le céphalopode meurtrier prend le train en gare de Bamako, emprunte la voie ferrée, pénètre dans Kita, met le feu à Kayes, et plonge sur le Sénégal. Lançant ses ventouses vers les faubourgs de Dakar, Ziguinchor et Saint-Louis où il est signalé le 17 juillet. Le lendemain c’est la Casamance.

« À mort les étrangers, tuons tous les “niaks”, ce sont tous des sorciers ! » hurlent les justiciers populaires. Le Sénégal vit un cauchemar : on veut poignarder, lyncher, lapider, brûler vif tout ce qui porte un faciès d’étranger, tous les Haoussas en puissance : Guinéens, Ivoiriens, Za ïrois ou même Sénégalais au look un peu trop broussard, les colporteurs de médecines contre les maux de reins et les asthénies sexuelles. Bilan d’une semaine d’émeutes : sept morts dont un homme dévoré par le feu et un wagon de victimes de la « tragique méprise ». Et ce, rien que dans l’agglomération dakaroise ! Flics, psychologues et juges interviennent dans les colonnes des quotidiens, Le Matin ou Le Soleil. Ils dénoncent ce « fantasme collectif à thème de castration » qui reçoit un fantastique écho dans un pays ou les marabouts-sorciers ont le pouvoir d’éteindre la virilité des hommes. Au Sénégal on appelle cela faire un xala. À la fin des années 1970, le cinéaste Sembene Ousmane s’en est inspiré pour un film éponyme qui fit longtemps un tabac dans les cinés en plein air des quartiers populaires.

« Aujourd’hui avec le règne de la stigmatisation, de la vindicte populaire, de la dénonciation dans un climat de suspicion, d’anonymat, de sentiment de danger, les individus sont fragilisés », enfonce un éditorialiste. « Et, puisque l’opinion publique n’a pas besoin de preuves, parce qu’elle est déjà préparée et ne demande qu’à être conviée au lynchage, la boucle est bouclée. » Un constat. Lucide et sans appel. Qui renvoie à la folie sanguinaire qui a traversé le Sénégal en avril 1989. Quand la chasse au « Nar », au Maure en wolof, a été ouverte dans le pays. Quand les placides Sénégalais coupèrent, pour de vrai, les couilles des Mauritaniens, après les avoir massacrés à coup de machettes, au terme d’horribles chasses à l’homme. Comme par hasard, c’est vers la Mauritanie que se dirige la rumeur maintenant. Le 31 juillet, elle passe le bac sur le fleuve Sénégal à Rosso, et fait sa première victime en terre mauritanienne. Le « coupable », présumé sorcier haoussa, s’avère être malien…

Durant le mois d’août, on n’entend plus parler de rien ; radio-trottoir s’est même murée dans le silence. La nouvelle des condamnations des justiciers coupables de coups et blessures, dénonciation calomnieuse, incitation à la violence, assorties de peines de prison ferme, au Sénégal et au Mali a eu son effet au-delà les frontières. Tout le monde l’espère. Jusqu’au début septembre. Le 2 c’est un coup de tonnerre relayé par l’hebdo Mauritanie-Nouvelles : « La grande frayeur » n’est pas terminée. La rumeur, que tout le monde avait un peu trop rapidement enterrée, vient de sortir de sa tombe. Deux Sénégalais sont à nouveau impliqués dans des affaires de disparition d’organes génitaux à Nouakchott… Puis la capitale maure s’est rendormie dans la torpeur des premiers vents de sable.

Début octobre, l’Afrique de l’Ouest qui a retenu longtemps son souffle, panse les plaies de ses milliers de blessés. Et inhume pieusement ses trois cents morts. Martyrs de la rumeur sorcière…

(…)

Voir aussi:

Panique à Khartoum: Des étrangers serrent la main aux hommes et font disparaître leur pénis
THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE
Octobre 23, 2003

En septembre 2003, une hystérie collective a balayé Khartoum, capitale du Soudan, hystérie qui dû être réprimée par une intervention policière et des déclarations du ministre de la Santé. La panique a été provoquée par une rumeur selon laquelle des étrangers parcourant la ville et serrant la main aux hommes, faisaient disparaître les pénis de ces derniers. La rumeur s’est rapidement propagée par des messages écrits téléphoniques, détournant l’attention du public de la percée dans les négociations en cours au Kenya entre le vice-président soudanais Ali Othman et le chef de l’Armée de libération des peuples du Soudan,M. John Garang. [1]

Il existe plusieurs versions de l’histoire, et toutes n’impliquent pas des étrangers: il a d’abord été dit que les malfrats appartenaient à une tribu soudanaise; selon une autre version, un Ouest-Africain serait à l’origine des faits; cet homme unique a bientôt fait place à un groupe d’Ouest-Africains.

Kamal Hassan Bakhit, correspondant d’Al-Qods Al-Arabi, a été le premier à porter le phénomène à l’attention du public au-delà des frontières du Soudan; il affirme que «la source de cette horreur est un citoyen étranger d’un pays ouest-africain parcourant la place du marché de la ville et drainant la virilité des hommes par une poignée de main.» M. Bakhit rapporte que la Police a reçu de nombreuses plaintes concernant une personne appelée «L’Ami de Satan», qu’elle a ouvert une enquête et arrêté un étranger ayant en sa possession des foulards, des ouvrages de sorcellerie et deux millions de livres soudanaises (équivalant à près de 1500 dollars) [2] Voici quelques extraits d’articles abordant le sujet:

Les victimes racontent

Deux des «victimes» ont accepté de raconter leur histoire au quotidien Al-Qods Al-Arabi, édité en arabe à Londres. L’un des deux hommes, le marchand de textiles S. K. A., relate qu’un homme d’une tribu ouest-africaine est entré dans son magasin pour acheter du tissu, et qu’une querelle n’a pas tardé à éclater entre eux deux. Après quoi le client a fortement serré la main du vendeur, jusqu’à ce que ce dernier sente son pénis fondre. Le vendeur est devenu hystérique, et a été transporté à l’hôpital. [3]

Si la majorité des témoignages évoquent des poignées de main, un autre homme, qui a requis l’anonymat, raconte qu’alors qu’il était au marché, un inconnu s’est approché de lui, lui a tendu un peigne et lui a demandé de se peigner. S’exécutant, le premier homme a senti, après quelques secondes, une étrange sensation, et a découvert qu’il avait perdu son pénis. Certains affirment en outre qu’une fois que «l’Ami de Satan vide un homme de sa virilité,»il réclame à sa victime plus de quatre millions de livres soudanaises (environ 3000 dollars) contre sa restitution. [4]

Enquête policière et intervention gouvernementale

Les Soudanais, ne sachant trop comment traiter le problème, ont procédé à l’arrestation de quarante personnes ayant porté plainte ainsi qu’à celle de cinquante autres personnes soupçonnées de sorcellerie et de fraude. Plusieurs Ouest-Africains ont été conduits au poste de Police pour interrogatoire, au milieu de groupes de gens essayant de les attaquer. La Police a déployé un important effort pour disperser les émeutiers.

Des responsables politiques ainsi que du personnel sanitaire sont intervenus pour tenter de calmer la situation. Le procureur général Salah Abou Zayed a déclaré que toutes les plaintes avaient été portées à l’attention d’un comité d’enquête spécial, et que le premier plaignant serait poursuivi pour atteinte à l’ordre public, les docteurs ayant établi qu’il était en parfaite santé. [5] Un autre rapport précise toutefois que les plaignants souffraient de «névrose» et étaient victimes de «suggestion». [6]

Mme Nour Al-Houda, personnage haut placé de la Police, relate: «Nous avons rencontré les suspects et nous sommes aperçus que c’était eux les victimes. Ils sont accusés de faits dont ils ignorent tout (…) L’un des accusés avait appris par sa femme que sa fille, qui souffrait de violentes douleurs, allait subir une opération. Il s’est rué vers l’hôpital, mais s’est arrêté en cours de route pour demander à un homme le chemin de la salle d’opération; il a eu la surprise de découvrir que cet homme l’accusait de faire partie des personnes provoquant l’impuissance par poignées de main. Il a été victime de soupçons de ce type alors qu’il s’empressait de rejoindre sa fille en salle d’opération (…)

A notre avis, il ne s’agit là ni de sorcellerie, ni de magie. Les nombreux jeunes gens à avoir porté plainte étaient victimes de suggestion. Etant [psychologiquement] préparés à un tel événement, ils se sont véritablement cru malades.»

Taha Baasher, éminent psychiatre soudanais, a souligné que ce phénomène était apparenté à celui des femmes qui se croient, à tort, enceintes. [7]

Faire taire les rumeurs

Le procureur-général chargé des affaires criminelles, M. Yasser Ahmed Mohammed, a assuré au quotidien soudanais Al-Rai Al-Aam que «la rumeur a éclaté quand un marchand est allé chez un autre marchand lui acheter du karkady [boisson soudanaise]. Brusquement, le vendeur, victime de sorcellerie, a senti son pénis se ratatiner. Ce fut la première plainte de ce type. L’histoire est ensuite arrivée jusqu’aux médias, ce qui a provoqué une sensibilité particulière chez beaucoup d’autres.» Il ajoute que tous les plaignants ont été envoyés à l’hôpital. Dans tous les cas, le rapport médical établit que les pénis sont en parfait état, et que nul n’a souffert d’atrophie ou de douleurs.

«20% sont venus au tribunal le lendemain retirer leurs plaintes, expliquant qu’ils s’étaient rétablis. Mais certains ont maintenu l’accusation.»

Le ministre soudanais de la Santé, Ahmed Bilal Othman, a annoncé que selon les directeurs d’hôpitaux réunis le 23 septembre en session d’urgence, aucun cas d’impuissance imputé au contexte mentionné plus haut n’avait été constaté. Il a souligné que ce phénomène était dénué de tout fondement «scientifique», et que les coupables étaient la sorcellerie, la magie ou des problèmes d’ordre émotionnel. [8]

L’affaire a attiré l’attention des dessinateurs: Al-Rai Al-Aam a publié des caricatures sur le sujet; l’une d’entre elles représente un homme tendant une fausse main à un autre homme en commentant: «Il vaut mieux prévenir que guérir» [9] ; un autre dessin représente un homme amputé des deux mains confiant à son ami: «Dieu merci, je ne serre la main de personne, et personne ne me serre la main!» [10]

La presse

Dr Abd El-Latif Al-Buni estime, dans le journal soudanais Al-Sahafa, que les politiciens aussi devraient tirer les leçons de l’histoire : «C’en est arrivé au point où une femme accompagnant son mari jusqu’à la porte d’entrée de chez elle lui dit au revoir en précisant: ‘Fais bien attention à ne serrer la main d’aucun homme, mais tu peux serrer la main des filles autant que tu veux’ (…) Craignant de perdre son mari, elle est prête à partager [son mari avec d'autres femmes], même s’il s’agit là d’un partenariat forcé. Il en va de même [des négociations] de paix au Kenya: les concessions sont nécessaires si nous ne voulons pas perdre le Soudan dans son ensemble. Si la femme permet à son mari d’approcher d’autres personnes de son sexe, les politiciens peuvent bien renoncer au gain politique.» [11]

Jafar Abbas, chroniqueur soudanais résidant à l’étranger, élabore sur le sujet dans deux articles, l’un paru dans Al-Watan, et l’autre dans Al-Rai Al-Aam. Dans son article d’Al-Watan, Abbas écrit: «Même si ce que j’écris aujourd’hui doit nuire au tourisme au Soudan, je considère qu’il est de mon devoir d’enjoindre toutes les personnes désireuses de se rendre au Soudan à ne pas serrer la main d’hommes au teint sombre. Et vu que la plupart des Soudanais ont le teint sombre, il vaut mieux éviter de serrer la main des inconnus (…)»

Faisant référence au rapport du Soudanais ayant perdu son pénis après avoir utilisé un peigne, Abbas écrit: «Il ne fait aucun doute que ce peigne était un robot chirurgical contrôlé par laser, qui pénètre le crâne, [descend] jusqu’à la partie inférieure du corps et castre les hommes!

Je voudrais dire à la victime de ce peigne électronique: ‘Espèce de crétin, comment pouvez-vous porter à la tête le peigne d’un inconnu, quand même les gens de la même famille évitent d’utiliser le même peigne?’»

C’est un complot sioniste

En conclusion, Abbas écrit: «Cet homme qui, rapporte-t-on, est originaire d’Afrique occidentale, est un agent sioniste impérialiste envoyé pour empêcher la population de procréer et de se multiplier. (…)» [12]

Dans son article d’Al-Rai Al-Aam, Abbas écrit: «J’avais prévu de visiter le Soudan pendant le congé de l’Aïd Al-Fitr, et j’ai économisé autant de dollars que j’ai pu dans ce but (…) mais j’ai entendu parler de l”Ami de Satan’, à qui vous serrez la main avant de découvrir que vous n’êtes plus un homme. Est-il concevable qu’un homme sensé choisisse de visiter une ville saisie par l’horreur de la castration?! (…)

Je paie [mes impôts] au gouvernement, j’amène de l’argent à ma famille [de l'étranger], et il faudrait en plus que je paie un homme qui me dérobe de ce que j’ai de plus cher et exige ensuite que je lui rachète les biens volés?! (…)

Nos femmes dominent dans les services publics et les cours à l’université. Les hommes au Soudan sont aujourd’hui en droit de fonder une Association des droits de l’homme soudanais ; tout ce qui reste de notre masculinité réside dans nos caractéristiques biologiques essentielles, et voilà que quelqu’un veut nous en priver!»

Abbas évoque de nouveau «l’incident du peigne»: «Ce qui me conduira malgré tout à exécuter mon plan téméraire de visite au Soudan est que l’un des hommes dont ‘l’équipement’ a été confisqué déclare que la confiscation est intervenue après que l’un d’eux lui eut tendu un peigne et demandé de se peigner (…) Personne ne l’a forcé à le faire. La victime aurait pu refuser de se peigner les cheveux.

Si jamais je rencontre ce monstre, je lui demanderai comment il a pu porter le peigne d’un autre à sa tête! Il est vrai que nous sommes un peuple de dingues, et que 10 d’entre nous utilisent la même serviette. Chaque foyer possède plusieurs peignes, mais hélas, ces derniers disparaissent jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un peigne dégoulinant de graisse que tous utilisent. Mais cette situation se limite en général au cadre familial. Nous n’utilisons généralement pas les peignes de personnes que nous ne connaissons pas, sauf chez le coiffeur!

Que nul parmi vous ne croie qu’il peut se protéger de la castration en évitant de serrer la main d’hommes ressemblant à des Ouest-Africains – vu que ceux qui perpètrent ces merveilles et miracles viennent d’Afrique occidentale. A quoi ressemble un homme d’Afrique occidentale? Il est noir? Existe-t-il seulement un Soudanais blanc?» [13]

[1] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 24 septembre 2003.

[2] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 22 septembre 2003.

[3] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 22 septembre 2003.

[4] Al-Qods Al-Arabi (Londres), le 22 septembre 2003.

[5] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 23 septembre 2003.

[6] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 24 septembre, 2003.

[7] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 9 octobre 2003.

[8] Al-Rai Al-A’am ( Soudan), le 24 septembre 2003.

[9] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 26 septembre 2003.

[10] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 1er octobre 2003.

[11] Al-Sahafa (Soudan), le 23 septembre 2003.

[12] Al-Watan (Arabie Saoudite), le 24 septembre 2003.

[13] Al-Rai Al-A’am (Soudan), le 29 septembre 2003.

Voir également:

Sarkozy complexé devant Obama selon Newsweek
Julie Cloris
Le Parisien
02.10.2009

L’hebdomadaire américain Newsweek du 5 octobre fait sa Une européenne sur Nicolas Sarkozy, titrant sur le «complexe d’Obama» dont souffrirait le président français et consacrant un long article aux points communs entre les deux hommes malgré des relations sans confiance ni complicité.

Comme son homologue américain, Nicolas Sarkozy éprouve un besoin viscéral «d’être à l’avant de la scène», estime l’auteur de l’article, le journaliste Christopher Dickey, qui dirige le bureau parisien du grand hebdomadaire américain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, selon lui, le président de la République semblait légèrement en retrait à Pittsburgh, lors du G20, où le Premier ministre birtannique Gordon Brown et Obama semblaient, eux, jouer jeu égal. Sarkozy apparaissait «comme s’il était le témoin de mariage d’un homme qu’il ne connaît pas», écrit Dickey, se fiant au langage du corps.

L’article s’interroge sur les relations entre les deux hommes, «Obama (semblant) parfois à peine remarquer son homologue français bourré de tics». Mais il dresse un portrait plutôt flatteur du président français. Pour Dickey, Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir un an et demi avant Obama, lui a montré la voie dans bien des domaines, «des pirates somaliens à l’Iran en passant par le G20, la prime à la casse, la taxe carbone, l’+afghanisation+ de la guerre en Afghanistan, la manière d’aborder la belligérance russe et les ouvertures de paix envers la Syrie». Et Newsweek de noter qu’Obama et son administration feraient mieux de choyer un peu l’Elysée s’ils veulent obtenir son soutien sur les grands thèmes internationaux. Sans compter que l’hyperactif «Sarkozy n’est pas quelqu’un qu’on veut voir travailler contre soi», conclut l’article.

L’hebdomadaire américain, publié à 3 millions d’exemplaires aux Etats-Unis mais diffusé à 4 millions outre les frontières américaines, a déjà consacré plusieurs articles élogieux au président de la République française, l’inscrivant parmi les 50 personnalités les plus puissantes du monde, et estimant que «le palais de l’Elysée est redevenu l’adresse n°1 en Europe».

Voir enfin:

Sarkozy’s Obama Envy
Christopher Dickey

NEWSWEEK
Published Sep 26, 2009
From the magazine issue dated Oct 5, 2009

* From the Editors (2)
* Sarkozy vs. Villepin: a Scandalous French Lawsuit
* Denis MacShane: Obama and Europe

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* Recommended (6)
* More Etiquette Woes for Aloha President
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* Sarkozy Looking To Play Crucial Role In Gaza
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* Letters: ‘The Taliban in their own words’
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Facing down Iran, French president Nicolas Sarkozy stood shoulder to shoulder with President Barack Obama and British Prime Minister Gordon Brown in Pittsburgh last week. Or so it might be said. The statements of all three were consistent as they denounced the Islamic Republic’s construction of a secret nuclear facility. But in this stage show of solidarity, body language sent a different message. Obama and Brown really did stand side by side. Sarkozy stood apart, looking a little like he’d been asked to stand as best man at a stranger’s wedding.

Perhaps in his gut he thought this should have been his show—or at least his and Obama’s. The G20 that all were attending is a forum that Sarkozy pushed to create last year. And Sarkozy’s government has taken the lead in confronting Iran over its nuclear intentions.

Sarkozy wants to lead: he made it clear last year he didn’t want to step down from the European presidency when his six-month term was over. Sarkozy wants to act: he’s shown that in such faraway venues as the Gulf of Aden, where French troops were the first to stop payments to, and start shooting at, Somali pirates. And Sarkozy can claim, with some justification, that where he has led, Obama has followed.

Since Sarkozy became president in the summer of 2007, a year and a half before Obama took the oath of office, he has been out in front of the United States on issues ranging from Somali pirates, Iran, and the G20, to Cash for Clunkers, a carbon tax, the “Afghanization” of the Afghan war, coping with Russian belligerence, and opening the door to peace with Syria. His style is to be everywhere at once and all the time—the hyperprésident, as the French press calls him—and in that, too, Obama sometimes seems to be following his lead.

But he’s not. In fact, relations between the two leaders have been far from ideal or always effective. It’s sometimes unclear if Obama even notices his hyperkinetic counterpart. And that explains the ambitious Parisian’s Obama obsession. Few people outside France expect the leader of the world’s fifth-largest economy to set the global pace on major issues. But Sarkozy, sometimes known as l’Américain at home, has often tried to do just that. Under him the Paris-Washington partnership has become in many ways the most dynamic bilateral relationship in the Atlantic alliance, and one that helps set the global agenda. As their speeches at the United Nations and the G20 last week made clear, both he and Obama are committed internationalists with a similar vision of the new, more just and regulated world economic order. But—and this is part of the problem—both also expect to be at the forefront of any initiative: Obama because he is president of the United States, and Sarkozy because he’s so ambitious, and the French are so ambitious for their president.

The question that haunts Sarkozy is whether anyone sees him as part of a globe-beating tandem—and whether this team will ever achieve its potential. The two presidents’ very different personalities can collide: Obama, smiling but aloof, treats Sarkozy as one of many not-quite-equals in Europe, while Sarkozy, the backslapper, likes to call the U.S. president his “buddy,” but hasn’t had the favor returned. Watching the two of them onstage together, as when they appeared at D-Day anniversary commemorations in Normandy in June, is like watching the diminutive tough-guy actor Joe Pesci—all twitches and attitude—playing against Denzel Washington, all dignity and reserve. When Obama decided not to hang around for a family photo op with Sarkozy, the Élysée’s fury at the perceived slight was a sensation in the Paris press.

Sarkozy’s Obama complex is now a subject of persistent media speculation in France—and could become a real problem if the Obama administration doesn’t make more of an effort to understand it. This isn’t just a matter of policies and personalities, but of politics. In France’s troubled banlieues, many young people of African and Arab origin who once sported Che T shirts now wear Obama’s image instead. A recent Transatlantic Trends poll shows that Obama has a phenomenal 88 percent approval rating in France, while Sarkozy generally scores under 50. As some French journalists cautioned the new U.S. ambassador to France recently in a private meeting, if Sarkozy ever fears that the American president might try to bypass him and appeal directly to the French people on important issues, then Sarkozy’s testy friendship could turn to bitter enmity.

Last week, TV interviewer David Pujadas dared to ask Sarkozy directly whether there was a “competition for leadership” between him and Obama. “There’s no competition,” insisted Sarkozy, hardly concealing his chagrin. “I know my place. I preside over a big country. He is president of the No. 1 economic force in the world.” Citing the oft-forgotten history of “friendly ties” between the two nations, Sarkozy declared that “we have an interest in having Mr. Obama succeed.” But he took pains to say that he wouldn’t hesitate to cross swords with Obama on some issues, like commerce—citing his efforts to close a lucrative deal to sell advanced fighter aircraft to Brazil. While Obama had reportedly lobbied Brazilian President Luiz Inácio Lula da Silva over the phone on behalf of the Boeing F-18, Sarkozy had gone to Brasília himself to seal (some might say steal) the deal for the French-European Rafale.

Clearly this is not the kind of sympathique partnership that British Prime Minister Margaret Thatcher enjoyed with President Ronald Reagan. But Sarkozy clearly wishes it were. And no wonder. The problem isn’t ideological. Both Sarkozy and Obama are realists headed toward the same pragmatic center on many global issues. They may differ on specific questions, like whether to put a ceiling on bonuses for financial executives, but they agree on basic matters, like the need to create a better global financial regulatory system.

Both men campaigned with slogans about a fundamental break with the past (which was quite a feat for Sarkozy, who had served in the previous government). And once elected, both seemed to try to change everything at once. Sarkozy pushed for a radical rethinking of environmental policies; so, too, Obama. Sarkozy instituted a highly successful program to buy up old cars and subsidize the purchase of new, more ecofriendly ones. So, too, Obama. Sarkozy put the Middle East at the center of his foreign-policy initiatives, opening up to Syria and focusing on Iran’s nuclear threat. So did Obama. Only Sarkozy did all that before Obama had even taken his oath of office.

Sarkozy, always a showoff, was also much more blunt about a strategy that can come across as manic. In January 2008, when he had spent eight months in office (as Obama has now) and was facing criticism for taking on too many projects and delivering on too few, he told reporters, “You can’t hope to get results unless you change everything at the same time.” To do otherwise is to let the forces opposed to change gang up on you, he said, and then everything grinds to a halt. “The French ought to know this: I have a passion for action and I want to act,” he announced. Obama, by contrast, has never invoked the I word—it’s always about what’s practical.

Such differences in style risk having a further impact on substance. Take Afghanistan. Under Sarkozy, France rejoined the integrated command structure of NATO this year, and responded to the Bush administration’s pleas for more allied troops in Afghanistan by raising France’s contingent to almost 3,000. But the way Sarkozy calls attention to these changes again and again in public suggests he feels he hasn’t gotten enough credit for them. Now Obama wants still more from his allies. But an embittered, underappreciated Sarkozy might be tempted not to cooperate.

Such differences would be easier to smooth over if the two leaders shared the kind of full trust that the French call complicité. They don’t. The U.S. president is a tough politician from the Chicago school, but not quite tough enough for the Frenchman. Sarkozy has managed to co-opt or crush virtually all opposition. (He’s even had his most bitter Gaullist rival, former prime minister Dominique de Villepin, put on trial for an alleged smear campaign against him.) Obama’s inability to do something similar and bulldoze his opponents in order to push through his own agenda appears to have frustrated Sarkozy. Obama is “courageous” and “understands what is at stake,” Sarkozy told an interviewer last week, “but he is out in front of his country.” This past spring, Sarkozy reportedly told a group of parliamentarians having lunch at the Élysée that Obama “has never run a ministry in his life,” and “he’s not always up to the decision making and effectiveness.”

All the more pity, then, that the two men aren’t closer. For when the partnership works, it brings some striking results, as Sarkozy marshals not only France’s resources, but Europe’s. A good example is Somalia. Last winter, multiple multinational flotillas tried to cope with the rising threat to international shipping posed by pirates off the Horn of Africa. NATO proved ineffective, as did an ad hoc force the United States cobbled together out of Bahrain. The warships’ commanders proved reluctant to shoot at the pirates, and seemed unsure what to do with them if they captured them. And the Kalashnikov-toting corsairs just kept upping the ante. So Sarkozy worked with the European Union to create a much more aggressive force and also forged an agreement with Kenya allowing captured pirates to be offloaded there for trial. When Somalis seized the American-crewed Maersk Alabama and took its captain hostage in April, the U.S. Navy followed the by-then well-established precedents set by the French. It kept the pirates far out at sea, and when snipers got clear shots at the hostage takers, they pulled the trigger, killing the Somalis and freeing the captain.

“Now everything is operating very smoothly,” says a U.S. official who works closely with France on NATO and related issues but isn’t authorized to talk about them. “Sarkozy is an activist we can work with.” More than that, the implication goes, he’s not somebody you want working against you.

With Tracy McNicoll in Par


Chine/60e: Retour sur l’indécence extraordinaire de nos lettrés (Looking back at our intellectuals’ extraordinary indecency)

1 octobre, 2009
Au pays de l'avenir radieux
Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide. Orwell
Notre civilisation chinoise tant vantée n’est qu’un festin de chair humaine apprêté pour les riches et les puissants, et ce qu’on appelle la Chine n’est que la cuisine où se concocte ce ragoût. Ceux qui nous louent ne sont excusables que dans la mesure où ils ne savent pas de quoi ils parlent, ainsi ces étrangers que leur haute position et leur existence douillette ont rendus complètement aveugles et obtus. Lu Xun
Du temps de Staline, il faut bien dire que les organisations politiques ouvrières et populaires se portaient infiniment mieux, et que le capitalisme était moins arrogant. Il n’y a même pas de comparaison. Alain Badiou
Les Khmers rouges s’emparent de Phnom Penh : une séquence historique s’achève parce qu’une contradiction est résolue (…). La résolution d’une contradiction exige que quelque chose disparaisse (…). Il n’est de pensée révolutionnaire véritable que celle qui mène la reconnaissance du nouveau jusqu’à son incontournable envers : de l’ancien doit mourir (…). La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu’il y a des cadavres qu’aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller. Au plus fort de la Révolution culturelle, on disait en Chine : l’essence du révisionnisme, c’est la peur de la mort. Alain Badiou
Je ne suis certainement pas de ceux que l’alliance de Staline avec les nazis scandalise. En effet, je l’ai toujours considérée comme un acte de lucidité stratégique (…). Il est totalement absurde de tenter d’accuser l’Union soviétique de comportements antisémites. (…) Bien sûr, le stalinisme a été quelque chose de monstrueux et de tout à fait inacceptable pour une infinité de raisons. Mais il a été, d’un autre côté, un phénomène extrêmement productif. Toni Negri
Son nom même, en chinois Pilin-Pikong, tinte comme un grelot joyeux, et la campagne se divise en jeux inventés : une caricature, un poème, un sketch d’enfants au cours duquel, tout à coup, une petite fille fardée pourfend entre deux ballets le fantôme de Lin Biao : le Texte politique (mais lui seul) engendre ces mêmes happenings. Barthes (1974)
Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation. Simon Leys

A l’heure où, 60 ans du désastre maoïste obligent, nos médias nous bassinent sur l’air du prétendu “miracle chinois” et de la Chine troisième puissance mondiale etc.

Et où, entre nos Badiou et nos Zizek, la pensée révolutionnaire (maoïste ou staliniste) brille à nouveau de tous ses feux …

Petit retour en arrière sur ces folles années 70 où nos intellectuels avaient profité de la sanglante Révolution culturelle de Mao pour renouveler le genre littéraire déjà bien rodé (de Gide à Sartre et Beauvoir) du voyage en terre révolutionnaire.

Avec le récent et toujours aussi cinglant commentaire d’un de nos rares intellectuels à avoir gardé – au prix fort – son intelligence et sa liberté de parole face aux inepties des compagnons de route maoïstes et notamment français des années 70, à savoir le (serait-ce un hasard ?) Belge Pierre Rickerts alias Simon Leys.

Sur la sortie, atterrante de bêtise, des notes posthumes et jusqu’ici inédites de Roland Barthes sur son voyage en Chine de 1974 avec l’équipe de la revue Tel Quel …

Barthes et la Chine
Simon Leys
La Croix
28 mai 2009-10-01

Aujourd’hui paraissent deux textes inédits de Roland Barthes, qui réunissent deux ensembles, jusqu’alors conservés à l’Imec, de ses célèbres fiches, à la fois notes de travail, laboratoire d’idées et journal personnel. L’un est consacré au deuil de sa mère, l’autre à son voyage en Chine en 1974. De ce dernier carnet, l’éminent sinologue Simon Leys a donné à “La Croix” sa lecture personnelle

En avril-mai 1974, Roland Barthes a effectué un voyage en Chine avec un petit groupe de ses amis de Tel Quel. Cette visite avait coïncidé avec une purge colossale et sanglante, déclenchée à l’échelle du pays entier par le régime maoïste – la sinistrement fameuse «campagne de dénonciation de Lin Biao et Confucius» (pi Lin pi Kong).

À son retour, Barthes publia dans Le Monde un article qui donnait une vision curieusement joviale de cette violence totalitaire : «Son nom même, en chinois Pilin-Pikong, tinte comme un grelot joyeux, et la campagne se divise en jeux inventés : une caricature, un poème, un sketch d’enfants au cours duquel, tout à coup, une petite fille fardée pourfend entre deux ballets le fantôme de Lin Biao : le Texte politique (mais lui seul) engendre ces mêmes happenings.»

À l’époque cette lecture me remit aussitôt en mémoire un passage de Lu Xun – le plus génial pamphlétaire chinois du XXe siècle : «Notre civilisation chinoise tant vantée n’est qu’un festin de chair humaine apprêté pour les riches et les puissants, et ce qu’on appelle la Chine n’est que la cuisine où se concocte ce ragoût. Ceux qui nous louent ne sont excusables que dans la mesure où ils ne savent pas de quoi ils parlent, ainsi ces étrangers que leur haute position et leur existence douillette ont rendus complètement aveugles et obtus.»

Deux ans plus tard, l’article de Barthes fut réédité en plaquette de luxe à l’usage des bibliophiles – augmenté d’une Postface, qui m’inspira la note suivante : «(…) M. Barthes nous y explique en quoi résidait la contribution originale de son témoignage (que de grossiers fanatiques avaient si mal compris à l’époque ) : il s’agissait, nous dit-il, d’explorer un nouveau mode de commentaire, “le commentaire sur le ton no comment” qui soit une façon de “suspendre son énonciation sans pour autant l’abolir”. M. Barthes, qui avait déjà de nombreux titres à la considération des lettrés, vient peut-être de s’en acquérir un qui lui vaudra l’immortalité, en se faisant l’inventeur de cette catégorie inouïe : le “discours ni assertif, ni négateur, ni neutre”, “l’envie de silence en forme de discours spécial”.

Par cette découverte dont toute la portée ne se révèle pas d’emblée, il vient en fait – vous en rendez-vous compte ? – d’investir d’une dignité entièrement neuve, la vieille activité, si injustement décriée, du parler-pour-ne-rien-dire. Au nom des légions de vieilles dames qui, tous les jours de cinq à six, papotent dans les salons de thé, on veut lui dire un vibrant merci. Enfin, ce dont beaucoup sans doute devront lui être le plus reconnaissants, dans cette même postface, M. Barthes définit avec audace ce que devrait être la vraie place de l’intellectuel dans le monde contemporain, sa vraie fonction, son honneur et sa dignité : il s’agit, paraît-il, de maintenir bravement, envers et contre “la sempiternelle parade du Phallus” de gens engagés et autres vilains tenants du “sens brutal”, ce suintement exquis d’un tout petit robinet d’eau tiède.»

Voici maintenant que ce même éditeur nous livre le texte des carnets dans lesquels Barthes avait consigné au jour le jour les divers événements et expériences de ce fameux voyage (1). Cette lecture pourrait-elle nous amener à réviser notre opinion ?

Dans ces carnets, Barthes note à la queue-leu-leu, très scrupuleusement, tous les interminables laïus de propagande qu’on lui sert lors de ses visites de communes agricoles, d’usines, d’écoles, de jardins zoologiques, d’hôpitaux, etc. : «Légumes : année dernière, 230 millions livres + pommes, poires, raisin, riz, maïs, blé; 22 000 porcs + canards. (…) Travaux d’irrigation. 550 pompages électriques; mécanisation : tracteurs + 140 monoculteurs. (…) Transports : 110 camions, 770 attelages; 11 000 familles = 47 000 personnes (…) = 21 brigades de production, 146 équipes de production»… Ces précieuses informations remplissent 200 pages.

Elles sont entrecoupées de brèves notations personnelles, très elliptiques : «Déjeuner : tiens, des frites ! – Oublié de me laver les oreilles – Pissotières – Ce qui me manque : pas de café, pas de salade, pas de flirt – Migraines – Nausées.» La fatigue, la grisaille, l’ennui de plus en plus accablant ne sont traversés que par de trop rares rayons de soleil – ainsi une tendre et longue pression de main que lui accorde un «joli ouvrier».

Le spectacle de cet immense pays terrorisé et crétinisé par la rhinocérite maoïste a-t-il entièrement anesthésié sa capacité d’indignation ? Non, mais il réserve celle-ci à la dénonciation de la détestable cuisine qu’Air France lui sert dans l’avion du retour : «Le déjeuner Air France est si infect (petits pains comme des poires, poulet avachi en sauce graillon, salade colorée, chou à la fécule chocolatée – et plus de champagne !) que je suis sur le point d’écrire une lettre de réclamation.» (C’est moi qui souligne.)

Mais ne soyons pas injustes : chacun de nous note des monceaux de sornettes à son usage privé; on ne peut nous juger que sur celles dont nous faisons un usage public. Quoi que l’on puisse penser de Roland Barthes, nul ne saurait nier qu’il avait de l’esprit et qu’il avait du goût. Et aussi s’est-il soigneusement abstenu de publier ces carnets. Maintenant, qui diable a pu avoir l’idée de cette consternante exhumation ? Si cette étrange initiative émane de ses amis, ceci rappelle alors la mise en garde de Vigny : «Un ami n’est pas plus méchant qu’un autre homme.»

Dans le dernier numéro du Magazine littéraire, Philippe Sollers estime que ces carnets reflètent la vertu que célébrait George Orwell, «la décence ordinaire». Il me semble au contraire que, dans ce qu’il y tait, Barthes manifeste une indécence extraordinaire. De toute manière ce rapprochement me paraît incongru (la «décence ordinaire» selon Orwell est basée sur la simplicité, l’honnêteté et le courage; Barthes avait certainement des qualités, mais pas celles-là). Devant les écrits «chinois» de Barthes (et de ses amis de Tel Quel), une seule citation d’Orwell saute spontanément à l’esprit : «Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide.»

***

(1) Il avait résumé ces trois étapes dans son Roland Barthes par Roland Barthes, en 1974, livre paru dans la célèbre collection « Écrivains de toujours », au Seuil.

Voir aussi:

Les beaux jours de la pensée maoïste en France
Marc Perelman et Jean-Marie Brohm
Le Figaro
30/09/2009

(…)

Alain Badiou, par exemple, qui se veut maître-penseur, romancier et poète – du genre épopée du Grand Bond en avant et de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et dont les publications s’étalent avec complaisance dans toutes les librairies branchées -, s’est fait une spécialité de donner une justification politique à l’infamie. De quoi Badiou est-il en effet le nom ? Tout simplement de la fausse conscience qui a conduit à encenser les «timoniers», «guides suprêmes» et autres «grands leaders du prolétariat mondial». Sur le ton amphigourique du gourou, Badiou s’est mis en tête d’expliquer urbi et orbi, comme autrefois les philosophes officiels du Parti, la crise systémique du capitalisme, la mondialisation malheureuse, la nature bonapartiste du gouvernement de Nicolas Sarkozy et, surtout, car c’est cela qui lui importe le plus, le devenir radieux de «l’hypothèse communiste». Pour cet admirateur de la «pensée-maotsetoung», il s’agit avant tout de réhabiliter la nostalgie de «l’homme de fer», despote éclairé par la «science marxiste-léniniste», et sujet supposé pouvoir. «Du temps de Staline, il faut bien dire que les organisations politiques ouvrières et populaires se portaient infiniment mieux, et que le capitalisme était moins arrogant. Il n’y a même pas de comparaison» (De quoi Sarkozy est-il le nom ?). Prophète du « vrai marxisme contre le faux» (Théorie de la contradiction), Alain Badiou s’autoproclamait en 1975 chargé de mission («pour nous, maoïstes, porteurs déterminés de l’avenir révolutionnaire») et n’hésitait pas à franchir une étape supplémentaire dans l’acquiescement à la terreur qui succéda à «l’écrasement du régime fantoche cambodgien» pour reprendre sa terminologie : «Les Khmers rouges s’emparent de Phnom Penh : une séquence historique s’achève parce qu’une contradiction est résolue (…). La résolution d’une contradiction exige que quelque chose disparaisse (…). Il n’est de pensée révolutionnaire véritable que celle qui mène la reconnaissance du nouveau jusqu’à son incontournable envers : de l’ancien doit mourir (…). La dialectique matérialiste affronte la perte et la disparition sans retour. Il y a des nouveautés radicales parce qu’il y a des cadavres qu’aucune trompette du Jugement ne viendra jamais réveiller. Au plus fort de la Révolution culturelle, on disait en Chine : l’essence du révisionnisme, c’est la peur de la mort.» La sinistre phraséologie pseudo-hégélienne de Badiou ne peut pas ne pas prendre sens quand on se souvient des multiples charniers et fosses communes qui ont marqué à jamais le régime des Khmers rouges du sceau de la barbarie. Quand on se souvient aussi comment la Grande Révolution culturelle prolétarienne a détruit des pans entiers du patrimoine culturel de l’empire du Milieu, éliminant les intellectuels et tous ceux qui déviaient d’un iota de la ligne officielle, et inventant les nouvelles thérapies de masse dans les laogai et laojiao. Et que dire de l’Albanie du dictateur sanglant Enver Hoxha, de la Corée du Nord et son régime totalitaire, du Cambodge des Khmers rouges de Pol Pot ? Qu’en pense Badiou, qui s’est voulu le théoricien «de l’être et de l’événement» ?

Fasciné par la problématique de la disparition et de la destruction, Badiou passe aujourd’hui encore pour l’idéologue des masses révoltées, alors qu’il n’a jamais cessé d’être le saltimbanque baroque du maoïsme en quête d’un prolétariat mythifié : «Les dialecticiens maoïstes, proclamait-il en 1975, sont aujourd’hui en France les scaphandriers (sic) du processus primaire, immergés dans les profondeurs pratiques du prolétariat, sous les sédiments secondaires entassés par le révisionnisme.» Ce ne sont pas ces absurdités qui étonnent tellement, mais la considération dont jouit encore Badiou parmi quelques cénacles de «philosophes», qui dissocient de manière schizophrénique la politique et l’ontologie, les mêmes souvent d’ailleurs qui pensent que l’engagement «résolu» de Heidegger en faveur du national-socialisme n’entache pas sa «profondeur métaphysique».

À l’instar d’autres orphelins de Staline et de Mao situés dans «la grande tradition classique du mouvement ouvrier», Badiou a su agréger autour de lui d’autres personnalités politiques, universitaires et intellectuels, pour débattre publiquement de sujets qui le préoccupent : la démocratie, l’altermondialisme, l’organisation politique à venir. Étienne Balibar, Jacques Rancière, Slavoj Zizek et d’autres, sans oublier, à sa manière impériale, Toni Negri, qui ne cessent de se rencontrer à travers débats, forums et livres, ne font certes pas tous preuve du même enthousiasme pour «l’idée communiste», véritable hypostase mystique digne de l’arrière-monde platonicien, mais ils sont issus d’une matrice stalinienne commune encore féconde. Toni Negri ne craint pas, dans l’un de ses derniers opuscules (Goodbye Mr. Socialism, 2007), de réactualiser de solides et pérennes mensonges historiques : «Je ne suis certainement pas de ceux que l’alliance de Staline avec les nazis scandalise. En effet, je l’ai toujours considérée comme un acte de lucidité stratégique (…). Il est totalement absurde de tenter d’accuser l’Union soviétique de comportements antisémites. (…) Bien sûr, le stalinisme a été quelque chose de monstrueux et de tout à fait inacceptable pour une infinité de raisons. Mais il a été, d’un autre côté, un phénomène extrêmement productif.» Toni Negri voulait sans doute évoquer quelques «réalités positives» : le procès des blouses blanches, le système concentrationnaire du Goulag, la militarisation de la vie sociale, la délation généralisée, l’interdiction des partis politiques, des syndicats et de la presse libres, l’occupation militaire de plusieurs pays (Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie…), la chasse aux dissidents…

(…)

Voir enfin:

La chute de la maison Mao
Paul François Paoli
Le Figaro
24/09/2009

«La Dernière Révolution de Mao, histoire de la Révolution culturelle 1966-1976» de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals -Deux sinologues montrent l’impasse dans laquelle le maoïsme a plongé la Chine.

La Révolution culturelle chinoise ne fut pas seulement une immense gabegie doublée d’une vague de terreur massive, elle fut aussi le tombeau du maoïsme et explique le virage de la Chine vers ce que l’auteur du petit livre rouge abhorrait par-dessus tout : l’entrée dans la modernité capitaliste. Telle est la thèse de deux sinologues américains qui ont exploré les arcanes du communisme chinois leur vie durant.

Le but de Mao, quand il engage la bataille de la Grande Révolution culturelle prolétarienne au printemps 1966, est de consolider un magistère affaibli par le désastre du Grand Bond en avant qui s’est soldé par des famines qui ont causé des millions de victimes. Son leitmotiv : prévenir la Chine du révisionnisme promu par une bureaucratie soviétique embourgeoisée qui prone une voie pacifique au socialisme. Mais alors même que Mao ne jure que par Lénine, son coup de génie dialectique est d’inverser le théorème léniniste selon lequel le Parti se doit de guider les masses. Il va au contraire exalter la spontanéité de la jeunesse en l’exhortant à se libérer des « carcans » de l’autorité, depuis l’école jusqu’à l’université, pour mieux la mobiliser contre l’appareil de l’État dont il veut prendre le contrôle. Et au passage ouvrir la boite de Pandore qui va faire des vagues jusqu’en Europe, avec mai 68, ceux qui sont censés savoir, enseignants, ingénieurs, cadres, doivent se mettre à l’écoute des dominés et des sans grades. A ses yeux, la révolution est un état d’exaltation où la violence a un grand role à jouer. C’est seulement après que Mao eut déclaré qu’il était juste de se rebeller que la terreur rouge commence véritablement. En août-septembre 1966, 1 772 personnes furent assassinées à Pékin. À Shanghaï, en septembre, on dénombra 704 suicides et 534 morts liés à la révolution. Wuhan, au cours de cette période, compta 32 morts et 62 suicides », écrivent les auteurs.

Drame sanguinaire

La « révolution », qui commence comme un énorme monôme, se transforme en drame sanguinaire. Enfants qui dénoncent les parents, gardes rouges qui pillent les maisons au hasard pour traquer les signes de trahison : une immense campagne de lynchage et d’autocritique s’abat sur la Chine. Parmi les centaines de milliers de tués de cette purge géante, beaucoup d’enseignants et d’intellectuels, et chacun se souvient de ces pianistes qui auront les bras cassés pour avoir joué de la musique classique, dite bourgeoise. Mao ne prétend pas seulement en finir avec la routine du présent, il veut aussi liquider le passé. Des temples consacrés à Confucius sont pillés, des lieux de culte bouddhistes saccagés, tandis que dans les provinces habitées par les Ouïgours, des corans seront brûlés.

Le ton de ce livre difficile à lire, tant les conflits qui agitent la bureaucratie chinoise sont complexes à décrypter, est cependant exempt de toute polémique. Les experts donnent des chiffres, livrent des faits, délivrent des hypothèses. Ils dépeignent Mao telle une icône erratique dont les proches revendiquent la pensée pour se neutraliser et se combattre, de Yang Jing, sa femme, à Lin Piao le leader gauchiste  à qui disparaîtra mystérieusement en survolant la Mongolie en 1972, en passant par Liu Shaoqi, chef de l’État accusé de révisionnisme. Ce jusqu’à ce que Deng Xiaoping, rappelé par Mao après avoir été congédié pour « droitisme », tourne résolument le dos à une révolution que le parti chinois considère aujourd’hui comme la plus grave erreur du Grand Timonier. Une fois refermé l’ouvrage, on a une pensée amusée pour ces intellectuels d’Occident, et singulièrement en France, qui ont autant péroré sur le caractère ineffable de la « pensée de Mao », certains continuent d’ailleurs de le faire, sans que le rouge de la honte leur monte au front. Cet ouvrage va peut-être leur rappeler de cuisants souvenirs. Du passé, pourquoi faire table rase ?

«La Dernière Révolution de Mao, histoire de la Révolution culturelle 1966-1976» de Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals NRF Gallimard «essais», 808 p, 35 €.


Tiananmen/20e: Quand la mauvaise conscience des uns renforce la bonne conscience des autres (The identity of liberal democracy has been exposed to the world)

4 juin, 2009
Preparing for Tiananmen massacreTout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte (L’exception européenne, 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Religions: Protestant 51.3%, Roman Catholic 23.9%, Mormon 1.7%, other Christian 1.6%, Jewish 1.7%, Buddhist 0.7%, Muslim 0.6%, other or unspecified 2.5%, unaffiliated 12.1%, none 4% (2007 est.) United States (CIA World Factbook)
L’identité de la démocratie libérale a été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l’histoire de l’Humanité, le régime sioniste, en utilisant la grosse tromperie qu’est l’holocauste”. Ahmadinejad (commémorations du 20e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, le 3 juin 2009)
Oui, on entend cela [que la Chine n'est pas faite pour la démocratie], et pas seulement en Chine, de la part d’occidentaux aussi. Que l’on arrête avec ces stupidités dégradantes pour notre peuple, pour moi, la démocratie, c’est tout simplement la justice et le parti unique conduit forcément aux injustices. Et quoi, la justice ne serait pas faite pour la Chine ? L’air, l’eau, le ciel ne conviennent pas à la Chine ? L’ordinateur ou le téléphone portable ne sont pas faits pour la Chine? Bao Tong (Ancien bras droit de Zhao Ziyang, le patron du PC au moment de Tiananmen)
A l’heure où le Pleurnicheur en chef d’ “un des plus grands pays musulmans de la planète” (0, 6% contre 76,8% de chrétiens, soit 1, 6 millions… sur 300 millions!) a repris son baton de pénitent pour les pays dont il n’a de cesse de louer les apports à l’humanité et où, entre autres, le changement de religion est puni de mort

Et où, gros contrats obligent, le président du “Pays autoproclamé des droits de l’homme” vient de recevoir à l’Elysée un représentant d’un autre pays à parti unique dont le président rayeur de carte vient pour une énième fois de nier la vérité historique du génocide juif …

Retour, en ce 20e anniversaire du massacre de Tiananmen et avec l’un des rares témoins qui osent encore en parler, sur cette curieuse condition d’un monde occidental paralysé par le politiquement correct dont, comme le rappelle Jacques Dewitte dans son dernier ouvrage, “la mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience”

L’espérance indéfectible de Bao Tong
Arnaud de la Grange
De Chine
Blog du Figaro
le 1 juin 2009 5

Envers les voix dissonantes de la société chinoise, le Parti a parfois des délicatesses qu’on ne soupçonnerait pas. Ancien bras droit de Zhao Ziyang, le patron du PC au moment de Tiananmen, Bao Tong vient de se voir offrir des vacances à Huangshan, haut-lieu touristique de l’Est de la Chine. La police joue les tour-operators, et le vieil homme ne devrait pas regagner la capitale avant le 7 juin, quelques jours après l’anniversaire du 60e anniversaire de la tragique répression du printemps de Pékin (4 juin). Il ne s’est même pas opposé à cette mise au vert. Ce qu’il avait à dire avait déjà été dit.

Ce grand témoin des évènements de 1989 vit dans un petit appartement de l’ouest de Pékin, surveillé 24 heures sur 24 par la police, où nous l’avons rencontré. Il a sa libre et verte parole. A 76 ans, les vexations lui glissent sur le cuir. Et la prison, il l’a connue pendant 7 longues années, après 1989. L’homme est l’un des survivants de l’équipe réformiste balayée par le massacre de Tiananmen. Sur une étagère, une photo de Zhao Ziyang, l’ancien patron du PC « purgé » en 1989 pour s’être opposé à l’envoi de l’armée pour mater le mouvement pro-démocratique. Auprès de lui, Bao Tong était chargé de la réforme politique.

Pour Bao Tong, Tiananmen, ce n’est pas seulement de l’Histoire. C’est une blessure terrible dans la mémoire collective chinoise, une plaie qu’il faut laver pour que le concept de société harmonieuse ne soit pas un vain mot. « Il y a dix, ans j’avais écrit une lettre à Jiang Zemin, raconte-t-il, je lui disais que s’il voulait dépasser Deng Xiaoping et Mao dans l’Histoire, il avait les moyens de le faire. Il y a eu un crime en 1989. Celui qui osera corriger cette histoire laissera un bel héritage aux générations à venir. Il n’a pas compris. Récemment, j’ai écrit une lettre au président Hu Jintao pour qu’il saisisse cette occasion ». Anti-parti, sa démarche ? Bao Tong s’en défend et rappelle que Mao, lors du 7e Congrès, avait expliqué que la supériorité du Parti par rapport à tous les autres, c’était sa capacité à l’autocritique. « Certains pensent que si le Parti reconnaît des erreurs, il est fini, dit-il, je pense que c’est l’inverse, si le Parti ne sait pas corriger ses erreurs, il se dénature et se condamne. Je suis entré dans le Parti il a 60 ans, et même si j’en ai été expulsé, je n’ai pas envie de le voir finir comme cela ». Bao Tong fait remarquer que quand le Parti a reconnu les erreurs de la Révolution culturelle, sa popularité n’en a été que renforcée. Et pour lui, il n’y a d’ailleurs qu’un seul vrai responsable, Deng Xiaoping.

Les choses, finalement, sont assez simples. « Je ne demande pas la lune. Que les faits réels soient publiés, que l’on dise quels ont été les débats au sein du parti à l’époque, qui a donné l’ordre de la répression, que l’on publie le nombre des morts, des personnes mises en prison ou purgées, que l’on dise aussi comment on a ensuite manipulé la presse et bâti des mensonges pour le monde entier ». Bao Tong, reconnaît que les jeunes de 2009 ne sont pas obnubilés par Tiananmen, qu’ils n’ont qu’une vague idée de ce qui s’est passé, « le nettoyage des cerveaux ayant bien fonctionné ». « Mais ces jeunes, quand ils rencontreront l’arbitraire dans leur vie, ils voudront connaître l’histoire du 4 juin ». Cette histoire, sa famille entend bien la faire vivre. C’est son fils, Bao Pu, éditeur à Hong Kong, qui vient de publier en chinois les mémoires inédites de Zhao Ziyang, enregistrées clandestinement sur des cassettes d’enfants par le dignitaire en résidence surveillée.

Ce vieil homme délicieux s’emporte juste un peu quand on lui avance l’argument souvent entendu que la Chine n’est pas faite pour la démocratie. « Oui, on entend cela, et pas seulement en Chine, de la part d’occidentaux aussi. Que l’on arrête avec ces stupidités dégradantes pour notre peuple, dit-il, pour moi, la démocratie, c’est tout simplement la justice et le parti unique conduit forcément aux injustices. Et quoi, la justice ne serait pas faite pour la Chine ? L’air, l’eau, le ciel ne conviennent pas à la Chine ? L’ordinateur ou le téléphone portable ne sont pas faits pour la Chine ? ».

Il montre une photo de sa famille. « Si l’on efface cette page d’histoire, cela veut dire que l’on efface le mot justice dans l’Histoire, que la Chine, restera un pays où personne ne peut demander justice, et je veux pas que mon petit-fils grandisse dans un pays comme cela ». Il rappelle que même un enfant, s’il sent ses parents injustes, ressent de l’amertume, de la rancœur. « Alors, puisse le Parti respecter ses enfants ».


Tiananmen/20e: Massacre? Quel massacre? (Real architect of China’s economic miracle reaches out from the grave to lash out at Tiananmen’s butchers)

20 mai, 2009
Execution (Yue Minjun)Un gouvernement qui n’est pas responsable face à son propre peuple ne peut être responsable face au reste du monde. (…) Ne pas vouloir offenser la Chine signifie qu’ils ne peuvent pas aider la Chine, ne peuvent pas aider le peuple chinois à jouir de ses droits et ne peuvent pas aider la communauté internationale à intégrer un membre fiable, stable et pacifique. Cela n’est pas une bonne chose. Si le monde est indifférent, il porte une grande part de la responsabilité. Bao Tong (ami personnel de Zhao Ziyang)
Tant que le parti ne reverra pas son jugement sur le 4 juin, et ne reconnaîtra pas que c’était un mouvement patriotique et démocratique, la démocratie ne pourra pas avancer ici. Cela veut dire que tout ce qu’ils nous racontent sur la démocratie en marche et les droits de l’Homme ne sont que mensonges. Qi Zhiyong (ancien étudiant ayant perdu une jambe sous les balles le 4 juin)
Jusqu’à présent la communauté internationale (…) a adopté une politique d’apaisement à l’égard du gouvernement chinois. Ding Zilin (Mère d’une des victimes du 4 juin)
Nous les démocrates chinois, nous sommes comme les Juifs dans l’Allemagne Nazie. Pourquoi les Occidentaux ne viennent pas à notre secours est un grand mystère. Lorsque nous aurons tous été exterminés, vous aurez honte de votre passivité. Vous vous demanderez pourquoi vous ne nous aviez pas vu disparaître? Liu Xia (épouse du dissident emprisonné Liu Xiaobo)
Il a été l’homme qui, lorsque le pouvoir absolu est devenu fou, a sonné la cloche de la compassion et de la raison. Bao Tong (ancien secrétaire particulier de Zhao Ziyang)
J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants. (…) En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. Zhao Ziyang
A la lecture du compte rendu sans fioritures et prétentions de Zhao concernant sa propre gestion à la tête du Parti, il devient évident que c’était lui plutôt que Deng qui était l’architecte réel des réformes. Roderick MacFarquhar (historien de Harvard et préfacier des mémoires de Zhao)
Tout se passe comme si les intérêts économiques prévalaient sur la solidarité élémentaire avec ceux qui souffrent du manque de liberté. Vaclav Havel

Au moment même où après la brouille vite oubliée de l’an dernier sur le dalai lama, l’Europe à la mémoire courte “célèbre ses retrouvailles” à Prague avec les bouchers de Tiananmen …

Et où, à trois semaines du XXe anniversaire du massacre du 4 juin, les quelque peu nerveux dits bouchers commencent déjà à interpeller ou harasser les dissidents, anciens et actuels …

Retour sur les mensonges de “la version officielle d’un complot “contre-révolutionnaire” et de la répression inévitable d’une ‘bande de gangsters’ ” .…

Avec la sortie des mémoires posthumes (et enregistrés secrètement) de Zhao, l’ancien numéro un du Parti communiste décédé il y a quatre ans et véritable auteur du miracle économique chinois qui s’était alors opposé à la répression du mouvement étudiant et l’avait payé au prix fort, finissant sa vie en résidence surveillée …

Tiananmen : les émouvants Mémoires de Zhao Ziyang
Arnaud de La Grange
Le Figaro
15/05/2009

Du fond de sa tombe, Zhao Ziyang vient une fois de plus tirer la manche des dirigeants chinois. À trois semaines du XXe anniversaire de Tiananmen, l’annonce de la publication des Mémoires inédits du patron du Parti communiste évincé à l’époque est un joli lever de rideau. L’ancien numéro un du parti s’était opposé à la répression du mouvement étudiant de 1989.

L’histoire même de ces Mémoires est un roman. Après avoir été évincé de la direction communiste, Zhao avait été placé en résidence surveillée pendant quinze ans, jusqu’à sa mort à Pékin le 17 janvier 2005. Le livre est le fruit d’une trentaine d’heures d’enregistrement réalisé en secret, les cassettes étant ensuite transmises clandestinement à trois de ses proches et sorties aussi discrètement du pays. Le document va être publié ce mois-ci en anglais, sous le titre Prisonnier de l’État, par la maison d’édition Simon & Schuster. Pour la version chinoise, cela reste une affaire de famille. C’est le fils de Bao Tong, ancien bras droit de Zhao Ziyang, qui a passé sept ans en prison après 1989, qui va publier l’ouvrage à Hongkong.

Selon Bao Pu, qui dirige la maison d’édition New Century Press, Zhao n’avait pas laissé d’instructions mais voulait donner sa version des faits pour contester l’histoire officielle.

Témoigner pour l’histoire

De fait, Zhao Ziyang bat en brèche la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une « bande de gangsters ». Dans son récit, on peut lire : « J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. »

Après d’âpres débats et autant d’atermoiements, tout se joue le 18 mai, quand est prise la décision d’imposer la loi martiale. Zhao s’y refuse. « Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants », écrit-il.

La suite se lit sur un film émouvant. On se souvient de ces incroyables images où l’on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s’excuse, devant les caméras. « Nous sommes venus trop tard », finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. « J’étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j’ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n’avait pu être évitée. »

Mais Zhao ne témoigne pas seulement pour l’histoire. Il voulait aussi passer son message pour l’avenir chinois, celui d’une transition progressive vers une démocratie à l’occidentale. « En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité, avance-t-il. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. » À plusieurs reprises cette année, des responsables chinois ont affirmé que cette évolution vers les pervers systèmes politiques occidentaux était hors sujet.

Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l’histoire apprise par les jeunes générations a été efficace.

Voir aussi:

Tiananmen: le brûlot posthume de Zhao Ziyang
Brice Pedroletti
Le Monde
16.05.09
Pékin Correspondance

Ce sont trente heures de monologues enregistrées en secret sur de vieilles cassettes audio pour enfants alors qu’il était en résidence surveillée, au début des années 2000. Les Mémoires posthumes de Zhao Ziyang, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, écarté du pouvoir lors des événements de Tiananmen – survenus en mai 1989, et que le gouvernement veut faire oublier – et mort en 2005, constituent un véritable brûlot politique.

L’ouvrage, Prisoner of the State : the Secret Journal of Zhao Ziyang (“Prisonnier de l’Etat : le journal secret de Zhao Ziyang”), a été mis en vente à Hongkong, en anglais, il y a quelques jours, en avant-première de sa sortie, mardi 19 mai, dans le reste du monde (Simon & Schuster éd.). Personne ne s’attendait à cette charge, à moins d’une semaine des vingt ans du massacre de Tiananmen, le 4 juin.

” C’est très important, c’est la première fois qu’on a la version directe d’un acteur fondamental de ces événements. On n’avait jamais vu un dirigeant communiste chinois raconter de manière aussi directe ce qui s’est passé au sein du pouvoir, et parler aussi librement de ses collègues”, réagit au téléphone, depuis Hongkong, Jean-Philippe Béja, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et spécialiste du mouvement démocratique chinois. L’ancien bras droit de Zhao Ziyang, Bao Tong, encore très surveillé à Pékin, a aidé à rassembler les éléments disséminés par Zhao Ziyang. Son fils Bao Pu est l’un des traducteurs de l’ouvrage à Hongkong.

Des internautes chinois ont, selon la presse hongkongaise, téléchargé des extraits sonores des paroles de l’ancien dirigeant, très peu connu des jeunes générations. Le livre écorne sérieusement le mythe de Deng Xiaoping (dirigeant de 1976 à 1997) comme architecte des réformes. Il fustige la lâcheté et l’incompétence de Li Peng et de Jiang Zemin, les partisans de la ligne dure et successeurs de Zhao Ziyang, et se termine sur un appel à l’instauration d’une démocratie parlementaire en Chine. Cela n’a pas encore suscité de réaction officielle en République populaire, où toute mention de l’ex-secrétaire général est taboue. Mais l’ouvrage renforce la lutte des acteurs, persécutés mais non moins actifs, du mouvement démocratique qui réclament une réforme du système politique.

Partisan d’un dialogue avec les étudiants dont les revendications étaient pour lui légitimes, Zhao Ziyang raconte les manoeuvres de Li Peng pour faire publier, en son absence, dans le Quotidien du peuple, le fameux éditorial du 26 avril, étiquetant comme ” troubles antiparti et antisocialistes” les rassemblements pacifiques sur la place Tiananmen. Un éditorial qui radicalisera les manifestants.

Le 17 mai, invité à se rendre chez Deng Xiaoping, Zhao Ziyang, alors numéro un du parti, découvre que celui-ci a rassemblé les membres du comité permanent du bureau politique. Le patriarche décidera de l’application de la loi martiale, qui ne fait même pas l’objet d’un vote, en violation des procédures internes du parti. “Ma mission historique était, semble-t-il, terminée… Je me suis dit alors que, quoi qu’il arriverait, je ne serais pas le secrétaire général qui donnerait l’ordre à l’armée de mener l’assaut contre les étudiants”, écrit M. Zhao.

Les détails des luttes entre les factions réformistes et conservatrices autour de Deng Xiaoping lors des événements de 1989 avaient en grande partie été dévoilés par les documents officiels secrets exfiltrés à l’étranger et rassemblés dans l’ouvrage Tiananmen Papers (Les Archives de Tiananmen) par un mystérieux compilateur se faisant appelé Zhang Liang, en 2001. Les Mémoires de Zhao Ziyang les confirment.

“A part le fait qu’il n’y a pas eu de vote le 17 mai – ce qui de toute façon était déjà en soi une violation des procédures -, on retrouve le déroulement des événements au sein du parti. Ce qui va plus loin, c’est de voir confirmé combien Deng Xiaoping avait très peur de tout ce qui est réforme politique, et qu’il avait une sainte horreur de la libération bourgeoise. Alors qu’avait été longtemps véhiculée la thèse selon laquelle Deng avait été trompé par Li Peng et les conservateurs, et qu’il avait agi à cause de ça…”, explique M. Béja, qui a préfacé et traduit en français Les Archives de Tiananmen.

Dans le récit qu’il fait de la période de l’ouverture économique, Zhao Ziyang, qui lança les premières réformes sur le terrain au Sichuan avant d’être nommé premier ministre par Deng Xiaoping en 1980, déboulonne le mythe du “petit timonier” comme architecte des réformes économiques. Même s’il reconnaît que celles-ci n’auraient pas pu se faire sans lui, Deng Xiaoping y apparaît comme un “parrain”, arbitre des différentes tendances au sein du parti, alors que c’est Zhao Ziyang qui impulse la décollectivisation et met en place les réformes-clés de conversion à l’économie de marché.

Il fustige les manigances d’officiels aujourd’hui couronnés pour leur prétendue contribution au développement économique, alors qu’ils ont tout fait pour le contrer. Expédié aux oubliettes de l’histoire officielle, l’ancien numéro un du parti fait résonner, dans le silence assourdissant qui entoure aujourd’hui la question des réformes politiques en Chine, ses réflexions sur la démocratie et l’impérieuse nécessité pour Pékin de mettre en place une “démocratie parlementaire” s’il souhaite “maintenir une économie de marché saine”. Sans quoi, la Chine se retrouvera confrontée, comme les autres pays en développement, à “la commercialisation du pouvoir, à une corruption rampante, et à une polarisation de la société entre les riches et les pauvres”.


Polémique: Il s’agit d’un zoo humain cadavérique (Questions About Bodies Exhibitions)

1 mars, 2009
Ecorché de Fragonard (Ecole vétérinaire, Maisons-Alfort)Le caractère colonial de l’exposition devrait n’échapper à personne : il s’agit d’un zoo humain cadavérique. Pétition
Une expo pédagogique ? C’est un argument publicitaire de la part de l’organisateur. C’est uniquement du voyeurisme. Cette mise en scène macabre a un côté spectaculaire qui ne correspond pas aux idéaux de notre enseignement. Si une demande de visite m’était présentée dans le cadre de mon établissement, j’emettrais un avis défavorable. (…) D’ailleurs, l’anatomie est très peu présente dans les programmes de secondaire, je ne pense pas que cette exposition soit d’un intérêt quelconque. Pierre-Louis Klein (proviseur et syndicaliste)
Des écorchés, tous les étudiants en médecine en voient dans leur formation. Et les tableaux de la Renaissance en représentaient déjà. De façon très générale, je ne peux que me féliciter de la diffusion des connaissances auprès du grand public. (…) Le fait que les gens puissent retrouver des cadavres dans une exposition me parait bénéfique. Ça permet de se faire l’idée d’un mort. Beaucoup de gens ne savent pas ce que c’est. Pour quelqu’un de 50 ans, dont les parents meurent, voir leurs corps peut être une source de grande angoisse… Alors que finalement, un cadavre n’a pas de raison d’être angoissant en soi. (…) Elle ne se déroule presque plus à domicile, alors qu’autrefois beaucoup d’enfants, d’adultes voyaient des gens mourir, ou allaient visiter des gens sur leur lit de mort. C’est quelque chose qui a totalement disparu. Denis Vital-Durand, (ancien doyen de la fac de médecine et président de la commission pédagogique nationale des études médicales)
Rien ne me fait peur, mais malgré tout, je ne sais pas honnêtement quel est l’intérêt de cette exposition. On peut très bien faire des reconstructions fantastiques avec des matériaux performants. Pourquoi exposer des cadavres ? Et dans un pays très marqué par ce qui s’est passé lors de la Seconde Guerre mondiale, je trouve ça choquant. Ça fait barbare… Pour ceux que ça intéresse, il y a d’excellents livres d’anatomie, ou les tableaux de la Renaissance. (…) Quand on aura fait le tour de tous les moyens de tuer quelqu’un, ça va devenir fade. Sur les 15-16 ans, il y a depuis ces séries un engouement pour les stages en médecine. Daniel Malicier (médecin légiste)
Cette exposition destinée au grand public n’est expressément interdite par aucun texte. Elle contredit certainement l’esprit du droit français, qui n’admet d’intervention sur le corps de la personne décédée que dans un but purement scientifique. En effet, selon la loi, si le cadavre n’est plus une personne, il reste protégé sur le fondement de la dignité de la personne qu’il a incarnée. L’article 16-1-1 du code civil prévoit ainsi que “le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Valérie Sebag (juriste et maître de conférence à Paris XII)
Je crois qu’on ne peut pas la présenter sans contextualiser et prévenir le public à l’entrée. Elle a été présentée à Montréal l’année dernière. Le centre des sciences avaient demandé l’avis d’un comité d’éthique, qui a conseillé de la présenter, mais en incluant à l’entrée une salle explicative, pour poser le débat à l’intérieur de l’exposition. C’est la même chose lorsque l’on présente des momies égyptiennes, ou des têtes aborigènes, on ne peut pas le faire n’importe comment. En résumé, je pense que c’est jouable. Tout est question de présentation. Michel Côté (directeur de musée québecois)

Après le scandale du printemps dernier de l’exposition photo “Paris sous l’Occupation“, voici celui du “zoo humain cadavérique”!

A l’heure où, après Lyon et Marseille mais aussi de nombreux pays (Etats-Unis, Australie, Canada), la polémique fait à nouveau rage dans certains milieux sur l’exposition de véritables corps humains écorchés et plastifiés “Our body/À corps ouvert” actuellement à Paris …

Et où nos scientifiques sont à nouveau montés sur leurs grands chevaux, concernant notamment les côtés mercantiles et l’origine des corps qui, elle, pose effectivement problème …

Témoignage d’un directeur de musée québécois qui, beaucoup plus nuancé, montre l’importance du contexte.

Qui, si l’on en croit la manière dont le public reçoit l’exposition (un silence et un recueillement presque religieux favorisés par la relative exiguité et pénombre des salles comme le certain bon goût esthétique des présentations), n’a rien du morbide spectacle de foire ou de zoo humain dénoncé par nos belles âmes.

Même si, et c’est probablement là que le bât blesse, nombre de visiteurs se retrouvent bien seuls en ces temps d’esthétisation de la mort dans l’art ou la littérature, devant le manque d’explications, non seulement sur l’origine des corps mais même sur les organisateurs.

Et ce n’est qu’en regardant un peu les articles en anglais sur la question que l’on comprend qu’il y a au moins trois groupes faisant circuler ces expositions dans le monde (souvent avec la collaboration de musées ou sous l’obligation de moraliser l’origine de leurs corps) et pour celle de France, qu’il s’agit vraisemblablement d’un groupe chinois, apparemment en concurrence et en rupture avec leur initiateur allemand, le fameux Gunther von Hagens .

D’où le contresens de nos belles âmes y dénonçant le caractère colonial mais effectivement aussi les doutes sur l’origine des corps quand on sait les normes chinoises et le fait que le fameux Hagens s’était déjà vu contraint de mettre un terme à ses activités dans d’autres pays comme la Russie ou le Kyrgistan pour les mêmes soupçons de trafic de cadavres et d’organes.

Où l’on se prend enfin à rêver d’une communauté scientifique qui, au lieu de se contenter de refuser dédaigneusement leurs sites et leur collaboration sans parler de leurs avis (musée de l’Homme, Villette), accepteraient de rendre accessible au grand public et dans le contexte et les conditions appropriés (corps obtenus après dues autorisation des personnes ou familles concernées, salle explicative pour poser, notamment, dès l’entrée le débat à l’intérieur de l’exposition comme cela avait été fait à Montréal ou après de longues polémiques pour celle de Paris sous l’occupation l’an dernier), ce qui est pour l’instant réservé, outre les quelques spécimens de la collection fragonard de l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort, aux seuls privilégiés de nos écoles de médecine …

ENTRETIEN
Michel Côté : “Montréal a demandé l’avis d’un comité d’éthique”
Lyon Capitale
27/05/2008

Entretien. Directeur du futur musée des Confluences, qui sera un peu la Villette des sciences sociales, le québécois Michel Côté n’est pas choqué a priori par l’exposition Our Body, qu’il a déjà vue à Montréal. Mais il met en garde sur le “respect” dû aux morts.

Lyon Capitale : Auriez-vous accueilli cette exposition dans le futur Musée des Confluences ?

Michel Côté : C’est une belle question. Il ne peut pas y avoir de réponse tranchée. Je crois qu’on ne peut pas la présenter sans contextualiser et prévenir le public à l’entrée. Elle a été présentée à Montréal l’année dernière. Le centre des sciences avaient demandé l’avis d’un comité d’éthique, qui a conseillé de la présenter, mais en incluant à l’entrée une salle explicative, pour poser le débat à l’intérieur de l’exposition. C’est la même chose lorsque l’on présente des momies égyptiennes, ou des têtes aborigènes, on ne peut pas le faire n’importe comment. En résumé, je pense que c’est jouable. Tout est question de présentation.

Est-ce que cette exposition présente bien les corps ?

C’est bien de se poser la question. Les corps sont mis dans des mouvements sportifs… Ils deviennent des outils qu’on met en scène. Il y a un code d’éthique pour les muséologues, qui précise qu’on peut présenter des corps humains dans le respect des personnes. À quel moment cela devient irrespectueux ? À Montréal, d’après ce que j’en sais, l’exposition a été bien accueillie par le public. Les gens ont su garder le respect.

Comment garder ce respect ?

C’est difficile à définir. Dans le musées des Confluences, on présentera le tombeau Koban en faisant en sorte que le visiteur ait le sentiment d’entrer dans un lieu de recueillement. Le problème de la tête Maori par exemple est d’une autre nature : vous vous adressez à des contemporains qui veulent enterrer leurs morts. Je suis favorables à rendre aux Maoris les têtes qu’ils réclament, pour qu’on puisse les enterrer correctement.

L’exposition ne joue-t-elle pas sur le ressort de la fascination pour le morbide?

Pour moi ce n’est pas morbide, puisque c’est présenté de manière assez esthétique. Il n’y a donc pas de répulsion. La question qu’on doit se poser : est-ce que la fascination nous fait oublier que ce sont des corps, et non des objets ? Mais nous sommes aussi des corps. Si on met en valeur cette réalité, ce n’est pas forcément négatif. Je ne suis pas contre ce principe, tout est dans la manière de le faire.

Voir aussi:

POLEMIQUE
Our Body : Les opposants s’organisent
Lyon-Capitae
(10/06/2008 )

Polémique. Depuis la semaine dernière une pétition contre l’exposition Our body circule sur internet. Emmenés par François Rastier, linguiste reconnu, les universitaires signataires s’inquiètent de l’origine des corps.

Lyon Capitale : Vous êtes directeur de recherche au CNRS, en linguistique. Pourquoi avez-vous pris l’initiative d’une pétition demandant la suspension de l’exposition Our Body à Lyon ?

François Rastier : Tout citoyen est en droit de demander qui lui montre quoi. Comme la plupart des premiers signataires, j’enseigne : que transmet-on comme image de la science ? L’argument de vente de l’exposition est scientifique, enfants des écoles et éducation aux merveilles de notre corps, gratuité pour les moins de trois ans. L’organisateur déclare : “J’aime bien faire partager aux gens l’envie et l’excitation d’un spectacle vivant (sic) […]. Cette exposition vous apporte une énorme adrénaline, beaucoup d’émotion.” Si c’est ça la science, ça doit être sexy !

Lecteur des témoignages de l’extermination (il se trouve que j’ai écrit un livre sur Primo Levi*), je suis membre du conseil scientifique de la Fondation Auschwitz. Or actuellement, dans beaucoup d’ouvrages douteux, romans historiques et faux témoignages, on pratique une esthétisation à outrance de la mort. Ici il s’agit des cadavres eux-mêmes : et la fascination de masse va beaucoup plus loin que tout négationnisme. Elle en demande toujours plus : dans l’exposition de Berlin, on pouvait voir une femme enceinte écorchée. L’esthétisation kitsch est évidente ; pourquoi mettre les corps dans des poses athlétiques genre “dieux du stade” (cyclisme, basket, etc) ? Je serais ambassadeur de Chine, je protesterais contre cette allusion perfide aux jeux olympiques. La mise en scène “vivante” brouille les cartes, elle joue sur la souffrance et l’insensibilité. Une société qui ne respecte pas les morts ne respecte pas non plus les vivants. C’est une question anthropologique au fondement des cultures humaines.

Que souhaitez vous ?

On ne peut pas se contenter de dire que cette exposition est dérangeante, ce qui constitue un argument de vente pour ses promoteurs ! Si on laisse ce type d’industrie devenir un secteur économique, il y a des gens en bout de chaîne qui peuvent être tués pour ça, si ce n’est pas déjà le cas.

Souhaitez vous la fermeture de l’exposition ?

Nous demandons sa suspension, tant que les garanties légales propres à la loi française ne sont pas fournies. Un préfet peut tout à fait prononcer une suspension. Un maire a aussi des pouvoirs de police. On sait que le Comité National Consultatif d’Éthique a émis un avis défavorable et évoqué à ce propos des précédents nazis.

Ne craignez vous pas de passer pour des censeurs ?

L’argument qu’il faut faire sauter les tabous tourne à vide, il est lui-même devenu tabou. Nous nous adressons à la société civile. Est-ce que n’importe qui peut montrer n’importe quoi à qui voudra bien payer ? Après le procès de Nuremberg, en réponse aux pratiques nazies, on s’est posé la question du consentement pour tout acte médical. Pour toute utilisation d’un corps, la loi française exige un consentement écrit exprimé du vivant de la personne.

L’organisateur répond qu’il n’a pas de dossiers individuels: en devenant anonymes les corps sont encore mieux déshumanisés. Andrew Cuomo, le procureur de l’Etat de New York qui enquête sur l’exposition sœur aux USA, et demande attestation de l’origine des corps, a déclaré le 29 mai : “La sombre réalité est que (la société productrice) tire profit d’individus qui pourraient avoir été torturés et exécutés en Chine”. Un procureur français ne pourrait-il faire preuve de la même lucidité ?

* Ulysse à Auschwitz, 2005, Paris, coll. Passages.

Voir également:

POLEMIQUE
Our Body – L’avis du Comité d’éthique : “Une atteinte à la dignité humaine” (10/06/2008 )

Verbatim. Suite à la polémique, le comité national d’éthique a finalement rendu public son avis sur l’exposition Our body. Il est cinglant. Extraits.

“Les contradictions avec la loi française sont évidentes : la commercialisation du corps fait l’objet d’une interdiction majeure ; or cette mise en scène comporte un aspect commercial non équivoque. Le consentement antérieur des sujets ne paraît pas établi de façon irréfutable. Mais, si l’on s’en tient au plan strictement éthique, nous émettons clairement des réserves.

1. Tout d’abord des réserves de principe sur le corps humain “marchandise de spectacle” et sur le mélange des fonctions.

La première ambiguïté tient au fait que le “contrat” n’est pas très clair : s’agit-il d’une exposition artistique ? Scientifique ? Pédagogique ? Spectaculaire et visant au sensationnel ? Un peu comme dans les documentaires publicitaires, il y a un mélange de plusieurs fonctions qu’il faudrait au minimum expliciter ; le non dit majeur est la prime au voyeurisme sous couvert de science et de pédagogie qui permet le camouflage de la transgression.

Dans ce contexte de confusion des genres, il nous semble que la prétention pédagogique et scientifique de l’exposition ne correspond pas à sa réalité. (…)

2. Ensuite elle introduit un regard techniciste sur les corps.

Bien que l’origine des corps soit dite “certifiée”, ces corps sont volontairement désingularisés, anonymes, et le processus de plastination est présenté sous un jour technique et industriel. On est dans une approche qui n’est pas sans rappeler le traitement des cadavres dans les camps d’extermination lors de la dernière guerre. Il nous semblerait important de rappeler que chacun de ces corps a été une vie singulière, qu’il faudrait pouvoir sinon raconter du moins nommer – et que la donation du corps ne saurait effacer. (…)

3. Enfin la représentation de la mort (…)

“L’idée que l’on peut approcher la mort de l’autre sans risque suppose que cet autre soit tellement anonymisé qu’il n’y ait plus de référence à quelque dignité humaine que ce soit. Or, bien qu’anonymes, les corps représentés n’en ont pas moins été des individus ; leur exhibition (et leur réification) constituent une atteinte à leur identité, et donc à leur dignité. La plupart des civilisations ont cherché à éviter de telles formes de manque de respect pour une dépouille réelle. (…)”

POLEMIQUE
Antis Our Body : la pétition (10/06/2008)

“Un lucratif trafic de cadavres spectacularisé”

“Le caractère colonial de l’exposition devrait n’échapper à personne : il s’agit d’un zoo humain cadavérique. (…) Les corps exposés sont plastifiés selon la méthode d’un anatomiste allemand, Gunther von Hagens, dont l’entreprise vend dans le monde entier de tels spécimens humains. Fournis par une obscure fondation de Hongkong (Le Monde, 29 mai 2008), leur provenance reste toutefois indéterminée : on sait simplement qu’ils viennent de Chine. (…) La société de Hagens a un siège à Dalian qui emploie 250 personnes (selon son site officiel). Dalian est situé entre trois camps de travail forcé.

Le fait qu’il s’agisse de dépouilles d’hommes dans la force de l’âge suscite d’autant plus d’interrogations sur la cause des décès que Hagens a admis que certains des corps qu’il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête.

On dispose de nombreux témoignages sur le trafic d’organes de détenus chinois. Des corps de détenus du Falungong ont été rendus à leur famille partiellement voire complètement éviscérés (cas de Ren Pengwu, 33 ans, arrêté le 16 février 2001, mort sans motif officiel cinq jours après). Un trafic de corps est d’autant moins exclu qu’en janvier 2007, Hagens a reconnu que des corps de condamnés chinois avaient pu lui avoir été fournis, sans qu’il s’en rende compte… (…)

Un consultant scientifique de l’exposition, Walter I. Hofman, déclare n’avoir relevé “aucune trace de torture”. Un autre, Hervé Laurent, déclare : “Il n’y a aucun problème éthique”. Ces dénégations multiples ne font qu’ajouter aux doutes sur ce lucratif trafic de cadavres spectacularisés. (…)

Nous demandons la fermeture de cette exposition jusqu’à ce que les garanties élémentaires soient publiées et contrôlées.”

Voir de plus:

D’où viennent les corps humains de l’exposition “Our body” ?
Sophie Verney-Caillat
Rue89
20/02/2009

Des scientifiques demandent la suspension de l’exposition en cours à Paris, dénonçant une opération plus lucrative que pédagogique.

Dans l’exposition ‘Our body A corps ouvert’, dans l’Espace Madeleine à Paris (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

L’expo avait fait grand bruit lors de son arrivée à Lyon, comme l’avait relevé notre partenaire Lyon Capitale. Et puis la polémique s’est tassée.

Pourtant, “Our body A corps ouvert, l’expo anatomique” qui se vante de présenter “de vrais corps humains”, n’a toujours pas précisé leur provenance, et le doute éthique demeure.

A l’Espace Madeleine où elle est présentée, pas un mot sur l’origine des “vrais corps” présentés et transformés selon la méthode de la mise au point par l’Allemand Gunther von Hagens.

“On dirait des Mongols”, murmurent quelques visiteurs. Renseignement pris auprès de l’importateur en France de l’événement, Pascal Bernardin, ce sont bien des corps asiatiques, chinois plus précisément. Le dossier de presse n’en dit pas plus, l’exposition non plus. Mais les visiteurs, fascinés, ne se posent pas plus de questions que ça sur le sujet. (Voir la vidéo)

Producteur de spectacles (des concerts de rock principalement), Pascal Bernardin ne cache pas ses intentions lucratives:

“Cette expo a coûté 2 millions d’euros à ma société, Encore Productions, il faudra beaucoup de monde avant de dégager des bénéfices. A Lyon, elle a fait 110 000 entrées, à Marseille 35 000, et à Paris nous atteignons 10 000 visiteurs la première semaine.

Nous visons 300 000 visiteurs minimum sur les deux lieux (elle ira au Parc floral après la Madeleine fin août). Mais nous comptons bien ne pas en rester là si nous voulons être rentables.”

L’homme reste en revanche très flou sur la manière dont il s’est procuré les corps:

“J’avais vu la même exposition à Orlando aux Etats-Unis, et je me suis dit, c’est fantastique! J’ai alors pris contact avec l’Anatomical Sciences and Technologies Fundation basée Hongkong qui fournit les corps.

Ils m’ont montré comment ils obtiennent leurs corps, ce sont les même conditions en Chine qu’en France, des gens qui ont donné leur corps à la science. Bien sûr, le lien est coupé entre le donneur et le corps exposé, par respect pour celui qui a fait ce geste.”

Pour le comité d’éthique, la visée scientifique de l’exposition n’est pas suffisante

Contraire à l’”esprit du droit français”

Valérie Sebag, juriste et maître de conférence à Paris XII, estime que “cette exposition destinée au grand public n’est expressément interdite par aucun texte”:

“Elle contredit certainement l’esprit du droit français, qui n’admet d’intervention sur le corps de la personne décédée que dans un but purement scientifique.”

En effet, selon la loi, si le cadavre n’est plus une personne, il reste protégé sur le fondement de la dignité de la personne qu’il a incarnée. L’article 16-1-1 du code civil prévoit ainsi que “le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort”.

Des justifications bien insuffisantes pour certains scientifiques.

D’abord au sein du Comité consultatif national d’éthique, qui a émis un avis défavorable sur l’exposition, que son initiateur aurait aimé installé à la Cité des sciences de la Villette ou au musée de l’Homme.

Pierre Le Coz, vice-président du Comité consultatif national d’éthique, explique:

“Sur 39 membres du comité d’éthique, seuls deux ont estimé qu’il n’y avait rien de répréhensible, les autres ont jugé que la visée scientifique de l’exposition n’était pas suffisante, qu’il n’y avait pas d’autre sens que de flatter le voyeurisme.

C’est abject! Un corps peut être utilisé après sa mort seulement à des visées scientifiques, même si les personnes sont consentantes. Qu’est-ce que ça veut dire le consentement d’un Chinois quand on connaît le respect des droits de l’homme dans ce pays? On n’aurait jamais fait cela avec des Français.”

“Je déconseille cette expo aux enfants”

Aujourd’hui, ce prof de philosophie à la faculté de Marseille appelle au boycott de cette exposition. Il ajoute:

“En tous cas, je la déconseille aux enfants, chez qui elle peut générer des troubles du sommeil. On accepte de faire à des cadavres chinois ce qu’on accepterait pas de faire pour des animaux domestiques.”

François Rastier, directeur de recherche au CNRS en linguistique, a ravivé la pétition collective qu’il avait lancé il y a quelques mois à Lyon et qui a rassemblé 785 signatures selon lui, dont le directeur de la fondation Auschwitz, le président de Paris IV, et Marie Darrieussecq.

Ce texte appelle à la suspension de l’expositon dans l’attente de garanties légales sur l’origine des corps.
Le scientifique invoque “le doute méthodique”:

“On ne sait pas si ces gens ont consenti de donner leur corps à la science et rien ne prouve qu’ils n’ont pas été tués pour ça. On utilise des cadavres pour faire du spectacle, à quand cadavres sans frontière?

On peut entrer dans le jeu de la fascination morbide, c’est une spectacularisation de la mort à des fins commerciales, d’ailleurs le fait que ce soient de vrais cadavres est mis en avant pour attirer les visiteurs.”

“Ce n’est pas parce que ça vient de Chine qu’il devrait y avoir des doutes”

Les pétitionnaires sont d’autant plus suspicieux que la “plastination” a été inventée par Gunther von Hagens, un personnage plus que douteux. Son institut, situé à Heidelberg en Allemagne, est à l’origine de plusieurs expositions dans le monde, en Europe et en Amérique du Nord:

“Le fait qu’il s’agisse de dépouilles d’hommes dans la force de l’âge suscite d’autant plus d’interrogations que von Hagens a admis que certains des corps qu’il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête.”

Pascal Bernardin s’estime victime d’une confusion avec von Hagens:

“Ce n’est pas parce que ça vient de Chine qu’il devrait y avoir des doutes, tout est correct là-bas. D’ailleurs le musée Fragonard de Maison-Alfort expose des corps écorchés transformés avec une technique similaire et ce depuis 250 ans.”

Et pour défendre la portée pédagogique de son projet, il met en avant la présentation en libre accès sur un comptoir en fin d’exposition d’ouvrages d’anatomie, ainsi que le soutien de Marie Berry, qui fait la promotion du don d’organe depuis qu’elle a elle-même été sauvée par la greffe d’un rein.

Voir enfin:

Health & Science

Origins of Exhibited Cadavers Questioned
Neda Ulaby
NPR
August 10, 2006

I attended the Body Worlds show at Philadelphia’s Franklin Institute last February on the advice of a doctor friend. “They’re the most incredible dissections I’ve ever seen,” she said. Body Worlds is one example of a new exhibition phenomenon: shows of actual human corpses preserved through a process called “plastination” with tickets selling for around $25. The shows — and the process — were originally created by Dr. Gunther von Hagens, a German anatomist, who caused a sensation with the exhibitions in Europe and Asia before bringing them to the United States.

What amazed me were not the plastinates alone, incredible though they were. I was astonished that a good four months after the opening, I was unable to buy tickets. The show was sold out for nearly the entire weekend. I had to stay until late Sunday to attend the show. And although the museum made a point of staggering visitors’ entries, putatively to ensure a quiet atmosphere, I found myself in a mob scene. I couldn’t even get close to many of the plastic cases displaying human organs. Some of the plastinates were impossible to see, thanks to the tight knots of grown-ups, kids and baby carriages around them.

I emerged from the exhibition, ears ringing from the noise of the crowd. Signs at the exhibition’s entrance stated that the bodies had been voluntarily donated under the auspices of the Institute for Plastination. Well, what was that? Looking into the shows, I learned the IFP was another arm of Dr. von Hagens’ buisness empire. In other words, Dr. von Hagens was basically tasked with ensuring that Dr. von Hagens’ exhibition was ethical and legitimate.

That’s how this NPR series began. I learned that the Franklin Institute and similar science centers around North America that have hosted Body Worlds relied on research commissioned by the California Science Center when it first brought the show to the United States in 2004. (This was done by Hans-Martin Sass, who appears in my story.) That research verified that there is a pool of some two hundred death certificates that matched donor forms. But as I looked into the story, I found that no independent observer has matched those documents to the bodies on display. That means there is no clear paper trail from a deceased donor to a finished plastinate.

Dr. von Hagens also plastinates and sells many hundreds of unclaimed bodies obtained from Chinese medical schools for educational purposes. He says that he obtains them all only through trusted sources, but no outsider has verified that they might not be, in a worst-case scenario, dissidents killed in a Chinese prison, then sold through a body broker to a medical school, and then displayed to the public. Nor has an independent observer ensured that the unclaimed Chinese bodies von Hagens uses in his medical-school-supply business are not turning up on display in the Body Worlds shows. Again, von Hagens categorically declares that he obtains his cadavers ethically; the point here is that the U.S. science centers who have put the bodies on display have conveyed the impression that an independent verification of this has been made.

Besides the original ethical review, the science centers involved have also reassured patrons that they’ve turned to “ethics panels” or “advisory boards” of local clerics and academics to ensure that the bodies displayed have spotless ethical pedigrees. But after I interviewed scores of people at various science musuems, it became clear those boards hadn’t been asked to seriously engage with the shows’ ethical pitfalls. Instead, the board members were more or less charged with marketing the shows to their respective communities.

Body Worlds has been shown at science centers in Chicago, Cleveland, Los Angeles and Denver — and it’s showing now in Boston, St. Paul and Houston. Science museums are not research institutions, so in general they aren’t accountable to what are known as Institutional Review Boards, which govern ethics at universities and hospitals. Mostly, science centers serve to educate and entertain. I interviewed about 25 people who work at science museums or who served on the advisory boards. (Certain museums, like Chicago’s Museum of Science and Industry, refused to tell me who served on those boards.)

There’s a lot of interesting information about Dr. von Hagens I wasn’t able to put in the piece. For example, he’d been a political prisoner himself in the former East Germany. Or that there’s a German horror movie, Anatomie, inspired by his plastinates. Or that von Hagens once danced while costumed as a plastinate in Berlin’s famous Love Parade. In Europe some of von Hagens’ publicity stunts reveled in sexuality, but his strategy in the United States. has been considerably more subdued.

There’s a second major company that competes with von Hagens. Its shows, called BODIES… The Exhibition, are open now in New York, Tampa Bay, Atlanta, and Las Vegas. The corpses this operation displays in the U.S. all come from unclaimed Chinese bodies. Critics say that at best those bodies probably belonged to people too poor to have been buried properly. Most science museums have shied away from these exhibitions, as have other venues. The mayor of Ft. Lauderdale recently rejected the show for the city’s War Memorial Auditorium, citing serious ethical concerns.

BODIES… The Exhibition has a fascinating story. Its bodies are plastinated by a Dr. Sui Hongjin, once a protege of Dr. von Hagens. After splitting from his mentor, Sui struck out on his own and partnered with Premier Exhibitions, best known for its traveling exhibitions of HMS Titanic artifacts. Sui and von Hagens are now bitter rivals, and Body Worlds and BODIES… The Exhibition have been involved in multiple lawsuits.

Dr. Todd R. Olson, who chairs the Anatomical Committee of the Associated Medical Schools of New York, told me that it’s easier to get a cadaver in and out of the United States than a head of lettuce. Regulations differ on a state-by-state, even municipal, basis. (Officials in San Francisco began contemplating banning body exhibitions from the city after the cadavers in a show called The Universe Within started to leak fluids.) Shows of dead human beings are something few governmental bodies have gotten around to regulating. But given their continuing popularity — upcoming shows are planned for Arizona, Baltimore and Vancouver — it’s something that more and more state and municipal officials will have to consider.

In the meantime, the shows continue to spark fierce debate. Some argue that even if the bodies were obtained improperly, they’re now serving a noble function — it’s better to educate than to rot. Others see them as a sort of gruesome Brechtian parody of capitalist excess. Thinking about attending? Dr. Howard Markel of the University of Michigan, whose voice you’ll hear in the first piece, says every person has an internal Geiger counter of ethics as good as anyone else’s. “If you feel in the pit of your stomach that gurgling noise, or if you feel goosebumps on the back of your neck, you probably ought to listen to it. And you ought to think about it.”

Body Worlds” has spawned sequels and copy-cat exhibits, such as “Our Body: The Universe Within,” which is currently at science centers in Detroit, Orlando, Fla., and Rochester, N.Y., and “The Amazing Human Body,” now on display in Melbourne, Australia.

‘Bodies’: Education exhibit or just a freak show?
Brad Hundt,
Observer

PITTSBURGH – A brain can seem surprisingly small and unexceptional when it’s cut loose from the cranium and you can hold it in your hands.

All of the folds and creases that we see in illustrations and models are all there. But there’s no way of knowing what thoughts once bounced around in that collection of gray and white matter, just as there’s no way of knowing if the cadaver nearby that’s been bent and twisted so it looks like a soccer player ever kicked a soccer ball when blood was coursing through its legs.

Both the preserved brain and the athlete-in-the-after-life are part of “Bodies … The Exhibition,” the traveling exhibit that’s brought hordes of people through the turnstiles and generated contentious debate and controversy. Proponents of the exhibit, which uses chemically-treated and dissected corpses to show how bodily systems function, say it’s a unique opportunity to peer into the human body and see how the wheels turn in it; detractors contend it’s a vulgar freak show that exploits the dead and quite possibly profits from Chinese human rights abuses.

In recent days, both sides have been sharpening their talking points and preparing for battle as “Bodies…The Exhibition” begins a seven-month run at the Carnegie Science Center. Fifteen preserved bodies and an array of organs, fetuses and body parts will be displayed in a specially-designed section of the Science Center’s SportsWorks complex. Today and Saturday, the exhibit is open exclusively to members of the Carnegie Museums of Pittsburgh and opens to the general public on Monday.

A separate, timed-ticket is required to see the exhibit, which will be open from 10 a.m. to 9 p.m. daily. They went on sale Sept. 6 and Science Center spokesman Mike Marcus said last week that tickets were still available for the exhibit’s opening days.

At a press launch for “Bodies” last month, Science Center director Joanna Haas insisted it will “intellectually and emotionally engage” audiences about the human body and spark interest in anatomy and biotechnology. Haas also said the exhibit stirred up what she described as “hyperbole and speculation” and “emotional and exaggerated responses to its content.” She noted that the Science Center had been working with an advisory committee which included medical professionals, regional science instructors and ethicists to explore the moral, legal and ethical issues surrounding “Bodies,” and they gave it a passing grade.

Roy Glover, chief medical advisor for “Bodies” and an emeritus professor of anatomy and cell biology at the University of Michigan, described “Bodies” as “an educationally rich, museum-quality exhibit” and it provides “a look at yourself that you never thought imaginable.”

“You’ll be amazed at how you look beneath your skin,” he added.

The bodies – or “specimens” as they are called by the exhibit’s creators — have been preserved through a process called plastination developed in Germany in the 1970s by Dr. Gunther von Hagens. Initially, von Hagens devised the process so medical schools could preserve bodies indefinitely for research.

Through plastination, all the water is drained from the body and replaced with the chemical acetone, which is used in nail polish removers and automotive fuel additives. The body is then bathed in a liquid silicone mixture and placed in a vacuum chamber. Under these conditions, acetone becomes gas. The gas is replaced by a polymer mix and is hardened. Decomposition stops and each body should last indefinitely.

Von Hagens, who has carried out televised autopsies and is always seen publicly wearing a black fedora, patented plastination and decided to use it to develop the “Body Worlds” exhibit in 1995. At first, it was billed as an art show and featured bodies in an assortment of lifelike poses – one cadaver was praying, with his heart in his hands, and another was “riding” the plastinated remains of a horse. An erotic version staged in Hamburg, Germany in 2003 contained a cadaver with an erection.

“Body Worlds” has spawned sequels and copy-cat exhibits, such as “Our Body: The Universe Within,” which is currently at science centers in Detroit, Orlando, Fla., and Rochester, N.Y., and “The Amazing Human Body,” now on display in Melbourne, Australia.

The cadavers in “Bodies … The Exhibition” were prepared by Dr. Sui Hongjin, a former associate of von Hagens, and is being presented by Premier Exhibitions, an Atlanta-based, publicly-traded company that also has staged a blockbuster traveling exhibit of Titanic artifacts which stopped at the Science Center in 2004 and 2005.

Premier has launched several touring versions of “Bodies,” and also handles another cadaver exhibit, “Bodies Revealed.” All of them, along with the Titanic exhibit, could accurately be described as “edutainment,” which combines learning with showmanship. Glover has stressed that seeing “Bodies” will help people make healthy lifestyle choices, once they get an up-close look at, say, a cancer-scarred lung or a liver damaged by excessive alcohol use.

“People are undereducated when it comes to their own bodies,” Glover said. “Explain to me why people continue to put cigarette smoke in their lungs? Why do they eat the diet they do? You’ll be amazed at how complex and beautiful your body really is.”

The Carnegie Science Center is only the second science center in the nation to host “Bodies … The Exhibition”; the Museum of Science and Industry in Tampa, Fla., put on the exhibit from August 2005 to September 2006. Elaine Catz, who was education coordinator at the Carnegie Science Center for 11 years, resigned in protest in June over the “Bodies” exhibit.

She objected to the exhibit on religious grounds – Catz is Jewish, and, she explained, Jewish custom forbids the display or embalming of corpses, or making a profit from them.

Beyond that, however, Catz believes there is not enough documentation about the origin of the cadavers, and they could be political prisoners executed by the Chinese government.

“I couldn’t stay quiet about that,” Catz said. “There are many, many questionable things going on.”

Premier Exhibitions reportedly paid $25 million to the Dalian Medical University in Dalian, China, for use of the bodies, and they maintain the bodies will be returned to China when the exhibits end and be cremated. An investigation by The New York Times in 2006 found there was little documentation regarding the origin of the cadavers used by exhibitors, and the suppliers were operating with little government oversight.

Catz went on to decry the “carnival atmosphere” that surrounds “Bodies,” and is skeptical about its educational value.

“Roadkill is educational too,” she said. “(Premier Exhibitions’) goal is not helping people make healthy lifestyle choices. Their goal is to make as much profit as possible.”

And it’s the provenance of the bodies that raises the most troubling ethical questions about “Bodies” according to Alan Meisel, a professor of bioethics and law at the University of Pittsburgh.

“I think the burden is on the Science Center to establish that those requirements have been met,” he said. “And I don’t think they’ve been met. I think they’ve been a little glib about it.”

Glover has stressed that all the bodies were unclaimed, they died of natural causes and “we have taken every possible precaution to make sure the bodies are exhibited in a dignified and respectful way.”

“It would be wonderful if we had documents for all of these bodies indicating that they gave their permission for an exhibition like this … We wanted to be very, very thorough that we obeyed all of the laws that govern how the bodies were obtained.”

The exhibit also has received the blessing of the Catholic Diocese of Pittsburgh, who said in a statement that it’s “an extraordinary visual presentation of the dignity and miracle of human creation,” and Bruce Dixon, the director of the Allegheny County Health Department. He called it “a learning laboratory for healthy living” and “a must for everyone.”

Peter Frischmann, a Peters Township resident and science teacher at Winchester Thurston School in Shadyside, was on the “Bodies” advisory committee and saw the exhibit in Tampa in May 2006. “The more you see of it, the more amazing it becomes,” he explained.

“It’s an amazing educational opportunity.”

As for the origin of the bodies, Frischmann pointed out that “you can’t check everything out personally.”

“They came from a university, and it is a World Health Organization facility.”

An exhibit like “Bodies” is not without historical precedent – most 19th century medical schools would operate anatomical museums and, in the years after the Civil War, popular anatomical museums flourished in the entertainment districts of most major U.S. cities, mixing the educational and the sensational. Brains would float in formaldehyde jars, displays focused on venereal disease and other maladies, and, sometimes, a preserved body would be shown.

“Bodies” is expected to attract 300,000 visitors to the Science Center during its run, Marcus said. An assortment of related events and lectures also will be happening in conjunction with “Bodies.”

“When we leave the city,” Glover explained, “We want it to be a healthier place than when we arrived.”


Chine: Shoot the messenger (Robert Ménard)

1 octobre, 2008
L'envers de la puissance (Cao Chongguo)Des Chinois ont payé cher que leur presse ne puisse les avertir sur le lait frelaté. Cai Chongguo
Dans notre série “Shoot the messenger”
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En cet anniversaire de la fondation, avec celles des gangsters Lénine, Staline et Hitler, de la pire dictature de l’Histoire

Où nos médias de révérence nous bassinent avec la diversion de prétendus “taikonautes” (?) …

Pendant qu’après le SRAS et les autres catastrophes étouffées, des dizaines de milliers de Chinois, enfants compris, sont directement menacés dans leur santé par le manque de transparence que continuent à leur imposer, les toujours impunis et protégés eux par leur propre réseau de distribution alimentaire, massacreurs de Tiananmen

Retour, avec l’hommage sur le site du dissident chinois Cai Chongguo, à Robert Ménard, le tout récent ex-patron de Reporters sans frontières et l’un des rares Français à avoir, sur les récents Jeux de Pékin, fait honneur au Pays autoproclamé des droits de l’homme.

Et à en avoir payé le prix …

Salut Robert!
Cai Chongguo
30/09/2008

Quand je vois les médias en Chine qui ne peuvent plus aborder le sujet du scandale du lait frelaté [1], ne donnant plus le chiffre de nourrissons malades, je pense à Robert Ménard, fondateur et secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), qui quitte ses fonctions, contesté et insulté par des Français qui prétendent aimer la Chine.

Avec Robert, RSF est très connu et très respecté en Chine, notamment parmi les journalistes et les internautes, malgré la haine apparente du gouvernement. Même les nationalistes, qui ont accusé les médias occidentaux il y a quelques mois, critiquent rarement RSF. La raison est toute simple : quelle que ce soit la divergence d’opinion politique, tous les Chinois subissent la censure dans la vie quotidienne et leur désir de s‘exprimer n‘a jamais été aussi fort.

C’est en France que je vois le plus grand nombre de personnes qui détestent Ronert Ménard, à cause de sa position concernant la Chine. Cela me permet de voir un gros cynisme et de la lâcheté chez certains Français

Je connais personnellement Robert. Je sais que, sur la question des JO [2], il a tenté d’abord de dialoguer avec Pékin. En janvier 2007, il a accepté l’invitation du gouvernement chinois malgré l’opposition des nombreuses associations et des militants des droits de l’homme. A Pékin, les responsables des ministères l’ont reçu et lui ont fait la promesse de « faire quelques gestes, RSF ne serait pas déçu ». RSF ainsi ne ferait pas appel au boycottage des JO.

Je me souviens très bien de ce moment car je soutenais Robert dans sa tentative de discuter avec la Chine, et j’étais content du résultat de sa première visite. Mais on a vu plus tard que non seulement le gouvernement chinois n’a rien fait, mais il a renforcé encore la répression. Hu Jia [3] a été arrêté, Huang Qi a été mis en prison à la veille des JO, la répression au Tibet [4] continue…

Je discute souvent avec mes amis de RSF. Je sais qu’à propos des JO, leur position a été assez modérée. Depuis que Pékin a été désigné pour l’organisation des JO en 2001, RSF déterminait sa stratégie : saisir le moment de la préparation des JO, c’était une opportunité rare pour mettre la pression sur le gouvernement chinois afin d’élargir la marge de manœuvre de la liberté d’expression en Chine, au moins pour faire libérer quelques journalistes et internautes emprisonnés

Quand on critique Robert, on oublie la promesse non tenue du gouvernement chinois, on oublie que l’on a eu tort de croire que les JO allaient rendre automatiquement la Chine plus ouverte, plus transparente, voire plus démocratique. On oublie que avant et pendant les JO, la presse, même la Chine entière, a été étouffée.

Des Chinois ont payé cher : avec le contrôle des médias, la presse n’a pas pu avertir les Chinois sur le lait frelaté en mars. Des dizaines, peut être des centaines de milliers de nourrissons sont ainsi malades. C‘est une véritable catastrophe nationale.

Le premier août, un accident de boue dans la province de Shanxi a enterré vivantes plus de quarante personnes. Pour les JO, le gouvernement l’a dissimulé. Et trois semaines plus tard, un même type d’accident dans la même région s’est produit : il a fait deux cent soixante morts selon le gouvernement, mais plus de deux milles selon Min Bao, un journal sérieux à Hongkong !

A cause de cela, moins d’un mois après les JO, de nombreux Chinois ne veulent plus entendre parler des Jeux, certains parents d’enfants malades et leurs proches crient même :

J’ai la haine des JO !

Les JO à Pékin, qui sont liés à tant de désastres, sont un souvenir douloureux pour un grand nombreux des Chinois. C’est pour cela que le gouvernement a avancé la date de lancement de vaisseau Shen Zhou VII il y a quelques jours pour rattraper le coup avant la fête nationale, le premier octobre.

Tout cela n’était pas inévitable, même sous le régime actuel. Les JO auraient pu se dérouler autrement, les Chinois auraient dû en être fiers durablement.

Pour moi, les Français qui critiquent RSF comme ayant « saboté le passage de flamme olympique à Paris » ne connaissent même pas leur propre pays. Personnellement, à la fin du mois de mars, après les émeutes au Tibet, j’ai été stupéfait par l’annonce de ce passage. J’ai dit à mon ami français que dans la situation actuelle, c’est une décision stupide de la part du CIO :

« L’histoire a déjà bien montré que, dans un pays comme la France, si même moins d’un pourcent de la population, même quelques centaines, quelques dizaines d’individus déterminés, voulaient perturber une manifestation sur un si long parcours à Paris, ils réussiraient. »

1968 à Paris contre 1989 à Pékin

Mais personne, ni les hommes politiques français ni ceux du CIO, n’avaient osé en avertir franchement et publiquement le gouvernement chinois, qui ne connaît rien du tempérament des Français, ne sait rien de mai 1968 à Paris et ne connaît que l’année 1989 à Pékin. Il ne comprends pas pourquoi on n’a pas envoyé les chars dans les rues pour protéger la flamme olympique, il est trop flatté par ses élites ainsi que celles des Occidentaux et s’est trompé…

Robert Ménard n’est nullement un spécialiste de la Chine. Mais en comprenant l’importance de la liberté de la presse, il touche le cœur des Chinois. Désormais, cette liberté est une question de vie ou de mort pour des enfants, des hommes pauvres.

Robert n’est pas un homme parfait, loin de là, mais un homme de passion et d’action. Il ne se contente pas de faire une déclaration sur le papier, il sait que cela touche peu les dictateurs. Il a ainsi fait trembler les dictateurs. C’est rare dans une France de plus en plus froide.

En revanche, des hommes « raisonnables », qui n’admirent que les hommes au pouvoir et n’aiment qu’eux-mêmes devant le miroir des toilettes, sont trop nombreux.


Pékin 2008: Vers des médailles provisoires aux JO? (Towards temporary Olympic medals?)

3 septembre, 2008
Usan Bolt (Beijing 2008)

Cherchez l'erreur!

100m, 200m (avec records du monde à l’appui), relais 4 x 100m pour les hommes …

100 (podium plein), 200 (or et bronze), 400, 400 haies, relais 4 x 400 pour les femmes …

Après les nageurs financés par l’armée, la natation transformée en sport mécanique, les mercenaires se vendant au plus offrant et les petites gymnastes prises au berceau,… les athlètes boostés à la testostérone et à l’hormone de croissance?

A l’heure où, selon le magazine américain Sports illustrated, l’on vient de découvrir aux Etats-Unis un réseau de trafic de stéroïdes visant au moins deux des membres de l’incroyablement brillante équipe d’athlétisme jamaïcaine aux tout récents JO de Pékin (les deux coureurs de haies non médaillés à Pékin Delloreen Ennis-London et Adrian Findlay)…

Et où l’on sait que les nouvelles générations d’EPO peuvent se prendre plusieurs mois à l’avance pour ne plus ainsi être détectables au moment des compétitions (d’où ce coureur marocain naturalisé bahrénien – un certain Ramzi, médaille d’or en 1 500m – qui ne court que deux fois l’an dans les grandes compétitions internationales) …

Nous acheminons-nous, avec la recrudescence des médailles rendues pour dopage (50 en 40 ans, dont 5 pour la seule Marion Jones – avec tous les problèmes de réattribution que cela pose quand les autres ne sont pas plus propres – et déjà 5 à Pékin même !) et la conservation des échantillons d’urine et de sang jusqu’à huit ans après les épreuves …

Vers des Jeux olympiques virtuels où les résultats ne se décideront que plusieurs mois voire des années après sur le tapis vert?

Two Jamaican hurdlers implicated in steroid ring
Luis Fernando Llosa and L. Jon Wertheim
Sports illustrated
September 2

Two members of the 2008 Jamaican Olympic track team received shipments of performance-enhancing drugs through an Internet distribution network, according to documents obtained by SI.

The documents state that between June 2006 and February 2007, two shipments of Somatropin (Human Growth Hormone, HGH) and one shipment of Triest (Estrogen) were sent to Delloreen London, at a Texas address that traces to the athlete Delloreen Ennis-London; the birth date on the document matches the athlete’s as well, though the document lists the person’s gender as male. Ennis-London, 33, is a Jamaican hurdler who won the silver medal in the 100-meter hurdles at the 2005 World Championships. In Beijing, she finished fifth in the event, but came within .01 of taking bronze. Though the information only pertains to receipt and not actual use of performance-enhancers, both drugs are banned for Olympic athletes.

The documents also indicate that in November 2006, a shipment of Testosterone, Testosterone Aqueous, and Oxandrolone (an oral steroid) were sent to Adrian Findlay, an alternate on the Jamaican Olympic team in the 400-meter hurdles. The drugs were sent to a North Carolina address that traces to Findlay; the birth date on the document matches the athlete’s as well. Findlay, 25, was also a member of the Jamaican team that placed second in the 4×400 meter relays at the 2008 World Indoor Championships. Findlay attended St. Augustine’s College in Raleigh, N.C.

Multiple attempts to reach Ennis-London through a variety of contacts, family members and organizations were unsuccessful. Ennis-London’s husband, Lincoln, said Tuesday that his wife was racing in Switzerland and unreachable, but he confirmed she had ordered the drugs in June 2006 after consulting a physician over the phone about vaginal hemorrhaging she was experiencing. He said the shipment arrived when she was away at a competition and that she never opened the package. He added that the 2007 package arrived unsolicited and also was never opened. (Editor’s note: Ennis-London was victorious in Switzerland on Tuesday, defeated Beijing gold medalist Dawn Harper of the U.S. with a time of 12.60.)

Reached Tuesday in North Carolina, Findlay forcefully denied the allegations. “I’ve been running stable all my life,” he said. “Trust me, I don’t use steroids. I guarantee you it wasn’t mine and I didn’t order it. I have a theory how this was sent.”

The prescriptions written in the name of Delloreen London were reportedly obtained through the Anti-Aging Group, a network of clinics that advertise HGH and testosterone treatments on its Web site. According to the document reviewed by SI.com, the prescribing physician was Victor Shabanah. On his Web site, Shabanah advertises himself as a “hormone therapist.”

Reached through the Anti-Aging Group in Miami, Dr. Shabanah asserted, “Make an appointment if you want to see me,” before abruptly ending the call.

Findlay’s prescription was reportedly obtained through the South Beach Rejuvenation clinic, a Florida facility through which Major League baseball outfielder Jay Gibbons, who was suspended by Major League baseball last December for violating the league’s drug policy, received banned performance-enhancing drugs. According to the document, the prescribing physician was Daniel J. Hauser of Hollywood, Fla. Hauser did not return calls seeking his comment left at a home number and through South Beach Rejuvenation.