Tiananmen/20e: Quand la mauvaise conscience des uns renforce la bonne conscience des autres (The identity of liberal democracy has been exposed to the world)

4 juin, 2009
Preparing for Tiananmen massacreTout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte (L’exception européenne, 2009)
Les Etats-Unis et le monde occidental doivent apprendre à mieux connaître l’islam. D’ailleurs, si l’on compte le nombre d’Américains musulmans, on voit que les Etats-Unis sont l’un des plus grands pays musulmans de la planète. Barack Hussein Obama (entretien pour Canal +, le 2 juin 2009)
Religions: Protestant 51.3%, Roman Catholic 23.9%, Mormon 1.7%, other Christian 1.6%, Jewish 1.7%, Buddhist 0.7%, Muslim 0.6%, other or unspecified 2.5%, unaffiliated 12.1%, none 4% (2007 est.) United States (CIA World Factbook)
L’identité de la démocratie libérale a été révélée au monde par sa protection du régime le plus criminel de l’histoire de l’Humanité, le régime sioniste, en utilisant la grosse tromperie qu’est l’holocauste”. Ahmadinejad (commémorations du 20e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, le 3 juin 2009)
Oui, on entend cela [que la Chine n'est pas faite pour la démocratie], et pas seulement en Chine, de la part d’occidentaux aussi. Que l’on arrête avec ces stupidités dégradantes pour notre peuple, pour moi, la démocratie, c’est tout simplement la justice et le parti unique conduit forcément aux injustices. Et quoi, la justice ne serait pas faite pour la Chine ? L’air, l’eau, le ciel ne conviennent pas à la Chine ? L’ordinateur ou le téléphone portable ne sont pas faits pour la Chine? Bao Tong (Ancien bras droit de Zhao Ziyang, le patron du PC au moment de Tiananmen)
A l’heure où le Pleurnicheur en chef d’ “un des plus grands pays musulmans de la planète” (0, 6% contre 76,8% de chrétiens, soit 1, 6 millions… sur 300 millions!) a repris son baton de pénitent pour les pays dont il n’a de cesse de louer les apports à l’humanité et où, entre autres, le changement de religion est puni de mort

Et où, gros contrats obligent, le président du “Pays autoproclamé des droits de l’homme” vient de recevoir à l’Elysée un représentant d’un autre pays à parti unique dont le président rayeur de carte vient pour une énième fois de nier la vérité historique du génocide juif …

Retour, en ce 20e anniversaire du massacre de Tiananmen et avec l’un des rares témoins qui osent encore en parler, sur cette curieuse condition d’un monde occidental paralysé par le politiquement correct dont, comme le rappelle Jacques Dewitte dans son dernier ouvrage, “la mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience”

L’espérance indéfectible de Bao Tong
Arnaud de la Grange
De Chine
Blog du Figaro
le 1 juin 2009 5

Envers les voix dissonantes de la société chinoise, le Parti a parfois des délicatesses qu’on ne soupçonnerait pas. Ancien bras droit de Zhao Ziyang, le patron du PC au moment de Tiananmen, Bao Tong vient de se voir offrir des vacances à Huangshan, haut-lieu touristique de l’Est de la Chine. La police joue les tour-operators, et le vieil homme ne devrait pas regagner la capitale avant le 7 juin, quelques jours après l’anniversaire du 60e anniversaire de la tragique répression du printemps de Pékin (4 juin). Il ne s’est même pas opposé à cette mise au vert. Ce qu’il avait à dire avait déjà été dit.

Ce grand témoin des évènements de 1989 vit dans un petit appartement de l’ouest de Pékin, surveillé 24 heures sur 24 par la police, où nous l’avons rencontré. Il a sa libre et verte parole. A 76 ans, les vexations lui glissent sur le cuir. Et la prison, il l’a connue pendant 7 longues années, après 1989. L’homme est l’un des survivants de l’équipe réformiste balayée par le massacre de Tiananmen. Sur une étagère, une photo de Zhao Ziyang, l’ancien patron du PC « purgé » en 1989 pour s’être opposé à l’envoi de l’armée pour mater le mouvement pro-démocratique. Auprès de lui, Bao Tong était chargé de la réforme politique.

Pour Bao Tong, Tiananmen, ce n’est pas seulement de l’Histoire. C’est une blessure terrible dans la mémoire collective chinoise, une plaie qu’il faut laver pour que le concept de société harmonieuse ne soit pas un vain mot. « Il y a dix, ans j’avais écrit une lettre à Jiang Zemin, raconte-t-il, je lui disais que s’il voulait dépasser Deng Xiaoping et Mao dans l’Histoire, il avait les moyens de le faire. Il y a eu un crime en 1989. Celui qui osera corriger cette histoire laissera un bel héritage aux générations à venir. Il n’a pas compris. Récemment, j’ai écrit une lettre au président Hu Jintao pour qu’il saisisse cette occasion ». Anti-parti, sa démarche ? Bao Tong s’en défend et rappelle que Mao, lors du 7e Congrès, avait expliqué que la supériorité du Parti par rapport à tous les autres, c’était sa capacité à l’autocritique. « Certains pensent que si le Parti reconnaît des erreurs, il est fini, dit-il, je pense que c’est l’inverse, si le Parti ne sait pas corriger ses erreurs, il se dénature et se condamne. Je suis entré dans le Parti il a 60 ans, et même si j’en ai été expulsé, je n’ai pas envie de le voir finir comme cela ». Bao Tong fait remarquer que quand le Parti a reconnu les erreurs de la Révolution culturelle, sa popularité n’en a été que renforcée. Et pour lui, il n’y a d’ailleurs qu’un seul vrai responsable, Deng Xiaoping.

Les choses, finalement, sont assez simples. « Je ne demande pas la lune. Que les faits réels soient publiés, que l’on dise quels ont été les débats au sein du parti à l’époque, qui a donné l’ordre de la répression, que l’on publie le nombre des morts, des personnes mises en prison ou purgées, que l’on dise aussi comment on a ensuite manipulé la presse et bâti des mensonges pour le monde entier ». Bao Tong, reconnaît que les jeunes de 2009 ne sont pas obnubilés par Tiananmen, qu’ils n’ont qu’une vague idée de ce qui s’est passé, « le nettoyage des cerveaux ayant bien fonctionné ». « Mais ces jeunes, quand ils rencontreront l’arbitraire dans leur vie, ils voudront connaître l’histoire du 4 juin ». Cette histoire, sa famille entend bien la faire vivre. C’est son fils, Bao Pu, éditeur à Hong Kong, qui vient de publier en chinois les mémoires inédites de Zhao Ziyang, enregistrées clandestinement sur des cassettes d’enfants par le dignitaire en résidence surveillée.

Ce vieil homme délicieux s’emporte juste un peu quand on lui avance l’argument souvent entendu que la Chine n’est pas faite pour la démocratie. « Oui, on entend cela, et pas seulement en Chine, de la part d’occidentaux aussi. Que l’on arrête avec ces stupidités dégradantes pour notre peuple, dit-il, pour moi, la démocratie, c’est tout simplement la justice et le parti unique conduit forcément aux injustices. Et quoi, la justice ne serait pas faite pour la Chine ? L’air, l’eau, le ciel ne conviennent pas à la Chine ? L’ordinateur ou le téléphone portable ne sont pas faits pour la Chine ? ».

Il montre une photo de sa famille. « Si l’on efface cette page d’histoire, cela veut dire que l’on efface le mot justice dans l’Histoire, que la Chine, restera un pays où personne ne peut demander justice, et je veux pas que mon petit-fils grandisse dans un pays comme cela ». Il rappelle que même un enfant, s’il sent ses parents injustes, ressent de l’amertume, de la rancœur. « Alors, puisse le Parti respecter ses enfants ».


Tiananmen/20e: Massacre? Quel massacre? (Real architect of China’s economic miracle reaches out from the grave to lash out at Tiananmen’s butchers)

20 mai, 2009
Execution (Yue Minjun)Un gouvernement qui n’est pas responsable face à son propre peuple ne peut être responsable face au reste du monde. (…) Ne pas vouloir offenser la Chine signifie qu’ils ne peuvent pas aider la Chine, ne peuvent pas aider le peuple chinois à jouir de ses droits et ne peuvent pas aider la communauté internationale à intégrer un membre fiable, stable et pacifique. Cela n’est pas une bonne chose. Si le monde est indifférent, il porte une grande part de la responsabilité. Bao Tong (ami personnel de Zhao Ziyang)
Tant que le parti ne reverra pas son jugement sur le 4 juin, et ne reconnaîtra pas que c’était un mouvement patriotique et démocratique, la démocratie ne pourra pas avancer ici. Cela veut dire que tout ce qu’ils nous racontent sur la démocratie en marche et les droits de l’Homme ne sont que mensonges. Qi Zhiyong (ancien étudiant ayant perdu une jambe sous les balles le 4 juin)
Jusqu’à présent la communauté internationale (…) a adopté une politique d’apaisement à l’égard du gouvernement chinois. Ding Zilin (Mère d’une des victimes du 4 juin)
Nous les démocrates chinois, nous sommes comme les Juifs dans l’Allemagne Nazie. Pourquoi les Occidentaux ne viennent pas à notre secours est un grand mystère. Lorsque nous aurons tous été exterminés, vous aurez honte de votre passivité. Vous vous demanderez pourquoi vous ne nous aviez pas vu disparaître? Liu Xia (épouse du dissident emprisonné Liu Xiaobo)
Il a été l’homme qui, lorsque le pouvoir absolu est devenu fou, a sonné la cloche de la compassion et de la raison. Bao Tong (ancien secrétaire particulier de Zhao Ziyang)
J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants. (…) En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. Zhao Ziyang
A la lecture du compte rendu sans fioritures et prétentions de Zhao concernant sa propre gestion à la tête du Parti, il devient évident que c’était lui plutôt que Deng qui était l’architecte réel des réformes. Roderick MacFarquhar (historien de Harvard et préfacier des mémoires de Zhao)
Tout se passe comme si les intérêts économiques prévalaient sur la solidarité élémentaire avec ceux qui souffrent du manque de liberté. Vaclav Havel

Au moment même où après la brouille vite oubliée de l’an dernier sur le dalai lama, l’Europe à la mémoire courte “célèbre ses retrouvailles” à Prague avec les bouchers de Tiananmen …

Et où, à trois semaines du XXe anniversaire du massacre du 4 juin, les quelque peu nerveux dits bouchers commencent déjà à interpeller ou harasser les dissidents, anciens et actuels …

Retour sur les mensonges de “la version officielle d’un complot “contre-révolutionnaire” et de la répression inévitable d’une ‘bande de gangsters’ ” .…

Avec la sortie des mémoires posthumes (et enregistrés secrètement) de Zhao, l’ancien numéro un du Parti communiste décédé il y a quatre ans et véritable auteur du miracle économique chinois qui s’était alors opposé à la répression du mouvement étudiant et l’avait payé au prix fort, finissant sa vie en résidence surveillée …

Tiananmen : les émouvants Mémoires de Zhao Ziyang
Arnaud de La Grange
Le Figaro
15/05/2009

Du fond de sa tombe, Zhao Ziyang vient une fois de plus tirer la manche des dirigeants chinois. À trois semaines du XXe anniversaire de Tiananmen, l’annonce de la publication des Mémoires inédits du patron du Parti communiste évincé à l’époque est un joli lever de rideau. L’ancien numéro un du parti s’était opposé à la répression du mouvement étudiant de 1989.

L’histoire même de ces Mémoires est un roman. Après avoir été évincé de la direction communiste, Zhao avait été placé en résidence surveillée pendant quinze ans, jusqu’à sa mort à Pékin le 17 janvier 2005. Le livre est le fruit d’une trentaine d’heures d’enregistrement réalisé en secret, les cassettes étant ensuite transmises clandestinement à trois de ses proches et sorties aussi discrètement du pays. Le document va être publié ce mois-ci en anglais, sous le titre Prisonnier de l’État, par la maison d’édition Simon & Schuster. Pour la version chinoise, cela reste une affaire de famille. C’est le fils de Bao Tong, ancien bras droit de Zhao Ziyang, qui a passé sept ans en prison après 1989, qui va publier l’ouvrage à Hongkong.

Selon Bao Pu, qui dirige la maison d’édition New Century Press, Zhao n’avait pas laissé d’instructions mais voulait donner sa version des faits pour contester l’histoire officielle.

Témoigner pour l’histoire

De fait, Zhao Ziyang bat en brèche la version officielle d’un complot « contre-révolutionnaire » et de la répression inévitable d’une « bande de gangsters ». Dans son récit, on peut lire : « J’avais dit, à l’époque, que la plupart des gens nous demandaient de corriger nos imperfections et ne voulaient pas renverser le système politique. »

Après d’âpres débats et autant d’atermoiements, tout se joue le 18 mai, quand est prise la décision d’imposer la loi martiale. Zhao s’y refuse. « Je me suis dit que, quoi qu’il arrive, je refuserais d’être le secrétaire général du parti qui aura mobilisé la troupe pour tirer sur les étudiants », écrit-il.

La suite se lit sur un film émouvant. On se souvient de ces incroyables images où l’on voit Zhao Ziyang descendre au-devant des étudiants sur la place Tiananmen le soir du 19 mai 1989. Il les exhorte à rentrer chez eux, s’excuse, devant les caméras. « Nous sommes venus trop tard », finit-il par lâcher, les larmes aux yeux. Dans la nuit du 3 au 4 juin, le dirigeant réformiste vit le drame au plus près. « J’étais assis dans la cour de la maison avec ma famille, lorsque j’ai entendu des tirs nourris, raconte-t-il. Cette tragédie qui allait bouleverser le monde n’avait pu être évitée. »

Mais Zhao ne témoigne pas seulement pour l’histoire. Il voulait aussi passer son message pour l’avenir chinois, celui d’une transition progressive vers une démocratie à l’occidentale. « En réalité, c’est le système occidental de la démocratie parlementaire qui a fait la preuve de la plus grande vitalité, avance-t-il. Si nous ne prenons pas cette direction, il nous sera impossible de gérer les conséquences du passage à l’économie de marché en Chine. » À plusieurs reprises cette année, des responsables chinois ont affirmé que cette évolution vers les pervers systèmes politiques occidentaux était hors sujet.

Les Mémoires de Zhao ont donc toutes les chances de circuler sous le manteau en Chine. Sans faire sans doute un best-seller clandestin, tant le gommage officiel de ces événements dans l’histoire apprise par les jeunes générations a été efficace.

Voir aussi:

Tiananmen: le brûlot posthume de Zhao Ziyang
Brice Pedroletti
Le Monde
16.05.09
Pékin Correspondance

Ce sont trente heures de monologues enregistrées en secret sur de vieilles cassettes audio pour enfants alors qu’il était en résidence surveillée, au début des années 2000. Les Mémoires posthumes de Zhao Ziyang, ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, écarté du pouvoir lors des événements de Tiananmen – survenus en mai 1989, et que le gouvernement veut faire oublier – et mort en 2005, constituent un véritable brûlot politique.

L’ouvrage, Prisoner of the State : the Secret Journal of Zhao Ziyang (”Prisonnier de l’Etat : le journal secret de Zhao Ziyang”), a été mis en vente à Hongkong, en anglais, il y a quelques jours, en avant-première de sa sortie, mardi 19 mai, dans le reste du monde (Simon & Schuster éd.). Personne ne s’attendait à cette charge, à moins d’une semaine des vingt ans du massacre de Tiananmen, le 4 juin.

” C’est très important, c’est la première fois qu’on a la version directe d’un acteur fondamental de ces événements. On n’avait jamais vu un dirigeant communiste chinois raconter de manière aussi directe ce qui s’est passé au sein du pouvoir, et parler aussi librement de ses collègues”, réagit au téléphone, depuis Hongkong, Jean-Philippe Béja, chercheur au Centre d’études français sur la Chine contemporaine (CEFC) et spécialiste du mouvement démocratique chinois. L’ancien bras droit de Zhao Ziyang, Bao Tong, encore très surveillé à Pékin, a aidé à rassembler les éléments disséminés par Zhao Ziyang. Son fils Bao Pu est l’un des traducteurs de l’ouvrage à Hongkong.

Des internautes chinois ont, selon la presse hongkongaise, téléchargé des extraits sonores des paroles de l’ancien dirigeant, très peu connu des jeunes générations. Le livre écorne sérieusement le mythe de Deng Xiaoping (dirigeant de 1976 à 1997) comme architecte des réformes. Il fustige la lâcheté et l’incompétence de Li Peng et de Jiang Zemin, les partisans de la ligne dure et successeurs de Zhao Ziyang, et se termine sur un appel à l’instauration d’une démocratie parlementaire en Chine. Cela n’a pas encore suscité de réaction officielle en République populaire, où toute mention de l’ex-secrétaire général est taboue. Mais l’ouvrage renforce la lutte des acteurs, persécutés mais non moins actifs, du mouvement démocratique qui réclament une réforme du système politique.

Partisan d’un dialogue avec les étudiants dont les revendications étaient pour lui légitimes, Zhao Ziyang raconte les manoeuvres de Li Peng pour faire publier, en son absence, dans le Quotidien du peuple, le fameux éditorial du 26 avril, étiquetant comme ” troubles antiparti et antisocialistes” les rassemblements pacifiques sur la place Tiananmen. Un éditorial qui radicalisera les manifestants.

Le 17 mai, invité à se rendre chez Deng Xiaoping, Zhao Ziyang, alors numéro un du parti, découvre que celui-ci a rassemblé les membres du comité permanent du bureau politique. Le patriarche décidera de l’application de la loi martiale, qui ne fait même pas l’objet d’un vote, en violation des procédures internes du parti. “Ma mission historique était, semble-t-il, terminée… Je me suis dit alors que, quoi qu’il arriverait, je ne serais pas le secrétaire général qui donnerait l’ordre à l’armée de mener l’assaut contre les étudiants”, écrit M. Zhao.

Les détails des luttes entre les factions réformistes et conservatrices autour de Deng Xiaoping lors des événements de 1989 avaient en grande partie été dévoilés par les documents officiels secrets exfiltrés à l’étranger et rassemblés dans l’ouvrage Tiananmen Papers (Les Archives de Tiananmen) par un mystérieux compilateur se faisant appelé Zhang Liang, en 2001. Les Mémoires de Zhao Ziyang les confirment.

“A part le fait qu’il n’y a pas eu de vote le 17 mai – ce qui de toute façon était déjà en soi une violation des procédures -, on retrouve le déroulement des événements au sein du parti. Ce qui va plus loin, c’est de voir confirmé combien Deng Xiaoping avait très peur de tout ce qui est réforme politique, et qu’il avait une sainte horreur de la libération bourgeoise. Alors qu’avait été longtemps véhiculée la thèse selon laquelle Deng avait été trompé par Li Peng et les conservateurs, et qu’il avait agi à cause de ça…”, explique M. Béja, qui a préfacé et traduit en français Les Archives de Tiananmen.

Dans le récit qu’il fait de la période de l’ouverture économique, Zhao Ziyang, qui lança les premières réformes sur le terrain au Sichuan avant d’être nommé premier ministre par Deng Xiaoping en 1980, déboulonne le mythe du “petit timonier” comme architecte des réformes économiques. Même s’il reconnaît que celles-ci n’auraient pas pu se faire sans lui, Deng Xiaoping y apparaît comme un “parrain”, arbitre des différentes tendances au sein du parti, alors que c’est Zhao Ziyang qui impulse la décollectivisation et met en place les réformes-clés de conversion à l’économie de marché.

Il fustige les manigances d’officiels aujourd’hui couronnés pour leur prétendue contribution au développement économique, alors qu’ils ont tout fait pour le contrer. Expédié aux oubliettes de l’histoire officielle, l’ancien numéro un du parti fait résonner, dans le silence assourdissant qui entoure aujourd’hui la question des réformes politiques en Chine, ses réflexions sur la démocratie et l’impérieuse nécessité pour Pékin de mettre en place une “démocratie parlementaire” s’il souhaite “maintenir une économie de marché saine”. Sans quoi, la Chine se retrouvera confrontée, comme les autres pays en développement, à “la commercialisation du pouvoir, à une corruption rampante, et à une polarisation de la société entre les riches et les pauvres”.


Polémique: Il s’agit d’un zoo humain cadavérique (Questions About Bodies Exhibitions)

1 mars, 2009
Ecorché de Fragonard (Ecole vétérinaire, Maisons-Alfort)Le caractère colonial de l’exposition devrait n’échapper à personne : il s’agit d’un zoo humain cadavérique. Pétition
Une expo pédagogique ? C’est un argument publicitaire de la part de l’organisateur. C’est uniquement du voyeurisme. Cette mise en scène macabre a un côté spectaculaire qui ne correspond pas aux idéaux de notre enseignement. Si une demande de visite m’était présentée dans le cadre de mon établissement, j’emettrais un avis défavorable. (…) D’ailleurs, l’anatomie est très peu présente dans les programmes de secondaire, je ne pense pas que cette exposition soit d’un intérêt quelconque. Pierre-Louis Klein (proviseur et syndicaliste)
Des écorchés, tous les étudiants en médecine en voient dans leur formation. Et les tableaux de la Renaissance en représentaient déjà. De façon très générale, je ne peux que me féliciter de la diffusion des connaissances auprès du grand public. (…) Le fait que les gens puissent retrouver des cadavres dans une exposition me parait bénéfique. Ça permet de se faire l’idée d’un mort. Beaucoup de gens ne savent pas ce que c’est. Pour quelqu’un de 50 ans, dont les parents meurent, voir leurs corps peut être une source de grande angoisse… Alors que finalement, un cadavre n’a pas de raison d’être angoissant en soi. (…) Elle ne se déroule presque plus à domicile, alors qu’autrefois beaucoup d’enfants, d’adultes voyaient des gens mourir, ou allaient visiter des gens sur leur lit de mort. C’est quelque chose qui a totalement disparu. Denis Vital-Durand, (ancien doyen de la fac de médecine et président de la commission pédagogique nationale des études médicales)
Rien ne me fait peur, mais malgré tout, je ne sais pas honnêtement quel est l’intérêt de cette exposition. On peut très bien faire des reconstructions fantastiques avec des matériaux performants. Pourquoi exposer des cadavres ? Et dans un pays très marqué par ce qui s’est passé lors de la Seconde Guerre mondiale, je trouve ça choquant. Ça fait barbare… Pour ceux que ça intéresse, il y a d’excellents livres d’anatomie, ou les tableaux de la Renaissance. (…) Quand on aura fait le tour de tous les moyens de tuer quelqu’un, ça va devenir fade. Sur les 15-16 ans, il y a depuis ces séries un engouement pour les stages en médecine. Daniel Malicier (médecin légiste)
Cette exposition destinée au grand public n’est expressément interdite par aucun texte. Elle contredit certainement l’esprit du droit français, qui n’admet d’intervention sur le corps de la personne décédée que dans un but purement scientifique. En effet, selon la loi, si le cadavre n’est plus une personne, il reste protégé sur le fondement de la dignité de la personne qu’il a incarnée. L’article 16-1-1 du code civil prévoit ainsi que “le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort. Valérie Sebag (juriste et maître de conférence à Paris XII)
Je crois qu’on ne peut pas la présenter sans contextualiser et prévenir le public à l’entrée. Elle a été présentée à Montréal l’année dernière. Le centre des sciences avaient demandé l’avis d’un comité d’éthique, qui a conseillé de la présenter, mais en incluant à l’entrée une salle explicative, pour poser le débat à l’intérieur de l’exposition. C’est la même chose lorsque l’on présente des momies égyptiennes, ou des têtes aborigènes, on ne peut pas le faire n’importe comment. En résumé, je pense que c’est jouable. Tout est question de présentation. Michel Côté (directeur de musée québecois)

Après le scandale du printemps dernier de l’exposition photo “Paris sous l’Occupation“, voici celui du “zoo humain cadavérique”!

A l’heure où, après Lyon et Marseille mais aussi de nombreux pays (Etats-Unis, Australie, Canada), la polémique fait à nouveau rage dans certains milieux sur l’exposition de véritables corps humains écorchés et plastifiés “Our body/À corps ouvert” actuellement à Paris …

Et où nos scientifiques sont à nouveau montés sur leurs grands chevaux, concernant notamment les côtés mercantiles et l’origine des corps qui, elle, pose effectivement problème …

Témoignage d’un directeur de musée québécois qui, beaucoup plus nuancé, montre l’importance du contexte.

Qui, si l’on en croit la manière dont le public reçoit l’exposition (un silence et un recueillement presque religieux favorisés par la relative exiguité et pénombre des salles comme le certain bon goût esthétique des présentations), n’a rien du morbide spectacle de foire ou de zoo humain dénoncé par nos belles âmes.

Même si, et c’est probablement là que le bât blesse, nombre de visiteurs se retrouvent bien seuls en ces temps d’esthétisation de la mort dans l’art ou la littérature, devant le manque d’explications, non seulement sur l’origine des corps mais même sur les organisateurs.

Et ce n’est qu’en regardant un peu les articles en anglais sur la question que l’on comprend qu’il y a au moins trois groupes faisant circuler ces expositions dans le monde (souvent avec la collaboration de musées ou sous l’obligation de moraliser l’origine de leurs corps) et pour celle de France, qu’il s’agit vraisemblablement d’un groupe chinois, apparemment en concurrence et en rupture avec leur initiateur allemand, le fameux Gunther von Hagens .

D’où le contresens de nos belles âmes y dénonçant le caractère colonial mais effectivement aussi les doutes sur l’origine des corps quand on sait les normes chinoises et le fait que le fameux Hagens s’était déjà vu contraint de mettre un terme à ses activités dans d’autres pays comme la Russie ou le Kyrgistan pour les mêmes soupçons de trafic de cadavres et d’organes.

Où l’on se prend enfin à rêver d’une communauté scientifique qui, au lieu de se contenter de refuser dédaigneusement leurs sites et leur collaboration sans parler de leurs avis (musée de l’Homme, Villette), accepteraient de rendre accessible au grand public et dans le contexte et les conditions appropriés (corps obtenus après dues autorisation des personnes ou familles concernées, salle explicative pour poser, notamment, dès l’entrée le débat à l’intérieur de l’exposition comme cela avait été fait à Montréal ou après de longues polémiques pour celle de Paris sous l’occupation l’an dernier), ce qui est pour l’instant réservé, outre les quelques spécimens de la collection fragonard de l’Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort, aux seuls privilégiés de nos écoles de médecine …

ENTRETIEN
Michel Côté : “Montréal a demandé l’avis d’un comité d’éthique”
Lyon Capitale
27/05/2008

Entretien. Directeur du futur musée des Confluences, qui sera un peu la Villette des sciences sociales, le québécois Michel Côté n’est pas choqué a priori par l’exposition Our Body, qu’il a déjà vue à Montréal. Mais il met en garde sur le “respect” dû aux morts.

Lyon Capitale : Auriez-vous accueilli cette exposition dans le futur Musée des Confluences ?

Michel Côté : C’est une belle question. Il ne peut pas y avoir de réponse tranchée. Je crois qu’on ne peut pas la présenter sans contextualiser et prévenir le public à l’entrée. Elle a été présentée à Montréal l’année dernière. Le centre des sciences avaient demandé l’avis d’un comité d’éthique, qui a conseillé de la présenter, mais en incluant à l’entrée une salle explicative, pour poser le débat à l’intérieur de l’exposition. C’est la même chose lorsque l’on présente des momies égyptiennes, ou des têtes aborigènes, on ne peut pas le faire n’importe comment. En résumé, je pense que c’est jouable. Tout est question de présentation.

Est-ce que cette exposition présente bien les corps ?

C’est bien de se poser la question. Les corps sont mis dans des mouvements sportifs… Ils deviennent des outils qu’on met en scène. Il y a un code d’éthique pour les muséologues, qui précise qu’on peut présenter des corps humains dans le respect des personnes. À quel moment cela devient irrespectueux ? À Montréal, d’après ce que j’en sais, l’exposition a été bien accueillie par le public. Les gens ont su garder le respect.

Comment garder ce respect ?

C’est difficile à définir. Dans le musées des Confluences, on présentera le tombeau Koban en faisant en sorte que le visiteur ait le sentiment d’entrer dans un lieu de recueillement. Le problème de la tête Maori par exemple est d’une autre nature : vous vous adressez à des contemporains qui veulent enterrer leurs morts. Je suis favorables à rendre aux Maoris les têtes qu’ils réclament, pour qu’on puisse les enterrer correctement.

L’exposition ne joue-t-elle pas sur le ressort de la fascination pour le morbide?

Pour moi ce n’est pas morbide, puisque c’est présenté de manière assez esthétique. Il n’y a donc pas de répulsion. La question qu’on doit se poser : est-ce que la fascination nous fait oublier que ce sont des corps, et non des objets ? Mais nous sommes aussi des corps. Si on met en valeur cette réalité, ce n’est pas forcément négatif. Je ne suis pas contre ce principe, tout est dans la manière de le faire.

Voir aussi:

POLEMIQUE
Our Body : Les opposants s’organisent
Lyon-Capitae
(10/06/2008 )

Polémique. Depuis la semaine dernière une pétition contre l’exposition Our body circule sur internet. Emmenés par François Rastier, linguiste reconnu, les universitaires signataires s’inquiètent de l’origine des corps.

Lyon Capitale : Vous êtes directeur de recherche au CNRS, en linguistique. Pourquoi avez-vous pris l’initiative d’une pétition demandant la suspension de l’exposition Our Body à Lyon ?

François Rastier : Tout citoyen est en droit de demander qui lui montre quoi. Comme la plupart des premiers signataires, j’enseigne : que transmet-on comme image de la science ? L’argument de vente de l’exposition est scientifique, enfants des écoles et éducation aux merveilles de notre corps, gratuité pour les moins de trois ans. L’organisateur déclare : “J’aime bien faire partager aux gens l’envie et l’excitation d’un spectacle vivant (sic) […]. Cette exposition vous apporte une énorme adrénaline, beaucoup d’émotion.” Si c’est ça la science, ça doit être sexy !

Lecteur des témoignages de l’extermination (il se trouve que j’ai écrit un livre sur Primo Levi*), je suis membre du conseil scientifique de la Fondation Auschwitz. Or actuellement, dans beaucoup d’ouvrages douteux, romans historiques et faux témoignages, on pratique une esthétisation à outrance de la mort. Ici il s’agit des cadavres eux-mêmes : et la fascination de masse va beaucoup plus loin que tout négationnisme. Elle en demande toujours plus : dans l’exposition de Berlin, on pouvait voir une femme enceinte écorchée. L’esthétisation kitsch est évidente ; pourquoi mettre les corps dans des poses athlétiques genre “dieux du stade” (cyclisme, basket, etc) ? Je serais ambassadeur de Chine, je protesterais contre cette allusion perfide aux jeux olympiques. La mise en scène “vivante” brouille les cartes, elle joue sur la souffrance et l’insensibilité. Une société qui ne respecte pas les morts ne respecte pas non plus les vivants. C’est une question anthropologique au fondement des cultures humaines.

Que souhaitez vous ?

On ne peut pas se contenter de dire que cette exposition est dérangeante, ce qui constitue un argument de vente pour ses promoteurs ! Si on laisse ce type d’industrie devenir un secteur économique, il y a des gens en bout de chaîne qui peuvent être tués pour ça, si ce n’est pas déjà le cas.

Souhaitez vous la fermeture de l’exposition ?

Nous demandons sa suspension, tant que les garanties légales propres à la loi française ne sont pas fournies. Un préfet peut tout à fait prononcer une suspension. Un maire a aussi des pouvoirs de police. On sait que le Comité National Consultatif d’Éthique a émis un avis défavorable et évoqué à ce propos des précédents nazis.

Ne craignez vous pas de passer pour des censeurs ?

L’argument qu’il faut faire sauter les tabous tourne à vide, il est lui-même devenu tabou. Nous nous adressons à la société civile. Est-ce que n’importe qui peut montrer n’importe quoi à qui voudra bien payer ? Après le procès de Nuremberg, en réponse aux pratiques nazies, on s’est posé la question du consentement pour tout acte médical. Pour toute utilisation d’un corps, la loi française exige un consentement écrit exprimé du vivant de la personne.

L’organisateur répond qu’il n’a pas de dossiers individuels: en devenant anonymes les corps sont encore mieux déshumanisés. Andrew Cuomo, le procureur de l’Etat de New York qui enquête sur l’exposition sœur aux USA, et demande attestation de l’origine des corps, a déclaré le 29 mai : “La sombre réalité est que (la société productrice) tire profit d’individus qui pourraient avoir été torturés et exécutés en Chine”. Un procureur français ne pourrait-il faire preuve de la même lucidité ?

* Ulysse à Auschwitz, 2005, Paris, coll. Passages.

Voir également:

POLEMIQUE
Our Body – L’avis du Comité d’éthique : “Une atteinte à la dignité humaine” (10/06/2008 )

Verbatim. Suite à la polémique, le comité national d’éthique a finalement rendu public son avis sur l’exposition Our body. Il est cinglant. Extraits.

“Les contradictions avec la loi française sont évidentes : la commercialisation du corps fait l’objet d’une interdiction majeure ; or cette mise en scène comporte un aspect commercial non équivoque. Le consentement antérieur des sujets ne paraît pas établi de façon irréfutable. Mais, si l’on s’en tient au plan strictement éthique, nous émettons clairement des réserves.

1. Tout d’abord des réserves de principe sur le corps humain “marchandise de spectacle” et sur le mélange des fonctions.

La première ambiguïté tient au fait que le “contrat” n’est pas très clair : s’agit-il d’une exposition artistique ? Scientifique ? Pédagogique ? Spectaculaire et visant au sensationnel ? Un peu comme dans les documentaires publicitaires, il y a un mélange de plusieurs fonctions qu’il faudrait au minimum expliciter ; le non dit majeur est la prime au voyeurisme sous couvert de science et de pédagogie qui permet le camouflage de la transgression.

Dans ce contexte de confusion des genres, il nous semble que la prétention pédagogique et scientifique de l’exposition ne correspond pas à sa réalité. (…)

2. Ensuite elle introduit un regard techniciste sur les corps.

Bien que l’origine des corps soit dite “certifiée”, ces corps sont volontairement désingularisés, anonymes, et le processus de plastination est présenté sous un jour technique et industriel. On est dans une approche qui n’est pas sans rappeler le traitement des cadavres dans les camps d’extermination lors de la dernière guerre. Il nous semblerait important de rappeler que chacun de ces corps a été une vie singulière, qu’il faudrait pouvoir sinon raconter du moins nommer – et que la donation du corps ne saurait effacer. (…)

3. Enfin la représentation de la mort (…)

“L’idée que l’on peut approcher la mort de l’autre sans risque suppose que cet autre soit tellement anonymisé qu’il n’y ait plus de référence à quelque dignité humaine que ce soit. Or, bien qu’anonymes, les corps représentés n’en ont pas moins été des individus ; leur exhibition (et leur réification) constituent une atteinte à leur identité, et donc à leur dignité. La plupart des civilisations ont cherché à éviter de telles formes de manque de respect pour une dépouille réelle. (…)”

POLEMIQUE
Antis Our Body : la pétition (10/06/2008)

“Un lucratif trafic de cadavres spectacularisé”

“Le caractère colonial de l’exposition devrait n’échapper à personne : il s’agit d’un zoo humain cadavérique. (…) Les corps exposés sont plastifiés selon la méthode d’un anatomiste allemand, Gunther von Hagens, dont l’entreprise vend dans le monde entier de tels spécimens humains. Fournis par une obscure fondation de Hongkong (Le Monde, 29 mai 2008), leur provenance reste toutefois indéterminée : on sait simplement qu’ils viennent de Chine. (…) La société de Hagens a un siège à Dalian qui emploie 250 personnes (selon son site officiel). Dalian est situé entre trois camps de travail forcé.

Le fait qu’il s’agisse de dépouilles d’hommes dans la force de l’âge suscite d’autant plus d’interrogations sur la cause des décès que Hagens a admis que certains des corps qu’il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête.

On dispose de nombreux témoignages sur le trafic d’organes de détenus chinois. Des corps de détenus du Falungong ont été rendus à leur famille partiellement voire complètement éviscérés (cas de Ren Pengwu, 33 ans, arrêté le 16 février 2001, mort sans motif officiel cinq jours après). Un trafic de corps est d’autant moins exclu qu’en janvier 2007, Hagens a reconnu que des corps de condamnés chinois avaient pu lui avoir été fournis, sans qu’il s’en rende compte… (…)

Un consultant scientifique de l’exposition, Walter I. Hofman, déclare n’avoir relevé “aucune trace de torture”. Un autre, Hervé Laurent, déclare : “Il n’y a aucun problème éthique”. Ces dénégations multiples ne font qu’ajouter aux doutes sur ce lucratif trafic de cadavres spectacularisés. (…)

Nous demandons la fermeture de cette exposition jusqu’à ce que les garanties élémentaires soient publiées et contrôlées.”

Voir de plus:

D’où viennent les corps humains de l’exposition “Our body” ?
Sophie Verney-Caillat
Rue89
20/02/2009

Des scientifiques demandent la suspension de l’exposition en cours à Paris, dénonçant une opération plus lucrative que pédagogique.

Dans l’exposition ‘Our body A corps ouvert’, dans l’Espace Madeleine à Paris (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

L’expo avait fait grand bruit lors de son arrivée à Lyon, comme l’avait relevé notre partenaire Lyon Capitale. Et puis la polémique s’est tassée.

Pourtant, “Our body A corps ouvert, l’expo anatomique” qui se vante de présenter “de vrais corps humains”, n’a toujours pas précisé leur provenance, et le doute éthique demeure.

A l’Espace Madeleine où elle est présentée, pas un mot sur l’origine des “vrais corps” présentés et transformés selon la méthode de la mise au point par l’Allemand Gunther von Hagens.

“On dirait des Mongols”, murmurent quelques visiteurs. Renseignement pris auprès de l’importateur en France de l’événement, Pascal Bernardin, ce sont bien des corps asiatiques, chinois plus précisément. Le dossier de presse n’en dit pas plus, l’exposition non plus. Mais les visiteurs, fascinés, ne se posent pas plus de questions que ça sur le sujet. (Voir la vidéo)

Producteur de spectacles (des concerts de rock principalement), Pascal Bernardin ne cache pas ses intentions lucratives:

“Cette expo a coûté 2 millions d’euros à ma société, Encore Productions, il faudra beaucoup de monde avant de dégager des bénéfices. A Lyon, elle a fait 110 000 entrées, à Marseille 35 000, et à Paris nous atteignons 10 000 visiteurs la première semaine.

Nous visons 300 000 visiteurs minimum sur les deux lieux (elle ira au Parc floral après la Madeleine fin août). Mais nous comptons bien ne pas en rester là si nous voulons être rentables.”

L’homme reste en revanche très flou sur la manière dont il s’est procuré les corps:

“J’avais vu la même exposition à Orlando aux Etats-Unis, et je me suis dit, c’est fantastique! J’ai alors pris contact avec l’Anatomical Sciences and Technologies Fundation basée Hongkong qui fournit les corps.

Ils m’ont montré comment ils obtiennent leurs corps, ce sont les même conditions en Chine qu’en France, des gens qui ont donné leur corps à la science. Bien sûr, le lien est coupé entre le donneur et le corps exposé, par respect pour celui qui a fait ce geste.”

Pour le comité d’éthique, la visée scientifique de l’exposition n’est pas suffisante

Contraire à l’”esprit du droit français”

Valérie Sebag, juriste et maître de conférence à Paris XII, estime que “cette exposition destinée au grand public n’est expressément interdite par aucun texte”:

“Elle contredit certainement l’esprit du droit français, qui n’admet d’intervention sur le corps de la personne décédée que dans un but purement scientifique.”

En effet, selon la loi, si le cadavre n’est plus une personne, il reste protégé sur le fondement de la dignité de la personne qu’il a incarnée. L’article 16-1-1 du code civil prévoit ainsi que “le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort”.

Des justifications bien insuffisantes pour certains scientifiques.

D’abord au sein du Comité consultatif national d’éthique, qui a émis un avis défavorable sur l’exposition, que son initiateur aurait aimé installé à la Cité des sciences de la Villette ou au musée de l’Homme.

Pierre Le Coz, vice-président du Comité consultatif national d’éthique, explique:

“Sur 39 membres du comité d’éthique, seuls deux ont estimé qu’il n’y avait rien de répréhensible, les autres ont jugé que la visée scientifique de l’exposition n’était pas suffisante, qu’il n’y avait pas d’autre sens que de flatter le voyeurisme.

C’est abject! Un corps peut être utilisé après sa mort seulement à des visées scientifiques, même si les personnes sont consentantes. Qu’est-ce que ça veut dire le consentement d’un Chinois quand on connaît le respect des droits de l’homme dans ce pays? On n’aurait jamais fait cela avec des Français.”

“Je déconseille cette expo aux enfants”

Aujourd’hui, ce prof de philosophie à la faculté de Marseille appelle au boycott de cette exposition. Il ajoute:

“En tous cas, je la déconseille aux enfants, chez qui elle peut générer des troubles du sommeil. On accepte de faire à des cadavres chinois ce qu’on accepterait pas de faire pour des animaux domestiques.”

François Rastier, directeur de recherche au CNRS en linguistique, a ravivé la pétition collective qu’il avait lancé il y a quelques mois à Lyon et qui a rassemblé 785 signatures selon lui, dont le directeur de la fondation Auschwitz, le président de Paris IV, et Marie Darrieussecq.

Ce texte appelle à la suspension de l’expositon dans l’attente de garanties légales sur l’origine des corps.
Le scientifique invoque “le doute méthodique”:

“On ne sait pas si ces gens ont consenti de donner leur corps à la science et rien ne prouve qu’ils n’ont pas été tués pour ça. On utilise des cadavres pour faire du spectacle, à quand cadavres sans frontière?

On peut entrer dans le jeu de la fascination morbide, c’est une spectacularisation de la mort à des fins commerciales, d’ailleurs le fait que ce soient de vrais cadavres est mis en avant pour attirer les visiteurs.”

“Ce n’est pas parce que ça vient de Chine qu’il devrait y avoir des doutes”

Les pétitionnaires sont d’autant plus suspicieux que la “plastination” a été inventée par Gunther von Hagens, un personnage plus que douteux. Son institut, situé à Heidelberg en Allemagne, est à l’origine de plusieurs expositions dans le monde, en Europe et en Amérique du Nord:

“Le fait qu’il s’agisse de dépouilles d’hommes dans la force de l’âge suscite d’autant plus d’interrogations que von Hagens a admis que certains des corps qu’il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête.”

Pascal Bernardin s’estime victime d’une confusion avec von Hagens:

“Ce n’est pas parce que ça vient de Chine qu’il devrait y avoir des doutes, tout est correct là-bas. D’ailleurs le musée Fragonard de Maison-Alfort expose des corps écorchés transformés avec une technique similaire et ce depuis 250 ans.”

Et pour défendre la portée pédagogique de son projet, il met en avant la présentation en libre accès sur un comptoir en fin d’exposition d’ouvrages d’anatomie, ainsi que le soutien de Marie Berry, qui fait la promotion du don d’organe depuis qu’elle a elle-même été sauvée par la greffe d’un rein.

Voir enfin:

Health & Science

Origins of Exhibited Cadavers Questioned
Neda Ulaby
NPR
August 10, 2006

I attended the Body Worlds show at Philadelphia’s Franklin Institute last February on the advice of a doctor friend. “They’re the most incredible dissections I’ve ever seen,” she said. Body Worlds is one example of a new exhibition phenomenon: shows of actual human corpses preserved through a process called “plastination” with tickets selling for around $25. The shows — and the process — were originally created by Dr. Gunther von Hagens, a German anatomist, who caused a sensation with the exhibitions in Europe and Asia before bringing them to the United States.

What amazed me were not the plastinates alone, incredible though they were. I was astonished that a good four months after the opening, I was unable to buy tickets. The show was sold out for nearly the entire weekend. I had to stay until late Sunday to attend the show. And although the museum made a point of staggering visitors’ entries, putatively to ensure a quiet atmosphere, I found myself in a mob scene. I couldn’t even get close to many of the plastic cases displaying human organs. Some of the plastinates were impossible to see, thanks to the tight knots of grown-ups, kids and baby carriages around them.

I emerged from the exhibition, ears ringing from the noise of the crowd. Signs at the exhibition’s entrance stated that the bodies had been voluntarily donated under the auspices of the Institute for Plastination. Well, what was that? Looking into the shows, I learned the IFP was another arm of Dr. von Hagens’ buisness empire. In other words, Dr. von Hagens was basically tasked with ensuring that Dr. von Hagens’ exhibition was ethical and legitimate.

That’s how this NPR series began. I learned that the Franklin Institute and similar science centers around North America that have hosted Body Worlds relied on research commissioned by the California Science Center when it first brought the show to the United States in 2004. (This was done by Hans-Martin Sass, who appears in my story.) That research verified that there is a pool of some two hundred death certificates that matched donor forms. But as I looked into the story, I found that no independent observer has matched those documents to the bodies on display. That means there is no clear paper trail from a deceased donor to a finished plastinate.

Dr. von Hagens also plastinates and sells many hundreds of unclaimed bodies obtained from Chinese medical schools for educational purposes. He says that he obtains them all only through trusted sources, but no outsider has verified that they might not be, in a worst-case scenario, dissidents killed in a Chinese prison, then sold through a body broker to a medical school, and then displayed to the public. Nor has an independent observer ensured that the unclaimed Chinese bodies von Hagens uses in his medical-school-supply business are not turning up on display in the Body Worlds shows. Again, von Hagens categorically declares that he obtains his cadavers ethically; the point here is that the U.S. science centers who have put the bodies on display have conveyed the impression that an independent verification of this has been made.

Besides the original ethical review, the science centers involved have also reassured patrons that they’ve turned to “ethics panels” or “advisory boards” of local clerics and academics to ensure that the bodies displayed have spotless ethical pedigrees. But after I interviewed scores of people at various science musuems, it became clear those boards hadn’t been asked to seriously engage with the shows’ ethical pitfalls. Instead, the board members were more or less charged with marketing the shows to their respective communities.

Body Worlds has been shown at science centers in Chicago, Cleveland, Los Angeles and Denver — and it’s showing now in Boston, St. Paul and Houston. Science museums are not research institutions, so in general they aren’t accountable to what are known as Institutional Review Boards, which govern ethics at universities and hospitals. Mostly, science centers serve to educate and entertain. I interviewed about 25 people who work at science museums or who served on the advisory boards. (Certain museums, like Chicago’s Museum of Science and Industry, refused to tell me who served on those boards.)

There’s a lot of interesting information about Dr. von Hagens I wasn’t able to put in the piece. For example, he’d been a political prisoner himself in the former East Germany. Or that there’s a German horror movie, Anatomie, inspired by his plastinates. Or that von Hagens once danced while costumed as a plastinate in Berlin’s famous Love Parade. In Europe some of von Hagens’ publicity stunts reveled in sexuality, but his strategy in the United States. has been considerably more subdued.

There’s a second major company that competes with von Hagens. Its shows, called BODIES… The Exhibition, are open now in New York, Tampa Bay, Atlanta, and Las Vegas. The corpses this operation displays in the U.S. all come from unclaimed Chinese bodies. Critics say that at best those bodies probably belonged to people too poor to have been buried properly. Most science museums have shied away from these exhibitions, as have other venues. The mayor of Ft. Lauderdale recently rejected the show for the city’s War Memorial Auditorium, citing serious ethical concerns.

BODIES… The Exhibition has a fascinating story. Its bodies are plastinated by a Dr. Sui Hongjin, once a protege of Dr. von Hagens. After splitting from his mentor, Sui struck out on his own and partnered with Premier Exhibitions, best known for its traveling exhibitions of HMS Titanic artifacts. Sui and von Hagens are now bitter rivals, and Body Worlds and BODIES… The Exhibition have been involved in multiple lawsuits.

Dr. Todd R. Olson, who chairs the Anatomical Committee of the Associated Medical Schools of New York, told me that it’s easier to get a cadaver in and out of the United States than a head of lettuce. Regulations differ on a state-by-state, even municipal, basis. (Officials in San Francisco began contemplating banning body exhibitions from the city after the cadavers in a show called The Universe Within started to leak fluids.) Shows of dead human beings are something few governmental bodies have gotten around to regulating. But given their continuing popularity — upcoming shows are planned for Arizona, Baltimore and Vancouver — it’s something that more and more state and municipal officials will have to consider.

In the meantime, the shows continue to spark fierce debate. Some argue that even if the bodies were obtained improperly, they’re now serving a noble function — it’s better to educate than to rot. Others see them as a sort of gruesome Brechtian parody of capitalist excess. Thinking about attending? Dr. Howard Markel of the University of Michigan, whose voice you’ll hear in the first piece, says every person has an internal Geiger counter of ethics as good as anyone else’s. “If you feel in the pit of your stomach that gurgling noise, or if you feel goosebumps on the back of your neck, you probably ought to listen to it. And you ought to think about it.”

Body Worlds” has spawned sequels and copy-cat exhibits, such as “Our Body: The Universe Within,” which is currently at science centers in Detroit, Orlando, Fla., and Rochester, N.Y., and “The Amazing Human Body,” now on display in Melbourne, Australia.

‘Bodies’: Education exhibit or just a freak show?
Brad Hundt,
Observer

PITTSBURGH – A brain can seem surprisingly small and unexceptional when it’s cut loose from the cranium and you can hold it in your hands.

All of the folds and creases that we see in illustrations and models are all there. But there’s no way of knowing what thoughts once bounced around in that collection of gray and white matter, just as there’s no way of knowing if the cadaver nearby that’s been bent and twisted so it looks like a soccer player ever kicked a soccer ball when blood was coursing through its legs.

Both the preserved brain and the athlete-in-the-after-life are part of “Bodies … The Exhibition,” the traveling exhibit that’s brought hordes of people through the turnstiles and generated contentious debate and controversy. Proponents of the exhibit, which uses chemically-treated and dissected corpses to show how bodily systems function, say it’s a unique opportunity to peer into the human body and see how the wheels turn in it; detractors contend it’s a vulgar freak show that exploits the dead and quite possibly profits from Chinese human rights abuses.

In recent days, both sides have been sharpening their talking points and preparing for battle as “Bodies…The Exhibition” begins a seven-month run at the Carnegie Science Center. Fifteen preserved bodies and an array of organs, fetuses and body parts will be displayed in a specially-designed section of the Science Center’s SportsWorks complex. Today and Saturday, the exhibit is open exclusively to members of the Carnegie Museums of Pittsburgh and opens to the general public on Monday.

A separate, timed-ticket is required to see the exhibit, which will be open from 10 a.m. to 9 p.m. daily. They went on sale Sept. 6 and Science Center spokesman Mike Marcus said last week that tickets were still available for the exhibit’s opening days.

At a press launch for “Bodies” last month, Science Center director Joanna Haas insisted it will “intellectually and emotionally engage” audiences about the human body and spark interest in anatomy and biotechnology. Haas also said the exhibit stirred up what she described as “hyperbole and speculation” and “emotional and exaggerated responses to its content.” She noted that the Science Center had been working with an advisory committee which included medical professionals, regional science instructors and ethicists to explore the moral, legal and ethical issues surrounding “Bodies,” and they gave it a passing grade.

Roy Glover, chief medical advisor for “Bodies” and an emeritus professor of anatomy and cell biology at the University of Michigan, described “Bodies” as “an educationally rich, museum-quality exhibit” and it provides “a look at yourself that you never thought imaginable.”

“You’ll be amazed at how you look beneath your skin,” he added.

The bodies – or “specimens” as they are called by the exhibit’s creators — have been preserved through a process called plastination developed in Germany in the 1970s by Dr. Gunther von Hagens. Initially, von Hagens devised the process so medical schools could preserve bodies indefinitely for research.

Through plastination, all the water is drained from the body and replaced with the chemical acetone, which is used in nail polish removers and automotive fuel additives. The body is then bathed in a liquid silicone mixture and placed in a vacuum chamber. Under these conditions, acetone becomes gas. The gas is replaced by a polymer mix and is hardened. Decomposition stops and each body should last indefinitely.

Von Hagens, who has carried out televised autopsies and is always seen publicly wearing a black fedora, patented plastination and decided to use it to develop the “Body Worlds” exhibit in 1995. At first, it was billed as an art show and featured bodies in an assortment of lifelike poses – one cadaver was praying, with his heart in his hands, and another was “riding” the plastinated remains of a horse. An erotic version staged in Hamburg, Germany in 2003 contained a cadaver with an erection.

“Body Worlds” has spawned sequels and copy-cat exhibits, such as “Our Body: The Universe Within,” which is currently at science centers in Detroit, Orlando, Fla., and Rochester, N.Y., and “The Amazing Human Body,” now on display in Melbourne, Australia.

The cadavers in “Bodies … The Exhibition” were prepared by Dr. Sui Hongjin, a former associate of von Hagens, and is being presented by Premier Exhibitions, an Atlanta-based, publicly-traded company that also has staged a blockbuster traveling exhibit of Titanic artifacts which stopped at the Science Center in 2004 and 2005.

Premier has launched several touring versions of “Bodies,” and also handles another cadaver exhibit, “Bodies Revealed.” All of them, along with the Titanic exhibit, could accurately be described as “edutainment,” which combines learning with showmanship. Glover has stressed that seeing “Bodies” will help people make healthy lifestyle choices, once they get an up-close look at, say, a cancer-scarred lung or a liver damaged by excessive alcohol use.

“People are undereducated when it comes to their own bodies,” Glover said. “Explain to me why people continue to put cigarette smoke in their lungs? Why do they eat the diet they do? You’ll be amazed at how complex and beautiful your body really is.”

The Carnegie Science Center is only the second science center in the nation to host “Bodies … The Exhibition”; the Museum of Science and Industry in Tampa, Fla., put on the exhibit from August 2005 to September 2006. Elaine Catz, who was education coordinator at the Carnegie Science Center for 11 years, resigned in protest in June over the “Bodies” exhibit.

She objected to the exhibit on religious grounds – Catz is Jewish, and, she explained, Jewish custom forbids the display or embalming of corpses, or making a profit from them.

Beyond that, however, Catz believes there is not enough documentation about the origin of the cadavers, and they could be political prisoners executed by the Chinese government.

“I couldn’t stay quiet about that,” Catz said. “There are many, many questionable things going on.”

Premier Exhibitions reportedly paid $25 million to the Dalian Medical University in Dalian, China, for use of the bodies, and they maintain the bodies will be returned to China when the exhibits end and be cremated. An investigation by The New York Times in 2006 found there was little documentation regarding the origin of the cadavers used by exhibitors, and the suppliers were operating with little government oversight.

Catz went on to decry the “carnival atmosphere” that surrounds “Bodies,” and is skeptical about its educational value.

“Roadkill is educational too,” she said. “(Premier Exhibitions’) goal is not helping people make healthy lifestyle choices. Their goal is to make as much profit as possible.”

And it’s the provenance of the bodies that raises the most troubling ethical questions about “Bodies” according to Alan Meisel, a professor of bioethics and law at the University of Pittsburgh.

“I think the burden is on the Science Center to establish that those requirements have been met,” he said. “And I don’t think they’ve been met. I think they’ve been a little glib about it.”

Glover has stressed that all the bodies were unclaimed, they died of natural causes and “we have taken every possible precaution to make sure the bodies are exhibited in a dignified and respectful way.”

“It would be wonderful if we had documents for all of these bodies indicating that they gave their permission for an exhibition like this … We wanted to be very, very thorough that we obeyed all of the laws that govern how the bodies were obtained.”

The exhibit also has received the blessing of the Catholic Diocese of Pittsburgh, who said in a statement that it’s “an extraordinary visual presentation of the dignity and miracle of human creation,” and Bruce Dixon, the director of the Allegheny County Health Department. He called it “a learning laboratory for healthy living” and “a must for everyone.”

Peter Frischmann, a Peters Township resident and science teacher at Winchester Thurston School in Shadyside, was on the “Bodies” advisory committee and saw the exhibit in Tampa in May 2006. “The more you see of it, the more amazing it becomes,” he explained.

“It’s an amazing educational opportunity.”

As for the origin of the bodies, Frischmann pointed out that “you can’t check everything out personally.”

“They came from a university, and it is a World Health Organization facility.”

An exhibit like “Bodies” is not without historical precedent – most 19th century medical schools would operate anatomical museums and, in the years after the Civil War, popular anatomical museums flourished in the entertainment districts of most major U.S. cities, mixing the educational and the sensational. Brains would float in formaldehyde jars, displays focused on venereal disease and other maladies, and, sometimes, a preserved body would be shown.

“Bodies” is expected to attract 300,000 visitors to the Science Center during its run, Marcus said. An assortment of related events and lectures also will be happening in conjunction with “Bodies.”

“When we leave the city,” Glover explained, “We want it to be a healthier place than when we arrived.”


Chine: Shoot the messenger (Robert Ménard)

1 octobre, 2008
L'envers de la puissance (Cao Chongguo)Des Chinois ont payé cher que leur presse ne puisse les avertir sur le lait frelaté. Cai Chongguo
Dans notre série “Shoot the messenger”
.
En cet anniversaire de la fondation, avec celles des gangsters Lénine, Staline et Hitler, de la pire dictature de l’Histoire

Où nos médias de révérence nous bassinent avec la diversion de prétendus “taikonautes” (?) …

Pendant qu’après le SRAS et les autres catastrophes étouffées, des dizaines de milliers de Chinois, enfants compris, sont directement menacés dans leur santé par le manque de transparence que continuent à leur imposer, les toujours impunis et protégés eux par leur propre réseau de distribution alimentaire, massacreurs de Tiananmen

Retour, avec l’hommage sur le site du dissident chinois Cai Chongguo, à Robert Ménard, le tout récent ex-patron de Reporters sans frontières et l’un des rares Français à avoir, sur les récents Jeux de Pékin, fait honneur au Pays autoproclamé des droits de l’homme.

Et à en avoir payé le prix …

Salut Robert!
Cai Chongguo
30/09/2008

Quand je vois les médias en Chine qui ne peuvent plus aborder le sujet du scandale du lait frelaté [1], ne donnant plus le chiffre de nourrissons malades, je pense à Robert Ménard, fondateur et secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), qui quitte ses fonctions, contesté et insulté par des Français qui prétendent aimer la Chine.

Avec Robert, RSF est très connu et très respecté en Chine, notamment parmi les journalistes et les internautes, malgré la haine apparente du gouvernement. Même les nationalistes, qui ont accusé les médias occidentaux il y a quelques mois, critiquent rarement RSF. La raison est toute simple : quelle que ce soit la divergence d’opinion politique, tous les Chinois subissent la censure dans la vie quotidienne et leur désir de s‘exprimer n‘a jamais été aussi fort.

C’est en France que je vois le plus grand nombre de personnes qui détestent Ronert Ménard, à cause de sa position concernant la Chine. Cela me permet de voir un gros cynisme et de la lâcheté chez certains Français

Je connais personnellement Robert. Je sais que, sur la question des JO [2], il a tenté d’abord de dialoguer avec Pékin. En janvier 2007, il a accepté l’invitation du gouvernement chinois malgré l’opposition des nombreuses associations et des militants des droits de l’homme. A Pékin, les responsables des ministères l’ont reçu et lui ont fait la promesse de « faire quelques gestes, RSF ne serait pas déçu ». RSF ainsi ne ferait pas appel au boycottage des JO.

Je me souviens très bien de ce moment car je soutenais Robert dans sa tentative de discuter avec la Chine, et j’étais content du résultat de sa première visite. Mais on a vu plus tard que non seulement le gouvernement chinois n’a rien fait, mais il a renforcé encore la répression. Hu Jia [3] a été arrêté, Huang Qi a été mis en prison à la veille des JO, la répression au Tibet [4] continue…

Je discute souvent avec mes amis de RSF. Je sais qu’à propos des JO, leur position a été assez modérée. Depuis que Pékin a été désigné pour l’organisation des JO en 2001, RSF déterminait sa stratégie : saisir le moment de la préparation des JO, c’était une opportunité rare pour mettre la pression sur le gouvernement chinois afin d’élargir la marge de manœuvre de la liberté d’expression en Chine, au moins pour faire libérer quelques journalistes et internautes emprisonnés

Quand on critique Robert, on oublie la promesse non tenue du gouvernement chinois, on oublie que l’on a eu tort de croire que les JO allaient rendre automatiquement la Chine plus ouverte, plus transparente, voire plus démocratique. On oublie que avant et pendant les JO, la presse, même la Chine entière, a été étouffée.

Des Chinois ont payé cher : avec le contrôle des médias, la presse n’a pas pu avertir les Chinois sur le lait frelaté en mars. Des dizaines, peut être des centaines de milliers de nourrissons sont ainsi malades. C‘est une véritable catastrophe nationale.

Le premier août, un accident de boue dans la province de Shanxi a enterré vivantes plus de quarante personnes. Pour les JO, le gouvernement l’a dissimulé. Et trois semaines plus tard, un même type d’accident dans la même région s’est produit : il a fait deux cent soixante morts selon le gouvernement, mais plus de deux milles selon Min Bao, un journal sérieux à Hongkong !

A cause de cela, moins d’un mois après les JO, de nombreux Chinois ne veulent plus entendre parler des Jeux, certains parents d’enfants malades et leurs proches crient même :

J’ai la haine des JO !

Les JO à Pékin, qui sont liés à tant de désastres, sont un souvenir douloureux pour un grand nombreux des Chinois. C’est pour cela que le gouvernement a avancé la date de lancement de vaisseau Shen Zhou VII il y a quelques jours pour rattraper le coup avant la fête nationale, le premier octobre.

Tout cela n’était pas inévitable, même sous le régime actuel. Les JO auraient pu se dérouler autrement, les Chinois auraient dû en être fiers durablement.

Pour moi, les Français qui critiquent RSF comme ayant « saboté le passage de flamme olympique à Paris » ne connaissent même pas leur propre pays. Personnellement, à la fin du mois de mars, après les émeutes au Tibet, j’ai été stupéfait par l’annonce de ce passage. J’ai dit à mon ami français que dans la situation actuelle, c’est une décision stupide de la part du CIO :

« L’histoire a déjà bien montré que, dans un pays comme la France, si même moins d’un pourcent de la population, même quelques centaines, quelques dizaines d’individus déterminés, voulaient perturber une manifestation sur un si long parcours à Paris, ils réussiraient. »

1968 à Paris contre 1989 à Pékin

Mais personne, ni les hommes politiques français ni ceux du CIO, n’avaient osé en avertir franchement et publiquement le gouvernement chinois, qui ne connaît rien du tempérament des Français, ne sait rien de mai 1968 à Paris et ne connaît que l’année 1989 à Pékin. Il ne comprends pas pourquoi on n’a pas envoyé les chars dans les rues pour protéger la flamme olympique, il est trop flatté par ses élites ainsi que celles des Occidentaux et s’est trompé…

Robert Ménard n’est nullement un spécialiste de la Chine. Mais en comprenant l’importance de la liberté de la presse, il touche le cœur des Chinois. Désormais, cette liberté est une question de vie ou de mort pour des enfants, des hommes pauvres.

Robert n’est pas un homme parfait, loin de là, mais un homme de passion et d’action. Il ne se contente pas de faire une déclaration sur le papier, il sait que cela touche peu les dictateurs. Il a ainsi fait trembler les dictateurs. C’est rare dans une France de plus en plus froide.

En revanche, des hommes « raisonnables », qui n’admirent que les hommes au pouvoir et n’aiment qu’eux-mêmes devant le miroir des toilettes, sont trop nombreux.


Pékin 2008: Vers des médailles provisoires aux JO? (Towards temporary Olympic medals?)

3 septembre, 2008
Usan Bolt (Beijing 2008)

Cherchez l'erreur!

100m, 200m (avec records du monde à l’appui), relais 4 x 100m pour les hommes …

100 (podium plein), 200 (or et bronze), 400, 400 haies, relais 4 x 400 pour les femmes …

Après les nageurs financés par l’armée, la natation transformée en sport mécanique, les mercenaires se vendant au plus offrant et les petites gymnastes prises au berceau,… les athlètes boostés à la testostérone et à l’hormone de croissance?

A l’heure où, selon le magazine américain Sports illustrated, l’on vient de découvrir aux Etats-Unis un réseau de trafic de stéroïdes visant au moins deux des membres de l’incroyablement brillante équipe d’athlétisme jamaïcaine aux tout récents JO de Pékin (les deux coureurs de haies non médaillés à Pékin Delloreen Ennis-London et Adrian Findlay)…

Et où l’on sait que les nouvelles générations d’EPO peuvent se prendre plusieurs mois à l’avance pour ne plus ainsi être détectables au moment des compétitions (d’où ce coureur marocain naturalisé bahrénien – un certain Ramzi, médaille d’or en 1 500m – qui ne court que deux fois l’an dans les grandes compétitions internationales) …

Nous acheminons-nous, avec la recrudescence des médailles rendues pour dopage (50 en 40 ans, dont 5 pour la seule Marion Jones – avec tous les problèmes de réattribution que cela pose quand les autres ne sont pas plus propres – et déjà 5 à Pékin même !) et la conservation des échantillons d’urine et de sang jusqu’à huit ans après les épreuves …

Vers des Jeux olympiques virtuels où les résultats ne se décideront que plusieurs mois voire des années après sur le tapis vert?

Two Jamaican hurdlers implicated in steroid ring
Luis Fernando Llosa and L. Jon Wertheim
Sports illustrated
September 2

Two members of the 2008 Jamaican Olympic track team received shipments of performance-enhancing drugs through an Internet distribution network, according to documents obtained by SI.

The documents state that between June 2006 and February 2007, two shipments of Somatropin (Human Growth Hormone, HGH) and one shipment of Triest (Estrogen) were sent to Delloreen London, at a Texas address that traces to the athlete Delloreen Ennis-London; the birth date on the document matches the athlete’s as well, though the document lists the person’s gender as male. Ennis-London, 33, is a Jamaican hurdler who won the silver medal in the 100-meter hurdles at the 2005 World Championships. In Beijing, she finished fifth in the event, but came within .01 of taking bronze. Though the information only pertains to receipt and not actual use of performance-enhancers, both drugs are banned for Olympic athletes.

The documents also indicate that in November 2006, a shipment of Testosterone, Testosterone Aqueous, and Oxandrolone (an oral steroid) were sent to Adrian Findlay, an alternate on the Jamaican Olympic team in the 400-meter hurdles. The drugs were sent to a North Carolina address that traces to Findlay; the birth date on the document matches the athlete’s as well. Findlay, 25, was also a member of the Jamaican team that placed second in the 4×400 meter relays at the 2008 World Indoor Championships. Findlay attended St. Augustine’s College in Raleigh, N.C.

Multiple attempts to reach Ennis-London through a variety of contacts, family members and organizations were unsuccessful. Ennis-London’s husband, Lincoln, said Tuesday that his wife was racing in Switzerland and unreachable, but he confirmed she had ordered the drugs in June 2006 after consulting a physician over the phone about vaginal hemorrhaging she was experiencing. He said the shipment arrived when she was away at a competition and that she never opened the package. He added that the 2007 package arrived unsolicited and also was never opened. (Editor’s note: Ennis-London was victorious in Switzerland on Tuesday, defeated Beijing gold medalist Dawn Harper of the U.S. with a time of 12.60.)

Reached Tuesday in North Carolina, Findlay forcefully denied the allegations. “I’ve been running stable all my life,” he said. “Trust me, I don’t use steroids. I guarantee you it wasn’t mine and I didn’t order it. I have a theory how this was sent.”

The prescriptions written in the name of Delloreen London were reportedly obtained through the Anti-Aging Group, a network of clinics that advertise HGH and testosterone treatments on its Web site. According to the document reviewed by SI.com, the prescribing physician was Victor Shabanah. On his Web site, Shabanah advertises himself as a “hormone therapist.”

Reached through the Anti-Aging Group in Miami, Dr. Shabanah asserted, “Make an appointment if you want to see me,” before abruptly ending the call.

Findlay’s prescription was reportedly obtained through the South Beach Rejuvenation clinic, a Florida facility through which Major League baseball outfielder Jay Gibbons, who was suspended by Major League baseball last December for violating the league’s drug policy, received banned performance-enhancing drugs. According to the document, the prescribing physician was Daniel J. Hauser of Hollywood, Fla. Hauser did not return calls seeking his comment left at a home number and through South Beach Rejuvenation.


Pékin 2008: Les femmes, ça sert aussi à faire la guerre (Cherchez la femme)

26 août, 2008
US beach volley girlsBahrain hijab runnerLes femmes peuvent soutenir la moitié du ciel. Mao
Ces zones d’ombre sont le trop petit nombre de médailles féminines, notre trop faible participation dans les sports collectifs, la situation de l’athlétisme et puis la défaillance d’un certain nombre de nos stars.(…) Si l’on veut promouvoir le sport féminin, il faut revoir la place du sport dans les études. La France est très bonne dans les compétitions juniors mais ensuite, de très nombreux athlètes se découragent car ils n’arrivent pas à concilier sport et études. C’est particulièrement vrai pour les filles. Roselyne Bachelot (ministre de la Santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative)
En banlieue, à l’adolescence, la pression sociale peut parfois être très forte de la part des frères, des cousins…, pour obliger les filles à arrêter. Une solution est qu’elles changent de ville pour pratiquer leur sport, pour échapper aux regards désapprobateurs. Brigitte Deydier (présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004)
Nous avons autant de filles que de garçons licenciés, nous sommes même au-dessus de la moyenne nationale. Le problème se pose plutôt pour la pratique adulte plus tard, où là, il y a des demandes d’aménagement de la part de certaines communautés, juives ou musulmanes notamment. Mais on ne devient pas sportive de haut niveau en commençant à 19 ans. Eugène-Henri Moré (adjoint au sport de la Courneuve, apparenté PCF)
Les femmes, ça sert aussi à faire la guerre (sportive)!

Au lendemain de la formidable razzia annoncée de médailles des bouchers toujours impunis de Tienanmen (2e place derrière les Etats-Unis pour le total avec 100 contre 110 mais 1ère pour l’or, 51 contre 36) …

Confirmation, comme l’ont rapporté nombre de nos médias, de la formidable arme secrète pour récolter les médailles qu’a été, pour la Chine, la fameuse “moitié du ciel” de Mao (57 contre 42, soit, contre la parfaite parité américaine et certains esprits chagrins chinois, près de 60%!) …

Développement somme toute logique si, comme nous le rappelions dans un récent billet, le sport est la continuation de la guerre par d’autres moyens, l’engagement du sexe dit faible apparaissant alors comme l’aboutissement ultime de la levée de masse et de la guerre totale initiées par la révolution française puis plus récemment par les régimes communistes.

Mais développement qui, depuis le rétablissement en 1896 des Jeux Olympiques par le baron Coubertin (foncièrement hostile à la mixité par fidélité aux jeux antiques qui excluaient eux aussi on le sait – avant de leur fournir leur propres jeux séparés – toute participation féminine sinon comme spectatrices, pour les femmes non mariées – d’athlètes, il est vrai, nus -, ou comme… récompenses!) mais à l’instar logique de la place des femmes dans la société en général et notamment dans le monde du travail (suite d’ailleurs à la pénurie en hommes des temps de guerre!), a mis du temps à s’imposer (seulement 22 sur 997 à l’olympiade suivante de 1900 et… 6 à celle de 1904!).

Et encore, sans parler des républiques dites populaires qui à coup d’injections de testostérone les transformaient en hommes ou les prenaient, comme cette année la Chine, au berceau!), pas dans tous les pays qui ont longtemps refusé toute participation féminine (encore 35 à Barcelone en 1992, 26 à Atlanta en 96, 10 à Sidney en 200, 5 à Athènes et au moins l’Arabie saoudite et Brunei cette année).

Sans compter les sports qui leur ont longtemps été interdits (encore jusqu’en 1992 !) et des pays qui les cantonnent à certaines disciplines non sensibles (comme le tir au pistolet pour l’Iran) ou les affublent de tenues hallal (couvrant, comme au Bahrain, tout leur corps sauf leur visage et mains, et ce jusqu’aux… escrimeuses égyptiennes !?).

D’où, comme le révèlent plus ou moins directement – politiquement correct oblige – certains médias français, le dilemme, pour un pays à forte immigration musulmane et à caisses vides comme la France, qui, malgré son maintien au 7e rang en nombre total de médailles, se voit, suite à l’effondrement des résultats féminins (supposés plus accessibles) sur lesquels il avait longtemps misé (7 sur 32, 1 sur 7 pour l’or, soit 22%), reculer de 3 places pour les médailles d’or.

Condamné, à défaut de la stratégie britannique (certes payante : 4e place et meilleur résultat depuis près de 90 ans !) de concentration sur quelques disicplines (cyclisme, voile et aviron, plus le fort recours à la haute technologie et… la loterie !), à l’impossible choix entre la “caporalisation” à la soviétique ou… la hallalisation vestimentaire à la bahrainienne?

Médailles françaises: mais où sont les femmes?
Quentin Girard
Rue 89

08/23/2008

Les larmes de Laure Manaudou ou des handballeuses françaises en sont le symbole. Alors que les Jeux se terminent dimanche, les Françaises sont au tapis. Sur les 40 médailles glanées, elles n’en ont obtenu que 7, dont une seule en or. Un bilan gonflé d’un coup grâce aux deux médailles en BMX, nouvelle discipline olympique, obtenues vendredi.

En 2004, à Athènes, elles avaient glané 16 médailles sur 33. A Sydney en 2000, 11 médailles sur 38. Et à Atlanta en 1996, 15 médailles sur 37. En moyenne, elles avaient 40% environ des médailles sur les trois précédentes olympiades. Incident de parcours ou tendance lourde ? Difficile à dire à chaud, mais on peut avancer quelques explications :

Un niveau international très relevé

Les JO de Pékin ont sans doute été les Jeux olympiques d’été les plus relevés de l’histoire pour les femmes. La Chine a énormément investi dans tous les sports, surtout dans les catégories féminines, jugées plus abordables. Un effort qui a payé [1] : les Chinoises ont pour l’instant presque rapporté 60% des médailles de leur délégation.

Mais aucun autre pays du top 10 n’a vu autant fondre son ratio de médailles hommes/femmes que la France. En moyenne, ils se maintiennent entre 40% et 50%. Les Bleues sont sans doute trop dépendantes de certains sports, comme les sports de combat ou la natation.

En judo ou en escrime, la Chine a énormément progressé et des nations comme la Corée du Nord ou le Kazakhstan, qui ne participent pas aux autres compétitions internationales, ont surpris. Comme l’explique Brigitte Deydier, directeur technique nationale (DTN) de la Fédération française de judo :

« Les Chinois ont fourni énormément d’effort, tout le monde a subi. Structurellement, le sport, surtout féminin, n’est pas très porté en France. 45% des athlètes à Pékin sont des femmes, mais il n’y a qu’entre 20 et 25% de licenciées. »

Le sport français est-il misogyne ?

Pour réussir, les sportives françaises doivent évoluer dans un environnement ultra-masculin. Seulement 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs nationaux et 4% des DTN sont des femmes. Dans le judo par exemple, seuls 10% des cadres techniques sont des femmes. Le problème est le même au niveau des fonctions dirigeantes.

Et pour briller dans une compétition internationale, la relation entre un athlète et un entraîneur est essentielle. Des entraîneuses seraient parfois plus aptes à comprendre les besoins et demandes des jeunes filles. Si Philippe Lucas avait été une femme, Laure Manaudou ne l’aurait peut-être pas quitté… Mais la situation de la star de la natation française ne reflète pas celles de la plupart des jeunes filles.

Caroline Carpentier, coach d’entraîneur et ancienne chef du département du sport de haut niveau à l’Insep souligne également que les femmes bénéficient rarement des meilleurs entraîneurs. S’occuper des filles, c’est souvent « une étape obligatoire ou un purgatoire avant d’avoir une fonction jugée plus prestigieuse ».

Un usage qui peut démotiver les sportives comme leurs entraîneurs. Il y a bien sûr des exceptions, comme Jérôme Roussat, champion olympique en escrime en épée avec les hommes qui va coacher les dames. De quoi entretenir un peu d’optimisme.

« A l’adolescence, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions »

Seulement 34% des athlètes licenciés au haut niveau sont aujourd’hui des femmes. Même dans des sports ultra-féminins comme l’équitation, plus l’âge avance, moins elles sont nombreuses. Dans ce dernier sport, 80% des licenciés sont des femmes. En licence compétition 17-21 ans, elles représentent 84% des inscrits. Mais dans la catégorie adulte, elles ne sont plus que 65%. Et aux Jeux olympiques, les porte-étendard de la délégation olympique étaient des hommes…

Brigitte Deydier, triple championne du monde de judo dans les années 80, ajoute :

« A l’adolescence, au contraire des garçons, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions. C’est à cet âge-là que beaucoup d’entre elles arrêtent. Les rémunérations moindres pour les sports féminins n’incitent pas non plus à continuer. Et à part à l’Insep, il est très difficile de continuer ses études et d’aller vraiment jusqu’au haut niveau. »

Les fédérations sportives ne sauraient donc pas prendre en compte les aspirations des jeunes filles. Caroline Carpentier avance une solution :

« Peut-être faudrait-il donc des politiques de haut niveau différenciées entre les hommes et les femmes. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. »

« Les familles donnent la priorité aux garçons pour les activités sportives »

Il y a aussi des raisons culturelles. En France, les femmes ne sont pas non plus forcément encouragées à faire du sport. C’est ce qu’explique Brigitte Deydier, présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004 :

« Le choix des familles est souvent vite fait. Surtout quand il n’y a pas beaucoup d’argent dans le foyer, on donnera toujours la priorité au garçon pour pratiquer une activité sportive. »

Un choix d’autant plus flagrant dans les banlieues où l’accessibilité au sport est parfois difficile pour les jeunes filles :

« En banlieue, à l’adolescence, la pression sociale peut parfois être très forte de la part des frères, des cousins…, pour obliger les filles à arrêter. Une solution est qu’elles changent de ville pour pratiquer leur sport, pour échapper aux regards désapprobateurs. »

Eugène-Henri Moré, adjoint au sport de la Courneuve, apparenté PCF, va à l’encontre de cette idée :

« Nous avons autant de filles que de garçons licenciés, nous sommes même au-dessus de la moyenne nationale. Le problème se pose plutôt pour la pratique adulte plus tard, où là, il y a des demandes d’aménagement de la part de certaines communautés, juives ou musulmanes notamment. Mais on ne devient pas sportive de haut niveau en commençant à 19 ans. »

Avant Londres 2012, les Britanniques investissent massivement

Au service de presse de l’association Ni putes ni soumises, on explique qu’il est très difficile d’évaluer le phénomène :

Bien sûr, le sujet nous intéresse mais les filles ne nous en parlent pas. Cela les intéresse plus de parler du rapport avec les garçons, de la possibilité de sortir… des questions plus classiques.

Dans des sports où la concurrence n’est pas très relevée il est plus facile pour une nation développée de former des athlètes féminins d’un niveau correct, même si l’environnement n’est pas forcément favorable. Mais dès qu’une nation investit d’importants moyens, les autres sont à la traîne.

Après la Chine cette année, ce sera peut-être le tour du Royaume-Uni en 2012. Gordon Brown, le premier ministre britannique, s’était engagé en 2006 à débloquer 400 millions d’euros supplémentaire pour le sport olympique, 130 millions d’euros par an. L’argent a été concentrée sur quelques sports comme le cyclisme et l’aviron. Cela a déjà payé, les sujets d’Elizabeth II sont actuellement quatrième du classement des médailles.

Mis à jour le 24/8 à 14h49, après les nouvelles médailles françaises, notamment le bronze de Marie Delattre et Anne-Laure Viard en canoë-kayak (K2, 500 m). Bravo les filles !

Les athlètes françaises n’ont obtenu que 7 des 40 breloques tricolores. Un fiasco qui montre les lacunes de l’encadrement sportif.

La Chine a énormément investi dans tous les sports, surtout dans les catégories féminines, jugées plus abordables. Un effort qui a payé : les Chinoises ont pour l’instant presque rapporté 60% des médailles de leur délégation.

45% des athlètes à Pékin sont des femmes, mais il n’y a qu’entre 20 et 25% de licenciées. »

Pour réussir, les sportives françaises doivent évoluer dans un environnement ultra-masculin. Seulement 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs nationaux et 4% des DTN sont des femmes. Dans le judo par exemple, seuls 10% des cadres techniques sont des femmes. Le problème est le même au niveau des fonctions dirigeantes.

les femmes bénéficient rarement des meilleurs entraîneurs. S’occuper des filles, c’est souvent « une étape obligatoire ou un purgatoire avant d’avoir une fonction jugée plus prestigieuse ».

Seulement 34% des athlètes licenciés au haut niveau sont aujourd’hui des femmes. Même dans des sports ultra-féminins comme l’équitation, plus l’âge avance, moins elles sont nombreuses. Dans ce dernier sport, 80% des licenciés sont des femmes. En licence compétition 17-21 ans, elles représentent 84% des inscrits. Mais dans la catégorie adulte, elles ne sont plus que 65%. Et aux Jeux olympiques, les porte-étendard de la délégation olympique étaient des hommes…

Brigitte Deydier, triple championne du monde de judo dans les années 80, ajoute :

« A l’adolescence, au contraire des garçons, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions. C’est à cet âge-là que beaucoup d’entre elles arrêtent. Les rémunérations moindres pour les sports féminins

Il y a aussi des raisons culturelles. En France, les femmes ne sont pas non plus forcément encouragées à faire du sport. C’est ce qu’explique Brigitte Deydier, présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004 :

« Le choix des familles est souvent vite fait. Surtout quand il n’y a pas beaucoup d’argent dans le foyer, on donnera toujours la priorité au garçon pour pratiquer une activité sportive. »

Un choix d’autant plus flagrant dans les banlieues où l’accessibilité au sport est parfois difficile pour les jeunes filles :

Voir aussi :

http://www.twocircles.net/2008aug06/womens_participation_olympics_ambitious_dream_comes_true.html

Women’’s participation in the Olympics … an ambitious dream comes true
Mutaz Alshabrawi
KUNA
6 August 2008

A law passed in 404 BC stipulated that sportsmen and their coaches had to participate naked in the Olympic Games, to force women to stay away after Kalipatera disguised herself as a man to enter the stadium and watch her son compete.

Women found violating this order were thrown off the mountain, and as this sixth part of the KUNA report will show, women were not only banned from participating in the games, but also from entering the city of Olympics — all except the priestess of the temple and her virgins.

Kalipatera was the only women to escape the harsh punishment of being thrown off the mountain, after pleading with the judges that she was the wife of a deceased Olympic champion who died while training her only son, prompting her to take over.

With the revival of the Olympics in the late 19th century, the founder of the modern games Pierre Fredy, Baron de Coubertin, was not for the participation of women in the competitions, perhaps under influence of traditions of the Ancient Games that he studied so closely.

Women did not take part in the first Olympic Games held in Athens in 1896, but against the objections of de Coubertin, they were allowed by the International Olympics Committee to compete four years later in Paris.

Charlotte Reinagle Cooper of Middlesex, England, became the first female Olympic champion after winning two gold medals for the tennis singles and mixed doubles with her partner Reginald Doherty.

Princess Kyniska, daughter of Archidamos, King of the Spartans may be the first female Olympic champion in ancient history, figuratively speaking, as awards for the carriage race were bestowed on the carriage owner and not the driver — she won in 396 BC.

Female participation in the modern games remained small and symbolic, and restricted to “light” sports. When swimming and diving competitions were held in the 1912 Games, one official resigned in protest of the “indecency” of the female participants.

With the outbreak of the First World War, women began to take up jobs that were previously limited to men, and called for more civil and employment rights. They insisted in greater participation in athletics, and this was made possible in the 1928 Amsterdam Olympics.

However, women’s participation in the 1928 Games was a burden. Many fainted in the 800-meter race, and this was used as an excuse to cancel this event for the next 32 years.

Soon enough, women proved their excellence in the games. America’s Babe Didrikson won gold medals for the 80-meter hurdles and javelin, and the silver medal for the triple jump at the 1932 Olympic Games in Los Angeles, while her countrywoman Dorothy Poynton Hill won two gold medals and two silver ones in the 1932 and 1936 Games for diving.

All of this was before Dutch sprinter Fanny Blanker-Koen brought female sports under the spotlight by winning the 100, 200 and 400-meter sprints, the 80-meter hurdles in the 1948 London Olympic Games. The 30-year-old mother of two defied calls for women to stay at home by becoming the first woman in history to win four medals, and she received a historic welcoming by her people upon arriving home.

With the progress of the female sports movement after the Second World War, political and social developments also took place. The Soviet Union sent its first female team of athletes to the 1952 Games, and its members won gold medals that marked the beginning of a sports “Cold War.” Soviet women dominated competitions in track and field and gymnastics for decades.

In the Tokyo Olympics of 1964, 80 percent of the population had their eyes on the Japanese female volleyball team as it played its game, making this the highest audience percentage for any event in that country.

It was only in 1984 that women ended their long struggle and were allowed to participate in the marathon, and it was in this same year in the Los Angeles Games that Moroccan sprinter Nawal El Moutawakel won the 400-meter race and became the first Muslim Arab woman to win a medal.

In the 1992 Barcelona Olympics, women participated in all games, including judo.

There is also an event that is exclusively for women — synchronized swimming.

With all of these achievements by female athletes, the latest Athens Olympics saw 4329 women competing compared to 6296, and this is expected to increase in the Beijing Games.

Women’s fight for their right to prove their sports excellence has not been an easy one, and their achievements are among the most outstanding in modern Olympics.


Pékin 2008: Je te tiens, tu me tiens… (You hold me and I’ll hold you)

22 août, 2008

Chinese underage gymnastsChinese under age gymnasts

Je ne crois pas qu’aucun autre pays au monde, la Corée du Nord exceptée, aurait pu obtenir une telle qualité d’exécution de ses acteurs. Zhang Yimou (cinéaste réalisateur de la cérémonie d’ouverture)

Alors que, sur comme hors des pistes et même s’ils sont encore loin (à 0,03 médailles d’or par million d’habitants) de rattraper les Bahamas, les toujours impunis bouchers de Tienanmen multiplient les prouesses

Après les faux feux d’artifice et la petite chanteuse en playback de la cérémonie d’ouverture

Après les 39 officiellement contrôlés positifs avant les Jeux (russes, bulgares et grecs), les 5 de pris sur le fait (heptatlonienne ukrainienne, cycliste espagnole, tireur nord-coréen, gymnaste vietnamienne) et les sérieux doutes sur les miraculeux résultats de la totalité de l’équipe jamaïcaine d’athlétisme qui ont leur propre système de contrôle antidopage ou l’un des mercenaires bahréniens qui a résolu le problème en limitant ses compétitions internationales à deux courses par an …

Sans parler, par delà les athlètes iraniens condamnés au nom de l’amitié des peuples à offrir systématiquement leurs chances de médailles à leurs adversaires israéliens, nos propres gendarmes au singulier physique de champion de bodybuilding et de ce que certains qualifient de “dopage technologique” ou même des chevaux

Voici, au pays champion du monde de la contrefaçon et de la thérapie génique sauvage, les gymnastes aux dents de lait (c’est-à-dire à la fois plus légères, souples et téméraires pour les manœuvres délicates mais aussi plus malléables) dont les états civils disparaissent étrangement de l’Internet

Et… les entraineurs d’autres nations qui hésitent à protester par crainte de réprésailles (de la part des juges chinois) pour leurs propres gymnastes!

Records Say Chinese Gymnasts May Be Under Age

Jeré Longman and Juliet Macur
The New York Times
July 27, 2008

China named its Olympic women’s gymnastics team on Friday, and the inclusion of at least two athletes has further raised questions, widespread in the sport, about whether the host nation for the Beijing Games is using under-age competitors.

Chinese officials responded immediately, providing The New York Times with copies of passports indicating that both athletes in question — He Kexin, a gold-medal favorite in the uneven parallel bars, and Jiang Yuyuan — are 16, the minimum age for Olympic eligibility since 1997.

Officials with the International Gymnastics Federation said that questions about He’s age had been raised by Chinese news media reports, USA Gymnastics and fans of the sport, but that Chinese authorities presented passport information to show that He is 16.

Online records listing Chinese gymnasts and their ages that were posted on official Web sites in China, along with ages given in the official Chinese news media, however, seem to contradict the passport information, indicating that He and Jiang may be as young as 14 — two years below the Olympic limit.

Mary Lou Retton, the Olympic all-around gymnastics champion at the 1984 Los Angeles Games, recently watched a competition video of He and other Chinese gymnasts on the uneven bars.

“The girls are so little, so young,” Retton said. Speaking of He, Retton rolled her eyes and laughed, saying, “They said she was 16, but I don’t know.”

An advantage for younger gymnasts is that they are lighter and, often, more fearless when they perform difficult maneuvers, said Nellie Kim, a five-time Olympic gold medalist for the former Soviet Union who is now the president of the women’s technical committee for the Swiss-based International Gymnastics Federation.

“It’s easier to do tricks,” Kim said. “And psychologically, I think they worry less.”

The women’s gymnastics competition at the Beijing Games, which begin Aug. 8, is expected to be a dramatic battle for the team gold medal between the United States and China. At the 2007 world championships, the Americans prevailed by 95-hundredths of a point.

On the uneven bars, He and Nastia Liukin of the United States are expected to challenge for the individual gold medal.

In Chinese newspaper profiles this year, He was listed as 14, too young for the Beijing Games.

The Times found two online records of official registration lists of Chinese gymnasts that list He’s birthday as Jan. 1, 1994, which would make her 14. A 2007 national registry of Chinese gymnasts — now blocked in China but viewable through Google cache — shows He’s age as “1994.1.1.”

Another registration list that is unblocked, dated Jan. 27, 2006, and regarding an “intercity” competition in Chengdu, China, also lists He’s birthday as Jan. 1, 1994. That date differs by two years from the birth date of Jan. 1, 1992, listed on He’s passport, which was issued Feb. 14, 2008.

There has been considerable talk about the ages of Chinese gymnasts on Web sites devoted to the sport. And there has been frequent editing of He’s Wikipedia entry, although it could not be determined by whom. One paragraph that discusses the controversy of her age kept disappearing and reappearing on He’s entry. As of Friday, a different version of the paragraph had been restored to the page.

The other gymnast, Jiang, is listed on her passport — issued March 2, 2006 — as having been born on Nov. 1, 1991, which would make her 16 and thus eligible to compete at the Beijing Games.

A different birth date, indicating Jiang is not yet 15, appears on a list of junior competitors from the Zhejiang Province sports administration. The list of athletes includes national identification card numbers into which birth dates are embedded. Jiang’s national card number as it appears on this list shows her birth date as Oct. 1, 1993, which indicates that she will turn 15 in the fall, and would thus be ineligible to compete in the Beijing Games.

Zhang Hongliang, an official with the Chinese gymnastics federation, said Friday that perhaps Chinese reporters and provincial sports authorities made mistakes in listing He’s and Jiang’s birth dates differently from the dates given on their passports.

“The two athletes have attended international sports competitions before, and I’m sure the information is correct,” Zhang said of the athletes’ passports.

The International Gymnastics Federation said it had contacted Chinese officials in May about the gymnasts’ ages after receiving inquiries from fans and reading newspaper accounts, including one in The China Daily, the country’s official English-language paper, stating that He was 14.

“We heard these rumors, and we immediately wrote to the Chinese gymnastics federation” about He, said André Gueisbuhler, the secretary general of the international federation. “They immediately sent a copy of the passport, showing the age, and everything is O.K. That’s all we can check.”

If someone provided proof that any gymnast was under age, or filed a formal complaint, Gueisbuhler said, he would be “quite happy to check and ask again.”

“As long as we have no official complaint, there is no reason to act, if we get a passport that obviously is in order,” he said.

Steve Penny, the president of USA Gymnastics, said he had asked Kim of the international federation about He’s age after receiving e-mail messages referring to newspaper accounts and comments made on blogs and in Internet chat rooms that said she was 14. But Penny said he was not really concerned.

“If they have valid passports, bring ’em on,” Penny said. “If they say they’re good, we’re going to beat them.

“You can’t worry about it. You do your job, and you expect other people are doing theirs and you expect it’s a fair field of play.”

Privately, some gymnastics officials said that even if other countries had real concerns about the Chinese, they might be reluctant to make accusations for fear of reprisals by judges at the Beijing Games.

If it is true that under-age gymnasts are competing, Kim said: “It’s a bad thing. It should not be acceptable.”

Yang Yun of China won individual and team bronze medals at the 2000 Sydney Olympics and later said in an interview on state-run television that she had been 14 at the time of those Games. A Hunan Province sports administration report also said later that she had been 14 when she competed in Sydney.

Bela Karolyi, who coached Retton of the United States and Nadia Comaneci of Romania to their Olympic gold-medal triumphs, said the problem of under-age gymnasts had been around for years. Age is an easy thing to alter in an authoritarian country, he said, because the government has such strict control of official paperwork.

He recalled Kim Gwang Suk, a North Korean gymnast who showed up at the 1991 world championships with two missing front teeth. Karolyi, who said he thought Kim must have been younger than 11 at the time, and others contended that those front teeth had been baby teeth and that permanent teeth had not yet replaced them. Her coaches said she had lost them years before, during an accident on the uneven bars.

At those world championships, Kim was 4 feet 4 inches and about 62 pounds, and she claimed to be 16. At one point, the North Korean Gymnastics Federation listed her at 15 for three straight years; the federation was later barred from the 1993 world championships for falsifying ages.


Violences extrêmes et génocides: Comparer pour mieux différencier

19 août, 2008
Purifier et détruire (Jacques Sémelin)Ou bien les poux triompheront du socialisme ou bien le socialisme triomphera des poux. Lénine
Comparer, c’est différencier. (…) Selon moi, le génocide caractérise un processus spécifique de destruction qui vise à l’éradication totale d’une collectivité. (…) Dans un nettoyage ethnique, on tue les gens en partie, mais on leur dit : par ici la sortie. Dans un génocide, on ferme toutes les portes. Jacques Sémelin

Suite à notre dernier billet sur le génocide rwandais et le rôle fort douteux qu’y a joué la France …

Suite à notre dernier billet sur le génocide rwandais et le rôle fort douteux qu’y a joué la France …

Retour sur la véritable somme du meilleur spécialiste français de la question avec Yves Ternon, l’historien Jacques Sémelin, sur les violences extrêmes et les génocides (”Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides”) avec une critique d’Elwis Potier.

Et qui, contre ceux qui crient au génocide partout, a le mérite de présenter les choses à la fois transdisciplinairement et comparativement à partir des grands massacres historiques du xxe siècle, du génocide juif aux nettoyages ethniques de l’ex-Yougoslavie et aux génocide Toutsi au Rwanda.

Tout en s’appuyant sur les travaux des meilleurs historiens sur la question et en en confrontant à chaque fois les différentes lectures et interprétations.

Ce qui permet de saisir à la fois les constantes du phénomène (la déshumanisation, l’animalisation, la part des intellectuels et autorités morales ou religieuses) et ses singularités .

Ainsi, en ces temps confus du n‘importe quoi, on comprend mieux la distinction entre un génocide et la simple épuration ethnique.

Mais aussi entre une logique génocidaire de type identitaire (nazie, houtoue) où l’ennemi est unique (juif, toutsi) et une logique politique (bolchévique, maoïste, khmère rouge) où, comme pour la Terreur de 1793, les ennemis ou suspects sont multiples et indéfiniment multipliables.

D’où aussi, ajouterions-nous, le bien plus grand nombre de victimes (jusqu’à des classes sociales entières !) que peut produire le second système …

Réflexion sur les violences extrêmes:Sémelin, J., Purifier et détruire.
Elwis Potier
Cultures & conflits

Sémelin, J., Purifier et détruire.
Usages politiques des massacres et génocides, coll. « La Couleur des idées », Paris, Le Seuil, 2005.

Jacques Sémelin poursuit sa vaste exploration de la violence en menant une réflexion approfondie sur ses formes les plus extrêmes, les plus négatrices : la violence dans ce qu’elle a de plus macabre, de plus terrifiant, de plus absurde ou de proprement sidérant. L’auteur de ce grand livre oriente sa recherche vers ce qui paraît toujours plus inintelligible, l’énigme éminemment politique ainsi nommée « destructivité humaine de masse », pour comprendre les mécanismes à l’œuvre, les conditions et les processus qui aboutissent aux meurtres de masse.

Après avoir centré ses recherches sur la non-violence, initiant des travaux remarquables conduits au sein de l’Institut de recherche sur la résolution non violente des conflits1 et précisément sur la résistance civile en Europe sous le nazisme2, études qui ont contribué de manière décisive à porter un autre regard sur la Résistance3, Jacques Sémelin, en historien et penseur de la Résistance civile, montre dans cet ouvrage comment se mettent en place les processus de purification et de destruction du « corps social » afin d’analyser les « usages politiques des massacres et des génocides ». Tel est le projet annoncé par le sous-titre, ce qui revient en l’occurrence à traquer, notamment dans les « passages à l’acte », ce qui précisément résiste à l’analyse.

Si le titre de l’ouvrage rappelle inévitablement Surveiller et Punir de Michel Foucault, ce n’est pas seulement en raison de son homophonie. Il indique de la sorte une des références dont l’enquête ici engagée, parce qu’elle vise à saisir les liens entre violence et pouvoir, est d’une certaine façon une continuation, un prolongement possible, même si elle ne reprend pas, ou si peu, les analyses de Foucault. L’auteur s’en explique d’ailleurs dès son introduction intitulée « Comprendre4 ? » : « A l’évidence, le pouvoir politique, qui fait la matière de ce livre, n’apparaît pas de même nature que ceux des xviie et xviiie siècles, analysés par Foucault5 ». S’il évoque à nouveau rapidement la naissance du « bio-pouvoir » dans le dernier chapitre du livre, non sans avoir très justement relevé auparavant l’expression de « populicide » employée par Babeuf lors de la Révolution française, ces questions de « population », de « biopolitique » et de génocide, retravaillées ensuite par Foucault dans ses cours au Collège de France, ne font pas ici l’objet d’autres commentaires. Ce sont sans doute le titre évocateur et le caractère très explicite de la référence à Foucault qui peuvent parfois susciter de telles attentes.

Les deux verbes, « purifier » et « détruire », désignent exactement les deux facettes du même pouvoir dont l’auteur entreprend d’analyser les manifestations à travers la comparaison des grands massacres historiques du xxe siècle, principalement la Shoah, les nettoyages ethniques de l’ex-Yougoslavie et le génocide des Tutsi au Rwanda, en élargissant, selon les problématiques traitées, à d’autres exemples comme les génocides arménien et cambodgien. Il ne s’agit donc pas d’une archéologie du génocide, ni même d’un essai au sens philosophique du terme. Cette étude, qui prend la forme d’une synthèse de plusieurs années de recherches au CNRS, ne cherche pas à faire une relecture philosophique de l’histoire, c’est d’ailleurs ce qui en fait sa qualité première. L’auteur reste clairement dans une démarche d’enquête empirique et donne au lecteur tous les éléments de méthode utiles lui permettant de vérifier ou de juger sur pièces (on se reportera profitablement à l’introduction et aux annexes).

Il s’agit bien plus d’analyser, dans une approche transdisciplinaire, les différentes formes historiques de massacres collectifs suivant une démarche comparative rigoureuse en s’appuyant sur les nombreux travaux d’historiens et confrontant les différentes lectures et interprétations. Cela tend à situer Jacques Sémelin, comme il s’en réclame lui-même, davantage dans la lignée d’historiens comme Léon Poliakov et Yves Ternon. La qualité du travail historiographique n’a d’égal que la richesse de la documentation sur laquelle se fonde le questionnement. L’ouvrage, à cet égard, fait figure d’outil de travail indispensable, qui plus est, passionnant. L’autre intérêt indéniable tient à la portée des analyses et à la compréhension qu’il donne de la complexité des phénomènes décrits, une compréhension qui doit beaucoup à la diversité des références théoriques et à la posture singulière du chercheur.

Jacques Sémelin a été psychosociologue avant d’être professeur à Sciences Po. Il en a gardé un attrait pour les approches pluridisciplinaires, ce qui l’amène à croiser les regards psychologique, psychosociologique, anthropologique, philosophique, tout en maintenant le cap d’une sociologie politique, que l’on peut, sans hésiter qualifier de compréhensive. Cela revient, outre la filiation à Weber, à faire appel à des éclairages différents « sans réduire les phénomènes sociaux à des processus psychologiques6 ». On retrouve ainsi avec plaisir des auteurs qui ont nourri sa réflexion et jalonné ses écrits depuis son premier livre publié en 1983 Pour sortir de la violence7 : Arendt, Freud, Bettelheim, Fornari, Milgram, etc. Dans le cinquième chapitre par exemple (« Les vertiges de l’impunité8 »), les pages consacrées au « crime d’obéissance » reprennent les expériences de Milgram et Zimbardo avant de revenir plus longuement sur « la banalité du mal » et de revisiter les thèses d’Arendt. Cette ouverture pluridisciplinaire stimule la réflexion critique et permet de rendre compte des convergences et des divergences entre les différentes approches, d’autant que l’auteur, méfiant vis-à-vis du jargon et de l’enflure verbale, se garde bien de glisser vers une « esthétique de l’horreur9» et parvient à exprimer les différents points de vue, y compris le sien, dans un style simple et précis.

Les noms de psychologues, de philosophes et autres écrivains viennent naturellement compléter l’impressionnante liste des historiens, sociologues ou politistes de divers horizons qui alimentent la réflexion tout au long de l’ouvrage. L’étendue de l’investigation, par cette pluralité des approches et des thématiques, peut poser la question des limites de son champ, autrement dit, de la dispersion, mais il n’en est rien : la complexité de « l’abîme génocidaire » nécessite une telle démarche. C’est davantage l’objet même de cette recherche qui pose inévitablement problème, à commencer par les termes choisis et les notions qui le désignent. Jacques Sémelin en est pleinement conscient et décide de s’en tenir au terme de « massacre », terme qu’il qualifie paradoxalement de « minimal » et qu’il propose de définir en tant que « forme d’action le plus souvent collective de destruction de non-combattants10 ». La question du génocide est renvoyée en fin d’ouvrage et fait l’objet d’une analyse critique de ses usages et instrumentalisations, depuis son invention par Raphael Lemkin en 1944 et la définition du crime de génocide par la Convention de l’ONU en 1948, qui a marqué les premières études en sciences sociales sur le sujet. Cette clarification ne pourra se faire sans revenir sur la notion de massacre collectif, et sans reprendre les débats sur l’emploi du terme « Holocaust » et de l’expression « nettoyage ethnique ». Le parti pris de Sémelin veut donc que l’analyse de ces « usages politiques » ne puisse se faire qu’après avoir enquêté sur les processus qui aboutissent aux massacres. Cette mise à distance à laquelle correspond le report du travail sur la définition de l’objet d’étude répond bien de la démarche empruntée par le chercheur soucieux d’adopter une juste posture face à cet objet difficile, s’il en est. Ce qu’il nomme « l’abîme génocidaire » est en effet un objet massif (c’est cet aspect qui est le premier discriminant), sidérant, « hideux », qui oblige à une distance critique y compris envers les mots eux-mêmes, mots par lesquels le fantasme se mêle à la réalité.

La construction de l’ouvrage est donc remarquable à plus d’un titre. Chaque chapitre s’ouvre sur un éclairage particulier, un nouvel angle d’analyse, qui prolonge le précédent et renouvelle le questionnement. L’auteur nous convie ainsi à plusieurs temps d’analyse qui sont autant de niveaux d’interprétation, dans l’articulation desquels progresse une réelle compréhension du phénomène génocidaire. Il serait donc vain, on l’aura compris, de vouloir résumer une telle somme, tout au plus pouvons-nous donner quelques indications afin de rendre une idée de l’ensemble et nous interroger sur quelques points.

Le fil rouge qui dessine le parcours emprunté par l’auteur pour affronter la question du pouvoir de destruction est le passage à l’acte, « mouvement de bascule du fantasme à l’action11 ». Ce « moment » décisif semble insaisissable puisqu’il n’y a pas « un » acte ou « une » décision comme il ne peut y avoir « une seule » cause. Il sera alors appréhendé comme « processus de bascule, complexe, imbriquant des dynamiques collectives et individuelles, de nature politique, sociale, psychologique, etc.12 ».

Le premier chapitre13 s’ouvre naturellement sur une revue critique des théories qui privilégient un seul facteur, qu’il soit économique, culturel, démographique ou psychologique. Cette mise au point est d’emblée nécessaire tant les explications hâtives sont légion, comme l’interprétation très courue qui voudrait que la violence politique et les massacres collectifs traduisent une dilution14 du politique, celle des institutions et des Etats-nations. Sémelin rappelle à juste titre qu’« écrire l’histoire, c’est ouvrir le champ des possibles, en se méfiant de toute interprétation causale simpliste et déterministe du passé15 ». L’enchevêtrement des causes est certainement plus pertinent mais l’accumulation des « causes » possibles ne peut faire l’économie des significations de la situation pour les acteurs impliqués. « Pour vivre, les hommes ont besoin de donner du sens à leur existence. Pour tuer, il en est de même. Ce tremplin mental vers le meurtre de masse repose sur les interactions constantes entre imaginaire et réel, à travers lesquelles toute limite est abolie16 ».

Ces considérations sur les significations sociales amènent l’auteur à souligner la puissance de l’imaginaire, un imaginaire finement analysé à travers les thèmes de l’identité, de la pureté et de la sécurité, dans ses rapports à l’idéologie qui le relie au réel. Cette dynamique se traduit par le passage de l’angoisse collective à la peur intense à l’égard d’un ennemi, peur qui va pouvoir faire l’objet de manipulations. Après avoir décrit l’imaginaire de toute puissance et de destruction et la logique identitaire justement résumée par la formule « détruire le “eux” pour sauver le “nous”17», Sémelin s’attarde, dans le deuxième chapitre18, sur l’intention à partir de laquelle se construit le « discours incendiaire » et « la violence sacrificielle ». L’analyse porte sur la nature du discours, les conditions de son élaboration et de sa légitimation, notamment par la convergence des registres intellectuel, politique, religieux et social. Le chapitre suivant sur le « contexte international, guerre et médias19 » se tourne vers les facteurs externes aux pays pour comprendre comment s’effectue la « transformation du processus de violence en acte de guerre ». Le quatrième chapitre sur « les dynamiques du meurtre de masse20 » est une description des « pratiques collectives » de massacre et des différents modes d’adhésion, sinon de participation, de la société. Le rôle déterminant des acteurs étatiques et para-étatiques est alors replacé dans sa juste mesure.

Insistons au passage sur un point crucial : il est nécessaire, et même salutaire, de rappeler, comme le fait Sémelin, qu’il n’y a pas de violence « spontanée » des masses21 comme il n’y a pas de « passivité » absolue des populations22. La fin de cette partie dresse un tableau à la fois édifiant et contrasté des « morphologies de la violence extrême » et des types de destruction qui s’achève par la question fondamentale et critique à nos yeux de « l’autonomisation 23» du meurtre de masse. Voilà quelques unes des nombreuses idées qui ne manqueront pas d’éveiller la conscience. De même que nous nous abstenons de rentrer dans les faits historiques qui n’ont d’intérêt que remis en perspective, ce survol très rapide du « cœur » de l’ouvrage n’a pour but que de renvoyer au « corps » du texte en espérant donner envie de le lire.

La partie sur « les vertiges de l’impunité » est l’occasion pour Sémelin de centrer l’analyse sur le « moment », le « noyau dur » du passage à l’acte, et d’aller, en quelque sorte, au bout de son raisonnement. Au fil des pages de cet avant-dernier chapitre, en suivant les interrogations et les considérations sur la rationalité et le délire, puis sur la « jouissance de la cruauté », on arrive dans une « zone grise24 » qui semble aboutir à une impasse, à moins que ce ne soit le signe de notre libre arbitre.

Le dernier chapitre, synthèse sur les « usages politiques des massacres », est à part. Il est en partie consacré, nous l’avons dit, à une réflexion sur la notion de génocide en lien avec d’autres notions proches. A ce propos, la perspective que donne l’auteur du « nettoyage ethnique » est détonante et nous paraît viser juste : le « nettoyage ethnique », apparaît selon lui, comme « une nouvelle forme d’ingénierie sociale qui consiste […] à découper le peuple rebelle25 ». Mais on peut, en revanche, s’interroger sur la place qu’il donne par la suite au terrorisme et sur l’intérêt d’engager en toute fin de volume une réflexion sur cette question. Les cas historiques évoqués – et le 11 septembre 2001 y prend, bien évidemment, toute sa place – n’ont que peu de rapport avec les cas de génocides précédemment cités. Bien sûr, on peut considérer que les actes terroristes, ou désignés comme tels, provoquent des massacres mais peut-on, pour autant, rester sur une définition « minimale » pour justifier toute comparaison ? L’auteur, bien entendu, discute de l’usage du terme et cite les chercheurs qui font autorité en la matière26, mais il ne suit manifestement pas les avertissements de Didier Bigo pour qui « ce n’est pas un concept utilisable par les sciences sociales et la stratégie27 », et préfère s’en remettre aux conceptions d’Isabelle Sommier (la « violence totale 28»), chez qui il trouve la justification de ce rapprochement avec le génocide. Il faut dire que ce dernier chapitre est également en grande partie consacré à la typologie que Sémelin a conçue au terme de sa recherche. Il distingue trois types de logiques politiques des massacres que sont la soumission, l’éradication et l’insurrection. Il se trouve que le terrorisme constitue la principale illustration de la logique insurrectionnelle. Peut-on expliquer avec les mêmes concepts la violence génocidaire et la violence terroriste ? Des massacres peuvent, certes, participer d’une logique d’insurrection, mais faut-il toujours parler de « massacres de masse » ? Peut-être ne s’agit-il plus de la même « masse », non plus des mêmes « massacres » ni de la même « destruction ».

La conclusion ouvre des pistes intéressantes pour apporter des réponses concrètes aux problèmes soulevés. Soucieux de mener des recherches utiles, et fidèle à une éthique de la responsabilité, Jacques Sémelin propose des axes de travail prometteurs tant sur le plan des sciences sociales que sur celui de l’action internationale.

Notes

1. Publiés dans la revue Alternatives non violentes.
2. Son ouvrage Sans armes face à Hitler (préfacé par Jean-Pierre Azéma, Paris, Editions Payot, 1989), né d’une interrogation « de nature éthique et stratégique », a fait date sur la question.
3. Ces différentes études ont largement contribué à ouvrir le champ des sciences politiques par l’élaboration de nouvelles notions telles la « dissuasion civile » et la constitution de ce qu’il conviendrait d’appeler un « répertoire » des actions non violentes.
4. Sémelin J., Purifier et détruire, opcit., pp15-23.
5. Ibid., p21.
6. p286.
7. Sémelin J., Pour sortir de la violence, Paris, Les Editions ouvrières, 1983.
8. Sémelin J., Purifier et détruire, opcit., pp285-364.
9. Ibid., p22.
10. Ibid., p19.
11. Ibid., p39
12. Ibid., p. 16
13. Ibid., pp. 25-74
14. Ne confondons pas « dilution » et « délitement », Sémelin est convaincu qu’ « aucune société n’est à l’abri de tels processus dès lors qu’elle commence à se déliter » (Ibid., p. 25).
15. Ibid., p87.
16. Ibid., p287.
17. Ibid., p70.
18. Ibid., pp75-133.
19. Ibid., pp135-200.
20. Ibid., pp201-284.
21. Ibid., p203.
22. Ibid., p267.
23. Ibid., p. 284.
24. Expression de Primo Levi, dans Les Naufragés et les RescapésQuarante ans après Auschwitz, Paris, Gallimard, 1989.
25. p403.
26. pp.416-419.
27. Bigo D., « L’impossible cartographie du terrorisme », Cultures & Conflits, automne 2001.
28. Voir Sommier I., Le Terrorisme, Paris, Flammarion, coll« Dominos », 2000.
Pour citer cet article
Référence papier

Cultures & Conflits n°61 (2006) pp.165-172
Référence électronique

Elwis Potier, « Réflexion sur les violences extrêmes : Purifier et détruire, de Jacques Sémelin. », Cultures & Conflits, 61, printemps 2006, [En ligne], mis en ligne le 17 mai 2006. URL : http://www.conflits.org/index2044.html. Consulté le 19 août 2008.
Auteur
Elwis Potier

Elwis Potier est psychosociologue, auteur de l’article « L’imaginaire du contrôle des foules dans l’armée de terre française », Cultures & Conflits n°56, hiver 2004.


Shanghai 2008: Attention, un classement peut en cacher un autre

11 août, 2008
Laure Manaudou cryingComme disait Proust du snob qui sait reconnaître au premier coup d’oeil un salon à la mode, tout universitaire qui a mis les pieds dans une université américaine comprend d’emblée qu’il s’est posé sur une autre planète. Daniel Cohen
La thermodynamique au XIXe siècle est née de recherches visant à améliorer l’efficacité des machines à vapeur. Selon les historiens, la complémentarité entre sciences et techniques est le facteur crucial qui explique pourquoi la révolution industrielle du XVIIIe siècle diffère de toutes celles qui ont précédé. Daniel Cohen
Nous ne pouvons pas récolter les fruits des réformes immédiatement. Il y a un effet retard. La Suède, pays qui vient de nous doubler dans le classement, a entamé sa réforme universitaire il y a quelques années. L’Allemagne a lancé le programme “Initiative excellence” afin de faire émerger ses universités en 2005. C’est une bataille mondiale dans laquelle d’autres pays ont pris de l’avance sur nous. La Grande-Bretagne a ainsi vingt ans d’avance. Valérie Pécresse
Ce classement, centré sur la recherche, n’est pas pertinent en France. Chez nous, les universités n’ont pas le monopole de la recherche. Le CNRS n’est pas pris en compte par Shanghaï. Thibault Weber (président de la Fage, deuxième fédération étudiante)
En terme de PIB par habitant, [...] nous avons reculé au cours des dernières années. Il existe donc une perception collective inexacte de la place de la France. Valéry Giscard d’Estaing (janvier 2002)
Avant Pékin 2008, Shanghaï 2008!

7e sur 37 (derrière la Suède!), 23 établissements dans le « top 500 , 3 dans le « top 100 », émiettement (85), tricéphalisme (universités, grandes écoles, CNRS), manque de culture de recherche et d’insertion professionnelle, siphonnage des meilleurs étudiants par les écoles d’ingénieurs et aux dépens de la recherche, bureaucratie, paupérisation, méfiance du secteur privé …

A l’heure où à Pékin les prétentions de la France dans la course de plus en plus rude pour détrôner les Bahamas subissent leur première et douloureuse correction des marchés

Retour sur une autre correction des marchés quelque peu éclipsée, celle-là, par la trêve estivale et les JO de Pékin.

A savoir, celle de la publication, la semaine dernière, du classement des universités de la planète par l’université Jia Tong de Shanghai, qui confirme justement, face aux “multinationales du savoir” américaines, et alors que les entreprises privées américaines en sont déjà à financer la recherche fondamentale et donc les parts de marché de demain, les maux des universités (et économie!) françaises et désormais devancée par la Suède …

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Pékin 20008: Attention, des prouesses peuvent en cacher bien d’autres

8 août, 2008
Paper tigerSi l’organisation des JO était un sport, je suis sûr que vous seriez d’accord avec moi pour qu’on attribue à la Chine la médaille d’or. Nicolas Sarkozy
Ce n’est pas à la Chine de fixer mon agenda. Nicolas Sarkozy
Le président de la République comprend les raisons qui conduisent le dalaï lama, compte tenu des circonstances présentes, à ne pas solliciter un entretien durant son séjour au mois d’août en France. Communiqué de l’Elysée
C’est le plus grave échec de la diplomatie de Sarkozy depuis son élection, qu’il ne doit qu’à sa propre maladresse. Depuis le début de cette affaire, Nicolas Sarkozy a multiplié les incohérences et les gestes contradictoires, créant lui-même le piège qui finit de se refermer sur lui. (…) Nicolas Sarkozy arrive vendredi à Pékin pour quelques heures à peine -vingt heures de vol aller-retour pour dix heures sur place, sans même y passer la nuit…- en position de faiblesse. Le président français s’est éliminé du jeu diplomatique entre la Chine et le reste du monde: il devra subir le rapport de force ainsi instauré pour le reste de son mandat: les Chinois ont compris que pour quelques contrats dont l’économie française a un besoin vital, ils le tiennent. Pierre Haski
Il faut penser à ceux qui se battent pour la liberté en Chine (…) Avec les Chinois, il faut être clair. (…) En ce qui concerne les droits de l’Homme, les libertés, si on baisse l’échine, si on se met à genoux, on n’a aucune chance. C’est comme au temps des dissidents soviétiques, cela change si un chef de gouvernement reçoit ou non les dissidents”. “Si l’Europe avait la même confiance en elle-même que les Américains en eux-mêmes, on serait capable de faire plus pour les droits de l’Homme. Daniel Cohn-Bendit
Délégations étrangères sur écoutes via un mobile fourni par les autorités, centaines de vrais-faux journalistes équipés de caméras et de micros directionnels, rues transformées en plateaux de tournage de la police, manifestants réduits à se rencontrer dans des chambres d’hôtel, non-délivrance de visas et refoulements à l’aéroport de Hong kong, athlètes arrivés avec des masques anti-pollution …

A l’heure où nos propres médias et le tigre de papier qui nous sert actuellement de président ont déjà largement commencé à nous bassiner avec les prétendues prouesses des Jeux de la honte …

Petit rappel, via le site de Reporters sans frontières, sur les autres prouesses des massacreurs de Tienanmen.

Notamment les quelque 80 dissidents chinois emprisonnés et les millions d’autres sous haute surveillance, les radios brouillées, les milliers de sites fermés, le flicage du Net …

Les chiffres clés de la censure en Chine
31.07.2008
Reporters sans frontières

50 cyberdissidents et 29 journalistes sont actuellement emprisonnés

Depuis le 1er janvier 2008, 26 journalistes, blogueurs et cyberdissidents chinois ont été arrêtés ou condamnés à des peines de prison.

180 correspondants de la presse étrangère ont été arrêtés ou harcelés en 2007

Plus de 80 journalistes étrangers ont été physiquement refoulés du Tibet depuis mars 2008

Depuis mai 2008, plus de 20 journalistes chinois et étrangers ont été empêchés de travailler dans la zone du tremblement de terre du Sichuan.

Le défenseur des droits de l’homme et blogueur Hu Jia a été condamné à 3 ans et demi de prison pour 3 articles et 2 interviews.

Près de 40 000 policiers du Net surveillent les publications de 253 millions d’internautes

Plus de 2 700 sites ont été fermés depuis début 2007 Il existe près de 20 millions de blogs sur la Toile chinoise

67 % des correspondants étrangers interrogés par le FCCC estiment que la Chine n’a pas respecté sa promesse faite en 2001 d’accorder aux médias étrangers toute liberté de reportage.

Voir aussi:

Couvrir la situation des droits de l’homme pendant les JO de Pékin: quelques conseils aux journalistes étrangers

A moins de deux semaines de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, la question des droits de l’homme n’a jamais été autant d’actualité en Chine. La politique du “tout-sécuritaire” et la répression engagée par les autorités à l’encontre des militants des droits de l’homme sont des sujets aussi importants que les épreuves sportives elles-mêmes.

Les autorités nient cette répression alors même qu’une dizaine de militants chinois ont d’ores et déjà été emprisonnés pour avoir livré leur point de vue critique sur l’organisation des JO de Pékin. Il est primordial que le sort de ces “prisonniers olympiques”, notamment Hu Jia, ne doit pas être oublié pendant la compétition.

Reporters sans frontières invite les milliers de journalistes étrangers qui vont se rendre à Pékin et dans le reste de la Chine pour couvrir les Jeux olympiques à s’intéresser à la liberté d’expression. Mais cette tâche n’est pas aisée.

Les autorités ont promulgué en janvier 2007 de nouvelles règles pour la presse internationale qui garantissent normalement la liberté de mouvement et d’interview. Or, ces droits ont été violés à de multiples reprises, notamment au Tibet et au Sichuan.

Reporters sans frontières adresse quelques conseils pratiques aux journalistes étrangers pour les aider à couvrir la situation des droits de l’homme en Chine.

1. Equiper son ordinateur avec des programmes qui permettent de contourner les firewalls et d’assurer la protection de ses communications. Avant de partir en Chine, il est recommandé d’installer Tor (www.torproject.org/index.html.en), Psiphon (http://psiphon.civisec.org/) ou Proxify (https://proxify.com/). Il faut installer la version internationale de Skype et non pas celle disponible en Chine qui n’est pas sécurisée. Il est également recommandé d’utiliser l’encryptage des emails avec PGP : http://www.pgpi.org.

Vous pouvez également contourner la censure en téléchargeant un logiciel VPN (Very Private Network) qui vous permet d’accéder à vos emails et d’avoir une connexion plus rapide. Certains sont gratuits http://www.anchorfree.com/downloads/hotspot-shield, d’autres payants http://witopia.net. Plus de détails sur l’utilisation du VPN : http://www.lostlaowai.com/commentary/blog/2008/07/31/vpn-chinese-internet-censorship/

Pour plus d’informations, consulter le Guide des blogueurs et des cyberdissidents de Reporters sans frontières : http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article=26182

2. Protéger son ordinateur des virus Trojan et installer des codes d’accès. Ne pas laisser ses équipements et contacts professionnels accessibles dans une chambre d’hôtel.

3. Organiser ses appels téléphoniques et ses envois d’emails en ayant à l’esprit qu’il n’existe aucune assurance de confidentialité. Utiliser plusieurs cartes SIM chinoises ou internationales, notamment pour contacter les personnes “sensibles”.

4. Collecter avant le départ des contacts de militants des droits de l’homme, de familles de prisonniers d’opinion et d’avocats chinois. Reporters sans frontières tient à la disposition des journalistes des listes de personnes susceptibles de répondre aux questions de la presse étrangère.

5. Ne pas utiliser les services des entreprises chinoises qui proposent des traducteurs ou des guides. Ces compagnies sont liées aux autorités et leurs employés risqueraient de vous empêcher d’enquêter sur des sujets sensibles ou de mettre en danger les sources d’informations. Préférer travailler avec des traducteurs ou des journalistes chinois indépendants ou des journalistes étrangers parlant chinois.

6. Sortir en reportage avec la traduction en chinois des régulations en vigueur pour les journalistes étrangers, le contact de son ambassade, des photocopies de ses documents d’identité et de vos accréditations et les numéros du BOCOG et du ministère des Affaires étrangères.

7. Consulter les sources indépendantes d’information sur la Chine en chinois : BBC en chinois (http://news.bbc.co.uk/chinese), RFA en chinois (www.rfa.org/mandarin) ou Boxun (www.boxun.com).

8. Rapporter auprès de son ambassade, du Club des correspondants étrangers en Chine (www.fccchina.org) et de Reporters sans frontières, mais aussi auprès du BOCOG et du CIO, toute atteinte à sa liberté de mouvement et d’interview. Utiliser les services de la hotline juridique mise en place par l’avocat chinois Li Baiguang (139 108 02 896 ou olympic@lawyer.com) en cas de conflit avec les autorités.

9. Lire le Guide pour les journalistes étrangers élaboré par le Club des correspondants étrangers en Chine (document attaché).