Polémique Sarkozy/Berlin: Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet? (Information Age dealt another stunning blow after new factual error discovered on the Internet)

13 novembre, 2009
Sarko was there, too

 

Heureusement que Nicolas Sarkozyl n’a pas prétendu être là le jour de la prise de la Bastille, parce que je ne sais pas comment il s’en serait sorti! Ségolène Royal
Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet? Il est bien possible que nous assistions à l’aube d’une nouvelle ère de scepticisme dans laquelle nous ne prendrons plus pour argent comptant tout que nous lisons en ligne. Mais indépendamment de ce que l’avenir nous réserve, une chose est claire: le statut de l’Internet comme dépôt mondial ultime des faits incontestables a été compromis. Paul Boutin (rédacteur en chef de Wired)

Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet?

Alors que le monde assistait aux cérémonies du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin et prélude à la fin du communisme en Europe …

En l’absence du président censé être le chef de fil du Monde libre et représentant du principal pays à l’origine de l’événement …

Mais en présence du représentant d’un pays dont l’actuel premier ministre et ancien président (et accessoirement ex-kagébiste) qualifiait il y a quelques années l’événement de “plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle” et qui avouait tout récemment sa nostalgie pour la RDA …

Pendant que résistait héroïquement encore la dernière rue Lénine de nos banlieues sur fond de signature d’accords entre le parti de notre grand Timonier et son parti frère de Pékin …

Et que notre presse hexagonale s’écharpait, avant l’affaire Marie Diaye, sur la présence ou non du jeune Nicolas Sarkozy dès le premier jour, comme il le prétendait sur sa page Facebook, audit événement …

Et que les sites internet du Post et de Libération nous gratifiaient d’une réjouissante série de photos bidonnées où, à la “Zelig”, notre Timonier national se retrouvait participant ou témoin, du 11/9 à l’assassinat de Kennedy à Yalta et de la crucifixion à la Création du monde, des plus grands moments de l’histoire mondiale …

Retour, comme le rappelle le blog du NYT, sur l’un des grands moments de l’histoire du Net.

A savoir, ce jour fatidique de 2002 où le journal en ligne américain The Onion révélait à un monde atterré la première erreur factuelle confirmée de l’Internet, susceptible de miner à jamais la confiance de chacun de nous en ce merveilleux outil de l’Age de l’Information:

Un site de fans de la sitcom culte du Brady Bunch show avait incorrectement avancé la date de création de la série de (tenez-vous bien!)… une année entière!

Factual Error Found On Internet
The Onion
May 22, 2002

LONGMONT, CO—The Information Age was dealt a stunning blow Monday, when a factual error was discovered on the Internet. The error was found on TedsUltimateBradyBunch.com, a Brady Bunch fan site that incorrectly listed the show’s debut year as 1968, not 1969.

The shocking error.

Caryn Wisniewski, a Pueblo, CO, legal secretary and diehard Brady Bunch fan, came across the mistake while searching for information about the show’s first-season cast.

“When I first saw 1968 on the web page, I thought, ‘Wow, apparently, all those Brady Bunch books I’ve read listing 1969 as the show’s first year were wrong,’” Wisniewski told reporters at a press conference. “But even though I obviously trusted the Internet, I was still kind of puzzled. So I checked other Brady Bunch fan sites, and all of them said 1969. After a while, it slowly began to sink in that the World Wide Web might be tainted with unreliable information.”

Following up on her suspicion, Wisniewski phoned her public library, the ABC television network, and the office of Brady Bunch producer Sherwood Schwartz—all of whom confirmed that “Ted’s Ultimate Brady Bunch Site” was in error.

Attempts to contact the webmaster of “Ted’s Ultimate Brady Bunch Site,” identified as Ted Crewes of Naugatuck, CT, were unsuccessful. The page has been taken offline by its host, Cheaphost.net, which released a statement Tuesday.

“We at Cheaphost were deeply saddened and disturbed to learn that one of the millions of pages we host contained a factual discrepancy,” the web-posted statement read. “Please be assured that we are doing everything within our power to ensure that nothing of the sort happens again. We will not rest until the Internet’s once-sterling reputation as the world’s leading source for 100 percent reliable information is restored.”

Paul Boutin, senior editor of Wired, said the error is likely to have a profound effect on how the Internet is perceived.

“Will we ever fully trust the Web again?” Boutin asked. “We may well be witnessing the dawn of a new era of skepticism in which we no longer accept everything we read online at face value. But regardless of what the future holds, one thing is clear: The Internet’s status as the world’s definitive repository of incontrovertible fact has been jeopardized.”

Peter Luyck, 30, a Dallas-area graphic designer and frequent Internet user, was crestfallen.

“If it happens once, it can happen again,” Luyck said. “I shudder to think that, one dark day in the future, misinformation could again make its way online. In fact, it may already have. How do we know that trusted sites like the Drudge Report and Fucked Company are as accurate as we instinctively trust them to be? Can we blindly trust that SpideyRulez.com is correct in its reportage that the upcoming Spider-Man sequel will feature Christopher Walken as Dr. Octopus? Pandora is out of the box.”

Though the Brady Bunch error is the first confirmed instance of false information on the Internet, scares have occurred in the past. In 1998, an e-mail sent to a woman in Warner Robins, GA, made an unverifiable claim that she could earn thousands of dollars from an initial $5 investment. The claim was never conclusively proven false, and no charges were filed.


Iran: Attention, une censure peut en cacher une autre (Behind Iran’s Twitter Revolution: Big Brother can twitter too)

17 juin, 2009
Musavi-Khatami crowdLui au moins, il connaît le monde des affaires, c’est un libéral, son père était un bazari. (…) Depuis plus d’un an avec Ahmadinejad, les banques étrangères ne nous accordent plus de lettres de crédit pour financer nos importations.Ali (homme d’affaires iranien pro-Moussavi)
La foule des Iraniens qui ne portaient pas hier la couleur verte islamique de Moussavi a fait vaciller le régime des mollahs. Inquiet par l’appel à une nouvelle manifestation et à une grève générale aux intonations anti-régimes, le soi-disant modéré a soudainement fait marche arrière en appelant « ses partisans » à ne plus descendre dans la rue et le régime a promis de recompter les voix : mais le peuple était hier en grand nombre dans les rues de Téhéran. C’est tout ce que l’on sait car il y a un black-out total dans les médias iraniens : aucune image de cette foule n’a été diffusée en Iran. (…) Le régime et ses sbires (Sfeir, Coville, Hourcade, Satrapi) veulent sonner la fin de la récréation, mais nous attendons que nos compatriotes continuent pour arracher Angela, Barack, Nicolas, Silvio et les autres à leur silence coupable. Iran-Resist

Attention: une censure peut en cacher une autre!

Annulation par Moussavi lui-même de sa propre manifestation, censure totale des images de la principale manifestation sur le plan national, choix imposé des images à diffuser par les médias occidentaux (manif paisible pro-Moussavi), blocage de l’accès aux chaînes satellitaires occidentales, menaces d’expulsion des journalistes étrangers, fausses rumeurs d’affrontement dans les rues entre les partisans de Moussavi et d’Ahmadinejad pour dissuader les Iraniens de se joindre à la marche anti-régime, fourni aux médias étrangers des images d’une marche paisible pro-Moussavi c’est-à-dire pro-régime, coupé l’accès aux chaînes étrangères, portraits de Moussavi, rubans verts, affichettes pro-Moussavi en anglais (mais aucune affichette dénonçant les morts et les dizaines de blessés d’hier), arrêt des émissions de chaînes soi-disant d’opposition basées aux Etats-Unis sous le prétexte d’une panne technique, opérations troyennes de collecte d’infos sur les activistes pour repérer les meneurs (y compris par Zahra Rahnavard, l’épouse soi-disant féministe de Moussavi), minimisation du nombre de victimes de la répression par balles ou par armes blanches par des groupes autonomes de miliciens déguisés en manifestants (7 alors qu’il y a eu 58 morts et plus de 300 blessés, notamment à Ispahan où les affrontements font rage), annonces d’arrestation de soi-disant réformateurs (membres des services secrets se faisant passer pour des victimes pour faire diversion) …

Alors que, sans jamais se poser sérieusement la question de la manipulation de ces nouveaux modes de communication par le régime lui-même, nos médias comme leurs maitres politiques se félicitent de la manière dont les partisans du faux modéré et pion dudit régime Moussavi (pardon: du “candidat réformateur”!) parviennent à “contourner la censure grâce à Twitter” (la populaire plate-forme de micro-blogs ou fils de dépêche)…

Retour, avec nos amis d’Iran-Resist, sur l’autre censure sur laquelle sont bien discrets puisqu’ils y contribuent largement nos médias pressés ou aux ordres comme la petite armée de faux dissidents et experts à la solde du régime qui squattent nos pages de journaux et nos plateaux télé (les Sfeir, Coville, Hourcade, Satrapi, Fariba, Makinsky, Hastroudi & co).

A savoir la censure de la seule véritable information des évènements inédits que vit actuellement l’Iran et qui est le fait qu’une masse d’Iraniens anonymes, à l’instigation de vrais patriotes tels que le prince Reza et derrière le prétexte de la contestation d’une élection-piège à cons de trop et loin des faux modérés à la Moussavi ainsi que leurs couleurs vert islam et leurs Allah Akbars, a enfin osé sortir dans la rue au péril de sa vie pour exiger les véritables réformes et libertés dont elle est privée depuis 30 ans.

Et que, contrairement aux bazaris, les hommes d’affaires iraniens qui comptaient sur une victoire de leur candidat prétendument réformateur, c’est elle qui constitue la véritable menace pour le pouvoir en place car elle ne se contentera pas d’une simple levée des sanctions internationales pour retourner au “business as usual”, programme nucléaire compris …

Iran : Des nouvelles du derrière le black-out
Iran-Resist
17.06.2009La foule des Iraniens qui ne portaient pas hier la couleur verte islamique de Moussavi a fait vaciller le régime des mollahs. Inquiet par l’appel à une nouvelle manifestation et à une grève générale aux intonations anti-régimes, le soi-disant modéré a soudainement fait marche arrière en appelant « ses partisans » à ne plus descendre dans la rue et le régime a promis de recompter les voix : mais le peuple était hier en grand nombre dans les rues de Téhéran. C’est tout ce que l’on sait car il y a un black-out total dans les médias iraniens : aucune image de cette foule n’a été diffusée en Iran.Cette seconde manifestation contre la demande de Moussavi est une première victoire pour l’opposition en exil qui contrairement à ce pion du régime avait demandé aux Iraniens de ne pas quitter le terrain. Les Iraniens ont répondu positivement à cette demande.

Il en a résulté une censure totale de l’image de cette manifestation sur le plan national. Selon un correspondant joint par téléphone hier soir à Téhéran, aucun Iranien n’a vu aucune image de cet événement à la télévision iranienne, alors que les médias occidentaux ont diffusé des images qui leur avaient été transmises par le régime.

Notre correspondant a également affirmé que l’accès aux chaînes satellitaires occidentales avait été coupé. Les Iraniens n’ont donc pas vu les images transmises par le régime.

Il s’est en fait passé une drôle de manip en Iran. Les journalistes étrangers affirment qu’ils ont été convoqués un par un pour être informés qu’ils seraient expulsés s’ils couvraient la manifestation ou même s’ils s’en approchaient. Ils devaient selon le régime couvrir les évènements depuis leurs bureaux c’est-à-dire en laissant au régime le soin de leur donner les images tournées par la chaîne iranienne Press TV. Sur ces images destinées à l’opinion internationale, on voit une manif paisible pro-Moussavi.

Ces images ne correspondent pas à la version de notre correspondant à Téhéran. Il nous fait état de rumeurs répandues par le régime qui prétendaient que les partisans de Moussavi et d’Ahmadinejad étaient en train de se battre dans les rues et qu’il fallait éviter de sortir. Notre correspondant a été surpris d’apprendre que ces rumeurs d’affrontement étaient fausses !

Cette conversation a éclairé la situation : Téhéran a diffusé des rumeurs dissuasives d’affrontements urbains pour empêcher les Iraniens de se joindre à la marche anti-régime. Parallèlement il a fourni aux médias étrangers des images d’une marche paisible pro-Moussavi c’est-à-dire pro-régime. Et enfin pour résoudre le problème de la contradiction, il a coupé l’accès aux chaînes étrangères (VOA, BBC, CNN) qui allaient diffuser les images allant à l’encontre de ses rumeurs afin de désamorcer un mouvement que de nombreux Iraniens estiment être le début de la fin du régime.

Il n’y a donc aucune preuve d’authenticité des images paisibles diffusées par Press TV où l’on voit sans cesse des portraits de Moussavi, des rubans verts, des affichettes pro-Moussavi écrites en anglais… mais aucune affichette dénonçant les 7 morts et les dizaines de blessés d’hier. Cette petite foule n’est pas la bonne.

C’est le black-out sur la vraie manif. Rien ne passe. Deux chaînes soi-disant d’opposition basées aux Etats-Unis (Pars TV et Rang-a-rang qui sont très regardées par les Iraniens) et qui ont été très actives quand il s’agissait de diffuser les nouvelles de la fausse contestation des deux premiers jours, ont cessé d’émettre sous le prétexte d’une panne technique ! Cette annonce confirme les rumeurs sur leurs comptes.

Parallèlement à cette prise en main de l’information, le régime a aussi décidé de frapper à la racine en repérant les meneurs de cette fronde. Zahra Rahnavard, l’épouse soi-disant féministe de Moussavi a réuni lundi certains étudiants pour les brieffer quant aux programmes pour cette indésirable manif de mardi. Il existe une vidéo de l’entrevue où on l’entend pendant 7 minutes tout essayer pour encourager ces jeunes à remettre leurs noms, adresses et numéros de téléphones fixe et portable à des messieurs chargés d’organiser cette manif que son mari allait quelques heures après faire annuler.

Depuis hier soir, nos amis diffusent en boucle un avertissement pour mettre en garde les patriotes contre ce genre d’opérations troyennes de collecte d’infos sur les activistes.
© WWW.IRAN-RESIST.ORG

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© WWW.IRAN-RESIST.ORG
Parallèlement à cette opération, le régime a aussi entrepris de minimiser le nombre des tués : ils diffusent sur leurs sites le nombre de 7 alors qu’il y a eu 58 morts et plus de 300 blessés. Une grande partie des morts provient d’Ispahan où les affrontements font rage. Pour faire oublier ces morts, dans un réflexe pavlovien, le régime a annoncé l’arrestation de deux soi-disant réformateurs. L’un est le mollah Abtahi, l’homme de liaison avec le Hezbollah qui vit normalement toute l’année à Beyrouth, et l’autre est Saïd Hajjarian, l’un des deux fondateurs des services secrets du régime, cet organisme qui est à l’origine de tous les meurtres d’opposants en Iran et en exil. C’est la technique habituelle du régime que de faire passer pour des victimes ses pions pour faire dévier l’attention de l’opinion.

Ne vous laissez pas abuser par ces fausses nouvelles amplifiées par des journalistes étrangers proches des mollahs qui dissimulent le passé immonde de ces pions du régime. Si vous aidiez ces faux prisonniers, vous aideriez le régime à légitimer ces fidèles pions des services secrets comme étant l’opposition qui doit défendre les Iraniens et les droits de l’homme.

Il faut vous concentrer sur les victimes : non pas les 7 admis par le régime, mais les 58 morts et quelques 300 blessés dans l’ensemble de l’Iran par balles ou par armes blanches par des groupes autonomes de 50 miliciens déguisés en manifestant. Décidément, le régime aime bien les procédés troyens.

Mais nos compatriotes ne sont pas non plus des bras cassés : voici une image qui a enthousiasmé les Iraniens. Suite au coup de force des groupes autonomes et à la fusillade de lundi qui a ôté la vie à trois hommes ainsi qu’une mère et sa fillette, des jeunes ont attaqué une planque de la milice bassidj aux cris de « MARG BAR BASSIDJI (Mort aux bassidjis)…

Un autre slogan était aussi entendu : « N’ayez pas peur, n’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble ». Slogan prémonitoire qui annonçait la volonté de continuer le mouvement le mardi contre l’avis de Moussavi, ce pion du régime.

Comme nous le disions hier, cette marche majestueuse allait permettre aux Iraniens de comprendre qui sont leurs amis ou ennemis au sein du régime et en dehors des frontières de l’Iran. Il a fallu moins de 24 heures pour recevoir les premiers indices. Le régime a reculé d’un point pour annoncer un recomptage, sur la base de cette mesure bidon, Moussavi a demandé à la foule de débrayer ! Sa femme a été missionnée pour moucharder les jeunes afin de repérer les meneurs !

Et enfin, le régime a pris en main la gestion de l’info par des restrictions imposées aux journalistes étrangers et comme on pouvait s’y attendre, aucun des soi-disant modérés ou défenseurs iraniens des droits de l’homme n’a parlé. Tous s’agitent pour pleurer les faux prisonniers du régime au lieu de pleurer les victimes par balles ou par armes blanches.

Pour calmer cette foule inattendue, le régime parle même de reculer à propos de ses élections bidons boycottées par ceux qui sont dans la rue. Dans le même esprit d’apaisement, le mollah soi-disant dissident, le sanguinaire Montazeri a lancé un appel au calme et promis trois jours de deuil pour les victimes ! Et enfin, les lobbyistes du régime en France (Sfeir, Coville, Hourcade, Satrapi) défilent dans la presse et sur les plateaux Télé pour défendre Moussavi alors que l’on a jamais entendu leur voix pour condamner les lapidations, les pendaisons publiques, les amputations et les licenciements en chaîne qui sont à l’origine de ce NON !

Le régime et ses sbires (Sfeir, Coville, Hourcade, Satrapi) veulent sonner la fin de la récréation, mais nous attendons que nos compatriotes continuent pour arracher Angela, Barack, Nicolas, Silvio et les autres à leur silence coupable.

Voir aussi :

http://www.lefigaro.fr/international/2009/06/16/01003-20090616ARTFIG00399-les-pro-moussavi-contournent-la-censure-grace-a-twitter-.php

Les pro-Moussavi contournent la censure grâce à Twitter
Benjamin Ferran
Le Figaro
16/06/2009

En Iran, les partisans du candidat réformateur défient la censure des médias grâce aux réseaux sociaux. Journaux, TV et radios étrangères y puisent aussi de nouvelles sources d’information.

Lundi soir, une lourde opération de maintenance aurait dû interrompre l’accès à Twitter durant une heure, en pleine manifestation des partisans de Mir Hossein Moussavi. Elle a été décalée d’une journée pour ne pas interrompre le flot des messages qui relaient la montée de la contestation en Iran. «Notre prestataire technique a reconnu le rôle d’important moyen de communication que Twitter joue actuellement en Iran», justifiait mardi matin le co-fondateur du site, Biz Stone.

Avec Facebook, YouTube et les blogs, Twitter a gagné en quelques jours une place de choix dans le suivi des événements iraniens. Les partisans du candidat réformateur ont rapidement saisi l’influence que pouvaient avoir ces outils pour communiquer dans le pays et à l’étranger, multipliant les créations de profils et d’appels virtuels aux soutiens de Mir Hossein Moussavi. Percevant le danger de ces communications qui échappent à tout contrôle, la police iranienne a décidé, fin mai, de couper l’accès à une grande partie de ces sites.

La censure n’y a rien fait. Depuis vendredi, les internautes peuvent suivre, à la source, les combats de plusieurs opposants de Mahmoud Ahmadinejad. Situés au cœur des événements, ces Iraniens sont parvenus à contourner les blocages en passant par des serveurs relais (proxy) situés hors du pays. Grâce à leurs téléphones, ils partagent photos, vidéos et comptes-rendus des manifestations. «Nous sommes attaqués dans les rues par des hommes sur des motos armés de matraques», lançait lundi un certain «Persiankiwi» sur Twitter.

CNN doit s’expliquer

Ces interventions abondent alors que les journalistes étrangers sont dans le même temps soumis à une pression grandissante des autorités, qui ont interdit leur présence aux manifestations «illégales» de mardi. «Chaque personne doit devenir un diffuseur d’information», invite le compte «mousavi1388». Quelque 23 millions d’Iraniens, sur une population totale de 70 millions, ont accès à internet. L’an dernier, 400.000 disposaient de leur blog, et 150.000 sont inscrits sur Facebook.

Si cet activisme numérique n’est pas encore à l’origine de la mobilisation, il influe sur la couverture des événements à l’étranger. Durant le week-end, CNN a été contraint de s’expliquer sur son traitement des élections iraniennes, jugé insuffisant par les internautes. La propagation des messages de proche en proche élargit aussi le cercle des personnes sensibilisées à la situation en Iran. Mardi midi, l’élection iranienne figurait en tête des sujets les plus discutés sur Twitter.


Désinformation: L’Internet, ça sert aussi à faire la guerre (Have flickr will travel)

22 février, 2009
Lebanese cover girl (Filkka Israel)Palestine map (Filkka Israel)Boycott call (Filkka israel)Anti-israel cartoon (Filkka israel)
Voici les avantages d’un Compte Flickr Pro (24,95 USD par an):
- Transferts de vidéos illimités (90 secondes max)
- Espace de stockage illimité
- Bande passante illimitée
- Albums photos illimités
- Archivage des images originales en haute résolution
- Possibilité de remplacer une photo
- Publiez vos photos ou vos vidéos dans un grand nombre de pools de groupe (jusqu’à 60)
- Navigation et partage sans publicité
- Statistiques sur le décompte des affichages et les références Shamir Ramj
A midi, nous avons appris que nos sites web étaient bloqués. … La fermeture de nos sites signifie que les durs du régime ne vont pas tolérer le défi Khatami contre Ahmadinejad. Behrouz Shojaei
Nous sommes un blog pacifiste, anti-crimes israéliens contre les enfants palestiniens, comme nous sommes contre les crimes commis par des groupes terroristes comme le Hamas et le Hezbollah etc. Nous croyons que l’existence de l’Etat de l’Israël est une erreur historique, aussi bien que les appels à sa destruction. La solution que nous recherchons pour la confrontation entre les Arabes et les Juifs est basée sur ce qui suit : la conservation du droit au retour sur la base de la résolution 194 \ 1947 de l’ONU pour tous les réfugiés des deux côtés. Une solution éternelle doit être basée sur un état séculaire démocratique en Palestine pour les Palestiniens et les juifs nés en Israël avant 1990 et pour leurs parents. Le pardon entre les Arabes et les juifs basé sur une vraie croyance dans un futur pacifique de cette terre. La destruction pacifique du royaume de Jordanie et le retour de sa terre à sa situation normale comme partie de la grande Palestine. Le nouvel Etat devra préserver les mêmes droits pour tous les citoyens sans aucune discrimination religieuse ou ethnique Oui, ….c’est ce que sommes nous. Profession de foi du site Filkka israel

Chaque fois que le ministère [des Affaire étrangères] repère une tendance anti-israélienne sur un blog en langue étrangère, un site d’information ou tout autre site Internet, il envoie immédiatement un message aux volontaires pour organiser la riposte en inondant le site d’opinions pro-israéliennes.
Itamar Eichner (Yediot Aharonot)
L’intox consiste à diffuser de fausses informations censées provenir d’un camp, alors qu’en fait elles proviennent du camp opposé. De tels procédés ne sont pas nés avec les médias électroniques ; ils sont apparus pendant la Seconde Guerre mondiale, et même avant. Mais, tandis qu’autrefois la diffusion de l’intox exigeait un matériel relativement compliqué et coûteux, comme des émetteurs radio à haut voltage, aujourd’hui une telle opération est devenue très simple à mettre en œuvre. Il suffit de disposer d’un serveur, d’enregistrer un nom de domaine, d’installer un logiciel de blog et de commencer à publier de fausses informations. Très vite, les rumeurs enflent et font le tour de la Toile. Yediot Aharonot

L’internet, ça sert aussi à faire la guerre!

Après les journalistes-combattants et les idiots utiles, Pallywood et ses enderlinades et autres Photoshoperies,… voici les clones de Flickr!

Photos accrocheuses de stars américaines ou de filles d’à côté plus ou moins dénudées, cartes de Palestine ou dessins dénonçant la rapacité d’un peuple tueur d’enfants, appels et mode d’emploi de boycotts des produits juifs, pseudo et titre ronflant à consonance juive, profession de foi pacifiste appelant au droit du retour et à la création d’un Etat binational revenant à la destruction de fait de tout Etat juif …

Quelle meilleure ou plus inoffensive couverture, pour un service de renseignement avisé soucieux de diffuser son intox au moindre coût en ces temps de guerre des images et de l’info, qu’un site web de partage de photos et de vidéos gratuit?

Si l’on en croit le quotidien israélien Yediot Aharonot (sur la base de l’enquête d’un journaliste libanais) et comme l’a enfin compris le gouvernement israélien …

C’est ainsi une véritable campagne d’intox que, via le site libanais Filkka Israel (version apparemment arabisée de Flickr Israel comme le pseudonyme dûment enjuivé de son fondateur Khodr Awarkeh alias Dr Eli Bnie Symon), s’offrent ainsi pour trois fois rien sur la Toile globale (plus besoin d’émetteurs radio à haut voltage compliqués, coûteux et facilement repérables!) les services de renseignements syriens.

A l’image d’ailleurs (surprise!) de la pratique iranienne, rarement évoquée ici en Occident, de création (et, pour renforcer la crédibilité, occasionnelle fermeture!) de sites de faux opposants “afin de semer la confusion parmi l’opposition dans le pays” ou entériner la fiction de la division du régime entre factions “dures” et “réformistes” ….

MONDE ARABE – L’intox comme fonds de commerce
Nir Boms et Niv Lillian
Yediot Aharonot
Traduit par Courrier international
19 févr. 2009

Diffuser de fausses informations en les attribuant à des sources israéliennes, telle est la spécialité du site Internet Filkka. Ses articles erronés sont repris par les médias, semant le trouble dans la région.

Le chef du Mossad, Meir Dagan, a été tué”, titraient il y a quelques mois un certain nombre de journaux arabes. Selon de fausses informations, il avait été tué dans un mystérieux accident de voiture, lors d’une visite en Jordanie. Le blog à l’origine de cette rumeur, qui a fait les gros titres dans plusieurs pays arabes, s’appelle Filkka Israel et serait dirigé par le Dr Elia Bnay Simon.

Le Dr Bnay Simon, de l’Université hébraïque de Jérusalem, serait un universitaire réputé, doublé d’un analyste politique aux sources fiables, en particulier sur des questions sensibles liées à l’espionnage, sur les initiatives diplomatiques secrètes et sur les faits dissimulés par les autorités et dont les grands médias ne se font pas l’écho. Un rapide coup d’œil à son blog nous apprend, par exemple, que le nombre de soldats israéliens tués pendant l’opération militaire à Gaza s’élèverait à plusieurs centaines, contrairement aux chiffres officiels. Les commentaires de Bnay Simon sont régulièrement publiés et cités par les chaînes de télévision arabes. En juin 2008, son site a publié un scoop sur les projets de John McCain concernant la paix au Moyen-Orient. A en croire Filkka Israel, le candidat républicain à la Maison-Blanche proposait notamment de créer un Etat palestinien en Jordanie, sur le conseil du Pr Robert Magen, l’un des directeurs du Carnegie Institute of Science. Cet article n’a pas tardé à être repris dans tout le monde arabe, et le journal Al-Rai, financé par l’Etat jordanien, a même publié un éditorial virulent contre la proposition américaine.

Très vite, les rumeurs enflent et font le tour de la Toile

Comment se fait-il que vous n’ayez jamais entendu parler de ce célèbre professeur ? Sans doute parce qu’il n’existe pas comme membre de l’Institut Carnegie. De même, l’Université hébraïque de Jérusalem n’a personne de ce nom parmi ses professeurs. Robert Magen a lui aussi été étonné lorsqu’on lui a demandé de commenter son “initiative diplomatique”, qui à l’évidence n’a jamais existé, et il a nié avoir la moindre part dans les idées qu’elle était censée proposer.

Toutefois, au Liban, il y a un docteur qui est bien connu et qui porte le nom de Bnay Simon. Apparemment, c’est un pseudonyme de Khodr Awarkeh, qui contribue régulièrement aux sites d’information syriens Aksalser et Champress. Des sources libanaises l’ont déjà associé au Parti social nationaliste syrien [parti nationaliste prosyrien]. Le journaliste libanais Hussein Abdul-Hussein affirme que le blog Filkka Israel s’inscrit dans une vaste opération d’intox orchestrée par les réseaux de renseignements libano-syriens. Les idées d’Awarkeh sont aussi relayées en ligne par son ami koweïtien l’administrateur du site Aldiwan, Abdul-Hamid Abbas Dashti, un chiite koweïtien qui a des liens familiaux avec un officier des renseignements syrien.

L’intox consiste à diffuser de fausses informations censées provenir d’un camp, alors qu’en fait elles proviennent du camp opposé. De tels procédés ne sont pas nés avec les médias électroniques ; ils sont apparus pendant la Seconde Guerre mondiale, et même avant. Mais, tandis qu’autrefois la diffusion de l’intox exigeait un matériel relativement compliqué et coûteux, comme des émetteurs radio à haut voltage, aujourd’hui une telle opération est devenue très simple à mettre en œuvre. Il suffit de disposer d’un serveur, d’enregistrer un nom de domaine, d’installer un logiciel de blog et de commencer à publier de fausses informations. Très vite, les rumeurs enflent et font le tour de la Toile.

Cette technique a déjà été adoptée par des Etats et des organisations qui ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer des médias électroniques. L’Iran, tout en censurant des milliers de sites Internet, a réussi à créer ses propres sites, censément dirigés par des opposants, afin de semer la confusion parmi l’opposition dans le pays.


Voir aussi:

Filkka Israel

Vous voulez vous documenter et trouver des infos ou bien sur la Turquie, l’Egypte et l’Irak, et vous tournez en rond sans réussir à trouver ce que vous recherchez ? ?

Filkka Israel

Cet état violent et terroriste recourt inconditionnelement à l’usage d’armes interdites et s’en sert contre des populations civiles générant ainsi des critiques très fortes et un ras-le-bol grandissant de la part d’ONG telles qu’Amnesty International..

Les pro-israéliens hystériques ne peuvent pas supporter les observations objectives en direction de la politique impérialiste et coloniale de l’état d’Israël accusant ainsi le reste du monde, et tous ceux qui osent s’exprimer de dangereux antisémites pro-Hamas..

La recherche et développement en Israël et l’implantation massive d’entreprises dans ce pays sont des options tâchées de sang car l’économie israélienne est basée sur l’expulsion des palestiniens ainsi que le vol de leur maison, c’est pourquoi les avions en direction d’Israel commencent à se vider. Le Boycott de l’économie israélienne commence a porter ses fruits..

Vous aussi vous voulez faire quelque chose, pourtant vous avez cherché et vous ne savez pas comment agir ni quel type d’opérations il vaut mieux mener ? ?
Filkka Israel

Participez vous aussi au boycott mondial d’Israel et cessez immédiatement toute consommation de biens, produits ou fruits en provenance d’Israel, car le boycott est l’action qui va avoir le plus de conséquences au niveau de l’opinion et au niveau économique. Pour savoir quels sont les produits concernés, il suffit de regarder le code barre (qui commence par 729)..
Filkka Israel

La croissance israélienne est fondamentalement dépendante de ses exportations de produits agricoles et des investissements des firmes étrangères, ainsi que de la manne touristique (hotels, boites de nuits, clubs de vacances)..

Informez aussi un maximum de personnes, transférez-leur l’adresse de ce site et de cette page et si vous avez un site ou un blog, faîtes un lien vers cette page (ou dans votre signature sur les forums)..

L’ironie du sort, c’est qu’avec cette logique sécuritaire d’enfermement Israël est en train de creuser sa propre tombe sans aucun doute sur le long terme, l’histoire des colonisations nous l’a appris..

Renseignez-vous à propos de Filkka Israel.


Médias: Bienvenue au pays où l’investigation se paie décidément très cher (Another French case of what sex was to the Victorians)

29 novembre, 2008
Xavier Niel
A l’origine du capitalisme, il y a parfois des forbans. Première génération : des forbans, voire des négriers; la deuxième génération se veut respectable; la troisième fait des études et crée des fondations culturelles. Les individus peuvent être égoïstes, antipathiques et sans intelligence, mais l’ensemble construit une société qui fonctionne. Guy Sorman (Info matin, le 11 mai 1994)
C’est un pays dans lequel la police peut débarquer chez le journaliste d’un quotidien, l’humilier devant ses enfants, l’insulter, le menotter, le déshabiller complètement au dépôt… A cause de quelques mots écrits dans ce journal qu’il a dirigé pendant quelques mois. Ce pays, c’est la France de 2008. Pascal Riché
Après des débuts dans la télématique et le minitel rose, puis quelques investissements dans des “peep-shows” (un à Paris et deux à Strasbourg) qui ont servi de couverture à des activités de prostitution, il est devenu vice-président et directeur de la stratégie d’Iliad, groupe de télécommunications français, maison mère du fournisseur d’accès internet Free. Wikipedia

Après le bon vieux temps tontonesque du harcèlement de nos Jean-Edern Hallier et de nos docteur Gubler comme de la mise sur écoutes de la moitié de Paris …

La énième confirmation, le mois dernier, de la très victorienne pudeur des médias français pour les pantalonnades de leurs responsables politiques …

Et celle, la semaine dernière, du caractère “très enchainé” du canard-feuille à ragots qui nous tient lieu de presse d’investigation …

Bienvenue au pays où la vie privée est reine et où l’investigation se paie décidément très cher!

Au lendemain de l’interpellation apparemment mouvementée de l’ex-directeur de la publication de Libération pour non-présentation à une convocation et possible “prise de haut” des policiers suite à l’hébergement sur son site du commentaire d’un internaute jugé diffamatoire …

Retour sur cette vie dite “privée” que le plaignant de l’affaire, qui a d’ailleurs perdu tous ses procès en diffamation mais surtout bien plus en valorisation boursière, semble tant tenir à préserver.

Co-fondateur du fournisseur d’accès internet Free et tout récent et célébré membre du club relativement fermé des 25 plus grandes fortunes de France (plus de 2,7 milliards d’euros pour ses 2/3 des parts du groupe Iliad, regroupant aussi l’annuaire téléphonique inversé Annu et la banque de données Société. com), Xavier Niel avait certes été l’objet de nombre d’articles de Libération pour une partie de sa biographie un peu plus sombre.

Comme le rappellent allusivement sa notice Wikipedia mais d’une manière très détaillée les articles de Libération, celui qui a tant fait pour la démocratisation de l’accès à l’internet en France avait en effet été condamné (avec sursis plus 250.000 euros d’amende), il y a deux ans pour abus de biens sociaux.

En clair, une fâcheuse habitude, apparemment héritée de ses jours dans l’industrie du sexe dans les années 90 (peep shows, téléphone rose) et qui lui avait déjà valu un méga redressement fiscal en 2000, des paiements au noir et en espèces …

Le X, versant obscur du patron de Free
Renaud Lecadre
Libération
Le 14 septembre 2006

Outre les nouvelles technologies, Xavier Niel exploite des peep-shows. Il comparaît pour abus de biens sociaux.

Xavier Niel, 39 ans, fondateur du groupe Iliad, qui comprend le fournisseur d’accès à l’Internet Free, l’annuaire téléphonique inversé Annu et la banque de données Société. com, est le petit prince des nouvelles technologies. Mais il n’y a pas que l’ADSL dans la vie. Depuis une vingtaine d’années, il cultive en parallèle un jardin secret : exploitation de peep- shows et sex-shops, sites pornos, vente par correspondance de sex-toys… Cela lui vaut de comparaître aujourd’hui en correctionnelle pour abus de biens sociaux, après avoir échappé aux poursuites pour proxénétisme. Lui qui revendiquait le droit au respect de sa «vie économique» privée, va devoir assumer publiquement. Il semble désormais prêt à le faire.

Main à la main

Aux enquêteurs, Xavier Niel a exposé sa vision de l’industrie du sexe, carburant au black : «Retour sur investissement intéressant et non fiscalisé», «argent facile». Sans fausse pudeur, il leur a confessé : «Ces espèces utilisables instantanément ne donnent pas la même sensation de gain que l’argent que je gagne de façon orthodoxe comme opérateur de télécommunications.» D’autant que Xavier Niel a de gros besoins en liquide. En 2001, son partenaire historique dans Iliad, Fernand Develter, lui avait vendu une partie de ses actions. Le prix de cession étant discutable, ils auraient convenu d’un complément de la main à la main : 9 100 euros mensuels, sur une durée de… trente ans.

Niel et Develter se sont rencontrés au milieu des années 80 au café le Petit ramoneur, QG des employés de sex-shops de la rue Saint-Denis, à Paris. Le second, ancien fondé de pouvoir à la Société générale, prend sous son aile le jeune premier tout juste sorti de maths sup, «brillant mais désargenté». Ensemble, ils prospèrent dans le Minitel rose, puis investissent 500 000 euros dans une dizaine de peep- shows parisiens. L’un de ces établissements, le New Sex Paradise, leur vaut une sueur froide en 2001 : deux de leurs associés, gérants effectifs de cet Eros center, sont poursuivis pour proxénétisme (ils seront condamnés en 2003 à deux ans de prison avec sursis, Xavier Niel étant entendu comme simple témoin), il faut les éloigner au plus vite. Leur chèque de sortie du capital, 7 300 modestes euros, est complété par un dessous de table de 200 000. Xavier Niel admet s’être remboursé à la bonne franquette, en prélevant 15 000 euros par mois sur les recettes non déclarées du New Sex Paradise.

A Strasbourg, l’alerte est encore plus chaude puisque l’enquête pour proxénétisme vise nommément Niel et Develter. Leur établissement alsacien, sous l’enseigne Sex-Shop X Live Peep-Show, emploie une quinzaine de jeunes femmes comme «artistes visuelles». Mais en cabine, on ne touche pas qu’avec les yeux. Le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, spécialiste des affaires financières, détaille dans son ordonnance de renvoi la «variété des contacts physiques» avec le même détachement que pour les transactions off-shore : «Caresses par le client sur les seins et les fesses des danseuses, intromission de godemichés ou de vibromasseurs dans le sexe et/ou l’anus des danseuses par le client, intromission par les danseuses de ces mêmes ustensiles dans l’anus de certains clients.» Les gestionnaires locaux sont renvoyés en correctionnelle pour proxénétisme, après avoir admis la réalité de ces prestations excédant le simple show. Xavier Niel et Fernand Develter, qui avaient investi 200 000 euros sans se mêler de la gestion, étaient-ils au courant ? Le juge Van Ruymbeke accorde au premier un non-lieu «au bénéfice du doute», Niel ne s’étant jamais rendu sur place. Le second est renvoyé pour proxénétisme car, lors d’une tournée d’inspection anonyme, Develter avait demandé à une des artistes de lui faire une fellation : pour s’assurer du respect des bonnes pratiques, jure-t-il aux enquêteurs, «grandement satisfait» que son employée ait refusé ; parce que «ces pratiques devaient être habituelles pour lui», interprète au contraire l’intéressée.

Lettre anonyme

Xavier Niel ne se voit plus reprocher que des paiements en espèces portant sur plusieurs milliers d’euros. La montagne a accouché d’une souris. : en 2002, une lettre anonyme dénonçait excusez du peu un vaste blanchiment, Ilyad étant accusée de recycler l’argent du proxénétisme et de la pédophilie. Tracfin (l’organisme anti-blanchiment) y allait aussi de sa dénonciation officielle au parquet. A l’arrivée, une minable affaire d’enveloppes. Niel reconnaît les faits, admet les «risques» inhérents à l’industrie du sexe, mais dit ne pas pouvoir tout contrôler. Ce n’est que le «résidu de ce qu’il faisait il y a une quinzaine d’années», plaide son avocate, Me Catherine Toby. A la fin des années 90, Xavier Niel envisageait en effet de se retirer du sexe : candidat à la reprise du Palace (une boite de nuit parisienne), son pedigree de «roi du porno» avait été brandi pour lui barrer la route. Mauvais genre, car au même moment, la banque d’affaires Goldman Sachs envisageait d’entrer au capital d’Iliad. Depuis, sa soeur Véronique porte parfois des parts en son nom. L’accusation la qualifie de «faux nez». En 2004, Xavier lui offre un Land Cruiser Toyota tout neuf. «Contrepartie de sa passivité arrangeante», estime le juge Van Ruymbeke. Comme si un milliardaire n’avait pas le droit d’offrir un cadeau de 45 000 euros à sa soeur.

Voir aussi:

Deux ans avec sursis pour le patron de Free

Xavier Niel écope aussi de 250.000 euros d’amende • Ce pionnier de l’internet en France, était poursuivi pour recel d’abus de biens sociau

Renaud LECADRE
Libération
27 oct. 2006

Xavier Niel a été condamné hier à deux ans de prison avec sursis et 250.000 euros d’amende. C’est ce qu’avait réclamé le parquet lors du procès correctionnel qui s’était tenu du 14 au 22 septembre.

Le patron de Free, pionnier de l’internet en France, était poursuivi pour recel d’abus de biens sociaux: gestionnaire de peep shows dans les années 90, les recettes comme les bénéfices ne se monnayaient qu’en liquide, «la caisse noire tenant lieu de politique», selon l’accusation.

A la barre du tribunal, Xavier Niel avait sagement admis les faits et plaidé l’erreur de jeunesse. «Probable ivresse de la transgression, avait tenté d’expliquer son avocate, Me Caroline Toby. Quand il a lancé Free, Xavier Niel a trainé comme un boulet cette image de maitre du porno»

Il est également resté prisonnier de sa culture du black. Niel devra en outre verser 188.000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles. Par contre, pour avoir passé un mois en détention provisoire, il pourra réclamer un dédommagement, puisqu’il n’est finalement condamné qu’à une peine avec sursis.

Son ancien partenaire dans le sexe puis dans Free, Fernand Develter, a été condamné pour sa part à deux ans de prison dont neuf mois ferme (couvrant l’essentiel de sa détention provisoire), et relaxé de l’accusation de proxénétisme, Niel ayant obtenu sur ce point un non-lieu en cours d’instruction. Vendredi après-midi, les avocats hésitaient à faire appel mais devraient en rester là.

Voir enfin:

Le fondateur de Free accro à la caisse noire.

Deux ans avec sursis requis contre Xavier Niel, accusé d’abus de biens sociaux par le biais de sex-shops.
Renaud LECADRE
Libération
22 sept. 2006

Le procès de Xavier Niel s’est achevé hier sur un mystère. Le fondateur de Free a sagement reconnu les faits : 368 000 euros de recel d’abus de biens sociaux. Le parquet a requis contre lui deux ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende et la confiscation de ses biens à hauteur des détournements, pour «purger le passé sans obérer l’avenir». Mais la question reste entière, malgré une expertise psychologique, rarissime dans une affaire financière : pourquoi ?

Niel, vedette des nouvelles technologies, a mené une vie parallèle dans l’exploitation de sex-shops. Le tribunal n’était pas là pour lui faire la morale, même si le procureur Stéphane Hardouin s’est laissé aller à des considérations hors sujet sur les «pratiques sexuellement marginales». C’est tout bêtement une affaire de black : les clients paient en liquide, les actionnaires se rémunèrent en enveloppes. Des «dividendes sauvages», résume parfaitement le proc : «Le prélèvement en espèces est au coeur du projet, la caisse noire est une politique de groupe.» Son avocate, Me Caroline Toby, globalement «d’accord avec l’analyse du parquet», tente une explication : «Probablement ivresse de la transgression. Quand il a lancé Free, Xavier Niel a traîné comme un boulet cette image de “maître du porno”, titre d’un article du Canard Enchaîné. Au lieu de rompre, il est resté prisonnier de ce système. La justice lui a permis de mettre fin à tout cela.» L’accusation ironise sur ce «soudain élan de vertu», les paiements en espèces n’ayant cessé qu’en 2001, après descente de police, puis repris comme si de rien n’était en 2003.

Xavier Niel affirme avoir «soldé le passé», payé ses redressements fiscaux (il avait également omis de déclarer sa plus-value lors de la vente de Worldnet, pionnier français de l’accès au web), cédé ses parts dans l’industrie du sexe à son partenaire historique, Fernand Develter. Ce dernier, contre lequel le parquet a requis deux ans de prison ferme car il est également poursuivi pour proxénétisme, entend lui gâcher sa repentance. En marge de leurs petites affaires de peep-shows, ils étaient co actionnaires d’Iliad (maison mère de Free, désormais cotée en Bourse). En 2002, Niel rachète les parts de Develter. Le second se dit aujourd’hui victime d’une «véritable escroquerie», le premier s’étant attribué un dividende exceptionnel et rétroactif sitôt la vente conclue. Sauf qu’à l’époque, les deux partenaires s’étaient mis d’accord sur un complément de prix occulte, de la main à la main : 9 100 euros par mois pendant… trente ans. Niel proclame avoir tout «soldé par trois chèques de banque» ; Develter assure avoir été «payé en espèces pendant 31 mois», grâce à des primes versées fictivement à des cadres d’Iliad, assurant tenir cela d’un «informateur» interne… Me Toby s’insurge contre cette «réécriture de l’histoire», dans le «seul souci d’entraîner Xavier Niel dans sa chute». Le tribunal a préféré couper court à ces «règlements de comptes postérieurs à l’affaire». Jugement le 27 octobre.

Voir finalement:

Governance case against Xavier Niel, chairman of Iliad, for financing a prostitution racket
Telecom Asia
July 1, 2004

GOVERNANCE: It’s always been taken as read that sex was going to be one of the killer apps of broadband. In the case of Iliad, France’s second biggest broadband service provider, sex is proving to be something of a liability–at least on its stock price.

Iliad’s share value dropped over 10% last month after its chairman founder and lead shareholder Xavier Niel was arrested for allegedly financing a prostitution racket. According to the French prosecutor’s office which has been conducting a money laundering investigation over the past year, Niel financed three peep shows suspected of housing illegal prostitution operation, reports Boardwatch. (Insert you own “triple play” joke here, although Iliad says that Niel’s arrest has nothing to do with the company’s business or activities.)


Crise financière: Une vidéo canadienne relance les Protocoles sur l’Internet (Protocols for dummies: “Money as debt” video repackages good old tsarist fake)

26 octobre, 2008
Paul Gagnon's ProtocolsDonnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois. Mayer Anselm Rothschild (“cité” par “L’Argent-dette”)
Peu de gens savent aujourd’hui que l’histoire des Etats-Unis depuis la révolution de 1776 fut une lutte épique pour se libérer du contrôle des banques mondiales dominées par les Rothschild. Paul Grignon
Parmi les vidéos qui s’échangent ces derniers jours sur le web, on retiendra la remarquable et très pédagogique description du système financier, “L’Argent-Dette”, de l’artiste et vidéographe Paul Grignon, dont la version française a été mise en ligne sur Viméo le 16 septembre. André Gunthert (EHESS)
La crise semble être un bon moment pour les séances d’introspection. Et de plus en plus de personnes commencent à s’interroger quant à la place de la finance dans l’économie. Bref, c’est l’occasion de revenir aux fondamentaux. A savoir, la monnaie. Pour débuter cette réflexion, je vous propose cette vidéo intitulée “L’Argent Dette” de Paul Grignon (Money as Debt) qui circule déjà sur plusieurs sites. C’est un peu long, mais après l’avoir visionné, on se sent vraiment intelligent. Essayez… Nicolas Cori (blog Libération)
Elle dit que les banquiers connaissent depuis longtemps le (prétendu) secret de la monnaie (celle-ci est créée par le crédit, avec un effet multiplicateur); qu’ils se le transmettent de génération en génération depuis les premiers usuriers cupides de la Renaissance, issus de « certaines cultures » compétentes en orfèvrerie; qu’ils ont étendu leur pouvoir sur le monde; qu’ils assassinent au passage ceux qui risquent de dévoiler le grand secret, y compris des Présidents; que les médias et les profs, complices, cachent l’information à des citoyens réduits à l’esclavage par leur ignorance… Pascal Riché
Après les versions iranienne et du Hamas
Les nouveaux Protocoles des sages de Sion sont arrivés!
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Secret multiséculaire, orfèvres médiévaux à la tête de Shylock devenus usuriers cupides, banquiers prénommés Rotschild, complot et conspiration planétaires, pieuvre qui étend ses sinistres tentacules sur le monde, assassinats des gêneurs, populations entières réduites à l’esclavage …

Tous les ingrédients sont en effet réunis, comme le montre l’excellente analyse du site Rue 89, dans ces Protocoles pour les nuls du vidéaste canadien Paul Grignon.

Auteur par ailleurs avec le notoire conspirationniste Will Thomas, comme le rappelle un très complet dossier d’Arrêt sur images, d’une vidéo dénonçant les “chemtrails”, les trainées des avions dans le ciel censées être des “produits toxiques lâchés par les pouvoirs politiques pour enrayer le réchauffement de la planète” …

Et qui, crise financière et caution médiatique (Nicolas Cori, Libération) ou académique (André Gunthert, EHESS) aidant et après la version irano-onusienne, met actuellement le feu aux pages de l’Internet et aux écrans de Youtube …

Oubliant de préciser au passage, comme me le rappelait un ami économiste, que la création de monnaie n’est naturellement pas sans limites, ne serait-ce que la solvabilité du client emprunteur, les méchants banquiers n’étant bien sûr (jusqu’à tout récemment du moins et encore c’était avec la garantie étatique) pas assez fous pour  prêter à des insolvables.

Dès lors, derrière l’appelation diabolique de “dette” et les banquiers rapaces et cupides aux sombres desseins,  la monnaie se retrouve être, de la part de ces derniers et si j’ai bien compris, un simple pari sur l’avenir de ceux qui sont assez solvables pour le leur confier (alias, en langage plus technocratique, la “financiarisation d’un actif réel futur”) …

“L’argent dette”, vidéo-star du Net, a une sale petite odeur
Pascal Riché
Rue89
13/10/2008

C’est une vidéo canadienne qui, par ces temps de crise financière, fait le tour d’Internet à la vitesse de la lumière, mais qui me met mal à l’aise. L’idée de départ du film, signé par le Canadien Paul Grignon, est d’expliquer le plus simplement possible comment fonctionne la monnaie. Une très bonne initiative, beaucoup de gens ignorant par exemple que ce sont les crédits qui font les dépôts, et non l’inverse. Mais le résultat est le déploiement d’une vaste théorie du complot, avec des relents très désagréables.

Beaucoup vantent les mérites pédagogiques de « l’argent dette » sans commentaires. C’est le cas de journaux comme Libération, ou de chercheurs comme André Gunthert, de l’EHESS. Il y a pourtant de quoi prendre ses distances, car si on lit bien entre les lignes, que dit cette vidéo?

Elle dit que les banquiers connaissent depuis longtemps le (prétendu) secret de la monnaie (celle-ci est crée par le crédit, avec un effet multiplicateur); qu’ils se le transmettent de génération en génération depuis les premiers usuriers cupides de la Renaissance, issus de « certaines cultures » compétentes en orfèvrerie; qu’ils ont étendu leur pouvoir sur le monde; qu’ils assassinent au passage ceux qui risquent de dévoiler le grand secret, y compris des Présidents; que les médias et les profs, complices, cachent l’information à des citoyens réduits à l’esclavage par leur ignorance…

J’exagère? Je vous laisse juge. (C’est long: la vidéo dure 52 minutes)

Au début, une citation du banquier Mayer Anselm Rothschild :

« Donnez moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une Nation, et alors peu m’importe qui fait ses lois. »

Mais aussi une référence peu discrète à la franc maçonnerie: le forçat de la dette a pour arrière-fond la pyramide tronquée -symbole maçonnique- qu’on trouve sur chaque dollar depuis la fin du XVIIIe siècle.

Un peu plus loin, la naissance de la banque est présentée comme une idée de génie des orfèvres pour s’enrichir, des orfèvres issus de « certaines cultures » expertes dans le travail de l’or et de l’argent, précise le commentaire (image ci-dessus). Certaines cultures?

Ci-dessous, une autre image évocatrice, un banquier lynché par la population qui comprend qu’elle a été bernée. La représentation de la pieuvre portant ses tentacules sur le monde (voir plus bas), est également inspirée d’une bien laide iconographie : voir ici , là ou encore là. Le commentaire qui accompagne l’image est à l’avenant: « peu de gens savent aujourd’hui que l’histoire des Etats-Unis depuis la révolution de 1776 fut une lutte épique pour se libérer du contrôle des banques mondiales dominées par les Rothschild ». Et pendant que cette voix douce nous sussure cela, des mots défilent rapidement: « dépression, inflation, paniques bancaires, infiltrations, assassinats, possession de médias, tromperies des masses… »

Mais ce sont les dernières minutes du film qui mettent le plus mal à l’aise. L’auteur termine par quelques citations. Deux sont des citations lucides de présidents dont on précise qu’ils sont « morts assassinés »:

« Quiconque contrôle le volume d’argent dans ce pays est maître absolu de toute l’industrie et tout le commerce. Et si vous savez que le système en entier est très facilement contrôlable, d’une manière ou d’une autre, par quelques hommes très puissants, pas besoin de vous expliquer quelle est l’origine des périodes d’inflation et de dépression. » (James A.Garfield, ancien président des Etats-Unis, mort assassiné)

« Le gouvernement devrait créer, émettre et favoriser la circulation des monnaies et des crédits nécessaires à la satisfaction du besoin de dépense du gouvernement et du besoin d’achat des consommateurs. L’adoption de ces principes doit permettre aux contribuables d’économiser le paiement d’un gros volume d’intérêts. L’argent cessera de gouverner et se mettra au service de l’humanité. » (Abraham Lincoln, ancien président des Etats-Unis, mort assassiné)

Suit une déclaration prêtée à David Rockfeller, lors d’un discours devant la commission trilatérale en 1991, où il aurait évoqué un « plan pour le monde », visant à une « souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers internationaux ».

La dénonciation de « l’usure » (le prêt à intérêt, une formidable invention qui a permis de développer le commerce) et du complot des banquiers « internationaux » (on disait autrefois « apatrides ») m’a toujours semblé louche.

Et sur le fond de la vidéo? Que l’essentiel de la monnaie soit créé par le crédit bancaire, ce n’est pas vraiment un secret, c’est dans tous les manuels d’économie. Mais pas de quoi en faire un grand complot.

Or la voix de la vidéo se demande pourquoi les gouvernements choisissent d’emprunter de l’argent aux banques privées et de payer des intérêts alors qu’ils pourraient créer tout l’argent dont ils ont besoin, exempt d’intérêts. La réponse implicite du film, c’est que les gouvernements sont complices de leurs maîtres, les banquiers.

Mais la réponse des économistes à cette question est plus simple:

* D’abord, l’Etat n’emprunte pas auprès des banques (à court terme, il leur prêterait plutôt de l’argent…). Pour se financer, il émet des titres négociables, des obligations, qui sont souscrites par des particuliers, des entreprises, des assureurs, diverses institutions. La dette publique est financée par leur épargne.
* Ensuite, la création monétaire par les banques centrales est bien plus inflationniste que l’emprunt. Pourquoi? Parce que lorsque l’Etat emprunte, la ponction sur le marché des capitaux a lieu au détriment d’autres financements: les obligations d’Etat « évincent » le secteur privé, qui aurait lui aussi besoin de cet argent (« effet d’éviction »: lorsque l’Etat emprunte, il fait grimper le taux d’intérêt, ce qui pousse des entreprises à renoncer à leurs projets d’emprunts).

On se méfie en revanche beaucoup (peut-être trop?) de la création monétaire directe par la banque centrale. Il est vrai qu’elle a très souvent, par le passé, conduit à de l’inflation. Pour être saine, elle doit entraîner la création de nouvelles activités. A tort ou à raison (c’est un autre débat), la plupart des pays occidentaux ont préféré éloigner d’eux ce pouvoir trop tentant. Ils ont confié la « planche à billet » à des banques centrales indépendantes, au motif « qu’on ne laisse pas la crème à la garde du chat ».

Mais peut-être les économistes font-ils partie du complot…

L’auteur de la vidéo, Paul Grignon, est un artiste et vidéaste canadien. Il est aussi le co-réalisateur de « Chemtrails – Mystery Lines in the Sky », un film qui, lui, tente de démontrer que les traces d’avions dans le ciel seraient en fait des produits chimiques répandus dans le cadre de programmes gouvernementaux ultra secrets destinés à contrecarrer le réchauffement climatique.

Voir aussi l’intéressante émission (malgré son étrange hésitation à en reconnaitre l’évident caractère antisémite) que lui a consacré Arrêt sur images.


Election américaine: Non, elle n’est pas d’une autre planète (No, Sarah Palin is not from another planet)

9 septembre, 2008
Just say no to Sara PalinJe pense toujours qu’Obama était le seul candidat démocrate sérieux qui pouvait perdre en une année comme celle-ci, et McCain le seul républicain qui pouvait gagner. Victor Davis Hanson
Les démocrates sont mal. Sarah Palin a changé complètement la dynamique de cette campagne. Point final. Willie Brown (ancien maire démocrate de San Francisco)
Les gens de McCain croient que le public est conditionné pour soupçonner le pire dans les motivations des médias, et la réaction du public à l’orgie d’espace consacré par les médias à la grossesse de la fille adolescente de la gouverneure Palin indiquent qu’ils touchent juste. Peter Brown (sondeur)

A l’heure où, à à peine deux mois d’une élection que les démocrates ne pouvaient perdre, le candidat républicain est maintenant jusqu’à dix points d’avance (avec seulement 2% d’indécis!) dans certains sondages …

Confirmation (et soulagement), sur le blog de Charles Martin, Sarah Palin n’est pas (je répète: pas) d’une autre planète!

Coupes de fonds pour enfants handicapés? Autodafés de livres soi-disant dangereux? Sécession de l’Alaska? Soutien du candidat d’extrême-droite Pat Buchanan? Imposition du créationnisme à l’école? Extra-terrestre? …

A lire, pour ceux qui lisent l’anglais, l’excellent travail de compilation de toutes les rumeurs que la compétition politique, l’envie ou la simple médisance (sans parler de la mauvaise foi ou de la paresse de nombre de journaux ou blogs!) peuvent générer et accumuler en à peine une semaine sur une même responsable politique jusque là inconnue, en dehors de son petit état d’Alaska et de quelques spécialistes, de la plupart d’entre nous …

Lisez la suite de cette entrée »


Médias: Attention, une retouche peut en cacher bien d’autres (From doctored smoke to Photoshopped missiles: Fauxtography debunking blogger finally vindicated)

11 juillet, 2008
Reuters: agence de fabrication et d’usage de faux photographiques et autres. Sa bonne foi a été moult fois surprise depuis 30 ans. Laurent Murawiec

Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Charles Enderlin

J’ai travaillé au Liban depuis que tout a commencé, et voir le comportement de beaucoup de photographes libanais travaillant pour les agences de presse m’a un peu troublé. Coupable ou pas, Adnan Hajj a été remarqué pour ses retouches d’images par ordinateur. Mais, pour ma part, j’ai été le témoin de pratique quotidienne de clichés posés, et même d’un cas où un groupe de photographes d’agences orchestraient le dégagement des cadavres, donnant des directives aux secouristes, leur demandant de disposer les corps dans certaines positions, et même de ressortir des corps déjà inhumés pour les photographier dans les bras de personnes alentour. Ces photographes ont fait moisson d’images chocs, sans manipulation informatique, mais au prix de manipulations humaines qui posent en elles-mêmes un problème éthique bien plus grave. Quelle que soit la cause de ces excès, inexpérience, désir de montrer de la façon la plus spectaculaire le drame vécu par votre pays, ou concurrence effrénée, je pense que la faute incombe aux agences de presse elles-mêmes, car ce sont elles qui emploient ces photographes. Brian X (Journaliste occidental anonyme)

L’objectif du test était d’envoyer un signal, l’Iran a donc à la fois exagéré les capacités du missile dans ses déclarations et semble-t-il également retouché les photos. Mark Fitzpatrick (Institut international d’études stratégiques, Londres)
L’Iran semble avoir tiré un seul missile aujourd’hui et non une nouvelle série comme le suggèrent les médias iraniens, a indiqué un responsable du département de la Défense américain. Le Figaro
C’est par “Little green footballs” que le scandale est arrivé: début août, ce blog américain conservateur accuse Adnan Hajj, photographe pigiste de l’agence Reuters, d’avoir manipulé par informatique une photo de Beyrouth pour épaissir la fumée après un bombardement israélien. Effectivement, la retouche est grossière. L’agence présente ses excuses et retire la photo incriminée. Mais le blog met ensuite en évidence une autre photo de M. Hajj, où il a dupliqué une fusée tirée par un avion israélien. Le photographe, qui ne maîtrise apparemment pas bien le logiciel de retouche Photoshop, est renvoyé, toutes ses archives effacées. “Il y a eu un enchaînement d’erreurs humaines, plaide Tom Szlukovenyi, directeur de la photographie chez Reuters. Cette histoire est contraire à tous nos principes et ne s’est jamais produite auparavant.” Claire Guillot (“Guerre du Liban et ‘fauxtographies’ ”, Le Monde du 16.09.06)

Et que celui de France 2 continue à sévir …
Après les fameux retouchages de clichés staliniens, voici, par la nouvelle “Haute-Volta avec des fusées”,… la retouche de photos de missiles!

Comme d’habitude, le principal intérêt d’un scandale, c’est de révéler la réalité de ce qui passe habituellement pour la normalité.

Cette fois, c’est, indépendamment des forts doutes sur la prétendue longue portée des engins en question déjà évoqués hier par Iran-Resist, une agence de presse iranienne qui a avant-hier retouché au Photoshop (pour dissimuler apparemment la défaillance d’un lanceur) une photo diffusée aux agences de presse mondiales pour illustrer un tir de missiles sol-sol.

Mais ce que ne nous disent pas nos chers médias (à l’exception du WP ?), c’est que, pour reprendre la formule utilisée par la journaliste du Monde Claire Guillot il y a deux ans pour régler leur sort à la “cabale” sur Internet de “dizaines de bloggeurs, pour la plupart américains ou israéliens, de droite ou d’extrême droite, se proclamant ‘citoyens journalistes’ et se mettant à enquêter depuis leur salon”, “c’est [à nouveau] par “Little green footballs” que le scandale est arrivé“.

Autrement dit, c’est l’un de ces maudits empêcheurs de tourner en rond de blogs, “ignorants du travail des photographes ou du terrain”, dont “les attaques sont reprises sans précaution par des milliers d’internautes, parfois même relayées par les médias traditionnels, voire par les politiques” et qui “éclaboussent l’ensemble de la profession”.

Qui, après avoir révélé en pleine guerre du Liban, plusieurs cas de manipulation informatique d’un photographe pigiste de l’agence Reuters (notamment l’épaississement de fumée d’un bombardement israélien sur Beyrouth puis la duplication d’une fusée – tiens ! tiens ! – tirée d’un avion israélien), met aujourd’hui en évidence (sans parler des multiples cas de mise en scène de prétendus crimes de guerre israéliens au Liban comme en Palestine) une grossière manipulation d’une agence de presse de l’Etat iranien.

Obligeant à nouveau les grandes agences de presse mondiales mais aussi les grands organes de presse qui achètent leurs images et dépêches à reconnaitre officiellement qu’ils avaient été victimes de manipulation (sans parler des services de renseignement et chercheurs occidentaux eux-mêmes contraints de sortir de leur silence!).

Autrement dit, la véritable information dans l’information (au moins pour le grand public que nous sommes) révélée par ce nouveau cas de manipulation d’images (et donc d’information) et sur laquelle nos journalistes n’ont apparemment pas trop intérêt à insister, c’est la chaine de dépendance qui lie tout le (petit) monde de l’information.

Dépendance des grands journaux d’un nombre réduit d’agence de presse mondiales (notamment Reuters et l’AFP).

Dépendance des grandes agences mondiales d’autres agences étrangères (plus ou moins dignes de foi) avec lesquelles elles ont des accords (comme l’avait récemment signalé le site d’opposants iraniens Iran-Resist pour l’AFP).

Dépendance des grandes agences mondiales, comme l’avait révélé l’affaire de la fausse fumée de Beyrouth, de leurs employés locaux (photographes, cameramen ou journalistes).

Dépendance enfin des journalistes occidentaux (eg. Charles Enderlin), comme l’avait révélé la prétendue “mort en direct du petit Mohamed” de Gaza sous les balles israéliennes, d’assistants locaux (les fameux “stringers” comme le cameraman palestinien Talal Abou Rahmeh) eux-mêmes plus ou moins consciencieux, militants ou victimes de pressions locales.

Sans parler, comme en témoignait presque malgré elle l’article de Claire Guillot et au-delà d’indéniables erreurs ou emballements conspirationnistes de certains blogs, de la propre faillibilité des journalistes occidentaux eux-mêmes (erreurs ou imprécisions dans les légendes, recours plus ou moins judicieux et autorisé au logiciel Photoshop).

Mais aussi, rarement explicités par les intéressés, ces myriades de “petits arrangements” suscités par la compétition pour de belles images comme par les intimidations et leurs propres engagements idéologiques…

Blogs: Retour sur une mort annoncée (A lack of belief in freedom itself)

2 juillet, 2008

Chronicle of a death foretold

A la base de la plupart des arguments contre le libre marché, il y a un manque de confiance en la liberté elle-même. Milton Friedman

Someone makes a public blog post, and then someone else reads it and copies the text to their blog, whilst admitting below the copied text that they didn’t write it, and providing a link back to the blog they got it from. What’s the harm in that? (…) I understand the concept of copyright, but I am unable to see how there’s any harm being done here. (…) Treat it like free publicity — hell, I wish more people would republish my work on their blogs? WordPress member

Surfez libéral, surfez WordPress!

Après les poursuites judiciaires et les lois liberticides ou les mises à l’index des historiens

Après les procès à répétition contre blog dei ou Philippe Karsenty

Suite à la suspension temporaire (mais sans préavis ou mise en demeure), pour un propos supposé raciste que l’auteur comme le responsable du site étaient prêts eux-mêmes à retirer, du blog de notre confrère drzz

Et alors qu’après trois ans de services qui se voulaient bons et loyaux, notre blog originel (jcdurbant@lemonde.fr) vient, comme prévu par le célèbre Portail du Centre Jean Gol (pour des raisons qui toutefois nous échappent encore), de rejoindre le “riche cimetière” des sites abandonnés ou suspendus

Mais surtout contre cet étrange “manque de confiance”, comme disait Friedman, “en la liberté elle-même” dont témoigne si souvent la conception de la “libre expression (“dans les limites que ce principe implique”) et du “respect du débat intellectuel” de ce côté-ci de l’Atlantique

Retour, en forme d’hommage, sur la rare et précieuse exception des libéraux du Centre Jean-Gol et pas seulement pour la reconnaissance que l’on espère non totalement imméritée qu’il nous avait accordée.

Notamment leur remarquable portail libéral à la fois pour le nombre des sites présentés (quelque 600) et la variété de leurs origines (francophones, anglophones, néerlandophones ou autres) comme de la pertinence du commentaire qu’ils accordent à chaque lien …

Surfez libéral

Portail du Centre Jean Gol

Ce portail est un instrument tout à fait unique en son genre. Par sa nature et par son ampleur. Nulle part sur le Web, on ne trouvera un catalogue répertoriant un aussi grand nombre (près de 600) de sites s’inspirant de la doctrine libérale et assortis d’un commentaire explicatif et critique. Nulle part sur le Web, on ne trouvera un tel inventaire des ressources documentaires classées par thématiques et téléchargeables gratuitement, ce qui représente, au total, une somme de plusieurs dizaines de milliers d’études directement accessibles.

Cet outil est destiné à tous, du simple curieux au chercheur universitaire. Il invite à la découverte de ce continent méconnu qu’est la pensée dite libérale et apparentée. Il permet aussi de s’y orienter facilement, évitant ainsi le danger d’enlisement inhérent à toute liste de liens recommandée par la plupart des sites. Ce « continent » est d’une richesse insoupçonnée. Le nombre de sites consacrés, par exemple, à la protection de l’environnement et à l’aide au développement atteste de la vitalité et de la pertinence de la réflexion libérale dans le monde complexe qui est le nôtre. Elle démontre surtout que le libéralisme n’est pas cette doctrine égoïste, insouciante et déconnectée du réel que certains nous dépeignent.

Les quelques 600 sites repris dans cette sélection ne constituent qu’une partie infime des sites dits libéraux opérant sur le Net. Certes, une bonne partie des instituts et think tanks de cette tendance y figure mais on a consacré aussi une certaine place aux blogs, forums et autres sites individuels de cette même tendance. Avons-nous répertorié ces derniers de façon exhaustive ? Si l’on sait que, au total, Internet héberge plusieurs millions de blogs et que, depuis quelques années, ce nombre double chaque année, on comprend tout ce que cette question a d’utopique. On présente donc ici, de manière forcément arbitraire, une sélection de blogs représentatifs.

On constatera aussi que l’univers libéral est une grande famille, ce qui implique qu’une multitude d’orientations et d’opinions s’affrontent au sein même de ladite famille. C’est ce qui distingue une doctrine (telle que le libéralisme) d’une idéologie : le débat est possible et les dissidents doctrinaux ne sont pas excommuniés. On trouvera, par exemple, des sites partisans, au nom de la restauration des libertés fondamentales, de l’intervention en Irak comme d’autres sites opposés à cette intervention (comme à toute intervention de l’Etat d’ailleurs).

Ces sites sont exclusivement des sites d’inspiration libérale. On y a inclus aussi, en le signalant chaque fois, les sites libertariens. Mais on n’a pas repris les sites qui ne seraient pas libéraux (parce que conservateurs, monarchistes, traditionalistes, familialistes, etc.). D’ailleurs, certains sites libéraux répertoriés ici appartiennent parfois plus à la gauche qu’à la droite.

Les sites présentés ici sont de diverses natures. Certains sont libéraux, d’autres d’inspiration libérale et d’autres encore à la marge de cette tendance. Le Centre Jean Gol ne partage et ne soutient pas nécessairement toutes les positions défendues dans le cadre de ces sites d’inspiration libérale. Il n’est en aucune manière responsable du contenu de ces derniers. Non seulement, le Centre Jean Gol ne partage pas nécessairement toutes les idées et opinions que l’on peut retrouver dans ces sites mais il en combat d’ailleurs certaines. Mais, dans un esprit libéral respectueux du débat intellectuel et de la liberté d’expression, le Centre renvoie parfois à des sites contenant des idées auxquelles il s’oppose, à condition, évidemment, que ces dernières respectent les valeurs démocratiques et la dignité humaine.

C’est particulièrement le cas d’un onglet spécifique du portail intitulé « sites autres » à propos du contenu duquel le Centre Jean Gol décline toute responsabilité. Le portail contient quatre autres onglets : les sites francophones, anglophones, néerlandophones ou en langues autres que les trois premières. C’est dans la catégorie des sites anglophones que l’on retrouve la plus grande diversité. Elle contient évidemment des sites hébergés aux Etats-Unis, en Angleterre, en Australie, etc. mais aussi un grand nombre de sites libéraux présents dans le reste du monde (Asie, Europe, Afrique et Amérique latine).

Ce portail est un univers mouvant. Cela signifie que le contenu des sites varie, que de nouveaux bloggeurs, auteurs, participants à des forums interviennent constamment dans des structures existantes. Il est impossible d’exercer un contrôle permanent sur chaque page de chacun des sites et d’en garantir la respectabilité. Certains sites vieillissent, d’autres meurent et d’autres naissent. N’hésitez pas à nous faire part de vos suggestions relativement à des sites nouveaux ou ne figurant pas dans cette liste. N’hésitez pas non plus à nous signaler des abus. C’est grâce à l’éclairage et aux suggestions des visiteurs selon une procédure de régulation d’essence libérale que cet outil pourra demeurer performant et améliorer sa qualité.

Visitez aussi le site du MR et de ses composantes : le FDF , le MCC et le PFF.
L’Open-VLD et le MR sont membres du Parti des Libéraux, Démocrates et Réformateurs Européens (ELDR) et de l’Internationale Libérale (ce site reprend la liste des sites de 70 partis libéraux de par le monde). Leurs députés au Parlement européen siègent au groupe de l’Alliance des Démocrates et Libéraux Européens (ADLE).


Totalitarismes: En Chine, la cyberguerre, c’est tous les jours! (In China, it’s cyber war everyday)

4 septembre, 2007
Chinese homeland CyberwarLa Corée du Nord, par exemple, “produit” chaque année 100 cybercriminels. Athina Karatzogianni

Attention: une guerre peut en cacher une autre!

Comme d’habitude, l’intérêt des scandales, c’est ce qu’ils révèlent sur le quotidien…

Après les jihadistes, propagandistes islamistes ou néoluddites antimondialistes ou antiguerre …

Après l’Estonie en mai dernier qui doit accueillir l’an prochain le nouveau centre anti-cyberterrorisme de l’OTAN (par les Russes? – suite au déboulonnage d’une statue soviétique) et le gouvernement allemand

Voilà qu’on apprend que l’Armée chinoise a pénétré un système informatique (de courriels non confidentiels) du Pentagone.

Et surtout, même si l’on se doute déjà qu’ils sont constamment attaqués (“des centaines d’attaques par jour“, “près de 90 % des entreprises et des agences gouvernementales”, comme la Sécurité intérieure, l’industrie de l’armement ou les centres de recherche), réussi ce faisant… à entraîner la fermeture temporaire du système (plusieurs centaines de comptes) pour une semaine entière!

Mais qui rappelle qu’au niveau intérieur la (prétendue) République populaire de Chine, chez qui (business oblige!) tous nos industriels et leurs marchands de commerce politiques affluent en rangs serrés, dispose déjà (censure oblige) du plus formidable système de surveillance internet au monde (merci Google et Microsoft) …

Et que là-bas comme chez l’autre Etat-voyou (nord-coréen) qui lui sert de voisin, la cyberguerre et la cybercriminalité contre “sa” propre population, c’est tous les jours?

Les militaires chinois auraient piraté le système informatique du Pentagone
Le Monde
Le 04.09.07

Après l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui annonçait la semaine dernière le piratage informatique de plusieurs ministères allemands par Pékin, c’est au tour du quotidien britannique Financial Times de relever, mardi 4 septembre, un cas de cyberdélinquance impliquant l’armée chinoise, qui aurait été perpétré en juin contre le système informatique du Pentagone, notamment contre le système utilisé par le cabinet de Robert Gates, secrétaire à la défense.

Si les autorités militaires américaines se refusent à préciser l’origine des cyberpirates, plusieurs responsables ont indiqué au journal être certains de l’implication de l’Armée populaire de libération (APL), l’armée chinoise. Une performance qui aurait pris plusieurs mois aux informaticiens chinois, selon le FT.

“PERTURBER LE SYSTÈME DANS UNE SITUATION DE CONFLIT”

Le Pentagone continue à rechercher les données qui ont été téléchargées. Mais d’après le quotidien britannique, il s’agirait principalement d’informations “déclassifiées”. Les responsables américains sont toutefois inquiets, car la Chine aurait “montré sa capacité à mener des attaques pour neutraliser notre système (…) et sa capacité, dans une situation de conflit, à entrer de nouveau et à perturber [le système] sur une grande échelle”, explique notamment un ancien gradé américain sous le couvert de l’anonymat.

La semaine dernière, à l’occasion de la visite à Pékin de la chancelière allemande, Angela Merkel, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, lui avait assuré être “préoccupé” par les informations faisant état d’un programme d’espionnage des ministères allemands.

Voir aussi:

Le temps des cyberguerres
Le Monde
Le 17.06.07
Entretien. Spécialiste des conflits sur le Net, la chercheuse Athina Karatzogianni souligne la vulnérabilité croissante des pays et des systèmes informatiques
Venons-nous d’assister, en Estonie, à la première cyberguerre ?

- Des cyberconflits ont été observés dès le milieu des années 1990, mais c’est la première fois que les infrastructures d’un Etat dans leur globalité, en l’occurrence celles de l’Estonie, ont été visées durablement par une attaque Internet orchestrée. D’où l’évocation de « première cyberguerre » ciblant un pays pionnier du Net, surnommé « e-Stonia ». Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce pays doit accueillir, en 2008, le nouveau centre de l’OTAN pour contrer le cyberterrorisme !

Rentrons-nous dans le siècle des cyberconflits ?

- Leur nombre va, en effet, être en constante augmentation, d’autant plus que les pays, de plus en plus connectés, vont accroître leur vulnérabilité sans en être forcément conscients.

Pour autant, il faut garder le sens de la mesure. Avec humour, une lettre spécialisée, la Crypt Newsletter, écrit que « ce qui est magnifique avec la cyberguerre secrète, c’est qu’elle peut être ce que chacun veut qu’elle soit ». Certains incidents rapportés par des médias n’ont pas été vérifiés. Des alertes suscitent le doute car elles sont lancées soit par des groupes qui peuvent bénéficier directement de dépenses publiques destinées à combattre cette menace, soit par des sociétés qui vendent des services de sécurité informatique.

Y a-t-il une typologie des cyberconflits ?

- Empiriquement, on peut en distinguer de deux sortes, même si ce sont des affrontements complexes, dont les acteurs ont des contours et des revendications parfois assez flous. Jusqu’à présent, nous avons observé des cyberconflits dits « sociopolitiques », déclenchés par des groupes militants comme les mouvements antimondialistes ou antiguerre qui organisent bien plus rapidement leur lutte par Internet et piratent des sites institutionnels ou d’entreprises. Il existe aussi des cyberconflits dits « ethnoreligieux », souvent la prolongation dans le cyberespace de conflits réels comme au Kosovo, ou entre Israéliens et Palestiniens, Indiens et Pakistanais, Taïwanais et Chinois. Il s’agit alors de pirater les sites ennemis, de créer des sites de propagande… Ces groupes utilisent alors l’Internet, non pas pour recadrer le débat, mais comme une arme, dans une méthode analogue à la guerre des pierres. Internet, moyen peu onéreux et facile d’utilisation, permet à ces acteurs d’atteindre un niveau d’influence qui leur était jusqu’à présent refusé ou inaccessible.

Quelle leçon pour l’avenir pouvons-nous tirer de l’événement estonien ?

- C’est un signal d’alarme. L’échelle du cyberconflit estonien souligne la déficience de la communauté internationale à savoir définir les cyberconflits et réagir rapidement lorsqu’un Etat est visé. Que ces attaques massives aient été menées par le gouvernement russe, par des communautés de la diaspora russe ou, plus probablement, par des Russes vivant en Estonie, force est de constater que l’OTAN ne définit pas encore les attaques électroniques comme des actions militaires. Malgré l’importance de cet assaut, l’OTAN n’a fait qu’envoyer des experts pour comprendre ce qui s’était passé. Il faudra peut-être un plus gros Pearl Harbor électronique pour que les cyberconflits et leurs futures implications soient pris en considération.

Les Américains semblent, eux, prendre très au sérieux la menace et redoutent une attaque qui paralyserait leur économie. Est-ce crédible ?

- Une crise des réseaux d’information perturberait gravement les marchés financiers, les systèmes bancaires, le contrôle aérien ou les services d’urgence. Selon un représentant républicain, un réseau terroriste aurait déjà testé les infrastructures électroniques de sociétés dans l’eau, l’énergie et les télécommunications.

Le contenu du cyberarsenal américain est un secret aussi bien gardé que les capacités nucléaires. Mais de nombreux comités ont été créés. Le plus important est le National Information and Protection Center, qui regroupe des agents du FBI, des militaires et des spécialistes de la sécurité nationale. D’autres comités regroupent des spécialistes du monde de l’entreprise et des affaires. L’un des dirigeants de la lutte contre la cybercriminalité, le major général James David Bryan, a décrit les trois missions principales à assumer : tester des cyberarmes pour mieux comprendre leur impact, ne pas les traiter comme une entité séparée, mais les inclure dans l’arsenal global de défense, former un cadre professionnel des cyberguerriers militaires.

Un tel zèle peut s’expliquer alors que la Corée du Nord, par exemple, « produit » chaque année 100 cybercriminels et que, selon le FBI, près de 90 % des entreprises et des agences gouvernementales ont été la cible d’attaques en 2002. Les autorités craignent que des cyberterroristes soient, demain, soutenus par des Etats voyous. Ou qu’ils lancent, à partir d’origines multiples, une attaque convergente sur une cible, remplaçant le mode classique : en une vague, à partir d’un point unique.

On voit que, depuis le 11-Septembre, les Etats-Unis sont rentrés dans un mode répressif très binaire, qui divise le monde entre « eux » et « nous » et dont une des conséquences est une érosion des droits civils. Il reste encore à convaincre l’opinion de la nécessité d’actions intrusives des autorités pour assurer la sécurité nationale face aux cyberconflits. Peut-être si le pays est victime d’un événement à l’estonienne.

L’Europe est-elle préparée ?

- L’Europe s’est jusqu’ici plus intéressée aux contenus Internet relatifs à la propagande néonazie, à la pédophilie, à la fraude électronique… Les choses pourraient changer après ce qui vient de se dérouler.

Peut-on évaluer la menace que représente Al-Qaida ?

- Le réseau terroriste s’accommode évidemment bien d’un réseau de communication sans frontière. Il l’a utilisé comme outil de mobilisation avant le 11-Septembre, et encore plus après la destruction de ses cellules en Afghanistan, au Pakistan et en Arabie saoudite. Internet est, pour Al-Qaida, un moyen de recrutement et d’entraînement, un outil de propagande ainsi qu’une arme pour perturber les opérations financières ou pour voler des données. Al-Qaida, acteur à caractère ethnoreligieux, dont l’idéologie ne repose pas sur une identité nationale, est un cas unique pour ce qui est de l’utilisation des ressources offertes par le Web. Selon le récent avertissement lancé par un élu républicain américain, il y a 50 % de chances que le prochain attentat d’Al-Qaida sur les Etats-Unis inclue une cyberattaque.

Propos recueillis par Laure Belot et Jean-Pierre Stroobants

Voir enfin:

Russie-Estonie : la guerre électronique
Laurent Suply
Le Figaro
le 17 mai 2007

Le conflit larvé qui oppose Moscou et Tallinn s’entend sur internet, à tel point que cette cyber-guerre sera au menu du sommet UE-Russie.

Deux banques, des journaux, de nombreux sites gouvernementaux ou de partis politiques : les dégâts sont lourds en Estonie depuis le début de la cyber-guerre que se livrent Tallin et Moscou. Internet et les infrastructures informatiques sont en effet devenus des champs de bataille où se reflète la crise diplomatique entre les deux pays. Explications.

Le 27 avril dernier, l’Estonie décide de déboulonner un monument à la gloire de l’armée rouge. Plusieurs attaques informatiques, menées grâce à la tactique du déni de service (qui consiste à surcharger un serveur informatique), sont aussitôt signalées contre les sites officiels estoniens. En représailles, plusieurs sites russes semblent avoir été visés, dont le quotidien Kommersant et la radio des Echos de Moscou. Et l’affrontement continue depuis, avec un pic atteint le 9 mai, date anniversaire de la victoire russe sur l’Allemagne nazie.

Qui sont ces combattants de l’ombre qui s’affrontent à distance ? Pour l’heure, un seul pirate a été arrêté. Ce jeune estonien de 19 ans postait sur des forums les adresses des sites gouvernementaux estoniens à attaquer. D’autres attaques sont menées par des pirates grâce à des bataillons d’ordinateurs privés infectés au préalable par des virus. En Russie, un membre des Nachis, les jeunes militants pro-Poutine, a déclaré avoir participé à certaines attaques.

La main du Kremlin ?

Simples affrontements entre communautés de pirates russes et estoniens ? Certains en doutent, croyant voir la main du Kremlin derrière l’offensive, particulièrement dangereuse pour un pays aussi dépendant de l’informatique que l’Estonie. Le 30 avril, le ministre de la Justice estonien déclare, sans accuser directement le Kremlin, que la source de certaines attaques remonte directement à des ordinateurs d’institutions officielles russes. Quelques jours plus tard, c’est au tour du ministre des Affaires étrangères de demander à Moscou des « excuses » après les cyber-attaques. Même le président estonien, Toomas Hendrik Ilves, laisse deviner qui est coupable à ses yeux : « en Europe, on n’a pas l’habitude d’organiser des cyber-attaques contre les sites des administrations d’autres pays », déclare-t-il. D’autres officiels estoniens déclarent au Guardian que le « général » de cette cyber-guerre a été identifié, en la personne d’un Russe « lié aux services de sécurité fédéraux ».

Et l’Estonie d’en appeler à l’Otan pour se défendre. Le secrétaire général de l’OTAN s’est dit « préoccupé » par les attaques et l’organisation a dépêché trois spécialistes à Tallin. Le dossier devrait être prudemment abordé lors du sommet UE-Russie de Samara, qui commence jeudi soir sur les bords de la Volga.

La dernière cyber-guerre de cette ampleur remonte à la guerre du Liban. Israël attaquait les sites liés au Hezbollah, tandis que des pirates anti-guerre s’en prenaient, eux, à des sites officiels israéliens ou américains. Si la preuve de l’implication de l’Etat russe est apportée, cette offensive deviendra le premier assaut électronique d’un pays contre un autre.


Terrorisme: Have computer, will travel

19 mai, 2007
Kozo OkamotoC’est quand les phénomènes vont mourir qu’ils s’exaspèrent. René Girard

Intéressant entretien du chercheur sur le terrorisme allemand Christoph Reuter sur les terroristes-suicide et, dans le cas de la secte Al Qaeda (décapitation de sa hiérarchie oblige), de sa toujours plus grande désintégration avec la croissante déterritorialisation, voire la totale dématérialisation des « objectifs ».

Arrivant à la limite à une situation où les groupes n’auraient plus besoin ni d’ordres ou de justification (ie. d’instructions venant d’instances supérieures), ni de camps d’entraînement, mais iraient chercher eux-mêmes sur Internet les prêches pour se radicaliser comme le mode d’emploi pour fabriquer leurs explosifs.

Avec, dans le cas irakien, l’hostilité croissante des terroristes locaux du fait de leurs attaques aveugles, y compris contre des sheiks et personnalités locales.

Et la mafiosisation généralisée des attaques et des enlèvements (qui, faute de riches, atteignent maintenant les chauffeurs de taxi), la religion ne servant plus que de pur prétexte.

Ce qui laisse espérer à terme (à l’instar du phénomène des attentats anarchistes du début XXe ou des différentes “brigades rouges” allemande, italienne, française ou japonaise des années 70 et confirmant les thèses de nos islamologues qui annoncent depuis des années l’échec de l’islamisme politique) un certain essoufflement du phénomène (du fait bien sûr des meilleures mesures de protection comme la barrière de sécurité israélienne ou les fouilles dans nos aéroports, mais même en Irak où ils ont réussi à s’attirer l’hostilité toujours plus grande des terroristes locaux), sans exclure bien sûr des retours de feu occasionnels.

le “bazar” qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent.

Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager.

Cette situation est pire qu’une guerre civile dans la mesure où il n’y a pas de fronts clairs du fait de la présence américaine. Les groupes ne peuvent se mesurer les uns aux autres et frappent là où ils peuvent frapper, mais il n’y a pas de zones pacifiées. Une guerre civile aurait pour conséquence qu’après un ou deux mois, certains territoires seraient maîtrisés par certaines factions: ce n’est pas le cas étant donné que les Américains interviennent pour briser cette maîtrise.

Le Ministère de la Défense du Gouvernement Islamique d’Irak dont personne ne sait exactement de qui il s’agit (…) a édicté un certain nombre de règles à Mossoul: par exemple que les femmes n’ont plus le droit d’acheter des concombres puisqu’il s’agit de légumes pour les hommes, qu’elles n’ont plus le droit de manger des glaces, alors que hommes n’ont plus le droit d’écouter de la musique ou de regarder la télévision à l’exception de récits coraniques, les coiffeurs n’ont plus le droit de couper les barbes et les retraités n’ont plus le droit de recevoir leur pension de l’Etat, mais leur argent doit être mis à disposition du Gouvernement Islamique d’Irak qui va ensuite le répartir selon une clé de répartition “islamique et juste”.

Ces édits n’ont plus de rapport avec une autorité religieuse du fait que, d’une part, les gens n’y connaissent rien et que, d’autre part, cela n’est plus nécessaire, du fait que ces milices sortent simplement dans la rue et tirent autour d’elle: c’est leur seule légitimitation, la terreur. En d’autres termes, ces gens défendent une attitude selon laquelle “l’Islam c’est moi” et se déclarent interprètes de l’Islam et autorité religieuse.

Attentats-suicides: analyse et perspectives – un entretien avec Christoph Reuter

Jean-Marc Flükiger – Terrorisme.net
18 mai 2007

Dans son ouvrage Mein Leben ist eine Waffe (“Ma vie est une arme”), paru en 2002, Christoph Reuter dressait pour la première fois un portrait et une histoire du phénomène moderne de l’attentat-suicide. Journaliste pour Stern Magazin, GEO et Die Zeit, Christoph Reuter nous livre ici une analyse incisive du phénomène de l’attentat-suicide et de son avenir. Ayant voyagé à de nombreuses reprises dans l’Irak post-Saddam Hussein, Reuter dresse également un tableau de la situation endurée quotidiennement par ses habitants.

Christoph Reuter en Irak (© Christoph Reuter).

Terrorisme.net – Depuis la première publication de votre livre “Mein Leben ist eine Waffe”, réédité sous le nouveau titre “Selbstmordattentäter. Warum Menschen zu lebenden Bomben werden”, 4 jeunes musulmans qui avaient grandi au Royaume-Uni se sont fait exploser à Londres, tuant plus de 50 personnes. L’année passée, 17 jeunes jihadistes qui avaient grandi au Canada ont été arrêtés avant de pouvoir passer à l’acte. Dans une (éventuelle) réédition de votre ouvrage, comment analyzeriez-vous ces événements: comme un nouveau chapitre de votre livre ou comme une partie du chapitre déjà existant sur Al-Qaida?

Christoph Reuter – Dans la version de poche de mon livre Mein Leben ist eine Waffe (disponible en anglais sous le titre My Life Is a Weapon: A Modern History of Suicide Bombing), j’esquisse déjà la thèse selon laquelle Al-Qaida tend à devenir une secte détachée de toute perspective nationale. En effet, ni les objectifs, ni le recrutement des acteurs ne sont limités à certains cercles. Si vous prenez le Hamas ou le Hezbollah, il ne viendrait jamais à l’idée de ces groupes de recruter des étrangers, à quelques exceptions près (dans la mesure où ces organisations auraient besoin d’un passeport). Il ne viendrait par exemple jamais à l’idée de ces groupes de recruter des Tchétchènes, alors que le “bazar” qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. En ce qui concerne l’attentat commis à Londres le 7 juillet 2005 ou dans le cas des motifs des personnes arrêtées l’an passé en Allemagne ou au Canada, il s’agit de personnes qui n’ont plus aucun contact avec des cadres d’Al-Qaida. Dans tous les cas, la police n’a pu prouver aucun lien entre ces derniers et les deux libanais arrêtés pour leur tentative d’attentat en Allemagne ou les kamikazes de Londres.

Dans ce dernier cas, des investigations très poussées ont été menées: il s’agissait d’un petit groupe qui existait déjà avant de se radicaliser, dont les membres se sont rendus au Pakistan. Dans cette perspective, il n’a pas été possible de prouver qu’ils aient rencontré des membres de cercles radicaux. De plus, ceux-ci n’ont pas eu besoin d’instruction venant d’instances supérieures, mais sont allés eux-mêmes chercher sur Internet les prêches qui les ont radicalisés ainsi que le mode d’emploi pour fabriquer l’explosif qu’ils ont utilisé, le TATP (triacétone tri-péroxyde) qu’ils ont obtenu en mélangeant des produits de ménage tout à fait usuels. Ce qui veut dire que l’attentat, de sa justification à l’acquisition des matériaux, était entièrement autochtone. Les acteurs n’avaient donc besoin ni de camps d’entraînement, ni d’ordres.

Cela correspond parfaitement aux observations du psychiatre américain Marc Sageman, selon lesquelles les nouvelles cellules d’Al-Qaida ne sont pas dirigées par les recruteurs du réseau, mais qu’il s’agit de groupes qui existaient déjà auparavant, de personnes qui se connaissaient et se sont radicalisées ensemble et qui sont de ce fait si difficiles à détecter avant de passer à l’acte.

Ce qu’on peut déduire de cela, c’est qu’Al-Qaida est devenue une sorte d’agrégat dans lequel les relations personnelles avec les cadres ne sont plus nécessaires: il s’agit d’une pure idéologie, une idée selon laquelle le monde doit être “nettoyé” des infidèles et qu’il est en guerre, même dans des régions comme Casablanca, Madrid, Paris ou Londres où les gens n’ont pas le sentiment de vivre dans une situation de conflit. Si l’on considère Mohammed Siddique Khan et son message vidéo, on n’a l’impression qu’il se trouvait dans un autre pays qui s’appellerait par hasard “Angleterre”. Le monde est en guerre, et il s’agit de continuer la lutte.

Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager.

Terrorisme.net – Que pensez-vous alors de la thèse défendue par Robert A. Pape dans son ouvrage “Dying to Win: The Strategic Logic of Suicide Terrorism”, où il affirme que les attentats-suicides que l’on connaît à l’heure actuelle ont tout de même un rapport avec des notions telles que le “territoire” ou l’”état”?

Christoph Reuter – Il s’agit là de sa grande erreur. On distingue plusieurs formes d’attentats-suicides: il est vrai que par le passé, on a pu observer par exemple, à Karachi, au Pakistan comment un groupe composé de radicaux sunnites implanté localement et qui tuait essentiellement des chiites a été “retourné” par des combattants d’Al-Qaida sur le retour pour acquérir une dimension internationale en tuant des étrangers. Ce groupe avait à l’origine effectivement des visées “nationales”. Mais si l’on prend les attentats qui ont eu lieu ces derniers temps, comme en 2004 à Casablanca, comme à Madrid, à Londres, ou les préparatifs découverts en Allemagne ou au Canada, on constate que ceux-ci n’ont rien à voir avec des territoires. Les recherches menées par Marc Sageman le démontrent également: il y a une “branche” des personnes qui pratiquent l’attentat-suicide qui ne s’intéressent pas à des gains territoriaux.

Terrorisme.net – Ne pourrait-on pas cependant dire que ces terroristes se battent pour que des troupes soient retirées de pays musulmans, comme par exemple en Irak?

Christoph Reuter – Les kamikazes récents n’avaient rien à voir avec l’Irak, ils n’y sont jamais allés. Les kamikazes de Casablanca, par exemple, sont allés à pied pour rejoindre le lieu de leur attentat: ils n’avaient pas les moyens de payer un taxi. Comment s’imaginer alors qu’ils aient eu suffisamment d’argent pour entreprendre un voyage en Irak? Je crois qu’il s’agit d’une erreur d’affirmer que les attentats d’Al-Qaida soient liés à une notion de territoire. Même en Irak, on observe depuis environ une année des combats massifs entre la résistance sunnite et des militants qui se sont établis comme Al-Qaida, du fait que sur place, Al-Qaida a assassiné tellement de sheiks, de personnalités locales dans les cercles radicaux que même leurs alliés se sont retournés contre eux plutôt que de perpétrer des attentats sur les Américains.

Je crois que pour cette raison, Pape se trompe: il s’est appuyé en grande majorité sur des chiffres mais ne connaît pas bien les différentes scènes locales. Les différences sont déjà très marquées si l’on prend en considération les différentes scènes que sont la Palestine, le Liban, la Tchétchénie du point de vue de l’impact auprès des populations, du recrutement etc. Pour prendre un exemple, il a fallu des mois pour que soit diffusé le message vidéo de Mohammed Siddique Khan, monté ultérieurement avec un message d’Ayman Al-Zawahiri. Il a donc fallu longtemps pour pouvoir rassembler les vidéos.

Par contre si vous prenez la situation en Palestine, il faut environ une heure pour chauffer les rotatives et placarder les affiches après un attentat-suicide. Les différences sont très importantes, et pour cela il faut connaître les spécificités locales et la provenance des kamikazes.

Terrorisme.net – Dans votre ouvrage, vous parlez souvent de l’influence du Hezbollah (que ce soit sur le LTTE tamoul, le Hamas, le Djihad islamique ou Al-Qaida). L’année dernière, ce même Hezbollah a initié une nouvelle tactique, celle “d’arroser” la population israélienne avec des roquettes, tactique qui a également été adoptée par le Hamas (qui a pris pour cible la ville de Sderot), alors que le LTTE utilise maintenant des drones. Si l’on regarde vers l’avenir, ne pensez-vous pas que ce développement pourrait signifier un abandon de l’attentat-suicide et que la campagne actuelle en Irak ne serait qu’une sorte de champ du cygne du phénomène?

Christoph Reuter – Si l’on compare le Hezbollah et le LTTE à d’autres groupes qui pratiquent l’attentat-suicide, on constate qu’ils ont été couronnés de succès: le Hezbollah a réussi à repousser les Israéliens hors du Liban sud et le LTTE a contraint le gouvernement sri-lankais à s’asseoir à la table des négociations. Ce que l’on observe au niveau de ces groupes qui ont recours à de nouvelles stratégies, c’est qu’il s’agit de groupes qui ont utilisé de manière très ciblée l’attentat-suicide par le passé. Il s’agit de groupes très organisés hiérarchiquement et qui n’envoient pas leurs combattants au hasard, mais les préparent très bien et connaissent également la valeur ambivalente de l’arme qu’est l’attentat-suicide. Si ceux-ci sont trop nombreux, sa logique s’en trouve dévaluée. Cette logique est la suivante: “je me tue, mais par cet acte je m’assure une postérité et ne serai pas oublié”. Il s’agit donc d’assurer une postérité à ces combattants. C’est pourquoi l’attentat-suicide n’est utilisé que de manière très sélective et dès le moment où celui-ci n’est plus nécessaire, parce que les objectifs sont atteints ou qu’un groupe est respecté, il n’est plus nécessaire de sacrifier des gens et il est alors possible d’avoir recours à d’autres moyens, comme construire des drones ou placer des mines au bord de la route pour tuer des officiels de rang du camp adverse (comme l’a pratiqué le Hezbollah par le passé). En d’autres termes, si ces groupes deviennent suffisamment forts, ils peuvent y renoncer, pour y avoir recours par la suite seulement si cela devait s’avérer nécessaire.

L’attentat-suicide constitue l’ultima ratio de la lutte, mais peut perdre sa valeur s’il est utilisé de manière indiscriminée, comme ce fut le cas durant la guerre Iran-Irak où des centaines de milliers d’enfants ont été envoyés à la mort. Dans ce dernier cas, presque la moitié des familles des quartiers pauvres de Téhéran pourraient prétendre au titre de familles de martyrs. Mais cela crée des conflits puisqu’il n’y pas assez d’argent et qu’il est difficile d’honorer la mémoire de 50.000 personnes chaque année, alors que dans le cas du LTTE et du Hezbollah, il existe des reliquaires pour les martyrs dont on fête l’anniversaire et dont on se souvient. Mais cela ne peut fonctionner que si l’on sacrifie une trentaine de personnes en l’espace de 25 ans, comme dans le cas du Hezbollah.

Ce qui se passe en Irak est lié à la désintégration générale d’Al-Qaida. Même dans ce cas où il existerait une raison bien concrète pour la lutte – le retrait des troupes américaines ou le combat contre les chiites – les militants qui brandissent la bannière d’Al-Qaida sont devenus des adversaires de leurs alliés, du fait qu’ils frappent de manière indiscriminée et brutale toutes les personnes qui ne se soumettent pas à leur autorité. Dans le cas de l’Irak, le cœur de l’idéologie d’Al-Qaida se résume à “nous avons raison et toutes les personnes qui ne se soumettent pas à notre autorité ont tort”. Pour les militants d’Al-Qaida ceux qui ne se soumettent pas à leur autorité sont des munafiqin, des hypocrites qui peuvent être sacrifiés, même s’ils sont musulmans radicaux, même s’ils se réfèrent à Ibn Taymiyya et se battent contre les Américains et les chiites. Concrètement, cette façon de penser a mené à l’assassinat, même au sein des cercles radicaux, de sheiks et de personnalités locales. Par rapport à des groupes comme le Hezbollah ou le LTTE, Al-Qaida agit de manière totalement irrationnelle.

Dans le cas d’Al-Qaida et de sa façon arbitraire et indiscriminée de frapper, ceci aura probablement pour conséquence que l’attrait de l’attentat-suicide va diminuer. On a assisté à un phénomène similaire en Iran après les vagues de kamikazes durant le conflit avec l’Irak: il n’y a plus jamais eu de kamikazes iraniens du fait que la valeur du phénomène a été complètement dévaluée. On peut observer une baisse de l’attrait, mais dans une proportion moindre, dans la société palestienne, où l’on a assisté à d’énormes fluctuations que ce soit au niveau de l’approbation des attentats ou de leur nombre. Par exemple, après le début de la seconde Intifada, les attaques étaient presque quotidiennes, alors que maintenant où l’on assiste à une certaine lassitude, leur nombre a baissé de manière drastique. Dans le cas d’Al-Qaida, cette “réaction à retardement” fonctionne de manière ralentie puisqu’il ne s’agit pas d’un groupe militants limité, mais de ce qu’on pourrait qualifier de “crème de la crème” des ultra-radicaux de toutes les sociétés musulmanes.

Terrorisme.net – En d’autres termes, on peut effectivement parler d’un “chant du cygne”des attentats-suicides?

Christoph Reuter – Effectivement, leur nombre va diminuer. Prenez par exemple le Hezbollah qui n’a pas eu recours à l’attentat-suicide depuis 1997, même pendant la guerre contre Israël durant l’été 2006: cette organisation a eu tellement de succès qu’elle n’a pas eu besoin d’y recourir. Dans le cas d’une population et d’un conflit limités, cela s’arrête toujours. C’est un phénomène tellement paradoxal qu’on ne peut le maintenir indéfiniment. Mais le moyen en soi est maintenu connu et ne disparaîtra probablement jamais complètement. Même en Irak, le nombre d’attentats-suicides va probablement baisser du fait qu’ils vont votre perdre leur attrait. Il y aura peut-être un problème avec ce qu’on appelle “Al-Qaida”, du fait qu’elle opère comme une secte isolée et que malgré son manque de succès, elle trouvera toujours des gens pour se faire sauter, peut-être moins en Irak, mais en Allemagne ou dans des endroits où les mesures de sécurité sont beaucoup plus faibles et que l’on peut facilement se mélanger à des foules nombreuses. En principe, rien ne serait plus facile que de perpétrer un attentat-suicide en Allemagne où dans tous les endroits où il est possible de s’approcher d’une foule avec une camionnette remplie d’explosifs, ce qui est devenu impossible en Irak puisqu’il y a partout ces barrières de béton.

Terrorisme.net – L’un des aspects les plus fascinants de votre ouvrage est incontestablement son côté personnel, c’est-à-dire vos rencontres avec les familles des kamikazes ou avec les survivants des vagues d’attentats-suicides iraniennes. Vous avez beaucoup voyagé en Irak et y avez consacré un ouvrage, “Cafe Bagdad. Der ungeheure Alltag im neuen Irak”. Y avez-vous également rencontré des familles de kamikazes?

Christoph Reuter – Non pour la simple et bonne raison que les familles ne savent souvent pas ce qui est arrivé à leur(s) fils. J’ai rencontré en Arabie Saoudite des proches de personnes qui se sont probablement fait exploser en Irak et qui ont déclaré ne pas savoir où étaient leurs enfants. Ils disparaissent tout simplement et c’est seulement avec beaucoup de chance que l’on trouve sur les sites correspondants de petits communiqués où sont cités les kamikazes et leur lieu d’origine. Les combattants sur le retour qui annoncent parfois qu’un tel ou un tel s’est fait sauter constituent une autre source possible. Il faut également signaler que ces attentats ne soulèvent aucune réaction positive: il n’existe aucune région du monde où on fête les personnes qui se sont fait exploser en Irak – même en Irak.

Même dans les cas de personnes qui se sont fait sauter contre les troupes américaines, je n’ai découvert aucune annonce de joie, comme ça a été le cas au Liban ou en Palestine avec ces festivités où on félicite les familles et les proches de manière officielle.

Terrorisme.net – La fierté que l’on retrouve dans certaines familles en Palestine ou au Liban n’existe donc pas?

Christoph Reuter – La fierté – qui est en fait également très ambivalente puisqu’il s’agit d’une fierté officielle, mais qu’au niveau privé les familles sont souvent accablées – que l’on retrouve dans les familles palestiniennes n’a pas été observé dans les familles irakiennes du fait que les familles ne sont souvent pas au courant et qu’une telle approbation publique n’existe pas en Irak.

Terrorisme.net – On parle parfois du calme presque héroïque de certaines populations (comme les Israéliens ou les Anglais) après des attentats-suicides. Qu’en est-il de la population irakienne?

Christoph Reuter – C’est difficile à dire étant donné que la situation ressemble au jet d’un cocktail Molotov dans une mer de flammes, c’est-à-dire que les attentats-suicides ne constituent qu’une partie de la situation qui perturbe beaucoup la population. A cela s’ajoutent les nettoyages ethniques, c’est-à-dire qu’on assiste à de véritables chasses contre les sunnites, les chiites, les chrétiens. Les escadrons de la mort des groupes de confession sunnite et chiite font la chasse aux membres des autres confessions. Les enlèvements ont atteint un niveau tel que même de pauvres chauffeurs de taxi sont kidnappés, étant donné que tous les gens riches ont déjà été enlevés.

Cette situation est pire qu’une guerre civile dans la mesure où il n’y a pas de fronts clairs du fait de la présence américaine. Les groupes ne peuvent se mesurer les uns aux autres et frappent là où ils peuvent frapper, mais il n’y a pas de zones pacifiées. Une guerre civile aurait pour conséquence qu’après un ou deux mois, certains territoires seraient maîtrisés par certaines factions: ce n’est pas le cas étant donné que les Américains interviennent pour briser cette maîtrise.

Les attentats-suicides ne représentent qu’une partie de l’horreur, pas comme à Londres ou à Madrid où il s’agit d’un événement qui survient au sein d’une société pacifiée et dans cette mesure, il est difficile de déterminer l’impact traumatique des attentats-suicides. Les 3,8 millions d’Irakiens qui ont choisi de quitter leur domicile pour se réfugier au Nord ou au Sud ou les 2 millions d’Irakiens qui ont choisi de quitter le pays en disent beaucoup sur le thème du “calme”. Il n’est tout simplement plus possible de séjourner en Irak. Les gens comme les médecins, les professeurs sont traqués dans une campagne d’anéantissement contre les intellectuels. Les coiffeurs, les promoteurs immobiliers et les vendeurs de légumes sont également abattus pour avoir vendu ensemble des tomates et des concombres.

Terrorisme.net – Vous avez beaucoup voyagé en Irak, comment avez-vous personnellement vécu la situation?

Christoph Reuter – J’étais effectivement en Irak, mais je ne peux plus m’y rendre, mon dernier voyage à Bagdad remontant à 2005. Même si l’on voyage déguisé en Irakien, c’est-à-dire avec une longue barbe, des lentilles de contact en parlant l’arabe avec un accent irako-syrien, cela ne fonctionne plus. Je forme des journalistes sur place, dans le nord de l’Irak où la situation est relativement paisible. Ces journalistes ont tous un second travail et font leurs recherches de manière plus ou moins clandestine, et par ce biais je reçois des informations assez précises sur ce qui se passe. Certains journalistes ont dû quitter leur appartement, ne peuvent se maintenir plus de deux jours consécutifs dans certains endroits, travaillent beaucoup par téléphone, parce que c’est trop dangereux pour eux. Pour des raisons de sécurité, personne ne fait plus de photos.

Il est devenu impossible de voyager à travers le pays: il y a partout des check-points contrôlés par différents escadrons de la mort qui travaillent en partie avec le gouvernement ou plutôt sont associés avec des partis gouvernementaux, comme les brigades de Badr ou d’Abdulaziz Al-Hakim. Pour ce qui est du parti de Sadr, même s’il est sorti du gouvernement, il dispose encore d’un certain nombre de postes au sein des ministères et ses escadrons font des sélections aux check-points, par exemple en fonction des accents des personnes ou de leur origine. Les personnes sont ensuite simplement abattues.

Terrorisme.net – Quelles sont les sources religieuses des kamikazes en Irak?

Christoph Reuter – La situation est telle que ces groupes ne se réfèrent plus à aucune source puisqu’ils n’en ont plus besoin. Il y a par exemple les communiqués du Ministère de la Défense du Gouvernement Islamique d’Irak dont personne ne sait exactement de qui il s’agit. Ce parti a – de manière similaire à Martin Luther et ses thèses de Wittenberg – édicté un certain nombre de règles à Mossoul: par exemple que les femmes n’ont plus le droit d’acheter des concombres puisqu’il s’agit de légumes pour les hommes, qu’elles n’ont plus le droit de manger des glaces, alors que hommes n’ont plus le droit d’écouter de la musique ou de regarder la télévision à l’exception de récits coraniques, les coiffeurs n’ont plus le droit de couper les barbes et les retraités n’ont plus le droit de recevoir leur pension de l’Etat, mais leur argent doit être mis à disposition du Gouvernement Islamique d’Irak qui va ensuite le répartir selon une clé de répartition “islamique et juste”.

Ces édits n’ont plus de rapport avec une autorité religieuse du fait que, d’une part, les gens n’y connaissent rien et que, d’autre part, cela n’est plus nécessaire, du fait que ces milices sortent simplement dans la rue et tirent autour d’elle: c’est leur seule légitimitation, la terreur. En d’autres termes, ces gens défendent une attitude selon laquelle “l’Islam c’est moi” et se déclarent interprètes de l’Islam et autorité religieuse. Alors que l’ancienne Al-Qaida a encore fait référence à Ibn Taimiyya et à d’autres autorités, en principe saoudiennes, qui ont invoqué des hadiths (tout en ne citant que ceux du temps de Médine qui déclarent qu’il faut combattre les juifs, alors que les autres hadiths de la même époque qui exhortent à la tolérance religieuse ont volontairement été mis de côté), ce n’est plus le cas maintenant.

Quant aux partis qui font encore référence à des autorités religieuses, on peut citer certains partis chiites. Il faut cependant signaler dans ce contexte ce que j’appelle les instant ayatollahs (“ayatollahs instantanés”) qui déclarent avoir rêvé que Fatima en personne leur avait parlé et leur avait signifié qu’ils avaient été choisi par Ali, comme “lumière de Dieu”. Ces instant ayatollahs s’entourent alors de plusieurs milliers de combattants armés et plus personne n’ose alors les contredire, comme par exemple, As-Sarkhi qui se trouve actuellement à Najaf et s’est déclaré ayatollah ou Dhia Abdul Zahra al-Garawi, le leader de ce groupe appelé “Jund al-Samaa”, “les Soldats du Ciel” qui a été massacré cette année à Zarka. Al-Garawi a écrit un livre intitulé Juge du Ciel dans lequel il déclarait être l’Imam caché. Selon lui, un ovule fertilisé par Ali Bin-Abitalib, le premier Imam, aurait été placé dans l’utérus de sa mère ce qui ferait de lui le Messie, l’Imam caché.

La différence avec les sunnites est que ces groupes chiites s’efforcent encore de se donner l’apparence d’une légitimité religieuse même s’ils ne respectent plus le curriculum classique du clergé chiite qui prévoit normalement qu’après 10 ou 15 ans on devienne mujhtahid, puis ensuite marja, un “exemple religieux”.

Terrorisme.net – Mais qu’en est-il d’autorités religieuses plus traditionnelles?

Christoph Reuter – Certains font encore référence à l’ayatollah Khomeini. On constate également des références des partisans de Moqtada as-Sadr à l’ayatollah Haeri en Iran et les représentants de Velayat e-Faqih, c’est-à-dire le concept de Khomeini de l’autorité des jurisconsultes, en d’autres termes de la domination du politique par le clergé. Certaines autres autorités comme Sayed Hadi Mudarresi ne se mêlent pas du conflit pour pouvoir rester simplement en vie à Najaf.

Terrorisme.net – Les religieux irakiens n’ont donc pas cette relation spéciale avec le pouvoir, comme en Egypte par exemple?

Christoph Reuter – Non, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a plus de pouvoir. Il y a encore des milices, dont les personnalités les plus importantes sont Al-Hakim et Sadr. Pour ce qui est de ce dernier, il se réfère à son père et à Haeri mais n’a lui-même aucune légitimité religieuse. Quand il était plus jeune, il portait le surnom de “Nintendo”, parce qu’il était trop occupé par son gameboy. Saddam Hussein ne l’a laissé en vie au contraire de son père et de ses frères parce qu’il le considérait comme trop stupide et ne représentait pas une menace. Les autorités religieuses ne peuvent jouer un rôle que dans la mesure où il existe un cadre où ils disposent effectivement d’une autorité. Si au contraire, chacun peut clamer son autorité dès le moment où il rassemble suffisamment de combattants armés autour de lui, la nécessité d’une autorité baisse. L’Irak se trouve dans un tel état de dissolution qu’à part Al-Sistani dans une certaine mesure, les autorités religieuses n’ont plus aucune influence. Et même si l’on considère Sistani qui a toujours prêché une solution pacifique, celui-ci a pu freiner les escadrons de la mort chiite, mais pas les arrêter et la plupart des morts en Irak sont à mettre sur le compte de ces escadrons de la mort chiites.

L’entretien a eu lieu à Hambourg le mardi 15 mai 2007. Entretien et traduction: Jean-Marc Flükiger.