Tuerie de Toulouse: Attention, un silence peut en cacher un autre! (Guess who benefits most from France’s supposedly lone wolf jihad?)

Iran supplying arms to SyriaTant que, dans les médias internationaux, un « buzz » intensif se poursuivra sur un risque de frappes en 2012, celles-ci ne seront pas imminentes. Le 6 février, les médias israéliens ont annoncé que Nétanyahou avait ordonné le silence à ses ministres à propos de frappes sur l’Iran. Natalie Nougayrède
Jusqu’aux dernières heures du drame, l’équivoque se maintiendra. Aux dépends de l’ambassadeur d’Israël à Paris lui-même, que le premier ministre Rabin et le ministre des Affaires étrangères Ygal Allon appellent au téléphone, le samedi 3 au soir, pour discuter durant une demi-heure chacun des « modalités de l’échange ». Les « Hercules » C130 israéliens ont déjà décollé depuis trois heures pour Entebbe. Rabin et Allon le savent fort bien, puisqu’ils parlent dans la salle des opérations du ministère de la Défense nationale à Tel-Aviv. Ils supposent que la conversation est écoutée par des oreilles indiscrètes – elle l’est – et qu’elle donnera le change. Mais ils savent aussi que, si la piste d’Entebbe est bloquée, les Hercules devront faire demi-tour au dernier moment, et qu’il ne restera plus alors, pour seule issue, que la négociation. Les militaires qui, depuis le lundi précédent, préparent le raid, ont mis le maximum de chances de leur côté. C’est cette incertitude, imposée par les circonstances jusqu’au dernier moment, qui fera crier certains au « double jeu » et soulèvera, après le raid, la colère de quelques chancelleries européennes. Elles n’en auront pas été les seules victimes. L’une des plus illustres n’est autre que le patron de la lutte antiterroriste en Israël, le général Rehavam Zeevi, envoyé à Paris en « négociateur » le vendredi 2, et qui a joué, de bonne foi, son rôle jusqu’au dernier moment. L’Express (1976)
Le samedi 6 juin 1981, l’ambassadeur américain en Israël, Samuel Lewis, s’apprête à entrer, avec son épouse, Sallie, dans un dîner mondain organisé dans un hôtel de Tel-Aviv, lorsqu’un appel téléphonique l’interrompt. Au bout du fil, le premier ministre israélien Menahem Begin : “Sam, veuillez transmettre au président Reagan un message urgent de ma part. Voici une heure environ, notre aviation a détruit le réacteur nucléaire près de Bagdad (à Osirak) : tous les avions sont rentrés intacts.” (…) Selon le récit qu’en a fait dans ses mémoires l’ambassadeur Lewis, un an environ avant le raid sur Osirak, “le refrain israélien était : soit les États-Unis font quelque chose, pour arrêter ce réacteur [irakien], soit nous serons obligés de le faire!” Puis six mois avant l’attaque, les “fuites” dans les médias ont subitement cessé. Plus une seule sonnette d’alarme tirée par les israéliens ! Ce silence abrupt, rétrospectivement, c’était l’indice que la décision de bombarder avait été prise” estime Lewis. Le Monde
Comme l’assassinat avait eu lieu en dehors des heures de service, en dehors du quartier et sans l’uniforme, on s’est dit : laissons la justice … Gérard Longuet (ministre français de la Défense)
C’est la première fois de ma vie que je vois quelqu’un, alors que nous lançons un assaut, venir mener l’assaut contre nous (…) il est venu à l’engagement contre nous avec trois Colt 45 de calibre 11.43 [le même modèle que celui utilisé lors des meurtres] alors que nous avions alors engagé uniquement des armes non-létales.  J’avais donné l’ordre de ne riposter qu’avec des grenades susceptibles de le choquer. Mais il a progressé dans l’appartement, et il a tenté d’abattre mes hommes qui étaient placés en protection sur le balcon. C’est probablement l’un des snipers qui l’a alors touché. (…) Il attendait dans une posture de combattant, avec une détermination sans faillle.  Amaury de Hauteclocque (patron du RAID)
Nous n’avons pas utilisé d’explosifs lors de la première intervention, parce que, selon les informations fournies par la DCRI, nous avions affaire à un salafiste, susceptible d’avoir des explosifs lui-même et d’en avoir placé dans son appartement. Il y avait donc un risque de surexplosion, comme lors d’une intervention de la police espagnole (GEO) contre des terroristes après les attentats de Madrid – surexplosion qui avait tué des policiers. Le choix a donc été d’utilisé un vérin, et non un bélier. Il y avait un frigo derrière la porte : c’était un cas non conforme. Merah a aussitôt ouvert le feu, en direction de la porte et de la rue. On a été très impressionnés par le rythme auquel il tirait avec ses 45. (…)  On savait qu’il habitait là, mais nous ne sommes pas intervenus violemment tout de suite, parce qu’on ne savait pas s’il était seul, s’il y avait des personnes avec lui, femme ou enfants. (…) Si nous l’avions interpellé en pleine rue, sachant qu’il était armé, qu’il avait une voiture remplie d’armes, le risque de dommage collatéral était très important.  (…) L’immeuble n’a pas été évacué dans un premier temps, parce qu’on était en phase de négociation. Si on lui avait dit qu’on calmait le jeu et qu’on évacue l’immeuble en même temps, c’est un très mauvais signal. Il pouvait se dire qu’on va donner l’assaut. D’autant plus que ces vieux immeubles des années 60 sont difficiles à évacuer. Donc on a pris la décision d’évacuer une fois qu’on a vu que la négociation battait de l’aile. (…) Nous n’utilisons pas de gaz. Les seules personnes que je connais qui utilisent des gaz ce sont les anesthésistes, et ils tiennent la main à leur patient, le surveillent tout le temps et l’accompagnent à leur réveil car il y a toujours un risque. A chaque fois qu’un commercial est venu nous vendre un gaz « inoffensif », « non létal » et que nous lui avons demandé de nous signer un papier garantissant qu’il n’y avait pas de risque mortel il a toujours refusé. Si nous l’avions gazé et qu’en ouvrant la porte ensuite nous l’avions trouvé mort, s’il avait fait partie du pourcentage de gens qui ne le supportent pas, quelles auraient été les réactions ? On se souvient de la polémique après les morts au théâtre de Moscou. (…) Contrairement à ce que l’on lit sur lemonde.fr, il n’y avait pas que des armes non létales lorsque l’assaut a été lancé. Evidemment, les premiers avaient des grenades de 40 en caoutchouc incapacitantes, mais avaient également leurs armes, tout comme ceux qui les couvraient immédiatement. (…)  Les hommes ont du faire très attention en tirant car à cause de la conformation de la pièce, ceux qui rentraient dans la pièce par la porte et ceux qui se trouvaient sur le balcon, avec Merah au milieu, étaient fatalement dans le même axe de tir. Source anonyme proche du RAID
De toute façon, je devais t’appeler pour te dire que j’avais des tuyaux à te donner, mais en fait, j’allais te fumer. Mohamed Merah (à un policier de la direction régionale du renseignement intérieur de Toulouse)
En 2008, Mohamed Merah avait obtenu un permis pour rendre visite en prison à Sabri Essid, ex-grutier, l’un des principaux protagonistes de ce groupe. Les services de police notent, à cette époque, qu’il lui apportait de l’argent. Sabri Essid a été arrêté, les armes à la main, à la frontière entre la Syrie et l’Irak. Le Monde
J’ai lu beaucoup de mémoires de djihadistes, et ce sont tous des radicaux très extrêmes dans leur islamisme. Le côté bon vivant de Mohamed Merah montre, au contraire, qu’il n’a pas agi par conviction profonde. Il faut donc s’interroger sur les moteurs de ses actions. Et parmi les hypothèses, il y a celle d’une commande, d’une influence exercée par d’autres personnes sur lui afin qu’il commette ces assassinats. Nora Benkorich (Chercheuse à la chaire d’histoire du monde arabe du Collège de France)
L’absence d’attentats islamistes sur le sol français depuis le 11 septembre 2001 ne doit pas être mal interprétée ; elle ne signifie en rien que la France serait sanctuarisée, notamment en raison de la position qu’elle a prise lors du conflit en Irak. D’ailleurs, nous avons déjà indiqué que des cellules terroristes avaient été démantelées, qui projetaient de conduire des attaques terroristes sur notre sol. De plus, en dehors du territoire national, des cibles françaises ont fait l’objet d’attaques terroriste, comme l’attentat du 8 mai 2002 à Karachi qui fit 14 morts, dont 11 employés de la DCN, ou l’attaque contre le pétrolier Limburg au Yémen le 6 octobre 2002. La France fait en effet partie intégrante du monde occidental, cible des terroristes islamistes radicaux. À ce titre, elle figure parmi les objectifs potentiels des terroristes au même titre que tout autre nation occidentale. Membre de la coalition internationale en Afghanistan, où nos forces spéciales participent à la traque des dirigeants d’Al Qaida, la France est donc considérée comme une ennemie, quelle que soit sa position sur le dossier irakien. De plus, la France est, depuis 1986, en pointe dans la lutte contre le terrorisme : ses résultats en matière de démantèlement de réseaux et son rôle central dans la coopération internationale anti-terroriste en font incontestablement une ennemie des groupes terroristes internationaux. En outre, la France doit prendre en compte les réalités liées à sa position géographique et à son histoire. Il est démontré par exemple qu’elle est une cible de premier choix pour le GSPC algérien du fait de l’histoire particulière des relations franco-algériennes. Philipe Marsaud (Rapport à l’Assemblée sur la lutte contre le terrorisme, le 22 novembre 2005)
Le système légal fortement codifié de la France, dans lequel l’Etat français bénéficie d’énormes pouvoirs d’intrusion et de coercition, ne ressemble pas au système américain plus compliqué de séparation des pouvoirs, d’indépendance de la justice, et des droits présomptifs de l’individu contre le gouvernement. (…) Le système légal et politique de l’Amérique, au moins sous George W. Bush, ne pouvait gérer des défis “extrajudiciaires” tels que Guantanamo, l’externalisation des interrogations ou la surveillance sans mandat. Selon les auteurs du rapport, les Etats-Unis se sont pris à leur propre piège en transformant la lutte contre l’extrémisme islamique radical en une “guerre fortement politisée et militarisée contre la terreur” que leur système légal et moral ne pourrait pas gérer. (…) En fin de compte, la comparaison des approches françaises et américaines contre le terrorisme révèle une étrange symétrie. Dans le cas de la France, la menace est en grande partie — mais pas simplement – issue de son propre sol. Pour y faire face, les Français sont prêts à fournir à leurs fonctionnaires ce que nous considérerions comme des pouvoirs d’exception. Dans le cas des Etats-Unis, la menace terroriste vient en grande partie — mais pas seulement — de l’étranger. Pour y faire face, le Président Bush a élargi au maximum ses pouvoirs en tant que commandant en chef. Et tandis que ses adversaires politiques et un certain nombre de juges critiquent l’utilisation de ces pouvoirs, les Américains n’ont pour la plupart pas réagi d’une manière qui suggère qu’ils y voient l’ombre d’une menace pour leurs libertés personnelles. De même, depuis le moment où, avec le début de la mission si peu conforme au droit anglo-saxon du juge Bruguière en 1986, la lutte contre le terrorisme intérieur est devenue beaucoup plus intrusive, la France n’a pas glissé dans la tyrannie. Bien au contraire, la société, la vie politique et nombre des lois françaises sont devenues beaucoup plus libérales et ouvertes. Gary J. Schmitt et Reuel Marc Gerech
Le “bazar” qu’est Al-Qaida – on ne peut en effet plus y distinguer une quelconque structure hiérarchique – est composé d’un cercle mondial de personnes qui commettent des attentats tout simplement nihilistes, puisqu’on ne décèle plus aucun objectif définissable pour lesquels ces acteurs se battent. (…) Ces gens sont complètement détachés des conflits: il s’agit d’une secte ou du moins d’une entité qui a le bagage idéologique d’une secte. Ce qui est dangereux, c’est qu’Internet permet justement à ces fanatiques de se regrouper, de s’organiser et de s’auto-encourager. Christoph Reuter
Etre le régional de l’étape: Expression issue du Tour de France. Elle désigne ces coureurs locaux qui lorsque l’étape arrive du côté de leur bled pédalent à tire-larigot pour frimer devant les copains, la famille, les canards du coin. Ils connaissent une gloire légère et passagère. Parfois ils ne brillent pas du tout parce qu’ils sont largués au réveil. Car ils ne prennent pas tous du pot-belge, de l’EPO ou des amphètes. Linguapop
On peut avoir beau jeu d’accuser un certain relâchement, la réalité est qu’aucun système n’est parfait. La France démantèle un à trois réseaux par an depuis dix ans. Mais le drame en matière antiterroriste est que, malgré l’action exceptionnelle des services de police et de renseignement – rappelons que nous n’avons pas eu d’attentat majeur en France depuis 1996 -, un terroriste peut finir par passer entre les mailles du filet. C’est ce qui vient de se passer. C’est une course-poursuite sans fin… Qui plus est nous sommes dans un Etat de droit et on ne peut pas arrêter les gens sans un commencement de passage à l’acte. C’est notre honneur et c’est notre drame.  Jean-François Daguzan
Un officier supérieur américain, en poste à Kandahar, a assuré au Monde, mercredi, que sur le passeport de l’intéressé figurait un certain nombre de tampons révélant ses derniers déplacements. Le plus ancien mentionnait sa présence en Israël, puis en Syrie, en Irak et en Jordanie. (…) Un autre élément troublant sur les déplacements de Mohamed Merah reste à éclaircir : sa présence en Iran « à deux reprises » d’après une source militaire française en Afghanistan. Interrogée par Le Monde, mercredi, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, a démenti ce séjour. Le Monde
L’Union européenne a décidé aujourd’hui d’interdire l’accès au réseau de transferts interbancaires Swift aux institutions iraniennes qu’elle sanctionne en raison du programme nucléaire de Téhéran, selon un communiqué. Les sanctions l’UE concernent actuellement 116 individus et 442 sociétés, dont la Banque centrale d’Iran. Elles visent à assécher les sources de financement du régime, accusé par les Occidentaux de chercher à se doter de la bombe atomique sous couvert d’activités nucléaires civiles. Le Figaro (15.03.12)

Attention: un silence peut en cacher un autre!

Mise en scène et orchestration de sa mort en martyre, prise de vues de ses méfaits en vue d’une mise en ligne ultérieure, appel téléphonique aux médias, utilisation systématique des réseaux sociaux …

Frère et soeur impliqués via l’Egypte dans la mise sur pied d’une filière islamiste de recrutement et d’acheminement de jihadistes en Irak …

Mère remariée au père d’un membre d’un réseau similaire arrêté en Syrie en 2006 …

Voyages en Afghanistan via le Pakistan mais aussi la Turquie, la Syrie, le Liban, la  Jordanie, Israël (!) et, peut-être par deux fois, l’Iran

Alors qu’après les Etats-Unis, l’Espagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède mais 17 ans après (merci qui?) les derniers attentats de 1995 (suite à la vague des années 80 déjà fomentée par qui vous savez) mais sans compter les nombreuses tentatives évitées, la France vient à nouveau d’être frappée par son régional de l’étape

Et qu’après avoir dénoncé pendant des décennies les « fichiers liberticides », la « surveillance généralisée » ou la « stigmatisation des minorités », nos belles âmes de gauche en sont à présent à reprocher à l’actuel gouvernement d’avoir manqué à son devoir de surveillance des milieux extrémistes …

Pendant qu’après avoir été fustigé pour ses déclarations prétendument bellicistes, un petit pays menacé depuis des années d’être rayé de la carte par l’un de ses voisins sur le point désormais d’accéder à l’arme atomique se voit à présent reprocher son silence naturellement lourd de menaces …

Comment ne pas voir, derrière l’étrange réticence d’une justice et police française sur l’évidente dimension internationale d’actes qu’elles continuent à présenter comme « le fruit d’une dérive solitaire », d’un « profil d’autoradicalisation salafiste atypique » et d’un « individu indépendant de toute organisation structurée connue », …

Tout le bénéfice, directement volontaire ou non,…

Pour un régime dont les violations de plus en plus explicites des accords internationaux sur son programme nucléaire

Se voient opportunément – au moment même où il était question de renforcer contre lui au niveau bancaire des sanctions potentiellement dévastatrices – …

Reléguées au silence ô combien plus confortable des pages intérieures de nos journaux ?

Iran : bombarder ou pas ?

Natalie Nougayrède

LE MONDE GEO ET POLITIQUE

13.02.2012

Le samedi 6 juin 1981, l’ambassadeur américain en Israël, Samuel Lewis, s’apprête à entrer, avec son épouse, Sallie, dans un dîner mondain organisé dans un hôtel de Tel-Aviv, lorsqu’un appel téléphonique l’interrompt. Au bout du fil, le premier ministre israélien, Menahem Begin : « Sam, veuillez transmettre au président Reagan un message urgent de ma part. Voici une heure environ, notre aviation a détruit le réacteur nucléaire près de Bagdad (à Osirak) ; tous les avions sont rentrés intacts. » L’ambassadeur Lewis marque une pause, puis dit : « Monsieur le premier ministre, souhaitez-vous ajouter autre chose à propos de cet événement ? » Begin répond : « Nous allons rapidement briefer vos militaires. »

On peut se demander si quelque chose de semblable arrivera, en 2012, à Daniel Shapiro, le jeune ambassadeur envoyé en 2011 par Barack Obama en Israël, pays qui, d’une façon générale, perçoit l’actuel président des Etats-Unis comme le « moins amical » envers l’Etat juif, depuis sa création en 1948. Un scénario militaire serait un cauchemar pour le président Obama, en campagne électorale pour se faire réélire le 6 novembre 2012. Les prix à la pompe à essence s’envoleraient aux Etats-Unis, faisant à l’inverse plonger ses chances de rassurer l’Américain moyen sur les perspectives de redressement économique.

Dans ce contexte, l’administration Obama a demandé au gouvernement israélien de ne rien faire militairement avant l’échéance du scrutin présidentiel aux Etats-Unis, affirment des sources diplomatiques et issues des milieux de défense et de sécurité, à la fois côté américain, en Europe et en Israël. L’évaluation américaine de l’imminence de la menace nucléaire iranienne n’est pas identique à celle des Israéliens, plus alarmistes pour le calendrier. Le message américain adressé aux Israéliens est : ne vous précipitez pas, il sera toujours temps d’agir plus tard, et peut-être ensemble, s’il le faut vraiment. Avec un ajout : vous avez besoin de nous.

Les responsables israéliens répondent en évoquant la « fenêtre de tir » qui se rétrécit. « Au cours des six prochains mois, il faudra prendre une décision, et une non-décision est aussi une décision, dit une source proche du dossier. Ça se jouera avant la présidentielle américaine. » Sinon, l’hiver étant moins propice à des frappes aériennes, une absence de décision en 2012 reporterait l’affaire à l’été 2013, ce qui donnerait une année supplémentaire aux Iraniens pour poursuivre leur stratégie d’accumulation d’uranium enrichi, à l’abri dans des lieux « bunkerisés ». En fait, les Israéliens ont cessé de mesurer les travaux iraniens en termes de « lignes rouges » – car tant ont déjà été franchies. Ils se préoccupent désormais du degré d' »irréversibilité » du programme.

« L’Iran s’approche lentement mais sûrement du moment où il entrera dans une zone d’immunité », a déclaré Ehoud Barak, le ministre de la défense, lors d’une conférence internationale sur les questions de sécurité, à Herzliya, au nord de Tel-Aviv, le 2 février. Cette « zone d’immunité », a-t-il expliqué, c’est « le moment où soit les mesures de protection des travaux (nucléaires), soit leur duplication, rendront une attaque (aérienne) impossible ». En allusion apparente aux appels américains à repousser toute action militaire, le ministre israélien a mis en garde : « Ceux qui disent « plus tard » pourraient découvrir que « plus tard », c’est trop tard ».

Au centre de l’imbroglio nucléaire iranien et des rumeurs de frappes aériennes qui se sont intensifiées ces derniers temps, il y a l’activité incessante des centrifugeuses, ces tubes métalliques qui enrichissent l’uranium. Depuis janvier, une batterie d’entre elles opère dans un site, Fordow, creusé à 90 mètres de profondeur dans une montagne, et donc a priori à l’abri des bombes. Les échanges de renseignements vont bon train entre Israéliens et Américains à propos de ce qui se passe dans ce site : ce qui y entre, ce qui pourrait en sortir… Car, chacun en est convaincu, cette installation a été conçue par l’Iran comme un lieu sanctuarisé, destiné à produire de la matière fissile utilisable dans un engin nucléaire.

Les responsables américains ont cherché à contrer l’idée que Fordow deviendrait invulnérable à partir d’une certaine date. Ils ont fait « fuiter » dans les médias des informations du Pentagone sur la préparation de nouvelles bombes américaines « anti-bunker », hautement performantes. Certains officiels américains suggérant même que des « armes nucléaires tactiques pourraient être la seule option » !

C’est dans ce contexte que se déroule la course contre la montre entre l’impact des sanctions internationales et l’avancée des travaux scientifiques iraniens. Avec l’embargo pétrolier, les Occidentaux sont passés d’une politique de sanctions centrées sur les activités de prolifération de l’Iran à une stratégie visant ouvertement le coeur de l’économie nationale, et comportant de ce fait l’ambition de provoquer un changement de régime, qui reste inavouée. Ce tournant n’a pas échappé à la Russie, en particulier, qui fustige un nouvel interventionnisme, hors du cadre de l’ONU.

Les mesures coercitives, couplées aux déclarations américaines répétant que « toutes les options restent sur la table », visent tout autant à retenir le feu des Israéliens qu’à mettre le régime iranien sous pression. Lorsque le Washington Post écrit, sous la plume du très renseigné David Ignatius, que l’administration américaine pense que des frappes israéliennes sont possibles « au printemps », ou bien quand les conseillers de Nicolas Sarkozy confient qu’une action militaire israélienne « préventive » pourrait se produire à l’été, le message sous-jacent est clair : c’est un « je-vous-ai-compris » adressé aux dirigeants israéliens.

En diplomatie, la perception, la posture, sont souvent plus importantes que les faits. Ainsi, Barack Obama laisse son ancien conseiller pour le Moyen-Orient, Dennis Ross, dire que, « ne vous y trompez pas », jamais l’occupant de la Maison Blanche n’hésitera à utiliser la force contre l’Iran. C’est la meilleure façon d’éviter d’avoir à passer par la case « guerre », tout en se mettant à l’abri du reproche de mollesse que lui font ses concurrents du Parti républicain. Le président américain rappelle aussi, au besoin, que la voie militaire « n’est pas la voie préférée ».

Ce qui ne peut être énoncé publiquement, en revanche, c’est la tentation qui semble persister, au sein de l’équipe Obama, de mener une politique d’endiguement (containment) de l’Iran si ce pays franchit ce qui est habituellement décrit comme le « seuil » nucléaire – sans qu’il existe une définition unique et incontestée de ce terme. « Endiguer l’Iran jusqu’à ce que le régime tombe, nous dit un membre de l’administration, sous couvert d’anonymat. C’est ce que nous avons fait avec Staline et l’URSS, après tout. » Au début du mandat d’Obama, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait laissé entrevoir cette possibilité en parlant de « parapluie » américain au Moyen-Orient. Des « fuites » récentes, dans la presse américaine, parlent d’un scénario du seuil « à la japonaise » pour l’Iran : la détention de la technologie et des composants de l’arme suprême, mais sans l’assembler.

Certains experts font par ailleurs observer qu’historiquement, à moins d’un changement de régime (par exemple l’Afrique du Sud sortant de l’apartheid), aucun pays n’a jamais renoncé au nucléaire militaire une fois atteint un niveau technologique comparable à celui que maîtrise déjà l’Iran.

En public, l’objectif proclamé par les Occidentaux, c’est le démarrage de véritables négociations avec l’Iran. Ce n’est qu’une fois placé au bord du « gouffre » que le régime iranien finira par « bouger ». On en veut pour preuve l’arrêt de la guerre Iran-Irak, en 1988, quand la République islamique exsangue avait dû, selon le mot de Khomeiny, « boire la coupe de poison », et déclarer un cessez-le-feu. La récente reprise des visites de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a été notée, mais fait craindre une nouvelle manoeuvre dilatoire, tant l’opacité iranienne demeure. L’administration Obama continue de son côté d’essayer des mains tendues, notamment en envoyant des navires militaires américains secourir des marins iraniens perdus dans le Golfe ou kidnappés par des pirates somaliens.

Ce qui a été observé avec grande attention par Washington, c’est la façon dont les Iraniens ont battu en retraite, fin janvier, après avoir menacé le porte-avions USS Lincoln s’il revenait dans les eaux du Golfe. En fait, quand l’énorme bâtiment a franchi le détroit d’Ormuz, accompagné en plus de navires britannique et français, Téhéran a fait comme si de rien n’était. Ainsi, l’Iran vitupère mais se garde, semble-t-il, de faire déraper la situation militaire en sachant qu’un affrontement avec l’armada américaine ne jouerait pas en sa faveur. Comme en 2003, quand il craignait une attaque après l’invasion américaine de l’Irak, le pouvoir iranien semble ainsi se livrer à un calcul permanent de « coût-bénéfice ». Un point d’entrée possible pour une solution négociée du problème nucléaire ?

Il se peut que la réponse à la question « y aura-t-il des frappes en 2012 ? » dépende en grande partie de l’état de la relation entre Israël et les Etats-Unis. Plus précisément, entre deux hommes qui semblent se détester : Barack Obama et le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou. Le second fera-t-il suffisamment confiance au premier pour retenir ses avions de chasse jusqu’en 2013 ou au-delà, au prétexte que le succès serait alors partagé ? Le « faucon » du Likoud conçoit le dossier iranien comme une « menace existentielle » pour Israël et considère que son legs historique ainsi que le « plus jamais ça », après la Shoah, sont en jeu. Il prend au mot Mahmoud Ahmadinejad et le Guide Khamenei lorsqu’ils appellent à l’élimination de l’Etat juif, comparé à une « tumeur cancéreuse « .

Certains, côté occidental, prêtent des calculs électoralistes au dirigeant israélien. Beaucoup pensent qu’un facteur d’ordre personnel joue énormément : « Bibi » aurait l’obsession de ne pas apparaître faible aux yeux de son père, Benzion Nétanyahou, un intellectuel d’extrême droite. La politique intérieure aux Etats-Unis, pays où « Bibi » a passé une partie de sa jeunesse, n’a, en tout cas, aucun secret pour le premier ministre israélien, persuadé qu’il « tient » Obama par là où ça peut faire mal. Le triomphe de Nétanyahou en mai 2011 devant le Congrès américain dominé par les républicains aurait achevé de le convaincre qu’il peut se passer d’un feu vert de la Maison Blanche pour attaquer.

Mais les Israéliens préféreraient de loin que ce soit l’US Army qui frappe l’Iran. Pour éviter que l’Etat juif, déjà mal à l’aise avec le chamboulement stratégique des révoltes arabes, se retrouve seul. Pour éviter qu’il soit en première ligne, face aux retombées diplomatiques internationales, et face aux représailles iraniennes. Ces éléments, ainsi que la question des moyens militaires d’Israël face à un programme iranien éparpillé en un archipel de sites, font l’objet de débats internes intenses. L’appui américain est souhaité afin de produire « une menace militaire crédible », seule susceptible de faire plier l’Iran.

Les services secrets israéliens pensent qu’il reste encore du temps, et qu’une opération militaire attirerait trop de problèmes pour un gain relatif, puisque le programme iranien ne serait que retardé. Meir Dagan, l’ancien chef du Mossad, a porté ce débat sur la place publique, en vantant par ailleurs l’effet des actions de sabotage. Les militaires sont partagés. Nétanyahou penche pour des frappes. Son ministre de la défense, Ehoud Barak, partagerait cet avis, mais il met l’accent sur l’importance de la relation avec les Etats-Unis. Il pense qu’un terrain d’entente est possible avec l’administration Obama, que Nétanyahou traite avec distance. « Bibi » pense qu’il faut passer par-dessus la tête du président des Etats-Unis, en s’adressant à l’opinion et aux élus.

Quand on demande à des connaisseurs qui, dans ce duo israélien, a la main haute, la réponse la plus fréquente est : Nétanyahou. Mais les préoccupations d’Ehoud Barak sont partagées, si l’on en juge par l’une des tables rondes de la conférence d’Herzliya, intitulée : « Israël est-il un atout stratégique pour les Etats-Unis ? »

Cité dans le récent article, et fort remarqué, du New York Times Magazine intitulé « Faire la guerre ou pas », Ehoud Barak a posé comme condition préalable à une action militaire israélienne « un soutien ouvert ou tacite, en particulier des Etats-Unis ». A Herzliya, le même insistait : « Les Etats-Unis sont le meilleur et le plus formidable ami d’Israël, et cela est vrai de l’administration Obama ! (…) Nous demandons à nos amis – et c’est leur position – qu’il ne soit pas permis à l’Iran de devenir nucléaire ! »

Comme en écho, l’ambassadeur américain Dan Shapiro avait souligné l' »extraordinaire coordination » entre les deux pays, mais en glissant un commentaire semble-t-il plein d’allusions : « Israël a intérêt à ce que les Etats-Unis soient perçus favorablement, et comme forts, dans le monde arabo-musulman. » C’est-à-dire, pas débordés par leur petit mais puissant allié dans la région ? Benjamin Nétanyahou prévoit de se rendre à Washington début mars. L’AIEA doit retourner en Iran les 20 et 21 février.

En 1981, selon le récit qu’en a fait dans ses mémoires l’ambassadeur Lewis, un an environ avant le raid sur Osirak, « le refrain israélien était : soit les Etats-Unis font quelque chose pour arrêter ce réacteur (irakien), soit nous serons obligés de le faire ! » Puis, six mois avant l’attaque, les « fuites » dans les médias ont subitement cessé. Plus une seule sonnette d’alarme tirée par les Israéliens ! Ce silence abrupt, « rétrospectivement, c’était l’indice que la décision de bombarder avait été prise », estime Lewis.

Si l’on suit cette logique, la conclusion à tirer est la suivante : tant que, dans les médias internationaux, un « buzz » intensif se poursuivra sur un risque de frappes en 2012, celles-ci ne seront pas imminentes. Le 6 février, les médias israéliens ont annoncé que Nétanyahou avait ordonné le silence à ses ministres à propos de frappes sur l’Iran.

Voir aussi:

Mohamed Merah, un membre actif de la mouvance djihadiste internationale

Yves Bordenave et Jacques Follorou

Le Monde

22.03.2012

La justice et la police françaises sont formelles : le parcours de Mohamed Merah, principal suspect des attentats perpétrés contre des militaires et l’école juive de Toulouse, était le fruit d’une dérive solitaire. Son « profil d’autoradicalisation salafiste atypique » en faisait un individu indépendant de toute « organisation structurée connue », selon une déclaration de François Molins, le procureur de Paris, lors d’une conférence de presse, à Toulouse, mercredi 21 mars.

Pourtant, de nombreux éléments, non révélés à ce jour, permettent de questionner la véritable dimension de ce tueur présumé et de s’interroger sur les moyens dont il a pu bénéficier lors d’un grand nombre de voyages effectués à l’étranger.

Le 22 novembre 2010, lors d’un séjour à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, région à forte activité insurrectionnelle, Mohamed Merah avait attiré l’attention de la police afghane qui l’interpellait. A son hôtel, les policiers avaient fouillé sa chambre avant de le remettre aux forces de l’OTAN qui ne confirmaient pas, mercredi au Monde, l’avoir remis ensuite dans un avion pour la France.

ISRAËL, PUIS SYRIE, IRAK, JORDANIE

En revanche, un officier supérieur américain, en poste à Kandahar, a assuré au Monde, mercredi, que sur le passeport de l’intéressé figurait un certain nombre de tampons révélant ses derniers déplacements. Le plus ancien mentionnait sa présence en Israël, puis en Syrie, en Irak et en Jordanie. Avant d’être arrêté, il se serait rendu au consulat d’Inde à Kandahar en vue d’obtenir un visa pour se rendre dans ce pays.

Aucune précision n’a pu être obtenue sur l’objet de son voyage en Israël mais la même source évoque, au regard des réponses fournies lors de son audition à Kandahar, que Mohamed Merah « aurait pu ou tenté » de se rendre dans les territoires palestiniens. Des repérages pour commettre d’éventuelles attaques n’ont pas été non plus exclus.

Son voyage en Irak aurait été facilité par son frère Abdelkader connu des services de police français pour avoir participé à l’organisation d’une filière islamiste basée dans la région toulousaine en direction de ce pays. Ce frère et sa sœur, considérés comme les « religieux de la famille Merah », selon un policier de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), auraient séjourné au Caire dans une école coranique où la proximité avec les réseaux salafistes régionaux ont permis de mettre sur pied cette filière.

Un autre élément troublant sur les déplacements de Mohamed Merah reste à éclaircir : sa présence en Iran « à deux reprises » d’après une source militaire française en Afghanistan. Interrogée par Le Monde, mercredi, la DCRI, chargée du contre-espionnage et de la lutte antiterroriste, a démenti ce séjour.

On en sait également davantage sur son passage dans les zones tribales pakistanaises en 2011. Il a séjourné dans les deux agences tribales du nord et sud Waziristan, à la frontière avec l’Afghanistan, zone escarpée, véritable carrefour de l’insurrection talibane et djihadiste dans la région.

Voir aussi:

Toulouse : c’étaient bien des terroristes

Justice. Un Franco-Syrien vivant en Ariège serait à la tête du réseau terroriste qui vient d’être démantelé dans la région toulousaine.

Vincent Pialat

La Dépêche du Midi

18/02/2007

C’était le bureau de recrutement pour le djihad islamique. Le coup de filet effectué cette semaine par la sous-direction antiterroriste à Toulouse, en Ariège et en région parisienne a abouti hier à la mise en examen de six personnes. Les juges d’instruction parisiens Jean-Louis Bruguière et Philippe Coirre ont validé les soupçons des policiers, en mettant en examen quatre Toulousains, un Ariégeois et un Albigeois interpellés mardi et mercredi, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »; trois ont été aussi mis en examen pour « financement du terrorisme ».

Les six hommes sont soupçonnés d’avoir participé à une filière de recrutement et d’acheminement de djihadistes vers l’Irak. Quatre d’entre eux ont été écroués hier soir, après avoir été présentés au juge des libertés et de la détention. Un seul homme, sur les sept personnes gardées à vue jusqu’à hier dans les locaux de la sous-direction antiterroriste, a été remis en liberté sans qu’aucune charge ne soit pour le moment retenue contre lui. L’homme habitait à Torcy, en région parisienne. « Il n’y avait pas suffisamment d’éléments qui permettaient de le rattacher aux faits reprochés », explique un enquêteur.

Olivier, chef du réseau

De lourds soupçons pèsent au contraire sur les six hommes mis en examen et habitant dans la région Midi-Pyrénées. Olivier Corel, un Français né en Syrie, qui habite à Artigat, dans l’Ariège, est suspecté d’être à la tête du réseau toulousain. Il est considéré par les policiers comme le chef idéologique des jeunes interpellés mercredi. Il avait visiblement une forte influence sur les autres membres du réseau, âgés de 25 à 30 ans.

Issus des quartiers de la Reynerie, de Papus, des Izards, Stéphane Lelièvre, Imad Djebali, Mohamed Megherbi et Sabri Essid, ainsi que l’Albigeois Thomas Barnouin, partageaient leur vie entre petits boulots et prières à la mosquée. Ils s’étaient mis en tête de résister aux Américains présents en Irak. Rien pour le moment ne permet de conclure qu’ils préparaient des actions terroristes en France. Aucune arme, ni aucun explosif, n’ont d’ailleurs été découvert lors des perquisitions. Evoquant leur foi en Allah, ils désiraient combattre aux côtés de « leurs frères ».

Chez l’un d’eux, un testament a même été trouvé, faisant état d’une volonté de « vouloir mourir en martyr ». Tous étaient dans le même état d’esprit, selon les enquêteurs

Récenmment convertis à l’Islam, ils se seraient radicalisés. Leurs voyages réguliers en Syrie, officiellement pour y apprendre l’arabe littéraire, n’auraient été qu’une étape d’un long processus d’apprentissage fanatique. Ils entretenaient des relations avec d’autres groupes, ailleurs en France et en Europe.

« Le réseau comprenait de cinquante à soixante personnes, à Toulouse, en région parisienne, en Belgique », précise un enquêteur. Neuf hommes avaient été interpellés vendredi en Belgique ; ils ont été relâchés, en attendant un complément d’enquête. Selon les policiers, le réseau démantelé cette semaine serait le même que celui qui avait acheminé une jeune kamikaze belge en Irak, où elle a commis un attentat suicide en 2005.

L’apprentissage en Syrie

La filière toulousaine, elle, fonctionnait depuis plusieurs mois, et aurait recruté une dizaine d’apprentis djihadistes, dont certains auraient rallié la Syrie en bus. « Il y avait une première phase d’endoctrinement, explique un enquêteur. Puis, les jeunes étaient envoyés en Égypte, pour des séjours de plus en plus longs. » Une phase de préparation, plus dure, était ensuite organisée : stages sportifs, conditionnement à base de vidéos de combats de djihad. Les candidats djihadistes devaient compléter leur «formation» en Égypte, dans une école du Caire, avant d’atteindre l’Irak, via la Syrie.

Les membres du réseau toulousain étaient étroitement surveillés depuis plusieurs mois par les renseignements généraux, la police judiciaire et la sous-direction antiterroriste (SDAT).

C’est l’interpellation, à leur arrivée à Roissy, mardi, de Thomas Barnouin et Sabri Essid, qui a déclenché la vaste opération à Toulouse.

Des précédents dans la région

Pour les spécialistes de la lutte antiterroriste, l’Ariège et Midi-Pyrénées n’étaient pas un terreau favorable au développement de l’islamisme. Les villes de Lille, Lyon et la région parisienne étaient jusqu’à présent particulièrement ciblées par les services de renseignement.

Mais ces arrestations de terroristes présumés dans le Sud de la France ne constituent pas, cependant, une première.

En avril 2005, les enquêteurs de la Direction nationale antiterroriste avaient interpellé à Toulouse un homme de 52 ans ainsi que son fils âgé de 21 ans. Ils avaient été relâchés.

En juin 2005, un islamiste radical, marocain de 35 ans, avait été interpellé à Montpellier et mis en examen dans une enquête dite « des filières irakiennes ».

Le seul inculpé dans les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis est Zacarias Moussaoui, qui a grandi à Narbonne dans l’Aude. Moussaoui a été condamné en mai 2006 à la prison à perpétuité par la justice américaine.

« Menace vive » en France

Le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière affirme que la menace terroriste « reste extrêmement vive en France », avec « des signes objectifs forts de menace élevée ».

L’Irak, selon lui, « joue désormais le rôle de catalyseur ». Les réseaux européens, selon lui, sont « constitués de groupes maghrébins apparentant au Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC, qui a rejoint la structure Al-Zawahiri, numéro 2 d’al-Qaïda ».

Toulouse : Les quatre allaient en Syrie

Leurs compagnes ont été laissées en liberté. Les quatre Toulousains interpellés cette semaine dans les quartiers des Izards, de la Reynerie et de Papus, s’étaient convertis à l’islam.

Ils avaient fait un voyage en Syrie. À leur domicile, les policiers ont saisi des documents, ainsi que des dossiers de candidature pour le djihad…

Dans le quartier de Papus, où réside l’une des personnes interpellées, les voisins ont témoigné. « Les habitants de l’immeuble s’étaient plaints il y a quelques mois de voir des barbus. Puis le manège avait cessé ».

Une amie d’un couple interpellé se rendait fréquemment dans l’appartement perquisitionné par les policiers dans le quartier Papus : « Je n’allais pas très bien. Elle essayait de m’embobiner dans sa religion ». La conversion à l’islam du couple posait quelques problèmes familiaux : « Au moment de Noël, la grand-mère a voulu prendre sa petite-fille. On lui a répondu que Noël n’était pas une fête religieuse, et que ce n’était pas possible », rapporte une proche du couple.

Les voisins des quatre hommes interpellés étaient mercredi partagés entre surprise et incrédulité.

Albi : Thomas est devenu Abdelhakim

Il portait une petite barbe discrète, fréquentait la mosquée d’Albi, mais pratiquait surtout à Toulouse. Thomas Barnouin, 26 ans, converti à l’islam en 1999, était devenu Abdelhakim. Cet Albigeois a été arrêté mercredi à l’aéroport de Roissy.

À l’annonce de son arrestation, ses parents n’ont pas souhaité s’exprimer. Dans le quartier résidentiel de la Piscine, rue Degas à Albi, où Thomas Barnouin a grandi, les voisins décrivent une famille « très discrète ».

Jeune, Thomas Barnouin se serait d’abord rapproché des Témoins de Jéhovah avant de se convertir à l’islam. Il s’était inscrit en 2001 à l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon, dans la Nièvre, qui forme des imams et des théologiens. Mais il n’a fini sa formation, et a même été sanctionné.

De là, l’Albigeois serait parti en Arabie Saoudite, et se serait inscrit à un cours d’études islamiques à Médine. Il aurait été récemment expulsé de Syrie.

Son parcours religieux a probablement croisé le chemin des islamistes.

Thomas Barnouin, devenu Abdelhakim, revenait assez peu souvent dans le Tarn.

Olivier, le Franco-Syrien, au vert en Ariège

Une maison qui n’est pas achevée. C’est là que vivent Nadia Corel, 55 ans, et son mari Olivier Corel, 60 ans, un couple possédant la double nationalité française et syrienne. Ces Français convertis à l’islam se sont installés à Artigat, en Ariège.

Au début des années 1990, une communauté d’une dizaine de familles de musulmans convertis avait décidé de vivre là. Bâtissant leur maison. Des conflits et des dissensions avaient fait éclater la communauté.

Olivier et Nadia Corel ont été interpellés à Artigat mercredi. « Je n’étais pas au courant, indique le maire de la commune Patrick Cahaupé, et les brigades de gendarmerie environnantes non plus. Par contre, les médias étaient là. Ce qui me surprend : en cette période électorale, cette interpellation médiatisée a des airs de manœuvre politique ». Nadia Corel a été relâchée jeudi. Son mari, en revanche, a été mis en examen hier. « Il ne faisait pas parler de lui, poursuit le maire d’Artigat. Si ce qu’on lui reproche est avéré, c’est évidemment condamnable. Je ne peux rien dire d’autre. Il faut laisser la justice faire son travail ».

Voir également:

Thomas-Abdelhakim, ou l’itinéraire d’un djihadiste

DÉBUT d’endoctrinement dans le sud-ouest de la France, radicalisation à l’université de Médine, avant le « grand saut » opérationnel en Irak. Le parcours de Thomas Barnouin, arrêté fin 2006 en Syrie, est typique du djihadiste français.

Fils d’enseignants, Thomas Barnouin, 26 ans, arrive en 2003 à l’université de Médine en Arabie saoudite. « Pour interpréter lui-même le Coran », affirme sa mère, Anne-Marie. Depuis sa conversion à l’islam, quatre ans plus tôt, le jeune homme s’appelle Abdelhakim. Il s’est laissé pousser la barbe, mais à cinq mille kilomètres d’Albi, continue d’appeler ses parents, tous les quinze jours. « Jamais notre fils n’a exprimé devant nous son désir d’aller faire le djihad en Irak », jure sa mère, qui refuse de voir en Thomas « un dangereux terroriste ». Mais dans la ville sainte de Médine, inaccessible aux non-musulmans, l’étudiant « rencontre peu à peu des gens » qui lui « ouvrent les yeux sur ce qui se passe en Irak », expliquera-t-il aux policiers français, après son arrestation le 12 février en provenance de Syrie. « C’est grave, ce que font les Américains en Irak, affirme Barnouin, mon devoir de musulman, c’est d’aller combattre là-bas. »

À Médine, fin 2006, « Thomas-Abdelhakim » entre en contact avec Abou Hassi, un « facilitateur » saoudien, qui lui indique qu’un passeur lui fera franchir clandestinement la frontière avec la Jordanie. Avant lui, plusieurs centaines de djihadistes saoudiens ont déjà rallié l’Irak. Les filières sont établies. Barnouin va en profiter. Dans le royaume hachémite, un autre intermédiaire le conduit ensuite jusqu’à la zone des « Trois Frontières », paradis des contrebandiers au nord est du pays, où il pénètre en Syrie. Barnouin est chanceux. Il quitte Médine juste avant un coup de filet des services de sécurité saoudiens. Mais sa trace n’est pas perdue pour autant. Les Saoudiens ont enregistré ses communications téléphoniques avec deux amis toulousains, auxquels il a donné rendez-vous en Syrie. Durant ses trois ans à Médine, Barnouin est resté également en contact avec les autres membres du réseau toulousain, démantelé en février par les policiers français. Parmi les huit hommes mis en examen, le cerveau du groupe, cheikh Olivier Qorel, 60 ans, Français d’origine syrienne, habitant Artigat, un village de l’Ariège. C’est lui qui convainc Sabri Essid, un compagnon de Barnouin, d’aller rejoindre ce dernier en Syrie, via la Bulgarie et la Turquie. « Tu retrouveras ta copine au paradis, mais avant vend ta voiture et règle tes dettes » lui enjoint Qorel.

Des exercices de combat dans une cité

En Syrie, Barnouin et son passeur se cachent. Quelques jours, dans une première maison. Puis, dans une deuxième, où d’autres djihadistes les rejoignent. Trois semaines de « planque », avant de rallier Hama, à 200 km au nord de Damas. Barnouin y retrouve Essid et son autre compagnon toulousain. L’aventure commence. L’émulation désinhibe. La griserie n’est pas loin. Les djihadistes reçoivent des sacs bourrés d’armes. Ils devront les faire passer en Irak. Ils ne savent pas où. Ni avec quel groupe d’insurgés, ils vont y mener « la guerre sainte ». Peu importe, les voilà pris en charge, et une fois la frontière syro-irakienne franchie, d’autres intermédiaires leur indiqueront là où ils devront combattre.

En attendant, Barnouin et ses amis s’initient au maniement des armes. Mais les services de renseignements syriens, informés par leurs homologues saoudiens, les repèrent. Le 12 décembre, alors que le groupe s’apprête à pénétrer clandestinement en Irak, l’assaut contre leur maison est donné. Barnouin saisit une kalachnikov, mais il n’a pas le temps d’ouvrir le feu. Les Syriens le capturent, et le remettent aux services français à Damas, en compagnie de Sabri Essid.

Devant les policiers de la Sdat, Barnouin reconnaît avoir « voulu passer en Irak, les armes à la main ». Comme la plupart des 25 à 30 djihadistes français, partis depuis quatre ans dans l’ancienne Mésopotamie, il n’avait pas d’expérience militaire. Si ce n’est les exercices de combat rapproché, auxquels les membres du réseau toulousain s’entraînaient régulièrement à cinq heures du matin dans une cité de la Ville rose. « Pour être prêt physiquement le jour où l’on devrait partir pour la guerre sainte », reconnaîtra l’un d’entre eux. « Même si on est loin des camps d’al-Qaida en Afghanistan, ce n’est tout de même pas très rassurant », s’inquiète un policier. D’autant que sur leurs ordinateurs, les enquêteurs ont retrouvé un florilège de vidéos islamistes. L’une d’elles livrait la recette de fabrication d’une bombe artisanale. Une autre martelait que « la meilleure mort, c’est la mort au combat ».

Voir de même:

« La France démantèle un à trois réseaux terroristes par an depuis dix ans »

Jean-François Daguzan

21.03.2012

Propos recueillis par Gaïdz Minassian

Au lendemain de la fusillade à Toulouse, Jean-François Daguzan, directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et directeur de la revue Sécurité globale, analyse la structure des cellules terroristes en France et les limites de la lutte antiterroriste.

L’auteur de ces attaques s’est revendiqué d’Al-Qaida. Pourquoi frapper la France maintenant et en province ? Le Sud-Ouest de la France présentait-il une menace particulière sur le plan terroriste ?

Il est indispensable de ne pas se précipiter en attribuant à une organisation globale une responsabilité dans l’affaire.

Plusieurs éléments sont à prendre en compte. Le suspect est allé se former en Afghanistan et au Pakistan, mais cela ne veut pas dire qu’il a conservé un lien organique avec ce qui reste d’Al-Qaida. Il a pu agir de façon totalement autonome. Cette approche d’autonomie quasi-totale a été actée par Al-Qaida depuis quelques années ; surtout depuis que les connexions entre ses réseaux sont devenues plus difficiles à cause de la traque. Il y a chez les militants une incitation à saisir les opportunités. Et, par conséquent, Al-Qaida ne revendique qu’a posteriori puisque l’organisation n’est, la plupart du temps, pas au courant des actions de ses membres supposés.

Il apparaît extrêmement difficile d’attribuer une « dangerosité » particulière au Sud-Ouest. Certes, par le passé, on a plutôt connu des filières parisienne, lilloise ou lyonnaise. Mais en réalité, le problème émerge en fonction du lieu de naissance ou de vie du terroriste, qui préfèrera agir dans un milieu qui lui est connu.

Est-ce que cette opération terroriste à Toulouse et à Montauban annonce un nouveau mode opératoire des terroristes islamistes ? On passerait ainsi des cellules dormantes à des actes isolés perpétrés par un seul individu très bien formé…

Cela fait plusieurs années que la tendance à la microcosmisation des réseaux est en marche. Les cellules familiales (comme pour l’attentat de Djerba, par exemple) sont très difficiles à identifier et à pénétrer. Par ailleurs l’auto-recrutement favorise l’émergence d’individus prêts à tout qui agissent seuls ou presque. Et dans ce cas, la détection du signal précurseur est très ardue. Les groupes basques fonctionnaient sur ce modèle de trois terroristes qui ne se rencontraient que pour agir. Il a fallu dix ans à la police espagnole pour attraper le « commando Madrid », de sinistre mémoire.

La France a souvent présenté son dispositif antiterrroriste comme un modèle du genre, parvenant à sanctuariser le territoire français. Or, après les attaques de Toulouse et de Montauban, un quatrième attentat a été commis sur le sol français, visant mercredi l’ambassade d’Indonésie à Paris. Faut-il y voir une forme de relâchement ?

On peut avoir beau jeu d’accuser un certain relâchement, la réalité est qu’aucun système n’est parfait. La France démantèle un à trois réseaux par an depuis dix ans. Mais le drame en matière antiterroriste est que, malgré l’action exceptionnelle des services de police et de renseignement – rappelons que nous n’avons pas eu d’attentat majeur en France depuis 1996 -, un terroriste peut finir par passer entre les mailles du filet. C’est ce qui vient de se passer. C’est une course-poursuite sans fin… Qui plus est nous sommes dans un Etat de droit et on ne peut pas arrêter les gens sans un commencement de passage à l’acte. C’est notre honneur et c’est notre drame.

Par ailleurs, il ne faut surtout pas se précipiter et faire un amalgame quelconque entre les affaires [de Toulouse et de Paris]. Un attentat similaire avait frappé la même ambassade en 2004. Il y a suffisamment d’organisations indépendantistes et d’opposition au gouvernement indonésien pour que la liste des suspects soit très ouverte.

Mais personne ne peut exclure d’autres attentats potentiels. Rappelons-nous que l’alerte avait été donnée à Paris sur un risque d’attentat majeur en septembre et octobre 2010, heureusement sans lendemain ; mais nous voyons bien que la menace est toujours présente. Il ne faut cependant pas paniquer.

Dernier ouvrage : Terrorisme(s), abrégé d’une violence qui dure, CNRS éditions, Paris, 2006.

Propos recueillis par Gaïdz Minassian

France’s Jihadist Shooter Was No Lone Wolf

Mohamed Merah was practically a prince in violent extremist circles.

Jytte Klausen

The WSJ

March 23, 2012

Mohamed Merah, the Frenchman who assassinated three French paratroopers of North African background and then launched a terrible attack on a Jewish school—murdering a teacher, his two young sons and an 8-year-old girl—claimed to act for al Qaeda. Skeptics have dismissed the claim, saying al Qaeda barely functions anymore. But Merah was no « lone wolf » and did indeed bear the imprint of al Qaeda.

Young and alienated, Merah had served two years in a juvenile prison for robbery. Was he rejected by French society because of his Algerian background? « He snapped, » say friends. After prison, he was completely cut off from reality, said his lawyer.

In fact, Merah was practically a prince in French jihadist circles. His mother is married to the father of Sabri Essid, a leading member of the Toulouse radical milieu who was captured in Syria in 2006. Essid and another Frenchman were running an al Qaeda safe house in Syria for fighters going to Iraq. In a 2009 trial that came to be known in the press as « Brothers for Iraq, » they and six others were convicted in France of conspiracy for terrorist purposes. Essid was sentenced in 2009 to five years imprisonment.

Family contacts could have been instrumental in setting up Merah’s jihadist contacts and facilitating his travels to South Asia. Le Monde reports that the Pakistani Taliban and the Uzbek Islamic Movement trained Merah to become a killer. In 2010, he was captured in Afghanistan (reportedly by Afghan forces) and handed over to the French government, yet French media report that he was able to return to Northwest Pakistan in 2011.

The French police have confirmed that Merah was under periodic surveillance in recent months. That he slipped through and was able to carry out his attacks will become a source of criticism and self-recrimination on the part of the generally efficient French police. It certainly suggests that he had help from a network.

In executing his attacks, Merah did everything by the jihadist textbook. He made sure he would die a martyr’s death that would be witnessed on television screens around the world. He murdered with a video camera strapped to his body, making him star and director of his own epic. He told journalists his videos would soon be uploaded. In the attack at the Jewish school Monday morning, Merah held a little girl by her hair while he paused to reload his gun. He then shot her. In a recording found in his apartment he tells another victim, a soldier: « You kill my brothers, I kill you. » This is theater.

The Internet was his friend. « I have changed my life . . . on video, » said one of his last tweets (in French) during the siege. His account ID featured a black knight on a horse holding high the flag of jihad.

He signed that last tweet « Mohamed Merah-Forsane Alizza. » Forsane Alizza, or « Knights of Glory, » is a France-based jihadist media organization that was banned in January by French authorities after they discovered members preparing to train in armed combat. The ban made little difference, as content was uploaded to new sites. A website using the Forsane Alizza alias is still active—and registered with a domain name registrar and Web hosting company based in the state of Washington.

Two hours before the police arrived at his apartment, Merah was calling a French TV station. He appears to have had the media on speed-dial and was an active user not only of Twitter but of Facebook and YouTube. (Authorities took down his online outlets one-by-one on Wednesday.)

Merah’s shootings in Toulouse again shatter the illusion that counterterrorism can be 100% successful. Jihadist terrorism exploits our freedoms and opportunities in a global campaign linking foreign insurgencies and extremist activism in the West. Highly scripted and planned with the assistance of accomplices in and outside of France, Merah did not act in isolation.

Ms. Klausen. a professor of politics at Brandeis University and author of « The Cartoons That Shook the World » (Yale University Press, 2009), is founder of the Western Jihadism Project, which tracks and analyzes the development of jihadi networks in the West.

Voir de même:

Jihad in Toulouse

The WSJ

March 23, 2012

A reason the NYPD follows young Muslim students.

Mohamed Merah died Thursday morning in a hail of bullets as he leapt from the window of his Toulouse flat, firing on the way down. During the preceding 33-hour standoff, the 23-year-old Frenchman said he wanted to die « gun in hand. » Nobody should feel sorry that the authorities obliged him.

Merah began his murder spree 12 days ago when he gunned down French paratrooper Sgt. Imad Ibn Ziaten in Toulouse. Four days later he killed two more uniformed paratroopers, Cpl. Abel Chennouf and Pte. Mohamed Legouad, in nearby Montauban. On Monday Merah attacked Toulouse’s Ozar Hatorah Jewish school, killing Rabbi Jonathan Sandler, his two young sons Gabriel and Arieh, and seven-year-old Myriam Monsonego. What made the killings all the more grotesque was that Merah filmed them, a reminder that terrorism is, in some sense, also a form of pornography.

Editorial board member Matt Kaminski on the terrorist shootings in France.

The reaction of the French has been commendable. Revulsion at the murder of Jewish children gives the lie to the notion that France is fundamentally anti-Semitic. Muslim leaders have lined up to condemn the killings. Security authorities have been criticized for not acting more effectively—Merah was already on a terrorist watch-list—but every free society will always be at an initial disadvantage against individual killers. « We have shown our sang-froid, our cool and our ability to overcome this kind of terrorist threat, » President Nicolas Sarkozy said Thursday. « We must be implacable in defending our values. »

Well said. Less useful was initial speculation that the killer must have been a white supremacist since he seemed to target Jews and North Africans equally—a line of thinking that seems to have been inspired by the notion that Norwegian terrorist Anders Breivik represented a larger underground movement.

Nor did it help to hear former Justice Minister Rashida Dati warn a radio audience that using the word « jihadist » to describe Merah risked « stigmatizing our [Muslim] French compatriots. » Merah trained for jihad on the Afghanistan-Pakistan border. Someone should tell Ms. Dati that combating prejudice can’t be achieved through semantic acrobatics, much less closing one’s eyes to reality.

It’s premature to suggest that Merah’s rampage presages a new terror threat in Europe, but it’s also dangerous to treat him as a one-off. France is fortunate to have a muscular internal security apparatus, the Direction de la Surveillance du Territoire (DST), whose methods of surveillance and preventive action are increasingly being emulated by the FBI and the New York Police Department.

(…)

Publié le 18/02/2007 11:45 | Vincent Pialat

Toulouse : c’étaient bien des terroristes

Justice. Un Franco-Syrien vivant en Ariège serait à la tête du réseau terroriste qui vient d’être démantelé dans la région toulousaine.

C‘était le bureau de recrutement pour le djihad islamique. Le coup de filet effectué cette semaine par la sous-direction antiterroriste à Toulouse, en Ariège et en région parisienne a abouti hier à la mise en examen de six personnes. Les juges d’instruction parisiens Jean-Louis Bruguière et Philippe Coirre ont validé les soupçons des policiers, en mettant en examen quatre Toulousains, un Ariégeois et un Albigeois interpellés mardi et mercredi, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste »; trois ont été aussi mis en examen pour « financement du terrorisme ».

Les six hommes sont soupçonnés d’avoir participé à une filière de recrutement et d’acheminement de djihadistes vers l’Irak. Quatre d’entre eux ont été écroués hier soir, après avoir été présentés au juge des libertés et de la détention. Un seul homme, sur les sept personnes gardées à vue jusqu’à hier dans les locaux de la sous-direction antiterroriste, a été remis en liberté sans qu’aucune charge ne soit pour le moment retenue contre lui. L’homme habitait à Torcy, en région parisienne. « Il n’y avait pas suffisamment d’éléments qui permettaient de le rattacher aux faits reprochés », explique un enquêteur.

Olivier, chef du réseau

De lourds soupçons pèsent au contraire sur les six hommes mis en examen et habitant dans la région Midi-Pyrénées. Olivier Corel, un Français né en Syrie, qui habite à Artigat, dans l’Ariège, est suspecté d’être à la tête du réseau toulousain. Il est considéré par les policiers comme le chef idéologique des jeunes interpellés mercredi. Il avait visiblement une forte influence sur les autres membres du réseau, âgés de 25 à 30 ans.

Issus des quartiers de la Reynerie, de Papus, des Izards, Stéphane Lelièvre, Imad Djebali, Mohamed Megherbi et Sabri Essid, ainsi que l’Albigeois Thomas Barnouin, partageaient leur vie entre petits boulots et prières à la mosquée. Ils s’étaient mis en tête de résister aux Américains présents en Irak. Rien pour le moment ne permet de conclure qu’ils préparaient des actions terroristes en France. Aucune arme, ni aucun explosif, n’ont d’ailleurs été découvert lors des perquisitions. Evoquant leur foi en Allah, ils désiraient combattre aux côtés de « leurs frères ».

Chez l’un d’eux, un testament a même été trouvé, faisant état d’une volonté de « vouloir mourir en martyr ». Tous étaient dans le même état d’esprit, selon les enquêteurs.

Récenmment convertis à l’Islam, ils se seraient radicalisés. Leurs voyages réguliers en Syrie, officiellement pour y apprendre l’arabe littéraire, n’auraient été qu’une étape d’un long processus d’apprentissage fanatique. Ils entretenaient des relations avec d’autres groupes, ailleurs en France et en Europe.

« Le réseau comprenait de cinquante à soixante personnes, à Toulouse, en région parisienne, en Belgique », précise un enquêteur. Neuf hommes avaient été interpellés vendredi en Belgique ; ils ont été relâchés, en attendant un complément d’enquête. Selon les policiers, le réseau démantelé cette semaine serait le même que celui qui avait acheminé une jeune kamikaze belge en Irak, où elle a commis un attentat suicide en 2005.

L’apprentissage en syrie

La filière toulousaine, elle, fonctionnait depuis plusieurs mois, et aurait recruté une dizaine d’apprentis djihadistes, dont certains auraient rallié la Syrie en bus. « Il y avait une première phase d’endoctrinement, explique un enquêteur. Puis, les jeunes étaient envoyés en Égypte, pour des séjours de plus en plus longs. » Une phase de préparation, plus dure, était ensuite organisée : stages sportifs, conditionnement à base de vidéos de combats de djihad. Les candidats djihadistes devaient compléter leur «formation» en Égypte, dans une école du Caire, avant d’atteindre l’Irak, via la Syrie.

Les membres du réseau toulousain étaient étroitement surveillés depuis plusieurs mois par les renseignements généraux, la police judiciaire et la sous-direction antiterroriste (SDAT).

C’est l’interpellation, à leur arrivée à Roissy, mardi, de Thomas Barnouin et Sabri Essid, qui a déclenché la vaste opération à Toulouse.


Des précédents dans la région

Pour les spécialistes de la lutte antiterroriste, l’Ariège et Midi-Pyrénées n’étaient pas un terreau favorable au développement de l’islamisme. Les villes de Lille, Lyon et la région parisienne étaient jusqu’à présent particulièrement ciblées par les services de renseignement.

Mais ces arrestations de terroristes présumés dans le Sud de la France ne constituent pas, cependant, une première.

En avril 2005, les enquêteurs de la Direction nationale antiterroriste avaient interpellé à Toulouse un homme de 52 ans ainsi que son fils âgé de 21 ans. Ils avaient été relâchés.

En juin 2005, un islamiste radical, marocain de 35 ans, avait été interpellé à Montpellier et mis en examen dans une enquête dite « des filières irakiennes ».

Le seul inculpé dans les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis est Zacarias Moussaoui, qui a grandi à Narbonne dans l’Aude. Moussaoui a été condamné en mai 2006 à la prison à perpétuité par la justice américaine.


« Menace vive » en France

Le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière affirme que la menace terroriste « reste extrêmement vive en France », avec « des signes objectifs forts de menace élevée ».

L’Irak, selon lui, « joue désormais le rôle de catalyseur ». Les réseaux européens, selon lui, sont « constitués de groupes maghrébins apparentant au Groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC, qui a rejoint la structure Al-Zawahiri, numéro 2 d’al-Qaïda ».


Toulouse : Les quatre allaient en Syrie

Leurs compagnes ont été laissées en liberté. Les quatre Toulousains interpellés cette semaine dans les quartiers des Izards, de la Reynerie et de Papus, s’étaient convertis à l’islam.

Ils avaient fait un voyage en Syrie. À leur domicile, les policiers ont saisi des documents, ainsi que des dossiers de candidature pour le djihad…

Dans le quartier de Papus, où réside l’une des personnes interpellées, les voisins ont témoigné. « Les habitants de l’immeuble s’étaient plaints il y a quelques mois de voir des barbus. Puis le manège avait cessé ».

Une amie d’un couple interpellé se rendait fréquemment dans l’appartement perquisitionné par les policiers dans le quartier Papus : « Je n’allais pas très bien. Elle essayait de m’embobiner dans sa religion ». La conversion à l’islam du couple posait quelques problèmes familiaux : « Au moment de Noël, la grand-mère a voulu prendre sa petite-fille. On lui a répondu que Noël n’était pas une fête religieuse, et que ce n’était pas possible », rapporte une proche du couple.

Les voisins des quatre hommes interpellés étaient mercredi partagés entre surprise et incrédulité.


Albi : Thomas est devenu Abdelhakim

Il portait une petite barbe discrète, fréquentait la mosquée d’Albi, mais pratiquait surtout à Toulouse. Thomas Barnouin, 26 ans, converti à l’islam en 1999, était devenu Abdelhakim. Cet Albigeois a été arrêté mercredi à l’aéroport de Roissy.

À l’annonce de son arrestation, ses parents n’ont pas souhaité s’exprimer. Dans le quartier résidentiel de la Piscine, rue Degas à Albi, où Thomas Barnouin a grandi, les voisins décrivent une famille « très discrète ».

Jeune, Thomas Barnouin se serait d’abord rapproché des Témoins de Jéhovah avant de se convertir à l’islam. Il s’était inscrit en 2001 à l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon, dans la Nièvre, qui forme des imams et des théologiens. Mais il n’a fini sa formation, et a même été sanctionné.

De là, l’Albigeois serait parti en Arabie Saoudite, et se serait inscrit à un cours d’études islamiques à Médine. Il aurait été récemment expulsé de Syrie.

Son parcours religieux a probablement croisé le chemin des islamistes.

Thomas Barnouin, devenu Abdelhakim, revenait assez peu souvent dans le Tarn.


Olivier, le Franco-Syrien, au vert en Ariège

Une maison qui n’est pas achevée. C’est là que vivent Nadia Corel, 55 ans, et son mari Olivier Corel, 60 ans, un couple possédant la double nationalité française et syrienne. Ces Français convertis à l’islam se sont installés à Artigat, en Ariège.

Au début des années 1990, une communauté d’une dizaine de familles de musulmans convertis avait décidé de vivre là. Bâtissant leur maison. Des conflits et des dissensions avaient fait éclater la communauté.

Olivier et Nadia Corel ont été interpellés à Artigat mercredi. « Je n’étais pas au courant, indique le maire de la commune Patrick Cahaupé, et les brigades de gendarmerie environnantes non plus. Par contre, les médias étaient là. Ce qui me surprend : en cette période électorale, cette interpellation médiatisée a des airs de manœuvre politique ». Nadia Corel a été relâchée jeudi. Son mari, en revanche, a été mis en examen hier. « Il ne faisait pas parler de lui, poursuit le maire d’Artigat. Si ce qu’on lui reproche est avéré, c’est évidemment condamnable. Je ne peux rien dire d’autre. Il faut laisser la justice faire son travail ».

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6 réponses à Tuerie de Toulouse: Attention, un silence peut en cacher un autre! (Guess who benefits most from France’s supposedly lone wolf jihad?)

  1. [...] renforcer contre lui des sanctions bancaires potentiellement dévastatrices – reléguées au silence ô combien plus confortable des pages intérieures de nos journaux ? jc durbant @ 09:51 Catégorie(s): De la guerre et de la [...]

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  2. [...] renforcer contre lui des sanctions bancaires potentiellement dévastatrices – reléguées au silence ô combien plus confortable des pages intérieures de nos journaux ? jc durbant @ 09:51 Catégorie(s): De la guerre et de la [...]

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  3. [...] qu’avec la tuerie de Toulouse nos belles âmes n’ont pas manqué de dénoncer un prétendu “climat de haine” [...]

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  4. [...] qu’avec la tuerie de Toulouse nos belles âmes n’ont pas manqué de dénoncer un prétendu “climat de haine” [...]

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  5. […] son possible émule il y  a une semaine à Bruxelles, les "soldats perdus du jihad" ont peut-être déjà commencé eux aussi à rapatrier leur violence dans nos centre-villes […]

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  6. […] émule il y a une semaine à Bruxelles, les « soldats perdus du jihad » ont peut-être déjà commencé eux aussi à rapatrier leur violence dans nos centre-villes […]

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