Poitiers/1278e: Le jour où la science, l’art et la civilisation reculèrent devant la barbarie (Who will stop the new Saracens’ razzia of historical truth?)

Dès le second siècle de l’Hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe. Voltaire
Sans Charles Martel (…), la France était une province mahométane. Voltaire
C’est un des plus grands événements de l’Histoire: les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. Chateaubriand
Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. Lamartine (1833)
Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable. (…) Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé, et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. Henri Pirenne (historien belge, 1922)
Monsieur Dubois demanda à Madame Nozière quel était le jour le plus funeste de l’Histoire de France. Madame Nozière ne le savait pas. C’est, lui dit Monsieur Dubois, le jour de la bataille de Poitiers, quand, en 732, la science, l’art et la civilisation arabes reculèrent devant la barbarie franque. Anatole France (1922)
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Bien des voix se sont élevées pour tenter de ramener la bataille à sa juste place. En vain, car, érigé en symbole, l’événement est passé à la postérité et avec lui son héros Charles Martel. Il appartient à ce fonds idéologique commun qui fonde la nation française, la civilisation chrétienne, l’identité européenne sur la mise en scène du choc des civilisations et l’exclusion de l’Autre. Françoise Micheau et Philippe Sénac (historiens medievistes)
Martel 732, Le Pen 2002 Affiche FN
La Bataille de Poitiers (732) n’a jamais eu lieu. Nas E Boutammina. (2006)
Recent scholars have suggested Poitiers, so poorly recorded in contemporary sources, was a mere raid and thus a construct of western mythmaking or that a Muslim victory might have been preferable to continued Frankish dominance. What is clear is that Poitiers marked a general continuance of the successful defense of Europe, (from the Muslims). Flush from the victory at Tours, Charles Martel went on to clear southern France from Islamic attackers for decades, unify the warring kingdoms into the foundations of the Carolingian Empire, and ensure ready and reliable troops from local estates. Victor Davis Hanson
Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers. Stéphane Denis (2001)
Aujourd’hui les bicots ont dépassé Poitiers. Tunisiano (groupe Sniper, 2003)
Aux frères musulmans résidant dans les pays de la coalition des sionistes et des croisés (…) sachez que le jihad est un devoir. (…) Vous avez l’occasion d’attaquer les chefs des infidèles sur leur propre sol du moment qu’il n’y a pas d’alliance entre vous et eux. Azzam (porte-parole americain, message aux membres des “communautés d’immigrés comme celles vivant en marge de la société dans “les banlieues misérables de Paris, de Londres et de Detroit”, ou celles venues en Amérique et en Europe pour étudier ou pour y chercher leur pain quotidien”, oct. 2010)
Que comprend le spectateur à l’issue de ce spectacle glaçant ? L’armée française, c’est la Wehrmacht ; la police française, la Gestapo ; les policiers français sont des tueurs psychomaniaques ; les terroristes du FLN sont les frères des résistants français de 1940-1944 ; la scène d’ouverture – les massacres de Sétif en mai 1945 – est une transposition d’Oradour-sur-Glane. Cette trame est intentionnelle. Les images d’archives de l’indépendance algérienne (juillet 1962) qui concluent le film renvoient à celles de la libération de Paris qui l’ouvrent. Le devoir appliqué de Bouchareb sera très bien noté au prochain congrès du FLN.
Cette séquence des massacres du 8 mai 1945 à Sétif dure six minutes. Six minutes de désinformation historique absolue ! Bouchareb montre des civils algériens pacifiques, aveuglément mitraillés par les forces de l’ordre. Les soldats, les policiers et les civils tirent les musulmans comme des lapins dans les rues de Sétif. Des dizaines de cadavres sont alignés dans les rues. La répression fut en effet brutale mais elle n’interviendra que plus tard. On ne voit quasiment rien du massacre d’une centaine d’Européens, ni de la large politique d’amnistie qui suivra.
(A) Sétif, le 8 mai 1945. Quatre musulmans sont tués pendant le défilé de la Victoire (l’un voulut brandir le drapeau indépendantiste algérien) mais le premier massacre de masse concerne, ce jour-là, les Européens (109 tués et disparus, dont le maire socialiste de la ville). Il ne s’est pas agi d’une colère spontanée : les quelques émeutiers avaient préparé un plan d’insurrection prévoyant les assassinats d’Européens et l’installation d’un maquis dans le massif des Babors, au nord de Sétif. Il n’y a pas eu de tirs des colons par les fenêtres, ni de tirs de gendarmes à la mitrailleuse. La terrible répression (sur ordre du général De Gaulle) sera conduite dans les jours suivants. Elle fut d’une brutalité inexcusable (au moins 2 500 morts, mais loin des 40 000 victimes annoncées par la propagande du FLN), menée avec les méthodes impitoyables de l’époque mais suivie d’une large amnistie en 1946, totalement ignorée dans le film, et les suspects arrêtés en mai 1945 ne furent pas transférés à Paris.
Le FLN et le MNA sont nés en 1954 et pas en 1945 et De Gaulle n’était plus aux affaires en 1954. L’un des frères, Messaoud, affecté au 3e RTA, ne pouvait pas être parachutiste en Indochine (surtout largué à Diên Biên Phù par un C-130 américain !) ; après dix ans de service, il aurait dû être au moins sergent. Ce sont des harkis qui ont démantelé la plupart des commandos du FLN à Paris et la Main rouge, une organisation contre-terroriste montée par les services spéciaux, n’intervint jamais en métropole. C’est le FLN et le MNA qui ont pratiqué des noyades dans la Seine en 1961, pas la police (sauf un cas, jamais confirmé), qui n’a pas fait exploser de voiture en métropole. Le convoyage par le FLN d’autobus bourrés d’armes d’Allemagne vers la France est invraisemblable : il y avait assez de ports en Allemagne pour les embarquer. Valeurs actuelles

Qui arrêtera les nouveaux Sarrasins de la vérité historique ?

Multiplication des erreurs historiques, concentration en une seule journée d’émeutes musulmanes de 5 jours et d’une repression francaise de 15 jours, inflation hors de toute proportion du nombre de victimes de la seule répression francaise, passage sous silence d’une centaine de victimes européennes aux cris de À bas la France” et “À bas les juifs” sans compter les centaines de blessés et de musulmans assassinés pour leur francophilie …

Au lendemain de la mort du président de la région Languedoc-Roussillon Georges Frêche qui avait non seulement tenté en vain de redonner a sa région son ancien nom de Septimanie

Mais aussi, mis à part son goût plutôt douteux pour les statues et notamment celles des plus grands massacreurs de la planète, vaillamment résisté contre la nouvelle tryrannie du politiquement correct de son propre parti

(jusqu’a  faire mettre en berne tous les drapeaux de sa ville en 1982 lorsque le ministre des Relations extérieures de Mitterrand – le même Cheysson qui avait confirmé que la France ne ferait rien contre le coup d’Etat de Jaruzelski contre le syndicat Solidarnosc – était allé s’incliner en Algérie devant la tombe des soldats du FLN ou traité de sous-hommes des harkis un peu trop défaitistes!) …

Pendant qu’aux EU on licencie un commentateur de la radio publique pour avoir évoqué sa crainte des jihadistes comme on dénonce en France un politologue respecté qui s’est laisse piéger par Facebook alors qu’un porte-parole supposé d’Al Qaeda rappelle aux immigrés de l’Occident leur devoir de jihad

Et en ce 1278e anniversaire de la bataille de Poitiers (Pardon: de  « l’Allée des martyrs ») voué comme les autres, sauf exceptions systématiquement disqualifiées comme droitistes (ou de vaines gesticulations contre les magnétoscopes japonais), à  l’indifférence du plus grand nombre voire au mépris quand ce n’est pas au négationnisme pur et simple de, historiens compris, nos dhimmis de service

Qui vit, un 1er jour de Ramadan,  le Maccabee franc (et bâtard pilleur occasionnel d’églises lui-même) Charles Martel s’allier au Duc d’Aquitaine Eudes pour empêcher non seulement la mise à sac du sanctuaire national des Francs de Saint-Martin de Tours par le « serviteur du Miséricordieux » de la douce Cordoue Abd al-Rahmān

Mais porter un premier coup d’arrêt aux incursions musulmanes au nord des Pyrénées avant, mis a part quelques dernières razzias sous Charlemagne et Guillaume de Provence (ou jusqu’au XIXe siècle sur nos côtes par les pirates barbaresques à l’origine, qui le sait encore, à la fois de la création des Marines américains et de la conquête de l’Algérie), de les chasser définitivement de leurs bases de Septimanie justement ….

Retour, avec Valeurs actuelles, sur la derniere razzia en date, contre la vérité historique cette fois, du cinéaste franco-algérien Rachid Bouchareb.

Qui, non content d’avoir fait sauver la France a ses Indigenes, justifie a l’avance leurs exactions dans son dernier film (Hors la loi) en présentant la tragédie de Sétif du 8 mai 1945 comme le produit de la seule barbarie francaise

8 mai 1945

Les mensonges de Sétif

François d Orcival

Valeurs actuelles

14/10/2010

Le général Henry Martin reçoit la reddition des populations du Constantinois.Pourquoi falsifier l’histoire ? Elle fut suffisamment dramatique. Mais il fallait la rendre épouvantable pour pouvoir justifier ensuite la terreur du FLN.

Rachid Bouchareb, le réalisateur du film Hors-la- loi (qui a fait un flop sur les écrans français), a vu des centaines de tués allongés et alignés sur les trottoirs de Sétif ; il a vu des hommes tirer des balcons, des soldats français procéder à des exécutions sommaires ; il a même vu des miliciens faire feu avec des fusils de chasse sur des manifestants musulmans pacifistes et désarmés.

Cette vision “cinématographique” de la tragédie de Sétif, le 8 mai 1945, a déclenché des passions justifiées contre son film. Est-il excusable ? Né à Paris de parents algériens, et non en Algérie, huit ans après les faits, Rachid Bouchareb ne fait qu’épouser la version algérienne de l’histoire. Celle qui a été forgée pour que la France plie le genou de la repentance et du remords. Ici, la vérité historique importe peu : c’est d’une “reconstruction” qu’il s’agit.

Roger Vétillard n’est pas algérien, mais il est né à Sétif et en 1945.

Il n’est ni journaliste ni historien mais médecin, un professionnel méticuleux et persévérant qui a voulu rassembler tout ce qui existait sur cette tragédie, laquelle l’a d’autant plus marqué qu’il devait y perdre deux cousins, avant que la guerre d’Algérie ne vienne bouleverser sa famille. Il a publié deux gros ouvrages sur le sujet et affirme, pièces à l’appui, que le « nombre de fausses informations qui circulent à propos des événements de mai 1945 est à peine imaginable». Il s’agit bien des « événements de mai 1945 » et non pas de la seule émeute de Sétif. Or on a lu tantôt que, “selon les autorités françaises”, ces événements auraient provoqué la mort de 15 000 Algériens, et tantôt de 45 000, selon les autorités algériennes… Les émeutes et la répression se sont déroulées du 8 au 22 mai 1945, soit durant quinze jours : l’armée, la police, la gendarmerie françaises, les milices armées ont-elles pu faire entre 1000 et 3000 tués par jour – c’est-à-dire dix ou vingt fois plus par jour que durant la guerre d’Algérie elle-même ?

Les archives existent, rapports de police, témoignages, comptes-rendus militaires, ordres échangés ; il y a même eu une thèse sur le sujet. Le service historique des armées a publié l’essentiel des pièces il y a déjà vingt ans. Roger Vétillard a repris dans son étude (parue en 2008) toute la matière disponible. L’historien Jean-Louis Planche a lui aussi cherché à reconstituer scrupuleusement la vérité.

Les drapeaux doivent être retirés, un policier tire…

Sétif est à l’époque une ville de 40 000 habitants située à 300 kilomètres à l’est d’Alger, dans le Constantinois. Le matin du 8 mai 1945, un cortège que l’on évaluera entre 4 000 et 8 000 manifestants, conduits par 200 scouts musulmans, se dirige vers le monument aux morts pour célébrer la victoire. C’est la raison pour laquelle, dans un pays qui est encore en état de siège, ce défilé est autorisé. Mais surgissent alors dans la foule des drapeaux algériens interdits, des banderoles nationalistes pour célébrer l’“Algérie indépendante”. Tout cela a été préparé. Le sous-préfet appelle la troupe pour dresser un barrage, mais ses hommes sont en petit nombre : les drapeaux doivent être retirés. Un policier tente de s’en emparer. « C’est le signal de la bagarre, écrit alors le général Henry Martin, qui commande le 19e corps d’armée à Alger. Des coups de feu éclatent ; les manifestants se répandent dans la ville, assaillant à coups de feu, de couteau ou de bâton, les Européens rencontrés. On entend : “Tuons les Européens”… »

Qui a tiré le premier ? Il semble bien que ce soit le policier, pour se dégager. En l’air ou à bout portant ? Un jeune manifestant tombe. Affolement. Des jeunes gens se mettent à attaquer le commissariat central. Puis c’est le déchaînement : jardiniers, commerçants, employés, colons, un directeur d’école, sont sauvagement agressés, atrocement mutilés. Le maire de la ville, socialiste nommé par les autorités de Vichy, est tué ; le chef de la section locale du parti communiste a les deux poignets tranchés. Le soir, on relève quatre morts parmi les émeutiers, mais vingt-huit parmi les Européens et quarante-sept blessés graves. À partir de ce moment, l’émeute s’étend dans tout le Constantinois.

Pour comprendre le déchaînement, ces événements doivent être situés dans le contexte du moment. L’Algérie compte alors trois départements français, soit six à sept millions d’“indigènes” musulmans et huit cent mille Européens. Alger a abrité le gouvernement provisoire du général de Gaulle, le pays a été bouleversé par les convulsions politiques qui ont déchiré les Français. Le 10 février 1943, influencé par le kémalisme, le panarabisme et la propagande allemande qui cherche à soulever les populations locales contre la tutelle française, Messali Hadj, créateur du Parti populaire algérien, lance un manifeste réclamant le pouvoir et l’indépendance. Un pharmacien de Sétif, précisément, Ferhat Abbas, se joint à lui. Pour calmer ces revendications, le général de Gaulle publie le 7 mars 1944 une ordonnance reconnaissant à tous les habitants d’Algérie l’égalité des droits, mais sans leur accorder la citoyenneté française et le droit de vote. « Trop tard », commente Ferhat Abbas.

L’agitation antifrançaise, alimentée par différentes sources, se développe. Quelques-uns des trente mille prisonniers allemands, internés – et oubliés – dans leurs prisons du Constantinois, parviennent à s’évader ; certains rejoignent les rangs des insurgés. Au moment où il le nomme en Algérie, au mois d’août 1944, le général de Gaulle donne au général Martin une consigne stricte : « Empêcher l’Afrique du Nord de glisser entre nos doigts pendant que nous libérons la France. »

Les événements étrangers précipitent les choses : le Japon humilie la France à Hanoi, le 9 mars 1945. La conférence des Nations unies qui s’ouvre le 25 avril à San Francisco fait miroiter leur indépendance aux peuples encore sous tutelle impériale. Une rébellion surgit en Syrie et au Liban, le Général doit y envoyer des renforts et bombarder Damas, avant de céder sous la pression britannique. « En Algérie, écrit-il dans ses Mémoires de guerre, un commencement d’insurrection, survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes, a été étouffé par le gouverneur général Chataigneau. » Dès le 1er mai, des incidents ont en effet éclaté à Alger (la police a tiré), à Oran, à Mostaganem et ailleurs. On crie “À bas la France” et “À bas les juifs”. Les autorités redoutent la répétition de ces incidents au moment où l’Allemagne capitule ; la troupe est consignée.

Au lendemain de la terrible journée de Sétif, l’insurrection se répand. Elle éclate à Guelma, sous préfecture de 16 000 habitants dont 4 000 Européens. L’émeute dure cinq jours de suite. Au début, la police et la troupe ont tiré en l’air. Mais cela dégénère. “À bas de Gaulle ! À bas Churchill et les juifs !” Le jeune sous-préfet de Guelma, gaulliste musclé, héros de la Résistance, André Achiary, ne dispose pour maintenir l’ordre que d’un faible dispositif. Il décide de former des milices d’Européens armés. Et là se produisent des représailles et des exécutions sommaires.

Le 11 mai, les autorités d’Alger ont reçu un télégramme du général de Gaulle : « Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie. Veuillez prendre toutes mesures nécessaires pour réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs. » Le commandement militaire estimera le nombre des insurgés à 40 000. « Dès l’annonce des premières révoltes, observe Roger Vétillard, les chars, l’aviation, dans une moindre mesure l’artillerie et, plus tard, la marine, participent à la remise en ordre du territoire. »

Conformément aux consignes reçues de Paris, la répression est sans pitié. Des villages situés autour de Sétif, Guelma et Kherrata, sont rasés. L’historien Jean Lacouture a également retenu que « des unités de troupes noires tuèrent et pillèrent pendant quarante-huit heures ». Ces différents faits nourrissent l’accusation des massacres. Ce qui ressort des archives militaires et des travaux de Vétillard en tempère non la réalité mais la dimension. Ainsi, de combien d’avions l’état-major dispose-t-il pour ses opérations ? De douze chasseurs et douze bombardiers légers. Combien effectuent-ils de missions d’assaut ? Vingt en quinze jours. La marine ? Un croiseur, le Duguay-Trouin, au large de Bougie. Le 10 mai, au plus fort de l’insurrection, il tire vingt-trois coups de 155 pour disperser des rassemblements des tribus insurgées.

Relevées en 1945, les pertes côté européen sont, selon les sources, de 102 à 113 victimes ; il y a deux fois plus de blessés. À cela s’ajoutent quelque 800 musulmans assassinés par les émeutiers pour leur francophilie. Côté musulman, le commandement militaire dénombre alors 2 628 tués ; le quotidien l’Humanité cite à l’époque le chiffre de 6 000. C’est la radio du Caire qui, la première, parlera de 45 000 victimes, bilan qui sera par la suite officialisé par le régime algérien. Plus on s’éloigne des événements, plus le chiffre gonfle : le 8 mai 2003, le quotidien officiel du parti gouvernemental, El Moudjahid, cite le chiffre de 100 000 ! Les corps ont-ils tous disparu dans la chaux vive ? Qui furent donc les responsables de cette répression ? Le gouverneur général de l’Algérie, Yves Chataigneau, était un gaulliste que les pieds-noirs avaient baptisé Mohammed en raison de ses sympathies musulmanes ; il agissait sous les ordres du ministre de l’Intérieur, le socialiste Adrien Tixier ; le ministre de l’Air, responsable des ordres donnés à l’armée de l’air, était le communiste Charles Tillon. « Le mouvement insurrectionnel, écrivit le gé néral Martin, n’a pas été l’oeuvre de fa méliques mais de fanatiques et de racistes. Le mouvement n’avait pas pour but initial la guerre sainte, mais cet argument fut employé par les meneurs pour décider la masse et la fanatiser…»

Était-il nécessaire de faire passer cette terrible répression pour de la barbarie, d’en gonfler jusqu’à l’absurde le nombre des victimes ? Sans doute le fallait-il pour excuser et justifier les massacres du FLN qui allaient commencer neuf années plus tard.  François d Orcival

À lire

Sétif, mai 1945, massacres en Algérie, de Roger Vétillard, Éditions de Paris, 588 pages, 39 €.

Sétif 1945, histoire d’un massacre annoncé, de Jean-Louis Planche, Perrin, 422 pages, 22,90 €.

La Guerre d’Algérie par les documents, tome 1, collectif. Service historique de l’armée de terre, 550 pages, 49 €.

Voir aussi:

Cinéma. De l’argent public devait-il financer cette œuvre de fiction qui dessert l’histoire?

Hors-la-loi : un mauvais film

Frédéric Pons

Valeurs actuelles

27/05/2010

Fiction manichéenne de facture médiocre, dévaluée par de nombreuses erreurs historiques, l’oeuvre de Rachid Bouchareb est bien une apologie caricaturale du FLN algérien. Notre envoyé spécial à Cannes a vu le film.

Des motards en grande tenue pour l’escorte, des limousines pour l’équipe du film, puis le tapis rouge du Palais des Festivals, foulé au rythme d’une danse arabe, les embrassades du petit monde du cinéma… Deux heures dix-huit minutes plus tard, la salle applaudit, debout. Des youyous de triomphe montent de quelques rangs. Je reste assis, comme quelques festivaliers. À côté de moi, deux Slaves applaudissent, surexcitées. Elles sont russes, me disent qu’elles ont “adoré”. Sans doute l’habitude des films de propagande, ce qu’est Hors-la-loi.

Représentant l’Algérie à ce 63e Festival du cinéma, ce film militant est le porte-voix d’une lecture univoque et haineuse de l’Histoire : celle du FLN, le pilier de la nomenklatura totalitaire qui contrôle l’Algérie depuis 1962, après l’avoir ruinée.

Ce film manichéen transpire la haine, quoi qu’en dise son réalisateur, Rachid Bouchareb, et quel que soit le talent de ses principaux acteurs, Jamel Debbouze, Roschdy Zem, Sami Bouajila.

« Il s’agit d’une œuvre de fiction », soutient Bouchareb. Ce qui peut, en effet, lui donner le droit de prendre des libertés avec l’Histoire, comme d’autres cinéastes l’ont fait avant lui. Mais – c’est lui qui le dit – Bouchareb, citoyen français d’origine algérienne, a voulu faire de son film un « rappel historique pour les jeunes générations qui ont le droit de connaître l’histoire. » L’intention est louable. Le résultat l’est nettement moins.

Indigènes, son précédent film, était plutôt sympathique par son sujet – l’hommage aux soldats africains de l’armée française –, par la revendication qu’il portait – accorder enfin les droits promis par l’État français à ces anciens combattants. Il l’était moins par l’intention cachée : la mise en accusation de l’ingratitude de la France et l’encouragement à sa repentance. Malgré son traitement un peu scolaire, Indigènes réussissait à susciter une certaine empathie à l’égard de ces combattants, si mal récompensés par notre pays.

Rien de tel pour Hors-la-loi. Le film surprend d’abord par la médiocrité de la mise en scène et le jeu laborieux de ses acteurs. À l’exception de Debbouze, ils déclament assez platement le manuel du parfait petit révolutionnaire tiers-mondiste. Bouchareb revendique l’esprit d’Elia Kazan dans Viva Zapata ou de Sergio Leone pour Il était une fois en Amérique. On en est très loin. Les critiques de cinéma du Figaro (« Un feuilleton lisse, raplapla, amidonné ») et de Libération (« Académisme vernissé… Saga sans souffle… Fiction bancale qui ne sait pas trop où elle va… ») ont vu juste. Le jury du Festival a lui-même complètement ignoré le film dans son palmarès.

Cette histoire de trois frères algériens, venus en France après les massacres de Sétif en mai 1945, se veut édifiante. L’un (Debbouze) devient souteneur à Pigalle et organise des matchs de boxe. Les deux autres (Zem et Bouajila) basculent dans la lutte clandestine armée au service du FLN. Ils massacrent des policiers français, étranglent des opposants ou rackettent des compatriotes rétifs à leur cause. Des séquences sur le sort de ceux qui fument ou qui rejettent la cause nationaliste annoncent les atrocités qui seront commises au nom de la révolution ou de l’islam rigoriste : combien de musulmans auront les lèvres et le nez coupés, pour l’exemple ! Combien de fils d’Algérie restés fidèles à la France seront assassinés par le FLN, avant comme après l’indépendance ! Mais le film ne montre rien de ces massacres de masse entre Algériens.

Hors-la-loi raconte une histoire à sens unique, dans une tonalité antifrançaise sous-jacente, niée par l’équipe du film que la polémique a visiblement agacée. À Cannes, chacun a cherché, à sa façon,à désamorcer la tension. Jamel Debbouze a joué sur son humour sautillant et Bouchareb a feint d’abord l’innocence : « Je fais juste du cinéma. Je voulais simplement procurer au spectateur de grandes émotions. » Il en a appelé à sa liberté d’artiste : « Tout le monde a le droit de s’exprimer, Français comme Algériens. Le spectateur verra bien que mon film n’a aucune animosité contre la France. » Plus tard, il livrait enfin la clé de sa démarche militante : « Le film est destiné à ouvrir un débat. Il serait grand temps de raconter l’histoire du colonialisme : dire que l’Algérie n’était quand même pas le paradis pour les indigènes. Maintenant, l’abcès est crevé avec le film. Il faut aller vers des choses positives. »

Le problème est là : Hors-la-loi est malhonnête parce qu’il ne retient que des “choses négatives”. Que comprend le spectateur à l’issue de ce spectacle glaçant ? L’armée française, c’est la Wehrmacht ; la police française, la Gestapo ; les policiers français sont des tueurs psychomaniaques ; les terroristes du FLN sont les frères des résistants français de 1940-1944 ; la scène d’ouverture – les massacres de Sétif en mai 1945 – est une transposition d’Oradour-sur-Glane. Cette trame est intentionnelle. Les images d’archives de l’indépendance algérienne (juillet 1962) qui concluent le film renvoient à celles de la libération de Paris qui l’ouvrent. Le devoir appliqué de Bouchareb sera très bien noté au prochain congrès du FLN.

Cette séquence des massacres du 8 mai 1945 à Sétif dure six minutes. Six minutes de désinformation historique absolue ! Bouchareb montre des civils algériens pacifiques, aveuglément mitraillés par les forces de l’ordre. Les soldats, les policiers et les civils tirent les musulmans comme des lapins dans les rues de Sétif. Des dizaines de cadavres sont alignés dans les rues. La répression fut en effet brutale mais elle n’interviendra que plus tard. On ne voit quasiment rien du massacre d’une centaine d’Européens, ni de la large politique d’amnistie qui suivra.

Malgré les travaux incontestables du Service historique de la Défense et de spécialistes de la guerre d’Algérie, cette lecture caricaturale de l’histoire n’a guère suscité de réactions au sommet de l’État : Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture, argue de la liberté de la création artistique ; Hubert Falco, le secrétaire d’État aux Anciens Combattants, n’ayant pas vu le film, a simplement rappelé que « la mémoire et l’Histoire n’ont besoin que de vérité ».

Alertées par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, les associations de rapatriés et de harkis se sont alors mobilisées pour dénoncer le « négationnisme » de ce film, accusé de gommer les souffrances des Européens et des musulmans fidèles à la France : « Mémoire amputée, mémoire bafouée », « Hors-la-loi : palme du mensonge », entendait-on à Cannes le 21 mai, au matin de la projection.

Près de 1 500 personnes avaient répondu à l’appel des associations pour un hommage calme et déterminé aux morts pour la France. Tous regrettaient le financement de ce film (20 millions d’euros, les deux tiers du budget) avec de l’argent public français, dont une contribution de France Télévisions et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur présidée par le socialiste Michel Vauzelle. Fait exceptionnel, Bernard Brochand, le député et maire de Cannes, n’était pas en haut des marches ce 21 mai pour accueillir l’équipe du film, comme le veut la tradition. « Le Festival doit conserver sa liberté d’expression, expliquait David Lisnard, son premier adjoint et président du Palais des Festivals. Mais il n’est pas bon d’offenser la mémoire de certains. »

Coproducteur du film, Tarak ben Ammar a justifié Hors-la-loi : « Il faut donner à la jeunesse algérienne et française une mémoire. Ce film y contribuera. » Est-ce si sûr ? Le film sortira en salles le 22 septembre. Quel sera son impact auprès de ces Français toujours en quête d’identité, qui n’hésitent pas à brandir le drapeau algérien en signe de ralliement ? Quel effet de colère et de mimétisme pourrait provoquer Hors-la-loi dans une population mal intégrée que certains – politiques, trafiquants, religieux – voudraient manipuler. « Ce film orienté met du vinaigre sur la plaie », regrette André Mayet, responsable de la Maison des rapatriés de Cannes. Ou de l’huile sur le feu.

De Cannes, Frédéric Pons

Voir de meme:

Histoire. Quand le cinéma bafoue la vérité des faits.

« Hors-la-loi » : un catalogue d’erreurs grossières

Frédéric Pons

27/05/2010

Avec l’aide du Service historique de la Défense, le général Maurice Faivre, Jean Monneret ou le préfet Roger Benmebarek, né à Constantine (son père fut administrateur en Kabylie en 1945 et 1946), ont dressé la liste des erreurs ou des oublis falsificateurs du film de Bouchareb, à commencer par l’affaire de Sétif, le 8 mai 1945. Quatre musulmans sont tués pendant le défilé de la Victoire (l’un voulut brandir le drapeau indépendantiste algérien) mais le premier massacre de masse concerne, ce jour-là, les Européens (109 tués et disparus, dont le maire socialiste de la ville). Il ne s’est pas agi d’une colère spontanée : les quelques émeutiers avaient préparé un plan d’insurrection prévoyant les assassinats d’Européens et l’installation d’un maquis dans le massif des Babors, au nord de Sétif. Il n’y a pas eu de tirs des colons par les fenêtres, ni de tirs de gendarmes à la mitrailleuse. La terrible répression (sur ordre du général De Gaulle) sera conduite dans les jours suivants. Elle fut d’une brutalité inexcusable (au moins 2 500 morts, mais loin des 40 000 victimes annoncées par la propagande du FLN), menée avec les méthodes impitoyables de l’époque mais suivie d’une large amnistie en 1946, totalement ignorée dans le film, et les suspects arrêtés en mai 1945 ne furent pas transférés à Paris.

Le FLN et le MNA sont nés en 1954 et pas en 1945 et De Gaulle n’était plus aux affaires en 1954. L’un des frères, Messaoud, affecté au 3e RTA, ne pouvait pas être parachutiste en Indochine (surtout largué à Diên Biên Phù par un C-130 américain !) ; après dix ans de service, il aurait dû être au moins sergent. Ce sont des harkis qui ont démantelé la plupart des commandos du FLN à Paris et la Main rouge, une organisation contre-terroriste montée par les services spéciaux, n’intervint jamais en métropole. C’est le FLN et le MNA qui ont pratiqué des noyades dans la Seine en 1961, pas la police (sauf un cas, jamais confirmé), qui n’a pas fait exploser de voiture en métropole. Le convoyage par le FLN d’autobus bourrés d’armes d’Allemagne vers la France est invraisemblable : il y avait assez de ports en Allemagne pour les embarquer.

« On reste ébahi devant tant d’erreurs d’ordre historique, matériel, chronologique et même intellectuel, et tant d’amalgames, écrit le préfet Benmebarek. En fait c’est une provocation, très volontaire, qu’ont voulue les producteurs et les sélectionneurs, à la fois dans un but commercial pour les uns, politique pour les autres. » Frédéric Pons, notre envoyé spécial à Cannes.

Cahiers de la mémoire, www.rogerbk.com

Voir par ailleurs:

25 octobre 732

Charles Martel arrête une razzia arabe

Le 25 octobre 732, le chef des Francs, Charles Martel, arrête une armée arabe au nord de Poitiers. Les vaincus se retirent. C’en est fini des incursions musulmanes au nord des Pyrénées.

André Larané.

Hérodote

Menace sur l’Aquitaine

En moins d’un siècle, après la mort de Mahomet, les musulmans avaient atteint l’Espagne et le Languedoc (cette province s’appelle alors Septimanie, d’après ses sept villes principales). Ils sont arrêtés à Toulouse, en 721, par le duc Eudes d’Aquitaine.

Fort de ce succès décisif, le duc Eudes veut prévenir le retour des musulmans d’Espagne. Pour cela, il s’allie au gouverneur berbère de la Septimanie, un musulman du nom de Munuza, en révolte contre ses coreligionnaires du sud des Pyrénées.

Pour consolider l’alliance, Eudes lui donne sa fille en mariage (les préjugés religieux étaient moins virulents en cette lointaine époque qu’à la Renaissance et encore de nos jours).

Mais l’alliance tourne court car Munuza est tué en affrontant le gouverneur d’Espagne Abd el-Rahmann. Ce dernier, dans la foulée, lance une expédition punitive contre les Aquitains.

Les Francs au secours des Aquitains

À la tête de ses troupes, composées d’Arabes ainsi que de Berbères fraîchement convertis à l’islam, Abd el-Rahmann galope vers Tours. Il n’a aucune intention de conquête mais veut simplement mettre la main sur les richesses du sanctuaire de Saint-Martin.

Le duc d’Aquitaine appelle à son secours les Francs qui tiennent le nord de la Loire. Leur chef accourt. Celui-ci, Charles, est issu d’une puissante famille franque d’Austrasie (l’Est de la France), les Pippinides. Il exerce les fonctions de maire du palais (ou«majordome») à la cour du roi mérovingien, un lointain descendant de Clovis. Quelques années plus tôt, il a refait l’unité des Francs en battant ses rivaux de Neustrie à Néry.

Eudes craint avec raison que Charles ne tourne désormais ses ambitions vers le sud de la Loire. Dans l’urgence, il accepte malgré tout de rapprocher leurs deux armées pour faire face à la menace musulmane.

Bataille indécise

Devant l’avancée des armées de Charles et Eudes, Abd el-Rahmann arrête sa progression. C’est à Moussais, sur la commune de Vouneuil-sur-Vienne, entre Poitiers et Tours, que se font face les ennemis. Pendant six jours, les cavaliers musulmans et les fantassins chrétiens s’observent et se livrent à quelques escarmouches.

Le 25 octobre 732, qui est aussi le premier jour du mois de Ramadan, les musulmans se décident à engager la bataille. Mais leur cavalerie légère et désordonnée se heurte au rempart humain que forment les guerriers francs, disciplinés et bardés de fer. Abd el-Rahmann meurt au combat et la nuit suivante, découragés, ses hommes plient bagage et se retirent.

Simple coup d’arrêt à une razzia, l’affrontement n’est pas moins évoqué par les chroniqueurs de l’époque, tant chrétiens que musulmans.

Triomphe des Francs

Charles ne s’en tient pas à cette victoire somme toute facile. Profitant de l’affaiblissement du duc Eudes, il s’empare des évêchés de la Loire puis descend en Septimanie, dont il saccage consciencieusement les villes et d’où il chasse les chefs musulmans qui s’y étaient installés quelques années plus tôt.

C’est peut-être à cette occasion que le chef des Francs, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne, aurait gagné le surnom de Charles Martel («celui qui frappe comme un marteau»).

Voir enfin:

Des Sarrasins aux Beurs, une vieille méfiance

Alain Ruscio

Le Monde diplomatique

février 2004

Historien. Auteur de Histoire de la colonisation. Réhabilitations, falsifications et instrumentalisations (ouvrage collectif codirigé avec Sébastien Jahan), Les Indes savantes, Paris, 2008 ; de Dien Bien Phu, mythes et réalités. Les échos d’une bataille, 1954-2004 (en collaboration avec Serge Tignères), Les Indes savantes, Paris, 2005 ; du Credo de l’homme blanc, préface d’Albert Memmi, Complexe, Bruxelles, 2002.

Pourquoi cette méfiance tenace d’une partie non négligeable de la population française à l’encontre des Maghrébins qui vivent en France ? Ou, plus généralement, à l’égard des musulmans ? Les gens qui ont quelques connaissances historiques répondront : « Depuis les premières conquêtes coloniales, en 1830. » Les Français qui ont eu Vingt ans dans les Aurès  (1) dateront le phénomène de la guerre d’Algérie, à partir de 1954. Les jeunes Beurs des banlieues auront tendance à répondre : « C’est la faute à Le Pen ! » Chaque génération a, spontanément, la sensation que les débats d’idées commencent avec elle. Il lui faut faire un effort pour oublier l’immédiate actualité et remonter le passé afin de retrouver les lointaines racines des phénomènes contemporains.

On étonnerait beaucoup la masse des Français de cet an 2004 en répondant que le racisme antiarabe remonte… au Moyen Age, aux origines de la Reconquista  (2), aux croisades, ou peut-être même avant ! N’est-il pas remarquable que certains éléments constitutifs de la culture historique des Français soient intimement liés à des affrontements avec le monde arabo-musulman ? Dans l’ordre chronologique : Poitiers, Roncevaux, Saint Louis et les Croisades…

La bataille de Poitiers, en 732 (qui, par parenthèse, semble avoir eu lieu en 733 !). Fabuleux destin ! Le mot de Chateaubriand résume l’une des idées reçues les mieux ancrées de notre épopée nationale : « C’est un des plus grands événements de l’Histoire : les Sarrasins victorieux, le monde était mahométan. » Sous-entendu : ce jour-là, la civilisation a triomphé de la barbarie.

Et, de fait, la bataille de Poitiers a été présentée à des générations d’écoliers comme constitutive de la nation française. Elle figure, par exemple, parmi les « trente journées qui ont fait la France » de la célèbre collection de Gallimard (3). Charles Martel, qui avait pourtant quelques raids contre des églises sur la conscience, est devenu, dans la mémoire collective, le symbole du rempart de la chrétienté.

L’image des hordes déchaînées de barbares « mahométans » venant se briser, par vagues, sur les solides défenses franques reste imprégnée dans bien des esprits. Interrogez la plupart des Français qui ont encore quelques souvenirs scolaires : Poitiers en 732 arrive toujours dans le peloton de tête des grandes dates connues, avec le couronnement de Charlemagne en 800, la bataille de Marignan en 1515 ou la prise de la Bastille en 1789. Ce ne peut pas être une coïncidence.

Durant la guerre d’Algérie, les commandos d’irréductibles de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) prirent le nom de Charles Martel. Plus près de nous, au lendemain du 11 septembre 2001, un journaliste du Figaro, Stéphane Denis, expliquait tranquillement que l’Occident n’avait pas à avoir honte des croisades. Et argument suprême : « Je n’ai jamais entendu un Arabe s’excuser d’être allé jusqu’à Poitiers  (4)]. » Enfin, lors de la dernière élection présidentielle, chacun a pu voir sur les murs des villes « Martel 732, Le Pen 2002 ».

L’histoire manipulée

Pourtant, des études historiques qui font autorité s’accordent à réduire la portée de la bataille. La conquête arabe a été une réalité. Mais le raid sur Poitiers visait surtout à piller Tours et les richesses de l’abbaye Saint-Martin. Attaque puissante. Mais sans but de conquête territoriale, sans ambition de domination politique durable. L’historien Henri Pirenne écrit à ce propos : « Cette bataille n’a pas l’importance qu’on lui attribue. Elle n’est pas comparable à la victoire remportée sur Attila. Elle marque la fin d’un raid, mais n’arrête rien en réalité. Si Charles avait été vaincu, il n’en serait résulté qu’un pillage plus considérable (5). » Le reflux arabe fut sans doute plus lié aux problèmes internes d’un Empire très jeune mais déjà immense, une sorte de crise de croissance, qu’aux coups martelés par Charles.

Franchissons quelques décennies et quelques centaines de kilomètres et transportons-nous à Roncevaux, à l’été de 778. Deux ou trois générations de collégiens ont fait connaissance avec la littérature française, en 6e, par la Chanson de Roland, dans le célébrissime « Lagarde et Michard (6) » : les exploits des preux chevaliers carolingiens Roland et Olivier face aux Sarrasins fanatiques attaquant en nombre. Or, si nul ne conteste que la bataille de Roncevaux eût vraiment lieu, on sait depuis longtemps que Roland est tombé face à des guerriers (on dirait aujourd’hui des guérilleros)… basques.

La Chanson de Roland n’est que la plus connue des chansons de geste médiévales. Dans une remarquable thèse consacrée à l’image des musulmans dans cette littérature, Paul Bancourt, universitaire, dégage divers traits d’une diabolique actualité (7). Dans ces textes, écrits entre le XIe et le XIIe siècle, les poncifs fourmillent : les Sarrasins (terme au demeurant fort vague, désignant tous les musulmans de façon indifférenciée), « agents de l’esprit du mal, semblables aux démons », sont fourbes, sournois. L’attaque dans le dos, le viol des femmes sont monnaie courante. Si l’on en croit le texte intitulé La Destruction de Rome, « la sauvagerie des Sarrasins atteint un degré extrême. Leurs bandes mettent le feu aux châteaux, aux villes, aux fortifications, brûlent et violent les églises, incendient toute la campagne romaine, laissent un monceau de ruines sur leur passage. Ils pillent les biens (…). L’émir fait tuer tous les prisonniers, laïcs et religieux, femmes et jeunes filles. Les Sarrasins se livrent aux pires atrocités, coupant les nez et les lèvres, le poing et l’oreille de leurs victimes innocentes, violant les religieuses (…). Entrés dans Rome, ils décapitent tous ceux qu’ils rencontrent. Le pape lui-même est décapité dans la basilique de Saint-Pierre  (8) ».

Plus circonspect, Paul Bancourt assure que le pape est mort de la façon la plus naturelle qui soit. De violences sur les personnes, il n’y en eut guère. Tout au plus des pillages. Evidemment, les Sarrasins ne furent pas plus angéliques que la quasi-totalité des soldats de cette époque d’extrême violence. Ni plus, ni moins. En outre, Paul Bancourt se demande si tel ou tel acte de barbarie attribué aux Sarrasins n’a pas été, en réalité, commis par des Normands ou des Hongrois (9) ! On retrouve le même mensonge, sans doute inconscient, que celui de la Chanson de Roland.

Pourquoi une telle partialité ? L’explication est dans les dates. La Chanson de Roland fut écrite au début du XIIe siècle. Elle retrace des faits… de la fin du VIIIe ! La Destruction de Rome a été rédigée au XIIIe siècle et décrit des événements de… 846 ! Comme si nous lisions, dans un journal daté du matin, une description de la bataille de Marignan. Que pouvait-il y avoir dans l’esprit des écrivains et des lecteurs des XIe-XIIIe siècles ? L’actualité d’alors, qui avait deux faces : les croisades en Orient, les premières victoires de la Reconquista en Occident ! C’est-à-dire les chocs avec l’islam.

Auparavant, tous les peuples païens d’Europe ou venus d’Asie avaient été christianisés un à un. Seuls subsistaient, masses puissantes au sud-ouest et à l’est de l’Europe chrétienne, l’Espagne et l’Empire ottoman, qui menaçait Constantinople, l’« autre Rome » de la chrétienté. Ces musulmans étaient proprement inassimilables, contrairement aux autres. « Le Germain, écrit Henri Pirenne, se romanise dès qu’il entre dans la Romania. Le Romain, au contraire, s’arabise dès qu’il est conquis par l’islam. » Il y a là un danger mortel pour tout le christianisme. « Avec l’islam, poursuit Pirenne, un nouveau monde s’introduit sur ces rivages méditerranéens où Rome avait répandu le syncrétisme de sa civilisation. Une déchirure se fait qui durera jusqu’à nos jours. Aux bords du Mare Nostrum s’étendent désormais deux civilisations différentes et hostiles  (10). »

L’idée de la croisade, guerre sainte, naît précisément à ce moment de contact entre les deux mondes, lorsqu’il devient évident aux yeux des rois et papes de l’Occident chrétien que cet ennemi-là est inassimilable. N’est-il pas naturel, dans ces conditions, que les chroniqueurs du temps confondent allègrement tous les ennemis de cet Occident ? Par un phénomène mental fréquent dans l’histoire des hommes – l’auto-intoxication –, les Basques, les Normands ou les Hongrois sont devenus des Sarrasins…

L’esprit de croisade, dès lors, imprègne les mentalités. Les « infidèles », terme infamant en ces temps de foi profonde, sont forcément les musulmans. Et cela perdure. Chateaubriand cite la croisade comme l’un des seuls sujets épiques qui vaille (Génie du christianisme, 1816). Delacroix peint en 1841 une lyrique Entrée des croisés dans Constantinople. Victor Hugo écrit, dans La Légende des siècles  (11) : « Les Turcs, devant Constantinople / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople / Suivi d’un lion familier / Mahomet deux, sous les murailles / Lui cria : Qu’es-tu ? Le géant / Dit : Je m’appelle Funérailles / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom, sous le soleil, est France / Je reviendrai, dans la clarté / J’apporterai la délivrance / J’amènerai la liberté… »

Un affrontement incessant

Lorsque les Français, en 1830, entreprennent la conquête de l’Algérie, ils sont dans un état d’esprit prédisposant à une nouvelle guerre sainte. Non que la motivation religieuse ait été première. Mais l’hostilité à la « fausse religion » imprègne toute la société française. Les événements de la conquête, puis de la « pacification » de la colonie nord-africaine, ne vont pas l’amoindrir. Depuis, l’affrontement n’a jamais vraiment cessé. Toutes les générations de Français en ont eu des échos : guerre menée par Abd El-Kader (1832-1847), révolte de Kabylie (1871), lutte contre les Kroumirs et établissement du protectorat sur la Tunisie (1880-1881), conquête du Maroc et établissement du protectorat sur ce pays (1907-1912), révolte en Algérie (1916-1917), guerre du Rif (1924-1926), révolte et répression en Algérie (mai 1945), affrontements au Maroc avec le sultan et le parti de l’indépendance Istiqlal (1952-1956), avec le Néo-Destour en Tunisie (1952-1954). La guerre d’Algérie représente un élément supplémentaire – qui deviendra de plus en plus pesant – dans la longue série des affrontements entre les peuples de la région et le pouvoir colonial.

Alors, l’islamophobie (12) et le racisme antiarabe sont-ils consubstantiels à la culture française ? Oui et non ! Il ne faut nullement oublier que, face à cette hostilité affichée, une autre partie du pays s’est en permanence dressée. Il y eut toujours des Français pour saluer la majesté de la civilisation musulmane, la beauté de ses réalisations, pour observer sans a priori les populations arabes ou berbères. Il faut relire Eugène Fromentin (Un été dans le Sahara, Une année dans le Sahel). Ou cette phrase de Lamartine, écrite en 1833 : « Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n’a imposé que deux grands devoirs à l’homme : la prière et la charité. (…) Les deux plus hautes vérités de toute religion. » Plus loin, il loue l’islam « moral, patient, résigné, charitable et tolérant de sa nature ».

Des Français, plus nombreux qu’on ne croit généralement, se dressèrent contre le racisme ambiant de l’ère de l’apogée coloniale. A la résistance morale au racisme s’est toujours ajoutée une résistance politique à la colonisation, ou, pour le moins, aux « excès » de celle-ci. Qu’il suffise de rappeler la grande voix de Jaurès, protestant contre la conquête du Maroc, la grève lancée par le Parti communiste français et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) contre la guerre du Rif en 1925, les protestations de Charles-André Julien contre les exactions et les injustices dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, l’opposition française à la guerre d’Algérie…

Les jeunes musulmans de France tentés d’écouter les sirènes de l’intégrisme, pensant que le racisme a tendance à se généraliser, se trompent de combat. Il y a, au début du XXIe siècle comme au cœur du XIXe ou du XXe, deux France : celle de l’affrontement et celle de la compréhension, celle du racisme et celle de la fraternité. Quoi qu’ils en pensent, la tendance historique est au recul de la première – même si elle demeure importante et que des accès de fièvre ne sont pas à exclure – et à l’émergence de la seconde.

(1) Titre du film de René Vautier sur la guerre d’Algérie, tourné en 1972 et longtemps interdit en France.

(2) De petits Etats chrétiens de la péninsule Ibérique partent, dès 718, à la « reconquête » du territoire.

(3) Jean-Henri Roy et Jean Deviosse, La Bataille de Poitiers, Gallimard, Paris, 1966. Il est à noter que ces auteurs prennent nettement distance avec le mythe « Poitiers, rempart de la chrétienté ».

(4) Le Figaro, 24 septembre 2001

(5) Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, Alcan, Bruxelles, NSE, 1936.

(6) Manuel de littérature utilisé dans les années 1960-1970 par les élèves depuis la 6e jusqu’à la terminale.

(7) Les Musulmans dans les chansons de geste du Cycle du Roi, 2 volumes, Publications de l’Université de Provence, Aix-en-Provence, 1982.

(8) Cité par Henri Pirenne, op. cit.

(9) Les Musulmans dans les chansons de geste… op. cit.

(10) Mahomet et Charlemagne…, op. cit.

(11) Lire « 1453 », poème écrit en 1858.

(12) Ce terme, qui fait débat, est employé ici comme rejet de l’ensemble des pratiquants de l’islam (et non comme critique de la religion).

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