Flottilles: Attention, une mascarade peut en cacher bien d’autres (The ongoing farce of flotillas, refugee camps and peace processes)

30 juillet, 2010
David Cameron's prison camp
Soyons clairs: la situation à Gaza doit changer (…) On ne peut et ne doit pas permettre que Gaza reste une prison à ciel ouvert. David Cameron
Camp (palestinien): Partout ailleurs, un "camp de réfugiés" est une ville de toile faite de tentes et plantée sur la boue ou la poussière. Un "camp" de "réfugiés" palestiniens n’est pas un camp, n’a pas de tentes et n’abrite pas de réfugiés : c’est une ville en dur, avec des rues, des immeubles élevés, etc. Il abrite des Palestiniens parqués de force par leurs « frères arabes » et arnaqués par les "leaders" palestiniens. N’invoquer que le misérabilisme victimaire. Cameraman, SVP, pas trop de plans sur ces immeubles – il faut faire dans le style bidonville. Laurent Murawiec
Pour eux, le camp de Nahr Al-Bared a été victime d’un "complot" dont l’objectif est d’imposer à tous les camps de réfugiés palestiniens du pays la main de fer de l’Etat libanais. (…) D’autres griefs fusent, et avec eux monte la colère. Contre leurs conditions de vie déplorables, la promiscuité insalubre qu’ils subissent depuis plus de trois mois; contre "l’humiliation et le mépris" dont les Palestiniens sont victimes, comme en témoignent, selon eux, les "repas rances" que leur délivre une association relevant du Courant du futur de Saad Hariri. (…) Contre les "brutalités" et le "racisme" qu’ils subissent aux barrages de l’armée dès qu’ils exhibent leurs cartes de réfugié. Même les adolescents, assurent-ils, ne sont pas épargnés. Le Monde
Qui a intérêt aujourd’hui à enterrer nos revendications, raser les camps, symboles de l’exigence du droit au retour ? » Qu’ils appartiennent ou pas à des organisations politiques, les Palestiniens qui vivent dans les camps défendent ce droit imprescriptible et inaliénable. « En finir avec les camps au Liban, c’est en assimiler quelque 100 000 sur les 400 000 qui y sont recensés par l’UNWRA et espérer que les ambassades européennes ouvriront généreusement leurs portes aux 300 000 autres pour les éloigner des frontières de la Palestine. Ex-résident de  Nahr Al-Bared
Les Palestiniens n’ont aucun droit au Liban. Le décret du 5 juin 2005 qui favorisait leur accès au travail n’a été suivi d’aucun effet dans la pratique. Ils n’ont toujours pas accès à la propriété. Le choix de vivre dans un camp est une posture politique, le refus de renoncer au droit au retour. L’inquiétude de l’éradication de Nahr el-Bared et de ses effets dominos est dans tous les esprits. Le Monde diplomatique
Depuis le funeste accord du Caire de 1969 [donnant à la résistance palestinienne le droit de mener des opérations de guérilla contre Israël à partir du territoire libanais] et jusqu’au déclenchement des affrontements à Nahr El-Bared, une offensive de la troupe contre un camp palestinien était inconcevable et nul n’osait envisager une telle éventualité. L’Orient-Le Jour (04.06.07)
Pendant qu’Israël demande à l’ONU de tout faire pour empêcher que de nouvelles flottilles ne partent pour Gaza, en référence à une flottille annoncée au départ du Liban, la Corée du Nord menace les Etats-Unis et la Corée du Sud d’une « guerre nucléaire sacrée » si ces deux derniers tiennent comme prévu des manœuvres navales au large de la péninsule coréenne. Une menace de guerre nucléaire contre un navire qui tente de briser le blocus de Gaza, quel est le choix de journalistes ? Vous le connaissez, Israël est décidément LA star planétaire ! Dry bones
La dernière flottille qui s’apprête à quitter le Liban dévoile clairement non seulement l’hypocrisie mais le danger de ces flottilles de provocateurs. Et avec ses organisateurs qui n’ont que le mot injustice à la bouche tout en ignorant la gravité de la situation des droits humains des Palestiniens du Liban, elle démontre amplement que ces flottilles n’ont rien à voir avec les préoccupations humanitaires et tout à voir avec la volonté de délégitimer Israël. M. Ayalon (Vice-ministre israélien des Affaires étrangères)
Les Egyptiens  avaient été à la pointe de la marche vers la modernité du monde arabe et pendant des décennies ils avaient vécu sur ce sens et ce souvenir de la primautéTout cel appartient désormais au passé. D’autres Arabes sont partis de leur côté et ont trouvé leurs propres accomodements avec le monde. Un sentiment général de déception imprègne à présent la vie politique et culturelle égyptienne. Il y a bien la paix avec Israël mais une paix mal aimée. Il y a bien la dépendance envers les Etats-Unis mais une dépendance pleine du plus amer des ressentiments pour la plupart des Egyptiens. Il y a bien l’idée d’un grand pays  au carrefour de trois continents mais la réalité d’une autocratie sans aucune imagination. Certes, M. Moubarak  n’a pas lancé, et c’est tout à son honneur, ses compatriotes dans des expéditions meurtrières ou des guerres inutiles. Il a préservé la paix Grant, il a fait son travail d’ilotier. Mais l’Egypte avait besoin et méritait quelque chose autrement plus noble et exaltant que la paix stérile d’un tyran. Fouad Ajami

Attention: une mascarade peut en cacher bien d’autres!

Alors qu’après la première mascarade turque de mai dernier, une nouvelle flottille pour Gaza est annoncée en partance du Liban

Et que l’Egypte d’un Moubarak à la santé de plus en plus fragile prétend faire démarrer au Caire les pourparlers directs que refusent toujours les Palestiniens …

Pendant que de toutes parts l’opinion mondiale se mobilise tant pour attribuer au seul Etat d’Israël la responsabilité de tous les maux de la région et du monde que pour lui retirer toute légitimité …

Retour, avec le Vice-ministre israélien des Affaires étrangères M. Ayalon, sur la mascarade des flottilles qui voit à présent un Liban qui opprime sa minorité palestinienne jouer les sauveurs de celle de Gaza.

Et, avec le politologue libano-américain Fouad Ajami, sur la paix stérile du tyran que, pour solde de tout compte, le président Moubarak est sur le point de léguer à un pays un temps à la pointe de la modernité arabe …

La mascarade des flottilles

Qu’ils soient de Turquie, d’Irlande ou de Chypre, ceux qui participent, ont une odeur d’hypocrisie.

Danny Ayalon

The WSJ

29.07.10

Version française par Hanna

Il y a deux ou trois années, un camp de réfugiés palestinien a été encerclé et assiégé par une armée de chars et de véhicules blindés. Les attaques lancées par des militants palestiniens ont déclenché une réponse écrasante de l’armée qui a coûté la vie à près de 500 personnes, dont de nombreux civils. Les organisations internationales se sont débattues pour envoyer de l’aide aux camps de réfugiés, où les habitants ont été laissés sans fournitures basiques, telles que l’électricité et l’eau courante. Pendant le conflit, six membres du personnel de l’ONU ont été tués lors du bombardement de leur véhicule.

Les ministres du gouvernement et les porte-parole ont tenté d’expliquer à la communauté internationale que les militants avaient le soutien de la Syrie et des membres djihadistes mondiaux. Al-Qaïda a condamné le gouvernement et l’armée, déclarant que l’attaque faisait partie d’une « croisade » contre leurs frères palestiniens.

Alors que la plupart supposent que les événements décrits ci-dessus ont eu lieu en Cisjordanie ou à Gaza, ils ont en réalité eu lieu, au Liban en été 2007, lorsque des terroristes palestiniens ont attaqué l’armée libanaise, qui a riposté mortellement. La scène de la plupart des combats s’est déroulée dans le camp de réfugié de Nahr al-Bared dans le nord du Liban, qui avait accueilli les islamistes du Fatah al-Islam, un groupe qui a des liens avec al-Qaïda.

A l’époque, il y avait peu de tollé international. Aucun dirigeant mondial n’a décrié «  les camps de prisonniers » au Liban. Aucune manifestation n’a eu lieu dans le monde, pas de comité d’enquête de l’ONU créé, et cela n’avait pas attiré l’attention des médias. En fait, la situation difficile des Palestiniens au Liban, ne recueillait que très peu d’attention au niveau international.

Aujourd’hui, il y a plus de 400.000 Palestiniens au Liban qui sont privés de leurs droits les plus élémentaires. Le gouvernement libanais a édité une liste, de dizaines de professions interdites aux Palestiniens, y compris les professions s’attachant à la médecine, le droit et l’ingénierie. Les Palestiniens ne sont pas autorisés à posséder des biens et ont besoin d’un permis spécial pour quitter leurs villes. Contrairement à tous les autres ressortissants étrangers au Liban, ils se voient refuser l’accès au système de soins de santé. Selon Amnesty international, les Palestiniens au Liban souffrent de « discrimination et de marginalisation »,

et sont traités comme des « citoyens de seconde classe », privés de l’ensemble complet de leurs droits humains. »

Amnesty International indique également, que la plupart des réfugiés palestiniens au Liban n’ont que peu de choix, hormis celui de vivre dans des camps surpeuplés se détériorant, et que les réunions occasionnelles, manquent d’infrastructures de base.

Compte tenu de l’aggravation de la situation des Palestiniens au Liban, c’est le comble de l’ironie qu’une flottille libanaise s’organise pour quitter le port de Tripoli dans les prochains jours pour apporter une aide aux Palestiniens dans la bande de Gaza. Selon l’un des organisateurs, les participants sont « unis par un grave sentiment d’injustice. »

Cette attitude expose la malhonnêteté de l’activité de la flottille. Que ce soit en provenance de Turquie, d’Irlande ou Chypre, ceux qui participent à ces flottilles ont un relent d’hypocrisie. Il y a actuellement, 100 conflits armés et des dizaines de conflits territoriaux dans le monde entier. Il y a eu des millions de personnes tuées, et des centaines de millions de personnes vivant dans une pauvreté abjecte, sans accès aux denrées de base. Et pourtant, des centaines « d’activistes humanitaires à l’âme noble » dépensent des millions de dollars pour atteindre la bande de Gaza pour donner en main propre au Hamas de l’argent qui n’ira jamais aux civils innocents de Gaza.

C’est ce même Gaza, qui vient d’ouvrir un centre commercial flambant neuf que l’on ne verrait pas dans n’importe quelle capitale en Europe. Gaza, où une nouvelle piscine olympique a été inaugurée récemment et où des hôtels cinq étoiles et restaurant proposent des spécialités de luxe.

Où les marchés regorgent de toutes sortes d’aliments parsemant le paysage de la bande de Gaza, où Lauren Booth, journaliste et « militantes des droits de l’Homme », a été photographiée en train d’acheter du chocolat et articles de luxe dans un supermarché bien approvisionné, avant de déclarer sans rire que « la situation à Gaza est une crise humanitaire à l’échelle du Darfour. »

Personne ne dit que la situation à Gaza est parfaite. Depuis le coup d’Etat sanglant et l’occupation par le Hamas de Gaza en 2007, dans laquelle plus de 100 Palestiniens ont été tués, Israël n’a pas eu d’autres choix que de veiller à ce que le Hamas ne soit pas en mesure de construire un port iranien sur les rives de la Méditerranée. Tant que le Hamas ne respectera pas les trois critères énoncés par la communauté internationale, à savoir renoncer à la violence, reconnaître le droit d’Israël à exister et respecter les accords déjà signés entre Israël et l’Autorité palestinienne, le Hamas continuera à être mis au ban par la communauté internationale.

Alors que la politique d’Israël consiste à continuer à s’assurer que tous les besoins civils sont traités, il ne peut pas permettre au Hamas de se réarmer et d’utiliser Gaza comme une base pour attaquer Israël, et au-delà. Pour cette raison, Israël a instauré un blocus, tout à fait légal, en vertu du droit international, afin de s’assurer qu’aucun élément puise être adapté par le Hamas pour attaquer des civils innocents. Les organisations qui souhaitent adhérer à l’ONU et la Croix-Rouge pour fournir des biens ou de l’aide à Gaza sont invités à le faire à travers le passage de Kerem Shalom, voire par les ports égyptiens. Ceux qui refusent et cherchent à briser le blocus légal, sont intéressés par la provocation pour renforcer le Hamas. Si Israël permet à ces flottilles  d’aller à la confrontation, et ouvrir avec succès une voie de navigation pour la contrebande d’armes pour un mandataire iranien, dans ce cas la région souffrira d’un conflit continu. Les actions qui encourageraient les extrémistes seront au détriment des modérés et cela créera un grave danger pour faire avancer le processus de paix.

La dernière flottille qui s’apprête à quitter le Liban expose pleinement, non seulement l’hypocrisie, mais s’expose aussi, par le biais des provocateurs au danger de l’autodéfense. La flottille du Liban, dont les organisateurs proclament l’injustice, tout en ignorant la gravité de la situation des droits humains des Palestiniens du Liban, démontrent amplement que ces flottilles n’ont rien à voir avec les préoccupations humanitaires et tout à voir avec la propension à vouloir délégitimer Israël.

M. Ayalon est Vice-ministre israélien des Affaires étrangères.

Voir aussi :

http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704684604575381632573838138.html

The Cop on the Banks of the Nile

No great upheaval has taken place in the Egypt of Hosni Mubarak. But the country has stagnated, and some of its children have blamed the U.S. and embraced terror.

Fouad Ajami

The WSJ

July 26, 2010

He was there on the reviewing stand on Oct. 6, 1981, when the assassins struck down his flamboyant predecessor, Anwar Sadat. Few thought that Hosni Mubarak, an unassuming military officer, would survive the tumult of Egypt’s politics. The country was on the boil, the assassins who took Sadat’s life had been brazen beyond imagination. They had stormed the reviewing stand on the eighth anniversary of the October War of 1973. Lt. Khalid Islambouli, the leader of this band of assassins, told Mr. Mubarak to get out of the way for they had come only after "that dog."

Mr. Mubarak was spared that day, and still, three decades later, he rules. Rumors of poor health swirl around him, and the Egypt he has dominated for so long is a crowded, broken country. "I shot the Pharaoh," Lt. Islambouli said, without doubt or remorse. He and his band of plotters had no coherent plan for the seizure of power. They would kill the defiant ruler, for them an apostate, make an example of him, and hope that his successors would heed his fate.

Mr. Mubarak would confound the militants. In his years at the helm, he would stick to the big choices Sadat had made: He would stay in the orbit of the Pax Americana, and he would maintain the "cold peace" with Israel. The authoritarian, secular state, with the army as its mainstay, would keep its grip on political power. But there is no denying that Mr. Mubarak had internalized the lessons of Sadat’s assassination.

Where Sadat openly embraced the distant American power, flaunted his American connections, and savored the attention of the American media, Mr. Mubarak has had an arm’s length relationship with his American patrons. There was no need, he understood, to tempt the fates and to further inflame the anti-Western and anticolonial inheritance of his countrymen.

America had come into Egypt in the aftermath of the 1973 October War. There were Egyptians who took to this new world and its possibilities, so keen were they to put the dreaded radical past with its privations and restrictions behind them. But a fault line divided the country. The pious and the traditionalists and those who believed that Egypt’s place lay in the Arab world were offended by this new order. Mr. Mubarak would take U.S. aid. Second only to the American subsidy to Israel, it was crucial to his regime. There would be joint military exercises with U.S. forces. But the Egyptian ruler was keen to show his independence from American tutelage.

Mr. Mubarak was at one with the vast majority of Egyptians in his acceptance of peace with Israel. He hadn’t made that peace. It was not for him the burden it was for Sadat. Egypt was done with pan-Arab wars against Israel. She had paid dearly in those campaigns. Her national pride had been battered, her scarce treasure had been wasted, and the country had become an economic backwater. And so Mr. Mubarak honored the peace with Israel, but there would be no grand spectacles, no big visit to Israel, no stirring speeches to the Israeli Parliament. This had been Sadat’s way.

Mr. Mubarak was under no compulsion to come up with an "electric shock" diplomacy of his own. He would, under duress, make a single, brief visit to Israel in 1995 for the burial of Yitzhak Rabin. He said little. The memorable funeral oration was made by the Jordanian monarch, King Hussein.

If Mr. Mubarak was spared the wrath of the traditionalists, it must be acknowledged that he has never led or defended a modernist course for his country. This was no Mustapha Kemal Ataturk pushing his people into a new culture and a new world. A suspicious autocrat, he has stepped out of the way as a toxic brew came to poison the life of Egypt – a mix of antimodernism, anti-Americanism and anti-Semitism.

Egypt has struggled mightily since the mid 1800s to belong to the modern world of nations. It had something of a democratic inheritance; the Mediterranean bordered this country and brought it its gifts. In the interwar years, there had been a parliamentary system in place.

But this was not Mr. Mubarak’s impulse. He rules by emergency decrees and has suffocated the country’s political life, reducing the political landscape to something barren that he has been comfortable with: the authoritarian state on one side, the Muslim Brotherhood on the other. Nothing stirred or grew in the middle.

No democratic, secular opposition was allowed to sprout. For Mr. Mubarak, the appetite grew with the eating. The modest officer of yesteryear had become a pharaoh in his own right. He flew under the radar, as Egyptian authoritarianism was never on a par with the kind of terror unleashed on Libya, Syria or Saddam Hussein’s Iraq. He has refused to give his country an orderly process of succession. He would never name a vice president, even as his country clamored for that. By his own lights a patriot devoted to his country, he left it prey to the doubts and dark thoughts that cripple the life of "Oriental despotisms." He let loose on Egyptians the steady speculation that he had in mind dynastic succession, bequeathing a big country to his son.

Egyptians with a feel for their country’s temperament have long maintained that Mr. Mubarak is a creature of his social class. He hails from middle peasantry. He had made his way to the armed forces and remained at heart a man of the barracks. He never trusted crowds and the disputations of politics. (Sadat was formed in the 1930s and 1940s when Egypt was a veritable hothouse of political ideas, with doctrines and opinions at the ready.)

In the police state he rules, radical Islamists are hunted down or imprisoned. The prisons are notorious for their cruelty. In time, Islamists from Egypt, survivors of its prisons, would make their way to the global jihad. They hadn’t been able to topple the Mubarak regime, so they struck at lands and powers beyond.

A young physician, then 30 years of age, a Cairene of aristocratic pedigree, one Ayman al-Zawahiri was picked up in the dragnet that followed Sadat’s assassination. He was imprisoned and tortured, then made his way to the Afghan jihad and to the world of terror, rising to second in command of al Qaeda. It was Zawahiri, learned but merciless, who drew a distinction between the "near enemy" (the regime at home) and the "far enemy" (the American patrons of the regime), and who opined that it was the permissible and proper thing to strike at distant enemies in preparation for bringing down the tyrant at home.

In the same vein, a blind preacher from a once-tranquil town on the edge of Egypt’s Western Desert, Omar Abdul Rahman, quit his country for Jersey City and Brooklyn. He carried the fire and the rage with him to the New World, and was eventually tried and convicted for crimes stemming from the investigation into the 1993 World Trade Center bombing. Mubarak’s Egypt had grown skilled at channeling its troubles to distant places.

No great upheaval has taken place in the Egypt of Hosni Mubarak. But the country on the banks of the Nile has stagnated. Its good cheer – one of its fabled attributes – has given way, and the crowded country now is an unhappy, bitter place.

Egyptians had led the march of Arab modernity, and for decades they lived on that sense, and memory, of primacy. All this is of the past. Other Arabs have gone their way and negotiated their own terms with the world. A sense of disappointment now suffuses Egypt’s political and cultural life. There is peace with Israel, but it is unloved. There is a dependency on the U.S., but one of bitter resentment on the part of most Egyptians. There are ideas of a big country at the crossroads of three continents, but the reality of an unimaginative autocracy.

Grant Mr. Mubarak his due: He has not dispatched his countrymen on deadly expeditions and needless wars. He has kept the peace, he has been the cop on the beat. But Egypt needed and deserved something better, more ennobling, than a tyrant’s sterile peace.

Mr. Ajami, a professor at Johns Hopkins School of Advanced International Studies and a senior fellow at Stanford University’s Hoover Institution, is the author of "The Foreigner’s Gift" (Free Press, 2007).


Diplomatie: Appel à la création d’un État indien indépendant aux USA (I Call for the creation of an American Indian state in the US)

29 juillet, 2010
American indians at the CapitolJe sais ce que c’est que de lutter (…) combien de fois on vous a oubliés, tout comme les Noirs ou d’autres groupes dans ce pays. Parce que j’ai vécu cela, je ne vous oublierai pas. Barack Obama (19.05.08)
Lorsque je pense à Thanksgiving, je ne ressens pas ce jour comme la fête par essence des Américains. Je ne rêve pas de dinde, de canneberge, de patates douces,  je ne pense pas à un match de football, je ne vais jamais voir les matchs de football. Je pense d’abord à ces gens que nous avons appelés les Indiens ! Je pense à ces millions de gens qui ont vécu en Amérique et qui ont disparu,  je pense aux quelques uns qui ont pu survivre et je me demande que peuvent-ils bien penser d’un jour comme celui-là… Cette journée de la fraternité qui masque en fait ce qu’il nous faut bien appeler un génocide. Mumia Abu-Jamal
L’israélien que je suis, et Juif de surcroit, soucieux de justice et d’équité, partisan de l’autodétermination des peuples et du libre choix d’une patrie pour tous ceux qui s’en sont vu déposséder, conjure le Président Obama de s’atteler à un processus de partition entre une Amérique des colons et une Amérique qui reviendrait à ses premiers occupants: les Amérindiens ou Indiens amers. Arie

Subventions de millions de dollars, formation de sa police et de son armée, rehaussement de son statut diplomatique tant par les Etats-Unis que par la France …

A l’heure où se multiplient les appels à la création d’un Etat palestinien qui n’existe encore que dans l’imagination de ses partisans …

Pendant que ne se comptent plus les appels à la stigmatisation et à la délégitimation d’un Etat qui lui existe depuis 62 ans et qui a de surcroit été créé par les Nations Unies elles-mêmes …

Il est grand temps de réparer une injustice plus que bicentenaire et de prêter l’oreille à l’appel, d’un citoyen israélien dénommé Arie sur le site de nos amis d’Aschkel, à la partition des Etats-Unis et à la création d’un État indien indépendant aux USA.

Qui, en bonne logique, pointe l’incroyable injustice dont, sans compter les massacres, sont victimes les Amérindiens, dépossédés de leur territoire par les colons anglais qui ont fondé les Etats-Unis d’Amérique et réduits à vivre depuis plus de 200 ans, comme dirait le Premier ministre britannique, dans une véritable prison à ciel ouvert …

"I Call", appel pour la création d’un État indien indépendant aux USA

7-05-2010

L’israélien que je suis, et Juif de surcroit, soucieux de justice et d’équité, partisan de l’autodétermination des peuples et du libre choix d’une patrie pour tous ceux qui s’en sont vu déposséder, conjure le Président Obama de s’atteler à un processus de partition entre une Amérique des colons et une Amérique qui reviendrait à ses premiers occupants: les Amérindiens ou Indiens amers

Arie

Car enfin, de quoi parle t-on ? Voilà un continent tranquille peuplé de tribus indiennes qui vivaient en bonne intelligence entre elles, se livrant de temps à autre à des guéguerres, parfaitement justifiées de leur point de vue, et qui soudain, voient débarquer, par voie de mer, des Européens conquérants, éduqués, armés, financés par des Puissances étrangères, brandissant une Bible, parfaitement étrangère aux Indigènes, illettrés par ailleurs.

Contrairement à d’autres peuples, ces Visages pâles, ne pouvaient même pas prétendre que ces terres avaient appartenu à leurs ancêtres qui y auraient bâti une civilisation florissante, avec à sa tête une Capitale.

Pensez-vous que cela leur ait un problème de conscience ? Que nenni. Fort du proverbe qui dit « ce qui est à moi, est à moi, et ce qui est à toi, m’appartient tout autant », ils n’ont eu de cesse que de déposséder les primo occupants de leur terre ancestrale, les parquant dans des Camps de Réfugiés de plus en plus étriqués. Aux États-Unis, on appelle cela des « Réserves ».

Qu’importe la terminologie: Réserve, ghetto, camp de réfugiés, c’est du pareil au même. Ainsi, les Mohicans vivaient le long du fleuve Hudson, dans le l’État de New York, à l’emplacement de ce que l’on appelle aujourd’hui la Big Apple (à ne pas confondre avec le créateur du i Pad); « la grande pomme », surnom attribué à la Nouvelle-Amsterdam, devenue par la suite New-York.

Leur territoire de chasse s’étendait jusqu’à l’Etat du Vermont. En 1609, ce n’est pas si vieux, les Peaux rouges rencontrent les premiers Visages pâles qui n’ont de cesse de les repousser vers ce qui deviendra l’État du Massachusetts.

Les exemples abondent, avis aux spécialistes des Amérindiens aux USA. Le problème des Amérindiens est qu’ils ne disposent pas de soutiens dans la Diaspora, ou dans d’autres États frères constitués d’Indiens, qui auraient pu, comme cela se produit à l’époque moderne, de plaider en faveur de leur autodétermination, sur la patrie de leurs ancêtres.

Je cite, pour exemple, la déclaration papale du 13 mai 2009 à Bethléem : « Le Saint-Siège soutient le droit de votre peuple à une patrie souveraine sur la terre de vos ancêtres ». Ainsi, à partir de mon siège, qui est à la hauteur de mes jambes, je soutiens le droit des Mohicans, à une patrie souveraine sur la terre de leurs ancêtres, à savoir New-York et ses environs.

Je prône des négociations territoriales et un nouveau tracé de frontières entre les colons européens (Ashkénazes, en quelque sorte) qui ont spolié les primo occupants des bords du Hudson/Jourdain River, et les ont parqués dans des camps de Réfugiés. Si les New-Amsterdamers ou les New-Yorkais, ne sont pas contents, ils auront toujours le loisir de retourner dans leur contrée d’origine: Angleterre qui abrite la ville de York, Pays-Bas, où Amsterdam se porte toujours aussi bien, Allemagne, dite Ashkénaze, Pologne, etc..

En cas de refus, les Amérindiens pourront toujours s’autoproclamer, à l’ONU, État Indépendant, et demander un vote du Conseil de Sécurité. L’auto proclamation unilatérale (il s’agit d’une tautologie, soit de la répétition d’une même idée sous une forme différente, mais on s’en fout, ça passe mieux ainsi) d’un État Mohican sur les bords de l’Hudson, à l’emplacement de Manhattan, devrait passer comme une lettre à la poste, à l’ONU, à la condition que les États-Unis ne se servent pas de leur droit de veto, qui pourrait leur être interdit pour l’occasion, car on ne peut être à la fois juge et partie.

Pour la petite histoire, Manhattan vient du nom d’un dénommé Peter Minuit, qui a acheté en 1626 ce lopin de terre aux Indiens Algonquins pour un lot de perles de pacotille d’une valeur de 60 florins.

Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi Khadafi, Ahmadinejad ou, tout simplement Bibi Netanyahou, ne poussent pas dans cette direction. Les arguments ne manquent pas. Tant que New-York, ou Washington, cela n’a aucune importance, ne sera divisée en une cité à l’Ouest, Capitale des Visages pâles, ou foncés, importés par leurs soins d’Afrique, et une Capitale pour les Mohicans ou les Algonquins, à l’Est, Jérusalem restera une et indivisible.

Y pas de raison. Il est vrai que les Indiens d’Amérique manquent d’ambition; ils se contentent de toucher des royalties sur les casinos et les forages pétroliers qui fonctionnent sur leurs Réserves. Qu’à cela ne tienne, L’AIPAC pourrait leur donner un coup de main pour s’organiser, afin de réclamer leur dû. Il s’agit de ma part d’une forme de I Call (« I » pour Indiens), genre « Appel à la dé-raison ». Je vais de ce pas l’envoyer à BHL qui ne peut pas ne pas la signer, Bien que ce Monsieur, à ce que je me suis laissé dire, manque singulièrement d’humour.


Conflit israélo-palestien: Les erreurs et les échecs ont cependant un intérêt (20 years of a failed policy can’t be all bad)

28 juillet, 2010
US trained Palestinian army
Avec les grands espoirs viennent les gros risques. On peut vous amuser pendant un maximum de deux ans  en vous disant que vous êtes en train de créer un État, si ça n’est pas réellement le cas. Général Dayton (formateur des forces armées de l’Autorité palestinienne)
La France soutient, d’ici le premier trimestre de l’année 2012, la création d’un État palestinien viable, indépendant, démocratique et vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. (…) Le Délégué général de Palestine sera désormais désigné sous le titre d’ "Ambassadeur, chef de Mission de Palestine". Bernard Kouchner
Soyons clairs : la situation à Gaza doit changer (…) On ne peut et ne doit pas permettre que Gaza reste une prison à ciel ouvert. David Cameron (Ankara)
20 ans de pourparlers de paix, 17 ans de reconnaissance officielle de l’autorité Palestinienne. 10 ans après le retrait du Liban Sud. 5 ans après le retrait de Gaza. Toutes les promesses faites de normalisation, de « marché commun du Levant », de paix vraie entre les peuples, d’acceptation d’Israël comme juive et démocratique. Tout n’a été que mensonges. Gilgoul
C’est un rapport servile et contrit qui réduira de manière notable la marge de manœuvre lors de la prochaine opération. A cause d’un tel document, qui a valeur juridique, des officiers hésiteront à agir lors du prochain conflit. Officier israélien (sur le rapport israélien sur l’opération Plomb Durci)
Je ne suis pas sûr qu’il faille promettre au monde que la prochaine fois il y aura ‘zéro victime’ parmi la population civile. C’est quelque chose qui n’arrivera pas. Officier israélien
Un lien spécial existe entre nos deux pays… Il est indestructible… Notre soutien à Israël est inébranlable… Je suis convaincu que le premier ministre Netanyahu veut la paix… Obama (06.07.10)
Aux Etats-Unis, Israël est plus populaire qu’Obama. La Maison Blanche a fini par s’en apercevoir. Moins de quatre mois avant les élections de la mi-mandat. (…) Obama est assez pragmatique pour en tirer les conséquences. Il se rapproche donc aujourd’hui d’Israël, en gestes, en paroles. Il faut souhaiter que les électeurs juifs et pro-israéliens américains soient assez pragmatiques, à leur manière, pour ne pas oublier comment il s’est comporté quand il croyait encore que l’opinion lui était acquise. Michel Gurfinkiel
Comme si toutes les démissions d’Israël, ses signes de "bonne volonté", n’avaient pas conduit à des catastrophes toujours plus grandes : la terreur terroriste après Oslo, le Hezbollah après le retrait du Liban, le Hamastan après le retrait de Gaza. Demain, le retrait des territoires rapprochera encore plus la menace des centres vitaux d’Israël. Les signataires de JCall pourront alors pleurer en chœur très "moralement". Il sera trop tard. Ses signataires invoquent souvent la façon dont la France a mis un terme à la guerre d’Algérie mais qui s’est soucié de ce que ce pays ne respecta jamais les accords d’Evian, de ce que un million de Français furent chassés de leur pays et de leurs biens alors que des millions d’Algériens s’installèrent en France et que la terreur totalitaire s’installa dans ce pays ? Une telle cécité politique travestie en grandiloquence morale a quelque chose de pathétique. Elle ne sert qu’à approfondir la délégitimation d’Israël au pire moment : l’affaire de la flottille est venue illustrer la manipulation de la "morale" et autres "droits de l’Homme", devenus aujourd’hui des armes idéologiques aux mains de menées totalitaires. Michel Gurfinkiel
Les erreurs et les échecs ont cependant un intérêt: ils aident l’opinion publique à mieux cerner les problèmes. De même que l’échec des pourparlers de Camp David, en 2000, a révélé à la plus grande partie des Israéliens – notamment de gauche ou du centre-gauche –  que le « processus de paix d’Oslo » était un leurre, de même le bilan des évacuations du Liban et de Goush-Katif rappelle-t-il aux Israéliens que si le contrôle de certaines positions géographiques a un coût, leur abandon en a aussi. Michel Gurfinkiel

A l’heure où, après les échecs répétés de Camp David et d’Oslo comme des retraits du Liban et de Gaza ou la toute récente pantalonnade de la flottille de Gaza, les appels et les rapports se multiplient pour imposer à Israël des concessions toujours plus grandes et unilatérales …

Et qu’à l’approche d’élections de mi-mandat annoncées comme catastrophiques, le Génuflexeur en chef de la Maison Blanche redécouvre comme par magie son "lien spécial avec Israël" …

Pendant qu’en Palestine même, nos apprentis sorciers tant américains que français forment de futurs "terroristes en uniforme" ou accordent privilèges et immunités diplomatiques à une Autorité palestinienne qui continue à refuser des négociations directes …

Retour, avec Michel Gurfinkiel, sur le bilan de ces 20 années d’erreurs et d’échecs qui auront peut-être eu le mérite d’aider l’opinion publique (au moins du côté israélien) à mieux cerner les problèmes et à comprendre tant le caractère illusoire que le véritable coût de ces initiatives …

Israël/ Bilan de deux retraits

Il y avait apparemment de bonnes raisons de quitter le Liban-Sud en 2000 et le Goush-Katif en 2005. L’échec n’en est que plus flagrant.

Michel Gurfinkiel

18 juillet 2010

Le 24 mai 2000, Tsahal évacuait unilatéralement – et précipitamment – la « zone de sécurité » qu’il détenait au Liban du Sud depuis 1978. Dix ans après, le débat va bon train en Israël : ce retrait a-t-il été l’une des plus graves erreurs stratégiques de l’histoire du pays ?  Le ministre de la Défense Ehud Barak, qui était alors premier ministre, assure qu’il reste « fier » de sa décision. « La vraie question »,  selon lui, «  c’est plutôt de savoir pourquoi on ne l’a pas prise au moins dix ans plus tôt ». Mais de nombreux analystes estiment au contraire que ce retrait a considérablement affaibli l’Etat juif. En projetant, à tort ou a raison, une image de faiblesse. Et surtout en créant un vide géostratégique qui n’a pas tardé à être empli par le Hezbollah pro-iranien.

Chose étrange, un chef d’Etat arabe avait tout fait, début 2000, pour dissuader Israël de quitter Liban-Sud : le Syrien Hafez el-Assad, qui allait être emporté par une crise cardiaque quinze jours seulement après le retrait, le 10 juin 2000. Dictateur implacable, mais stratège sagace, Assad avait répété  que cette initiative constituait une « provocation », et allait provoquer « une catastrophe ». A l’époque, ni les Israéliens, ni les Américains, qui tentaient de patronner un processus de paix accéléré dans la région, n’avaient compris son attitude. Sans doute par excès de logique linéaire, à l’occidentale : le président syrien étant un ennemi d’Israël, il ne pouvait, selon eux, que se réjouir d’un tel recul. Mais Assad suivait une autre logique, circulaire, orientale, où l’ennemi peut être, dans certaines circonstances, une sorte d’ami, et son affaiblissement, à certains moments, une mauvaise affaire.

Un débat analogue entoure une autre évacuation unilatérale, celle de la bande de Gaza ou plus précisément des zones stratégiques qui, dans ce territoire, relevaient toujours de l’autorité israélienne : localités civiles juives, telles que le Goush-Katif, et points d’appui militaires. Exécutée en août 2005, au prix d’une crise humaine sans précédent – cinquante mille soldats mobilisés pour contraindre près de huit mille habitants juifs au départ – , elle a apporté un prestige international considérable, mais éphémère, au premier ministre qui l’avait décidée et mise en œuvre, Ariel Sharon. Mais sur le terrain, elle a été interprétée, elle aussi,  comme un signe de faiblesse, et fait l’affaire du Hamas, qui devait prendre le contrôle du territoire moins de deux ans plus tard.

Avant de devenir premier ministre, Ehud Barak a été un général de premier plan, et a exercé le commandement en chef de Tsahal. Sharon fut probablement l’un des plus grands chefs de guerre du XXe siècle. Ni l’un, ni l’autre n’ont pris à la légère la décision d’évacuer un territoire considéré jusque là comme essentiel à la sécurité de leur pays. Leur raisonnement était à peu près celui-ci : au Liban-Sud comme à Gaza, Tsahal était condamné à faire une guerre de position et qui plus est au contact ou au milieu de populations hostiles. Ce type de guerre était démoralisant à divers titres. Et coûteux en vies humaines. Tant que Tsahal s’en tenait à la défense statique de certaines positions ou de certaines lignes, l’ennemi pouvait en effet monter contre lui des opérations limitées, sans utilité tactique réelle mais dépourvues, en même temps, de risque stratégique ou tactique : des « coup d’épingle » où finissaient par périr ou être blessés des dizaines de jeunes Israéliens, sans parler de quelques enlèvements. L’alternative consistait, selon eux, à revenir à une guerre de mouvement : un retrait spectaculaire autorisait Israël, moralement et politiquement, à lancer ultérieurement des offensives non moins spectaculaires,  « totales », annihilatrices, contre des adversaires qui n’auraient pas accepté les compromis qui lui étaient offerts.

A travers l’opération Rempart de 2001-2002 – la réoccupation militaire de la Judée-Samarie et la destruction du potentiel militaire du Fatah – , Sharon avait montré qu’il savait procéder à des contre-attaques de ce type. En aurait-il été à nouveau capable contre le Hezbollah et le Hamas, si sa santé lui avait permis de rester au pouvoir en 2006 ? Force est de reconnaître que ses successeurs n’y sont pas parvenus. La guerre punitive de l’été 2006 contre le Hezbollah, gérée par un trio que Sharon avait mis en selle – Ehud Olmert et Tsipi Livni au gouvernement, le général Dan Halutz à l’armée – a été un échec militaire et politique. Celle de l’hiver 2008-2009 contre le Hamas, gérée par un bon général, Gaby Ashkenazy, a été plus concluante sur le plan militaire, mais beaucoup moins sur le plan politique. Dans les deux cas, l’adversaire n’a pu être éliminé ni même suffisamment affaibli.

Les erreurs et les échecs ont cependant un intérêt : ils aident l’opinion publique à mieux cerner les problèmes. De même que l’échec des pourparlers de Camp David, en 2000, a révélé à la plus grande partie des Israéliens – notamment de gauche ou du centre-gauche –  que le « processus de paix d’Oslo » était un leurre, de même le bilan des évacuations du Liban et de Goush-Katif rappelle-t-il aux Israéliens que si le contrôle de certaines positions géographiques a un coût, leur abandon en a aussi.


Médias: Et si Israël disparaissait? (Imagine there’s no Israel)

26 juillet, 2010
A world with no Israel (cartoon)
Imagine there’s no Israel, It’s easy if you try, Imagine all the people, Living life in peace You may say that I’m a dreamer, But I’m not the only one, I hope someday you’ll join us And the world will be as one … (à fredonner sur un air connu)
Quelqu’un m’a demandé pourquoi je ne dis plus qu´Israël doit être détruit… J´ai répondu qu´il n’était plus nécessaire de le dire, vu que ce régime est déjà en voie d´être détruit. Mahmoud Ahmadinejad
Nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n’importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique (…) A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (novembre 2001)
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Le point de départ, c’est ce tabou absolu qu’est la fin possible d’Israël. Je pense que, ne serait-ce que pour l’exorciser, il faut en parler. Que se passera-t-il le jour où Israël sera lâché par les Etats-Unis, son seul véritable allié ? J’ai voulu travailler sur ce scénario pour montrer à quel point les dirigeants israéliens actuels menaient une politique suicidaire. Les romans servent aussi à cela. (…) Après tout, c’était un roman, je n’étais pas obligée de coller à la stricte vérité, je pouvais – je devais même – donner libre cours à mon imagination ! Ce qui a été le plus dur, ou le plus excitant, c’est que la réalité ne cessait de me rattraper. J’ai inventé le personnage de Sokolov avant que Liebermann n’accède au pouvoir, j’ai inventé cette épidémie de peste qui affole la planète avant qu’H1N1 ne panique la terre entière, j’ai inventé le coup de gueule de la secrétaire d’Etat américaine avant que le vice -président américain Joe Biden ne se mette en colère contre Israël pour la poursuite de sa politique de colonisation ! A un moment, j’ai eu peur de ne plus surprendre. (…) c’est après avoir imaginé dans mon roman que les juifs seraient accusés d’avoir empoisonné l’eau de la Mecque, que j’ai découvert qu’il s’était produit exactement le même phénomène au Moyen-Âge. Immense émotion. (…) Je pense qu’à trop tirer sur la corde, les dirigeants israéliens pourraient un jour la faire rompre. On a vu au printemps dernier que les Etats-Unis étaient capables de s’emporter contre ce pays qu’ils soutiennent à bout de bras. Moi, je crois qu’il faudrait un Obama à Israël, et aux Palestiniens aussi. Encore une fois, pas forcément pour régler les problèmes d’un coup de baguette magique, c’est malheureusement impossible, mais au moins pour changer la perception que le monde a de cette région. La chance pour qu’il émerge trois Obama en un minimum de temps est malheureusement très faible. Il faut y croire. (…) cela n’a pas toujours été facile. Les autorités israéliennes étaient à cran à l’époque où j’étais là-bas. Les journalistes français étaient considérés par beaucoup au sein du gouvernement comme pro-palestiniens et donc anti-israéliens, voire pire, tout simplement parce qu’ils allaient faire leur boulot en allant raconter, outre les soubresauts de la société israélienne, ce qui se passait dans les territoires palestiniens, qui n’était pas souvent très beau à voir car ces territoires étaient bouclés à double tour par les Israéliens. J’ai eu droit à ces critiques, comme certains autres. Mais je m’en suis remise. Alexandra Schwartzbrod
Je suis extrêmement troublée car il y a là presque toute la trame de ce roman sur lequel je travaille depuis trois ans : Israël montré du doigt par le monde entier à cause d’une opération qui a dérapé, la brouille entre la Turquie et Israël, les Arabes israéliens accusés de manquer de loyauté envers l’Etat hébreu, le secrétaire-général de l’ONU qui monte au créneau, l’administration américaine qui sent qu’elle doit bouger… Je suis troublée mais pas surprise. Je n’ai pas bâti cette trame au hasard. Ce roman est extrêmement réfléchi. J’ai voulu raconter ce qu’il risquait de se passer si les dirigeants israéliens continuaient à se comporter comme ils le font depuis un certain temps : en gouvernant main dans la main avec l’extrême droite et avec un sentiment total d’impunité. Je ne pensais simplement pas que la réalité rejoindrait aussi vite la fiction. Alexandra Schwartzbrod
Et si Israël disparaissait ? (…) Tout débute par l’explosion d’une usine bactériologique en Russie qui libère le fléau de la peste. Des pèlerins contaminent La Mecque en plein hadj. Alors que les morts se comptent par centaines de milliers, la rumeur d’un complot juif enfle. Les bruits atteignent l’Etat hébreu, qui se retrouve au bord de la guerre civile. Le Point
"Adieu Jérusalem", dit le titre en forme d’épitaphe : et c’est bien d’un adieu qu’il s’agit, lancé à une certaine idée fraternelle et ouverte de l’humanité, sacrifiée sur l’autel des intégrismes de tous poils, barbes ici, papillotes là. (…) Tout commence en Russie, dans une usine chimique à la Tchernobyl dont l’explosion engendre une contamination qui ramène sur le devant de la scène ce vieux mal qui répand la terreur : la peste noire, laquelle éclate, par pèlerins qui en véhiculent le germe, lors du grand rassemblement du hadj à La Mecque. Et comme toujours, quand le mal rôde, il faut un bouc émissaire. L’Histoire montre assez que les Juifs ont en la matière une bonne longueur d’avance : rien d’étonnant à ce que la colère arabe s’enflamme contre eux, et rien d’étonnant à ce que le conflit déjà exacerbé largue toutes les amarres pacifiques pour devenir affrontement irrationnel et suicidaire. Le Dauphiné
Les romans sont parfois de magnifiques ouvrages géopolitiques si l’auteur allie le talent d’écriture à de solides connaissances. C’est le cas d’Alexandra Schwartzbrod, journaliste à Libération, qui fut en poste à Israël de 2000 à 2003. Pascal Boniface
Alexandra Schwartzbrod a pris ses fonctions de correspondante de Libération à Jérusalem juste avant la seconde Intifada. Elle a dû apprendre vite – « et bien », précise Enderlin. Pourtant, elle va regagner Paris ce mois-ci. Gênés, ses collègues font état de « problèmes politiques et professionnels ». Coïncidence ? La Mena l’accusait systématiquement depuis janvier 2002 d’« incitation à la haine ethnique » et de « propagande anti-israélienne », jusqu’à ce que, le 14 juillet, une dépêche claironne : « Alexandra Schwartzbrod s’en va ! Ce sont nos amis à Libération qui nous ont confirmé la rumeur avec une satisfaction certaine. » Et de raconter par le menu les discussions internes qui aboutirent au rappel de la correspondante et à son remplacement... Le Monde diplomatique (dec. 2002)

A l’heure où, après l’incroyable acte de piratage en haute mer de l’Armée israélienne contre une flottille humanitaire sans défense autre que des couteaux et des barres de fer, la planète entière  a condamné comme un seul homme l’entité sioniste …

Mais où, sous la pression conjuguée du lobby juif et des prochaines élections de mi-mandat de novembre, le président Obama lui-même a dû mettre un bémol à sa critique de l’Etat sioniste …

A lire d’urgence sur les plages de vos vacances …

Ce courageux et brillant roman de politique fiction d’une journaliste qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui en paya d’ailleurs le prix après deux ans en poste en Israël.

Et qui (frissons garantis!) ose briser "le tabou absolu"

A savoir penser l’impensable et dire et écrire tout haut (jusqu’à réinventer, sans le savoir, l’accusation médiévale d’empoisonnement  des sources d’eau!) ce que pensent nombre de ses confrères tout bas:

la disparition pure et simple, à l’horizon 2017, de l’Etat d’Israël!

A lire d’urgence sur les plages de vos vacances …

Ce courageux et brillant roman de politique fiction d’une journaliste qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui en paya d’ailleurs le prix après deux ans en poste en Israël.

Et qui (frissons garantis!) ose dire et écrire tout haut (jusqu’à réinventer, sans le savoir, l’accusation médiévale d’empoisonnement  des sources d’eau!) ce que pensent nombre de ses confrères tout bas et penser l’impensable: la disparition pure et simple, à l’horizon 2017, de l’Etat d’Israël!

Interview Alexandra SCHWARTZBROD

réalisée par mail en 2010 par Christophe Dupuis

A propos de "Adieu Jérusalem"

Alexandra Schwartzbrod, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas, pourriez-vous vous présenter rapidement ?

Je suis journaliste à Libération et romancière. A Libé, je suis une des chefs du service Economie, spécialisée notamment dans les industries d’armement et nucléaire. Il y a dix ans, je suis partie, pour Libé, comme correspondante à Jérusalem. On était alors en pleines discussions sur un accord de paix (Camp David). Je pensais très naïvement assister à cet événement historique que serait l’avènement d’un Etat palestinien. En réalité j’ai assisté, en direct, à l’éclatement de la deuxième intifada. Près de trois ans de violences (israélienne et palestinienne) ininterrompues. Il y a dix ans aussi, j’ai publié mon premier roman, « Koutchouk », l’histoire romancée de cette danseuse du ventre avec qui Gustave Flaubert a passé une nuit torride durant son voyage en Egypte et qui, je le crois, lui a inspiré Salammbô. L’écriture de ce roman fut un tel bonheur intense que je n’ai eu de cesse de recommencer. Mais mon séjour à Jérusalem ayant changé ma vision de l’Orient, j’ai eu envie d’une écriture plus brutale, moins « loukoumesque », et je me suis lancée dans le polar avec « Balagan », dont l’intrigue se passe dans la vieille ville de Jérusalem pendant cette dernière intifada et qui a remporté le prix du polar de la SNCF en 2003.

Votre métier vous prend beaucoup de temps, alors comment arrivez-vous à le concilier avec l’écriture ?

Mais j’écris tout le temps ! Tout nourrit mon imagination et d’abord mon métier de journaliste ! J’ai une grande force, c’est que je suis capable d’écrire n’importe où, n’importe quand. Et moins j’ai de temps, mieux j’écris. Si vous m’enfermez dans une pièce toute une journée, je deviens dingue, au bout d’une heure je n’ai plus d’inspiration. Si je vais m’asseoir dans un café près de Libé à l’heure du déjeuner avec une demi-heure en tout et pour tout, j’ai une inspiration démente. Comme si tout tournait dans ma tête depuis des heures et ne demandait qu’à sortir ! Dans le métro, le train, l’avion, pareil.

Et comment expliquez-vous le nombre de journalistes/écrivains ?

On a une telle chance quand on est journaliste, on entre dans tellement de lieux non accessibles au grand public, on rencontre tellement de gens intéressants (pas tous, il faut bien le reconnaître, mais quand même) qu’arrive un moment où on a envie de raconter tout ça, de ne pas le laisser s’envoler. Et puis l’écriture du roman est très différente de celle d’un article, moins factuelle, plus personnelle. On peut plus facilement parler de goûts, d’odeurs, de sexe, de sentiments, de lumières, j’aime beaucoup ça aussi.

JerusalemC’est votre deuxième roman se déroulant à Jérusalem, et même s’il est plus facile d’écrire sur les lieux qu’on connaît, on se demande ce qui vous y attire tant…

On se le demande vraiment ? J’ai du mal à le croire. Jérusalem est la ville la plus fascinante qui existe sur terre. On adore ou on ne supporte pas, ou les deux à la fois, mais elle ne laisse en aucun cas indifférent.

Le livre se passe en 2017, quel a été le point de départ de cette prospective politique ?

Le point de départ, c’est ce tabou absolu qu’est la fin possible d’Israël. Je pense que, ne serait-ce que pour l’exorciser, il faut en parler. Que se passera-t-il le jour où Israël sera lâché par les Etats-Unis, son seul véritable allié ? J’ai voulu travailler sur ce scénario pour montrer à quel point les dirigeants israéliens actuels menaient une politique suicidaire. Les romans servent aussi à cela.

On y retrouve pas mal de monde dont Andreï Sokolov, qui fait campagne pour la mairie de Jérusalem… Vous vous êtes inspirée de l’homme d’affaires russe Arcady Gaydamak qui faisait campagne en 2008, non ?

Oui. Je l’avais longuement interviewé à mon arrivée à Jérusalem et il m’avait beaucoup impressionnée. Une assurance incroyable. Le personnage de Sokolov, c’est donc lui, mâtiné de Lierbemann, l’actuel ministre des affaires étrangères israélien, russe et d’extrême-droite.

C’est d’ailleurs la difficulté d’une telle fiction : coller au réel, mais pas de trop, alors comment avez-vous procédé ?

Au début, j’étais un peu pétrifiée, j’avais peur de ne pas être à la hauteur de cette page d’histoire, de me tromper dans les dates, les événements, le fonctionnement de l’Onu, du secrétariat d’Etat américain, ou du pèlerinage à la Mecque. J’amassais une quantité invraisemblable de doc, de livres et d’articles découpés dans les journaux. En fait, l’inspiration et les personnages ont commencé à venir quand j’ai lâché là-dessus. Après tout, c’était un roman, je n’étais pas obligée de coller à la stricte vérité, je pouvais – je devais même – donner libre cours à mon imagination ! Ce qui a été le plus dur, ou le plus excitant, c’est que la réalité ne cessait de me rattraper. J’ai inventé le personnage de Sokolov avant que Liebermann n’accède au pouvoir, j’ai inventé cette épidémie de peste qui affole la planète avant qu’H1N1 ne panique la terre entière, j’ai inventé le coup de gueule de la secrétaire d’Etat américaine avant que le vice -président américain Joe Biden ne se mette en colère contre Israël pour la poursuite de sa politique de colonisation ! A un moment, j’ai eu peur de ne plus surprendre.

Un des temps forts du livre est la peste noire qui décime les pèlerins à La Mecque et, rapidement, la foule qui accuse : "les juifs ont empoisonné l’eau de la Mecque." Et, lorsque la cellule de réflexion américaine y réfléchit, elle tire un parallèle avec le Moyen Age où "ce furent les juifs, qu’on accusa d’empoisonner intentionnellement l’eau des puits… Et vous, vous êtes-vous inspirée du Moyen Age pour cette histoire ?

Je dois reconnaître que non, c’est après avoir imaginé dans mon roman que les juifs seraient accusés d’avoir empoisonné l’eau de la Mecque, que j’ai découvert qu’il s’était produit exactement le même phénomène au Moyen-Âge. Immense émotion.

Vous êtes journalistes, vous écrivez des romans, alors que pensez-vous de ce que se dit Dennis Crocker "L’Américain se frotta les yeux, il devait être en plein cauchemar : on ne pouvait pas être revenu à ce degré zéro de l’intelligence, on ne pouvait pas avoir oublié à ce point les leçons de l’histoire."

Malheureusement, tous les jours on constate que, quelque part dans le monde, un pays développé ou non est capable de revenir au degré zéro de l’intelligence. L’Histoire ne cesse de se répéter.

Laristel lui pense que "ni l’individu ni la collectivité n’avaient a mémoire du chaos"… Pourtant, les faits sont là, il suffit juste de le ressortir et de les mettre en perspective, non ?

Non, ce n’est pas si simple. Quand on est dans l’urgence, on ne réfléchit pas forcément aux leçons du passé, ni aux conséquences futures. En plus, il faut pour cela une certaine intelligence, une certaine culture que beaucoup n’ont pas.

Laristel, toujours lui, qui se dit que "L’ONU était une machine extrêmement bien huilée où les habitudes tenaient lieu de règles de conduite" et qui peut se permettre de faire un coup d’éclat car "sa carrière était derrière lui"… pensez-vous que cela puisse suffire ?

Non, sans doute pas. Encore que…regardez comme l’élection d’Obama a changé la perception que l’on a des Etats-Unis. Certes, beaucoup de dossiers n’ont pas bougé, notamment le dossier israélo-palestinien, mais quelque chose s’est passé. Laristel, pour moi, peut provoquer ne serait-ce qu’une prise de conscience.

Et pensez-vous que ce qu’il se passe à la fin de votre livre (p391/92, que nous ne dévoilerons pas ici) puisse arriver un jour ? car à la vue des derniers évènements, on peut, une fois de plus, se poser la question…

En effet. Je pense qu’à trop tirer sur la corde, les dirigeants israéliens pourraient un jour la faire rompre. On a vu au printemps dernier que les Etats-Unis étaient capables de s’emporter contre ce pays qu’ils soutiennent à bout de bras. Moi, je crois qu’il faudrait un Obama à Israël, et aux Palestiniens aussi. Encore une fois, pas forcément pour régler les problèmes d’un coup de baguette magique, c’est malheureusement impossible, mais au moins pour changer la perception que le monde a de cette région. La chance pour qu’il émerge trois Obama en un minimum de temps est malheureusement très faible. Il faut y croire.

Pour finir, deux petites questions :

Il y a une référence musicale à Fazil Say, un pianiste turc, serait-ce la musique qui vous a accompagné durant la rédaction du livre ?

Ah oui !…Je l’ai découvert au moment où j’entamais l’écriture de ce roman, à Istanbul, comme Dennis Crocker dans mon roman. Et je suis tombée raide dingue de son disque « les 1000 et une nuits au Harem ». En plus, je trouve qu’il a une très belle gueule, un peu tourmentée, un peu romantique. Parfait pour l’inspiration, comme le titre de ce disque.

Fazil SayA la fin du roman on trouve une biographie bien fournie dans laquelle se trouve… Paul-Loup Sulitzer, étonnant, non ?

Pas du tout !…Souvenez vous que Paul-Loup Sulitzer s’est trouvé embarqué dans l’affaire de l’Angolagate aux côtés d’Arkadi Gaydamak dont il a fait le portrait romancé dans un incroyable thriller politico-financier titré « Le roi rouge ». Ce livre est passé relativement inaperçu mais moi qui avais déjà décidé de faire de Gaydamak un des héros de mon roman, je me suis jetée dessus et…je l’ai dévoré ! Je voyais mon personnage vivre, là, sous mes yeux ; je le retrouvais tel que je l’avais vu quelques années plus tôt et cela a sans doute contribué à enrichir mon imagination.

Last but not least : quittons la fiction et revenons sur le "terrain" pour une question (il y en aurait tant). Vous étiez correspondante de Libération à Jérusalem et j’ai le souvenir d’un article de Dominique Vidal dans Le Monde Diplomatique faisant état de la difficulté d’y faire votre métier…

Vous avez une bonne mémoire. Oui, cela n’a pas toujours été facile. Les autorités israéliennes étaient à cran à l’époque où j’étais là-bas. Les journalistes français étaient considérés par beaucoup au sein du gouvernement comme pro-palestiniens et donc anti-israéliens, voire pire, tout simplement parce qu’ils allaient faire leur boulot en allant raconter, outre les soubresauts de la société israélienne, ce qui se passait dans les territoires palestiniens, qui n’était pas souvent très beau à voir car ces territoires étaient bouclés à double tour par les Israéliens. J’ai eu droit à ces critiques, comme certains autres. Mais je m’en suis remise.

Merci beaucoup


Portugal/871e: Retour sur le miracle d’Ourique (The day Portugal won its independence from the Moors)

25 juillet, 2010

Alfonso I (Portugal's moorslayer)Portugal's royal coat of armsPortuguese flagAlors qu’avec les fils et la religion de ses derniers arrivés, l’intégrité territoriale de la France semble de plus en plus remise en cause

Retour en ce 871e anniversaire de l’indépendance nationale de nos amis portugais (même si leur fête nationale est le 10 juin, en mémoire de la mort de leur poète national Luis de Camões)

Sur le "miracle d’Ourique"

A savoir, comme le rappelle le site Hérodote, la fameuse bataille qui, alors qu’une bonne partie de la péninsule ibérique était encore sous domination musulmane, vit le "matamore" ("tueurs de maures") et futur Alphonse 1er (Alfonso Enriques, "fils d’Henri") défaire une coalition de roitelets maures au sud du pays avant sa conquête de Lisbonne 8 ans plus tard.

D’où les cinq petits écus bleus de leur drapeau pour chaque roi musulman vaincu et les points blancs à l’intérieur pour les cinq plaies du Christ dont la vision à la veille de la bataille lui aurait donné la victoire.

Et, en dépit de sa petite taille actuelle et 80 ans d’annexion espagnole, quelque huit siècles de farouche indépendance, conquêtes et découvertes, y compris, certes avec le Brésil, le plus grand empire négrier de l’Atlantique …

Portugal: Grandes heures d’un petit pays

Marie Desclaux.

Hérodote

19.07.10

État modeste à l’ouest de la péninsule ibérique (90.000 km2, 9 millions d’habitants en 2008 dont une forte minorité d’origine africaine ou brésilienne), le Portugal cultive la nostalgie d’une histoire millénaire qui l’a un temps propulsé à l’avant-garde de l’aventure européenne.

Une création féodale

Le Portugal, du temps des Romains, correspondait peu ou prou à la province de Lusitanie.

Aux alentours de l’An Mil, alors que la plus grande partie de la péninsule ibérique est encore sous domination arabo-berbère, les rois chrétiens des Asturies enlèvent aux chefs musulmans la région du Douro, un fleuve à l’extrême nord du Portugal actuel, et la ville de Porto, à son embouchure. Cette petite région prend alors le nom de Terra portucallis, d’après Portus Calle, nom romain de Porto.

En 1095, le roi de Leon et de Castille Alphonse VI donne le comté de Portugal à son gendre Henri de Bourgogne. Le fils de ce dernier vainc une coalition de roitelets musulmans à Ourique, dans l’actuelle province d’Alentejo, au sud du pays, le 25 juillet 1139. C’est le «miracle d’Ourique». Il se proclame dès lors roi sous le nom d’Alphonse 1er (Alfonso Enriques) et se place sous la protection du Saint Siège (le pape).

Le 25 octobre 1147, avec l’aide de 13.000 croisés en partance pour la Terre Sainte, Alphonse 1er le Conquérant enlève Lisbonne aux musulmans qui occupaient la ville depuis plus de quatre siècles.

Lisbonne, à l’embouchure du Tage, devient la nouvelle capitale du royaume. Elle fait remonter son nom et sa fondation au héros grec Ulysse mais l’on suppose plus sérieusement qu’elle a été fondée par les Phéniciens sous le nom d’Olisipo.

L’indépendance à tout prix

À partir de là, le Portugal va préserver farouchement son indépendance, à la différence des autres royaumes de la péninsule ibérique.

À la mort du roi Pierre II, la couronne revient à son fils aîné. Celui-ci meurt peu après et sa veuve, la reine Éléonore, reconnaît le roi de Castille comme son successeur ! La transaction déplaît à la noblesse portugaise qui convainc un fils illégitime de Pierre II, Jean le Bâtard, de prendre le pouvoir. Le chef de la rébellion, un soldat de 25 ans, Nuno Alvares Pereira, le fait élire roi du Portugal par les députés des Cortes de Coïmbre, sous le nom de Jean 1er (Joao 1er).

Le coup d’État réussit mais Éléonore s’enfuit auprès du souverain castillan. Ce dernier franchit la frontière avec son armée. Il rencontre l’armée portugaise, renforcée par un petit contingent d’archers anglais, à Aljubarrota, sur la route de Lisbonne, le 14 août 1385. Les Castillans sont battus à plate couture et l’indépendance du Portugal restaurée.

Jean 1er, nouveau roi, en sera reconnaissant à ses alliés anglais et, en mai de l’année suivante, signera avec eux le traité de Windsor établissant une «ligue d’amitié inviolable, éternelle, solide, perpétuelle et véritable» entre les deux royaumes. Cette alliance, qui n’allait jamais être remise en cause, est la plus ancienne encore en vigueur !

Notons que le roi Jean et sa future épouse, Philippa, fille du duc Jean de Gand, allaient donner le jour à plusieurs enfants dont Henri le Navigateur, à l’origine de la grandeur impériale du petit Portugal.

Pereira, après avoir servi le roi en qualité de connétable, fonde un monastère carmélite à Lisbonne et s’y retire en 1423. Il est canonisé cinq siècles plus tard.

Aventures outre-mer

Le Portugal s’empare de Ceuta, au nord du Maroc, en 1415. C’est la première intervention des Européens hors de leur continent depuis les croisades. Après avoir été longtemps sous la tutelle des États d’Afrique du Nord, les Portugais menacent de leur rendre la monnaie de leur pièce. Mais ils se détournent en définitive des conquêtes terrestres et s’orientent vers les navigations au long cours.

Encouragés par l’Infant Henri le Navigateur, marins et princes portugais tiennent un rôle pionnier dans les Grandes Découvertes. À bord de navires très maniables, les caravelles, ils découvrent l’archipel des Açores et l’île de Madère, et explorent méthodiquement la côte africaine, en vue de contourner le continent noir et d’atteindre les Indes.

En 1433, Henri le Navigateur donne l’ordre à Gil Eanes de reconnaître la côte au-delà du cap Bojador, au sud du Maroc actuel. Dans un premier temps, le marin préfère s’enfuir aux Canaries car des légendes terrifiantes courent sur les contrées situées au sud de ce cap. Mais il finit par se raviser. L’année suivante, il est le premier Occidental à dépasser ce cap.

En 1488, enfin, Bartolomeu Dias contourne la pointe de l’Afrique. Il ne faudra plus que quelques années avant que Vasco de Gama ne jette l’ancre dans un port des Indes… Le triomphe des Portugais est néanmoins terni par le succès concomitant de Christophe Colomb. Parti vers l’ouest en quête de l’Asie, il a offert un Nouveau Monde aux souverains espagnols.

- le Brésil en cadeau :

Prenant acte de la situation, le pape Alexandre VI Borgia, d’origine espagnole, intervient en arbitre et partage les terres à découvrir entre Espagnols et Portugais. Aux premiers les terres situées à l’ouest d’une ligne traversant l’Atlantique du nord au sud, aux seconds les terres situées à l’est. Ce partage est sanctionné par le traité de Tordesillas le 7 juin 1494.

Une erreur de navigation plus ou moins volontaire vaut toutefois à un navigateur portugais d’enfreindre cette règle. Le 22 avril 1500, Pedro Álvares Cabral découvre ce qui deviendra le Brésil, colonie portugaise en Amérique du Sud et principal pays de ce nouveau continent.

- l’océan Indien à la pointe de l’épée :

Dans l’océan Indien, le chef de guerre Afonso de Albuquerque, surnommé le «Mars portugais», prend le relais des explorateurs.

Proche de la famille royale, il s’installe à Cochin, sur la côte sud de l’Inde, en 1503, puis occupe sans coup férir l’îlot stratégique de Socotora, à l’entrée de la mer Rouge et l’îlot d’Ormuz, qui commande l’accès au golfe Persique par le détroit du même nom.

Ses entreprises sont fatales au commerce musulman entre la péninsule arabe et l’Asie des moussons. Elles lui valent en 1509 le titre de vice-roi des Indes portugaises.

Pour affermir la présence portugaise dans le sous-continent indien, il s’empare enfin de Goa en 1510, jusque-là soumise à l’autorité d’un roi musulman. Le Portugais entre dans la ville sans avoir à combattre et se voit acclamé par la population, majoritairement hindoue.

Chef estimé autant que redouté, Albuquerque étendra le rayonnement du Portugal jusqu’à Ceylan, le détroit de Malacca et les îles de la Sonde.

Le Portugal arrive au bout de sa mission historique avec le voyage de Magellan et del Cano. Les deux explorateurs accomplissent d’ouest en est, en 1519-1522, le premier tour du monde à la voile ! Ils confirment par leur exploit la rotondité de la Terre, ce dont à vrai dire aucune personne instruite ne doutait depuis au moins deux mille ans…

Fin du rêve

Cette Histoire glorieuse menace de prendre fin après la mort du roi Sébastien le 4 août 1578, dans une bataille livrée au sultan du Maroc. Le puissant roi d’Espagne, Philippe II de Habsbourg, profite alors des démêlés de la succession pour occuper le pays et s’en désigner roi à titre personnel.

Mais l’occupation espagnole est brutale et tissée de massacres. Elle se solde par des impôts accrus pour financer les guerres des Habsbourg. Qui plus est, Hollandais et Anglais en profitent pour dépecer le bel empire colonial construit par les marins lusitaniens, du Brésil à Macao.

Les Portugais se soulèvent à plusieurs reprises, en profitant de l’affaiblissement des Habsbourg, occupés à combattre sur le Rhin et sur les Pyrénées pendant la guerre de Trente Ans. Enfin, le 1er décembre 1640, la petite noblesse arrive à rétablir une nouvelle fois l’indépendance du pays et porte sur le trône l’un des siens, Jean de Bragance. Celui-ci est couronné sous les acclamations populaires le 15 décembre. Il prend le nom de Jean IV.

Le soulèvement bénéficie du soutien du cardinal français Richelieu, heureux de jouer un bon tour à la maison des Habsbourg qui gouverne l’Espagne… Comme les Espagnols tentent de reprendre pied au Portugal, celui-ci reçoit l’appui intéressé des Hollandais et des Anglais, qui leur enlèvent le monopole du fructueux commerce des épices. Le Portugal fait reconnaître son indépendance en 1668 une bonne fois pour toutes mais ne va plus sortir de l’orbite anglaise.

Le pays vivote dès lors sur sa gloire passée, avec d’immenses colonies sous-exploitées sous toutes les latitudes, du Brésil aux îles de la Sonde en passant par quelques comptoirs sur la côte africaine et dans les Indes.

Le Portugal se rappelle au souvenir des Européens lors du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, qui permet au premier ministre, le marquis de Pombal, de démontrer son savoir-faire et son ouverture aux idées nouvelles. Arrivent la Révolution française et son appendice, le séisme napoléonien, plus terrible que celui de Lisbonne ! Lisbonne est conquise par les Français en 1807 mais ces derniers sont battus à Sintra, peu après, par les Anglais, toujours prêts à rendre service aux Portugais !

Le Brésil, où s’est réfugiée la famille royale, s’émancipe en douceur. Il devient un empire sous l’autorité de Pierre, le fils cadet du roi. Le Portugal retourne à son anonymat. Le 5 octobre 1910, la monarchie est remplacée par une république et celle-ci tombe bientôt sous la coupe d’un chef autoritaire quoique sans charisme, le docteur Salazar. Il découvre la démocratie en 1974 à la faveur de la «Révolution des Oeillets» et perd par la même occasion les derniers vestiges d’un empire colonial démesuré.


Voile intégral: La pratique de la dissimulation du visage peut être un danger pour la sécurité publique (Full face-covering: The point is the threat it represents to everyone)

24 juillet, 2010
French riots
Full veilsHooded riotersCasques de moto interdits. Panneau à l’entrée de magasins anglais
Les deux braqueurs qui se sont attaqués ce matin à la Poste d’Athis-Mons (Essonne) ne sont pas vraiment passés inaperçus. Au lieu des habituelles cagoules et autres écharpes, ils ont choisi d’opérer vêtus de la burqa et chaussés de baskets. (…) En fait il semble que le guichetier croyant être face à deux femmes, a ouvert le sas de l’établissement. Une fois à l’intérieur, les deux hommes ont relevé le voile et ont braqué les employés et les clients. Le Parisien (06.02.10)
"J’ai d’abord cru que c’étaient des femmes, raconte Sonia, un témoin de la scène. Je les ai vus traverser la route. Ils étaient grands et baraqués. Et en les voyant courir sous leur burqa noire, avec leurs baskets, j’ai compris que c’étaient des hommes." (…) "Ils ont pris leur temps, souligne un employé du supermarché situé juste en face de la poste. Ils couraient, chargés, comme si de rien n’était. Les gens criaient Police ! Mais personne n’a tenté de les arrêter. Personne ne comprenait vraiment…" "En fait, commente une source proche de l’enquête, c’était le costume intégral parfait…" (…) D’après plusieurs témoins de la scène, un texte peint en blanc s’affichait sur le dos de la burqa: des inscriptions ressemblant à des caractères arabes. Le Parisien (07.02.10)
Des CRS tentent d’encercler des petits groupes de jeunes, insaisissables, qui courent et cassent tout ce qui se trouve sur leur chemin. Une quinzaine d’entre eux, certains le visage masqué par un T-shirt blanc, détruisent deux abribus avec des battes de base-ball. "Les jeunes m’ont dit : vous avez tué un des nôtres. De toutes les manières, vous êtes une sale race, on va vous tuer aussi", assure de son côté un policier déployé à la Villeneuve, confirmant la haine de la police exprimée par de nombreux jeunes du quartier. "Tout ce qui est européen, on va tirer dessus", dit-il avoir également entendu. Des riverains de tous âges, personnes âgées comme enfants, descendent dans la rue pour regarder les scènes de violence, et expriment eux aussi leur colère. Au passage des CRS, une femme âgée leur crie : "Rentrez chez vous !". "Les flics, quand on en a besoin, ils sont jamais là, zéro. Et quand on en a pas besoin, ils viennent. C’est à cause d’eux tout ça", accuse une jeune femme en djellaba bleue, descendue dans la rue à une heure avancée de la nuit alors que les forces de l’ordre tirent des flash-balls en l’air pour disperser les groupes. "Toutes les mamans, elles sont venues et elles ont vu le corps par terre. Qu’est-ce que ça veut dire tout ça. Les enfants sont choqués. Les flics sont des chiens", ajoute une trentenaire portant le voile intégral, descendue vérifier que sa voiture ne brûlait pas. (…) La police affirme avoir agi en état de légitime défense lors de la mort de Karim Boudada, poursuivi jusque dans le quartier de la Villeneuve après le braquage du casino d’Uriage-les-Bains. Selon les forces de l’ordre, les malfaiteurs ont ouvert le feu avec des fusils d’assaut, blessant un policier à la tête. Les policiers assurent qu’ils ont alors riposté, tuant l’un des deux braqueurs, pendant que l’autre parvenait à prendre la fuite à pied. TF1 news (sur les récentes émeutes de Grenoble)
Le grand banditisme se nourrit là où il l’a toujours fait : aux marges de la société. Aujourd’hui, les zones défavorisées, ce sont les cités des grandes villes. Mais elles ne sont pas un vivier, elles sont le grand banditisme, à Grenoble comme à Lyon, Marseille ou Paris ! Le grand banditisme n’appartient pas au milieu traditionnel, il change de visage et de mains. À partir des années 1990, les voyous des cités sont montés en gamme dans le trafic de stupéfiants, passant du petit dealer au grossiste, puis à l’importateur. Pendant dix ans, ils se sont aguerris, enrichis, ils ont pu acheter des armes. Ils sont montés en puissance discrètement, dans l’ombre du milieu traditionnel, sur lequel tout le monde restait focalisé. Aujourd’hui, ils tiennent toute la chaîne et ils jouent dans la cour des grands. (…) Tout ce petit monde se retrouve en prison, où des liens se nouent : ils ont donc fini par travailler ensemble. Mais aujourd’hui, clairement, le milieu traditionnel s’estompe face au nouveau milieu des cités. Les «parrains» se font vieux et sont de plus en plus dépassés par les nouvelles techniques. Ceux des cités n’ont plus rien à leur envier, ils sont plus riches et plus dangereux. Signe de ce renversement, à Grenoble par exemple, les policiers se sont rendu compte que ce sont désormais les gars des cités qui jouent les juges de paix au sein du milieu traditionnel. Jérôme Pierrat
Pendant plus de cinq ans, entre 1999 et 2004, Dhiren Barot a minutieusement travaillé à ses projets macabres. Les services antiterroristes du MI5 l’ont très vite placé sous surveillance, mais Dhiren Barot s’est révélé un expert dans l’art de tromper les filatures, utilisant des messages codés sur Internet, ne téléphonant que de cabines publiques. En juillet 2004, le MI5 perd sa trace. Initialement, Dhiren Barot avait prévu de s’attaquer aux États-Unis. Il y a effectué plusieurs voyages de repérages, filmant des cibles potentielles comme les sièges du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, ou le New York Stock Exchange. Mais, après les attentats du 11 septembre 2001, auxquels il ne semble pas avoir été lié, il se concentre sur le Royaume-Uni. ( …) Dans les documents mis à jour, il révèle son intention de bourrer des limousines de cylindres de gaz et de les faire exploser dans les parkings en sous-sol d’hôtels de luxe de la capitale britannique. Il souhaite provoquer une série d’attentats simultanés, sur le modèle du 11 septembre 2001 ou des attentats de Madrid le 11 mars 2004. Le train Heathrow Express, qui relie le coeur de Londres à l’aéroport, est visé, comme les principales gares. La fabrication d’une bombe radioactive est envisagée, ainsi que l’explosion d’une rame de métro passant sous la Tamise. Le Figaro
Le mystère Adlène Hicheur commence à s’éclaircir. Ce physicien franco-algérien de 32 ans, employé sur le site du Cern à Genève et arrêté le 12 octobre dernier à Vienne (Isère), envisageait de s’en prendre au 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy. Outre cet objectif, une source de haut niveau confie au Figaro qu’«il devait faire valider par l’échelon algérien d’autres projets», comme «l’élimination de personnes physiques à haute responsabilité , des hommes politiques ou autres. (…) Au pôle antiterroriste parisien, un spécialiste voit dans cette affaire la confirmation que «le terroriste isolé devient une menace de plus en plus sérieuse». Quelques contacts pris sur Internet peuvent ainsi faire basculer la vie d’individus jusqu’alors inconnus des services de police. «C’est pour nous le pire des scénarios», estime un cadre de la Direction générale de la police nationale. (…) «Ces nouveaux profils sont d’autant plus difficiles à détecter qu’ils peuvent correspondre à des individus parfaitement insérés», assure un professionnel du renseignement à Paris. (…) Le 5 novembre dernier, la fusillade de Fort Hood, aux États-Unis, où treize personnes ont trouvé la mort, n’a fait que confirmer les craintes des experts de la Place Beauvau. Car le psychiatre militaire de 39 ans, Nidal Malik Hasan, à l’origine de cette action, n’avait éveillé les soupçons de personne. Le Figaro
S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de “délire sécuritaire”, accentué par le sentiment “antimusulman” du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été “parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait accès à des virus”. Le Monde
La pratique de la dissimulation du visage qui peut au surplus être dans certaines circonstances un danger pour la sécurité publique, n’a donc pas sa place sur le territoire de la République. Projet de loi de l’Assemblée nationale
Le projet de loi destiné à interdire le port du voile intégral dans l’espace public a été adopté mardi par l’Assemblée nationale. L’opposition a choisi de ne pas prendre part au vote. Le texte a été voté par 335 voix pour (principalement UMP et Nouveau Centre, ainsi que quelques élus de gauche) et une voix contre. Comme ils l’avaient annoncé, le groupe socialiste, ainsi que les députés communistes et du Parti de gauche, n’ont pas pris part au vote, quittant l’hémicycle au moment du scrutin. Les Verts ont fait de même. Toutefois, dix-huit élus PS, dont Aurélie Filippetti et Manuel Valls, ainsi que le communiste André Gerin (président de la commission parlementaire sur le voile intégral), ainsi que Jacques Desallangre, du Parti de Gauche, ont voté en faveur du texte. Le seul vote contre est celui de Daniel Garrigue, député non-inscrit de Dordogne (ex-UMP, désormais membre de République solidaire, le nouveau parti de Dominique de Villepin). Le Nouvel Observateur (13.07.10)
Les fondamentalistes ne sont pas fous. Ils nous connaissent bien. Ils savent que, pour certains socialistes, cette question n’est toujours pas prioritaire. Ils commencent fort intelligemment par la burqa (…) mais ensuite, ils demanderont des temps de piscine distincts, des classes séparées. A Lyon, ils demandent déjà des espaces séparés dans les bus. Ils veulent des programmes scolaires purgés de toute allusion à la sexualité. Yvette Roudy

Bombe-chaussure, bombe-caleçon, rectum ou vagin-coffres, projets de bombe à partir des matériaux radiologiques de nos hôpitaux ou universités, boucliers humains et prise en otages de populations entières, faux dissidents, braquage en burqa

A l’heure où nos malfrats des "cités" comme nos terroristes rivalisent d’imagination pour arriver à leurs fins, contraignant la plupart d’entre nous à d’incessantes fouilles dans les lieux publics …

Et où les preuves s’accumulent du degré de dissimulation et de perfidie auxquels ont de plus en plus recours les jihadistes du Hezbollah /Hamas comme leurs commanditaires iraniens contre la seule démocratie du Moyen-orient …

Retour, avec une tribune dans le nouvel Observateur de l’ancienne ministre de la condition féminine de Mitterrand Yvette Roudy au moment où l’Assemblée nationale vient de voter l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public, sur le remarquable aveuglement volontaire de la gauche française vis à vis du dernier cheval de Troie que se sont choisis les islamistes en Occident, à savoir le voile intégral …

Voile intégral : Yvette Roudy dénonce "la faiblesse" du PS

L’ancienne ministre des Droits de la femme se dit "stupéfaite" de la position socialiste.

Le Nouvel observateur

13/07/10

Yvette Roudy s’est élevée mardi 13 juillet contre les consignes données aux députés socialistes de ne pas prendre part au vote du projet de loi interdisant le port de la burqa dans l’espace public.

Dans une lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault, adressée avant le vote, l’ancienne ministre socialiste aux Droits de la femme s’insurge : "J’apprends avec stupéfaction que le groupe socialiste ne va pas voter l’interdiction du port de la burqa. J’entends dire qu’il y aurait des choses plus importantes. Mais cela fait plus de 200 ans que nous entendons cette objection et je pensais que, depuis 50 ans, nous avions là-dessus fait quelque progrès."

"En matière de liberté, de progrès, de démocratie, rien n’est donc jamais définitivement acquis", ajoute l’ancienne ministre de François Mitterrand à l’intention du président du groupe socialiste à l’Assemblée.

"Certains laïques enragent de nous voir si faibles"

"Les fondamentalistes ne sont pas fous. Ils nous connaissent bien. Ils savent que, pour certains socialistes, cette question n’est toujours pas prioritaire. Ils commencent fort intelligemment par la burqa (…) mais ensuite, ils demanderont des temps de piscine distincts, des classes séparées. A Lyon, ils demandent déjà des espaces séparés dans les bus. Ils veulent des programmes scolaires purgés de toute allusion à la sexualité. Ce sera l’apartheid". "Nous aurons accepté le communautarisme par peur de stigmatiser une population", poursuit Yvette Roudy, qui souligne que "certains laïques enragent de nous voir si faibles".

Voir aussi:

Should France Ban the Burqa?

The threat of Islamic extremism has prompted a controversial proposal.

National review on line

July 23, 2010

On July 13, France’s lower house of parliament voted 335 to 1 in favor of a law that would prohibit wearing the burqa, or any other clothing “intended to hide the face,” in public. If the ban becomes law, will it liberate women or inflame religious extremism? Are burqa-ban proponents’ concerns for national identity and national security outweighed by opponents’ concerns for religious tolerance? National Review Online asked the experts — including Raymond Ibrahim, Judith Apter Klinghoffer, Melanie Phillips, Daniel Pipes, James V. Schall, Jonathan Schanzer, and Bat Ye’or — to weigh in.

RAYMOND IBRAHIM

That France is moving toward banning the burqa is a positive development on several fronts. Arguments against the burqa are many — it is anachronistic, misogynistic, etc. — but not least important is the fact that there have been many instances worldwide of criminals and Islamic terrorists facilitating their activities by concealing their identities via the burqa (which, of course, was originally designed for female “modesty”).

Incidentally, what if the shoe were on the other foot? Would the Muslim world, which has problems with something as inoffensive as churches being built, permit a distinctly Western custom on its soil, especially one that poses a security threat?

Moreover, according to former Islamists, a direct correlation exists between radical Islam and burqas — that is, wherever there is an increase in the former, there follows an increase in the latter, which is seen as a physical manifestation of radicalism.

However, where the Western infidel bans the burqa, the Islamists’ options become limited: stay in places like France and be forced to conform; insist on the burqa and, as a matter of priorities, return to accommodating Muslim countries; or forego the burqa, in compliance with secular laws, but continue to harbor Islamist beliefs in a state of taqiyya.

Ultimately, the burqa ban is a reminder that those religions that do not “render unto Caesar what is Caesar’s and unto God what is God’s” will always be at odds with secular societies. The burqa is but the tip of the iceberg when it comes to sharia mandates that conflict directly with secularism.

— Raymond Ibrahim is editor of The Al Qaeda Reader.

JUDITH APTER KLINGHOFFER

France is not banning the burqa; it is in the midst of a process to ban “face covering” in public. Of course, everybody knows that the real target is the growing tendency of Muslim women to wear a face covering, also known as the niqab. Still, the reference to “face covering” not only demonstrates a wish to avoid singling out Muslims but also points to the essential objection the state has to the niqab. France has always been an open communal society; to become French, one has to share basic French values. That was Napoleon’s message to Jewish leaders in 1806. It is Nicolas Sarkozy’s message to Muslims in 2010.

Prejudice, you’d say. A fear of a significant erosion of French social cohesion, I would answer. It is difficult, if not impossible, to trust someone whose face is covered, and, as Francis Fukuyama so well argues, a high level of trust is a necessary component of the social cohesiveness modern states need to function well in the global market economy. Of course, there is nothing Islamists would like better than to undermine modern states and replace them with a Muslim ummah, and they know that such a transformation will take time. The niqab is one way Islamists seek to prevent the Muslim diaspora from becoming part of a non-Islamist circle of trust. Banning the face veil is one way the French state seeks to defend itself.

Other states are doing the same, and many more are bound to join. These face-covering laws mean that modern states have started to take the Islamist challenge seriously.

— Judith Apter Klinghoffer is an affiliate professor at Haifa University and co-author of International Citizens’ Tribunals: Mobilizing Public Opinion to Advance Human Rights.

MELANIE PHILLIPS

The French banning of the burqa has provoked near-hysteria in Britain, where government ministers have rushed to say that banning it would be “un-British” and even that it is a “woman’s right” to wear it. But the issue here is not the rights or feelings of the woman beneath it. The point is the threat it represents to everyone else.

Wearing the burqa is not a religious right: Islam merely requires women to be modestly covered. The burqa is an act of religious war. It is a political symbol, designed to intimidate others by sending the most visible signal possible of the presence of those who want to replace secular rule with theocratic Islam.

It is also an act of hostility towards human society. We cannot see the face, expression, and identity of the individual concealed beneath it, whereas she can see everything about us. It thus creates a radical imbalance of power and destroys the basis of equality on which human beings deal with each other.

Countries that have banned the burqa understand that the threat it poses is not just to the women it enslaves but to themselves.

— Melanie Phillips is author of The World Turned Upside Down: The Global Battle over God, Truth, and Power.

DANIEL PIPES

The vote recently taken by the French lower house of parliament does not ban niqabs and burqas, though it constitutes one of many steps in that direction. The French Senate must pass the bill. The Constitutional Court will likely review it. Both French and Europe courts will certainly judge it. Its chances of becoming law remain unclear.

The bill, far from reflecting Gallic eccentricity, fits into a much larger pattern of Western responses to this horrid, dangerous garment. Efforts to ban face coverings have passed or are under way in Canada, the United Kingdom, Spain, Belgium, Italy, Germany, Switzerland, Norway, Sweden, and Australia. (The United States is conspicuously absent from this list.) In a review of these initiatives, David Rusin of Islamist Watch dubs them the “fashion trend of the year.”

Muslim-majority countries are more divided: On a single day, July 19, even as Pakistanis demonstrated against the French vote, the Syrian government banned niqabs and burqas from the country’s universities.

Laws governing women’s clothing symbolize a larger trend: Muslims driving the West’s social and legal agenda.

— Daniel Pipes is director of the Middle East Forum and Taube distinguished visiting fellow at the Hoover Institution of Stanford University.

JAMES V. SCHALL

Once upon a time, on Catholic campuses, we would have been familiar with ladies in veils. Except for Nashville Dominicans and papal audiences, they have pretty much disappeared, but the Muslim burqa has become quite common. If France bans this head-dress, we will soon have martyrs to the burqa; if they do not ban it, it won’t be long before the burqa is required for all university ladies.

Is the Muslim woman who wears the burqa “forced” from within to do so? Is there a religious or social penalty if she does not? If the burqa is banned, will this include the mantilla and the nun in the name of the equality of religious hats? This looks like a small thing, but, as Aristotle said, revolutions begin with small things. If the burqa were only another lady’s hat, there would be no problem. The problem is that we fail to understand that it is not just another lady’s hat.

— Fr. James V. Schall is a professor of government at Georgetown University and author of, among others, The Order of Things.

JONATHAN SCHANZER

France’s lower house of parliament should be commended for approving a ban on the burqa this week. The French senate is expected to pass the measure in September. Once enacted, the law will impose a small fine (about $200) on women wearing the veil. Men who force women to wear the burqa can be slapped with a €30,000 fine and even jail time. Anyone found forcing a minor to wear the burqa can be fined €60,000, with a longer prison sentence.

Critics call the move xenophobic, but there is nothing hateful about it. For one, burqas make identification exceedingly difficult at a time when security agencies need to check faces against names to prevent terrorism. The ban is also a nod to women’s rights. As philosopher Bernard-Henri Lévy notes, the burqa “communicates the subjugation, the subservience, the crushing, and the defeat of women.” Finally, France has a right to defend itself from a burgeoning Muslim population (perhaps 10 percent) that seeks to impose elements of Islamic law that are inherently antithetical to Western values.

— Jonathan Schanzer is vice president of research at the Foundation for Defense of Democracies.

BAT YE’OR

The ban on wearing the burqa in public addresses two main issues in Europe: security and a growing European backlash against the continent’s ongoing Islamization, as manifested by one of its most obvious signs, the seclusion of women.

As for the security aspect: Government leaders point to the fact that male delinquents have sometimes used Islamic women’s attire. Also, since the late 1960s, Islamic terrorism has been a prime concern for European states.

As for the other: Throughout Europe, a strong cultural and political movement has emerged, mainly on the Internet, and been given voice by Geert Wilders of Holland, former prime minister Jose Maria Aznar of Spain, Magdi Cristiano Allam of Italy, Claude Goasguen of France, and others who vehemently oppose the Islamization of Europe. The Eurabian transformation breeds virulent Judeophobia, anti-Zionism, and anti-Western hatred; it curtails human rights and basic freedom of speech; unofficial rules of Islamophobia, triggered by the Organization of the Islamic Conference (OIC) via the United Nations Human Rights Council, are tacitly applied by media and governments to stifle dissent.

But resistance to this state of affairs is growing; elements of the European intelligentsia are aware that the Nazi-Palestinian pact that led to Europe’s descent to barbarism is being renewed. Burqa bans are a shy answer from weak and discredited governments, but they are part of an overall fight for the democratic, Judeo-Christian, and Enlightenment values of freedom and human dignity.

— Bat Ye’or is author, most recently, of Eurabia: The Euro-Arab Axis.


Bull Run/149e: Retour sur la première vraie bataille de la Guerre civile américaine

21 juillet, 2010
Manassas (Stephen Stills, album cover, 1972)http://jcdurbant.files.wordpress.com/2010/07/9782800115382-g.jpg?w=450&h=627Même la Suisse a eu droit à sa guerre civile. Edward Luttwak

En ce lendemain du 153e anniversaire de la dissolution de la ligue conservatrice du Sonderbund qui aboutit à la guerre civile hélvétique de novembre 1847 …

Et en ce jour où nos amis belges fêtent le 179e anniversaire de leur indépendance avec l’intronisation de leur 1er roi Léopold 1er un an après leur libération  sur un air d’opéra français relatant la révolte du peuple napolitain contre le joug espagnol deux siècles plus tôt …

Retour, avec le site Hérodote, sur le premier affrontement majeur de la guerre civile américaine (dite "de sécession" en une France alors pro-sudiste) entre l’Union (Nord) et la Confédération (Sud) …

A savoir la 1ère bataille de Bull Run et, comme d’ailleurs après la 1ère escarmouche de Fort Sumter 3 mois plus tôt (la reprise, par le sud au moment où le nord tentait de le ravitailler, d’une place forte à l’entrée de Charleston, la capitale d’une Caroline du sud qui venait de faire sécession) et la 2e bataille de Bull Run un an plus tard, le 1er échec de l’armée nordiste

Bataille baptisée du côté nordiste du nom d’une rivière de Virginie à quelque 60 km de la capitale fédérale mais Manassas (du nom de la petite ville dont elle était proche) du côté sudiste …

Entre un nord deux fois plus peuplé et armé (et donc tenté de gaspiller ses forces par ailleurs des plus hétéroclites, zouaves compris!) et un sud manquant d’hommes (et donc plus soucieux de les préserver) mais possédant au contraire les meilleurs officiers et notamment nombre de ralliés dont le généralissime Robert Lee …

Entre un nord industriel mais protectionniste et tourné vers un marché intérieur et un sud encore agricole et traditionaliste mais libre-échangiste et orienté vers l’Europe pour ses exportations de matières premières (coton, textile) …

Entre un nord dirigé par un Lincoln mal élu (39,9 % avec les seules voix des États du Nord et la grâce du jeu des grands électeurs) et un sud largement démocrate dont le parti avait eu le plus de suffrages (47,6 % mais divisé car présentant deux candidats) …

Entre un nord refusant non l’esclavage mais l’extension de l’esclavage aux nouveaux territoires et d’ailleurs allié lui-même à cinq Etats "frontaliers" esclavagistes (Maryland, Deleware, Kentucky, Missouri, Virginie occidentale) et un sud dont le généralissime était lui-même abolitionniste  …

Entre un sud à deux doigts de capturer Washington mais incapable d’en profiter sur le moment et un nord trop sûr de lui (avec ses parlementaires et civils venus au spectacle d’une victoire prétendument annoncée!), autrement dit deux armées aussi peu aguerries l’une que l’autre …

Et au bout du compte un nord comprenant enfin l’impossibilité d’une victoire rapide après une bataille décisive mais renforcé dans sa volonté et un sud un temps aveuglé par un improbable premier succès …

Pour un conflit qui, tout en aboutissant à l’abolition de l’esclavage et à la consolidation des institutions américaines, fera en 4 ans quelque 620 000 morts (dont seulement 200 000 au combat, les deux tiers restant mourant d’épidémies et de maladies), soit davantage que toutes les autres guerres du pays réunies …

21 juillet 1861

Début de la guerre de Sécession

Hérodote

Le 21 juillet 1861, pour la première fois de leur Histoire, les Américains s’affrontent sur un champ de bataille, à Bull Run.

C’est le début de la plus terrible guerre qu’eurent à subir les Américains : la guerre de Sécession, plus communément appelée en Amérique du Nord «Civil War» (guerre civile).

Une guerre de principes

Les causes profondes du conflit résident dans l’opposition entre le Sud esclavagiste et le Nord industriel du pays.

Onze États du Sud ont fait sécession et constitué une nouvelle Confédération suite à l’élection d’Abraham Lincoln, un anti-esclavagiste convaincu, à la présidence du pays.

Le 15 avril 1861, après un premier assaut des forces confédérées contre un fort dépendant du gouvernement fédéral, le président Lincoln lance un appel aux armes.

Dès le début, les Confédérés bénéficient du ralliement d’excellents officiers, issus de l’aristocratie des planteurs. Parmi eux le généralissime Robert Edward Lee, qui est pourtant un abolitionniste convaincu, c’est-à-dire partisan de l’abolition de l’esclavage !

Mais la défaite du Sud est inscrite dans les chiffres.

L’Union dispose en effet d’une confortable supériorité : 22 millions d’habitants contre 9 millions au Sud (dont 3,7 millions d’esclaves noirs), un budget militaire et des effectifs deux fois plus élevés, un équipement industriel et un réseau de transports développés, une marine puissante. Par-dessus tout, la foi du président Lincoln en la justesse de sa cause cimente la victoire du Nord.

Le 22 septembre 1862, Lincoln proclame l’émancipation des esclaves du territoire rebelle. Cette déclaration sépare encore davantage les camps en présence mais éloigne le risque d’une reconnaissance de la Confédération par les grandes puissances européennes.

Les Nordistes voient enfin le sort tourner à leur avantage…

La guerre de Sécession aura au total déchiré les États-Unis pendant 4 ans et fait 617.000 morts parmi les combattants, soit davantage qu’aucune autre des guerres qui ont impliqué le pays.

Elle s’achève par l’abolition de l’esclavage, la consolidation des institutions américaines… et la ruine du Sud.


Affaire Woerth-Bettencourt: Attention, un scandale peut en cacher bien d’autres! (Micro-parties: France’s latest trick in creative party funding)

21 juillet, 2010
Russian dolls
La Loi du 19 janvier 1995 (…) interdit les dons des personnes morales aux partis politiques français. Cette interdiction vise toutes les personnes morales autres que les partis politiques, que ce soient les entreprises, les associations, les fondations, les syndicats ou les collectivités locales. Wikipedia
Je trouve cette affaire proprement hallucinante et profondément choquante. On atteint dans cette nouvelle révélation avec Laurent Wauquiez des sommets dans le cynisme politique. Qu’un secrétaire d’Etat à l’Emploi puisse se permettre à la fin d’un dîner de faire un appel aux dons et donc utiliser quelque part un voyage officiel dans un but de promotion politique de sa propre carrière, c’est profondément choquant. Parce qu’il est secrétaire d’Etat à l’Emploi et parce qu’il s’adresse à des fonds spéculatifs qui, aujourd’hui malmènent l’emploi en France (…)  on a un agent double au gouvernement avec une visite et un agenda officiels et une fonction officieuse de nuit avec ce dîner. Régis Juanico (député de la Loire et trésorier du PS)
C’est légal, mais il y a quand même un cynisme politique total. Le secrétaire d’Etat à l’Emploi rencontrant des responsables de hedge fund et leur demandant d’alimenter par des dons de personnes physiques son association de financement de son parti politique Nouvel oxygène, moi, ça me paraît quand même très choquant et scandaleux. (…) L’UMP a versé 2,2 millions d’euros aux partis satellites mais il n’y a que 180.000 euros qui remontent. Ce n’est apparemment pas une pompe de financement. C’est quoi le deal. Régis Juanico
On voit bien que cette myriade de micro-partis offre l’opportunité, comme c’est peut être le cas dans l’affaire Bettencourt, à des grandes fortunes de multiplier les dons de 7.500 euros (…) la stratégie de l’UMP est de contourner l’esprit de la loi (…) Nous, nous ne sommes pas dans cette stratégie-là. Nous n’avons qu’un seul parti et c’est le Parti socialiste. (…) Quant à [Manuel Valls] est "le seul dans cette situation Il l’a créé "dans la perspective des primaires, parce qu’il entend être candidat aux primaires" et "se donner les moyens de pouvoir être un candidat sérieux aux primaires". Mais le député-maire d’Evry "se dit au regard de la situation actuelle, tout à fait ouvert à faire évoluer le statut de son parti en association", a affirmé Benoît Hamon, ce que Manuel Valls a dit lui-même sur Europe 1. (…) Il n’y a pas reversement de Manuel Valls au PS. Benoît Hamon (porte-parole PS)
Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Mme Royal a réussi à conquérir le leadership du parti socialiste pour la dernière élection présidentielle grâce à sa structure Désirs d’avenir. Ca inspire tous ceux qui ont de grandes ambitions nationales à gauche comme à droite. Désirs d’avenir a été l’élément déclenchant. Dominique Paillé (porte-parole UMP)
La liberté de création des partis politiques a pour conséquence de faciliter le détournement de la loi en favorisant la création de partis ‘satellites': une même personne physique peut ainsi financer plusieurs partis, en versant à chacun le montant plafond des dons autorisés, les partis bénéficiaires reversant ensuite l’argent récolté au ‘parti central. Rapport du CNCCFP (2006)
Pour contourner ces limitations, les partis ont créé de multiples «partis satellites». De 28 en 1990, leur nombre est passé à 255 en 2004 selon la CNCCFP. Pour quelle raison ? Rien, dans la législation française, n’empêche une personne privée de donner 7.500 euros à différents partis. Les micro-partis sont alors entièrement libres de reverser leur excédent à un «parti central»… Le Figaro
Comment être sûr que les dons des argentiers de la City à Nouvel oxygène n’influencent pas les décisions de Laurent Wauquiez secrétaire d’Etat à l’Emploi ? Comment savoir si les dons de Liliane Bettencourt au parti d’Eric Woerth n’ont pas guidé l’ancien ministre du Budget dans sa gestion des dossiers des évadés fiscaux en Suisse ? (…) Alors que la loi limite les dons des personnes physiques, tout citoyen peut faire un chèque de 7.500 euros à l’UMP, un autre à chacun des membres du gouvernement qui ont un micro-parti, etc. Les élus peuvent ainsi récolter davantage d’argent émanant de multiples sources, et peuvent acheter les faveurs de collègues moins fortunés. Par exemple, Valérie Pécresse, révèle Le Monde, pour financer sa campagne en Île-de-France lors des élections régionales de mars 2010, n’a pas hésité à demander aux candidats présents sur sa liste un chèque de 6.500 euros à l’ordre de "Changer, c’est possible", plutôt qu’à "l’Association pour le financement de la campagne de Valérie Pécresse". "On a tous fait un chèque, sinon on ne pouvait pas être candidat", raconte un jeune candidat, qui parle dans le quotidien de "matraquage". Le Nouvel Observateur
Les versements peuvent désormais être faits par carte bancaire; or beaucoup d’entreprises ont pour habitude de délivrer des cartes bancaires à leurs cadres (pour des dépenses de représentation professionnelle), où ne figure pas le nom de l’entreprise mais seulement de la personne… Nous sommes donc obligés de nous contenter d’une déclaration sur l’honneur, qu’il s’agit bien d’un compte personnel. François Logerot (président CNCCFP)
Cette multiplication (des micros-partis) n’est certainement pas conforme à l’intention de départ (du législateur). On peut estimer qu’il s’agit d’un détournement de l’esprit de la loi. François Logerot

Attention: un scandale peut en cacher bien d’autres!

Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy et Association nationale des amis de Nicolas Sarkozy, France 9 (Fillon), Association de soutien à l’action d’Eric Woerth (ASAEW), Génération France (Copé), Nouvel Oxygène (Wauquiez), Agir pour Colombes (Yade), Alliance Méditerranée Alpes (Estrosi),  Club 8 (Apparu), Club des progressistes (Besson), Le Chêne (Alliot-Marie), Dialogue & initiative (Raffarin), Rassemblement pour Levallois (Balkany), Agir au quotidien avec Nicolas Dupont-Aignan, Lyon nouvel horizon (Perben), Convergences Gilles Carrez, Changer c’est possible et Labo des idées (Pécresse), République solidaire (Villepin), Agir pour l’égalité (Bartolone, PS), Désirs d’avenir (Royal, PS), A gauche besoin d’optimisme (Valls, PS), Laboratoire des idées (PS), Mouvement Unitaire Progressiste (Hue, PC), Nouveau Parti Anticapitaliste (Besancenot) …

Conformément à la loi des scandales qui veut que le plus intéressant est généralement ce qu’ils révèlent sur ce qui passait jusque là pour la normalité

Voici les micro-partis !

Où l’on découvre, à l’heure où le feuilleton politico-financier de l’été dit Affaire Woerth-Bettencourt fournit à une presse ô combien reconnaissante en cette période de l’année généralement difficile son lot quasi-quotidien de révélations, …

Mais aussi après l’épisode précédent de l’emploi fictif de l’ex-ministre du logement Christine Boutin servant lui aussi (comme le cumul-salaire-retraite pour d’autres ministres comme nos Alliot-Marie, Bachelot Bockel, Raincourt, Mercier ou Devedjian) à financer tant le parti de l’intéressée que d’assurer sa survie politique …

Que, passés de 28 à près de 300 en 20 ans, les partis politiques français sont en fait pour les trois quarts des associations de loi 1901 (statut déposé en préfecture) ou de fait (avec mandataire financier) …

Que, derrière une douzaine de partis mastodontes (plus de 90% des dépenses électorales pour nos UMP, PS, PCF, Modem, FN, Verts, UDF, LCR, LO, PRG, MPF et Nouveau centre), prolifèrent, sous la tutelle des premiers, quelques plus petits (Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, le Parti Chrétien-démocrate de Christine Boutin, le Parti radical de Jean-Louis Borloo, la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel ou les Progressistes d’Eric Besson pour l’UMP; le PRG pour le PS).

Mais surtout, outre quelques mouvements moins directement politiques (Parti blanc, Union pour les victimes de l’Etat, Régions et peuples solidaires, Mouvement pour la nation Esséienne), une multitude de toutes petites structures (au nombre d’adhérents inversement proportionnel à leur nombre de généreux donateurs), déguisées à l’occasion en "clubs de réflexion", "mouvements d’idée", "think tanks" ou centres de formation (comme par exemple le Centre Condorcet du PS pour récupérer les généreux crédits de formation des collectivités locales), voire de simple boites aux lettres, au service permanent ou occasionnel d’un seul élu dites "micro-partis", "partis de poche" ou "partis-satellites" …

Et ce, sans compter les possibilités de déductions d’impôts pour les donateurs, comme autant de faux nez pour financer campagnes locales ou personnelles ou "mettre de côté de l’argent pour plus tard" …

Autrement dit, en jouant au-delà des 40% d’aides publiques sur les cotisations d’adhérents ou d’élus (avantageusement déplafonnées, legs immobiliers compris et plus fortes à gauche:  50,3% au PCF contre 3,3% à l’UMP) ou les dons des personnes physiques (14,2% à l’UMP et au PCF, 2,9% au PS mais aussi les 8 000 euros mensuels du loyers du siège de l’association de Mme Royal par un certain Pierre Bergé), détourner la loi sur le financement des partis politiques, notamment au niveau du plafonnement et de l’interdiction des dons des personnes morales

Financement des partis politiques, les micro-partis peuvent rapporter gros

Maud Pierron

20 minutes

le 16.07.10

DECRYPTAGE – Il existe 283 partis en France…

Les micro-partis sont une espèce en voie de prolifération. En 1990, seuls 28 partis étaient recensés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Un chiffre en hausse de … 1010% en vingt ans, puisque dans son rapport de 2009, dernier en date disponible, 283 partis sont comptabilisés. 20minutes.fr fait le point.

Tout le monde peut monter son parti

«Aucune loi ne définit la notion de parti politique, ils s’organisent librement», nous précise-t-on à la CNCCFP. De fait, les trois quarts des partis sont des associations de loi 1901, dont le statut est déposé en préfecture, précise la Commission. Le reste est constitué en association de fait. Seule obligation pour participer au financement de la vie politique et donc participer à une élection: il faut avoir un mandataire financier. Ce mandataire est le seul à pouvoir percevoir des dons et les reverser au parti en question. Ces dons sont plafonnés à 7.500 euros par an et par personne physique. Les associations constituées en partis ont obligation de déposer leurs comptes à la Commission, qui les vérifie.

Une douzaine de partis mastodontes

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques note dans son dernier rapport d’activités que douze partis «trustent» plus de 90% des dépenses électorales. Il s’agit de l’UMP, du PS,  du PCF, du Modem, du FN, des Verts, de l’UDF, de la LCR, de LO, du PRG, du MPF, et du Nouveau centre. A côté de ces gros partis, coexistent d’autres plus modestes, tels Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan ou, entre autres, le Parti Chrétien-démocrate de Christine Boutin et le Parti radical de Jean-Louis Borloo. En raison d’accords électoraux, des partis mastodontes peuvent reverser de l’argent à des partis partenaires, des petits partis. L’UMP, par exemple, reverse de l’argent à la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel et les Progressistes d’Eric Besson. Le Parti socialiste, lui, reverse de l’argent au PRG, confirme à 20minutes.fr Régis Juanico, le trésorier du PS.

Des micros-partis au service d’un élu…

Restent donc une kyrielle de micros-partis dévolus à des hommes politiques, comme l’a mis en lumière l’affaire Woerth-Bettencourt avec l’Association de soutien à Eric Woerth. Le ministre du Travail n’est pas le seul au gouvernement à avoir son «club»: François Fillon, Christian Estrosi, Michèle Alliot-Marie, Laurent Wauquiez en ont un. Hors gouvernement, Nicolas Dupont-Aignan, Patrick Balkany ou Jean-François Copé ont également leur structure. Beaucoup d’élus de droite. Et pour cause, la double appartenance à un parti n’est pas dans les statuts du PS. Pourtant, en 2006 et 2007, Désirs d’avenir, l’association de Ségolène Royal était constituée en parti. Mais c’est terminé depuis 2008 et «c’est très bien ainsi», assure le trésorier du PS. «A ma connaissance, nous n’avons actuellement qu’un seul cas, celui de Manuel Valls et son mouvement ‘Besoin d’optimisme’», note-t-il.

…D’autres ont des objets plus fantaisistes

Tous les partis ne sont pas voués à la cause d’un élu ou d’un homme politique. Le Parti blanc, par exemple, lutte pour la reconnaissance du vote blanc. L’Union pour les victimes de l’Etat a pour objet de faire reconnaître les erreurs de l’Etat dont ont été victimes des citoyens. Régions et peuples solidaires a un but régionaliste, pour lutter «contre le centralisme parisien». On trouve également des partis à vocation religieuse, tel le Mouvement pour la nation Esséienne.

Pourquoi ces micros-partis sont-ils dans le viseur?

A quoi bon monter son propre parti lorsque l’on est déjà encarté dans un parti politique d’envergure? «Pour financer des campagnes locales ou personnelles, pour mettre de côté de l’argent pour plus tard», avance Régis Juanico. Valérie Pécresse, par exemple, a monté son club pour préparer les primaires de l’UMP pour la municipale de 2008 à Paris. Sauf que, comme le note la CNCCFP dans son rapport de 2006, ces micro-partis peuvent permettre de «détourner» la loi sur le financement des partis politiques. «La liberté de création des partis politiques a pour conséquence de faciliter le détournement de la loi en favorisant la création de partis ‘satellites': une même personne physique peut ainsi financer plusieurs partis, en versant à chacun le montant plafond des dons autorisés, les partis bénéficiaires reversant ensuite l’argent récolté au ‘parti central», note l’autorité en 2006. Cela fait partie des «questions en suspens» encore notées par l’autorité dans son rapport de 2009. C’est ce qu’avait révélé Mediapart, avec les différents chèques signés Liliane Bettencourt à l’UMP, Valérie Pécresse et Eric Woerth.

Légal mais pas moral?

Trois députés verts, Yves Cochet, Noël Mamère et François de Rugy, ont donc demandé jeudi la création d’une commission d’enquête parlementaire sur ces micros-partis, qui posent, selon eux, des problèmes éthiques et de conflit d’intérêt. «On peut imaginer» qu’un même donateur «verse 10, 12, 15 fois 7.500 euros», estime aussi  le député apparenté socialiste René Dosière. «Je ne sais pas si ça se fait. Au demeurant tout cela serait légal», précise-t-il. Il y a en effet un flou juridique. Pourtant, note Régis Juanico, qui suit l’affaire de près, cette hypothèse n’est pas corroborée par les comptes du parti majoritaire. «L’UMP a versé 2,2 millions d’euros aux partis satellites mais il n’y a que 180.000 euros qui remontent. Ce n’est apparemment pas une pompe de financement», dit-il. «C’est quoi le deal», s’interroge-t-il à haute voix.

Régis Juanico y voit un «intérêt politique». «Cela permet de démultiplier la parole de Sarkozy sur tout le territoire.  Ces partis satellites , ça a la couleur du sarkozysme, le goût du sarkozysme, mais ça n’en est pas officiellement». Du coup, il estime que c’est «une subversion de l’activité politique». Qui en plus, «creuse les caisses de l’Etat», puisqu’il y a des déductions d’impôts de l’ordre de 66% pour les dons.

Voir aussi:

Les micro-partis politiques en quinze questions

Donald Hebert

Le Nouvel observateur

21/07/10

Révélée par l’affaire Bettencourt, la multiplication de ces partis satellites, véritables produits du détournement de la loi sur le financement, pose des questions cruciales pour la transparence de l’activité politique.

1/ Qu’est-ce qu’un micro-parti ?

"Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy", "France.9", "Association nationale des amis de Nicolas Sarkozy", "Nouvel oxygène", "Association de soutien à l’action d’Eric Woerth". Depuis 1990 pullulent ces petits partis dépourvus d’adhérents pour la plupart, mais bénéficiant de généreux donateurs, et dont l’activité tourne autour d’une seule personnalité : un élu local, un député, un ministre, un président de la République.

Souvent issu d’une association satellite d’un grand parti, les partis de poche présentent les caractéristiques juridiques des partis classiques. Disposant d’une totale liberté de création et de gestion, comme le garantit l’article 4 de la Constitution de 1958, il leur suffit, pour pouvoir financer des campagnes électorales ou d’autres partis politiques, de désigner un mandataire financier, et d’être ainsi agréés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques .

Ils sont soumis aux règles régissant tous les partis, notamment en matière de financement. Ils ne peuvent recevoir de dons de personnes morales, comme des entreprises. Les dons des personnes physiques sont plafonnés à 7.500 euros par an et par parti, le financement des campagnes à 4.600 euros par candidat. L’aide publique est soumise à des règles strictes et encadrées.

2/ Combien y a-t-il de micro-partis en France ?

En 1990, la CNCCFP recensait 28 partis politiques. Ils étaient 255 en 2004, bien que la distribution des grands partis n’ait pas vraiment changé. En 2008, on comptabilisait 283 formations politiques en France. 296 partis sont recensés actuellement. Mettant en lumière la multiplication des micro-partis sur le territoire.

Les personnalités à la tête de ces partis sont souvent membres des partis principaux, sortes de maisons mères, ils peuvent même y occuper une place stratégique, comme l’illustre Eric Woerth, maire de Chantilly et trésorier de l’UMP, dont l'"Association de soutien", qui reçoit des dons de l’UMP, finance son activité politique locale, dans l’Oise.

La multiplication de ces petites structures satellitaires permet aux généreux donateurs de verser non seulement 7.500 euros par an à la maison mère, mais aussi 7.500 euros à chacune de ces sous-formations, qui peuvent ensuite s’échanger l’argent en fonction des besoins, des stratégies. L’organisation des micro-partis tient donc plus de la nébuleuse pyramidale, où les structures se superposent, que du schéma horizontal où la mise en concurrence publique de petits partis participerait à la pluralité idéologique. Toutefois l’indépendance financière peut permettre une autonomie au sein de grands partis.

3/ Pourquoi parler des micros-partis maintenant ?

Selon un mémo (publié par le Nouvel Observateur le 13 juillet) de Patrice de Maistre, le gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, au cours de l’année 2006, le couple milliardaire aurait non seulement signé un chèque de 7.500 euros chacun à l’ordre de l’UMP mais il aurait aussi consenti deux versements du même montant à "l’Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy".

En 2008, selon l’avocat de Patrice de Maistre, c’est l'"Association de soutien à l’action d’Eric Woerth" qui aurait touché 7.500 euros de la part de l’héritière de L’Oréal, a révélé Médiapart.

Alors que toute la majorité est empêtrée dans l’affaire Bettencourt-Woerth, Laurent Wauquiez, après avoir nié, a fini par admettre qu’il a bien levé des fonds à la City de Londres pour son parti, Nouvel oxygène, lors de son déplacement officiel comme secrétaire d’Etat à l’emploi le 28 juin dernier.

"C’est profondément choquant, estime Régis Juanico, trésorier du Parti socialiste, parce qu’il est secrétaire d’Etat à l’Emploi et parce qu’il s’adresse à des fonds spéculatifs qui, aujourd’hui malmènent l’emploi en France".

4/ Pourquoi ces partis sont-ils mal connus ?

Difficile de faire l’inventaire exhaustif des personnalités politiques impliquées dans près de 300 formations politiques. D’autant que la gestion en est discrète, à l’instar de l'"Association de soutien à l’action d’Eric Woerth", agréé dans la seule région Picardie, et dont les élus locaux ne soupçonnaient pas l’existence, rapporte Mediapart. Un parti sans adhérent qui a touché 66.650 euros de la part de l’UMP, et dont le bureau est composé de la garde rapprochée d’Eric Woerth mais où celui-ci ne siège pas.

De même, l'"Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy" (Asans) dispose d’une adresse discrète à Neuilly-sur-Seine. "Pas de plaque à l’entrée, pas de noms sur l’interphone", note le Journal du dimanche. Le siège de l’Asans se trouve être le domicile privé de Frank Louvrier, le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, qui assure n’être qu’une "boîte aux lettres". Le parti est présidé par le ministre de l’industrie, Christian Estrosi. Brice Hortefeux, ministre de l’intérieur, en est le trésorier. Ce parti aurait récolté 270.000 euros en 2006, dont "250.000 versés au compte de campagne de Nicolas Sarkozy l’année suivante", affirme le JDD, et 134.000 euros en 2007.

5/ Qui a un micro-parti au gouvernement ?

Qu’ils s’appellent "clubs de réflexion", "association de soutien", ce sont bien souvent des partis politiques au sens juridique. Ils peuvent donc financer d’autres partis ou des campagnes et recevoir des dons dans la limite fixée par la loi.

Au sein de l’exécutif, sept membres du gouvernement ont leur mini-parti :

- François Fillon, Premier ministre : France.9

- Le ministre du Travail : Association de soutien à l’action d’Eric Woerth

- Michelle Alliot-Marie, ministre de la Justice : Le Chêne

- Eric Besson, ministre de l’Immigration : LesProgressistes.fr

- Christian Estrosi, ministre de l’industrie : Alliance Méditerranée Alpes

- Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi : Nouvel oxygène

- Le secrétaire d’Etat au Logement : Association de soutien à l’action de Benoist Apparu

- Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur : Changer c’est possible

- Rama Yade, secrétaire d’Etat au sport : Agir pour Colombes

Le chef de l’Etat, lui, en aurait deux : "Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy" et "Association nationale des amis de Nicolas Sarkozy".

6/ Qui a un micro-parti à droite ?

A droite, personnalités influentes de la majorité, députés, sénateurs, présidents de groupe ou de commission disposent également de leur parti de poche :

- Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, GénérationFrance.fr

- Jean-Pierre Raffarin, sénateur UMP de la Vienne : Dialogue & initiative

- Dominique de Villepin, président du mouvement République solidaire : Courage république (créé lorsqu’il était Premier ministre)

- Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret et député des Hauts-de-Seine : Rassemblement pour Levallois

- Nicolas Dupont-Aignan, député DLR de l’Essonne : Agir au quotidien avec Nicolas Dupont-Aignan

- Dominique Perben, député UMP du Rhône : Lyon nouvel horizon

- Gilles Carrez, rapporteur général de la commission des finances : Convergences Gilles Carrez

7/ Quel socialiste a un micro-parti ?

Les membres du Parti socialiste ont interdiction d’appartenir à un autre parti. On note toutefois quelques exceptions :

- Ségolène Royal, dont le parti, "Désirs d’avenir", avait le statut de parti politique pendant la campagne présidentielle et jusqu’en 2008, date à laquelle il est devenu une simple association, ce qui lui a donné droit de recevoir des contributions plus importantes.

- Manuel Valls, député-maire d’Evry, a créé un micro-parti, "A gauche besoin d’optimisme", pour financer sa campagne pour les primaires du PS en vue de l’élection présidentielle de 2012. En pleine polémique sur les micro-partis, il a toutefois indiqué être prêt à "revoir les modes d’organisation et de financement" de la structure.

A noter : il existe de nombreux clubs de réflexion au sein du PS, représentant les différents courants, mais ce ne sont pas des micro-partis.

8/ Que reproche-t-on aux micro-partis ?

Premièrement le conflit d’intérêt. Comment être sûr que les dons des argentiers de la City à Nouvel oxygène n’influencent pas les décisions de Laurent Wauquiez secrétaire d’Etat à l’Emploi ? Comment savoir si les dons de Liliane Bettencourt au parti d’Eric Woerth n’ont pas guidé l’ancien ministre du Budget dans sa gestion des dossiers des évadés fiscaux en Suisse ?

Deuxième problème majeur : la question du financement privé. Alors que la loi limite les dons des personnes physiques, tout citoyen peut faire un chèque de 7.500 euros à l’UMP, un autre à chacun des membres du gouvernement qui ont un micro-parti, etc.

Les élus peuvent ainsi récolter davantage d’argent émanant de multiples sources, et peuvent acheter les faveurs de collègues moins fortunés. Par exemple, Valérie Pécresse, révèle Le Monde, pour financer sa campagne en Île-de-France lors des élections régionales de mars 2010, n’a pas hésité à demander aux candidats présents sur sa liste un chèque de 6.500 euros à l’ordre de "Changer, c’est possible", plutôt qu’à "l’Association pour le financement de la campagne de Valérie Pécresse". "On a tous fait un chèque, sinon on ne pouvait pas être candidat", raconte un jeune candidat, qui parle dans le quotidien de "matraquage".

"Les ministres en profitent tous pour assurer leur survie politique", assure Stéphane Beaudet, le numéro 2 de la liste dans l’Essonne.

L’UMP semble être un spécialiste du développement de ces entités, à en croire le tutoriel publié sur son site internet.

9/ Est-ce illégal ?

François Bayrou dénonce le non-respect de l’esprit de la loi, mais le financement par les micro-partis est parfaitement légal. Il peut toutefois être qualifié de "détournement de la loi". Un effet pervers des réformes des règles de financement des partis politiques qui ont tenté successivement de 1988 à 2006 de créer une étanchéité entre le financement publique et le financement privé ?

"Le mot ‘détournement’ a l’air de désigner une manœuvre… Si le législateur voulait changer ce dispositif, il aurait tout loisir de le faire… Sa volonté est peut-être, au contraire, de faciliter au mieux le financement de la vie politique par les citoyens’, confiait à Mediapart François Logerot, le président de la CNCCFP chargée du contrôle du financement des partis politiques, le 8 juillet dernier.

10/ Comment sont financés les partis ?

En matière de financement, il faut distinguer campagnes et partis, aides public et ressources privées.

Tous les partis peuvent recevoir des financements privés :

- Les cotisations des adhérents, non plafonnées mais souvent insuffisantes (20,9% au PS, 10,4% à l’UMP)

- Les cotisations des élus, (22,3% au PS, 3,3% à l’UMP, 50,3% au PCF)

- Les dons des personnes physiques, limitées à 7.500 euros par an (2,9% au PS, 14,2% à l’UMP, 14,2% au PCF)

Le financement privé occupe toutefois une part relativement peu importante comparé au financement public. "Sur les 180 millions d’euros de recettes (annuelles) présentées par l’ensemble des partis, plus de 40% viennent du financement public direct", détaille François Logerot à Médiapart.

Les partis perçoivent des aides publiques en fonction de leurs résultats aux dernières élections législatives et du nombre de parlementaire affiliés. Ils étaient 49 à en bénéficier en 2008. L’Etat alloue ainsi plus de 70 millions d’euros chaque année aux partis politiques.

11/ Comment sont financées les campagnes électorales ?

Lors d’une campagne, les candidats peuvent recevoir des dons privés, à hauteur de 4.500 euros par personne.

Les dépenses de campagne sont plafonnées (18,3 millions d’euros par candidat pour le second tour de l’élection présidentielle de 2007). Les candidats ayant recueilli au moins 5% des suffrages voient leurs dépenses remboursées par l’Etat à hauteur de 50% du plafond.

L’Etat a remboursé aux partis "27 millions d’euros pour les européennes de 2009, 42 millions pour les législatives de 2007 et 43 millions pour la dernière présidentielle", rappelle le président de la CNCCFP.

Toutefois le candidat doit désigner un mandataire financier. qui doit établir un compte de campagne scrupuleusement contrôlé par la CNCCFP.

12/ Y a-t-il de nombreuses infractions à la loi ?

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) exerce une "mission de surveillance" sur les partis. Elle contrôle les recettes des partis et examinent les rapports des commissaires aux comptes qui certifient les comptes en constatant l’adéquation entre dépenses et recettes. La Commission n’a pas accès aux relevés des dépenses. En revanche, pour les recettes, elle vérifie qu’il n’y pas de dons d’entreprises ou de collectivités publiques et que les dons des personnes, les dons physiques, ne dépassent pas le plafond de 7.500 euros par an.

Son président, François Logerot, toujours dans son entretien à Médiapart, reconnaît à ce sujet qu’il existe une zone d’ombre : "les versements peuvent désormais être faits par carte bancaire; or beaucoup d’entreprises ont pour habitude de délivrer des cartes bancaires à leurs cadres (pour des dépenses de représentation professionnelle), où ne figure pas le nom de l’entreprise mais seulement de la personne… Nous sommes donc obligés de nous contenter d’une déclaration sur l’honneur, qu’il s’agit bien d’un compte personnel".

13/ De quels moyens dispose la CNCCFP ?

La CNCCFP est composée de neuf membres nommés pour cinq ans renouvelables : trois issus du conseil d’Etat, trois de la Cour de cassation et trois de la Cour des comptes. Elle a aussi pour mission de contrôler dans le détail les comptes de campagne. Elle vérifie que le candidat n’a pas occulté les dépenses d’un meeting afin de ne pas dépasser le plafond des dépenses. La Commission se base également sur les dénonciations, tout en prévenant le candidat qui en est victime, et en vérifiant soigneusement les manquements présumés aux règles comptables.

Elle suit également les comptes des partis, mais ne dispose pas de moyens d’investigation. "Seule une enquête de police diligentée par un procureur ou un juge d’instruction peut aboutir à ce genre de constatations", admet le président de la Commission.

Les moyens d’investigation sont une question centrale de l’affaire Bettencourt-Woerth. Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, est soumis hiérarchiquement à la Chancellerie, et ne cache pas son amitié pour Nicolas Sarkozy. Il refuse de transmettre à la juge d’instruction, Isabelle Prévost-Desprez, la retranscription des fameux enregistrements pirates réalisés par le majordome de la milliardaire impliquant le ministre du Travail.

14/ La loi est-elle mal faite ?

Globalement non. Avant 1988, rien n’encadrait le financement des partis. Ceux-ci avaient recours aux dons des entreprises. "Cela a donné lieu aux dérives des années 1970 et 1980, qui ont atteint l’ensemble des partis, de gauche à droite, de l’extrême gauche à l’extrême droite", rappelle François Logerot.

Le régime actuel du financement de la vie politique résulte de 12 lois votées entre avril 1988 et août 2006 visant à "assurer l’étanchéité entre les financements public et privé" explique Régis Juanico à Nouvelobs.com. "Le développement du financement public a considérablement assaini le paysage", confie le trésorier du PS. Et d’ajouter : "Quelques ajustements sont toutefois nécessaires".

Le Parti socialiste propose deux mesures pour éviter d’éventuelles dérives issues du contournement de la loi par les micro-partis :

- L’interdiction pour les membres du gouvernement ou du Parlement rattachés à l’aide public de l’Etat de diriger un micro-parti.

- Le cantonnement des dons (plafonnés à 7.500 euros) des personnes physiques à une seule formation politique.

Une autre mesure est proposée par la CNCCFP : "Le montant des cotisations dépend aujourd’hui du seul choix des partis. Un ‘membre bienfaiteur’ peut ainsi apporter à la fois un don et sa cotisation (non plafonnée, qui donne lieu à déduction fiscale)… La Commission a donc préconisé -sans qu’il y ait pour l’instant de suite– que le législateur plafonne le cumul ‘don + cotisation'".

15/ Pour ou contre la suppression des micro-partis ?

Le développement des micros-partis est "une stratégie de financement de l’UMP", a assuré lundi 19 juillet le porte-parole du PS, Benoît Hamon.

Le Parti socialiste, contrairement à l’UMP, perçoit peu de dons de personnes physiques. "Nous réalisons des provisions sur nos comptes, en maîtrisant nos dépenses, explique Régis Juanico, nous économisons ainsi de 7 à 8 millions d’euros pour financer nos campagnes. Les adhérents et les élus sont également mis à contribution. Les sénateurs et députés reversent ainsi 500 euros de leur salaire. Les élus locaux donnent 10% de leur salaire".

Cependant, pour le trésorier du PS, la multiplication des partis satellites dans l’orbite de l’UMP n’est pas une source de financement, le parti du président n’en a pas besoin, mais plutôt un mode de redistribution. Selon le socialiste, en 2008, les micro-partis ont reversé seulement 180.000 euros à l’UMP, alors que l’UMP a distribué 2,2 millions d’euros.

"C’est une façon pour le chef de l’état de démultiplier son influence politique, précise Régis Juanico. A l’UMP, contrairement au PS où il y a des courants, il n’y aucune démocratie interne. Les élus gagnent en autonomie financière grâce à ces micro-partis.

Ce qui explique pourquoi Jean-François Copé, outsider de l’UMP, ne s’empresse pas de reprendre les ajustements préconisés par le PS et le président de la CNCCFP. Bien au contraire : "Nous avons un système qui est remarquable, explique le chef de file des députés mardi 20 juillet : il est financé uniquement par des personnes physiques et pas par des entreprises, de manière transparente et déclarée, plafonnée, de telle manière que ça ne soit pas l’apanage du financement de quelques très très riches". Le député UMP, qui n’hésite pas à s’opposer au gouvernement régulièrement défend ainsi l’autonomie de GénérationFrance.fr : "Génération France existe depuis quatre ans et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il contribue aussi au débat démocratique".

Un argument repris par Manuel Valls à gauche. Doté de son propre micro-parti, il a interpellé mardi la direction du PS pour que des "règles soient édictées" et qu’on "aborde clairement, dès la rentrée" le mode de financement et les "moyens" dévolus aux candidats aux primaires socialistes.

Mardi 20 juillet, François Logerot, le président de la CNCCFP est monté au créneau dans une interview aux Echos : "Cette multiplication (des micros-partis) n’est certainement pas conforme à l’intention de départ (du législateur). On peut estimer qu’il s’agit d’un détournement de l’esprit de la loi".

François Logerot estime que "plusieurs solutions sont envisageables" et reprend la proposition du PS de limiter les dons des personnes physiques à un seul parti. "Mais c’est un choix politique que la Commission n’est pas en mesure de faire" ajoute le président.

"Il va falloir que ça devienne illégal, je suis pour que l’on révise la législation là-dessus et qu’on dise ‘une personne physique peut donner à un seul parti politique et pas à plusieurs’, sinon on contourne la loi", a déclaré l’ancienne garde des Sceaux socialiste Elisabeth Guigou.

Plus radical, Pierre Méhaignerie (UMP), président de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, également ancien ministre de la Justice, a jugé mardi qu’il fallait mettre un terme aux micro-partis.

Voir aussi:

Financement de la vie politique : polémique sur les micro-partis

France Info

17 juillet 2010

Mis en lumière à la faveur de l’affaire Woerth et d’une récente collecte de Laurent Wauquiez, la pratique du financement politique via les micro-partis est aujourd’hui condamnée par la gauche.

Vous connaissez peut être "Génération France" du chef de fil des députés UMP, Jean-François Copé, ou "République solidaire" de Dominique de Villepin. En moins de 10 ans, ces microstructures politiques se sont multipliées. Micro-partis, clubs de réflexion, mouvements d’idée, think tank, il y en aurait aujourd’hui plus de 280 en France, contre seulement 28 en 1990, selon la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Et ce sont ces micro-partis qui sont aujourd’hui mis en cause. Ils permettraient en effet de contourner légalement la loi sur le financement des partis politiques. Loi défendue lundi dernier par Nicolas Sarkozy, et qui limite à 7500 euros par an le montant des dons des particuliers à un parti. Financés sur le même principe, les micro-partis alimenteraient ensuite les grandes formations, puisque les partis peuvent se faire des dons entre eux.

L’affaire Woerth a mis en lumière cette pratique. On a ainsi appris que Liliane Bettencourt avait versé un don légal à l’Association de soutien à l’action d’Eric Woerth (ASAEW). Et pour faire taire les accusations de conflit d’intérêt, le ministre du Travail a été contraint d’abandonner sa casquette de trésorier de l’UMP.

Et puis hier, c’est Laurent Wauquiez à son tour qui a été montré du doigt. Le secrétaire d’Etat à l’Emploi a reconnu dans Libération qu’il avait profité d’un déplacement officiel le 28 juin à Londres pour y rencontrer, hors agenda gouvernemental, des banquiers et des gérants de fonds spéculatifs (hedge funds), pour solliciter des dons pour sa formation politique Nouvel Oxygène, créée en 2008.

Rien de choquant pour l’UMP. Son porte-parole, Dominique Paillé ajoute même que Ségolène Royal est en fait à l’origine du développement des micros-partis.  (0’58")

Critiques et demande de transparence à gauche

Le trésorier du Parti socialiste, Régis Juanico a jugé la collecte du ministre "proprement hallucinante". "Qu’un secrétaire d’Etat à l’Emploi puisse se permettre à la fin d’un dîner de faire un appel aux dons et donc utiliser quelque part un voyage officiel dans un but de promotion politique de sa propre carrière, c’est profondément choquant", a-t-il déclaré.

Ecouter la réaction indignée du trésorier du PS, Régis Juanico   (0’56")

Le grand argentier du PS a vu dans cet épisode une nouvelle preuve de la nécessité de "faire la lumière" sur les activités des micro-partis. Et le PS a à nouveau demandé qu’interdiction soit faite aux parlementaires ou ministres déjà membres d’un parti de créer une de ces structures.

Trois députés Verts soupçonnent par ailleurs ces micro-partis de permettre un "contournement" du plafonnement des dons aux partis à 7.500 euros par an et par personne et ont demandé qu’une commission d’enquête parlementaire se penche sur la question.

Voir également:

Wauquiez : le PS "profondément choqué"

AFP/Le Figaro

16/07/2010

Régis Juanico, trésorier du PS, a jugé aujourd’hui "profondément choquante" la nouvelle "révélation" selon laquelle Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’Emploi, serait allé collecter des fonds à Londres pour son parti satellite et a demandé que "lumière soit faite" sur les micro-partis.

"Je trouve cette affaire proprement hallucinante et profondément choquante. On atteint dans cette nouvelle révélation avec Laurent Wauquiez des sommets dans le cynisme politique", a déclaré le député à l’AFP. Pour M. Juanico, "qu’un secrétaire d’Etat à l’Emploi puisse se permettre à la fin d’un dîner de faire un appel aux dons et donc utiliser quelque part un voyage officiel dans un but de promotion politique de sa propre carrière, c’est profondément choquant". "Parce qu’il est secrétaire d’Etat à l’Emploi et parce qu’il s’adresse à des fonds spéculatifs qui, aujourd’hui malmènent l’emploi en France", a-t-il ajouté, estimant que ce dîner n’était "pas anodin".

Faisant remarquer que M. Wauquiez avait "maintenu ce dîner" à Londres le 28 juin "en pleine affaire Woerth", M. Juanico a estimé qu'"on a un agent double au gouvernement avec une visite et un agenda officiels et une fonction officieuse de nuit avec ce dîner". Cela "nous surprend beaucoup, parce que M. Wauquiez s’est fait une spécialité à l’Assemblée de nous donner en permanence des leçons de moralité, de vertu et d’éthique républicaine", a ironisé le député de la Loire.

Le PS demande ainsi que "la lumière soit faite sur les activités de ces micro-partis qui, semble-t-il, n’ont pas d’autre but, que de constituer des réserves financières" pour des "campagnes électorales personnelles ou pour d’autres campagnes électorales".  Le trésorier a fait valoir également que "tout cela se fait en partie avec de l’argent public", car les micro-partis bénéficient de "déduction fiscale, qui est une dépense fiscale".

M. Juanico a réitéré la demande du PS que "tout parlementaire ou membre du gouvernement, ancien parlementaires, rattaché à une formation politique, ne puisse pas créer une formation politique supplémentaire".

Voir de plus:

Ces ministres qui dirigent leur propre parti

Jim Jarrassé

Le Figaro

18/07/2010

EN IMAGES – De Laurent Wauquiez à Eric Woerth, en passant par François Fillon et Eric Besson… Nombreux sont les membres du gouvernement à la tête d’un petit parti politique. Une façon pour eux de faire valoir leurs idées et leurs projets mais aussi de récolter des fonds.

Éric Woerth : L’association de soutien à l’action d’Éric Woerth a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Créée en octobre 2007 dans le fief picard du ministre, l’organisation aurait pour unique but de l’aider dans ses campagnes locales, comme les municipales de mars 2008, qu’Éric Woerth avait remportées à Chantilly. L’association a le statut de parti politique et peut à ce compte recevoir des dons de personnes physiques.

En 2008, la formation qui ne disposait alors d’aucun adhérent, a ainsi bénéficié de 19.650 euros de dons, selon les comptes transmis à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Selon l’entourage de Patrice de Maistre, le gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, la milliardaire a signé un chèque de 7.500 euros en mars 2010 à l’ordre de l’association du ministre, alors qu’il n’était pas en campagne. AFP

Laurent Wauquiez : Le secrétaire d’Etat à l’Emploi est à la tête de Nouvel Oxygène, un mouvement lancé dans son fief du Puy-en-Velay en janvier 2008. Objectif affiché : «rassembler les citoyens désireux de participer activement à la vie politique locale et nationale et qui se reconnaissent dans les valeurs de la droite et du centre». Une définition vague qui en dit peu sur les activités réelles de ce parti politique. Financièrement pourtant, il est actif.

En 2008, Nouvel Oxygène a récolté 34.235 euros de dons de particuliers. Aujourd’hui encore, Laurent Wauquiez cherche des fonds pour financer son mouvement : selon Libération et Le Point, il aurait profité d’une rencontre avec des banquiers d’affaires, le 28 juin, à Londres, pour solliciter des dons pour sa formation. AFP

Christian Estrosi est aussi président de l’ «Association de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy», un parti dont le trésorier n’est autre que Brice Hortefeux. Jusqu’en 2008, son mandataire financier était Didier Banquy, actuel directeur de cabinet du ministre du Budget François Baroin. Domiciliée à Neuilly-sur-Seine, fief électoral de Nicolas Sarkozy, l’association a récolté 272.000 euros de dons en 2006. Une véritable manne financière à la veille des élections présidentielles de 2007. Selon le JDD, «250.000 euros ont été versés aux comptes de campagne de Nicolas Sarkozy l’année suivante, et 134.000 euros en 2007». La quasi-totalité de l’argent reçu par l’association aurait donc été utilisée pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Passée l’échéance électorale, le micro-parti est logiquement entré dans une phase de sommeil. Il n’a ainsi récolté que 7.400 euros de dons en 2008. AFP

François Fillon : Le premier ministre préside France 9, un club de réflexion fondé en 2002. Son ambition est de «participer à la rénovation du débat public», selon son site Internet. L’association est active : elle organise des conférences, des rencontres avec des élus et publie des journaux locaux.

A la différence d’autres partis politiques, France 9 n’a pas reçu de dons de personnes physiques au titre de l’année 2008. Mais elle a en revanche bénéficié d’une subvention de 60.000 euros de la part de l’UMP et de 13.000 euros de cotisations de ses membres. Ne supportant que 10.000 euros de charges de fonctionnement, le parti a ainsi dégagé un excédent de près de 63.000 euros. AFP

Éric Besson : En juillet 2007, au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy, Éric Besson a lancé le Club des Progressistes. L’objectif du parti est clair : «rassembler des femmes et des hommes qui ont eu jusque-là un engagement à gauche, et qui ont envie de participer au mouvement de réforme qui s’est créé dans la foulée de l’élection présidentielle».

En harmonie avec la stratégie d’ouverture lancée par le chef de l’Etat, l’initiative d’Éric Besson a été vivement appréciée. A tel point que le parti a été largement subventionné par l’UMP, qui a doublé ses subsides entre 2007 et 2008, passant de 50.000 à 100.000 euros. Ce qui a notamment permis au club de dégager un excédent de plus de 50.000 euros en 2008.

Depuis, le mouvement a accéléré son rapprochement avec la maison mère, devenant notamment membre du comité de liaison de la majorité présidentielle, au même titre que le Nouveau Centre ou que le Parti radical. AFP

Michèle Alliot-Marie : La ministre de la Justice dirige une importante structure politique : Le Chêne. Créé en septembre 2006 pour soutenir une éventuelle candidature de MAM à la présidentielle de 2007 et incarner la fibre gaulliste au sein de l’UMP, le mouvement possède aujourd’hui 15 000 adhérents et sympathisants. Quelque 120 parlementaires y sont aussi affiliés.

Le parti a longtemps bénéficié d’importantes subventions de l’UMP – jusqu’à 200.000 euros en 2006 – avant leur soudaine suppression en 2008. Depuis, le mouvement compte sur les adhésions et les dons de particuliers pour se financer. Les 36.000 euros rassemblées en 2008 restent modestes. Mais avec Le Chêne, dont le maillage territorial est très poussé, MAM dispose d’une redoutable machine politique à l’aube de 2012. AFP

Rama Yade : La secrétaire d’État aux Sports a lancé en mai dernier son parti Agir pour Colombes, qui est officiellement une «association apolitique» visant à «défendre les intérêts des Colombiens». Candidate malheureuse aux municipales de 2008, Rama Yade cherche encore à s’imposer dans la commune des Hauts-de-Seine. Et pour préparer de futures batailles, elle récolte dès maintenant des fonds. Dotée d’une association de financement, Agir pour Colombes propose une adhésion annuelle à 15 euros et appelle aux dons. AFP

Benoist Apparu : Le secrétaire d’État au Logement a repris en mars dernier la présidence du Club 89, qui était jusqu’alors dirigé par Jacques Toubon. Créé en 1982 par Alain Juppé, le parti vivotait depuis trois ans. Dans les mois qui viennent, Apparu compte ressusciter le réseau qui est associé à l’UMP depuis 2002. Il a promis de livrer ses premières propositions en juin 2011. AFP

Voir aussi:

PS: après le micro-parti de Valls, celui du clan Fabius

Bénédicte Lutaud

Le Post

le 20/07/2010

L’UMP compte plusieurs partis satellites. Au PS, si Manuel Valls a créé le sien, les fabiusiens ont également le leur.

Le 17 juillet, en pleine affaire Woerth-Bettencourt, on apprend que Laurent Wauquiez aurait demandé de l’argent à des hommes d’affaires français installés à Londres, dans le but de financer son micro-parti, Nouvel Oxygène.

Au sein de la majorité, le secrétaire d’Etat à l’Emploi n’est pas le seul à disposer d’un parti satellite: Le Figaro.fr a ainsi recensé l’association de soutien à Eric Woerth, le club de réflexion France 9 de François Fillon, l’association Agir pour Colombes de Rama Yade, l’association Alliance Méditerranée Alpes – Les Amis de Christian Estrosi, le Club 8 de Benoist Apparu, le Club des progressistes d’Eric Besson, et le mouvement Le Chêne de Michèle Alliot-Marie. Même Nicolas Sarkozy possède son propre micro-parti.

Certains y voient un moyen de récolter des fonds de façon détournée pour l’UMP. L’existence de ces micro-partis est légale… mais le problème réside ailleurs. Pourquoi? Car si ces structures ne peuvent recevoir que des dons de personnes privées de 7.500 euros maximum par an, rien n’empêche qu’une même personne finance plusieurs micro-partis à la fois.

Du coup, si ces partis satellites reversent les dons qu’ils reçoivent à leur "grand" parti, cela devient "un détournement de l’esprit de la loi", selon François Logerot, président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. C’est pour cette raison que le PS a dénoncé une "stratégie de financement de l’UMP".

Mais ces micro-partis n’existent pas seulement à droite. Il y en a également à gauche…

1. Valls: "Il y a quelques" micro-partis au PS

"L’existence de micro-partis autour de personnalités politiques, il y en a de droite et de gauche", affirme ce lundi Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP.

(Source: le Dailymotion de l’UMP)

Récemment, Manuel Valls a en effet créé son propre parti intitulé "À gauche besoin d’optimisme", afin de financer sa campagne pour les primaires du PS, en vue de la présidentielle de 2012.

Interrogé ce lundi sur Europe 1 pour savoir si d’autres socialistes possédaient de tels partis, le député PS maire d’Evry a répondu de manière évasive: "Il y en a quelques-uns…"

Voir l’extrait à partir de 8,15 minutes:

(Source: Europe 1.fr)

2. Le micro-parti de Claude Bartolone…

A qui Manuel Valls fait-il référence?

Contacté par Le Post, le trésorier du PS, Régis Juanico, assure ne pas connaître l’existence d’autres micro-partis dédiés à un socialiste: "Je ne sais pas à qui Manuel Valls fait référence. A notre connaissance, c’est le seul socialiste à posséder un micro-parti. Nous avons discuté avec lui et il est d’accord pour se conformer aux principes du PS".

Claude Bartolone

Pour en avoir le coeur net, Le Post a contacté la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

Surprise, la CNCCFP affirme connaître "deux micros-partis au sein du PS". Lesquels? "Celui de Manuel Valls, et celui de Claude Bartolone [le président du conseil général de Seine-Saint-Denis et membre de la direction du PS, ndlr], qui s’appelle ‘Agir pour l’égalité'"

Quand on tape "Agir pour l’égalité" sur Google, on apprend qu’il s’agirait seulement d’un courant politique. Mais la CNCCFP est formelle : il s’agit bien d’un micro-parti.

D’ailleurs, "Agir pour l’égalité" figure dans la liste des partis et groupements politiques publiée dans le Journal officiel du 17 décembre 2008. Cette liste est consultable en ligne sur le site de la CNCCFP (voir page 11 en PDF). On apprend d’ailleurs que le siège de ce micro-parti était situé dans le 9e arrondissement de Paris.

Voici un extrait du document en question:

Contactée par Le Post, l’attachée de presse de Claude Bartolone confirme l’existence du micro-parti : "‘Agir pour l’égalité’ est un micro-parti autour de la sensibilité fabusienne [Bartolone et Fabius ont pris leur distance depuis 2009, ndlr]. Claude Bartolone l’a présidé. Mais depuis deux ans, il n’intervient plus. Le 18 juin 2010, il a décidé de se retirer de la présidence".

3. … au service des ambitions présidentielles de Laurent Fabius

Contacté par Le Post, Guillaume Bachelay, directeur de cabinet de Laurent Fabius, qui travaille également à la direction du PS auprès de Martine Aubry, précise :

"‘Agir pour l’égalité’ a été créé à l’occasion de la primaire socialiste en 2006", explique-t-il. On comprend donc que ce micro-parti visait à récolter des fonds pour financer la campagne de l’ex-Premier ministre, qui visait alors l’Elysée.

Et Guillaume Bachelay de justifier la création de ce parti de poche: "La loi l’exige : pour que chaque candidat reçoive des dotations et pour financer sa campagne, il fallait cette structure, et non pas une association."

Aujourd’hui, si ce micro-parti existe toujours, il "est en veille", selon Guillaume Bachelay. "Il sert à financer un site Internet et la location de salles de réunion pour la sensibilité fabusienne, en marge de l’université d’été du PS", conclut-il.

Par ailleurs, la CNCCFP rappelle également que d’autres personnalités de gauche, non socialistes, possèdent aussi des micro-partis : "Robert Hue et son Mouvement Unitaire Progressiste, Olivier Besancennot et son Nouveau Parti Anticapitaliste".

Voir également:

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20100719.OBS7342/les-micros-partis-une-strategie-de-financement-de-l-ump.html

Les micros-partis, une "stratégie de financement de l’UMP"

Le Nouvel observateur

19/07/10

Le porte-parole du PS a condamné les micro-partis, y voyant une opportunité pour les grandes fortunes de multiplier les dons.

Benoît Hamon, porte-parole du PS, a condamné lundi 19 juillet les micro-partis, qui participent selon lui d’une "stratégie de financement de l’UMP", et assuré que le socialiste Manuel Valls était "ouvert" à "faire évoluer" le sien.

Sur le même sujet

L’UMP "conseille" à ses dirigeants "de créer leur micro-parti", et "dès lors que ces micro-partis permettent à des grandes fortunes de multiplier les dons et des dons aux plafonds, c’est-à dire 7.500 euros, c’est un contournement de l’esprit de la loi", a-t-il fait valoir

"Nicolas Sarkozy a son propre parti, Christian Estrosi a son propre parti, Laurent Wauquiez aussi, Rama Yade s’apprête à créer le sien, Benoist Apparu également, Eric Woerth aussi.

"Nous n’avons qu’un seul parti"

On voit bien que cette myriade de micro-partis offre l’opportunité, comme c’est peut être le cas dans l’affaire Bettencourt, à des grandes fortunes de multiplier les dons de 7.500 euros", a dénoncé le porte-parole du PS.

Pour lui, "la stratégie de l’UMP est de contourner l’esprit de la loi", "multiplier les opportunités pour Mme Bettencourt ou d’autres grandes fortunes de ce pays de faire des chèques de 7.500 euros".

"Nous, nous ne sommes pas dans cette stratégie-là. Nous n’avons qu’un seul parti et c’est le Parti socialiste", a-t-il martelé.

Le micro-parti de Manuel Valls

Quant à Manuel Valls, qui a créé son micro-parti "A gauche besoin d’optimisme" il est "le seul dans cette situation", a affirmé Benoît Hamon. Il l’a créé "dans la perspective des primaires, parce qu’il entend être candidat aux primaires" et "se donner les moyens de pouvoir être un candidat sérieux aux primaires".

Mais le député-maire d’Evry "se dit au regard de la situation actuelle, tout à fait ouvert à faire évoluer le statut de son parti en association", a affirmé Benoît Hamon, ce que Manuel Valls a dit lui-même sur Europe 1.

Le porte-parole du PS a confirmé que Manuel Valls s’était "ouvert" de cette situation auprès du trésorier du parti, Régis Juanico, et de lui-même et qu’il s’était dit "disponible" "dans des délais rapides", pour "passer à autre chose et trouver une autre forme d’organisation de sa sensibilité".

"Il n’y a pas reversement de Manuel Valls au PS", a aussi assuré le porte-parole du PS.

(Nouvelobs.com)

Voir enfin:

Financements des partis politiques : que dit la loi ?

Bastien Hugues

Le Figaro

07/07/2010

La question est à nouveau posée par l’affaire visant Liliane Bettencourt, Eric Woerth et l’UMP. La législation est strictement encadrée suite à différents scandales judiciaires depuis les années 80. Lefigaro.fr fait le point sur les trois principales sources de financement.

L’UMP a-t-elle reçu en mars 2007 un don de 150.000 euros de la part de Liliane Bettencourt pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, comme l’affirme aujourd’hui l’ancienne comptable de la milliardaire, Claire Thibout ? «Evidemment pas», a rétorqué mardi Eric Woerth, alors trésorier de la campagne. Quoi qu’il en soit, la perspective d’une nouvelle enquête sur ce point pose, une nouvelle fois, la question du financement des partis politiques.

Suite à plusieurs scandales judiciaires ayant impliqué le RPR comme le PS depuis les années quatre-vingt, pas moins de six lois ont été votées de 1988 à 2003 sur cette problématique, afin d’organiser un financement par l’argent public des partis suivant leur représentation à l’Assemblée nationale, et des candidats aux élections législatives à partir de certains seuils.

Voici les trois sources principales de financement autorisés pour les formations politiques :

L’aide publique, première source de financement des partis, est attribuée après l’examen des comptes du parti par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), créée par la loi du 15 janvier 1990. Elle concerne les seules formations disposant d’élus au Parlement. L’aide se décompose en deux parts : la première en fonction du nombre de suffrages recueillis aux législatives, la seconde en fonction du nombre de parlementaires inscrits au parti. Ainsi, près de 75 millions d’euros ont été versés par l’Etat en 2008 à une cinquantaine de partis et groupements au titre du financement de la vie politique, dont 34,5 millions d’euros pour l’UMP et 24,5 millions d’euros pour le PS.

Les partis sont financés par des ressources privées : les cotisations des adhérents et des élus d’une part, et les dons de personnes privées d’autre part. Ces derniers sont limités à 7.500 euros par an, par personne et par parti, et plafonnés à 4.600 euros en période électorale. Tout don de plus de 150 euros doit être réglé par chèque. Enfin, depuis 1995, les dons des personnes morales – autrement dit des entreprises – sont strictement interdits.

Pour contourner ces limitations, les partis ont créé de multiples «partis satellites». De 28 en 1990, leur nombre est passé à 255 en 2004 selon la CNCCFP. Pour quelle raison ? Rien, dans la législation française, n’empêche une personne privée de donner 7.500 euros à différents partis. Les micro-partis sont alors entièrement libres de reverser leur excédent à un «parti central»…


Affaire Woerth-Bettencourt: Poser de bonnes questions, c’est plus difficile que plaider (Master class in investigative journalism from France’s master litigator)

13 juillet, 2010
Olivier Metzner (with Villepin client)Je ne supporte pas l’acharnement collectif. Olivier Metzner
Beaucoup d’avocats ne travaillent pas assez. Pour ceux-là, tout se joue à l’audience. Mais poser de bonnes questions, c’est plus difficile que plaider. Un procès ne se gagne pas avec des effets de manches. Olivier Metzner
Aujourd’hui, les affaires ne se jouent plus seulement dans les prétoires, il faut préparer le terrain en amont, maîtriser, comme les politiques, l’art du storytelling, raconter à travers chaque dossier une histoire. Olivier Metzner l’a compris. (…) Sa botte secrète ? Maîtriser le plan médias. Un vrai colonel. «Je planifie tout à l’avance. Quand je communique, les instructions sont respectées : une agence fait un communiqué au jour dit, un journal publie l’info à un autre moment convenu d’avance, pareil pour les radios ou les télés. » Ainsi il avait méticuleusement préparé le retour sur scène de Jérôme Kerviel un mois avant son procès : interview dans « le Journal du dimanche », entretien à France-Info, apparition au journal de France 2. Stéphane Arteta
Quel président ne s’intéresserait pas à l’avenir de L’Oréal ? Patrick Ouart (conseiller justice de l’Elysée)

Notre Sarkozy national a décidément du souci à se faire …

Le Floch-Prigent, Messier, Crozemarie, le PDG de Yahoo, l’ex-PDG de Moulinex, Bouygues, Continental Airlines, Nike, la société de certification pour l’Erika, l’un des acteurs de l’affaire des écoutes de l’Élysée, RPR, PS, PC, autonomistes corses, l’Église de scientologie, conseil de l’Ordre des médecins, faux électeurs du 3e arrondissement de Paris, Cantat, Pagny, Kerviel, Villepin …

A l’heure où, après le rapport qui pointe la cellule VIP du ministère du Budget et avec la démission annoncée du poste de trésorier de l’UMP de son ex-ministre du Budget, l’Elysée se décide enfin à faire ce qui aurait dû être fait dès le départ …

Retour, avec cette magistrale leçon de droit mais aussi de journalisme d’investigation dans un article du Nouvel Observateur du mois dernier, par celui sans lequel rien ne serait peut-être arrivé de l’Affaire qui secoue actuellement comme peut-être jamais le monde politique français.

A savoir l’avocat de la fille de la femme la plus riche de France, Olivier Metzner (mais accessoirement de Villepin, lui-même proche de Pleynel du site Mediapart) qui, maitre reconnu de la procédure et des plans média, a, (avant les révélations dévastatrices de la comptable, fourni à la presse (Mediapart, Le Point, Le Monde) les enregistrements pirates du maître d’hôtel de l’héritière L’Oréal.

Et qui, spécialiste des cas isolés et des victimes des lynchage médiatique, pourrait peut-être bientôt se retrouver à défendre celui, quelque part du côté du faubourg Saint-Honoré, que sa dernière affaire est en train de sérieusement déstabiliser … ?

Le roi de la place

Stéphane Arteta

Le Nouvel observateur

10/06/10

Olivier Metzner, 60 ans, est l’avocat qu’on s’arrache. Il est de toutes les grandes affaires de l’année, de Clearstream à Kerviel en passant par Concorde et bientôt Bettencourt. Ce piètre orateur est un orfèvre de la procédure et du storytelling Attablé à la terrasse de l’un de ses restaurants fétiches de Saint-Germain-des-Prés, Olivier Metzner tire sur un havane, son accessoire inséparable, un peu comme la pipe de Maigret. Lunettes sur le bout du nez, il lit le menu en diagonale. En dessert, ce sera un soufflé sucré, son péché mignon. La sonnerie de son portable interrompt la commande. Il est plus de 22 heures. «L’avion atterrit quand ? », demande l’avocat d’un ton sec. Quelques minutes plus tôt, Manuel Noriega a été extradé des Etats-Unis vers la France. L’ancien dictateur du Panama fait partie de ses clients. Mais qui n’en est pas ? Martin Bouygues, François Michelin, Florent Pagny, Jean-Paul Huchon, Dominique de Villepin. De Clearstream au procès Concorde, du dossier de La Faute-sur- Mer, où il représente la municipalité, au cas Jérôme Kerviel, qu’il défend au tribunal de Paris depuis le 8 juin, Me Metzner truste les bonnes affaires. A 60 ans, ce fils d’agriculteurs normands est au sommet de sa gloire. Numéro un dans sa catégorie au palmarès du magazine « Best Lawyers », classement qu’il évoque avec fierté, le nom Metzner a aussi la cote à l’étranger. «Je ne démarche jamais le client, indique-t-il. Ce sont les gens qui viennent à moi. » Un rythme effréné qui nécessite une organisation au cordeau. « Pour mener de front tous ces dossiers, je suis méthodique, confesse Metzner d’un train de sénateur. J’ai aussi une équipe formidable. » Une dizaine de collaborateurs qu’il a lui-même formés, dont Antonin Lévy, le fils de Bernard-Henri Botte secrète En juillet, Olivier Metzner soutiendra la thèse de Françoise Bettencourt, la fille de la patronne de L’Oréal, contre le photographe François-Marie Banier. Il promet qu’un « document explosif» ralliera définitivement les Français à la cause de Françoise. « Vous verrez… » Motus, il n’en dira pas plus. La bombe est programmée, le compte à rebours enclenché. Lui seul connaît le jour et l’heure. « Sentir le bon moment pour faire évoluer un dossier, c’est le secret de fabrication. » Aujourd’hui, les affaires ne se jouent plus seulement dans les prétoires, il faut préparer le terrain en amont, maîtriser, comme les politiques, l’art du storytelling, raconter à travers chaque dossier une histoire. Olivier Metzner l’a compris. Certains de ses camarades lui reprochent de vouloir tirer à tout prix la couverture à lui. « C’est un communicant impénitent. Il m’a presque poussé pour aller parler aux journalistes », déplore l’un des autres défenseurs de Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream. Ce procès a été le triomphe de Me Metzner. Sa botte secrète ? Maîtriser le plan médias. Un vrai colonel. «Je planifie tout à l’avance. Quand je communique, les instructions sont respectées : une agence fait un communiqué au jour dit, un journal publie l’info à un autre moment convenu d’avance, pareil pour les radios ou les télés. » Ainsi il avait méticuleusement préparé le retour sur scène de Jérôme Kerviel un mois avant son procès : interview dans « le Journal du dimanche », entretien à France-Info, apparition au journal de France 2… « Ma force, c’est l’anticipation. Avec les médias comme en procédure ou en technologie. » Dans le procès du Concorde, avocat de Continental Airlines, il a utilisé une reconstitution en 3D. «Je suis le premier», se félicite-t-il. Pour Jérôme Kerviel, il a fait parler les ordinateurs, en analysant tous les fichiers sous scellés jusque-là ignorés. «Je cherche toujours l’efficacité, je suis un pragmatique. » Timide, piètre orateur, l’avocat a vite choisi d’investir la mécanique austère de la procédure pénale. « A l’époque, personne n’en faisait. J’ai pris ce créneau passionnant et, tout seul, je me suis fait un nom. » Toutes les stars du barreau louent aujourd’hui sa technicité. Pour Henri Leclerc, qui a été son mentor, «Metzner a eu l’intelligence de faire son trou dans les affaires de droit commun en traquant les erreurs des juges et des policiers ». Une spécialité qui lui a valu le surnom de « docteur en procédure » et l’inimitié de quelques magistrats. Pour Olivier Metzner, la connaissance du dossier est la clé du succès. «Beaucoup d’avocats ne travaillent pas assez. Pour ceux-là, tout se joue à l’audience. Mais poser de bonnes questions, c’est plus difficile que plaider. Un procès ne se gagne pas avec des effets de manches. » Lui en serait, aux dires de ses confrères, bien incapable. Il n’a pas le charisme ni le coffre d’un Eric Dupond Moretti. « Vous verrez, prévient un avocat parisien, il ne va pas s’empresser de vous convier à le voir s’exprimer dans un tribunal. A l’oral, il est mauvais. » Mais, en petit comité, cet introverti excelle. Aux journalistes, il décortique les affaires et donne des leçons de droit. « Il ne dit pas de phrases en l’air, note l’un d’eux. C’est quelqu’un qui démontre par la logique quand d’autres moulinent dans le pathos. Il se souvient de chaque détail. » Quand on lui demande son secret, l’homme glisse un sourire goguenard, en tapant son index sur son front : « Tout est là-dedans » Un personnage à la Chabrol L’avocat avale des volumes de dossiers. L’exercice, qui donne la migraine à certains de ses collègues, constitue pour lui presque un passe-temps. « Ces histoires sont plus passionnantes que les rares romans que j’ai le temps de lire. J’emporte mes dossiers avec moi le week-end dans ma gentilhommière près de Rambouillet. Là, je les lis au calme. » Un grand bordeaux à la main, en écoutant des airs d’opéra. Verdi, Puccini… Olivier Metzner est un personnage à la Chabrol. Il a l’allure austère et l’air patelin des notables de province chers au cinéaste de la Nouvelle Vague. Mais, en dépit des apparences, il n’aime guère la bonne société. Vous ne le verrez pas à Saint-Trop. Il a d’ailleurs horreur des vacances. « Au bout de trois jours, je m’emmerde. » Dans son grand bureau de la rue de l’Université à Paris, à deux pas de l’Assemblée nationale, un album photo est posé ouvert sur une table basse. On peut y contempler des paysages de rêve. Il pourrait presque s’offrir une de ces îles du catalogue, il se contente d’en tourner les pages. « Ca me fait du bien quand j’ai envie de changer d’air. » En dehors du boulot, une de ses rares activités est la déco. Récemment, ce célibataire sans enfants, amateur d’art contemporain, s’est aménagé un nouveau petit nid pour remplacer ce 250 mètres carrés quai Voltaire avec vue imprenable sur la Seine dont il ne profitait pas. «Je pars tôt le matin et rentre tard le soir», constate-t-il. Ce solitaire est devenu spécialiste des cas isolés. Il aime porter secours aux individus lynchés par l’opinion. «Je ne supporte pas l’acharnement collectif. » C’est ce qui l’a poussé à défendre Bertrand Cantat, dont il n’avait jamais entendu une chanson. « I l avait la presse la plus hostile possible. On m’a demandé de ne pas lui annoncer la mort de Marie Trintignant. Il l’ignorait et allait très mal, mais c’était impossible de démarrer sur un mensonge. » Dans l’affaire de la Société générale, il a immédiatement perçu Jérôme Kerviel en bouc émissaire. « Quand j’ai repris l’affaire, Kerviel semblait seul au monde. » Metzner a pris le risque de perdre quelques clients de la finance. Jean-Marie Messier aurait ainsi renoncé à être défendu par son avocat favori de peur de voir son nom associé au sulfureux trader, alors qu’il affronte lui-même les juges pour une histoire de parachute doré. Kerviel a trouvé en son défenseur plus qu’un conseil, un confident, un coach et un agent rassurant quand il faut affronter les micros. « Moi, j’étais le cancre » L’avocat, qui n’est «pas très famille », est proche de ses clients, qui apprécient son écoute et sa repartie. Ainsi François Michelin s’est-il entiché pour ce Normand avec qui il aime plaisanter autour d’un bon repas. «L’un des atouts de Metzner, c’est sa capacité à apaiser les angoisses de ses clients, observe un juge. La raison de son succès tient aussi à cet art qu’il a de leur dire ce qu’ils veulent entendre. » Olivier Metzner, lui, assure qu’il n’hésite pas à leur asséner leurs quatre vérités. Il aurait houspillé Dominique de Villepin lorsque celui-ci, avant le procès Clearstream, détaillait fébrilement la liste complète de ses ennemis. « Si vous êtes dans cet esprit-là, il faudra vous passer de moi. » Depuis, les deux hommes sont amis. L’avocat l’assure : « C’est toujours mon deal de départ. Si je ne peux pas être franc, je claque la porte. » Le timide a pris de l’assurance depuis son arrivée à Paris en 1975. « Plus jeune, j’étais la honte d’une famille normande qui vouait un culte aux études. Moi, j’étais le cancre. J’avais eu un bac G en solde dans un lycée de province. Je passais mon temps à lire Gide et à me répéter : «Quitte ta famille. » Je n’ai jamais pensé devenir un jour celui que je suis aujourd’hui. Je me disais : être avocat à Paris, ça doit être triste. » Aujourd’hui, il n’a aucun regret. SES DATES 1949. Naissance à Champ-Haut (Orne). 1975. Décroche une licence de droit à l’université de Caen. 975. Devient avocat pénaliste à Paris et monte le cabinet Metzner Associés. 1983. Premier coup d’éclat : il obtient la libération d’un braqueur grâce à un vice de procédure. La décision entraîne la libération de tout un gang, dont un lieutenant de Mesrine. 1989. Défend un premier patron en la personne de Michel Mauer dans le scandale immobilier de la Cogedim. 1998. Devient avocat pénaliste des affaires 2004. Défend Bertrand Cantat à Vilnius. 2010. Défend Dominique de Villepin, relaxé dans l’affaire Clearstream.

Voir aussi:

Les riches heures de l’affaire Bettencourt

Raphaëlle Bacqué et Pascale Robert-Diard

Le Monde

09.07.10

Un matin de décembre 2007, l’avocat Olivier Metzner appelle le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, sur sa ligne directe, pour demander un rendez-vous, qui lui est aussitôt accordé. De ce premier appel confidentiel à la publication explosive d’un an de conversations privées enregistrées au domicile de Liliane Bettencourt, la plus grande fortune de France, récit d’un conflit familial qui ébranle le pouvoir. "Philippe, j’ai une plainte sensible à vous déposer" Entre Me Metzner et Philippe Courroye, les liens sont anciens et le respect professionnel s’est teinté d’amitié. Ils s’appellent par leur prénom. Une phrase a donc suffi : "Philippe, j’ai une plainte sensible à vous déposer." Le 19 décembre 2007, Me Metzner se fait conduire par son chauffeur au palais de justice de Nanterre et remet en main propre au procureur de la République la plainte qu’il vient de rédiger au nom de sa cliente, Françoise Meyers-Bettencourt. Déposée "contre X.", elle vise sans le nommer le photographe François-Marie Banier pour "abus de faiblesse" de Liliane Bettencourt. Me Metzner produit un récapitulatif des dons consentis à l’artiste – essentiellement des contrats d’assurance-vie – qu’il évalue alors à 500 millions d’euros. Il y joint des attestations écrites d’un certain nombre de gens de maison. Cela fait un mois, jour pour jour, que Liliane Bettencourt est veuve. Son mari, André, est mort le 19 novembre, à l’âge de 88 ans. A partir de cette date, tout va très vite. Le décès de son père a fait sauter le dernier verrou qui gardait à la mésentente entre la fille unique du couple et sa mère son caractère d’intimité familiale. D’autant que Françoise Meyers-Bettencourt croit comprendre, par les confidences que lui rapportent des gens de maison de sa mère avec lesquels elle entretient des rapports étroits, que le photographe est en passe d’obtenir d’être adopté par la milliardaire. En fait, Liliane Bettencourt a pris rendez-vous chez son notaire, Jean-Michel Normand, pour faire de François-Marie Banier son légataire universel. Le 11 décembre, la fille demande à sa mère de se soumettre à une expertise psychiatrique. L’héritière de L’Oréal se braque et refuse. Une course contre la montre s’engage : dans le très chic cabinet Bredin-Pratt et avec l’appui de Me Metzner, les gens de maison, exaspérés par l’influence qu’exerce François-Marie Banier sur leur patronne, sont reçus en rafale pour rédiger des attestations. L’enquête la plus secrète de la République Pendant un an, l’enquête conduite par le parquet de Nanterre sur l'"abus de faiblesse" reproché à François-Marie Banier est le secret le mieux gardé de la République. De décembre 2007 à décembre 2008, les policiers procèdent à des perquisitions, auditionnent des dizaines de témoins, consultent le dossier médical de la célèbre héritière, décortiquent le patrimoine de son ami photographe sans que jamais rien ne fuite dans la presse. Dans le bureau du procureur de Nanterre se succèdent les avocats de François-Marie Banier, ceux de Liliane Bettencourt – qui sont alors Mes Fabrice Goguel et Paul Lombard – et Me Metzner. Convaincu que le photographe a trop largement profité des largesses de l’héritière de L’Oréal, le procureur cherche à renforcer juridiquement son dossier. Il lui manque pour cela un élément-clé : une expertise médicale de Liliane Bettencourt. Par ses avocats, puis directement, lors d’un rendez-vous chez elle le 18 mai 2008, Philippe Courroye tente de la convaincre d’accepter d’être expertisée. Elle hésite, puis refuse. "Cette lettre est un dernier avertissement" La lettre, écrite à l’encre verte et adressée par Liliane Bettencourt à sa fille, date de février 2008. Elle la menace d’engager une "procédure en révocation" des donations qu’elle lui a consenties et de léguer directement l’essentiel de son patrimoine à la Fondation d’Etat Bettencourt Schueller où, écrit Liliane Bettencourt, "ces sommes seront plus utiles qu’entre tes mains". "Cette lettre est un dernier avertissement", précise-t-elle, en accusant sa fille d’avoir soudoyé son personnel. Elle se plaint de ne pouvoir dire un mot dans son propre domicile sans penser que tout sera immédiatement rapporté à sa fille. "Je n’ose même pas imaginer le risque de fuite, qui est chaque jour plus important", note-t-elle. Pour éviter le scandale, la milliardaire décide, en ce même mois de février, de faire appel à ses amis. Lindsay Owen-Jones, cet Anglais raffiné qui, à la tête du conseil d’administration de L’Oréal, est, depuis vingt ans, l’ami et le conseiller écouté de Liliane Bettencourt, et Maurice Lévy, dont la société Publicis gère les plus gros contrats publicitaires de L’Oréal, sont sollicités pour tenter une conciliation entre la mère, la fille et François-Marie Banier. La négociation dure plusieurs mois. Le projet que les deux médiateurs ont imaginé tient en cinq points principaux. Liliane Bettencourt s’interdit pour l’avenir toute nouvelle libéralité en faveur de François-Marie Banier, qui s’engage, pour sa part, à ne plus rien accepter et à renoncer à tout projet d’adoption. Il précise qu’elle renonce à toute procédure de révocation contre sa fille. Le texte prévoit également que Liliane Bettencourt ne donnera aucun rôle au photographe ou à ses proches au sein de L’Oréal ou de la Fondation Bettencourt Schueller. L’accord garantit que le photographe conservera la jouissance de tout ce que la milliardaire lui a offert. Cette dernière s’engage enfin à défrayer sa fille pour ses frais d’avocats. Au début de l’été, les négociations sont pourtant rompues. Retour à la case procès. "Quel président ne s’intéresserait pas à l’avenir de L’Oréal ?" Le 5 novembre 2008, une voiture sombre entre dans la cour de l’Elysée. Liliane Bettencourt est venue, accompagnée de son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre. La vieille dame explique au président de la République tout le mal qu’elle pense de la procédure qui vise son favori. Dans le bureau de Nicolas Sarkozy, le conseiller du président, Patrick Ouart, qui s’est fait une spécialité de gérer les affaires judiciaires pour le chef de l’Etat, a rejoint le petit groupe. Il a déjà croisé à deux ou trois reprises Patrice de Maistre. Il sait exactement les préoccupations de ce dernier pour sa cliente. Nicolas Sarkozy connaît pour sa part depuis longtemps Liliane Bettencourt. A Neuilly, dont il a été le maire pendant près de vingt-cinq ans, elle était la plus riche de ses administrés. Lorsqu’il était encore marié avec Cécilia, le couple a plusieurs fois été convié à dîner dans son hôtel particulier. Aucun de ses prédécesseurs à l’Elysée n’a jamais négligé la première fortune de France, qui a financé tant de campagnes présidentielles, de droite comme de gauche. Nicolas Sarkozy la reçoit donc avec tous les égards. Ce n’est pas tant le conflit familial qui intéresse le président et son conseiller, mais bien les conséquences que la procédure engagée contre François-Marie Banier pourraient avoir sur le fleuron de l’industrie française qu’est L’Oréal. "Si la capacité civile de Mme Bettencourt est remise en cause, a expliqué Patrick Ouart au chef de l’Etat, alors ses votes au conseil d’administration pourraient également être remis en cause et notamment le pacte d’actionnaires qui unit L’Oréal au suisse Nestlé. Quel président ne s’intéresserait pas à l’avenir de L’Oréal quand un tel groupe est susceptible de passer à l’étranger ?" Patrick Ouart, qui suit décidément le dossier de très près, reçoit également, quelques mois plus tard, les avocats de Françoise Meyers-Bettencourt, la fille. Le mari de cette dernière, Jean-Pierre Meyers, est le vice-président du conseil d’administration de L’Oréal et le bruit court que c’est lui qui a engagé sa femme dans cette procédure judiciaire. Mais entre la mère et la fille, l’Elysée n’a pas envie de choisir : à court terme, c’est la seconde qui représente l’avenir de L’Oréal, mais comment oublier la fidélité politique de la première ? "Courroye est le noeud du truc, pas Sarkozy" Philippe Courroye cherche toujours à muscler son dossier contre François-Marie Banier et ordonne un complément d’enquête sur son patrimoine. Un petit-fils de Madeleine Castaing, un descendant d’Anna de Noailles – qui furent toutes deux de riches et généreuses amies du photographe – sont entendus et leurs dépositions versées au dossier. Ils ont raconté la redoutable séduction exercée par le photographe sur leurs aïeules. Mais il manque toujours les preuves suffisantes pour faire de François-Marie Banier un détrousseur professionnel de vieilles dames fortunées. En juin, le complément d’enquête revient sur le bureau du procureur de la République de Nanterre. Une dernière fois, Philippe Courroye tente d’obtenir l’expertise psychiatrique de Liliane Bettencourt, nécessaire pour asseoir l’accusation. En vain. Le dossier est fragile. Les témoignages se contredisent. Me Metzner sent que son principal soutien faiblit et redoute que les appuis politiques de Liliane Bettencourt aient raison de la volonté du procureur. Au même moment, dans le salon de la milliardaire, le petit magnétophone du majordome commence à tourner. Pascal Bonnefoy, au service de la milliardaire depuis treize ans, a vu se faire licencier tous ceux qui, parmi le personnel de l’hôtel particulier de Neuilly, avaient témoigné de l’influence de François-Marie Banier sur Liliane Bettencourt. Il a trouvé un moyen plus discret et plus sûr, cet enregistreur camouflé dans une pochette de feutrine noire. Le 12 juin 2009, son magnétophone capte une conversation entre Patrice de Maistre, Me Goguel et Liliane Bettencourt. Me Goguel rend compte de sa dernière visite chez le procureur : "Courroye est très gêné. En réalité, il voudrait faire juger l’affaire par l’expert. Il a très peur de devoir prendre une décision. Il pense qu’il y a des risques." Patrice de Maistre annonce qu’il a rendez-vous l’après-midi même avec Patrick Ouart : "Il suit l’affaire. Mais ils font ce qu’ils peuvent. C’est Courroye qui est le noeud du truc. C’est pas Sarkozy, c’est Courroye." Trois semaines plus tard, le 3 juillet 2009, le magnétophone saisit cette conversation entre Me Goguel et Liliane Bettencourt : "Vous emmener voir Sarkozy, finalement, ça a été une très mauvaise chose. Parce que c’est à cause de ça que le procureur ne veut plus régler le dossier : pour montrer qu’il est indépendant de Sarkozy. " "Si vous ne faites rien, j’y vais" Au coeur de l’été 2009, l’avocat de Françoise Meyers-Bettencourt décide de changer d’interlocuteur. Sans le soutien du parquet, il sait que son dossier est juridiquement périlleux. Le statut de partie civile de sa cliente est très contestable : sa mère est vivante et assure qu’elle est en pleine possession de ses moyens. Pourquoi sa fille se substituerait-elle à elle ? A la mi-juillet 2009, Me Metzner joint Philippe Courroye sur son portable : "Philippe, si vous ne faites rien, j’y vais." Dans la conversation, il comprend que le procureur va classer le dossier sans suite. Le 15 juillet, l’avocat adresse donc à François-Marie Banier une citation directe à comparaître devant le tribunal. Ce que Me Metzner n’a pas dit à Philippe Courroye, c’est qu’il a pris contact au même moment avec la présidente de la 15e chambre, Isabelle Prévost-Desprez. Les relations déjà tendues entre la présidente et le procureur sont, pour Me Metzner, une aubaine. Il fait valoir à l’une les réticences de l’autre, flatte le souci d’indépendance de la juge du siège contre la soumission au pouvoir prêtée au représentant du ministère public. Il en joue d’autant plus qu’Isabelle Prévost-Desprez vient de rendre un jugement qui a résonné comme un coup de tonnerre à deux mois du procès Clearstream, en soulevant le problème de la recevabilité de la constitution de la partie civile du président de la République, Nicolas Sarkozy. Me Metzner obtient de la présidente ce qu’il souhaite : une date d’audience, fixée au 3 septembre. Le parquet est furieux. En attendant ce jour, l’avocat joue d’un autre clavier. Son cabinet est ouvert à tous les journalistes qui veulent consulter les dépositions des employés de maison contre François-Marie Banier. De quoi aiguiser l’appétit de la presse et celui du tribunal. "Dossier n° 13, M. Banier…" La salle d’audience est comble, ce jeudi 3 septembre, lorsque s’ouvre la première audience du procès Banier-Bettencourt. Sous une apparence purement technique, elle est stratégique pour Me Metzner, qui doit absolument obtenir du tribunal qu’il accepte d’engager les débats. Patelin, l’avocat annonce : "J’ai déposé plainte dix-huit mois auparavant. Une enquête préliminaire a été ordonnée et le parquet semble avoir quelques hésitations sur la suite à lui donner…" La réplique, ferme, lui est donnée par la procureure Marie-Christine Daubigney : "On ne saisit pas la justice comme on va au supermarché. Françoise Meyers-Bettencourt n’a rien à faire aujourd’hui dans cette histoire, elle n’a pas la qualité de partie civile et ne peut se la faire reconnaître." Après une courte délibération, le tribunal décide que tout cela mérite débat et fixe une nouvelle audience au 11 décembre. Le parquet se crispe : il ne veut pas de cette affaire, dont il est convaincu qu’elle ne tient pas en droit et qui risque de conduire à un déballage public désastreux sur les haines familiales au sein de la première entreprise française. Usant d’une procédure exceptionnelle, il fait appel de la décision du tribunal. L’affaire prend aussitôt une dimension politique et se double, à Nanterre, d’une tension exacerbée entre la présidente et le procureur. A partir de ce moment-là, elle s’emballe. Le 18 septembre, le parquet est débouté, le 22, il classe l’enquête sans suite. "Chère maman, c’est mon devoir de fille" C’est par une lettre manuscrite adressée, début décembre, à sa "chère maman" que Françoise Meyers-Bettencourt lui annonce qu’elle sollicite sa mise sous tutelle, en évoquant "la situation d’emprise et d’isolement" dans laquelle se trouve, selon elle, l’héritière de L’Oréal. Au plus fort de cette bataille, la mère et la fille se retrouvent pourtant autour de la même table du conseil d’administration de L’Oréal, sans jamais laisser paraître le conflit qui les dévore. Par un accord tacite, elles ont décidé de respecter cet ultime sanctuaire familial. Mais Françoise Meyers-Bettencourt ne renonce pas. Faute de pièces médicales, le juge lui refuse la tutelle de sa mère. Quelques jours plus tard, à l’occasion de la deuxième audience du procès Banier-Bettencourt, le tribunal ordonne une expertise de l’héritière de L’Oréal et renvoie l’examen de l’affaire au mois d’avril. Ce sera finalement juillet. "Le secret de fabrication" de Me Metzner Lorsque, à la mi-juin, Me Georges Kiejman, l’avocat de Liliane Bettencourt, et Me Hervé Temime, qui défend François-Marie Banier lisent, dans Le Nouvel Observateur, le portrait consacré à Olivier Metzner, ils s’inquiètent. A quinze jours du procès qui doit s’ouvrir à Nanterre le 1er juillet, l’avocat annonce détenir un "document explosif". "Sentir le bon moment pour faire évoluer un dossier, c’est le secret de fabrication", explique à l’hebdomadaire l’avocat, qui détaille sa stratégie médiatique : "Je planifie tout à l’avance. Quand je communique, les instructions sont respectées : une agence fait un communiqué au jour dit, un journal publie l’info à un autre moment convenu d’avance, pareil pour les radios ou les télés." Mes Kiejman et Temime adressent aussitôt à leur confrère un courrier lui demandant de bien vouloir leur faire connaître la nature de ce "document explosif". Leur lettre reste sans réponse. Le 16 juin, ils comprennent : le site Mediapart et LePoint.fr publient les premiers extraits des enregistrements pirates du majordome de Liliane Bettencourt. Tout est réglé au millimètre près par Me Metzner : au Point, l’affaire Banier-Bettencourt, à Mediapart, la bombe politique. Trois semaines plus tard, la déflagration fait vaciller la justice, le premier groupe industriel français et jusqu’au président de la République


Sport: Pourquoi les dieux du stade ne sont-ils plus blancs? (Why do white athletes no longer dominate sports?)

12 juillet, 2010
Chariots of fire poster
Beijing's all-black 100 dash final (2008)
Je rebronzerai une jeunesse veule et confinée. Pierre de Coubertin (1896)
Si on a une certitude, c’est justement qu’il lui faudra ignorer sa couleur pour aller plus vite et trouver une crédibilité sportive plus que raciale à sa présence dans les couloirs impitoyables du monde du sprint. Car s’il est une incongruité dans toute cette affaire, ce n’est pas tant qu’un blanc soit descendu hier sous les 10" mais bien qu’aucun autre ne l’ai fait avant lui. Nicolas Herbelot (sur les 9′ 98 de Christophe  Lemaitre aux 100 m, L’Equipe, 10.07.10)
Ca fait bien longtemps qu’un Blanc aurait dû courir le 100 m en moins de 10′. Beaucoup s’en étaient approchés, déjà. Mais visiblement, ça ne les intéresse pas trop. (…) Dès que quelqu’un fait tomber une barrière, d’autres s’engouffrent dans la brèche. On peut donc penser qu’après Lemaitre, de nombreux blancs y parviendront. Asafa Powell (jamaïcain, ex-recordman du monde du 100 m, L’Equipe)
On fait une distinction de couleur alors que c’est une question de mode et de niveau de vie. Aux Etats-Unis, les noirs font de la course pour obtenir des bourses. (..) D’ailleurs, il va peut-être lever une génération qui fera moins de 10". Regardez, le tennis était un sport de blancs et, après Noah, il y a maintenant Tsonga, Monfils. Teddy Tamgho (champion du monde de triple saut, L’Equipe)
J’ai vu courir Borzov, ou Woronin. Sur une piste moderne, avec des pointes modernes, avec les techniques d’entraînement actuelles, ils seraient passés en dessous des dix secondes. Il n’y a sans doute jamais eu un aussi beau sprinteur en virage que Mennea (…) C’est un faux débat. Si un jour les Chinois décident de fabriquer un mec qui court en moins de dix, ils le feront. (…) Pour moi, c’est socio-culturel. Dites-moi simplement pourquoi un jeune blanc irait s’embêter à s’entraîner dur… Nous sommes égaux devant la performance. C’est la société qui est construite de telle sorte que les noirs courent le 100 m… Ensuite, cela s’auto-entretient : les blancs se disent que ce n’est pas possible. La chance de Lemaitre, c’est qu’il est dans sa bulle et qu’il ne porte aucune attention à tout cela. Zoran Denoix (entraîneur)
En fait, j’étais meilleur au tennis qu’à la course. Mais je n’avais personne à admirer, pas de champion noir du tennis. Alors je me suis dit que je serai le premier. (…) Les courts étaient remplis. Beaucoup de monde, aucun Noir. Ils avaient tous l’air si chic, avec leur belle voiture garée devant. Je ne me suis pas senti à l’aise mais j’ai demandé les tarifs d’inscription et le prix des cours. Je me suis dit: impossible. Et je suis parti. (…) Il faut avoir en tête une image de succès. Linford, il a réussi, et il vient du fin fond des quartiers ouest de Londres, comme moi. (…) Si j’étais un Blanc de 16 ans, je ne rêverais pas d’athlétisme; je me dirais : je n’ai aucune chance. (…) Il faut avoir en tête une image de succès. Julian Golding (coureur britannique d’origine jamaïcaine, famille de 5 enfants)
A 24 ans, Julian Golding est l’un des brillants espoirs du sport britannique: il a été champion du Commonwealth sur 200 mètres en 1998. Dès son plus jeune âge, Golding se savait rapide. Il ne rêvait pas pour autant de devenir un champion. Ses parents – des immigrés jamaïcains arrivés dans les années 60 – lui ont appris que la «porte de sortie» de la condition ouvrière était la réussite scolaire, et non le sport. Le petit Julian travaillait donc beaucoup à l’école et pratiquait le tennis, la course et le trampoline durant ses loisirs. Mais, à 16 ans, son directeur d’école le prit à part: «Pourquoi ne pas faire carrière en athlétisme? Tu es doué!» Mêmes encouragements de la part de son professeur d’éducation physique et sportive (EPS). Et pas d’allusion à d’éventuelles études universitaires. Amy Otchet
[des professeurs d’EPS] pensent que certains enfants, en particulier les jeunes Noirs, font mieux de viser une carrière sportive, parce qu’ils ne réussiront jamais à s’imposer dans la finance ou en médecine par exemple. Ben Carrington
Un Noir doit être loin devant les autres pour que sa sélection soit incontestable. cela brouille, dans l’esprit des gens, l’image des performances des Noirs. Le public ne prête jamais attention aux Noirs dont les performances sont moyennes car ils ne sont pas sélectionnés. Donc, les gens disent: “Tu as vu? Il y a sûrement quelque chose de particulier chez les Noirs”. Ben Carrington
Usain Bolt ou Asafa Powell sont des exemples pour nous. Ils nous inspirent. Jeune coureur de 100 mètres)
Le public russe avait conspué les Bleus parce que cinq Noirs figuraient dans leurs rangs (Gérard Janvion, Marius Trésor, Jean Tigana, Jacques Zimako et Alain Couriol). Pascal Blanchard (en référence à un match de l’équipe de France contre l’URSS à Moscou en 1980)
Les spectateurs étaient surpris. Ils imaginaient l’équipe de France… différente. Lilian Thuram (après un match de l’équipe de France en Afrique du Sud  2000)
L’équipe de France de football ayant été de tous temps le creuset des flux migratoires, il y a toujours eu, à chaque génération, trop de «quelque chose» : trop de Hongrois, trop de Polonais, trop de Maghrébins, trop d’Italiens… Il y a même eu trop de Belges à une époque. Pascal Blanchard (historien de la question coloniale)
Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis [aux JO de Berlin de 1936] l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L'Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite profité. Pascal Blanchard
Pourquoi autant de Blacks ? C’est très simple. Le foot est un ascenseur social pour une grande partie des populations en difficulté. C’est vrai que la société française n’est pas constituée de tels pourcentages, mais le sport pro n’est pas représentatif de cette société. Ces jeunes développent des aptitudes plus élevées, ils sont en avance sur le plan physiologique, ils ont une maturité plus précoce. Le foot, c’est un milieu très excessif, on est à l’ère du tout physique. Les clubs français recrutent en masse ces jeunes là, mais ils vont devoir se poser la question : faut-il recruter uniquement des joueurs athlétiques ? Ou trouver le bon compromis, entre vivacité et puissance? En 1998, la sélection, c’était Blanc, Black, Beur, aujourd’hui c’est plutôt Black, Beur, Blanc. Erick Mombaerts (sélectionneur de l’équipe de France Espoirs/moins de 21 ans)
Dans beaucoup de pays, les joueurs de football professionnels viennent généralement des classes sociales les plus basses. C’est précisément là que l’on trouve en grande majorité les populations noires en France, comme la grande majorité des énarques est issue des classes sociales les plus hautes. Lilian Thuram

Au lendemain d’une 1ère Coupe du monde de football en Afrique du sud …

Où aucune équipe africaine n’a pu dépasser les 8e de finale …

Et qui, avec l’accident industriel de la France black-blanc-beur que l’on sait, a relancé le débat sur la composition majoritairement noire de ladite équipe …

Pendant qu’en athlétisme on fêtait à grand bruit l’avènement du  premier blanc (le Français Christophe Lemaitre)à briser depuis plus de 40 ans le plafond de verre qui maintenait ses malheureux congénères hors des "couloirs impitoyables du monde du sprint" …

Comment ne pas poser la question que personne ne semble vouloir poser?

A savoir, dans un sport moderne inventé et dominé pendant des décennies par des Européens et principalement Britanniques …

Pourquoi les dieux du stade ne sont-ils plus ou de moins en moins blancs?

Car en effet comment oublier que, mises au point à partir de jeux traditionnels en vue de l’édification morale et physique des élèves des établissements d’élite (public schools à la Eton et Rugby ou grandes universités à la Oxbridge), football comme athlétisme* furent à l’origine des pratiques aristocratiques et bourgeoises et donc, y compris quand, anglomanie oblige, elles diffuseront dans les élites du Continent et d’Amérique, exclusivement blanches?

Et pourquoi ne pas imaginer que comme lesdites pratiques ont, distinction oblige, reflué dans les milieux aristocratiques attachés à l’amateurisme avec l’arrivée du professionalisme et des classes populaires …

Elles tendent aujourd’hui, avec la généralisation des études supérieures et l’accès à des voies d’ascension sociale physiquement moins exigeantes et risquées, à refluer parmi les blancs, rebutés ou découragés tant par  leur  hyperprofessionalisation que l’arrivée des races autrefois colonisées?

Et ce au moment même où, difficultés d’intégration et idéologie ambiante aidant (au-delà des éventuelles prédispositions biologiques ou effets de sursélection), ces derniers issus le plus souvent des classes les plus défavorisées y voient (ou croient y voir) leur salut social?

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*  les noirs,  à l’instar  des Arthur Ashe et soeurs Williams (tennis),  Anthony Nesty (natation),  Tiger Woods (golf) ou Lewis Hamilton (formule un),  restant peu nombreux dans les sports plus sélectifs …

Racisme: la course d’obstacles

Amy Otchet

Courrier de l’UNESCO

1999

«Quels que soient les jeux qu’on nous fait jouer, nous ne devons pas jouer avec nous-même.»

Ralph Waldo Emerson

Les Noirs dominent l’athlétisme britannique. Preuve d’une victoire sur le racisme, disent certains. A voir, répondent le sociologue Ben Carrington et le sprinter Julian Golding.

Des spectateurs lui lancent des peaux de bananes en imitant le cri du singe: ce footballeur britannique noir a commis le «crime» d’avoir raté un but. C’est un comportement raciste odieux, reconnaissent les commentateurs, mais ces gestes isolés sont ceux de quelques brebis galeuses. Regardons au-delà de ces extrémistes et nous verrons, poursuivent-ils, que le sport est un des domaines, dans la société britannique, où l’égalité des chances est une réalité. Impossible, selon eux, de pointer du doigt un quelconque obstacle de classe ou de couleur de peau sur les pistes, car le chronomètre est seul juge. D’après UK Athletics, l’institut gouvernemental chargé de la promotion de l’athlétisme, 24% des sportifs de haut niveau qui ont obtenu des bourses (sur la base de leurs performances) sont d’origines africaine ou caribéenne, bien que ces communautés ne représentent que 2% de la population du Royaume-Uni. Et si on exclut, au sein de ce groupe, ceux qui mènent parallèlement des études universitaires, les Noirs représentent 48% de ces boursiers.

Robin Philips de UK Athletics estime que cette forte représentation est en général perçue positivement, comme un signe de progrès social et de non-discrimination. Les choses se compliquent lorsque l’on pose la question suivante: pourquoi tant de Noirs pratiquent-ils la course? «Peut-être parce qu’ils n’ont pas les mêmes chances de réussir ailleurs», avance Ben Carrington, un sociologue de l’Université de Brighton très respecté dans les milieux académiques britanniques pour ses recherches sur le racisme dans le sport. Par cette formule, il ne veut absolument pas suggérer que les Noirs seraient génétiquement doués pour le sport: il rejette violemment cette idée, la juge raciste et sans le moindre fondement scientifique. Il considère seulement que les stéréotypes racistes pèsent insidieusement sur la vie des jeunes sportifs noirs et qu’ils renforcent les motivations économiques et sociales qui les orientent vers l’athlétisme.

Les noirs plus doués que les autres?

A 24 ans, Julian Golding est l’un des brillants espoirs du sport britannique: il a été champion du Commonwealth sur 200 mètres en 1998. Dès son plus jeune âge, Golding se savait rapide. Il ne rêvait pas pour autant de devenir un champion. Ses parents – des immigrés jamaïcains arrivés dans les années 60 – lui ont appris que la «porte de sortie» de la condition ouvrière était la réussite scolaire, et non le sport. Le petit Julian travaillait donc beaucoup à l’école et pratiquait le tennis, la course et le trampoline durant ses loisirs. Mais, à 16 ans, son directeur d’école le prit à part: «Pourquoi ne pas faire carrière en athlétisme? Tu es doué!» Mêmes encouragements de la part de son professeur d’éducation physique et sportive (EPS). Et pas d’allusion à d’éventuelles études universitaires.

Julian Golding se mit à réfléchir: «En fait, j’étais meilleur au tennis qu’à la course. Mais je n’avais personne à admirer, pas de champion noir du tennis. Alors je me suis dit que je serai le premier». Il se rend au club de tennis local. «Les courts étaient remplis. Beaucoup de monde, aucun Noir. Ils avaient tous l’air si chic, avec leur belle voiture garée devant. Je ne me suis pas senti à l’aise mais j’ai demandé les tarifs d’inscription et le prix des cours.» Ses parents avaient cinq enfants à charge. Il a calculé la dépense totale. «Je me suis dit: impossible. Et je suis parti.»

Alors, il s’est entraîné sur une piste du quartier en pensant aux géants noirs, comme Linford Christie, champion olympique du 100 mètres en 1992. «Il faut avoir en tête une image de succès. Linford, il a réussi, et il vient du fin fond des quartiers ouest de Londres, comme moi.»

Le parcours de Julian Golding est typique, estime Ben Carrington. L’argent, le prestige, la gloire «attirent» les enfants vers le sport. Mais les enfants noirs, eux, sont plus particulièrement poussés vers le sport par des professeurs d’EPS. «Ils pensent que certains enfants, en particulier les jeunes Noirs, font mieux de viser une carrière sportive, parce qu’ils ne réussiront jamais à s’imposer dans la finance ou en médecine par exemple», dit B. Carrington.

Le sociologue évoque les nombreuses recherches effectuées dans ce domaine. L’une des études les plus récentes, menée par Sid Hayes et John Sugden de l’université de Brighton, a porté sur les attitudes de 35 professeurs d’EPS dans une région des Midlands très cosmopolite. Plus de 80% d’entre eux ont estimé que «les élèves noirs ont tendance à être avantagés en sport», particulièrement en athlétisme. Près de 75% de ces professeurs attribuaient la réussite sportive de leurs élèves noirs à des «raisons physiologiques».

Explications de type «biologique»

Ces réponses n’étonnent pas Julian Golding. Il a lui-même intégré les stéréotypes sur la puissance musculaire des Noirs. Lorsqu’il était adolescent, on lui a enseigné (à tort), comme une «vérité scientifique», que les «muscles des Noirs réagissaient plus vite que ceux des Blancs», parce que leur fibre musculaire était particulière. «Les statistiques semblent le prouver, dit-il. Quand avons-nous vu pour la dernière fois un sprinter blanc en finale des Jeux olympiques? Il faut remonter aux années 80, il y a près de 20 ans.»

Pas tout à fait convaincu par cette «théorie du muscle», Julian Golding accueille cependant avec intérêt le jugement sans appel de Ben Carrington, selon lequel tout ceci est scientifiquement infondé. Golding a-t-il alors d’autres explications de type biologique au succès des Noirs en athlétisme? L’émotion dans sa voix traduit un tiraillement: d’un côté, on lui a appris que les Noirs sont «doués» en athlétisme. D’un autre côté, il n’ignore pas les préjugés racistes sur la «puissance musculaire des Noirs» versus l’«intelligence» supérieure des Blancs.

Ces fausses «explications biologiques» remontent, selon Ben Carrington, au mouvement eugéniste des années 20 et 30, né en Amérique du Nord et répandu ensuite en Europe. Il s’agissait de créer une hiérarchie des races, où les Noirs étaient tout en bas de l’échelle, et d’affirmer la notion de population supérieure du point de vue génétique. «Ces travaux étaient intrinsèquement racistes et n’ont jamais été scientifiquement validés», précise le sociologue.

Le mouvement eugéniste n’a plus fait parler de lui après l’holocauste. Mais Ben Carrington voit aujourd’hui réémerger, à travers la génétique, certains de ses «arguments biologiques», et les mêmes conceptions idéologiques. Certaines personnes s’imaginent, à tort, que des savants vont bientôt découvrir des différences entre races. «Nous savons aujourd’hui que le corps humain comporte environ 100 000 gènes. Or, moins de 10 d’entre eux ont un quelconque rapport avec la couleur de la peau. Il y a manifestement des différences entre groupes humains», poursuit le sociologue, mais elles sont liées à la géographie. Lorsque les hommes se sont répandus sur la planète, ils se sont adaptés à leur environnement naturel et ont transmis ces modifications à leurs descendants.

«Le gène qui fait courir les Noirs»

Il n’en demeure pas moins que beaucoup continuent de croire qu’on va découvrir demain le gène qui fait courir les Noirs plus vite. «Alors, on va aussi découvrir, parmi la classe ouvrière anglaise blanche, le gène du billard ou du jeu de fléchettes, ironise le sociologue. C’est ridicule. Personne ne prétendra jamais que les Canadiens ont le gène du hockey sur glace. Mais, à chaque fois qu’un Noir l’emporte, on avance des arguments génétiques!». Ces arguments servent souvent à nier ou à minimiser les efforts acharnés et l’intelligence des champions noirs, en particulier dans les médias, estime Ben Carrington. Sans aller jusqu’à suggérer que le racisme serait inhérent aux commentateurs sportifs, le sociologue constate qu’ils ont tendance à traiter les athlètes différemment suivant la couleur de leur peau. Souvent, affirme-t-il, ils soulignent les aptitudes naturelles des athlètes noirs tandis qu’ils mettent en avant la volonté et la stratégie subtile des athlètes blancs.

Julian Golding évoque une autre dimension de la question: «Si j’étais un Blanc de 16 ans, je ne rêverais pas d’athlétisme; je me dirais: je n’ai aucune chance». «Comme les Noirs dominent le sport, poursuit le sprinter, on sent aussi que le public a envie d’un nouveau Roger Black», le coureur anglais (blanc) du 400 mètres qui a remporté la médaille d’argent aux J.O. de 1996. Ce désir ne se manifeste pas à travers une quelconque forme de racisme affiché mais plutôt par des «priorités secrètes». Aux yeux de Ben Carrington, l’existence même d’un tel désir est sujette à caution. Mais il est important de se pencher sur les conséquences du fait qu’on croit qu’il existe. Imaginons quatre athlètes, trois Noirs et un Blanc en concurrence pour trois places dans une équipe. Les deux premiers courent très vite et sont sélectionnés. Les deux autres réalisent des temps très proches mais l’athlète blanc est légèrement plus lent. Fera-t-il quand même partie de l’équipe?

«Un Noir doit être loin devant les autres pour que sa sélection soit incontestable, dit Ben Carrington, et cela brouille, dans l’esprit des gens, l’image des performances des Noirs. Le public ne prête jamais attention aux Noirs dont les performances sont moyennes car ils ne sont pas sélectionnés. Donc, les gens disent: “Tu as vu? Il y a sûrement quelque chose de particulier chez les Noirs”.»

Voir aussi:

Le bleu et le noir

Gérard Davet et Frédéric Potet

Le Monde

02.03.10

L’équipe de France de football est majoritairement composée de joueurs d’origine antillaise ou africaine, suscitant parfois les quolibets. Cette présence trouve pourtant des explications rationnelles, historiques ou sociologiques

Pour différentes raisons, notamment politiques, l’équipe de France de football n’a disputé qu’un seul match, de toute son histoire, en Afrique du Sud. C’était il y a dix ans. Une rencontre amicale sans grand intérêt (0-0), mais précédée d’une entrevue avec Nelson Mandela. Sur la pelouse de l’Ellis Park de Johannesburg, le lendemain, le sélectionneur Roger Lemerre avait aligné huit joueurs noirs. Un aspect qui, deux ans après la victoire de l’équipe black-blanc-beur en Coupe du monde, passa quasi inaperçu en France. Mais ne laissa pas insensible en Afrique du Sud, où le football est le sport de prédilection de la population noire.

«Les spectateurs étaient surpris, se souvient l’ancien défenseur Lilian Thuram. Ils imaginaient l’équipe de France… différente.» Et dix ans plus tard, alors que les Bleus de Raymond Domenech entament leur préparation au Mondial sud-africain en recevant l’Espagne, mercredi 3 mars, la «photographie» de l’équipe de France n’a pas changé, sinon dans ce sens : la probabilité de voir une sélection majoritairement composée de joueurs noirs est encore plus forte.

Faire ce constat est une réalité. Croire qu’il ne dérange personne en France est, en revanche, une naïveté. Le sujet a déjà alimenté plusieurs polémiques. La dernière en date remonte certes à 2006, mais elle a été relancée à la faveur des derniers dérapages de son auteur, Georges Frêche : « Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre, ce serait le reflet de la société. Mais là, s’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls. J’ai honte pour ce pays. » Sur ce terrain, Jean-Marie Le Pen l’avait précédé à deux reprises (1996, 2006). Entre-temps (2005), le philosophe Alain Finkielkraut s’était fendu d’une déclaration peu heureuse (et mal interprétée, selon lui) dans laquelle il décrivait une équipe « black-black-black » synonyme de « ricanements » en Europe.

Trouver qu’il y a trop de Noirs, et plus généralement trop « d’étrangers », sous le maillot bleu n’est pas un fait nouveau. « L’équipe de France de football ayant été de tous temps le creuset des flux migratoires, il y a toujours eu, à chaque génération, trop de «quelque chose» : trop de Hongrois, trop de Polonais, trop de Maghrébins, trop d’Italiens… Il y a même eu trop de Belges à une épo que », rappelle l’historien Pascal Blanchard, spécialiste de la question coloniale et coauteur du documentaire « Des Noirs en couleur » (sortie en DVD en mai 2009 chez Universal). D’après lui, la première réaction de «négrophobie» à l’encontre de la sélection nationale remonte à un match à Moscou contre l’URSS : « Le public russe avait conspué les Bleus parce que cinq Noirs figuraient dans leurs rangs (Gérard Janvion, Marius Trésor, Jean Tigana, Jacques Zimako et Alain Couri ol). » C’était en 1980.

Paradoxalement, si la France possède une certaine antériorité sur le sujet, c’est aussi parce qu’elle fut précurseur en matière d’intégration de footballeurs de couleur. Le Guyanais Raoul Diagne fut ainsi, dès 1931, le premier Noir appelé en équipe nationale alors que son « équivalent » anglais, Viv Anderson, ne disputa son premier match international qu’en 1978 – soit deux ans après qu’un Guadeloupéen, Marius Trésor, fut devenu le premier capitaine noir de l’équipe de France…

Peu de pays occidentaux, voire aucun, n’ont à ce point affronté leur passé colonial via le sport. D’après Pascal Blanchard, l’explication remonterait aux Jeux olympiques de Berlin de 1936 : « Voyant que 25 % des médailles gagnées par les Etats-Unis l’avaient été par des Afro-Américains, les autorités sportives françaises de l’époque et L’Auto [ancêtre de L'Equipe] se sont dit qu’il serait stupide de ne pas faire la même chose. Une mission en Afrique occidentale française a été organisée, des milliers de gamins ont été réunis torse nu dans des stades. Cela n’a rien rapporté sur le coup, mais cela a semé une idée. Des clubs pro ont vite compris l’intérêt de regarder en direction de ce potentiel composé de joueurs coûtant peu cher. Une dynamique s’est installée. Dont l’équipe de France a ensuite pro fité. »

L’Afrique noire et le Maghreb seront les premières zones de détection. Les Antilles viendront plus tard. Et pour Pascal Blanchard, la présence de joueurs noirs dans le foot français tient donc d’une « tradition ».

C’est sur la base de cette tradition que l’équipe nationale accueille aujourd’hui, outre des joueurs d’origine antillaise (Thierry Henry, William Gallas, Nicolas Anelka…), des enfants de la deuxième génération immigrée (Bacary Sagna, Alou Diarra, Lassana Diarra). Cela n’explique pas pour autant pourquoi ceux-ci sont aujourd’hui majoritaires en bleu. La question est complexe, sensible, et même… inopportune pour certains : « Quand je vois l’équipe de France, je ne vois que des Français : ce serait dangereux de les différencier en fonction de leur couleur de peau, insiste la ministre des sports, Rama Yade. A l’inverse de nombreux domaines de la vie sociale où des considérations autres que la performance peuvent venir parasiter les choix et les promotions, en sport on prend les meilleurs. Après, il s’avère qu’ils sont noirs. Que voulez-vous qu’on y fasse ? »

A ce stade, deux thèses s’opposent ou se complètent selon les interlocuteurs. La première voudrait que les sportifs noirs bénéficient de prédispositions physiques particulières. L’argument, qu’aucune étude scientifique n’a jamais démontré, est bien ancré dans les consciences, comme le démontre un sondage LH2 Sport pour la fondation que Lilian Thuram a créée en faveur de l’éducation contre le racisme : à la question « Selon vous, quelles sont les qualités spécifiques des personnes de couleur noire ? », 22 % des Français répondent « les qualités physiques et athlétiques ».

Lilian Thuram ne voit dans cette théorie que « le préjugé raciste le plus commun, très dangereux, car nous vivons dans une société qui oppose la force physique à l’intelligence : être plus fort physiquement sous-entend souvent être moins intelligent. En effet à la même question, 3 % des sondés répondent «une bonne capacité intellectuelle» ». Pour le sociologue Claude Boli, responsable scientifique du Musée national du sport et spécialiste des populations noires en Europe, la presse sportive n’est pas exempte de tout reproche en la matière : « Il arrive encore de lire que les joueurs africains sont meilleurs en été qu’en hiver ou qu’ils sont pourvus d’une certaine nonchalance. On leur attribue aussi parfois un vocabulaire animalier, en parlant de gardien de but «félin» par exemple ! »

Le fait est que cette idée a largement fait son lit dans le football professionnel, et notamment dans le domaine de la formation, où les joueurs afro-antillais n’ont jamais été aussi nombreux. « Pourquoi autant de Blacks ?, interroge Erick Mombaerts, le sélectionneur de l’équipe de France Espoirs (moins de 21 ans). C’est très simple. Le foot est un ascenseur social pour une grande partie des populations en difficulté. C’est vrai que la société française n’est pas constituée de tels pourcentages, mais le sport pro n’est pas représentatif de cette société. »

«Ces jeunes développent des aptitudes plus élevées, ils sont en avance sur le plan physiologique, ils ont une maturité plus précoce, reprend l’entraîneur des Bleuets. Le foot, c’est un milieu très excessif, on est à l’ère du tout physique . Les clubs français recrutent en masse ces jeunes là, mais ils vont devoir se poser la q uestion : faut-il recruter uniquement des joueurs athlétiques ? Ou trouver le bon compromis, entre vivacité et puissance ? En 1998, la sélection, c’était Blanc, Black, Beur, aujourd’hui c’est plutôt Black, Beur, Blanc. »

A la base, l’équation s’avère aussi économique : « Dans beaucoup de pays, les joueurs de football professionnels viennent généralement des classes sociales les plus basses. C’est précisément là que l’on trouve en grande majorité les populations noires en France, comme la grande majorité des énarques est issue des classes sociales les plus hautes », souligne Lilian Thuram.

Voir enfin:

SPORT  " Pourquoi les dieux du stade sont-ils noirs ?

Aux Etats-Unis, où la controverse sur l’inégalité des races est toujours sous-jacente, la supériorité évidente des athlètes d’origine africaine est un sujet tabou. Mais un nouveau livre, en avançant une explication d’ordre génÈéique, vient s’attaquer à ce débat explosif.

Gary Kamiya

Salon

20.04.2000

Ce n’est un secret pour personne: les Noirs dominent le monde du sport. En athlétisme, la discipline la plus pure, les coureurs d’origine africaine détiennent tous les records du monde, sans exception, sur les distances officielles, du 100 mètres (depuis 1960) au marathon. En basket-ball professionnel, le sport le plus exigeant en termes de détente, de nervosité et d’agilité, la quasi-totalité des grandes vedettes sont des Noirs. En base-ball, ces derniers sont également très majoritaires, mais pas autant que dans les disciplines plus athlétiques que sont le basket-ball et le football américain, par exemple.

Tout cela n’a rien de nouveau pour quiconque suit de près les sports américains ou l’athlétisme. Et il faut remonter au début des années 60, voire avant, pour retrouver une époque où les Noirs ne régnaient pas en maitres sur le basket-ball et, dans une moindre mesure, sur le football américain. La domination athlétique des Noirs est si largement admise que l’on aurait tendance à l’oublier. Mais il y a plus étonnant : tout le monde – hormis les athlètes eux-mêmes – a peur de s’exprimer publiquement sur ce sujet. Le simple fait de reconnaitre que les Noirs sont des athlètes supérieurs suscite l’embarras, car ce constat appelle une interrogation qui reste traumatisante pour une Amérique hypersensible aux questions raciales : pourquoi le sont-ils ? Non parce qu’ils sont biologiquement avantagés, mais parce qu’ils sont socialement désavantagés, affirment les partisans du politiquement correct. Selon eux, la supériorité athlétique des Noirs est une conséquence directe du racisme : le sport étant à peu près le seul moyen de sortir du ghetto, ils s’y sont investis avec une motivation hors du commun.

Il y a évidemment beaucoup de vrai dans cette explication. Avant de ricaner à l’idée que l’environnement puisse à lui seul expliquer le phénomène, il est bon de se souvenir que les facteurs socioculturels sont trop souvent sous-estimés. Personne n’irait prétendre que les juifs ashkénazes ou les Asiatiques sont génétiquement conçus pour devenir de grands musiciens classiques. (De même, personne n’affirme que les Noirs sont génétiquement prédisposés à devenir des virtuoses de l’improvisation musicale. Ce qui ne les empêche pas de dominer le jazz comme ils dominent le football américain ou le basket-ball.) Il existe en outre de bonnes raisons de vouloir croire que la supériorité athlétique des Noirs n’a aucune base physiologique.

En effet, l’histoire regorge d’exemples où la science a réalisé des extrapolations erronées à partir de données peu probantes – des extrapolations qui, souvent, n’ont fait que confirmer les préjugés de l’époque. Dans le cas des Noirs, déterminés selon les Blancs dès leur première rencontre par leur "bestialité", ces préjugés sont aujourd’hui assoupis, mais il suffirait d’une petite étincelle pour les réveiller. Reste que certains exploits (un record du 100 mètres, par exemple) sont plus faciles à quantifier que d’autres (un concerto de Rachmaninov ou un morceau de trompette de Miles Davis).

A mesure que progressent la domination athlétique des Noirs et notre connaissance de la génétique, de l’anthropologie physique et de la physiologie, il devient de plus en plus difficile de croire à la seule explication par l’environnement social. Et ce n’est pas le livre de Jon Entine [voir ci-contre] qui inversera la tendance. Journaliste et producteur de télévision, Entine présente une série d’arguments convaincants, sinon tout à fait décisifs, en faveur de la supÈrioritÈ naturelle des athlËtes noirs. Selon l’auteur, leurs performances extraordinaires sont dues en grande partie à certaines caractéristiques physiologiques dont l’origine est génétique. Ces particularités seraient communes à deux populations issues du continent africain, la première d’Afrique de l’Ouest et la seconde d’Afrique de l’Est et du Nord. Les Africains de l’Ouest (dont la plupart des Noirs américains se considèrent les descendants) sont des coureurs exceptionnellement rapides et d’excellents sauteurs. Les Africains de l’Est et du Nord excellent en endurance. Difficile de dire laquelle des deux populations a exercé la plus grande domination : les Noirs originaires d’Afrique de l’Ouest détiennent pas moins de 95 % des records en sprint, tandis que les athlètes d’un seul pays d’Afrique de l’Est, le Kenya (et d’une seule région pour la plupart), détiennent un tiers des records en fond et en demi-fond.

Pour dissiper tout malentendu, Entine précise d’emblée qu’il raisonne en termes de groupes, et non d’individus : il ne s’agit pas de dire que tous les Noirs, ou la plupart d’entre eux, sont de meilleurs athlètes que les membres d’autres groupes raciaux, mais que, sur l’ensemble de la population, il y a davantage de probabilités que certains Noirs courent plus vite ou sautent plus haut que des individus d’autres groupes. Il souligne avec insistance que le simple fait d’avoir un avantage génétique ne conduit pas automatiquement au succès : les athlètes noirs doivent travailler autant que les autres s’ils veulent accéder au sommet. Leur réussite est le résultat d’une "rencontre unique entre des forces culturelles et génétiques". Le rôle de l’individu reste essentiel, assure Entine. "Remporter des compétitions sportives ne donne aucune supériorité au sens moral du terme. Cela signifie simplement que la personne a tiré le bon numéro à la loterie de la génétique et de la motivation personnelle." Mais, surtout, l’auteur réfute l’idée qu’il y ait un revers à cette médaille. Or c’est évidemment cette idée qui rend le sujet aussi sensible. "Le problème, c’est l’intelligence. Car les gens ont tendance à penser, à tort, que QI et performances sportives sont inversement proportionnels." Entine balaie d’un revers de main cette assertion, en rappelant qu’elle n’est étayée par aucune preuve scientifique.

Quant à savoir si une telle pensée risque de trouver un terrain fertile dans les ouvrages comme celui d’Entine, c’est une autre question. Pour appuyer sa théorie, Entine fait appel à deux types d’arguments : le palmarès sportif des Noirs, indéniable mais peu scientifique, et les théories des anthropologues, physiologistes et généticiens, contestées certes, mais de moins en moins. A lui seul, aucun de ces deux arguments n’est décisif. Pris ensemble, ils s’avèrent assez convaincants.

Pourquoi donc, en tant que groupe, les Noirs sont-ils meilleurs en sport que les Blancs ou les Asiatiques ? La réponse est simple : c’est inscrit dans leurs gènes. "De nombreux travaux attestent que les grands athlètes noirs possèdent un avantage phénotypique : un squelette, une musculature et des structures métaboliques spécifiques, ainsi que d’autres caractéristiques issues de dizaines de milliers d’années déÈvolution, écrit l’auteur.

Les premières recherches laissent supposer que ces phénotypes particuliers sont au moins partiellement inscrits dans les gènes. Il y aurait donc une spécificité génotypique, qui peut se traduire par un avantage dans certains sports." Quels sont donc les avantages phénotypiques observables ? "Les Noirs originaires d’Afrique de l’Ouest se caractèrisent généralement par une quantité plus faible de graisses sous-cutanées au niveau des bras et des jambes, une masse musculaire proportionnellement plus élevée, des épaules plus larges, des quadriceps plus volumineux et une musculature générale plus développée ; une cage thoracique plus petite ; un centre de gravité plus haut ; un réflexe rotulien plus rapide ; une densité corporelle plus élevée ; un taux de testostérone plasmatique légèrement plus élevé, qui a un effet anabolisant, c’est-‡-dire qu’il contribue théoriquement à accroitre la masse musculaire, à faire baisser la quantité de graisse et à permettre des efforts plus intenses avec un temps de récupération plus court ; enfin, un pourcentage plus élevé de fibres musculaires à contraction rapide et d’enzymes anaérobies, qui peuvent se traduire par un surcroit d’énergie explosive." La génétique n’en étant qu’à ses balbutiements, personne ne peut affirmer avec certitude que ces atouts phénotypiques sont inscrits dans les gènes – ces recherches n’ont pas encore été effectuées.

Cependant, grâce aux "immenses progrès de la génétique quantitative", ce n’est plus qu’une question de temps, assure l’auteur. (L’Afrique présente une plus grande diversité génétique que les autres continents, ce qui renforce l’idée que les personnes d’origine africaine soient avantagées sur le plan génétique.)

On pourra objecter que le raisonnement d’Entine ne tient pas la route parce que le concept de race n’a pas de sens. Examinant la question avec lucidité, Entine démolit cette assertion très en vogue selon laquelle "les races n’existent pas", expliquant que le débat sur cette question est avant tout une histoire de mots. "Limiter l’utilisation rhétorique de concepts tels que la race, objectif noble s’il en est, ne fera pas disparaitre les variations biologiques sur lesquelles ils sont fondés", affirme-t-il. Entine reconnait toutefois que le concept de race a quelque chose de "flou", qu’il est chargÈ d’idÈes fausses et de mythes populaires. Mais, quel que soit le nom qu’on leur donne, il existe diffÈrentes populations humaines, qui se sont regroupÈes et ont acquis des caractÈristiques hÈrÈditaires spÈcifiques par sÈparation gÈographique, sÈlection naturelle, voire en raison de catastrophes gÈologiques. Bref, un NigÈrian est diffÈrent d’un SuÈdois. Outre la couleur de la peau, y a-t-il des diffÈrences gÈnÈtiques significatives entre les membres des divers groupes humains ? A gauche, les dÈtracteurs d’une approche essentialiste des races, comme Stephen Jay Gould et Richard Lewontin, assurent que ces diffÈrences ne sont rien comparÈes aux points communs qui unissent l’espËce humaine. Les différences raciales sont si infimes qu’elles en deviennent négligeables sur le plan génétique, affirme Lewontin ; la couleur n’est qu’un indicateur parmi tant d’autres – comme les empreintes digitales et la résistanceà‡ la malaria – et peut induire en erreur. A l’appui de la thèse de Lewontin, Entine cite l’exemple des Lemba, une tribu africaine parlant le bantou : bien que leur peau soit noire, ils sont liés sur le plan génétique aux juifs séfarades. De même, Gould souligne que "les différences entre les races sont infimes comparées aux différences à l’intérieur des races". Certes, reconnait Entine, "les conclusions de Lewontin selon lesquelles les êtres humains partagent le même patrimoine génétique à 99,8 % sont tout à fait exactes". Mais il estime que Lewontin, qui s’est donné pour mission de "réaffirmer notre humanité commune", fournit une interprétation tendancieuse de cette réalité.

En fait, souligne-t-il, "le pourcentage de gènes différents importe beaucoup moins que la nature de ces gènes". Entine rappelle que nous partageons 98,4 % de notre ADN avec les chimpanzés, et qu’à peine "50 gènes sur les 100 000 attribués aux humains et aux chimpanzés expliqueraient toutes les différences cognitives entre l’homme et le singe". Les gènes appelés régulateurs, qui ne représentent que 1,4 % du patrimoine génétique total, peuvent avoir "de profondes conséquences sur tous les aspects de notre humanité".

Compte tenu de la logique de l’évolution, il est extrêmement probable que ces gènes diffèrent d’une population à l’autre. On voit mal comment attribuer des motivations douteuses à l’auteur. Entine aborde le sujet avec une curiosité neutre pour la fascinante diversité de l’espèce humaine. Malgré tout, son livre ne manquera pas de faire scandale dans certains milieux. Mais l’ouvrage affirme qu’un "débat ouvert" est préférable à "des ragots d’arrière-boutique" si l’on veut combattre les "virulents stéréotypes" qui continuent d’entourer la question des Noirs et du sport.

Pour certains, qui jugent suspect, voire ouvertement raciste, l’intérêt des AmÈricains pour un tel sujet, cette argumentation peut sembler un peu légère. "L’obsession de la supériorité naturelle des athlètes noirs est une manoeuvre pour nous rabaisser tous", s’emporte l’écrivain Ralph Wiley, dont les propos sont rapportés par Entine. William Rhoden, journaliste sportif au New York Times, parle lui aussi d'"obsession", de "bêtise" et d’une "folie qui ne peut qu’alimenter le racisme". Bob Herbert, éditorialiste dans le même journal, a été plus loin en écrivant que c’était "une façon polie de dire ‘nègre'". Pour Entine, ces rÈactions sont comprÈhensibles, mais dÈpassÈes. Il n’y a plus de vÈritable dÈsaccord sur ce sujet, estime-t-il. Les gens qui s’entÍtent ‡ ne pas voir les choses en face se comportent en autruches. Entine Ègratigne certains universitaires postmodernes zÈlÈs, qui tiennent tellement ‡ brosser un tableau positif de la question raciale qu’ils font l’impasse sur la science. A l’heure actuelle, la science ne permet pas d’apporter ‡ cette question une rÈponse catÈgorique, mais elle penche plutÙt en faveur d’Entine. Au bout du compte, il faudrait donc savoir ce que l’on veut croire. Une personne prÍte ‡ croire que les Noirs en tant que groupe possËdent un avantage athlÈtique inscrit dans les gËnes est-elle raciste ? Ou dÈmontre-t-elle au contraire qu’elle est scientifiquement ÈclairÈe, disposÈe ‡ s’ouvrir ‡ la vÈritÈ, quelles qu’en soient les consÈquences ? Et n’oublions pas la question de l’instrumentalisation : le simple fait d’Èvoquer ce sujet entraÓnera-t-il une rÈgression des mentalitÈs sur la question des races ? La fraternitÈ entre les hommes est-elle menacÈe si certains d’entre eux courent plus vite que les autres ? Selon les progressistes de la vieille Ècole, confrontÈs ‡ l’hÈritage du racisme scientiste, quiconque estime que les populations humaines prÈsentent des diffÈrences fondamentales est un raciste ou un positiviste pervers, cherchant ‡ Ètendre le champ des sciences dures au-del‡ du raisonnable (pour favoriser la diffusion d’idÈes rÈtrogrades, bien s˚r). C’est, dans les grandes lignes, l’argument que Gould oppose aux psychologues de l’évolution et à tous ceux qui, comme eux, cherchent une explication darwiniste aux exactions de l’homme. Dans le passé, ce point de vue était fondé. Il le reste partiellement aujourd’hui. Les racistes continuent à cacher leur intolérance sous une blouse blanche. Mais, comme le répète Entine au fil de son livre, ce n’est pas parce que certains arguments valables ont été avancés par des racistes, ou parce que des réalités scientifiques alimentent des préjugés détestables, qu’il faut renoncer à ces arguments et nier ces réalités. Dans sa version la plus extrême, le combat contre l’essentialisme n’est rien d’autre qu’une agression contre l’esprit même de la recherche scientifique. Oui, le livre d’Entine réjouira un certain nombre d’intolérants, qui vont chercher à relancer l’idée fausse selon laquelle "esprit faible égale dos puissant". Et certaines personnes faibles et pleines de rancoeur y trouveront la confirmation de leur ressentiment et de leur peur. Mais le temps où ce genre d’appels simplistes et manichéens pouvaient s’emparer des esprits est révolu.

En fait, si elle peut déclencher un tollé dans les débuts, l’idée que la supériorité athlétique des Noirs est naturelle ne devrait pas révolutionner le monde. Lorsqu’elle sera définitivement établie, si elle l’est un jour, les Noirs seront simplement considérés comme physiquement doués, favorisés par l’extraordinaire diversité génétique de leur continent natal, l’Afrique. Une réalité humaine fascinante mais somme toute mineure, un numéro gagnant à la loterie de l’évolution, à peine plus significatif qu’une autre réalité génétique : le fait que certains Asiatiques deviennent tout rouges lorsqu’ils boivent. L’éventail de la connaissance humaine, de l’humanité elle-même, s’en trouvera élargi. Et l’on se souviendra de cette avancée le jour où l’on aura définitivement enterré l’idée que les Noirs, parce qu’ils courent vite, ne peuvent pas être intelligents.

Brûlot

Le livre de Jon Entine Taboo : Why Black Athletes Dominate Sports and Why We Are Afraid to Talk About It (Un sujet tabou : pourquoi les athlètes noirs dominent le sport et pourquoi nous avons peur d’en parler, ed.  Public Affairs) fait resurgir le vieux débat sur l’inégalité des races aux Etats-Unis, où ce sujet est encore plus sensible qu’ailleurs.


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