Terrorisme: Barack Obama face au spectre Bush (A country governed by leaders too principled to speak the name of its mortal enemy)

It's all Bush's fault!L’Irak (…) pourrait être l’un des grands succès de cette administration. Joe Biden (10.02.10)
Tuer les Américains et leurs alliés, qu’ils soient civils ou militaires, est un devoir qui s’impose à tout musulman qui le pourra, dans tout pays où il se trouvera. Ben Laden (février 1998)
Le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans. Saïd Imam Al-Sharif alias Dr. Fadl (ex-idéologue d’Al Qaeda, novembre 2007)
Après la défaite des Occidentaux en Afghanistan, le jihad continuera ailleurs. (…) Un exemple : si un élément particulièrement radical se manifeste dans un pays comme le Soudan, les services secrets saoudiens vont chercher à négocier avec lui. S’il veut vraiment se battre, ils lui disent d’aller en Afghanistan, car ce pays est devenu un champ de bataille international. (…) il y a des membres de l’ISI qui, individuellement, collaborent avec les talibans. Nous recevons aussi de l’aide des pays qui veulent que les Etats-Unis soient piégés en Afghanistan. Nous utilisons des armes comme les Sam-7 fabriqués en Russie et en Chine. Nous les achetons avec l’argent que nous recevons d’Arabie saoudite. Wahid Mojda ("théoricien islamiste" des talibans, août 2009)
Pendant des décennies le Monde libre a abandonné les musulmans du Moyen-Orient aux tyrans, et aux terroristes, et au désespoir. Et cela au nom de la stabilité et de la paix, mais cette approche n’a apporté ni l’un ni l’autre. Le Moyen-Orient est devenu un incubateur pour le terrorisme et le désespoir, et le résultat a été une augmentation de l’hostilité des musulmans envers l’Occident. Moi, j’ai consacré le cœur-même de ma présidence à l’aide aux Musulmans dans leur lutte contre le terrorisme, la revendication de leur liberté et l’élaboration de leurs propres voies vers la prospérité et la paix. George Bush (Centre islamique de Washington, le 27/7/07)
La vérité est que c’est les Sunnites qui ont lancé cette guerre il y a quatre ans et qu’ils l’ont perdue. Les tribus ne gagnent jamais les guerres, elles ne font que rejoindre le camp des vainqueurs. Un Irakien (2007)
George Bush a répondu à l’appel de l’histoire – comme il a cru bon. Le pays lui a donné sa garantie et son acceptation, puis le lui a retiré dans les dernières années de sa présidence. On peut dire ce qu’on veut au sujet de son appel à la vigilance, mais il avait une vision du monde cohérente. Il a tenu bon quand le monde islamique était vraiment dans la tourmente et en prise aux plus ruineuses tentations. Il a porté la guerre contre le terrorisme au cœur même monde arabe. C’était des Arabes – avec l’argent du pétrole et le prestige qui va avec leur maîtrise de l’arabe, la langue du Coran, face à des Pakistanais et des Afghans influençables – qui avaient fait de l’Afghanistan la menace qu’elle est devenue. Sans argent arabe et doctrines arabes de l’islam politique, les Talibans seraient restés une race de séminaristes réactionnaires, une terreur pour leur propre population mais sans conséquence au-delà. Il apparaissait donc parfaitement raisonnable du point de vue stratégique de porter le combat au cœur arabe de l’Islam. Saddam Hussein avait juste tiré la courte paille. (…) L’Anbar n’a basculé que lorsque les insurgés sunnites ont été convaincus que les Américains étaient là pour rester et que l’alternative à l’arrangement avec les Américains et le gouvernement de Bagdad était une défaite sunnite garantie et générale. Les Talibans en sont très très loin. Et encore, les hésitations actuelles de Washington ne peuvent que les encourager à attendre, avec l’espoir que les Américains se lassent. Fouad Ajami
C’est néanmoins le refus d’ajouter la guerre à la guerre qui a permis à Washington de reprendre l’initiative contre Al-Qaida. Jamais les Etats-Unis n’ont été aussi proches de pouvoir tourner la page du 11-Septembre et la proximité de ce dénouement possible dramatise d’autant le bras de fer avec l’organisation de Ben Laden. (…) La piste de tous les attentats déjoués ces derniers mois sur le territoire américain remonte jusqu’à "Al-Qaida central" et aux zones tribales. Pour le président démocrate, il ne s’agit plus seulement de "finir le travail" laissé inachevé par George W. Bush, mais d’empêcher la "pakistanisation" d’Al-Qaida et le renouveau de sa terreur globale. Le paradoxe assumé par la Maison Blanche est qu’une intervention accrue au Pakistan risque d’accélérer ce processus au lieu de le neutraliser. Un an après le discours du Caire, la voie reste étroite dans le quitte ou double d’Obama face à Al-Qaida. Jean-Pierre Filiu

Alors qu’aux Etats-Unis comme au Moyen-Orient ou ailleurs, le désenchantement grandit face à une Administration américaine en état avancé de katrinisation et qui, tout en s’étant approprié l’essentiel des mesures et même les succès de la précédente contre le terrorisme jihadiste, reste ‘incapable de prononcer le nom de ses ennemis’

Et qu’à peu près un an après le fameux discours du Caire où, le Pleurnicheur en chef s’était, contre toutes les règles en usage tant dans son propre pays que dans la région de ses hôtes, permis de dire du mal de sa propre tribu devant des étrangers

Il faut lire d’urgence, dans le Monde d’aujourd’hui après son long article de Commentaire de l’hiver 2008-2009 , le dernier petit joyau de désinformation d’un de nos nombreux spécialistes auto-proclamés d’Al-Qaïda, le professeur de Science Po Jean-Pierre Filiu.

Il faut voir en effet les trésors d’ingéniosité qu’il déploie dans son état des lieux d’un Al-Qaïda ‘à bout de souffle’ pour éviter, à l’instar du Pleurnicheur en chef de la Maison Blanche et de ses thuriféraires des médias, d’en attribuer le crédit au cowboy Bush.

Ainsi, reprenant les sophismes et les contre-vérités du discours du Caire d’une Amérique en prétendu besoin de ‘réconciliation’ avec l’islam contre les ‘calamiteux errements’ de son prédécesseur, il passe commodément sous silence que le président Bush n’avait cessé tout au long de ses mandats et dès les attentats du 11/9 de proclamer (lui aussi contre toute évidence) que ‘l’Islam est paix’ et de dénoncer ‘les extrémistes d’Al-Qaeda qui trahissaient le vrai islam’ pour finir, vers la fin de ses mandats en 2007, par déclarer avoir ‘consacré le coeur-même de sa présidence à l’aide aux Musulmans dans leur lutte contre le terrorisme, la revendication de leur liberté et l’élaboration de leurs propres voies vers la prospérité et la paix’, le qualificatif de ‘guerre contre la terreur’ lui servant justement d’euphémisme pour éviter d’indisposer lesdits musulmans.

De même, contraint de reconnaître le succès de la 1ère guerre afghane contre Al-Qaeda (80 % des militants d’Al-Qaïda neutralisés en ‘laissant habilement’, contre ses contradicteurs démocrates dont un certain Obama, ‘l’Alliance du nord en première ligne’) tout en attribuant l’inachèvement à Bush, il feint, quand ça l’arrange, de ne pas apercevoir le caractère purement opportuniste d’un réseau comme Al-Qaeda (ne cite-il pas lui-même l’image obamienne du ‘cancer’?) prêt à frapper partout où on lui en laissera l’opportunité.

Puis, reprenant la vulgate démocrate et médiatique sur la prétendue ‘’erreur de l’invasion irakienne’ (comme ‘relance d’Al-Qaeda’), il oublie tant le ‘fort pouvoir de déstabilisation’ du Moyen-Orient qu’avait auparavant l’Irak de Saddam (cause d’ailleurs de ‘l’occupation infidèle’ du territoire saoudien – comme siège nécessaire des bases aériennes servant à l’application des zones de non-survol du territoire irakien – qui avait justement servi à Ben Laden de prétexte pour sa déclaration de guerre contre l’Amérique de 1996) que le ‘fort pouvoir d’inspiration’ que, comme l’avait annoncé le président Bush dès septembre 2003, peut avoir aujourd’hui pour la région tout entière un Irak démocratisé.

Enfin, le succès de Bush en Irak est, pareillement et contre toute évidence, mis au seul compte du réveil sunnite de la province d’Anbar, oubliant opportunément que, comme le rappelait un Irakien au politologue libano-américain Fouad Ajami et contre l’inanité d’un prétendu ‘refus d’ajouter la guerre à la guerre’, ‘les tribus ne gagnent jamais les guerres, elles ne font que rejoindre le camp des vainqueurs.

Comme est imputée aux positions prétendument hérétiques du tandem Ben Laden-Zawahiri, la désaffection d’une partie du mouvement jihadiste quand l’un des idéologues du groupe (le fameux Dr. Fadl) rappelait on ne peut plus pragmatiquement que le jihad n’est pas exigé si l’ennemi est deux fois plus puissant que les musulmans’

Barack Obama face au spectre Al-Qaida
Jean-Pierre Filiu, historien, politologue
Le Monde
14.06.10

Il y a un peu plus d’un an, le président américain prononçait au Caire son discours historique de réconciliation avec l’islam. Au nom de valeurs partagées entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman, il appelait à une mobilisation générale contre Al-Qaida et ses thèses mortifères. Il opposait ainsi aux calamiteux errements de son prédécesseur la nouvelle vision d’un islam aussi constitutif de la foi américaine que le christianisme ou le judaïsme. Il prenait le contre-pied de la "guerre globale contre la terreur" en ciblant avec détermination l’infime minorité des partisans de Ben Laden, ennemis de la communauté des nations, et non des seuls Occidentaux.

Douze mois après cette main tendue, Barack Obama a restauré une partie du crédit des Etats-Unis dans cette région, même si l’absence de tout progrès tangible sur le règlement de la question palestinienne continue d’être son principal handicap. L’apparent enlisement de l’OTAN en Afghanistan joue aussi en sa défaveur, mais la poursuite du retrait des forces américaines hors d’Irak lève la principale hypothèque léguée par l’administration Bush.

C’est néanmoins le refus d’ajouter la guerre à la guerre qui a permis à Washington de reprendre l’initiative contre Al-Qaida. Jamais les Etats-Unis n’ont été aussi proches de pouvoir tourner la page du 11-Septembre et la proximité de ce dénouement possible dramatise d’autant le bras de fer avec l’organisation de Ben Laden.

1. Le déclin opérationnel

Al-Qaida est aujourd’hui composée de quatre pôles d’inégale importance : "Al-Qaida Central", soit la direction politico-militaire réfugiée depuis l’hiver 2001-2002 dans les zones tribales du Pakistan ; Al-Qaida pour la péninsule Arabique (AQPA), fondée en 2003 en Arabie saoudite, sur instruction de Ben Laden, et repliée au Yémen après l’échec de sa campagne terroriste contre le régime de Riyad ; Al-Qaida en Irak, constituée en 2004 à partir des réseaux fidèles au djihadiste jordanien Zarkaoui, et reprise en main après sa mort en 2006 par un émissaire égyptien de Ben Laden, Abou Hamza Al-Mouhajer ; Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), nouvelle dénomination en 2007 de la principale formation djihadiste algérienne.

Malgré sa vocation planétaire, Al-Qaida s’avère incapable d’étendre ses réseaux au-delà de ces quatre implantations, elle a ostensiblement abandonné l’Asie du Sud-Est, elle se heurte à l’implacable hostilité des formations nationalistes au Proche-Orient, elle se désintéresse du Caucase et elle s’abstient même de donner suite aux offres de service des djihadistes somaliens.

La plupart des victimes de la terreur d’Al-Qaida demeurent des musulmans tués dans des pays musulmans, surtout en Irak et au Pakistan. Mais la vague d’attentats sanglants à Bagdad depuis août 2009 n’a pas réussi à enrayer l’effondrement d’Al-Qaida en Irak, qui a été désavouée par la participation massive de la population sunnite aux élections de mars 2010, un mois avant l’élimination d’Abou Hamza Al-Mouhajer et de son adjoint. En Algérie, l’horreur suscitée par les massacres terroristes a contraint AQMI à suspendre les attentats-suicides. Au Yémen, les chefs tribaux qui ont accordé leur protection aux cellules d’Al-Qaida l’ont conditionnée au refus des attentats aveugles.

L’organisation de Ben Laden cherche pourtant désespérément à relancer le terrorisme antioccidental, mais elle ne dispose plus que de recrues trop vite formées, envoyées en mission sans vraie structure de soutien ni plan alternatif. D’où une succession impressionnante de fiascos, qu’Al-Qaida revendique au même titre que des victoires, rompant ainsi avec ses exigences opérationnelles des vingt années précédentes. Le seul succès dont Al-Qaida peut vraiment se targuer au cours de l’année écoulée est l’attentat-suicide contre l’antenne de la CIA à Khost, dans l’est de l’Afghanistan, où un agent double jordanien a éliminé son officier traitant et une demi-douzaine de ses collègues, le 30 décembre 2009.

Ce coup spectaculaire, médiatisé par une vidéo posthume du kamikaze aux côtés du chef des talibans pakistanais, Hakimullah Mehsud, relève cependant plus de la "guerre de l’ombre" entre services que de la terreur publicitaire à laquelle s’était identifiée Al-Qaida.

2. La contre-offensive musulmane

Al-Qaida ne compte aujourd’hui, toutes branches confondues, que mille à deux mille membres. Cette avant-garde autoproclamée et élitiste entend pourtant imposer son programme totalitaire à la masse de ses supposés coreligionnaires, qu’elle accuse de pratiquer un "islam américain" et somme d’épouser son nouveau dogme. Les dirigeants d’Al-Qaida, tels Ben Laden ou son adjoint égyptien Zawahiri, n’ont aucune légitimité religieuse à faire valoir et leur prétention sectaire a suscité un profond rejet, de la part de l’islam traditionnel ou populaire, mais aussi dans les rangs plus militants de l’islam radical. Longtemps confinées aux cénacles de l’islam officiel, les condamnations émanent désormais de ses anciens alliés salafistes ou djihadistes, qui fustigent son bricolage idéologique, voire sa "trahison" de l’islam.

Al-Qaida paie ainsi le prix de sa dialectique entre "l’ennemi proche", faussement musulman à ses yeux, et "l’ennemi lointain", l’Amérique et ses alliés. "L’ennemi lointain" est désigné avec d’autant plus de virulence que l’objectif est de l’attirer sur le territoire de "l’ennemi proche", afin de mieux déstabiliser celui-ci, car seule une escalade militaire de cet ordre peut permettre à Al-Qaida de surmonter sa faiblesse structurelle, en tirant parti du chaos suscité par une intervention occidentale.

Zawahiri appelle ainsi publiquement de ses voeux une guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, dont il escompte la relance de la dynamique terroriste au coeur du Moyen-Orient. Al-Qaida en Irak s’efforce sans succès, par ses massacres de civils, de retarder le retrait américain qui signe sa perte. Et Ben Laden ne craint pas de revendiquer le fiasco de Noël 2009, dans l’espoir (déçu) que les Etats-Unis tombent dans le piège de représailles massives au Yémen.

Une telle politique du pire est naturellement combattue par les formations nationalistes, qui refusent d’être les otages de la dialectique cynique d’Al-Qaida. C’est ainsi que la guérilla irakienne, malgré son sunnisme exacerbé, s’est retournée contre Al-Qaida, bien avant que le général Petraeus amorce son "surge" de 2007 et le démantèlement progressif des réseaux de Ben Laden dans le pays.

C’est dans le même esprit que le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien ont été impitoyables envers toute tentative d’infiltration d’Al-Qaida, lui interdisant de prendre pied sur le théâtre hautement symbolique de la confrontation avec Israël. Quant au mollah Omar, il n’a certes jamais désavoué ses liens avec Ben Laden ; mais l’insurrection afghane ne compte fondamentalement que sur ses propres forces et c’est sur l’autre versant de la frontière avec le Pakistan qu’Al-Qaida s’est repliée.

3. L’enfermement virtuel

Al-Qaida s’efforce de compenser cette série de revers politico-militaires en surinvestissant la Toile comme espace virtuel de mobilisation. Elle y martèle les thèses du djihad pour le djihad, désormais rejetées jusque dans les cercles les plus radicaux, qui y voient au mieux un dévoiement, au pire une hérésie, car le djihad n’est qu’un moyen en vue d’une fin, soumis à la décision des docteurs de la loi. Ben Laden balaie cet impératif d’un recours aux clercs de l’islam et trouve dans l’Internet le vecteur privilégié de diffusion de leur vulgate sectaire. Al-Qaida met en ligne un document original tous les deux ou trois jours et elle multiplie ses appels au meurtre contre "les juifs et les croisés", espérant qu’ils seront entendus ici ou là, qu’un internaute isolé passera à l’acte criminel, relançant ainsi le cercle vicieux terreur/répression.

Al-Qaida n’est plus parvenue à frapper un pays occidental depuis les attentats de Londres en juillet 2005 et les djihadistes algériens d’AQMI ont échoué à projeter leur terreur au nord de la Méditerranée. Car la crise du recrutement djihadiste, aggravée par l’efficacité des services de sécurité, a atteint un tel niveau qu’Al-Qaida doit s’en remettre prioritairement à Internet pour radicaliser et programmer des terroristes potentiels. Toutes les récentes affaires impliquant AQMI sur le territoire français révèlent un rôle majeur de l’Internet dans la planification opérationnelle. La propagande d’Al-Qaida exalte depuis novembre 2009 le massacre par un officier américain et musulman de 13 autres militaires sur la base texane de Fort Hood.

C’est au fond la transposition de la redoutable dialectique entre "l’ennemi proche" et "l’ennemi lointain" à l’intérieur même des sociétés occidentales : les musulmans d’Europe et d’Amérique demeurant irréductiblement hostiles à Al-Qaida et à son message, seule une provocation isolée, mais à forte visibilité, pourra déclencher des représailles racistes et ouvrir un cycle de violence dont Al-Qaida espère profiter. Ce pari sur la haine communautaire était au coeur des attentats de Madrid, le 11 mars 2004, mais la maturité de la société espagnole l’a mis en échec. L’exaltation de la tuerie de Fort Hood représente dès lors la réplique d’Al-Qaida au discours d’Obama sur l’Amérique en paix avec l’islam comme avec elle-même. Il n’est pas trop tard pour prendre en compte la menace pernicieuse que véhicule le cyberdjihad et que l’idéalisation des vertus de l’Internet a longtemps occultée.

La neutralisation des sites djihadistes et de leur propagande homicide ne pose pas de problèmes techniques insurmontables, à condition qu’une coordination minimale existe entre les différents intervenants de cette guerre virtuelle. La "taupe" jordanienne que la CIA avait cru recruter (et qui s’est finalement retournée contre elle en décembre 2009 à Khost) se distinguait par sa violence sur Internet, soi-disant pour conforter sa "couverture". Plus grave encore, une agence américaine a pu manipuler un "vrai-faux" site djihadiste, qu’une agence concurrente a détruit avant d’être mise dans la confidence. Le cyberespace est aussi le théâtre de "tirs amis".

4. Le risque de la "pakistanisation"

Sous ces rodomontades rhétoriques, Al-Qaida est une organisation à bout de souffle. Adossée à la frontière afghane, "Al-Qaida central" joue son va-tout sur le terrain pakistanais, où elle jouit de la protection ancienne du seigneur de la guerre Jalaluddine Haqqani et de son fils Sirajuddine, puissants dans le Waziristan pakistanais comme dans la province afghane de Khost. Mais Ben Laden mise surtout sur la force révolutionnaire d’une nouvelle génération d’extrémistes pachtounes qui se sont regroupés en décembre 2007 dans le TTP, le mouvement des talibans pakistanais.

Al-Qaida complète ainsi la protection statique du réseau Haqqani par la perspective dynamique du TTP, engagé dans une campagne terroriste sans merci contre le régime d’Islamabad. Elle peut aussi compter sur la coopération des groupes djihadistes du Pendjab et du Sind, tel Lashkar-e-Taiba, responsable de l’attaque de Bombay en novembre 2008, qui accusent le gouvernement pakistanais de les avoir trahis au profit de la détente avec l’Inde.

Le commandant Massoud, peu avant son assassinat en 2001 par des sicaires de Ben Laden, décrivait Al-Qaida comme la "colle" indispensable à la cohérence des talibans afghans. La même formule peut s’appliquer à la coalition pakistanaise de formations djihadistes, dont Al-Qaida potentialise l’offensive révolutionnaire contre "l’ennemi proche", la République islamique du Pakistan, au nom de la lutte contre "l’ennemi lointain" et américain. Nombre de prisonniers capturés lors des offensives gouvernementales dans les zones tribales croyaient combattre les troupes américaines, et non l’armée pakistanaise.

Barack Obama qualifie de "cancer" le risque djihadiste au Pakistan et les drones de la CIA mènent régulièrement des raids meurtriers contre Al-Qaida et ses alliés dans les zones tribales du Pakistan. Ben Laden a riposté en dépêchant un de ses kamikazes contre la base arrière de la CIA, sur l’autre versant de la frontière, puis en encourageant le TTP à viser le territoire même des Etats-Unis. Tel est le sens de la provocation de Times Square, assumée par Hakimullah Mehsud lui-même, afin de piéger "l’ennemi lointain" au Pakistan.

La piste de tous les attentats déjoués ces derniers mois sur le territoire américain remonte jusqu’à "Al-Qaida central" et aux zones tribales. Pour le président démocrate, il ne s’agit plus seulement de "finir le travail" laissé inachevé par George W. Bush, mais d’empêcher la "pakistanisation" d’Al-Qaida et le renouveau de sa terreur globale. Le paradoxe assumé par la Maison Blanche est qu’une intervention accrue au Pakistan risque d’accélérer ce processus au lieu de le neutraliser. Un an après le discours du Caire, la voie reste étroite dans le quitte ou double d’Obama face à Al-Qaida.

Professeur à Sciences Po (chaire Moyen-Orient), Jean-Pierre Filiu a obtenu en 2008 le Prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois et a été professeur invité à l’université de Georgetown. Ses travaux sur l’islam contemporain ont été traduits dans une dizaine de langues. Il a publié "Les Neuf Vies d’Al-Qaida" (Fayard, 2009).

Voir aussi:

The Alien in the White House
The distance between the president and the people is beginning to be revealed.
Dorothy Rabinowitz
The Wall Street Journal
June 9, 2010

The deepening notes of disenchantment with Barack Obama now issuing from commentators across the political spectrum were predictable. So, too, were the charges from some of the president’s earliest enthusiasts about his failure to reflect a powerful sense of urgency about the oil spill.

There should have been nothing puzzling about his response to anyone who has paid even modest critical attention to Mr. Obama’s pronouncements. For it was clear from the first that this president—single-minded, ever-visible, confident in his program for a reformed America saved from darkness by his arrival—was wanting in certain qualities citizens have until now taken for granted in their presidents. Namely, a tone and presence that said: This is the Americans’ leader, a man of them, for them, the nation’s voice and champion. Mr. Obama wasn’t lacking in concern about the oil spill. What he lacked was that voice—and for good reason.

Those qualities to be expected in a president were never about rhetoric; Mr. Obama had proved himself a dab hand at that on the campaign trail. They were a matter of identification with the nation and to all that binds its people together in pride and allegiance. These are feelings held deep in American hearts, unvoiced mostly, but unmistakably there and not only on the Fourth of July.

A great part of America now understands that this president’s sense of identification lies elsewhere, and is in profound ways unlike theirs. He is hard put to sound convincingly like the leader of the nation, because he is, at heart and by instinct, the voice mainly of his ideological class. He is the alien in the White House, a matter having nothing to do with delusions about his birthplace cherished by the demented fringe.

One of his first reforms was to rid the White House of the bust of Winston Churchill—a gift from Tony Blair—by packing it back off to 10 Downing Street. A cloudlet of mystery has surrounded the subject ever since, but the central fact stands clear. The new administration had apparently found no place in our national house of many rooms for the British leader who lives on so vividly in the American mind. Churchill, face of our shared wartime struggle, dauntless rallier of his nation who continues, so remarkably, to speak to ours. For a president to whom such associations are alien, ridding the White House of Churchill would, of course, have raised no second thoughts.

Far greater strangeness has since flowed steadily from Washington. The president’s appointees, transmitters of policy, go forth with singular passion week after week, delivering the latest inversion of reality. Their work is not easy, focused as it is on a current prime preoccupation of this White House—that is, finding ways to avoid any public mention of the indisputable Islamist identity of the enemy at war with us. No small trick that, but their efforts go forward in public spectacles matchless in their absurdity—unnerving in what they confirm about our current guardians of law and national security.

Consider the hapless Eric Holder, America’s attorney general, confronting the question put to him by Rep. Lamar Smith (R., Texas) of the House Judicary Committee on May 13.

Did Mr. Holder think that in the last three terrorist attempts on this soil, one of them successful (Maj. Nidal Hasan’s murder of 13 soldiers at Fort Hood, preceded by his shout of "Allahu Akbar!"), that radical Islam might have played any role at all? Mr. Holder seemed puzzled by the question. "People have different reasons" he finally answered—a response he repeated three times. He didn’t want "to say anything negative about any religion."

And who can forget the exhortations on jihad by John Brennan, Mr. Obama’s chief adviser on counterterrorism? Mr. Brennan has in the past charged that Americans lack sensitivity to the Muslim world, and that we have particularly failed to credit its peace-loving disposition. In a May 26 speech at the Center for Strategic and International Studies, Mr. Brennan held forth fervently, if not quite comprehensibly, on who our enemy was not: "Our enemy is not terrorism because terrorism is just a tactic. Our enemy is not terror because terror is a state of mind, and as Americans we refuse to live in fear."

He went on to announce, sternly, that we do not refer to our enemies as Islamists or jihadists because jihad is a holy struggle, a legitimate tenet of Islam. How then might we be permitted to describe our enemies? One hint comes from another of Mr. Brennan’s pronouncements in that speech: That "violent extremists are victims of political, economic and social forces."

Yes, that would work. Consider the news bulletins we could have read: "Police have arrested Faisal Shahzad, victim of political, economic and social forces living in Connecticut, for efforts to set off a car bomb explosion in Times Square." Plotters in Afghanistan and Yemen, preparing for their next attempt at mass murder in America, could only have listened in wonderment. They must have marvelled in particular on learning that this was the chief counterterrorism adviser to the president of the United States.

Long after Mr. Obama leaves office, it will be this parade of explicators, laboring mightily to sell each new piece of official reality revisionism—Janet Napolitano and her immortal "man-caused disasters" among them—that will stand most memorably as the face of this administration.

It is a White House that has focused consistently on the sensitivities of the world community—as it is euphemistically known—a body of which the president of the United States frequently appears to view himself as a representative at large.

It is what has caused this president and his counterterrorist brain trust to deem it acceptable to insult Americans with nonsensical evasions concerning the enemy we face. It is this focus that caused Mr. Holder to insist on holding the trial of Khalid Sheikh Mohammed in lower Manhattan, despite the rage this decision induced in New Yorkers, and later to insist if not there, then elsewhere in New York. This was all to be a dazzling exhibition for that world community—proof of Mr. Obama’s moral reclamation program and that America had been delivered from the darkness of the Bush years.

It was why this administration tapped officials like Michael Posner, assistant secretary of state for Democracy, Human Rights, and Labor. Among his better known contributions to political discourse was a 2005 address in which he compared the treatment of Muslim-Americans in the United States after 9/11 with the plight of the Japanese-Americans interned in camps after Pearl Harbor. During a human-rights conference held in China this May, Mr. Posner cited the new Arizona immigration law by way of assuring the Chinese, those exemplary guardians of freedom, that the United States too had its problems with discrimination.

So there we were: America and China, in the same boat on human rights, two buddies struggling for reform. For this view of reality, which brought withering criticism in Congress and calls for his resignation, Mr. Posner has been roundly embraced in the State Department as a superbly effective representative.

It is no surprise that Mr. Posner—like numerous of his kind—has found a natural home in this administration. His is a sensibility and political disposition with which Mr. Obama is at home. The beliefs and attitudes that this president has internalized are to be found everywhere—in the salons of the left the world over—and, above all, in the academic establishment, stuffed with tenured radicals and their political progeny. The places where it is held as revealed truth that the United States is now, and has been throughout its history, the chief engine of injustice and oppression in the world.

They are attitudes to be found everywhere, but never before in a president of the United States. Mr. Obama may not hold all, or the more extreme, of these views. But there can be no doubt by now of the influences that have shaped him. They account for his grand apology tour through the capitals of Europe and to the Muslim world, during which he decried America’s moral failures—her arrogance, insensitivity. They were the words of a man to whom reasons for American guilt came naturally. Americans were shocked by this behavior in their newly elected president. But he was telling them something from those lecterns in foreign lands—something about his distant relation to the country he was about to lead.

The truth about that distance is now sinking in, which is all to the good. A country governed by leaders too principled to speak the name of its mortal enemy needs every infusion of reality it can get.

Ms. Rabinowitz is a member of the Journal’s editorial board.

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