Les Palestiniens sont en ce moment, pour autant que je sache, engagés dans une résistance non-violente gandhienne. Rachel Corrie
Un faux documentaire (ou encore le mot-valise documenteur) est un canular qui tout en ayant l’apparence d’un vrai documentaire présente une histoire fictive ou défend une thèse farfelue. En anglais, on a recours au néologisme mockumentary. À ne pas confondre avec le docu fiction qui est un documentaire relatant des événements réels mais utilisant des reconstitutions avec comédiens. pour illustrer ce genre cinématographique marginal. Wikipedia
Le correspondant de France 2 à Gaza, Talal, qui a filmé la scène (…) travaille en toute confiance pour notre chaîne depuis 1988. Charles Enderlin
J’ai tourné les séquences à Rafah, en donnant mes indications de mise en scène par téléphone. Simone Bitton
Ecrasée sciemment ou non? Le Canard enchainé
Ménageant ainsi la raison des uns et des autres, le film ne se prononce pas explicitement en faveur d’une version ou de l’autre, mais induit par leur juxtaposition l’hypothèse du mensonge israélien. Ce faisant, il privilégie un débat dont la pertinence est toute théorique, tant il est clair que ce bulldozer est la cause directe de la mort de la jeune femme, et tant il semble que la mort de civils, du moins palestiniens, n’est pas toujours un facteur discriminant dans les actions menées par Tsahal. Le Monde
Ces militaires sont serviables et efficaces, lorsque vous vous intéressez à quelque chose dont ils veulent parler, mais lorsque vous arrivez avec un sujet qui leur déplaît ils sont très forts pour vous mettre des bâtons dans les roues. Je les ai tellement harcelés que finalement, pour se débarrasser de moi, ils m’ont accordé trente minutes d’entretien avec le Major Avital Leibovitch, qui est la propagandiste en chef de l’armée israélienne pour la presse étrangère. (…) Aujourd’hui, il y a des caméras presque partout. Les manifestants et les militants dans les zones de conflit savent que l’image de leur cadavre sera médiatisée s’ils sont tués ; non seulement ils ne s’y opposent pas, mais cela fait partie de leur démarche. (…) C’est une enquête cinématographique sur la mort d’une jeune fille, écrasée par un engin militaire dans un pays malade. Cette jeune fille était américaine, l’engin était un bulldozer israélien, et le pays, c’est la Palestine et Israël. Un lieu dont je ne cesse, film après film, de documenter le malheur et parfois la beauté. Mon enquête est rigoureuse. Comme l’affaire n’a jamais été jugée, je joue un peu le rôle d’un juge d’instruction, je ” cuisine ” les témoins, je relis les dépositions, j’examine les pièces à conviction, etc. Je détricote une montagne de versions et je laisse la vérité affleurer d’elle-même, sans commentaire. Cette rigueur est essentielle, car elle me permet d’aller plus loin, de transcender le sujet. Au cinéma, le résultat de l’enquête compte moins que le fait même d’enquêter. Il s’agit de filmer et d’observer des lieux, des gens, des objets ; de recueillir des paroles, des gestes et des silences. De faire jaillir l’émotion des matières les plus froides et les plus dures, comme les images d’une caméra de surveillance ou le métal lisse d’une table d’autopsie. Simone Bitton
J’ai du mal à croire que des soldats israéliens aient tué délibérément des civils palestiniens (…) Nous savons tous comment l’armée palestinienne opère à Gaza. Nous savons bien que ce n’est pas le cas. (…) Demander à Israël un gel intégral de la colonisation, c’est certes conforme au droit international (…) mais est-ce vraiment réaliste? C’est la logique du tout ou rien (…) Si la colonisation était le principal problème, on n’aurait pas attendu 2009 pour le traiter. Christophe Bigot (ambassadeur de France en Israël, cité par Le Canard enchainé, 21.10.09)
Vous avez aimé Human Rights Watch, Goldstone, les soldats tueurs d’enfants, les soldats violeurs, les soldats dépeceurs?
Vous aimerez aussi… les soldats équarisseurs!
“Négligences de l’enquête officielle”, “mensonges de l’armée”, “déshumanisation galopante”, “soldats lobotomisés par la propagande”, “civils impuissants”, “élégante manière de retrouver sa propre jeunesse militante”, “jeune Américaine refusant qu’à l’autre bout de la terre on tue en son nom”, “inexpérience des soldats perchés sur les chars et contraints d’obéir aux ordres” …
Pour ceux qui se souviennent des fameuses images de la “mort en direct du petit Mohamed” tournées à portée de téléphone par notre Enderlin national …
Parmi les films recommandés par le Canard très enchainé cette semaine …
Qui fustige au passage le porte-voix de l’Elysée à Tel Aviv, le nouvel ambassadeur de France Christophe Bigot …
L’enquête poétique (“Rachel”), après le triomphe des scènes de Londres et de Broadway il y a quatre ans, de la documentariste franco-israélienne Simone Bitton, déjà auteure d’une dénonciation d’une barrière de sécurité israélienne qui empêche non seulement aux Palestiniens de s’éclater au soleil mais les contraint de lancer des roquettes par dessus (“Mur”, 2004) …
Adapté du journal intime de la jeune pacifiste américaine Rachel Corrie, écrasée en 2003 par un bulldozer de l’armée israélienne dans la bande de Gaza alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction d’une maison palestinienne dans le cadre de la construction d’un mur de séparation dans la zone frontalière avec l’Egypte …
Télérama revient, sans jamais (véritable tour de force partagé apparemment par l’ensemble de ses confrères!) évoquer une seconde les tunnels de contrebande de terroristes et d’armes – sans parler des autres morts de Rachel – que ladite barrière était censée arrêter), sur les difficiles conditions de cette “minutieuse reconstitution” tournée à des moments par téléphone …
Rachel
Film français de Simone Bitton
Mathilde Blottière
Télérama
Samedi 24 octobre 2009
“Juive arabe”, comme elle aime à se présenter, Simone Bitton n’en a pas fini avec Israël. Dans Mur, son précédent documentaire, la cinéaste démontait un à un les arguments des promoteurs de la « barrière de sécurité » qui, depuis 2002, sépare Israël des territoires palestiniens. Avec la même rigueur et une sensibilité toujours à vif, elle revient, cette fois, sur la mort d’une militante pacifiste américaine. Le 16 mars 2003, Rachel Corrie, 23 ans, membre de l’ISM (International Solidarity Movement), a été écrasée par un bulldozer de l’armée israélienne, alors qu’elle tentait de protéger la maison d’un Palestinien, à Rafah, dans la bande de Gaza.
Simone Bitton enquête. Elle passe au crible les multiples témoignages, les dépositions, les documents officiels et officieux. Elle reconstitue la chronologie des faits, repère les négligences de l’enquête officielle, pointe les mensonges de l’armée. Plus le film progresse, plus la réalisatrice révèle une déshumanisation galopante : dans ce pays, des soldats, lobotomisés par la propagande, détruisent des quartiers entiers sous les yeux de civils impuissants…
Filmer les amis de Rachel (« Bien plus courageux que moi au même âge », avoue-t-elle) est pour Simone Bitton une élégante manière de retrouver sa propre jeunesse militante. En eux, elle salue une nouvelle génération d’activistes prêts à défendre leurs convictions contre les idées de leur milieu. Et l’on devine l’admiration de la documentariste pour cette jeune Américaine, refusant qu’à l’autre bout de la terre on tue en son nom.
Lus par ses proches quatre ans après le drame, les mots de Rachel résonnent longtemps en nous. Des mots simples et bouleversants, extraits de mails ou de lettres, qui dévoilent une personnalité étonnamment mûre. Convaincue de la justesse de sa cause, mais émue par l’inexpérience des soldats perchés sur les chars et contraints d’obéir aux ordres.
Simone Bitton refuse l’émotion facile autant que le discours militant. Précis, dense, complexe, son film s’impose comme une réflexion passionnante sur la jeunesse et la résistance. Au-delà du conflit israélo-palestinien.
Voir aussi:
Critique
“Rachel” : autopsie d’une disparition à Gaza
Le Monde
20.10.09
Dans la bande de Gaza, le 16 mars 2003, Rachel Corrie, une Américaine de 23 ans, trouve la mort en s’interposant devant un bulldozer israélien affecté au déblaiement de la zone frontalière avec l’Egypte. La jeune femme faisait partie d’une organisation non violente, l’International Solidarity Movement (ISM), et était venue, comme d’autres jeunes gens de tous pays, pour s’opposer aux destructions menées par l’armée israélienne dans le cadre officiel de la lutte antiterroriste. Plus précisément, l’armée opérait dans la zone de Raffah pour y créer un no man’s land destiné à faciliter la construction d’un mur de séparation.
La réalisatrice Simone Bitton, qui tourne des films dans la région et sur ce conflit depuis une quinzaine d’années, s’empare de ce drame pour tenter de lever le voile sur les circonstances qui l’ont permis, voire en comprendre les raisons. Elle a retrouvé les principaux témoins de l’accident, s’est procuré les rapports de l’armée israélienne, le journal intime de la défunte, s’est entretenue avec un nombre considérable de gens, a retrouvé un reportage d’une télévision privée qui a recueilli anonymement le point de vue des deux conducteurs du bulldozer, a même mis la main sur une vidéo de surveillance de Tsahal, expurgée du moment fatal.
Le film est construit comme une enquête indépendante, qui entend aller plus loin que le classement de l’affaire par la commission d’enquête officielle israélienne, qui a conclu à un accident. Ce point de vue, repris dans le film par la porte-parole de Tsahal, qui se fonde sur le témoignage des conducteurs de l’engin et le rapport d’autopsie, fait état de la vision très réduite à bord du bulldozer, et de l’absence de contusions graves sur le corps de la victime, qui, selon le rapport d’autopsie, aurait péri par asphyxie.
Juxtaposition
Les compagnons de la jeune femme, comme les témoins palestiniens alentour, réfutent quant à eux cette thèse et prétendent avoir vu le bulldozer venir de loin et bel et bien renverser Rachel Corrie. Ils en concluent, d’une part, que les conducteurs de l’engin avaient eu tout loisir de voir la jeune femme, d’autre part et conséquemment qu’il y a donc eu volonté de tuer. Ménageant ainsi la raison des uns et des autres, le film ne se prononce pas explicitement en faveur d’une version ou de l’autre, mais induit par leur juxtaposition l’hypothèse du mensonge israélien.
Ce faisant, il privilégie un débat dont la pertinence est toute théorique, tant il est clair que ce bulldozer est la cause directe de la mort de la jeune femme, et tant il semble que la mort de civils, du moins palestiniens, n’est pas toujours un facteur discriminant dans les actions menées par Tsahal. Cette approche affaiblit en outre la puissance documentaire du film, en instrumentalisant ses personnages au profit du débat qu’il entend illustrer.
LA BANDE-ANNONCE (avec Preview Networks)
Bande-annonce fournie par Filmtrailer.com
Documentaire français de Simone Bitton. (1 h 40.)
[...] par la fille du patron du Nouvel Observateur et sans compter une flopée régulière de documenteurs, un journaliste suédois a récemment dénoncé un prétendu trafic d’organes de l’armée [...]