Statistiques: On se suicide plutôt moins à France Télécom (What suicide wave at France Telecom?)

World suicidesQuand on se met à observer quelque chose, on le voit apparaître. René Padieu
France Telecom indique que le taux de suicides n’est statistiquement pas inhabituel pour une compagnie de 100.000 employés. Selon l’OMS , la France a eu un taux annuel de suicides de 26.4 pour 100.000 hommes en 2008, le taux pour les femmes étant de 9.2 suicides par 100.000. BBC (12.09.09)
La France offre à ses citoyens des conforts peu communs, avec des soins de santé de premier ordre, de longues vacances et de vrais déjeuners, des emplois protégés et une protection sociale généreuse. Mais le vernis de la sécurité masque beaucoup d’incertitude. La protection du travail décourage la création d’emplois permanents, ainsi les jeunes dérivent-ils d’un contrat provisoire à un autre. Incapable de licencier leur personnel, les entreprises leur donnent à la place des tâches futiles pour essayer de les pousser dehors. Et les grandes sociétés françaises, souvent d’anciens fleurons du secteur public, ont été ouvertes à la concurrence du marché, apportant de nouvelles pressions à la performance au bureau ou à l’usine. D’après une enquête de l’institut de sondage de la TNS Sofres le mois dernier, les Français ont moins confiance en leurs employeurs (32%) que les Allemands (47%) ou les Américains (54%). The Economist
Dans un milieu comme l’école ou le travail, le suicide d’un proche peut avoir un effet d’entraînement sur les proches. Les émotions que l’on subit, l’état de choc, de consternation… doivent être évacués. (…) France Télécom, c’est 190 000 employés dans le monde, 106 000 en France. 23 suicides sur 18 mois, c’est une moyenne de 15 par année. 15 suicides pour 190 000 employés, cela donne un taux de suicide 7,9 suicides par 100 000 de population pour l’ensemble des employés de France Télécom. 14,1 suicides par 100 000 de population pour les seuls employés de la France (en supposant que les 23 suicides sont tous des employés français!). Pour la France, le taux de suicide, selon les différentes littératures et selon les années, varient entre 15 et 30 suicides par 100 000 de population. Dans tous les cas, des taux supérieurs à ceux de France Télécom! Au Québec, en 2001, le taux était de 19,1 suicides par 100 000 de population. Les taux de suicide chez France Télécom sont donc moindres que ceux de la France et du Québec. Raymond Viger
Il faut bien comprendre que le suicide est une maladie épidémique. Très souvent un suicide appelle un autre suicide. Il y a eu un certain nombre de précédents dans le passé. (…) j’ai souvent vu dans ma carrière, notamment dans les lycées, que quand un enfant fait une grosse bêtise, il y en a deux ou trois qui suivent derrière. D’où la nécessité pour les médias de ne pas valoriser à l’excès, de ne pas trop monter en épingle, du fait de ce risque épidémique. (…) Une tentative de suicide, c’est la roulette russe. Soit je réussis mon suicide, auquel cas les « méchants » seront bien punis, en l’occurrence la direction. Soit je loupe mon suicide, et à ce moment là, ils seront bien obligés de changer. Donc, c’est presque toujours une hypothèse gagnante. Parce qu’une tentative de suicide qui atteint son but est une tentative de suicide qui fait que la famille, le milieu professionnel, les amis vont changer, vont enfin écouter la personne. (…) Il serait déjà nécessaire que l’on arrête de faire cette comptabilité médiatique à outrance qui fait qu’on a parfois l’impression qu’on cherche à atteindre un record, ce qui est absolument tragique. (…) Quand je parle d’épidémie suicidaire, l’exemple un peu « bateau » est celui des pilotes japonais à la fin de la guerre, tous devenus kamikazes, cette espèce d’effort de masse, avec l’idée de mourir pour une bonne cause. C’est ici très différent, mais on a le sentiment qu’on a trouvé ensemble un bouc émissaire, une raison à toute cette souffrance qui est professionnelle mais probablement pas uniquement, avec une compétition tragique dans cette douleur où l’on va presque faire de la surenchère pour punir les chefs, pour punir la vie, pour punir les injustices. Patrick Lemoine (psychiatre, Lyon)

Après la fameuse « épidémie de suicides des vétérans américains des guerres d’Afghanistan et d’Irak” de nos amis du Monde …

Un peu moins de 20 suicides pour 100 000 pour la population d’âge actif (20 à 60 ans – soit globalement plus de deux fois plus qu’en Grande-Bretagne et 40% de plus qu’aux Etats-Unis), 15 par an pour France Telecom (la majorité des victimes étant d’ailleurs des hommes de plus de 50 ans) …

Implacable raisonnement et leçon de journalisme, dans La Croix d’aujourd’hui, du statisticien honoraire René Padieu (naturellement aussitôt désavoué par ses anciens collègues de l’INSEE).

Sur la prétendue vague de suicides à France Télécom dont nos médias nous rabattent les oreilles depuis des mois.

Et surtout sur l’étrange incapacité de nos mêmes médias à répercuter l’information des statisticiens et de l’entreprise elle-même (voir par exemple ci-dessous les articles de la BBC ou de l »Economist du mois dernier) montrant que le taux de suicides dans l’entreprise de 100 000 employés est en fait inférieur non seulement à la moyenne nationale mais apparemment en baisse par rapport à l’entreprise elle-même.

D’où la question de savoir à qui profite la supercherie et l’instrumentalisation dans l’affrontement entre une direction et ses salariés, qui consiste à non seulement taire ces chiffres mais à imputer systématiquement à la seule entreprise le problème réel mais complexe que posent ces suicides.

Sans compter que ladite instrumentalisation pourrait finir par jouer à force sur des personnes déjà fragilisées avec la campagne médiatique des syndicats et finir par produire, par effet de contagion et à la manière des prophéties auto-réalisantes (le côté « effort de masse », « mort pour la bonne cause », « punition du méchant capitaliste source de tous nos maux »), l’épidémie annoncée …

Sur une vague de suicides
René Padieu
La Croix
20/10/2009

« On se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs. Et, semble-il, moins qu’il y a quelques années. Il n’y a pas de ‘vague de suicides' », estime René Padieu, inspecteur général honoraire de l’Insee, président de la commission de déontologie de la Société française de statistique

Depuis quelques semaines, les médias parlent d’une vague de suicides à France Télécom : 24 en dix-neuf mois. Télévision, journaux gratuits ou grands quotidiens nationaux, en passant par d’innombrables forums Internet. On dénombre chaque nouveau cas : le nombre est donc important ! Pourtant, personne ne semble penser à vérifier en quoi il est élevé. Un journaliste consciencieux recoupe son information. Tout citoyen trouve presque tout sur Internet.

En 2007 (cela varie peu d’une année à l’autre), on avait pour la population d’âge actif (20 à 60 ans) un taux de 19,6 suicides pour 100 000 (1). Vingt-quatre suicides en dix-neuf mois, cela fait 15 sur une année. L’entreprise compte à peu près 100 000 employés. Conclusion : on se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs. Et, semble-il, moins qu’il y a quelques années. Il n’y a pas de « vague de suicides »…

Le métier des télécommunications est particulièrement pénible ? La direction de France Télécom est particulièrement inhumaine ? Le stress au travail pousse au suicide ? Possible : mais comme, au final, les gens de France Télécom ne se suicident pas plus que les autres, de ces trois suppositions l’une au moins n’est pas exacte.

« On regrettera que les suicides soient instrumentalisés »
Pareillement, en 1996, les suicides dans la police défrayaient la chronique. On expliquait : les policiers font un métier éprouvant et ils ont leur arme de service sous la main. L’association Pénombre avait révélé qu’ils se suicidaient autant, pas plus, pas moins, que leurs compatriotes (2).

Donc : circulez, il n’y a rien à voir ? Eh bien, si ! Et ceci devient intéressant. Notons d’abord qu’un chiffre, qui n’a rien d’extraordinaire, est brandi pour argumenter un problème : quelle objectivité est-il censé apporter ? Ce qui fait sens ici n’est pas le chiffre lui-même, mais le fait de l’invoquer. Relevons que la révélation des suicides en cause suit la création, par un syndicat, d’un « observatoire du stress » : quand on se met à observer quelque chose, on le voit apparaître. Notons aussi que tous les cas sont imputés à l’entreprise.

Or, le suicide est une rupture (un « passage à l’acte ») dans une tension d’origines multiples. Le stress est un état – pour une cellule, un organisme entier, voire un groupe – où les ressources qui permettent de surmonter un besoin ou une agression séparément viennent à manquer pour en affronter trop à la fois : l’une n’est pas plus la cause qu’une autre. Seule émerge la dernière venue, celle qui, dans la conscience du sujet, a rendu la situation intenable. (Le climat social a même pu contribuer à l’en convaincre : à France Télécom, il est visiblement détestable.)

En fait, lui ont manqué, en lui ou par ailleurs, les soutiens qui ont permis aux autres d’affronter la même situation. On regrettera que les drames humains que sont ces suicides – peu nombreux, certes, mais bien réels – soient instrumentalisés dans l’affrontement entre une direction et ses salariés : c’est indigne.

« C’est le corps social qui délire »

On s’étonnera enfin de voir les jugements sommaires, les explications péremptoires, les propos haineux qui fleurissent sur les plateaux télé et forums Internet. Les responsables industriels ou politiques n’osent pas, ne peuvent pas dire les choses comme elles sont : car la clameur rend sourd et recouvre ce qu’on ne sait examiner sereinement.

Croire en l’existence de quelque chose qui n’est pas constitue ce qu’en psychiatrie on appelle un délire. Ici, ce n’est personne en particulier, mais le corps social qui délire : salariés, direction, ministre, syndicat, journalistes, commentateurs, vous et moi tous ensemble. Ce qui est dit dans ce délire n’est pas réel : c’est quand même un symptôme. Il signe quelque chose, un mal-être social.

Séparément, ergonomes, sociologues et psychiatres dissertent gravement des trois thèmes cités plus haut : mutation des métiers, management, effets du stress. Mais aucune discipline n’analyse – ni donc n’aide à contrôler – cette dynamique politique folle, ce maniement médiatique d’affirmations controuvées et de jugements abrupts à propos d’un problème réel.

René Padieu

(1) Statistique sur les causes médicales de décès, Inserm, CépiDc.
(2) Nicolas Bourgoin, « Le Suicide dans la police », Pénombre Lettre grise n° 3, printemps 1997. Consultable sur http://www.penombre.org

Voir aussi:

French unease at telecom suicides
BBC NEWS
2009/09/12

French Labour Minister Xavier Darcos is to meet the head of the country’s main telecommunications company to discuss a number of suicides among its staff.

Twenty-three employees of France Telecom have killed themselves since the beginning of 2008.

Unions blame tough management methods at the multinational, which was privatised in 1998.

But France Telecom says the rate of suicides is statistically not unusual for a company with a 100,000 workforce.

According to the World Health Organization, France had an annual suicide rate of 26.4 for 100,000 men in 2008. The rate for women was 9.2 suicides per 100,000.

The latest suicide occurred on Friday, when a 32-year-old woman leapt to her death at a France Telecom office in Paris.

On Wednesday, a 49-year-old man in Troyes, east of Paris, plunged a knife into his own stomach during a meeting in which he had been told he was being transferred.

He is being treated in hospital.

Counselling

Mr Darcos is to meet France Telecom chief executive Didier Lombard early next week, a spokesman for the labour ministry announced on Saturday.

The unions say a never-ending drive for efficiency is causing emotional havoc in the workforce – especially among older employees recruited when France Telecom was part of the public sector.

Since privatisation in 1998 some 40,000 jobs have gone, and unions say there is pressure on many employees either to leave or to accept new working conditions.

The management of France Telecom denies that there has been a sudden increase in the suicide rate.

It points out that in the year 2000 there were 28 suicides in the company – a figure which it says is statistically not unusual.

France Telecom says most suicides are prompted by personal, not professional, causes.

However, a BBC correspondent in Paris says the firm concedes that the cultural and organisational changes required by the move from French public monopoly to a competitive multinational were bound to cause stress.

After the latest cases it has promised to hire more counselling staff and to suspend internal job transfers pending new talks with the unions.

Voir également:

Suicide in France
Bonjour tristesse
The Economist
Oct 8th 2009
PARISWhy are the French so prone to suicide?

IT IS the country that invented the 35-hour working week, prides itself on its joie de vivre and whose president extols the merits of measuring happiness, not just national income. That makes the string of 24 suicides at France Telecom all the more chilling (see article). Yet what is perhaps most striking is that the suicide rate at the company is about average for France.

The French suicide rate is 14.6 per 100,000 people, according to the OECD. Men are particularly prone: 22.8, against 7.5 for women. This puts the suicides over 20 months at France Telecom, which employs just over 100,000 people, in line with the national average. More people take their lives as a share of the population than anywhere in western Europe bar Finland and Belgium. The French suicide rate is over twice that in Britain and 40% higher than in Germany and America.

A recent mental-health survey suggested that two-fifths of French people suffer from serious depression at some point in their lives. The French swallow more anti-depressants per head than the Germans or British. One in ten French people claims anti-depressant medication on their public health-insurance.

How to explain this existential angst? France offers its citizens unusual comforts, with first-rate health care, long holidays and sit-down lunches, protected jobs and generous welfare. But the veneer of security masks much uncertainty. Job-protection rules discourage permanent job creation, so the young drift on temporary contracts. Unable to shed staff, firms give employees meaningless jobs instead, to try to nudge them out. And big French firms, many one-time branches of the civil service, have been opened up to market competition, bringing new pressures to perform in the office or factory floor. According to a survey last month by TNS Sofres, a polling agency, the French have less confidence in their employers (32%) than do either Germans (47%) or Americans (54%).

In a country that idealises the good life, the reality of drudgery and waiting for the monthly pay check, or of solitude in retirement, may be harder to accept. Such stresses may also explain why pent-up frustrations periodically erupt in France. In many ways, mass street protests are a useful way of letting off collective steam. This week, France Telecom employees took to the streets to denounce stress at work—too late, tragically, for those who had taken their lives

Voir enfin:

Des statisticiens s’écharpent sur le taux de suicides à France Télécom
Libération
20/10/2009

Un statisticien affirme dans «La Croix» qu’«on se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs». Une déclaration vivement contestée par d’autres experts.

Quatre syndicats de l’Insee se sont indignés mardi des propos d’un statisticien affirmant, dans une chronique parue dans La Croix, qu’il n’y avait «pas de +vague de suicides+» à France Télécom, tandis que la CFE-CGC de France Télécom a dénoncé une «comptabilité macabre».

En se basant sur le taux de suicides dans la population d’âge actif en 2007, René Padieu, inspecteur général honoraire de l’Insee et président de la commission de déontologie de la société française de statistique, a expliqué mardi dans une chronique qu’«on se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs» tout en jugeant que dans cette entreprise, «le climat social est visiblement détestable».

«En 2007, on avait pour la population d’âge d’actif (20 et 60 ans) un taux de suicide de 19,6 suicides pour 100.000», a-t-il expliqué. «24 suicides en 19 mois, cela fait 15 sur une année. L’entreprise compte à peu près 100.000 employés. Conclusion: on se suicide plutôt moins à France Télécom qu’ailleurs», a-t-il écrit.

Pour quatre syndicats de l’Insee (CGT, CFDT, FO et Sud), «les études statistiques et épidémiologiques qui visent à analyser le taux de suicide au sein du personnel d’une entreprise n’ont rien à voir avec une règle de trois aussi primaire et peu fondée», ont-ils déclaré dans un communiqué commun.

Selon eux, «tout statisticien connaît la complexité des comparaisons statistiques d’une population donnée à celle d’une population plus générale», et «chacun sait que les taux de suicide sont très dépendants de l’âge, du sexe, de l’activité professionnelle».

«Aucune comparaison n’a de pertinence sans que l’on étudie la situation +toutes choses égales par ailleurs+», affirment-ils, jugeant la polémique lancée par M. Padieu «indigne».

Même constat pour Pierre Morville (CFE-CGC-Unsa): il rappelle, citant le DRH de France Télécom Olivier Barberot interrogé le 12 septembre, que «pour la grande majorité des 23 suicides enregistrés sur 20 mois à cette époque, le profil-type des personnes qui avaient attenté à leur vie était constitué de +fonctionnaires hommes, de plus de 50 ans, techniciens+».

Mais les 100.000 salariés du groupe ne correspondent pas tous à ce profil type. «Il y a également beaucoup de femmes, de cadres, de commerciaux, de salariés de droit privé», insiste-t-il.

Pour expliquer «une telle concentration de suicides sur cette catégorie précise» il avoue avoir «l’impudence de créer un lien entre ces suicides et le départ forcé, dans ces quatre dernières années, de 30.000 de nos collègues qui pour l’essentiel étaient justement des fonctionnaires âgés».

(Source AFP)

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5 commentaires pour Statistiques: On se suicide plutôt moins à France Télécom (What suicide wave at France Telecom?)

  1. CoachDom dit :

    Bravo,

    Il est important de remettre les choses à leur place !

    Merci de rappeler des vérités que l' »on » omet au profit de… je ne sais !

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  2. jcdurbant dit :

    Confirmation avec l’unanimisme (communiqué commun) de l’indignation des syndicats de l’INSEE contre une « comptabilité macabre et indigne ».

    Qui ont beau jeu de rappeler le profil « hommes de plus de 50 ans » (« techniciens ») de la plupart des victimes sans rappeler par ailleurs que ceux-ci sont touchés par le phénomène à plus de 36% dans la population globale et probablement bien plus (je suis pas statisticien, mais ils se gardent bien d’en donner les chiffres!) pour la population particulière des techniciens dans une France célèbre pour sa mise à la retraite massive des plus de 50 ans.

    Mais surtout, ils se gardent bien aussi d’évoquer le possible effet mimétisme, renforcé justement par la campagne médiatique de leurs collègues syndicalistes …

    Voir Libération:

    «tout statisticien connaît la complexité des comparaisons statistiques d’une population donnée à celle d’une population plus générale», et «chacun sait que les taux de suicide sont très dépendants de l’âge, du sexe, de l’activité professionnelle».«Aucune comparaison n’a de pertinence sans que l’on étudie la situation +toutes choses égales par ailleurs+»

    «pour la grande majorité des 23 suicides enregistrés sur 20 mois à cette époque, le profil-type des personnes qui avaient attenté à leur vie était constitué de +fonctionnaires hommes, de plus de 50 ans, techniciens+».

    Pour expliquer «une telle concentration de suicides sur cette catégorie précise» il avoue avoir «l’impudence de créer un lien entre ces suicides et le départ forcé, dans ces quatre dernières années, de 30.000 de nos collègues qui pour l’essentiel étaient justement des fonctionnaires âgés».

    J'aime

  3. phil dit :

    j’adore les banalités de comptoir qui tentent de s’autoproclamer en sociologues psychologues et sgtatisticiens.
    le top : on se suicide par mimetisme à cause des medias je rappelle que le suicide n’est pas anodin..ce n’est pas la meme chose que l’achat des chaussures à la mode..ridicule…
    et que fait on finalement de ces messages de desespoirs qui parlent des conditions de travail? les causes des suicides sont personnelles et pas statistique (ou des effets de modes!!). se sont des messages de desespoirs et ceux de france telecom parlent de leurs conditions de travail, aucune statistique n’y pourront rien changer…

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  4. jcdurbant dit :

    Sur la dimension contagieuse du phénomène et partant la part médiatico-syndicale (le côté « effort de masse », « mort pour la bonne cause », « punition » du méchant capitaliste source de tous nos maux, etc.), voir aussi:

    « Dans un milieu comme l’école ou le travail, le suicide d’un proche peut avoir un effet d’entraînement sur les proches. Les émotions que l’on subit, l’état de choc, de consternation… doivent être évacués.

    France Télécom, c’est 190 000 employés dans le monde, 106 000 en France. 23 suicides sur 18 mois, c’est une moyenne de 15 par année. 15 suicides pour 190 000 employés, cela donne un taux de suicide 7,9 suicides par 100 000 de population pour l’ensemble des employés de France Télécom. 14,1 suicides par 100 000 de population pour les seuls employés de la France (en supposant que les 23 suicides sont tous des employés français!). Pour la France, le taux de suicide, selon les différentes littératures et selon les années, varient entre 15 et 30 suicides par 100 000 de population. Dans tous les cas, des taux supérieurs à ceux de France Télécom! Au Québec, en 2001, le taux était de 19,1 suicides par 100 000 de population. Les taux de suicide chez France Télécom sont donc moindres que ceux de la France et du Québec.

    Raymond Viger

    « Il faut bien comprendre que le suicide est une maladie épidémique. Très souvent un suicide appelle un autre suicide. Il y a eu un certain nombre de précédents dans le passé. (…) j’ai souvent vu dans ma carrière, notamment dans les lycées, que quand un enfant fait une grosse bêtise, il y en a deux ou trois qui suivent derrière. D’où la nécessité pour les médias de ne pas valoriser à l’excès, de ne pas trop monter en épingle, du fait de ce risque épidémique. Patrick Lemoine

    La plupart du temps, quand on dit que l’on se suicide à cause de l’inspecteur des impôts, la belle mère, le conjoint, du métier, c’est qu’il y a un problème d’ensemble. Il y a très souvent une dépression à la base. La difficulté professionnelle, en l’occurrence, vient comme une espèce de goutte d’eau qui fait déborder le vase. Mais il faut bien comprendre que, généralement, se sont des personnes pour lesquelles le vase est déjà quand même bien rempli avant.

    Une tentative de suicide, c’est la roulette russe. Soit je réussis mon suicide, auquel cas les « méchants » seront bien punis, en l’occurrence la direction. Soit je loupe mon suicide, et à ce moment là, ils seront bien obligés de changer. Donc, c’est presque toujours une hypothèse gagnante. Parce qu’une tentative de suicide qui atteint son but est une tentative de suicide qui fait que la famille, le milieu professionnel, les amis vont changer, vont enfin écouter la personne.

    Il serait déjà nécessaire que l’on arrête de faire cette comptabilité médiatique à outrance qui fait qu’on a parfois l’impression qu’on cherche à atteindre un record, ce qui est absolument tragique. Un suicide c’est énormément de larmes et de douleurs pour tous. Je pense qu’il faudrait déjà arrêter de tant faire cette comptabilité, de tant monter en épingle chaque cas qui est particulier, qui représente une histoire singulière.

    Quand je parle d’épidémie suicidaire, l’exemple un peu « bateau» est celui des pilotes japonais à la fin de la guerre, tous devenus kamikazes, cette espèce d’effort de masse, avec l’idée de mourir pour une bonne cause. C’est ici très différent, mais on a le sentiment qu’on a trouvé ensemble un bouc émissaire, une raison à toute cette souffrance qui est professionnelle mais probablement pas uniquement, avec une compétition tragique dans cette douleur ou l’on va presque faire de la surenchère pour punir les chefs, pour punir la vie, pour punir les injustices.

    Je travaille dans une clinique psychiatrique où l’on reçoit de très nombreux problèmes de « burn-out »(1), de surmenage professionnel, de harcèlement professionnel. Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait eu vraiment un changement, que les méthodes soient pires aujourd’hui qu’avant. Je dirais même que les salariés sont plus protégés aujourd’hui qu’autrefois. Nous ne sommes plus à l’époque de Balzac, Zola, Victor Hugo ou Eugène Sue. Il y a quand même un certain nombre de protections, de pare-feux qui existent. Les tribunaux des prud’hommes existent. Je ne crois pas que le problème soit tellement là. Les 35 heures, les RTT existent donc on ne peut pas dire non plus que la pression du temps, de l’intensité du travail ait augmenté. En revanche, ce qu’il existe, c’est une peur intense du chômage, de la perte d’emploi, de la faillite de l’entreprise. Chez les salariés, le risque est que l’angoisse monte énormément avec toutes les rumeurs que cela représente. Si c’est l’encadrement ou le patron qui a peur d’être mis en faillite, cela se traduit souvent par des erreurs de management, des pressions indues. Juste parce que l’on a peur de perdre un marché, alors on va engueuler les secrétaires, on va engueuler tout le monde. Je ne vais pas tout mettre sur le dos de la crise, mais les difficultés économiques, qui sont bien plus anciennes que la crise, font que les gens sont plus énervés qu’avant. »

    Patrick Lemoine (psychiatre)

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  5. chignon dit :

    Chez FT la « brutalité » du changement de la pratique du métier aurait du être accompagnée surtout sur ce qu’on appelle les plateformes; pour pouvoir supporte la hargne des clients, affronter la concurrence il faut être formé, avoir le temps aussi de parler. Chacun d’entre nous a été affronté au « tapez 1, tapez 2 « pour finir par tomber (déjà exaspéré) sur un interlocuteur incapable de répondre : il faut avoir les nerfs solides pour supporter les récriminations.

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