Désinformation: On aménage la région parisienne comme un grand bordel (Two or Three Things I Know About the Gestapo of Structures)

2 ou 3 choses que je sais sur elle (Godard, 1967)Le rédacteur en chef du New York Times a qualifié jeudi de “simplistes” les voix qui se sont élevées pour critiquer les méthodes d’enquêtes d’un journaliste du quotidien, enlevé en Afghanistan samedi puis secouru lors d’une opération où son interprète afghan est mort. Le reporter britannique Stephen Farrell, otage des talibans dans la province de Kunduz, a été libéré mercredi par un commando de l’Otan. L’opération s’est soldée par la mort de son interprète afghan Sultan Munadi, d’une femme, d’un enfant et d’un soldat britannique. Dépêche du Monde (le 11.09.09)
L’antiaméricanisme en France n’est pas un sentiment populaire, il est le fait d’une certaine partie de l’élite. Un livre est à citer : “Les Scènes de la vie future”, de Georges Duhamel, paru en 1930. Le titre exprime bien la répulsion: l’Amérique d’aujourd’hui, c’est notre monde de demain. Et Duhamel de fustiger les horreurs du cinéma, la musique en boîte (le disque), la publicité, “l’omniprésence de l’automobile, le jazz (pas de musique aux Etats-Unis, sauf celle des “nègres monocordes”), les ascenseurs, l’horrible promiscuité de toutes les races du monde, le goût excessif du sport, la cuisine qui n’est pas naturelle…”Nous nous sentons orphelins de notre grandeur, non seulement politique, mais littéraire, artistique, intellectuelle. L’antiaméricanisme est une des modalités de la nostalgie nationale. Michel Winock (historien)

Quand on soulève les jupes de la ville, on en voit le sexe. Jean-Luc Godard
Silence
Apprenez en silence deux ou trois choses que je sais d’ELLE
ELLE, la cruauté du néo-capitalisme
ELLE, la prostitution
ELLE, la région parisienne
ELLE, la salle de bain que n’ont pas 70 % des Français
ELLE, la terrible loi des grands ensembles
ELLE, la Gestapo des structures
ELLE, la physique de l’amour
ELLE, la vie d’aujourd’hui
ELLE, la guerre du Vietnam
ELLE, la call-girl moderne…
(Cartons du film de Godard “Deux ou trois choses que je sais d’elle”)
On aménage la région parisienne […] comme un grand bordel […] Et si j’ai filmé une prostituée, c’est disons, pour mettre cela en évidence. Je veux dire que j’aurais pu le faire sur un ouvrier ou un technicien qui les trois quarts du temps ne se comporte pas, grosso modo, différemment… JL Godard
C’est l’histoire d’une femme, une ouvrière qui se prostitue pour se payer un manteau de fourrure. Luc Favory (interviewer de l’ORTF sur les lieux lors du tournage du film de Godard en 1966)
Je suis pas d’accord, les deux dames qui travaillent avec moi ce sont deux petites Portugaises qui habitent dans un bidonville, c’est des femmes courageuses. Elles veulent arriver alors elles travaillent. Femme de ménage résidente des 4000
D’une récente enquête, menée dans une cité neuve, à l’est de Paris où sont logées deux mille familles, il ressort qu’une ménagère sur deux, mères de famille comprises, pratique « en amateur » le plus vieux métier du monde. Catherine Vimenet (journaliste du Nouvel Observateur, 23 mars 1966, au sujet d’une enquête de son partenaire Claude Vimenet sur la prostitution dans les grands ensembles publiée les 29 mars et 10 mai 1966)
Évidemment, il n’y a pas une femme sur deux, et dans aucun ensemble, qui se livre à la prostitution. Qu’il y en ait beaucoup est déjà suffisamment grave. Ce n’est pas une réalité que nous avons traquée volontairement, par goût du scandale : elle nous a sauté au visage dès que nous avons commencé à mettre en place les structures du club Louise Michel. Jeannette Brutelle (militante socialiste)
S’il y a scandale, il n’est pas dans la publication de Catherine Vimenet, mais dans les conditions de vie qui sont faites à des centaines de milliers de femmes et qui conduisent certaines d’entre elles – certaines seulement bien sûr- à se prostituer. Autre militante

Déshumanisation, aliénation, inhumanité des nouvelles formes d’habitat, déconstruction et refus de l’artefact de la cohérence du récit, non-sens de la société de consommation, implacable de sa domination, terrible loi des grands ensembles, dépossession de soi, exploitation capitaliste, cruauté du néo-capitalisme, Gestapo des structures, violence de l’univers concentrationnaire, inhumanité du régime policier nazi, violence de la mise en ordre capitaliste, “CRS SS” …

A l’heure où l’irresponsabilité d’un journaliste a encore frappé …

En ce 8e anniversaire d’une journée d’infamie et de tragédie que certains de nos “grands intellectuels” avaient, avec leurs sophismes à la petite semaine, trouvé moyen d’aggraver …

Retour, avec une fascinante analyse de la revue Cahiers d’histoire (“Les 4000 logements de La Courneuve: réalités et imaginaires cinématographiques”, Aurélie Cardin, 2006 – merci José), sur cette époque bénie où, sous prétexte de “critique de la société de consommation” et de “l’aliénation imposée par l’exploitation capitaliste” (entendez- “Made in USA”), nos journalistes (le Nouvel observateur déjà) et nos cinéastes (nos Godard ou nos Tati) ou nos “sémiologues” (nos Barthes) ou nos écrivains (nos Pérec) pouvaient se permettre à peu près n’importe quoi.

Y compris (mais les choses ont-elles tellement changé?) de jouer avec l’image des lieux d’habitation de toute une population tout juste sortie de l’insalubrité des bidonvilles, des taudis des quartiers parisiens (Belleville) ou de l’hébergement d’urgence du rapatriement d’Algérie.

Ainsi ce célèbre film de Godard dûment subventionné comme les autres par le Centre National de la Cinématographie (“Deux ou trois choses que je sais” d’elle) où, reprenant son thème sensationnaliste de la prostitution (“Vivre sa vie”) tout en rêvant avec ses petits camarades à une Chine de Mao alors en plein dans ses massacres de la Révolution culturelle comme “symbole du possible d’une société autre” ( “La Chinoise”), notre maitre à penser de la Nouvelle vague et consommateur boulimique de série B américains (pour leur subversivité supposée) veut, sur fond d’antiaméricanisme bien de chez nous (en pleine contestation de la Guerre du Vietnam) nous faire prendre (à partir d’une enquête bidonnée du Nouvel Observateur) la prostitution occasionnelle d’une femme de cadre moyen (incarnée par Marina Vlady) comme “typique d’une certaine petite bourgeoisie” de la cité HLM des 4000 …

Extraits :

Deux ou trois choses que je sais d’elle est tourné durant le mois d’août 1966 dans l’ensemble des 4000 logements de La Courneuve dont la construction, hors équipements, s’est achevé en 1963. C’est le troisième film de Jean-Luc Godard réalisé cette année-là, et le cinéaste suisse a obtenu pour ce film l’avance sur recette, une aide versée par le Centre National de la Cinématographie 14. Il s’agit pour Godard d’années de grande créativité au cours desquelles il inscrit sa production dans l’urgence du moment. Le premier long-métrage terminé cette année 1966, Made in USA, s’inspire de l’histoire d’un assassinat politique commis l’année précédente, celui de Medhi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine au roi Hassan II. Le troisième film de cette année sera La Chinoise, film sur la nouvelle jeunesse étudiante des années soixante, habitée par les références à la Chine de Mao, alors symbole du possible d’une société autre. Ce film traduit lui aussi la sensibilité de Godard aux mutations de l’espace urbain et à leurs conséquences sur la façon de vivre des individus ; notamment, il contient une séquence située sur le campus de Nanterre, symbole de l’université en train de sortir de terre, au milieu des friches, à proximité des bidonvilles et des grands ensembles, qui n’est pas sans rappeler certaines séquences de Deux ou trois choses. Mais Deux ou trois choses que je sais d’elle est le film dans lequel Godard choisit la transformation urbaine comme objet même du film et cherche à créer une forme de cinéma adéquate à son objet, une forme elle-même nouvelle, elle-même en construction, faite de pièces disjointes, caractérisée par la juxtaposition, les ruptures des contenus et des formes, des récits qui se croisent sans se mêler. Le film a une dimension explicitement expérimentale. Jean-Luc Godard s’interroge et interroge le spectateur sur le film en train de se faire, notamment par le moyen de la voix off qui énonce ses commentaires 15. On y voit à l’œuvre une esthétique inspirée par la déconstruction du récit pratiquée à la même époque dans d’autres domaines de la création, notamment dans le domaine de l’écriture à travers le nouveau roman 16. On y retrouve le refus de l’artefact de la cohérence du récit, de l’auteur prenant de fait la place d’un dieu omniscient. Le titre du film suggère que l’on n’apprendra que « deux ou trois choses » que connaît l’auteur. On y retrouve aussi le refus de la fiction psychologique comme base de l’intrigue ainsi qu’une fascination pour les effets de construction par le cadrage, par l’organisation des regards travaillant les relations du champ et du hors-champ. Le personnage de femme qui est au cœur du film reste étranger. L’importance rendue volontairement visible de la technique et donc de l’arbitraire du créateur doit aussi beaucoup à la nouvelle puissance attribuée aux signes dans la mouvance du renouveau de la sémiologie de Roland Barthes. Les Mythologies sont parues en 1957 dans lesquelles l’auteur décrivait le fonctionnement de mythes contemporains mettant sur le même plan la fameuse Citroën DS ou Greta Garbo. La démarche du film doit beaucoup à cet environnement culturel marquée par le structuralisme, lecture qui permet de dire le non-sens de la société de consommation en même temps que l’implacable de sa domination. Le film est ainsi une des manifestations les plus novatrices de La Nouvelle Vague. Le titre du film est l’expression de cette démarche qui fait des objets des acteurs. Le « elle » du titre du film se réfère, autant qu’à la femme omniprésente de toutes les mythologies, à la « région parisienne » et à « la terrible loi des grands ensembles ». L’actrice Marina Vlady incarne le rôle de Juliette Janson, une femme d’une trentaine d’années, apparaissant ainsi que le remarque Jacques Belmans comme « typique d’une certaine petite bourgeoisie » 17, qui vit avec son mari, Robert, et ses deux enfants dans l’univers impersonnel d’une HLM. Elle se prostitue occasionnellement car « il faut qu’elle se débrouille. Robert, je crois, a cent dix mille francs par mois »18. Ce qui correspond alors au salaire d’un cadre moyen. Le ton de l’enquête, reprenant celui de l’approche sociologique qui se développe alors pour justifier par les besoins, les « attentes » des gens, les choix politiques, est le moyen d’exprimer l’aliénation instillée par les faux semblants de choix offerts par la société de consommation. Expression de cette aliénation, la passivité face à la guerre que les États-Unis mènent alors au Vietnam, guerre que Godard fait surgir dans ce quotidien. Autant de thèmes qui font de ce film une anticipation du mouvement de mai 1968. (…)

(…)

Les habitants des grands ensembles, eux-mêmes, sont montrés comme souscrivant au sacrifice du collectif au nom de la possible acquisition de nouveaux biens de consommation. Le réalisateur montre qu’à un certain mode d’habitat correspond un mode de consommation quotidienne qui vient redoubler l’aliénation de ceux qui subissent le grand ensemble : il montre Juliette faisant la vaisselle devant un alignement de dizaines de produits. Le supermarché Prisunic, équipement indispensable, central, se trouve au coeur de la cité, est devenu le cœur même de la cité. Le tournage du film a lieu en 1966, en plein essor de ce que l’éditorialiste du Monde Maurice Duverger, deux ans plus tard, définira comme « la société de consommation ». C’est en effet en 1966 que l’on assiste à la création du premier hypermarché, baptisé du nom de Carrefour, où l’on vend des marchandises à des prix réduits par la rationalisation de la chaîne de distribution. D’autres suivent comme l’établissement de vente d’électroménager des frères Darty et les supermarchés du groupe Auchan en 1967. Nouveau mode de consommer qui accompagne la nouvelle façon d’habiter, également déshumanisante, fondée sur l’uniformisation des produits comme des comportements.

La forme ultime de cette déshumanisation des rapports sociaux est la banalité de la prostitution. Elle apparaît chez Godard comme une des manifestations d’un système dans lequel le besoin d’argent saisit tous les individus à la gorge et où seul l’argent circule librement entre les personnes. Dans ce système, les femmes sont particulièrement mise à mal et la prostitution est une des formes de leur esclavage, nié dans le cadre du mariage par l’hypocrisie bourgeoise.

La prostitution est une activité ordinaire de toutes les femmes, y compris les femmes mariées, vivant dans le grand ensemble des « 4000 » tel que Godard le met en scène. Cet angle d’approche est choisi par le cinéaste en raison de la situation extrême qu’il exprime et de la tension qu’il institue pour traiter du problème du mal-vivre généré par les concentrations urbaines. Pour construire son propos, Godard s’est inspiré d’une enquête à sensation parue le 29 mars 1966 dans Le Nouvel Observateur 35. Ce parti pris suscita de vives réactions à l’époque et se trouva notamment au centre des questions d’un reportage effectué par une équipe de l’ORTF pour l’émission « Dim, Dam, Dom » 36. L’équipe se rendit sur les lieux lors du tournage du film de Godard en 1966. L’interviewer, Luc Favory, demanda à plusieurs habitantes ce qu’elles pensaient du thème retenu pour le film, la prostitution dans les grands ensembles, en formulant la question ainsi : «…c’est l’histoire d’une femme, une ouvrière qui se prostitue pour se payer un manteau de fourrure ». Plusieurs interlocutrices s’offusquèrent de cette présentation de leur vie comme cette femme de ménage qui réagit en disant : « Je suis pas d’accord, les deux dames qui travaillent avec moi ce sont deux petites Portugaises qui habitent dans un bidonville, c’est des femmes courageuses. Elles veulent arriver alors elles travaillent ». La publication de l’article est ressentie comme une atteinte à l’honneur de l’ensemble de ceux qui vivent dans les grands ensembles, une « insulte à la classe ouvrière » et le scandale provoqué a amené le journal à se justifier en poursuivant l’enquête sur un phénomène nié par la société.

Dans son enquête du Nouvel Observateur intitulée « Les étoiles filantes », Catherine Vimenet affirmait en effet : « D’une récente enquête, menée dans une cité neuve, à l’est de Paris où sont logées deux mille familles, il ressort qu’une ménagère sur deux, mères de famille comprises, pratique « en amateur » le plus vieux métier du monde ». Ce chiffre fut par la suite démenti par l’hebdomadaire sans qu’il lui soit possible d’apporter une statistique fiable. Mais dans sa livraison du 4 mai 1966 38, la parole était donnée à Jeannette Brutelle, militante socialiste, présidente du « club Louise Michel » ainsi qu’à d’autres femmes de ce club politique, à une assistante sociale, un éducateur, un conseiller psychopédagogique, tous travaillant dans les grands ensembles et appelés à préciser la réalité des difficultés sociales de leurs habitants. Jeannette Brutelle rectifiait le chiffre avancé dans l’enquête mais confirmait la gravité de la situation : « Évidemment, il n’y a pas une femme sur deux, et dans aucun ensemble, qui se livre à la prostitution. Qu’il y en ait beaucoup est déjà suffisamment grave. Ce n’est pas une réalité que nous avons traquée volontairement, par goût du scandale : elle nous a sauté au visage dès que nous avons commencé à mettre en place les structures du club Louise Michel ». Une autre militante du club rajoutait : « S’il y a scandale, il n’est pas dans la publication de Catherine Vimenet, mais dans les conditions de vie qui sont faites à des centaines de milliers de femmes et qui conduisent certaines d’entre elles – certaines seulement bien sûr- à se prostituer. »

(…)

Le film de Godard s’inscrit dans les réalités et les débats du moment de sa réalisation. Ces débats fournissent une grande part de la matière première de son film qui, à la différence de ces débats, se déroule là où ils s’enracinent, les grands chantiers de la périphérie parisienne. Mais de par cette présence des matériaux mêmes de l’enquête sociologique, par le fait de placer la caméra dans les immeubles en construction, le film est radicalement neuf, tant dans sa forme que dans son contenu. Le cinéaste est un regard sur ce qui apparaît de neuf dans son monde : regard qui met en évidence les effets de contrainte provoqués par la rénovation urbaine, les illusions produites et la brutalité des désillusions qui naissent de la pauvreté réelle, en dépit du mirage de la consommation. Avec certains architectes de son temps, il dit que l’architecture n’est pas neutre, que les façons d’habiter sont dans l’ordre social, ne laissant que des choix marginaux aux individus. D’où la « gestapo des structures ». Il dit la violence impensée d’une architecture moderne, reprenant sans l’avis des acteurs le principe de Le Corbusier justifiant l’uniformisation par l’existence de « besoins identiques entre tous les hommes ». Cette violence est portée par la place faite à la prostitution, pratique qui exemplarise les ravages provoqués par la misère financière et affective des habitants du grand ensemble. Ainsi, à partir d’une situation limite à l’époque, la prostitution d’une femme de cadre moyen dans un grand ensemble de la proche banlieue, le réalisateur anticipe sur la crise qui frappera ce territoire de plein fouet quelques années plus tard. Mais déjà au moment où il tourne, l’enquête du Nouvel Observateur a révélé les dommages provoqués par un endettement massif (qui conduit au moins un tiers des ménages à la misère), endettement qui renvoie à l’enfermement solitaire dans un monde où les objets tiennent place d’interlocuteurs, notamment à travers leur obsédante présence dans les images publicitaires. Cette omniprésence et cette dangerosité des objets rapproche le film de Jean-Luc Godard de l’univers de Jacques Tati tel qu’il se déploie dans Mon Oncle, tourné lui en1958. Comme Tati, Godard nous livre aussi une réflexion sur le temps et le langage : de nouveaux mots sont créés comme « échangeur », mais en fait qu’échange t-on ? Pas du sens, simplement du flux. Comme « bretelle » qui ne retient rien… Le but de Godard est bien de donner à penser le radicalement nouveau de ce qui s’édifie, bien plus qu’un ensemble de logements, une nouvelle façon de vivre en ville. Godard fait dire à Marina Vlady : « Personne aujourd’hui ne peut savoir quelle sera la ville de demain. Une partie de la richesse sémantique qui fut sienne dans le passé…, elle va la perdre certainement… Peut-être… Le rôle créateur de la ville sera assuré par d’autres systèmes de communication…, peut-être… Télévision, Radio, Vocabulaire et Syntaxe, sciemment et délibérément… »

Le film rompt donc totalement avec les représentations alors données souvent du grand ensemble comme lieu de vie pour l’avenir, sans pour autant être travaillé par la nostalgie d’un âge d’or de la banlieue. Cette réalité existe et c’est de là qu’il faut partir, qu’il faut analyser des paysages, des situations, inventer des personnages. Esthétiquement, il introduit une écriture cinématographique inévitablement très particulière : réduction de la trame fictionnelle, voix off omnisciente, direction d’acteur originale (il n’existe pas de scénario ; Godard chuchote le texte aux acteurs avant chaque prise), invention d’un personnage hors du commun : le grand ensemble. Après Deux ou trois choses que je sais d’elle, les cinéastes ne pourront plus filmer le grand ensemble de la même façon. Ce qui n’empêchera pas certains politiques de continuer à le penser comme avant.

Aurélie Cardin

Les 4000 logements de La Courneuve : réalités et imaginaires cinématographiques
La représentation des « 4000 » à travers Deux ou trois choses que je sais d’elle (1967) de Jean-Luc Godard

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