Calvin/500e: Grandeurs et misères de la tolérance – les Protestants aussi! (Calvin’s mixed political legacy)

Michel Servet monument (Geneva, 1909)Michel Servet counter-monument (Annemasse, 1908/1960)Tuer un homme, ce n’est pas défendre une idée. C’est tuer un homme. Sébastien Castellion
Fils respectueux et reconnaissants de Calvin notre grand réformateur mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle et fermement attachés à la liberté de conscience selon les vrais principes de la Réformation et de l’Évangile nous avons élevé ce monument expiatoire le XXVII octobre MCMIII (27 octobre 1903) Emile Doumergue
Le XXVII octobre MDLIII (27 octobre 1553) mourut sur le bûcher à Champel Michel Servet de Villeneuve d’Aragon né le XXIX septembre MDXI (29 septembre 1511) Inscriptions sur le monument de Servet de Genève
Michel Servet a eu la singulière infortune d’être brûlé deux fois: en effigie par les catholiques, et par les protestants en chair et en os. Roland Bainton
Cette sentence tombe alors que Calvin est en plein conflit avec le Conseil de la Ville sur les rapports entre l’Eglise et l’Etat.(…) Dans ce contexte, la mise à mort de Servet permet au Réformateur de raffermir son autorité. C’est aussi l’occasion, pour les protestants genevois, de montrer qu’ils sont d’aussi bons chrétiens que leurs adversaires catholiques. En se montrant capables d’orthodoxie et de fermeté sur les dogmes centraux, les réformés cherchent à prouver la légitimité et la crédibilité de leur Eglise. Sarah Scholl

A quand une rue Servet à… Noyon?

En ce 500e anniversaire de la naissance du réformateur français Jean Cauvin dit Calvin (de son nom latinisé Calvinus) né le 10 juillet 1509 dans la petite ville picarde de Noyon …

Retour, en ces temps de capitulation préventive et de dhimmisation avancée, sur l’un de ces premiers esprits libres …

Qui, avec la traduction de la Bible en langue vulgaire et en s’élevant contre la confiscation et la marchandisation de la religion par les élites ecclésiastiques et au prix de la mort et de l’exil, contribuèrent tant à la démocratisation de nos sociétés.

Mais retour également, contre l’étrange amnésie de Noyon, sur la longue et difficile marche que fut aussi, pour les Protestants et notamment les calvinistes, l’accès à la tolérance.

Comme en témoigne encore aujourd’hui non pas tant le bannissement des objets ornementaux auquel on doit indirectement (via le recyclage forcé des orfèvres et joailliers) l’hégémonie actuelle de l’industrie horlogère suisse.

Que la singulière multiplication, des rues et des places au menhir expiatoire ou au vénérable club de foot, des références genevoises à l’hérétique espagnol Miguel Serveto dit Michel Servet qui y fut en ce funeste jour d’octobre 1553, condamné à être « bruslé tout vif »…

Pourquoi Genève a-t-elle brûlé Michel Servet?
Sarah Scholl
Le Courrier
25 Octobre 2003

- Le 27 octobre 1553, il y a 450 ans, Michel Servet mourait sur un bûcher dressé à Champel, près de Genève, condamné pour ses idées trop radicales.

«Michel Servet a eu la singulière infortune d’être brûlé deux fois: en effigie par les catholiques, et par les protestants en chair et en os.»[1] Michel Servet, déclaré hérétique, mourait il y a 450 ans – le 27 octobre 1553 – sur un bûcher dressé à Champel, non loin du centre historique de Genève. Au même endroit, il y a un siècle, des protestants érigeaient une stèle à sa mémoire. Si le destin tragique de ce médecin et théologien d’origine espagnole est largement connu, les raisons de sa condamnation à mort ne sont guère explicitées. Et ce n’est que rarement que l’on mentionne la discussion que son martyr suscite, mettant et remettant à l’ordre du jour la question de la tolérance au coeur du christianisme. Petit parcours historique à la veille d’un anniversaire quelque peu oublié.
Né entre 1509 et 1511 à Villanueva, en Espagne, Michel Servet (ou plutôt Miguel Serveto) se trouve rapidement engagé au sein des polémiques confessionnelles qui secouent l’Europe. Il sillonne le Vieux-Continent, apprenant le droit à Toulouse, la médecine à Paris, vivant en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il se passionne pour les questions religieuses et se trouve une âme de Réformateur. Mais ses idées vont le mener à être considéré en ennemi autant par les catholiques que par les protestants. Qu’écrit donc Michel Servet?

TRAITE CONTRE LA TRINITE

Il publie son premier traité en juin 1531, De Trinitaris erroribus (Des Erreurs de la Trinité). Le titre révèle son contenu. Le théologien va s’attaquer à ce qui constitue le pilier de la foi chrétienne: le concept de Trinité. Servet – dans la foulée des Réformateurs – relit les Ecritures. Il s’attache à montrer qu’on ne trouve pas dans la Bible les fondements du dogme trinitaire. Pour lui, Dieu est unique. Fort de cette constatation, le théologien rêve d’une Réforme radicale, dépassant celle de Luther et Calvin. Son livre est interdit et l’auteur menacé d’un procès.
Il va désormais vivre sous un faux nom: Michel de Villeneuve, du nom de sa ville natale. Pendant vingt ans, il continue ses travaux scientifiques et publie des traités de médecine, d’astrologie et de géographie. En 1553, alors qu’il est réfugié à Vienne, près de Lyon, il fait imprimer clandestinement un nouvel ouvrage: Le Christianisme restitué, dans lequel il nie formellement la divinité du Christ.

UN FACE-A-FACE GENEVOIS

C’est à cette époque que commence le face-à-face bien connu entre Michel Servet et Jean Calvin. Les deux théologiens avaient auparavant entretenu une correspondance dont il nous reste une trentaine de lettres. A la publication du Christianisme restitué, un proche de Calvin dénonce Michel Servet auprès de l’Inquisition (catholique) de Vienne et lui fournit des preuves. Michel Servet est arrêté. Il réussit à s’enfuir mais est condamné par contumace au bûcher et brûlé en effigie avec son livre. En août 1553, il passe par Genève, en route vers l’Italie. Il est reconnu et arrêté alors qu’il se rend à un prêche au temple de la Madeleine. Son crime? La «propagation d’hérésies» liées au rejet de la Trinité, de la divinité de Jésus et du baptême des enfants. Le Conseil (le gouvernement civil de Genève) lui intente un procès sur une plainte de Calvin. Sa condamnation à mort sera approuvée par la majorité des Eglises protestantes de Suisse.
Cette sentence tombe alors que Calvin est en plein conflit avec le Conseil de la Ville sur les rapports entre l’Eglise et l’Etat. Luttant pour une réforme en profondeur des moeurs et des croyances, Calvin et la Compagnie des pasteurs interviennent régulièrement auprès du Conseil, créant de nombreuses tensions. Dans ce contexte, la mise à mort de Servet permet au Réformateur de raffermir son autorité. C’est aussi l’occasion, pour les protestants genevois, de montrer qu’ils sont d’aussi bons chrétiens que leurs adversaires catholiques. En se montrant capables d’orthodoxie et de fermeté sur les dogmes centraux, les réformés cherchent à prouver la légitimité et la crédibilité de leur Eglise.

ELOGE DE LA TOLERANCE

La mort de Servet ne fut toutefois pas saluée par tous. La polémique enfla au lendemain du supplice, «les cendres de ce malheureux étaient à peine refroidies qu’on se mit à discuter du châtiment des hérétiques»[2], écrit Théodore de Bèze. Sébastien Castillon, par exemple, s’élève contre l’exécution: «Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme.» Reste que l’idée de tolérance est combattue par Calvin et par son successeur, Théodore de Bèze, qui réaffirme la nécessité de punir les hérétiques.

REPENTANCE PROTESTANTE

Les débats se poursuivront tout au long des siècles suivants. Valentine Zuber, chercheuse française et organisatrice d’un colloque sur Michel Servet[3], a analysé ce phénomène dans un article[4]. Pour elle, le théologien devient un symbole, «la victime» du protestantisme. Sa figure cristallise les tensions entre adversaires et partisans de l’Eglise. Voltaire y fera référence, tout comme ceux qui remettent en cause le lien – si cher aux protestants – entre leur religion et la liberté de conscience. Le débat fait rage jusqu’au début du XXe siècle. En 1903, les autorités protestantes genevoises tenteront de le désamorcer, en manifestant leur repentance. Un monument expiatoire est alors érigé.
Note : [1]Roland Bainton, Michel Servet, hérétique et martyr.
[2]Cité par Vincent Schmid dans Le Protestant, octobre 2003.
[3]Ce colloque a lieu à Paris du 11 au 13 décembre prochain. Pour tous renseignement: % 0033 (0) 1 34 84 15 41 ou
valentine.zuber@ephe.sorbonne.fr. Il est ouvert au public sur inscription.
[4]Valentine Zuber, «Pour en finir avec Michel Servet», Bulletin de la Société d’Histoire du protestantisme français, 1995.

Voir aussi:

De Noyon à Genève, itinéraire d’un dissident
LE MONDE DES LIVRES
14.05.09

Jean Calvin, né à Noyon le 10 juillet 1509, étudie la théologie à Paris, le droit aux universités de Bourges et Orléans, puis bascule de l’humanisme chrétien à la dissidence religieuse entre 1533 et 1535. Réfugié à Bâle en 1535, il y publie une première version (latine) de l’Institution de la religion chrétienne en mars 1536. Après un premier séjour à Genève (1536-1537), il y est rappelé en 1541 pour promouvoir une discipline, un culte et une ecclésiologie réformés.

Il fait, par sa correspondance, par la diffusion imprimée de ses écrits dogmatiques, polémiques, catéchétiques, par la création d’une académie destinée à la formation de ministres missionnaires, de la petite cité du Léman une capitale du protestantisme. Il meurt le 27 mai 1564.

Denis Crouzet

Voir enfin:

John Calvin at 500
Reflections on a mixed political legacy.
by Joseph Loconte
07/10/2009

Today marks the 500th anniversary of the birth of John Calvin, the French theologian who helped carry the Protestant Reformation into the heart of Europe and shatter the spiritual hegemony of the Catholic Church. Though Calvin was never the theocratic thug of popular imagination, neither was he a champion of individual freedom. If his system of thought inspired later democratic reformers–especially the Puritan ministers who backed the American Revolution–it was largely because they sought to overcome Calvinism’s internal contradictions.

Calvin was born on July 10, 1509, into a religious world already in crisis–a cacophony of superstitions, inquisitions, clerical concubines, and souls for sale. After coming under the influence of Martin Luther, he converted to Protestantism. A severe crackdown on the « new heresy » in Catholic France forced him to seek refuge in Switzerland, where he settled in Geneva. Over the next 25 years Calvin would combine his powerful intellect and elegant prose to become the Reformation’s leading theologian.

His most important work, The Institutes of the Christian Religion, helped revolutionize the meaning of divine mercy. Against a religious culture of rituals, indulgences, and pilgrimages to earn God’s favor, Calvin preached a message of grace. Salvation, he taught, could neither be bought nor earned: It was a gift from God through faith in Jesus. « We could not lay hold of his mercy, if he did not offer it, » he wrote. « Christ is the only pledge of love, for without him, everything speaks of hatred and anger. » Calvin’s doctrine of predestination, however, went beyond Luther in delineating God’s « elect, » those chosen for eternal life, from those destined for eternal damnation. Many would find the doctrine repugnant, since it seemed to make God the author of evil and nullify human choice in matters of faith.

Against a political system that threatened to subjugate and enfeeble the church, Calvin elevated the concept of God’s sovereign rule over every earthly power. Although he taught obedience to civil magistrates, every ruler was accountable to God. All political authority was therefore provisional, derivative–and limited. The king should defend and promote Christian teachings, Calvin wrote, but keep his nose out of the spiritual affairs of the church. If the magistrate commanded anything contrary to the will of God, « it must be as nothing to us. »

Unlike previous reformers, Calvin did not expect the rapid arrival of the Second Coming of Christ. His aim was to establish a holy commonwealth, a « new Israel, » where God’s elect–functioning as a democratic polity–would glorify him through their earthly vocations. No Protestant reformer did more to help dignify secular work and inspire Christian engagement in culture. Calvinism would spread to Holland, France, England, Scotland, and New England, where it would shape America’s colonial experiments in self-government. « Calvin came out with a resolute summons to action within the sphere of society, » writes historian Roland Bainton. « Calvinism therefore bred a race of heroes. »

Something less than heroic, however, emerged in Calvin’s Geneva. His view of the church, guiding God’s people with « motherly care, » took a repressive turn once his Reformed vision gained political power in the city council. Although he vigorously attacked Catholicism for its theology of persecution, he soon formulated his own: Faith could not be compelled, but neither could civil or religious authorities tolerate false teachings. Dissent–viewed as both a political and spiritual threat–was criminalized. A denial of predestination meant banishment. « When God is blasphemed in a most loathsome manner, when souls are led to perdition by godless and destructive teachings, then it is necessary to find the remedy which will prevent the deadly poison from spreading. »

When it came to the poison of heresy, the safest remedy was execution. Calvin’s infamous role in the trial and death of Michael Servetus, condemned and burned as a heretic in Geneva in 1553, shocked the conscience of the Protestant community. Many accused the Protestant leaders in Geneva of adopting the « popish » ways of the Catholic Church. Sebastian Castellio, a linguist and colleague, broke with Calvin over the principle of religious toleration: « I do not see how we can retain the name of Christian, » Castellio said, « if we do not imitate His clemency and mercy. »

Calvin did not yield an inch. Invoking Old Testament passages condemning the worship of false gods, he defended the use of violence against those who challenged orthodoxy and threatened the purity of the elect. Detractors were presumed to be insincere, morally debased–or worse. Despite their dark view of human nature, Calvin and his followers seemed to invite a new form of hubris into the church. « They did not usually act as if they believed what their own theology said about the huge gap between divine omniscience and human finitude, » writes Notre Dame historian Mark Noll, « nor did they seem to really believe their own claim that even believers continued to abuse the gifts of God for idolatrous, selfish ends. »

Thus, John Calvin and the Reformed tradition he launched were simultaneously medieval and modern. Much like his Catholic antagonists, Calvin viewed the political and religious realms as part of an unbroken spiritual unity. For all his theological innovation, he never imagined that the church could maintain its fidelity to the truth without the assistance of the state.

Nevertheless, Calvin anticipated the modern, liberal world by demanding that church authority yield to individual judgment when its traditions seemed to contradict conscience and the word of God. He insisted on the functional independence of the church from the state. He emphasized the spiritual freedom and equality of all believers, regardless of their station in life. In this way, Calvin helped sanctify a doctrine of liberty that democratic reformers–from John Locke to James Madison–would put to good use.

Joseph Loconte is a senior research fellow at The King’s College in New York City and a frequent contributor to THE WEEKLY STANDARD. He is working on a book on the history of religious freedom in the West.

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Une réponse à Calvin/500e: Grandeurs et misères de la tolérance – les Protestants aussi! (Calvin’s mixed political legacy)

  1. paul calfyan dit :

    Tout à fait d’accord avec vous, le 5è centenaire de la naissance de Jean CALVIN ne doit pas faire oublier la mémoire de Michel SERVET, médecin, humaniste et théologien, victime de l’intolérance du maître de Genève, exécuté par le feu le 27 octobre 1553. (Notons aussi que cette année 2009 correspond aussi au 5è centenaire de la naissance d’Etienne Dolet, autre humaniste, en avance de 3 siècles sur son temps, condamné au bûcher pour « délit d’opinion » le 3 août 1546.) (La poste française a émis récemment 2 timbres-poste, l’un à l’effigie de Calvin, l’autre représentant Etienne Dolet.)
    « L’exécution à Genève en 1553 de Michel Servet (pour cause de refus de la doctrine trinitaire) indigne Castellion, [le traducteur de la Bible en langue moderne pour l'époque] et il publie, sous un pseudonyme, le Traité des hérétiques, une anthologie de textes anciens et récents qui condamnent la mise à mort pour opinion doctrinale déviante. Théodore de Bèze répond par un traité qui justifie l’exécution de Servet. Castellion réplique par Contre
    le libelle de Calvin qui ne paraîtra, pour cause de censure, qu’en 1612.

    Dans ce traité se trouve une phrase fameuse : « Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. » » (extrait de la notice du Musée virtuel du Protestantisme français)

    Pas de rue Servet à Noyon ! Mais notons qu’en 1903 a été élevé à Champel , (Genève), sur le lieu de l’exécution de Servet, un monument expiatoire, avec ces mots :

    «Fils respectueux et reconnaissants de Calvin, notre grand
    réformateur, mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle et fermement attachés à la liberté de conscience selon les vrais principes de la Réformation et de l’Évangile, nous avons élevé ce monument expiatoire».

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