Médias: La différence entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait (You can’t offend the conscience of France)

Bamako's Al Dura's squareLa différence (…) entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait. (…) Dans les médias privés, tout le monde dépend de l’État d’une façon ou d’une autre (…) Dès qu’il s’agit de politique étrangère, il n’y a plus aucune indépendance, ni dans les médias publics ni dans les médias privés. (…) L’ironie est que les médias français se plaignent de ce que les journalistes américains soient très liés à l’armée américaine en Irak, mais ils ne reconnaissent pas qu’ils sont eux-mêmes très liés au gouvernement français, à Paris. Philippe Karsenty
Voilà sept ans qu’une campagne obstinée et haineuse s’efforce de salir la dignité professionnelle de notre confrère Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jerusalem. Voilà sept ans que les mêmes individus tentent de présenter comme une “supercherie” et une “série de scènes jouées” , son reportage montrant la mort de Mohammed al-Doura, 12 ans, tué par des tirs venus de la position israélienne, le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza, lors d’un affrontement entre l’armée israélienne et des éléments armés palestiniens. Appel du Nouvel observateur (27 mai 2008)
Karsenty, c’est le croisement de Faurisson et de Meyssan. Me Francis Szpiner (avocat d’Enderlin)
Vengeance pour le sang de Mohammed Al-Dura! (Cris de la foule qui a lynché deux réservistes de l’armée israélienne en civil, le 12 octobre 2000)
Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. (…) J’ai coupé les images de l’agonie de l’enfant. C’était trop insupportable. L’histoire était racontée, l’information donnée, ça n’aurait rien ajouté. Quant au moment où le gamin reçoit des balles, il n’a même pas été filmé. Charles Enderlin
Charles Enderlin peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux de France 2 diffusés aux heures de grande audience, et, qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères. (…) L’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Tala Abu Rahma communiquées par France 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure…” (…) “Les attestations produites par les soins du cameraman ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles. Arrêt de la Cour d’appel de Paris (mai 2008)
Charles Enderlin est la conscience de la France dès qu’il s’agit du Proche-Orient, et vous avez offensé leur conscience? Brooke Goldstein (The Middle East Quarterly)

Après les deux premières intifadas et Beyrouth 2006, voici… Gaza 2008 et la 3e intifada?

Alors que deux ans après le Hezbollah au nord, les autres supplétifs des mollahs dans la région vont enfin pouvoir tester en grandeur nature les nouvelles armes et les formations accumulées pendant la trêve …

Avec surtout la parade quotidienne de panaches de fumée, destructions et victimes exhibées des populations-otages dont ils se sont faits une spécialité …

Retour sur l’autre partie du dispositif de ce qui est devenu une véritable guerre de l’information pour dénoncer la fameuse et prétendue “riposte disproportionnée” d’Israël sans laquelle rien de tout cela ne serait possible, à savoir les s

Et notamment dans la France d’Aragon et de Sartre, l’auteur de l’image-choc qui avait il y a huit ans lancé la 2e intifada (celle du prétendu assassinat par l’Armée israélienne du petit Mohamed Al Doura), l’inamovible correspondant de la télévision d’Etat France 2, Charles Enderlin.

Qui, comme le montre son principal détracteur Philippe Karsenty dans un récent entretien du Middle East Quarterly traduit en français par Marcoroz, y jouit toujours, même après la démonstration lors du procès qu’il vient de perdre des incroyables incohérences du reportage en question, d’une fonction de quasi-conscience morale …

Morceaux choisis:

La différence (…) entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait. (…) Dans les médias privés, tout le monde dépend de l’État d’une façon ou d’une autre, ce qui explique que les médias aient refusé de rendre compte de mon procès, même après que des médias étrangers aient commencé à en parler. Dès qu’il s’agit de politique étrangère, il n’y a plus aucune indépendance, ni dans les médias publics ni dans les médias privés. (…) Mais pour eux, admettre qu’ils travaillent avec des gens qui sont des magouilleurs et des menteurs, ce serait une vraie révolution. C’est la même chose en Irak et dans la plupart des pays du Moyen-Orient. (…) L’ironie est que les médias français se plaignent de ce que les journalistes américains soient très liés à l’armée américaine en Irak, mais ils ne reconnaissent pas qu’ils sont eux-mêmes très liés au gouvernement français, à Paris. Une chose est sûre, il existe à Paris, entre les médias et les personnalités politiques, une relation incestueuse. (…) Les Français s’en moquent. Ils croient qu’ils ont la liberté d’expression parce qu’ils vivent dans un pays où ils ont le droit de dire que Chirac est un crétin. Ils ne se rendent pas compte à quel point, sur les questions internationales, le discours acceptable est uniforme.

On n’a pas besoin d’acheter des gens qui sont déjà complètement manipulés. Charles Enderlin est comme un capo di tutti capi, une sorte de parrain : une autorité morale. J’ai dû affronter dans cette affaire la plus grosse huile de la corporation journalistique au Proche-Orient. Enderlin avait même l’habitude de donner des conseils aux diplomates. Laissez-moi vous donner un exemple. Un journaliste français m’a rapporté que le jour où Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires Étrangères, s’était rendu à Jérusalem, il avait rassemblé tous les correspondants français à l’ambassade, et avant de prononcer son discours, il avait demandé : « Qu’en pense Charles ? » C’est incroyable.

A la fin du film de France 2, le garçon n’est pas mort. Il relève le coude et il regarde le cameraman. Ces images sont accessibles sur le site Web de Richard Landes et sur Youtube12. Si vous regardez ces images, vous verrez qu’il est évident que le garçon n’est pas mort. Il n’y a pas trace de blessures par balles ni de sang. Ces images n’ont jamais été diffusées en France, mais elles ont été montrées en Angleterre, sur la BBC, ainsi que dans des pays arabes. Ce que je trouve inouï, c’est qu’il n’y ait eu personne pour dire : « Attendez une minute, là, il y a un problème. » Cela n’a pas de sens. Dans un reportage réalisé un an après la prétendue mort de son fils, le père Al Dura dit que la première balle avait atteint son fils au genou droit13, or les images ne montrent pas la moindre trace de sang à cet endroit-là : c’est ridicule. Rien ne tient debout dans sa version, mais personne n’a voulu regarder les images.

CNN a refusé l’offre initiale du cameraman Talal Abou Rahma, qui leur proposait de leur revendre les images, parce qu’il ne pouvait pas en garantir la véracité. Les vingt-sept minutes de rushes donnaient l’impression d’être des scènes jouées et répétées. Un cameraman de Reuters a filmé Rahma en train de filmer d’autres scènes jouées.

Au moment où le gouvernement avait à affronter une campagne si difficile sur le terrain, il a tout simplement voulu enterrer l’affaire Al Dura. Mais les mensonges ont la vie dure. Si la réputation d’Israël est salie dans cette affaire, cela hantera le pays pendant des générations. Il faut noter que des millions de gens continuent à croire au faux antisémite des Protocoles des Sages de Sion. Il existe déjà des timbres-poste à l’effigie de Mohammed Al Dura en Tunisie, en Égypte, en Iran et en Jordanie. Le nom d’Al Dura a été donné à des places au Maroc et au Mali et à des rues dans un certain nombre de grandes villes dans le monde. Daniel Pearl a été décapité devant une photo de Mohammed Al Dura. Il faut révéler l’imposture Al Dura maintenant, pour éviter que nos enfants aient à souffrir des conséquences de ce mensonge.

Nous avons eu entièrement gain de cause : la décision de la Cour d’appel est claire. Toutefois, le tribunal ne pouvait pas décider que les images étaient des scènes jouées, mais plutôt, il a déclaré que je pouvais publier ce que je voulais parce que j’avais des preuves que c’était des scènes jouées. Les termes du texte de l’arrêt établissent que j’ai raison, mais tout ce qui a été dit par le tribunal allait intrinsèquement dans le sens de mon allégation, selon laquelle il s’agissait d’une mise en scène.

Les gens qui se soucient réellement des Arabes me voient en pro-arabe. Dans cette guerre avec Israël, qui souffre le plus ? Les Arabes. L’incitation engendre la haine. Chirac n’était pas un ami des peuples arabes : il était plutôt leur pire ennemi. Il était le meilleur ami des dictateurs arabes, pour des raisons économiques et politiques. Dire aux Arabes d’arrêter d’être prêts à mourir pour des mensonges, c’est les aider à vivre une vie meilleure, et c’est aussi ce que j’ai essayé de faire. Le reportage sur Mohammed Al Dura était une supercherie qui a engendré beaucoup de haine et de violence, ce qui était contraire aux intérêts des populations arabes.

L’ambassadeur et les autres diplomates israéliens ne veulent pas de cette victoire. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires Étrangères a déclaré que je n’étais qu’un particulier, que le gouvernement israélien ne m’avait pas demandé de mener cette bataille, et que je n’avais donc pas le droit de demander qu’Israël me vienne en aide.

Philippe Karsenty : Il faut révéler l’imposture Mohammed Al Dura
Interview de Philippe Karsenty réalisée par Brooke Goldstein et publiée dans le numéro d’automne 2008 de la revue The Middle East Quarterly (version française Marcoroz)

Introduction

Philippe Karsenty est le fondateur et le président de Media-Ratings (www.M-R.fr), une agence française de notation des médias en ligne. En novembre 2004, M. Karsenty avait publié un article intitulé « Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement1 », dans lequel il affirmait que France 2, chaîne de télévision pour laquelle travaillaient Arlette Chabot et Charles Enderlin, avait enfreint les règles du journalisme en diffusant une séquence qui présentait comme un fait réel la prétendue mort de Mohammed Al Dura, un garçon palestinien âgé de douze ans, sous les balles des forces de défense israéliennes (Tsahal). Les images montraient un garçon de douze ans accroupi derrière son père, alors qu’une seule balle sifflait et éclatait à l’arrière-plan. Il est maintenant évident que tout au long des 55 secondes d’images diffusées, personne n’a tiré sur ce garçon et qu’à la fin de la séquence, il était toujours en vie. D’après M. Karsenty, ces images étaient une mise en scène réalisée par le cameraman palestinien Talal Abou Rahma, lequel avait filmé des scènes jouées similaires dans les dix-huit minutes de vidéo que M. Karsenty a visionnées.

Après que France 2 ait diffusé cette séquence en la présentant comme un fait réel et l’ait ensuite distribuée à titre gratuit, d’autres chaînes l’ont diffusée à leur tour. La mort d’Al Dura sous les balles de Tsahal est devenue dans l’ensemble du monde musulman une cause célèbre inspirant la violence et l’antisémitisme2.

Dans son article, Philippe Karsenty avait aussi annoncé qu’il était prêt à défendre sa cause devant un tribunal3. Par la suite, Arlette Chabot et Charles Enderlin lui ont intenté un procès en diffamation devant une juridiction française4.

En première instance, le tribunal, contre l’avis du ministère public qui s’était prononcé en faveur de M. Karsenty en invoquant sa liberté d’expression, a rendu un jugement en faveur d’Arlette Chabot et de Charles Enderlin et a condamné Philippe Karsenty à verser un euro symbolique de dommages et intérêts à chacun des plaignants, une amende de 1 000 euros et 3 000 euros de frais de procédure5.

En septembre 2007, la onzième chambre de la Cour d’appel de Paris a entendu l’affaire Karsenty en appel. Le juge a ordonné à France 2 de produire les vingt-sept minutes de rushes. M. Enderlin a alors affirmé qu’il n’était pas en possession du reste de l’enregistrement vidéo. Trois journalistes français qui avaient été invités par France 2 à visionner ces images ont attesté avoir visionné vingt-quatre minutes de film précédant la séquence Al Dura, pendant lesquelles de jeunes Palestiniens jouaient des scènes devant les caméras de télévision, tombant et se relevant quand ils croyaient que personne ne les observait6. Finalement, sur l’ensemble de la vidéo, dix-huit minutes d’images seulement ont été présentées au tribunal, et aucune de ces images ne montrait Al Dura tué. À la fin de la séquence montrée au tribunal, il est même clairement visible que le garçon est toujours en vie7.
Le 21 mai 2008, Philippe Karsenty a gagné en appel8.

1 “France 2: Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement”, Media-Ratings, 22 novembre 2004.

2 The Jerusalem Post, 21 mai 2008.

3 “Arlette Chabot et Charles Enderlin”, Media-Ratings, 22 novembre 2004.

4 “France 2 Counters Accusations with Lawsuits”, Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America (CAMERA), Boston, 18 janvier 2007.

5 Ibid.

6 Denis Jeambar et Daniel Leconte, interview sur RCJ, 1er février 2005, in “Backgrounder: Mohammed Al Dura, Anatomy of a French Media Scandal”, CAMERA, 21 mai 2008.

7 JTA News Service, 15 novembre 2007; Israel News Agency, 21 novembre 2007; “Backgrounder: Mohammed Al Dura.”

8 Associated Press, 21 mai 2008; The Jerusalem Post, 21 mai 2008.

Philippe Karsenty : Il faut révéler l’imposture Mohammed Al Dura

Cette interview a été réalisée par Brooke Goldstein en deux temps : la première partie à New York le 4 octobre 2007, et la seconde par téléphone le 27 mai 2008, après la victoire de Philippe Karsenty.

Le procès

Middle East Quarterly : Pour quelles raisons précises la chaîne France 2 vous a-t-elle poursuivi en diffamation ?

Philippe Karsenty : Il était considéré comme diffamatoire de dire que la vidéo de Mohammed Al Dura était un faux, une imposture, que Charles Enderlin s’était trompé, qu’il trompait le public, et qu’il devait être démis de ses fonctions.

MEQ : En quoi consiste la diffamation dans le droit français ?

P.K. : Dans le droit français, il y a diffamation en cas d’incapacité de prouver la vérité d’une allégation au moment où cette allégation a été faite. Cela signifie que même si France 2 présentait maintenant des excuses et reconnaissait sa faute, je pourrais encore ne pas avoir gain de cause, car le tribunal pourrait décider qu’au moment où j’ai publié mes allégations, je n’avais pas assez de preuves pour pouvoir établir que ce que je disais était vrai. C’est un système légal absurde.

MEQ : La vérité n’est donc pas une défense en matière de diffamation ?

P.K. : Si, la vérité est une défense en matière de diffamation, mais il faut que ce soit une vérité connue et prouvée au moment où l’allégation a été faite. La charge de la preuve incombe au défendeur. Si le gouvernement israélien avait poursuivi France 2 en diffamation, par exemple, la situation aurait été inversée : France 2 aurait été obligée de défendre sa calomnie au lieu de m’accuser de diffamation.

MEQ : Pourquoi ne poursuivez-vous pas France 2 pour diffamation ou pour tromperie ? Pourquoi êtes-vous sur la défensive ?

P.K. : Ce procès aurait dû être engagé par l’État israélien, qui n’a pas saisi cette opportunité. Shurat Hadin, un cabinet juridique israélien d’intérêt public, a tenté de faire retirer les accréditations de presse de France 2, mais le gouvernement israélien a refusé, et la Cour Suprême israélienne n’a pas encore rendu son verdict dans cette affaire.

MEQ : Comment cela se fait-il?

P.K. : Apparemment, le gouvernement israélien préfère apaiser ses ennemis plutôt que de contre-attaquer.

MEQ : Ne pourriez-vous pas faire un procès à France 2 pour diffamation à votre encontre et à l’encontre de l’État d’Israël ?

P.K. : Selon le droit français, je n’aurais pas qualité à agir, puisque ce n’est pas moi qui ai été diffamé.

MEQ : En première instance, le juge avait estimé qu’il n’y avait pas lieu d’examiner les images du reportage sur Mohammed Al Dura. Que peut-on en conclure sur le droit de regard dans les tribunaux français et sur les règles de procédure ? Comment le juge est-il censé déterminer quoi que ce soit concernant des prises de vue, s’il ne se préoccupe pas de les voir ?

P.K. : Le juge a dit que dans la mesure où je n’avais pas vu les images à cette époque, le tribunal n’avait pas à en tenir compte. C’est vrai, je n’avais pas vu ces images, mais je connaissais des gens qui les avaient vues et qui m’avaient parlé de leur contenu, et c’est la raison pour laquelle je m’étais senti suffisamment sûr de moi pour en arriver à la conclusion à laquelle j’étais arrivé.

MEQ : Cependant, votre conclusion reposait sur un ouï-dire.

P.K. : Ma première conclusion reposait sur ce que j’avais pu voir du bulletin d’information de France 2 sur Mohammed Al Dura, sur les allégations de Nahum Shahaf9 [physicien israélien et réserviste au département d’intelligence optique de Tsahal – NDLR], et sur les recherches que j’avais menées par la suite. Ce qui avait été montré au public était ridicule. Pendant ces quelques minutes, Mohammed Al Dura ne montrait aucun signe d’agonie, et aucun des acteurs n’était touché par la moindre balle.

MEQ : Vous avez dit que les vingt-sept minutes de rushes qui, initialement, n’avaient pas été montrées au public, étaient pour la plus grande partie des scènes jouées. La juge de la Cour d’appel, Laurence Trébucq, a ordonné la diffusion de ces images, mais seulement dans l’enceinte du tribunal. Pourquoi ne fait-elle pas diffuser ces images au grand public ?

P.K. : Nous ne le savons pas encore.

MEQ : Dans le jugement en votre défaveur en première instance, le juge n’avait pas suivi l’avis du ministère public, selon lequel rien ne prouvait que vous auriez agi par animosité personnelle, mais le juge avait aussi semblé gêné quand il avait délivré ce jugement contre vous, et il avait finalement accordé très peu aux plaignants. Qu’est-ce que cela vous suggère ?

P.K. : Que le juge n’était peut-être pas à l’aise, qu’il avait peut-être reçu des instructions, et qu’il n’était pas fier de ce qu’il faisait.

MEQ : Reçu des instructions de qui?

P.K. : Peut-être des instructions ou un conseil du ministre de la Justice ou de son entourage. Au passage, les juges ne sont pas compétents en matière de médecine légale ni de balistique, et cependant ils ne se sont pas fondés sur la moindre expertise dans ce domaine.

MEQ : Vous voulez dire que le système judiciaire français n’est pas indépendant ?

P.K. : Je ne dis pas qu’aucun juge n’a cette indépendance. Tout ce que je dis, c’est que si on lit le verdict qui a été publié il y a deux ans, il semble que ce ne soit pas vraiment un jugement prononcé en toute indépendance.

MEQ : Y aurait-il eu corruption, dans votre affaire?

P.K. : Pas du tout. On n’a pas besoin d’acheter des gens qui sont déjà complètement manipulés. Charles Enderlin est comme un capo di tutti capi, une sorte de parrain : une autorité morale. J’ai dû affronter dans cette affaire la plus grosse huile de la corporation journalistique au Proche-Orient. Enderlin avait même l’habitude de donner des conseils aux diplomates. Laissez-moi vous donner un exemple. Un journaliste français m’a rapporté que le jour où Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires Étrangères, s’était rendu à Jérusalem, il avait rassemblé tous les correspondants français à l’ambassade, et avant de prononcer son discours, il avait demandé : « Qu’en pense Charles ? » C’est incroyable.

MEQ : Donc, Charles Enderlin est la conscience de la France dès qu’il s’agit du Proche-Orient, et vous avez offensé leur conscience ?

P.K. : Je ne vous le fais pas dire.

MEQ : Qui finance votre procès?

P.K. : Je l’ai financé moi-même. J’ai été agent de change, et j’ai ensuite commencé à travailler comme consultant financier dans des entreprises. J’ai aussi perçu des honoraires pour des conférences données aux États-Unis.

MEQ : D’autres aussi ont dit que les images de Mohammed Al Dura étaient truquées. Pourquoi France 2 vous a-t-elle pris pour cible, vous et vous seul ?

P.K. : Oui, Gérard Huber l’a dit10, James Fallows a dit que le garçon n’avait pas été tué par Tsahal, mais il n’a pas dit que c’était une mise en scène11. S’ils m’ont pris pour cible, c’est parce qu’au moment où j’ai publié cela, j’avais une certaine crédibilité avec Media-Ratings [l’agence de surveillance des médias fondée par Philippe Karsenty en 2004 – NDLR], et j’avais déjà été invité à discuter de toutes sortes de sujets et d’inexactitudes relevées dans les médias.

MEQ : Il existe plusieurs théories différentes au sujet de ce que serait devenu Mohammed Al Dura. Selon certains, il aurait été tué par les Palestiniens, et selon d’autres, il est toujours en vie à la fin de la séquence vidéo mais sans qu’on puisse dire s’il vit encore aujourd’hui. Quelle est votre version des faits ?

P.K. : Nous ne devons pas parler de théories, mais de faits et de preuves. A la fin du film de France 2, le garçon n’est pas mort. Il relève le coude et il regarde le cameraman. Ces images sont accessibles sur le site Web de Richard Landes et sur Youtube12. Si vous regardez ces images, vous verrez qu’il est évident que le garçon n’est pas mort. Il n’y a pas trace de blessures par balles ni de sang. Ces images n’ont jamais été diffusées en France, mais elles ont été montrées en Angleterre, sur la BBC, ainsi que dans des pays arabes. Ce que je trouve inouï, c’est qu’il n’y ait eu personne pour dire : « Attendez une minute, là, il y a un problème. » Cela n’a pas de sens. Dans un reportage réalisé un an après la prétendue mort de son fils, le père Al Dura dit que la première balle avait atteint son fils au genou droit13, or les images ne montrent pas la moindre trace de sang à cet endroit-là : c’est ridicule. Rien ne tient debout dans sa version, mais personne n’a voulu regarder les images.

MEQ : Des preuves circonstancielles vont dans le sens de votre thèse, selon laquelle l’affaire Al Dura serait une accusation de meurtre rituel montée de toutes pièces. Ainsi, par exemple, CNN a refusé l’offre initiale du cameraman Talal Abou Rahma, qui leur proposait de leur revendre les images, parce qu’il ne pouvait pas en garantir la véracité. Les vingt-sept minutes de rushes donnaient l’impression d’être des scènes jouées et répétées. Un cameraman de Reuters a filmé Rahma en train de filmer d’autres scènes jouées. Sur quoi s’était fondé le Tribunal de Grande Instance pour rendre une décision en votre défaveur ?

P.K. : Le refus du gouvernement israélien de remettre en question ce reportage a été un élément important. Le tribunal avait reçu une lettre de M. Jacques Chirac [alors Président de la République – NDLR], dans laquelle celui-ci vantait l’intégrité journalistique de Charles Enderlin. Nous avions l’un et l’autre produit des témoignages, mais les plaignants avaient fait venir des Palestiniens qui avaient attesté que les Israéliens avaient tiré sur le père et le fils en utilisant des avions, des hélicoptères et des missiles anti-tank, alors même que rien de tout cela n’apparaissait sur les images. Bien que les témoignages des plaignants aient paru ridicules, le juge a déclaré : « Ils ont témoigné, et nous ne pouvons pas écarter cela au motif qu’ils sont palestiniens. Ils y étaient, pas vous. »

MEQ : Comment se fait-il que Chirac ait adressé une lettre au tribunal pour le compte de Charles Enderlin ?

P.K. : Chirac a écrit une lettre pour recommander Charles Enderlin et pour louer son attachement à l’exactitude des faits dans son dernier livre14. L’équipe de Chirac savait que cette lettre serait utilisée au cours du procès, mais cette lettre ne concernait pas directement le reportage sur Mohammed Al Dura. Chirac a fait cela pour promouvoir son idée de la politique arabe de la France.

MEQ : Après que le Tribunal de Grande Instance ait rendu un jugement contre vous – en partie parce que le gouvernement israélien n’était pas venu vous défendre – l’armée israélienne a écrit à Charles Enderlin pour lui demander de lui remettre les prises de vue et pour affirmer que la décision du tribunal ne reflétait pas de façon correcte la position de Tsahal, et qu’ils voulaient voir ces images15. Est-ce que c’était une réaction à la décision du tribunal, ou bien un virage à 180 degrés dans la position des officiels israéliens ?

P.K. : Nous avons désespérément tenté d’obtenir cette lettre de Tsahal.

MEQ : Qu’est-ce qui a contribué à ce changement dans l’attitude du gouvernement israélien à votre égard ?

P.K. : Au moment où le gouvernement avait à affronter une campagne si difficile sur le terrain, il a tout simplement voulu enterrer l’affaire Al Dura. Mais les mensonges ont la vie dure. Si la réputation d’Israël est salie dans cette affaire, cela hantera le pays pendant des générations. Il faut noter que des millions de gens continuent à croire au faux antisémite des Protocoles des Sages de Sion. Il existe déjà des timbres-poste à l’effigie de Mohammed Al Dura en Tunisie, en Égypte, en Iran et en Jordanie. Le nom d’Al Dura a été donné à des places au Maroc et au Mali et à des rues dans un certain nombre de grandes villes dans le monde. Daniel Pearl a été décapité devant une photo de Mohammed Al Dura. Il faut révéler l’imposture Al Dura maintenant, pour éviter que nos enfants aient à souffrir des conséquences de ce mensonge.

MEQ : Il est évident que Jérusalem devrait réagir. Pourquoi le gouvernement israélien ne fait-il rien maintenant ?

P.K. : Certaines personnes qui ne faisaient pas partie du gouvernement israélien à l’époque où l’erreur a été commise se sont servies de cette absence comme d’une excuse : « Puisque ce n’est pas nous qui l’avons faite, ce n’est pas à nous qu’il incombe de la réparer. » Pour d’autres, c’est une question d’ego. Ils ne veulent pas admettre qu’ils ont fait une erreur au début.

MEQ : Pourquoi Daniel Seaman, le directeur du bureau de presse du gouvernement israélien, n’écoute-t-il pas le cabinet juridique Shurat Hadin et ne retire-t-il pas à France 2 ses accréditations ?

P.K. : Seaman est un homme remarquable : posez-lui la question. Vous pouvez imaginer à quel point l’establishment israélien fait pression sur lui.

MEQ : Pensez-vous qu’Israël et les États-Unis soient en train de perdre la guerre de l’information ?

P.K. : Quelle guerre ? Ils ont déjà perdu, car ils ne se sont même pas souciés de se battre.

MEQ : En France, les médias n’ont-ils pas des comptes à rendre ? Existe-t-il une instance de contrôle indépendante ?

P.K. : Il y a un médiateur, chargé de l’interface entre France Télévisions et le public. Quand je m’étais adressé à lui, il avait couvert le mensonge, mais il a été remplacé quatre ans plus tard. J’ai appelé son successeur, qui s’est d’abord montré enthousiaste à l’idée de me rencontrer mais qui m’a rappelé plus tard pour me dire que son patron avait interdit cette entrevue. Mais j’ai dû rencontrer peut-être une vingtaine de personnes chez France 2, à tous les échelons de la hiérarchie, avant que l’affaire soit portée au tribunal.

MEQ : Qu’est-ce qui empêche que quelqu’un, chez France 2, détruise la vidéo ?

P.K. : J’ignore si quelqu’un possède une copie en dehors de France 2. Chez Fox News, quelqu’un a comparé cette affaire à celle des bandes magnétiques de Nixon. Pour la petite histoire, il y avait aussi un trou de dix-huit minutes dans les bandes magnétiques de Nixon. Quand nous apporterons la preuve qu’un média international a utilisé des images truquées et fausses, cela fera du bruit. Quand la vérité sortira, cela fera l’effet d’une bombe – je veux dire, si la vérité finit vraiment par se savoir. Plutôt que de reconnaître sa responsabilité, France 2 dira sans doute que j’ai émis mes déclarations de bonne foi mais que je n’ai pas prouvé que les images étaient truquées. C’est peut-être de cette manière qu’ils comptent balayer l’affaire sous le tapis.

MEQ : Pensez-vous que les médias français cherchent à apaiser la population musulmane du pays ?

P.K. : Ce que font les médias va bien au-delà de l’apaisement, c’est carrément de provocation qu’il s’agit.

MEQ : Vous voulez dire que France 2 a réellement cherché à inciter à la violence contre la population juive en diffusant les images de Mohammed Al Dura ?

P.K. : Oui, elle s’en est servie comme d’une forme de pression sur Israël. Chirac a pris les Juifs français en otages. C’est comme s’il avait dit à l’État d’Israël : « J’ai 600 000 Juifs en France, et si vous ne vous conduisez pas comme il faut avec les Palestiniens, nous montrerons ces images et les Juifs de France se feront attaquer. »

MEQ : Les Français pensent-ils que c’est simplement votre problème ou que le problème ne concerne que les Juifs ? Ou bien, voient-ils les implications à plus grande échelle ? Ne se sentent-ils pas insultés, de voir leurs médias leur mentir ?

P.K. : Pour les Français, si c’est dans les journaux ou à la télévision, alors c’est vrai. Mais grâce à cette histoire, les choses sont en train d’évoluer.

MEQ : Les médias français persistent à ignorer votre affaire. Pourquoi ?

P.K. : J’appelle la France une « petite U.R.S.S. » La différence, cependant, entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait, alors que les Français croient qu’ils savent la vérité.

MEQ : La situation va-t-elle changer sous la présidence de Nicolas Sarkozy ?

P.K. : Maintenant, c’est lui le responsable. France 2 est une télévision d’État, Sarkozy en est donc le patron. Il devrait obliger France 2 à présenter des excuses au monde entier. En 2005, je lui avais apporté tous les documents. En avril 2008, j’ai rencontré deux de ses conseillers, qui ont reconnu que toutes ces images étaient des scènes jouées. Mais jusqu’à présent, Sarkozy n’a pas bougé.

MEQ : Qu’en est-il de l’indépendance des médias français ?

P.K. : Dans les médias privés, tout le monde dépend de l’État d’une façon ou d’une autre, ce qui explique que les médias aient refusé de rendre compte de mon procès, même après que des médias étrangers aient commencé à en parler. Dès qu’il s’agit de politique étrangère, il n’y a plus aucune indépendance, ni dans les médias publics ni dans les médias privés.

MEQ : Pensez-vous que les gens de la presse, dans son ensemble, sachent qu’ils sont coupables de confiance abusive envers les magouilleurs palestiniens ?

P.K. : Oui. Mais pour eux, admettre qu’ils travaillent avec des gens qui sont des magouilleurs et des menteurs, ce serait une vraie révolution. C’est la même chose en Irak et dans la plupart des pays du Moyen-Orient.

MEQ : Dans la façon dont la presse française a couvert cette affaire, du moins, dans le peu qu’elle a couvert, y a-t-il eu des différences ?

P.K. : La plupart des médias ont été contre moi. Le plus grand hebdomadaire de France, le Nouvel Observateur, a lancé une pétition de soutien aux mensonges d’Enderlin. Et vous savez quoi ? Des centaines de journalistes, de personnalités et de simples particuliers l’ont signée16.

MEQ : Comment se fait-il que les médias français aient une orientation non seulement anti-israélienne et anti-américaine, mais aussi pro-arabe ?

P.K. : Les Français n’aiment pas du tout les Arabes. La preuve ? Ils les maltraitent en France. Mais ils se sentent coupables de la façon dont ils les ont traités dans les colonies.

MEQ : Percevez-vous une hostilité envers les Juifs ?

P.K. : Oui, les Français ne pardonneront jamais aux Juifs d’avoir révélé la collaboration française dans la Shoah. C’est une des motivations à dépeindre Israël comme un État nazi. C’est pour les Français une façon de dire : « Nous ne nous sommes pas comportés plus mal que ce que les Juifs font maintenant. » Cela leur permet de se sentir moins responsables de leur collaboration avec les nazis.

MEQ : Que pensez-vous que sera l’avenir du journalisme d’actualité en France, maintenant que la France lance un service d’information vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans le genre de CNN ? Un tel réseau apportera-t-il un progrès dans le journalisme en France ?

P.K. : Non. Il faudrait pour cela un changement majeur au plan culturel. L’ironie est que les médias français se plaignent de ce que les journalistes américains soient très liés à l’armée américaine en Irak, mais ils ne reconnaissent pas qu’ils sont eux-mêmes très liés au gouvernement français, à Paris. Une chose est sûre, il existe à Paris, entre les médias et les personnalités politiques, une relation incestueuse.

MEQ : Récemment, vous avez gagné en appel ?

P.K. : Oui, nous avons eu entièrement gain de cause : la décision de la Cour d’appel est claire. Toutefois, le tribunal ne pouvait pas décider que les images étaient des scènes jouées, mais plutôt, il a déclaré que je pouvais publier ce que je voulais parce que j’avais des preuves que c’était des scènes jouées. Les termes du texte de l’arrêt établissent que j’ai raison, mais tout ce qui a été dit par le tribunal allait intrinsèquement dans le sens de mon allégation, selon laquelle il s’agissait d’une mise en scène.

MEQ : Avez-vous été indemnisé pour le préjudice, les coûts et les frais d’avocats ?

P.K. : Non. L’ensemble de la procédure m’a coûté de l’argent.

MEQ : Comment cela se fait-il ?

P.K. : En vertu du système français, j’ai dû verser aux avocats une commission de succès, et je trouve que c’est une bonne chose. Cependant, compte tenu de la réaction et de l’attitude épouvantable du gouvernement israélien, j’ai décidé que ce serait la dernière fois que je me bats pour Israël. France 2 a même déposé un pourvoi en cassation.

MEQ : Quelles ont été les réactions ?

P.K. : L’ambassadeur et les autres diplomates israéliens ne veulent pas de cette victoire. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires Étrangères a déclaré que je n’étais qu’un particulier, que le gouvernement israélien ne m’avait pas demandé de mener cette bataille, et que je n’avais donc pas le droit de demander qu’Israël me vienne en aide17.

MEQ : Des médias français ont-ils fait état de votre victoire ?

P.K. : Au début, non, bien sûr que non, mais le Wall Street Journal en a rendu compte abondamment18. Il y a eu aussi un court article dans Le Monde19. Le Monde a dit que France 2 avait perdu, mais pas que j’avais gagné. Cela fait une différence. Et maintenant, Le Figaro a publié un éditorial et une note confidentielle20. Et nous nous attendons à ce qu’il y en ait davantage bientôt.

MEQ : Selon vous, quel sera l’impact de cette décision sur France 2 et sur le journalisme français au Proche-Orient ?

P.K. : Il sera très faible, parce que les médias français continuent à couvrir ce mensonge et parce que le gouvernement israélien ne veut pas se servir de cette victoire pour s’élever contre les mensonges des médias occidentaux. Les choses pourraient changer si les diplomates israéliens faisaient leur travail et si Sarkozy faisait le sien. Il devrait obliger France 2 à reconnaître l’escroquerie et à présenter des excuses au monde entier.

MEQ : Quelles sont les implications de votre procès pour les juifs et les musulmans de France ?

P.K. : Les gens qui se soucient réellement des Arabes me voient en pro-arabe. Dans cette guerre avec Israël, qui souffre le plus ? Les Arabes. L’incitation engendre la haine. Chirac n’était pas un ami des peuples arabes : il était plutôt leur pire ennemi. Il était le meilleur ami des dictateurs arabes, pour des raisons économiques et politiques. Dire aux Arabes d’arrêter d’être prêts à mourir pour des mensonges, c’est les aider à vivre une vie meilleure, et c’est aussi ce que j’ai essayé de faire. Le reportage sur Mohammed Al Dura était une supercherie qui a engendré beaucoup de haine et de violence, ce qui était contraire aux intérêts des populations arabes.

MEQ : Considérez-vous que votre procès contribuera à garantir la liberté d’expression en France ?

P.K. : Non. Les Français s’en moquent. Ils croient qu’ils ont la liberté d’expression parce qu’ils vivent dans un pays où ils ont le droit de dire que Chirac est un crétin. Ils ne se rendent pas compte à quel point, sur les questions internationales, le discours acceptable est uniforme.

MEQ : Avez-vous envisagé de poursuivre Charles Enderlin en diffamation ?

P.K. : Un certain nombre de personnes et de médias m’ont diffamé pour tenter d’influencer le cours de la justice. J’ai bien pensé à les poursuivre, mais à quoi bon ? Au final, quand j’ai gagné ce procès, au lieu d’être indemnisé, mes avocats m’ont couvert de notes d’honoraires et autres frais de justice. Pendant ces six dernières années, j’ai pris des risques physiques, et cela a été épuisant. Si je les poursuis, cela ne me prendra que plus de temps encore. Je veux me consacrer à nouveau à mes activités professionnelles. Et je respecte aussi la liberté d’expression de mes adversaires, même lorsqu’elle consiste à me diffamer. On ne devrait pas lutter contre la diffamation avec des procès en justice mais avec la vérité.

MEQ : Et ensuite ?

P.K. : Au bout du compte, cette affaire ne se réglera pas dans un tribunal : elle se réglera politiquement.

MEQ : Au tribunal de l’opinion publique ?

P.K. : Non, avec Sarkozy. Il faut qu’il fasse quelque chose. Autrement, il faudra peut-être que je lance une campagne pour montrer que Sarkozy ne veut pas inverser le mouvement d’antisémitisme d’État lancé par Chirac.

(avec l’aimable autorisation de The Middle East Quarterly et de Philippe Karsenty)

9 “Backgrounder: Mohammed Al Dura”.

10 Gérard Huber, “Misère de journalistes, misère de républicains”, 14 juin 2008, accédé le 24 juin, 2008.

11 James Fallows, “Who Shot Mohammed Al Dura?”, Atlantic Monthly, juin 2003.

12 Richard Landes, Al Durah: The Birth of an Icon. What Happened? Accédé le 24 juin 2008; “Al Dura Affair: The 10 Seconds Never Shown by France 2″, Youtube, accédé le 24 juin 2008.

13 “Personal Testimonies, Jamal Al Durra”, transcription d’une discussion en ligne sur Arabia.com, 30 octobre 2000, Addameer.org.

14 Chirac to Enderlin, Media-Ratings, 25 février 2004, accédé le 11 juin 2008.

15 The Jerusalem Post, 17 septembre 2007.

16 “Appel: Pour Charles Enderlin”, Le Nouvel Observateur (Paris), 23 juin 2008.

17 The Media Line (New York), 29 mai 2008.

18 Nidra Poller, “A Hoax?” The Wall Street Journal, Europe, 27 mai 2008; “Al-Durra Case Revisited”, The Wall Street Journal, Europe, 27 mai 2008.

19 Le Monde (Paris), 24 mai 2008.

20 Ivan Rioufol, “Les médias, pouvoir intouchable ?” Le Figaro (Paris), 13 juin 2008.

Voir aussi Daniel Leconte:

“The only ones who could hit the child were the Palestinians from their position. If they had been Israeli bullets, they would be very strange bullets because they would have needed to go around the corner. (…) It could happen once, but that there should be eight or nine of them, which go around a corner? They’re just saying anything,”

“four years later, no one can say for certain who killed him (al-Durra), Palestinians or Israelis.”

“I think that if there is a part of this event that was staged, they have to say it, that there was a part that was staged, that it can happen often in that region for a thousand reasons “At the moment of the shooting, it’s no longer acting, there’s really shooting, there’s no doubt about that,” Leconte told Cybercast News Service.

“the image corresponded to the reality of the situation, not only in Gaza but also in the West Bank.” “I find this, from a journalistic point of view, hallucinating,” “That a journalist like him (Enderlin) can be driven to say such things is very revealing of the state of the press in France today,”

“Who will say it, I don’t know, but it is important that Enderlin or France 2 should say, that on these pictures, they were wrong – they said things that were not reality

“Enderlin would be better off recognizing it. That would resolve at least one part of the debate”

A bad use of communications can cause an unspeakable evil, giving rise to misunderstandings, prejudices and even conflicts. Pope John Paul II

French TV Sticks By Story That Fueled Palestinian Intifada
Eva Cahen
Cybercast News Service
February 15, 2005

A French journalist and an independent film producer who saw raw, unedited video of the shooting of a Palestinian boy in 2000 said it’s not possible for the boy to have been shot by Israeli soldiers, as a French TVreport claimed. French state television is standing by its claim that the broadcast is authentic. The broadcast purportedly showed 12-year-old Mohammed al-Durra being shot by Israeli soldiers, an event that led to the current Palestinian intifada. But Denis Jeambar, editor-in-chief of the French news weekly l’Express, and filmmaker Daniel Leconte, a producer and owner of the film company Doc en Stock, say the videocassette is full of staged scenes of faked injuries. Jeambar and Leconte were allowed by the France 2 network to view an unedited master video cassette of the incident, which took place in September 2000 at Netzarim Junction in the Gaza Strip. Leconte said he is satisfied that the shooting really happened, but he does not believe the bullets that struck the child could have been fired by Israeli troops. “The only ones who could hit the child were the Palestinians from their position,” Leconte told Cybercast News Service. “If they had been Israeli bullets, they would be very strange bullets because they would have needed to go around the corner.” France 2 earlier tried to explain the situation by claiming that the gunshots that struck al-Durra were bullets that ricocheted off the ground, but Leconte dismissed the argument. “It could happen once, but that there should be eight or nine of them, which go around a corner? They’re just saying anything,” Leconte said. Anewspaper article in the International Herald Tr i b u n e recently quoted the station’s news director as saying that “four years later, no one can say for certain who killed him (al-Durra), Palestinians or Israelis.” Questions surrounding the death of al-Durra generated global publicity, which in turn helped trigger the Palestinian intifada (uprising). Thousands of people – Palestinians and Israelis have lost their lives in the four years since the violence began. France 2 made small, edited portions of its exclusive video clip freely available around the world, saying it did not want to make money out of the tragedy. The broadcast prompted Palestinians to use it as proof of Israeli brutality. When Islamist kidnappers in Pakistan murdered Wall Street Journalreporter Daniel Pearl in 2002, visible in a videoclip of the killing was a poster depicting al-Durra. Lingering questions of authenticity Controversy over the event has simmered for years. It re-emerged late last month when Jeambar and Leconte wrote that the cassette contained scenes of Palestinians playacting at being wounded before the shooting incident, that nothing in the footage proved that the child was really dead, or if killed, that he had been shot by Israeli soldiers. On the contrary, they said, the footage incriminated Palestinian shooters. Their testimony added a major element to the debate because Jeambar and Leconte were two of a handful of independent people who were allowed to view the unedited raw footage. Jeambar and Leconte had gained access to the video after asking France 2to provide proof that its report about al-Durra’s death was genuine. The Sept. 30, 2000 video clip showed a boy identified as al-Durra, cowering behind a man. France 2TVreporter Charles Enderlin said in a voiceover the boy was killed by Israeli gunfire after he and his father were caught in the midst of a gun battle between Israeli security forces and Palestinian gunmen. Enderlin was not present during the actual shooting but claimed in interviews that the cassette, recorded by his Palestinian cameraman Talal Abu Rahma, also contained the death “agony” of the child, images so unbearable he had cut them out to spare his viewers. In a January 2005 article in Le Figaro, Jeambar and Leconte said that when France 2 news director Arlette Chabot showed them the cassette, they were surprised that it did not contain any footage of the child’s “agony.” They also found that the first 20 minutes or so of the cassette showed scenes of young Palestinians “playing at war” in front of the camera, falling as if wounded and then getting up and walking away. Jeambar and Leconte told radio station RCJ that aFrance 2official also present at the meeting had said in reference to the playacting, “You know it’s always like that.” In an interview with Cybercast News Service, Leconte said he was not surprised that Palestinians were using television cameras for propaganda purposes, but added that he found France 2’s statement disturbing at a time when the incident was creating so much controversy and was under investigation. “I think that if there is a part of this event that was staged, they have to say it, that there was a part that was staged, that it can happen often in that region for a thousand reasons,” he said. France 2 communications director Christine Delavennat told Cybercast News Service in an interview that none of the scenes on the cassette was staged and the cameraman and the station stood by that claim. Delavennat has invited the “accusers to bring the proof,” calling the debate “indecent” and warning that the station has already filed eight lawsuits against its accusers, most of them for defamation. Who shot Mohammed? The theory that the footage was staged was advanced by the Israel-based Metula News A g e n c y, whose editor-in-chief Stephane Juff a , concluded following an investigation that the boy’s shooting was faked by actors and that the child subsequently identified as Mohammed al-Durra had been dead and in the morgue hours before the gun battle. Leconte said that after seeing further evidence presented by France 2, he believes the shooting scene itself was real. “At the moment of the shooting, it’s no longer acting, there’s really shooting, there’s no doubt about that,” Leconte told Cybercast News Service. Unless there was an “incredible manipulation” by France 2, Leconte said he believes that both father and son were shot. He cited recent footage in which the father, Jamal al-Durra, showed his scars from bullet wounds. Leconte said that if Juffa believes the whole incident was staged, he would have to provide concrete proof. Ever since the footage was first aired, the Israeli army has been unable to confirm or deny that it was responsible for the child’s death. But in 2002, a German television documentary concluded that Palestinian and not Israeli gunfire killed the boy. When they viewed the footage, Leconte and Jeambar came to the same conclusion. According to Leconte, the man and child were taking shelter behind a concrete barrel that separated them from the Israeli position to their side. Two Palestinian positions were directly in front of them, leading Leconte and Jeambar to conclude that the fatal wounds were fired not by Israelis, but by Palestinians. The credibility of Talal Abu Rahma, the Palestinian cameraman, may be the weakest of all individuals involved in the controversy. He issued a deposition immediately after the incident, swearing that the Israeli army had killed the boy. But according to Juffa as well as Leconte, he later retracted it. Delavennat said the cameraman never retracted his claim. Rahma merely denied making a statement – falsely attributed to him by a human rights group – to the effect that the Israeli army fired at the boy in cold blood, Delavennat explained. France 2reporter Enderlin, in a response in Le Figaro to the question posed by Leconte and Jeambar about why he accused the Israelis of the shooting, said “the image corresponded to the reality of the situation, not only in Gaza but also in the West Bank.” “I find this, from a journalistic point of view, hallucinating,” said Leconte, himself a former journalist. “That a journalist like him (Enderlin) can be driven to say such things is very revealing of the state of the press in France today,” he added. Leconte said the French media display a strong anti-Israel and anti-American bias. The public is also unlikely to question the report’s claim that the Israeli army shot the child, he said. France 2 reluctant to retract Independent investigators have said that the French press is reluctant to criticize the public television channel because, as the prime employer of journalists in the country, it can exert a great deal of pressure. Leconte said that because the pictures had such “devastating” consequences – including the public lynching of two Israeli soldiers and subsequent anti-Semitic statements by French Muslims France 2 or Enderlin need to admit that they gave out wrong information in the report. “Who will say it, I don’t know, but it is important that Enderlin or France 2 should say, that on these pictures, they were wrong – they said things that were not reality,” Leconte said. In his reply, Enderlin did not provide an explanation to Leconte and Jeambar’s revelations in Le Figaro, which in itself was a message, according to Leconte, indicative that his and J e a m b a r’s points were indisputable. “Enderlin would be better off recognizing it. That would resolve at least one part of the debate,” Leconte said. As for the “agony” that Enderlin said he edited out of the report, Leconte and Jeambar said it did not exist on the master cassette. Enderlin told Teleramamagazine late last year that there had been a “misunderstanding,” that he had meant to use the word “agony” to describe the scene of the shooting of Mohammed al-Durra. Nouvel Observateur news magazine on Feb. 10, Enderlin was asked how he would describe the same video images today. He replied that he would say the same things, but that in the editing process he would include footage of the “child’s agony,” raising a question once again about his previous claims. During the first edit, Enderlin said, the video in question was “cut considerably at the time because it made the report too hard.” Despite the fact that Enderlin and France 2have not admitted any errors, the Conseil superieur de l’audiovisuel (CSA) – the French government’s media regulatory council – issued a statement in December asking French television to identify sources and exercise more caution when reporting on international conflicts. Pope John Paul II issued a similar call in J a n u a r y, warning that “a bad use of communications can cause an unspeakable evil, giving rise to misunderstandings, prejudices and even conflicts.” The accusations against the state television station have also gained attention because the French government is developing plans to create an international French-language news channel.

4 réponses à Médias: La différence entre l’Union Soviétique et la France, c’est que les Soviétiques savaient qu’on leur mentait (You can’t offend the conscience of France)

  1. maximus dit :

    J’habite en France et je peux vous garantir que les medias francais sont antisemites et ne ratent pas une occasion pour salir l’image d’Israel. Je ne suis pas juif, mais catholique, donc je n’ai pas d’interet a mentir. Je sens beaucoup aussi a travers les conversations que j’ai avec le Francais de la rue comment il est manipulé vis a vis du probleme israelo-palestinien.

  2. [...] coopération sans faille d’un véritable petite armée de faussaires de l’information à la Charles Enderlin ou de journalistes-combattants à la Sara Daniel ou Florence Aubenas disposés à diffuser [...]

  3. [...] Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. (…) J’ai coupé les images de l’agonie de l’enfant. C’était trop insupportable. L’histoire était racontée, l’information donnée, ça n’aurait rien ajouté. Quant au moment où le gamin reçoit des balles, il n’a même pas été filmé. Charles Enderlin [...]

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