Il faut ouvrir les ventres de ces Tutsis que vous tuez pour qu’ils coulent et que les satellites ne les voient pas. Soldats français au Rwanda lors du génocide (cité par Andrew Wallis)
Nous livrons des munitions aux FAR en passant par Goma. Mais bien sûr nous le démentirons si vous me citez dans la presse. Philippe Jehanne (correspondant de la DGSE, à l’historien Gérard Prunier, en plein génocide rwandais, le 19 mai 1994)
On avait ordre de ne pas bouger, de ne rien faire, surtout pas bouger, rien faire. (…) Les gens nous parlaient d’une vallée, Bisesero, où il y aurait des Tutsis armés jusqu’aux dents. Un jour, on a désobéi (…) aux ordres de notre propre chef (…) le commandant Marin Gillier. Il nous avait interdit d’aller là-bas.» En allant à Bisesero, «on a découvert le pot aux roses : c’est une vallée où 10 000 victimes avaient été tuées. Il en restait 800 dans un état lamentable. Là on s’est rendu compte que c’était pas du tout les Tutsis qui tuaient les Hutus, c’étaient les Hutus qui tuaient les Tutsis, qui les massacraient carrément , tous les jours. adjudant Thierry Prungnaud (ancien gendarme du GIGN, France Culture, le 22 avril 2005)
Et que, trêve estivale et veille desdits Jeux aidant, nos mêmes dirigeants comme nos médias se sont passés le mot pour faire le gros dos et le service minimum après la publication du rapport rwandais accusant la France d’avoir participé au dernier génocide du XXe siècle …
Retour, puisque, s’abritant derrière le long contentieux entre les deux pays (réponse du berger à la bergère” suite à neuf mandats d’arrêt lancés par un juge français contre plusieurs dirigeants rwandais) nos courageux journaux ne prennent même pas la peine de nous donner le détail des accusations de Kigali (13 mandats d’arrêt contre des dirigeants français aussi hauts placés qu’un Villepin ou un Védrine, sur un article d’il y a un an du journaliste du Figaro Patrick de Saint Exupéry qui donnent quelques indications.
Notamment sur une information judiciaire ouverte en décembre 2005 (et dont on n’a pus aucune nouvelle?) par le procureur du tribunal aux armées de Paris, Jacques Baillet, suite aux témoignages de deux rescapés rwandais qui avaient déposé plainte contre X en février 2005 pour “complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité”.
Où l’on découvre ou redécouvre, sans parler du conseil et de l’armement jusqu’au bout des génocidaires comme de leur exfiltration après, “l’accueil triomphal”, drapeaux bleu-blanc-rouge et portraits de Mitterrand compris, reçu par nos troupes françaises de la part des tueurs …
Comme la conclusion de la mission parlementaire d’information de 1998, relevant pudiquement (cohabitation oblige!) un rôle de la France au Rwanda des années 90 à 94, “à la limite de l’engagement direct” …
Mais surtout, par delà les habituelles considérations géopolitiques (le fameux complexe de Fachoda contre l’emprise des Anglo-saxons !), le témoignage d’un ancien gendarme du GIGN alors sur place qui rappelle qu’ils avaient ordre (ce qui est un peu étrange pour une force ostensiblement d’intervention)… de ne pas intervenir!
Et, après avoir désobéi aux ordres, leur découverte du pot au rose (ie. le génocide) trois jours après que certains d’entre eux avaient promis d’intervenir et qu’il ne restait plus, sur les quelque 10 000 toutsis rassemblés, que 8 000 rescapés …
Le rôle de la France au Rwanda en question
Patrick de Saint-Exupéry
Le Figaro
15/10/2007
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Près de douze ans après le génocide des Tutsis du Rwanda en 1994, le rôle de la France continue à susciter des questions. Le 23 décembre 2005, le procureur du tribunal aux armées de Paris, Jacques Baillet, a ouvert une information judiciaire. Il a retenu deux témoignages, parmi ceux des six rescapés rwandais qui avaient déposé plainte contre X en février 2005 pour «complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité». L’histoire de l’opération «Turquoise», lancée en juin 1994 par François Mitterrand, va être scrutée par la justice. L’une de ces pages s’est écrite sur la colline de Bisesero. Plus de onze années se sont écoulées. Au temps du génocide, Bisesero, une montagne plantée à l’extrême ouest du Rwanda en bordure du lac Kivu, fut l’un des innombrables champs de morts qui parsemèrent le pays. Des semaines durant, on y tua, massacra, extermina. Les «voués à la mort» résistèrent. Quand trois mois plus tard, les troupes françaises de l’opération «Turquoise» – une opération militaro-humanitaire lancée par François Mitterrand qui invoqua «l’urgence» – découvrirent ces rescapés, trois jours furent nécessaires avant qu’il ne leur soit porté secours. Ces trois journées décisives sont au coeur de la plainte déposée en février 2005 au Tribunal aux armées de Paris (TAP) par six rescapés rwandais pour «complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité».
«J’en ai assez de voir ces assassins nous acclamer»
Une information judiciaire a été ouverte le 23 décembre 2005 par le procureur Jacques Baillet, sur la base du témoignage de deux des six plaignants rwandais. L’enquête a été confiée à la juge Brigitte Raynaud, aujourd’hui remplacée par Florence Michon, ancien substitut à la section antiterroriste du parquet de Paris. La tragédie qui s’est jouée à Bisesero en juin 1994 est un révélateur des ambiguïtés de l’opération «Turquoise».
En témoignera le changement d’attitude d’un des acteurs de ce drame. Dans un récit publié en 1994 dans la revue de la Marine nationale Cols bleus, le capitaine de frégate Marin Gillier fera d’abord part de «l’accueil triomphal» reçu par «la mouvance la plus en vogue dans l’instant», c’est-à-dire les tueurs, avant de dénoncer «l’extermination», cette «boucherie insupportable» sur fond «d’acharnement inimaginable», qu’il a pu constater. Entre les deux moments de son récit, il y eut Bisesero.
Le récit de Bisesero débute le 26 juin 1994, six jours après l’annonce par François Mitterrand de l’intervention au Rwanda. Ce jour-là, le journaliste Vincent Hugeux croise dans l’ouest du pays le capitaine de frégate Marin Gillier et l’informe du «carnage en cours sur les hauteurs voisines» de Bisesero, précisera-t-il dans L’Express.
Le lendemain 27 juin, un groupe de trois journalistes essai lefigaro_BaseV4All lefigaro_BaseV4Fil lefigaro_BaseV4Get lefigaro_BaseV4Traite lefigaro_ImportGet lefigaro_ImportTraite lefigaro_PromoV4Get nohup.out README.txt trans zizi accompagne le colonel Diego (pseudonyme), responsable d’un des groupements COS (commandement des opérations spéciales), en opérations de reconnaissance vers Bisesero. Le récit de cette expédition, qui verra des soldats français brutalement immergés dans la réalité du génocide, est publié le 29 juin dans Le Figaro. Il débute sur le témoignage de tueurs qui, sans aucun remords, font part de leurs crimes. Il se poursuit avec la rage des soldats français, dégoûtés par l’accueil que leur réservent des tueurs qui encensent Paris tout en arborant drapeaux bleu-blanc-rouge et portraits de François Mitterrand : «J’en ai assez de voir ces assassins nous acclamer», lancera l’un d’eux. Le récit continue avec la découverte des rescapés de Bisesero. A ces survivants, le colonel Diego fait une promesse : «L’important pour vous, c’est de survivre encore deux ou trois jours. On reviendra.» Le soir, il transmet ses informations à l’état-major : «Si on part là-haut protéger ces milliers de gens traqués comme des animaux, on s’engage d’un côté, dit-il au Figaro. Nous, on est prêts. Nous obéirons aux ordres. Mais sont-ils prêts à Paris ?»
La montagne parsemée de morts
Tout au long de la nuit du 27 juin, le colonel Diego reste pendu à son téléphone satellite. Trois jours après, en fin de journée le 30 juin, au lendemain d’une visite de François Léotard, alors ministre de la Défense, une colonne de soldats menée par le capitaine de frégate Marin Gillier gagne les lieux. Elle enclenche les secours. Huit cents rescapés seront sauvés. La montagne est parsemée de morts.
Jusque-là, l’opération «Turquoise» semble rester dans les rails humanitaires. Le 27 juin, le colonel Diego a promis qu’une intervention se ferait dans un délai de «deux à trois jours». Trois jours plus tard, une opération est menée. L’affaire a été, en apparence, menée rondement. Durant les quatre années qui suivent, la question de la France et du Rwanda va tarauder de nombreux témoins, acteurs ou observateurs. En 1998, une mission parlementaire d’information est mise sur pied. Le rôle de la France au Rwanda des années 90 à 94, «à la limite de l’engagement direct», est relevé. Un rapport est publié. Y figure un courrier adressé aux parlementaires par Marin Gillier. Le capitaine de frégate revient sur les événements et attribue alors son intervention à Bisesero au hasard : le 30 juin, écrit-il, «je reçois un appel radio d’un des officiers sous mes ordres qui avait rebroussé chemin (…) Rapidement, il m’explique qu’il a rencontré quelques Tutsis qui ont raconté qu’ils faisaient l’objet de persécutions. Leur état général ne laisse aucun doute». Le capitaine de frégate souligne la phrase suivante : «C’est alors que nous avons été confrontés, pour la première fois, à la tragédie rwandaise.»
Témoignage d’un gendarme du GIGN
Le drame de Bisesero aurait donc été découvert par les hommes de «Turquoise» le 30 juin. Or le colonel Diego s’y est rendu le 27 juin. Pourquoi n’en est-il tenu aucun compte, dans la version présentée aux parlementaires ? En outre, pourquoi le capitaine de frégate Gillier ne fait-il pas mention de l’information qui lui fut transmise le 26 juin par Vincent Hugeux de L’Express ? Ces questions ne sont pas innocentes. Dans l’intervalle de trois jours, les bras armés du génocide – soldats rwandais et miliciens – auraient multiplié, selon les témoignages, les assauts contre les rescapés de Bisesero, avec la volonté d’en finir avec les survivants. C’est ce qui perce au travers des plaintes pour «complicité de génocide».
L’affaire ne s’arrête pas là. Dans une intervention diffusée le 22 avril 2005 sur France Culture, un ancien gendarme du GIGN a livré des précisions. Médaillé de la Légion d’honneur, l’adjudant Thierry Prungnaud, alors sous les ordres du capitaine de frégate Marin Gillier, faisait partie des troupes COS à Bisesero. «On regardait, on voyait les gens tous les soirs qui se tiraient dessus. On disait : bon, tiens, c’est les Tutsis qui zigouillent les Hutus (NDLR : cette version, inverse à la réalité, avait été livrée aux soldats avant leur départ par leur hiérarchie.) On avait ordre de ne pas bouger, de ne rien faire, surtout pas bouger, rien faire», raconte-t-il au micro.
Puis, il aborde la page Bisesero : «Les gens nous parlaient d’une vallée, Bisesero, où il y aurait des Tutsis armés jusqu’aux dents. Un jour, on a désobéi (…) aux ordres de notre propre chef (…) le commandant Marin Gillier. Il nous avait interdit d’aller là-bas.» En allant à Bisesero, «on a découvert le pot aux roses : c’est une vallée où 10 000 victimes avaient été tuées. Il en restait 800 dans un état lamentable. Là on s’est rendu compte que c’était pas du tout les Tutsis qui tuaient les Hutus, c’étaient les Hutus qui tuaient les Tutsis, qui les massacraient carrément , tous les jours».
«Les miliciens ne craignaient pas de tuer sous le regard des Français»
Eu 1992, Thierry Prungnaud fut chargé de former au Rwanda le Groupement d’intervention et de sécurité de la garde présidentielle (GISGP) : «J’ai eu des renseignements comme quoi les gars que j’avais formés avaient effectivement participé aux massacres (…) Ils étaient entraînés, vraiment bien entraînés et je pense qu’ils ont dû massacrer un maximum de personnes.» Le soldat est formel, «catégorique» : «C’étaient des militaires français qui ont formé des miliciens rwandais.» Interrogé sur leur identité, il répond : «C’étaient des gens du 1er RPIMA puisque c’était l’unité qui était là-bas.»
Ces déclarations, qui n’attireront guère l’attention en France, vont à l’appui de la plainte pour «complicité de génocide» déposée en février 2005 par six plaignants rwandais.
Dans sa décision d’ouvrir une information judiciaire, Jacques Baillet, le procureur du Tribunal aux armées (TAP), a jugé recevable deux des six plaintes. Ont été retenus les témoignages d’Innocent Gisanura et d’Auréa Mukakalisa. Tous deux s’expriment en kynyarwanda. Innocent est originaire de Bisesero et avait 14 ans à l’époque. Il affirme qu’entre le 27 et 30 juin 1994, il y eut de nombreuses attaques sur la montagne : «J’ai été touché par un coup de gourdin à la tête le 28 juin.» Il accuse : «Les miliciens ne craignaient pas de tuer sous le regard des Français.» Auréa avait 27 ans en 1994 et met en cause le comportement des troupes françaises dans le camp de Murambi. Félicien, son frère, a été tué, dit-elle, en voulant se réfugier dans ce camp. Vestine, sa soeur, a été embarquée dans un hélicoptère français, elle ne l’a jamais revue : «C’était le temps de la mort des Tutsis, dit-elle en évoquant sa soeur. Je pense qu’elle est morte.»
Deux des plaintes pour l’heure écartées par le procureur concernent Bisesero. Eric Nzabihimana avait 28 ans en 1994 et était présent quand, le 27 juin, la colonne de soldats menée par le colonel Diego a découvert le drame. Il fait état de massacres qui recommencent sitôt partie la colonne et les journalistes. Durant le mois qu’il va passer dans le camp de Bisesero, sous protection française, il relève une attitude ambiguë. Certains militaires français, dit-il, vont priver les rescapés de nourriture plusieurs jours durant, d’autres l’aideront activement à retrouver des survivants.
Bernard Kayumba, 25 ans en 1994, était également à Bisesero le 27 juin. Ancien séminariste, son histoire est étonnante. Le 5 juin 1992, affirme-t-il, il assiste à la participation directe de la France dans le conflit rwandais : «Du séminaire de Rutongo où j’étais, j’ai vu des artilleurs français tirer à Byumba.» En octobre 1993, il subit un contrôle d’identité effectué par les troupes françaises alors présentes au Rwanda. Interpellé car Tutsi, il est placé de côté. Pense qu’il va mourir s’il est transféré aux mains des soldats rwandais. Est sauvé in extremis par «l’intervention des passagers d’une voiture du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui passait par là par hasard». En juin 1994, à Bisesero, il assiste à la rencontre avec la colonne de Diego le 27 juin. Et témoigne, sur le mois qui suit, d’un comportement pour le moins étrange de troupes françaises empêtrées dans l’infernale l’équation : Tutsis = FPR (NDLR, la rébellion) = Ennemi.
Les militaires dans la confusion
De cette confusion, le général Jean-Claude Lafourcade, commandant en 1994 de l’opération «Turquoise», fera état lors de son audition par les parlementaires français. «Le gouvernement, dira-t-il, a successivement demandé aux mêmes officiers de contribuer à la formation de militaires rwandais contre le FPR, puis, brutalement, d’engager l’opération «Turquoise» sur des bases d’impartialité totale, dans un contexte où il n’y avait plus d’ennemis et où il fallait éventuellement discuter avec le FPR.»
L’explication est sans doute incomplète. Citées dans la plainte déposée en février 2005, deux notes établies les 3 et 6 mai 1994, en plein génocide, par le général Christian Quesnot, alors chef de l’état-major particulier de François Mitterrand, apportent des éléments. «Tous (les) efforts (du gouvernement français) resteront vains si le FPR remporte une victoire militaire sur le terrain et veut imposer la loi minoritaire du clan tutsi», écrit le général avant de préciser : «Le président (ougandais) Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un «tutsiland» avec l’aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d’un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d’État. Est-ce vraiment ce que nous voulons ?»
Ces faits sont-ils constitutifs d’une «complicité de génocide» ? La justice française devra trancher.
(*) Dont l’envoyé spécial du Figaro.
Voir aussi:
Paris ne veut pas répondre aux accusations du Rwanda
Philippe Bernard et Arnaud Leparmentier
Le Monde
07.08.08
Chacun s’est donné le mot : pas de vagues. Paris a choisi de faire le gros dos après la publication du rapport rwandais accusant la France d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. L’objectif est de ne pas entraver une reprise du dialogue avec le Rwanda, alors que le président Nicolas Sarkozy a rencontré son homologue Paul Kagamé en décembre 2007.
Certes, le Quai d’Orsay a qualifié d’” inacceptables”, mercredi 6 août, les accusations rwandaises et a mis en cause ” l’objectivité” de la commission d’enquête rwandaise. Mais, sur le site Internet du ministère, le communiqué est illustré par la photo de Bernard Kouchner serrant la main du président rwandais. Le Quai d’Orsay rappelle d’ailleurs que sa “détermination de construire une nouvelle relation avec le Rwanda, au-delà de ce passé difficile, reste intacte”. La trêve estivale a permis aux autorités françaises de faire le service minimum, alors que l’actualité franco-rwandaise va rapidement être atténuée par les Jeux olympiques de Pékin. L’exécutif a décidé que le Quai d’Orsay serait le seul à réagir, lors de son point presse quotidien.
Bernard Kouchner a refusé tout commentaire personnel. “On ne veut pas donner l’impression qu’on accorde trop d’importance à ce rapport et attiser la polémique”, explique l’entourage du ministre. L’Elysée n’a fait aucune déclaration politique et renvoyait sur les spécialistes techniques du dossier. Seul le ministre de la défense, Hervé Morin, s’est exprimé, dénonçant sur Radio France Internationale, jeudi matin : “Un procès insupportable pour la mémoire des militaires français” qui “ont sauvé des milliers de vies humaines dans des conditions abominables”.
Soulignant la “dimension politique” du rapport rwandais où il est mis en cause, le général Jean-Claude Lafourcade, commandant de l’opération “Turquoise”, qualifie ce document de ” tissu de mensonge” et dénonce “l’instrumentalisation des témoins” par le Rwanda. “250 journalistes et un millier d’humanitaires se trouvaient dans la zone. Croyez-vous qu’ils n’auraient rien vu ?”, déclare-t-il au Monde.
Les autres personnalités mises en cause, de droite comme de gauche, ont été plus discrètes. Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée en 1994, a renvoyé à un texte déjà paru où il qualifie de “monstrueuses (…), absurdes (…) mais surtout fausses” les accusations de Kigali. Contacté par l’Agence France-Presse, l’ancien ministre des affaires étrangères Alain Juppé a renvoyé à une opinion déposée sur son blog… en janvier. Edouard Balladur n’a pas souhaité réagir.
“Faire croire que la France a participé à la préparation d’un génocide, c’est monstrueux”, déclare Paul Quilès, président en 1998 de la Mission d’information parlementaire sur le Rwanda. Qu’il y ait eu des erreurs, on les a pointées dans notre rapport.”
Seule l’association “Survie”, spécialisée dans la dénonciation de la “Françafrique”, estime “indispensable que la France crée une commission d’enquête parlementaire”.
Le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France en novembre 2006, après la décision du juge Bruguière mettant en cause le président Kagamé dans l’assassinat de son prédécesseur. Le magistrat antiterroriste avait lancé neuf mandats d’arrêt contre des dirigeants rwandais. La justice espagnole a lancé d’autres accusations, ce qui entrave la liberté de voyager de plusieurs dirigeants rwandais. Paris voit dans le rapport rwandais “une réponse du berger à la bergère”, indique-t-on à l’Elysée.
A Kigali, la ministre de l’information rwandais, Louise Mushikiwabo, a indiqué que “le gouvernement a demandé aux autorités judiciaires rwandaises d’utiliser ce rapport. Nous espérons qu’un processus judiciaire va suivre”. Mais, selon Paris, “rien de tout cela n’est contraire à la volonté commune d’essayer d’arranger les choses. Les Rwandais cherchent à avoir une prise sur nous pour qu’on abaisse notre seuil d’agressivité”.
Sur le fond, les autorités françaises, qui ont refusé de recevoir les auteurs du rapport rwandais lorsqu’ils sont venus en France en février 2007, estiment qu’aucun rapport n’a étayé une participation directe des soldats français à des exactions.
8 août, 2008 à 8:00 |
Il suffit de voir à quel point le gouvernement français a été complice des agressions serbes contre la Croatie et contre la Bosnie-Herzégovine pour ne pas croire que les dirigeants français ne savaient pas ce qui se passait au Rwanda.
http://www.zshare.net/download/16672247c0ea148b/
Il faut extrader ces généraux et ces ministres, pour qu’ils soient jugés par le Tribunal d’Arusha.
9 août, 2008 à 10:00 |
http://kagatama.blogspot.com/
La France au Rwanda, une aventure qui a mal tourné * ?
Après des survivants du génocide des Tutsi, des officiels rwandais, des étrangers qui vivaient au Rwanda, des ONG françaises et étrangères, des chercheurs français et étrangers, des journalistes français et étrangers, des militaires belges, des militaires de la Minuar, etc. la commission Mucyo vient de rendre un rapport accusant également la France d’avoir une part de responsabilité dans le génocide des Tutsi. Cette commission, c’est la nouveauté, utilise largement le témoignage de repentis tueurs interahamwe ou d’anciens militaires rwandais des ex-FAR, génocidaires ou pas.
“Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a dénoncé jeudi le procès “absolument insupportable” fait aux militaires français, accusés par un rapport rwandais de participation directe au génocide de 1994. “En tant que ministre de la Défense, je n’accepterai pas qu’on dise n’importe quoi sur les militaires français”. “J’ai encore en mémoire ce qu’ont pu faire les militaires pour sauver des vies humaines par centaines et par milliers dans des conditions abominables (…) J’ai le souvenir de ce qu’ont fait les Français pour protéger et éviter le drame d’être encore plus lourd”, a-t-il ajouté.”(JDD, 7 août 200
8).C’est la réaction habituelle. Tout bon professeur de communication l’enseigne. Dans le cas du Rwanda, les exemples de ce type sont nombreux.
En octobre 1990, les militaires français ont été envoyés officiellement au Rwanda pour protéger ses ressortissants. “Cette troupe n’a pas d’autre mission que celle-là, et cette mission remplie, bien entendu, elle rentrera en France “ disait François Mitterrand, le 15 octobre 1990 (cité par David Ambrosetti, La France au Rwanda, un discours de légitimation morale, p.80).
Les 600 ressortissants français qui vivaient au Rwanda au début des années 1990 ont eu pendant trois ans, la meilleure protection du monde, la plus chère aussi. Un peu moins de 1000 soldats français d’élite veillaient sur eux. Aujourd’hui cette affirmation ridicule, semble irréelle, pourtant c’était exactement le discours officiel des dirigeants français de l’époque.
“Lors d’un colloque organisé par le CERI (Centre d’Études et de Recherche Internationale), le général Quesnot chef de l’état-major particulier de François Mitterrand a nié qu’il y ait eu des contrôles d’identité par des militaires français au Rwanda” (Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS).
Après l’attaque du FPR, le 8 février 1993, l’armée française prend le contrôle de Kigali. Du 22 février au 28 mars 1993, une nouvelle opération militaire voit le jour “l’opération Chimère” . Les militaires français du détachement Noroît prennent le contrôle de tous les accès vers Kigali. On peut lire dans “l’ordre d’opération no 3 du 2 mars 1993” du Colonel Dominique Delort, que “les règles de comportement sur les “check-points” prévoient la remise de tout suspect, armement ou document saisis à la disposition de la Gendarmerie rwandaise.” (Rapport de la Mission d’information sur le Rwanda, p.166). Le rapport Mucyo, revient sur ces contrôles, et rapporte plusieurs cas de disparition de rwandais remis à la disposition de la gendarmerie rwandaise par des militaires français, ils ont vraisemblablement été exécutés par les gendarmes rwandais. Ces accusations sont très graves. Elles sont très graves, mais vérifiables. La France est un pays démocratique qui respecte les conventions de Genève. L’armée française a bien entendu, conservé les identités des Rwandais que ses militaires ont livrés à la gendarmerie rwandaise, ceci afin de vérifier que les conventions de Genève ou la convention de New York contre la torture étaient bien respectées. Il faudrait donc qu’une commission enquête auprès de l’armée française pour savoir ce que sont devenus ces “suspects”.
“La présence militaire française n’est intervenue en rien, à travers les missions qui étaient les siennes, dans la formation des miliciens. […] Le Colonel Jean-Jacques Maurin a confirmé de façon la plus catégorique que jamais au cours des réunions d’état-major auxquelles il avait assisté il n’avait fait allusion devant lui à un équipement de milices. Il s’est même trouvé un officier français pour indiquer : qu’on connaissait l’existence de milices interahamwe mais qu’on ne savait pas précisément ce qu’elles faisaient. Il a relevé le “caractère familial” des milices qui n’étaient pas exclusivement composées de voyous ou de délinquants.” (Rapport de la mission d’information sur le Rwanda, p.352-353)
Encore une fois, les militaires français nient l’évidence, n’hésitant pas à désavouer leur collègue, le sous-officier du GIGN Thierry Prungneault (lire son témoignage dans mon message du 5 août ). Dans son livre, “Aucun témoin ne doit survivre ” (p.143), l’ONG Human Right Watch nous dit que des diplomates étrangers basés à Kigali ont été témoins de ces entraînements, dans le parc de l’Akagera, près de Gabiro. Le rapport Mucyo donne aujourd’hui des noms, des dates, des lieux. Il suffirait de vérifier.
Lors du dépôt des premières plaintes de survivants du génocide contre des militaires français, Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense, déclara le 9 décembre 2005 “qu’il est inadmissible que les militaires français puissent être accusés de cette façon et de choses qui la plupart du temps sont farfelues.”
Les soldats français étaient près d’un millier, entre 1990 et 1993, essentiellement dans et autour du gros village qu’était Kigali, puis 2500 lors de l’opération Turquoise. Ils étaient considérés par leurs collègues militaires rwandais comme des sauveurs auxquels on ne pouvait rien refuser, ces mêmes militaires qui opprimaient devant eux les Tutsi, et en particulier les femmes Tutsi. Les forces françaises seraient donc les seules forces étrangères au monde à n’avoir pas commis de viols en période de guerre ?
Le pseudo journaliste* Pierre Péan, dans le but avoué de faire taire les nombreuses accusations contre les soldats français, a été obligé de révéler un cas de viol avec actes de barbarie commis au Rwanda fin 1992 ou début 1993. Il évoque le cas d’une jeune rwandaise qui a eu le malheur de croiser la route d’un camion de l’armée française à Kigali. “Deux [militaires français] l’ont violée puis lui ont “travaillé” le sexe à la baïonnette sans que les autres militaires interviennent. Puis l’ont laissée, nue, sur le bord de la route. La jeune fille a été emmenée à l’hôpital de Kigali”. (Noires fureurs, blancs menteurs, page 207, en Post-scriptum !) Péan pour prouver que l’ordre régnait au sein du contingent français, nous dit que les militaires français ont été immédiatement sanctionnés : leur hiérarchie les a renvoyés en France. D’après Péan, aucune poursuite pénale n’a été ordonnée contre ces violeurs, leurs collègues qui ont laissé faire ou leurs supérieurs hiérarchiques. Si cette histoire est vraie, nous serions en présence d’un cas avéré de violation de l’article 4.2)e) du Protocole additionnel II aux Conventions de Genève, lequel proscrit “les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et dégradants, le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à la pudeur.” Anto Furundzija commandant local d’une unité spéciale de la police en Bosnie-Herzégovine, a été condamné à dix ans de prison par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie dont huit pour ce seul motif. Tous les militaires français ne sont pas des violeurs, loin de là, raison de plus pour punir conformément au droit, les criminels qui salissent en son sein l’honneur de l’armée française.
L’armée française n’est pas entièrement responsable de ses actions au Rwanda. Elle a reçu des ordres des responsables politiques de l’époque et elle les a accomplis. Officieusement, ces ordres étaient clairs – empêcher le FPR de prendre le pouvoir – même si cela devait passer par le soutien actif à un régime politico-militaire qui a organisé un génocide contre les Tutsi du Rwanda. Le soutien inconditionnel de la France au régime Habyarimana a-t-il stoppé net le 7 avril 1994 ? Ou bien a-t-il été également suivi d’un soutien au gouvernement intérimaire de Jean Kambanda*** pendant le génocide ? Un gouvernement composé dans les locaux de l’ambassade de France au Rwanda, en présence de l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud, le 8 avril 1994.
Alors procès “absolument insupportable” ?
Je ne peux pas mieux dire que Rémy Ourdan (grand reporter au Monde, auteur d’une excellente série d’articles en 1998, sur le génocide des Tutsi, intitulée au “pays des âmes mortes”):
“Paris ne peut pas rejeter ces récits sans enquêter en profondeur et sans répondre point par point à chacune des centaines d’accusations. L’enjeu est d’établir avec exactitude les responsabilités dans le dernier génocide du XXe siècle. La France, qui tient et qui a contribué à ce que la lumière se fasse sur le génocide des juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale, ne peut pas refuser de se confronter aux effroyables récits rwandais, au motif que ses dirigeants étaient, disent-ils, animés de louables intentions, et qu’une aventure africaine a mal tourné. “ (Le Monde, 6 août 200
8)* Rémy Ourdan (Le Monde, 6 août 200
8)**Pierre Péan avoue lui-même qu’il n’est jamais allé au Rwanda. Aucun journaliste digne de ce nom n’aurait osé écrire un livre sur un pays et sur un génocide, sans s’être rendu une seule fois au moins dans ce pays, et sans n’avoir jamais rencontré une seule victime de ce génocide.
***Jean Kambanda qui a plaidé coupable de génocide a été condamné à la prison à vie par le TPIR.
10 août, 2008 à 5:58 |
“Le rapport Mucyo donne aujourd’hui des noms, des dates, des lieux. Il suffirait de vérifier.”
Tout est dit.
Sauf que le pays autoproclamé des droits de l’hommme ne dispose toujours pas hélas de l’instrument qui pourrait réaliser cette vérification: une véritable presse d’investigation indépendante du pouvoir en place!
PS: Et cela est bien sûr aussi valable pour les rapports, toujours effectivement pas clairement élucidés, des différents gouvernements français avec les Serbes pendant les opérations dites de “nettoyage ethnique”. (désolé: pas réussi à ouvrir votre dossier).
10 août, 2008 à 12:39 |
Le rapport Mucyo peut également être téléchargé directement sur le site Calameo:
http://fr.calameo.com/books/0000063656a56da770bd8
4 septembre, 2008 à 9:50 |
Oui, les accusations sont absurdes, il y a un faux grossier dans ce rapport, le courrier attribué a la DGSE sur un financement occulte anti kagamé, la tournure est ridicule, pas de date de courrier depart ni de destinataires, pas de mention obligatoire de service et initiales de l’operateur de courrier, quand au contenu en 7 lignes, il serait risible dans d’autres circonstances.
Les “temoignages” sont des ouïs dire, alors que des vrais temoins donnant leur noms ne temoignent pas d’exactions de l’armée.
L’armée francaise est la seule a s’etre mouillée, pour sauver 2 milions et demi de personnes, mais kagame soutient que l’armée francaise a sauvé les “mauvaises personnes” faisant preuve aussi d’un divisionnisme ethnique. Effectivement il faut y avoir été, j’y etais au rwanda et j’ai aussi vu les mines que posaient les gens du fpr dans les champs, les cadavres de rwandais a la frontiere de goma, (des mois avant le genocide)filles violées enfants poignardés, gens noyés dans des seaux d’eau, mais c’est pas politiquement correct de parler de ces choses qu’on ne voit pas dans “hotel rwanda” ou “sometimes in april”.
Kagatama a l’honneteté” d’avoir de la reserve sur l’utilisation de photos sorties du contexte, mais c’est pas le cas sur ce site, le simple fait de publier une photo comme celle du haut du blog est une malhonneteté intellectuelle, on ne fait pas passer des recrues de l’armée de 1992 (voir la taille et l’unité des soldats)pour des interhahamwe de 94 (enfants, vieillards avec uniforme bigarrés), pas les memes tenues, tous ages melés et absence de discipline. L’insigne sur la calandre du VL est celui d’une unité de 90-1993 et pas 94.
4 septembre, 2008 à 10:47 |
En page 295, on appreciera les fautes d’orthographe rwandaises et les tournures qui traduisent l’origine Kagaméenne du faux document :
‘il s’agit de l’armée LE libération du rwanda” le = de , ni en kinyarwanda, aussitôt après: “LIR : 2300 hommes” le redacteur a oublié le A de Armée de libération qlors qu’l le mentionne juste avant, il fallait ecrire “ALIR”.
“papa roméo 2 tient place de 1″ on a oublié “numéro 1″ , le numbner one
“en cas d’offensive IL RISQUE d’y avoir offensive des forces ougandaises” si le rédacteur est francais, pourquoi parle t’il de risque, il n’y a de risque que pour l’armée en place en 98, celle de Kagame. Est ce qu’un vrai journaliste fera un jour son travail de contre enquète?