Diplomatie: La nouvelle vie rêvée de Sainte Ingrid (The show must go on)

31 août, 2008
St IngridL’adresse n’a pas été choisie au hasard par les autorités françaises, en quête pour leur invitée à bout de souffle d’ "un endroit le plus intimiste possible". Le Figaro
Son nouveau visage (ultra)médiatique, qui la montre souriante, dans les hauts lieux du luxe parisien, peut troubler. Hébergée au Fouquet’s puis au Raphaël, dès son retour à la liberté, aperçue déjeunant au Meurice. Habillée en Agnès b – qui lui a fait don d’une garde-robe complète –, la Franco-Colombienne porte l’estocade bling-bling en choisissant les Seychelles pour ses premières vacances. Du dénuement de la jungle à la vie de palace, c’est sans complexes que cette fille d’ambassadeur auprès de l’Unesco et ex-épouse de diplomate renoue avec ses origines de grande bourgeoise. Gala (“La vie rêvée d’Ingrid Betancourt”)
Chassez le naturel …

Après les suites du Fouquet’s et du Raphael, les déjeuners au Meurice, les robes d’Agnès B et un premier retour aux sources, toujours tous frais payés, aux Seychelles où son diplomate de premier mari était en poste de 85 à 88 …

Les charmes et le confort d’une autre ambassade (du côté cette fois de Costa Rica) pour la chère ex-moitié de notre Sainte Ingrid nationale dont on se souvient avec Jacques Thomet du dénigremement aussi zélé que systématique contre la Colombie et son président … ?

SIGNEZ MON APPEL A PROTESTER AUPRES DE NICOLAS SARKOZY CONTRE LA NOMINATION DE FABRICE DELLOYE COMME AMBASSADEUR DE FRANCE AU COSTA RICA !
Jacques Thomet
30 août 2008

La probable nomination de Fabrice Delloye comme ambassadeur de France au Costa Rica est inacceptable. Je me propose d’adresser une lettre ouverte au président Sarkozy pour lui demander de la reconsidérer.

Pour que cette initiative ait du poids, elle exige un nombre maximal de signatures. Je vous demande donc de l’appuyer dans un mail que vous pouvez m’adresser sur cette direction, signé par vous : jacquesthomet25 at live.fr

Vous êtes des centaines à vous connecter chaque jour sur ce blog. C’est le moment de vous manifester. Faute d’un soutien massif à ce projet, je serai au regret de ne pas l’envoyer. Voici le projet de lettre ouverte à Nicolas Sarkozy :

Monsieur le Président, Fabrice Delloye, ex-mari d’Ingrid Betancourt, est sur le point d’être nommé ambassadeur de France au Costa Rica. Les soussignés, lecteurs de mon blog (www.jacquesthomet.unblog.fr) qui touche aujourd’hui près de 200.000 internautes différents, vous demandent de reconsidérer cette option. Ils l’estiment inacceptable, avec tout le respect dû à votre fonction.

Promouvoir à ce poste prestigieux un homme dépourvu de la moindre facette diplomatique, dans ses violentes interventions publiques depuis six ans contre le régime démocratique colombien, ne correspond en rien aux règles en vigueur au Quai d’Orsay. Son attitude en permanence hostile à un gouvernement en lutte contre une guérilla des FARC qualifiée de terroriste par l’Union européenne, que vous présidez actuellement, a été néfaste aux intérêts de la France.

Ses déclarations répétées à satiété contre « l’ignoble » président colombien, et en faveur d’une guérilla connue pour l’étendue de ses crimes contre l’Humanité, ont contribué à insinuer auprès du public français que le responsable du martyre vécu par son ex-épouse pendant plus de six ans n’était autre qu’Alvaro Uribe, et non pas la guérilla. Est-il besoin de rappeler que ce n’est pas le président colombien qui a enlevé Ingrid, mais les FARC ? Ce dénigrement systématique de la Colombie et de son président par Fabrice Delloye avait déjà provoqué son rappel immédiat à Paris en 2004 par le ministère des Affaires étrangères, quand il était attaché commercial à Quito (Equateur).

Récompenser ainsi par une telle promotion cet homme qui n’a jamais appartenu au Quai d’Orsay, au détriment de l’un ou l’autre des diplomates en titre qui méritent ce poste, consacrerait une inqualifiable diffamation publique comme moteur de notre diplomatie. Nos ambassadeurs sur le terrain ne méritent pas de compter dans leurs rangs un tel contradicteur de leur noble mission. Ingrid Betancourt a été libérée grâce à une intervention de l’armée colombienne. Cette option aura été dénoncée en permanence par Fabrice Delloye, mais appuyée par l’otage dans sa vidéo du 31 août 2003.

Monsieur le Président, l’éventuelle confirmation par vous de cette nomination serait considérée comme une entrave à la dignité que maintient au quotidien le corps diplomatique français de par le monde. Respectueusement,

Jacques Thomet


Société: Les Blancs veulent bronzer, les Noirs être plus clairs (Back to good old white-lead powder times?)

31 août, 2008
beyonce's L'Oreal ad
C’est ainsi que chacun entre dans le monde ; il n’y a que moi qui sois brûlée du soleil . Il faut que j’aille m’asseoir dans un coin, pour crier : Holà ! un mari ! Béatrice (Beaucoup de bruit pour rien, Shakespeare, II, 1, 1600)
Le test du sac en papier brun était un rituel autrefois pratiqué par certaines fraternités et sororités afro-américaines et créoles qui excluait les personnes trop foncées. Autrement dit, ces groupes interdisaient l’accès à la sororité ou à la fraternité à toute personne dont la pigmentation était plus foncée qu’un sac de déjeuner en papier, afin de maintenir une certaine perception des normes. Wikipedia
Ici, même dans les pharmacies, on trouve des produits dépigmentants ! Il s’agit pourtant d’un problème de santé publique. Mais tant que les épouses de dignitaires, de ministres et de marabouts continueront de se blanchir, il sera difficile d’obtenir une réglementation. Fatimata Ly (dermatologue de l’Institut d’hygiène sociale de Dakar)
C’est un phénomène très profond, qui ne pourra être résolu que par une lutte plus efficace contre les discriminations et les hiérarchies sociales et "mélaniques", héritées de la colonisation. Pap Ndiaye,
C’est un modèle mondialisé, celui de la "beauté américaine blanche", qui provoque cette "attraction symbolique", sorte de projection collective vers un avenir standardisé et triomphant, où chacun (e) manifeste sa volonté de participer à "la planète qui gagne". David Le Breton (anthropologue)
Après les Jackson,… Beyoncé Knowles?
A l’heure où la plupart d’entre nous s’apprêtent à arborer fièrement la preuve pigmentaire de vacances réussies

Et où le prochain locataire de la Maison blanche lui-même risque de prendre des couleurs …

Retour à ces temps aujourd’hui révolus où ombrelles, voilettes, contre-voilettes, gants et chapeaux, mais aussi fards et onguents, crèmes blanchissantes aux oxyde de zinc, baryte, plomb ou bismuth, tous les moyens étaient bons pour maintenir ou acquérir les cou de cygne, teint de rose, peau liliale et nacrée, cou, gorge, main, teint, sein d’albâtre, que prisaient tant, jusqu’à en mourir, nos ancêtres

Sauf qu’il ne s’agit plus des siècles passés ou du seul Occident mais d’aujourd’hui et, de l’Afrique à l’Inde, du Brésil aux Philippines ou de la Chine ou du Japon, de la quasi-totalité de la planète.Et que des crèmes éclaircissantes, on est passé aux dépigmentants, bloqueurs de mélanine, hydroquinone et autres corticoïdes, voire pour les plus pauvres, aux mercure, soude caustique, javel, sable et ciment !

Avec hélas, pour nos nouvelles "victimes des cométiques", tous les risques que cela peut impliquer : brûlures, retards de cicatrisation, acné, hyperpilosité, vergetures, eczémas, mycoses, hyperpigmentation, ochronose, diabète, hypertension artérielle, insuffisance surrénalienne.

Et, comme avec les implants mammaires, tout commence avec les prostituées et naturellement, vous l’avez deviné, les suspects habituels: passé colonial, mondialisation, l’Amérique de George Bush …

Un rêve de blancheur
Catherine Simon
Le Monde
29.08.08
Paris, Dakar

C’est le New York Post qui s’en est ému le premier au début du mois d’août : dans deux pages de publicité pour L’Oréal parues dans des magazines américains, Beyoncé Knowles avait l’air bien pâle. "Choquant", estimait le journal : la chanteuse apparaissait "blanchie" à la suite d’une manipulation par ordinateur. L’Oréal a dû se fendre d’une déclaration niant toute altération des caractéristiques de la peau du modèle. Dernier épisode de la chronique publique d’un phénomène de masse caché.

Dermalux ou MissExtraclair ? L’une se vend à Dakar, l’autre à Paris. Au marché Sandaga comme dans le quartier Château-Rouge, tous les jours surgissent de nouvelles crèmes dites "éclaircissantes". Qu’elles se donnent l’allure de médicaments ou de cosmétiques, toutes promettent une peau claire, douce et sans tache… Sur le seul marché africain, on dénombre plus de 150 marques de crèmes, onguents et autres gels blanchissants, selon le docteur Fatimata Ly, du service dermatologie de l’Institut d’hygiène sociale de Dakar.

Au Sénégal, comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la vente de ces produits est libre et leur usage encouragé – de manière diffuse par la société, ouvertement par la publicité. Dans toute l’Europe, l’usage en est, peu ou prou, stigmatisé, et la vente réglementée. Du moins sur le papier. A la vue des produits rapportés de Dakar, un commerçant de la rue des Poissonniers, dans le 18e arrondissement de Paris, pousse un sifflement médusé : "Ces trucs-là, c’est trop fort, je ne les fais pas." Peut-être, suggère-t-il, faut-il aller à la sortie du métro Château-Rouge et s’adresser aux vendeuses à la sauvette ?

A l’autre bout du monde, Chinoises, Indiennes, Philippines et Japonaises utilisent également des crèmes pour éclaircir leur teint. Les Etats-Unis, le Japon, la Chine et le Brésil sont les plus gros consommateurs de produits cosmétiques. Mais le grand boom des produits blanchissants a lieu en Asie : ils constituent 10 % du marché cosmétique, soit quelque 2 milliards d’euros en 2007. Avec des pointes notables, comme en Inde, où le whitening et autres fairness représentent 40 % du marché du soin cosmétique, selon les estimations de L’Oréal.

En Chine, après quelques décennies d’abstinence, on met les bouchées doubles. "Sous Mao, les soins de beauté, jugés réactionnaires, avaient été interdits. Du coup, les jeunes Chinoises n’ont plus la culture et le raffinement de leur mère ou de leurs grands-mères", observe Patricia Pineau, responsable de la communication à la direction générale recherche et développement de la firme française. En seulement quatre ans, de 2003 à 2007, les produits blanchissants de Lancôme (marque de L’Oréal) ont connu une croissance de 40 % en Asie. Et ce n’est qu’un début.

"En Asie comme en Afrique, la plupart des produits sont dépigmentants. Mais les réglementations ne sont pas les mêmes – notamment en ce qui concerne l’hydroquinone, interdite à la vente en Europe et en Chine par exemple, mais autorisée, dans des proportions limitées, aux Philippines ou en Afrique du Sud", remarque Isabelle Benoit, directrice marketing aux Laboratoires sérobiologiques. Contrairement au maquillage, la dépigmentation consiste à altérer la production d’un pigment naturel appelé mélanine.

L’hydroquinone, utilisée dès les années 1930 dans l’industrie du caoutchouc, et les corticoïdes, dont l’usage thérapeutique s’est développé à la fin des années 1950, ont été très vite détournés de leurs fonctions premières. "Au-delà de six jours d’application, la cortisone détruit la mélanine – qui est un écran solaire naturel – ce qui conduit à une atrophie de l’épiderme et du système régulateur", explique le docteur Khadi Sy Bizet, auteur du Livre de la beauté noire (Lattès, 2000). Quant à l’hydroquinone, elle est, elle aussi, un "bloqueur de mélanine". La nocivité est proportionnelle à la dose employée.

Bien souvent, surtout chez les Africaines, les adeptes du blanchiment extrême font leur propre mélange. "Elles achètent un litre de lait pour bébé, puis elles ajoutent l’hydroquinone et la cortisone, qu’on se procure sur ordonnance, rapporte le docteur Sy Bizet. Elles s’enduisent le visage et le corps de ce cocktail, généralement deux fois par jour. Un sacerdoce !" Si l’usage du mercure semble en diminution, la soude caustique, la javel, le sable ou le ciment demeurent des ingrédients prisés pour concocter des potions décapantes – qui brûlent littéralement la peau. A la longue, les dégâts sont considérables, souvent irréversibles.

"Quand j’ai voulu arrêter le massacre, j’avais les phalanges et les genoux bleus", lâche Marie-Paule, ancienne adepte, dans Blanchir, une affaire pas très claire, un documentaire d’Olivier Enogo. Ce genre d’aveu est rare. "Le déni de la pratique est fréquent", souligne le docteur Ly. Parmi les femmes qui viennent à l’hôpital Saint-Louis, à Paris, où existe une consultation peaux noires, le docteur Antoine Petit distingue "celles qui disent : "Je ne mets rien, d’ailleurs voyez, docteur, je ne suis pas noire, je suis brune. Je ne comprends pas pourquoi j’ai toutes ces taches" ; et les autres, plus simples, qui admettent utiliser des dépigmentants, mais jurent qu’elles ont arrêté depuis un mois ou deux, un peu à la manière des patients toxicomanes ou alcooliques."

Fait notable, confirmé par tous les spécialistes : les Antillais(es), en général, n’utilisent pas de produits dépigmentants. Parmi les complications les plus fréquentes, hormis les brûlures dues aux produits caustiques, figurent les retards de cicatrisation, l’acné, l’hyperpilosité, les vergetures (parfois géantes), les eczémas, les mycoses, mais aussi l’hyperpigmentation, qui peut virer à l’ochronose exogène, terme désignant les plaques noires qui se développent, défigurant parfois à jamais les intrépides patientes. Sans oublier les risques de diabète, d’hypertension artérielle et d’insuffisance surrénalienne.

Au pavillon de dermatologie de la clinique Médina, à Dakar, une centaine de personnes viennent consulter chaque jour. Quelque 70 % d’entre elles sont des femmes, et parmi elles 50 % ont des problèmes de dépigmentation. "Ici, même dans les pharmacies, on trouve des produits dépigmentants ! Il s’agit pourtant d’un problème de santé publique. Mais tant que les épouses de dignitaires, de ministres et de marabouts continueront de se blanchir, il sera difficile d’obtenir une réglementation", soupire le docteur Ly, qui a créé une association pour sensibiliser la population sénégalaise.

Au Burkina Faso, une action en justice a été menée avec succès contre une publicité télévisée. En France, la fondatrice de l’association Label Beauté noire, Isabelle Mananga, rêve de créer en partenariat avec les fabricants et les distributeurs un label "de non-nocivité", qui permettrait aux usagers de distinguer les produits de qualité – moins efficaces, peut-être, mais moins destructeurs. "Les produits les plus dangereux sont les moins chers : ce sont les plus pauvres qui les utilisent, ajoute Mme Ly. Et ce sont eux qui trinquent." Elles, plutôt.

La bataille est d’autant plus difficile pour les associations que les spécialistes – et les recherches – sont rares. "Une seule thèse de médecine depuis trente ans ; aucun chapitre dans les ouvrages majeurs de dermatologie ; aucun enseignement officiel", relève, dans un article publié en 2007 par la revue L’Autre, le docteur Antoine Petit, évoquant un "refoulement" de la conscience collective.

"C’est un phénomène très profond, qui ne pourra être résolu que par une lutte plus efficace contre les discriminations et les hiérarchies sociales et "mélaniques", héritées de la colonisation", estime l’historien Pap Ndiaye, auteur de La Condition noire (Calmann-Lévy, 436 p., 21,50 euros). "Le passé colonial pèse de manière secondaire dans cette affaire", nuance l’anthropologue David Le Breton. C’est un modèle mondialisé, celui de la "beauté américaine blanche", qui provoque cette "attraction symbolique", sorte de projection collective vers un avenir standardisé et triomphant, où chacun (e) manifeste sa volonté de participer à "la planète qui gagne". Celle des visages pâles. Ou légèrement hâlés ? "Les Blancs veulent bronzer, les Noirs être plus clairs : au fond, tout le monde a en tête un même fantasme de métissage. Tout le monde rêve d’avoir la peau caramel !", s’amuse Fatimata Ly.

En Afrique subsaharienne, la course au teint clair est une mode presque récente. Au Sénégal, c’est à la fin des années 1960 que les procédés de dépigmentation ont été introduits. D’abord pratiqués par "un cercle restreint de femmes, courtisanes ou prostituées", ils se sont ensuite étendus à "toutes les couches de la société", observe Fatimata Ly.

En Côte d’Ivoire, où elle a grandi, le docteur Sy Bizet se rappelle des prostituées venues du Ghana voisin, premières à se blanchir la peau. "Le blanchiment a commencé à se répandre insidieusement, après les indépendances, alors même que Senghor et Césaire développaient leur théorie sur la négritude", remarque la dermatologue. En France, estime-t-elle, à l’instar de son confrère, le docteur Joël Mergui, le phénomène serait en régression. Au Sénégal, au contraire, et sans doute dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le rêve du "Noir moins noir", selon le mot de Pap Ndiaye, continue ses silencieux ravages.

Voir aussi:

Dossier

La céruse dans la fabrication des cosmétiques sous l’Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècles)

Catherine Lanoë

Résumé

Sous l’Ancien Régime, la blancheur du visage, symbole de la distinction, s’est imposée successivement à plusieurs catégories de la population. Destinés à permettre une fabrication domestique de cosmétiques, certains manuels de recettes accordent une place prépondérante aux préparations blanchissantes; la céruse est utilisée comme pigment blanc pour fabriquer des fards, mais aussi pour sa qualité détersive afin de faire disparaître les irrégularités de la peau. Au début du XVIIIe siècle, la corporation des gantiers-parfumeurs cherche à étendre ses prérogatives professionnelles à la fabrication des cosmétiques mais leur utilisation de la céruse s’avère très limitée : elle coûte cher et ils en connaissent le caractère toxique. En effet, la médecine des Lumières dénonce vivement la nocuité des préparations cosmétiques, en particulier celle des blancs de plomb, et les inventeurs, simples particuliers ou professionnels, invoquent désormais l’argument que leur cosmétique ne nuit pas à la santé du consommateur.

De la blancheur du visage sous l’Ancien Régime

1Travailler sur l’utilisation de la céruse en cosmétique sous l’Ancien Régime nécessite que l’on évoque les exigences de blancheur qui se sont imposées aux hommes et aux femmes de ce temps et que l’on s’interroge sur leur sens1.

1 Ces lignes doivent beaucoup à plusieurs ouvrages; citons les plus importants pour notre propos. Les (…)

2 Selon Edmond et Jules de Goncourt (1887), à la fin du XVIIIe siècle, les coiffures s’avancent sur l (…)

2Sous le règne de Catherine de Médicis, le modèle de la société de cour s’installe en France et, avec lui, apparaissent les fards, blanc et rouge. Incontestablement, cette mode est à replacer dans le cadre d’une nouvelle hiérarchie des sens promue par cette nouvelle manière de vivre : la vue s’impose face à l’odorat et au toucher. Dans le cadre de la cour, le blanc du visage est de la même nature que le blanc du vêtement : il témoigne de la distinction de l’aristocrate. Grâce au maquillage, le visage devient donc « un instrument symbolique » (Perrot 1989 : 8). Depuis la cour, l’usage des fards se répand parmi l’aristocratie et la bourgeoisie parisienne. Au XVIIIe siècle, à la cour comme à la ville, la blancheur du teint reste une exigence et, bientôt, comme l’a écrit Philippe Perrot (1989 : 48), le maquillage masque les conditions. À ces élites qui veulent conserver des signes distinctifs, les vertus retrouvées du naturel offrent un ultime recours : les fards se font plus discrets; la pâleur reste toutefois2.

3 Pline l’Ancien explique comment fabriquer de la céruse. Il faut mettre du plomb dans des pots de vi (…)

4 Anne-Françoise Garçon (1998 : 16) écrit : « Voici […] le cas des fabriques de blanc de céruse, enco (…)

5 D’après le marchand épicier et droguiste Pierre Pomet (1694), repris par Nicolas Lémery (1748). (…)

3Bien qu’il existe, sans doute, une fabrication artisanale de céruse3, sous l’Ancien Régime, la France n’en produit pas en quantité industrielle4. Aussi, pour subvenir à ses besoins, elle l’importe de Venise, d’Angleterre et de Hollande. La céruse est vendue chez les apothicaires et/ou les épiciers sous la forme de pains pyramidaux enveloppés de papier bleu, pour en souligner la blancheur5; c’est là que particuliers et professionnels de la cosmétique viennent l’acheter. En effet, du XVIe au XVIIIe siècles, la production des cosmé-tiques est double. Il existe, d’une part, une production domestique : des particuliers, suivant les recettes qui figurent dans les manuels, élaborent les produits destinés à leur propre consommation. La céruse entre-t-elle dans les préparations que les auteurs de ces manuels offrent au public, et comment ? Ce sera l’objet d’un premier axe de réflexion. Il existe, d’autre part, une production professionnalisée : la corporation des parfumeurs, à qui la fabrication de cosmétiques n’appartient pas spécifiquement, souhaite s’emparer du marché. Ont-ils utilisé la céruse ? C’est à cette question que nous consacrerons la deuxième partie. Enfin, nous expliquerons à partir de quand et pourquoi la céruse fut proscrite en cosmétique.

Les manuels de cosmétique

4Nous avons concentré notre attention sur quinze manuels de cosmétique publiés entre 1541 à 17826. Dans chacun d’entre eux, nous avons mesuré le poids écrasant des recettes pour le teint. Il s’agit de préparations destinées à blanchir le teint, lustrer la peau, ôter le hâle, faire disparaître les taches, les rougeurs, les « rousseurs », les aspérités de la peau, effacer les rides… Les vertus abondent, semblent souvent interchangeables, quand une préparation ne les réunit pas toutes7 ! Pour désigner ces recettes, nous parlerons de préparations blanchissantes parce que, finalement, la blancheur est le but réel. Parmi elles, certaines contiennent de la céruse.

6 André Le Fournier (1541); Michel Nostradamus (1572); Jean Liébaut (1582); Mademoiselle Meurdrac (16 (…)

7 Il en est de ces préparations comme des médicaments « couverts d’adjectifs » ou des substances aux (…)

La céruse dans les préparations blanchissantes

5Avant de préciser de quelle manière la céruse entre dans les préparations cosmétiques, il convient de s’entendre sur le mot : lorsqu’un auteur parle de céruse, s’agit-il toujours de carbonate de plomb ? En effet, Jean Liébaut (1582) cite la céruse de froment, de serpentaire (variété d’arum), de corne de cerf, de marbre, de racine, de borax et de camphre. Certaines fois, le mot ne désigne-t-il pas, tout simplement, de la poudre blanche, quelle qu’en soit l’origine ? C’est vraisemblable, car certains auteurs précisent que, pour telle recette, on peut remplacer la céruse par de la poudre d’amidon. Ainsi, André Le Fournier (1541) peut écrire : de la « poudre de fleur de céruse ou amidon autant qu’il suffit pour faire un onguent ». Néanmoins, souvent, les auteurs ont écrit « céruse de Venise ». Pourquoi ? Depuis le Moyen Âge, cette ville est l’un des hauts lieux de la production de céruse en Europe. Aux Temps Modernes encore, la céruse de Venise, rare et très chère, est considérée comme la seule véritable céruse8. Lorsque les auteurs précisent « céruse de Venise », ils se fondent sur une « nomenclature d’origine »9 qui, à elle seule, témoigne de la qualité du produit. La recette qui emploie cette céruse est nécessairement plus efficace.

8 Selon Pierre Pomet (1694), les céruses de Hollande et d’Angleterre lui sont très inférieures car el (…)

9 Selon l’expression d’Anne-Françoise Garçon (1998).

10 En fait, le mot céruse vient du latin cerussa, emprunté au grec keroussa, lui-même apparenté au te (…)

11 C’est ici le même état d’esprit que celui qui préside à la fabrication des thériaques : « dans une (…)

12 Nous avons, en effet, trouvé quelques préparations de mouchoirs que l’on met à tremper plusieurs jo (…)

6Voyons maintenant comment la céruse entre dans ces préparations et si nous pouvons en tirer des conclusions. La céruse ne peut être incorporée à une composition cosmétique que sous forme de poudre. Si tel n’est pas le cas, une première étape consiste à la broyer. Michel Nostradamus recommande de la donner à un peintre qui la broiera sur son marbre (1572). La poudre doit être fine, sans aucune aspérité, douce au toucher et très blanche, c’est sa principale qualité. Lémery (1748) propose d’ailleurs l’étymologie du mot : il viendrait de cera, « cire », dont la céruse a la blancheur et la douceur10. D’après les manuels du XVIe et du début du XVIIe siècles, une seconde opé-ration consiste à laver la céruse, parfois plusieurs fois, avec des eaux parfumées, et, le plus souvent, avec de l’eau de rose. Est-ce pour en faciliter le broyage si elle se présente en morceaux ? On conseille de le faire même s’il s’agit de céruse en poudre. Croit-on atténuer ainsi son caractère corrosif ? C’est possible. Plus vraisemblablement toutefois, il s’agit de la parfumer. La quantité de céruse préconisée semble très variable. Chez André Le Fournier, elle n’est pas toujours mentionnée : dans telle préparation, il écrit « un peu de céruse lavée à votre discrétion » et, plus loin, « céruse autant qu’il suffit »11. Dans les manuels qui succèdent au sien, les proportions sont toujours indiquées et varient entre une drachme et six onces pour les préparations classiques12, soit de un à quarante-huit ! Rien ne permet d’expliquer le choix de tel ou tel poids, car nous n’avons pu établir de lien entre la quantité de céruse et le but de la préparation. D’ailleurs, dans un même ouvrage, alternent des préparations à objectif identique, les unes contenant de la céruse et les autres non ! Dans la section sur les blancs et magistères cosmétiques de son manuel, Nicolas de Blégny (1689) donne une recette de blanc de céruse mais aussi des recettes de poudre de talc : de manière indifférente pour l’auteur, elles peuvent toutes être mélangées à des pommades.

13 Une fois encore, les analyses de Bachelard (1938 : 113) peuvent s’appliquer à notre objet : la phar (…)

7Comment et à quoi la céruse est-elle associée ? Aucune règle ne semble s’imposer, en particulier pour les recettes les plus anciennes, mais la complexité des préparations est toujours de rigueur. Réduite en poudre, la céruse est mêlée à des produits végétaux, eaux de fleurs, jus de fruits, vinaigres, huiles, gommes… et à des produits d’origine animale, graisses en tous genres, œufs, cire… Souvent, elle est aussi associée à d’autres produits minéraux ou métalliques : vif-argent, sel de tartre, alun, soufre, camphre, litharge d’or et d’argent… mais, là encore, il semble difficile de tirer des conclusions. Peut-être, toutefois, pouvons-nous avancer qu’avec le temps, le nombre d’ingré-dients diminue…13

14 On verra sur ce point les analyses de Jean-Pierre Goubert (1986).

8Comme nous l’avons suggéré, la céruse est l’un des ingrédients de préparations très diverses : des onguents, des pommades, des eaux, des mouchoirs cosmétiques… chacune s’accompagnant, naturellement, de gestes spécifiques. Finalement, c’est bien dans la nature des préparations qu’apparaissent les distinctions diachroniques les plus nettes. Dans les manuels des XVIe et XVIIe siècles, nous avons souvent rencontré le mot « frotter », presque toujours attaché à la manière d’appliquer les produits contre les taches, les rousseurs, et contre le hâle. Dans les manuels du XVIIIe siècle, les recettes visant à faire disparaître les macules se font moins nombreuses. Aux XVIe et XVIIe siècles, les onguents sont les plus nombreux. Épais et gras, on conseille de les appliquer le soir et de les laisser au contact de la peau un temps assez long : Le Fournier (1541), repris par Liébaut (1582), dit d’une de ses préparations qu’il faut « l’appliquer comme si c’était un faux visage et le tenir toute la nuit ». Au XVIIIe siècle, les préparations ont, plus souvent, une forme aqueuse, et le vocabulaire s’en trouve modifié : le verbe « laver » s’impose, et l’on devine que la durée du contact est beaucoup plus courte. Si les auteurs disent encore qu’il faut appliquer leur produit le soir, l’utilisation du matin est de plus en plus recommandée. D’une certaine façon, cela témoigne des nouveaux gestes de toilette qui se développent parmi les élites au cours du siècle des Lumières et dans lesquels l’eau, fût-elle composée, prend une place inédite14.

La céruse dans la préparation des fards

9Dès l’Antiquité, la céruse a servi à fabriquer du fard blanc : à Athènes et à Rome, les témoignages sur le blanc de céruse abondent15. De même, à l’époque moderne, la céruse est employée à cet effet. Régnier écrit : « […] leur visage reluit de céruse et d’épeautre »; Boileau :« […] la coquette […] mettant la céruse et le plâtre en usage, composa de sa main les fleurs de son visage »16. Enfin, La Bruyère déclare que les femmes s’enlaidissent en se fardant de blanc et de rouge et que les hommes « haïssent autant de les voir avec de la céruse sur le visage » (Les Caractères, 1691). La céruse sert ici, comme en peinture, de pigment blanc que l’on mélange à différents corps selon la consistance souhaitée : eaux ou huiles parfumées —dans lesquelles elle est délayée—, pommades et blanc de baleine.

15 Dans L’assemblée des femmes d’Aristophane, un jeune homme s’exclame « […] mais qu’est-ce que peut b (…)

16 Régnier, Satires, IX; Boileau, Epître, IX, cités par le Littré, art. « céruse ».

10Or, dans les manuels de cosmétique, nous n’avons trouvé aucune recette de blanc de céruse qui porte le nom de fard avec l’acception que nous lui connaissons aujourd’hui. Cette constatation nous étonne, mais nous avons une réponse. L’auteur de préparations chimiques compliquées ne daigne pas donner une recette simple, à la portée de tous, car quiconque dispose de céruse peut fabriquer du fard. Une difficulté surgit pourtant : quelques préparations blanchissantes sont parfois aussi appelées fards. André Le Fournier intitule l’une de ses préparations « une manière de se farder le visage la nuit […] », et l’on trouve chez Michel Nostradamus un « fard pour enblanchiment de la face », et une « eau […] s’en fait un fard […] ». Comment interpréter ce terme ? Il y a incontestablement une confusion des mots et des usages : certaines préparations blanchissantes que nous avons décrites sont aussi des fards dont l’auteur tait le nom à dessein. Et comment s’en étonner dans un monde où la beauté naturelle reste la référence, où l’artifice et les fards en particulier sont condamnés, dans un monde où le mot « fard », lui-même, est employé dans le sens de feinte ou de dissimulation (Dubois & Lagane 1971).

Pourquoi la céruse ?

11La céruse est utilisée en cosmétique car les auteurs des manuels sont souvent des médecins17. D’une part, elle leur semble ne pas avoir les effets nocifs des préparations dénoncées dès le XVIe siècle, telles, en particulier, les recettes contenant du mercure18. D’autre part, elle profite sans doute de la disqualification de la pharmacie galénique et du développement de la pharmacie chimique. Enfin, elle bénéficie d’un prolongement de ses vertus médicinales déjà reconnues par Pline l’Ancien. Astringente et cicatrisante, elle est aussi capable de « polir, de nettoyer et de blanchir la face », comme l’écrit Liébaut (1582). De plus, les onguents blanchissants sont apparentés de manière évidente aux emplâtres médicaux. Liébaut donne même une recette cosmétique avec du sel de céruse (ou sel de Saturne), et précise qu’il faut l’employer « comme quand on fait des cautères ». Les médecins des Temps Modernes qui ont écrit des ouvrages de cosmétique ont considéré que santé et beauté étaient équivalentes.

17 André Le Fournier, Michel Nostradamus, Jean Liébaut, Nicolas de Blégny, Nicolas Lémery, Pierre-Jose (…)

18 On verra, par exemple, l’ouvrage de Michel Nostradamus (1572) pour la fabrication de préparations b (…)

19 On trouve aussi ce principe parmi les trois principes magiques fondamentaux dégagés par Marcel Maus (…)

12Finalement, on peut conclure que la céruse est choisie pour trois raisons. Parce qu’elle est corrosive, dessicative, astringente, et que l’on souhaite ôter du visage toute aspérité et toute tache. Parce qu’elle est un pigment blanc dont on peut faire du fard. Ce sont là des propriétés reconnues, objectives. Mais on l’emploie tout autant, voire davantage, parce qu’elle est blanche et que l’on souhaite obtenir la blancheur, socialememt valorisée, au même titre que l’on préfère les pigeons blancs, le pain blanc, le fromage blanc, les fleurs blanches… et pour la même raison que le linge dont on s’essuie le visage au matin doit être blanc. C’est le principe, admis par les médecins paracelsiens, selon lequel « les semblables attirent les semblables » (Metzger 1969 : 155)19. On saisit ici la valeur subjective, magique de la céruse.

La céruse des parfumeurs

Boutique et « blancs » de parfumeurs

13Nous l’avons dit, l’usage des fards blancs ne semble pas reculer au cours des Temps Modernes, comme en témoignent, pour les critiquer d’ailleurs, de nombreux observateurs. Les parfumeurs ont assuré une partie de la production des blancs20. Dans son Dictionnaire…, l’Abbé Jaubert (1773) écrit que les parfumeurs fabriquent « un grand nombre de substances pour blanchir et nettoyer qui sont sujettes aux changements car il faut toujours en imaginer de nouvelles pour suivre la mode ». En effet, le fonds de boutique des parfumeurs contient des préparations blanchissantes et des fards21. Les laits virginaux sont les préparations destinées à blanchir la peau les plus communes : nous en avons trouvés dans treize inventaires après décès mais aussi dans deux registres de commerce22. Les eaux sans pareilles (onze inventaire après décès) et les eaux pour le teint (quatre inventaires après décès, trois registres de commerce) font également partie de ces préparations blanchissantes. Les traces archivistiques de fards blancs sont plus rares : « blanc de perles 23 » cinq fois, « blanc glacé » une seule fois, blanc en pot —sans plus de précision—, trois fois. Selon Fitelieu, il faut disposer d’une boutique entière pour se farder : « tant de céruse, de sublimé, de rouge d’Espagne, d’alun, de mie de pain, de vinaigre distillé, de fèves, de fiente de bœuf, d’amandes… et tout cela ne sert que pour masquer une femme » (Fitelieu 1642). Avec quelles matières premières les parfumeurs ont-ils fabriqué leurs préparations blanchissantes et leurs fards ? Ont-ils utilisé la céruse ?

20 En l’état actuel de notre recherche, nous pensons que durant le XVIe siècle et une grande partie du (…)

21 À ce jour, nous avons dépouillé environ soixante-quinze inventaires après décès de parfumeurs ou d’ (…)

22 Selon Lémery (1748), ils contiennent de nombreuses drogues parmi lesquelles de la litharge, qui est (…)

23 D’après l’Encyclopédie, le blanc de perles n’est autre que du blanc de bismuth. On s’en servait com (…)

Peu ou pas de céruse chez les parfumeurs

14L’étude des inventaires après décès a conduit à une première constatation : les parfumeurs ne disposent d’aucun manuel de cosmétique dans leur bibliothèque —quand ils en ont une. Leurs savoir-faire se sont transmis de manière orale. Sous l’Ancien Régime, deux mondes cosmétiques ont bel et bien coexisté, sans s’influencer l’un l’autre, semble-t-il.

24 Archives Nationales, Minutier Central, Étude LXXXII/226.

25 Archives Nationales, Minutier Central, Étude XCIV/340.

15Bien que les parfumeur utilisent la céruse pour la teinture des gants, ils l’emploient très peu dans les préparations cosmétiques. Simon Barbe (1689), seul parfumeur à avoir écrit un manuel, cite la céruse pour teindre les peaux en blanc ou pour adoucir d’autres couleurs, mais aucune de ses préparations n’en contient. En effet, nous avons trouvé seulement deux inventaires après décès dans lesquels le notaire mentionne du blanc que l’on peut identifier à de la céruse. Dans l’inventaire après décès de Barthélemy Dupré, en 1738, on peut lire : « deux onces de blanc trois livres, six douzaines de pommade au teint 15 livres, lait virginal une chopine 30 sols… » 24. Dans celui de Philippe Deldeuil, en 1767, le greffier a noté : « item de l’eau sans pareille, quatre onces de pain de blanc à 20 sols l’once »25. Pourquoi penser qu’il s’agit de céruse alors que le notaire ne le précise pas ? Parce qu’il est difficile de différencier la céruse des autres types de blancs, le terme « blanc » est devenu générique. Surtout, la présentation sous forme de « pain », ainsi que les quantités, laissent penser qu’il s’agit bien de céruse. De manière plus générale, pourquoi les traces de céruse sont-elles si peu nombreuses ? Deux hypothèses se présentent : soit les parfumeurs l’achètent en petite quantité et la transforment tout de suite de peur qu’elle ne s’abîme et perde sa blancheur; en effet, la céruse perd vite sa qualité essentielle : Pons Augustin Alletz (1776) recommande de lui ajouter une pointe de bleu « afin de soutenir le blanc qui jaunit avec le temps »; soit les parfumeurs en connaissent la toxicité —ce n’est pas exclu—, mais ils emploient pourtant d’autres produits dangereux… Dans le fond, la réponse la plus acceptable est peut-être la suivante : ils utilisent peu la céruse parce qu’elle est très chère.

Les matières premières des parfumeurs

16À la lecture de nos sources, les préparations blanchissantes et les fards des parfumeurs semblent avoir été fabriqués à partir de matières premières nombreuses et variées. Du blanc, sans plus de précision, est mentionné cinq fois, du talc quatre fois, du tartre trois fois, de l’étain une seule fois. La matière première la plus communément employée par les parfumeurs est l’alun : nous en avons relevé 18 occurrences ! Effectivement, l’Encyclopédie nous confirme que l’alun entre dans les préparations astringentes et dans plusieurs cosmétiques. Dans les inventaires après décès et les registres de commerce que nous avons consultés, cet alun se présente de manières différentes : six fois, aucune précision n’est donnée, une fois il est dit « glacé », trois fois il se présente « en poudre », et huit fois il est « calciné ». Ces deux derniers types nous intéressent particulièrement et nous pensons qu’il s’agit d’une seule et même forme car, selon l’Encyclopédie : « […] l’alun calciné sur le feu […] devient plus blanc, plus léger et plus facile à pulvériser et caustique ». Comme la céruse, l’alun se transforme en poudre blanche; comme elle, il a des vertus astringentes et corrosives.

26 Si le blanc en pain signalé dans l’inventaire après décès de Philippe Deldeuil est bien de la cérus (…)

17Pourquoi l’alun plutôt que la céruse ? C’est un produit dont les parfumeurs connaissent les usages et qui, sans doute, coûte moins cher26. Enfin, on peut penser que leur qualité de poudriers les a aussi incités à fabriquer leurs fards avec de la poudre d’amidon. Les parfumeurs du XVIIIe siècle ont donc produit et vendu des blancs de toutes sortes : des préparations caustiques avec de l’alun, de la céruse et bien d’autres métaux et minéraux encore, mais aussi des compositions plus ou moins inoffensives, faites de talc ou d’amidon. Et d’ailleurs, d’après ce que nous savons de la consommation, les mêmes clients ont pu avoir recours à différents types de blancs, en alternance ou en les mélangeant. Les parfumeurs ont sans doute souhaité s’emparer d’un marché en développement ; mais en proposant d’autres produits au public, ils ont aussi contribué à la disqualification de la céruse.

La disparition progressive de la céruse

Un produit toxique longtemps en usage

18Certains auteurs connaissaient les effets nocifs de la céruse depuis le XVIe siècle. En 1582, par exemple, Jean Liébaut en vante les vertus mais dit de la céruse, comme des autres « […] préparations métalliques […], qu’elles noircissent et corrodent les dents et rendent l’haleine puante ». Dans son Histoire générale des drogues de 1694, l’épicier-droguiste Pierre Pomet considère que la céruse est une drogue « très dangereuse tant à broyer qu’à mettre en poudre », il évoque des maladies, parfois la mort, et ne fait pas même mention de son usage en cosmétique. En 1748, Jacques Savary des Brûlons précise que la céruse est « un poison dangereux quand elle opère au-dedans et elle fait même sentir au-dehors sa malignité puisqu’elle gâte la vue et les dents des personnes qui prétendent s’en embellir et qu’outre quantité d’autres incommodités qu’elle leur cause, elle semble avancer la vieillesse, en faisant venir des rides plus tôt qu’on en aurait ». Il est donc légitime de se demander pourquoi la céruse a disparu si lentement des manuels de cosmétique. Plusieurs réponses sont possibles.

19Nous l’avons dit plus haut, dans le domaine cosmétique, elle a longtemps bénéficié des vertus curatives qu’on lui reconnaissait. Et l’on peut donc penser que les premières condamnations ont seulement visé la céruse coupée de craie —venue d’Angleterre et de Hollande—, attribuant à la craie les effets nocifs, à tort bien sûr. En effet, Pomet (1694) précise bien qu’en médecine, on doit employer la céruse de Venise et qu’il faut l’acheter chez « d’honnêtes marchands ». De manière plus générale, le succès des manuels de cosmétique témoigne d’une demande : les exigences de blancheur touchent toujours une certaine frange de la population sous l’Ancien Régime. Les auteurs répondent à cette demande, recopient les uns sur les autres des recettes, parmi lesquelles certaines sont absolument inoffensives et d’autres contiennent de la céruse : en soi, l’accumulation des préparations les plus diverses témoigne de la qualité de l’ouvrage qui les propose. Citons tout de même le cas de Mademoiselle Meurdrac qui fait preuve d’un peu de lucidité face aux dangers des préparations métalliques : dans l’édition de 1666 de sa Chimie charitable en faveur des dames, elle conseille de ne pas se servir du mercure, du sublimé ou d’étain de glace, et donne quatre recettes qui accueillent de la céruse. La réédition augmentée de son ouvrage (1674) compte davantage de préparations, mais une composition « contre les rides et les lentilles du visage » qui contenait de la céruse a disparu. La demoiselle a-t-elle supprimé cette recette parce qu’elle ne permettait pas d’atteindre l’objectif annoncé ou parce qu’elle avait des effets nocifs ? Quelle que soit la réponse, Mademoiselle Meurdrac a fait appel à un raisonnement fondé sur la comparaison entre un objectif et un résultat —et c’est tout à son honneur.

Les « maladies de la céruse »

20La définition des risques liés à la céruse a été lente car, pendant longtemps, le discours moralisant sur les fards a sans doute occulté toute autre considération, et les informations médicales circulaient peu. Finalement, il faut attendre que l’emploi du plomb soit condamné en médecine pour que l’usage de la céruse soit remis en cause en cosmétique, c’est-à-dire la seconde moitié du XVIIIe siècle. En 1760, le Docteur Maurice Deshais-Gendron s’inquiète de certaines maladies des yeux dont souffrent les femmes qui utilisent les fards27. Il parle aussi de salivation, de sécheresse de la bouche, d’inflammation des gencives. Enfin, il évoque, parmi les classes privilégiées, des maladies de poitrine, des affections des poumons qui pourraient venir de l’application de ces blancs sur une plus grande surface du corps. Sa dénonciation des cosmétiques est sans appel : « Vous ne trouverez dans leur composition que poisons, que corrosifs, que dessicatifs, qu’astringents ». Le docteur Lorry (1777 : 196) est plus précis : il décrit clairement les dangers des préparations au plomb. La blancheur et l’éclat ne séduisent qu’un temps : une utilisation prolongée provoque des taches, la peau devient froide, aride, « des douleurs aiguës et des convulsions effroyables » s’ensuivent. Le médecin raconte qu’une femme qui appliquait du blanc sur une grande partie de son corps depuis trois ans est morte phtisique très rapidement.

27 Lettre à Monsieur *** sur plusieurs maladies des yeux causées par l’usage du rouge et du blanc. Par (…)

28 Malgré leurs dires, la voie cutanée n’est probablement pas la voie principale de pénétration de la (…)

21Si les deux médecins semblent d’accord pour attribuer au fard, et au blanc de plomb en particulier, des effets nocifs, les maux qu’ils décrivent ne sont pas identiques. Surtout, leurs analyses sur la manière dont le plomb s’insinue dans le corps divergent. Pour M. Deshais-Gendron, le fait que l’on applique ces produits au pinceau « ouvre les pores de la peau, excite la dilatation des vaisseaux ce qui laisse entrer les molécules ». Pour M. Lorry, au contraire, le caractère astringent des substances métalliques rétrécit le diamètre des pores; le fard empêche l’indispensable transpiration et, finalement, les molécules métalliques s’insinuent dans le corps28. Surtout, le docteur Lorry observe une « analogie […] entre ces symptômes et les phénomènes des maladies des ouvriers qui travaillent aux mines et aux métaux ». Il évoque des migraines, des lassitudes, des fluxions, des maux d’estomac et de reins… Pouvons-nous effectivement croire qu’il s’agit des symptômes caractéristiques des « coliques de plomb » ou « coliques de peintres » ? Peu importe. Deux points sont à retenir : ces médecins présentent des raisonnements fondés sur l’observation et la comparaison de signes cliniques, ce qui témoigne des progrès de la médecine; aux yeux de leurs contemporains, leurs conclusions sont vraisemblables.

La condamnation de la céruse

22En effet, c’est seulement à partir de la seconde moitié du Siècle des Lumières que la céruse en cosmétique recule de manière significative. Dans l’ouvrage de Le Fournier paru en 1541, 28 % des préparations décrites contiennent de la céruse, on en compte 15% dans le manuel de Liebaut en 1582, 6 % dans celui de Blégny en 1689, 20 % chez Lémery en 1695, 2,8 % chez Bruzen de la Martinière en 1759, 4 % chez Buchoz en 1771, pour finir par 2,7 % dans l’ouvrage de Dejean en 1777.

23À partir des années 1770, les effets toxiques de la céruse sont reconnus de tous. L’Abbé Jaubert (1773) dresse un véritable réquisitoire contre les préparations qui en contiennent. Les femmes doivent se méfier, car ces préparations « vénéneuses » causent des « mortifications » (sic), altèrent, gâtent, « rident le teint de manière à ne jamais pouvoir le réparer » et font disparaître « ses couleurs naturelles ». Le discours est négatif, il est, terme à terme, l’exact contre-pied de celui qui, deux siècles plus tôt, accompagnait certaines préparations contenant de la céruse. Enfin, Jaubert étend cette condamnation à ceux qui pensent « pouvoir trouver des cosmétiques propres à ôter les taches, les rousseurs, rougeurs, les rides ou changer la couleur de la peau » : ce sont des charlatans.

29 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 97, dossier n° 30 (Dam (…)

30 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 101, dossier n° 37 (Si (…)

31 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 105, dossier n°24 (Sie (…)

32 C’est ce que réclame la corporation des parfumeurs après la saisie effectuée sur les produits de la (…)

24Surtout, les informations scientifiques et médicales circulent. Les recettes cosmétiques qui sont envoyées par des particuliers à la Société Royale de Médecine pour obtenir une autorisation de vente en témoignent : presque tous ces inventeurs déclarent que leur produit est « sans fard », donc sans danger. La dame Colson écrit que sa crème à la sultane ne « contient point de blanc qui puisse par son usage brunir la peau », Mademoiselle Guérin précise que son eau est exempte de fard et de tout ce qui peut dessécher29. Le Sieur de la Houssaie va plus loin encore : il prétend que son eau spiritueuse est un « véritable contrepoint du rouge et du blanc qui gâtent le teint des personnes qui en font usage »30. Certains font preuve de connaissances chimiques très sûres : le sieur Viserant envoie la recette d’un vinaigre cosmétique et précise qu’il faut éviter, pour le préparer « […] de choisir un vaisseau de terre couverte d’un émail de plomb car il peut se former par l’acide acéteux qui tombe dessus un sel de saturne […] », ou sel de céruse, que l’auteur qualifie « de poison dangereux »31. L’affirmation selon laquelle la préparation ne contient « aucun fard » revient comme un leitmotiv, et, finalement, elle devient l’un des arguments majeurs en faveur de la recette, pour ne pas dire l’argument publicitaire principal. C’est aussi celui que la communauté des parfumeurs, inquiète de perdre le marché des cosmétiques face à cette nouvelle concurrence, avance : la disparition des corporations donne lieu à une production spontanée et potentiellement dangereuse pour le public; il conviendrait, donc, de les établir, à l’exclusion des autres, seuls fabricants de cosmétiques 32.

33 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 97, dossier n° 61 (Dem (…)

25En revanche, lorsque la Société Royale reçoit des préparations douteuses et dangereuses, le jugement est sans appel. Nous n’avons retrouvé aucune recette qui contienne directement de la céruse; mais nous en avons découvert deux avec du sel de saturne que l’on fabriquait avec de la céruse33. À l’examen de l’un de ces cosmétiques, le jugement de la Société est le suivant :

34 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 101, dossier n° 30 (Si (…)

« Il se forme un vinaigre de saturne duquel par un mélange d’eau distillée, il se précipite une poudre blanche qui reste au fond des vases. Dans cette poudre, on revivifie le plomb par les moyens les plus simples […] [et elle] […] peut être regardée comme un blanc de céruse […] qui donne nécessairement à l’eau une qualité astringente et une vertu [illisible] dont l’action est justement suspecte dans les maladies cutanées »34.

Conclusion

26Même si la condamnation des fards par les médecins du XVIIIe siècle com-porte incontestablement une dimension morale, ces hommes ont le mérite d’avoir fait admettre que, si médecine et cosmétique ont en commun le do-maine de la peau, elles n’ont pas la même fonction. Plus important encore : comme la recherche de la beauté peut être nuisible, le corps médical souhaite contrôler la production des cosmétiques. Ces médecins avaient raison, et ils ont sans doute largement concouru à l’élimination de la céruse des prépa-rations cosmétiques au XVIIIe siècle. Mais la victoire de la raison n’est pas toujours définitive… Deux siècles plus tard, on sait que, dans plusieurs pays et en particulier sur le continent africain, circulent des produits blanchissants dangereux ou que certains médicaments sont utilisés de manière détournée pour blanchir la peau, avec tous les effets secondaires désastreux que l’on imagine35. Là encore, il apparaît que la blancheur de la peau fait partie d’un ensemble de valeurs qui appartiennent au modèle économique et social dominant. Comme elle s’était imposée aux classes populaires sous l’Ancien Régime, elle semble parfois s’imposer aujourd’hui aux peuples non européens.

35 Voir à ce sujet l’« Enquête épidémiologique sur l’utilisation cosmétique de produits dépigmentants (…)

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Notes

1 Ces lignes doivent beaucoup à plusieurs ouvrages; citons les plus importants pour notre propos. Les analyses de Norbert Elias (1985, 1991) se sont avérées essentielles pour comprendre les liens entre l’espace curial et le développement des soins du corps. Les belles pages de Robert Mandrou (1989) sur les modifications de la hiérarchie des sens au début des Temps Modernes nous ont été très utiles. Le livre de Philippe Perrot (1984), et celui de Georges Vigarello (1985) sont indispensables pour qui souhaite aborder la question des soins du corps et de beauté dans la France d’avant 1789. Enfin, l’ouvrage de l’anthropologue David Le Breton (1992) permet d’éclairer le sujet d’une manière fort intéressante.

2 Selon Edmond et Jules de Goncourt (1887), à la fin du XVIIIe siècle, les coiffures s’avancent sur le front pour faire de l’ombre au visage et, ainsi, le faire paraître plus blanc. Dans ses Mémoires, Madame de Genlis rapporte qu’une dame de sa connaissance allait jusqu’à se faire saigner pour conserver le teint pâle.

3 Pline l’Ancien explique comment fabriquer de la céruse. Il faut mettre du plomb dans des pots de vinaigre qu’on laisse bouchés dix jours, puis racler la « moisissure » formée, la broyer, la tamiser, la chauffer, la laver à l’eau douce, la faire sécher et, enfin, en faire des pastilles. Nous avons pu constater que cette méthode continue à être utilisée au cours des Temps Modernes. Dans l’Encyclopédie, on retrouve bel et bien la recette de Pline : le plomb réduit en lamelles est trempé dans du vinaigre, et il s’agit ensuite de racler la « rouille formée répétant cette opération jusqu’à ce que le plomb ait disparu ». La recette est parfois améliorée. Lémery (Dictionnaire universel…) et une seconde méthode proposée par l’Encyclopédie précisent que le plomb est étendu en lamelles minces, roulé autour de petits bâtons, puis déposé dans des pots de terre avec du vinaigre qu’on laisse dans le fumier pendant dix jours. Cette méthode a deux avantages : d’abord, le fumier optimise la réaction chimique; surtout, comme le plomb se présente sous la forme de spirales, la surface exposée à la vapeur du vinaigre est plus étendue ce qui permet de produire davantage de céruse en une seule fois.

4 Anne-Françoise Garçon (1998 : 16) écrit : « Voici […] le cas des fabriques de blanc de céruse, encore appelé blanc de plomb, une production qui manquait au royaume ».

5 D’après le marchand épicier et droguiste Pierre Pomet (1694), repris par Nicolas Lémery (1748).

6 André Le Fournier (1541); Michel Nostradamus (1572); Jean Liébaut (1582); Mademoiselle Meurdrac (1666, 1674); Nicolas de Blégny (1689); Simon Barbe (1689); Le Chevalier Digby (1689); Lémery (1695); Bruzen de la Martinière (1759); Pierre Joseph Buchoz (1771); Pons Augustin Alletz (1776); Dejean (1777).

7 Il en est de ces préparations comme des médicaments « couverts d’adjectifs » ou des substances aux « attributs les plus divers » évoqués par Gaston Bachelard (1938 : 112).

8 Selon Pierre Pomet (1694), les céruses de Hollande et d’Angleterre lui sont très inférieures car elle sont coupées de craies.

9 Selon l’expression d’Anne-Françoise Garçon (1998).

10 En fait, le mot céruse vient du latin cerussa, emprunté au grec keroussa, lui-même apparenté au terme keros, la cire.

11 C’est ici le même état d’esprit que celui qui préside à la fabrication des thériaques : « dans une thériaque qui réunit 150 substances, on ne s’occupe pas des proportions; on se confie à l’efficacité de la seule présence des ingrédients » (Bachelard 1938 : 113). Précisons que la thériaque est un remède prétendument universel, inventé par le médecin de Néron vers 40 après J.-C. et que l’on trouvait encore inscrit au Codex en 1884 ! Sur la pharmacopée de la fin du Moyen Âge et du début des Temps Modernes, on consultera avec profit la thèse de Jean-Pierre Bénézet (1999); on peut voir aussi Loïc Girre (1997).

12 Nous avons, en effet, trouvé quelques préparations de mouchoirs que l’on met à tremper plusieurs jours de suite dans des décoctions de céruse : dans ce cas, la quantité de céruse peut atteindre une livre.

13 Une fois encore, les analyses de Bachelard (1938 : 113) peuvent s’appliquer à notre objet : la pharmacopée ancienne valorise « les mélanges les plus composés » et « la thériaque est une somme de substances jamais trop accueillante ».

14 On verra sur ce point les analyses de Jean-Pierre Goubert (1986).

15 Dans L’assemblée des femmes d’Aristophane, un jeune homme s’exclame « […] mais qu’est-ce que peut bien être, je vous prie cette créature-là ? Une guenon toute enduite de céruse, ou une vieille ressuscitée de chez les morts ». Dans la Mostellaria, Plaute décrit la toilette de Philématie : la servante Scapha refuse de donner le rouge à sa maîtresse et s’en explique : « […] à ton âge est-ce qu’on doit seulement toucher à aucune espèce de fard, blanc de céruse, blanc de mélos ou tout autre badigeonnage ». Et Martial d’écrire « […] c’est ainsi que, plus noire que la mûre prête à tomber, Lycoris s’admire sous le fard de la céruse […] » (Epigrammes I, 72).

16 Régnier, Satires, IX; Boileau, Epître, IX, cités par le Littré, art. « céruse ».

17 André Le Fournier, Michel Nostradamus, Jean Liébaut, Nicolas de Blégny, Nicolas Lémery, Pierre-Joseph Buchoz.

18 On verra, par exemple, l’ouvrage de Michel Nostradamus (1572) pour la fabrication de préparations blanchissantes au mercure et celui de Mademoiselle Meurdrac (1674) pour leur condamnation.

19 On trouve aussi ce principe parmi les trois principes magiques fondamentaux dégagés par Marcel Mauss (1902-1903) : c’est la « loi de similarité » selon laquelle « le semblable agit sur le semblable ».

20 En l’état actuel de notre recherche, nous pensons que durant le XVIe siècle et une grande partie du XVIIe siècle, les cosmétiques, fards et pommades de toutes sortes ont été souvent fabriqués à domicile par les usagers eux-mêmes ou par les valets et/ou les femmes de chambre. Plusieurs éléments permettent de le croire. D’abord, certains auteurs de manuels de cosmétique s’adressent à un public clairement identifié. Mademoiselle Meurdrac, par exemple, destine son ouvrage aux dames et ajoute dans l’avant-propos qu’elle souhaite « donner le moyen de fabriquer des remèdes sans dépenses » : la fabrication de ces recettes s’inscrit bien dans le cadre d’une économie domestique. Plus loin, après avoir décrit les fourneaux nécessaires aux opérations de chimie, elle explique qu’ils ne sont pas indispensables et que « l’on peut faire toutes les opérations sur un trépied entouré de briques, ou sur un réchaud, ou au coin de la cheminée… ». Simon Barbe adresse, d’abord, son livre aux « personnes de qualité » puis « aux gantiers, parfumeurs… ». Ensuite, le passage entre la profession de valet de chambre et celle de fabricant de cosmétiques existe : en 1539, est dressé l’inventaire après décès de François d’Escobart, valet de chambre et parfumeur du Roi (Archives Nationales, Minutier central, Étude LXXXVI/89). Le sieur Charles Decaux, parfumeur, était un ancien valet de chambre (Inventaire après décès de son épouse Marie Uzé, le 31 mai 1741, Archives Nationales, Minutier Central, Étude XXVIII/269). C’est sans doute au cours du XVIIIe siècle, afin de profiter d’un marché en pleine expansion, que la corporation des gantiers-parfumeurs a tenté de se saisir complètement de la production des cosmétiques. Et l’on en tient pour preuve, parmi d’autres, le fait que les manuels de la fin du siècle des Lumières, à l’inverse des précédents, s’adressent d’abord aux professionnels : Buchoz pense que son ouvrage peut être utile aux « parfumeurs, aux baigneurs-étuvistes et aux personnes chargées de la direction des toilettes », Dejean écrit avoir conçu son ouvrage « pour les parfumeurs mais aussi pour les particuliers ».

21 À ce jour, nous avons dépouillé environ soixante-quinze inventaires après décès de parfumeurs ou d’épouses de parfumeurs (Minutier Central des Archives Nationales), soixante-neuf dossiers de faillites de parfumeurs et autres fabricants de cosmétiques (séries D4B6 et D11U3 des Archives de la Seine), trente registres de commerce de ces professionnels (série D5B6 des Archives de la Seine).

22 Selon Lémery (1748), ils contiennent de nombreuses drogues parmi lesquelles de la litharge, qui est un protoxyde de plomb.

23 D’après l’Encyclopédie, le blanc de perles n’est autre que du blanc de bismuth. On s’en servait comme d’un fard pour cacher les difformités du visage et l’on prétendait qu’il blanchissait le teint.

24Archives Nationales, Minutier Central, Étude LXXXII/226.

25Archives Nationales, Minutier Central, Étude XCIV/340.

26 Si le blanc en pain signalé dans l’inventaire après décès de Philippe Deldeuil est bien de la céruse, ce produit coûte, d’après l’estimation du notaire, vingt livres la livre. L’alun calciné coûtait quant à lui, au milieu du XVIIIe siècle, une livre la livre !

27 Lettre à Monsieur *** sur plusieurs maladies des yeux causées par l’usage du rouge et du blanc. Paris, 1760.

28 Malgré leurs dires, la voie cutanée n’est probablement pas la voie principale de pénétration de la céruse : l’épiderme sur lequel étaient appliquées les préparations protège le derme de manière efficace (même si une pénétration du plomb peut avoir lieu au niveau du bulbe des poils), et nulle pénétration dans le sang ne semble possible car les vaisseaux s’arrêtent au niveau du derme. En revanche, il est probable que de la poussière de céruse pouvait être inhalée ou/et être ingérée et ainsi, finir par passer dans le sang.

29 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 97, dossier n° 30 (Dame Colson, 1777); carton 100, dossier n° 28 (Demoiselle Guérin, 1782).

30 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 101, dossier n° 37 (Sieur De la Houssaie, 1778).

31 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 105, dossier n°24 (Sieur De Viserant, 1788).

32 C’est ce que réclame la corporation des parfumeurs après la saisie effectuée sur les produits de la Demoiselle Martin (Archives de la Seine, série D4Z/3, Requête de Mademoiselle Martin, marchande de rouge, présentée au Lieutenant Général de police, au sujet d’une saisie faite sur elle par les parfumeurs, 1778, et Réponse de la communauté des maîtres gantiers-boursiers-ceinturiers, de la ville de Paris prise lors d’une délibération du 6 août 1778). L’inquiétude des parfumeurs est particulièrement forte à cette date : la disparition puis le rétablissement des communautés (février et août 1776) ont créé une situation nouvelle. Dans un premier temps, la disparition des corporations rend le métier de parfumeur libre : il faut désormais faire une déclaration au Lieutenant Général de police pour avoir le droit d’exercer la profession. Les nombreuses recettes cosmétiques qui sont envoyées à la Société Royale de médecine à partir de 1776 afin d’obtenir une approbation témoignent bien de la liberté nouvelle d’entreprendre en ce domaine. L’édit d’août rétablit les corporations mais la situation reste floue : d’une part, les nouveaux statuts et règlements se font attendre, et d’autre part, il semble, à la lecture des jugements portés par la Société Royale de Médecine sur ces cosmétiques, que même après la Restauration, la liberté de ce commerce perdure de fait. Enfin, en partie peut-être à la faveur de ces réformes, un fait est porté au grand jour : la fabrication des fards, blanc et rouge, n’a jamais été réservée aux parfumeurs de manière explicite. En effet, d’après les sources dont nous disposons à ce jour (Statuts de la communauté des marchands gantiers-poudriers-parfumeurs, Édits, Arrêts du Parlement, Sentences de Police…), il n’est jamais clairement question de ces produits mais toujours de « choses dépendant du métier » ou « d’autres marchandises de parfums dépendant dudit état des maîtres gantiers-parfumeurs ». La Demoiselle Martin peut donc, à juste titre, évoquer « la liberté de notoriété publique » dont jouissait le rouge. Et, paradoxalement, la communauté des gantiers-boursiers-ceinturiers, contre-attaquant la requête de la Demoiselle, ne dit pas autre chose quand, après avoir écrit : « Jamais la vente du rouge et du blanc n’ont été libres, pas plus que les autres marchandises de parfumerie », elle précise encore : « […] les anciens statuts ne faisaient aucune distinction entre les marchandises […] ». L’absence de toute mention spécifique du rouge ou du blanc pouvait tout aussi bien faire apparaître leur fabrication comme libre ou non. À l’heure où nous relisons ces notes, il nous faut signaler l’ouvrage de Steven L. Kaplan (2001) dont la lecture attentive ne manquera pas de nous aider sur toutes ces questions.

33 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 97, dossier n° 61 (Demoiselle De Clavigny, 1783) et carton 101, dossier n°30 (Sieur Lafaye 1780).

34 Archives de la Société Royale de Médecine, fonds des Remèdes Secrets, carton 101, dossier n° 30 (Sieur Lafaye, 1780).

35 Voir à ce sujet l’« Enquête épidémiologique sur l’utilisation cosmétique de produits dépigmentants par les femmes de Bamako (Mali) » dans les Annales de dermatologie et de vénéréologie, 1993, ainsi que les « Complications dermatologiques de l’utilisation de produits dépigmentants à Bamako (Mali) » dans les Annales de dermatologie et de vénéréologie, 1994. Ces deux articles ont été portés à notre connaissance par le Docteur Irina Bournérias, dermatologue. Qu’elle trouve ici l’expression de notre gratitude.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Catherine Lanoë, « La céruse dans la fabrication des cosmétiques sous l’Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècles) », Techniques & Culture [En ligne], 38 | 2002, mis en ligne le 11 juillet 2006, Consulté le 22 avril 2012. URL : http://tc.revues.org/224

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Auteur

Catherine Lanoë

Ater au Collège de France, chercheur associé à l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine (IHMC), 45 rue d’Ulm, 75005 Paris


Election américaine: Et si les pauvres ne voulaient plus voter à gauche? (Obama’s worst nightmare comes true: A conservative Erin Brockovich)

30 août, 2008
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion … Barack Obama
Nous qui vivons dans les régions côtières des villes bleues, nous lisons plus de livres et nous allons plus souvent au théâtre que ceux qui vivent au fin fond du pays. Nous sommes à la fois plus sophistiqués et plus cosmopolites – parlez-nous de nos voyages scolaires en Chine et en Provence ou, par exemple, de notre intérêt pour le bouddhisme. Mais par pitié, ne nous demandez pas à quoi ressemble la vie dans l’Amérique rouge. Nous n’en savons rien. […] Nous ne savons pas tirer au fusil ni même en nettoyer un, ni reconnaître le grade d’un officier rien qu’à son insigne. Quant à savoir à quoi ressemble une graine de soja poussée dans un champ… David Brooks
Il est vrai que les électeurs américains attachent plus de poids aux questions de société qu’il y a 20 ans. Il est également vrai que la religion est devenue un facteur prédictif plus fort du comportement électoral. Mais ces deux évolutions se concentrent principalement parmi les plus favorisés et diplômés, pas parmi les ouvriers. (…) M. Obama devrait faire aussi bien ou mieux parmi ces électeurs s’il est le candidat démocrate en novembre. Si ce n’est pas le cas, ce ne sera pas parce qu’il a offensé les sensibilités de l’Amérique profonde. Ce sera parce qu’il a fait sien un stéréotype trompeur de ce qu’ils sont vraiment et de ce qui les intéresse réellement. Larry M. Bartels (Princeton)
Je pense toujours qu’Obama était le seul candidat démocrate sérieux qui pouvait perdre en une année comme celle-ci, et McCain le seul républicain qui pouvait gagner. Victor Davis Hanson

Et si les "pauvres" ou les "ploucs" tenaient vraiment à leur religion et leurs armes à feu et continuaient à refuser de voter pour les élites “suréduquées, libérales, arrogantes, jouisseuses et dépravées” que sont devenus ses traditionnels mandants de gauche?

Jeune et ex-reine de beauté, sportive et communicatrice hors pair, femme active et mère de cinq enfants, fière de ses racines rurales et de sa religion, réformatrice qui s’est attaquée à la corruption des multinationales et de son propre parti …

Peut-on imaginer, face à la condescendance et aux geignardises d’une gauche caviar qui a torpillé sa candidate la plus crédible, meilleure vitrine pour une droite décomplexée et près des gens (la fameuse Amérique profonde qui a voté Bush toutes ces années) que cette sorte d’Erin Brockovich de droite que John McCain vient de se choisir comme colistière?

Et surtout, comme le rappelle William Kristol du Weekly Standard, plus terrible cauchemar, au lendemain du triomphe supposé du messie Obama, pour les deux derniers mois de campagne de Démocrates réduits à prier pour un nouveau Katrina?

Let Palin Be Palin
Why the left is scared to death of McCain’s running mate.
William Kristol
09/08/2008

A spectre is haunting the liberal elites of New York and Washington–the spectre of a young, attractive, unapologetic conservatism, rising out of the American countryside, free of the taint (fair or unfair) of the Bush administration and the recent Republican Congress, able to invigorate a McCain administration and to govern beyond it.

That spectre has a name–Sarah Palin, the 44-year-old governor of Alaska chosen by John McCain on Friday to be his running mate. There she is: a working woman who’s a proud wife and mother; a traditionalist in important matters who’s broken through all kinds of barriers; a reformer who’s a Republican; a challenger of a corrupt good-old-boy establishment who’s a conservative; a successful woman whose life is unapologetically grounded in religious belief; a lady who’s a leader.

So what we will see in the next days and weeks–what we have already seen in the hours after her nomination–is an effort by all the powers of the old liberalism, both in the Democratic party and the mainstream media, to exorcise this spectre. They will ridicule her and patronize her. They will distort her words and caricature her biography. They will appeal, sometimes explicitly, to anti-small town and anti-religious prejudice. All of this will be in the cause of trying to prevent the American people from arriving at their own judgment of Sarah Palin.

That’s why Palin’s spectacular performance in her introduction in Dayton was so important. Her remarks were cogent and compelling. Her presentation of herself was shrewd and savvy. I heard from many who watched Palin–many of them not predisposed to support her–about how moved they were by her remarks, her composure, and her story. She will have a chance to shine again Wednesday night at the Republican convention.

But before and after that, she’ll be swimming in political waters infested with sharks. Her nickname when she was the starting point guard on an Alaska high school championship basketball team was "Sarah Barracuda." I suspect she’ll take care of herself better than many expect.

But the McCain campaign can help. The choice of Palin was McCain’s own. Many of his staff expected, and favored, other more conventional candidates. The campaign may be tempted to overreact when one rash sentence or foolish comment by Palin from 10 or 15 years ago is dragged up by Democratic opposition research and magnified by a credulous and complicit media.

The McCain campaign will have to keep its cool. It will have to provide facts and context, and to hit back where appropriate. But it cannot become obsessed with playing defense. It should allow Palin to deal with the charges directly and resist the temptation to try to shield her from the media. Palin is potentially a huge asset to McCain. He took the gamble–wisely, we think–of putting her on the ticket. McCain’s choice of Palin was McCain being McCain. Now his campaign will have to let Palin be Palin.

There will be rocky moments. But they will fade if the McCain campaign lets Palin’s journey take its natural course over the next two months. Millions of Americans–mostly but not only women, mostly but not only Republicans and conservatives–seemed to get a sense of energy and enjoyment and pride, not just from her nomination, but especially from her smashing opening performance. Palin will be a compelling and mold-breaking example for lots of Americans who are told every day that to be even a bit conservative or Christian or old-fashioned is bad form. In this respect, Palin can become an inspirational figure and powerful symbol. The left senses this, which is why they want to discredit her quickly.

A key moment for Palin will be the vice presidential debate, to be held at Washington University in St. Louis on October 2. One liberal commentator–a former U.S. ambassador and not normally an unabashed vulgarian–licked his chops Friday afternoon: To steal an old adage of former Secretary of state James Baker : … putting Sarah Palin into a debate with Joe Biden is going to be like throwing Howdy Doody into a knife fight!"

Charming. And if Palin holds her own against Biden, as she is fully capable of doing? McCain will then have succeeded in combining with his own huge advantage in experience and judgment, a politician of great promise in his vice presidential slot who will make Joe Biden look like a tiresome relic. McCain’s willingness to take a chance on Palin could turn what looked, after Obama’s impressive speech Thursday night in Denver, like a long two months for Republicans and conservatives, into a campaign of excitement and–dare we say it?–hope, which will culminate on November 4 in victory.

Voir aussi:

Who’s Bitter Now?
Larry M. Bartels
The New York Times
April 17, 2008

Princeton, N.J.

DURING Wednesday night’s Democratic presidential debate in Philadelphia, Barack Obama once more tried to explain what he meant when he suggested earlier this month that small-town people of modest means “cling to guns or religion or antipathy to people who aren’t like them” out of frustration with their place in a changing American economy. Mr. Obama acknowledged that his wording offended some voters, but he also reiterated his impression that “wedge issues take prominence” when voters are frustrated by “difficult times.”

Last week in Terre Haute, Ind., Mr. Obama explained that the people he had in mind “don’t vote on economic issues, because they don’t expect anybody’s going to help them.” He added: “So people end up, you know, voting on issues like guns, and are they going to have the right to bear arms. They vote on issues like gay marriage. And they take refuge in their faith and their community and their families and things they can count on. But they don’t believe they can count on Washington.”

This is a remarkably detailed and vivid account of the political sociology of the American electorate. What is even more remarkable is that it is wrong on virtually every count.

Small-town people of modest means and limited education are not fixated on cultural issues. Rather, it is affluent, college-educated people living in cities and suburbs who are most exercised by guns and religion. In contemporary American politics, social issues are the opiate of the elites.

For the sake of concreteness, let’s define the people Mr. Obama had in mind as people whose family incomes are less than $60,000 (an amount that divides the electorate roughly in half), who do not have college degrees and who live in small towns or rural areas. For the sake of convenience, let’s call these people the small-town working class, though that term is inevitably imprecise. In 2004, they were about 18 percent of the population and about 16 percent of voters.

For purposes of comparison, consider the people who are their demographic opposites: people whose family incomes are $60,000 or more, who are college graduates and who live in cities or suburbs. These (again, conveniently labeled) cosmopolitan voters were about 11 percent of the population in 2004 and about 13 percent of voters. While admittedly crude, these definitions provide a systematic basis for assessing the accuracy of Mr. Obama’s view of contemporary class politics.

Small-town, working-class people are more likely than their cosmopolitan counterparts, not less, to say they trust the government to do what’s right. In the 2004 National Election Study conducted by the University of Michigan, 54 percent of these people said that the government in Washington can be trusted to do what is right most of the time or just about always. Only 38 percent of cosmopolitan people expressed a similar level of trust in the federal government.

Do small-town, working-class voters cast ballots on the basis of social issues? Yes, but less than other voters do. Among these voters, those who are anti-abortion were only 6 percentage points more likely than those who favor abortion rights to vote for President Bush in 2004. The corresponding difference for the rest of the electorate was 27 points, and for cosmopolitan voters it was a remarkable 58 points. Similarly, the votes cast by the cosmopolitan crowd in 2004 were much more likely to reflect voters’ positions on gun control and gay marriage.

Small-town, working-class voters were also less likely to connect religion and politics. Support for President Bush was only 5 percentage points higher among the 39 percent of small-town voters who said they attended religious services every week or almost every week than among those who seldom or never attended religious services. The corresponding difference among cosmopolitan voters (34 percent of whom said they attended religious services regularly) was 29 percentage points.

It is true that American voters attach significantly more weight to social issues than they did 20 years ago. It is also true that church attendance has become a stronger predictor of voting behavior. But both of those changes are concentrated primarily among people who are affluent and well educated, not among the working class.

Mr. Obama’s comments are supposed to be significant because of the popular perception that rural, working-class voters have abandoned the Democratic Party in recent decades and that the only way for Democrats to win them back is to cater to their cultural concerns. The reality is that John Kerry received a slender plurality of their votes in 2004, while John F. Kennedy and Hubert Humphrey, in the close elections of 1960 and 1968, lost them narrowly.

Mr. Obama should do as well or better among these voters if he is the Democratic candidate in November. If he doesn’t, it won’t be because he has offended the tender sensitivities of small-town Americans. It will be because he has embraced a misleading stereotype of who they are and what they care about.

Larry M. Bartels, the director of the Center for the Study of Democratic Politics at Princeton, is the author of “Unequal Democracy: The Political Economy of the New Gilded Age.

Voir enfin:

What’s The Matter With What’s The Matter With Kansas
Katrina vanden Heuvel
The Nation
10/11/2005I’m a Tom Frank fan. I think he’s a wonderful and passionate writer. But, now a respected political scientist is arguing that the "Great Backlash" Frank chronicled in his last book, in which "conservatives won the heart of America" and created a "dominant political coalition" by convincing Kansans and blue-collar, working-class people to vote against their own economic interests in order to defend traditional cultural values against bicoastal elites "isn’t actually happening–at least, not in anything like the way Frank portrays." (Thanks to Doug Henwood–editor of the invaluable Left Business Observer and longtime Nation contributing editor–for turning me on to this new study.)

In a fascinating paper called "What’s the Matter With What’s the Matter with Kansas?", Princeton professor Larry Bartels uses data from National Election Study (NES) surveys to test Frank’s thesis. He examines class-related patterns of issue preferences, partisanship, and voting over the past half-century. Bartels concludes that the white working class hasn’t moved right and that "moral values" are not pushing them to vote Republican.

Moreover, for the most part, voters’ economic and cultural attitudes are either both liberal or both conservative rather than the bifurcated split Frank sees. Bartels also disproves the argument that there’s been a long-term decline in turnout.

Here’s a summary of the report’s findings if you don’t have time to read the full 43 page paper, first presented at the annual meeting of the American Political Science Association this September. You can also click here to listen to Henwood’s interview with Bartels.

Conclusions:

* Has the white working class abandoned the Democratic Party? No. White voters in the bottom third of the income distribution have actually become more reliably Democratic in presidential elections over the past half-century, while middle and upper-income white voters have trended Republican. Low-income whites have become less Democratic in their partisan identifications, but at a slower rate than more affluent whites–and that trend is entirely confined to the South, where Democratic identification was artificially inflated by the one-party system of the Jim Crow era–itself a holdover from the legacy of the Civil War and Reconstruction.

* Has the white working class become more conservative? No. The typical views of low-income whites have remained virtually unchanged over the past 30 years. (A pro-choice shift on abortion in the 1970s and ’80s has been partially reversed since the early 1990s.) Their positions relative to more affluent white voters–generally less liberal on social issues and less conservative on economic issues–have also remained virtually unchanged.

* Do working class "moral values" trump economics in determining voting patterns? No. Social issues (including abortion) are less strongly related to party identification and presidential votes than economic issues, and that is even more true for whites in the bottom third of the income distribution than for more affluent whites. Moreover, while social issue preferences have become more strongly related to presidential votes among middle- and high-income whites, there is no evidence of a corresponding trend among low-income whites.

* Are religious voters distracted from economic issues? No. For church-goers as for non-church-goers, partisanship and voting behavior are primarily shaped by economic issues, not cultural issues.

Click here to read the full study and let’s hope that Democratic Party strategists are doing the same.


Afghanistan: Retour de la guerre qui ne disait pas son nom (France belatedly discovers real war doesn’t only kill Americans)

29 août, 2008
Taliban-style justiceLe temps des opérations extérieures faciles est terminé. (…) La guerre a déserté nos esprits. (…) L’actualité internationale récente, de la Géorgie à l’Afghanistan, nous rappelle que la guerre reste une réalité et que la France n’y échappe pas plus que les autres pays. Jean-Louis Georgelin (chef d’état-major des armées)
Je conteste le mot de guerre, je le conteste totalement. Hervé Morin
On ne peut de ce point de vue que souhaiter la multiplication d’embuscades “bien montées”, si elles aident à l’éveil des consciences et de la mobilisation, ici en France, contre la sale guerre. CAPJPO-EuroPalestine

L’affaire de Saroubi démontre une fois de plus que la France manque d’hélicoptères de manoeuvre (évacuation des blessés), d’hélicoptères d’assaut et de mortiers (appui des troupes au sol), de drones de reconnaissance (renseignement), de mitrailleuses téléopérées (ce qui permet au tireur de rester à l’intérieur de son blindé), de plaques de blindage additionnel, de brouilleurs de mines et de pièges explosifs, etc. Les Américains et les Britanniques avaient fait ces mêmes constats avant nous. Qu’en avons-nous fait ? Valeurs actuelles
Ne nous trompons pas d’enjeux: abandonner l’Afghanistan au mollah Omar et à Ben Laden ne ferait que récompenser leur idéologie criminelle et les encourager à commettre d’autres 11 Septembre. L’onde de choc de leur succès pourrait alors faire basculer une bonne partie des États islamiques, à commencer par un Pakistan doté de l’arme nucléaire. La contamination pourrait très vite toucher les monarchies du Golfe, avant de gagner nos partenaires en Méditerranée. Antoine Basbous

Alors qu’après la récente et ô combien tardive découverte que la guerre que nos quotidiens de révérence nous avaient si longtemps cachée peut tuer, si on sort des missions faciles de maintien de la paix, et pas seulement des Américains (près de 600), des Anglais (près de 120) ou des Canadiens (90) …

Et que déjà, entre deux coups d’encensoir pour le joueur de pipeau qui sert actuellement de candidat aux Démocrates américains et deux levers de drapeaux blancs face à l’hégémonisme russe, les mêmes médias et commentateurs sont déjà repartis comme un seul homme avec leurs sondages ventriloques (l’opposition à la guerre ayant d’ailleurs – même si les questions sont différentes – en fait baissé de 68 à 55% en 4 mois!) et leurs appels (jusqu’à la flagrante désinformation dans le cas de notre Canard enchainé national voire, comme en 40, au bon vieux "défaitisme révolutionnaire"!) à condamner une guerre qu’ils n’avaient jamais pris la peine non seulement d’expliquer mais de comprendre …

Petite piqûre de rappel avec Antoine Basbous, l’un des rares analystes à n’avoir jamais perdu de vue la réalité de la menace sous laquelle nous vivons depuis bien avant le 11 septembre.

Notamment, au-delà de la nécessaire "révision tactique comme stratégique" de l’emploi de nos forces, le funeste signal et la "récompense" que serait "tout retrait précipité ou prématuré" pour l’adversaire, "lui apportant la preuve qu’il a frappé juste et l’encourageant à persévérer" et "ressuscitant ainsi l’épicentre du terrorisme" qui nous avait servi à préparer les attaques du 11 Septembre.

Et l’inévitable difficulté d’un conflit non seulement asymétrique mais plombé par l’alliance nécessaire avec des régimes islamiques pratiquant systématiquement tant le "chantage permanent" que le double jeu …

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Election américaine: La tragédie continue (Time to pay the piper for the Democrats?)

28 août, 2008
Pied piper ObamaCar nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes comme tous nos pères. 1 Chroniques 29: 15
Les électeurs ont du mal à la situer précisément, à comprendre les racines et les valeurs qui le constituent réellement. David Brooks
Les démocrates voulaient un bison et se sont retrouvés avec Obambi. VDH
Je sais que le sénateur McCain apportera beaucoup d’expérience à la Maison-Blanche. Le sénateur Obama, lui, a donné un discours en 2002. Hillary Clinton

Alors qu’avec le rattrapage, en pleine convention, du lièvre démocrate par la tortue républicaine, on ne compte plus les commentateurs et journalistes qui l’avaient si vite vu élu et qui, bien embarrassés, sont bien obligés de constater le prétendu "mystère Obama"

Et, les Clinton en tête et en ce 45e jour-anniversaire du célébrissime discours de Martin Luther King, les pontes démocrates de réaliser la bévue de s’être aussi légèrement privés de leur seule candidate crédible …

Il faut lire les récentes chroniques de Victor Davis Hanson sur la tragédie continuée du choix démocrate du joueur de pipeau dont personne ne savait rien et la catastrophe que risque d’être à nouveau pour le parti supposé des travailleurs cette génération de la gauche caviar américaine à la John Kerry ou John Edwards …

Extraits :

Il y a quelque chose qui a complètement mal tourné avec les espoirs et les rêves démocrates. Obama, dix points derrière Hillary l’automne dernier, était juste candidat pour l’expérience, de façon à ce que huit ans après les troisième et quatrième mandats des Clinton un sénateur avec trois mandats, l’expérience de campagne, un bilan long mais pas trop à gauche ainsi que la cinquantaine bien sonnée ait une présidence remarquable. Je ne pense pas qu’il ait imaginé que qui que ce soit allait vraiment croire ses vacuités télépromptées d’espérance et de changement et ne ferait pas attention au tireur de ficelle derrière le rideau. Maintenant il est l’ultime fantasme de Mr. Chance.

(…)

Même les plus adroits directeurs de com ne peuvent fabriquer l’élitisme; celui-ci n’est pas nécessairement lié à la richesse. Le très riche Bush a sans aucun doute été élevé dans une plus grande splendeur que Kerry ; mais que cela soit juste ou pas, il était plus à l’aise à la course NASCAR et au Texas que sur une planche à voile. Et les gens ont senti cela même sans les messages de Karl Rove. Un John McCain en combinaison de plongée est tout simplement inimaginable.

Dans le cas d’Obama, ce n’est pas une question de comparer sa banale résidence aux nombreuses maisons de McCain, mais de s’assurer qu’il ne geigne plus au sujet du prix de l’arugula ou qu’il se sente plus à l’aise avec des journalistes, des universitaires et des écrivains plutôt qu’avec les ouvriers. À cet égard, comparez encore son ‘ désastreux ; sermon sur les blancs accrochés à leur religion- son contenu, sa tonalité, et son public. Encore une fois, à tort ou à raison, McCain ressemble à un vieux pilote complètement déglingué qui ne s’inquiète pas beaucoup de ce qu’il mange et Obama descend délicatement d’avion comme s’il était dans une pub pour Ralph Lauren.

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Histoire culturelle: L’invention du bronzage (How the French became the world’s tanning masters)

27 août, 2008
Annette Kellermann
Coppertone girl
Beach volley girls (Beijing 2008)
C’est ainsi que chacun entre dans le monde ; il n’y a que moi qui sois brûlée du soleil . Il faut que j’aille m’asseoir dans un coin, pour crier : Holà ! un mari ! Béatrice (Beaucoup de bruit pour rien, Shakespeare, II, 1, 1600)
Tout le monde rêve d’avoir la peau caramel ! ….. Béatrice (Beaucoup de bruit pour rien, Shakespeare, II, 1, 1600)
Dieu se plut à pétrir d’incarnat et d’albâtre Les charmes arrondis du sein de Pompadour Tandis qu’il vous étend un noir luisant d’ébène Sur le nez aplati d’une dame africaine Qui ressemble à la nuit comme l’autre au beau jour. Voltaire (lettre au Roi de Prusse, 1751)
Elle a tellement changé depuis cet hiver. Son teint est devenu si foncé, si ordinaire. Jane Austen (Orgueil et préjugé, 1813)
Je rebronzerai une jeunesse veule et confinée. Pierre de Coubertin (1896)
Nous ne savons pas exactement quel est l’effet de l’exposition au soleil de la surface de notre corps. Jusqu’au moment où cet effet sera connu, le nudisme et le brunissement exagéré de la peau par la lumière naturelle ou les rayons ultraviolets ne devront pas être acceptés aveuglement par la race blanche. Alexis Carrel (prix Nobel de littérature, 1935)
Le look bronzé est mort. Eileen Ford (directrice d’agence de mode, 1988)
68% des Français considérent le bronzage comme LA priorité des vacances. Sondage AXA Santé (2008)
Trop blanc, le corps manifesterait morbidité, vieillesse, passivité (…) La chair tannée témoigne de l’expérience du monde, celle du baroudeur qui a vécu comme celle de la femme avenante. (…) L’idéologie du "tous bronzés" n’a fait disparaître ni le racisme, ni la discrimination à l’embauche, ni la hiérarchie esthétique. Bernard Andrieu

Après l’invention de la grammaire de l’estomac, comment les Français (avec comme d’habitude beaucoup d’aide de leurs amis allemands, suisses, anglais ou américains) devinrent les maitres à bronzer du monde …

Au lendemain de ce formidable hymne au corps (de plus en plus dénudé malgré les résistances de quelques uns) qu’ont été à nouveau les Jeux Olympiques des bouchers toujours impunis de Tienanmen …

Au moment où le président de la première puissance mondiale pourrait bien, pour la première fois (blanc munichois compris!), prendre quelques couleurs

Et en cette semaine de rentrée où tout le monde est tenu, président compris, d’arborer son teint le plus hâlé (et, comme disent les magazines, de n’avoir pas "bronzé idiot") …

Ombrelles, voilettes, contre-voilettes, fards et onguents, gants et chapeaux, Blanche neige, lys dans la vallée, crèmes blanchissantes, oxyde de zinc, baryte, plomb, bismuth, cou de cygne, teint de rose, peau liliale et nacrée, cou, gorge, main, teint, sein d’albâtre, crinolines, corsets, sorties de bain, tenues de plage, cabines roulantes …

Gaines, cheveux coupés, jupes courtes, sportswear, vacances exotiques, rayons UV, cabines de bronzage, bikini (1946), monokini (1964), microkini ou string …

Jean Patou (parfumeur, couturier), Coco Chanel, Paul Poiret (couturier), Antoine (coiffeur), Suzanne Langlen (championne de tennis), Annette Kellermann (nageuse australienne), BB, Gauguin …

Huile de Chaldée (Jean Patou, 1927), Huile Tan (Coco Chanel, années 1930), Ambre solaire (L’Oréal, 1935), Ray Ban (1937), Gletscher Crème (crème des glaciers, Franz Greiter, 1938), huile bronzante Coppertone des paquetages des Gi’s (1944), huile de monoï, Terracotta (première poudre bronzante, Guerlain, 1984) …

Discours médical, héliothérapie, cure de soleil, sport, plage, sports d’hiver, culte du corps, naturisme, nudisme, Héliopolis, Ile du Levant, rachitisme, tuberculose, sanatoriums, préventoriums, aériums, solariums, bains de mer, bains de soleil, Sunlight league (1924), Monte Verità (Ascona, Tessin, 1905) …

Waldschule (école de forêt), Wandervögel (oiseaux migrateurs), scoutisme (Baden Powell, 1907), Club vosgien de randonnée pédestre (Alsace allemande), colonies de vacances, auberges de jeunesse, Piz Buin, Saint Tropez, Tahiti …

Vogue, Marie-Claire (1937), Elle, Thomas Mann, Montagne magique, Davos, pin ups, Playboy, Emmanuelle, Kate Moss, Kurt Cobain …

14-18, 39-45, aventure coloniale, congés payés, Trente Glorieuses, chocs pétroliers …

Retour, via cette série de termes, lieux, personnes, évènements historiques à la fois évocateurs et emblématiques et deux ouvrages sortis stratégiquement au début de l’été ("L’Invention du bronzage" de l’historien Pascal Ory et, d’ailleurs sous l’initiative de l’entreprise de cosmétiques Nivéa , "Bronzage : une petite histoire du soleil et de la peau" du philosophe Bernard Andrieu), sur la véritable révolution, qu’a pu être avec l’invention du bronzage à partir de l’entre deux guerres, le basculement des valeurs pigmentaires occidentales.

Où, par un singulier renversement des valeurs, l’une des marques les plus distinctives des élites face à l’air tanné des masses paysannes mais aussi des masses coloniales (le fameux teint de lys des femmes de distinction) fit progressivement place à son exact contraire face aux masses désormais vouées à la pâleur des petits métiers de bureau ou d’usine (le blanc des laissés-pour-compte), comme ultime signe de beauté et de santé pour les femmes et de sportivité et d’esprit d’aventure pour les hommes.

Avant certes, avec la démocratisation et massification du phénomène et comme pour une autre révolution (dite sexuelle celle-là) avec le sida, l’inévitable retour du bâton de la redécouverte, à nouveau par la science, des effets néfastes sur la peau.

D’où, ultime ironie de l’histoire et effet inévitable – comme pour le tourisme avec lequel il a le plus souvent partie liée – du désir de distinction (condamnations régulières des autorités de la mode, "addict look" des top models à la Kate Moss, punk, grunge, gothique) devant la massification, le retour… à la bonne vieille poudre (bronzante cette fois)!

Mais c’est tout le mérite du petit mais dense ouvrage Pascal Ory de montrer, contre les inévitables critiques idéologiques de gauche (nouvelle ruse du contrôle social) ou de droite (symptôme d’avachissement, anarchie et décadence) la part d’émancipation que renferme, notamment pour les femmes et de pair avec le dénudement progressif (jusqu’aux seins nus de nos plages ou les tenues pour le moins minimalistes de nos joueuses de beach volley), ledit phénomène.

Emancipation qui, sans parler des réels et inquiétants dégâts de la hausse des mélanomes et des conduites anorexiques (les anglosaxons parlent parle même et très significativement, pour l’obsession du bronzage, de… "tanorexie"!), n’est bien entendu pas sans ambiguïté et conformation au désir masculin (comme en témoigne notamment pour le dénudement qui l’accompagne, le développement des pin ups et de la pornographie).

Comme, au niveau international sur fond de hiérarchisation des cultures, l’inévitable dissymétrie entre ceux qui peuvent se permettre de jouer aussi dramatiquement avec leur pigmentation et ceux qui restent voués aux crèmes blanchissantes.

Même si, et les islamistes ne s’y sont pas trompés avec le retour en force qu’ils tentent d’imposer du recouvrement vestimentaire et de l’enfermement féminins, laisser ses femmes au soleil pour les exhiber au désir si gratifiant mais dangereux des autres mâles, c’est aussi, en même temps et au-delà du risque de se les faire prendre (ou pour elles de les perdre ou se perdre), accepter qu’elles échappent pour une part au contrôle de ceux qui s’en considèrent les propriétaires .…

Bronzer est-il un acte subversif?
Marie-Claude Martin
Femina

jullet 2008

Exposer son corps au soleil a été une révolution culturelle et un signe de l’émancipation des femmes. Mais est-ce encore un symbole de modernité? Réponse avec le sociologue Pascal Ory.

Femina Dans votre essai, vous dites que le bronzage a été une révolution culturelle. N’est-ce pas exagéré?

Pascal Ory Non, puisqu’aux alentours des années 1930, pour la première fois en Occident, les références pigmentaires basculent. De la pâleur, qui était la norme du christianisme et de la plupart des cultures, on est passé au hâle. Dans les langues latines, on utilisera le terme de «bronzer» en référence aux statues. C’est un anoblissement par l’art, contrairement aux Anglo-Saxons qui parlent de «tannage», moins glorieux.

Comment en arrive-t-on là?

Il y a plusieurs paramètres, dont le corps est l’enjeu majeur: le développement des loisirs et du plein-air, l’apparition du sport, l’apogée coloniale qui associe conquête et peau brune, mais surtout un nouveau regard médical sur le soleil, via l’héliothérapie, la guérison par le soleil. C’est particulièrement vrai dans les pays comme l’Autriche et la Suisse.

Vous parlez aussi de l’émancipation féminine…

Ce sont les femmes qui vont faire cette révolution. Après s’être libérées du corset et s’être coupé les cheveux, elles commencent à montrer leur peau. Avant, elles étaient «stockées» à l’abri, richesse exclusive du mari. La pâleur était signe de virginité. Dès les années 1930, les femmes offrent leur corps au soleil, aux regards des autres. Elles sortent de l’espace privé. C’est une vrai conquête. Les stratégies commerciales suivront. On a beaucoup parlé de Coco Chanel, mais c’est surtout à Jean Patou, l’inventeur du sportwear féminin, que l’on doit la première huile solaire, en 1927.

Le mouvement reste toutefois marginal, élitaire…

C’est L’Oréal qui le popularisera en inventant l’Ambre solaire, en 1935, soit une année avant les congés payés. La pâleur devient alors signe d’esclavage. Avant, il fallait se distinguer du paysan qui était brun, désormais, il faut se distinguer de l’employé qui est blanc parce que aliéné à son travail. En 1937, date de création du magazine Marie-Claire, on parle déjà du bronzage comme d’un fait acquis, recommandant aux femmes actives de ne pas oublier le peeling!

Acte de subversion à l’origine, le bronzage est-il devenu ringard?

Ça dépend pour qui. On est toujours le plouc de quelqu’un. Les punks ont été les premiers à refuser cette norme esthétique et commerciale. Mais il est vrai qu’à partir des années 1970, on commence à écouter les conseils médicaux et à se méfier du tout-soleil. La peau hâlée reste néanmoins très en vogue. Regardez l’explosion des solarium self-service et du marché des autobronzants. Dans un monde où il est de plus en plus difficile de tirer une tendance esthétique majoritaire, je dirais que chaque tribu fait ce qu’elle veut en fonction de son désir de distinction. Car la peau, enveloppe de ce corps devenu LE référent en Occident, reste un vrai signe de distinction.

Voir aussi:

La fable du corps bronzé
Metro
23-06-2008

Révolution culturelle, signe d’émancipation… Etalez cet été votre culture en matière de bronzage grâce à l’essai d’histoire culturelle de Pascal Ory, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne.

Quelle « lubie » a poussé l’historien que vous êtes à s’intéresser au bronzage ?

J’ai participé il y a quelques temps à la rédaction d’une histoire du corps… Ce sont des terrains inexploités par les historiens, peut-être parce qu’à la différence des anthropologues, tout ce qui touche à la corporalité nous effraie. Concernant le bronzage, il est étonnant que l’une des principales révolutions du XX siècle, n’ait suscité l’intérêt de personne. « L’invention du bronzage » est une contribution à l’histoire de l’imaginaire.

Une révolution culturelle… le terme n’est-il pas un peu fort ?

En l’espace d’à peine dix ans, au tournant des années 1930, nous sommes passés du canon de la beauté pigmentaire de l’ordre du marbre à celui du bronze. Depuis le christianisme, au moins, la référence était la pâleur, pour des raisons religieuses qui sont aussi devenues plus tard économiques. Le teint représentait une distinction entre l’élite et la masse. Entre les paysans hâlés et l’élite préservée. Tout ça bascule au XX siècle. L’ouvrier remplace le paysan. Et lui, est blanc comme un cachet d’aspirine….

Quid de Coco Chanel et des congés payés qui dans la « mythologie » populaire seraient à l’origine de la mode du halé ?

Ils y ont participé mais il y a d’autres éléments plus structurels. D’abord un axe lié à la découverte de l’héliothérapie (« traitement par le soleil »), puis la découverte ou redécouverte de l’aspect respectable de la pratique sportive et surtout l’émancipation des femmes… Fin du corset, coupe des cheveux. Les entrepreneurs ont aussi largement accompagné cet essor. Jean Patou en tête avec la première huile à bronzer, la fameuse « huile de Chaldée ».

Vous parlez d’un « fait social total »…

Je reprends là le concept du socio-anthropologue Marcel Mauss (« Essai sur le don »). On parle d’un phénomène qui a eu lieu, qui peut être documenté. Ce phénomène marque un vrai bouleversement qui amène de passer de A à anti A. De l’absence de coup de soleil à sa quasi revendication. Suivant Marcel Mauss, un fait social peut être appréhendé selon trois plans, économique, social et culturel. Au niveau culturel pour le bronzage on trouve là, le discours médical (héliothérapie) et le développement de la beauté sportive. Au niveau économique : les entreprises qui accompagnent le mouvement et l’amplifie. Au niveau social : d’abord la distinction induite par la pâleur puis l’émancipation des femmes. On peut donc bien parler d’un fait social total.

Peut-on aussi parler d’une « fable » de la seconde peau ?

Une des finalités de l’émancipation, c’est de pouvoir jouer avec sa peau. « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau. » écrivait Valéry. La fable du corps bronzé nous parle d’un absolu de liberté. L’homme est maître de son corps auquel il offre une seconde peau. A chacun de tirer la morale de sa fable. La morale que j’en tire moi, c’est celle d’une libération.

« L’invention du bronzage », Pascal Ory, Ed. Complexe, 136p ;16
Voir enfin :

Voir enfin:

Bronzer au risque de sa vie

Le bronzage obtenu par expositions répétées et longues au rayonnement ultraviolet est dommageable pour la santé à court et à long terme. À long terme, en particulier, de telles expositions au rayonnement ultraviolet semblent favoriser la survenue, entre autres, de cancers cutanés et, principalement, de mélanome. Or, chez les sujets à peaux claires, l’incidence des mélanomes, dont le pronostic est souvent catastrophique, ne cesse d’augmenter. Le bronzage devient donc un véritable problème de santé publique. Des campagnes d’information sur les risques de l’exposition au rayonnement ultraviolet se multiplient donc auprès des populations à peaux claires et exposées à ce risque. Cependant, les conduites de ces populations se modifient peu.

parfumée, maquillée, ornée, épilée, blanchie, ou au contraire bronzée. Les manifestations, au niveau de la peau et des phanères, des exigences et des désirs plus ou moins subtiles des autres sont innombrables : depuis la coupe de cheveux imposée par les parents en signe d’allégeance à l’autorité paternelle jusqu’au bronzage qui, dans nos pays occidentaux, est dicté par les canons de la cosmétologie et devient le signe de la réussite sociale.

De nos jours, en effet, avoir une peau bronzée c’est avoir une plus jolie peau. Pourtant cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’au moins la première guerre mondiale, les élégantes occidentales (mais aussi les élégants) se devaient de rester blanches et utilisaient dans ce but ombrelles, voilettes, ainsi que fards et onguents nombreux et variés. Le bronzage avait, d’ailleurs, dans les dictionnaires comme seule définition la définition suivante : « action de recouvrir un objet d’une couleur imitant l’aspect du bronze ». On parlait donc de hâle et celui-ci était considéré comme la destruction du teint par le soleil. Il signait l’origine sociale basse et était considéré comme la conséquence fâcheuse des travaux des champs, puisque à cette époque, la grande majorité de la population occidentale était paysanne.

Jane Austen dans son roman intitulé Orgueil et préjugé met ces mots dans la bouche d’une femme jalouse de son héroïne : « Eliza Bennet n’est vraiment pas en beauté ce matin, Monsieur Darcy s’écria-t-elle. De ma vie, je n’ai rien vu de pareil, elle a tellement changé depuis cet hiver. Son teint est devenu si foncé, si ordinaire ». (1)

Mais juste avant la deuxième guerre mondiale, dans les années 1930, et dans les années qui ont suivi la guerre, c’est la révolution du bronzage : la mode bascule complètement. De même que l’on raccourcit ses jupes et ses cheveux, que l’on se dénude de plus en plus sur les plages, on se doit d’être bronzé au moins l’été. À l’origine de cette véritable révolution culturelle certains incriminent Coco Chanel, d’autres les GI’s débarquant en Europe en 1944 avec des peaux basanées et dans leur sac de « l’huile pour bronzer ». D’autres, enfin, insistent sur les influences conjuguées de la recherche de l’exotisme, de la pratique du sport, du culte du corps, de l’avènement des congés payés sur les rapports nouveaux que la femme occidentale noue avec son corps et avec le soleil et la nature.
Dans tous les cas, le facteur économique et social a aussi joué un rôle important dans la mode du bronzage. En effet, après la seconde guerre mondiale, les travaux les plus durs se faisaient de moins en moins dans les champs et de plus en plus dans les usines. Être bronzé signifiait donc qu’on avait eu assez de « loisirs » pour aller en plein air « profiter » du soleil et de ses bienfaits en prenant « des bains de soleil ».
Ces constatations montrent combien les motivations actuelles des populations s’enracinent dans l’historique de cette pratique particulièrement influencée par la culture, la mode et l’économie.
Cependant dès l’époque du surgissement de cette mode du bronzage, des voix se sont élevées pour mettre en garde contre celle-ci. Ainsi, Pascal Ory cite dans un article intitulé « L’invention du bronzage » Alexis Carrel, prix Nobel de littérature, qui a écrit en 1935 cette phrase ambiguë : « nous ne savons pas exactement quel est l’effet de l’exposition au soleil de la surface de notre corps. Jusqu’au moment où cet effet sera connu, le nudisme et le brunissement exagéré de la peau par la lumière naturelle ou les rayons ultraviolets ne devront pas être acceptés aveuglement par la race blanche ». (2)

LA BEAUTÉ

La conduite des élégants et des élégantes de notre époque à l’égard du bronzage est donc modelée par les représentations de la beauté que la société, par l’intermédiaire de la mode, leur offre dans les journaux, au cinéma, à la télévision, sur Internet. Or pour beaucoup de sujets la beauté est gage de réussite sociale et même de bonheur. Si la beauté est liée à l’idée de féminité et de séduction les hommes sont aussi concernés par la beauté même si les liens entre beauté, virilité et séduction, sont encore plus complexes que ceux noués entre beauté, féminité et séduction. En effet, un homme laid, vieux, marqué par différents événements de sa vie et le visage tanné reste viril et même séduisant : il lui suffit de montrer son intelligence et surtout sa réussite socioprofessionnelle qui est un facteur essentiel. À ce jeu, la femme n’est pas encore à égalité : pour rester féminine elle doit encore souvent masquer son intelligence, et souvent grâce au bronzage, les ravages de l’âge et les marques trop visibles des coups reçus par la vie. Cependant la beauté a des facettes plus ou moins troubles et cachées; elle est, comme le bronzage, éphémère : sa quête est un rêve qui peut devenir un cauchemar réduisant le sujet en esclavage. Au bout du compte bien souvent elle est considérée comme insaisissable et énigmatique.
Au cours d’une séance de psychothérapie analytique particulièrement importante et émouvante, Claire parvient à retrouver et à m’exprimer les violences tant physiques que verbales subies dans l’enfance, de la part de ses parents. Elle comprend mieux alors l’origine de ses fantasmes sado-masochiques qui la troublaient tant. Claire se sent très soulagée après une telle prise de conscience. Au début de la séance suivante, elle me rapporte en souriant les réflexions de trois collègues alors qu’elle revenait à son bureau après sa séance : Qu’est-ce que tu as fait à ton visage ? Il paraît si reposé ! Quelle crème as-tu appliquée sur ta peau ? Tiens, tu t’es fait faire un masque à l’heure du déjeuner…
Cependant notre société occidentale valorise particulièrement la beauté. En effet, dans notre société, nos regards tombent sans cesse sur des images de belles jeunes femmes et de beaux jeunes hommes. Que ces images soient ou non le support de messages publicitaires elles vont toutes dans le même sens : la réussite appartient à ceux qui sont beaux, jeunes et souvent bronzés.
De nombreuses études ont montré l’importance de l’apparence physique dans les relations avec autrui. Ces dernières sont constituées de multiples signaux dont la taille, le poids, la chevelure, la régularité des traits du visage mais aussi la voix, les odeurs, les éléments en jeu dans la communication non verbale. L’interlocuteur d’un sujet dont l’apparence physique est attractive pense, plus ou moins consciemment, que celui-ci remporte de nombreux succès professionnels et affectifs et est plein de qualités. C’est ainsi que des femmes dont on a changé l’apparence physique grâce à une prise en charge d’ordre cosmétologique ont trouvé plus facilement un emploi et se voient proposer des salaires plus élevés. Par ailleurs des thérapies visant à améliorer l’apparence physique grâce à une prise en charge d’ordre cosmétologique ont été souvent instituées avec succès chez des patientes psychiatriques, hospitalisées ou non, souffrant d’états dépressifs avec une grande atteinte de l’estime de soi.

IMAGE DE SOI, SÉDUCTION ET IDENTITÉ

Le bronzage est surtout recherché par les jeunes occidentaux entre 18 et 30 ans, des deux sexes. Il est obtenu par des activités récréatives (natation, nautisme, jeux de plage…) plutôt prisées par les jeunes hommes qui utilisent alors très peu les crèmes antisolaires. Les « bains de soleil » concernent plutôt les jeunes femmes célibataires qui, elles, utilisent alors plus souvent que les jeunes hommes les crèmes antisolaires que les laboratoires de cosmétologie ont su rendre agréables grâce à leur texture, leur odeur… Depuis une quinzaine d’années les femmes ont maintenant aussi recours, pour être bronzées toute l’année, ou pour préparer et prolonger le bronzage naturel de l’été, aux cabines d’ultraviolets. Le recours à un tel artifice, qui concerne aussi les hommes même si c’est dans une moindre mesure, constitue un nouveau bouleversement culturel concernant le bronzage. (3)
Cette industrie très lucrative a su souvent rendre attractives les cabines d’UV en mettant en avant le fait que le bronzage obtenu artificiellement était plus sûr que celui obtenu naturellement par le soleil. C’est le fameux « safer tan than sun [1] » auquel les utilisateurs de cabines adhèrent très souvent, prêts à s’illusionner sur les bienfaits de la technologie et ne se protégeant alors ni la peau, ni les yeux. D’ailleurs une étude réalisée chez un échantillon de 987 jeunes américains du Minnesota a montré que 34% d’entre eux utilisaient régulièrement des cabines d’UV et que seulement la moitié d’entre eux avaient été informée par les patrons des cabines d’UV des risques qu’ils prenaient (4). Ainsi les liens entre bronzage, industrie et argent sont de liens dangereux qui mettent la santé en péril.
Une autre étude, suédoise celle-ci, réalisée en 1993 chez 1502 élèves âgés de 14 à 19 ans illustre aussi bien ces notions : 57% des élèves ayant répondu à un questionnaire portant sur leurs habitudes concernant le bronzage avaient au moins utilisé 4 fois une cabine à UV dans l’année écoulée. 70% étaient des filles, 44% des garçons. L’utilisation des cabines à UV était significativement corrélée au tabagisme (à l’âge de 14-15 ans), au sexe (les filles le plus souvent), à l’âge (augmente avec l’âge), à un bronzage excessif au soleil, et à la perception d’une mauvaise image de soi concernant le poids, la taille, les cheveux, et le corps. Enfin, cette étude a montré que les élèves les mieux informés quant aux risques étaient ceux qui utilisaient le plus les cabines à UV. Il n’y avait donc aucun parallélisme entre degré d’information et degré de prévention. (5)
Le bronzage, naturel ou artificiel, concerne souvent des sujets jeunes, qui sortent tout juste de l’adolescence ou qui y sont encore et sont donc aux prises avec les phénomènes psychologiques spécifiques de cette période.
Or l’adolescence, est une période délicate de maturation de la sexualité mais aussi de l’affectivité où se mettent en place des processus de séparation. L’adolescent doit en effet découvrir d’autres personnes que les parents à séduire et des ressources différentes en lui-même et dans son corps de celles de son enfance pour atteindre ce but. Pendant longtemps il peut même avoir honte des transformations visibles de son corps car il aura à subir de multiples transformations invisibles et visibles. L’insécurité narcissique est donc extrême puisque sa capacité de séduire est battue en brèche voire, peut être augmentée par la moindre imperfection de la peau du visage ou du corps et combattue par une nouvelle couleur de cheveux ou un bronzage éclatant.
En outre, on sait que les adolescents tout particulièrement vivent dans l’instant, dans le moment présent (ils veulent tout, tout de suite) et éprouvent beaucoup de difficultés à supporter les contraintes. Ils subissent en effet tellement de remaniements psychiques et physiques, qu’ils ne parviennent que difficilement à se projeter dans le futur et à fortiori dans le futur lointain. Ils préfèrent les gains narcissiques obtenus immédiatement et ne se sentent donc pas concernés par des risques à long terme. C’est ainsi qu’ils sont dans le déni de ces risques ou qu’ils tendent à afficher, face à ces derniers, un optimisme inébranlable, testant ainsi leur invulnérabilité. Bien entendu un individu plus âgé peut avoir des conduites adolescentes à l’égard du bronzage et ce, je pense, d’autant plus qu’il a une mauvaise image de soi et une faible estime de soi accompagnées ou non d’un état anxio-dépressif.
La motivation la plus souvent invoquée pour être bronzé est celle liée à la recherche d’une amélioration de son apparence physique (et ceci aussi bien pour les femmes que pour les hommes) et donc de son pouvoir de séduction.
Cette recherche n’est pas une surprise puisque, comme nous l’avons constaté à plusieurs reprises, le milieu socioculturel occidental favorise l’attachement des individus aux images en général et, plus particulièrement, à celles qui représentent des individus dont l’apparence physique suggère réussite sociale, pécuniaire, et sexuelle, comme si cet ensemble était obligatoirement lié au bonheur ! (?)! Enfin, le pouvoir de ces images tout particulièrement sur les jeunes gens est considérable car ces derniers cherchent des modèles auxquels ils pourraient ressembler et sur lesquels ils pourraient se reconstruire narcissiquement après tous les bouleversements physiques et psychiques qu’ils ont traversés à l’adolescence. La constatation selon laquelle les jeunes hommes utilisent peu les crèmes solaires lors de leurs activités récréatives au soleil va dans ce sens. On retrouve là le désir de correspondre à l’image véhiculée par les médias d’un homme jeune, beau, fort, sportif, musclé et… bronzé que l’on ne voit jamais se protéger du soleil avec un chapeau ou avec des crèmes antisolaires. Les crèmes ont d’ailleurs encore chez les hommes une connotation de « crèmes de beauté pour les filles » et les appliquer peut même être considéré comme une attitude peu virile.
Quant à la motivation, pour être bronzé, de paraître en bonne santé, elle existe encore même si elle est moins souvent invoquée qu’il y a une quinzaine d’années (7). Mais il est vrai que, de nos jours encore, la dégradation physique, la vieillesse sont honteuses et cachées comme si elles dérangeaient l’ordre social.
Une motivation fréquemment retrouvée dans les études réalisées sur des échantillons de sujets questionnés à propos de leurs habitudes concernant le bronzage en cabine d’UV, est la détente. Et il est vrai qu’il peut être tentant, lors d’une journée trépidante tant au bureau qu’à la maison, de s’accorder un moment de détente, en bronzant, et donc de pouvoir ainsi s’échapper des contraintes journalières, les oublier et rêver… Dans ce but, les cabines d’UV sont très pratiques puisqu’elles sont le plus souvent disponibles immédiatement toute la journée et elles reviennent moins cher qu’un voyage dans un pays ensoleillé mais lointain qui prendra plusieurs jours ou semaines à organiser.(8)
Dans cette véritable conduite à risque que constitue le bronzage intempestif le poids de notre société occidentale moderne, industrielle, fascinée par la technologie et l’argent et soumise à la toute puissance des images et des apparences, est certainement important.
Ce poids se fait d’autant plus sentir chez les adolescents, les jeunes adultes et les sujets, jeunes ou moins jeunes, immatures affectivement et dépressifs. En effet tous ces sujets ont, en général, une mauvaise image d’eux-mêmes et une très faible estime pour eux-mêmes. Ils sont prêts à tout pour valoriser l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et celle qu’ils offrent au regard des autres pensant ainsi colmater leurs failles imaginaires et secrètes et retrouver un peu d’estime de soi. Le bronzage représente évidemment l’un des moyens relativement faciles d’accès pour valoriser l’image de soi, même si ces sujets connaissent bien, la plupart du temps, les risques à long terme qu’il comporte. Mais le gain narcissique immédiat l’emporte sur toutes les autres considérations.
Ainsi, au bout du compte, les campagnes de prévention les plus efficaces seraient celles non pas qui informeraient seulement sur le risque pour la santé à court et surtout à long terme du bronzage mais celles qui feraient prendre conscience aux médias, reflets de notre société, de la nécessité de se dégager du poids des industriels. Le fait de présenter des images attractives d’hommes et de femmes à peaux non bronzées, de cibler les messages sur les risques du bronzage sur la santé et sur l’apparence physique (le vieillissement cutané prématuré par exemple) n’entraînerait plus le mouvement inconscient qui devrait nécessairement inscrire seulement dans le corps la réparation narcissique.

CONCLUSION

Les médecins et en particulier les médecins généralistes, les gynécologues et les dermatologues, sont bien placés pour faire repérer au sujet son immaturité affective, sa dépressivité, ses carences des capacités d’identification et du fonctionnement imaginaire qui sont le lit des conduites à risques et l’encourager à les traiter. C’est seulement dans ces conditions que les sujets se dégageront au mieux des diktats de la mode qui mettent leur santé en péril.

BIBLIOGRAPHIE

· 1. AUSTEN J. Orgueil et préjugé. In : Œuvres romanesques complètes. 1. NRF, collection La pléiade. Paris, 2000.
· 2. ORY P. L’invention du bronzage. In : Fatale beauté. Dirigé par Nicole Czechowski et Véronique Nahoum-Grapp. Autrement, Paris 1987; 97 : 146-152.
· 3. SPENCER J.M., A MONETTE R.A. Indoor tanning : risks, benefits, and future trends. J. Am. Acad. Dermat. 1985; 33 (1): 288-298.
· 4. OLIPHANT J.A., FOSTER J.L., McBride C.M. The use of commercial tanning facilities by suburban Minnesota adolescents. Am. J. Public Health 1994; 81 (3): 476-478.
· 5. BOLDEMAN C., JANSSON B., N ILSSON B., U LLEN H. Sunbed use in Swedish Urban Adolescents related to behavioral characteristics. Prev. Med., 1997; 26 : 114-119.
· 6. HILLHOUSE J.J., A DLER C.M., D RINNON J., T URRISI R. Application of Azjen’s theory of planned behavior to predict sunbathing, tanning salon use, and sunscreem use intentions and behaviors. J. Behav. Med., 1997; 20(4) : 365-378.
· 7. ROBINSON J.K., R IGEL D.S., A MONETTE R.A. Trends in sun exposure knowledge, attitudes, and behaviors : 1986 to 1996. J. Am. Acad. Dermat., 1997; 37(2): 179-186.
· 8. BEASLEY T.M., K ITTEL B.S. Factors that influence health risk behaviors among tanning salon patrons. Eval. Health Prof., 1997; 20 (4) :371-388.


Pékin 2008: Les femmes, ça sert aussi à faire la guerre (Cherchez la femme)

26 août, 2008
US beach volley girlsBahrain hijab runnerhttp://l2.yimg.com/bt/api/res/1.2/t0_tm4F0edJ48OoSiUb6.g--/YXBwaWQ9eW5ld3M7Zmk9ZmlsbDtoPTMxODtxPTc1O3c9MzAw/http://media.zenfs.com/en_us/News/ap_webfeeds/0033906cc3f721080b0f6a706700219e.jpghttp://pds.joins.com/jmnet/koreajoongangdaily/_data/photo/2012/08/15220501.jpgLes femmes peuvent soutenir la moitié du ciel. Mao
Ces zones d’ombre sont le trop petit nombre de médailles féminines, notre trop faible participation dans les sports collectifs, la situation de l’athlétisme et puis la défaillance d’un certain nombre de nos stars.(…) Si l’on veut promouvoir le sport féminin, il faut revoir la place du sport dans les études. La France est très bonne dans les compétitions juniors mais ensuite, de très nombreux athlètes se découragent car ils n’arrivent pas à concilier sport et études. C’est particulièrement vrai pour les filles. Roselyne Bachelot (ministre de la Santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative)
En banlieue, à l’adolescence, la pression sociale peut parfois être très forte de la part des frères, des cousins…, pour obliger les filles à arrêter. Une solution est qu’elles changent de ville pour pratiquer leur sport, pour échapper aux regards désapprobateurs. Brigitte Deydier (présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004)
Nous avons autant de filles que de garçons licenciés, nous sommes même au-dessus de la moyenne nationale. Le problème se pose plutôt pour la pratique adulte plus tard, où là, il y a des demandes d’aménagement de la part de certaines communautés, juives ou musulmanes notamment. Mais on ne devient pas sportive de haut niveau en commençant à 19 ans. Eugène-Henri Moré (adjoint au sport de la Courneuve, apparenté PCF)
Les femmes, ça sert aussi à faire la guerre (sportive)!
Au lendemain de la formidable razzia annoncée de médailles des bouchers toujours impunis de Tienanmen(2e place derrière les Etats-Unis pour le total avec 100 contre 110 mais 1ère pour l’or, 51 contre 36) …

Confirmation, comme l’ont rapporté nombre de nos médias, de la formidable arme secrète pour récolter les médailles qu’a été, pour la Chine, la fameuse "moitié du ciel" de Mao (57 contre 42, soit, contre la parfaite parité américaine et certains esprits chagrins chinois, près de 60%!) …

Développement somme toute logique si, comme nous le rappelions dans un récent billet, le sport est la continuation de la guerre par d’autres moyens, l’engagement du sexe dit faible apparaissant alors comme l’aboutissement ultime de la levée de masse et de la guerre totale initiées par la révolution française puis plus récemment par les régimes communistes.

Mais développement qui, depuis le rétablissement en 1896 des Jeux Olympiques par le baron Coubertin (foncièrement hostile à la mixité par fidélité aux jeux antiques qui excluaient eux aussi on le sait – avant de leur fournir leur propres jeux séparés – toute participation féminine sinon comme spectatrices, pour les femmes non mariées – d’athlètes, il est vrai, nus -, ou comme… récompenses!) mais à l’instar logique de la place des femmes dans la société en général et notamment dans le monde du travail (suite d’ailleurs à la pénurie en hommes des temps de guerre!), a mis du temps à s’imposer (seulement 22 sur 997 à l’olympiade suivante de 1900 et… 6 à celle de 1904!).

Et encore, sans parler des républiques dites populaires qui à coup d’injections de testostérone les transformaient en hommes ou les prenaient, comme cette année la Chine, au berceau!), pas dans tous les pays qui ont longtemps refusé toute participation féminine (encore 35 à Barcelone en 1992, 26 à Atlanta en 96, 10 à Sidney en 200, 5 à Athènes et au moins l’Arabie saoudite et Brunei cette année).

Sans compter les sports qui leur ont longtemps été interdits (encore jusqu’en 1992 !) et des pays qui les cantonnent à certaines disciplines non sensibles (comme le tir au pistolet pour l’Iran) ou les affublent de tenues hallal (couvrant, comme au Bahrain, tout leur corps sauf leur visage et mains, et ce jusqu’aux… escrimeuses égyptiennes !?).

D’où, comme le révèlent plus ou moins directement – politiquement correct oblige – certains médias français, le dilemme, pour un pays à forte immigration musulmane et à caisses vides comme la France, qui, malgré son maintien au 7e rang en nombre total de médailles, se voit, suite à l’effondrement des résultats féminins (supposés plus accessibles) sur lesquels il avait longtemps misé (7 sur 32, 1 sur 7 pour l’or, soit 22%), reculer de 3 places pour les médailles d’or.

Condamné, à défaut de la stratégie britannique (certes payante : 4e place et meilleur résultat depuis près de 90 ans !) de concentration sur quelques disciplines (cyclisme, voile et aviron, plus le fort recours à la haute technologie et… la loterie !), à l’impossible choix entre la "caporalisation" à la soviétique ou… la hallalisation vestimentaire à la bahrainienne?

Médailles françaises: mais où sont les femmes?
Quentin Girard
Rue 89

08/23/2008Les larmes de Laure Manaudou ou des handballeuses françaises en sont le symbole. Alors que les Jeux se terminent dimanche, les Françaises sont au tapis. Sur les 40 médailles glanées, elles n’en ont obtenu que 7, dont une seule en or. Un bilan gonflé d’un coup grâce aux deux médailles en BMX, nouvelle discipline olympique, obtenues vendredi.En 2004, à Athènes, elles avaient glané 16 médailles sur 33. A Sydney en 2000, 11 médailles sur 38. Et à Atlanta en 1996, 15 médailles sur 37. En moyenne, elles avaient 40% environ des médailles sur les trois précédentes olympiades. Incident de parcours ou tendance lourde ? Difficile à dire à chaud, mais on peut avancer quelques explications :Un niveau international très relevé

Les JO de Pékin ont sans doute été les Jeux olympiques d’été les plus relevés de l’histoire pour les femmes. La Chine a énormément investi dans tous les sports, surtout dans les catégories féminines, jugées plus abordables. Un effort qui a payé [1] : les Chinoises ont pour l’instant presque rapporté 60% des médailles de leur délégation.

Mais aucun autre pays du top 10 n’a vu autant fondre son ratio de médailles hommes/femmes que la France. En moyenne, ils se maintiennent entre 40% et 50%. Les Bleues sont sans doute trop dépendantes de certains sports, comme les sports de combat ou la natation.

En judo ou en escrime, la Chine a énormément progressé et des nations comme la Corée du Nord ou le Kazakhstan, qui ne participent pas aux autres compétitions internationales, ont surpris. Comme l’explique Brigitte Deydier, directeur technique nationale (DTN) de la Fédération française de judo :

« Les Chinois ont fourni énormément d’effort, tout le monde a subi. Structurellement, le sport, surtout féminin, n’est pas très porté en France. 45% des athlètes à Pékin sont des femmes, mais il n’y a qu’entre 20 et 25% de licenciées. »

Le sport français est-il misogyne ?

Pour réussir, les sportives françaises doivent évoluer dans un environnement ultra-masculin. Seulement 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs nationaux et 4% des DTN sont des femmes. Dans le judo par exemple, seuls 10% des cadres techniques sont des femmes. Le problème est le même au niveau des fonctions dirigeantes.

Et pour briller dans une compétition internationale, la relation entre un athlète et un entraîneur est essentielle. Des entraîneuses seraient parfois plus aptes à comprendre les besoins et demandes des jeunes filles. Si Philippe Lucas avait été une femme, Laure Manaudou ne l’aurait peut-être pas quitté… Mais la situation de la star de la natation française ne reflète pas celles de la plupart des jeunes filles.

Caroline Carpentier, coach d’entraîneur et ancienne chef du département du sport de haut niveau à l’Insep souligne également que les femmes bénéficient rarement des meilleurs entraîneurs. S’occuper des filles, c’est souvent « une étape obligatoire ou un purgatoire avant d’avoir une fonction jugée plus prestigieuse ».

Un usage qui peut démotiver les sportives comme leurs entraîneurs. Il y a bien sûr des exceptions, comme Jérôme Roussat, champion olympique en escrime en épée avec les hommes qui va coacher les dames. De quoi entretenir un peu d’optimisme.

« A l’adolescence, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions »

Seulement 34% des athlètes licenciés au haut niveau sont aujourd’hui des femmes. Même dans des sports ultra-féminins comme l’équitation, plus l’âge avance, moins elles sont nombreuses. Dans ce dernier sport, 80% des licenciés sont des femmes. En licence compétition 17-21 ans, elles représentent 84% des inscrits. Mais dans la catégorie adulte, elles ne sont plus que 65%. Et aux Jeux olympiques, les porte-étendard de la délégation olympique étaient des hommes…

Brigitte Deydier, triple championne du monde de judo dans les années 80, ajoute :

« A l’adolescence, au contraire des garçons, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions. C’est à cet âge-là que beaucoup d’entre elles arrêtent. Les rémunérations moindres pour les sports féminins n’incitent pas non plus à continuer. Et à part à l’Insep, il est très difficile de continuer ses études et d’aller vraiment jusqu’au haut niveau. »

Les fédérations sportives ne sauraient donc pas prendre en compte les aspirations des jeunes filles. Caroline Carpentier avance une solution :

« Peut-être faudrait-il donc des politiques de haut niveau différenciées entre les hommes et les femmes. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. »

« Les familles donnent la priorité aux garçons pour les activités sportives »

Il y a aussi des raisons culturelles. En France, les femmes ne sont pas non plus forcément encouragées à faire du sport. C’est ce qu’explique Brigitte Deydier, présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004 :

« Le choix des familles est souvent vite fait. Surtout quand il n’y a pas beaucoup d’argent dans le foyer, on donnera toujours la priorité au garçon pour pratiquer une activité sportive. »

Un choix d’autant plus flagrant dans les banlieues où l’accessibilité au sport est parfois difficile pour les jeunes filles :

« En banlieue, à l’adolescence, la pression sociale peut parfois être très forte de la part des frères, des cousins…, pour obliger les filles à arrêter. Une solution est qu’elles changent de ville pour pratiquer leur sport, pour échapper aux regards désapprobateurs. »

Eugène-Henri Moré, adjoint au sport de la Courneuve, apparenté PCF, va à l’encontre de cette idée :

« Nous avons autant de filles que de garçons licenciés, nous sommes même au-dessus de la moyenne nationale. Le problème se pose plutôt pour la pratique adulte plus tard, où là, il y a des demandes d’aménagement de la part de certaines communautés, juives ou musulmanes notamment. Mais on ne devient pas sportive de haut niveau en commençant à 19 ans. »

Avant Londres 2012, les Britanniques investissent massivement

Au service de presse de l’association Ni putes ni soumises, on explique qu’il est très difficile d’évaluer le phénomène :

Bien sûr, le sujet nous intéresse mais les filles ne nous en parlent pas. Cela les intéresse plus de parler du rapport avec les garçons, de la possibilité de sortir… des questions plus classiques.

Dans des sports où la concurrence n’est pas très relevée il est plus facile pour une nation développée de former des athlètes féminins d’un niveau correct, même si l’environnement n’est pas forcément favorable. Mais dès qu’une nation investit d’importants moyens, les autres sont à la traîne.

Après la Chine cette année, ce sera peut-être le tour du Royaume-Uni en 2012. Gordon Brown, le premier ministre britannique, s’était engagé en 2006 à débloquer 400 millions d’euros supplémentaire pour le sport olympique, 130 millions d’euros par an. L’argent a été concentrée sur quelques sports comme le cyclisme et l’aviron. Cela a déjà payé, les sujets d’Elizabeth II sont actuellement quatrième du classement des médailles.

Mis à jour le 24/8 à 14h49, après les nouvelles médailles françaises, notamment le bronze de Marie Delattre et Anne-Laure Viard en canoë-kayak (K2, 500 m). Bravo les filles !

Les athlètes françaises n’ont obtenu que 7 des 40 breloques tricolores. Un fiasco qui montre les lacunes de l’encadrement sportif.

La Chine a énormément investi dans tous les sports, surtout dans les catégories féminines, jugées plus abordables. Un effort qui a payé : les Chinoises ont pour l’instant presque rapporté 60% des médailles de leur délégation.

45% des athlètes à Pékin sont des femmes, mais il n’y a qu’entre 20 et 25% de licenciées. »

Pour réussir, les sportives françaises doivent évoluer dans un environnement ultra-masculin. Seulement 30% des conseillers techniques sportifs, 10% des entraîneurs nationaux et 4% des DTN sont des femmes. Dans le judo par exemple, seuls 10% des cadres techniques sont des femmes. Le problème est le même au niveau des fonctions dirigeantes.

les femmes bénéficient rarement des meilleurs entraîneurs. S’occuper des filles, c’est souvent « une étape obligatoire ou un purgatoire avant d’avoir une fonction jugée plus prestigieuse ».

Seulement 34% des athlètes licenciés au haut niveau sont aujourd’hui des femmes. Même dans des sports ultra-féminins comme l’équitation, plus l’âge avance, moins elles sont nombreuses. Dans ce dernier sport, 80% des licenciés sont des femmes. En licence compétition 17-21 ans, elles représentent 84% des inscrits. Mais dans la catégorie adulte, elles ne sont plus que 65%. Et aux Jeux olympiques, les porte-étendard de la délégation olympique étaient des hommes…

Brigitte Deydier, triple championne du monde de judo dans les années 80, ajoute :

« A l’adolescence, au contraire des garçons, la jeune fille ne rêve pas que de compétitions. C’est à cet âge-là que beaucoup d’entre elles arrêtent. Les rémunérations moindres pour les sports féminins

Il y a aussi des raisons culturelles. En France, les femmes ne sont pas non plus forcément encouragées à faire du sport. C’est ce qu’explique Brigitte Deydier, présidente d’un rapport collectif les Femmes et le Sport publié en 2004 :

« Le choix des familles est souvent vite fait. Surtout quand il n’y a pas beaucoup d’argent dans le foyer, on donnera toujours la priorité au garçon pour pratiquer une activité sportive. »

Un choix d’autant plus flagrant dans les banlieues où l’accessibilité au sport est parfois difficile pour les jeunes filles :

Voir aussi :

Women"s participation in the Olympics … an ambitious dream comes true
Mutaz Alshabrawi
KUNA
6 August 2008

A law passed in 404 BC stipulated that sportsmen and their coaches had to participate naked in the Olympic Games, to force women to stay away after Kalipatera disguised herself as a man to enter the stadium and watch her son compete.

Women found violating this order were thrown off the mountain, and as this sixth part of the KUNA report will show, women were not only banned from participating in the games, but also from entering the city of Olympics — all except the priestess of the temple and her virgins.

Kalipatera was the only women to escape the harsh punishment of being thrown off the mountain, after pleading with the judges that she was the wife of a deceased Olympic champion who died while training her only son, prompting her to take over.

With the revival of the Olympics in the late 19th century, the founder of the modern games Pierre Fredy, Baron de Coubertin, was not for the participation of women in the competitions, perhaps under influence of traditions of the Ancient Games that he studied so closely.

Women did not take part in the first Olympic Games held in Athens in 1896, but against the objections of de Coubertin, they were allowed by the International Olympics Committee to compete four years later in Paris.

Charlotte Reinagle Cooper of Middlesex, England, became the first female Olympic champion after winning two gold medals for the tennis singles and mixed doubles with her partner Reginald Doherty.

Princess Kyniska, daughter of Archidamos, King of the Spartans may be the first female Olympic champion in ancient history, figuratively speaking, as awards for the carriage race were bestowed on the carriage owner and not the driver — she won in 396 BC.

Female participation in the modern games remained small and symbolic, and restricted to "light" sports. When swimming and diving competitions were held in the 1912 Games, one official resigned in protest of the "indecency" of the female participants.

With the outbreak of the First World War, women began to take up jobs that were previously limited to men, and called for more civil and employment rights. They insisted in greater participation in athletics, and this was made possible in the 1928 Amsterdam Olympics.

However, women’s participation in the 1928 Games was a burden. Many fainted in the 800-meter race, and this was used as an excuse to cancel this event for the next 32 years.

Soon enough, women proved their excellence in the games. America’s Babe Didrikson won gold medals for the 80-meter hurdles and javelin, and the silver medal for the triple jump at the 1932 Olympic Games in Los Angeles, while her countrywoman Dorothy Poynton Hill won two gold medals and two silver ones in the 1932 and 1936 Games for diving.

All of this was before Dutch sprinter Fanny Blanker-Koen brought female sports under the spotlight by winning the 100, 200 and 400-meter sprints, the 80-meter hurdles in the 1948 London Olympic Games. The 30-year-old mother of two defied calls for women to stay at home by becoming the first woman in history to win four medals, and she received a historic welcoming by her people upon arriving home.

With the progress of the female sports movement after the Second World War, political and social developments also took place. The Soviet Union sent its first female team of athletes to the 1952 Games, and its members won gold medals that marked the beginning of a sports "Cold War." Soviet women dominated competitions in track and field and gymnastics for decades.

In the Tokyo Olympics of 1964, 80 percent of the population had their eyes on the Japanese female volleyball team as it played its game, making this the highest audience percentage for any event in that country.

It was only in 1984 that women ended their long struggle and were allowed to participate in the marathon, and it was in this same year in the Los Angeles Games that Moroccan sprinter Nawal El Moutawakel won the 400-meter race and became the first Muslim Arab woman to win a medal.

In the 1992 Barcelona Olympics, women participated in all games, including judo.

There is also an event that is exclusively for women — synchronized swimming.

With all of these achievements by female athletes, the latest Athens Olympics saw 4329 women competing compared to 6296, and this is expected to increase in the Beijing Games.

Women’s fight for their right to prove their sports excellence has not been an easy one, and their achievements are among the most outstanding in modern Olympics.

COMPLEMENT:

Olympics cover up: Women beach volleyball players told they can wear MORE clothes
Simon Head

The Mirror

Mar 27, 2012

It’s one of the newer Olympic sports, but beach volleyball has developed a cult following since its Games debut in 1996.

The women’s game in particular proved particularly popular, due in no small part to the lack of clothing worn by the participants.

Getty Portrait of a female beach volleyball player
Beach volleyball in bikinis: Because it’s too warm for sleeves, surely?

But that could all be about to change, with the introduction of some more relaxed rules regarding the uniforms worn on the sand during the London 2012 beach volleyball tournament.

Female players will now have the option of wearing less revealing uniforms as the sport’s governing body looks to respect the varied cultural beliefs of its competing nations.

The International Volleyball Federation (FIVB) stated that shorts can be worn instead of bikini bottoms, while bikini tops can be replaced with sleeved tops.

Getty Denise Johns, Lucy Bolton, Shauna Mullin and Zara Dampney of Great Britain pose during a photo call
Backing the Brits: Denise Johns, Lucy Bolton, Shauna Mullin and Zara Dampney show off their uniform at a photo call

The modified rule permits "shorts of a maximum length of (1.18 inches) above the knee, and sleeved or sleeveless tops."

The choice will remain with the teams and players themselves, and the relaxed rules are already in place having been introduced to the 142-nation Continental Cup qualification tournament for the Olympic Games.

An FIVB spokesman explained, "Many of these countries have religious and cultural requirements, so the uniform needed to be more flexible."

Beach Volleyball: The Facts

The sport was first played in the 1920s in Santa Monica, California and moved across to Europe a decade later

Early matches were played with teams of at least six a side, but eventually progressed to the 2 v 2 format we have today

The first competitive tournament was held in Los Angeles in 1940. The prize was a case of Pepsi

The first World Championship took place in 1976, with Greg Lee and Jim Menges taking the title and splitting the £2,500 first prize

The London 2012 beach volleyball tournament will be held at the Horse Guards Parade, near Trafalgar Square

Volleyball and beach volleyball are similar sports, but have different rules, as the video below explains

Voir aussi:

It’s a cover up: Olympic beach volleyball players to be allowed to wear more clothes
Simon Rice

The Independent

27 March 2012

Beach volleyball, a sport with minimal following in Britain, was one of the most sought after events when tickets went on sale for this summer’s Olympics.

Since its induction as an Olympic medal event in 1996, the bikinis worn by female competitors have helped define and raise the profile of the sport.

Cynics might suggest that the demand for tickets has been driven as much by the appeal of watching bikini clad competitors as it has been a desire to see world class volleyball in London.

But those heading to Horse Guards Parade this summer hoping to see semi-naked players competing in the sand near Buckingham Palace may find themselves disappointed after the sport’s governing body ruled that female players will have the option to wear less revealing outfits.

The International Volleyball Federation (FIVB) has said it will allow shorts and sleeved tops at the 2012 Games, along with the traditional bikinis and body suits already permitted.

"Many of these countries have religious and cultural requirements so the uniform needed to be more flexible." FIVB spokesman Richard Baker told The Associated Press.

The less revealing outfits were already permitted for the the five Continental Cups, through which 142 nations are competing to qualify for the London Games.

"Winners of the Continental Cups will qualify for the Olympics, so it has to be applied," said Baker.

The modified rule permits "shorts of a maximum length of three centimeters (1.18 inches) above the knee, and sleeved or sleeveless tops."

The FIVB insists competitors have always had a choice what to wear. "They weren’t forced to wear a bikini," Baker said.

Voir également:

Olympic beach volleyballers women told they can cover up because of the cool summer

Female volleyball players can wear shorts and sleeved tops in cold weather
With cool weather predicted, players can disregard the usual bikini

Alex Ward

The Daily Mail

16 July 2012

Beach volleyball fans hoping to see female competitors going for Olympic gold in bikinis will be disappointed when athletes turn up in shorts.

With dismal weather forecast during the Games, female athletes might choose shorts and sleeved tops if temperatures drop below 16 degrees Celsius it has been revealed.

British beach volleyball hopefuls Zara Dampney, 26, and Shauna Mullin, 27, said the cooler weather will dictate what they wear on the court.

Miss Mullin said: ‘Once the temperature drops below 16 degrees Celsius we are allowed to wear long leggings and long-sleeved tops.’

Miss Dampney added: ‘I’m sure there are a few people who only watch for one reason.

Home advantage: The women of the British beach volleyball team could have an advantage because they’re used to playing in the rain

‘But I think people should come anyway and see what it’s all about. Maybe bad weather will give us a home advantage against the Brazilians — we’re used to playing in the rain.’

Women beach volleyball players have been given the option of playing in shorts rather than skimpy bikinis during the London 2012 Olympics after the International Volleyball Federation (FIVB) brought in new dress code rules to cater for different countries’ cultural or religious beliefs.

Richard Baker, the press department director for FIVB said uniforms just needed to be consistent.

He said: ‘For events staged in cold weather conditions, the clothes worn by both players must be consistent in type, style, manufacturer, colour, sponsors, etc.

‘Players will however be allowed to wear long pants and/or tops on the court during play if the temperature is to drop below 15 degrees Celsius.’

The new rule permits shorts of a maximum length of 1.18 inches above the knee, and sleeved or sleeveless tops.


Pékin 2008: Je te tiens, tu me tiens… (You hold me and I’ll hold you)

22 août, 2008

Chinese underage gymnastsChinese under age gymnasts

Je ne crois pas qu’aucun autre pays au monde, la Corée du Nord exceptée, aurait pu obtenir une telle qualité d’exécution de ses acteurs. Zhang Yimou (cinéaste réalisateur de la cérémonie d’ouverture)

Alors que, sur comme hors des pistes et même s’ils sont encore loin (à 0,03 médailles d’or par million d’habitants) de rattraper les Bahamas, les toujours impunis bouchers de Tienanmen multiplient les prouesses

Après les faux feux d’artifice et la petite chanteuse en playback de la cérémonie d’ouverture

Après les 39 officiellement contrôlés positifs avant les Jeux (russes, bulgares et grecs), les 5 de pris sur le fait (heptatlonienne ukrainienne, cycliste espagnole, tireur nord-coréen, gymnaste vietnamienne) et les sérieux doutes sur les miraculeux résultats de la totalité de l’équipe jamaïcaine d’athlétisme qui ont leur propre système de contrôle antidopage ou l’un des mercenaires bahréniens qui a résolu le problème en limitant ses compétitions internationales à deux courses par an …

Sans parler, par delà les athlètes iraniens condamnés au nom de l’amitié des peuples à offrir systématiquement leurs chances de médailles à leurs adversaires israéliens, nos propres gendarmes au singulier physique de champion de bodybuilding et de ce que certains qualifient de "dopage technologique" ou même des chevaux

Voici, au pays champion du monde de la contrefaçon et de la thérapie génique sauvage, les gymnastes aux dents de lait (c’est-à-dire à la fois plus légères, souples et téméraires pour les manœuvres délicates mais aussi plus malléables) dont les états civils disparaissent étrangement de l’Internet

Et… les entraineurs d’autres nations qui hésitent à protester par crainte de réprésailles (de la part des juges chinois) pour leurs propres gymnastes!

Records Say Chinese Gymnasts May Be Under Age

Jeré Longman and Juliet Macur
The New York Times
July 27, 2008

China named its Olympic women’s gymnastics team on Friday, and the inclusion of at least two athletes has further raised questions, widespread in the sport, about whether the host nation for the Beijing Games is using under-age competitors.

Chinese officials responded immediately, providing The New York Times with copies of passports indicating that both athletes in question — He Kexin, a gold-medal favorite in the uneven parallel bars, and Jiang Yuyuan — are 16, the minimum age for Olympic eligibility since 1997.

Officials with the International Gymnastics Federation said that questions about He’s age had been raised by Chinese news media reports, USA Gymnastics and fans of the sport, but that Chinese authorities presented passport information to show that He is 16.

Online records listing Chinese gymnasts and their ages that were posted on official Web sites in China, along with ages given in the official Chinese news media, however, seem to contradict the passport information, indicating that He and Jiang may be as young as 14 — two years below the Olympic limit.

Mary Lou Retton, the Olympic all-around gymnastics champion at the 1984 Los Angeles Games, recently watched a competition video of He and other Chinese gymnasts on the uneven bars.

“The girls are so little, so young,” Retton said. Speaking of He, Retton rolled her eyes and laughed, saying, “They said she was 16, but I don’t know.”

An advantage for younger gymnasts is that they are lighter and, often, more fearless when they perform difficult maneuvers, said Nellie Kim, a five-time Olympic gold medalist for the former Soviet Union who is now the president of the women’s technical committee for the Swiss-based International Gymnastics Federation.

“It’s easier to do tricks,” Kim said. “And psychologically, I think they worry less.”

The women’s gymnastics competition at the Beijing Games, which begin Aug. 8, is expected to be a dramatic battle for the team gold medal between the United States and China. At the 2007 world championships, the Americans prevailed by 95-hundredths of a point.

On the uneven bars, He and Nastia Liukin of the United States are expected to challenge for the individual gold medal.

In Chinese newspaper profiles this year, He was listed as 14, too young for the Beijing Games.

The Times found two online records of official registration lists of Chinese gymnasts that list He’s birthday as Jan. 1, 1994, which would make her 14. A 2007 national registry of Chinese gymnasts — now blocked in China but viewable through Google cache — shows He’s age as “1994.1.1.”

Another registration list that is unblocked, dated Jan. 27, 2006, and regarding an “intercity” competition in Chengdu, China, also lists He’s birthday as Jan. 1, 1994. That date differs by two years from the birth date of Jan. 1, 1992, listed on He’s passport, which was issued Feb. 14, 2008.

There has been considerable talk about the ages of Chinese gymnasts on Web sites devoted to the sport. And there has been frequent editing of He’s Wikipedia entry, although it could not be determined by whom. One paragraph that discusses the controversy of her age kept disappearing and reappearing on He’s entry. As of Friday, a different version of the paragraph had been restored to the page.

The other gymnast, Jiang, is listed on her passport — issued March 2, 2006 — as having been born on Nov. 1, 1991, which would make her 16 and thus eligible to compete at the Beijing Games.

A different birth date, indicating Jiang is not yet 15, appears on a list of junior competitors from the Zhejiang Province sports administration. The list of athletes includes national identification card numbers into which birth dates are embedded. Jiang’s national card number as it appears on this list shows her birth date as Oct. 1, 1993, which indicates that she will turn 15 in the fall, and would thus be ineligible to compete in the Beijing Games.

Zhang Hongliang, an official with the Chinese gymnastics federation, said Friday that perhaps Chinese reporters and provincial sports authorities made mistakes in listing He’s and Jiang’s birth dates differently from the dates given on their passports.

“The two athletes have attended international sports competitions before, and I’m sure the information is correct,” Zhang said of the athletes’ passports.

The International Gymnastics Federation said it had contacted Chinese officials in May about the gymnasts’ ages after receiving inquiries from fans and reading newspaper accounts, including one in The China Daily, the country’s official English-language paper, stating that He was 14.

“We heard these rumors, and we immediately wrote to the Chinese gymnastics federation” about He, said André Gueisbuhler, the secretary general of the international federation. “They immediately sent a copy of the passport, showing the age, and everything is O.K. That’s all we can check.”

If someone provided proof that any gymnast was under age, or filed a formal complaint, Gueisbuhler said, he would be “quite happy to check and ask again.”

“As long as we have no official complaint, there is no reason to act, if we get a passport that obviously is in order,” he said.

Steve Penny, the president of USA Gymnastics, said he had asked Kim of the international federation about He’s age after receiving e-mail messages referring to newspaper accounts and comments made on blogs and in Internet chat rooms that said she was 14. But Penny said he was not really concerned.

“If they have valid passports, bring ’em on,” Penny said. “If they say they’re good, we’re going to beat them.

“You can’t worry about it. You do your job, and you expect other people are doing theirs and you expect it’s a fair field of play.”

Privately, some gymnastics officials said that even if other countries had real concerns about the Chinese, they might be reluctant to make accusations for fear of reprisals by judges at the Beijing Games.

If it is true that under-age gymnasts are competing, Kim said: “It’s a bad thing. It should not be acceptable.”

Yang Yun of China won individual and team bronze medals at the 2000 Sydney Olympics and later said in an interview on state-run television that she had been 14 at the time of those Games. A Hunan Province sports administration report also said later that she had been 14 when she competed in Sydney.

Bela Karolyi, who coached Retton of the United States and Nadia Comaneci of Romania to their Olympic gold-medal triumphs, said the problem of under-age gymnasts had been around for years. Age is an easy thing to alter in an authoritarian country, he said, because the government has such strict control of official paperwork.

He recalled Kim Gwang Suk, a North Korean gymnast who showed up at the 1991 world championships with two missing front teeth. Karolyi, who said he thought Kim must have been younger than 11 at the time, and others contended that those front teeth had been baby teeth and that permanent teeth had not yet replaced them. Her coaches said she had lost them years before, during an accident on the uneven bars.

At those world championships, Kim was 4 feet 4 inches and about 62 pounds, and she claimed to be 16. At one point, the North Korean Gymnastics Federation listed her at 15 for three straight years; the federation was later barred from the 1993 world championships for falsifying ages.

 

 

 


Election américaine: Les vacances de M. Obama (The candidate’s off to the beach)

21 août, 2008

Hawaii postcardL’Histoire ne prend décidément pas de vacances.

Chute jusqu’à 12 points parmi ses plus forts soutiens (femmes démocrates, urbains, jeunes), chute de 11 points parmi les électeurs décisifs (catholiques) …

La rare fermeté du sénateur McCain face à la flagrante violation du territoire d’un état indépendant par l’ex-kagébiste de Moscou et aux "vacances" du candidat des munichois et coqueluche des médias commencerait-elle à faire réfléchir les électeurs américains?

Do Obama’s Sinking Poll Numbers Signal History Repeating for Democrats?
John Zogby and Paul Lomeo
Zogby international August 20, 2008

As the Democrats head into their convention, should they be singing the Eurythmics 1985 hit "Here Comes That Sinking Feeling"?

Just as party leaders pack their bags for Denver, our latest Reuters/Zogby poll finds their nominee in some trouble, as Republican John McCain has taken a five-point lead over Barack Obama. That is a 12-point reversal from the survey we took for Reuters in July. Interestingly, Obama’s margins among what had been his strongest demographic groups dropped by as much as 12 points. These include Democrats, women, city dwellers and younger voters – those ages 25-34. Also, Obama has lost his lead among the swing Catholic vote, dropping 11 points to McCain over a month.

What is happening is all too familiar to Democrats. McCain is using the Karl Rove playbook, attacking Obama’s perceived strengths, notably his mass appeal and freshness. Democrats hoped that eight years of a failed Bush presidency (80% in our latest survey said the nation was on the wrong track) so diminished the GOP brand that "going negative" would not work again for the Republicans.

In the end, it may not. Negative campaigning did not work on either side of the aisle in the primaries and caucuses. However, clearly McCain has been the aggressor for the past month, seeing an opportunity to define Obama for General Election voters before Obama could define himself. At times, it has seemed like he has been the only one throwing any punches, especially with Obama on vacation in Hawaii.

The adulation of European crowds on Obama’s overseas trip seems to have helped McCain with conservatives. They distrust Europeans and actually had the opportunity to imagine a liberal Democrat in the role of President – and didn’t like the thought. Meanwhile, Obama’s attempts at flexibility on issues dear to liberals and young voters (Iraq and FISA) may have dampened their enthusiasm.

Choosing August for a vacation proved inopportune for Obama. August has been cruel to Democrats in the past. That is the month when Jimmy Carter, Mike Dukakis and John Kerry all went down in the polls.

As much as voters may prefer the Democrats on most issues, McCain is winning the contest of defining who has the character and personality that swing voters expect in a President. Obama appeals to the mind. McCain goes for the gut.

McCain’s war record and well-established image as a maverick Republican make it tough for Obama to assail McCain the man. Obama’s rhetoric this week shows he recognizes that his issues appeal must become more aggressive and emotional. With 48% of our poll respondents citing the economy as the most important issue, Obama is hitting hard at the GOP record on job losses. He clearly has work to do. Our Reuters/Zogby poll released Wednesday shows more voters trust McCain to deal effectively with economic issues.

Obama must convince voters that he is on their side. While it may be difficult to measure, race complicates that task with white voters, especially older people. Some believe that McCain has already injected racial innuendo into the campaign. The non-partisan David Gergen said on ABC: " . . . as a native of the south, I can tell you, when you see this Charlton Heston ad, ‘The One,’ that’s code for, ‘he’s uppity, he ought to stay in his place.’ " Obama partisans also saw race as the subtext of two McCain ads: one that featured Brittany Spears and Paris Hilton, and another that showed several young white women praising Obama.

But when Obama responded to these ads by saying McCain was trying to frighten voters, and adding that he did not look like other Presidents on dollar bills, voters judged Obama negatively and felt he was the one bringing race into the campaign.

It may happen that independent expenditure groups – those so-called "527s" – will raise the racial ante. If they do, Obama may be forced to follow the model set by Jackie Robinson, who ignored taunts in order to succeed as Major League baseball’s first African-American.

His vice-presidential pick and the convention now give Obama the opportunity to restore his image as an agent of positive change who would inspire the nation to act. It will be a tall order. But let’s not forget – it was the electric Obama speech at the Democratic convention four years ago that got this whole presidential campaign started in the first place.

Paul Lomeo is a senior writer with Zogby International, and for many years worked in public affairs on labor and reproductive rights issues.


Invasion de la Géorgie: Sur tous les fronts, la Russie se trouve toujours du côté adverse à l’Occident

21 août, 2008

The Russians are coming!

Le gouvernement russe actuel n’est pas communiste ou stalinien. Ce sont plutôt des gens intéressés par l’argent. Ils inscrivent leurs enfants dans les écoles occidentales, ils vont passer leurs vacances en Occident. Ils ont donc tout intérêt à entretenir de bonnes relations avec l’Ouest. Mais ils sont aussi très cyniques vis-à-vis de cet Occident qu’ils aiment tant. Ils pensent qu’ils peuvent manipuler à leur guise les Européens. Poutine a proféré à plusieurs reprises des menaces contre la Géorgie en nous disant :«Vous croyez que vos amis occidentaux vont venir se battre dans le Caucase ? » (…) Nous n’avions pas d’autre choix que d’intervenir. Les Russes avaient mobilisé les irréguliers ossètes. Ils avaient massé des troupes en Ossétie du Nord. Ils avaient remplacé les gardes frontières ossètes par leurs propres soldats à l’entrée du tunnel de Roki. Nous avons prévenu les Américains que quelque chose se préparait pour qu’ils disent aux Russes d’arrêter. Et les Russes ont jugé que le mois d’août, en pleine campagne électorale américaine, d’un côté, et pendant les Jeux olympiques, de l’autre, était la meilleure période pour agir. Ils ne nous ont pas laissé le choix. Mikheïl Saakachvili
Ce qui est incompréhensible, c’est l’incapacité des démocraties de réaliser que la Russie, une fois requinquée par ses exportations de pétrole, gaz et autres métaux, une fois débarrassée, avec l’argent américain, d’une partie de ses cimetières de sous-marins nucléaires et de moult missiles qui rouillaient sans entretien, fait ce qu’elle veut et ne fera rien de ce que l’Occident attend. Sur tous les fronts d’aujourd’hui : Afghanistan, Irak, Liban, Hezbollah, Gaza, Hamas, Soudan, Somalie, la Russie se trouve toujours du côté adverse à l’Occident : en fournissant des armes, en s’opposant aux sanctions contre l’Iran pour arrêter son programme nucléaire militaire, bref, en s’opposant à tout ce qui pourrait atténuer ou faire disparaître les menaces «extrémistes» (pour ne pas dire islamistes, pour ne fâcher personne…). Michel Poirier

Après la Tchécoslovaquie (2 fois !), la Hongrie, la Pologne, l’Afghanistan, la Tchétchénie…

Population intoxiquée, empoisonnée, anesthésiée par le discours belliqueux de ses dirigeants, économie sans industrie autre que celle des matières premières, population en perdition dont le nombre pourrait se voir réduit de moitié dans les quarante ans à venir, espérance de vie à la naissance pour les hommes de moins de 60 ans (moins que le Mexique), industrie de l’armement qui fait feu de tout bois et qui vend, sans discernement aucun, tout ce que l’on veut à qui le veut (Iran, Syrie, Hezbollah, Hamas, Venezuela, dictatures africaines), pays où les milliardaires sont légion qui n’arrive pas à électrifier des milliers de villages où à assurer à ses habitants une vie normale …

Alors qu’après s’être tant gaussés des pertes américaines en Irak, nos médias (re)découvrent atterrés que la guerre qu’ils nous avaient si longtemps cachée peut aussi faire desmorts parmi nos propres soldats, y compris éventuellement par erreur ou manque de moyens

Et que les électeurs américains semblent enfin commencer à voir clair derrière les vertus supposées du candidat des munichois

Pendant que nos apaiseurs patentés se font les porte-plumes zélés de la dernière invasion en date de l’ours russe en inversant caractéristiquement les termes de l’équation (c’est Bush qui avait tout planifié, c’est Poutine qui aide les peuples à disposer de leur destin, c’est la victime qui a en fait agressé l’agresseur, etc.) …

Retour sur un excellente tribune de Michel Poirier pour Liberty vox qui remet quelques pendules à l’heure …

Russie : le pire est à venir
Michel Poirier
LibertyVox
Sur fond d’intervention en Géorgie, Michel Poirier dresse un portrait bien sombre de la Russie.

Les cris de vierges effarouchées poussés par les grands de ce monde depuis deux semaines ont de quoi surprendre. Si l’on comprend bien, ce n’est pas seulement ce que les Russes font en Géorgie qui est en cause mais ce que cela révèle. En réalité, c’est la surprise des démocraties occidentales qui doit surprendre !

Car, enfin, qu’attendait-on du dictateur russe actuel (je sais, on dira qu’il a respecté la constitution et après deux mandats totalisant 8 années il a quitté le pouvoir suprême… mais pour devenir premier ministre, probablement pour les deux mandats de son acolyte devenu président par sa grâce…) ? L’homme avait annoncé couleur en lançant sa formule «la plus grande tragédie du 20ème siècle a été la disparition de l’Union Soviétique». Pas les deux guerres mondiales totalisant 60 millions de morts, pas la destruction des juifs en Europe, pas la révolution culturelle en Chine et ses 70 millions de morts, non, la disparition de la structure qui a opprimé, détruit et asservi non seulement le peuple russe mais aussi la moitié de l’Europe qui a eu la malchance de se voir abandonner par les Etats-Unis et l’Angleterre à la fin de la deuxième guerre mondiale. Dès lors, quoi de plus normal que de vouloir faire renaître de ses cendres ce cadavre auquel on voudrait donner l’éclat d’un Phoenix. Et pour cela, une seule solution, brutale, certes, mais efficace face aux démocraties occidentales qui n’ont jamais eu le courage de s’opposer aux dictateurs : envahir les pays qui lui étaient auparavant soumis et pour commencer, puisque l’occasion s’y présente, la Géorgie.

Mais il n’y a rien de nouveau dans la dernière aventure militaire russe. Depuis 1948 (coup de Prague, mainmise par des communistes du pouvoir politique) tous les dix ans, ou presque, la Russie a envahi un pays : Hongrie en 1956, Tchécoslovaquie en 1968, Afghanistan en 1979. Chaque fois la raison était différente mais l’intention la même : soumettre une population, un pays, à la volonté du Kremlin. Une pause est intervenue ensuite car il y a eu l’implosion de l’Union Soviétique, trouvant son origine dans la course aux armements imposée par Ronald Reagan d’un côté, et dans l’incapacité du système d’économie planifiée de faire face aux besoins de la population du pays mis en évidence de plus en plus par l’intrusion massive des nouveaux moyens de communication, Internet entre autres.

Ce ne devrait pas être une découverte que de voir un pays évoluant rapidement vers des structures dictatoriales anciennes se lancer dans ce qu’il sait faire de mieux : envahir et opprimer. Surtout après avoir vu M. Poutine et son armée à l’œuvre en Tchétchénie, dont les soldats, dépenaillés, réputés pour la consommation de vodka et dont le taux de suicides est le plus élevé de toutes les armées qui tiennent des statistiques, semblent plutôt sortis d’asiles de pauvres. Qui n’a pas vu Grozny après la «pacification» russe de 2002 ne peut comprendre la vraie nature du pouvoir russe. Et il s’agit bien du pouvoir russe car Grozny (c’est de là que vient son nom) avait déjà était détruit au temps des tsars et pour les mêmes motifs : s’assurer le contrôle du Caucase et faire comprendre aux autres «confettis» s’y trouvant ce qui pourrait leur arriver. Il y a permanence de la méthode russe, elle a été améliorée (!?) pendant la période soviétique et Poutine, bien formaté pendant ses années d’espion du KGB, n’est que l’héritier de l’histoire de l’oppression de la Russie. Du temps de Staline on avait déporté les habitants de la Tchétchénie car pendant la guerre, de 1942 à 1944, les troupes allemandes qui s’y trouvaient n’eurent pas de mal à faire collaborer une population opprimée depuis la création de sa «république» en 1922. Ensuite, pour faire bonne mesure, une fois les habitants déportés, on supprima «la république Tchétchéno-ingouche» pour la recréer en 1957 cinq années après la mort du dictateur. Avant la « pacification » de Poutine, en 1998, cette république comptait 400.000 habitants. Depuis, ils ne sont plus que 200.000.

L’exemple de la Tchétchénie est là pour nous faire comprendre ce qui pourrait se passer avec la Géorgie. Certes, les Russes n’aiment pas les Caucasiens (les Mongoles ou les Chinois que l’on appelle «chiens jaunes» non plus). Il suffit de vivre quelque temps dans une grande ville (Moscou par exemple) pour comprendre le mépris et la haine exprimés par «les autochtones» à l’adresse des Caucasiens. Curieux, les 70 années de communisme et de fraternité des peuples de l’Union Soviétique n’ont pas eu beaucoup d’influence pour changer les choses.

Alors, pourquoi la surprise ? De Bush à Chirac, de Mme Merkel à Tony Blair, tous les dirigeants des démocraties occidentales étaient convaincus d’assister après l’implosion de l’Union Soviétique à la création d’une Russie dont la marche vers la démocratie était inéluctable. Bon, il y avait aussi Schröder mais ce dernier s’est prostitué politiquement en devenant l’employé du gouvernement russe (Président du Conseil de Surveillance de Gazprom …). Il y a aussi notre Jacques Chirac qui fait des voyages (tous frais payés, c’est normal) en Russie à l’invitation de son ami Poutine pour «étudier les problèmes énergétiques des années à venir» quand il ne va pas fêter l’anniversaire de celui-ci (deux visites en moins de trois semaines en 2007…). On peut, sans grande difficulté partager les dirigeants occidentaux en deux catégories : les profiteurs (à titre personnel) et les «apaiseurs» qui vous démontrent qu’il ne faut pas fâcher le Russie, qu’il faut l’accompagner dans son chemin vers la démocratie.

Ce que la Russie vient de faire en Géorgie (tout en se moquant comme d’une guigne des réactions «fermes» de l’Occident) illustre parfaitement le renoncement mondial, mais surtout américain, à ce qu’a été la Doctrine Truman : «C’est la politique des Etats-Unis d’aider les peuples qui veulent être libres et qui résistent aux tentatives de minorités armées ou aux pressions externes de les subjuguer».

Devant l’énormité de la réaction disproportionnée russe aux incursions géorgiennes, elles mêmes justifiées par les provocations des protégés de Moscou (Ossétie du Sud), il y a d’un côté ceux qui défendent la Russie : Agents d’influence (Schröder), «intellectuels» émargeant à des budgets russes (Marek Halter qui préside deux universités russes et qui est le patron d’un mensuel franco-russe, se demande «Que veut l’Amérique en Europe»), géopoliticiens autoproclamés ou gloires anciennes de la «kremlinologie» (Hélène Carrière d’Encausse), les voilà tous qui vous démontrent que l’agresseur est la Géorgie et que la Russie ne pouvait pas se laisser marcher sur les pieds comme l’Occident s’est trop habitué à le faire. Et de vous expliquer que l’on a ouvert une boîte de Pandore en acceptant l’indépendance du Kossovo car cela donne la possibilité, par exemple à l’Ossétie du Sud ou à l’Abkhazie de se réclamer de la même «jurisprudence» en demandant la séparation d’avec la Géorgie. Nuance… ces deux «républiques dissidentes» veulent se rattacher à la Russie. Depuis des lustres la Russie accorde des passeports à ces populations pour pouvoir dire ensuite qu’elles sont ethniquement russes, créant un précédent qui pourrait être utilisé du côté des trois républiques baltes qui ont échappé à sa mainmise, mais dont une partie de la population est d’origine russe car leur territoire a été colonisé par la Russie à la faveur de leur occupation à la fin de la deuxième guerre mondiale. Quant à l’indépendance de Kossovo, à partir du moment où l’Europe a pris parti (merci Monsieur Kouchner) en faveur des Albanais musulmans contre les Serbes orthodoxes… les jeux étaient faits !

Il y a ensuite les «apaiseurs». Ils commencent par ne pas s’apercevoir que les colonnes de tanks russes avaient quitté leurs bases en se mettant en route vers la Géorgie trois jours avant la réaction géorgienne qui a mis le feu aux poudres. Ensuite ils font semblant de ne pas entendre les discours fulminants, qui reprennent mot pour mot les archives de la diplomatie soviétique, et parlent des «monstres criminels comme Saakachvili» ou des «Géorgiens que l’odeur du sang fait marcher». Et, quand les Russes les mènent en bateau au sujet de leur éventuelle retraite de Géorgie, ils vous expliquent que l’essentiel était d’obtenir un cessez-le-feu (Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner). Ils vont à Tbilissi proclamer le droit de la Géorgie à entrer dans l’OTAN en oubliant qu’au dernier sommet de cette organisation ils s’y sont opposés (Angela Merkel). Mais dès qu’il s’agit de faire quelque chose de sérieux, les mêmes disent qu’il ne faut pas couper les contacts avec la Russie. Tout cela découle de l’espoir (méthode Coué) que le pire n’arrivera pas. Comme si on pouvait faire confiance aux paroles des tyrans qui signent des traités et qui les transgressent sans vergogne. Ceux qui savent qu’il ne faut pas faire confiance aux Russes sont ceux qui ont vécu sous le talon de cette hydre qui refait ses tentacules dès qu’elle en perd une (les trois pays baltes, la Pologne, l’Ukraine, etc.).

Mais ce qui est incompréhensible, c’est l’incapacité des démocraties de réaliser que la Russie, une fois requinquée par ses exportations de pétrole, gaz et autres métaux, une fois débarrassée, avec l’argent américain, d’une partie de ses cimetières de sous-marins nucléaires et de moult missiles qui rouillaient sans entretien, fait ce qu’elle veut et ne fera rien de ce que l’Occident attend. Sur tous les fronts d’aujourd’hui : Afghanistan, Irak, Liban, Hezbollah, Gaza, Hamas, Soudan, Somalie, la Russie se trouve toujours du côté adverse à l’Occident : en fournissant des armes, en s’opposant aux sanctions contre l’Iran pour arrêter son programme nucléaire militaire, bref, en s’opposant à tout ce qui pourrait atténuer ou faire disparaître les menaces «extrémistes» (pour ne pas dire islamistes, pour ne fâcher personne…). De plus, l’Occident ne réalise pas que le peuple russe est intoxiqué, empoisonné, anesthésié par le discours belliqueux de ses dirigeants tant il veut croire à la renaissance d’une Russie forte. Forte de quoi ? Une économie sans industrie autre que celle des matières premières, une population en perdition dont le nombre pourrait se voir réduit de moitié dans les quarante ans à venir (75 millions au lieu des 150 actuellement, une espérance de vie à la naissance pour les hommes de moins de 60 ans -moins que le Mexique- en raison de causes multiples parmi lesquelles la violence, l’alcoolisme, un système de soins déplorable, etc.). Mais une industrie de l’armement qui fait feu de tout bois et qui vend, sans discernement aucun, tout ce que l’on veut à qui le veut : l’Iran et la Syrie (qui transfèrent les armes au Hezbollah et au Hamas), le Venezuela du clone castriste (qui vient d’apporter son appui à l’invasion russe en Géorgie), des pays d’Afrique qui n’assurent plus la subsistance de leurs populations mais qui s’arment. On en passe et des meilleurs. Mais ce pays où les milliardaires sont légion (à condition de ne pas s’opposer à M. Poutine) n’arrive pas à électrifier des milliers de villages où à assurer à ses habitants une vie normale. Parler de tout cela peut paraître futile. Et on trouve tout de suite des gens d’origine russe pour vous expliquer que vous n’avez rien compris de ce qu’est ce grand pays, européen de surcroît…

Que va-t-il se passer ? L’intégrité territoriale de la Géorgie sera sacrifiée sur l’autel de la realpolitik car l’Europe dépend pour ses besoins énergétiques de la Russie (n’ayant pas voulu suivre le conseil de Ronald Reagan qui, en son temps, avait esquissé ce qui allait se passer). Mais, vous dira-t-on, si on veut réduire la dépendance à la Russie, il n’y pas d’autre possibilité que de s’adresser à l’Iran. C’est déjà fait (Suisse, Italie et même l’Allemagne qui attend son tour). Alors, les sanctions contre l’Iran ? D’un côté les Russes s’y opposent et de l’autre, individuellement, les pays européens n’y trouvent pas leur intérêt. Et voilà l’Europe qui se prépare à changer «un bigle pour un bosco» comme on dit à la Royale : rien d’anormal car l’islamofascisme vert remplace le totalitarisme rouge…

Et vogue la galère… Et comme le disait si bien le Sapeur Camember, «quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites».


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