Délinquance: Tous les garçons s’appellent Mamadou mais surtout ne le dites pas!

http://giavellireport.files.wordpress.com/2012/10/parisriots1.jpg?w=450&h=326On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin
Derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable. Alain Bauer

Après les nuits d’émeutes de Vitry-le-François (Marne) qui avaient elles-mêmes suivi celles de Saint-Dizier (30 000 habitants, Haute-Marne) d’octobre dernier …

Puis à nouveau les ratonnades anti-blancs et cassages du Champ de Mars et de la Rue du commerce par les habituelles bandes de jeunes Africains …

Ou le passage à tabac du jeune juif orthodoxe du XIXe arrondissement de Paris

Et les cris d’orfraie des tout aussi habituelles belles âmes des beaux quartiers sur les propositions du gouvernement de fichage des bandes …

Retour sur un petit dossier de L’Express de février 2006 où l’on retrouve le même décalage entre les discours lénifiants officiels et ce que savent depuis longtemps, malgré le refus national des statistiques ethniques, spécialistes comme praticiens (et victimes) de la délinquance.

A savoir que, comme l’a tout récemment confirmé le Washington Post pour les prisons françaises (70% de musulmans contre 12% dans la population nationale), les délinquants sont disproportionnellement d’origine étrangère.

Soit un facteur de 1 à presque 6 contre moins de 4 en GB (11% pour 3%) ou Hollande (20% pour 5,5%) mais 8 (16% pour 2%) en Belgique.

Avec cette fois, comme le suggère le Monde, la très forte probabilité que, excédés par l’impuissance et l’hypocrisie des autorités et à l’instar de notre habituel repoussoir américain, les populations victimes (souvent de même origine) commencent à s’armer pour se défendre elles-mêmes …

Extraits :

A Paris, le Canonge comprend environ 103 000 hommes, dont 37% de Blancs, 29% de Nord-Africains et 19% de Noirs. (…) dans cette commune du Val-d’Oise, où plus de 7 500 hommes âgés de 25 ans sont répertoriés dans le fichier Canonge, les Blancs représentent moins de 2%, de même que les Noirs, contre près de 45% pour les Nord-Africains, soit 3 200 individus.

En examinant les condamnations intervenues de 1985 à 2000 dans l’Isère, il apparaît que 94% des jeunes jugés sont de nationalité française, mais 60% sont d’origine étrangère ou étrangers.» De même, ils sont plus souvent impliqués dans des «faits graves».

Selon les études de Roché, l’origine sociale n’explique pas tout. «Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés, souligne-t-il. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres.

Criminalité
1. L’origine des délinquants
Laurent Chabrun, Eric Pelletier, Romain Rosso,
L’Express
le 09/02/2006

C’est une vérité cadenassée par la loi républicaine, limitée par le risque d’exploitation politique, verrouillée par la peur d’une stigmatisation et étouffée par le politiquement correct. Les enfants d’immigrés sombrent apparemment plus souvent dans la délinquance que les autres Français. Comment évoquer sereinement ce phénomène? Le passé colonial de notre pays, de même que l’utilisation de fichiers raciaux sous le régime de Vichy et, depuis une trentaine d’années, le discours xénophobe du Front national ne facilitent guère une analyse rationnelle de la situation. Quelques voix – sociologues, criminologues, policiers ou politiques – commencent à aborder la question. L’Express a tenté de le faire, sans tabou ni idéologie.

Les voyants sont au rouge, mais les statistiques sont muettes sur le sujet. Le seul distinguo autorisé par l’administration porte en effet sur la nationalité, et non sur l’origine. Chaque année, les étrangers représentent environ 20% des délinquants (1). Mais les chiffres masquent une réalité autrement plus dérangeante, plus difficile à cerner aussi. Longtemps, on a cherché à cacher, maladroitement, la surreprésentation des enfants de l’immigration, pourtant visible, au motif qu’ils sont d’abord des enfants de la France. Sous le gouvernement Jospin, des consignes non écrites ont même été passées aux services de communication de la police. «On nous demandait de ne citer aucun prénom, se souvient un communicant de l’époque. C’était considéré comme trop stigmatisant.»

Cependant, les policiers de terrain le constatent depuis des années. Et, aujourd’hui, ils s’inquiètent notamment de l’agressivité de jeunes Blacks, en échec scolaire, coupés de tous repères familiaux. «Les Noirs que nous interpellons se manifestent par une violence instantanée, constate un commissaire en poste dans une banlieue sensible. Ils sont fréquemment impliqués dans des vols à l’arraché ou des vols à la portière. Tandis que les Maghrébins, par exemple, sont plus structurés, autour des réseaux de drogue.» Les émeutes en banlieue, en novembre 2005, ont jeté à la face du monde l’image de jeunes Français d’origine étrangère, harcelant les forces de l’ordre et incendiant des voitures.

A quoi ressemblent les délinquants de tous les jours? Pour le savoir, il suffit de se plonger dans un fichier méconnu, baptisé «Canonge», qui comporte l’état civil, la photo et la description physique très détaillée des personnes «signalisées» lors de leur placement en garde à vue. Grâce à cette base de données présentée à la victime, celle-ci peut espérer identifier son agresseur. Or ce logiciel, réactualisé en 2003, retient aujourd’hui 12 «types» ethniques: blanc-caucasien, méditerranéen, gitan, moyen-oriental, nord-africain-maghrébin, asiatique-eurasien, amérindien, indien, métis-mulâtre, noir, polynésien, mélanésien.

Cet outil est à manier avec prudence. D’abord, parce que, même si le Canonge est légal, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) interdit d’exploiter ses renseignements à d’autres fins que celle de la recherche d’un auteur présumé. Ensuite, parce qu’il ne dit rien de la nationalité et de l’origine de l’individu – qui peut être français depuis plusieurs générations malgré un physique méditerranéen, par exemple. Enfin, parce que les mentions sont portées par l’officier de police, avec la part de subjectivité que cela suppose.

«Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!»

A Paris, le Canonge comprend environ 103 000 hommes, dont 37% de Blancs, 29% de Nord-Africains et 19% de Noirs. Pour l’anecdote, un seul Mélanésien est référencé. «Mes agresseurs avaient entre 18 et 20 ans. Plutôt grands, d’origine maghrébine: je n’avais pas d’autres indications à fournir à la police, se souvient une victime d’agression. J’ai été invité à les reconnaître dans le fichier. J’ai mis une bonne heure: il y avait plus de 2 000 photos.»

Cette proportion de Français d’origine étrangère est encore plus forte parmi les jeunes de certaines banlieues. Ainsi, dans cette commune du Val-d’Oise, où plus de 7 500 hommes âgés de 25 ans sont répertoriés dans le fichier Canonge, les Blancs représentent moins de 2%, de même que les Noirs, contre près de 45% pour les Nord-Africains, soit 3 200 individus. «Je vous avais prévenu: il y a peu de Gaulois!» indique un enquêteur. Dans un département de la grande couronne, comme la Seine-et-Marne, les Blancs constituent la moitié des suspects. Dans les départements ruraux, le taux est plus élevé.

La lecture des mains courantes des commissariats prouve cette répartition inégale. Ces outils recensent le tout-venant de la délinquance: des délits de fuite au vol à la roulotte, en passant par les troubles du voisinage. L’Express a pu en consulter deux, l’une dans un arrondissement chic de Paris, l’autre dans un secteur populaire. Elles ne se ressemblent pas.

Dans le premier cas, les habitants se plaignent plus de cambriolages et de tapages nocturnes que d’agressions ou de trafics de drogue. La main courante mentionne bien un «indésirable» nord-africain, un SDF né au Nigeria et l’interpellation d’un voleur russe, mais peu d’incidents soulignent la problématique de l’immigration. Dans le second cas, en revanche, on note, d’abord, que les faits sont plus nombreux et plus graves: problèmes de rixes avec coups et blessures, de dégradations de biens, de menaces, de violences ou de consommation de stupéfiants, etc. On observe, ensuite, que 73% des auteurs recensés ont un nom à consonance étrangère.

Extraits.

Dans la nuit, Houria est frappée par son frère Samir (2), mais les parents refusent qu’elle porte plainte. Le matin, la police arrête Abdoul pour «menaces de mort et dégradations légères de biens privés». Une heure plus tard, Saïd est interpellé pour avoir frappé et tenté d’étrangler son épouse. Dans l’après-midi, trois individus, Izamona, Kabeya, Ibrahima, sont évincés d’un hall d’immeuble. Ils auraient menacé, à plusieurs reprises, une résidente, qui «commencerait à avoir peur pour sa vie». Plus tard, Jérôme, lui, est interpellé pour usage illégal de produits stupéfiants. Pierre et Michel sont conduits au poste pour avoir insulté et violenté deux agents de la RATP dans le métro. Dans un autre secteur, une femme, victime d’un vol avec violence, est conduite à l’hôpital. Son agresseur est de «type nord-africain, portant des lunettes carrées, un blouson noir et des baskets». Utilisant un gaz lacrymogène, il lui a dérobé son porte-cartes et du liquide. La soirée se termine par de nombreux troubles de voisinage et des différends entre époux. Fait notable: la majorité des victimes semblent, également, issues de communautés étrangères. «C’est le reflet de la population de ces quartiers», explique un officier.

Au bout de la chaîne, l’administration pénitentiaire a depuis longtemps intégré l’aspect ethnique. Le visiteur qui, pour la première fois, pénètre dans une prison en région parisienne le voit immédiatement. Il découvre le vrai visage des détenus: blacks et beurs, à une écrasante majorité. «Nous sommes pris par l’urgence. Nous devons avoir une gestion pragmatique, souligne Jean-François Forget, secrétaire général adjoint de l’Ufap, syndicat majoritaire chez les surveillants. Cela ne date pas d’aujourd’hui. Lorsque j’étais en poste aux Baumettes, à Marseille, on ne parlait que de pizzas et de pâtes aux étages où étaient incarcérés les détenus d’origine italienne.» A la maison d’arrêt de la Santé, à Paris, qui compte plus de 100 nationalités, les ethnies sont réparties selon les bâtiments: Européens au bloc A, Africains au B, Maghrébins au C, etc. Un regroupement qui se fait, souvent, à la demande du détenu lui-même.

Des sociologues, peu suspects de racisme, ont commencé à briser le tabou de la surreprésentation des jeunes issus de l’immigration dans la délinquance. Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS, fut l’un des pionniers. Il y a neuf ans, certains de ses collègues l’ont mis en garde: il forçait le couvercle d’une boîte de Pandore, celle du communautarisme. Il a commencé par définir le concept d’ «origine étrangère». Tâche difficile dans une nation qui s’est construite au rythme des brassages successifs de populations. Le sociologue a considéré que cette origine se définissait par le fait qu’au moins l’un des deux parents était étranger ou né hors de France.

«Faut-il le rappeler? L’écrasante majorité des enfants d’immigrés ne pose aucun problème, tient à souligner Roché, qui a mené plusieurs études à Grenoble et à Saint-Etienne. En examinant les condamnations intervenues de 1985 à 2000 dans l’Isère, il apparaît que 94% des jeunes jugés sont de nationalité française, mais 60% sont d’origine étrangère ou étrangers.» De même, ils sont plus souvent impliqués dans des «faits graves».

«Analyser les discriminations»

Quant à l’explication du phénomène, elle fait l’objet de controverses entre chercheurs. «C’est d’abord la conséquence d’une position sociale: les jeunes délinquants d’origine étrangère sont majoritairement des enfants des quartiers ouvriers, des fils des familles nombreuses les moins armées scolairement et les plus précaires économiquement», soutient Laurent Mucchielli, directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) (3). Selon les études de Roché, l’origine sociale n’explique pas tout. «Certes, 80% des jeunes délinquants d’origine maghrébine ont des parents ouvriers ou employés, souligne-t-il. Mais, à niveau socio-économique équivalent, les enfants d’immigrés sont plus délinquants que les autres. L’échec scolaire et un rapport difficile à l’autorité représentent des facteurs déterminants.»

Mais comment évoquer cela sans fissurer davantage notre modèle républicain ni céder au communautarisme? Faute d’un instrument de mesure adapté, les autorités françaises demeurent incapables d’estimer avec précision le phénomène et d’en tirer les leçons. Faut-il instaurer un dispositif ad hoc, qui présenterait l’intérêt d’évaluer le travail policier? C’est l’avis de Laurent Mucchielli: «Ces statistiques, loin d’entériner ou de nourrir un quelconque racisme, seraient au contraire des éléments utiles pour analyser les discriminations dont les personnes étrangères sont fréquemment victimes.»

Les policiers, qui ont pourtant été les premiers à donner l’alarme, sont, eux, partagés. «J’arrête des délinquants, pas des étrangers ou des Français», lance un commissaire. «Si on bâtit un indicateur racial, on va tomber dans le piège de la discrimination et diviser les Français», ajoute un autre. «Un tel outil, fondé à la fois sur des éléments statistiques et sur des analyses sociologiques, permettrait d’expliquer beaucoup de choses, pense, au contraire, Jean-Marie Salanova, patron du Syndicat des commissaires et des hauts fonctionnaires de la police nationale. On ne pourra continuer à ignorer le phénomène très longtemps, non pour stigmatiser, mais pour comprendre. Ce qui serait le moyen d’éviter les réponses simplistes.» «Cela peut être un outil pratique pour les policiers et pour les chercheurs, estime Bruno Beschizza, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers. Mais c’est aux politiques de prendre une décision d’une telle importance, car elle doit concilier la recherche de la vérité et la garantie des libertés individuelles, voire religieuses.»

L’Express a contacté plusieurs anciens ministres de l’Intérieur qui n’ont pas souhaité commenter les conclusions de notre enquête. Seul le socialiste Daniel Vaillant ose aujourd’hui briser le tabou. Il se prononce en faveur d’une étude sur le sujet (lire l’encadré). La France, parfois, a du mal à se regarder dans les yeux.
(1) Ce chiffre comprend les infractions liées à l’immigration clandestine.
(2) Pour des raisons d’anonymat, les prénoms ont été changés.
(3) Penser la question de la «surreprésentation des jeunes de l’immigration dans la délinquance», à paraître aux éditions La Fabrique.

«Dépasser la logique ethnique»

Pour Alain Bauer, criminologue, président de l’Observatoire national de la délinquance, la question des personnes issues de l’immigration peut être abordée. A certaines conditions

L’Observatoire national de la délinquance envisage-t-il d’étudier la part prise par les personnes issues de l’immigration? Avez-vous abordé cet aspect dans vos travaux?

Nous en avons discuté de manière informelle au tout début de nos travaux. L’objectif de l’Observatoire est de publier des informations précises à partir de protocoles scientifiques clairs. En la matière, on peut identifier les Français et les étrangers, les majeurs et les mineurs, les hommes et les femmes. D’autres tentatives fondées sur les noms patronymiques, ou les prénoms pour les mineurs, ont amené à présupposer des surreprésentations de certaines populations.

Peut-on sereinement évoquer la question? Cela relève-t-il d’un tabou, selon vous?

On peut parfaitement aborder la question. Ne pas le faire laisse la porte ouverte à tous les fantasmes extrémistes et racistes. Et interdit d’aborder à la fois le diagnostic et les éléments de thérapeutique. Mais ouvrir sans précautions le débat sur les modalités pratiques est susceptible de modifier profondément la nature même de notre manière de vivre, ou d’essayer de vivre, ensemble. De plus, cela pourrait faire oublier que derrière les mis en cause il existe des victimes, habitant les mêmes espaces, originaires de mêmes pays, et souvent de situation sociale comparable.

Un outil statistique permettant d’évaluer ce phénomène existe aux Etats-Unis. Est-ce souhaitable en France?

L’outil statistique américain est celui du recensement. Il fixe non seulement des origines, mais des «couleurs». Il n’a rien démontré de particulier, car un élément de perturbation statistique existe: la plus grande propension des services de police à s’occuper de la criminalité des migrants, suivant une dérive culturelle qui influe y compris sur les policiers issus des mêmes migrations. On gagnerait sans doute beaucoup de temps à dépasser cette logique ethnique pour utiliser les outils de la démographie. Par nature, les populations migrantes sont plus jeunes et plus souvent masculines. Or les jeunes mâles (quelle que soit leur origine) sont par définition plus actifs que les vieilles dames…

«Pour un observatoire indépendant»

Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, sous Lionel Jospin, estime qu’un tel outil serait le seul moyen de lever le tabou sur l’origine des délinquants

Pensez-vous qu’il soit nécessaire de réformer les statistiques de la police afin d’y faire apparaître l’origine des délinquants?

Je crois que cette question pourrait être confiée à un observatoire indépendant qui recueillerait les données avec toute la confidentialité nécessaire. Il faudrait, bien sûr, l’accord et le contrôle de la Cnil. Cela serait, je pense, le seul moyen de lever un tabou sans pour autant faire de ces chiffres un objet de polémique.

Vous regrettez l’utilisation «politicienne» des chiffres de la délinquance…

Oui. En France, on a pris la mauvaise habitude de se «bagarrer» sur ces chiffres qui reflètent plus le résultat du travail de la police que la réalité de la délinquance. On constate ainsi que, si les policiers «lèvent le pied», les statistiques s’améliorent, ce qui est l’inverse de l’objectif recherché. Et puis les chiffres eux-mêmes peuvent être contradictoires. Par exemple, nous avions, dans le Ier arrondissement de Paris, une montée des faits délictueux de 19% en juillet 2001, alors que le reste de la capitale était à la baisse. C’était, en fait, le résultat de la possibilité de déposer une plainte dans n’importe quel commissariat. Et, du coup, celui du Ier arrondissement récupérait tous les passagers du métro et du RER provenant de la station Châtelet-les Halles. Il faut donc se garder des interprétations hâtives. Plus largement, je crois que les républicains ne doivent pas instrumentaliser ces problèmes pour en espérer un gain politique. Il faut, au contraire, les traiter dans la continuité avec le maximum d’objectivité.

Voir aussi:

Le "Washington Post" souligne la surreprésentation des musulmans dans les prisons françaises

Le Monde

29 avril 2008

Le quotidien américain estime que "60 % à 70 %" des détenus français sont musulmans, une proportion particulièrement élevée par rapport aux pays voisins et représentative de l’échec de l’intégration des minorités en France.

Le quotidien américain Washington Post constate, dans un reportage paru dans son édition du mardi 29 avril [1], la sur-représentation des prisonniers musulmans dans le système carcéral français, en particulier par rapport à ses voisins européens. Prenant comme exemple la maison d’arrêt de Sédequin, à Lille, et se basant sur des chiffres compilés par des responsables de la communauté musulmane, des sociologues et des chercheurs, l’article estime que "60 % à 70 %" des détenus en France sont musulmans alors qu’ils représentent "à peine 12 % de la population totale du pays". "Sur un continent où la présence des immigrés et de leurs enfants dans les systèmes carcéraux est généralement disproportionnée, les données françaises sont les plus flagrantes", note l’article.

En Grande-Bretagne, 11 % des prisonniers seraient musulmans, pour 3 % de la population. Une étude de l’ONG Open Society du milliardaire américain George Soros souligne de son côté qu’aux Pays-Bas, 20 % des détenus sont musulmans alors qu’ils représentent 5,5 % de la population, et, en Belgique, au moins 16 % de la population carcérale pour 2 % de la population totale.

Les chiffres avancés ne sont pas officiels, explique le Washington Post, car l’Etat français ne demande pas à ses citoyens de communiquer leur origine ou leur religion. En revanche, le quotidien affirme qu’il s’agit d’"estimations généralement acceptées" par les démographes et les sociologues.

"PAS DE CORRÉLATION ENTRE ISLAM ET CRIMINALITÉ"

"Beaucoup d’immigrés arrivent en France dans une situation financière difficile, ce qui rend la délinquance plus fréquente. Le plus important est de souligner qu’il n’y a pas de corrélation entre islam et criminalité", précise Jeanne Sautière, qui s’occupe de l’intégration et des groupes religieux dans le système carcéral français, citée par le Washington Post.

Moussa Khedimellah, un sociologue spécialisé dans les questions d’intégration urbaine, voit dans ce pourcentage une conséquence directe "de l’échec de l’intégration des minorités en France". Pour expliquer l’écart qui existe avec d’autre pays européens, le journal souligne la responsabilité des politiques publiques françaises, qui ont "isolé les musulmans dans des banlieues où le chômage est important, les écoles moins bonnes et les logements de qualité médiocre". "Ces dernières années, le gouvernement français ne s’est intéressé à la population carcérale musulmane que d’un point de vue politique", ajoute l’article, en particulier pour empêcher la propagation de l’islamisme dans les prisons.

Si les prisonniers et travailleurs sociaux interrogés font état d’avancées, des différences de traitement entre prisonniers de religion différente persistent et contribuent à tendre l’atmosphère dans les prisons françaises. "Dans le système pénitentiaire français, il y a seulement 100 imams de disponibles pour les 200 prisons du pays, alors qu’on compte 480 curés, 250 pasteurs et 50 rabbins", assure le quotidien. Symbolique, le cas des repas est mis en avant par le quotidien : si les responsables des prisons acceptent que les détenus refusent le porc, ils n’autorisent pas d’intégrer des produits halal (viande préparée selon le rite musulman) dans les menus des cantines.

Quatre détenus placés au mitard pour une prière collective

Nathalie Guibert

Le Monde

5 juin 2004

Pour avoir conduit une prière collective dans la cour de promenade, quatre détenus musulmans de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) ont été placés, jeudi 27 mai, au quartier disciplinaire pour huit jours.

Vendredi 7 mai, en début d’après-midi, une prière s’organise sous un préau, pendant la promenade. Le groupe est aperçu du mirador et aussitôt interrompu. Des poursuites disciplinaires sont engagées contre quatre des participants, considérés comme des "meneurs", certains étant prévenus de faits de terrorisme. Mais pour l’avocat de M., l’un des détenus en cause, cette sanction est "disproportionnée" et "contraire à la liberté religieuse". Me Eric Plouvier met en avant le "caractère pacifique de l’exercice en cause" et invoque l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui pose "la liberté de manifester sa religion individuellement ou collectivement, en public ou en privé". M. a reconnu les faits devant la commission de discipline de la prison, indiquant que, incarcéré depuis deux mois, il ignorait que de telles pratiques étaient interdites. "En plus, c’était discret", a-t-il fait valoir.

Pour motiver la sanction, la commission de discipline a rappelé que les pratiques religieuses sont réglementées en prison et que "le fait de provoquer un attroupement dans la cour de promenade afin d’effectuer une prière collective, et cela à plusieurs reprises" était "de nature à perturber le bon fonctionnement de l’établissement". Les décrets prévoient que "chaque détenu doit pouvoir satisfaire aux exigences de sa vie religieuse, morale ou spirituelle". Dans ce cadre, "il peut participer aux offices ou réunions organisés par les personnes agréées à cet effet", les aumôniers. En principe, tous les arrivants sont informés de ces règles, dont la possibilité de conserver en cellule "les objets de pratique religieuse et les livres nécessaires à leur vie spirituelle", un droit pas toujours respecté. Mais le code de procédure pénale prévoit aussi que "le fait de participer à des actions collectives de nature à perturber l’ordre de l’établissement constitue une faute disciplinaire". [2]

Cet incident est le fait de "détenus qui essaient de recruter en milieu carcéral", affirme le syndicat UFAP. Il serait aussi le signe que "le prosélytisme commence à toucher Fleury-Mérogis". La loi sur le voile aurait aussi tendu le climat. L’administration a pour habitude de changer de bâtiment les détenus étiquetés comme prosélytes, ce qui a été fait plusieurs fois pour l’un des hommes sanctionnés. Auteur de L’Islam dans les prisons (Balland, 2004), le sociologue Farhad Khosrokhavar estime que seule "une infime minorité" des détenus récitent des prières quotidiennes (Le Monde du 30 avril 2004). Mais, précise-t-il, "il est fréquent de voir des prières collectives sauvages dans les établissements". Les musulmans représentent désormais plus de la moitié des effectifs à Fleury-Mérogis comme dans de nombreuses prisons. Or si les catholiques ont la messe, ces derniers ne disposent d’aucun moment de recueillement collectif. "Cette absence est vécue comme un déni de droit, même par les non-pratiquants, ajoute M. Khosrokhavar. Elle favorise les fondamentalistes, qui prennent la direction de la prière. La solution ne passe pas par des mesures disciplinaires, mais par une reconnaissance officielle." [3] Celle-ci bute cependant sur le manque d’imams disponibles. A Fleury-Mérogis, l’administration se persuade que le travail mené sur ce sujet avec le recteur de la mosquée d’Evry est "bien engagé".

La liberté de culte en prison

[Extrait du rapport 2005 de l’OIP [4] ]

Présentée dans son dernier rapport d’activité par le ministère de la Justice comme un des éléments d’« humanisation des conditions de détention » [5], la liberté de culte en prison s’avère très inégalement respectée. Pour satisfaire aux exigences du Code de procédure pénale qui prévoit que « chaque détenu doit satisfaire aux exigences de sa vie religieuse, morale ou spirituelle » [6], un millier d’aumôniers interviennent en détention. Nommés par les directeurs régionaux des services pénitentiaires, 324 aumôniers sont indemnisés par l’administration (dont 44 à temps plein), 426 sont bénévoles et 168 sont des auxiliaires bénévoles d’aumônerie. Mais les confessions sont représentées de manière très inégale. Au 1er janvier 2004, il y avait 482 aumôniers catholiques, 286 protestants, 77 musulmans, 66 israélites, 5 orthodoxes et 2 bouddhistes. En décembre 2003, prenant en compte le fait que la religion musulmane est la plus représentée en prison, la Commission sur la laïcité animée par Bernard Stasi a exprimé « le souhait que soient recrutés des aumôniers musulmans » [7]. Une aspiration que l’on retrouve dans de nombreux rapports d’activité ou comptes-rendus de commissions de surveillance des établissements. En 2004, lors de la réunion de la commission de surveillance, le directeur du centre de détention de Tarascon (Bouches-du-Rhône) a regretté qu’il n’y ait pas de référent pour le culte musulman. De même, les rapports d’activité 2003 des maisons d’arrêt de Nice (Alpes-Maritimes), Belfort (Territoire de Belfort) et Cherbourg (Manche) indiquaient qu’aucun aumônier musulman n’intervenait dans ces établissements. A Fleury-Mérogis (Essonne), seuls trois aumôniers musulmans interviennent alors que la direction en demande un pour chacun des sept bâtiments. Le 2 mai 2005, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a nommé un aumônier général des prisons. A cette occasion, le recteur de la mosquée de Paris a considéré que « la carence en aumôniers est devenue tellement criante qu’il est urgent de la coordonner. Mon vœu est de multiplier les aumôniers pénitentiaires pour faire reculer tous les risques d’extrémisme et de radicalisme dans les prisons ». Mais la personne choisie n’ayant pas fait l’unanimité, sa nomination a été gelée. [8]

La pratique religieuse quotidienne est souvent rendue difficile par l’organisation de la détention. Les détenus de confession juive et musulmane ont rarement des repas en conformité avec leur culte et des cantines spécifiques ne leur sont pas toujours proposées. Le rapport d’activité 2003 de la maison d’arrêt de Niort (Deux-Sèvres) rapporte qu’un incident collectif a eu lieu à l’occasion du ramadan, du fait de l’absence de cantine spécifique. Comme l’explique le sociologue Farhad Khosrokhavar, « les détenus ne peuvent généralement pas cantiner de la viande halal. Les colis sont interdits à la fin du ramadan mais pas pour noël. Le droit à un tapis de prières n’est pas reconnu. Les prières dans les cellules donnent souvent lieu à des frictions avec les surveillants qui estiment avoir droit d’y entrer à tout moment » [9]. Un constat qui rejoint celui dressé, en 2000, par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, qui évoquait le fait que « les musulmans ont davantage de difficultés pour pratiquer leur religion » [10]. De fait, l’administration pénitentiaire tend à procéder à une gestion disciplinaire des pratiques religieuses des détenus de confession musulmane. Un rapport de la direction générale des renseignements généraux a abondé dans ce sens en évoquant un développement du « prosélytisme islamiste en prison », alimenté par « la promiscuité entre des jeunes détenus de droit commun et des islamistes convaincus ». L’enseignement dispensé à l’Ecole nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) intègre les questions religieuses dans cette optique sécuritaire. Un document de novembre 2004 de la direction des enseignements portant sur le « prosélytisme » est, à cet égard, édifiant. Après une définition sommaire du terme illustrée par des références aux Témoins de Jéhovah, aux missions chrétiennes et à l’Eglise catholique au XIXème siècle, la troisième page du document laisse place à une succession de notes émanant de l’Etat-major de sécurité, l’un des services de l’administration centrale, rappelant l’interdiction du port du voile par les détenues hors de leur cellule et l’obligation de l’enlever sur demande, la nécessité de contrôler l’identité des intervenants extérieurs et appelant les personnels des directions régionales à une meilleure connaissance des phénomènes de prosélytisme islamique. Vient enfin la copie d’articles de presse sur la religion et l’islam. Le sociologue Farhad Khosrokhavar estime pourtant qu’« il y a comme dans la société, un phénomène d’intégrisme en prison mais [qu’] il ne faut pas en surévaluer la portée ». Il dénonce la gestion répressive de l’islam en prison par les autorités. « La population carcérale a connu une profonde mutation depuis une vingtaine d’année. L’institution ne s’est pas adaptée à cette nouvelle donne. Or, il serait temps qu’elle prenne la mesure des transformations intervenues pour y trouver des parades constructives, et non pas uniquement défensives ».

Notes

[1] Référence : http://www.washingtonpost.com/wp-dy….

[2] L’un des défenseurs, Me Eric Plouvier, a déposé un recours hiérarchique devant la direction régionale des services pénitentiaires de Paris, mais l’autorité régionale a confirmé, le 22 juin 2004, la décision prise par la commission de discipline. Saisi par l’un des détenus sanctionnés, le tribunal administratif de Versailles a malgré tout considéré la mesure « disproportionnée au regard des faits isolés auxquels il s’est borné à participer, sans avoir conscience de commettre une infraction » et a finalement annulé la sanction le 25 mars 2005. Une sanction depuis longtemps exécutée. [D’après l’OIP - voir la note 4.]

[3] Lire un entretien avec Farhad Khosrokhavar : http://www.prison.eu.org/article.ph….

[4] Rapport 2005 : les conditions de détention en France – Chapitre Formation générale et activités socioculturelles, OIP/La découverte, 2005, 288p.

[5] Rapport d’activité 2004 du ministère de la Justice.

[6] Code de procédure pénale, article D.432.

[7] Rapport de la commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République, présidée par Bernard Stasi, médiateur de la République, 11 décembre 2003.

[8] Moulay El Hassan El Alaoui Talibi est actuellement aumônier national musulman. [Note de LDH Toulon]

[9] Farhad Khosrokhavar, « La prison, totalement inadaptée à l’islam, selon un sociologue », AFP, 16 mars 2004.

[10] Assemblée nationale, La France face à ses prisons, juin 2000.

Voir enfin:

In France, Prisons Filled With Muslims
Washington Post
April 29, 2008

SEQUEDIN, France — Samia El Alaoui Talibi walks her beat in a cream-colored head scarf and an ink-black robe with sunset-orange piping, an outfit she picked up at a yard sale.

After passing a bulletproof window, El Alaoui Talibi trudges through half a dozen heavy, locked doors to reach the Muslim faithful to whom she ministers in the women’s cellblock of the Lille-Sequedin Detention Center in far northern France.

It took her years to earn this access, said El Alaoui Talibi, one of only four Muslim holy women allowed to work in French prisons. "Everyone has the same prejudices and negative image of Muslims and Islam," said Moroccan-born El Alaoui Talibi, 47, the mother of seven children. "When some guards see you, they see an Arab; they see you the same as if you were a prisoner."

This prison is majority Muslim — as is virtually every house of incarceration in France. About 60 to 70 percent of all inmates in the country’s prison system are Muslim, according to Muslim leaders, sociologists and researchers, though Muslims make up only about 12 percent of the country’s population.

On a continent where immigrants and the children of immigrants are disproportionately represented in almost every prison system, the French figures are the most marked, according to researchers, criminologists and Muslim leaders.

"The high percentage of Muslims in prisons is a direct consequence of the failure of the integration of minorities in France," said Moussa Khedimellah, a sociologist who has spent several years conducting research on Muslims in the French penal system.

In Britain, 11 percent of prisoners are Muslim in contrast to about 3 percent of all inhabitants, according to the Justice Ministry. Research by the Open Society Institute, an advocacy organization, shows that in the Netherlands 20 percent of adult prisoners and 26 percent of all juvenile offenders are Muslim; the country is about 5.5 percent Muslim. In Belgium, Muslims from Morocco and Turkey make up at least 16 percent of the prison population, compared with 2 percent of the general populace, the research found.

Sociologists and Muslim leaders say the French prison system reflects the deep social and ethnic divides roiling France and its European neighbors as immigrants and a new generation of their children alter the demographic and cultural landscape of the continent.

French prison officials blame the high numbers on the poverty of people who have moved here from North African and other Islamic countries in recent decades. "Many immigrants arrive in France in difficult financial situations, which make delinquency more frequent," said Jeanne Sautière, director of integration and religious groups for the French prison system. "The most important thing is to say there is no correlation between Islam and delinquency."

But Muslim leaders, sociologists and human rights activists argue that more than in most other European countries, government social policies in France have served to isolate Muslims in impoverished suburbs that have high unemployment, inferior schools and substandard housing. This has helped create a generation of French-born children with little hope of social advancement and even less respect for French authority.

"The question of discrimination and justice is one of the key political questions of our society, and still, it is not given much importance," said Sebastian Roche, who has studied judicial discrimination as research director for the French National Center for Scientific Research. "We can’t blame a state if its companies discriminate; however, we can blame the state if its justice system and its police discriminate."

As a matter of policy, the French government does not collect data on race, religion or ethnicity on its citizens in any capacity, making it difficult to obtain precise figures on the makeup of prison populations. But demographers, sociologists and Muslim leaders have compiled generally accepted estimates showing Muslim inmate populations nationwide averaging between 60 and 70 percent.

The figures fluctuate from region to region: They are higher in areas with large concentrations of Muslims, including suburban Paris, Marseille in the south and Lille in the north.

Inside the prisons, El Alaoui Talibi and her husband, Hassan — a rare husband-wife Islamic clerical team — are struggling to win for Muslim prisoners the same religious rights accorded to their minority-Christian counterparts. Hassan is an imam. Samia has received religious training and can counsel the faithful, but under Islamic practices she cannot become an imam. The prison system has only 100 Muslim clerics for the country’s 200 prisons, compared with about 480 Catholic, 250 Protestant and 50 Jewish chaplains, even though Muslim inmates vastly outnumber prisoners of all other religions. "It is true that we haven’t attained full equality among religions in prisons yet," said Sautière, the national prison official. "It is a matter of time."

In recent years, the French government’s primary concern with its Muslim inmate population has been political. French national security officials warned prison authorities in 2005 that they should work to prevent radical Muslims from inciting fellow prisoners. A year later, the French Senate approved a bill giving the country’s national intelligence agency broad authority to monitor Muslim inmates as part of counterterrorism efforts.

Prison authorities began allowing carefully vetted moderate imams into prisons in hopes of "balancing the radical elements," said Aurélie Leclerq, 33, director of the Lille-Sequedin Detention Center.

Hassan El Alaoui Talibi, 52, who moved to France from Morocco as a student, is the national head of France’s prison imams and typical of the kind of moderate Muslim figure the French government seeks for its prison system.

El Alaoui Talibi delivers his Friday sermons with carefully chosen words, he says. He avoids politics and other subjects that might seem remotely inflammatory. He sticks to counseling convicted drug dealers, murderers and illegal immigrants in matters of faith and respect.

But not all the Muslims at Lille-Sequedin share those moderate views. Last year a disgruntled inmate blared a taped religious sermon into the prison courtyard. Prison officials deemed its message inflammatory and sent the prisoner to solitary confinement.

El Alaoui Talibi described years of struggle to win even modest concessions from prison directors. He recalled the first prison visit he made, a decade ago: He was forced to wait an hour and a half to meet with inmates. "If I hadn’t been patient, I would have left," said the soft-spoken former high school teacher who became a prison imam after seeing so many of his students get in trouble with the law for petty offenses and end up hard-core criminals after prison stints.

Today, working in France’s newest prison — the sprawling, three-year-old Lille-Sequedin center — the El Alaoui Talibis say they are more accepted than some Muslim colleagues at other prisons. Prison officials rejected requests by The Washington Post to visit some of the system’s older, more troubled prisons.

On a recent Friday, Hassan El Alaoui Talibi, a man with soulful eyes and a beard with the first hints of gray, made his way with a reporter through the men’s wings, collecting prisoners’ notes from mailboxes shared with Catholic and Protestant chaplains. At one point, several new inmates returning from sports practice surrounded him, requesting personal visits. He scribbled their names and cell numbers on a scrap of paper.

Many of the Muslim inmates in this prison just west of Lille are the children and grandchildren of immigrants who were brought to the northern region decades ago to work in its coal mines.

El Alaoui Talibi moved on to a small room overlooking a tiny garden courtyard and tugged at prayer mats stacked in a closet beside a rough-hewn wooden cross. Every other Friday, he transforms the room into a mosque for some of the male Muslim faithful of the prison. One of his most frequent sermon topics is food.

"He tells us not to throw away prison food just because it isn’t halal," or compliant with Islamic dietary law, said a 33-year-old former civil servant, a man of Algerian descent who attends the twice-monthly prayer meetings. French prison rules prohibit journalists from identifying inmates by name or disclosing their crimes.

The refusal of prison officials to provide halal food, particularly meat products, is one of the biggest complaints of Muslim inmates across France and has occasionally led to cellblock protests.

For many years, prisons have allowed Muslim prisoners to forgo pork products — and statistics tracking prisoners who refuse pork is an accurate barometer of the Muslim population in a prison, according to researchers. But cutting out pork is a long way from the full halal regimen. Only recently, did the prisons stop using pork grease to cook vegetables and other dishes.

"If you want to comply with your religion, you don’t have a choice — you have to become vegetarian," said the convicted civil servant, a compact man who works in the prison library. "We have access to a prison store with two halal products: halal sausage and a can of ravioli."

Prison officials say it is too expensive to provide halal meals. "We’d like to buy fresh meat, but we can’t," said Leclerq, whose prison office is decorated with plush bears.

Muslim inmates said they sense other religious snubs. Christians are allowed packages containing gifts and special treats from their families at Christmas, but Muslims do not receive the same privilege for the Ramadan holy days. "We’re careful not to call them Christmas packages because Muslims would ask for Ramadan packages," Leclerq said. "We call them end-of-the-year packages. We can’t use a religious term or some people get tense."

Hassan El Alaoui Talibi said the French prison system has made progress since he began his ministry a decade ago. Last year the government set guidelines for all prisons to follow on religious practices, rather than allowing directors to arbitrarily set their own rules.

Prison imams met with Justice Minister Rachida Dati last month with a list of continuing requests, including more imams and training for prison guards to help them better understand religious differences.

A 31-year-old woman of Algerian descent with a youthful face and black, wavy hair tied carelessly in a ponytail welcomed Samia El Alaoui Talibi on a recent morning with double kisses on the cheeks.

"Arriving here was a nightmare," said the woman, one of about 150 female inmates. "I was crying, I couldn’t believe I was here.

"Then I saw this woman wearing a head scarf," she said, smiling toward Samia. "I could tell she was here to help me. I call her my angel."

Researcher Corinne Gavard contributed to this report.

Poking Around the Prisons
April 28, 2008

Today we’re inaugurating a new feature called Field Notes to give you a sense of the story behind the story. These journals — a glimpse at the way our correspondents work — will occasionally accompany dispatches from abroad on the web and in print.

PARIS, April 28–Four months ago, I was poking around the filthy, cobweb-encrusted kitchen of an abandoned prison in the southern France tourist town of Avignon.

The government had hopes of a fancy hotel chain buying a former prison — built in 1865 — and turning it into a luxury resort. I was there to do a feature on the attempted conversion.

I spotted an old chalk board on the kitchen wall with a list of the numbers of meals served up on the last day the prison was open in 2003. There were cryptic letters next to some of the columns. The letters turned out to represent the number of meals served to Muslim inmates.

Of 326 prisoners, 171 — or 52 percent — were Muslim.

It seemed like an unusually high figure for a country where an estimated 12 percent of the general population is Muslim.

I started doing more poking.

But in a nation that doesn’t allow its government agencies to collect data on race, religion or ethnicity, prison officials declined to discuss any such numbers.

Our Paris bureau researcher, Corinne Gavard, and I began looking for other sources.

We found a gold mine in an earnest young man named Moussa Khedimellah, who’d spent four years inside French prisons interviewing inmates as a researcher for book about Muslims in French and British prisons. In a field where few people have done serious research because of the difficulty of getting access to the prisons and the lack of official data, Khedimellah and his colleagues had gathered some of the most comprehensive and insightful data available.

We then began contacting imams who worked inside the prisons.

But I wanted to go inside the prisons myself.

Our request to visit the largest prison with one of the most troubled Muslim populations just outside of Paris was rejected by the authorities, who said they didn’t have a proper room to welcome us.

Our request at a second prison was turned down because the director was new and hadn’t dealt with journalists yet.

After dozens of phone calls and letters, and with the help of an unusual couple — Hassan and Samia and El Alaoui Talibi , a husband-wife team ministering to Muslims in prisons in the Lille area — we were given permission to visit Lille-Sequedin Detention Center near the northern city of Lille.

The prison is France’s newest and is a virtual penal showcase. It was large, airy and clean. Most prisoners had private cells with their own shower and bathroom. The director was a 33-year-old woman who is featured in the prison system’s latest recruiting film for new administrators.

I kept thinking back to my tour of the 143-year-old prison in Avignon where this story idea was hatched in front of a kitchen blackboard.

The taxi driver who took us to the prison told us he used to be a dental assistant at the old Avignon prison before it closed five years ago.

"They had rats in there as long as your arm," he said, taking his arm off the steering wheel to demonstrate the rodent size.

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6 réponses à Délinquance: Tous les garçons s’appellent Mamadou mais surtout ne le dites pas!

  1. olaiv dit :

    Bienvenue dans le monde réel :) J’avais évoqué ce sujet ici (http://tchernorevival.wordpress.com/2008/04/29/jailhouse-rock-the-casbah/).

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  2. anthony dit :

    je suis entierement d’accord avec l’article. C’est la boite de pandore…

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  3. [...] notre immigration-chance pour la France, nos chères têtes blondes qui s’appellent toutes Mamadou, nos familles recomposées, le précieux mode vie de nos « gens du voyage », [...]

    J’aime ceci

  4. [...] On gagnerait sans doute beaucoup de temps à dépasser cette logique ethnique pour utiliser les outils de la démographie. Par nature, les populations migrantes sont plus jeunes et plus souvent masculines. Or les jeunes mâles (quelle que soit leur origine) sont par définition plus actifs que les vieilles dames … Alain Bauer [...]

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  5. [...] On gagnerait sans doute beaucoup de temps à dépasser cette logique ethnique pour utiliser les outils de la démographie. Par nature, les populations migrantes sont plus jeunes et plus souvent masculines. Or les jeunes mâles (quelle que soit leur origine) sont par définition plus actifs que les vieilles dames … Alain Bauer [...]

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  6. […] On nous demandait de ne citer aucun prénom. C’était considéré comme trop stigmatisant. Communicant sous Jospin […]

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