Irak: Le Monde avoue discrètement qu’il publie des chiffres bidonnés (How to lie with numbers: a short guide by Le Monde)

Survey saysUne étude effectuée sur place par l’institut britannique Opinion Research Business avançait, en juillet 2007, le chiffre total de 1,2 million de morts. L’armée américaine ne fournit pas de bilan des victimes irakiennes. Selon Human Rights Watch, les vingt années de règne de Saddam Hussein auraient coûté la vie de 250 000 à 290 000 civils irakiens, victimes des guerres non comprises. Le Monde du 23.03.08 (« Victimes irakiennes: de 220 000 à 1,2 million« )
En Irak, le CRED a évalué le bilan, jusqu’en juin 2006, entre 120 000 et 130 000 morts (…) Le Monde du 11.04.08 (« Les bilans des morts de guerres, enjeux politiques »)

Après la Cisjordanie, Gaza, le Liban

Le Monde avoue discrètement qu’il publie des informations bidonnées

Cinq ans après le début de la guerre en Irak, une vaste étude du CRED, publiée dans la plus grande discrétion, confirme la surévaluation systématique des bilans humains de l’intervention anglo-américaine, que le Monde avait mis en avant pour condamner l’invasion de l’Irak.

On apprend ainsi, d’un journal qui nous avait déjà fait le coup avec les fausses « colonnes infernales » et les suicides des soldats américains et qui en un mois passe tranquillement de 1,2 million à 120 000 victimes (voir plus haut, avec la comparaison particulièrement éclairante… des 250 000 victimes de Saddam en 20 ans!) et au milieu de toutes sortes d’autres chiffres (Congo, Kosovo, Darfour) pour bien noyer le poisson …

Qu’en fait ces chiffres sont des extrapolations recueillies à la manière des sondages sur la base d’enquêtes amalgamant les victimes non seulement des guerres mais de leurs conséquences (sous-alimentation, maladies, manque d’accès aux soins) qui, du fait des a priori des « sondés » (« discréditer l’occupant, recevoir plus d’aide ») comme des techniques utilisées ou de l’engagement politique de ses auteurs, peuvent facilement varier… de un à dix!

Les bilans des morts de guerres, enjeux politiques
Le Monde
11.04.08
NEW YORK (NATIONS UNIES) CORRESPONDANT

Les bilans, communément cités, dépassent l’entendement et bousculent les consciences : 5,4 millions de morts en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) depuis 1997, selon l’International Rescue Committee (IRC) ; plus de 650 000 morts en Irak entre 2003 et 2006, selon une enquête publiée par le magazine médical The Lancet ; 400 000 morts au Darfour depuis 2003, selon l’organisation Save Darfur.

Ces chiffres ont contribué à tirer de l’indifférence des populations martyrisées. Mais sont-ils justes ? Fruits de techniques récentes, qui cumulent les approximations, ils sont en tout cas rarement expliqués ou présentés avec les précautions dues.

A la manière de sondages, ces bilans sont des extrapolations, produites sur la base d’enquêtes auprès de quelques centaines ou de milliers de foyers, plus ou moins représentatifs, qu’on interroge sur le nombre de personnes décédées dans leur famille. Selon les techniques retenues ou les inclinaisons des auteurs, les résultats varient considérablement. Au Darfour, les bilans les plus pessimistes (plus de 450 000 morts, selon le militant Eric Reeves) sont quatre fois supérieurs aux bilans les plus prudents. En Irak, les chiffres les plus alarmistes (plus d’un million de morts, selon Opinion Research Business, un institut de sondage britannique) sont dix fois supérieurs aux estimations conservatrices.

La pratique est « devenue un monstre : tout le monde fait des échantillons », estime Debarati Guha-Sapir, directrice, à l’université de Louvain, du Center for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED), une référence. « C’est très vite politisé », ajoute la chercheuse, qui prédit que « le château de cartes va s’écrouler ». Et de citer la guerre en Bosnie, où le bilan des victimes, longtemps évalué à 200 000, a depuis été établi à près de 100 000 morts. « Les lobbies de bonne volonté, comme Save Darfur, font du tort à la vérité et à leur cause », estime Mme Guha-Sapir, qui craint un « effet boomerang » pour les scientifiques qui s’efforcent de compter objectivement les morts.

Alors que, jusqu’à la guerre du Kosovo ou aux troubles au Timor-Oriental, les bilans ne reflétaient que les victimes des violences, les chiffres les plus cités additionnent aujourd’hui les victimes des conséquences des guerres : sous-alimentation, maladies, manque d’accès aux soins…

En RDC, selon l’IRC, moins de 0,4 % des morts sont attribuées aux violences. Au Darfour, environ les trois quarts des victimes sont mortes de malaria, de diarrhées et autres causes indirectes. Ce calcul est, plus encore, subjectif. Il consiste à évaluer la « surmortalité » dans une zone, c’est-à-dire la différence entre la mortalité qu’on aurait pu anticiper en temps de paix et la mortalité observée dans le conflit. Si, faute de chiffres solides, la mortalité avant le conflit est sous-évaluée, le bilan de la guerre est mécaniquement surévalué.

A condition d’être clairement expliquée, la présentation du bilan global d’un conflit reste pertinente, dans la mesure où elle reflète mieux le véritable coût humain. Mais c’est rarement le cas.

Du coup, cette présentation peut être « fondamentalement trompeuse », estime Andrew Mack, directeur de l’institut Human Security Center, qui juge la réalité « suffisamment terrible » pour éviter les dramatisations.

En août 2007, Save Darfur a été épinglé par la British Advertising Standards Authority, gardienne de la véracité des publicités, pour une campagne qui affirmait, sans preuves : « En 2003, le président soudanais Omar Al-Bachir (…) a lancé des milices armées brutales pour massacrer des villages entiers de ses propres citoyens. Trois ans plus tard, 400 000 hommes, femmes et enfants innocents avaient été tués. »

En novembre 2006, le Government Accountability Office (GAO, qui enquête pour le Congrès américain) a soumis les principales études sur la mortalité au Darfour au contrôle de douze experts en épidémiologie, statistiques et histoire de la région.

Aucune des études n’a pleinement convaincu le panel, qui a toutefois jugé que la plus solide était celle du CRED, lequel a évalué à 125 000 (intervalle 95 000 à 210 000) le nombre de victimes de février 2003 à juin 2005, dont près de 33 000 à cause des violences (intervalle 25 000 à 50 000). L’estimation retenue dans la presse de référence s’appuie, elle, sur des déclarations de l’ancien coordonnateur humanitaire de l’ONU, Jan Egeland, qui, en mars 2005, a extrapolé des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour évaluer à 200 000 les victimes directes et indirectes du conflit. Ce chiffre était alors, selon le CRED, vraisemblablement excessif, mais il n’a jamais été mis à jour pour refléter la poursuite du conflit, et, selon Debarati Guha-Sapir, il semble désormais « raisonnable ».

En Irak, le CRED a évalué le bilan, jusqu’en juin 2006, entre 120 000 et 130 000 morts et estime que l’étude très controversée publiée par The Lancet souffre de deux handicaps : l’engagement contre la guerre de certains de ses auteurs et l’absence de contrôle de la qualité des données recueillies sur place par des équipes irakiennes.

Selon Olivier Degomme, chercheur au CRED, les méthodes utilisées par les épidémiologistes, les démographes ou les biostatisticiens pour compter les morts « n’ont jamais été validées à 100 % ». Utilisées par l’OMS il y a quinze ans pour des campagnes de vaccination, ces techniques ont été étendues aux enquêtes nutritionnelles puis de mortalité, et, bien qu’elles donnent une idée de la « magnitude » des conflits, « on commence à en voir les limites », admet le médecin. Comment savoir qu’un échantillon est représentatif ? Ou qu’un « sondé » n’exagère pas le nombre de morts dans sa famille, pour discréditer l’occupant ou recevoir plus d’aide ?

Parmi les défenseurs des droits de l’homme, l’avalanche de chiffres suscite des interrogations. Selon Iain Levine, directeur de programme de Human Rights Watch, l’organisation « a passé du temps à tenter de maîtriser ces approches quantitatives » et « essaye de donner des chiffres conservateurs quand la source est jugée digne de confiance ». Ne vaut-il pas mieux afficher les scénarios les plus pessimistes, pour alerter l’opinion ? « Notre crédibilité et notre aptitude à changer les choses est mieux servie à long terme en étant prudents », estime M. Levine.

Philippe Bolopion
Références

Organisation des Nations unies (ONU) : agences humanitaires et tribunaux internationaux (www.un.org).

Center for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED) : étude des « désastres » en santé publique et de leurs aspects socio-économiques (www.cred.be).

Physicians for Human Rights (PHR) : enquêtes de santé publique par des médecins et des scientifiques (physiciansforhumanrights.org).

Crimes of War Project : étude des crimes de guerre par des juristes et des journalistes (www.crimesofwar.org).

Online Encyclopedia of Mass Violence : étude des « violences de masse » par des historiens (www.massviolence.org).

Voir aussi:

Victimes irakiennes : de 220 000 à 1,2 million
Le Monde du 19.03.08

POUR la première fois, en janvier, une étude conduite par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le gouvernement irakien auprès de 9 345 foyers dans tout le pays, hors « zones les plus dangereuses » (11 % du total), fournit des chiffres : entre la chute de Saddam Hussein le 9 avril 2003 et juin 2006, 151 000 Irakiens auraient perdu la vie « de manière violente ». Extrapolée jusqu’à fin février, et compte tenu de la baisse des attaques et attentats depuis juillet 2007, le total des morts s’élèverait à près de 220 000. En incluant les décès « liés au conflit » (les maladies de la misère dans un pays où près d’un foyer sur deux n’a plus d’emploi, plus d’accès à l’eau potable ou à l’électricité), l’OMS évalue le nombre des victimes à environ 600 000 à fin février pour une population estimée à 25 millions de personnes. Une étude effectuée sur place par l’institut britannique Opinion Research Business avançait, en juillet 2007, le chiffre total de 1,2 million de morts. L’armée américaine ne fournit pas de bilan des victimes irakiennes. Selon Human Rights Watch, les vingt années de règne de Saddam Hussein auraient coûté la vie de 250 000 à 290 000 civils irakiens, victimes des guerres non comprises.

Voir également:

IRAK MM. Bush et Blair fragilisés par les critiques sur l’Irak
Bagdad censure les chiffres sur le bilan humain du conflit
Le Monde du 21.10.06

En plein débat sur le nombre de victimes du conflit en Irak, le gouvernement de Bagdad a donné pour consigne à ses autorités médicales de ne plus fournir le bilan des pertes humaines à l’ONU, dont les rapports avaient révélé l’ampleur du coût de la guerre pour les civils.

Dans un télégramme diplomatique dont Le Monde a obtenu une copie, le chef de la mission de l’ONU en Irak, Ashraf Qazi, alerte le siège des Nations unies de ce « développement qui risque d’affecter la capacité de la Mission d’assistance de l’ONU en Irak à rapporter le nombre de civils tués ou blessés ».

Depuis juillet 2005, l’ONU s’appuyait sur des données de l’institut médico-légal de Bagdad et du ministère de la santé pour, selon ce document, donner une estimation « certes imparfaite, mais qui était un indicateur du nombre croissant de victimes civiles ».

« TORTURES ET EXÉCUTIONS »

Tous les deux mois, ces chiffres étaient consignés dans des rapports, dont le dernier affirmait que 3 590 civils avaient péri de mort violente en juillet, et 3 009 en août, des chiffres jugés « sans précédent ».

Ces morts, dont beaucoup « portaient les signes de graves tortures et d’exécutions », étaient attribuées aux « attaques terroristes, à l’expansion des milices, (et) l’émergence d’un crime organisé » dues à « un manque de contrôle centralisé et autorisé de l’utilisation de la force dans le pays ».

D’après les informations contenues dans le télégramme, « le 21 septembre, un jour après la publication du rapport », le premier ministre irakien, Nouri Al-Maliki, a écrit au ministère de la santé une lettre lui donnant pour instruction de ne plus divulguer ces chiffres.

Les données de l’ONU, selon lesquelles près de 100 civils meurent chaque jour en Irak, étaient considérées parmi les plus fiables et avaient, selon le télégramme, « été confirmées par le premier ministre Al-Maliki, lors d’une visite officielle à Londres ». Mais après la publication du rapport le 20 septembre, le porte-parole du premier ministre a, selon M. Qazi, « exprimé des doutes sur les chiffres » publiés par l’ONU, affirmant que « le ministère de la santé les avait probablement gonflés ».

Depuis, le ministère de la santé irakien refuse de communiquer ses chiffres à l’ONU. Le télégramme note que ces restrictions interviennent alors que l’attention des médias a été attirée sur ce sujet, notamment par une enquête publiée le 11 octobre par l’hebdomadaire médical britannique, The Lancet, selon laquelle 655 000 décès sont directement liés à la guerre qui sévit en Irak depuis mars 2003. La fiabilité de ce bilan, contesté par les autorités américaines et irakiennes, fait l’objet d’une évaluation de l’ONU.

Philippe Bolopion

Voir enfin:

Irak : le coût humain de la guerre
Le Monde du 19.04.03

Des sources indépendantes situent le total des morts civiles irakiennes entre 1 600 et 1 900.

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3 réponses à Irak: Le Monde avoue discrètement qu’il publie des chiffres bidonnés (How to lie with numbers: a short guide by Le Monde)

  1. [...] pas le nombre de morts dans sa famille, pour discréditer l’occupant ou recevoir plus d’aide? Le Monde [...]

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  2. [...] Chiffres régulièrement bidonnés et appels systématiques au défaitisme quand ce n’est pas au meurtre de nos soldats … [...]

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  3. [...] tout récemment du demi-aveu des chiffres bidonnés de l’Irak (mais toujours rien sur les “colonnes infernales” de Rémy Ourdan, les suicides de [...]

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