Annapolis: Qu’est-ce que c’est que ce pays qui refuse de négocier sa propre disparition! (Why can’t Israel just negotiate itself out of existence?)

30 novembre, 2007
Palestinian map omitting israelSi les régimes arabes tenaient vraiment à régler ce conflit, ils pourraient se montrer un tantinet plus accomodants que le ministre des affaires étrangères saoudien Saud Al-Faisal qui n’est venu qu’à l’expresse condition de ne pas devoir serrer la main aux Israéliens. Et ils pourraient être plus réalistes que le négociateur palestinien Saeb Erekat, qui a exclu d’emblée de qualifier Israël d’Etat juif alors que c’est explicitement à ce titre que celui-ci a été créé par une résolution de l’ONU approuvée il y a 60 ans aujourd’hui. The WSJ (le 29 novembre 2007)

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore lue…

L’excellente présentation, par le professeur Bernard Lewis, du problème de la conférence d’Annapolis:

comment négocier avec un pays qui refuse de négocier… sa propre disparition?

La Question Juive
Bernard Lewis
WSJ
Le 27 novembre 2007
traduit par lagrette (Extreme-centre)

Voici quelques pensées sur la conférence de paix d’Annapolis et sur l’approche du conflit Israëlo-Palestinien. La première question (on pourrait croire que c’est évident mais apparemment pas) c’est, “ De quel conflit s’agit-il ?” Il y a fondamentalement deux possibilités : la taille d’Israël, ou son existence.

Si le problème est la taille d’Israël, nous avons un simple problème de frontière, comme l’Alsace-Lorraine ou le Texas en leurs temps. Ca ne veut pas dire que c’est facile à résoudre, mais que c’est possible à la longue et que c’est vivable en attendant.

Si, d’un autre coté, le problème est l’existence même d’Israël, il n’y a clairement aucune solution par la négociation. Il n’y a aucune position de compromis entre l’existence et la non-existence du pays et aucun gouvernement israélien, quel qu’il soit, ne va négocier sur le fait de savoir si ce pays devrait ou ne devrait pas exister.

L’OLP et d’autres porte-parole palestiniens ont donné, de temps en temps, des indications formelles de reconnaissance d’Israël dans leur discours diplomatiques en langue étrangère. Mais ce n’est pas le message qu’ils ont donné chez eux en arabe, sous toutes les formes, du livre d’école primaire, aux discours politiques ou aux sermons religieux. Là les termes utilisés en arabe décrivent non pas la fin des hostilités, mais un armistice ou une trêve, jusqu’à ce que la guerre contre Israël puisse reprendre avec de meilleures perspectives de succès. Sans une vraie acceptation du droit d’Israël à exister comme un État juif, de la même manière que les quelques 20 membres de la Ligue arabe existent comme des États arabes, ou le beaucoup plus grand nombre de membres de l’Organisation de la Conférence Islamique existent comme des états Islamiques, la paix ne peut pas être négociée.

La question des réfugiés est un bon exemple de comment ce problème affecte la négociation . Pendant la guerre de 1947-1948, environ 750 000 Arabes ont fui ou ont été chassés d’Israël (ces deux choses se sont passées a différents endroits) et trouvé refuge dans les pays arabes adjacents. Durant la même période et après, un nombre légèrement plus élevé de Juifs ont fui ou ont été chassés des pays arabes, d’abord de la partie de la Palestine contrôlée par les Arabes (où aucun Juif n’a été autorisé à rester), ensuite des pays arabes où ces memes juifs et leurs ancêtres avaient vécu depuis des siècles, ou même par endroits depuis des millénaires. La plupart des réfugiés juifs sont allés en Israël.

Ce qui est arrivé était ainsi, en fait, un échange de populations semblable à celui qui était survenu dans le sous-continent indien l’année précédente, quand l’Inde britannique avait été divisée entre l’Inde et le Pakistan. Des millions de réfugiés ont fui ou ont été chassés dans les deux sens — les Hindous et d’autres du Pakistan vers l’Inde, les Musulmans de l’Inde vers le Pakistan. Un autre exemple peut être trouvé en Europe de l’Est à la fin de Seconde Guerre mondiale, quand les Soviétiques ont annexé un grand morceau de la Pologne de l’est et ont compensé les Polonais avec un morceau de l’est de l’Allemagne . Cela a aussi causé un mouvement de réfugié important — les Polonais ont fui ou ont été chassés de l’Union soviétique vers la Pologne, les Allemands ont fui ou ont été chassés de la Pologne vers l’Allemagne

Les Polonais et les Allemands, les Hindous et les Musulmans, les réfugiés juifs des terres arabes, tous ont été réinstallés dans leurs nouvelles maisons et ont reçu les droits normaux de citoyenneté. Plus remarquablement, cela a été fait sans aide internationale. L’exception, c’était les Arabes palestiniens dans les pays arabes adjacents.

Le gouvernement de Jordanie a accordé aux Arabes palestiniens une forme de citoyenneté, mais les a gardés dans des camps de réfugiés. Dans les autres pays arabes, ils étaient et sont restés des étrangers apatrides sans droits ou opportunités, maintenus par le financement de l’ONU. Paradoxalement, si un Palestinien a fui vers la Grande-Bretagne ou l’Amérique, il a eu droit à la naturalisation après cinq ans et ses enfants nés sur place étaient des citoyens de naissance. S’il est allé en Syrie, au Liban ou en Iraq, lui et ses descendants sont restés apatrides, et on en est maintenant à la quatrième ou cinquième génération.

La raison de la chose a été exposée par différents porte-parole arabes . C’est le besoin de préserver les Palestiniens comme une entité séparée jusqu’au jour où ils rentreront et reconquerront toute la Palestine; c’est-à-dire toute la Cisjordanie, la Bande de Gaza et Israël. La demande pour “le retour” des réfugiés, autrement dit, signifie la destruction d’Israël. Il est très improbable que cela soit jamais approuvé par un gouvernement israélien.

Il y a des signes de changement dans certains cercles arabes, d’une volonté d’accepter Israël et même d’entrevoir la possibilité d’une contribution israélienne positive à la vie publique de la région. Mais de telles opinions sont seulement exprimées de facon tres furtive. Quelquefois, ceux qui osent les exprimer sont emprisonnés ou pire. Ces opinions n’ont eu jusqu’a maintenant aucun impact sur les dirigeants.

Ce qui nous ramene au sommet d’Annapolis. Si le problème n’est pas la taille d’Israël, mais son existence, les négociations sont perdues d’avance. A la lumière de ce qui est arrivé dans le passé, il est clair que ceci est et restera le problème, jusqu’à ce que les dirigeants arabes reussissent ou renoncent à leur but — c-a-d détruire l’Israël. Ni l’un ni l’autre ne sont probables à l’heure actuelle.

M. Lewis, professeur honoraire à Princeton, est l’auteur de “From Babel to Dragomans: Interpreting the Middle East” (Oxford University Press, 2004).

Original:

On the Jewish Question
Bernard Lewis
WSJ
November 26, 2007

Voir aussi:

The Perils of Engagement
Jeff Robbins
WSJ
November 21, 2007

In March 1999, a Democratic president of the United States was leading a military intervention in Kosovo. It was aimed at stopping the mass murder of a Muslim minority by Slobodan Milosevic, a bona-fide war criminal. Our European allies ardently desired the U.S. to shoulder the burden of this effort — but wished to publicly distance themselves from it, in order to avoid the potential political fallout in their own countries that ineluctably follows an association with the U.S.

The European leaders were not simply imagining political risk where none existed: Tens of thousands of demonstrators packed the streets of European capitals in the spring of 1999, denouncing the U.S. for using military force to stop Milosevic from killing and persecuting Muslim Kosovars. At the United Nations Human Rights Commission in Geneva, where I was a U.S. delegate at the time, a middle-aged Greek woman accosted me angrily at a reception and smugly attributed U.S. efforts to stop Milosevic to an American desperation to « protect American markets. » I responded that I had not known that American exports to Kosovo were of a magnitude so critical to the American economy as to galvanize the U.S. military industrial complex into launching a major bombing campaign there.

It is increasingly de rigueur around the world and, for that matter, in certain segments of the Democratic Party, to place responsibility for all international crises on the U.S. government. Unsurprisingly, therefore, when it comes to the Arab-Israeli conflict, it has attained the level of high fashion to ascribe the persistent absence of peace to a lack of adequate U.S. « engagement » in resolving it.

If the Bush administration were truly « engaged, » the argument goes, the chances for Middle East peace would be greatly improved. Next week’s meeting in Annapolis, Md., between Israel and at least certain of its Arab interlocutors has the look and feel of more of the same. Yesterday the State Department sent out « formal invitations » to the event, but it remains unclear who will attend besides Palestinian President Mahmoud Abbas and Israeli Prime Minister Ehud Olmert. If history is any guide, the meeting will yield unsatisfactory results, Israel will be blamed for failing to make the requisite concessions, and the Bush administration will be widely and sharply criticized for its « failure to engage. »

This analysis, simple and neat, and for so many so satisfying, would seem at odds with the historical record. The problem is that all too often, those who blame the U.S. for failing to deliver Mideast peace are some of the world’s most culpable enablers of Mideast violence — and those who are themselves actually responsible for erecting the fundamental roadblocks to a resolution of the conflict.

This is so obvious as to almost go without saying — except that the penchant for placing the blame on the U.S. is so widespread and so addictive that it goes largely unsaid. It was, of course, the Arab bloc, including the Palestinian leadership, that decided to reject the U.N.’s 1947 partition of Palestine into two states, Arab and Jewish, living side by side. Instead it invaded the nascent Jewish state rather than coexist with it, spawning the conflict that has so burdened the world for the last 60 years.

This was not a decision made by the U.S.

We are also not responsible for the Arab world’s choice not to create a Palestinian Arab state in East Jerusalem, Gaza and the West Bank from 1948 to 1967, when it easily could have done so — before there were any Jewish settlements there to serve as the public object of Arab grievance.

It was not the U.S. whose leaders issued the largely unremembered « Three No’s » of the Arab conference in Khartoum in the summer of 1967 — « no » to peace with Israel, to negotiation with Israel and to recognition of Israel — after the 1967 war backfired so badly on the Arab world. Nor can the U.S. government under President Clinton be criticized for failing to pursue Yasser Arafat with sufficient solicitude between 1993 and late 2000. The Clinton administration was, after all, the most ardent of suitors of the Palestinian leader — only to be forced to watch Arafat reject an independent Palestinian state in all of Gaza and virtually all of the West Bank.

It was the Palestinian leadership, not the U.S., that decided in the fall of 2000 that, rather than accept an independent Palestinian state, its wiser course was to launch a four-year bombing campaign against Israel’s civilian population. The result was not merely over 1,100 Israeli civilians killed, but several thousand Palestinians dead, as well as a shattered Palestinian economy and the decision by Israel to begin construction of a security barrier in July 2002.

President Clinton labeled this decision on the Palestinians’ part a « tragic mistake. » It is certainly inarguable that this particular decision, like others made by the Palestinian leadership over the past six decades, inflicted serious suffering on the Palestinian people. It has also resulted in suffering throughout the region, and instability beyond — but it was a course of action chosen and implemented by the Palestinians and publicly supported by Arab states, not by the U.S.

When Israel withdrew from all of Gaza in 2005, the Arab world had the opportunity for a fresh start there — to create a measure of hope for a population whose suffering long predated any Israeli presence. Instead of taking advantage of the opportunity, the Hamas-dominated Palestinian leadership opted to begin and then intensify an aggressive missile-launching campaign against Israeli civilian centers.

This choice in turn has led to Hamas’s international isolation, and conditions in Gaza have grown steadily worse for Palestinians there. For its part, the Arab world has in essence stood by and permitted this to occur, and has once again remained unwilling to place the actual welfare of Palestinians ahead of its desire to stir opposition to Israel.

However significant the role of the U.S. is in nurturing political settlements of international disputes, it simply cannot prevent the Palestinian leadership and its Arab backers from making extraordinarily poor choices or, in President Clinton’s parlance, « tragic mistakes. » There is a marked tendency on the part of most of the world to cite the Bush administration’s lack of « engagement » as the principal stumbling block to peace. It isn’t. As for the Arab world, there is an even more pronounced habit of fingering the U.S. as the party which has the means at its disposal to bring about a Middle Eastern settlement, or at least conditions favorable to a settlement. If the past is any indication, the U.S. does not ultimately possess those means. The Arab world does.

Saudi Arabia and other Arab countries, whose treasuries overflow with petrodollars, are in a position to invest heavily in the Gaza Strip, create economic opportunities for its destitute population, and dilute the toxin-filled atmosphere there. They have not done so.

The Egyptians are in a position to act decisively to stop the flow of rockets, bombs and other arms from Egypt into Gaza, where they are used to attack Israeli civilians. They have not done so.

Europe and Russia, whose lucrative contracts with Iran provide them with such enviable revenues, have been in a position to pressure Tehran into stopping the funding of Hezbollah, which assaults Israel from Lebanon, and Hamas, which assaults Israel from Gaza. They have not done so.

Under the circumstances, one might imagine that those in a position to dramatically improve the situation in the Middle East — but who have chosen by their inaction to worsen it — might feel sheepish about placing the onus for the absence of Middle East peace on the U.S. The only thing in shorter supply than sheepishness when it comes to the Middle East, however, is helpfulness. As far as helpfulness is concerned, it is past time for those who complain most about the lack of American « engagement » to begin providing some.

Mr. Robbins was a U.S. Delegate to the United Nations Human Rights Commission during the Clinton administration. He is a partner at the law firm Mintz, Levin in Boston.

Voir enfin:

Mr. Bush and Ms. Rice run the risk of repeating the mistakes of the Clinton Administration, which made a fetish of photo-ops, left the hard issues to the end and tried to substitute atmospherics for substance. That was the road map to failure at Camp David in 2000, the squandering of Presidential prestige and the bloody five-year intifada.

After Annapolis
WSJ
November 29, 2007

However history judges President Bush, it will surely grant him this: He did few things small. From regime change in Afghanistan and Iraq to Social Security and immigration reform, Mr. Bush has been an ambitious executive. And in seeking in his last year in office to negotiate the end to the Israeli-Palestinian conflict, as he did this week in Annapolis, Maryland, the President is being true to type.

Mr. Bush comes to the task with some advantages. Among Israelis, he has a reputation as perhaps the friendliest American President in history, giving him credibility and leverage few of his predecessors enjoyed. His June 2002 speech calling for a Palestine that could govern itself democratically and tolerantly and live in peace with its neighbors set the right benchmarks for eventual statehood. And in President Mahmoud Abbas and Prime Minister Salam Fayad, he has as moderate a Palestinian leadership as we have seen.

Mr. Bush is helped, too — at least in theory — by the rising power of Iran, and the fear this inspires among Sunni regimes that Tehran will capitalize on the Palestinian issue for its own revolutionary ends. This helps account for the presence of Egyptians and Jordanians at the Annapolis conference, but also the Saudis.

Then again, if the Arab regimes were really keen to settle the conflict, they might be slightly more forthcoming than Saudi Foreign Minister Saud al-Faisal, who attended on the condition that he wouldn’t shake hands with Israelis. And they might be more realistic than Palestinian negotiator Saeb Erekat, who has ruled out recognizing Israel as a Jewish state even though Israel was created explicitly as such by a U.N. resolution approved 60 years ago today. As historian Bernard Lewis pointed out in these pages Monday, how do these so-called moderates expect Israel to cede territory when they’ll cede nothing on the right of Israel simply to exist?

That’s a point Mr. Bush and Secretary of State Condoleezza Rice need to consider as they move beyond Annapolis. The Administration is making a large political investment on achieving a settlement, and it will surely be blamed for every failure along the way. Yet the U.S. is in no realistic position to force peace on people unwilling or unable to make it — to get Mr. Abbas to reclaim the Gaza Strip, for instance, or prevent Hamas from raining rockets on Israel. Nor can the Administration decently ask Israelis to compromise their security for the sake of a « peace process » that exists more in the minds of Western diplomats than it does among the human beings living in harm’s way.

Mr. Bush and Ms. Rice run the risk of repeating the mistakes of the Clinton Administration, which made a fetish of photo-ops, left the hard issues to the end and tried to substitute atmospherics for substance. That was the road map to failure at Camp David in 2000, the squandering of Presidential prestige and the bloody five-year intifada. Barack Obama’s assertion that talk alone can make things better is not always true.

Only the churlish could wish the sincere Annapolis peace makers ill. But neither does it help to cheer them down a path that has led to failure so many times before.


Universités: Ce que nos étudiants ne veulent pas voir

28 novembre, 2007
TolbiacLes étudiants restent viscéralement attachés à une fiction égalitaire: la méritocratie, à laquelle ils adhèrent, doit être compensée par le libre accès aux filières universitaires, même si cette égalité formelle débouche sur une sélection par l’échec en premier cycle. Olivier Galland
J’aimerais mieux un exemple européen que nord-américain. Valérie Pécresse

4% des effectifs absorbant 30% des fonds publics

Dépense par étudiant jusqu’à dix fois plus élevée (Normale Sup: 40 000 euros annuels par étudiant à comparer avec une moyenne de 6 700 euros pour les universités, soit un tiers de la moyenne américaine, dont la rémunération des élèves eux-mêmes (1300 euros mensuels à Normale Sup ; 1400-2100 à l’ENA ; 500 à Polytechnique) …

Taux d’encadrement maximal et formation des plus scolaires pour ceux qui en auraient le moins besoin …

Levage massif de fonds privés (25 millions d’euros pour plusieurs grandes écoles de commerce)…

Sélection ouverte mais taux de réussite et débouchés presque garantis …

Filières universitaires bouchées (eg. sport : 45 000 étudiants, 400 postes de professeurs d’EPS ; 26% des étudiants en sciences humaines (psycho, socio, histoire), soit 350 000 sur les 470 000 nouvelles inscriptions chaque année …

17 facs parisiennes sur un total de 136 facs, dont 18 comptent moins de 100 élèves avec…18 étudiants dans certaines filières …

Taux de non-publication (chimie : 91% ; physique : 82 ; maths : 77 ; sciences sociales : 75 ; sciences humaines : 68 !) …

Manque de taille critique et éparpillement des établissements de recherche (facs, CNRS, grandes écoles) …

Quasi-gratuité des droits d’inscription – 400 euros par année – entrainant une forte déresponsabilisation avec dans certains cas quelque 20% d’étudiants-fantômes inscrits juste pour les avantages de la carte (couverture sociale, réductions dans les transports ou musées, etc.) …

Montants ridicules des bourses (0,1% du PIB vs. le double pour le Royaume-Uni et six fois plus pour la Suède) …

Vétusté des locaux, manque de moyens (notamment salles de lecture fermées aux moments où les étudiants en ont le plus besoin, ie. après les cours, comme après 18h ou pendant les weekends et les vacances ou même… les pauses-déjeuner!) …

Résultats catastrophiques dans les grands classements internationaux (Jussieu et Orsay 39e et 52e contre 4 dans les 25 premières pour les Britanniques).…

Après la récente prise en otages de la France entière par les minorités des régimes spéciaux de retraite et toujours, dans nos universités et lycées, par une poignée d’enragés et de casseurs …

Et tandis que leurs homologues des banlieues défavorisées s’y sont aussi remis

Les données montrent bien, on le voit, l’incroyable inéquité du système bicéphale français (grandes écoles/université).

Et pourtant, accrochés depuis des décennies à leur fiction égalitaire, nos étudiants n’ont apparemment toujours pas compris que… « l’argent va déjà aux plus riches ».

Et que la énième loi sur l’autonomie des universités qu’ils combattent actuellement ne va pas assez loin, notamment sur le refus de la sélection, seul moyen d’éviter la sélection sauvage et hypocrite des 50% d’abandon au bout de deux ans.

Sans compter que, comble de l’ironie, l’ultime repoussoir du système américain (notamment l’université publique de Californie) fait mieux que nous et à des coûts raisonnables en termes de nombre de réussites d’étudiants et de recherche!

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Ingrid Betancourt: et si on se plantait complètement? (I want the Armed Forces to carry out rescue operations)

26 novembre, 2007

Why don\'t you shut up? (Juan Carlos-Chavez, Santiago, Nov. 07)Le gouvernement du Vénézuela se réserve le droit de répondre à toute agression en tout lieu, en tout espace et sur n’importe quel ton! Chavez

Au lendemain du dernier passage à Paris du bouffon de tous les tyrans que peut encore compter la planète et dernière coqueluche en titre d’une certaine gauche en mal de communisme …

Mais enfin remis tout dernièrement à sa juste place par le roi Juan Carlos …

A lire très bientôt sur Agoravox, le dernier texte de Philippe Convers de l’excellent mais hélas défunt site France latine, et salutaire remise des pendules à l’heure sur l’Affaire Bétancourt.

Rappelant opportunément que, contrairement à ce qui est souvent dit ou souhaité de part et d’autre, la plus célèbre otage d’une guérilla d’un autre âge n’a jamais voulu être échangée contre des guérilleros emprisonnés et qu’entre Chavez et Uribe, le fantoche n’est pas celui qu’on pense …

Ingrid Betancourt: et si on se plantait complètement?
Philippe Convers

On a l’impression d’avoir tout lu et tout entendu sur le Chavez maladroit et bonhomme, interrompu dans sa bienveillante médiation par un Uribe pète-sec, boutefeu et pas plus humain que les vilains dictateurs militaires auxquels il vouerait un culte secret sous les caissons de son palais d’opérette.

Ingrid Betancourt est la seule personne qui vaille en effet aux Andes du Nord l’hommage d’un certain intérêt de la presse française. Périodiquement, on excave quelques experts et il nous est demandé d’écouter religieusement Mélanie Delloye-Betancourt nous expliquer la complexe géopolitique de la région, laquelle tourne évidemment exclusivement autour de la Jeanne d’Arc d’Amérique du Sud. Et nous sommes censés verser une larme compassionnelle en frémissant avant de nous replonger vite fait dans notre actualité nombriliste où, à défaut de guérilleros, nous admirons ou craignons des cheminots syndiqués et où en guise de discours martiaux on applaudit ou fustige les rodomontades sarkozyennes sur la décote, la surcote et les annuités des régimes spéciaux.

Cinq ans et quelques mois de gesticulations françaises et Ingrid n’a pas été libérée. Elle est aujourd’hui morte ou vivante mais est en tout cas sans aucun doute possible le plus bel atout que nous avons offert aux FARC, ses ravisseurs, par notre impéritie et notre satanée coutume de caresser les méchants plutôt que de soutenir ceux qui leur tapent dessus.

J’aurais voulu vous parler de tout ce qu’il y a d’autre en Colombie que cette triste affaire, des montagnes magnifiques, de la cumbia, de la salsa, des soupes chaudes et savoureuses de la montagne, des jolies filles, des corridas, de l’incroyable joie de vivre de tout un peuple qui a décidé d’être heureux malgré les salopards. Je l’ai fait jusqu’il y a quelques mois sur un blog dédié à l’Amérique latine, mais la monochromie de la photo qu’on veut encore nous vendre en France m’impose de me concentrer à la difficile tâche de pigmenter un peu pour vous cette seule photo de Chavez, Uribe et la famille Betancourt.

Chavez : un drôle de bonhomme, lieutenant-colonel parachutiste et putschiste malheureux qui s’est rangé aux règles de l’élection quand il a senti qu’elles lui étaient favorables. Dix fois ou presque adoubé par un peuple fatigué des démocrates fantoches à la solde d’une invraisemblable oligarchie le Chavez. Il a suffi à don Hugo de distribuer quelques miettes aux pauvres pour faire mieux en matière de redistribution que tous ses prédécesseurs réunis. Mais j’ai bien dit quelques miettes. Et j’oubliais des milliers d’heures de discours plus ou moins fleuris mordant au grand dam des Vénézuéliens sur les telenovelas qui ont l’immense mérite de distraire leurs aficionados des soucis quotidiens. Jusque-là, rien de bien méchant donc. Sauf que Chavez se veut l’héritier de Fidel Castro et préfère aller crier sa haine de l’occident aux côtés du bon petit père Ahmadinejad et acheter des armes au courageux Loukachenko que de faire fructifier le pactole d’un pétrole cher au profit de ses électeurs… Dans quelques jours, don Hugo demande aux Vénézuéliens d’assurer au socialisme radieux un avenir sans obstacle. Pour ça, il faut réformer la constitution et permettre au seul interprète du libertador Simon Bolivar, j’ai dit Hugo, de se représenter « jusqu’à ce que ses os soient désséchés ». Et cet abruti de peuple doute, dit-on. Rien de tel qu’une bonne diversion internationale pour faire taire ces insolents d’opposants, lesquels doivent de toute façon être à la solde du démon Bush… Se fâcher avec Bogota, en voilà une idée qu’elle est belle ! Après avoir voulu faire du malheureux Juan Carlos d’Espagne l’héritier belliqueux des plus sauvages des colons espagnols, avoir disserté sur Victor Hugo à Paris faute de pouvoir présenter les premiers résultats tangibles de sa médiation avec la guérilla, exciter l’opinion publique contre ces méchants Colombiens butés va distraire ce fichu peuple…

Uribe : un phénomène dans son pays méconnu, qui continue d’atteindre une popularité supérieure à 70 % cinq ans après sa première élection à la présidence de la République. Et ceci malgré la guerre, atténuée mais pas terminée, malgré les otages que les FARC ne lâchent pas, malgré les péripéties d’une vie politique viciée par la drogue, les alliances impardonnables des caciques locaux avec les groupes armés, malgré l’opprobre de la gauche et de certains démocrates américains. Le problème, c’est que les Colombiens savent que leur pays n’est pas la Suisse et jugent leur président à l’aune du possible et non de l’idéal. Et les progrès enregistrés par leur Alvaro Uribe leur semblent considérables. Et puis, les Colombiens, comme leur Président, ils n’aiment pas les FARC, mais pas du tout. Et ils savent qu’il n’y a aucune négociation possible avec ces tarés. Ils espèrent seulement qu’un jour, lesdits tarés, affaiblis, isolés, menacés d’extradition vers les Etats-Unis, tenteront alors un compromis avec les institutions qu’ils combattent depuis plus de quarante ans.

La famille Betancourt : une famille de l’oligarchie colombienne, qui a plus vécu en France qu’en Colombie. Un carnet d’adresse qui n’a rien à envier au who’s who. Le père qui fait le lien avec la France, Fabrice Delloye, ex-mari et conseiller commercial viré pour son manque de diplomatie. Ne comprend pas que l’on n’ait pas compris qu’il avait tout compris mieux que tout le monde. Trouve très normal de parler géopolitique sud-américaine à l’Elysée chaque semaine et est sûr de le faire mille fois mieux que l’ambassadeur de Colombie. Astrid, la sœur de la captive, qui s’est dégottée un compagnon, diplomate de choix, en la personne de l’ancien ambassadeur de France à Bogota, devenu l’architecte de la stratégie française dans le dossier. Insubmersible Daniel Parfait, qui a vendu sa politique depuis 2002 aux autorités françaises successives, avec les résultats que l’on sait. Mélanie, la fille, qui aurait pu être touchante si elle ne s’était pas trompée de cible et si son juste chagrin se suffisait à lui-même. Mais non, la gamine nous explique la vie politique colombienne et exige de nous que nous comprenions que sa mère, otage parmi des milliers, est le principal déterminant de l’histoire andine. Sa grand-mère, Yolanda Pulecio, ne comprend plus l’époque. Comment peut-on lui faire ça à elle, l’ex-Miss Colombie qui a dûment fréquenté les meilleurs salons de Bogota et de la jet-set latino ? Juan-Carlos, le mari d’Ingrid, qui m’est le plus sympathique parce qu’il comprend que toute l’agitation dans les hôtels particuliers du VIIè arrondissement n’est pas d’un grand secours pour lui rendre sa chérie. Et puis Ingrid elle-même, dont on ne sait rien depuis 2003 et son message vidéo dans lequel elle refusait d’être échangée contre des guérilleros emprisonnés (on l’a oublié, cet épisode, au fait ?).

Voilà, ce triptyque un peu tragique. Et si nous changions de stratégie et décidions d’exercer nos modestes pressions sur les FARC, les seuls coupables de l’affaire ? Et si nous décidions de comprendre que la médiation Chavez pose de fort légitimes difficultés aux Colombiens ? Et si nous nous posions la question de savoir si Chavez n’a pas dépassé les limites fixées par Uribe parce qu’il savait que sa médiation était vouée à l’échec et qu’il voulait en faire porter la responsabilité aux Colombiens ?

Puisse mon témoignage de colombianophile convaincu vous donner un autre éclairage sur ce triste jeu de dupes. Moi, je crois qu’un mandat d’arrêt contre les responsables des FARC et une coopération opérationnelle accrue avec le gouvernement colombien sont bien plus susceptibles de faire réfléchir les FARC et de les pousser à négocier. Et j’ose espérer que si négociation il y a un jour, celle-ci ne concernera pas l’infime minorité d’otages « échangeables », sur lesquels portent toutes les discussions depuis cinq ans, mais sur l’ensemble des otages anonymes. Pour l’instant, on ne peut que reconnaître la puissance de la stratégie de communication des prétendus amis d’Ingrid et, tout à la fois, sa profonde inanité.


Statistiques: Epidémie de foutaises chez nos journalistes (Looking back on bogus vet-suicide stats)

21 novembre, 2007
Smells like BSDes études répétées des quelque 700.000 anciens combattants de la première guerre du Golfe (…) n’ont trouvé aucun taux accru de suicide. De même pour une étude massive de 2004 des anciens combattants du Vietnam (…) – pourtant CBS annonce une augmentation massive parmi les anciens combattants en général. Pour confirmer les nombres de la chaine, il faudrait donc supposer une explosion des suicides parmi les anciens combattants qui n’ont jamais vu le combat. Michael Fumento (New York Post)

« Epidémie de suicides » chez les vétérans américains des guerres d’Afghanistan et d’Irak » …

nous balance, citant une enquête de CBS, le Monde en une avec des chiffres apocalyptiques (« 120 morts par semaine, 17 par jour »), puis trois paragraphes plus loin, on apprend que:

« Cette enquête ne porte pas seulement sur les militaires ayant été au combat, en Irak, en Afghanistan, au Vietnam ou durant la deuxième guerre mondiale, mais sur tous les anciens soldats. »

Autrement dit, on nous laisse croire (au moment, comme par hasard, où les forces américaines enregistrent de réels succès en Irak) que de tels chiffres auraient un rapport avec les guerres actuelles d’Afghanistan et d’Irak.

Et on découvre un peu plus loin qu’en fait la prétendue enquête de CBS porte sur TOUS les anciens combattants américains depuis… 1945! Soit la bagatelle de 25 millions d’individus …

Mais juste après on nous donne quand même des chiffres plus significatifs (avec des taux pour 100 000):

« de 18,7 à 20,8 pour 100 000 contre 8,9 pour 100 000 pour la population civile »

Sauf que ces chiffres d’anciens combattants (quelque 25 millions, on l’a déjà dit) mêlent allègrement des individus de groupes qui peuvent varier considérablement selon l’âge (de 90 à 20 ans?).

Donc, on se décide finalement à mentionner un groupe d’âge (20-24 ans) qui semble effectivement plus correspondre aux guerres actuelles d’Afghanistan et d’Irak et des chiffres relatifs pour 100 000 permettant une réelle comparaison avec les taux actuels.

« Le chiffre est encore plus élevé chez les jeunes âgés de 20 à 24 ans, où la proportion atteint 22,9 à 31,9 suicides pour une population de 100 000, soit quatre fois le taux de suicide enregistré chez les non militaires pour cette même tranche d’âge ».

Sauf que là encore, on ne nous dit rien sur d’autres variables que peuvent encore mêler ces chiffres, notamment le sexe qui, on le sait, influence très largement la propension au suicide.

Autrement dit, si on prend les chiffres officiels (CDC ), sur un total de plus de 32 000 suicides annuels (2005), soit 89 par jour ou 11,05 pour 100 000, les hommes sont presque 4 fois plus nombreux que les femmes (même si celles-ci font 2 à 3 fois plus de tentatives), représentant ainsi 78, 8% du total avec une nette surreprésentation des hommes vieux (plus de 3 fois le taux moyen, soit 37, 4 pour 100 000 pour les plus de 75%).

Caractéristiques que l’on risque de retrouver, (sans compter la familiarité et l’accès probablement plus fréquents aux armes à feu) chez des anciens combattants issus de l’ensemble des guerres américaines (ie. depuis 1945), à savoir majoritairement hommes (93% contre 49% dans la population générale) et constitués de trois fois plus d’individus âgés (38,4% pour 12,4%) …

Quant aux suicidés anciens combattants de la tranche 20-24 ans, qui ont effectivement plus de chance d’avoir participé aux guerres actuelles (Afghanistan et Irak) aussi évoqués par l’article, ledit article les compare aux suicidés de la population générale là non plus sans tenir compte du différentiel hommes-femmes, (93%, on l’a vu, contre 49%).

Ni surtout, comme le rappelle très justement Bill Sweetman d’Aviation week, du fait qu’il s’agit de la période où ledit différentiel dans la tendance au suicide est encore plus accentué car le plus grand, à savoir… quelque 6 fois plus pour les hommes! (7 pour wikipedia)

Du moins si, comme le Monde, on ne lit (ni ne mentionne) le 2e article de CBS expliquant leur méthodologie et notamment le fait qu’ils aient redressé leurs données par rapport au sexe et à l’âge.

« Nous avons demandé au directeur intérimaire d’épidémiologie et de biostatistique de l’université de Georgie, Steve Rathbun, de calculer le taux de suicide de 2004 à 2005. Rathbun a ajusté les taux de suicide pour l’âge, le genre et toute erreur potentielle dans la collecte de données brutes faite par les états. »

Reste qu’on ne peut que s’indigner avec le Quotidien de révérence qu’avec de tels taux de suicide (18,7 à 20,8 pour 100 000), les anciens combattants américains depuis 1945 puissent se rapprocher aussi dangereusement de celui de nos propres… civils (19/100 000)!

Extraits:

Chez les anciens combattants américains, les hommes sont 13 fois plus nombreux que les femmes. Etant donné qu’ils sont aussi quatre fois plus nombreux à se suicider dans la population générale, on peut prévoir que le taux de suicides des anciens combattants devrait être proche de celui des hommes en général, soit 17.6/100.000 par an en 2002 – et c’est le cas en effet, si les chiffres bruts de CBS sont corrects (…)

CBS soulève aussi le problème de la marge encore plus grande de l’excès de suicides des jeunes anciens combattants par rapport à la population générale – mais rien d’inattendu là encore puisque c’est dans cette catégorie d’âge que le déséquilibre des taux de suicide en faveur des hommes est le plus grand, presque de 1 à 6.

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Affaire Enderlin: « Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » (Journalism as war by other means)

20 novembre, 2007
Lhttp://www.europe-israel.org/wp-content/uploads/2012/02/D%C3%A9sinformation-300x220.jpga tâche sacrée des journalistes musulmans est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ». Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980)
Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. Haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne
Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. Talal Abu Rahma (lors de la réception d’un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura)
Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. Clément Weill-Raynal (France 3)
Nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… (Roberto Cristiano, représentant de la « chaîne de télévision officielle RAI, Lettre à l’Autorité palestinienne)
La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. Catherine Nay (Europe 1)
Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes. Bob Simon
Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture. Représentants de France 2 (cités par Enderlin)
L’image correspondait à la réalité de la situation, non seulement à Gaza, mais en Cisjordanie. Charles Enderlin (Le Figaro, 27/01/05)

Suite à la deuxième session du procès en appel de l’Affaire Enderlin mercredi dernier …

Retour sur un important texte du professeur Richard Landes sur le choc des cultures journalistiques entre les médias arabes et occidentaux.

Et surtout sur cette étrange et inquiétante complaisance (sans parler du racisme implicite mais aussi des menaces réelles qu’elle suppose – y compris en Occident ou en France même) des premiers pour la conception explicite du journalisme comme continuation de la guerre par d’autres moyens des seconds …

Extraits :

Effectivement, il semble qu’il y ait eu, à l’œuvre dans la « rue » arabe, une sorte de « secret d’intérêt public » : des gens simulaient des blessures, d’autres les évacuaient en hâte (et sans brancards) en dépassant des caméramans palestiniens comme Talal, qui utilisaient un matériel vidéo pour enregistrer ces scènes improvisées. C’était Pallywood : l’industrie palestinienne du cinéma.

« Combien de journalistes se conforment-ils à ces règles palestiniennes, et à quel point cette adhésion déforme-t-elle, voire subvertit-elle notre compréhension de ce qui se passe dans cet interminable conflit ? Pouvons-nous permettre ce « secret d’intérêt public » ? »

Dans leurs propres déclarations éthiques, les journalistes palestiniens affirment que leur rôle est de défendre leur cause et d’affaiblir ceux qui s’y opposent. Pour eux, le journalisme consiste à faire la guerre par d’autres moyens ; les médias comme champ de bataille. L’honnêteté et la droiture n’interfèrent pas avec cette prescription éthique, mais n’exigent qu’une apparence de vérité, dont le but est de leurrer la sensibilité du public occidental et de provoquer la rage musulmane.

Dans ce choc des cultures journalistiques, combien de fois les médias occidentaux n’ont-ils pas joué les « idiots utiles » [2] face aux exigences palestiniennes? Combien de fois ne nous ont-ils pas présenté les « vérités » palestiniennes comme étant une information ? Et s’ils l’ont fait aussi fréquemment et de manière aussi destructive que Pallywood et son succès majeur, l’affaire al-Dura, le suggèrent, combien de temps encore continueront-ils à le faire ?

Al-Dura et le « secret d’intérêt public » du journalisme au Moyen-Orient

R. Landes

Un article capital, qui fera date et référence. A diffuser très largement. (Menahem Macina)

11/11/2007

07/11/07
Pajamas Media.
Titre original : « Al Dura and the « public secret » of Middle East Journalism ».
Traduction française : Menahem Macina

Eté 2005. Humiliée de ce que des blogueurs avaient découvert qu’elle s’était fait circonvenir par des photos manifestement manipulées, l’Agence de presse Reuters congédiait et le photographe et le chef de son service photographique, puis, supprimait de ses archives de presse toutes les photos de ce caméraman. Ce faisant, elle agissait énergiquement en sanctionnant deux des péchés majeurs du journalisme moderne : « la fabrication de preuves » et le fait de se laisser duper par les preuves fabriquées.

Ces principes – qui sont ceux de l’éthique d’une presse libre – sont si enracinés, que des Occidentaux ont du mal à imaginer que d’autres puissent ne pas faire leurs nos engagements. Et donc, peu de gens (sauf, des sionistes évidemment partisans), accordent foi aux affirmations selon lesquelles les rushes de Mohammed al-Dura, l’enfant de douze ans, prétendument tué par des Israéliens, au carrefour de Netzarim, le 30 septembre, 2000, ont été mis en scène. Charles Enderlin rejette ces affirmations, avec dérision et succès, comme une théorie du complot, aussi ridicule que celle concernant les attaques du 11 septembre 2001. C’est tellement absurde. D’ailleurs, la plupart des Palestiniens n’auraient pas fait une telle chose ; et si c’était le cas, les médias l’auraient compris. Jusqu’à ce jour, la plupart des journalistes se demandent toujours : « Qui a tué al-Dura ? », et non : « Les rushes sont-ils une mise en scène ou non ? ».

C’est la dernière fois que l’on voit al-Dura filmé par la caméra de Talal :
Il a la main sur ses yeux et non sur son ventre, censé mortellement atteint. Il lève son bras et regarde aux alentours. Enderlin l’avait déjà déclaré mort dans la scène précédente, et (par conséquent ?) a coupé cette scène de son document diffusé.

Et pourtant, l’une des principales différences entre le journalisme occidental et ceux qui s’intitulent « journalistes islamiques », se manifeste précisément à propos de la question de savoir s’il est permis de mettre en scène des informations, et quelle attitude il faut avoir en matière d’information honnête. Selon la Charte des médias islamiques de grande diffusion (Jakarta, 1980), la tâche sacrée des journalistes musulmans [sic], est, d’une part, de protéger la Umma des « dangers imminents », et donc, à cette fin, de « censurer tous les matériaux » et, d’autre part, « de combattre le sionisme et sa politique colonialiste de création d’implantations, ainsi que son anéantissement impitoyable du peuple palestinien ».

C’est ainsi que, interrogé sur les raisons pour lesquelles il avait inséré dans la séquence des Al-Dura l’image d’un soldat tirant au fusil, pour faire accroire que les Israéliens avaient tué l’enfant de sang-froid, un haut responsable de la Télévision de l’Autorité palestinienne avait répondu [1]:

« Il s’agit de formes d’expression artistique, mais tout cela sert à exprimer la vérité… Nous n’oublions jamais nos principes journalistiques les plus élevés auxquels nous nous sommes engagés, de dire la vérité et rien que la vérité. »

Quand Talal Abu Rahma a reçu un prix, au Maroc, en 2001, pour sa vidéo sur al-Dura, il a déclaré à un journaliste :

« Je suis venu au journalisme afin de poursuivre la lutte en faveur de mon peuple. »

Ces remarques constituent une introduction importante à la manière de considérer les rushes de France 2, qui seront montrés au tribunal, le 14 novembre, à Paris, dans le cadre de la plainte en diffamation de France 2 à l’encontre de Philippe Karsenty. Ces séquences ont été filmées par Talal Abu Rahmeh, le 30 septembre 2000, et, durant six ans, Enderlin a affirmé qu’elles prouvent qu’il a raison, et qu’elles montrent l’enfant en proie aux affres d’une intolérable agonie, qu’il a supprimée de son reportage. Mais plusieurs experts (y compris moi-même) qui ont vu ces séquences, affirment que la seule scène qu’Enderlin a coupée est l’image finale, où al-Dura semble bien vivant ; et il est encore plus perturbant de constater que les autres rushes sont remplis d’épisodes mis en scène. Effectivement, il semble qu’il y ait eu, à l’œuvre dans la « rue » arabe, une sorte de « secret d’intérêt public » : des gens simulaient des blessures, d’autres les évacuaient en hâte (et sans brancards) en dépassant des caméramans palestiniens comme Talal, qui utilisaient un matériel vidéo pour enregistrer ces scènes improvisées. C’était Pallywood : l’industrie palestinienne du cinéma.

Ce qui nous amène à un problème plus complexe que de se contenter de faire remarquer que les journalistes palestiniens se réfèrent à une série de règles – différentes des nôtres – selon lesquelles ce genre de manipulation de la « vérité » est tout à fait légitime. Que font les journalistes occidentaux de ces oeuvres de propagande ? Savent-ils qu’il s’agit de truquages, ou sont ils dupes ? Est-ce qu’ils disent aux caméramans qui travaillent pour eux et qui utilisent leur équipement, que filmer des épisodes mis en scène de cette manière est malhonnête et inacceptable ? Et s’ils le font, pourquoi des caméramans qui ont été à leur service durant des années – Talal travaillait pour Enderlin depuis plus d’une dizaine d’années quand il a filmé ces séquences – continuent-ils à filmer ces scènes ? Et comment se fait-il que nos journalistes diffusent ces séquences mises en scène comme s’il s’agissait d’une véritable information ?

Ici, le témoignage fourni par l’affaire al-Dura suggère que, d’une certaine manière, les journalistes sont « au courant » de ce secret d’intérêt public. Quand les représentants de France 2 furent confrontés aux preuves de mise en scène qui abondent dans le film de Talal, ils répondirent, tous les deux, de la même manière :

« Oh, ils font toujours ça. C’est une question de culture » »,

m’a déclaré Enderlin, à Jérusalem.

« Oui, Monsieur, mais, vous savez, c’est toujours comme ça »,

a dit, pour sa part, Didier Eppelbaum, à Denis Jeambar, Daniel Leconte, et Luc Rosenzweig, à Paris.

Et comme en écho de cette complaisance étonnante, Clément Weill-Raynal, de France 3, a émis, devant un journaliste, le commentaire suivant, qui se voulait une critique de Karsenty :

« Karsenty est donc si choqué que des images truquées soient utilisées et éditées à Gaza ? Mais cela a lieu partout à la télévision, et aucun journaliste de télévision de terrain, aucun monteur de film, ne seraient choqués. »

Les implications de cette remarque sapent l’utilisation même de son argument : Comment Karsenty peut-il diffamer Enderlin en l’accusant d’utiliser des rushes mis en scène, dès lors que, comme Clément Weill-Raynal l’admet ici, tout le monde le fait ? Est-ce mal de le faire ? Et si c’est le cas, pourquoi Weill-Raynal critique-t-il Karsenty de siffler la fin de la partie ? Et si ce n’est pas le cas, où est la diffamation ?

Peut-être achoppons-nous ici sur la nature même des secrets d’intérêt public et sur l’importance d’une bonne réputation : chacun peut tricher tant qu’il n’est pas pris. Il est normal que les initiés le sachent, mais l’efficacité de la (més)information dépend du fait que le public ne sait pas. Comme Daniel Leconte l’a reproché à Eppelbaum [représentant de France 2] : « les médias peuvent être au courant [de cette mise en scène], mais le public ne l’est pas. » En fait, le public ne doit pas savoir. CNN se targue de ce que c’est à son « nom qu’on accorde le plus de confiance en matière d’information », non parce qu’il lutte contre les influences, comme l’entrisme en journalisme, qui détruit la crédibilité, mais parce qu’il sait combien la confiance est importante pour son audience de consommateurs d’information. Donc, même si les journalistes occidentaux utilisent régulièrement des rushes mis en scène, ils ne peuvent pas le reconnaître. Et si le démenti ne convainc pas, alors, apparemment, l’étape suivante consiste à dire : « Ce n’est rien, tout le monde le fait. »

Toutefois, un incident, qui s’est produit à Ramallah, suggère que les journalistes occidentaux se sont systématiquement pliés aux exigences palestiniennes de pratiquer un journalisme palestinien. Le 12 octobre 2000, aux cris de « vengeance pour le sang de Mohammed al-Dura ! », des Palestiniens ont mis en pièces les corps de deux réservistes israéliens. Conscients du dommage potentiel qui pouvait en découler, des Palestiniens s’en prirent violemment à tout journaliste qui filmaient la scène. Et pourtant, des membres d’une équipe italienne travaillant pour une chaîne d’informations privée, ont pu, en prenant des risques considérables pour leur vie, faire passer secrètement la séquence filmée à l’extérieur. Soucieux d’éviter les reproches, le représentant de la « chaîne officielle de télévision officielle, RAI » écrivit à l’Autorité palestinienne, que sa chaîne ne ferait plus jamais une telle chose,

« parce que nous avons toujours respecté (et continuerons à respecter) les procédures journalistiques de l’Autorité palestinienne en matière d’exercice de la profession de journaliste en Palestine… »

Mais quelles sont, au juste, ces « procédures journalistiques » ? Sont-elles semblables aux normes de la charte de Jakarta, incluant la censure de tout ce qui cause du tort à la cause palestinienne (même si c’est la vérité), et la publication de tout ce qui cause du tort à Israël (même si c’est faux) ? L’Autorité palestinienne, apparemment inconsciente de ce que ce n’est pas ainsi que le journalisme devrait s’exercer en Occident, publia cette lettre.

Mais pour le bord où le journalisme moderne est censé régner, de telles révélations étaient profondément embarrassantes : même le gouvernement israélien, habituellement timide, « suspendit temporairement » la carte de presse de Roberto Cristiano, et personne dans les médias occidentaux, habituellement agressifs, n’y fit objection. Cristiano avait violé la règle occidentale fondamentale de l’omerta journalistique, et admis qu’il existait des pratiques honteuses. Le public consommateur des « informations » des médias de masse doit se demander :

« Combien de journalistes se conforment-ils à ces règles palestiniennes, et à quel point cette adhésion déforme-t-elle, voire subvertit-elle notre compréhension de ce qui se passe dans cet interminable conflit ? Pouvons-nous permettre ce « secret d’intérêt public » ? »

Mais il n’est pas possible d’espérer que les médias de masse discutent de cela de leur plein gré. Au contraire, la conscience de l’importance de la confiance conduit souvent des journalistes à cacher leurs erreurs, plutôt qu’à les admettre et à en tirer la leçon. Comme me l’a dit un ami français : « Personne n’admet publiquement ses erreurs. C’est un signe de faiblesse. » Si telles sont les règles d’une culture de la honte et de l’honneur, la société civile dépend de ce que des gens préfèrent être honnêtes que de sauver la face, si douloureux que ce soit. Et si l’on ne peut attendre des gens qu’ils soient volontaires pour s’humilier publiquement, nous pouvons et devons insister sur le fait qu’il y a des limites aux efforts que font, tant les individus que les sociétés, pour se soustraire à la correction.

C’est le problème de Charles Enderlin dans l’affaire al-Dura. Dans sa hâte d’avoir un scoop, il a introduit frauduleusement dans un monde sans méfiance, une bombe nucléaire en matière de guerre de l’information. Comme le dit Bob Simon, en voix off d’une sélection d’images style Pallywood : « Dans la guerre moderne, une image vaut mille armes ». Et aucune image n’a concouru davantage à inspirer le désir de vengeance violente et de djihad mondial, que cette « icône de haine ». Pour Enderlin, reconnaître ses erreurs, débarrasser le public de l’asservissement à cette image, et nous avertir de la possibilité que d’aussi colossales erreurs, non seulement se produisent, mais perdurent des années sans être corrigées, ce serait ruiner sa carrière.

De plus, la faillite d’Enderlin, à ce stade, six ans après, implique les plus grands médias de masse, qui, par leur refus de ne pas même permettre à la critique de s’exprimer à l’antenne, le protègent. Ce dilemme peut en partie expliquer pourquoi les médias de masse français ont à peine évoqué cette affaire ; pourquoi ils n’ont rien trouvé à dire sur le premier procès jusqu’à ce que Karsenty perde, et se sont alors hâtés de mettre sous presse pour rassurer le public sur le fait que l’image-choc « n’a pas été mise en scène ». Après tout, Enderlin n’est pas un quelconque plumitif à la solde des Palestiniens, même s’il fait confiance à de tels « journalistes », et par conséquent fait écho à leur travail, à l’antenne. Il est peut-être le correspondant européen au Moyen-Orient le plus connu et auquel on fait le plus largement confiance. Il va de soi qu’en tant que Juif et Israélien, il ne diffuserait pas de fausses informations qui noirciraient la réputation de son pays. Elles doivent donc être vraies.

Après tout, de même qu’elle constitue une « vérité supérieure » pour les musulmans – une justification de la haine, un appel à la vengeance – cette affaire véhicule une charge symbolique pour les Européens. Catherine Nay, une respectable présentatrice des informations sur Europe 1, a accueilli l’image, en ces termes :

« La mort de Mohammed annule, efface celle de l’enfant juif, les mains en l’air devant les SS, dans le Ghetto de Varsovie. »

Cruelle ironie ! Les Européens se servent d’une image produite par ceux qui admirent les nazis et rêvent d’une victoire génocidaire sur les Juifs, pour effacer leur culpabilité dans l’Holocauste. Et pourtant, ne pas admettre de telles erreurs détruit le tissu même de la société civile qui permet une presse libre. Dans la longue histoire des accusations de crime rituel, aucun peuple n’a tiré bénéfice des haines perverses qu’elles ont provoquées.

Alors, à quel point l’autoprotection devient-elle une autodestruction, pas seulement pour les journalistes qui nient leurs erreurs, coûte que coûte, mais pour le public qui les croit ? Comme un journaliste israélien (qui fut mon élève) l’a fait remarquer :

« Chaque jour je dois avancer en respectant la mince frontière entre la fidélité à mes sources et ma loyauté envers mon public ».

A quel point nos journalistes ne nous ont-ils pas gravement trahis, nous leur public, pour être bien vus de leurs sources ?

Dans leurs propres déclarations éthiques, les journalistes palestiniens affirment que leur rôle est de défendre leur cause et d’affaiblir ceux qui s’y opposent. Pour eux, le journalisme consiste à faire la guerre par d’autres moyens ; les médias comme champ de bataille. L’honnêteté et la droiture n’interfèrent pas avec cette prescription éthique, mais n’exigent qu’une apparence de vérité, dont le but est de leurrer la sensibilité du public occidental et de provoquer la rage musulmane.

Dans ce choc des cultures journalistiques, combien de fois les médias occidentaux n’ont-ils pas joué les « idiots utiles » [2] face aux exigences palestiniennes? Combien de fois ne nous ont-ils pas présenté les « vérités » palestiniennes comme étant une information ? Et s’ils l’ont fait aussi fréquemment et de manière aussi destructive que Pallywood et son succès majeur, l’affaire al-Dura, le suggèrent, combien de temps encore continueront-ils à le faire ?

Richard Landes [*]
Pajamas Medias

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Notes du traducteur

[*] Richard Landes est médiéviste. Il enseigne au département d’histoire de l’Université de Boston. Il est spécialiste des origines de la société européenne au tournant du premier millénaire. Il a obtenu sa licence à l’Université de Harvard et son doctorat à l’Université de Princeton. Il a également étudié à l’Ecole Normale Supérieure de Paris. Le Docteur Landes a publié divers ouvrages, dont une Encyclopédie du Millénarisme et des Mouvements Millénaristes (Routledge 2000). Il achève actuellement un livre sur ce thème, intitulé « Le Ciel sur la Terre : les Variétés d’Expériences Millénaristes » (Cambridge University Press), dont le dernier chapitre traitera du djihad mondial.

[1] Voir Richard Landes, « L’Affaire Al-Dura, «Inventé mais exact» : l’échappatoire d’Enderlin ». Propos recueillis par Esther Shapira, dans son documentaire, « Trois balles et un enfant ». On peut voir ce bref extrait du film, édité sur son site par le professeur R. Landes, montrant un soldat israélien, censé tirer sur l’enfant, et recueillant la déclaration du responsable de la TV de l’AP, citée ici.

[2] « En langage politique, l’expression « idiot utile » s’applique à des personnes [pleines] de bons sentiments [et qui, avec] bonne conscience, font le jeu de leur adversaire par naïveté ». Extrait de Wikipedia.

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Mis en ligne le 7 novembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org


Citations: Maintenant c’est à notre Voltaire qu’ils s’en prennent! (‘What a fuss about an omelette!’)

19 novembre, 2007
Selective free speech rightsCela me rappelle le conte du Suisse qui mangeait une omelette au lard un jour maigre, et qui, entendant tonner, s’écria: « Grand Dieu! voilà bien du bruit pour une omelette au lard. » Frédéric II (Lettre à Voltaire du 28 février 1767)
Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective. Il s’est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron. Site Hérodote

Notre Révolution, notre Déclaration des droits de l’homme, notre drapeau

Décidément les Anglais (ou leurs cousins d’outre-Atlantique) nous auront tout pris!

Et à présent… notre Voltaire national !!!

« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer ».

La célèbre formule qui, comme le rappelle le site Hérodote, est « devenue en France le paradigme de la liberté d’expression » n’a en fait jamais été prononcée par notre plus célèbre expatrié hélvétique.

Pour la bonne raison qu’il s’agit de la traduction d’une phrase écrite par une Anglaise (« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it »).

Et plus précisément d’une paraphrase (comme le rappelle Wikiberal) dans laquelle Evelyn Beatrice Hall (écrivant sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre) résumait, dans son ouvrage de 1906 « The Friends of Voltaire », l’attitude du philosophe à l’occasion de la condamnation d’un livre d’Helvetius, philosophe bien français mais ayant latinisé son Schweitzer de nom (« De l’Esprit », 1758-1759).

Qui, d’après elle, aurait probablement dit quelque chose d’un peu moins grandiloquent et quand même plus à la hauteur de notre réputation gastronomique nationale comme la formule (elle-même reprise… par Frédéric II lui-même!): « Grand Dieu! voilà bien du bruit pour une omelette au lard! ».

Du moins si l’on en croit le site Avva qui donne la citation complète de Hall :

…The men who had hated [the book], and had not particularly loved Helvétius, flocked round him now. Voltaire forgave him all injuries, intentional or unintentional. `What a fuss about an omelette!’ he had exclaimed when he heard of the burning. How abominably unjust to persecute a man for such an airy trifle as that! `I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it,’ was his attitude now. But he soon came, as a Voltaire would come, to swearing that there was no more materialism in `On the Mind’ than in Locke, and a thousand more daring things in `The Spirit of Laws.’ (The Friends of Voltaire, chapter VII, On Helvetius, 1906)

Mais qui se termine sur une autre fausse attribution de ladite phrase dans une lettre à un certain M. le Riche qui, d’après le site plexoft, n’existe tout simplement pas, confirmant que ladite citation n’apparaît nulle part dans l’œuvre ni les lettres de Voltaire.

Ce qui après tout ne serait pas la première fois dans la longue histoire des citations apocryphes.

Et surtout, connaissant le goût pour la formule sinon les actes du monsieur (il avait, comme le rappelle Hérodote, la tolérance plutôt sélective, se réjouissant des ennuis de ses rivaux et appréciant plus que tout la compagnie des puissants), on peut supposer que s’il ne l’a pas dite et à défaut de la penser vraiment, il aurait effectivement pu la dire …

Citations et Mots d’Histoire
Les Révolutions
Voltaire (1694 – 1778)
Hérodote

«I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it» (en anglais)
«Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer» (traduction)
Source : citation faussement attribuée à Voltaire par Evelyn Beatrice Hall (1906)

Cette célèbre formule est devenue en France le paradigme de la liberté d’expression.

Il s’agit de l’invention d’un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.

Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, l’auteur voulait exprimer l’idée qu’elle se faisait de celui-ci.

Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective.

Il s’est plutôt réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s’est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron.

De ce point de vue, les milieux intellectuels n’ont guère évolué depuis Voltaire : ceux qui réclament (avec raison) le droit de critiquer sans entrave le fait religieux sont aussi (à tort) parmi les premiers à mettre des bornes à la liberté de penser l’Histoire (génocides, esclavage, colonisation,…).

Voir aussi:

Voltaire

Axxa
The phrase

« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it »

is widely attributed to Voltaire, but cannot be found in his writings. With good reason. The phrase was invented by a later author as an epitome of his attitude.

It appeared in The Friends of Voltaire (1906), written by Evelyn Beatrice Hall under the pseudonym S[tephen] G. Tallentyre. Chapter VII is devoted to Helvétius (1715-1771), whom she depicts as a kindly, generous person, with a hint of more talent to raise him above mediocrity. He married and settled in the sticks, with a new wife who was unfashionably old (32), and they were happy. This was ended by his tragic aspiration, to earn some small glory for himself as a philosopher.

In 1758, he published « De l’Esprit, » which Hall renders « On the Mind. » From the little Hall says of it directly, I take it that this was a moral-relativist tract, adducing bad social conditions as the cause of immoral behavior, regarding humans essentially as animals, and skeptical of the validity of moral claims generally.

This was unpopular with everyone – secular philosophers, all of the church, the government. It certainly got him noticed, but not by all at once. Voltaire immediately regarded the work as a serious disappointment from one who had been a somewhat promising protege. He was most insulted to have been compared in it with lesser intellectual lights (Crébillon and Fontenelle). It was widely criticized by other wits of their enlightened social circle. For a few months, however, it escaped the notice of the government.

Then the Dauphin read it.

The privilege to publish was revoked; the censor who approved its publication was sacked. A rolling wave of official condemnation began, culminating with the Pope (Jan. 31, 1759) and the Parliament of Paris (Feb. 6) and public book-burning by the hangman (Feb. 10), an honor shared with Voltaire’s « Natural Law. »

On the principle that anything so unpopular with the government must ipso facto be pretty good, the official condemnation permanently established Helvétius’s philosophical repute among the fashionable salon crowd, and rehabilitated him among the intellectual elite as well, to a great extent. He became popular in Protestant Germany and England.

Hall wrote:

…The men who had hated [the book], and had not particularly loved Helvétius, flocked round him now. Voltaire forgave him all injuries, intentional or unintentional. `What a fuss about an omelette!’ he had exclaimed when he heard of the burning. How abominably unjust to persecute a man for such an airy trifle as that! `I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it,’ was his attitude now. But he soon came, as a Voltaire would come, to swearing that there was no more materialism in `On the Mind’ than in Locke, and a thousand more daring things in `The Spirit of Laws.’

(Friends is not a scholarly work, but Hall is fairly scrupulous throughout the book to state within the text whether she is quoting speech or text, and whether various reports are first-person or likely hearsay. I believe it was reasonable of her to expect that `I disapprove … say it’ would be recognized as her own characterization of Voltaire’s attitude. I think some readers were confused because of the way she follows this with paraphrases of his spoken criticisms.

In any case, the phrase was too eloquent, so it became quoted, and famous names attach themselves to quotes, to the detriment of the less well-known originators.

Hall herself claimed later that she had been paraphrasing Voltaire’s words in his Essay on Tolerance:

« Think for yourselves and let others enjoy the privilege to do so too. »

Hall died in 1919. In his A Book of French Quotations (1963), Norbert Guterman suggested that the probable source for the quotation was a line in a 6 February 1770 letter to M. le Riche:

« Monsieur l’abbé, I detest what you write, but I would give my life to make it possible for you to continue to write. »

Voir enfin sur Wikipedia:

- Voltaire sur Helvétius à l’article Homme des Questions sur l’Encyclopédie :

J’aimais l’auteur du livre De l’Esprit. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble ; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes.

- Lettre de Voltaire à M. Le Riche:

A M. LE RICHE,

A AMIENS.

6 février.

Vous avez quitté, monsieur, des Welches pour des Welches. Vous trouverez partout des barbares têtus. Le nombre des sages sera toujours petit. Il est vrai qu’il est augmenté ; mais ce n’est rien en comparaison des sots ; et, par malheur, on dit que Dieu est toujours pour les gros bataillons. Il faut que les honnêtes gens se tiennent serrés et couverts. Il n’y a pas moyen que leur petite troupe attaque le parti des fanatiques en rase campagne.

J’ai été très malade, je suis à la mort tous les hivers ; c’est ce qui fait, monsieur, que je vous ai répondu si tard. Je n’en suis pas moins touché de votre souvenir. Continuez-moi votre amitié ; elle me console de mes maux et des sottises du genre humain.

Recevez les assurances, etc.

- Voltaire et la censure:

Voltaire, au demeurant, n’hésitait pas à souhaiter la censure contre les ouvrages qu’il n’aimait pas. Voici ce qu’il écrit dans l’article « Athéisme » du Dictionnaire philosophique :

Aristophane (cet homme que les commentateurs admirent parce qu’il était grec, ne songeant pas que Socrate était grec aussi), Aristophane fut le premier qui accoutuma les Athéniens à regarder Socrate comme un athée.

[…]

Les tanneurs, les cordonniers et les couturières d’Athènes applaudirent à une farce dans laquelle on représentait Socrate élevé en l’air dans un panier, annonçant qu’il n’y avait point de Dieu, et se vantant d’avoir volé un manteau en enseignant la philosophie. Un peuple entier, dont le mauvais gouvernement autorisait de si infâmes licences, méritait bien ce qui lui est arrivé, de devenir l’esclave des Romains, et de l’être aujourd’hui des Turcs.


Colloque: Attention une accusation de crime rituel peut en cacher une autre! (Looking back on the Egyptian version of the Exodus)

19 novembre, 2007
The Fifth plague of Egypt (Turner, 1800)https://scontent-b-fra.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/t1.0-9/10390497_4347930913506_1165828559235515531_n.jpgAujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard (« Celui par qui le scandale arrive », p. 172)
From the Egyptian standpoint the departure of the Hebrews from Egypt was actually a justifiable expulsion. The main sources are the writings of Manetho and Apion, which are summarized and refuted in Josephus’s work Against Apion . . . Manetho was an Egyptian priest in Heliopolis. Apion was an Egyptian who wrote in Greek and played a prominent role in Egyptian cultural and political life. His account of the Exodus was used in an attack on the claims and rights of Alexandrian Jews . . . [T]he Hellenistic-Egyptian version of the Exodus may be summarized as follows: The Egyptians faced a major crisis precipitated by a group of people suffering from various diseases. For fear the disease would spread or something worse would happen, this motley lot was assembled and expelled from the country. Under the leadership of a certain Moses, these people were dispatched; they constituted themselves then as a religious and national unity. They finally settled in Jerusalem and became the ancestors of the Jews. James G. Williams
Certains scientifiques avancent l’explication suivante: les dix plaies d’Égypte seraient liées à une éruption volcanique du Santorin. Les ténèbres auraient été provoquées par les cendres volcaniques transportées par le vent. En se dispersant dans le Nil, elles l’auraient contaminé, provoquant la mort des hommes et des troupeaux. Les cendres en suspension dans l’air auraient aussi déclenché la grêle (les particules en suspension contiennent de l’électricité statique), un phénomène que l’on rencontre aussi lors des tempêtes de sable. La détérioration des conditions sanitaires (manque d’eau, cadavres en décomposition…) amènerait les autres plaies d’Égypte (poux, ulcères). L’eau changée en sang serait aussi expliquée par la couleur rougeâtre des cendres. Wikipedia
L’accusation de crime rituel à l’encontre des Juifs est l’une des plus anciennes allégations antijuives et antisémites de l’Histoire. En effet, bien que l’accusation de crime de sang ait touché d’autres groupes que les Juifs, dont les premiers chrétiens, certains détails, parmi lesquels l’allégation que les Juifs utilisaient du sang humain pour certains de leurs rituels religieux, principalement la confection de pains azymes (matza) lors de la Pâque, leur furent spécifiques. (…) Le premier exemple connu d’accusation de ce type précède le christianisme, puisqu’il est fourni, selon Flavius Josèphe, par Apion, un écrivain sophiste égyptien hellénisé ayant vécu au Ier siècle. (…) Après la première affaire à Norwich (Angleterre) en 1144, les accusations se multiplient dans l’Europe catholique. De nombreuses disparitions inexpliquées d’enfants et de nombreux meurtres sont expliqués par ce biais. Wikipedia
Après cela (…) il vous chassera même d’ici. (…) et tous les premiers-nés mourront dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né de Pharaon assis sur son trône, jusqu’au premier-né de la servante qui est derrière la meule, et jusqu’à tous les premiers-nés des animaux. (Exode 11 : 1 et 5)
Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous … (Exode 12: 13)

Fleuve changé en sang et ulcères, invasion de grenouilles, poux, mouches et sauterelles, grêle et ténèbres, mort des troupeaux et des premiers-nés, population entière expulsée d’un pays …

Empoisonnement des sources, rivières ou puits, sorcellerie ou magie noire, crime rituel d’enfants, pogroms d’individus ou villages entiers …

Comment se fait-il, comme l’a si brillamment montré René Girard, qu’on interprète si facilement la deuxième série d’accusations comme des affabulations et des fausses accusations contre des Juifs réduits au rôle de boucs émissaires d’une société entière…

Et qu’on ait tant de mal à ne voir autre chose dans la première série que des mythes ou des contes à dormir debout?

Comment ne pas reconnaître dans cette accumulation plus ou moins fantastique de catastrophes que sont les (dix) plaies présentées par le récit biblique de l’Exode (Exode 7-12) …

Le même type de fausses accusations d’un mythe d’expulsion d’une population bouc émissaire qui se trouve être de surcroit…

Les propres ancêtres et le texte lui-même (en une sorte de contre-histoire retournant lesdites accusations en actes délibérés d’une libération divine) le propre récit fondateur du groupe en question …

  A savoir les Juifs ?

Telles sont quelques unes des nombreuses questions qui n’ont hélas pu être soulevées lors du passionnant colloque de l’Alliance israélite universelle d’hier sur l’histoire et la résurgence dans le monde contemporain (notamment la nouvelle Affaire de Damas du meurtre supposé du petit Mohammed mais aussi à Cana lors de la dernière guerre du Liban) des accusations (non sans une certaine ambivalence) de crime rituel contre les Juifs (« Le Mythe du meurtre rituel d’hier à aujourd’hui« , organisé au Centre Leven de Paris par Shmuel trigano avec RP Hsia, MF Rouart, R. Israéli, R. Landes, J. Kotek, C. Leuchler et G. Gachinochi, P. Karsenty).

Certes, contrairement à un mythe ordinaire et dans son insistance à tout attribuer au Dieu unique, le texte biblique présente les dix plaies qui ont finalement poussé les Egyptiens (d’ailleurs eux-mêmes, si l’on en croit les textes, réellement coupables d’infanticides) à expulser leurs esclaves hébreux comme des fléaux envoyés par Dieu lui-même au nom du chef de ces derniers, Moïse.

Mais justement, comme l’a aussi rappelé Girard, c’est là justement ce qui en fait toute la différence et la valeur par opposition aux mythes ordinaires qui eux présentent systématiquement les expulsés comme coupables des accusations qu’on leur prête.

On a donc bien affaire à un mythe mais à un mythe subverti où les coupables habituels sont présentés comme victimes.

Même s’il y demeure certains éléments mythiques, à l’importante différence toutefois que les accusations qui ont provoqué l’expulsion y sont attribuées à la divinité elle-même.

Mais, direz-vous, tout cela est bien joli et de la bien belle théorie parce qu’on n’a bien sûr pas la version des Egyptiens de l’époque.

Et pourtant, comme l’a montré James G. Williams, il existe une version égyptienne, même si elle est naturellement bien postérieure aux évènements.

Il s’agit des récits de l’époque égypto-hellénique, notamment du polémiste Apion citant un certain Manetho, prêtre de son état, rapportés (pour les réfuter) par l’historien Josèphe, et qui, résumés par Williams, ressemblent étrangement à un mythe d’expulsion …

Voir extrait:

To see the remarkable contrast between the story of the Exodus as actually told in the Old Testament book of Exodus and the typical mythological way in which such stories were usually told, one only needs to ask, “What would the story of the Exodus be like had the Egyptians told it, instead of the Israelites?” Unfortunately, no Egyptian historical records from the 14th or 13th centuries B.C.E. exist to tell the Egyptian side of the story. However, later Egyptian versions of the Exodus story do exist, dating from the Hellenistic period. James G. Williams writes that these later Egyptian versions . . . indicate that from the Egyptian standpoint the departure of the Hebrews from Egypt was actually a justifiable expulsion. The main sources are the writings of Manetho and Apion, which are summarized and refuted in Josephus’s work Against Apion . . . Manetho was an Egyptian priest in Heliopolis. Apion was an Egyptian who wrote in Greek and played a prominent role in Egyptian cultural and political life. His account of the Exodus was used in an attack on the claims and rights of Alexandrian Jews . . . [T]he Hellenistic-Egyptian version of the Exodus may be summarized as follows: The Egyptians faced a major crisis precipitated by a group of people suffering from various diseases. For fear the disease would spread or something worse would happen, this motley lot was assembled and expelled from the country. Under the leadership of a certain Moses, these people were dispatched; they constituted themselves then as a religious and national unity. They finally settled in Jerusalem and became the ancestors of the Jews.

The contrast between the point of view of this Egyptian version of the Exodus and the point of view of the story we actually find in the book of Exodus could not be greater! Forever after the Exodus, the Israelites had a deep consciousness of the innocence of the victim — a consciousness that was in constant tension with the sacrificial cultural systems which Israel borrowed from its neighbors.


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