Campagne 2007: Avis de gros temps dans le ciel des idées à gauche

18 février, 2007
French intellectualsAvec une partie de la gauche devenue résolument anti-européenne, antimondialiste, antilibérale et qui s’accroche à la défense d’un "ordre" et d’une sécurité obtenus, certes, par la lutte mais qu’il est impossible de conserver tels quels dans un monde en évolution, les positions sont aujourd’hui inversées. (…) Cette inversion des postures et des valeurs remonte à 1995, quand la vieille gauche s’est arc-boutée contre les réformes sociales après quinze années de cogestion pendant lesquelles le couple Mitterrand-Chirac a confondu opération chirurgicale et anesthésie. Le débat sur le déclin nous oblige à ouvrir les yeux sur cette divergence qui s’installe entre le monde moderne et une France où l’immobilisme est en marche. Jacques Julliard
La France c’est le bien commun de tous les Français. (…) Pour moi il n’y a pas une histoire de France de gauche et une histoire de France de droite. Il n’y en a qu’une parce qu’il n’y a qu’une seule France. J’assume tout, je prends tout en partage et j’en suis fier. Je suis fier d’être un enfant de la patrie de Saint Louis, de Voltaire, de Victor Hugo, de Jaurès, de Blum, du Général de Gaulle, de Schuman, de Monnet. Nicolas Sarkozy

Après les décès à répétition des Bourdieu, Derrida et Vidal-Naquet, la gauche voit maintenant (la ligne de partage des eaux du 11/9 et l’intervention alliée en Irak aidant), la prise de distance critique, voire la désertion d’un certain nombre de ses intellectuels (sans parler des… "pétages de plomb"!).

D’où (les actuelles difficultés de leur candidate et la voracité idéologique d’un Sarkozy n’y sont peut-être pas non plus étrangères) la montée au créneau du Nouvel Obs de cette semaine avec cette (deuxième) couverture sur la "droitisation des intellos", ou du moins les "néoréacs" comme les Glucksmann, Bruckner ou Finkielkraut ou "néocons" comme les Taubmann, Goupil, Kouchner, Courtois ou Taguieff qui ont ou ouvertement rallié ou semblent montrer des sympathies pour le camp sarkoziste.

Ou les "experts" qui ne ménagent pas leurs critiques, les Baverez et Marseille ou Rosanvallon, Chauvel ou Pech.

Ceux qui basculent, ceux qui résistent
Les intellos virent-ils à droite?
Rien ne va plus à Saint-Germain-des-Prés. D’anciens gauchistes s’enflamment pour le candidat UMP pendant que d’autres ricanent ou doutent face au phénomène Royal. A quelques semaines de l’élection présidentielle, la gauche peine à rassembler ses soutiens traditionnels dans l’intelligentsia. Big-bang ou caprice de quelques divas ? Et si, derrière les ralliements spectaculaires ou les coups de gueule des têtes d’affiche, un nouveau paysage intellectuel était en train de naître ? Etat des lieux avant la bataille, par Aude Lancelin, Claude Askolovitch, Jean-Gabriel Fredet et François Bazin

Branle-bas de combat au « Figaro » le 31 janvier. Nicolas Beytout, directeur de la rédaction, mène l’enquête. Mail collectif aux troupes. Le matin même, « le Canard enchaîné » a annoncé la publication imminente d’un coming out sarkozyste d’Alain Finkielkraut dans les colonnes du quotidien de droite. Son détenteur est appelé à se signaler d’urgence. Mais non, rien à faire. Personne ne peut fournir la « pantoufle de vair » autorisant à célébrer les noces de Sarkozy et de son philosophe préféré, celui dont il assurait dans la foulée des émeutes de novembre 2005 qu’il faisait « honneur à l’intelligence française ». Une fusée éclairante lancée par l’hebdomadaire satirique pour obliger celui-ci à se découvrir ? Une semaine plus tard, Finkielkraut ne décolère toujours pas contre ce «journal de corbeaux». A peine atterri d’« une île lointaine », il dément violemment. «Il n’y aurait rien de monstrueux à rallier Sarkozy, qui n’est pas Ahmadinejad, tout de même… » Mais non, il ne le fera jamais, et interviendra dans la campagne sur ses seuls tourments de prédilection – l’apocalypse scolaire par exemple. Deux jours plus tard, le démenti se veut toutefois plus nuancé. Une interview passionnément anti-Royal accordée à « Libération » lui offre l’occasion de se reconnaître une «proximité de situation» avec un champion de l’UMP repeint en métèque hongrois. A l’heure du bouclage, on en est là de l’impossible idylle.

Donnés pour mort, laminés en termes d’impact électoral par les Thuram et autres Debbouze, lesintellectuels français « d’appellation contrôlée » pèseraient donc encore sur la campagne ? On cherche en tout cas à «faire parler le cadavre », assure Marcel Gauchet, qui dirige la prestigieuse revue « le Débat » aux côtés de Pierre Nora. Et quand il s’exprime, cela fait parfois une étrange musique. L’ex-« nouveau philosophe » André Glucksmann a cette fois franchi le pas. «Pourquoi je choisis Nicolas Sarkozy», expliquait-il dans « le Monde » du 30 janvier. Et d’autres encore n’hésitent plus à afficher les mêmes sympathies, de l’essayiste Pascal Bruckner à l’historien anciennement mitterrandiste Max Gallo. Alors cette fois ça y est, nous y serions bel et bien parvenus, à ce terminus de la droitisation continue d’une ex-« intelligentsia de gauche » ? Hormis quelques compagnons de dérive ou protecteurs amicaux, plus grand monde pour le nier.
Du côté des staffs politiques, un Franck Louvrier, conseiller en com de Sarkozy, nie toute «politique active de recrutement». Nombreux sont pourtant les essayistes qui ont été conviés à divers pince-fesses. Et côté PS aussi, des éditeurs comme Olivier Nora ou Maren Sell avouent avoir été dragués sans succès par téléphone. Pas vraiment de quoi retrouver le sentiment de son importance cependant, alors que chacun semble se féliciter grassement que l’engagement d’un Glucksmann ne pèse plus rien face à celui que susciterait un Zidane. A écouter l’avocat Jean-Pierre Mignard chargé par le PS d’organiser le grand raout « participatif » qui mêlera le 12 mars prochain saltimbanques, intellos et athlètes autour de Ségolène Royal, il y a même franchement de quoi être abattu. «Comment nier que le sportif a désormais un impact éthique et politique tout à fait capital sur la société?» C’est de longue date que les épigones des maîtres penseurs se sont de toute façon eux-mêmes condamnés aux strapontins face aux chanteurs défiscalisés de « Sarko » et aux acteurs de « Ségo ». Pourfendeur inlassable de la démocratie spectaculaire, Finkielkraut ne dissèque-t-il pas avec le plus grand sérieux les chansons d’une Diam’s, érigée par ses soins en nouvelle Beauvoir de l’antiracisme devenu fou ? A force de côtoyer le rappeur sur les plateaux au nom de l’urgence humanitaire et promotionnelle, l’« intello médiatique » subit les rudes lois de la concurrence, et se lumpenise gentiment à défaut de se lepéniser définitivement comme certains l’en accusent.
Auteur d’une remarquable réflexion sur le logiciel idéologique issu des années 1980 intitulée « la Décennie », François Cusset, 37 ans, se voit aujourd’hui confirmé dans son sombre pronostic : «Au fond, nous assistons à la première présidentielle de l’âge postintellectuel.» Fut un temps pas si éloigné, constate ce jeune prof de Sciences-Po et de l’Université Columbia, où de grandes voix politisées pouvaient encore peser sur une campagne autrement qu’à titre de symptôme déprimant. Seulement voilà, les Bourdieu, Derrida et Vidal-Naquet ont brutalement été emportés depuis 2002. Place désormais aux «humanistes réactionnaires», dit Cusset, ces essayistes issus de l’antitotalitarisme de la fin des années 1970, dont la densité des oeuvres est souvent inversement proportionnelle à la capacité d’indignation publique sur l’horreur tchétchène ou le « fascislamisme ».
Place aussi aux « experts », aux spécialistes tatillons de la « question sociale », ceux qui oeuvrent par exemple autour de Pierre Rosanvallon à la République des Idées. Très lus dans les cercles PS, ceux-là composent une figure à rebours de l’intellectuel sartrien à whisky et Boyard, qui ne méprisait rien tant que le pragmatisme technocratique, l’intervention chiffrée, et les costumes impeccables. Du spécialiste des « classes moyennes à la dérive » Louis Chauvel au fiscaliste Thierry Pech, on se tient toutefois à proximité « raisonnée » du pouvoir. Pas question de devenir l’usine à gaz de la gauche de gouvernement. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs ce dernier, jeune bras droit de Rosanvallon, de moquer sèchement les ralliements à Sarkozy. «Un candidat bavard et bruyant dont je n’ai toujours pas trouvé le programme. Pas une phrase de Sarkozy qui ne commence par «je veux»…» Glucksmann et les autres «se cherchent un homme providentiel, comme en 1958», moyennant quoi «ils adhèrent au volontarisme dans ce qu’il a de plus naïf et de plus dangereux».

Lui estime que la «démocratie participative prônée par Royal est une direction vitale», et se dit favorable aux «comités de quartier, aux cénacles civiques où les élus devront rendre des comptes». Au terme de cela… l’idée horrifique que chacun pourrait bien être le meilleur « expert » de sa propre vie ? Un spectre qui saisit le politologue Pierre-André Taguieff d’un «sentiment océanique», assez proche du mal de mer à vrai dire. Le côté «projet in-progress» de Ségolène Royal déchaîne les sarcasmes de l’ex-anarcho-situationniste qui, après avoir soutenu Chevènement en 2002, s’est un peu tâté sur le cas Sarkozy avant de renoncer finalement à officialiser son intérêt. «Avec Chirac, c’était encore de la bonne vieille démagogie: je suis sympa, j’ai une belle gueule, faites-moi confiance, votez pour moi. Avec Ségolène Royal, c’est l’inverse, et c’est au fond plus pervers : voyez comme je vous fais confiance, votez pour moi.» Un «néopopulisme» dont Taguieff observe l’extension accélérée dans tout le champ politique. Notamment chez un Bayrou, «posant désormais à l’abbé Pierre, jouant à fond le côté «je suis la voix des sans-voix»».
Déconcertés par la « ségosphère » et ne revendiquant aucune compétence en matière de microcrédit ou de droits des femmes battues, de nombreux intellectuels en viennent quasiment à regretter le temps béni où la harangue universaliste supplantait dans les meetings la question du remboursement du patch par la Sécu. D’avant-garde éclairée des masses ou de vigie tocquevillienne des horreurs démocratiques, peu apprécient de se voir sommés de devenir les greffiers des récriminations populaires. Sous la transhumance vers le petit « faucon » français Sarkozy, c’est bien souvent la nostalgie de la rhétorique de cape et d’épée des années de guerre froide qui perce. L’angoisse d’un déclassement aussi, peut-être même celle de la castration.
Face à cela, la gauche de la gauche s’époumone à l’ombre du « Monde diplo », ou tourne carrément le dos et se remet à l’ontologie pure comme Alain Badiou, honni par une certaine gauche domestiquée qui voit en lui le dernier mammouth maoïste à abattre. Cité sur le site Desirsdavenir en avril 2006, plutôt pertinemment d’ailleurs, le philosophe Jacques Rancière s’est retrouvé bombardé en «penseur qui inspire Ségolène Royal» sur une pleine page de « Paris Match » pendant les vacances de Noël. Un choc pour cet ancien althussérien, devenu l’un des derniers penseurs politiques radicaux de l’Hexagone. Ses cibles usuelles : les pseudo-républicains, ceux-là mêmes qui rallient désormais Sarkozy ou hésitent à l’avouer avec des prudences de rosière. Reste que l’auteur de « la Haine de la démocratie », petit best-seller brillantissime, n’a aucunement l’intention de devenir «l’Emmanuel Todd de la campagne 2007». «Fournir de la pensée aux dominants» ne fait décidément pas partie de ses ambitions. S’il observe avec un réel intérêt la circulation inattendue de ses propres idées, Rancière ne prendra «aucune part d’aucune sorte dans cette campagne».
«Elections, piège à cons», selon le mot de Sartre dans « les Temps modernes » en 1973, on en est donc revenu là ? Chez les rares intellectuels « non alignés » qui veulent croire encore à l’isoloir, quelques curiosités. Le philosophe Michel Onfray, qui milite pour la candidature de José Bové. Ou, à l’opposé du spectre, un Alain Soral, essayiste agité passé d’un marxisme confusionnel au QG de campagne du Front national. «Si Marx était vivant, il appellerait à voter Le Pen.» Au milieu de cette désorganisation idéologique avancée, une poignée d’irréductibles prône encore la mobilisation et la fidélité contre le reniement de leurs camarades de brasero en 1968. Trotskiste de toujours, l’historien de la colonisation Benjamin Stora dénonce à travers Sarkozy une «berlusconisation» de la politique française (voir encadré p. 12). Et trouve grotesque de se poser ne serait-ce que la question de la « sincérité » républicaine du candidat UMP. Il n’en reste pas moins que Royal peine à mobiliser les troupes, et que le réflexe « Sarko no pasarán » demeure son seul vrai atout chez les mandarins de gauche, qui du philosophe Etienne Balibar à l’anthropologue Françoise Héritier appellent désormais à voter pour elle.
Que la dernière synthèse politique jugée un tant soit peu « cohérente » intellectuellement soit aujourd’hui incarnée par un Sarkozy ex-maire de Neuilly et enfant chéri du libéralisme balladurien, il y a là quelque chose d’au minimum cocasse. Atlantisme de joggeur occasionnel à Central Park, dénonciation d’une « pensée 68 » d’opérette, arrestation de clandestins à l’âge de la maternelle et aux soupes populaires, encouragement au sécessionnisme fiscal des classes supérieures, moralisme vague à fondement prétendument chrétien. Qu’il y ait là de quoi les décider à passer résolument « l’arme à droite » ne laisse pas de surprendre. Le psychanalyste Jacques-Alain Miller se livre à ce sujet à un petit mea culpa courageux. En 2002, quand paraît « le Rappel à l’ordre » de Daniel Lindenberg, un des premiers à avoir pointé la « tentation réactionnaire » chez nombre d’apostats de l’extrême-gauche,le gendre de Lacan pilonne joyeusement le livre. «C’est Lindenberg qui avait raison, je ne le voyais pas alors.» Concernant Glucksmann, en revanche, pas de surprise. C’est Miller qui reçoit en mains propres à la Gauche prolétarienne l’adhésion du jeune normalien prodige. «Après un «long détour», l’élève préféré d’Aron est revenu à la source.» De là à voter Royal, Miller n’y songe pas. «L’ordre juste, quelle loufoquerie! Un socialisme utopique, des niaiseries à la Saint-Simon. La gauche va dans le mur avec cette pouliche-là.» Souvent il s’engueule avec son frère Gérard à ce sujet.
Au premier rang des facteurs déclencheurs du sarkozysme militant de Glucksmann, l’Irak bien sûr. «Ceux qui ont tout cru pensent tout croyable», écrivait le décidément regretté Guy Debord. On ne s’étonnera donc pas de voir un ancien mao de longue date rallié au charme des fusées Pershing américaines fantasmer cette fois le copain d’Arnaud Lagardère et Serge Dassault en candidat de «la France du coeur »,inspiré sacralement par «le murmure des âmes innocentes» à Yad Vashem et hanté par le drame du Darfour. Assez instructif, aussi, l’entretien de Sarkozy recueilli par le même Glucksmann, Pascal Bruckner ou encore Yasmina Reza pour la revue « le Meilleur des mondes » à l’automne 2006. Entre considérations sur l’« antiaméricanisme » français et coups de menton anti-Poutine qu’une élection assagirait très vite, un éloge survolté de « la nation », le tout émaillé de citations pointues de Goldman (Jean-Jacques) et de Corneille (le chanteur). On n’est décidément pas loin de l’excellente formule de Philippe Cohen, coauteur de « la Face karchée de Sarkozy », récente BD-enquête à succès : «Sarkozy joue «la politique pour les nuls» à l’un des peuples les plus politisés du monde.» Et le pire, c’est qu’il trouve de grands garçons très instruits pour « faire mumuse » avec lui.
Une petite visite dans l’antre du « bushisme » français, « le Meilleur des mondes », rue du Cherche-Midi, chahute un peu la caricature. La réputation « néocons » de la revue énerve au plus haut point Michel Taubmann, l’ancien trotskiste qui l’a fondée avec Olivier Rubinstein, patron de Denoël. Il faut dire cependant que du cinéaste Romain Goupil en passant par Glucksmann, Bruckner ou Kouchner, tout l’état-major du désir de guerre inassouvi de 2003 parade au grand complet dans la revue. A cette revue de troupe s’ajoutent l’historien Stéphane Courtois, Pierre-André Taguieff et le romancier Marc Weitzmann, ancien des « Inrocks », à qui Sarkozy apparaît désormais comme «de loin le plus cohérent, le plus structuré, le plus ancré dans le monde réel».
Ce matin-là, on y trouve aussi Michaël Prazan, 36 ans, cuir noir, dix ans d’enseignement en banlieue et un livre sur le négationniste Garaudy à paraître. Lui se présente comme un déçu de l’antiracisme des années 1980. Mais aussi Mohamed Abdi, militant de la cause palestinienne, qui, lui, fait carrément partie de l’équipe de campagne de Ségolène Royal. Différents profils qui cherchent àse réchauffer dans le grand big-bang idéologique de l’après-11-Septembre. C’est Finkielkraut, présent à l’origine de l’aventure, qui suggère comme titre « le Meilleur des mondes ». Au début, il voulait l’appeler « Trop tard ». «Mais on m’a dit que ce n’était pas un titre de revue, ça… » Et puis, les menées irakiennes n’étant décidément pas son affaire et les hasards faisant, il s’écarte.
Le tropisme de Finkielkraut, on le sait, c’est le durcissement des vieux mythes républicains, à l’heure de Clichy-sous-Bois et de l’extrémisme banalisé, où les modalités de la République de demain seraient plutôt à repenser de fond en comble. Un point commun avec Max Gallo, qui, lui, affiche fièrement son enthousiasme sarkozyste. En 1983, le porte-parole du gouvernement Mitterrand interpellait les clercs de gauche, les accusant de ne pas se mobiliser contre le retour d’une droite décomplexée. «Où sont les Gide, les Malraux, les Alain d’aujourd’hui?», tonnait-il sur trois colonnes titrées « Le silence des intellectuels ». Aujourd’hui ils seraient à l’UMP, doit-on comprendre. «Ontologiquement, sociologiquement, culturellement, je reste un intellectuel de gauche, déclare-t-il. Il se trouve cependant qu’ayant choisi comme test la question de la nation, ce qu’en a dit Sarkozy lors de son discours de Nîmes ou à la porte de Versailles me satisfait pleinement.»
A ceux qui imaginaient encore que la première mission du clerc, a fortiori « de gauche », était une certaine vigilance face à la rhétorique des pouvoirs, bonsoir. Nul n’ignore désormais que la plume d’Henri Guaino, ex-membre de la Fondation du 2-Mars, contribue pour l’essentiel au saupoudrage socialo-gaulliste des récents discours du candidat de l’UMP. Peu importe, Max Gallo a déjà réinvesti sa flamme chevènementiste de 2002 dans la « résistance » sarkozyste de 2007. Et n’hésite plus à convoquer le fétiche du de Gaulle de 1940, qui lui aussi rassemblait «bien au-delà de son camp». Face à ce genre de transferts hallucinés, seuls quelques francs-tireurs et autres persifleurs donnent encore matière à s’amuser.
Auteur d’une tribune intitulée « la France moisie » en 2002, Philippe Sollers envisage deux hypothèses. «Ou la France est au stade terminal. Ou elle va en fait à ce point bien qu’elle peut se permettre n’importe quoi. Je pencherais plutôt pour la seconde option.» Ainsi imagine-t-il entre autres scénarios une Ségolène Royal entraînée par Chirac vers le bouton nucléaire sur le perron de l’Elysée au printemps prochain. «De l’érotisme de masse, enfin! Les Américains seraient vraiment vampés, là. Autrement que par un Sarko en cousin d’Amérique essayant de repriser une République effilochée.» Dans un autre registre, le démographe Emmanuel Todd se dit sous le choc. «Le vide intellectuel de cette campagne atteint des proportions ahurissantes», commente l’inspirateur de la « fracture sociale » de 1995, qui milite désormais pour un « protectionnisme européen ». «Je méprise ces intellectuels qui se rallient à un voyou comme Sarkozy. Mais on a atteint un tel point de désorganisation idéologique qu’il est normal que certains pètent les plombs.» L’apesanteur ne dure cependant jamais longtemps, poursuit-il. La réaction du corps social à ceux qu’il persiste à voir en «candidats du vide» l’effraie un peu, au point d’envisager «des phénomènes de violence». «En même temps, je me sens de plus en plus Groucho Marx, vous savez. Avec une réelle difficulté à me prendre au sérieux et à prendre au sérieux ceux qui prennent ça au sérieux.» En 2007, il n’y aura pas de Coluche pour recueillir les intentions de vote des Pierre Bourdieu, Jean-Pierre Faye ou Jean Baudrillard, comme en 1981. Même Nicolas Hulot vient de jeter l’éponge. Dommage, Alain Finkielkraut confiait le 6 février à l’AFP qu’il avait trouvé en l’ex-animateur de TF1 un candidat crédible.

Pierre-André Taguieff, André Glucksmann, Max Gallo et Alain Finkielkraut incarnent chacun à sa manière une certaine « droitisation » de l’intelligentsia. Partisans d’un nouvel atlantisme (Taguieff, Glucksmann) ou persuadés de la décadence du modèle républicain (Gallo, Finkielkraut), ils récusent néanmoins l’étiquette de « néoréactionnaires »…

Marc Weitzmann
Des « Inrocks » à Sarko
Romancier et ex-journaliste aux « Inrockuptibles », il collabore à la revue « le Meilleur des mondes » et soutient aujourd’hui la candidature de Nicolas Sarkozy, «le plus cohérent, le plus structuré», et dont les discours sont «les plus ancrés qui soient dans le monde réel et la société contemporaine».

Jacques-Alain Miller
Psy et anti-Ségo
Pilier de la psychanalyse française, le gendre de Lacan doute des capacités de Ségolène Royal. «Avec elle, la gauche va dans le mur», jure-t-il. Mais cet ancien gauchiste dénonce aussi la défection des « néoréactionnaires », ces intellos de gauche tentés par la droite.

Thierry Pech
Expert critique
Ce sociologue spécialiste de la justice est secrétaire général du nouveau think tank social-démocrate, la République des Idées. Partisan d’une «nouvelle critique sociale» et farouche partisan de l’indépendance des intellectuels, il a néanmoins dirigé un numéro de la revue « la Vie des idées » décryptant le populisme de Nicolas Sarkozy.

Daniel Lindenberg
Anti-néoréactionnaire
Dans son essai « le Rappel à l’ordre », ce philosophe, historien des idées, a dénoncé la dérive « néoréactionnaire » des anciens intellos de gauche. Une vive polémique s’en est suivie, notamment avec Jacques-Alain Miller, auteur d’une réfutation des thèses de Lindenberg (« le Neveu de Lacan »).

Emmanuel Todd
Boîte à idées
En 1995, la fracture sociale, c’était lui. Ce thème développé dans une note de la Fondation Saint-Simon avait été repris avec succès par le candidat Chirac. Aujourd’hui, le chercheur de l’Institut national d’Etudes démographiques (Ined) fait le tour des écuries présidentielles pour les convertir à un «protectionnisme européen».

Michel Onfray
A gauche toute !
Philosophe à succès de l’hédonisme et défenseur d’un athéisme radical, le fondateur de l’Université populaire de Caen prend parti pour la candidature de José Bové. «Je crois à la réalité et à la vérité de la lutte des classes, je n’accorde mes suffrages qu’à ceux qui savent que le monde des gens modestes n’est pas une fiction [...] », écrit-il sur son blog.

Jacques Rancière
Il inspire Ségolène
Issu du séminaire Althusser, comme André Glucksmann, l’auteur de « la Haine de la démocratie » a été cité sur le site Desirsdavenir pour justifier l’approche « participative » de Ségolène Royal. Mais ce franc-tireur qui n’entend pas «fournir de la pensée aux dominants» ne prendra pas part à la campagne.

Aude Lancelin
Le Nouvel Observateur

Il se trouve que, moi, j’étais déjà de tous les combats de la gauche anti-autoritaire quand d’autres étaient « mao-stals ». (…) On ne peut pas laisser la jeunesse issue des immigrations postcoloniales sans voix, comme ça. Or ces « intellectuels médiatiques » ne peuvent pas se faire entendre d’elle ! Leur public, ce sont des enseignants de 50 ans qui ont peur des mômes de banlieue.

Trois questions à Benjamin Stora
Intellos de gauche, debout !
Le Nouvel Observateur. – Quel regard portez-vous sur la « droitisation » actuelle de nombreux intellectuels français ?
Benjamin Stora. – Le 21 avril a été tout autre chose qu’un problème de « dispersion électorale ». Il a révélé le glissement continu de la société française vers la droite, que j’observe pour ma part depuis quinze ans à travers mes travaux sur la colonisation. Tous ces débats sur « l’excès de repentance » sont proprement scandaleux. Il est devenu difficile de faire son travail d’historien sans donner l’impression d’attaquer la France. Quinze siècles d’islam ne peuvent pourtant être réduits à de telles déformations. Ce qui me donne du courage aujourd’hui, c’est toute une génération de jeunes chercheurs qui travaillent enfin sur ces problèmes cruciaux. Eux seuls permettront à la gauche de retrouver le rang intellectuel qu’elle a pour l’heure perdu.
N. O. – Comptez-vous vous engager dans cette campagne ?
B. Stora.- Ce n’est pas quand sa famille est en difficulté qu’on la quitte. Il se trouve que, moi, j’étais déjà de tous les combats de la gauche anti-autoritaire quand d’autres étaient « mao-stals ». Alors oui, je vais me battre publiquement. Depuis quelques semaines, j’ai entamé une discussion avec le PS. On ne peut pas laisser la jeunesse issue des immigrations postcoloniales sans voix, comme ça. Or ces « intellectuels médiatiques » ne peuvent pas se faire entendre d’elle ! Leur public, ce sont des enseignants de 50 ans qui ont peur des mômes de banlieue.

N. O. – Allez-vous jusqu’à considérer Nicolas Sarkozy comme une menace sérieuse?
B. Stora. – La « machine Berlusconi » est en marche. Même la presse de gauche se montre compréhensive. Accepterat-on de voir « les Guignols » devenir le dernier bastion où l’on peut critiquer Sarkozy ? S’il devait passer, on entrerait dans une tout autre histoire. Chacun retournerait à ses affaires privées, l’effet démoralisateur serait terrible.

Né à Constantine en 1950, Benjamin Stora est historien de la colonisation. Il est notamment l’auteur de« la Gangrène et l’Oubli »(La Découverte).

Contre la gauche antilibérale, qui sacrifie la liberté à l’égalité. Contre la gauche qui, dans les années 1970, tenait les dissidents pour des complices de la réaction et expliquait que les chars de Brejnev venaient sauver les Afghans du Moyen Age. Contre cette gauche qui, aujourd’hui, voit Israël comme un cancer et les Etats-Unis comme la maison du diable. Contre cette gauche qui accueille Tariq Ramadan et courtise les islamistes. Contre la gauche nationaliste et anti-européenne. Contre ces maurrassiens déguisés en hommes de gauche tel Chevènement, que je dénonçais déjà en 1981 dans « le Matin de Paris » et que je retrouve, hélas ! près de Ségolène Royal fustigeant le «capitalisme mondialisé» qu’incarnerait Sarkozy…

Je ne les ai pas entendus, eux, quand on massacrait les Bosniaques, ou les Tchétchènes, ou les femmes algériennes, ou les Irakiens anti-Saddam. Comme si la misère du monde, hors des frontières de la France ou hors des cadres rassurants de l’antiaméricanisme, ne les concernait plus…

Le cri de BHL
« Oui, je suis de gauche »
Le promoteur des « Nouveaux philosophes » revient sur le cas Glucksmann, défend Ségolène Royal malgré tout et refuse de diaboliser Nicolas Sarkozy

Le Nouvel Observateur. – Vous êtes toujours de gauche?
Bernard-Henri Lévy.- Oui, naturellement. La gauche est mon univers fondateur. Mon père a été jeune communiste. Il s’est engagé pour l’Espagne républicaine. On ne renie pas si facilement des choses comme cela. Alors, bien sûr, je dialogue avec la gauche. J’ai passé ma vie à batailler pour une gauche libérale, antitotalitaire. Mais bon, on ne se dispute vraiment qu’avec les siens. Mon rapport avec la gauche, c’est trente ans de guerres continuelles doublées d’une fidélité inentamable.

N. O. – Des guerres?
B.-H. Lévy. – Oui, bien sûr. Contre la gauche antilibérale, qui sacrifie la liberté à l’égalité. Contre la gauche qui, dans les années 1970, tenait les dissidents pour des complices de la réaction et expliquait que les chars de Brejnev venaient sauver les Afghans du Moyen Age. Contre cette gauche qui, aujourd’hui, voit Israël comme un cancer et les Etats-Unis comme la maison du diable. Contre cette gauche qui accueille Tariq Ramadan et courtise les islamistes. Contre la gauche nationaliste et anti-européenne. Contre ces maurrassiens déguisés en hommes de gauche tel Chevènement, que je dénonçais déjà en 1981 dans « le Matin de Paris » et que je retrouve, hélas ! près de Ségolène Royal fustigeant le «capitalisme mondialisé» qu’incarnerait Sarkozy…

N. O. – Vous comprenez le sarkozysme d’André Glucksmann?

B.-H. Lévy. – André Glucksmann est un ami. Et nous avons partagé trop de combats pour que je puisse traiter son acte avec désinvolture. Mais, non, je ne le comprends pas bien. Sarko n’est ni un salaud ni un facho – ça, c’est ce que dit la gauche quand elle n’a rien à dire. Mais, pour moi, l’engagement des intellectuels dans une campagne électorale suppose trois principes. Primo, on n’est pas des suiveurs, des godillots – on laisse ça à Doc Gynéco. Secundo, on s’engage par défaut, faute de mieux, et avec méfiance : je n’imagine pas Sartre sacrant un candidat avec la ferveur de ceux qui aujourd’hui rejoignent Sarkozy. Et puis il y a le timing : les intellectuels sont des flibustiers, des braqueurs, des gens qui posent des conditions, qui exercent une pression maximale et qui doivent se prononcer le plus tard possible, après avoir obtenu le maximum de butin : des gestes forts et des engagements sur l’essentiel. Nicolas Hulot a très bien compris ce principe.

N. O. – Que demandez-vous aux candidats ?
B.-H. Lévy . – Par exemple de remettre la France au coeur de l’Europe. Et des engagements forts sur la laïcité. L’assurance d’une fermeté absolue envers l’islamisme radical et l’Iran.

N. O. – C’est un programme «néoconservateur» à la française?
B.-H. Lévy. – C’est un programme de gauche minimum. Sauf si l’on trouve « progressiste » la complaisance envers l’islamisme, ou prometteuse l’alliance entre Chávez et Ahmadinejad…

N. O. – Glucksmann peut-il avoir raison de parier sur une droite moderne et atlantiste?
B.-H. Lévy. – Le Sarkozy ministre de l’Intérieur qui a notabilisé l’UOIF n’était pas d’une laïcité irréprochable… Et d’une manière générale je crois qu’un héritier de Blum comprendra mieux l’absolue priorité des droits de l’homme qu’un disciple d’Adam Smith, pour qui la loi du commerce prime sur la politique et sur la défense des persécutés. Je reconnais à Nicolas Sarkozy ses propos forts sur le Darfour ou la Tchétchénie. Mais Royal à Villepinte n’a pas été en reste. Et quand elle a évoqué l’assassinat, à Moscou, d’Anna Politkovskaïa, c’était un vrai moment d’émotion. Et puis, comment dire, j’ai de la mémoire. Au moment de la Bosnie, j’avais deux adversaires : Mitterrand, sans doute, mais plus encore Balladur et Juppé.

N. O. – Y a-t-il une continuité entre la naissance des nouveaux philosophes, leur critique du communisme, et le virage à droite d’un Glucksmann?
B.-H. Lévy. – Attendez ! Pour moi, la vraie gauche, c’est aussi le combat contre le communisme. C’est d’abord l’antitotalitarisme. Et « le Nouvel Observateur » a été à nos côtés dans ce combat. Alors, après, il y a les trajectoires, les inquiétudes individuelles… Un exemple : les banlieues incendiées de novembre 2005. J’ai des amis qui n’ont voulu y voir qu’un soulèvement de barbares sous-tendu par l’islamisme. Je ne les ai pas suivis. Oui, il y avait de la violence dans ces émeutes. Oui, il y avait de la barbarie. Mais pas tellement plus – et même finalement beaucoup moins ! – que dans d’autres mouvements insurrectionnels type Commune de Paris, où, je vous le rappelle, on a quand même incendié non pas la bagnole du voisin ou la maternelle du coin, mais la bibliothèque des Tuileries et ses 250 000 ouvrages ! Les mouvements sociaux ne prennent pas leurs ordres à la Fondation Saint-Simon. Ils n’en portent pas moins un vrai message.

N. O. – On vous a reproché votre silence social. Votre existence d’aristocrate des idées, insensible à la misère du monde.
B.-H. Lévy. – Qui m’a reproché cela ? Les amis de M. Bourdieu et du « Monde diplomatique » ? Alain Badiou ? Je ne les ai pas entendus, eux, quand on massacrait les Bosniaques, ou les Tchétchènes, ou les femmes algériennes, ou les Irakiens anti-Saddam. Comme si la misère du monde, hors des frontières de la France ou hors des cadres rassurants de l’antiaméricanisme, ne les concernait plus…

N. O. – Vous allez accompagner Ségolène Royal?

B.-H. Lévy. – Je vous le répète : un intellectuel est là pour interpeller, pas pour accompagner. Mais j’ai rencontré Ségolène Royal. Longuement. Les médias, après l’avoir idolâtrée, sont devenus très injustes à son endroit, et parfois même insultants. Cette phrase sur la justice chinoise, par exemple, tirée de son contexte, alors qu’elle s’est démenée pour mettre en avant la question des dissidents. Elle vaut mieux que sa caricature. Même si, naturellement, je reste circonspect, perplexe, face à son discours.

N. O. – Pourquoi perplexe?
B.-H. Lévy. – Parce qu’il y a deux Ségolène. Prenez cette question des droits de l’homme justement. Ce qui m’a frappé, quand je l’ai vue, c’est son obstination à parler des « droits humains » pour ne pas dire « droits de l’homme »… Or ce n’est pas une simple question de vocabulaire. Les droits de l’homme, c’est l’étendard de la gauche antitotalitaire. C’est notre drapeau. Et tout le bla-bla, dans une partie de son entourage, sur ces droits de l’homme qui seraient les droits d’un Occident repu qui chercherait à imposer ses Lumières au reste de la planète, sent son relativisme culturel, son tiers-mondisme rance, son altermondialisme, et au total sa méconnaissance de cette grande avancée que fut, dans l’histoire de la gauche, l’antitotalitarisme. Mais, là aussi, Ségolène Royal s’est démarquée à Villepinte en prononçant des mots forts – à propos de la Russie et de la Chine notamment – sur l’universalité des valeurs démocratiques.

N. O. – On voit plus Ségolène comme une «conservatrice» que comme une gauchiste…
B.-H. Lévy. – On peut être « conservatrice » et « gauchiste » à la fois. L’un des thèmes qui fait le lien, c’est l’opposition entre le « vrai peuple » et les « élites ». Ou la tonalité nauséabonde du texte du député PS Eric Besson qui présente Sarkozy comme un «néoconservateur américain avec un passeport français». Là encore, Chevènement n’est pas loin. On est au bord de l’« idéologie française », tout près de la matrice où s’enfantent les deux pétainismes, de gauche et de droite… De deux choses l’une : ou bien Ségolène Royal se sert de cette ambiguïté pour ramener l’électorat noniste vers la gauche moderne et vers l’Europe – et alors, bravo ! c’est de bonne guerre, et c’est surtout de la bonne politique ! Ou bien elle est dupe et adopte, au nom du PS, la vision du monde des antilibéraux, et alors elle fera perdre à la gauche l’acquis de trente ans de combat.

N. O. – Comment conjurer ce risque?
B.-H. Lévy. – Ne rien laisser passer. Et jusqu’au bout, de l’intérieur, harceler cette gauche qui balance entre ses deux identités.

Bernard-Henri Lévy
Intello star
Dans un récent « Bloc-notes » du « Point », l’homme à la chemise blanche narrait son dîner avec Ségolène Royal, «une femme qui ne ressemble guère à l’image qu’elle s’est donnée». De l’Afghanistan à la Bosnie en passant par Saint-Germain-des-Prés, il reste fidèle à son engagement pour la gauche antitotalitaire.

Claude Askolovitch
Le Nouvel Observateur

Difficile aussi de contester le diagnostic de Baverez, contempteur de vingt-cinq ans d’immobilisme : championne des réformes ajournées, la France réussit à cumuler l’économie la plus administrée, la plus forte dépense publique, l’une des dettes les plus colossales et l’un des taux de chômage les plus élevés de toute l’Europe.

Si le diagnostic sur cette France qui va mal passionne et dérange, c’est qu’en niant cette évidence ou en tentant de la réduire à une thématique réactionnaire l’intelligentsia de gauche révèle les désarrois et les contradictions d’un parti qui se vivait naguère comme celui de l’alliance du progrès scientifique et de la justice sociale, mais qui prend aujourd’hui le risque d’être celui de l’immobilisme.

Avec une partie de la gauche devenue résolument anti-européenne, antimondialiste, antilibérale et qui s’accroche à la défense d’un « ordre » et d’une sécurité obtenus, certes, par la lutte mais qu’il est impossible de conserver tels quels dans un monde en évolution, les positions sont aujourd’hui inversées, explique Jacques Julliard dans « le Malheur français ». La gauche refuse la réforme parce qu’elle est convaincue qu’elle se fera à son détriment. Mais du coup elle risque de tout perdre. Et, dans un même mouvement paradoxal, elle laisse à la droite, parfois la droite sarkozienne, le soin de défendre le droit d’entreprendre, l’ouverture, les bienfaits d’un changement inévitable, et de dénoncer les dangers de l’immobilisme, prélude à la vitrification. (…) cette inversion des postures et des valeurs remonte à 1995, quand la vieille gauche s’est arc-boutée contre les réformes sociales après quinze années de cogestion pendant lesquelles le couple Mitterrand-Chirac a confondu opération chirurgicale et anesthésie. Le débat sur le déclin nous oblige à ouvrir les yeux sur cette divergence qui s’installe entre le monde moderne et une France où l’immobilisme est en marche.

Selon eux, la France est au bord du gouffre…
Les oracles du déclin
Ils ne se reconnaissent pas dans l’archétype de l’« intello », mais leurs essais bourrés de chiffres sur la déglingue tricolore inspirent les politiques… de droite

Voter Sarkozy, moi? Je n’ai encore rien décidé. En défendant le travail, l’autorité et en dénonçant la carte scolaire, Ségolène Royal a montré sa sensibilité à une inquiétude que partagent deux Français sur trois. Ses gaffes n’y font rien : j’attendrai ses propositions pour prendre publiquement position.» Pas content, Nicolas Baverez. Historien, polémiste, bête noire de la gauche bien-pensante, l’auteur de « la France qui tombe », aronien bon teint, a beau rappeler que la description d’un pays qui s’affaisse – un travail de « déclinologue » – n’en fait pas pour autant un « décliniste » convaincu de sa chute inéluctable, rien n’y fait. Adversaires et lecteurs pressés l’assimilent uniformément à un imprécateur de droite. Et, postulant un lien entre le déclin – thématique de droite depuis Joseph de Maistre ou Maurice Barrès – et la « rupture » prescrite par Nicolas Sarkozy, ils jugent que ce prophète d’apocalypse roulerait pour le président de l’UMP. «Faux », tempête Baverez. Le déclin, thème central de sa trilogie (« les Trente Piteuses », « la France qui tombe » et « Nouveau Monde, vieille France »), s’est invité spontanément dans les débats au point de devenir le décor général des polémiques de la campagne.

Entre « la Société de la peur », « l’Agonie des élites », « le Crépuscule des petits dieux » ou « le Malheur français », difficile en effet dans une librairie d’échapper à la litanie des déclinologues-déclinistes qui font leurs choux gras du « mal français ». Difficile aussi de contester le diagnostic de Baverez, contempteur de vingt-cinq ans d’immobilisme : championne des réformes ajournées, la France réussit à cumuler l’économie la plus administrée, la plus forte dépense publique, l’une des dettes les plus colossales et l’un des taux de chômage les plus élevés de toute l’Europe. Ses contradicteurs peuvent bien railler la manie de Baverez de «débiter la France en statistiques à perte de vue et de sens», il s’en moque. Récusant le qualificatif d’« intellectuel » («réservé à une époque où le clivage intellectuel résumait les clivages politiques et reflétait les clivages idéologiques»…), il reconnaît volontiers avoir trop mis l’accent sur l’économie et sous-estimé le poids des idées, déterminantes en politique. Mais, conscient d’avoir cristallisé le problème central de notre société, il «accepte d’en payer le prix avec une étiquette qui n’a pas grand sens».
La déferlante des essais sur le sujet ? Le pandémonium que le thème du déclin déclenche dans les rangs de l’intelligentsia ? Une bonne chose. Ce brouhaha qui fait bouger les lignes et permet à certains opinion makers, naguère étiquetés de gauche (Alain Minc, François de Closets), de franchir le Rubicon du politiquement correct tandis que d’autres (Marcel Gauchet, Jacques Julliard) s’interrogent, a le mérite de faire apparaître en plein jour l’«inversion des polarités», le grand chambardement auquel est confronté la planète des intellectuels. Car la vraie découverte qui affleure à travers cet affrontement autour du déclin – relatif ou absolu, selon les auteurs -, c’est celle d’une France rétractée, repliée sur elle-même, en pleine régression. Si le diagnostic sur cette France qui va mal passionne et dérange, c’est qu’en niant cette évidence ou en tentant de la réduire à une thématique réactionnaire l’intelligentsia de gauche révèle les désarrois et les contradictions d’un parti qui se vivait naguère comme celui de l’alliance du progrès scientifique et de la justice sociale, mais qui prend aujourd’hui le risque d’être celui de l’immobilisme.
«Je crains pour ce qui existe», disait traditionnellement le conservateur. «J’espère pour ce qui va être», répondait l’homme de progrès. Avec une partie de la gauche devenue résolument anti-européenne, antimondialiste, antilibérale et qui s’accroche à la défense d’un « ordre » et d’une sécurité obtenus, certes, par la lutte mais qu’il est impossible de conserver tels quels dans un monde en évolution, les positions sont aujourd’hui inversées, explique Jacques Julliard dans « le Malheur français ». La gauche refuse la réforme parce qu’elle est convaincue qu’elle se fera à son détriment. Mais du coup elle risque de tout perdre. Et, dans un même mouvement paradoxal, elle laisse à la droite, parfois la droite sarkozienne, le soin de défendre le droit d’entreprendre, l’ouverture, les bienfaits d’un changement inévitable, et de dénoncer les dangers de l’immobilisme, prélude à la vitrification. Pour Julliard, cette inversion des postures et des valeurs remonte à 1995, quand la vieille gauche s’est arc-boutée contre les réformes sociales après quinze années de cogestion pendant lesquelles le couple Mitterrand-Chirac a confondu opération chirurgicale et anesthésie. Le débat sur le déclin nous oblige à ouvrir les yeux sur cette divergence qui s’installe entre le monde moderne et une France où l’immobilisme est en marche. Il est dur à entendre. Faut-il pour autant brûler le messager des mauvaises nouvelles au prétexte qu’il serait un « intellectuel libéral » ?

Nicolas Baverez

National-libéral
Ce normalien et énarque spécialiste de Raymond Aron a fait sensation en publiant « la France qui tombe » (2003). Le chroniqueur du « Point » y dresse « le constat clinique du déclin français ». Chef de file des « déclinistes », il fournit au courant libéral les arguments d’une rupture avec le modèle étatique et social français.

Jean-Gabriel Fredet

Le Nouvel Observateur

Aude Lancelin
Le Nouvel Observateur

Conférencier très prisé des chambres de commerce et du Medef, Marseille s’est mué en polémiste engagé. Trop loin de son camp d’origine ? Paradoxe : alors que Sarko, son champion, hésite à plaider la rupture brutale, Marseille, l’inspirateur de ce dernier, risque d’être déporté vers une droite radicale, populiste, qui n’est pourtant pas sa famille.

Jacques Marseille
L’artilleur de la rupture
Sur les présentoirs, les piles sont impressionnantes. A moins de soixante-dix jours de la présidentielle, « les Bons Chiffres pour ne pas voter nul », de Jacques Marseille, s’envolent. L’essai, qui pose directement la question du déclin français avec un appareillage statistique impeccable, dialectise plus qu’il ne vitupère. Mais le postulat comme les conclusions de ce professeur d’histoire de l’économie à la Sorbonne sont conformes à ses précédents livres : «Si les statistiques permettent de formuler des hypothèses sinon des convictions», celles qui sont rassemblées ici «invitent à la «rupture»», qu’elle soit «douce», «tranquille» ou «forte ». Cet universitaire qui a commencé à gauche, au Parti communiste, avoue aujourd’hui ouvertement sa détestation pour les socialistes.
Intellectuel, Marseille ? Plutôt « faiseur d’opinion ». Avant d’éditorialiser au « Point » et de dénoncer les innombrables gaspillages de la dépense publique (« le Grand Gaspillage ») ou de chroniquer la faillite de l’Education nationale, usine à chômage (« la Guerre des deux France »), il a étudié l’impact de la colonisation et des dynasties industrielles. Ce qui lui a permis d’identifier le défaut structurel de notre société : le goût pour la rente. Et son incapacité chronique à changer. Conférencier très prisé des chambres de commerce et du Medef, Marseille s’est mué en polémiste engagé. Trop loin de son camp d’origine ? Paradoxe : alors que Sarko, son champion, hésite à plaider la rupture brutale, Marseille, l’inspirateur de ce dernier, risque d’être déporté vers une droite radicale, populiste, qui n’est pourtant pas sa famille.

Jean-Gabriel Fredet
Le Nouvel Observateur

La semaine dernière, c’est des mêmes milieux qu’est partie une pétition, patronnée par Alternatives économiques et dont l’intitulé sonne comme un programme : « Vive l’impôt ! » Comme dit l’un des signataires, Thierry Pech, secrétaire général de la République des Idées : «En matière de fiscalité, la démagogie et le n’importe-quoi sont à l’évidence du côté de Sarkozy.»

Les cerveaux de la social-démocratie
Prudencitude
C’est sûr : les experts de la République des Idées rejettent Sarko et s’intéressent à Ségo. De là à l’adouber…

Puisque depuis une trentaine d’années, voter, c’est éliminer, mieux vaut ne plus parler d’élection mais de «désélection». La formule est de Pierre Rosanvallon, grand chef de la tribu de la République des Idées. Elle exprime un diagnostic. Et une posture intellectuelle : prudence, distance, vigilance. Au printemps dernier, à Grenoble, les intellos-experts avaient passé trois jours à ausculter la société française avec l’ambition de faire revivre une critique sociale digne de ce nom. «Si j’aperçois un leader politique dans la salle, je le vire», avait prévenu Rosanvallon. Dans le registre « eux c’est eux, nous c’est nous », les épigones de l’intelligentsia seconde gauche, mâtinée Fondation Saint-Simon, avaient rarement fait plus carré.
La semaine dernière, c’est des mêmes milieux qu’est partie une pétition, patronnée par Alternatives économiques et dont l’intitulé sonne comme un programme : « Vive l’impôt ! » Comme dit l’un des signataires, Thierry Pech, secrétaire général de la République des Idées : «En matière de fiscalité, la démagogie et le n’importe-quoi sont à l’évidence du côté de Sarkozy.» Ce même Sarkozy, cette fois-ci «vu de l’étranger», auquel « la Vie des idées » consacre sa dernière livraison mensuelle, dont la tonalité engagée, sinon militante, n’est pas passée inaperçue.

Il y a là, comme on dit dans la novlangue syndicale, comme l’esquisse d’un « bouger ». Ce n’est pas un mouvement collectif, conscient et organisé. Cette tribu-là fait peut-être école, mais ses membres ont pris l’habitude de gérer leurs engagements politiques de manière individuelle. Reste un tropisme de gauche, doublé d’un goût immodéré du débat public, qui tout à coup fait sens quand les clivages se reforment, au moins le temps d’une campagne présidentielle.
Pour les intellos-experts, Nicolas Sarkozy est un repoussoir absolu. François Bayrou dit trop peu de chose, sur le fond, pour véritablement séduire ou mériter, de leur part, autre chose qu’une attention passive. Et Ségolène Royal ? Depuis le début, la candidate socialiste pose à ce secteur de la planète intellectuelle une question embarrassante que Pierre Rosanvallon a bien exprimé, dès le mois de juin dernier, dans une mise au point qui se voulait définitive : «Nous n’avons avec elle aucune relation de travail.»
C’était à l’époque une réponse à tous ceux qui soulignaient les multiples emprunts de « la Dame blanche » aux notes de la République des Idées, notamment sur la question du travail. Mais comment en rester là dès lors qu’entre eux et elle se manifestait une similitude de regard sur l’état de la société française, une cohérence de diagnostic sur ses dysfonctionnements et même un parallélisme de méthode sur les conditions d’un renouveau démocratique, via « la démocratie participative » ? Pour beaucoup d’intellos-experts, l’intérêt porté au phénomène Royal n’a guère conduit au-delà d’une tentation prudente ou d’une adhésion raisonnée. Pour une Dominique Méda ou un Martin Véron, on compte encore aujourd’hui beaucoup de sceptiques ou même d’allergiques aux méthodes, voire à la personnalité d’une candidate socialiste qui s’est beaucoup inspirée de leurs travaux dans sa précampagne, mais les a peu associés à l’élaboration de son programme. Un rendez-vous manqué ?

François Bazin
Le Nouvel Observateur

Discours

Rassembler tous les Français

Nicolas SARKOZY
Président de l’Union pour un Mouvement Populaire
Maison de la Mutualité
Dimanche 11 février 2007

Mes chers amis,

Le 14 janvier à la Porte de Versailles, je me suis adressé à tous mes amis qui m’avaient accompagné jusque-là, à tous les militants dévoués et fidèles avec lesquels j’avais partagé tant de combats et je leur ai demandé, comme une nouvelle preuve de leur amitié, de me laisser libre, de me laisser libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’avait jamais été mon ami, qui n’avait jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique, qui parfois même nous avait combattu.
Je leur ai demandé à tous de faire cet effort de comprendre que je ne devais pas être le candidat de la seule UMP, qu’à partir du moment même où ils m’avaient choisi je devais me tourner vers tous les Français, quels que soient leurs parcours, quelles que soient leurs origines, quelles que soient leurs sensibilités politiques, parce je dois parler à tous les Français, parce que je dois les rassembler tous. Parce que nul ne doit se sentir exclu de la politique de renouveau que je veux impulser.
Mes valeurs sont celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs d’équité, d’ordre, de mérite, de travail, de liberté, de responsabilité. Je les assume. Mais dans les valeurs auxquelles je crois, il y a aussi le mouvement. Je ne suis pas un conservateur. Je ne veux pas d’une France immobile. Je veux l’innovation, la création, la lutte contre les injustices. J’ai voulu faire entrer ces idées dans le patrimoine de la droite républicaine alors même que la gauche les délaissait.
C’est parce que je suis sûr de mes convictions, sûr de mes valeurs, sûr de mon projet, que je crois à la nécessité de l’ouverture aux autres, que je n’ai aucune réticence à affronter des idées différentes, des opinions différentes, que cet échange peut être fécond, enrichissant.
C’est l’absence de véritables convictions qui rend sectaire. C’est celui qui a peur de confronter ses idées à celles des autres parce qu’il se sent fragile qui pratique le plus facilement l’anathème, le rejet, l’exclusion.

J’ai voulu aussi que la politique cesse de chercher dans l’idéologie les réponses toutes faites aux questions que lui posent les Français. J’ai voulu qu’elle soit ouverte au débat, aux idées neuves, qu’elle soit ouverte sur le monde, sur les expériences étrangères.

Je suis heureux de pouvoir m’adresser pour cette première réunion des comités de soutien à ma candidature, à tant de gens venus d’horizons si divers.
Je suis heureux et fier que vous tous différents par vos histoires, par vos engagements, vous vous soyez reconnus dans notre projet, dans les valeurs que je défends.
Je suis heureux et fier que vous y ayez reconnu les valeurs de la France, que vous ayez pu y trouver des raisons de penser que ce que nous avons en commun est finalement plus important que ce qui nous sépare.
Je suis heureux et fier que chacun d’entre vous, sans renoncer à ce qu’il est, c’est capital à mes yeux, sans se renier, ait pu remonter à travers ce que j’ai dit depuis le début de cette campagne à ce qui nous unit, à ce qui fait de nous les enfants d’une même nation, les héritiers d’une même culture et d’une même histoire. Que vous y ayez trouvé assez de force pour oublier les figures imposées de notre vie politique, les vieux clivages si difficiles à dépasser, les vieux réflexes conditionnés par l’éducation et par une longue habitude. Que cela ait pu être possible est pour moi une joie et une raison d’espérer dans l’avenir de notre démocratie.
Que l’on me comprenne bien : je ne cherche à débaucher personne. L’idée du débauchage est contraire à ma démarche et à mon état d’esprit. Il ne s’agit pas de compter les ralliements venus de l’autre camp, il ne s’agit pas de faire quelques opérations superficielles ou quelques combinaisons partisanes. Il ne s’agit pas de faire monter je ne sais quelles enchères pour attirer quelques personnalités emblématiques qu’on aurait attendues ailleurs.
Il s’agit plus simplement dans cette campagne de ne plus se poser la question des étiquettes, mais de parler seulement des convictions de chacun. De faire ce constat que sur certains sujets, dans certaines circonstances, les citoyens d’un même pays aimant profondément leur patrie peuvent avoir des choses à se dire, peuvent se sentir en accord, peuvent échanger, travailler, construire ensemble au nom des mêmes principes, des mêmes convictions pour lesquels ils ont pu se battre tout au long de leur vie.
Quand des hommes de gauche me parlent de la justice sociale, je veux les écouter.
Quand des syndicalistes me parlent de la condition ouvrière, je veux les entendre.
Quand un électeur du Front National m’explique les peurs, les angoisses, les révoltes qui l’ont conduit à ce choix, je veux prendre le temps de comprendre.
Quand un instituteur qui n’a jamais voté à droite m’explique la grande misère du métier d’enseignant, je veux lui donner l’attention qu’il mérite.
Quand André Glucksmann me parle de la tragédie tchétchène, je veux reprendre ce combat à mon compte.
Quand Alain Finkielkraut me parle de la faillite de la culture, je dois l’assurer que je réagirai.
Quand Max Gallo me parle de la nation et de la République, je veux qu’il sache que j’ai compris.
Quand Enrico Macias vient me voir avec tout son cœur, toute sa générosité, pour me parler de la détresse de certaines situations d’enfants de sans-papiers, je veux agir.
Quand la famille d’Ingrid Betancourt vient me dire sa douleur, je dois l’assurer que si je suis élu, je ferai de sa libération une priorité absolue. Parce que c’est une française qui est dans le malheur, parce que c’est une famille français qui est dans peine, parce que c’est une femme qui souffre depuis 5 ans.
Si l’on n’est pas capable de cet effort,
Si l’on n’a pas envie de faire cet effort,
Si l’on est convaincu que le but de l’élection présidentielle c’est de faire gagner un parti,
Si le sectarisme est la seule ligne de conduite,
Si l’on ne supporte pas que l’autre puisse se reconnaître lui aussi dans ce que l’on considère comme faisant partie de sa propre histoire, alors il ne faut pas être candidat à la présidence de la République.
Car lorsqu’il s’agit de l’élection présidentielle, il s’agit de la France.
Et lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp.
Lorsqu’il s’agit de la France il n’y a plus de parti.
La France c’est le bien commun de tous les Français.
C’est le fondement de notre fraternité et de notre solidarité.
C’est le cadre de notre démocratie.
C’est le socle de notre République.
C’est le nom que nous donnons à notre volonté de vivre ensemble, à nos valeurs partagées, à l’idée de l’homme qui nous réunit.
Je me fais une haute idée de la France, de ce qu’elle incarne aux yeux du monde, de son intelligence, de sa culture, de sa vocation universelle.
J’ai fait mienne son histoire. Pour moi il n’y a pas une histoire de France de gauche et une histoire de France de droite. Il n’y en a qu’une parce qu’il n’y a qu’une seule France.
J’assume tout, je prends tout en partage et j’en suis fier. Je suis fier d’être un enfant de la patrie de Saint Louis, de Voltaire, de Victor Hugo, de Jaurès, de Blum, du Général de Gaulle, de Schuman, de Monnet.
Quand Jaurès parle du travail dont la gauche ne parle plus, quand il propose une politique de l’éducation qui est le contraire de ce que la gauche prône depuis 40 ans, je me sens proche de Jaurès.
Quand je cite Léon Blum, ce visionnaire qui avait compris dès le début des années 20 que le communisme mènerait au stalinisme, je n’ai pas le sentiment de trahir mes valeurs.
Quand je dis que mes valeurs sont celles de la droite républicaine je ne me sens pas l’héritier des antidreyfusards ni des partisans de la collaboration avec les nazis. Quand je parle de l’histoire de France je ne dis pas que toutes les erreurs sont imputables à des hommes qui se réclamaient de la gauche et tous les succès à des hommes qui se réclamaient de la droite, contrairement à ceux qui font semblant de croire que tous les antidreyfusards étaient de droite et tous les résistants de gauche.

Je suis fier d’être l’enfant d’un pays où les hommes sont libres, où la conscience est libre, où l’intelligence est libre, où la parole est libre.
Je suis fier d’être l’enfant d’un pays qui a tant donné à la civilisation, à l’art, à la pensée.

Je me fais une haute idée de la fonction présidentielle, de ce qu’elle représente, des responsabilités qui lui incombent, des devoirs qu’elle implique.
Le Président de la République n’a de devoirs qu’envers la France. Il l’incarne. Il incarne sa souveraineté, son idéal. Il en est la voix, le visage.
Le Président de la République n’a de responsabilité que vis-à-vis du peuple. Il porte ses aspirations, sa volonté.
Le Président de la République représente l’Etat. Il en garantit l’impartialité, l’autorité, la continuité.
Il est l’homme de la nation, de la nation tout entière.
Si je suis élu, je serai un Président pour tous les Français y compris celui qui ne m’aura pas choisi.
Je ne serai pas là pour moi-même, je n’agirai pas pour moi-même et ne parlerai pas pour moi-même.
Je serai là pour la France, je n’agirai que pour elle, je ne parlerai que pour elle.
Je ne parlerai pas en mon nom mais au nom de tous les Français.
Je serai leur porte-voix, leur porte-parole, et d’abord de ceux que l’on n’entend jamais, de ceux dont la voix est trop faible, des plus humbles, des plus vulnérables.
Je ne serai pas le Président d’une France contre une autre. Je ne serai pas le Président d’une faction. Je ne serai pas le Président d’un clan.
Pour moi la fonction présidentielle, c’est d’abord une grande exigence.
Je veux être à la hauteur de cette exigence.
J’ai voté pour l’Union Européenne. J’ai proposé l’Union Méditerranéenne. Je ferai l’union de la nation. Je mettrai toute mon énergie à dénouer les conflits, à réparer les injustices, à éviter les tragédies, à empêcher que naissent des haines inexpiables.
L’union de l’Europe, l’union de la Méditerranée, l’union de tous les Français, telle sera l’exigence de ma politique si les Français me font confiance. Je veux être le Président de l’union de tous les Français.
Je veux être le Président de la réconciliation.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec la France.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec la République.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec le monde, avec l’Europe, avec la Méditerranée.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec leur Etat.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français avec leur école et avec leur université.
Je veux être le Président qui réconcilie la France de la fonction publique avec la France du privé.
Je veux être le Président qui réconcilie les croyants avec la laïcité et les laïcs avec les croyants.
Je veux être le Président qui réconcilie la France qui souffre avec la France qui réussit.
Je veux être le Président qui réconcilie les Français entre eux, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur religion.
Je veux être le Président d’une France qui donne sa chance à chacun, qui redécouvre le vrai sens du mot « fraternité ».
Pour pouvoir être demain le Président de tous et pas seulement de quelques-uns, il me faut aller tout au long de cette campagne à la rencontre de l’ensemble des Français, il me faut leur parler à tous, il me faut les entendre tous.
L’exigence qu’un Président de la République doit s’imposer à lui-même, je veux me l’imposer dès maintenant.
Je veux aller voir ceux que l’on ne va jamais voir. Voici pourquoi je vais dans les usines.
Je veux rencontrer que l’on ne rencontre jamais. Voici pourquoi j’ai été à la prison pour femmes de Rennes.
Je veux rencontrer les paysans que l’on oublie.
Je veux rencontrer ceux qui travaillent dans les services et dont on oubli trop souvent les servitudes et les faibles revenus, les ouvriers que l’on avait passés par pertes et profits depuis que certains s’étaient mis à rêver d’une France sans usine.
Je veux aller dans les usines, dans les ateliers, où la droite n’allait jamais, où la gauche n’allait plus.
Je veux aller à la rencontre des femmes dont la situation dans notre société est si peu enviable.
Je veux aller parler à ceux qui se sentent abandonnés, à ceux qui se sentent victime de discrimination.
Je veux aller voir, écouter, parler à ceux auxquels on ne parle jamais parce qu’on a depuis longtemps renoncé à chercher des solutions à leurs problèmes, ceux dont on ne parle jamais parce qu’ils ne font pas parler d’eux, parce qu’ils ne se plaignent pas, parce qu’ils ont trop de fierté pour demander de l’aide, parce qu’ils ont trop de dignité pour accepter de devoir quelque chose à d’autres qu’à eux-mêmes.
Je veux être le candidat de la France qui travaille dure et qui pourtant n’arrive pas à s’en sortir.
Je veux rencontrer ceux qui ne sont pas d’accord avec moi et qui peut-être ne voteront jamais pour moi.
Je veux écouter leur point de vue, leurs arguments, leurs raisons.
Parce que eux aussi ils sont la France. Parce que eux aussi ils ont quelque chose à m’apprendre. Parce que si je suis élu, je parlerai aussi en leur nom. Parce que pour être Président de la République il faut assumer toute la diversité française. Parce qu’il faut que dans la politique de la France, chaque Français puisse retrouver une part de lui-même.
Dans l’idée que je me fais de la fonction présidentielle, le Président de la République, sans rien renier de sa propre histoire, de ses valeurs, de ses engagements, doit être en mesure de prendre en compte toutes les opinions, tous les sentiments, toutes les souffrances, tous les refus, toutes les aspirations.
C’est justement parce qu’il est sûr de ses convictions qu’il doit être l’homme de bonne volonté dans lequel tous les hommes de bonne volonté savent qu’ils peuvent trouver une attention, une écoute, une compréhension, un respect.
Quand on est sûr de son identité on n’a pas besoin de la rigidité qui n’est que l’instrument des faibles.
Il doit être l’homme capable de faire autant pour celui qui partage ses opinions et pour celui qui ne les partage pas.
Dans l’idée que je m’en fais, la fonction présidentielle exige de dépasser ses préventions, ses a priori, d’ouvrir son esprit et de le rendre accueillant à des idées différentes.
Dans l’idée que je m’en fais, la fonction présidentielle exige plus qu’une forme de dévouement. Elle exige une forme d’ascèse.
Je veux être un Président qui fera ce qu’il a dit qui montre la voie et qui gouverne, et en même temps un Président qui rassemble.
Je veux être un Président qui prend ses responsabilités au grand jour et qui en même temps reste un ultime recours.

J’ai une très haute opinion de la fonction présidentielle parce que j’ai une très haute opinion de la France.
Derrière l’abaissement de la fonction présidentielle il y a très souvent l’abaissement de la France.
L’abaissement de la fonction présidentielle c’est l’Etat sans direction, abandonnant tout le pouvoir à la bureaucratie. Ne cédons pas à la facilité de reprocher aux fonctionnaires d’assumer un pouvoir que tant de politiques ont renoncé à exercer.
C’est l’Etat soumis aux groupes de pression, aux corporatismes et aux clientèles.
C’est l’Etat laissant le champ libre aux féodalités.
C’est le risque plus grand de l’impuissance publique.
C’est la responsabilité diluée.
C’est l’abaissement de la République.
Derrière la dévalorisation de la fonction présidentielle il y a la méfiance envers le peuple.
Il y a cette conviction – qui est une trahison de la démocratie – qu’il est souhaitable de tenir la politique à l’abri de ce qu’on appelle avec mépris "les passions populaires". Il y a cette idée, qui est inacceptable, qui est scandaleuse, que le peuple est trop déraisonnable, trop aveuglé par ses pulsions, trop influençable pour que l’on puisse lui faire confiance.
Il y a cette conviction que le peuple est dangereux, parce que le peuple seront toujours à la recherche de l’homme providentiel, toujours prêt au plébiscite.
Je ne partage pas cet opinion. Je crois en la démocratie. J’ai confiance dans la lucidité de notre peuple.
C’est la vieille histoire des élites qui ont peur du peuple. C’est la vieille histoire des oligarchies qui confisquent le pouvoir.
Mais que reste-t-il de la démocratie si l’on a peur du peuple ? Si l’on se méfie de la politique quand elle exprime la souveraineté du peuple ? Si l’on retire au peuple le droit de décider lui-même de son avenir pour le confier à des experts, à toutes sortes de gens qui n’ont de comptes à rendre à personne, qui s’autojustifient, qui s’autoévaluent, qui s’autosatisfont ?
L’élection du Président de la République au suffrage universel n’affaiblit pas la démocratie. Elle l’a renforcé.
Parce qu’elle dispose de la légitimité populaire, parce que nul ne peut y être élu en restant enfermé dans son camp, dans son parti, parce qu’elle lui impose une obligation de rassemblement au-delà des clivages, la fonction présidentielle ne doit pas être abaissée.
Elle ne doit pas être abaissée par des comportements sectaires, intolérants ou claniques.
Le Président de la République n’a pas le droit d’être l’homme d’un intérêt puisqu’il doit être celui de l’intérêt national.
Elle ne doit pas être abaissée par des comportements qui ne seraient pas dignes ou par des abus de pouvoir.
Ce n’est pas dans la réforme de la Constitution que se trouve la réponse au risque d’une excessive concentration des pouvoirs. Ce n’est pas par le changement de Constitution que sera écarté le risque d’un déséquilibre des pouvoirs au profit du pouvoir exécutif.
C’est dans les comportements et la pratique que se trouve la réponse.
Les porteurs de pancartes qui en 1958 criaient : « Le fascisme ne passera pas ! » en ont été pour leurs frais. Le Général de Gaulle n’a pas mis la République en danger, il l’a sauvée.
Et depuis un demi-siècle que la Ve République existe, ni la démocratie ni les libertés individuelles n’ont été mises en danger par quiconque.
Je veux être un Président qui gouverne mais je veux être un Président qui gouverne dans un esprit d’ouverture.
Je veux être un Président qui donne au Parlement des moyens de contrôle supplémentaires parce qu’en vérité, il ne peut y avoir de pouvoirs républicains sans un équilibre des pouvoirs. C’est tout particulièrement vrai en ce qui concerne les nominations à certains postes à hautes responsabilités. Je souhaite que les candidats soient entendus par des commissions parlementaires, que leur nomination soit ratifiée par un vote. Je souhaite que ce vote soit à la majorité qualifiée pour que l’opposition ait son mot à dire.
Je veux une démocratie irréprochable où le critère de la compétence l’emporte sur celui des amitiés et des connivences.
Je veux une démocratie irréprochable qui utilise toutes les compétences sans en exclure aucune pour des raisons politiques.
Je veux une démocratie irréprochable qui soit capable d’utiliser tous les talents, toutes les énergies, toutes les capacités.
Je veux une démocratie irréprochable où les garanties apportées aux libertés individuelles soient renforcées par l’adoption d’un habeas corpus à la française.
Je veux une démocratie irréprochable fondée sur le principe de l’équilibre des pouvoirs. Mais je ne souhaite pas que l’Etat soit paralysé par un jeu de contre-pouvoirs dont le seul but serait de se contrecarrer les uns les autres. Je ne souhaite pas que par démagogie l’on revienne à ces situations qui jadis ont rendu l’Etat impuissant, affaibli la République et fait le malheur de la France.
Après y avoir longuement réfléchi, je suis convaincu que la France n’a pas besoin d’un bouleversement institutionnel mais d’un nouveau rapport au pouvoir et à la politique fait de davantage de sincérité, de tolérance et de respect, d’honnêteté.
On n’affaiblit jamais la démocratie en donnant la parole au peuple. On affaiblit la démocratie quand on tient le peuple à l’écart. Quand on reste indifférent à ses attentes, quand on reste sourd à ses cris, quand on traite par le mépris ses peurs, ses angoisses, ses frustrations, quand on ne cherche même plus à lui donner des raisons d’espérer.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui menacent la démocratie et la république, mais l’attitude de ceux qui prétenderaient tout savoir et qui veulent faire la leçon à tous les autres alors qu’ils n’ont cessé d’échouer à résoudre les problèmes des Français.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui poussent un nombre toujours plus grand de Français à se réfugier dans l’abstention ou dans le vote extrême, mais le sentiment de plus en plus fort chez la plupart d’entre eux de ne pas avoir d’autre moyen pour se faire entendre.
Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui ont rendu la France du non majoritaire, mais la conviction de beaucoup de Français que la seule possibilité qu’il leur restait pour reprendre la maîtrise de leur destin était de dire non.
Notre démocratie, notre République ne souffrent pas d’une crise institutionnelle mais d’une crise morale.
Elles ne souffrent pas de trop de politique mais de pas assez de politique.
Elles ne souffrent pas d’un trop-plein de projets politiques mais d’un manque de projets politiques.
Elles ne souffrent pas d’un abus de volonté politique mais d’un affaiblissement de la volonté politique.
Elles ne souffrent pas d’un excès d’action mais d’un déficit d’ambition.
On a trop proclamé l’impuissance publique pour servir d’alibi à tous les abandons.
On a trop proclamé la fin de la politique pour servir d’excuse au fait de ne plus croire dans la politique.
On a trop dilué les responsabilités pour ne plus avoir à les assumer.
On a trop accusé l’économie, la mondialisation, les marchés financiers, l’Europe, quand c’étaient nos propres choix collectifs qui étaient responsables, quand c’était notre manque de volonté, notre manque de rigueur, notre manque de courage, notre manque de clairvoyance qui étaient en cause.
Comment s’étonner qu’à force de répondre « je n’y peux rien » à chaque fois que le peuple demande des comptes, la défiance se soit installée ?
Qui ne voit que dès lors que l’on prend le problème de la délinquance à bras-le-corps au lieu de le nier, les résultats sont au rendez-vous et la confiance revient ?
Qui ne voit que dès lors que l’on décide de s’attaquer vraiment au problème de la sécurité routière, le nombre d’accident diminue très vite et la confiance revient ?
Qui ne se souvient qu’en 1958 la crise politique, morale, financière qui paraissait inextricable s’est trouvée résolue en quelques mois et que la confiance est aussitôt revenue parce que le Général De Gaulle avait voulu ce que le personnel politique de la IVe République, empêtré dans le régime des partis, n’arrivait plus à vouloir ?
Qui ne comprend, au regard de l’histoire et de l’expérience, que la politique ne peut rien surtout quand elle ne veut rien ?
On dit qu’il est impossible d’apprendre à lire, à écrire et à compter correctement à tous les enfants de notre pays. Mais nos aïeux y parvenaient quand dans les campagnes la plupart des parents ne parlaient pas le Français. Quels moyens avaient-ils que nous n’avons pas ?
On me dit qu’il est impossible d’atteindre le plein emploi. Mais les autres y parviennent. Pourquoi pas nous ?
On me dit qu’il est impossible d’augmenter le pouvoir d’achat des Français. Mais depuis 25 ans les salaires ont augmenté plus vite ailleurs. Pourquoi pas en France ?
On me dit qu’il est impossible de maîtriser le libre-échange. Mais l’Amérique le fait. Pourquoi pas l’Europe ?
On me dit qu’il est impossible de permettre à toutes les mères de faire garder leurs enfants pour pouvoir travailler. Mais le Danemark le fait. Pourquoi pas la France ?
On me dit qu’il est impossible de rendre effectif le droit opposable au logement. Mais l’Ecosse y arrive. Pourquoi pas la France ?
On me dit que cela coûte cher de garder les enfants en étude surveillés pour qu’ils fassent leurs devoirs au lieu d’être livrés à eux-mêmes à une heure où les parents travaillent, on me dit que cela coûte cher de construire des internants d’excellence pour les enfants de milieux modestes qui ne peuvent pas étudier chez eux, on me dit que c’est cher de créer des écoles de la deuxième chance dans tous les départements. Mais cela coûte beaucoup plus cher de ne pas le faire car alors on laisse nos enfants à la loi de la rue. Qui osera un jour dire le gâchis que cela représente.
On me dit que le service civique obligatoire c’est trop cher. Mais la désocialisation de la jeunesse, cela coûte beaucoup plus cher.
On me dit que la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche va coûter cher. Mais laisser notre université et notre recherche dans l’état où elles sont nous coûte beaucoup plus cher si on veut bien considérer l’avenir en regardant ce que font nos concurrents
On me dit que cela coûte cher d’exonérer les heures supplémentaires d’impôts et de charges sociales. Mais c’est le travail qui crée le travail. Ceux qui travailleront plus pour gagner plus dépenseront plus, en dépensant plus ils créeront de l’activité et cette activité supplémentaire fera entrer des recettes dans les caisses de l’Etat.
Crois-t-on qu’on gagnera plus de croissance en restant les bras croisés à travailler moins alors que le monde ne cesse de travailler plus.
On me dit qu’une allocation familiale dès le premier enfant c’est cher et que ce n’est pas incitatif pour la natalité. Mais avant d’avoir un troisième enfant il faut d’abord en avoir un, et il ne suffit pas d’avoir des enfants, il faut aussi avoir les moyens de les élever correctement. Pour les jeunes ménages c’est souvent le premier enfant qui représente l’effort financier le plus important. Et cet enfant, c’est notre avenir à tous.
Et quand il s’agit d’avenir, il faut avoir de l’ambition.
On me dit que le droit à la formation tout au long de la vie, cela coûte cher. Mais ne pas l’instaurer quand le monde entre dans l’économie de la connaissance, cela ravagera les Français qui ne sauront exercer que les métiers qui n’existaient plus.
On me dit que les finances publiques ne laissent aujourd’hui aucune marge de manœuvre. Mais c’est en travaillant plus que la France remboursera sa dette publique et paiera ses retraites, pas en mettant en œuvre le énième plan d’austérité.
Il manque à la France un point de croissance par an. Elle ne résoudra aucun de ses problèmes si elle ne retrouve pas ce surcroît de croissance.
Pour avoir plus de croissance la France doit investir.
Alléger la fiscalité sur le travail, c’est un investissement.
Réformer l’Etat c’est un investissement.
Réformer l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement.
Donner aux parents les moyens de mieux élever leurs enfants, c’est un investissement.
Créer des écoles de la deuxième chance, c’est un investissement.
Donner un droit à la formation tout au long de la vie, c’est un investissement.
Apprendre à lire, écrire et compter à tous les enfants, c’est un investissement.
On a trop confondu le courage politique avec la politique des sacrifices.
On a trop cherché le salut collectif dans la vertu du sacrifice.
Les sacrifices sont parfois nécessaires. Mais dans ce cas tout le monde doit en faire. Je trouve que la morale de la politique c’est d’abord de ne pas imposer aux autres des sacrifices que l’on est incapable de s’imposer à soi-même.
Cela fait 25 ans que les Français font des sacrifices. Je veux proposer aux Français non une politique de sacrifice, mais une politique d’effort.
Le sacrifice c’est moins pour tout le monde.
L’effort c’est la récompense du mérite. Donc davantage pour ceux qui veulent s’en sortir.
Le sacrifice c’est travailler plus pour gagner moins. L’effort c’est travailler plus pour gagner plus.
Le sacrifice c’est la flexibilité sans contrepartie.
L’effort c’est moins protéger l’emploi et davantage protéger les personnes.
Le sacrifice c’est la baisse des allocations chômage.
L’effort c’est d’être obligé de reprendre un travail qui correspond à ses qualifications et bénéficier en même temps d’une assurance salaire.

Je crois à la politique, je crois à la capacité de la politique à changer les choses.
Je crois que lorsqu’il n’y a plus de politique, l’homme se trouve livré à des déterminismes sur lesquels il n’a aucune prise.
La fin de la politique c’est l’homme soumis à des forces qu’il ne peut pas contrôler, c’est la loi du plus fort et la sélection naturelle.
La politique c’est l’union qui fait la force et c’est le projet collectif. La politique c’est ce qui rend possible la civilisation. C’est ce qui donne la parole aux hommes, qui leur donne un droit de regard sur leur destinée, pour le meilleur ou pour le pire.
Je crois à la politique comme l’expression d’une volonté humaine face à la nature des choses.
C’est bien pour cela que je suis candidat. Pour changer les choses. Pour dresser une volonté humaine contre la fatalité. Pour combattre la tentation du renoncement. Je ne comprends pas que l’on puisse être candidat seulement pour accompagner le mouvement sans vouloir à aucun moment l’infléchir. Je ne comprends pas que l’on puisse être candidat en ayant chevillée au corps l’idée que la politique ne peut plus rien et en ayant comme idéal la démocratie d’opinion, parce que la démocratie d’opinion c’est l’ultime renoncement de la politique.
Pour moi la politique c’est de la volonté. C’est aussi des valeurs. Car la volonté en politique ne va pas au hasard. Le choix politique est d’abord un choix de valeurs. La crise actuelle est d’abord une crise des valeurs.
C’est une crise morale.
Je veux faire campagne sur les valeurs, sur la morale.
Je veux mettre la morale au cœur de mon projet politique.
Je veux réunir les Français sur des valeurs.
Je veux remettre à l’honneur des valeurs dont on ne parlait plus, des valeurs qui avaient disparu du débat politique mais dont je suis convaincu qu’elles demeurent bien vivantes dans le cœur des Français.

Je veux parler de la liberté.
La liberté de l’homme, on n’a pas cessé de la réduire en décidant de plus en plus à sa place comme s’il n’était plus capable de décider pour lui-même, de choisir son destin, d’assumer ses risques. On l’a privé de la liberté de choisir son rythme de travail. On lui a interdit de travailler plus quand il avait besoin de gagner davantage. On lui a interdit de travailler plus longtemps quand il n’avait pas envie de prendre sa retraite. On lui a interdit de choisir l’école de ses enfants. On lui a interdit de transmettre librement à ses enfants le fruit de son travail.
On l’a privé des moyens d’être libre. Car l’on n’est pas libre quand l’impôt prend plus de la moitié du revenu.
On n’est pas libre quand on ne peut pas loger décemment sa famille en travaillant.
On n’est pas libre quand on se lève tôt, quand on travaille dur et qu’on ne peut même pas offrir des vacances à ses enfants.
On n’est pas libre quand on ne peut pas mener de pair sa vie professionnelle et l’éducation de ses enfants. On n’est pas libre quand on n’a pas les moyens de faire garder ses enfants. On n’est pas libre quand il n’y a pas d’étude surveillée pour que les devoirs soient faits à l’école pendant que la mère travaille.
On n’est pas libre quand on n’a pas le droit d’emprunter lorsqu’on a été malade.
On n’est pas libre quand on ne peut pas financer ses projets parce que l’on n’a pas des parents assez riches pour apporter des garanties ou parce que l’on n’a pas de relations.
On n’est pas libre quand on a un diplôme qui ne vaut rien parce qu’on l’a dévalorisé pour pouvoir le donner à tout le monde.
On n’est pas libre quand l’école ne transmet plus les savoirs, ne donne plus accès à la culture et aux grandes œuvres de l’esprit, parce que l’ignorant n’est pas libre.
On n’est pas libre quand on est soumis au chantage des délocalisations, quand on vit dans l’angoisse de l’exclusion ou du déclassement, quand on vit avec au ventre la peur de la précarité.
On n’est pas libre quand on a 50 ans et qu’on est exclu du marché du travail.
On n’est pas libre quand, quoi que l’on fasse, on ne peut plus progresser.
On n’est pas libre quand on est privé des moyens d’accomplir ses rêves.

Je veux parler de la responsabilité.
L’homme n’est pas libre s’il n’est pas responsable de ses actes.
La responsabilité c’est la dignité.
La responsabilité c’est la condition de l’estime de soi.
L’égalitarisme c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’égalitarisme il n’y a plus de rapport entre les actes et les résultats.
L’assistanat c’est le contraire de la responsabilité parce qu’avec l’assistanat l’homme subit au lieu de vouloir.
L’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants pour la personne humaine. Ils empêchent ceux qui veulent réussir de réussir. Ils démoralisent ceux qui se donnent du mal. Ils rendent toujours plus dépendants et plus vulnérables ceux qui en bénéficient. Ils tirent tout le monde vers le minimum au lieu de tirer chacun vers le maximum.

Je veux être le Président d’une France dans laquelle l’Etat aide ceux qui en ont besoin, ceux que les accidents de la vie ont abîmés au point qu’ils n’arrivent plus à se tenir debout tout seuls. Ma France, c’est celle où l’Etat ne laisse personne dans la détresse, où l’Etat tend la main à l’enfant pauvre, au malade, au handicapé, à la personne âgée qui est dépendante, où l’Etat accompagne ceux qui veulent s’en sortir, ceux qui sont prêts à faire un effort sur eux-mêmes, où l’Etat donne à ceux qui n’ont plus la force de vouloir, l’énergie de vouloir de nouveau.
Car vouloir pour soi-même, c’est espérer encore. Et toute la grandeur de l’homme est dans cette espérance qui le pousse à se dépasser, qui fait de sa vie une aventure dans laquelle rien n’est écrit par avance, qui le fait acteur et non spectateur de sa propre histoire.
Je veux être le Président d’une France où la politique aura pour but que brûle toujours dans le cœur de chacun la flamme de l’espérance qui indique à l’homme qu’il est maître de sa destinée.
Si je souhaite qu’il n’y ait plus aucun revenu d’assistance sans une activité d’intérêt général qui en soit la contrepartie, c’est parce que je veux que celui qui est secouru retrouve l’estime de lui-même dans la reconnaissance de son utilité sociale.

Je veux parler de l’ordre.
L’ordre, c’est le principe selon lequel tout ne se vaut pas. C’est le contraire de ce système de pensée et de valeurs dans lequel l’élève est l’égal du professeur, dans lequel le délinquant compte autant que la victime, dans lequel celui qui ne se donne aucun mal est autant considéré que celui qui s’en donne beaucoup.
L’ordre, c’est l’échelle des valeurs qui est reconnue, les devoirs qui sont inséparables des droits.
C’est l’honnêteté. C’est le civisme. C’est la confiance. C’est l’Etat de droit. C’est quand chacun sait ce qu’il a à faire et ce qu’il peut raisonnablement attendre des autres.
L’ordre, c’est quand l’autorité du maître est respectée, c’est quand l’école apprend à l’enfant à faire la différence entre le bien et le mal, à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, à apprécier ce qui est beau et ce qui est grand.
L’ordre, c’est quand la loi est la même pour tous, quand le crime est puni et le mérite récompensé.
L’ordre, c’est quand la victime compte plus que le délinquant. C’est quand le travail paye plus que l’inactivité, quand on cesse de s’appauvrir en travaillant et de s’enrichir en spéculant.
L’ordre, c’est quand le capitalisme est régulé, quand la concurrence est loyale, c’est quand l’entrepreneur est davantage valorisé que le prédateur, c’est quand les gains sont équitablement répartis entre le capital et le travail, c’est quand le dialogue prévaut sur la violence, c’est quand personne n’est obligé de descendre dans la rue pour faire valoir son point de vue, c’est quand les usagers ne sont pas pris en otages par les grévistes, c’est quand chacun peut circuler sans craindre de se faire agresser.

Je veux parler du mouvement.
Le mouvement, c’est l’audace, c’est l’innovation, c’est le progrès, c’est l’appel de la justice. C’est la conviction que l’intelligence et le travail des hommes peuvent améliorer le sort des générations futures. C’est l’optimisme des Lumières. C’est Condorcet poursuivi par les agents de la Terreur qui veulent l’assassiner et qui trouve encore en lui la force d’écrire : « La contemplation de l’espèce humaine marchant dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur est un asile pour le philosophe où le souvenir de ses persécuteurs ne peut le poursuivre ». Le mouvement c’est la liberté de l’esprit. C’est la raison critique dressée contre la folie des hommes. C’est la foi dans la science et dans l’éducation.

Je veux parler de la vie.
Cette vie qui est devenue plus dure, plus lourde parce qu’on est plus isolé que jadis, parce que les solidarités se sont distendues, parce qu’il y a moins de solidarité familiale, moins de solidarité de voisinage, moins de solidarité de métier. Jadis le niveau de vie était moins élevé mais l’homme n’était pas seul, il était entouré, il était pris en charge, il était protégé. Il était moins libre, mais il pouvait partager les fardeaux de l’existence. Il pouvait s’appuyer sur une trame de relations humaines et sociales parfois étouffante mais qui lui permettait d’échapper à l’angoisse de la solitude. Cette solitude paradoxale qui fait nos villes surpeuplées et tant de ceux qui y vivent des êtres isolés les uns des autres.
Aujourd’hui le voilà seul ou presque dans un monde de stress, d’incertitude, confronté à la peur de perdre son emploi, à la dégradation de ses conditions de travail, à la pression de la concurrence, à l’exigence de compétitivité, de performance. Les grandes maladies du siècle s’appellent aussi le mal de vivre, le malaise existentiel de la jeunesse, le suicide. On n’en parle jamais. On en a honte. Je veux parler de cela aussi. A côté de la misère, de la pauvreté, je veux parler de la maladie, de la dépression, de ce qui atteint la personne au plus profond de son être, du regard que la société porte sur ces fléaux, sur cette souffrance qui n’est pas matérielle mais qui est humaine, qui est physique, qui est morale. La vie est devenue si lourde pour certains de nos compatriotes. Je veux engager puissamment la recherche médicale Française vers le soulagement de ce mal dont on parle si peu mais qui est si présent pour les jeunes comme les moins jeunes et qui n’est rien d’autre que le mal de vivre.

L’histoire de France avance non par un impossible consensus ou une médiocre politique du juste milieu mais par la synthèse qui dépasse les contradictions.
C’est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme.
C’est le miracle de la France d’être une grande patrie faite d’une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d’être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
C’est le miracle de la France d’avoir forgé de l’unité sans jamais fabriquer de l’uniformité.
C’est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de l’Etat avec une passion aussi grande de la liberté.
C’est le miracle de la France d’être aussi fortement attachée à l’idée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
C’est le miracle de la France d’aimer d’une même passion l’égalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Notre pays qui a construit son identité sur la synthèse entre l’Ancien Régime et la Révolution, son Etat sur la synthèse entre l’Etat capétien et l’Etat républicain qui a permis à ceux qui croient au Ciel de cohabiter avec ceux qui n’y croient pas grâce à la synthèse laïque ; notre pays qui n’en aura jamais fini avec les Girondins et les Jacobins, mais qui entre le drapeau rouge et le drapeau blanc a choisi le drapeau tricolore et l’a couvert de gloire, notre pays attend une nouvelle synthèse pour épouser ce siècle et se réconcilier avec lui-même. Et pour espérer de nouveau.
C’est cette nouvelle synthèse que je veux proposer à tous les Français entre la liberté et la responsabilité, entre l’ordre et le mouvement, entre l’Etat et le marché, entre la République et la démocratie, entre la nation et l’Europe, entre la France et la Méditerranée.

Rien n’est encore joué. Je me sens l’esprit d’un challenger. Il appartient aux Français de décider. Je connais la difficulté de ma tâche. Je sais qu’il convient d’être humble face aux jugements des Français. Cette campagne ne fait que commencer. Je m’en tiendrai à la ligne de conduite que je me suis fixée : présenter mon projet, mes idées, mes propositions, ma vision de la France, ma conception de la République, l’idée que je me fais de la fonction présidentielle.
Je sais que les Français écoutent. Je veux qu’ils m’entendant. Tout peut devenir possible si j’arrive à construire ce rassemblement dont la France a tant besoin.
Rassembler autour de ce projet le plus grand nombre de Français qui, sans renoncer à ce qu’ils sont, y reconnaîtront une conception de l’homme qui est aussi la leur, des valeurs qui sont aussi les leurs et y trouveront le socle d’une ambition commune capable de redonner à la France l’énergie, l’enthousiasme, la force qui lui permettront de nouveau d’étonner le monde.

Ceux qui ne disent rien me reprochent d’en dire trop !
Je continuerai.
Je continuerai à dire ce que je ferai si je suis élu.
Je continuerai à dire sur quoi je m’engage.
Je ne mentirai pas, je ne tricherai pas.
Je prendrai le risque de la vérité parce qu’on le doit à la France.
J’assumerai tous mes choix.
J’ai dit dés le début de la campagne que je voulais bâtir avec tous les Français un nouveau pacte républicain fondé sur la confiance et sur le respect.
Ce pacte, c’est mon engagement. Si je suis élu, il sera ma règle, mon exigence.
C’est sur ce pacte que je demande à être jugé.
Les Français décideront.
Les Français diront quel débat ils veulent au second tour.
Que chacun dise ce qu’il veut. Ce que sont ses valeurs.
Que le débat prenne de la hauteur. Qu’il contribue à réconcilier les Français avec la politique, avec la démocratie.

J’ai confiance dans la sagesse de notre peuple.

Vive la République !
Vive la France !

La sociologie dès ses origines, parce que son père fondateur, Durkheim, était fils de rabbin, fut traitée de «science juive».

Sur les dérapages de Jean-Claude Milner.
Après Bourdieu, à qui le tour ?
Par Jacques BOUVERESSE, Jean-Pierre CHANGEUX, Christophe CHARLE, Roger CHARTIER
Libération, jeudi 8 février 2007
Premiers signataires : Jacques Bouveresse (Collège de France), Jean-Pierre Changeux (Collège de France), Christophe Charle (Paris-I, IUF), Roger Chartier (Collège de France, EHESS), Gérard Fussman (Collège de France), Jacques Glowinski (Collège de France), François Héritier (Collège de France), Jacques Lagroye (Paris-I), Danièle Lochak (Paris-X) Daniel Roche (Collège de France), Fanette Roche-Pézard (Paris-I)…

Le 13 janvier 2007, dans l’émission de France Culture animée par Alain Finkielkraut, Jean-Claude Milner déclarait : «J’ai ma thèse sur ce que veut dire "les héritiers" chez Bourdieu : "les héritiers", c’est les Juifs [...]. Je crois que c’est un livre antisémite.»
Ces propos ne mériteraient pas qu’on les relève tant ils sont absurdes et ridicules. Reste qu’il faut quand même prendre le temps d’y répondre. Tout d’abord parce qu’il en va de la mémoire d’un homme. Ensuite parce qu’il en va du sort des sciences sociales en France, et plus généralement de celui du débat intellectuel.
Ce n’est pas un hasard si ces propos visent un sociologue, et, qui plus est, un sociologue critique. Il serait piquant si le sujet prêtait à rire de rappeler que la sociologie dès ses origines, parce que son père fondateur, Durkheim, était fils de rabbin, fut traitée de «science juive». Sociologue antisémite, science juive, ces anathèmes ne révèlent qu’une chose : les sciences sociales, dès lors qu’elles dévoilent la réalité des mécanismes sociaux, sont dérangeantes.
Au-delà, l’usage de cette injure, qui atteint également la personne de Jean-Claude Passeron, coauteur des Héritiers, est le symptôme de la vacuité du débat intellectuel et politique. Faute d’arguments, on injurie. Mais, à force de manier l’injure n’importe comment, ce sont les actes et les paroles réellement antisémites ou racistes que l’on banalise.

Voir enfin la prise de position de Glucksmann:

Extraits :

Curieux avatar du « gaullisme », le fétichisme conservateur cultive le primat des Etats, quoi qu’ils fassent. Cette Realpolitik sacrifie notre histoire et notre rayonnement aux intérêts à courte vue de ventes d’armes et de contrats pétroliers. A la chute du mur de Berlin, nos dirigeants firent la moue, puis soutinrent leurs alliés génocidaires du Rwanda et décorèrent Vladimir Poutine de la grand-croix de la Légion d’honneur. Curieuse évolution qui fit de la patrie des droits de l’homme l’apôtre des ordres établis.

Nicolas Sarkozy est le seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de cette France du coeur. (…)« Je ne crois pas à ce qu’on appelle la Realpolitik qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner un seul contrat. Je n’accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, parce que 250 000 Tchétchènes morts ou persécutés ce n’est pas un détail de l’histoire du monde. Parce que le général de Gaulle a voulu la liberté pour tous les peuples et la liberté, ça vaut aussi pour eux… Le silence est complice et je ne veux être complice d’aucune dictature »

la gauche professionnelle s’est endormie sur ses lauriers. Elle méprisa les discussions allemandes (autour de Bad Godesberg) ou anglaises (à propos du New Labour), elle ignora l’explosion spirituelle de la dissidence à l’Est, elle se fiche des « révolutions de velours » de Prague à Kiev et Tbilissi.

Marinant dans son narcissisme, elle se trouve fort dépourvue, lorsque Nicolas Sarkozy, prenant à contre-pied son camp, se réclame des révoltés et des opprimés, du jeune résistant communiste Guy Môquet, des femmes musulmanes martyrisées, de Simone Veil abolissant la souffrance des avortements clandestins, de Frère Christian à Tibéhirine comme des républicains espagnols. Au lieu de crier à la captation d’héritage, permettez que je me réjouisse. En retrouvant dans le discours du candidat Hugo, Jaurès, Mandel, Chaban, Camus, je me sens un peu chez moi.

Fils de juifs autrichiens qui combattirent les nazis en France, ce pays est mon choix et la gauche ma famille d’origine. C’est pour elle que, depuis quarante ans, je ferraille contre ses pétrifications idéologiques (soutien à Soljenitsyne, aux dissidents antitotalitaires de l’Est, critique des oeillères marxistes).

J’ai un temps rêvé d’une candidature de Bernard Kouchner, restituant à la gauche française une dimension internationale perdue. (…) J’aurais aimé un ticket Sarkozy-Kouchner.

Je ne partage pas toutes les options du candidat UMP. (…) Voter n’est pas entrer en religion, c’est opter pour le projet le plus proche de ses convictions.

Pourquoi je choisis Nicolas Sarkozy
André Glucksmann
Le Monde
Le 30.01.07

La gauche est repliée sur l’Hexagone. Lassé, le philosophe décide de soutenir le candidat de l’UMP
La surprise de la présidentielle a eu lieu. Avant d’aller voter, les Français vivent une mutation mentale. Les sondages varient, le score reste imprévisible, mais partout perce le rejet d’une France figée en musée-hôpital et livrée aux infections nosocomiales : égoïsmes, discrimination, fureurs, dépression.

Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont peu de chose en commun, sinon l’âge, mais furent tous deux plébiscités par une base réfractaire aux encadrements traditionnels et aux doctrines surannées. On ne vote plus socialiste ou gaulliste, on veut élire un sursaut. A Paris, les SDF gèlent en hiver depuis un quart de siècle. Soudain ils apparaissent, les tentes crèvent les yeux, l’opinion s’en mêle et le gouvernement s’y met. Pourquoi pas avant ? Comme en février 1954, les Français sentent qu’il n’est plus temps de donner du temps au temps. « Il a suffi qu’un homme agisse en dehors des chemins officiels pour que les Français marchent, mais il a fallu aussi le froid. Sans le froid, pas d’abbé Pierre !… Quand la France aura froid, je pourrai agir, moi aussi. » (De Gaulle). Une France lucide a de nouveau « froid », moment gaullien où il convient d’oser penser, fût-ce contre ses propres certitudes, puis d’oser entreprendre.

La bataille des idées est un fait accompli… A droite étrangement. Le débat Sarkozy-Villepin, plus qu’une querelle d’ego, illustre l’affrontement de deux visions de la France et du monde. Mouvement contre conservatisme. Sarkozy rompt clairement avec cette droite habituée à cacher son vide derrière de grands concepts pontifiants. Exemple : en prônant la discrimination positive, qui contrevient à l’égalité virtuelle pour éradiquer les réelles inégalités dues à la couleur de la peau, au domicile et au nom de famille. Ou encore : en théorisant l’aide publique à la construction de mosquées pour éviter aux fidèles de la deuxième religion de France de prier dans des caves ou des locaux offerts par de riches intégristes. Quitte à froisser une conception figée de la laïcité, rappelons qu’en 1905 la France aux dizaines de milliers de clochers ignorait les minarets. La demande a changé, l’offre est restée la même. La société évolue, les principes doivent évoluer avec elle.

La rupture à droite embrasse la politique internationale non moins que l’intérieure. Curieux avatar du « gaullisme », le fétichisme conservateur cultive le primat des Etats, quoi qu’ils fassent. Cette Realpolitik sacrifie notre histoire et notre rayonnement aux intérêts à courte vue de ventes d’armes et de contrats pétroliers. A la chute du mur de Berlin, nos dirigeants firent la moue, puis soutinrent leurs alliés génocidaires du Rwanda et décorèrent Vladimir Poutine de la grand-croix de la Légion d’honneur. Curieuse évolution qui fit de la patrie des droits de l’homme l’apôtre des ordres établis.

Une France généreuse pourtant n’oubliait pas les opprimés : boat people vietnamiens fuyant le communisme, syndicalistes embastillés de Solidarnosc, « folles de Mai » sous le fascisme argentin, Algériennes en butte au terrorisme, torturés chiliens, dissidents russes, Bosniaques, Kosovars, Tchétchènes… Dans nul autre pays, on ne parla autant de ces monstruosités et de ces résistances. La possibilité de s’ouvrir fraternellement au monde est inscrite dans notre patrimoine culturel, voyez Montaigne, voyez Hugo, voyez les French doctors et leurs émules. Aucune fatalité ne condamne nos compatriotes à bouder tous azimuts, à vitupérer le « plombier polonais », à se couper du monde.

Nicolas Sarkozy est le seul candidat aujourd’hui à s’être engagé dans le sillage de cette France du coeur. Il dénonce le martyre des infirmières bulgares condamnées à mort en Libye, les massacres au Darfour et l’assassinat des journalistes, puis énonce une règle de gouvernance fort éloignée de celle de Jacques Chirac. « Je ne crois pas à ce qu’on appelle la Realpolitik qui fait renoncer à ses valeurs sans gagner un seul contrat. Je n’accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, parce que 250 000 Tchétchènes morts ou persécutés ce n’est pas un détail de l’histoire du monde. Parce que le général de Gaulle a voulu la liberté pour tous les peuples et la liberté, ça vaut aussi pour eux… Le silence est complice et je ne veux être complice d’aucune dictature », a déclaré le président de l’UMP le 14 janvier.

Que répond la gauche ? Peu de chose malheureusement. Où se niche le combat d’idées qui fut si longtemps son privilège ? Où s’est égaré l’étendard de la solidarité internationale, fierté autrefois du socialisme français ? Pas question d’incriminer une candidate que je respecte – même si je n’avale pas sa justice chinoise élevée en modèle de célérité. Elle se trouve aux prises avec un vide plus grand qu’elle, n’en déplaise aux commentateurs ou aux jaloux qui fustigent à bon compte sa démarche ou sa personne. La leçon d’avril 2002 n’a débouché sur aucun renouveau conceptuel au PS.

La gauche officielle se croit moralement infaillible et mentalement intouchable. Le Mouvement et la République, c’est elle. Voilà qui était relativement exact jusqu’en 1945. La gauche avait osé les remises en question et mené les combats d’où naquit notre démocratie laïque et sociale. Mais depuis 1945, Vichy ayant enterré la bien-pensance de droite, la gauche professionnelle s’est endormie sur ses lauriers. Elle méprisa les discussions allemandes (autour de Bad Godesberg) ou anglaises (à propos du New Labour), elle ignora l’explosion spirituelle de la dissidence à l’Est, elle se fiche des « révolutions de velours » de Prague à Kiev et Tbilissi.

Marinant dans son narcissisme, elle se trouve fort dépourvue, lorsque Nicolas Sarkozy, prenant à contre-pied son camp, se réclame des révoltés et des opprimés, du jeune résistant communiste Guy Môquet, des femmes musulmanes martyrisées, de Simone Veil abolissant la souffrance des avortements clandestins, de Frère Christian à Tibéhirine comme des républicains espagnols. Au lieu de crier à la captation d’héritage, permettez que je me réjouisse. En retrouvant dans le discours du candidat Hugo, Jaurès, Mandel, Chaban, Camus, je me sens un peu chez moi.

Dans une campagne présidentielle, il est utile d’aligner les confrontations impitoyables. Normal aussi de rappeler les candidats à leurs limites. A condition de ne pas éliminer celui que l’on combat en le rayant de la nation. Comme le fait ce député PS qui vitupère le « néoconservateur américain à passeport français ». L’ostracisme et la stigmatisation de l’anti-France furent longtemps l’apanage d’une droite qui n’avait guère d’arguments à opposer aux conquêtes de Blum ou de Salengro. La gauche mérite mieux que cela.

Jamais au cours d’une vie longue et pleine d’engagements, je n’ai pris publiquement parti pour quelque candidat, sauf au deuxième tour de mai 2002. Fils de juifs autrichiens qui combattirent les nazis en France, ce pays est mon choix et la gauche ma famille d’origine. C’est pour elle que, depuis quarante ans, je ferraille contre ses pétrifications idéologiques (soutien à Soljenitsyne, aux dissidents antitotalitaires de l’Est, critique des oeillères marxistes).

J’ai un temps rêvé d’une candidature de Bernard Kouchner, restituant à la gauche française une dimension internationale perdue. Veto d’un PS effrayé par l’audace de l’électron libre. J’aurais aimé un ticket Sarkozy-Kouchner. En prenant position pour le premier, je vais perdre des amis. Ma décision, faite de douleurs anciennes et de perspectives nouvelles, est réfléchie. Je ne partage pas toutes les options du candidat UMP. Exemple : les « sans-papiers », je souhaite une régularisation plus ample, fondée sur des critères d’humanité mieux respectés. Voter n’est pas entrer en religion, c’est opter pour le projet le plus proche de ses convictions.

L’humanisme du XXIe siècle s’abstient d’imposer une idée parfaite de l’homme. Garde-fou contre l’inhumain, en nous et autour de nous, il ne peut se satisfaire de déplorer les victimes et de recenser morts ou laissés-pour-compte. Récusant l’indifférence coupable et la manie doctrinaire, l’humaniste s’obstine – lutte sans cesse recommencée – à « faire barrage à la folie des hommes en refusant de se laisser emporter par elle » (discours du 14 janvier). Le « murmure des âmes innocentes » que Sarkozy entendit à Yad Vashem lui dicte cette définition de la politique. Depuis toujours, c’est ce murmure qui porte ma philosophie.


Campagne 2007: Qui nous délivrera enfin… de la Françafrique?

15 février, 2007
FrançafriqueL’Afrique est le dernier endroit au monde où la France est reçue comme une grande puissance. Giscard

A l’ouverture du dernier sommet franco-africain de l’actuel squatter et futur SDF de l’Elysée (à Cannes les 15-17 février), comment ne pas évoquer les positions respectives des deux principaux candidats à l’élection d’avril prochain et poser la question: qui nous délivrera enfin… de la Françafrique?

"Sarkozy l’Américain" qui conserve certes quelques amitiés compromettantes (le président à vie gabonais Omar Bongo ou l’archi-corrompu congolais Sassou Nguesso) mais s’est engagé à rompre avec, comme l’appelle Le Canard (très) enchainé, la "Chirafrique" …

Ou la Mère Royal, née à Dakar mais apparemment hors des vieux réseaux et qui vient de publier dans le Monde diplodocus des cathos de gauche ("Témoignage chrétien") une position très vigoureuse et courageuse avant promptement de… la retirer?

C’est la fin des réseaux de la corruption, et d’une certaine vision postcoloniale de la France en Afrique. /…/ on ne doit pas aider tous les pays africains de la même façon. Un pays comme le Bénin a connu 82 % de participation électorale à la dernière élection présidentielle. Le Bénin doit être davantage aidé que d’autres pays qui sont moins exemplaires en termes de démocratie. /…/ il faut un débat sur la présence militaire française en Afrique. Cette présence militaire est justifiée lorsqu’elle est une force de paix sous contrôle international, mais elle ne le serait plus si elle était là pour soutenir un régime douteux, fût-il « ami » de la France.

Il y a eu une grande complaisance et des malentendus dans les rapports entre l’Europe et l’Afrique. Expliquer l’échec de l’Afrique par les seules conséquences de la colonisation est outrancier. C’est respecter les Africains que de dire qu’ils ont une part de responsabilité dans la situation qui est la leur. /../ il y a neuf cents millions d’Africains. Et sur ces neuf cents millions d’Africains, il y en a quatre cent cinquante millions qui ont moins de 17 ans. La jeunesse du monde est africaine. Nous ne pourrons pas accueillir toute la jeunesse africaine. /…/ L’échec de l’Afrique d’aujourd’hui sera le désastre de l’Europe de demain. La question du développement de l’Afrique est une question essentielle. On doit définir une politique d’immigration commune qui ne pille pas les élites africaines, et qui ne désagrège pas le modèle d’intégration français.

Nicolas Sarkozy

la politique africaine de la France, figée dans une coupable immobilité (…) Depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l’origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l’intérêt général, la pratique présidentielle a terni l’image de notre pays, qui se trouve associé dans l’esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent.

Ségolène Royal

Christophe Chantepy, directeur de cabinet de Ségolène Royal, a fait savoir hier soir que le texte sur l’Afrique qui devrait être publié demain dans Témoignage chrétien et dans lequel la candidate PS lance une violente attaque contre la politique africaine de Jacques Chirac avait été envoyé « par erreur ».

Afrique: imbroglio autour d’un texte de Royal
Le Figaro
le 14 février 2007

Christophe Chantepy, directeur de cabinet de Ségolène Royal, a fait savoir hier soir que le texte sur l’Afrique qui devrait être publié demain dans Témoignage chrétien et dans lequel la candidate PS lance une violente attaque contre la politique africaine de Jacques Chirac avait été envoyé « par erreur ». Dénonçant une « coupable immobilité » de la politique africaine de la France, Royal accuse dans ce texte le chef de l’État d’avoir privilégié « systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l’intérêt général ». Selon Christophe Chantepy, la lettre « n’a aucunement été validée dans cette forme par Mme Royal », qui « s’est toujours gardée de toute attaque personnelle au cours de cette campagne ». « Je tombe des nues », a réagi hier sur LCI, Noël Bouttier, rédacteur en chef de l’hebdomadaire.

Edito

Mon projet pour l’Afrique, par Ségolène Royal

L’Afrique, dans l’extrême diversité des situations qui la caractérise, est en pleine mutation. Le parallèle avec la politique africaine de la France, figée dans une coupable immobilité n’en est que plus cruel. Cela doit changer dès 2007. Depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l’origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l’intérêt général, la pratique présidentielle a terni l’image de notre pays, qui se trouve associé dans l’esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent. La France doit à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine, sans qu’il soit possible d’opposer à cette ambition la réalité des interventions de notre pays. De ce point de vue, les récentes déclarations du candidat de l’UMP qui s’inscrivent sans retenue, dans les mêmes réseaux que le Président Jacques Chirac, ne sont pas de nature à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que notre pays demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l’Etat de droit.
Les Africains sont malheureusement les premières victimes de cette politique de la « Françafrique ». La multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires. Faute d’avoir incité les régimes les plus fermes à s’engager dans la voie de la démocratisation et du respect des droits humains, nous nous trouvons réduits à intervenir militairement dans la précipitation pour éviter des prises de pouvoir par la force. Mais c’est en amont que nous aurions dû agir pour favoriser le dialogue politique et la participation de l’opposition et de la société civile africaine au jeu démocratique. D’une part, les termes de nos accords de défense et de coopération militaire avec plusieurs pays africains devront être clarifiés et si besoin renégociés. Notre politique étrangère doit être conduite dans la transparence. Je propose donc que nos accords de coopération, et notamment nos accords de défense et de coopération militaire soient examinés par le Parlement. Il s’agit d’un engagement nouveau mais nécessaire. Les citoyens français ont le droit d’être informés des buts poursuivis par nos programmes de coopération et des raisons de l’engagement de nos forces armées sur le continent africain. Je propose qu’un débat à l’Assemblée nationale soit obligatoire en cas d’intervention armée dans un conflit sur le continent africain. Il faudra aller au-delà et je retiens votre proposition de mettre en place une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales. Cette délégation permettra non seulement de mettre en débat les grandes orientations de la politique de coopération, elle devra aussi contribuer à clarifier le rôle des différents acteurs engagés dans la coopération : services publics, collectivités locales, entreprises et ONG.

D’autre part, notre coopération devra faire des efforts particuliers pour consolider la société civile africaine et renforcer les mécanismes contribuant à l’émergence de la démocratie. À l’évidence, les ONG françaises et européennes ont un rôle particulier à jouer dans ce domaine. Je souhaite que nous développions une ligne de programme spécifique accessible aux ONG françaises et à la société civile africaine, en valorisant les enseignements du programme Démocratie et droits de l’Homme mis en œuvre par l’Union européenne, programme avec lequel nous gagnerions à développer des synergies. Cet aggiornamento politique me semble constituer la première étape de la rénovation de notre politique en direction de l’Afrique. Mais nous devons aussi innover pour accompagner le continent sur la voie d’un développement durable. La pauvreté reste endémique. L’espérance de vie régresse dans les pays frappés par le sida et le paludisme. La croissance urbaine crée de graves déséquilibres. La condition des femmes est trop souvent bafouée. Je voudrais suggérer ici plusieurs pistes d’action.

Nous devons veiller à préserver nos capacités des pays africains à vivre de l’exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire. Il n’est pas acceptable que certaines entreprises. dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage de ces ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique. Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l’émigration vers l’Europe. Il serait plus intéressant d’éviter ces pillages et d’encourager l’économie locale au bénéfice de populations qui, dès lors, préféreraient vivre et prospérer dans leur propre pays.

Nous devons plus généralement encourager voire contraindre les entreprises à s’engager sur une éthique de responsabilité sociale et environnementale en veillant a minima qu’elles respectent les codes de conduites édictés par exemple par l’OCDE. A ce titre, je soutiens l’initiative « Publiez ce que vous payez » qui propose d’imposer aux industries extractives de rendre publiques les sommes versées aux Etats pour l`exploitation de leurs ressources naturelles. Les citoyens africains ont le droit de savoir ce que leurs gouvernements perçoivent des compagnies étrangères et les consommateurs français doivent pouvoir s’assurer que l’essence qu’ils achètent n’entretient pas un régime despotique. Nos pratiques doivent évoluer: la transparence, c’est la modernité, l’opacité actuelle l’archaïsme. La première condition du développement est de ne pas gâcher les atouts humains dont un pays dispose. Je constate que les pays qui investissent le plus dans l’éducation. en particulier celle des jeunes filles et qui respectent le plus les droits des femmes sont aussi ceux qui réussissent le mieux.

Pensons au rôle qu’ont pu jouer les femmes dans l’émergence de pays tels que le Cap Vert, la Tunisie ou l’Afrique du Sud… L’éducation joue aussi un rôle clé pour la prévention de la diffusion des pandémies. Enfin, l’amélioration de la condition des femmes africaines passe par le soutien aux mouvements qui luttent contre l’excision, pour le droit des femmes à maîtriser leur corps et leur fécondité, ainsi que par le renforcement de la participation des femmes à la représentation politique. Pour valoriser les atouts humains de l’Afrique il convient aussi de préserver la santé des populations africaines. Le sida entraîne de terribles régressions. Les exemples sont nombreux en Afrique australe: en Zambie, l’espérance de vie a ainsi régressé de dix ans dans les dix dernières années.

Les pays en développement ont obtenu à Doha le droit de copier ou d’importer des médicaments génériques pour leur politique de santé publique, mais, de facto, ils ne peuvent utiliser ce droit, en raison des mécanismes juridiques très contraignants qui ont été fixés sous la pression des laboratoires pharmaceutiques. Ces obstacles doivent être levés et la France doit s’engager à soutenir effectivement l’accès aux médicaments des pays pauvres. Mais les médicaments seuls ne peuvent suffire. Sans médecins pour les dispenser, sans réseaux de santé, ils n’atteindront pas les malades et l’on ne pourra endiguer l’épidémie de sida. De ce point de vue, comment ne pas être alarmé par l’extraordinaire proportion de médecins formés en Afrique qui exercent en Europe. Cette proportion atteint 30% dans certains pays. Le projet d’immigration choisie défendu par le candidat de l’UMP va aggraver cette tendance et, je le dis avec gravité, contribuer à affaiblir des systèmes de santé déjà fragiles.

Je propose pour ma part d’agir en responsabilité en ne pillant pas les ressources humaines qui sont vitales pour ces pays. Je propose. à l’inverse. de faciliter les allers et retours des médecins d’origine africaine afin qu’ils puissent exercer dans leur pays d’origine et participer à la formation de jeunes médecins tout en conservant des connections en France leur permettant de poursuivra l’approfondissement de leurs compétences, Plus largement je proposerai de renforcer les moyens affectés à la santé en encourageant la constitution d`un fonds public mondial pour la santé de base.

Une deuxième condition au développement c’est de pouvoir valoriser ses atouts économiques. Cela suppose des moyens importants. Les budgets des États restent lourdement affectés par le remboursement de la dette accumulée dans les années 1980 malgré les premières vagues d’annulations. Il conviendra d’achever ce processus de désendettement.

S’il faut aider les Etats, il faut aussi soutenir les familles. Le micro-crédit est une voie pour permettre aux Africains de financer leurs projets de développement: l’extension des réseaux de micro-crédit dans les campagnes où ils sont encore peu présents doit permettre à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté. L’Afrique possède de nombreuses richesses, mais celles-ci sont le plus souvent surexploitées par des groupes étrangers. Il s’agit donc de promouvoir en Afrique des filières d’excellence durable reposant davantage sur les populations. Je pense au coton dont l’Afrique est un producteur de qualité mais qui est déprécié sur les marchés internationaux en raison notamment des subventions américaines: il faudra porter cette question avec plus de force dans le cycle de négociations de l’OMC. Je pense aussi aux énergies renouvelables – et à l’énergie solaire en particulier – qui permettent notamment dans les zones rurales, d’apporter de l’énergie à des coûts raisonnables pour la fourniture de services essentiels. Je pense enfin à la promotion du commerce équitable dont nous devons valoriser les débouchés sur le marché français.

Pour financer ces nouvelles opérations de développement durable il est avant toute chose nécessaire d’optimiser l’utilisation des moyens actuels disponibles, pour éviter les gaspillages et nous assurer que les ressources seront mises effectivement à disposition de ceux qui en ont le plus besoin. Comme je l’ai mentionné plus haut, cette optimisation de l’utilisation de l’aide publique passe par la clarification du rôle des différents acteurs et par la recherche de synergies avec les instruments européens.

Je souhaite que notre nouvelle politique de co-développement s’appuie plus directement sur les acteurs de terrains. Dans ce cadre, je propose de rénover nos méthodes de coopération notamment en valorisant davantage le travail des ONG en portant à 5% comme c’est le cas ailleurs en Europe le pourcentage de l’aide française qui sera mise en oeuvre par leur canal. Ne privatisons pas l’aide publique au développement , rationalisons le dispositif français de coopération, encore trop éclaté ! Mobilisons davantage la coopération décentralisée, qui permet à des collectivités françaises de collaborer directement avec des collectivités africaines, car, au-delà des transferts d’argent, c’est aussi de capacités d’action autonomes dont les pays africains ont besoin. Mobilisons davantage les migrants et leurs compétences ! Mobilisons les jeunes qui souhaiteront effectuer un service civil à l’étranger ! Dans ce domaine de la coopération, comme dans bien d’autres secteurs, la France devra aussi contribuer à renforcer les politiques européennes pour une solidarité plus efficace et une contribution plus significative au développement durable du continent africain.

Enfin, au delà de cette optimisation des moyens et des politiques, je veux aussi que nous réfléchissions à une taxation des transactions financières pour accroître le financement du développement. Enfin. conformément au projet du PS, nous porterons progressivement le montant de l’aide publique à 0,7% du PlN, pour remplir les engagements internationaux qui ont été trop longtemps bafoués.

Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politique clientélistes en Afrique, des politiques bien peu responsables au regard des besoins des sociétés africaines et des volontés de solidarité des citoyennes et citoyens français. Pour cela, nous devons être fermes sur la défense des droits de la personne humaine, innovants en matière de développement. Nos objectifs doivent être explicités et nos méthodes transparentes. Ce sont les positions que je défendrai au cours de cette campagne pour rénover la politique de la France aux côtés de l’Afrique. Ce sont les orientations que je mettrai en oeuvre si je suis élue.

Le texte de Mme Royal répondait à un appel lancé, dans nos colonnes le 14 décembre dernier, par Jean-Marie Fardeau, Secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la Faim et our le Développement)..

Voici le commentaire de M. Fardeau au texte de Mme Royal

La réponse de Mme Royal à ma lettre ouverte sur la nécessité d’un changement radical de la politique de la France en Afrique est un signe encourageant d’engagement. Mme Royal se prononce en effet clairement sur plusieurs questions chères au CCFD, qui sont portées, en vue des élections, par la campagne « État d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire » : examen par le Parlement des accords de défense liant la France et des pays africains, création d’une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales, engagement de faire transiter 5 % de l’aide publique au développement par les ONG, exigence, pour les entreprises exploitant des ressources en Afrique, de déclarer ce qu’elles versent aux autorités de ces pays… Je m’en réjouis bien entendu. Sur plusieurs questions – dette, taxation des transactions financières, règles commerciales mondiales… -, nous attendons des engagements plus précis. Le dialogue va donc se poursuivre, comme c’est le cas avec tous les candidats que nous avons interpellés. La France et tous ses citoyens sortiront grandis de ce débat démocratique sur ses relations avec l’Afrique.

Voir aussi la déclaration du collectif Survie-france.org qui fustige avec raison le soutien français et l’impunité des tyrans africains mais qui (autant d’ailleurs que, voix des agriculteurs obligent, Sarkozy ou Royal!) oublie étrangement en chemin la première mesure susceptible d’aider l’Afrique à se sortir du marasme où elle s’enfonce toujours plus après 45 ans de coopération (et le tiers de l’armée française, soit 11 000 hommes):

A savoir non pas la libre circulation des personnes (qui ne ferait qu’aggraver les actuels problèmes d’immigration et d’intégration) mais des marchandises et surtout des produits agricoles africains sans laquelle l’Afrique ne pourra jamais décoller.

Et donc (et c’est là que le bât blesse) le démantèlement de la PAC européenne qui nous coûte si cher et ne profite qu’à une minorité des quelque 2% de la population active auquels se reduisent nos paysans sursubventionnés à surproduire et surpolluer …

1er décembre 2005

Déclaration finale à l’issue du Sommet alternatif citoyen de BAMAKO

>> L’APPEL DE BAMAKO<<

Du 30 novembre au 1er décembre 2005 s’est tenu à la Maison des Jeunes de Bamako (Mali), le Sommet alternatif citoyen Afrique France en réplique au 23ème Sommet Afrique France, vitrine du néo-colonialisme français.

Cet événement inédit en Afrique a réuni plus de 200 participants venant de 12 pays d’Afrique et du reste du monde, représentant par délégation plus d’une centaine d’organisations de la société civile. Au cours des travaux, le Sommet s’est penché sur les thèmes relatifs aux principaux maux qui minent l’Afrique : dictatures, dette odieuse, corruption, échange inégal, violations massives des droits de l’homme, impunité, pillages.

45 ans de coopération et 22 Sommets France Afrique n’ont apporté aucun remède à ces maux. Le Sommet alternatif citoyen Afrique France constate au contraire que la coopération françafricaine n’a servi que les intérêts économiques et politiques des seuls dirigeants français et africains, au mépris des peuples qu’ils sont censés représenter.

En cette année 2005, la France a validé le coup d’état électoral de Faure Gnassingbé Eyadéma au Togo, poursuivi un jeu trouble en Côte d’Ivoire. Elle soutient le régime agonisant d’Idriss Déby au Tchad et les pouvoirs dictatoriaux de Paul Biya au Cameroun, Denis Sassou N’Guesso au Congo et tant d’autres accueillis aujourd’hui à Bamako avec une débauche de moyens insultant la misère de leurs peuples.

Et ce n’est pas le nouvel habillage européen et multilatéral auquel la France essaye de faire croire qui changera la nature du système dont la logique conduit à la pauvreté, à la désespérance, et par ricochet à l’exode et l’émigration forcée des jeunes…

Les participants au Sommet alternatif citoyen se sont indignés des politiques de répression et de stigmatisation des populations immigrées ou d’origine immigrée, reflet d’un passé colonial mal assumé et d’un présent néo-colonial occulté. (???)

Constatant l’échec de ces politiques et le refus de dialogue des participants au Sommet officiel, le Sommet alternatif a décidé de relayer les aspirations de la masse des citoyens, d’organiser les réseaux internationaux associatifs qui les mobilisent pour permettre à leurs résistances de se construire, de mener des actions pour exprimer leur révolte et obtenir des transformations radicales avec les peuples et pour les peuples.

Cela requiert de notre part :

d’opérer un vaste programme d’éducation à la citoyenneté ;
de favoriser le décloisonnement et la solidarité des luttes nationales, régionales et internationales ;
de créer un réseau d’information et de mobilisation internationale ;
de travailler conjointement pour la mise en place de mécanismes de lutte contre l’impunité des crimes politiques (justice pénale internationale, compétence universelle) et économiques (audit de la dette, nouvelles règles du commerce international, transparence des industries extractives, etc.)
d’exiger la libre circulation des personnes (???).

Pour ne pas répondre aux discours vides par d’autres discours sans effet, les participants au Sommet alternatif s’engagent à mettre en place dans les prochains mois un cadre cohérent d’actions et de propositions.

L’heure est venue de construire une véritable coopération entre l’Afrique et la France basée sur la vérité, la justice, l’égalité, la liberté et le respect mutuel.

Le règne de la Françafrique et l’impunité de ses dirigeants doivent prendre fin !

Fait à Bamako, le 1er décembre 2005

Le Sommet Alternatif Citoyen France Afrique

Voir également:

Les troupes françaises en Afrique
lefigaro.fr
Publié le 15 février 2007

Un tiers de l’armée française est en Afrique. Soit plus de 11.000 hommes. Il faut savoir que, en plus des militaires qui sont en opération sur le continent (carte ci-dessous), 8.600 hommes y sont également présents en tant que «forces prépositionnées», ou déployées dans un but de prévention. Ainsi, 3.800 hommes sont à Mayotte et à la Réunion, 2.900 à Djibouti, 800 au Gabon et 1.100 au Sénégal.
En Côte d’Ivoire, 3.350 hommes sont présents dans le cadre de l’opération Licorne, et 200 sous l’égide de l’Onu (sur environ 5.000 militaires toutes nationalités confondues).
En République Démocratique du Congo (RDC), il y a environ 40 militaires français présents au titre de l’Onu sur un total de 17.000 soldats environ.
Enfin, au Soudan, 10 militaires français figurent parmi les 4 à 5.000 en mission pour l’Onu.

Voir enfin:

La presse africaine ne fait pas de cadeaux à Jacques Chirac
Julie ConnanLe Figaro le 15 février 2007

Le 24e sommet Afrique-France à Cannes est l’occasion pour les journaux africains de dresser le bilan du «grand chef blanc» français.

«Le dernier tango de Jacques Chirac», écrit Le Pays du Burkina Faso: c’est ainsi que les journaux africains voient le 24e sommet Afrique-France, à Cannes. «Que laisse Chirac derrière lui, à l’heure du bilan, après douze années de pouvoir ?», s’interroge le quotidien ivoirien Fraternité Matin, pour qui le dernier sommet du président français sonne comme «un rendez-vous d’adieu avec une ère».

A l’instar de ce journal gouvernemental, nombre de médias africains estiment que cette rencontre sera dominée «par un double sentiment parmi les participants» : «la mélancolie chez ceux qui voient leur ami, leur maître, leur soutien inconditionnel, quitter le pouvoir. Et la joie chez d’autres chefs d’Etat qui salueront le départ d’un bourreau, un déstabilisateur, un injuste qui condamne la rébellion dans certains pays pendant qu’il déroule le tapis rouge à cette même rébellion dans d’autres Etats».

Cette rencontre devrait toutefois pas se différencier des sommets précédents pour Jacques Chirac, affirme l’Essor du Mali : «comme à son habitude, le chef de l’Etat français se posera en avocat d’un continent où 300 millions de personnes vivent avec moins d’un dollar par jour et qui reste le plus touché par le sida». «23 sommets pour rien», juge quant à lui le quotidien ivoirien Notre Voie. Pour l’Observateur de Paalga, du Burkina Faso, la «dernière messe noire de Chirac» sera un «sommet d’adieu pour un homme, qui à force de plaider pour l’Afrique (…) a réussi à se faire passer pour l’ami des Africains».

D’où cette question, soulevée par Le Potentiel : l’Afrique-France survivra-t-elle à l’après-Chirac ? Et, si tel est le cas, «Jacques Chirac se comportera-t-il comme François Mitterrand ?» Et l’Obs de rappeler le sommet de La Baule de 1989, au cours duquel le président socialiste «avait saisi cette opportunité pour adresser son message-testament».

Pour Paris, rappelle le quotidien algérien El Moudjahid, ce sommet «devrait marquer un renouveau dans les relations entre la France et les Etats africains», avant le scrutin présidentiel. Le journal gouvernemental remarque à ce titre que les deux principaux candidats «Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont visité des pays africains avant même le lancement de la campagne». Même si pour Le Pays, «le changement des sommets Afrique-France viendra moins d’un changement de locataires à l’Elysée, que d’un sursaut d’orgueil et d’ambitions des présidents africains».

Mais, s’interroge l’Observateur Paalga, «est-ce que la France va accepter de renoncer aussi facilement à «son» continent ? ». Car, pour El Moudjahid, «cet intérêt renouvelé pour le continent africain se double qu’une grande inquiétude face à la percée de la Chine en Afrique». De toute façon, conclut l’Obs, «une chose est sûre, au moment où les Etats-Unis et la Chine font les yeux doux à l’Afrique, la France ne va pas, si on ose le dire, battre en retraite».


Iran: Mais qui se cache derrière les… jihadistes du peuple?

14 février, 2007

OMPIOMPI lebensbornQui n’a été abordé par les avenantes membres de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple Iranien (OMPI)?

Qui ne les a vus Place de la Sorbonne ou ailleurs et qui n’a entendu leur laïus si bien rodé?

Qui n’a été intrigué par ce bizarre mélange de secte islamiste et de groupuscule marxiste?

Ces sortes d’improbables hybrides d’OLP et d’Hare Krishna avec leurs si seyants foulards pastels, leurs voix et manières douces ainsi que leurs stands de photos de tortures et de brochures marxistes ou féministes?

Et ce d’autant plus que maints de leurs membres ont effectivement été victimes des geoles iraniennes et peuvent vous en montrer les photos ou même.. les stigmates sur leur propre corps!

Comme elles ne manquent pas de vous rappeler, ce qui est exact, que c’est eux qui en 2003 (grâce aux satellites israéliens?) ont révélé le programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran caché depuis une vingtaine d’années …

Même si, comme on le découvre sur le site d’opposants d’Iran-Resist, elles se montrent beaucoup plus discrètes sur leur passé plus que sulfureux (nombre d’attentats antiaméricains, enrôlement auprès de Saddam dans sa guerre contre l’Iran ou sa répression contre les kurdes et les chiites, attribution d’un camp en Irak même où ils sont toujours) …

Comme sur leurs bizarres habitudes sectaires (culte de la personnalité et pratiques pour le moins totalitaires – jusqu’à l’assassinat ! – de leurs gourous, interdiction, apparemment, des relations sexuelles, envoi de leurs enfants – présentés comme des orphelins des victimes de la répression de Téhéran – en Europe dans une sorte de "lebenborn", etc.) …

D’où alors ce formidable talent de propagande et d’entrisme, avec leurs pétitions, fêtes, manifs ou colloques dans leur paisible communauté d’Auvers-sur-Oise, qui en ont fait les enfants chéris de tout ce que l’intelligentsia française compte de plus chic, des Verts au PCF, en passant par la Mère Mitterrand, l’Abbé Pierrre, mais aussi, apparemment, des Glucksmann, Tertrais ou Encel …

Extraits:

L’OMPI professe alors une doctrine politique marxiste islamique. Selon cette doctrine, Dieu a créé le monde, mais il a aussi crée une évolution historique à l’issue de laquelle une société sans classe prendrait le dessus sur l’injustice capitaliste (alors que l’Islam reconnaît la propriété et la société marchande – ndlr)

Des assistants parlementaires nous racontent comment le groupe envoie régulièrement de jeunes et jolies femmes dans les halls des parlements, sénats congrès avec des pétitions inoffensives à faire signer, et la plupart des délégué n’ont aucune idée de ce que le groupe traîne derrière lui. Les dévots de l’OMPI obtiennent ainsi des résultats et en 1992 1500 parlementaires sont même allés jusqu’à apporter leur soutien au CNR comme unique alternative démocratique au régime de Khomeiny. Et parmi eux figurait une majorité de représentants américains à la chambre des députes [22]. Selon l’historien Abrahamian du Baruch College, l’OMPI est en train de rééditer la stratégie de l’OLP pour obtenir sa représentativité de la Palestine dans la communauté internationale.

Ils omettent de parler de leur passé anti-américain et de leurs actions terroristes anti occidentales et parfois même ils les nient. Aujourd’hui, Massoud Radjavi et sa seconde épouse Maryam s’emploient à avoir un contrôle total sur tous les membres du groupe. Les portraits du couple s’étalent en large dans leurs journaux, télévisions, sites Web et dans toutes les manifestations. En occident, l’OMPI interdit à ses membres de lire autre chose que les journaux et publications du groupe. De nombreux OMPI-istes vivent en communauté et participent à des groupes d’étude et de travail obligatoires. Dans le camp Ashraf en Irak où de nombreux membres se tenaient ensemble jusqu’à la chute de Saddam Hussein, on menait une vie communautaire digne des sectes, le célibat y était fortement encouragé, la volonté individuelle y était combattue et les membres ne devaient pas avoir de contact avec les gens du dehors sauf certains dûment répertoriés [24].

Même si en 2003 l’OMPI a révélé le programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran (en le majorant au passage), ce groupe continue de pénétrer la défense iranienne et d’assassiner ses adversaires.

Le « Lebensborn » de Radjavi a façonné des êtres sans attaches familiales, insensibles et superbement fidèles à l’Organisation. En Occident, ces enfants permettent au mouvement de recueillir des aides sociales. Ils participent aussi aux campagnes de collectes de fonds organisées sur la voie publique.

Moudjahidines / OMPI / CNRI : Oeuvres des Radjavi !
17.03.2006 Résumé des dernières folies de Maryam et Massoud Rajavi

Le CNRI ou Conseil National de la Résistance d’Iran est une structure supposée regrouper plusieurs mouvements d’opposition à la République Islamique d’Iran. Pendant un temps, le PDKI, mouvement des communistes kurdes iraniens en a fait partie. Aujourd’hui, les Moudjahidines sont les seuls membres du CNRI qui leur sert de façade politique.

MEK : Moujahidin E Khalq en fârsi,
MKO : Mojahidin E Khalq Organization,
OMPI : l’Organisation des Moudjahidines du Peuple iranien,
Ce sont les divers noms d’une même structure commandée le couple Radjavi (Rajavi).

OMPI L’organisation des Moudjahidines est né en 1965 en Iran, et selon l’un de ses anciens membres, sur la base « d’un mélange éclectique du chiisme et de marxisme ». Le parti se jette à corps perdu dans l’action terroriste sous le régime du Shah. En 1971, la plupart de ses dirigeants sont arrêtés et exécutés. Seul en réchappe Massoud Rajavi, le 1er lieutenant de Moussa Khiâbani, le chef militaire de cette organisation qui a été tué par une bombe le 2 février 1981.

Sous l’autorité de Rajavi, le mouvement se radicalise. Il assassine six ressortissants américains [1] puis, en 1979, s’associe à la Révolution islamique conduite par Khomeiny. Rapidement des tensions éclatent avec ce dernier et, en 1981, l’organisation des Moudjahidines est décrétée hors-la-loi par la République Islamique.

La même année, elle perpétue plusieurs attentats en Iran. On lui attribue à tort celui du Siège du Parti Islamique qui fit 72 morts. Cet attentat est l’œuvre de Rafsandjani qui élimina son principal rival Beheshti. Le nombre de 72 victimes est également fictif car il fait référence aux 72 martyrs du chiisme : en vérité, il y eu plus de 150 victimes.

Les Moudjahidines endossèrent la responsabilité de l’affaire car en fait ce mensonge leur convenait et bâtissait leur légende de « Force Incontournable en Iran ».

Cette légende est encore entretenue et renouvelée par des réseaux d’amis politiques ( Les Verts, Pôle Républicain MRC, J-P. Chevènement et George Sarre, Ensemble contre la peine de Mort, PCF, MRAP et des personnalités comme Danielle Mitterrand, Edith Cresson, Mgr Gaillot, Abbé Pierre, etc. ) qui profitent des largesses de cette organisation.

Fuyant l’Iran, Massoud Rajavi trouve alors asile en France. Mais, en 1987, il fait les frais du rapprochement entre Paris et Téhéran, l’affaire Eurodif / Otages français au Liban. Si sa femme, Maryam Rajavi, demeure dans l’Hexagone avec quelques hommes, Massoud est expulsé. Il part pour l’Irak, où Saddam le reçoit à bras ouverts.

Dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), Bagdad a su utiliser cette organisation. Les hommes des Moudjahidines espionnaient leurs compatriotes et participaient aux attaques contre les enfants soldats de Khomeiny: ils étaient chargés d’intercepter ces jeunes soldats inexpérimentés, perdus derrière les lignes irakiennes, et de les exterminer.

Reconnaissant, Saddam Hussein offre une base militaire à Massoud Rajavi : la petite citadelle d’Achraf à une cinquantaine de kilomètres de Bagdad. On a beaucoup exagéré les effectifs de ce camp, les portant jusqu’à 10 000 hommes.

En réalité, ils ne dépassent pas 1500 combattants, bien équipés cependant, du moins selon les critères irakiens. Ils jouissent des mêmes soldes et des mêmes équipements que la Garde républicaine irakienne, troupe d’élite profitant d’un régime privilégié. Saddam leur fait même donner des chars d’assaut et des transports de troupes blindés. Achraf est une véritable petite ville autonome.

Dans son réduit d’Achraf, chef incontesté après Dieu sinon après le maître de l’Irak, Massoud Rajavi laisse libre cours à ses délires tyranniques. En 1990, se référant à la tradition chiite, il se déclare Imam et affirme avoir reçu son pouvoir de Dieu. Ses fidèles sont priés d’interpréter ses rêves comme des signes de son inspiration divine.
Un ancien moudjahid raconte : « En 1990, Massoud a décrété le divorce idéologique. Les hommes et les femmes, disait-il, ne peuvent pas combattre avec pugnacité contre Khomeiny s’ils vivent ensemble… ».

Les anciens époux durent se déclarer leur haine réciproque au cours de happenings publics. Du même coup, il interdit les relations sexuelles entre membres des Moudjahidine. Seul son couple, avec Maryam, échappe à la règle car, selon ses théories, ils sont tous deux des « Humains spéciaux » !

En 1991, la première guerre du Golfe est l’occasion d’une nouvelle poussée de despotisme. Sous prétexte de les protéger des dangers auxquels les exposent les combats, âgés de 2 mois à 15 ans, 800 enfants des membres des Moudjahidine sont séparés des parents et expédiés en Europe. Ces enfants deviendront un moyen de pression sur les parents qui étaient menacés de ne jamais les revoir s’ils « désobéissaient » à Rajavi.
• RED LEBENSBORN

Le « Lebensborn » de Radjavi a façonné des êtres sans attaches familiales, insensibles et superbement fidèles à l’Organisation. En Occident, ces enfants permettent au mouvement de recueillir des aides sociales. Ils participent aussi aux campagnes de collectes de fonds organisées sur la voie publique.
Si, en dépit de ces restrictions et manipulations, quelqu’un tente de quitter l’Organisation des Moudjahidine, il se retrouve dans la prison du camp d’Achraf, ensuite extradé vers l’Iran ou exécuté.

Aveux d’un ancien en fuite Mohammed Hossein Sobhani est un déserteur de l’Organisation des Moudjahidine. Membre permanent de l’organisation depuis 1978, il était en charge de la sécurité du camp d’Achraf. Au cours de l’année 92, il exprime devant Massoud Rajavi son désaccord avec la ligne politique des Moudjahidines, principalement pour son alliance avec Saddam Hussein.

Au mois d’août 92, convoqué à une rencontre d’explication, Frère Sobhani est roué de coups de poings et coups de pieds par ces frères et sœurs devant l’Imam Rajavi, avant d’être enfermé en cellule d’isolement et torturé à plusieurs reprises. Sobhani parviendra à s’échapper dix ans plus tard, profitant d’un échange de prisonniers avec l’Iran.

Un groupe terroriste iranien organise son colloque à Paris
22.05.2006

Le lobby clandestin des Moudjahedines de Peuple (de Maryam Radjavi) continue de proliférer et fait de nouveaux victimes : André Glucksmann, Bruno Tertrais et Frédéric Encel.

S’il est un fait indéniable, c’est que l’union des opposants iraniens serait la meilleure des choses. Mais encore faut-il définir cette opposition. Alors que nous devrions tous montrer un visage uni et combattre un ennemi unique qui est la république islamique, nous avons appris à nous méfier de certains opposants iraniens, depuis les officiels (ceux que nous savons téléguidés par Téhéran) jusqu’à ceux qui ont été un temps partie prenante de la révolution islamique avant de s’en éloigner parce que leurs dirigeants n’avaient pas eu le poste convoité. Parmi eux il est une organisation plus spécieuse que les autres, l’OMPI (organisation des moudjahedines du peuple), actuellement basée à Auvers-sur-Oise.

Cette organisation, listée comme terroriste et que nous considérons toujours comme tel, a par le passé bénéficiée des largesses et des facilités du régime de Saddam Hussein, se chargeant de basses besognes et de combattre aux côté des forces de Bagdad contre les kurdes irakiens ou dans le conflit Irak-Iran. C’est d’ailleurs ce qui fait que pour une écrasante majorité d’iraniens de tous bords mieux vaut encore composer avec le régime des mollahs qu’avec cette organisation doctrinaire marxiste religieuse où le culte du leader est poussé à son paroxysme comme leur a enseigné leur modèle Kim Il Jung. Les méthodes de ce groupe et de ces chefs, les Radjavi, présentent très souvent des aspects rappelant étrangement les méthodes d’enrôlement dans les sectes alors que cette organisation en a bien souvent la forme. On y fait même des mariages arrangés (lien) et en nombre comme un certain révérend Moon ou on se suicide par le feu sur commande…
Les grandes manoeuvres continuent !

Connus sous divers noms, en anglais, en français ou en persan, cette organisation fait actuellement un lobbying intense en Europe et aux USA pour se faire retirer de la liste terroriste avec le soutien de nombreuses personnes peu au fait de l’Iran, des iraniens et des oppositions. Souvent de gauche, c’est en partant de bons sentiments que de nombreuses personnalités françaises comme Edith Cresson, Danielle Mitterrand, Régine Deforges, Jean Ferrat, José Bové, Mouloud Aounit, Bernard Stasi, Mgr Gaillot ou l’Abbé Pierre apportent un soutien qui ne contribue qu’à les discréditer encore plus [1].

A ces personnalités, depuis un certain temps viennent de se rajouter les noms d’André Glucksmann, de Bruno Tertrais et de Frédéric Encel [2] qui pour la deuxième fois participeront à un colloque organisé par les Moudjahedines.

Les Moudjahedines (OMPI/CNRI/MEK) organisent donc les 22/05 à Paris et 25/05 à Washington deux grands débats pour débattre à propos du programme nucléaire iranien.

Le meeting de Paris qui se déroulera dans les salons Hoche près de l’Étoile ne nécessite même pas de s’inscrire par avance. Il est officiellement organisé par un Think Tank de Londres nommé «Gulf Intelligence Monitor» (GIM) qui mérite d’être présenté.

Ce groupe de Londres a été crée en 2003 par un dénommé Simon Bailey et les recherches sur ce groupe nous renvoient systématiquement aux sites de l’OMPI, que ce soit le site IRAN-FOCUS ou celui de CNRI.

Tout aussi parlant est la visite du site de Gulf Intelligence Monitor dont les quelques textes sont tous à propos de l’Iran mais avec des référencements OMPI-istes. Nous n’avons trouvé aucun livre, étude, dossier ou simple article à mettre à l’actif de ce Think Tank ou de l’un de ses supposés consultants depuis 2003. Simon Bailey et ses collègues ne sont connus d’aucun autre Think Tank ou chercheurs. Il semblerait qu’il s’agisse de prête-noms pour une organisation écran.

Ce besoin et cette habitude de passer par d’autres organisations écran, est un reste des habitudes des moudjahedines alors qu’ils étaient dans la clandestinité, mais aujourd’hui, elle a une réelle utilité : le nom de l’OMPI est lié au terrorisme et ferait fuir les participants, les intervenants et l’assistance.

Cependant, il y a parmi les intervenants 5 américains, Bill Cowan, Thomas McInerney, Charles T.Nash, Paul E.Vallely & Ray Tanter, tous d’anciens militaires à la retraite membres « Iran Policy Committee », un lobby monté par un ex-officier de la CIA. « Iran Policy Committee » est présidé par Raymond Tanter et le groupe de pression a pour objectif de convaincre l’administration Bush de retirer l’OMPI de la liste américaine des organisations terroristes.

«Iran Policy Committee», Bill Cowan, Thomas McInerney, Charles T. Nash, Paul E. Vallely et Ray Tanter sont les lobbyistes officiels de l’OMPI aux Etats-Unis.

Parallèlement aux efforts de Tanter et depuis un certain temps, les disciples des Radjavi ont modifié leurs discours officiels : ils ne parlent plus de supprimer par la violence (si besoin) leurs adversaires (même si dans les faits ils continuent). Aujourd’hui l’OMPI fait savoir à qui veut l’entendre qu’elle est un groupe démocrate et non violent…..et on est prié de les croire sans rire et sans trembler !

Ces colloques ne sont que des opérations de relations publiques qui visent à obtenir des supports parmi les médias et les décideurs occidentaux afin de se faire encore une fois passer pour l’unique force de la résistance iranienne ainsi qu’ils aiment à le rappeler. En réalité, leurs opérations terroristes aveugles, qui ont fait beaucoup de victimes dans les populations civiles iraniennes, sont condamnées par les iraniens d’Iran et par les autres opposants qui essaient de se servir des voies démocratiques et légales.

WWW.IRAN-RESIST.ORG

Une question récurrente est aussi posée de savoir d’où l’organisation tire les revenus pour organiser toutes ses opérations de relations publiques, maintenir tous ses sites Internet, publier toutes ses brochures ?

Une autre question demeure de savoir comment il se fait que le FBI ou la Police Française laissent ce groupe agir aux USA ou en France alors même qu’il est sur le liste des organisations terroristes du Département d’État des USA et de l’Union Européenne ? On sait que des fonds importants leurs furent remis par les agents baasistes irakiens, on sait aussi que des sommes importantes furent détournées au début de la république islamique. Selon les dissidents de l’OMPI, d’importantes sommes leur auraient aussi été remises pour prix de leur trahison envers Saddam (une de plus) lors de l’attaque sur l’Irak (les Moudjahedines ont refusé de combattre et ont fourni les armes fournies par Saddam aux forces coalisées).

Vous avez sur ce site un moteur de recherche qui vous permet de retrouver des articles antécédents. Au cas où votre demande concernerait un sujet précis, vous pouvez nous écrire. Notre équipe vous aidera dans votre recherche.

Bonne lecture et à très bientôt.

[1] Auxquels il faut ajouter : le sénateur PS Jean-Pierre Michel, Sid Ahmed Ghozali, (ex-premier ministre algérien) Marc Reymann (député UMP), Mario Stasi (ancien président du Barreau de Paris)

[2] Info qui reste à confirmer : Suite à notre appel, Frédéric Encel n’aurait pas assisté au Colloque de l’OMPI et il aurait été remplacé par Artur du Plessis.

Des monstres nés en Iran !
12.06.2006

Notre article sur l’OMPI a suscité beaucoup de réactions chez nos lecteurs, les mails que nous avons reçus en sont le témoignage. Outre les mails de défense de cette organisation, nous avons aussi reçu bon nombre de mails de compatriotes nous félicitant enfin de pouvoir lire un tel article mais aussi ceux de personnes qui ne connaissaient pas ce mouvement. Ce n’est pas la première fois que nous traitions un tel sujet et à chaque fois les réactions sont nombreuses. Si besoin était, nous rappelons que cet article n’a pas été signé par une personne parce qu’il est un travail collectif représentant la ligne de pensée de toute une équipe, c’est aussi un témoignage de notre volonté farouche de rester indépendants.

Pour faire suite à notre article voici la transcription d’un article de Michael Rubin paru le 13-01-2006 dans Front Page Magazine qui sera très explicite et qui permettra à nos lecteurs de mieux saisir certains détails.

Peu de groupes terroristes recueillent le soutien qu’à l’Organisation des Moudjahedines du Peuple Iranien. Le 20/10/05 plusieurs membres du Congrès US et de conseillers ont assisté à un briefing. Maryam Radjavi, co-responsable du groupe et présidente auto désignée de l’Iran s’est adressée à eux par une vidéo envoyée de France [1] qui a eu un accueil chaleureux. Sheila Jackson Lee représentante Démocrate du Texas est allée jusqu’à remercier la «soeur Maryam» [2] laquelle a obtenu ce qu’elle voulait : que des représentants des deux partis signent une pétition réclamant le retrait de l’OMPI (MEK) de la «Liste 1997» du Département d’Etat où ils sont classés comme terroristes [3]. Dans une interview du 08/04/03, la représentante républicaine de Floride Ileana Ros-Lehtinen, présidente du sous-comité pour l’Asie Centrale et le Moyen-Orient disait que ce groupe aimait les USA, n’avait jamais lutté contre et les aidait dans la lutte anti-terroriste [4] & [5]. Mais Ros-Lehtinen se trompe et malheureusement son erreur est commune à une certaine gauche et à une certaine droite, qui s’inquiètent réellement pour la liberté de l’Iran mais ne comprennent pas que ce groupe qui en public prône les libertés publiques, la démocratie et la liberté mais qui dans les faits fait exactement l’inverse. Maryam Radjavi et son mari Massoud sont des spécialistes de la communication et de la réécriture des faits, mais l’organisation qu’ils président est tout sauf démocratique, elle est terroriste, autocrate et marxiste.

Origines

L’OMPI a ses origines au début des années 60. Des années durant, les féodaux (grands propriétaires) et les cléricaux (autres propriétaires) avaient bloqué les réformes de l’Iran et le pays était paralysé. En Janvier 1962, le Shah lança sa « révolution blanche » [6], avec entre autres la redistribution des terres aux paysans, droits des femmes accrus, armée du savoir… ce qui irrita profondément les conservateurs sociaux, les ecclésiastiques et les nationalistes (islamistes modérés – ndlr).

Face à cela, voyant l’Iran devenir de plus en plus laïque, et assistant à la venue d’étrangers devant moderniser le pays, Mehdi Bazragan, activiste islamique forma le Mouvement de Libération de l’Iran. Cet ingénieur voulait combiner nationalisme et islamisme. Son groupe proclamait en préambule « nous refusons de nous séparer du chiisme parce que le chiisme est une part intégrale de notre culture populaire » [7], il était proche du l’Hodjatoleslam Taleghani religieux [8] le « modernisant » et au fait du marxisme qui avait été emprisonné dans les années 30. Taleghani devint alors son maître à penser et Bazargan en retour fut nommé premier ministre du gouvernement provisoire aux premiers jours de la révolution de 1979. En Juillet 1962, Amini fâché par les dépenses militaires de l’Iran et le peu d’aide des USA démissionne, le chaos règne et le clergé manifeste contre les réformes sociales, la sécularisation et les lois limitant les privilèges du clergé. Khomeiny prend la tête de ce mouvement. En 1963, la tolérance du Shah pour l’opposition (islamo-gauchiste) cesse et Khomeiny est arrêté lors d’émeutes (les mollahs attaquaient les femmes et les vitriolaient). La police a du ouvrir le feu en faisant quelques morts chez les manifestants et étudiants (islamo-gauchistes– ndlr). L’ironie du sort fera qu’alors même que le Shah muselait son opposition ((islamistes ou communistes), sa politique d’éducation que n’avait jamais connu son pays avant faisait que les campus universitaires devenaient des berceaux d’opposants qui regardaient les mouvements révolutionnaires d’Algérie, Vietnam Cuba et ailleurs.

La naissance de l’OMPI (moudjaheddin é khalgh)

Organisation des Moudjahedines du Peuple iranien ou plus exactement…

Organisation des Jihadistes du peuple Iranien !

A la suite des événements de 1963, le mouvement de Bazargan s’est effondré. Tandis que les plus âgés cherchaient une inspiration nationaliste (et islamique – ndlr) de gauche, que Mossadegh se faisait évincer après avoir joué de la violence de la rue et n’avoir pas condamné le terrorisme, les plus jeunes estimaient la réforme politique impossible et se retrouvaient pour commencer la lutte armée. Parmi ces jeunes qui s’unissaient figurait un étudiant en science politique de l’université de Téhéran, un certain Massoud Radjavi [9]. Ils créaient ainsi le mouvement secret des moudjaheddins (les djihadistes – ndlr) é khalgh, un mouvement clandestin qui mettrait 7 ans encore avant de se faire connaître officiellement (ou du moins publiquement) au monde entier.

L’OMPI professe alors une doctrine politique marxiste islamique. Selon cette doctrine, Dieu a créé le monde, mais il a aussi crée une évolution historique à l’issue de laquelle une société sans classe prendrait le dessus sur l’injustice capitaliste (alors que l’Islam reconnaît la propriété et la société marchande – ndlr). Il s’agissait d’une réinterprétation tellement radicale et même au sein du clergé, l’OMPI était vu avec une grande méfiance. Les mollahs ressentaient l’interprétation de l’OMPI non seulement comme une rupture avec le capitalisme mais aussi avec le clergé chiite qui était considéré comme le clergé sunnite c’est à dire qui n’avait pas su saisir le « dynamisme coranique » [10]. Radjavi et d’autres membres de l’OMPI réinterprétaient ainsi la religion pour justifier le terrorisme, la mort au combat (pendant l’acte de terrorisme – ndlr) étant assimilée au martyr religieux.

C’est avec cette interprétation qu’ils ont créé un précédent dont eux et des groupes terroristes se réclament. Aujourd’hui encore le Hezbollah et ses commandos suicide usent de cela pour se considérer comme martyr !.

Pour mieux se préparer au combat, l’OMPI s’est rapproché de l’OLP (lien Khomeiny-OLP) et au début des années 70, plusieurs des membres de l’OMPI dont Radjavi avaient reçu des formations dans les camps de l’OLP tant en Jordanie qu’au Liban. Plus tard ce sera avec la Libye de Kadhafi que le groupe resserrera les liens, de même qu’avec la république démocratique du Yémen alors dans le giron soviétique.

Le désir de créer un terrorisme spectacle du début va échouer. Un prisonnier les trahira et révélera leurs plans pour faire exploser la centrale électrique lors des cérémonies du 2500e anniversaire de l’empire perse. De même la tentative de kidnapper un neveu du Shah échouera. Radjavi continuera sa rhétorique anti impérialiste, dénonçant pêle-mêle les USA, les banques (occidentales), les sociétés multinationales responsables des problèmes de l’Iran et des pays en voie de développement.

Selon Radjavi, le « but principal est de libérer l’Iran des USA » [11]. Pendant ce temps les tribunaux ne les épargnent pas, condamnant à mort 11 leaders de l’OMPI dont Radjavi. Mais sa peine sera commuée en détention à perpétuité après que le frère de Radjavi ait lancé une campagne internationale pour leur défense tandis que les cofondateurs du mouvement étaient exécutés. Du coup Radjavi se retrouvera idéalement placé [12] pour prendre toutes les commandes de l’OMPI lors de sa libération en Janvier 1979.

A cette époque l’OMPI se renforça en recrutant des membres dans les lycées, les universités, les prisons et surtout parmi les étudiants iraniens qui étaient inscrits dans les universités à l’étranger (Europe de l’Ouest et USA). Le groupe monta alors une radio qui émettait depuis Bagdad contre le régime iranien et employa l’ayatollah de sensibilité gauchiste Dr. Ali Shariati (un prêcheur et non un ayatollah – ndlr). Ce denier en usant d’un langage moins radical s’employa à développer un endoctrinement.

L’emprisonnement et l’exécution des leaders de l’OMPI n’a pas pour autant abattu le mouvement qui allait se manifester encore. Fin mai 1972, juste avant la visite de Nixon à Téhéran, l’OMPI attaqua les intérêts américains en Iran en faisant exploser des bombes contre l’hôtel Intercontinental, Pepsi Cola, General Motors … et échouèrent dans l’assassinat du chargé des affaires militaires US à Téhéran, Lewis Hawkins. Trois mois plus tard l’OMPI bombardait l’ambassade jordanienne pour se venger du roi Hussein et de son action contre l’OLP. En 1973, l’OMPI bombarda les agences de la Pan Am et de Shell, mais aussi réussit cette fois à assassiner Lewis Hawkins. Les étrangers en Iran étaient clairement visés. Plus tard, en 1974, le même groupe terroriste lancera des attaques contre des clubs (boîtes de nuit), des magasins, des policiers et des entreprises détenues par des minorités religieuses non musulmanes qui seront accusés de liens avec Israël et les états-symbole du capitalisme.

C’est en 1975 que l’OMPI se divisa en deux factions, des leaders marxistes voulant couper les liens avec l’islam et les autres voulant rester islamiques [13]. Radjavi prit alors la tête de l’OMPI islamique depuis la prison de Ghasr. Les deux OMPI continuèrent de fonctionner en parallèles et à s’en prendre aux cibles occidentales. Alors que l’OMPI marxiste échouait dans une tentative d’assassinat d’un diplomate américain en poste à Téhéran, l’OMPI islamique tuait trois employés de Rockwell International.

La révolution islamique

Alors que les deux factions de l’OMPI prenaient part à la révolution islamique, l’OMPI musulmane s’abritait derrière la bannière de l’ayatollah Taleghani et montait en puissance. Cette OMPI islamique gagnait ses lettres de noblesse pour son rôle déterminant dans la prise d’otages de l’ambassade américaine, mais n’avait pas pour autant rejeté ses idées marxistes. D’ailleurs Radjavi et l’OMPI ont soutenu l’invasion soviétique en Afghanistan et se sont opposés aux moudjaheddins afghans qui luttaient contre. Au début de la révolution islamique Radjavi accrut encore son contrôle sur l’OMPI [14], et divisa la direction entre un Politburo et un Comité Central. Il créa aussi de nombreuses organisations pour recruter et former les membres, cette prolifération d’organisations toutes idéologiquement et politiquement au service exclusif du dirigeant est une caractéristique de l’OMPI qui dure encore aujourd’hui.

Peu de temps après, Radjavi et son OMPI entrèrent en conflit avec les milieux religieux de l’entourage de Khomeiny, les relations entre l’OMPI et Khomeiny devinrent extrêmement tendues. Khomeiny qui était très conservateur considérait le mélange avec le marxisme et le rejet d’une partie de la jurisprudence islamique comme des péchés. Déjà en 1972, alors qu’une délégation cherchait un appui de Khomeiny à Nadjaf, celui-ci leur avait uniquement parlé d’islam, du vrai selon sa vision.

Moins d’un an après son retour en Iran, Khomeiny et ses proches commencèrent à appeler l’OMPI les «incroyants et hypocrites» alors qu’en retour l’OMPI accusait Khomeiny de «détourner» la révolution à son profit et l’accusait d’imposer une dictature. Avant la révolution l’ayatollah avait promis une démocratie islamique des masses alors même qu’il consolidait son pouvoir personnel. Khomeiny eut le dessus, il fit fermer les bureaux de l’OMPI, interdit leurs publications et les contraint à retourner dans la clandestinité. L’OMPI n’était d’ailleurs pas l’unique cible du vieil ayatollah, et après que son pouvoir grandit, il s’en prit alors au président de la république Bani Sadr (un islamo-gauchiste manipulé par les communistes – ndlr) [15] jugé trop modéré et indépendant vis à vis de lui. Bien que Bani Sadr ne rejoignit pas officiellement l’OMPI, il forma une alliance tacite avec le groupe qui en retira un certain prestige.

Bani Sadr et l’OMPI appelèrent à une manifestation le 20/06/80 et ils furent entendus. La foule se pressa en nombre et pas loin d’un demi million de personnes descendirent dans les rues de Téhéran ainsi que dans d’autres villes du pays. Mais Khomeiny et ses fidèles du Parti de la République Islamique étaient aussi prêts, ils déclarèrent que tout manifestant pro OMPI était un ennemi de Dieu susceptible d’une exécution sommaire et ils tinrent parole, il y eut des centaines de morts et les gardiens de la principale prison politique de Téhéran (Evin) se vantèrent même d’avoir exécuté des adolescentes (systématiquement violées avant l’exécution pour ne pas aller au Paradis – lien). Les opposants à Khomeiny ripostèrent, des terroristes (on ne sait pas trop à quel groupe ils appartenaient) firent exploser le siège du parti de la république islamique tuant l’ayatollah Beheshti partisan de la ligne dure ainsi que 72 autres membres du parti (Lire impérativement nos commentaires qui concernent à la fois Beheshti et l’attentat : [16]). Khomeiny se servit de l’occasion pour accélérer son mouvement de nettoyage et organiser des purges. La terreur s’installa, des centaines de personnes furent encore tuées sous les balles d’escadrons islamiques. Alors que Khomeiny consolidait son pouvoir sur la nation, la volonté de soutien du peuple à l’OMPI s’amenuisait.

Pour autant l’OMPI ne se rendit pas et se lança plus avant dans une politique de terrorisme, assassinant par centaines les officiels du régime et membres de la garde révolutionnaire (Pasdaran), faisant exploser leurs domiciles et le bureaux des religieux. Le groupe visa aussi des juges qui avaient condamné des membres de l’OMPI. L’organisation usa même de commando suicide pour tuer les prêcheurs de la prière du vendredi de Téhéran et de Chiraz. A son plus fort l’OMPI prétendait tuer 3 membres officiels du régime par jour en 1982, et d’ailleurs l’OMPI revendique l’assassinat de plus de 10 000 iraniens depuis 1981. Mais alors qu’il touchait le régime en son centre, l’OMPI faisait aussi de plus en plus de victimes innocentes dans la population.

Radjavi et Bani Sadr s’enfuirent alors à Paris alors que Khomeiny resserrait encore plus sa toute puissance sur le pays. Bien que Bani Sadr et d’autres rejoignaient l’OMPI sous la bannière du Conseil National, de tels accords étaient souvent de courte durée. En 1984, l’ex-président et quelques autres quittaient le giron de l’OMPI en désaccord avec (l’idéologie et) les méthodes autoritaires de Radjavi.

Pendant ce temps là de nombreux partisans de l’OMPI s’échappaient vers l’Irak où ils acceptaient l’aide de Saddam Hussein. Le peu de soutien que disposait encore le groupe en Iran s’évapora quand les iraniens virent que l’OMPI avait rallié le dictateur [17], déclaré la guerre à l’Iran et tué des centaine de milliers d’iraniens pendant la guerre.

Alors que les iraniens n’hésitent pas à dire leur haine de la république islamique, qu’ils sont nombreux à se moquer du guide suprême, que beaucoup réclament Reza Pahlavi le fils de l’ancien Shah, que d’autres parlent d’autres opposants, que certains parlent même des dissidents de la république islamique, sans aucune exception tous sont venimeux à l’encontre de l’OMPI et de ses dirigeants. La violence de l’organisation et sa trahison au nationalisme iranien lui ont fait perdre tout soutien populaire à l’intérieur du pays. Et pour autant ils n’ont pas gagné de soutien irakien. Les services secrets irakiens ont coordonné les activités de l’OMPI [18], les kurdes et les shiites d’Irak accusent le groupe d’avoir participé aux représailles contre les civils irakiens après la révolte de Mars 1991. Selon Ghobad Talabani, le fils du président irakien Jalal Talabani, « jusqu’à la chute du régime de Saddam ils faisaient parti du dispositif militaire irakien et sont hautement impliqués dans la lutte contre la révolte des kurdes en 1991 » [19].

La réécriture

Tandis que l’OMPI perdait à la fois sa puissance révolutionnaire et sa bataille pour les coeurs et les esprits iraniens, Radjavi s’employait inlassablement à réinventer l’image de l’OMPI. Il a d’abord cherché à s’attirer la sympathie en invoquant les martyrs de ses membres. Le groupe s’est d’abord rapproché de ses anciens amis de gauche et nationaliste arabes spécialement en Algérie, au Liban et au sein de l’OLP. L’OMPI a aussi envoyé des délégations auprès des partis communistes grecs et italiens, du parti socialiste indien et du parti travailliste anglais (en France, ils sont proche des Verts et du PCF – ndlr). Et c’est ainsi qu’il a trouvé une audience sympathique de la part des organisations de défense des droits de l’Homme de gauche et d’intellectuels. Le groupe a aussi fait du lobbying auprès des parlementaires européens et a ainsi obtenu en 1986 la signature de 3000 de ces parlementaires lors d’une pétition [20]. L’aveu par l’ayatollah Montazeri, longtemps représentant de Khomeiny que ce dernier avait ordonné l’exécution de 3000 membres emprisonnés de l’OMPI a permis à l’organisation de jouer la carte du martyr [21]. Le site Web du Conseil National de la Résistance parle d’une « organisation avec des contacts officiels avec la plupart des pays européens …&… de relations amicales avec les états du Moyen Orient ». Le groupe continue de monter des pétitions en nombre et sur tous les sujets. Des assistants parlementaires nous racontent comment le groupe envoie régulièrement de jeunes et jolies femmes dans les halls des parlements, sénats congrès avec des pétitions inoffensives à faire signer, et la plupart des délégué n’ont aucune idée de ce que le groupe traîne derrière lui. Les dévots de l’OMPI obtiennent ainsi des résultats et en 1992 1500 parlementaires sont même allés jusqu’à apporter leur soutien au CNR comme unique alternative démocratique au régime de Khomeiny. Et parmi eux figurait une majorité de représentants américains à la chambre des députes [22]. Selon l’historien Abrahamian du Baruch College, l’OMPI est en train de rééditer la stratégie de l’OLP pour obtenir sa représentativité de la Palestine dans la communauté internationale. D’ailleurs sur leur site Web [23] ils signalent beaucoup d’approbations de leur action mais beaucoup de ces approbations sont sorties de leur contexte.

22e8 Aux USA, les membres de l’OMPI sous le nom de MKO appellent sans arrêt les Congressmen, leurs équipes et les autres politiciens pour leur dire ce qu’ils veulent entendre : Seul l’OMPI est capable de combattre l’impopulaire et répressif régime de la république islamique. Ils sont lisses. Les législateurs américains reçoivent à Noël des sabots pleins de chocolats, des représentants de l’OMPI bien habillés et parlant bien contactent les écrivains, politiciens et journalistes qui sont critiques envers Téhéran.

L’ennemi d’un adversaire n’est pas pour autant obligatoirement un ami. C’est avec cette logique que l’administration Reagan avait apporté son appui à un dictateur comme Saddam Hussein. L’OMPI a peu de chose dans son passé pour porter à croire que la démocratie soit son but. Lorsqu’ils combattaient Khomeiny après les purges, ils ne cherchaient qu’à remplacer sa dictature par la leur. Ils omettent de parler de leur passé anti-américain et de leurs actions terroristes anti occidentales et parfois même ils les nient. Aujourd’hui, Massoud Radjavi et sa seconde épouse Maryam s’emploient à avoir un contrôle total sur tous les membres du groupe. Les portraits du couple s’étalent en large dans leurs journaux, télévisions, sites Web et dans toutes les manifestations. En occident, l’OMPI interdit à ses membres de lire autre chose que les journaux et publications du groupe. De nombreux OMPI-istes vivent en communauté et participent à des groupes d’étude et de travail obligatoires. Dans le camp Ashraf en Irak où de nombreux membres se tenaient ensemble jusqu’à la chute de Saddam Hussein, on menait une vie communautaire digne des sectes, le célibat y était fortement encouragé, la volonté individuelle y était combattue et les membres ne devaient pas avoir de contact avec les gens du dehors sauf certains dûment répertoriés [24].

Comment la gauche renforce l’OMPI (CNRI)

Avant la libération de l’Irak, il y avait une unanimité rare au sein de l’administration US, du Pentagone au dernier des bureaux, à propos de l’OMPI. En tant qu’organisation terroriste étroitement liée au régime de Saddam Hussein, si les membres prenaient les armes ils seraient considérés comme combattant et abattus et s’ils ne bougeaient pas ils seraient prisonniers. La république islamique d’Iran pouvait réclamer les membres pour des crimes réels ou supposés, mais le fait pour l’OMPI d’être resté en Irak fait qu’à la fin ils sont à la disposition de la nouvelle justice irakienne pour répondre des différentes atrocités commises en Irak et spécialement en 1991.

Lors de la libération de l’Irak, les troupes US ont encerclé le camp d’Ashraf, base principale de l’OMPI en Irak. Ceux des membres qui ne se sont pas enfui durant les combats ont été confiné à l’intérieur par les troupes US. Ils étaient 3800 [25]. Le gouvernement iranien a demandé leur extradition et via des intermédiaires a proposé de les échanger avec des membres d’Al Qaida réfugiés ou arrêtés en Iran. Cette offre a été refusée pour 3 raisons : donner la priorité à la nouvelle justice irakienne, les manquements iraniens au processus lui-même et enfin le fait que l’Iran devait rendre les terroristes d’Al Qaida dans l’intérêt de la justice et non le sien.

Mais le 10/05/2003, l’Agence France Presse cite le général Ray Odierno, commandant de la 4e division d’infanterie : « Je dirais que n’importe quel organisation qui nous restitue son armement doit être considérée comme coopérant pleinement avec nous et que nous devons reconsidérer s’ils sont toujours des terroristes ou pas ». Les propos d’Odierno étaient imprudents et il n’était pas habilité à faire de tels commentaires qui ne représentaient que son avis personnel. L’OMPI est nous l’avons déjà dit maître dans l’art de la propagande et le général ne connaissait pas l’histoire de ce groupe. La suffisance d’un adversaire face à la puissance de son adversaire le rend rusé pas démocrate. La gaffe faite, le Pentagone chercha une réponse. mais ses brillants stratèges sont plus efficaces pour voir les fautes de grammaires de leurs collègues que pour réparer les dommages. Malgré les clarifications ultérieures, les intellectuels de gauche s’engouffrèrent, utilisant les propos personnels d’un seul général comme preuve d’une politique nouvelle. Juan Cole, professeur à l’université du Michigan écrivit « les néoconservateurs du Pentagone ont une espèce d’alliance avec les poseurs de bombes de l’OMPI » [26]. Des partisans anti sémites de Coles utilisèrent sa théorie et la placèrent dans les mains de Radjavi qui en profita pour donner une image fausse de son groupe et se prévaloir d’un support inexistant. D’autres partisans sur des blogs, comme Laura Rozen, William O Beeman, Knight-Ridder, mais aussi les correspondants du Washington Post et l’éditorialiste du New York Times reprirent l’histoire substituant des hypothèses par des faits, en ce citant les uns les autres mais sans jamais apporter des sources. Pas une preuve de cela ne pouvait être apportée, mais c’est comme cela que l’OMPI obtint le support de certains congressmen. Radjavi n’a pas de soutien dans les centres du pouvoir de Washington, mais peu importe, il fait savoir qu’il est soutenu et envoie ses membres le faire savoir même si c’est faux.

A l’ère du réalisme triomphant quelques faits devraient demeurer intouchables. Le terrorisme, l’utilisation délibérée de cibles civiles, ne devraient pas être acceptés. Il ne devrait pas y avoir de circonstances atténuantes. Même si en 2003 l’OMPI a révélé le programme d’enrichissement nucléaire de l’Iran (en le majorant au passage), ce groupe continue de pénétrer la défense iranienne et d’assassiner ses adversaires. Ce qui d’ailleurs est plus la résultante de la corruption de la république islamique qui n’a pas le contrôle de toutes ses affaires. L’OMPI et d’autres groupes peuvent bien acheter et pénétrer les défenses iraniennes, cela n’est pas une raison alors qu’on célèbre le centième anniversaire de la constitution iranienne, pour apporter une aide ou une récompense quelconque au désir mégalomaniaque d’un Radjavi dans sa quête d’un plein pouvoir personnel fait d’un mélange d’islamisme et de marxisme.

De nombreux «monstres de gauche» utilisent la rhétorique de la démocratie pour asseoir leurs ambitions. Massoud et Maryam Radjavi ainsi que l’organisation sur laquelle ils exercent leur contrôle dictatorial ne sont pas une exception. La république islamique d’Iran fait de sa population des victimes, menace les USA et la sécurité régionale. La solution à ces problèmes ne sera pas dans le renforcement d’un groupe ou d’individus aussi mauvais, mais en aidant le peuple iranien dans sa quête de liberté, de démocratie.


Nucléaire: Et si l’Iran bluffait?

14 février, 2007
Calling the bluffDeux questions préoccupantes demeurent sans réponse : pourquoi les Iraniens brandissent-ils aussi effrontément leur programme nucléaire ? Et pourquoi harcèlent-ils aussi ouvertement les Israéliens en menaçant inlassablement leur existence même ? Tout se passe comme s’ils cherchaient à provoquer délibérément une attaque israélienne. Et c’est peut-être justement ce qu’ils veulent. (…) Hormis son propre programme nucléaire, l’Iran aurait acheté plusieurs bombes nucléaires “prêtes à l’emploi” à des scientifiques mafieux de l’ex-Union soviétique. Auquel cas, derrière tout le battage organisé autour de son programme nucléaire, Téhéran disposerait d’ores et déjà de plusieurs armes nucléaires tactiques dans son arsenal.
Douglas Davis (The Spectator)
l’objectif final n’est pas la bombe nucléaire «classique» mais l’Abolition de l’Exclusivité de la Dissuasion. Le problème n’est pas la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban ou les ingérences de la Syrie ou du Hezbollah : Le problème est centré sur l’effort de l’Iran à obtenir le Droit d’Abolir l’Exclusivité de la Dissuasion. Les mollahs et leurs alliés, le Venezuela [4], l’Algérie [5], la Syrie, la Corée du Nord et la Russie [6]…, se militarisent à une très grande échelle sachant qu’ils vont bientôt neutraliser le parapluie protecteur de la Dissuasion et alors ils pourront faire parler la poudre.
Le régime des mollahs n’aura pas une dissuasion basée sur la qualité ou la puissance de sa bombe mais sur la qualité de l’attaque qui sera une attaque terroriste : par exemple une bombe à plutonium qui explosera à bord d’un avion civil. Une attaque de ce genre défierait toute sorte de système de défense ou de détection de tir de missile balistique. Une attaque de ce genre permettrait de détruire plusieurs cibles dans différents endroits en même temps et en plus, l’état iranien ne serait pas inquiété car l’attaque ne serait pas lancée depuis l’Iran. Telle est la dissuasion des mollahs : la combinaison du nucléaire et du terrorisme de type 11 septembre.
Iran-Resist

Recherche délibérée et systématique de la crise (via ses affidés libanais, irakiens ou palestiniens), multiplication des provocations verbales négationistes et antisémites, annonces chaque fois plus alarmantes mais jamais démontrées sur son programme nucléaire, suractivisme diplomatique pour acheter la complaisance diplomatique et les voix à l’ONU de tout ce que la planète compte de régimes parias ou surendettés (Amérique latine, Asie, Afrique) …

Et si, à l’instar de l’Irak de Saddam avant sa chute et comme le soutient le site Iran-Resist, l’Iran bluffait ?

Et si cette politique de nuisance délibérée était la stratégie des mollahs (avec la complicité de Moscou dans un jeu qui n’est pas sans rappeler celui de la Chine avec l’autre membre de l’Axe du mal, la Corée du nord) pour tenter de sanctuariser leur régime et imposer leur influence sur le Moyen-Orient ?

Autrement dit, si l’Iran était beaucoup moins avancé qu’il ne le dit dans ses recherches et capacités nucléaires ?

Sauf bien sûr que, bombe ou pas, l’Iran reste dangereux de par sa grande capacité de nuisance dans la région mais aussi par les quelques ogives qu’il aurait achetées, via des réseaux mafieux, à d’anciennes républiques soviétiques, sans parler de l’option terroriste de la bombe sale…

La guerre libanaise de l’été 2006 et la main mise des mollahs sur l’Irak comme leur implication dans les évènements de la Somalie ou leur espionnage en Afghanistan ont confirmé l’hyperactivité du Hezbollah qui entend s’affirmer comme un composant incontournable en Orient comme en Afrique, en attendant son déploiement en Amérique du Sud. L’ensemble des crises actuelles où sont impliqués les mollahs tourne autour de la reconnaissance des Garanties régionales de sécurité pour la république islamique d’Iran. Les mollahs veulent rester au pouvoir et conserver le leadership de l’islamisme révolutionnaire. Ils doivent mettre Bush dans une situation impossible afin qu’il cède au sujet du Hezbollah.

Parallèlement nous pensons que les mollahs ont acquis quelques bombes nucléaires et si le besoin se faisait sentir, ils procéderaient à un essai nucléaire avec l’une de ces bombes d’origine ex-soviétique.

Mais même sans cette bombe, le régime des mollahs reste dangereux car il entend surtout combiner le terrorisme et le plutonium ou les déchets nucléaires pour s’orienter vers le terrorisme sale.

L’Iran se spécialise en déclarations polémiques
16.01.2007

Selon le porte-parole du gouvernement Ahmadinejad, le régime des mollahs continue l’installation de 3.000 centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium car pour produire du combustible nucléaire, le pays a besoin de trois mille centrifugeuses, a-t-il souligné.

Annonce hautement médiatique qui montre l’intention du régime des mollahs à continuer ses provocations verbales non vérifiables, non pas pour produire de l’électricité pour les toasters mais pour amplifier la crise et électrifier l’ambiance. Son objectif :
terroriser l’opinion internationale,
rendre la confrontation inévitable
et forcer le Conseil de Sécurité à renouer le dialogue afin que les mollahs imposent leurs exigences.

Dans ce contexte d’amplification de la crise, selon l’estimation des stratèges du régime, tout est bon. Ainsi nous avons régulièrement droit à des déclarations sur une possible flambée du baril par la volonté de ce régime, des appels à un terrorisme naval dans le Golfe Persique, des annonces d’intensifications du chaos irakien et bien évidemment des relances du projet négationniste anti-Israélien.

Investissements contre amitié | Cette stratégie multidirectionnelle a isolé l’Iran (surtout dans monde musulman) et le contraint à payer ses derniers alliés, souvent des pays démunis, pour ne pas se trouver entièrement seul.

Ceci n’est pas nouveau : Durant des années, les mollahs ont signé des contrats pétroliers Buy-Back avec leurs partenaires Européens et asiatiques (vendant leur pétrole à très bas prix), en échange de la complaisance diplomatique de leurs partenaires ou de leur soutien à la poursuite des négociations nucléaires avec l’Iran.

Ainsi l’Iran continue à appliquer une politique qui n’a pas empêché son dossier nucléaire d’aller au Conseil de Sécurité. Et malgré sa dette et son déficit qui se creuse quotidiennement, il accepte à présent de faire de nouveaux très importants investissements chez ses derniers alliés du tiers-monde : des alliés qui seraient susceptibles de le soutenir aux Nations Unies, au Conseil des Gouverneurs de l’AIEA ou au sein du Mouvement des non-alignés (moins ses membres arabo-musulmans).

Ainsi cette stratégie ruineuse a amené l’Iran à construire une raffinerie pour la Malaisie afin que cette dernière accepte d’investir ces milliards dans les gisements très prometteurs de South Pars et ce afin de prouver que l’Iran n’est pas affecté par le refus des majors pétrolières à honorer leurs accords en cours. L’Iran s’est engagé également à construire une raffinerie pour Chavez.

Cette stratégie ruineuse (investissements contre amitié) a également conduit les mollahs à accorder des prêts à quelques états africains insolvables et a entraîné Ahmadinejad en Amérique Latine pour signer des contrats avec le Venezuela mais aussi avec 2 des pays du groupes « pays pauvres très endettés » (le Nicaragua ou la Bolivie).

Provocations | Dans un autre domaine, celui du négationnisme, le régime des mollahs ne perd pas non plus son temps et il vient de relancer le débat par l’intermédiaire d’Alireza Moayeri, ambassadeur de la république islamique auprès de l’ONU. Ce dernier a adressé une lettre à Luis de Alba [1], le président du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU afin de justifier la tenue de la conférence négationniste qui a eu lieu à Téhéran en décembre 2006.

Moayeri qualifie cette conférence de manifestation scientifique. Il s’agit évidemment d’allumer des feux et alimenter les foyers d’incendie afin de créer un niveau intolérable de crise. Comme la déclaration de l’assemblage des centrifugeuses, l’annonce de mesures prises avec Chavez pour faire monter les prix du pétrole, cette lettre a pour objectif de soulever une vague de protestation.

La stratégie d’amplification de la crise se perfectionne. Les déclarations négationnistes d’Ahmadinejad ne sont plus surprenantes, c’est pourquoi les mollahs ont décidé d’utiliser le forum des Droits de l’Homme pour remettre en cause la Shoah, crime contre l’humanité sur les cendres duquel l’ONU a été fondé comme le rappeler récemment Kofi Annan. Le lundi 29 janvier, les cérémonies de commémoration de l’holocauste se tiendront par l’ONU à Genève et à New York. Il est fort probable que les mollahs marqueront aussi l’événement par quelques déclarations susceptibles de choquer l’opinion.

WWW.IRAN-RESIST.ORG
Analyse : Ahmadinejad et la capacité nucléaire de l’Iran
05.01.2007

La république islamique de l’Iran, principalement par le biais d’Ahmadinejad, tente de maintenir la crise au niveau de l’intolérable dans le dossier nucléaire iranien. Ce dernier ne cesse de faire des déclarations propres à effrayer la communauté internationale. La dernière en date est l’annonce de la production prochaine du combustible nucléaire par le régime des mollahs (il s’agit d’ailleurs d’une reprise d’une précédente déclaration de mars 2006). Cette déclaration ou plutôt cette nouvelle provocation nous incite à vous exposer un point de vue inédit : l’Iran bluffe.

Nous avons été les premiers voire les seuls à annoncer sur la base de notre analyse (et avec plusieurs semaines ou de mois d’avance) que l’élection d’Ahmadinejad avait été programmée pour déboucher sur une rupture des pourparlers avec la Troïka,

que l’offre incitative européenne n’avait aucune chance d’être acceptée par Téhéran,

que le Rapport Baker était voué à l’échec,

que les mollahs étaient les instigateurs de la guerre ethnique en Irak.

Et nous avons également été les premiers à détecter l’offensive énergétique russe, son objectif et son alliance avec les mollahs.

Un enjeu géopolitique

La crise nucléaire iranienne a servi les intérêts régionaux de la Russie et cet état à tout fait pour faire durer cette crise dans ce seul but, tout en sachant que la possible bombe nucléaire iranienne (même en un seul exemplaire) serait certainement annonciatrice d’un bouleversement régional intéressant pour Moscou. Cette bombe mythique inaugurerait une tendance à la nucléarisation militaire de la région et fragiliserait la position anti-proliférationniste des Etats-Unis. La supposée bombe iranienne servirait, en priorité, les intérêts de Moscou dans la région. Les mollahs ont pleinement profité de cette intention non déclarée de Moscou mais avérée dans les faits par les déclarations de reconnaissance du droit au nucléaire de l’Iran mais aussi de l’Egypte.

Un enjeu vital pour le régime

Cependant, dans nos articles, nous avons toujours laissé entendre que la rupture des pourparlers avec la Troïka, le rejet de l’offre incitative européenne, le rejet du rapport Baker comme les ingérences en Irak étaient reliés par un fil conducteur qui est l’exigence explicite de la reconnaissance américaine du rôle régional de l’Iran, rôle exercé par le biais du Hezbollah.

Explications | L’instabilité de la région permet aux mollahs de se poser en arbitre de la confusion. Cette confusion ne peut exister que si les mollahs ont des agitateurs sur place.

Tel est le fondement de leur stratégie, ils restent en retrait et laissent faire des intermédiaires : le Hamas, le Hezbollah et même la Syrie. C’est pourquoi le Hezbollah est une nécessité pour les mollahs.

Le Hezbollah garantit la politique de nuisance régionale des mollahs et en retour les mollahs doivent trouver un cadre international qui garantisse le Hezbollah. La communauté internationale s’y oppose (avec des nuances). C’est pourquoi le régime des mollahs doit faire peur à une très grande échelle afin de pousser les Européens et surtout les Américains à consentir à accepter un compromis : un statut quo sur le Hezbollah.

La guerre libanaise de l’été 2006 et la main mise des mollahs sur l’Irak comme leur implication dans les évènements de la Somalie ou leur espionnage en Afghanistan ont confirmé l’hyperactivité du Hezbollah qui entend s’affirmer comme un composant incontournable en Orient comme en Afrique, en attendant son déploiement en Amérique du Sud. L’ensemble des crises actuelles où sont impliqués les mollahs tourne autour de la reconnaissance des Garanties régionales de sécurité pour la république islamique d’Iran. Les mollahs veulent rester au pouvoir et conserver le leadership de l’islamisme révolutionnaire. Ils doivent mettre Bush dans une situation impossible afin qu’il cède au sujet du Hezbollah.

Autrement dit, la crise nucléaire et les déclarations alarmantes dans ce domaine sont aussi un moyen efficace pour Téhéran de pousser les Américains à un consensus. Dans ces conditions, une visite guidée des installations nucléaires et enterrées de l’Iran provoquerait une crise sans précédent et sans doute plus efficace que l’ensemble des déclarations et provocations nucléaires tentées par le régime.

Ceci nous permet aujourd’hui, bien avant d’autres Think Tanks, de vous annoncer que Téhéran, malgré sa volonté et ses efforts, est certainement loin de posséder le centième de capacité nucléaire ou même du savoir faire scientifique pour parvenir à une quelconque prouesse technologique dans le domaine nucléaire.

Ainsi la déclaration d’Ahmadinejad : « L’Iran a maîtrisé le cycle du combustible et va lancer la production de combustible nucléaire à l’échelle industrielle », est une provocation supplémentaire pour maintenir la crise à un niveau intolérable qui ferait céder l’Europe en premier entraînant dans son sillage, la Russie dont l’intérêt est dans la durée de la crise.

Le régime des mollahs ne peut en aucun cas être dangereux avec sa petite quantité de bombes, mais ce régime utilise cette menace intolérable pour obtenir une refonte des alliances américaines dans la région et pérenniser le rôle du Hezbollah. En même temps, si cette bombe est peu utile à l’Iran, elle desservira uniquement les Etats-Unis et permettra le retour en force de la Russie dans la région. Mais même sans cette bombe, le régime des mollahs reste dangereux car il entend surtout combiner le terrorisme et le plutonium ou les déchets nucléaires pour s’orienter vers le terrorisme sale.

Ce régime a longtemps profité de la division atlantique, de la naïveté de ses partenaires commerciaux qui n’ont pas détecté ses visées régionales, il a aussi profité de la bienveillance intéressée des Russes. Mais aujourd’hui, son activisme confessionnel nuit aux puissances régionales et sème les germes d’une instabilité propre à mettre en danger l’approvisionnement énergétique par le Golfe Persique. Aujourd’hui, ce régime n’a aucun allié déclaré et son économie est à l’agonie. Il peut être renversé et il le doit car les enjeux de l’Iran sont stratégiques, énergétiques et confessionnels.

Nous ne pouvons que recommander la plus grande fermeté à son égard, que ses capacités nucléaires soient vraies ou feintes comme nous vous le confirmons : il doit être renversé pour être remplacé par un état garant de la stabilité régionale. Il faut pacifier cette région enfiévrée. Ce futur Iran sera la terre de passage des gazoducs d’Asie Centrale vers l’Europe. Sans ces changements, la république islamique continuera à professer l’agitation islamiste et maintiendra une alliance énergétique avec la Russie pour démolir la défense Européenne.

Se donner un air menaçant…

Ces doutes sur l’inexistence d’un programme nucléaire menaçant se confirment par des détails mystérieux qui sont justement de nature à suggérer la menace. Le régime des mollahs laisse entendre qu’il possède une vingtaine de centrales ou centre de recherches, juste pour se donner un air menaçant (Saddam en faisait également autant).

Le régime des mollahs a fait démonter une usine nucléaire pour empêcher des visites d’inspecteurs de l’AIEA. Nous sommes perpétuellement dans le mystère. En mai 2006 l’AIEA révéla que l’Iran avait utilisé des stocks de gaz UF6 (hexafluorure d’uranium) chinois, plutôt que celui qu’il prétendait avoir produit quelques mois plus tôt et ce car il avait hâte de prouver qu’il maîtrisait l’enrichissement de l’uranium. Il est fort possible que El Baradai n’ait pas menti en affirmant qu’il n’avait aucune preuve de l’existence d’un programme nucléaire militaire en Iran. Cependant, El Baradai a aidé le régime des mollahs en retardant le renvoi du dossier au Conseil de Sécurité.

L’exposé des mystères du programme nucléaire iranien renforce notre analyse : il y a bien un enjeu qui va au-delà du nucléaire, un enjeu qui pousse les mollahs à endurer les sanctions alors qu’ils ont le moyen de les stopper : faire visiter leurs centrales.

Cette visite peut radicaliser leurs provocations et booster le débat ou au contraire prouver l’inexistence d’un programme nucléaire cohérent et menaçant. Mais ils ne font ni l’un, ni l’autre et restent dans le domaine des provocations verbales d’un certain niveau. Ce régime cherche à provoquer une crise internationale qui fasse craindre le risque d’une déflagration mondiale ; il fait un chantage permanent… Les mollahs utilisent le nucléaire, l’Irak et le Liban comme un panel d’atouts dans ce chantage.

Enjeux croisés

L’ensemble du dossier nucléaire iranien est d’ailleurs un imbroglio d’enjeux et d’objectifs opposés. L’objectif des Russes est d’amplifier la crise afin de casser l’ordre régional, l’objectif de la Ligue Arabe est de discréditer la dissuasion israélienne par l’intermédiaire d’El Baradai, l’objectif des mollahs est de Garantir leur main mise sur la région en garantissant l’avenir du Hezbollah, l’objectif de l’Europe est d’assurer ses intérêts en Iran et les américains ont plusieurs objectifs qui sont parfois incohérents (rétablir la stabilité et injecter de la démocratie dans un environnement acquis à l’islamisme). Les mollahs ont profité de cette cacophonie pour continuer leur politique d’amplification des crises. Trois éléments se dégagent de cette analyse :

Il y a une crise nucléaire (voulue par l’Iran) mais pas de « capacité nucléaire iranienne » prouvable. Le « programme nucléaire iranien » a deux fonctions :
Maintenir la pression sur la communauté internationale
Couvrir un programme clandestin d’achat de bombes et de missiles nucléaires auprès des ex-républiques soviétiques,

Il existe donc un risque de prolifération régionale en réaction à l’activisme nucléaire des mollahs,

Il y a l’enjeu (iranien) de cette crise : Garantir l’avenir du Hezbollah afin de maîtriser cette région de transit d’hydrocarbures,

Il existe donc un risque de rejet de cette hégémonie, risque d’instabilité régionale et de guerres sunnite-chiite par milices interposées,

Il y a la nécessité de reconnaître ces enjeux et ces risques pour résoudre cette crise.
Pour en savoir + :
La tournée sud-américaine d’Ahmadinejad est une ruse médiatique
(15.01.2007)

Ajoutons que cette recherche délibérée de la crise n’est pas seulement de nature verbale : la lettre de Moayeri a été distribuée le jour même où les experts des Droits de l’Homme de l’ONU ont invité le régime des mollahs à ne pas exécuter 7 iraniens d’Ahwaz après un jugement secret que les experts ont décrit comme une parodie de justice.

Les mollahs continueront évidemment cette stratégie malgré ses échecs, et son coût économique pour l’Iran : le déficit semble sur le point de passer à 78 milliards de $ doit + 6 milliards en moins de 2 semaines.

Cependant, les brimades, les pendaisons publiques dans les stades et la distribution des fonds aux états alliés et aux organismes amis (Hezbollah, Hamas, Al Qaeda) ont un véritable coût humain en Iran. La pauvreté touche l’ensemble de la société d’où sont issus les miliciens eux-mêmes, il faut continuer à imposer des sanctions économiques au régime afin qu’il continue sa stratégie ruineuse et ne soit plus en mesure de rémunérer ces miliciens déçus et en colère. Ce régime est vulnérable et sa chute pourrait mettre un terme de nombreuses menaces mondiales.

WWW.IRAN-RESIST.ORG

[1] La lettre de Moayeri, ambassadeur de la république islamique auprès de l’ONU
Le lettre d’Alireza Moayeri à Luis de Alba
(PDF, 121.4 ko)

http://www.iran-resist.org/article3013

Iran : une visite anxiogène des installations nucléaires
05.02.2007

Six émissaires de pays membres du Mouvement des non-alignés se sont rendus samedi sur un site nucléaire iranien où il n’y avait aucune centrifugeuse. Il s’agit en réalité d’une visite organisée d’un centre de reconversion du minerai en gaz UF6 pour les centrifugeuses. La visite a laissé les convives sur leur faim.

La délégation comprenait des émissaires Egyptien, Malaisien, Cubain, Algérien et Soudanais, ainsi qu’un Syrien représentant la Ligue Arabe. Priée de dire, après la visite, si les ambassadeurs pouvaient désormais déterminer si le programme atomique iranien était pacifique, l’ambassadrice de Cuba, Norma Goicochea Estenoz, a répondu que « du point de vue technique, on ne peut rien dire… Je ne pense pas que nous puissions faire une quelconque évaluation », a-t-elle dit.

En organisant cette visite, Téhéran souhaitait prouver la « transparence » de son programme atomique et c’est plutôt raté. En plus, il n’est pas prévu que les émissaires, en visite dans le pays jusqu’à lundi, puissent se rendre à l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, où de l’UF6 est injecté dans quelques 350 centrifugeuses.

Ces visiteurs ne pourront donc ni confirmer ni démentir l’existence des 3.000 centrifugeuses que les mollahs prétendent avoir assemblées pour augmenter la production d’uranium enrichi.

Par ailleurs, en mars dernier, les mollahs avaient prétendu qu’ils avaient obtenu de l’uranium enrichi et cette information s’est également avérée invérifiable. Les inspecteurs de l’AIEA ont su que le gaz UF6 qui aurait servi pour cette production n’était produit à Ispahan mais qu’il était d’origine chinoise. En réalité, les mines iraniennes d’uranium sont de mauvaise qualité et le minerai n’a pas une densité intéressante. Quand l’Iran avait signé le contrat Eurodif, le pays avait acheté du minerai sud-africain.

Les mollahs n’ont cessé de prétendre avoir découvert de nouvelles mines mais du temps du Chah, la France avait mené des prospections en Iran et découvert moins d’une dizaine de sites peu prometteurs (mauvaise qualité de minerai et peu de capacité). De ce fait, les revendications de production d’UF6 sont erronées et l’Iran utilise du Gaz UF6 produit en Chine, qui fut son premier fournisseur occulte d’équipements nucléaires. Selon les dernières informations, un contrat a été signé en 1984 avec les chinois pour un réacteur de recherche et puis pour un réacteur à plutonium, mais ce dernier contrat a dû être abandonné sous les pressions américaines. Depuis, les mollahs ont acheté beaucoup d’équipements d’origines diverses, mais le problème majeur est la compatibilité des équipements entre eux : il y a une dimension de désinformation dans ce programme nucléaire. Malgré leur véhémence, les mollahs ont échoué dans leurs efforts nucléaires militaires, mais ils continuent en connaissant les effets anxiogènes de leurs activités nucléaires sur l’opinion.

Il y a peu de temps nous avons décidé de franchir le cap et d’exposer la Théorie d’IRAN-RESIST sur ce programme. Nous pensons que les mollahs agissent méthodiquement pour se faire soupçonner en jouant sur la qualité anxiogène de leurs exigences ou déclarations nucléaires. Ainsi, ils cherchent à créer l’illusion qu’ils sont à la veille de grandes découvertes nucléaires et fabriquent des indices qui laisseraient croire qu’ils sont prêts du but. Sachant qu’ils sont photographiés par des satellites, ils creusent un tunnel ou font construire tel bâtiment qui d’après l’analyse des photos permettent de conclure à un développement militaire de leur programme.

Nous pensons que, de bon escient, ils disséminent des indices compromettants ou qu’ils revendiquent contre vents et marées « le droit à l’enrichissement ». Techniquement le savoir faire nucléaire n’est pas restrictif : celui qui enrichirait son uranium à 4% saurait le faire à 99% et construire une bombe atomique. En réalité, incapable d’accéder à ce savoir-faire anxiogène, le régime des mollahs prétend le contraire pour faire paniquer la communauté internationale (ou plus exactement les Etats-Unis) et la pousser au consensus de la reconnaissance de son rôle régional.

Parallèlement nous pensons que les mollahs ont acquis quelques bombes nucléaires et si le besoin se faisait sentir, ils procéderaient à un essai nucléaire avec l’une de ces bombes d’origine ex-soviétique. Un savant atomiste iranien qui vit en exil pense que les mollahs ont un programme clandestin du côté de Nishapur où ils utilisent du minerai ouzbek qui est de très bonne qualité et qu’ils sont épaulés par des savants russes. Selon ce scénario, la première bombe des mollahs sera produite d’ici un an. Cependant, ce programme dont nous avions déjà parlé, ne semble pas alerter les services de renseignements américains.

Mais ce qui est certain, c’est que Natanz et l’affaire des 3000 centrifugeuses sont un leurre. Et c’est pourquoi les mollahs ne feront pas visiter ce site. Une visite équivaudrait à un démenti de la menace nucléaire iranienne, et ce n’est pas à l’ordre du jour à Téhéran.

L’objectif des mollahs reste de faire peur et de continuer dans le sens des provocations nucléaires anxiogènes. Cette visite bancale y contribue également. Il s’agit donc encore d’une provocation pour laisser planer le doute.

Ce qui est intéressant c’est le nombre très limité de pays non-alignés qui ont accepté de participer à cette mascarade (5 sur 114 états) et la réaction mitigée de la représentante de Cuba. Après ce show, reste l’isolement des mollahs qui n’ont su ni déplacer des alliés potentiels, ni convaincre, mais peut être qu’ils ne cherchent pas à convaincre mais juste à entretenir l’anxiété.

http://www.iran-resist.org/article3088

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=69716#

Courrier international – n° 845 – 11 janv. 2007
Moyen-Orient
ISRAËL – Une bombe à neutrons sur l’Iran ?
Détruire le programme nucléaire iranien est plus que jamais au cœur des préoccupations d’Israël. Plusieurs scénarios sont étudiés, y compris une bombe à neutrons, une arme jugée “propre”.
Au cours des douze mois à venir, il y a de fortes chances pour que les Américains ou les Israéliens, sinon les deux, lancent des frappes militaires afin de paralyser les ambitions nucléaires de l’Iran. Ces offensives se feraient sans doute à relativement brève échéance, et il s’agira probablement de frappes nucléaires. Les analystes militaires israéliens estiment qu’il est indispensable d’intervenir avant que les chercheurs iraniens ne parviennent à boucler le cycle nucléaire – sans doute au cours de 2007 – et ne commencent à produire de l’uranium à usage militaire. Alors, l’Iran aura franchi ce que les Israéliens appellent le “point de non-retour”, c’est-à-dire la phase où ils pourront extraire de l’uranium enrichi, puis le stocker loin des installations nucléaires, de sorte qu’il soit pratiquement impossible à localiser.
Les services de renseignements [britanniques] estiment que l’Iran a encore besoin de deux ans pour accumuler suffisamment d’uranium de qualité militaire pour fabriquer une bombe nucléaire. Entre-temps, le pays a les moyens d’en distribuer des quantités plus modestes à une multitude de groupes terroristes qu’il soutient, parmi lesquels le Hamas, le Djihad islamique [palestiniens] et le Hezbollah [libanais], pour leur permettre de confectionner des “bombes sales”, associant un explosif conventionnel à des matières radioactives – de petites doses d’uranium enrichi, par exemple. Seuls les Américains et les Israéliens ont la volonté et la capacité d’arrêter les Iraniens avant qu’ils ne franchissent le seuil critique de l’enrichissement. Courant janvier, les Etats-Unis devraient déployer un porte-avions supplémentaire qui, accompagné de son groupe de combat aéronaval, rejoindra sa flotte de croiseurs, contre-torpilleurs et sous-marins stationnée dans le Golfe. Les hauts responsables américains soulignent qu’il ne faut pas voir dans l’intensification de la puissance navale dans cette région les préparatifs d’une offensive, tout en admettant que leur capacité à attaquer l’Iran n’en sera que meilleure.
Mais Washington est peut-être trop échaudé et traumatisé par l’imbroglio irakien pour ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient. Il ne resterait donc qu’Israël pour passer à l’action. Et, après les appels répétés du président Ahmadinejad à “rayer Israël de la carte” et sa conférence négationniste organisée à Téhéran le mois dernier, Israël n’a jamais été plus motivé. “Il s’agit ici d’une menace visant la survie de l’Etat d’Israël et, sur ce point, il ne peut y avoir aucun compromis”, confie une source israélienne haut placée.
Le scénario optimiste serait que l’on parvienne à enrayer les travaux nucléaires de l’Iran en attendant que l’on puisse mettre au point un bouclier antimissiles ou, peut-être, qu’un nouveau pouvoir politique moins disposé à défendre les idées d’hégémonie islamique s’impose à Téhéran. Les frappes militaires viseraient donc à interrompre et à retarder les activités de l’Iran en détruisant des maillons essentiels de sa chaîne nucléaire.
La trajectoire des ambitions nucléaires de l’Iran passe par quatre grands sites nucléaires qui seraient les principales cibles d’éventuelles frappes : Bushehr, où une centrale nucléaire est en cours de construction ; Natanz, qui abrite une importante usine d’enrichissement de combustible ; Arak, où une centrale à l’eau lourde a été inaugurée pour produire du plutonium de qualité militaire ; et Ispahan, où 3 000 scientifiques travaillent sur un large éventail d’activités liées au nucléaire, depuis la coordination de la conception d’armes nucléaires jusqu’à la production de gaz UF6, matière première de l’enrichissement par centrifugeuse dans les installations de conversion de l’uranium.
Il y aurait en Iran près de 70 sites consacrés au développement nucléaire, mais, selon les analystes américains, il suffirait d’une petite quinzaine de frappes bien ciblées pour retarder le programme et empêcher pendant plusieurs années les Iraniens de fabriquer la bombe. Cette option présente toutefois un problème : les armes conventionnelles américaines peuvent pénétrer dans une épaisseur maximale de 9 mètres de matériaux durs ou 30 mètres de terre, mais certaines installations iraniennes seraient enterrées à quelque 200 mètres de profondeur. Pour ne rien arranger, l’Iran a construit la plupart de ses installations sous une alternance de couches de terre et de ciment spécialement conçues pour absorber l’impact des bombes à pénétration profonde.

Deux centrifugeuses enfouies à au moins 22,5 m

Les centrifugeuses sont au cœur du processus d’enrichissement. Elles sont également le maillon le plus faible de la chaîne et la cible prioritaire des frappes. Elles sont effectivement très sensibles aux mouvements terrestres : dans un milieu instable, elles se dérèglent et cessent de fonctionner. Des images satellite de l’usine de Natanz indiquent que deux grandes centrifugeuses sont enfouies sous un mélange de béton armé et de terre à une profondeur d’au moins 22,5 mètres, ce qui dépasse la portée des bombes américaines.
Mais il y aurait un moyen de neutraliser les centrifugeuses en simulant des séismes par une frappe nucléaire. La bombe à neutrons, explique une source européenne, a peut-être été conçue dans ce but. Cette arme atomique “propre” émet de grandes quantités de neutrons à haute énergie, capables de pénétrer le blindage le plus dur, détruisant tous les tissus biologiques et les systèmes électroniques dans son rayon d’action. La bombe à neutrons présente deux avantages : d’une part, son impact destructif est limité à un rayon de quelques centaines de mètres à peine ; d’autre part, elle ne provoque pratiquement aucune retombée radioactive. L’arsenal nucléaire d’Israël, sur lequel plane toujours un certain mystère, comporterait un stock important de bombes à neutrons.
Outre ses ogives capables de provoquer des tremblements de terre, Israël dispose d’une famille de vecteurs extrêmement précis – des missiles pouvant être lancés depuis le sol, la mer ou l’air – pouvant emporter une charge nucléaire. La distance qui sépare Israël de l’Iran rend toutefois une frappe aérienne très problématique, mais Israël a d’autres options : il peut, par exemple, lancer une frappe contre les installations iraniennes à partir d’un ou de plusieurs de ses trois sous-marins de classe Dolphin, achetés à l’Allemagne ces huit dernières années.

Provoquer délibérément une attaque israélienne

Aucun expert militaire ne croit Téhéran lorsqu’il clame que son programme nucléaire a une vocation strictement civile. Pourquoi, demandent-ils, l’un des pays les plus riches au monde en gaz naturel et en pétrole aurait-il besoin de l’électricité nucléaire, plus chère ? Si ses intentions sont pacifiques, pourquoi l’Iran a-t-il délibérément dupé les inspecteurs nucléaires des Nations unies pendant des années ? Pourquoi s’évertue-t-il à cacher ses installations sous terre ? Et, enfin, pourquoi acquiert-il des milliers de centrifugeuses capables d’enrichir l’uranium pour produire un matériau de qualité militaire ? De plus, parallèlement à son programme nucléaire, l’Iran a engagé un effort vigoureux pour mettre au point des vecteurs adaptés, ce qui est révélateur. Les missiles iraniens présentent déjà une portée suffisante pour atteindre tout le Moyen-Orient et plusieurs régions d’Europe méridionale. D’ici à la fin de la décennie, ils pourront arroser l’ensemble de l’Europe – et, à terme, atteindre n’importe quel coin de la planète.
Israël n’est pas le seul pays de la région qui a de bonnes raisons de craindre une nucléarisation de l’Iran. A l’heure où le brouillard des querelles internes s’épaissit en Irak, les lignes de fracture intra-islamique commencent à apparaître plus clairement. L’Arabie Saoudite, centre de gravité du monde sunnite, redoute particulièrement une montée en puissance de l’Iran chiite, qui pourrait imposer son hégémonie dans le Golfe, voire au-delà. Les autorités saoudiennes et les Etats du Golfe plus petits, tels le Koweït, Bahreïn, Oman, le Qatar et les Emirats arabes unis, envisageraient d’ores et déjà de se doter d’un programme nucléaire commun. L’Egypte ne sera pas loin derrière dans la course aux armes nucléaires, et la Turquie suivra le mouvement.
Deux questions préoccupantes demeurent sans réponse : pourquoi les Iraniens brandissent-ils aussi effrontément leur programme nucléaire ? Et pourquoi harcèlent-ils aussi ouvertement les Israéliens en menaçant inlassablement leur existence même ? Tout se passe comme s’ils cherchaient à provoquer délibérément une attaque israélienne. Et c’est peut-être justement ce qu’ils veulent.
Hormis son propre programme nucléaire, l’Iran aurait acheté plusieurs bombes nucléaires “prêtes à l’emploi” à des scientifiques mafieux de l’ex-Union soviétique. Auquel cas, derrière tout le battage organisé autour de son programme nucléaire, Téhéran disposerait d’ores et déjà de plusieurs armes nucléaires tactiques dans son arsenal.
Douglas Davis
The Spectator
IRAN
La riposte de Téhéran sera diplomatique
Les sanctions onusiennes contre l’Iran n’effraient pas le régime de Téhéran. Car ce dernier sait très bien que l’Occident a besoin de lui pour régler les conflits, tant en Irak et en Afghanistan qu’en Palestine et au Liban.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a finalement décidé à l’unanimité, samedi 23 décembre, de voter des sanctions contre l’Iran. La résolution 1787 a des caractéristiques complexes et ses conséquences sont difficiles à déterminer. La sanction principale concerne les technologies nucléaires et les missiles. [Elle interdit à l’Iran d’importer et d’exporter des matériaux et des technologies liés à l’enrichissement de l’uranium, au retraitement, aux réacteurs à eau lourde et aux vecteurs de missiles balistiques.] Cette sanction ne devrait pas avoir de conséquences directes sur la population et le commerce. Selon les dirigeants iraniens, l’Iran ne dépend pas beaucoup de l’étranger pour la technologie nucléaire et les missiles, car son développement nucléaire et militaire repose sur ses compétences scientifiques intérieures.
L’effet immédiat de cette résolution est un choc psychologique, qui va faire fluctuer la Bourse de Téhéran. Dans l’ensemble, l’économie nationale devrait s’en relever, puisque, comme dans toute crise, certains investisseurs perdront beaucoup d’argent et d’autres en tireront profit. L’histoire nous apprend que la chute des cours ne dure jamais très longtemps. Le danger est que, à plus long terme, les pays qui ont sanctionné l’Iran réussissent à l’isoler durablement. Si un sentiment d’instabilité s’installait, le pays risquerait en effet de ne plus être considéré comme fiable par les investisseurs.

Le poids des diplomates iraniens sur la scène internationale risque aussi de se trouver amoindri par cette résolution. Ce qui ne fait que rendre la tâche plus facile aux Occidentaux. Ils pourront faire adopter à l’ONU des résolutions plus dures, qui auront des effets directs sur la vie du peuple iranien.
Pour éloigner le pays de ce scénario catastrophe, nous devons redoubler d’efforts sur le terrain diplomatique. Notre activité dans ce domaine doit aller au-delà des habituelles courbettes. Il faut être offensif pour contredire ce que les Occidentaux disent sur notre pays. Nous devons oublier nos slogans vides de sens et la phraséologie diplomatique, pour adopter une stratégie du donnant-donnant.
D’abord, il faut tirer profit des divisions et des désaccords entre les différents pays et choisir nos amitiés en fonction de nos intérêts. Dans le milieu international, il n’y a pas d’ami ou d’ennemi de toujours, tout évolue en fonction des circonstances. Les problèmes se dénouent lorsqu’on sait s’adresser aux pays qui ont de l’influence dans le domaine qui nous intéresse. Après, il s’agit d’analyser les besoins de chaque pays et de lui proposer notre aide dans les domaines où nous sommes influents. Les Occidentaux savent très bien que l’Irak, l’Afghanistan, la Palestine et le Liban sont des lieux de conflit qui ne peuvent être sécurisés sans l’aide de l’Iran. Cette réalité est un atout dans les mains des dirigeants de la République islamique. Ils peuvent amener l’Occident à accepter des relations bilatérales qui sont dans l’intérêt de tous.
RUMEURS
La bombe du “Sunday Times”
Tsahal a-t-elle mis au point un plan de destruction des installations iraniennes d’enrichissement de l’uranium par une frappe aérienne utilisant l’arme nucléaire tactique ? Selon l’hebdomadaire britannique The Sunday Times, qui l’affirme, le plan israélien prévoirait l’utilisation de missiles conventionnels guidés par laser puis celle de petites bombes atomiques tactiques. Les pilotes israéliens auraient effectué ces dernières semaines des vols d’entraînement longue distance jusqu’à Gibraltar.
Alors que la presse internationale bruisse de rumeurs sur le plan israélien, la presse de Tel-Aviv, elle, se contente de dépêches d’agence. Car le feuilleton qui captive l’opinion, c’est celui de la survie politique du Premier ministre Ehoud Olmert et du ministre travailliste de la Défense Amir Peretz. Olmert est cerné par les soupçons de corruption et de délit d’initié qui pèsent sur lui et sur son parti, Kadima. Et Peretz, totalement discrédité, vient de publier un “plan de paix” qui n’a, semble-t-il, d’autre but que de contrecarrer le retour annoncé de l’ancien Premier ministre Ehoud Barak à la tête du Parti travailliste. On observe curieusement le même silence dans la presse de Téhéran.
© Courrier international 2007 | ISSN de la

Laurent Murawiec : Frapper l’Iran ?
09.02.2007

C’est bien tard : découvrir aujourd’hui que l’Iran est l’un des grands soutiens des insurrections irakiennes !

Les Etats-Unis en font beaucoup. Envoi d’une vingtaine de milliers de soldats en Irak, pression plutôt réussie sur le premier ministre bagdadi al-Maliki pour qu’il cesse de n’être que le pantin des extrémistes chiites. Attaques menées contre les nids urbains de miliciens chiites de Muqtada al-Sadr, nomination de l’audacieux général David Petraeus à la tête des forces américaines et coalisées en ce qui concerne l’Irak.

Envoi d’un porte-avion de plus vers le Golfe Persique, avec toute son armada accompagnatrice dotée d’une force de frappe considérable, sous la houlette de l’amiral Fallon, un as de l’aéronavale aux talents certains de coordination de frappes aériennes lourdes. Dénonciations appuyées et multiples du rôle offensif de l’Iran et de ses services dans les rebellions irakiennes, arrestations en Irak d’agents iraniens, officiers de la « Force al-Quds », forces spéciales iraniennes…

Va-t-on, la question est dans tous les esprits, vers une intervention américaine contre l’Iran ? Avant de répondre, examinons le paysage…

Dans la région, voit graduellement le jour un Axe sunnite, qu’on pourrait baptiser coalition des effrayés : les despotes arabes, saoudiens, égyptiens et autres, que la montée du danger perso-chiite fait trembler [1] . Il ne s’agit plus du simple désir, chez eux, de fouler aux pieds les hérétiques, comme leur compère Saddam l’avait si bien fait, mais d’échapper aux ambitions hégémoniques de l’Iran ayatollesque.

L’acquisition d’un arsenal nucléaire et balistique par les ayatollahs, la montée en puissance du Hezbollah au Liban, qui prépare sans se cacher le coup d’Etat, ou, s’il échoue, la guerre civile, la prise de contrôle du Hamas par l’Iran et la Syrie : c’est la grand’ peur pour les pétromonarchies sunnites du Golfe ; c’est elle qui a motivée les gestes remarqués et renouvelés contre l’Iran, sous formes de fatwas saoudiennes contre Téhéran et le Hezbollah, de rencontres à peine secrètes entre responsables israéliens et saoudiens, du soutien apporté à Abou Mazen contre le Hamas. Ils ont très peur de l’apocalypse chiite et de l’implantation durable et agressive des agents de la puissance iranienne sur les rives de la Méditerranée.

En Arabie, autant que l’on puisse déchiffrer les signes ésotériques qui émanent, comme des signaux de fumée de Peaux-rouges à travers la prairie, de l’opaque dynastie des Al-Saoud, un clash sévère a opposé ceux qui – tel l’ancien patron des services secrets Turki, qui vient d’abandonner, après 18 mois seulement, ses fonctions de « Ministre des Affaires Américaines » (ambassadeur à Washington) – voulaient flirter avec un Iran ascendant, et ceux qui – tel son prédécesseur et directeur du Conseil national de sécurité, Bandar, soutenu par le roi Abdallah – ont plus peur de Téhéran que de Washington, ou même d’Israël (ou qui plutôt voient pour l’heure plus de bénéfices à rameuter le voisinage contre l’Iran que contre Israël).

Riyad, soutenu par le pétro-potentat koweitien, a mis en œuvre un nouveau cours pétrolier destiné à étouffer économiquement un Iran totalement dépendant du revenu pétrolier. La chute libre du prix du baril, passé de plus de 75 dollars à 50 en l’espace de quelques mois, reflète un accroissement des pompages dans le Golfe arabe. Sur un marché saturé, le prix du brut a donc chuté d’un tiers. La perte de revenu est absorbable par les pétroliers du Golfe, mais pas par l’Iran populeux. Les Saoudiens affaiblissent par la même occasion leur autre grand ennemi : les investissements américains en formes alternatives d’énergie. Le budget prévisionnel koweitien de l’an prochain se fonde sur un prix de 26 dollars le baril ! A 50 dollars et moins, les caisses iraniennes se vident, et la marge de manœuvre du régime s’étrécit.

On rapporte ici et là, surtout depuis les récentes « élections » en Iran, que les « modérés » y auraient repris la main, que le Guide suprême Khamenei, appuyé par l’ex-président Hachémi Rafsandjani, voudrait reprendre les rênes, de peur que l’extrémisme illimité manifesté par Ahmadinejad ne finisse, à coup de provocations inutiles, par amener la formation d’une grande et agressive coalition contre l’Iran, prélude à un assaut contre son programme nucléaire.

Il est vrai que certains ayatollahs milliardaires tiennent à leurs privilèges, alors qu’Ahmadinejad-le-maigre ne tient qu’à ses ferveurs mystico-assassines. N’oublions pas, néanmoins, que les ayatollahs sont passés maîtres dans la science de la manipulation politique, celle qu’ils ont apprise des Soviétiques : remuer bien haut la marionnette « modérée » pour entortiller les gogos (qui se pressent en masse navrante du côté occidental : il n’est pire sourd…) et gagner du temps pour les pas-modérés-du tout qui utilisent les faux-modérés comme écran de fumée.

Depuis de nombreuses années, en Iran, l’accident d’hélicoptère est le moyen favori de la purge politique, surtout envers les dirigeants militaires ou des Pasdaran. C’est un progrès considérable par rapport à la pendaison, et cela évite les frais de torture. Donc, à l’annonce qu’Ahmadinejad a été victime d’un regrettable désastre aérien, nous saurons que Khamenei et les pseudo-modérés sont sérieux – mais pas avant. Avant cela, ils continueront de jouer sur les deux tableaux, et d’utiliser l’épouvantail mystico-assassin pour effrayer les gobe-mouches tout en secouant les plumes de la coiffe modérée pour appâter les mêmes.

Mais leur Iran est perclus de trous et de vulnérabilités : le pays à l’économie nationalisée et bureaucratisée est à demi en ruine. Pour financer le programme nucléaire, les investissements lourds, les achats de matériels sensibles, pour maintenir un niveau d’armement suffisant, acheter une partie de la population pauvre à coup de distributions populistes et de prébendes, et subventionner la révolution islamique, il faut des fonds considérables – Téhéran comptait sur le pétrole. Par ailleurs, l’Iran ne possède aucune capacité de raffiner le pétrole en essence, et dépend donc totalement des importations, ce qui a poussé Ahmadinejad à lancer un lourd programme de conversion au gaz naturel du parc automobile. Le programme était viable à un niveau élevé de revenu pétrolier, mais devient un terrible fardeau au prix actuel.

Autre vulnérabilité iranienne, les flux financiers. En la matière, les Américains ont lancé discrètement une campagne visant à affaiblir l’Iran en l’isolant financièrement : on fait savoir aux établissements financiers internationaux qui travaillent avec les banques iraniennes qu’ils seront mis sur liste noire par les autorités fédérales américaines s’ils continuent. La gêne et même la pénurie causée à Téhéran sont sérieuses, et prometteuses, même si l’Iran tend à utiliser l’euro plus que le dollar pour se prémunir. Washington essaie également de coopérer avec l’Union européenne. Mais décider à 27 est une affaire lente et difficile, d’autant que l’UE ne s’est pas dotée des instruments indispensables à l’identification et au ciblage des établissements financiers délictueux : Washington doit parler à 27 Etats plutôt qu’à une seule instance. Les Américains ont donc été forcés de travailler plutôt avec les banques européennes. Téhéran a besoin de crédit, et peut de moins en moins en obtenir.

Finalement, la vulnérabilité technologique concerne non seulement les techniques du nucléaire et de la missilerie, mais également l’extraction pétrolière et gazière. Il y a besoin en la demeure d’une vaste coopération internationale pour limiter au maximum les fuites technologiques en direction de l’Iran. Plus il sera difficile et coûteux pour l’Iran de se procurer ces technologies de pointe, plus difficile deviendra sa situation économique.

On ne manque donc pas de moyens de serrer la vis au régime des ayatollahs. Une certaine volonté se manifeste à Washington à cet égard, mais c’est bien peu et c’est bien tard : découvrir aujourd’hui que l’Iran est l’un des grands soutiens des insurrections irakiennes, c’est faire preuve d’une étrange cécité, ou de vision différée, puisque le soutien a commencé dès la chute de Saddam. Pourquoi avoir perdu trois ans ? Découvrir et dénoncer, de même, les interférences syriennes, après avoir passé trois ans à faire semblant de ne rien voir afin de ne pas avoir à intervenir, c’est faire preuve d’une extraordinaire pusillanimité.

De même, il y a plus de deux ans, le magazine Time, se basant entre autres sur des rapports du renseignement militaire américain, dressait le portrait de la stratégie iranienne en Irak : les Gardes révolutionnaires iraniens (Pasdaran) y avaient créé un réseau de près de 300 tueurs opérant en Irak, divisés en 17 groupes de fabricants de bombes et d’escadrons de la mort, formés par le Hezbollah et les Pasdaran, abrités à Sadr City, le bastion de Muqtada al-Sadr, et dirigés par Abou Moustafa al-Sheibani (Time, 14 août 2005, « La guerre secrète de l’Iran pour conquérir l’Irak »). On en savait bien plus – qu’a t-on fait ? Ali al-Dabbagh, porte-parole du gouvernement irakien, vient de déclarer à la BBC que les terroristes basés en Syrie étaient responsable de la moitié des attentats commis à Bagdad ; rien de neuf à cela : pourquoi n’avoir pas fait payer Damas plus tôt ?

Bush a cru pouvoir faire la « guerre au terrorisme » en isolant les fronts, en choisissant une cible puis l’autre, sans comprendre un instant que le « front » de la guerre n’est pas territorial. On ne pouvait mener la guerre en Irak sans traiter d’une manière ou d’une autre les trois grands voisins de l’Irak qui soutiennent les insurrections chiites ou sunnites ou les deux : Iran, Syrie, Arabie saoudite. Mais encore aurait-il fallu que Bush ôte ses œillères et refuse d’écouter les propos lénifiants de ses conseillers chéris, Condi Rice, George Tenet à la CIA, et bien d’autres. Les ennemis sur l’action desquels on faisait l’impasse se sentaient d’autant plus encouragés, par cette insolite immunité, à s’attaquer aux forces américaines en Irak. L’Arabie saoudite continua de plus belle à y exporter ses jihadis et à les financer, pas trop afin de ne pas provoquer une riposte, assez pour affaiblir les Américains ; l’Iran fournissait les insurgés en armements, les formait à la guérilla façon Hezbollah, et appliquait sa stratégie « à la libanaise », tout en éliminant les dirigeants chiites qui lui déplaisaient et en promouvant ses propres pions ; la Syrie ouvrait toutes les portes aux jihadis désireux d’entrer en Irak. Les insurrections faisaient rage grâce à leurs sanctuaires, et les sanctuaires étaient protégés par l’auto-aveuglement diplomatique de l’administration Bush !

Ce dernier aura donc, depuis 2001, mené de front plusieurs politiques contradictoires. L’Amérique a été plongée, en dépit d’elle-même, dans un nouveau conflit mondial dont elle n’a pas fini d’apprendre les règles. L’administration Bush reflète l’état d’esprit composite de l’Amérique, engluée dans le « politiquement correct » d’avant le 11 septembre, « l’esprit du 10 septembre » comme l’ont nommé certains, et d’une Amérique qui veut contre-attaquer, sans savoir forcément comment procéder. Les règles du jeu « du 12 septembre » sont à inventer. Mais le président s’est entouré d’une coalition « du 10 » et « du 12 » sans opter fermement pour l’une ou l’autre date. La confusion règne à Washington. L’électorat – qui le lui reprochera – veut des directions claires. Il avait donné beaucoup de crédit à Bush, mais pas un chèque en blanc. Il a repris ses billes en novembre dernier, tant il est vrai que ce sont les Républicains qui ont perdu, et non les Démocrates qui ont gagné.

Les media, ivres de leur puissance depuis la fin de la guerre du Vietnam et le Watergate, forts d’une impunité absolue et d’une puissance de manipulation formidable, ont mené une guerre implacable contre Bush. Les élus de l’exécutif et du législatif sont soumis au suffrage universel ; les sociétés cotées en bourse à la censure de leurs actionnaires et aux décisions des acheteurs ; les media sont incontrôlés, et, idéologiquement, très à gauche : neuf journalistes sur dix se définissent eux-mêmes ainsi. Leur hypercritique malveillante étend un parapluie protecteur au-dessus de tous les ennemis des Etats-Unis. L’incapacité de l’administration à bien concevoir sa stratégie et à l’énoncer clairement a laissé le champ libre à l’aristocratie médiatique dont le fiel se répand quotidiennement. La confusion qui règne au sein de la population américaine tient en grande partie à ce double mouvement.

Bush est, nul ne l’ignore, un canard plutôt boiteux : il cessera formellement d’être président le 20 janvier 2009, mais cèdera son pouvoir de décision à son successeur élu dès le premier mercredi de novembre 2008. Privé de majorités favorables dans les deux chambres du Congrès, contesté dans son propre parti, Bush aura-t-il la marge de manœuvre, et, au fond, l’esprit de décision et la sagesse stratégique voulus pour faire face à l’Iran ?

Ahmadinejad et ses séides sont convaincus de la grande faiblesse du « tigre de papier » américain. Le marasme irakien, l’échec israélien au Liban, la situation politique aux Etats-Unis, le désarroi au sein de la coalition occidentale, le soutien inconditionnel de Chirac et de Poutine à toutes les turpitudes de l’Iran, ont parachevé le sentiment d’impunité qui isole encore plus le président iranien de la réalité : il se pense invincible. On peut prévoir une aggravation des attaques anti-américaines (et anti-israéliennes). En Afghanistan comme en Irak, l’Iran met la pression. C’est dans ce cadre qu’il commettra des erreurs stratégiques fatales, le genre d’erreur de calcul qui force la main des hésitants. Une provocation de plus, et Bush, qui n’est jamais aussi bon que quand il est piqué au vif, repassera à l’action au lieu de n’être que passif-agressif. La région le soutiendra – elle le lui demande. Le jeu est jouable, à condition d’être joué ! [2]

WWW.IRAN-RESIST.ORG

| Mots Clefs | Auteurs & Textes : Ken Weinstein | Laurent Murawiec |

[1] Danger perso-chiite ? | Même si les arabes de la région nous voient comme des « perso-chiites », l’association des deux mots reste choquante et décrit une réalité inexistante. L’islam s’est imposé à la Perse afin de la détruire corps et âme. De cette lutte inégale, la culture persane est sortie amputée mais invaincue.

La Perse est même redevenue IRAN pour renouer avec les traditions héritées de ses ancêtres Achéménides et Sassanides. La date de naissance de l’IRAN est connue (21 mars 1935) et ce nom reste à jamais lié à la volonté de Reza Shah, un homme simple et extraordinaire qui devint un roi, un architecte, un grand bâtisseur et authentique libérateur des femmes. L’IRAN a été bâti sur les bases de la laïcité comme un point de départ social et politique et aussi bâti sur la culture persane pour disposer de plusieurs remparts contre l’islamisme qui le gangrenait sous les Qadjar.

Il est de ce fait fort choquant pour un iranien, après 28 ans de déchéance culturelle imposée par les mollahs, de voir le « persan » souillé par le « chiisme ». Et ce d’autant plus que ce ne sont pas les persans qui menacent les arabes, mais les mollahs qui souhaitent rester les maîtres du chaos pour devenir l’arbitre des jeux au Moyen-Orient.

Les iraniens (les persans) n’ont qu’une envie : rompre avec les mollahs. Les persans ou les iraniens n’ont aucune envie d’aller conquérir les sables de l’Arabie Saoudite ou les plaines de la Syrie pour leur apprendre les coutumes de Nowrooz ou les subtilités de la langue persane. Nous espérons juste vivre en harmonie avec nos voisins. |

[2] Frapper l’IRAN | Si l’attaque se résume à un bombardement contre un programme nucléaire qui lui-même est à plus de 70% une rumeur, elle risque surtout de servir les mollahs et les consolider : non pas en raison d’une soi-disante solidarité nationale entre une population iranienne et les mollahs chiites, mais plutôt parce qu’elle risque de déboucher sur une Conférence de Paix qui donnera aux mollahs les Garanties de Sécurité qu’ils exigent.

La solution serait quand même de laisser les patriotes disposer de moyens pour parler à ceux de l’intérieur. Saviez-vous que le satellite Hot Bird refuse d’émettre vers l’Iran les émissions des journalistes qui militent pour un changement de régime et qui ont en eux la capacité de mobiliser les populations ? Au lieu de lancer une attaque sur l’Iran sans aucune Garantie de changement de régime, aidez-nous à avoir notre radio ou télé et l’on vous mettra ce peuple résigné sur le pied de guerre !

Voir aussi:

La renversante stratégie de bluff nucléaire de Saddam
Kenneth Adelman
Source Gulf News (Émirats arabes unis)
Référence « The Nuclear Bluffers », par Kenneth Adelman, Los Angeles Times, 22 octobre 2004.
« Saddam’s stunning strategy of nuclear bluff », Gulf News, 27 octobre 2004.
Résumé

À travers l’Histoire, les dirigeants du monde ont caché leurs violation des traités et ont menti à ce sujet. Saddam, lui, a élaboré une nouvelle stratégie : respecter les accords et mentir à ce sujet. C’est ce que démontre le rapport Duelfer : Hussein a respecté les résolutions de l’ONU lui interdisant de posséder des armes de destruction massive tout en faisant croire qu’il ne les appliquait pas.
Cela peut sembler relever du cas psychiatrique, mais en réalité, il s’agissait d’une nouvelle stratégie nucléaire. Après tout, un pays du tiers-monde ne peut être une puissance nucléaire, mais il peut le faire croire. Cela peut avoir le même effet dissuasif, mais à moindre coût. Le bluffeur peut effrayer ses voisins et empêcher toute agression, pousser les pays riches à offrir leur aide ou des pactes de non-agression. Regardez la Corée du Nord, on ne lui prêterait pas plus d’attention qu’au Burkina Faso si ce n’était pas une puissance nucléaire. Nous sommes certains que la Corée du Nord est une puissance nucléaire, mais nous en étions également persuadé à propos de l’Irak. Comment être sûr ? Li Gun, un haut responsable nord-coréen, a affirmé que la Corée du Nord prouverait bientôt qu’elle avait des armes nucléaires, mais un an et demi après, on a rien vu venir et les dirigeants de nombreux pays continuent de faire des offres à Pyongyang.
Je pense que la Corée du Nord ne bluffe pas, mais c’est possible. Quoi qu’il en soit, mieux vaut ne pas prendre de risques.

Ancien vice-représentant des États-Unis à l’ONU (1981-1983) et négociateur pour le contrôle des armes avec la Chine (1983-1986), Kenneth Adelman est membre du Defense Policy Board Advisory Committee du Pentagone. Il a été membre du Committee on the Present Danger et de la Rand Corporation. Il est aujourd’hui secrétaire du Conseil d’administration de la Freedom House et membre du Conseil d’administration de l’International Crisis Group. Il est commentateur pour Fox News et directeur du mensuel The Washingtonian.


Nouvelles menaces sur la liberté d’expression: Le Parlement aussi!

13 février, 2007
IndexQui doit réparer ? Les nations de la Chrétienté. (Louis Sala-Molins, Le Code noir, 1987)
Les traites négrières et l’esclavage sortent du champ de l’histoire, car reconnus comme crime contre l’humanité. (Collectifdom, 15 décembre 2005)

A l’heure où des journaux peuvent être trainés en justice pour des caricatures de Mahomet, il faut rappeler que les nouvelles menaces sur la liberté d’expression peuvent aussi venir du Parlement, notamment pour les historiens avec les récentes lois mémorielles.

Lois qui, comme le montre bien une récente conférence de l’écrivain et juriste Françoise Chandernagor, dont L’Histoire publie ce mois-ci de larges extraits, sont non seulement rétroactives et anachroniques mais anticonstitutionnelles:

Morceaux choisis:

Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique.

faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi.

On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […]

Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37.

les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés.

La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles.

nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique.

Historiens, changez de métier!

Conférence de Françoise Chandernagor, Écrivain et juriste
L’Histoire, février 2007

Les nouvelles menaces sur la liberté d’expression viennent du Parlement. Et l’histoire en est la première victime. C’est le cri d’alarme poussé par Françoise Chandernagor lors des Rendez-vous de l’histoire de 2006, dans une conférence dont nous publions ici de larges extraits.

Depuis quelques années, soumis à la pression simultanée et contradictoire de la mondia-lisation et du communautarisme, le « récit national » qui sous-tendait en France l’enseignement de l’histoire a éclaté. […] Peu à peu, profitant du vide, le Parlement est passé à l’offen-sive : aujourd’hui, des lois dangereuses peuvent conduire des historiens éton-nés devant des juges embarrassés1.
« Lois dangereuses » ? Otons-nous d’abord de l’esprit l’idée qu’il existe des lois anodines. Une loi n’est pas un colifichet, ni un placebo. Elle est contraignante par nature, elle doit être respectée, appliquée et elle mènera tôt ou tard devant un juge. Car faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. Des lois qui, même lorsqu’elles prennent l’apparence de simples déclarations (comme la première loi sur les crimes commis en 1915 en Arménie), peuvent être invoquées devant un juge. Or, ces lois-là, depuis quatre ou cinq ans, le Parlement se plaît à les multiplier.

Outre les cinq lois « historiennes » déjà votées, il y a actuellement sur le bureau des Assemblées une dizaine de propositions de loi qui qualifient de « crime contre l’humanité » ou de « génocide » des faits historiques, soit anciens, soit récents, français comme étrangers – pour la guerre d’Algérie par exemple, les propositions vont dans les deux sens : « crime contre l’humanité » commis sur des Algériens (1961) et « crime contre l’humanité » commis par des Algériens (1962)…

Il y a également « en instance » deux ou trois propositions de loi étendant le mécanisme et les sanctions de la loi Gayssot (ce « délit de contestation » qui sort du droit commun et devait, nous disait-on, demeurer exceptionnel) à des faits nouvellement qualifiés de « crime contre l’humanité » par le Parlement français : ainsi, sur le modèle de la loi Arménie du 12 octobre 2006, une proposition vise-t-elle déjà à complé-ter la loi Taubira de 2001 en lui appli-quant les sanctions de la loi Gayssot. Je rappelle qu’au moins, dans le cas de la loi Gayssot, ce n’était pas le Parle-ment français tout seul qui avait établi et imposé la vérité historique : il s’était appuyé, pour la qualification des faits, sur un tribunal international, celui de Nuremberg, et sur des accords inter-nationaux, ceux de Londres, intégrés en droit interne. Le travail « d’instruction » préalable avait été de grande qualité. Dans tous les cas postérieurs, au contraire, le Parlement français agit seul, sans juges, sans enquête ad hoc – c’est plus inquiétant…

Ajoutons, pour faire le tour complet de ce qui nous menace, que viennent aussi d’être déposées cinq proposi-tions de loi visant à étendre automatiquement le dispositif très répressif de la loi Gayssot à tout ce qui, dans les années à venir, serait reconnu par le Parlement comme « crime contre l’humanité », en quelque temps et lieu qu’il ait été commis. Extension automatique à la Saint-Barthélemy, pourquoi pas ? Si elles étaient votées, ces propositions interdiraient aux historiens de revenir librement sur les faits en cause. On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, vio-lent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37.

Le Parlement anglais peut, selon un célèbre adage, « tout faire sauf changer un homme en femme ». Mais le Parlement français n’a pas tant de pouvoir puisque la Constitution de 1958, approuvée par 85 % des Français, a limité son champ d’intervention : tout ce qui n’est pas expressément mentionné dans l’article 34 comme étant de la compétence du Parlement est interdit au pouvoir législatif. Dois-je préciser que la « fixation de la vérité historique » n’est pas mentionnée dans l’article 34 de la Constitution ? Article qui ne mentionne pas non plus les programmes scolaires, les méthodes d’enseignement ou les programmes de recher-che, lesquels relèvent exclusivement du gouvernement et des instances administratives adéquates (comités de programmes, inspection générale, etc.).

Mais ne croyez pas que le Parlement, quand il vote de cette manière, ignore qu’il outrepasse ses droits ! Il le sait fort bien, et c’est ce que je trouve grave en tant que citoyenne. J’ai repris le procès-verbal des débats parlementaires qui ont précédé le vote de la loi Taubira – ils sont au Journal officiel. Élisabeth Guigou, à l’époque garde des Sceaux, est intervenue pour dire aux députés : « Ce que vous faites là est contraire à la Constitution, vous êtes en train de violer l’article 37. »
Aussitôt, notre actuel ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, qui n’était à l’époque que parlementaire, est monté au créneau comme un brave et, drapé dans les plis du drapeau, il a déclaré en substance : « Nous sommes élus au suffrage uni-versel, donc nous sommes le souverain, donc nous pouvons faire ce qui nous plaît. » Il va sans dire qu’il a été mas-sivement suivi par ses pairs…

Rappelons à ces élus que le Parlement n’est pas le souverain mais seulement le délégué du souverain. Le souverain, c’est le peuple, c’est nous, citoyens. Et notre délégué, le Parlement, est lié par la Constitution que nous avons votée, elle aussi au suffrage universel, et qui, dans tous les régimes, est une norme juridique supérieure à la loi. Cette Constitution établit la séparation des pouvoirs : faut-il souligner que lorsqu’un pouvoir ne respecte plus cette séparation, la liberté de tous est en danger ?

Donc, les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés.

Ne caressons pas l’espoir qu’il y aura un jour 60 députés pour demander la saisine du Conseil constitutionnel à propos d’une loi « historienne » ! Toutes, sauf la dernière, ont été votées à l’unanimité, tous partis confondus. Et si la loi sur le génocide arménien du 12 octobre dernier n’a été votée que par 100 députés, c’est parce que les 450 autres étaient partis à la campagne, faute d’oser s’opposer aux groupes qui envahissaient les tribunes…

Je ne fais pas ici d’« antiparlementarisme primaire ». Je suis la fille d’un homme qui a été député pendant trente-cinq ans et j’ai le plus grand respect pour les représentants de la République quand ils respectent eux-mêmes ce qu’ils représentent. Seulement je sais aussi que quand quatre députés sur cinq vont à la campagne en plein milieu de semaine, c’est qu’ils préfèrent ne pas être là pour défen-dre nos libertés. Même Jack Lang, qui s’était, non sans courage, prononcé verbalement contre la loi, s’est abstenu de voter…

Je n’espère donc pas que, dans un Parlement si « timide », on puisse trouver 60 députés pour saisir le Conseil constitutionnel. En fait, le Conseil n’a été saisi qu’une fois, et pour un seul article : l’amendement de l’article 4 de la loi de février 2005 sur les « aspects positifs de la colonisation ». Il a d’ailleurs tout de suite abrogé cet article. Il est juridiquement certain que s’il avait été saisi des lois sur le génocide arménien ou sur la traite négrière et l’esclavage, il aurait annulé les deux pour inconstitutionnalité. Mais on ne lui a pas demandé son avis et on ne le lui demandera pas. […]

Ces lois qui violent la Constitution violent aussi les principes généraux du droit, c’est-à-dire la Déclaration des droits de l’homme – en particulier son article 8 qui dit : « Nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit », ce qui, en clair, revient à interdire les lois rétroactives.
Or, les lois « historiennes » sont, dans leur fondement même, rétroactives. Cer-tes, la loi votée le 12 octo-bre 2006 qui inflige des sanctions pénales à tous ceux qui, non pas « nie-raient », mais simplement « contesteraient » sur un point quelconque la notion de géno-cide appliquée à l’Arménie de 1915, n’est pas rétroactive quant au délit : l’éventuel « contestataire » est prévenu – à partir de maintenant, il risque la prison. Mais ce qui est rétroactif, là-dedans, c’est la définition même du crime (cf. p. 59). Et quand on définit, avec un concept d’aujourd’hui, un crime commis au XVe siècle, comme dans la loi Taubira, on est carrément rétroactif de cinq cents ans, et anachronique en plus !

Évidemment, ce ne sont pas les auteurs de ces crimes rétroactivement définis que l’on veut punir, puisqu’ils sont morts depuis des siècles ! On va donc punir les historiens : le Parlement a baissé le masque le 12 octobre 2006. Patrick Devedjian avait proposé un amendement qui excluait de la portée de la loi sur le génocide arménien « la recherche universitaire et scientifique ». L’amendement a été rejeté par les députés qui ont avoué de la sorte, bien franchement, que c’est la recherche universitaire et scientifique qu’ils veulent interdire sur certains sujets. Je demande aux historiens, dont certains ont pu s’aveugler jusqu’à présent sur les intentions des politiques, d’ouvrir les yeux : les chercheurs, les universitaires et les scientifiques sont bien visés par toutes ces lois pénales.

Précisons, en outre, que ces lois dérogent aussi aux modalités ordinaires de préparation des textes législatifs. D’abord, elles ne sont jamais examinées par le Conseil d’État. J’ai été membre de cette Assemblée et j’ai participé à la préparation des projets de loi, puisque 80 % des textes qui deviennent des lois passent devant le Conseil d’État dans un premier temps. Non pas pour que le Conseil se prononce sur leur opportunité, mais pour qu’il les améliore du point de vue rédactionnel. Les textes des lois mémoriel-les, eux, ne sont pas des « projets » gouvernementaux : ce sont toujours des « propositions », déposées par des parlementaires, qui ne passent donc pas devant le Conseil d’État.

Pourquoi, en la matière, le gouvernement, au lieu de déposer un projet de loi, préfère-t-il glisser son texte en catimini à un parlementaire ? Uniquement pour éviter l’examen en Conseil d’État. Éviter les objections timides que pourraient présenter des « légistes » : quand le gouvernement veut « mal faire », il n’a pas besoin de conseils, qu’on se le dise !

De même, beaucoup des textes en cause ne sont pas examinés en commission des lois. La commission des lois, c’est une instance, interne au Parlement, composée de députés assistés d’éminents juristes. Elle peut être modératrice, en tout cas « amélioratrice ». Pour éviter cet examen normal en commission des lois, les parlementaires inféodés à des grou-pes de pression procèdent donc par amendements de séance. C’est le cas de l’amendement Vanneste sur l’en-seignement des « aspects positifs de la colonisation » qui a été déposé au der-nier moment, de telle sorte que personne n’avait pu l’examiner. Aucun juriste ne l’avait lu.

Cela dit, il n’était guère plus dangereux que l’article 2 de la loi Taubira qui oblige « les professeurs à consacrer une place conséquente à l’histoire de l’esclavage ». « Conséquente » ? Ce mot, pris ici apparemment dans le sens d’« importante », n’appartient ni à la langue française ni au langage du droit. Demain, pourtant, on pourra envoyer un professeur devant la justice en lui disant : « Vous n’avez pas consacré une place conséquente à l’histoire de l’esclavage dans votre cours ». Que décidera le juge saisi ? C’est quoi, « conséquente » ? Cinq minutes ? Deux heures ? Un trimestre ? Comment prendre au sérieux des lois si mal rédigées ? Comment le juge va-t-il les interpréter ? Et comment le citoyen peut-il les respecter ?

Songez que la dernière loi sur le génocide arménien était si peu au point que son propre auteur – Christophe Masse – a passé les derniers jours précédant le vote à l’amender dans tous les sens : un coup, il prévoyait un an de prison pour les « contrevenants », le lendemain, cinq ans, ou vice versa – au petit bonheur la chance, les peines de prison ! Puisque tout le monde sait bien, n’est-ce pas, que ce n’est pas grave, la prison !

A la fin, M. Masse avait tellement ajouté ici, coupé là, qu’il a été obligé de déposer un « amendement balai » pour remettre de l’ordre et tout renuméroter : à la veille du vote, son projet « arménien » n’était plus un texte, c’était une guenille ! Des lois faites avec tant de mépris, comment ne seraient-elles pas méprisables ?
D’autant que ces lois, qui violent le droit, violent aussi parfois l’histoire. Prenons la loi du 21 mai 2001, qui, selon son titre général, porte « sur l’esclavage et la traite négrière ». Rien, là-dedans, de critiquable, au contraire. La traite était d’ailleurs déjà punie pénalement par des accords internationaux directement applicables en droit français depuis 1926, et déjà qualifiée dans notre Code pénal (article 212.1) de « crime contre l’humanité ».

Mais il s’agissait là de crimes présents ou de crimes futurs. Dans la loi de 2001, il s’agit de juger le passé. Première question : faut-il juger le passé par la loi ? […] Deuxième question : s’il faut légiférer sur le XVe siècle, d’où viennent, dans le corps du texte, certains distinguos que le titre même de la loi ne laissait pas prévoir ? Malgré le titre général, en effet, dès l’arti-cle 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ».
Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés2. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique.

Par ailleurs le plus grand flou règne à propos des dates. La France n’entre dans la traite qu’à la fin du XVIIe siècle, mais la période visée par la loi englobe les XVe, XVIe et XVIIe siècles ; donc, le crime reconnu par la France com-mence même avant la découverte de l’Amérique : Le Monde, emporté par l’élan, est allé jusqu’à parler en première page de son numéro du 10 jan-vier 2006 de « plus d’un millénaire » de traite occidentale ! Et voilà comment on écrit l’histoire !

Poursuivons l’analyse : au cours des discussions préparatoires au débat parlementaire, quelques uns ont évoqué les esclaves amérindiens – « Il n’y avait pas, comme esclaves, que les Noirs d’Afrique, il y avait aussi les Indiens d’Amérique du Sud ». Alors, par sympathie, on a inseré les esclaves amérindiens dans un article qui met la traite transatlantique en « facteur commun ». J’avoue ici ma perplexité : je ne savais pas qu’on avait transporté les Indiens caraïbes en Afrique ! Mais puis-que la loi le dit, je n’ai pas le choix, je suis dans l’obligation – sous peine de poursuites – de convenir que les populations amérindiennes ont été victimes de la traite transatlantique…

Si les historiens doivent être traînés devant les tribunaux, au moins faudrait-il que ce soit en application de lois historiquement bien faites – puisque ces lois, même approximatives, délimitent dorénavant le seul champ ouvert aux chercheurs. C’est ainsi du moins que l’entendent les associations communautaristes intéressées.

Prenons un exemple lié à la loi Taubira. J’ai lu les quinze pages d’assignation au pénal de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur des Traites négrières, par le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais (Collectifdom) et par le Collectif des fils et filles d’Africains déportés. Je cite : « En disant que la traite s’est étendue sur treize siècles et cinq continents, Monsieur Pétré-Grenouilleau a révélé la volonté d’éluder le caractère particulier de la traite transatlantique en impliquant une couverture temporelle et géographique plus vaste que celle retenue par la loi. »

Oui, tremblez, les voilà les motifs de poursuite civile, de poursuite pénale, qui vous pendent au nez ! Ce que dit clairement cette assignation, en effet, c’est que la loi définit le périmètre intellectuel autorisé et que tout le reste est interdit. On ne doit parler, en matière d’esclavage, que de ce qui est visé par la loi, donc exclusivement de la traite transatlantique européenne.

Mais en parler, c’est-à-dire chercher, publier, enseigner, ce serait encore trop – communiqué de presse du Collectifdom du 15 décembre 2005 : « Les traites négrières et l’esclavage sortent du champ de l’histoire, car reconnus comme crime contre l’humanité. » Vous avez bien entendu : « sortent du champ de l’histoire » ! Que doit donc faire l’historien français qui rencontre sur son chemin un « crime contre l’humanité » ? Je vous le dis tout net : changer de trottoir et changer de métier !

Devant cette offensive parlementaire, les juges les plus éclairés sont embarrassés. Embarrassés d’abord par la médiocrité juridique des textes qu’ils devront appliquer mais aussi, lorsqu’il leur faudra juger des uni-versitaires reconnus, par leur propre ignorance de l’histoire. […]

Ils sont également embarrassés par l’impossibilité de maîtriser l’action publique. Si vous portez plainte aujourd’hui auprès du procureur contre votre voisin, c’est lui, le procureur, qui appréciera l’opportunité des poursuites. Appréciation qui, pour la protection des libertés publiques et de la paix civile, constitue quand même une sécurité. Mais il n’en est plus ainsi avec les lois « historiennes » : la mise en marche de l’action publique appartient aux associations. Si elles portent plainte contre vous, le procureur pourra seulement vérifier qu’elles ont l’ancien-neté requise – cinq ans –, mais il sera tenu d’engager les poursuites. Vous aurez donc été automatiquement traduit en justice même si la plainte ne repose sur rien. Devant le tribunal, si vous êtes innocent, vous gagnerez, j’espère, mais vous aurez été dans l’intervalle ruiné par vos avocats, discrédité par les médias et « barré » dans votre carrière.

Une fois lavé du soupçon, vous ne pourrez même pas vous retourner contre vos tourmenteurs avec une plainte en « dénonciation calomnieuse ». On sait que cette plainte n’aboutit pratiquement jamais. La loi et, surtout, la jurisprudence ont entouré cette procédure de tant de conditions complexes que les personnes traînées à tort devant les tribunaux ne peuvent pratiquement jamais se retourner contre leurs accusateurs en leur reprochant une « dénonciation calomnieuse ».

De plus, la justice est embarrassée par la superposition des chefs et des modes d’accusation. Les associations mémorielles ont en effet un champ d’action plus ou moins étendu selon les lois. La loi Gayssot leur a donné le pouvoir de défendre « l’honneur de la Résistance » – ce qui est historiquement précis – et « l’honneur des déportés » – ce qui est précis aussi puisque les déportés constituaient une catégorie juridique bien définie : il y a eu, après la guerre, un recensement administratif des déportés, des cartes de déportés, etc.

La loi Taubira, elle, a donné aux associations mémorielles le pouvoir d’engager des poursuites pour défendre « l’honneur des descendants d’es-claves ». Première question : qui sont les descendants d’esclaves ? Ce n’est sûrement pas une affaire de peau : j’ai la peau blanche, mais je suis ce que le Code noir et les colons des îles appelaient une « octavonne », une métisse descendant (jusque dans son patronyme) d’un esclave réunionnais affranchi. A l’inverse, cer-tains Noirs africains sont des descendants d’esclavagistes… Comment s’y reconnaître ? Jusqu’à quand, d’ailleurs, sera-t-on descendant d’esclave ? Nous en sommes déjà à la cinquième ou sixième génération puisque l’esclavage a été aboli en 1848 ! Quand cessera-t-on, au titre de descendant d’esclave, de pouvoir, comme les descendants de croisés sous l’Ancien Régime, revendiquer en justice un « honneur » particulier ?

On le sait d’autant moins que dans le domaine du « mémoriel » toutes les durées habituelles ont été allongées. Par exemple, les délits de presse, qui ne se poursuivent normalement que pen-dant trois mois à compter de l’infraction, sont punissables, dans le cadre des lois « historiennes », pendant un an. Au civil, vous avez par ailleurs trente ans pour agir. Trente ans pour demander des indemnités pour le « dommage moral » subi. L’historien ne sait donc ni pendant combien de temps ni quand il risque d’être attaqué pour ce qu’il a dit aujourd’hui.

En outre, les associations plaignantes actionnent parallèlement le civil sur la base de l’article 1382 du Code civil et le pénal pour les mêmes faits. Or ce ne sont pas les mêmes tribunaux, et les procédures n’aboutissent pas à la même chambre de la Cour de cassation – les unes relèvent de la Chambre criminelle, les autres de la Chambre civile. Résultat, vous pouvez, pour la même phrase, être absous par un tribunal correctionnel et condamné par un tribunal d’instance.

Ajoutons que, pour un même délit supposé, les actions s’enchevêtrent en raison de la multiplicité des associations spécialisées qui se créent sou-vent ad hoc pour « exploiter » une loi mémorielle. Tel est le cas d’Olivier Pétré-Grenouilleau : le Collectifdom, impressionné par la mobilisation des historiens, a retiré sa plainte, mais d’autres associations ont aussi-tôt pris le relais… C’est sans fin. Un harcèlement moral tel qu’il risque de conduire les chercheurs à une auto-censure intégrale.

Un conseil, donc : vous vous intéressez à un sujet qui intéresse aussi un groupe de pression auquel certains députés sont soumis pour leur réélection ? Eh bien publiez en Hollande, comme au XVIIIe siècle, ou partez au Québec ! Car la France est le seul pays démocratique à avoir imposé aux citoyens un corpus de lois « historiennes » et à se vanter de vouloir continuer.

Le 12 octobre dernier, un député a déclaré à la tribune : «On ne laisse pas la médecine aux médecins, pour-quoi laisserait-on l’histoire aux historiens ?» On ne laisse pas la médecine aux médecins en ce sens que le gouvernement et le Parlement définis-sent, et c’est normal, les conditions d’exercice de la médecine. C’est aussi le cas pour les diplômes des historiens. Mais je n’ai encore jamais vu le Par-lement substituer son diagnostic et ses prescriptions à ceux des médecins : on ne fait pas la queue devant le Palais-Bourbon pour se faire guérir des écrouelles, que je sache ! Or, là, que font les parlementaires ? Ils substituent leur diagnostic à celui des historiens ! […]

Quand les élites – juges, députés, historiens, journalistes – sont plongées dans une pareille confu-sion mentale, comment peut s’orienter l’opinion publique ? Elle est « perdue » évidemment, et tentée par une dérive obscurantiste : la confusion des termes engendre une compétition victimaire, et l’imprescriptibilité du péché enclenche une mécanique du sacrilège.

L’imprescriptibilité : encore une notion juridique totalement incomprise par l’opinion publique, par les médias et par les victimes. L’imprescriptibilité est généralement comprise aujourd’hui comme signifiant l’éternité du péché, comme reconduisant la responsabilité juridique de la faute jusqu’à la fin des temps… Je voudrais donc rappeler l’historique de l’inscription de l’article 213.5 dans notre Code pénal.

Sous l’Ancien Régime, il y avait des crimes qui ne s’éteignaient qu’avec la vie de leurs auteurs : c’était le « sacrilège » et le « crime de lèse-majesté ». La Révolution, plus moderniste, a décidé que tous les crimes se prescriraient par vingt ans. Vingt ans à partir de la découverte du crime. Ce qui, j’en conviens, peut poser parfois des problèmes aujourd’hui en droit commun, par exemple avec les tueurs en série. Par ailleurs, avec l’allongement de la durée de la vie, il serait peut-être raisonnable que l’on passe, d’une manière générale, à trente ou quarante ans.

En tout cas, la France ne s’est posé ce problème qu’en 1964, à la suite du rapprochement franco-allemand de 1963 et dans une perspective plus politique ; au lieu d’ailleurs de se borner à proroger la durée du « crime contre l’humanité » pour pouvoir poursui-vre les derniers criminels nazis, elle l’a déclaré imprescriptible.

Certes, en droit, cela signifie simplement que le crime peut être puni aussi longtemps que vit le criminel : pas moins, mais, bien sûr, pas plus. Malheureusement, ce n’est pas ainsi que le terme est compris du public. Aujourd’hui, le mot « imprescriptible » est perçu comme synonyme d’« inoubliable », impossible à réparer, et cela finit vite par signifier « héréditaire ». Le châtiment du crime doit être poursuivi, croit-on, même après la mort du criminel : on hérite le crime de génération en génération…

De cette notion de crime héréditaire, on passe évidemment à celle, contraire à la philosophie des Lumières, de responsabilité collective. La responsabilité du crime passe aux descendants supposés, pris collectivement, c’est-à-dire à toute une nation d’aujourd’hui – puisqu’on ne fera pas, j’imagine, de procès aux squelettes ! Rappelons, à titre de comparaison, qu’à Nuremberg on n’avait pas jugé « l’Allemagne éternelle », on avait jugé 22 chefs nazis…

J’ai envie de redire ce que l’agneau disait au loup de la fable : « Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?/ – Si ce n’est toi, c’est donc ton frère !/ – Je n’en ai point/ – C’est donc quelqu’un des tiens ! » Et le loup poursuit : « On me l’a dit, il faut que je me venge. » C’est cet obscur désir-là qui semble à l’oeu-vre dans la conception contemporaine de l’« imprescriptibilité ». […]

En résulte la revendication d’un droit à réparation financière, même plusieurs siècles après les crimes. Je vous lis un extrait du Code noir de Louis Sala-Molins, paru en 1987 et récemment réédité3 : « On doit réparer tout ce qui dans le crime en question, la traite, est juridiquement pondérable, quantifiable, mesurable […]. Sont quantifiables les heures et les jours, les mois et les années, les siècles et les décennies d’esclavage. Pondérables la quantité de travail fourni par l’esclave. Mesurable la part qui lui revient du miracle économique de l’industrie sucrière. A combien la journée de travail sera-t-elle chiffrée ? Combien de millions d’esclaves ? […] Il faut et il suffit que les historiens de l’économie nourrissent de données leur ordinateur qui cracheront des chiffres, qu’on s’y tienne, que le droit s’en empare, qu’il impose réparation à sa hauteur sachant qu’il ne gommera pas pour autant la crapulerie de ce génocide dont les descendants actuels et à venir des victimes garderont inentamé le droit […] de gérer la mémoire comme bon leur semblera […]. Qui doit réparer ? Les nations de la Chrétienté. »

Réparation financière illimitée au profit de descendants « à venir », au profit, donc, d’êtres qui ne sont pas nés, et au détriment d’autres qui ne le sont pas non plus ! Dieu, dans la Bible, lorsqu’il condamne le pécheur ou le criminel, le maudit, dans le pire des cas, jus-qu’à la troisième génération. Quand j’étais enfant, j’étais choquée qu’un Dieu irascible puisse maudire jusqu’au petit-fils d’un coupable. Mais je me dis aujourd’hui que ce n’était rien par rapport au vertige qui nous entraîne : j’en viens à souhaiter qu’au moins on s’arrête à la « troisième génération » ! […]

De toute façon, il est clair que nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Les « bien-pensants » ne vont-ils pas jusqu’à demander que le droit confonde dorénavant, dans la même condamnation, la parole et l’action, assimile les opinions aux actes ? Pour preuve de ce retour à la pensée magique, je prendrai un article du 10 octobre 2006, publié dans Le Monde et signé par dix avocats, à propos de la deuxième loi sur l’Arménie. Ils sont manifestement favorables à cette loi et écrivent que contester « la réalité d’un génocide n’équivaut pas simplement à mal interpréter un crime politique. C’est y participer. »

Ils demandent aussi que toute contestation du caractère génocidaire d’un fait soit sortie « du domaine spécial du droit de la presse […] ou de l’expression des idées », et placée « dans le droit commun pénal, dans celui d’actes matériels destinés à entraver l’action de la justice », et que toute contestation de ce type soit « reconnue comme une infraction connexe au génocide ».

Rappelons que, depuis des siècles, le législateur – et même le confesseur – distinguait l’intention de l’action. Si nous suivons ces « bons esprits », nous reviendrons à ces temps de barbarie où la pensée et l’acte étaient confondus, le mot « offensant » jugé aussi criminel que le coup de poignard. […]

La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Mais, par pitié, ne multiplions pas les censures !

Il y a un siècle, des députés bien intentionnés avaient voulu instaurer un délit « d’outrage à la République ». Clemenceau, immense républicain, prit la parole et dit : « Mes chers collègues, je viens vous demander qu’on puisse impunément outrager la République. Avec les meilleures intentions du monde, vous allez directement contre le principe de la liberté. Car je défie quelque juriste que ce soit de venir à cette tribune vous dire à quel signe le magistrat pourra reconnaître que la discussion cesse et que l’outrage commence […]. Et si personne ne peut répondre, je dis que vous faites une loi d’arbitraire et non de liberté. » Comme lui et comme les philosophes des Lumières, je réclame, pour les autres, le droit d’avancer des opi-nions avec lesquelles je suis en désaccord. Je dis, comme Montesquieu, « que là où il n’y a pas de conflit visible il n’y a pas de liberté ».

Descendante d’esclave, je réclame aussi, comme Frantz Fanon, « le droit de ne pas être esclave de l’esclavage qui déshumanisa nos pères »4. Descendante d’esclave, je réclame le droit de dire ce que l’étude de l’histoire m’a enseigné : que nous sommes tous des sangs mêlés, le sang d’Abel et le sang de Caïn. Aucun sang n’est pur, ni le sang bleu, ni le sang blanc, ni le sang noir. Quand nous remontons trois ou quatre siècles en arrière, nos familles comptent toutes des errants et des enracinés, des vainqueurs et des vaincus, des oppresseurs et des opprimés, des bourreaux et des victimes.

«Je suis un homme, écrivait encore Frantz Fanon, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. » Il faut, en effet, que chacun de nous assume l’histoire de l’humanité tout entière, qu’il sache qu’il n’y a pas d’ange sur cette terre, et que même les assassins sont des hommes. Qu’il assume, enfin, grâce à la libre connaissance de l’histoire, sa part de boue pour augmenter sa part de lumière…

NOTES
* Cf. lexique, p. 61.
1. Cf. R. Rémond, Quand l’État se mêle de l’histoire, Stock, 2006.
2. Cf. O. Pétré-Grenouilleau, « La traite oubliée des négriers musulmans », L’Histoire n° 280, pp. 48-55.
3. L. Sala-Molin, Le Code noir ou le calvaire de Canaan, 1987, PUF, rééd. « Quadrige », 2006.
4. F. Fanon, Peau noire, masque blanc, Le Seuil, 1952.

L’AUTEUR
Membre du Conseil d’État de 1969 à 1994, auteur de nombreux ouvrages et romans historiques (notamment L’Allée du roi, Julliard, 1981, L’Enfant des Lumières, De Fallois, 1995, Maintenon, Norma, 2001, La Chambre, Gallimard, 2002), Françoise Chandernagor est vice-présidente de l’association « Liberté pour l’histoire », créée en février 2006, dont le président est René Rémond. Sa conférence, le 14 octobre 2006 aux Rendez-vous de l’histoire de Blois, était intitulée « Appartient-il à la loi de dire la vérité historique ? »

MISE AU POINT
Cinq lois mémorielles
l Loi «Gayssot » du 13 juillet 1990 dont l’article 9 crée, à pro-pos des jugements de Nuremberg, un nouveau délit de « contestation de crime contre l’humanité ».
l Loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du géno-cide arménien de 1915.
l Loi « Taubira » du 21 mai 2001 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ». Selon l’article 2 : « Les program-mes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent. »
l Loi "Mekachera" du 23 février 2005 portant sur la reconnaissance de la nation et la contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Le deuxième alinéa de l’article 4 stipulant que « les programmes scolaires reconnaissent en parti-culier le rôle positif de la présence française outre-mer » a été abrogé en février 2006.
l Proposition de loi votée par l’Assemblée nationale le 12 octobre 2006, « complétant la loi du 29 janvier 2001 » et visant à répri-mer, par les mêmes moyens que la loi Gayssot, la « contestation » du génocide arménien.

MISE AU POINT
Qu’est-ce qu’un génocide ?
Les concepts de « crime contre l’humanité » et de « génocide » sont récents. Le mot même de génocide a été créé en 1944 par le philosophe Rafael Lemkin pour définir les crimes de l’Allemagne nazie. Le crime contre l’humanité a été reconnu dans le droit international en 1945 par le tribunal militaire de Nuremberg, le génocide, en 1948, par une convention de l’ONU.
Leurs définitions juridiques par le Code pénal français sont très détaillées : une quinzaine de lignes. De plus, elles s’additionnent car le génocide n’est qu’une sous-catégorie juridique du crime contre l’humanité. S’il n’est pas question du nombre des victimes dans ces définitions – « crime contre l’humanité » n’est nullement synonyme de « crime de masse » –, il n’est pas non plus question d’extermination raciale pour le génocide. Contrairement à son étymologie, le génocide n’implique pas la moindre différence ethnique entre l’agresseur et l’agressé.
Le génocide et le crime contre l’humanité s’exercent sur des populations civiles, en dehors des champs de bataille – il ne faut pas confondre « crime de guerre » et « crime contre l’humanité » – et sur la base de n’importe quel critère arbitraire. Pour qu’il y ait génocide, il suffit que « l’autre » soit perçu comme « autre » et exterminé, de façon systématique, pour cette unique raison-là ; ainsi les Khmers rouges, qui ont – entre autres ! – exécuté tous les porteurs de lunettes (parce qu’ils les considéraient comme des intellectuels), ont commis, de ce seul fait, un génocide au sens légal du terme.
F. C. (extrait de la conférence)

ZOOM
Que risque-t-on ?
Les historiens peuvent être poursuivis pas des associations « mémorielles » et traînés devant un juge pénal pour délit de presse pendant un an à compter de l’infraction. Au civil, les associations ont trente ans pour demander des dommages-intérêts.


Présidentielle 2007: Ces classes moyennes que pourrait bien perdre la gauche

12 février, 2007
Chronos devouring his childrenLa difficulté est de vivre avec un revenu égalitaire de pays socialiste dans un pays qui ne l’est pas. Louis Chauvel

Au moment où la Mère Royal nous ressort les restes réchauffés du mitterrandisme et les mêmes fausses recettes qui sont largement responsables du marasme actuel …

Il faut relire le livre du sociologue de Sciences Po Louis Chauvel sur "les classes moyennes à la dérive", électorat naturel de la gauche justement et qui, après les coups de semonce du 21 avril 2002, du référendum européen ou du CPE, pourrait bien lui faire défaut cette fois.

Il faudrait reparler de cette génération des premiers-nés du boum démographique de l’après-guerre qui a profité de l’exception historique des Trente Glorieuses avec sa forte croissance et ses recrutements massifs des bureaucraties publiques et privées sans jamais se poser la question de la durabilité ou "soutenabilité" à long terme d’un tel modèle de développement.

Enfants gâtés de la croissance que nous sommes et qui en sont ainsi venus à sacrifier l’avenir de nos enfants (et petits-enfants) en imposant, lorsque l’inévitable ralentissement de la croissance est venu, la conservation de nos acquis sous la forme d’un Etat-providence surdimensionné, au détriment des générations suivantes, les privant à la fois d’emplois ou d’emplois à la hauteur de leurs aspirations et diplomes dévalués (produits d’universités elles-mêmes dévaluées) et partant d’accès au logement par l’explosion des prix de l’immobilier.

Sans parler du mensonge qu’il y a à vouloir faire croire que les innovations "sociétales" qu’avait permis la parenthèse historique de la croissance des années 60-70, comme les nouvelles formes familiales (familles recomposées), n’avaient pas un coût et ne supposaient pas un minimum de moyens dont on a progressivement privé les classes populaires et maintenant les classes moyennes inférieures et intermédiaires.

Mais aussi de la stigmatisation systématique des valeurs dites traditionnelles (autorité, hiérarchie, ordre, famille, travail) ainsi que des politiciens qui avaient le malheur de vouloir les défendre, pour les remplacer par un relativisme généralisé et des aberrations sociales mais si "tendance" du mariage homosexuel ou de "l’homoparentalité"- sans parler, au niveau de la politique étrangère, du refus de l’histoire et de la responsabilité qu’implique la défense de la démocratie, y compris sur notre propre sol avec les populations récemment immigrées et leurs enfants) qui ne pouvait que déstabiliser l’ensemble de la société et d’abord les plus fragiles.

Avec en scénario possible et de plus en plus proche si un Sarkozy n’y met pas le hola, une inévitable… argentinisation ?

Extraits:

Depuis vingt ans, les jeunes ont servi de variable d’ajustement. Le chômage dans les deux ans qui suivent la fin des études oscille entre 20 % et 33 %. En cas de ralentissement, on stoppe le recrutement, puis on licencie les derniers embauchés. Les jeunes se retrouvent avec des vides sur leurs CV que n’ont jamais connus leurs aînés. La France les a sacrifiés depuis vingt ans pour conserver son modèle social, qui profite essentiellement aux baby-boomers. Sauf que les jeunes des années 1980 sont maintenant à la moitié de leur vie et n’ont pas rattrapé leur retard. En continuant sur cette voie, le système s’effondrera de lui-même.

Il n’empêche qu’un retournement est inscrit, demain ou dans quinze ans. Plus il sera tardif, plus il sera violent.

La France a oublié l’accompagnement des jeunes vers le monde du travail. Elle n’a pas voulu mettre en place une intégration par l’apprentissage et a préféré les retenir hors du monde du travail dans un système universitaire bon marché. Un étudiant français coûte 6 500 euros contre 10 000 euros pour un apprenti allemand. La généralisation du bac a conduit à sa dévalorisation mais n’est pas responsable de tout. En Suède, 100 % d’une classe d’âge étudie jusqu’à 18 ans. Sauf qu’avant l’université, les jeunes ont une expérience professionnelle qui leur permet de mieux choisir leurs études et d’aller au-delà de la théorie dans laquelle les pays latins s’enferment.

Les titulaires d’un mandat syndical ou politique à temps plein avaient 45 ans en 1982 et 57 ans en 2000. Douze ans de vieillissement en dix-huit ans ! L’âge médian du député de 1997 était de 52 ans ; en 2002, il était de 57 ans. Aucun renouvellement. Les rares jeunes qui rentrent dans le système sont hyper-sélectionnés par les concours ou par l’héritage. Il existe maintenant un vide politique jusqu’à 45 ans. Le retournement viendra lorsque la génération au pouvoir verra fléchir ses forces. D’où la révolte des jeunes socialistes contre leur direction qui autorise les députés sortants à se représenter et impose sinon des femmes. C’est la façon dont les éléphants masculins de 55-65 ans du Parti socialiste font payer la parité aux nouvelles générations.

Louis Chauvel, professeur à Sciences-Po Paris : "La France a sacrifié les jeunes depuis vingt ans"

LE MONDE | 06.03.06

A la veille de la manifestation contre le contrat première embauche (CPE), mardi 7 mars, les ingrédients d’une révolte des jeunes sont-ils réunis ?

Un sentiment d’injustice général existe mais ne trouve pas pour l’instant de lieu pour s’exprimer. Un CPE n’est pas plus scandaleux qu’un stage payé au tiers du smic. Mais les émeutes de novembre 2005 ont montré ce que la société française peut subir du jour au lendemain. Tout faux pas peut déclencher une mobilisation massive. Les nouvelles générations connaissent une désespérance profonde et leur soutien au système se délite progressivement : les adolescents des banlieues voient qu’ils n’ont rien à attendre ; les étudiants en licence constatent que leurs diplômes ne leur donnent pas la place que leurs parents auraient eue avec un baccalauréat. Les 30-35 ans voient que la promesse d’accéder à un niveau social plus élevé n’a jamais été tenue.

Comment en est-on arrivé là ? Depuis vingt ans, les jeunes ont servi de variable d’ajustement. Le chômage dans les deux ans qui suivent la fin des études oscille entre 20 % et 33 %. En cas de ralentissement, on stoppe le recrutement, puis on licencie les derniers embauchés. Les jeunes se retrouvent avec des vides sur leurs CV que n’ont jamais connus leurs aînés. La France les a sacrifiés depuis vingt ans pour conserver son modèle social, qui profite essentiellement aux baby-boomers. Sauf que les jeunes des années 1980 sont maintenant à la moitié de leur vie et n’ont pas rattrapé leur retard. En continuant sur cette voie, le système s’effondrera de lui-même.

Ce sacrifice des jeunes s’explique-t-il par la démographie – les baby-boomers monopolisent les emplois – ou par le chômage dû à la faible croissance ? Ni l’un ni l’autre. Des pays ayant une croissance en berne et une démographie comparable ne connaissent pas une telle éviction des jeunes. La France a oublié l’accompagnement des jeunes vers le monde du travail. Elle n’a pas voulu mettre en place une intégration par l’apprentissage et a préféré les retenir hors du monde du travail dans un système universitaire bon marché. Un étudiant français coûte 6 500 euros contre 10 000 euros pour un apprenti allemand. La généralisation du bac a conduit à sa dévalorisation mais n’est pas responsable de tout. En Suède, 100 % d’une classe d’âge étudie jusqu’à 18 ans. Sauf qu’avant l’université, les jeunes ont une expérience professionnelle qui leur permet de mieux choisir leurs études et d’aller au-delà de la théorie dans laquelle les pays latins s’enferment.

La solidarité intergénérationnelle compense-t-elle l’éviction des jeunes ? La société française n’aurait pas tenu vingt ans si la solidarité familiale, très importante, n’avait pas servi d’amortisseur. Cette solidarité est très inégalitaire : les ruptures familiales sont plus nombreuses en milieu populaire et un jeune élevé par une mère seule au RMI a une espérance d’aide faible. Surtout, cette solidarité sape la valeur du travail. Entre les jeunes qui n’ont que leur salaire comme ressource et sont confrontés à un coût du logement prohibitif et ceux pour qui ce salaire constitue de l’argent de poche parce que leurs parents ont mis à leur disposition un appartement, les conditions de vie sont en décalage radical. Au contraire, les salaires d’embauche élevés des années 1970 permettaient une rapide autonomie vis-à-vis des parents et suscitaient une énorme motivation au travail. L’aide familiale a permis de ne pas voir le mal : le travail des jeunes ne rapporte plus et chacun s’en accommode.

Au lieu de créer le CPE, ne fallait-il pas favoriser le licenciement dans les contrats à durée déterminée ? Je ne pense pas que la guerre des générations soit la question la plus pertinente. Toutefois, en 1977, les quinquagénaires gagnaient 15 % de plus que les trentenaires. En 2000, l’écart atteignait 40 %. Les quinquagénaires, qui ont fait carrière souvent au détriment de nouvelles générations non embauchées ou mal payées, ont très peur : en cas de licenciement, leur espoir de retrouver un emploi au même salaire serait très limité. Le système tient par l’espoir des jeunes de rattraper un jour le salaire des seniors. C’est un marché de dupes, une promesse qui n’engage pas ceux qui la formulent : ils ne seront plus là dans dix ans. Parallèlement, les seuls en mesure d’épargner pour leur retraite sont les retraités. Mais je doute qu’il soit possible de renégocier les retraites des seniors et les salaires des quinquas. Il n’empêche qu’un retournement est inscrit, demain ou dans quinze ans. Plus il sera tardif, plus il sera violent.

Y a-t-il une prise de conscience politique de la jeunesse ? Il existe une conscience implicite que cela ne va plus, mais aucune conscience structurée. Les jeunes ont autre chose à faire qu’animer leurs problèmes de génération. Les titulaires d’un mandat syndical ou politique à temps plein avaient 45 ans en 1982 et 57 ans en 2000. Douze ans de vieillissement en dix-huit ans ! L’âge médian du député de 1997 était de 52 ans ; en 2002, il était de 57 ans. Aucun renouvellement. Les rares jeunes qui rentrent dans le système sont hyper-sélectionnés par les concours ou par l’héritage. Il existe maintenant un vide politique jusqu’à 45 ans. Le retournement viendra lorsque la génération au pouvoir verra fléchir ses forces. D’où la révolte des jeunes socialistes contre leur direction qui autorise les députés sortants à se représenter et impose sinon des femmes. C’est la façon dont les éléphants masculins de 55-65 ans du Parti socialiste font payer la parité aux nouvelles générations.

Propos recueillis par Arnaud Leparmentier

Classes moyennes : l’angoisse d’une génération SOPHIE FAY. Le Figaro le 12 octobre 2006

Les classes moyennes sont de plus en plus déstabilisées par l’évolution du marché du travail, la hausse des prix de l’immobilier et les changements démographiques.

SEPT MOIS avant l’élection présidentielle de 2007, la France ne s’ennuie pas, mais elle s’angoisse. Ses « classes moyennes » – ces deux Français sur trois chers à Valéry Giscard d’Estaing – sont « anxieuses ». C’est en tout cas le diagnostic du sociologue Louis Chauvel, professeur à Sciences po, qui publie aujourd’hui dans la célèbre collection à couverture orange de La République des idées et du Seuil un essai intitulé : Les Classes moyennes à la dérive. On est très loin de cette époque, où cette partie de la population pouvait être décrite comme « les aventuriers du quotidien », selon l’expression de la sociologue, Catherine Bidou.

Les racines de cette inquiétude sont en grande partie économiques. Louis Chauvel fournit plusieurs séries de données à ce sujet. Le pouvoir d’achat tout d’abord. Jusqu’en 1975, le salaire réel augmentait chaque année de 3,5 % en moyenne. A ce rythme, le pouvoir d’achat double en une vingtaine d’années. « C’était l’assurance d’une promotion sociale tout au long de la carrière dans toutes les catégories de la société, et, en particulier pour les classes populaires, la quasi-certitude que leurs enfants connaîtraient une situation mécaniquement meilleure que la leur. » Mais tout cela a changé au milieu des années 1970, avec une croissance moyenne des salaires réels qui ralentit à moins de 0,5 % par an. A ce nouveau rythme, il faut 140 ans pour doubler son pouvoir d’achat. A l’échelle d’une vie, on serait donc plutôt dans la stagnation.

Certains pourtant ont le sentiment de s’être enrichis, d’autres de s’être appauvris. Tout dépend de la situation patrimoniale des uns et autres. Ceux qui sont propriétaires de leur logement, voire d’une résidence secondaire, peuvent avoir le sentiment de s’être enrichis malgré la quasi-stagnation de leur pouvoir d’achat. En revanche, ceux qui n’ont pas cette chance ont un fort sentiment d’appauvrissement. Depuis 1998, rappelle Louis Chauvel, « les jeunes familles en installation ont fait face à une hausse des prix d’achat des appartements en euros constants de 68,7 % à Paris et de 58 % dans les agglomérations de plus de 10 000 habitants, prix qui avaient déjà doublé au cours des 15 années précédentes ». Conséquence : le salaire annuel d’un trentenaire lui permettait en 1984 de s’offrir 9 mètres carrés à Paris contre 4 seulement aujourd’hui.

Un risque de «repatrimonialisation»

Cela crée un sentiment très fort d’inégalité, entre ceux qui ont un patrimoine et ceux qui n’en ont pas. « Dans une société où le salaire perd de sa valeur par rapport à l’accumulation », Louis Chauvel identifie un risque de « repatrimonialisation de l’accès aux classes moyennes ». En outre, plus les études s’allongent, plus le soutien financier des parents compte. Au risque de mettre à mal le modèle méritocratique.

D’ailleurs les classes moyennes sont de moins en moins « moyennes », mais de plus en plus polarisées soit vers le bas, soit vers le haut de la catégorie, telle que la définit Louis Chauvel (voir ci-dessous).

Un grand écart se crée aussi au sein des générations, entre les jeunes et leurs aînés. « Devant le chômage de masse et la concurrence, note Louis Chauvel, les nouvelles générations ont dû réduire leurs prétentions salariales. » Ainsi en 1975, les salariés masculins de 50 ans gagnaient 15 % de plus que les salariés de 30 ans. En 2002, cet écart s’était nettement creusé pour atteindre 40 %. Il est de 29 % entre femmes.

Pour lui, la crise des classes moyennes aujourd’hui est « moins celle des quinquas et des sexagénaires que celui de leurs enfants, qui font face à un risque de déclassement social ». Avec de nouvelles craintes. Si, en façade, le taux de pauvreté est stable en France, on constate en fait qu’il s’est déplacé des personnes âgées vers les jeunes. Un phénomène forcément plus angoissant pour la société.

Ces évolutions, qui rendent les classes moyennes plus imprévisibles politiquement, comme le montrent les résultats différents des référendums européens de 1992 et de 2005, pourraient finir par remettre en question le compromis sur le modèle social français et le financement des retraites et des dépenses de santé par une dette croissante. De nombreux auteurs en sont convaincus, de Bernard Spitz (qui publie Le Papy-krach aux éditions Grasset) à Denis Jeambar (Nos enfants nous haïront, Seuil).

Le grand retour des "fils de" et des "filles de" S. F.. Le Figaro le 12 octobre 2006

On ne les compte plus au cinéma. On les croise dans la chanson, à la télévision, dans la littérature, parmi les intellectuels, les politiques ou les grands patrons… Mais les « filles de » ou « fils de » célèbres ne sont que la face visible de l’iceberg. « C’est un phénomène très large, en particulier dans les métiers de prestige », constate le sociologue Louis Chauvel. Sans surprise, selon lui. « Dans les années 1960, explique-t-il, la multiplication par trois du recrutement des médecins et des enseignants du supérieur; et celle, par cinq, des journalistes, et de bien d’autres professions situées dans le haut de la hiérarchie sociale, avait ouvert des perspectives exceptionnelles de mobilité, les propres enfants de ces professions ne suffisant pas à combler toutes les places ». Aujourd’hui, au contraire, « les candidats sont plus nombreux que les places libérées par les départs à la retraite », ce qui conduit « les familles à développer d’intenses stratégies de solidarité », souvent sans discrétion. Au risque de désespérer ceux qui misent sur leurs seuls travail et talent. Ce qui s’ajoute au fait que les enfants de cadres supérieurs ont toujours plus de chances de prendre les filières scolaires qui débouchent sur les écoles de commerce ou d’ingénieurs.

S. F. "J’ai le sentiment que mes parents vivaient mieux que moi" ANNE SALOMON. Publié le 12 octobre 2006

Rares sont les Français qui croient encore en l’idéal des classes moyennes : gagner plus que ses aînés et être certains que ses enfants progresseront encore. Témoignages.

_ Marie-Hélène, infirmière dans le Sud-Ouest.

Marie-Hélène Vormus (1) a 45 ans. Elle est infirmière dans un hôpital public du sud-ouest de la France. Son salaire, de 1 630 euros pour un quatre-cinquième de temps, lui permet de mener une existence sans folie, mais correcte, avec son fils de 8 ans. Mais elle s’inquiète : « Je n’aurais pas de quoi lui payer des études longues. J’espère juste qu’il sera assez malin pour s’en sortir quand même et qu’il pourra choisir un métier qui lui permettra de vivre. » Sa chance est en fait d’avoir hérité un petit capital de ses parents. Celui-ci lui a permis de racheter, il y a cinq ans, à ses frères et soeurs, leurs parts de la maison familiale.

Mais Marie-Hélène Vormus sait déjà aujourd’hui qu’elle devra revendre sa maison. Elle espère quand même ne pas « tout croquer » trop vite. Pour le reste, elle estime avoir plutôt régressé socialement depuis l’époque de sa grand-mère qui, elle, était propriétaire d’un magasin de meubles. Mais elle trouve qu’elle a de la chance lorsqu’elle compare sa situation à celle de ses amies célibataires sans enfants auxquelles les impôts prennent beaucoup.

_ Valérie, cadre bancaire en Lorraine.

Valérie Bouché (1) est une optimiste. Elle est cadre bancaire en Lorraine. Avec dix-neuf ans d’expérience professionnelle, son salaire net est de 25 000 euros par an. Elle sait, bien sûr, que si elle était restée à Paris, celui-ci serait sans doute supérieur, de 20 % à 25 %. Mais Valérie Bouché reconnaît qu’elle a la chance d’avoir un époux cadre dirigeant dans le secteur du BTP. Grâce à lui, elle a le sentiment d’avoir progressé socialement par rapport à ses propres parents, cadres moyens.

C’est aussi en raison des revenus de son époux qu’elle ne nourrit aucune angoisse pour ses trois enfants. « Nous leur apprenons qu’il faut travailler régulièrement et que la vie n’est pas toujours facile. J’espère qu’avec ces notions de travail, ils arriveront toujours à se débrouiller, je ne m’inquiète pas pour eux. » Il reste que l’entreprise que dirige son époux traverse une période compliquée. Et cela, en revanche, est de nature à inquiéter Valérie Bouché : « Mon salaire ne permettrait pas de faire vivre ma famille. »

_ Alain, artisan électricien.

Alain Mahnana (1) est électricien. Il a 51 ans et a débuté dans son métier à 15 ans, comme apprenti. Il mesure parfaitement bien la progression sociale qui a été la sienne et qu’il attribue exclusivement à son travail : « Je vais au charbon. Il faut y aller… »

Il considère que sa situation s’est améliorée par rapport à celle de ses parents. Son père était mineur puis peintre en bâtiment. L’explication est simple à ses yeux: «Je bosse deux fois plus que mes parents. »

Alain Mahnana se consacre à son métier douze heures par jour là ou d’autres, dit-il, se contentent de huit heures… Mais il en a assez de « payer pour ceux qui ne font rien et demandent des aides ». Il sait aussi que son fils, qui va prendre sa succession, aura beaucoup plus de difficultés à réussir dans cette profession que lui : « Dans six ans, il ne sera plus compétitif avec l’arrivée des Slovaques et des Polonais que l’on peut déjà trouver aujourd’hui sur les chantiers en Savoie. » Il emploie aujourd’hui un seul salarié, mais il constate, bougon, que « dès qu’il a fait huit heures, il est fatigué ». Pas étonnant dans ces conditions, estime-t-il, que les jeunes ne réussissent pas…

_ Jeanine, institutrice.

Jeanine Blanchard (1) a 48 ans. Elle est institutrice à Orléans, une profession qu’elle exerce depuis vingt-huit ans. Elle s’estime « ni pauvre ni riche » avec un salaire de 1 800 à 1 900 euros net. Mais elle constate que son pouvoir d’achat a diminué et qu’elle s’est en réalité appauvrie avec les années. Sa situation, comparée à celle de ses parents, vignerons, est nettement moins confortable : « J’ai le sentiment qu’ils vivaient mieux que moi, au quotidien. » Quant à ses espoirs de progression, ils sont maigres : « Si je reste institutrice encore vingt ans, les augmentations de salaire très faibles, voire nulles, qui me sont promises par la fonction publique ne devraient pas me permettre d’améliorer notablement ma situation. »

Si elle ne s’inquiète pas spécialement pour ses fils qui ont une vingtaine d’années, elle se dit quand même préoccupée : « Même avec un BTS, lorsque vous êtes payé au smic, vous ne pouvez pas louer un logement, acheter une voiture et payer vos impôts. »

(1) Certains noms ont été changés.

Les classes moyennes à la dérive Louis Chauvel Le Seuil / République des idées /livraison 12 octobre 2006 / 10,50€

Les classes moyennes font face à un grand renversement. S’il est trop tôt pour dire que leur crépuscule s’annonce ou pour pronostiquer leur fin, elles sont confrontées aujourd’hui à des incertitudes croissantes. 21 avril 2002, « Non » au référendum Européen de mai 2005, mouvement contre le CPE, etc. les signes de ce malaise ne manquent pas, où s’exprime un profond refus. Rien de commun avec les temps heureux du sacre des classes moyennes, à l’époque où elles voulaient « changer la vie ». « Classe moyenne » n’est pas une appellation d’origine contrôlée. Le mot est incertain et signifie, dans différents pays et dans le temps, des groupes concrets clairement disjoints. Cette incertitude terminologique est une grande force en période d’expansion, comme dans les années 1970 : chacun peut s’y reconnaître. Les sources d’une hétérogénéité appelée à exploser en temps de crise sont dévoilées par un nouveau cadastre des classes moyennes, qui explique comment l’espoir d’y accéder se change en angoisse panique d’en être déchu. La crise des classes moyennes a avant tout des sources objectives, réelles, inscrites dans les grandes tendances de changement de la société française. La crise économique, renforcée depuis 1984, remet en cause le cercle vertueux des trente glorieuses (1945-1975). Stagnation économique, inégalités croissantes, incertitudes et illisibilité de l’avenir contribuent ensemble à corroder le modèle objectif d’une société de classes moyennes, faute d’enrichissement, d’homogénéité, de visibilité du lendemain. Pour affiner le diagnostic, il faut surtout saisir la dynamique générationnelle à l’oeuvre, à la fois complexe et tragique. Le problème objectif est en effet moins celui des quinquas et sexagénaires que celui de leurs propres enfants, dont une masse grandissante fait face aujourd’hui à un véritable déclassement social. Même si les jeunes adultes de 2006 disposent en moyenne de deux années d’études en plus, ils sont la première génération qui, en période de paix, fait moins bien que ses parents au même âge. Cette interruption du modèle de mobilité sociale ascendante de génération en génération est le point névralgique de la crise des classes moyennes, dont beaucoup seront exclus. Les jeunes générations font face à une tension nouvelle, souvent invivable, entre le flot croissant des candidats (par les diplômes et les origines sociales) et un nombre déclinant de places. Chômage, précarisation, déclassement, dépendance de la famille, incapacité à s’assumer, sont des soucis qui ne s’arrêtent pas quand les enfants ont 25 ans. Même si les familles développent d’intenses stratégies de solidarité, le résultat collectif est que la méritocratie régresse et que l’effet « fils à papa » s’impose dans de nombreux secteurs d’activité. Mais souvent, les problèmes des enfants deviennent ceux des parents. Cette crise objective se double de difficultés peut-être plus graves encore, à terme, car elles concernent le modèle d’individualisme typique de 1968, dans son idéal prométhéen d’émancipation égalitaire. Cet individualisme hédoniste et solidaire, qui avait constitué pendant trente ans la colonne vertébrale idéologique des classes moyennes, et qui avait servi de repère à la société française dans son entier, est confronté à de profondes contradictions. Dire que la liberté est faire ce que l’on veut, et non ce dont on a les moyens, est irresponsable, tout comme imposer un modèle d’autodétermination radicale à ceux qui ne disposent pas des ressources culturelles et moins encore des moyens économiques nécessaires. Tel quel, le modèle d’individualisme de 1968 est obsolète, et sans son renouvellement, les classes moyennes devront renoncer à donner à la société ses idéaux, à la stabiliser, et à assumer un rôle déterminant dans la démocratie telle que nous la connaissons. Il s’agit de fonder un nouvel humanisme, sans lequel un autre livre devra être écrit : "le cauchemar des classes moyennes", qui sera aussi celui de la société française.

Louis Chauvel, sociologue, est Professeur à Sciences Po, Chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et à l’Observatoire sociologique du changement (OSC). Il est aussi membre de l’Institut universitaire de France (IUF). Spécialiste des inégalités et des dynamiques générationnelles, il est aussi l’auteur du Destin des générations (PUF 1998 et 2002)

La grande injustice de la taxe d’habitation LAURENCE CHAVANE. le Figaro le 16 octobre 2006

Selon le classement du Figaro, l’impôt varie d’un à trois entre les grandes villes. Les contribuables ne s’y retrouvent pas : ils ont déposé plus d’un million de réclamations en 2005.

LA TAXE d’habitation confirme sa réputation d’impôt le plus injuste. Au moment où les avis d’imposition sont adressés dans toute la France aux 26,8 millions de foyers concernés, locataires ou propriétaires, le classement réalisé par Le Figaro fait éclater les différences. Pour une famille semblable, occupant le même genre de logement, l’écart va d’un à trois dans les soixante grandes villes de France.

Aux extrêmes, selon nos calculs, les Nîmois paient trois fois plus cher que les habitants de Courbevoie. 1 177 euros à Nîmes pour 386 euros à Courbevoie. Pour saisir la réalité, nous ne nous sommes pas contentés de comparer, comme cela se fait souvent, les taux d’imposition car ils sont trompeurs : avec un taux de 24 %, Calais ponctionne pourtant peu ses ménages grâce à une valeur locative faible. Nous avons donc choisi de calculer la taxe d’habitation d’un foyer type qui devra la régler d’ici le 15 novembre pour sa résidence principale. Celle sur les résidences secondaires est perçue le 15 décembre.

Cette méthode fait sauter aux yeux les écarts entre des communes voisines de même importance comme Calais (5e) et Dunkerque (55e) ; entre des métropoles rivales comme Toulouse (20e) et Bordeaux (54e), Metz et Nancy, Grenoble et Lyon. Et Paris creuse la différence avec ses banlieues les plus gourmandes comme Créteil, Rueil, Saint-Maur-des-Fossés et Champigny-sur-Marne.

En revanche, la politique fiscale à l’égard des ménages n’apparaît pas nettement différente entre la droite et la gauche. Certes, il y a trois mairies communistes (Nanterre, Saint-Denis, Calais) dans les cinq de tête. Mais la première et la dernière commune du palmarès ont, l’une comme l’autre, un maire UMP. Et quand les soixante premières villes de France ont à leur tête exactement trente maires de droite et trente de gauche, quatorze élus de droite et seize de gauche se retrouvent dans la première moitié du classement.

Une taxe contestée

Si l’importance des écarts d’une ville à l’autre ne dépendait que de la bonne gestion municipale et des tramways, stades et piscines, ce serait équitable et la population s’y reconnaîtrait. Ce n’est pas toujours le cas. Déjà, les agglomérations qui ont une forte activité économique récupèrent la taxe professionnelle prélevée sur les entreprises et mettent moins à contribution leurs habitants. Cela répond à une vraie logique mais crée des distorsions importantes entre les contribuables à travers le territoire.

Quand ces différences se cumulent avec l’extrême opacité du calcul d’un impôt qui progresse chaque année plus que l’inflation (de 3,5 % en moyenne pour chaque foyer en 2006 et également en fonction de l’accroissement du nombre de logements), cela nourrit un sentiment d’injustice. Car cette taxe dynamique est très contestée. En 2005, l’année où cet impôt sur les ménages a rapporté 13,4 milliards d’euros, il a fait l’objet de 1 122 000 réclamations dont 857 000 contentieux sur le fond.

En effet, les valeurs locatives à la base des calculs datent des années 1970. Les critères de confort de l’époque (modernité de la salle de bains, chauffage central, disposition des pièces, etc.) sont totalement désuets. À l’époque, les HLM neufs étaient d’ailleurs plus taxés que les immeubles anciens du centre-ville. Cette situation se complique encore par des dégrèvements multiples, différents ici et là, et selon la situation de famille. Du coup, la moitié des foyers sont exonérés, en tout ou en partie, de cet impôt.

Des réactualisations ont été simulées mais elles seraient si impopulaires qu’aucun gouvernement n’a osé y toucher. Comme en 2002, les candidats à la présidentielle annoncent une réforme de la taxe d’habitation. Ségolène Royal veut la rendre proportionnelle aux revenus et Nicolas Sarkozy réévaluer la valeur locative à chaque changement de propriétaire ou locataire pour limiter les hausses intempestives. À voir.


Prix Nobel: Pinter ou l’anti-Churchill (What a difference 50 years make!)

9 février, 2007
Churchill in ZurichCe que nous savons c’est que cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle. Harold Pinter (2005)
En ces jours présents, nous vivons curieusement sous le signe, on pourrait dire sous la protection, de la bombe atomique. La bombe atomique est toujours aux mains d’un État et d’une nation dont nous savons qu’ils ne l’utiliseront jamais autrement que pour la cause du droit et de la liberté. Mais il se peut aussi que d’ici quelques années, cette énorme puissance de destruction soit largement connue et répandue, et alors la catastrophe engendrée par l’emploi de la bombe atomique par des peuples en guerre, signifierait non seulement la fin de tout ce que nous nous représentons sous le mot de civilisation, mais aussi peut-être la dislocation de notre globe. Winston Churchill, 1946

 

Suite à notre billet du mois dernier sur la Légion d’honneur attribuée au dramaturge britannique et prix Nobel de littérature 2005 Harold Pinter, ainsi qu’accessoirement pourfendeur patenté de “l’empire [américain] du mensonge” et défenseur passionné des grands bienfaiteurs de l’humanité comme les Castro, Milosevic, Saddam, Mollah Omar, Ben Laden et autres Zawahiri, il nous a semblé intéressant, à titre de comparaison, de revenir sur un autre prix Nobel de littérature britannique il y a plus de 50 ans, celui de 1953, un certain… Churchill!

C’était l’époque où les lauréats ne lisaient pas leur propre hommage et avaient apparemment des choses à défendre.

Même si, autre prix Nobel britannique (1950), un certain Bertrand Russell s’était opposé à l’entrée de son pays dans la première guerre mondiale et avait plus tard monté, avec notre Sartre national, son tristement célèbre tribunal contre les "crimes de guerre de l’armée américaine" – mais aurait-il osé traiter un Churchill de… "caniche de l’Amérique"?

Car qui peut oublier que ce maitre historien et mémorialiste (certes assisté et quelque peu porté à l’autoglorification) mais surtout orateur hors pair ("pour la perfection avec laquelle il a présenté la matière historique et biographique ainsi que pour l’éloquence brillante avec laquelle il s’est fait le défenseur des hautes valeurs humaines", se sentit obligé d’ajouter le Comité Nobel, pour cet amateur déclaré des citations des autres: le fameux "Non offro nè paga, nè quartiere, nè provvigioni. Offro fame, sete, marce forzate, battaglie e morte" de Garibaldi) était avant tout l’un des principaux architectes de la victoire alliée sur le totalitarisme nazi et donc de la défense de la démocratie en Europe et dans le monde?

Qui peut oublier, en ces temps de défaitisme et d’esprit munichois renouvelés (comme d’étrange cécité et légèreté) face au nouveau péril du totalitarisme nazislamiste, les "I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat" ("Je n’ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur"), les "We shall never surrender" ("Nous ne nous rendrons jamais"), les "Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few" ("Jamais dans l’histoire des conflits, tant de gens n’ont dû autant à si peu"), les "Never give in. Never give in. Never, never, never, never–in nothing, great or small, large or petty–never give in, except to convictions of honour and good sense. Never yield to force. Never yield to the apparently overwhelming might of the enemy" ("N’abandonnez jamais. N’abandonnez jamais. Jamais, ô grand jamais, n’abandonnez jamais en rien, si ce n’est pour l’honneur et le bon sens. Ne cédez jamais à la force. Ne cédez jamais à l’apparente puissance de l’ennemi"), les "Democracy is the worst form of government – except for all those other forms, that have been tried from time to time" ("La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement – à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire") ou les "You had a choice between war and dishonor and chose dishonor and still got war" ("Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre")?

Mais qui sait encore que celui qui inspira à De Gaulle ses Mémoires de guerre (débutés un an après la publication de "The Second World War") fut aussi le principal initiateur de la construction européenne, "une sorte d’États-Unis d’Europe" (certes sans la Grande-Bretagne mais un peu à l’image de son Commonwealth), comme le montre son fameux discours de Zürich de 1946?

Discours de Winston Churchill (Zurich, 19 septembre 1946)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur aujourd’hui d’être reçu par votre vénérable université et je voudrais vous parler de la tragédie de l’Europe. Ce continent magnifique, qui comprend les parties les plus belles et les plus civilisées de la terre, qui a un climat tempéré et agréable et qui est la patrie de tous les grands peuples apparentés du monde occidental. L’Europe est aussi le berceau du christianisme et de la morale chrétienne. Elle est à l’origine de la plus grande partie de la culture, des arts, de la philosophie et de la science du passé et du présent. Si l’Europe pouvait s’unir pour jouir de cet héritage commun, il n’y aurait pas de limite à son bonheur, à sa prospérité, à sa gloire, dont jouiraient ses 300 ou 400 millions d’habitants. En revanche, c’est aussi d’Europe qu’est partie cette série de guerres nationalistes épouvantables déclenchées par les Teutons dans leur course à la puissance et que nous avons vus au XXe siècle. La paix a été ainsi troublée et les espérances de l’humanité entière réduites à néant.

Et qu’est-il advenu dans tout cela de l’Europe ? Quelques petits États ont atteint une certaine prospérité, mais de vastes régions de l’Europe offrent l’aspect d’une masse d’êtres humains torturés, affamés, sanglotants et malheureux, qui vivent dans les ruines de leurs villes et de leurs maisons et voient se former un nouvel amoncellement de nuages, de tyrannie et de terreur qui obscurcissent le ciel à l’approche de nouveaux dangers. Parmi les vainqueurs, c’est un brouhaha de voix ; chez les vaincus : silence et désespoir. Voilà tout ce que la race allemande a atteint en allant répandre au loin la terreur. La grande république au-delà de l’Atlantique a compris avec le temps que la ruine ou l’esclavage de l’Europe mettrait en jeu son propre destin et elle a alors avancé une main secourable faute de quoi les âges sombres seraient revenus avec toutes leurs horreurs. Ces horreurs, Messieurs, peuvent encore se répéter.

Mais il y a un remède ; s’il était accepté par la grande majorité de la population de plusieurs États, comme par miracle toute la scène serait transformée, et en quelques années l’Europe, ou pour le moins la majeure partie du continent, vivrait aussi libre et heureuse que les Suisses le sont aujourd’hui. En quoi consiste ce remède souverain ? Il consiste à reconstituer la famille européenne, ou tout au moins la plus grande partie possible de la famille européenne, puis de dresser un cadre de telle manière qu’elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. Nous devons ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe. C’est la voie pour que des centaines de millions d’êtres humains aient la possibilité de s’accorder ces petites joies et ces espoirs qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. On peut y arriver d’une manière fort simple. Il suffit de la résolution des centaines de millions d’hommes et de femmes de faire le bien au lieu du mal, pour récolter alors la bénédiction au lieu de la malédiction.

Mesdames, Messieurs, l’Union paneuropéenne a fait beaucoup pour arriver à ce but et ce mouvement doit beaucoup au comte Coudenhove-Kalergi et à ce grand patriote et homme d’État français que fut Aristide Briand. Il y a eu aussi cet immense corps de doctrine et de procédure, qui fut créé après la première guerre et à laquelle s’attachèrent tant d’espoirs, je veux parler de la Société des Nations. Si la Société des Nations n’a pas connu le succès, ce n’est pas parce que ses principes firent défaut, mais bien du fait que les États qui l’avaient fondée ont renoncé à ces principes. Elle a échoué parce que les gouvernements d’alors n’osèrent pas regarder les choses en face. Il ne faut pas que ce malheur se répète. Nous avons maintenant davantage d’expérience, acquise à un prix amer, pour continuer de bâtir.

C’est avec une profonde satisfaction que j’ai lu dans la presse, il y a deux jours, que mon ami le président Truman avait fait part de son intérêt et de sa sympathie pour ce plan grandiose. Il n’y a aucune raison pour que l’organisation de l’Europe entre en conflit d’une manière quelconque avec l’Organisation mondiale des Nations unies. Au contraire, je crois que l’organisation générale ne peut subsister que si elle s’appuie sur des groupements naturellement forgés. Il existe déjà un tel groupement d’États dans l’hémisphère occidental. Nous autres Britanniques, nous avons le Commonwealth. L’organisation du monde ne s’en trouve pas affaiblie, mais au contraire renforcée et elle y trouve en réalité ses maîtres piliers. Et pourquoi n’y aurait-il pas un groupement européen qui donnerait à des peuples éloignés l’un de l’autre le sentiment d’un patriotisme plus large et d’une sorte de nationalité commune ? Et pourquoi un groupement européen ne devrait-il pas occuper la place qui lui revient au milieu des autres grands groupements et contribuer à diriger la barque de l’humanité ? Afin de pouvoir atteindre ce but, il faut que les millions de familles collaborent sciemment et soient animées de la foi nécessaire, quelle que puisse être la langue de leurs pères.

Nous savons tous que les deux guerres mondiales que nous avons vécues sont nées des efforts vaniteux de l’Allemagne nouvellement unie de jouer un rôle dominateur dans le monde. La dernière guerre a été marquée par des crimes et des massacres tels qu’il faut remonter jusqu’à l’invasion des Mongols, au XIVe siècle, pour trouver quelque chose d’approchant, et tels aussi que l’histoire de l’humanité n’en avait encore jamais connu jusqu’alors. Le coupable doit être châtié. Il faut mettre l’Allemagne dans l’impossibilité de s’armer à nouveau et de déclencher une nouvelle guerre d’agression. Quand cela sera chose faite, et cela le sera, il faudra que se produise ce que Gladstone nommait jadis « l’acte béni de l’oubli ». Nous devons tous tourner le dos aux horreurs du passé et porter nos regards vers l’avenir. Nous ne pouvons pas continuer de porter dans les années à venir la haine et le désir de vengeance tels qu’ils sont nés des injustices passées. Si l’on veut préserver l’Europe d’une misère sans nom, il faut faire place à la foi en la famille européenne et oublier toutes les folies et tous les crimes du passé. Les peuples libres de l’Europe pourront-ils se hisser au niveau de cette décision ? S’ils en sont capables, les injustices causées seront partout lavées par la somme de misères endurées. L’agonie doit-elle se prolonger ? La seule leçon de l’histoire est-elle que l’humanité est fermée à tout enseignement ? Faisons place à la justice et à la liberté. Les peuples n’ont qu’à le vouloir pour que leurs espoirs se réalisent.

J’en viens maintenant à une déclaration qui va vous étonner. Le premier pas vers une nouvelle formation de la famille européenne doit consister à faire de la France et de l’Allemagne des partenaires. Seul, ce moyen peut permettre à la France de reprendre la conduite de l’Europe. On ne peut pas s’imaginer une renaissance de l’Europe sans une France intellectuellement grande et sans une Allemagne intellectuellement grande. Si l’on veut mener à bien sincèrement l’œuvre de construction des États-Unis d’Europe, leur structure devra être conçue de telle sorte que la puissance matérielle de chaque État sera sans importance. Les petits pays compteront autant que les grands et s’assureront le respect par leur contribution à la cause commune. Il se peut que les anciens États et les principautés de l’Allemagne, réunis dans un système fédératif avec leur accord réciproque, viennent occuper leur place au sein des États-Unis d’Europe. Je ne veux pas essayer d’élaborer dans le détail un programme pour les centaines de millions d’êtres humains qui veulent vivre heureux et libres, à l’abri du besoin et du danger, qui désirent jouir des quatre libertés dont parlait le grand président Roosevelt et qui demandent à vivre conformément aux principes de la Charte de l’Atlantique. Si tel est leur désir, ils n’ont qu’à le dire et l’on trouvera certainement les moyens d’exaucer pleinement ce voeu.

Mais j’aimerais lancer un avertissement. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous. Nous vivons aujourd’hui un moment de répit. Les canons ont cessé de cracher la mitraille et le combat a pris fin, mais les dangers n’ont pas disparu. Si nous voulons créer les États-Unis d’Europe, ou quelque nom qu’on leur donne, il nous faut commencer maintenant.

En ces jours présents, nous vivons curieusement sous le signe, on pourrait dire sous la protection, de la bombe atomique. La bombe atomique est toujours aux mains d’un État et d’une nation dont nous savons qu’ils ne l’utiliseront jamais autrement que pour la cause du droit et de la liberté. Mais il se peut aussi que d’ici quelques années, cette énorme puissance de destruction soit largement connue et répandue, et alors la catastrophe engendrée par l’emploi de la bombe atomique par des peuples en guerre, signifierait non seulement la fin de tout ce que nous nous représentons sous le mot de civilisation, mais aussi peut-être la dislocation de notre globe.

Je veux maintenant formuler ces propositions devant vous. Il faut que notre but permanent soit d’accroître et de renforcer la puissance de l’Organisation des nations unies. Il nous faut re-créer la famille européenne en la dotant d’une structure régionale placée sous cette organisation mondiale, et cette famille pourra alors s’appeler les États-Unis d’Europe. Le premier pas pratique dans cette voie prendra la forme d’un Conseil de l’Europe. Si, au début, tous les États européens ne veulent ou ne peuvent pas adhérer à l’Union européenne, nous devrons néanmoins réunir les pays qui le désirent et le peuvent. Le salut de l’homme quelconque de toute race et de tout pays, ainsi que sa préservation de la guerre ou de l’esclavage, ont besoin de fondements solides et de la volonté de tous les hommes et de toutes les femmes de mourir plutôt que de se soumettre à la tyrannie. En vue de cette tâche impérieuse, la France et l’Allemagne doivent se réconcilier ; la Grande-Bretagne, le Commonwealth des nations britanniques, la puissante Amérique, et, je l’espère, la Russie soviétique – car tout serait alors résolu – doivent être les amis et les protecteurs de la nouvelle Europe et défendre son droit à la vie et à la prospérité.

Et c’est dans cet esprit que je vous dis :
Que l’Europe ressuscite !

Speech by Winston Churchill (Zurich, 19 September 1946)

I wish to speak about the tragedy of Europe, this noble continent, the home of all the great parent races of the Western world, the foundation of Christian faith and ethics, the origin of most of the culture, arts, philosophy and science both of ancient and modern times. If Europe were once united in the sharing of its common inheritance there would be no limit to the happiness, prosperity and glory which its 300 million or 400 million people would enjoy. Yet it is from Europe that has sprung that series of frightful nationalistic quarrels, originated by the Teutonic nations in their rise to power, which we have seen in this 20th century and in our own lifetime wreck the peace and mar the prospects of all mankind.

What is this plight to which Europe has been reduced? Some of the smaller states have indeed made a good recovery, but over wide areas are a vast, quivering mass of tormented, hungry, careworn and bewildered human beings, who wait in the ruins of their cities and homes and scan the dark horizons for the approach of some new form of tyranny or terror. Among the victors there is a Babel of voices, among the vanquished the sullen silence of despair. That is all that Europeans, grouped in so many ancient states and nations, and that is all that the Germanic races have got by tearing each other to pieces and spreading havoc far and wide. Indeed, but for the fact that the great republic across the Atlantic realised that the ruin or enslavement of Europe would involve her own fate as well, and stretched out hands of succour and guidance, the Dark Ages would have returned in all their cruelty and squalor. They may still return.

Yet all the while there is a remedy which, if it were generally and spontaneously adopted by the great majority of people in many lands, would as by a miracle transform the whole scene and would in a few years make all Europe, or the greater part of it, as free and happy as Switzerland is today. What is this sovereign remedy? It is to recreate the European fabric, or as much of it as we can, and to provide it with a structure under which it can dwell in peace, safety and freedom. We must build a kind of United States of Europe. In this way only will hundreds of millions of toilers be able to regain the simple joys and hopes which make life worth living. The process is simple. All that is needed is the resolve of hundreds of millions of men and women to do right instead of wrong and to gain as their reward blessing instead of cursing.

Much work has been done upon this task by the exertions of the Pan-European Union, which owes so much to the famous French patriot and statesman Aristide Briand. There is also that immense body which was brought into being amidst high hopes after the First World War — the League of Nations. The League did not fail because of its principles or conceptions. It failed because those principles were deserted by those states which brought it into being, because the governments of those states feared to face the facts and act while time remained. This disaster must not be repeated. There is, therefore, much knowledge and material with which to build and also bitter, dearly bought experience to spur.

There is no reason why a regional organisation of Europe should in any way conflict with the world organisation of the United Nations. On the contrary, I believe that the larger synthesis can only survive if it is founded upon broad natural groupings. There is already a natural grouping in the Western Hemisphere. We British have our own Commonwealth of Nations. These do not weaken, on the contrary they strengthen, the world organisation. They are in fact its main support. And why should there not be a European group which could give a sense of enlarged patriotism and common citizenship to the distracted peoples of this mighty continent? And why should it not take its rightful place with other great groupings and help to shape the honourable destiny of man? In order that this may be accomplished there must be an act of faith in which the millions of families speaking many languages must consciously take part.

We all know that the two World Wars through which we have passed arose out of the vain passion of Germany to play a dominating part in the world. In this last struggle crimes and massacres have been committed for which there is no parallel since the Mongol invasion of the 13th century, no equal at any time in human history. The guilty must be punished. Germany must be deprived of the power to rearm and make another aggressive war. But when all this has been done, as it will be done, as it is being done, there must be an end to retribution. There must be what Mr Gladstone many years ago called a “blessed act of oblivion”. We must all turn our backs upon the horrors of the past and look to the future. We cannot afford to drag forward across the years to come hatreds and revenges which have sprung from the injuries of the past. If Europe is to be saved from infinite misery, and indeed from final doom, there must be this act of faith in the European family, this act of oblivion against all crimes and follies of the past. Can the peoples of Europe rise to the heights of the soul and of the instinct and spirit of man? If they could, the wrongs and injuries which have been inflicted would have been washed away on all sides by the miseries which have been endured. Is there any need for further floods of agony? Is the only lesson of history to be that mankind is unteachable? Let there be justice, mercy and freedom. The peoples have only to will it and all will achieve their heart’s desire.

I am now going to say something that will astonish you. The first step in the re-creation of the European family must be a partnership between France and Germany. In this way only can France recover the moral and cultural leadership of Europe. There can be no revival of Europe without a spiritually great France and a spiritually great Germany. The structure of the United States of Europe will be such as to make the material strength of a single State less important. Small nations will count as much as large ones and gain their honour by a contribution to the common cause. The ancient States and principalities of Germany, freely joined for mutual convenience in a federal system, might take their individual places among the United States of Europe.

But I must give you warning, time may be short. At present there is a breathing space. The cannons have ceased firing. The fighting has stopped. But the dangers have not stopped. If we are to form a United States of Europe, or whatever name it may take, we must begin now. In these present days we dwell strangely and precariously under the shield, and I even say protection, of the atomic bomb. The atomic bomb is still only in the hands of a nation which, we know, will never use it except in the cause of right and freedom, but it may well be that in a few years this awful agency of destruction will be widespread and that the catastrophe following from its use by several warring nations will not only bring to an end all that we call civilisation but may possibly disintegrate the globe itself.

I now sum up the propositions which are before you. Our constant aim must be to build and fortify the United Nations Organisation. Under and within that world concept we must re-create the European family in a regional structure called, it may be, the United States of Europe, and the first practical step will be to form a Council of Europe. If at first all the States of Europe are not willing or able to join a union we must nevertheless proceed to assemble and combine those who will and who can. The salvation of the common people of every race and every land from war and servitude must be established on solid foundations, and must be created by the readiness of all men and women to die rather than to submit to tyranny. In this urgent work France and Germany must take the lead together. Great Britain, the British Commonwealth of Nations, mighty America ‚Äî and, I trust, Soviet Russia, for then indeed all would be well ‚Äî must be the friends and sponsors of the new Europe and must champion its right to live. Therefore I say to you ‚ « Let Europe arise! »

Voir aussi le discours de présentation d’un membre de l’Académie suédoise:
The Nobel Prize in Literature 1953
Presentation Speech

Presentation Speech by S. Siwertz, Member of the Swedish Academy

Very seldom have great statesmen and warriors also been great writers. One thinks of Julius Caesar, Marcus Aurelius, and even Napoleon, whose letters to Josephine during the first Italian campaign certainly have passion and splendour. But the man who can most readily be compared with Sir Winston Churchill is Disraeli, who also was a versatile author. It can be said of Disraeli as Churchill says of Rosebery, that «he flourished in an age of great men and small events». He was never subjected to any really dreadful ordeals. His writing was partly a political springboard, partly an emotional safety valve. Through a series of romantic and self-revealing novels, at times rather difficult to read, he avenged himself for the humiliation and setbacks that he, the Jewish stranger in an England ruled by aristocrats, suffered despite his fantastic career. He was not a great writer but a great actor, who played his leading part dazzlingly. He could very well repeat Augustus’ words of farewell: «Applaud, my friends, the comedy is over!»

Churchill’s John Bull profile stands out effectively against the elder statesman’s chalk-white, exotic mask with the black lock of hair on the forehead. The conservative Disraeli revered the English way of life and tradition which Churchill, radical in many respects, has in his blood, including steadfastness in the midst of the storm and the resolute impetus which marks both word and deed. He wears no mask, shows no sign of cleavage, has no complex, enigmatic nature. The analytical morbidezza, without which the modern generation finds it hard to imagine an author, is foreign to him. He is a man for whom reality’s block has not fallen apart. There, simply, lies the world with its roads and goals under the sun, the stars, and the banners. His prose is just as conscious of the goal and the glory as a runner in the stadium. His every word is half a deed. He is heart and soul a late Victorian who has been buffeted by the gale, or rather one who chose of his own accord to breast the storm.

Churchill’s political and literary achievements are of such magnitude that one is tempted to resort to portray him as a Caesar who also has the gift of Cicero’s pen. Never before has one of history’s leading figures been so close to us by virtue of such an outstanding combination. In his great work about his ancestor, Marlborough, Churchill writes, «Words are easy and many, while great deeds are difficult and rare.» Yes, but great, living, and persuasive words are also difficult and rare. And Churchill has shown that they too can take on the character of great deeds.

It is the exciting and colourful side of Churchill’s writing which perhaps first strikes the reader. Besides much else, My Early Life (1930) is also one of the world’s most entertaining adventure stories. Even a very youthful mind can follow with the keenest pleasure the hero’s spirited start in life as a problem child in school, as a polo-playing lieutenant in the cavalry (he was considered too dense for the infantry), and as a war correspondent in Cuba, in the Indian border districts, in the Sudan, and in South Africa during the Boer War. Rapid movement, undaunted judgments, and a lively perception distinguish him even here. As a word-painter the young Churchill has not only verve but visual acuteness. Later he took up painting as a hobby, and in Thoughts and Adventures (1932) discourses charmingly on the joy it has given him. He loves brilliant colours and feels sorry for the poor brown ones. Nevertheless, Churchill paints better with words. His battle scenes have a matchless colouring. Danger is man’s oldest mistress and in the heat of action the young officer was fired to an almost visionary clear-sightedness. On a visit to Omdurman many years ago I discovered how the final struggle in the crushing of the Mahdi’s rebellion, as it is depicted in The River War (1899), was branded on my memory. I could see in front of me the dervish hordes brandishing their spears and guns, the ochre-yellow sand ramparts shot to pieces, the Anglo-Egyptian troops’ methodical advance, and the cavalry charge which nearly cost Churchill his life.

Even old battles which must be dug out of dusty archives are described by Churchill with awesome clarity. Trevelyan masterfully depicts Marlborough’s campaigns, but in illusory power it is doubtful that Churchill’s historic battle scenes can be surpassed. Take, for instance, the Battle of Blenheim. One follows in fascination the moves of the bloody chess game, one sees the cannon balls plough their furrows through the compact squares, one is carried away by the thundering charge and fierce hand-to-hand fighting of the cavalry; and after putting the book down one can waken in the night in a cold sweat, imagining he is right in the front rank of English redcoats who, without wavering, stand among the piles of dead and wounded loading their rifles and firing their flashing salvoes.

But Churchill became far more than a soldier and a delineator of war. Even in the strict but brilliant school of the parliamentary gamble for power he was, perhaps from the outset, something of a problem child. The young Hotspur learned, however, to bridle his impetuosity, and he quickly developed into an eminent political orator with the same gift of repartee as Lloyd George. His sallies, often severe, excluded neither warmth nor chivalry. In his alternation between Toryism and radicalism, he followed in the footsteps of his father, Lord Randolph Churchill. He has also portrayed the latter’s short, uneasy, tragically interrupted political and personal life in a work which has an undisputed place of honour in England’s profuse biographical literature.

Even the First World War, despite all setbacks, meant a vast expansion for Churchill as both politician and writer. In his historical works the personal and the factual elements have been intimately blended. He knows what he is talking about. In gauging the dynamics of events, his profound experience is unmistakable. He is the man who has himself been through the fire, taken risks, and withstood extreme pressure. This gives his words a vibrating power. Occasionally, perhaps, the personal side gets the upper hand. Balfour called The World Crisis (1923-29) «Winston’s brilliant autobiography, disguised as world history.» With all due respect to archives and documents, there is something special about history written by a man who has himself helped to make it.

In his great book on the Duke of Marlborough (1933-38), whose life’s work is so similar to Churchill’s own, he makes an intrepid attack on his ancestor’s detractors. I do not know what professional historians say of his polemic against Macaulay, but these diatribes against the great general’s persistent haters and revilers are certainly diverting and temperamental.

The Marlborough book is not only a series of vivid battle scenes and a skillful defence of the statesman and warrior. It is also a penetrating study of an enigmatic and unique personality; it shows that Churchill, in addition to all else, is capable of real character-drawing. He returns again and again to the confusing mixture in Marlborough of methodical niggardliness and dazzling virtuosity: «His private fortune was amassed», he says, «upon the same principles as marked the staff-work of his campaigns, and was a part of the same design. It was only in love or on the battlefield that he took all risks. In these supreme exaltations he was swept from his system and rule of living, and blazed resplendent with the heroic virtues. In his marriage and in his victories the worldly prudence, the calculation, the reinsurance, which regulated his ordinary life and sustained his strategy, fell from him like a too heavily embroidered cloak, and the genius within sprang forth in sure and triumphant command.» In his military enthusiasm Churchill forgets for a moment that Marlborough’s famous and dearly loved Sarah was by no means one to let herself be ordered about. But it is a wonderful passage.

Churchill regretted that he had never been able to study at Oxford. He had to devote his leisure hours to educating himself. But there are certainly no educational gaps noticeable in his mature prose. Take, for example, Great Contemporaries (1937), one of his most charming books. He is said to have moulded his style on Gibbon, Burke, and Macaulay, but here he is supremely himself What a deft touch and at the same time what a fund of human knowledge, generosity, and gay malice are in this portrait gallery!

Churchill’s reaction to Bernard Shaw is very amusing, a piquant meeting between two of England’s greatest literary personalities. Churchill cannot resist poking fun at Shaw’s blithely irresponsible talk and flippancy, which contrasted with the latter’s fundamental gravity. Half amused, half appalled, he winces at the way in which the incorrigibly clowning genius was forever tripping himself up and turning somersaults between the most extreme antitheses. It is the contrast between the writer, who must at all costs create surprises, and the statesman, whose task it is to meet and master them.

It is not easy to sum up briefly the greatness of Churchill’s style. He says of his old friend, the Liberal statesman, John Morley, «Though in conversation he paraded and manœuvred nimbly and elegantly around his own convictions, offering his salutations and the gay compliments of old-time war to the other side, [he] always returned to his fortified camp to sleep.» As a stylist Churchill himself, despite his mettlesome chivalry, is not prone to such amiable arabesques. He does not beat about the bush, but is a man of plain speaking. His fervour is realistic, his striking – power is tempered only by broad-mindedness and humour. He knows that a good story tells itself. He scorns unnecessary frills and his metaphors are rare but expressive.

Behind Churchill the writer is Churchill the orator – hence the resilience and pungency of his phrases. We often characterize ourselves unconsciously through the praise we give others. Churchill, for instance, says of another of his friends, Lord Birkenhead, «As he warmed to his subject, there grew that glow of conviction and appeal, instinctive and priceless, which constitutes true eloquence.» The words might with greater justification have been said of Churchill himself.

The famous desert warrior, Lawrence of Arabia, the author of The Seven Pillars of Wisdom, is another who has both made and written history. Of him Churchill says, «Just as an aeroplane only flies by its speed and pressure against the air, so he flew best and easiest in the hurricane.» It is again striking how Churchill here too speaks of the same genius that carried his own words through the storm of events.

Churchill’s mature oratory is swift, unerring in its aim, and moving in its grandeur. There is the power which forges the links of history. Napoleon’s proclamations were often effective in their lapidary style. But Churchill’s eloquence in the fateful hours of freedom and human dignity was heart-stirring in quite another way. With his great speeches he has, perhaps, himself erected his most enduring monument.

Lady Churchill – The Swedish Academy expresses its joy at your presence and asks you to convey to Sir Winston a greeting of deep respect. A literary prize is intended to cast lustre over the author, but here it is the author who gives lustre to the prize. I ask you now to accept, on behalf of your husband, the 1953 Nobel Prize in Literature from the hands of His Majesty the King.

From Nobel Lectures, Literature 1901-1967, Editor Horst Frenz, Elsevier Publishing Company, Amsterdam, 1969

Winston Churchill
The Nobel Prize in Literature 1953
Biography

The Right Honourable Sir Winston Leonard Spencer Churchill (1874-1965), the son of Lord Randolph Churchill and an American mother, was educated at Harrow and Sandhurst. After a brief but eventful career in the army, he became a Conservative Member of Parliament in 1900. He held many high posts in Liberal and Conservative governments during the first three decades of the century. At the outbreak of the Second World War, he was appointed First Lord of the Admiralty – a post which he had earlier held from 1911 to 1915. In May, 1940, he became Prime Minister and Minister of Defence and remained in office until 1945. He took over the premiership again in the Conservative victory of 1951 and resigned in 1955. However, he remained a Member of Parliament until the general election of 1964, when he did not seek re-election. Queen Elizabeth II conferred on Churchill the dignity of Knighthood and invested him with the insignia of the Order of the Garter in 1953. Among the other countless honours and decorations he received, special mention should be made of the honorary citizenship of the United States which President Kennedy conferred on him in 1963.

Churchill’s literary career began with campaign reports: The Story of the Malakand Field Force (1898) and The River War (1899), an account of the campaign in the Sudan and the Battle of Omdurman. In 1900, he published his only novel, Savrola, and, six years later, his first major work, the biography of his father, Lord Randolph Churchill. His other famous biography, the life of his great ancestor, the Duke of Marlborough, was published in four volumes between 1933 and 1938. Churchill’s history of the First World War appeared in four volumes under the title of The World Crisis (1923-29); his memoirs of the Second World War ran to six volumes (1948-1953/54). After his retirement from office, Churchill wrote a History of the English-speaking Peoples (4 vols., 1956-58). His magnificent oratory survives in a dozen volumes of speeches, among them The Unrelenting Struggle (1942), The Dawn of Liberation (1945), and Victory (1946).

Churchill, a gifted amateur painter, wrote Painting as a Pastime (1948). An autobiographical account of his youth, My Early Life, appeared in 1930.

From Nobel Lectures, Literature 1901-1967, Editor Horst Frenz, Elsevier Publishing Company, Amsterdam, 1969.

This autobiography/biography was first published in the book series Les Prix Nobel. It was later edited and republished in Nobel Lectures. To cite this document, always state the source as shown above.

Winston Churchill died on January 24, 1965.

Voir enfin son fameux discours de juin 40:

We Shall Fight on the Beaches
June 4, 1940
House of Commons

The position of the B. E.F had now become critical. As a result of a most skillfully conducted retreat and German errors, the bulk of the British Forces reached the Dunkirk bridgehead. The peril facing the British nation was now suddenly and universally perceived. On May 26, "Operation Dynamo "–the evacuation from Dunkirk began. The seas remained absolutely calm. The Royal Air Force–bitterly maligned at the time by the Army–fought vehemently to deny the enemy the total air supremacy which would have wrecked the operation. At the outset, it was hoped that 45,000 men might be evacuated; in the event, over 338,000 Allied troops reached England, including 26,000 French soldiers. On June 4, Churchill reported to the House of Commons, seeking to check the mood of national euphoria and relief at the unexpected deliverance, and to make a clear appeal to the United States.

From the moment that the French defenses at Sedan and on the Meuse were broken at the end of the second week of May, only a rapid retreat to Amiens and the south could have saved the British and French Armies who had entered Belgium at the appeal of the Belgian King; but this strategic fact was not immediately realized. The French High Command hoped they would be able to close the gap, and the Armies of the north were under their orders. Moreover, a retirement of this kind would have involved almost certainly the destruction of the fine Belgian Army of over 20 divisions and the abandonment of the whole of Belgium. Therefore, when the force and scope of the German penetration were realized and when a new French Generalissimo, General Weygand, assumed command in place of General Gamelin, an effort was made by the French and British Armies in Belgium to keep on holding the right hand of the Belgians and to give their own right hand to a newly created French Army which was to have advanced across the Somme in great strength to grasp it.

However, the German eruption swept like a sharp scythe around the right and rear of the Armies of the north. Eight or nine armored divisions, each of about four hundred armored vehicles of different kinds, but carefully assorted to be complementary and divisible into small self-contained units, cut off all communications between us and the main French Armies. It severed our own communications for food and ammunition, which ran first to Amiens and afterwards through Abbeville, and it shore its way up the coast to Boulogne and Calais, and almost to Dunkirk. Behind this armored and mechanized onslaught came a number of German divisions in lorries, and behind them again there plodded comparatively slowly the dull brute mass of the ordinary German Army and German people, always so ready to be led to the trampling down in other lands of liberties and comforts which they have never known in their own.

I have said this armored scythe-stroke almost reached Dunkirk-almost but not quite. Boulogne and Calais were the scenes of desperate fighting. The Guards defended Boulogne for a while and were then withdrawn by orders from this country. The Rifle Brigade, the 60th Rifles, and the Queen Victoria’s Rifles, with a battalion of British tanks and 1,000 Frenchmen, in all about four thousand strong, defended Calais to the last. The British Brigadier was given an hour to surrender. He spurned the offer, and four days of intense street fighting passed before silence reigned over Calais, which marked the end of a memorable resistance. Only 30 unwounded survivors were brought off by the Navy, and we do not know the fate of their comrades. Their sacrifice, however, was not in vain. At least two armored divisions, which otherwise would have been turned against the British Expeditionary Force, had to be sent to overcome them. They have added another page to the glories of the light divisions, and the time gained enabled the Graveline water lines to be flooded and to be held by the French troops.

Thus it was that the port of Dunkirk was kept open. When it was found impossible for the Armies of the north to reopen their communications to Amiens with the main French Armies, only one choice remained. It seemed, indeed, forlorn. The Belgian, British and French Armies were almost surrounded. Their sole line of retreat was to a single port and to its neighboring beaches. They were pressed on every side by heavy attacks and far outnumbered in the air.

When, a week ago today, I asked the House to fix this afternoon as the occasion for a statement, I feared it would be my hard lot to announce the greatest military disaster in our long history. I thought-and some good judges agreed with me-that perhaps 20,000 or 30,000 men might be re-embarked. But it certainly seemed that the whole of the French First Army and the whole of the British Expeditionary Force north of the Amiens-Abbeville gap would be broken up in the open field or else would have to capitulate for lack of food and ammunition. These were the hard and heavy tidings for which I called upon the House and the nation to prepare themselves a week ago. The whole root and core and brain of the British Army, on which and around which we were to build, and are to build, the great British Armies in the later years of the war, seemed about to perish upon the field or to be led into an ignominious and starving captivity.

That was the prospect a week ago. But another blow which might well have proved final was yet to fall upon us. The King of the Belgians had called upon us to come to his aid. Had not this Ruler and his Government severed themselves from the Allies, who rescued their country from extinction in the late war, and had they not sought refuge in what was proved to be a fatal neutrality, the French and British Armies might well at the outset have saved not only Belgium but perhaps even Poland. Yet at the last moment, when Belgium was already invaded, King Leopard called upon us to come to his aid, and even at the last moment we came. He and his brave, efficient Army, nearly half a million strong, guarded our left flank and thus kept open our only line of retreat to the sea. Suddenly, without prior consultation, with the least possible notice, without the advice of his Ministers and upon his own personal act, he sent a plenipotentiary to the German Command, surrendered his Army, and exposed our whole flank and means of retreat.

I asked the House a week ago to suspend its judgment because the facts were not clear, but I do not feel that any reason now exists why we should not form our own opinions upon this pitiful episode. The surrender of the Belgian Army compelled the British at the shortest notice to cover a flank to the sea more than 30 miles in length. Otherwise all would have been cut off, and all would have shared the fate to which King Leopold had condemned the finest Army his country had ever formed. So in doing this and in exposing this flank, as anyone who followed the operations on the map will see, contact was lost between the British and two out of the three corps forming the First French Army, who were still farther from the coast than we were, and it seemed impossible that any large number of Allied troops could reach the coast.

The enemy attacked on all sides with great strength and fierceness, and their main power, the power of their far more numerous Air Force, was thrown into the battle or else concentrated upon Dunkirk and the beaches. Pressing in upon the narrow exit, both from the east and from the west, the enemy began to fire with cannon upon the beaches by which alone the shipping could approach or depart. They sowed magnetic mines in the channels and seas; they sent repeated waves of hostile aircraft, sometimes more than a hundred strong in one formation, to cast their bombs upon the single pier that remained, and upon the sand dunes upon which the troops had their eyes for shelter. Their U-boats, one of which was sunk, and their motor launches took their toll of the vast traffic which now began. For four or five days an intense struggle reigned. All their armored divisions-or what Was left of them-together with great masses of infantry and artillery, hurled themselves in vain upon the ever-narrowing, ever-contracting appendix within which the British and French Armies fought.

Meanwhile, the Royal Navy, with the willing help of countless merchant seamen, strained every nerve to embark the British and Allied troops; 220 light warships and 650 other vessels were engaged. They had to operate upon the difficult coast, often in adverse weather, under an almost ceaseless hail of bombs and an increasing concentration of artillery fire. Nor were the seas, as I have said, themselves free from mines and torpedoes. It was in conditions such as these that our men carried on, with little or no rest, for days and nights on end, making trip after trip across the dangerous waters, bringing with them always men whom they had rescued. The numbers they have brought back are the measure of their devotion and their courage. The hospital ships, which brought off many thousands of British and French wounded, being so plainly marked were a special target for Nazi bombs; but the men and women on board them never faltered in their duty.

Meanwhile, the Royal Air Force, which had already been intervening in the battle, so far as its range would allow, from home bases, now used part of its main metropolitan fighter strength, and struck at the German bombers and at the fighters which in large numbers protected them. This struggle was protracted and fierce. Suddenly the scene has cleared, the crash and thunder has for the moment-but only for the moment-died away. A miracle of deliverance, achieved by valor, by perseverance, by perfect discipline, by faultless service, by resource, by skill, by unconquerable fidelity, is manifest to us all. The enemy was hurled back by the retreating British and French troops. He was so roughly handled that he did not hurry their departure seriously. The Royal Air Force engaged the main strength of the German Air Force, and inflicted upon them losses of at least four to one; and the Navy, using nearly 1,000 ships of all kinds, carried over 335,000 men, French and British, out of the jaws of death and shame, to their native land and to the tasks which lie immediately ahead. We must be very careful not to assign to this deliverance the attributes of a victory. Wars are not won by evacuations. But there was a victory inside this deliverance, which should be noted. It was gained by the Air Force. Many of our soldiers coming back have not seen the Air Force at work; they saw only the bombers which escaped its protective attack. They underrate its achievements. I have heard much talk of this; that is why I go out of my way to say this. I will tell you about it.

This was a great trial of strength between the British and German Air Forces. Can you conceive a greater objective for the Germans in the air than to make evacuation from these beaches impossible, and to sink all these ships which were displayed, almost to the extent of thousands? Could there have been an objective of greater military importance and significance for the whole purpose of the war than this? They tried hard, and they were beaten back; they were frustrated in their task. We got the Army away; and they have paid fourfold for any losses which they have inflicted. Very large formations of German aeroplanes-and we know that they are a very brave race-have turned on several occasions from the attack of one-quarter of their number of the Royal Air Force, and have dispersed in different directions. Twelve aeroplanes have been hunted by two. One aeroplane was driven into the water and cast away by the mere charge of a British aeroplane, which had no more ammunition. All of our types-the Hurricane, the Spitfire and the new Defiant-and all our pilots have been vindicated as superior to what they have at present to face.

When we consider how much greater would be our advantage in defending the air above this Island against an overseas attack, I must say that I find in these facts a sure basis upon which practical and reassuring thoughts may rest. I will pay my tribute to these young airmen. The great French Army was very largely, for the time being, cast back and disturbed by the onrush of a few thousands of armored vehicles. May it not also be that the cause of civilization itself will be defended by the skill and devotion of a few thousand airmen? There never has been, I suppose, in all the world, in all the history of war, such an opportunity for youth. The Knights of the Round Table, the Crusaders, all fall back into the past-not only distant but prosaic; these young men, going forth every morn to guard their native land and all that we stand for, holding in their hands these instruments of colossal and shattering power, of whom it may be said that

Every morn brought forth a noble chance
And every chance brought forth a noble knight,

deserve our gratitude, as do all the brave men who, in so many ways and on so many occasions, are ready, and continue ready to give life and all for their native land.

I return to the Army. In the long series of very fierce battles, now on this front, now on that, fighting on three fronts at once, battles fought by two or three divisions against an equal or somewhat larger number of the enemy, and fought fiercely on some of the old grounds that so many of us knew so well-in these battles our losses in men have exceeded 30,000 killed, wounded and missing. I take occasion to express the sympathy of the House to all who have suffered bereavement or who are still anxious. The President of the Board of Trade [Sir Andrew Duncan] is not here today. His son has been killed, and many in the House have felt the pangs of affliction in the sharpest form. But I will say this about the missing: We have had a large number of wounded come home safely to this country, but I would say about the missing that there may be very many reported missing who will come back home, some day, in one way or another. In the confusion of this fight it is inevitable that many have been left in positions where honor required no further resistance from them.

Against this loss of over 30,000 men, we can set a far heavier loss certainly inflicted upon the enemy. But our losses in material are enormous. We have perhaps lost one-third of the men we lost in the opening days of the battle of 21st March, 1918, but we have lost nearly as many guns — nearly one thousand-and all our transport, all the armored vehicles that were with the Army in the north. This loss will impose a further delay on the expansion of our military strength. That expansion had not been proceeding as far as we had hoped. The best of all we had to give had gone to the British Expeditionary Force, and although they had not the numbers of tanks and some articles of equipment which were desirable, they were a very well and finely equipped Army. They had the first-fruits of all that our industry had to give, and that is gone. And now here is this further delay. How long it will be, how long it will last, depends upon the exertions which we make in this Island. An effort the like of which has never been seen in our records is now being made. Work is proceeding everywhere, night and day, Sundays and week days. Capital and Labor have cast aside their interests, rights, and customs and put them into the common stock. Already the flow of munitions has leaped forward. There is no reason why we should not in a few months overtake the sudden and serious loss that has come upon us, without retarding the development of our general program.

Nevertheless, our thankfulness at the escape of our Army and so many men, whose loved ones have passed through an agonizing week, must not blind us to the fact that what has happened in France and Belgium is a colossal military disaster. The French Army has been weakened, the Belgian Army has been lost, a large part of those fortified lines upon which so much faith had been reposed is gone, many valuable mining districts and factories have passed into the enemy’s possession, the whole of the Channel ports are in his hands, with all the tragic consequences that follow from that, and we must expect another blow to be struck almost immediately at us or at France. We are told that Herr Hitler has a plan for invading the British Isles. This has often been thought of before. When Napoleon lay at Boulogne for a year with his flat-bottomed boats and his Grand Army, he was told by someone. "There are bitter weeds in England." There are certainly a great many more of them since the British Expeditionary Force returned.

The whole question of home defense against invasion is, of course, powerfully affected by the fact that we have for the time being in this Island incomparably more powerful military forces than we have ever had at any moment in this war or the last. But this will not continue. We shall not be content with a defensive war. We have our duty to our Ally. We have to reconstitute and build up the British Expeditionary Force once again, under its gallant Commander-in-Chief, Lord Gort. All this is in train; but in the interval we must put our defenses in this Island into such a high state of organization that the fewest possible numbers will be required to give effective security and that the largest possible potential of offensive effort may be realized. On this we are now engaged. It will be very convenient, if it be the desire of the House, to enter upon this subject in a secret Session. Not that the government would necessarily be able to reveal in very great detail military secrets, but we like to have our discussions free, without the restraint imposed by the fact that they will be read the next day by the enemy; and the Government would benefit by views freely expressed in all parts of the House by Members with their knowledge of so many different parts of the country. I understand that some request is to be made upon this subject, which will be readily acceded to by His Majesty’s Government.

We have found it necessary to take measures of increasing stringency, not only against enemy aliens and suspicious characters of other nationalities, but also against British subjects who may become a danger or a nuisance should the war be transported to the United Kingdom. I know there are a great many people affected by the orders which we have made who are the passionate enemies of Nazi Germany. I am very sorry for them, but we cannot, at the present time and under the present stress, draw all the distinctions which we should like to do. If parachute landings were attempted and fierce fighting attendant upon them followed, these unfortunate people would be far better out of the way, for their own sakes as well as for ours. There is, however, another class, for which I feel not the slightest sympathy. Parliament has given us the powers to put down Fifth Column activities with a strong hand, and we shall use those powers subject to the supervision and correction of the House, without the slightest hesitation until we are satisfied, and more than satisfied, that this malignancy in our midst has been effectively stamped out.

Turning once again, and this time more generally, to the question of invasion, I would observe that there has never been a period in all these long centuries of which we boast when an absolute guarantee against invasion, still less against serious raids, could have been given to our people. In the days of Napoleon the same wind which would have carried his transports across the Channel might have driven away the blockading fleet. There was always the chance, and it is that chance which has excited and befooled the imaginations of many Continental tyrants. Many are the tales that are told. We are assured that novel methods will be adopted, and when we see the originality of malice, the ingenuity of aggression, which our enemy displays, we may certainly prepare ourselves for every kind of novel stratagem and every kind of brutal and treacherous maneuver. I think that no idea is so outlandish that it should not be considered and viewed with a searching, but at the same time, I hope, with a steady eye. We must never forget the solid assurances of sea power and those which belong to air power if it can be locally exercised.

I have, myself, full confidence that if all do their duty, if nothing is neglected, and if the best arrangements are made, as they are being made, we shall prove ourselves once again able to defend our Island home, to ride out the storm of war, and to outlive the menace of tyranny, if necessary for years, if necessary alone. At any rate, that is what we are going to try to do. That is the resolve of His Majesty’s Government-every man of them. That is the will of Parliament and the nation. The British Empire and the French Republic, linked together in their cause and in their need, will defend to the death their native soil, aiding each other like good comrades to the utmost of their strength. Even though large tracts of Europe and many old and famous States have fallen or may fall into the grip of the Gestapo and all the odious apparatus of Nazi rule, we shall not flag or fail. We shall go on to the end, we shall fight in France, we shall fight on the seas and oceans, we shall fight with growing confidence and growing strength in the air, we shall defend our Island, whatever the cost may be, we shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills; we shall never surrender, and even if, which I do not for a moment believe, this Island or a large part of it were subjugated and starving, then our Empire beyond the seas, armed and guarded by the British Fleet, would carry on the struggle, until, in God’s good time, the New World, with all its power and might, steps forth to the rescue and the liberation of the old.


Elections 2007: Le PS est-il en train de remonter un… Comité des activités anti-françaises? (America as the anti-France)

6 février, 2007
HUACYesterday Europe was importing jeans, coke, rock ‘n’ roll and cinema from the United States. Now Nicolas Sarkozy is proposing that we import God!
When one listens to Sarkozy, one would think one was listening to the evangelist George W. Bush addressing Hispanics of Catholic tradition in the last campaign.
La vraie Bible de Nicolas Sarkozy réside dans la pensée néo-conservatrice américaine. Son vrai modèle ? Georges (sic) W Bush.
Eric Besson

Comme aux plus beaux jours de la "Terreur rouge" et de la "chasse aux sorcières", le parti socialiste français serait-il en train, pour les besoins de sa campagne anti-Sarkozy, de remonter l’équivalent français du fameux Comité des activités anti-américaines du sénateur Mc Carthy?

C’est en tout cas l’impression que donne le dossier (et livre) anti-Sarkozy qu’il vient de publier ("L’inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy", en ligne sur son site) et qu’analysait brillamment la semaine dernière l’éditorialiste de l’IHT Roger Cohen, notamment la vision si française qu’il donne des Etats-Unis comme anti-France.

Où l’on apprend que Sarkozy ne serait qu’un dangereux et dument encarté crypto-Américain, c’est-à-dire "libéral, atlantiste et communautariste". Et pour lequel se pose la question fatidique : "La France est elle prête à voter en 2007 pour un néo-conservateur américain à passeport français ?"

Extraits:

The party’s core argument runs roughly as follows: America is bad, Sarkozy is its agent, ergo he is dangerous.
The Socialist Party portrait of American society evokes a place rotten to the core, stricken by obesity and a high murder rate, driving exploited workers to the limits of endurance, imprisoning 2 percent of its population, engaged in a failed affirmative action experiment that has only "made a racial issue of all problems," and beset by an ominous religious fervor.
The real U.S. unemployment rate, it is preposterously suggested, is not 5.1 percent, but 9 percent. America under Bush has no interest in international law because its sole international aim is "the promotion of the American empire."
The death penalty, torture, renditions, secret prisons, short or non-existent vacations, absent or expensive health care, a Darwinian labor market and the worship of "the individualist entrepreneur" complete this happy picture of France’s ally.
"It is in this," the Socialists conclude triumphantly, "that Nicolas Sarkozy sees the future of French society!"
The America in which French companies from Accor to Business Objects prosper, which grows and creates jobs in ways France can only dream of, which is restlessly self-transforming rather than irksomely self-obsessed, which has assured the postwar European security from which France and the European Union have benefited — this United States is nowhere to be seen.
That ambivalence may be tending more positive as the end of the Bush era looms and the French are able to indulge their Kennedy fantasy — the perennial notion that some JFK-like figure, in this case Barack Obama, will emerge to personify the French idea of what America ought to be.
That idea is not altogether clear, but it is safe to say it owes more to the West Village than Western Kansas, and more to Woody Allen than Allen Dulles.

Globalist: United States as the anti-France
Roger Cohen
IHT
January 30, 2007

NEW YORK

Does the United States, the real country, exist in the French mind, or has America become a kind of Gallic fantasy, a dark specter to be deployed for political ends, a sort of ultimate negative against which the qualities of France shine?

That question may seem outlandish. The web of connections between the two countries is intricate. In general it is easier to fantasize about the unknown than the known. But the United States seems curiously impervious to French knowledge because the French prefer to preserve the country in the realm of the imaginary.

There are deep roots to this fantasy. Some lie in the rivalry of two universalizing powers, in the Gaullist myths forged to rebuild French pride after the humiliations of World War II, and in the persistence of a left-of-center political culture that holds Yankee free market forces to be anathema.

Being the anti-France, the United States, it often seems, cannot be seen for what it is. So freighted is America with meaning, it ceases to be visible. It becomes an abstraction shaped by prejudice rather than a country intelligible through experience. It serves a purpose at the price of being severed from itself.

These reflections stirred on reading an eloquent example of Gallic delusion: the statement just published by Ségolène Royal’s Socialist Party about Nicolas Sarkozy, her chief opponent in the French presidential election. This 87-page work amounts to a relentless exercise in Sarkozy-bashing through his depiction as that incarnation of menace: a card-carrying crypto-American.

Entitled "The Worrying ‘Quiet Rupture’ of Mr. Sarkozy," and displayed on Parti-socialiste.fr, the party’s home page, the work begins by asking: "Is France ready to vote in 2007 for an American neo-conservative carrying a French passport?"

That gets the ball rolling. The party’s core argument runs roughly as follows: America is bad, Sarkozy is its agent, ergo he is dangerous. The publication really has little more to say about Royal’s center-right rival.

One chapter is entitled "Nicolas Sarkozy or the Clone of Bush." A memorable sentence, among many such gems, says: "Yesterday Europe was importing jeans, coke, rock ‘n’ roll and cinema from the United States. Now Nicolas Sarkozy is proposing that we import God!"

Apart from shipping God from Galveston to Dieppe and so destroying the lay French state, Sarko is accused of heading up "a sort of French subsidiary of Bush and company." He’s said to manipulate the suffering of French Jews to partisan ends and to pander with equal unscrupulousness to the sensibilities of Catholics and Muslims.

"When one listens to Sarkozy, one would think one was listening to the evangelist George W. Bush addressing Hispanics of Catholic tradition in the last campaign," the pamphlet opines.

Really?

The Socialist Party portrait of American society evokes a place rotten to the core, stricken by obesity and a high murder rate, driving exploited workers to the limits of endurance, imprisoning 2 percent of its population, engaged in a failed affirmative action experiment that has only "made a racial issue of all problems," and beset by an ominous religious fervor.

The real U.S. unemployment rate, it is preposterously suggested, is not 5.1 percent, but 9 percent. America under Bush has no interest in international law because its sole international aim is "the promotion of the American empire."

The death penalty, torture, renditions, secret prisons, short or non-existent vacations, absent or expensive health care, a Darwinian labor market and the worship of "the individualist entrepreneur" complete this happy picture of France’s ally.

"It is in this," the Socialists conclude triumphantly, "that Nicolas Sarkozy sees the future of French society!"

There are a couple of problems with all this. The first is that although some of the individual claims have some merit — a health care system that leaves more than 40 million people without insurance is a bad system — the composite picture is wildly distorted, a collage of doom and gloom.

The America in which French companies from Accor to Business Objects prosper, which grows and creates jobs in ways France can only dream of, which is restlessly self-transforming rather than irksomely self-obsessed, which has assured the postwar European security from which France and the European Union have benefited — this United States is nowhere to be seen.

The second is that although Sarkozy has been happy enough at times to don the mantle of the American agent provocateur — man of action, man of movement, man unafraid to suggest you should earn more for working more — he’s been rowing back of late toward the Gaullist mainstream. In this light, Bush clone sounds like quite a stretch.

Sarkozy has criticized the Iraq war as a mistake. He has sounded a lot more wary of globalization. He has emphasized the important role of the state as a "regulator."

In short, he is toning down his neo-Liberal credentials, never entirely convincing, and adjusting his image from brash ideologue to competent pragmatist.

"The Socialist line of attack is weaker now because Sarkozy is playing the neo-Gaullist rather than the liberal card," said Stephane Rozes, a political analyst. "Moreover, America is an ambivalent rather than negative image for many in France."

That ambivalence may be tending more positive as the end of the Bush era looms and the French are able to indulge their Kennedy fantasy — the perennial notion that some JFK-like figure, in this case Barack Obama, will emerge to personify the French idea of what America ought to be.

That idea is not altogether clear, but it is safe to say it owes more to the West Village than Western Kansas, and more to Woody Allen than Allen Dulles.

The Socialists, in their Bush obsession, cite Sarkozy’s reply to a question about how, if at all, Bush differs from him. "He’s been elected president twice," is Sarko’s pithy response.

Say what you like about the candidate of the Union for a Popular Movement, he looks the facts in the eye, more so at least than his America-mangling detractors.

Voir la présentation du document en question:

Morceaux choisis:

un spectacle pénible pour tout Français nourri au lait de la « grandeur de la France » et de son « message universel ».
Ce que cet ouvrage cherche à démontrer est que non seulement, ne lui en déplaise, Nicolas Sarkozy est bien « libéral, atlantiste et communautariste » mais qu’il est devenu une sorte de filiale française de la Bush Cie, un néo-conservateur américain à passeport français.
A Georges (sic) W. Bush, Nicolas Sarkozy ne s’est pas contenté d’emprunter les slogans ou la mise en scène (ah, cette intronisation du président de l’UMP avec un décor calqué sur celui de la campagne de Bush …). Il lui a pris la méthode : « parler des problèmes des gens », à défaut d’avoir la moindre idée de la façon de les résoudre. Se servir des mots pour prétendre panser les maux. Décrire ce que l’on est incapable de guérir. Diagnostic claironné …, inefficacité à moitié pardonnée.
A « W », le très libéral Nicolas Sarkozy aura aussi emprunté l’obsession de la fin de l’impôt progressif. L’emballage paraît toujours frappé au coin du bon sens : « éviter la fuite des capitaux » pour démanteler l’impôt de solidarité sur la fortune dont la suppression est pourtant étrangement absente du programme de l’UMP, « permettre à ceux qui travaillent d’en tirer les fruits » pour porter une réduction de l’impôt sur le revenu qui n’aura pleinement profité qu’aux 10 % des Français les plus aisés, accéder au vœu des Français de « transmettre leur patrimoine à leurs enfants à la fin d’une vie de labeur » pour mettre en œuvre la réforme de la taxation des donations et successions la plus inégalitaire jamais conçue !
Son atlantisme forcené, sa très grande complaisance pour ne pas dire sa fascination à l’égard de la politique extérieure de Georges Bush sont autrement plus graves.
N’acceptons pas l’écran de fumée que dresse « Sarkozy l’américain », formule qu’il revendique et dont il s’est dit « fier » lors de deux voyages aux Etats-Unis, en 2004 et en 2006.
Sarkozy se veut « l’ami des américains ». Pourquoi pas ? Qui se voudrait « l’ennemi des américains » ? Qui n’éprouve de la reconnaissance pour l’engagement qui fut le leur pour nous délivrer du joug nazi ? Qui refuse de lutter contre le terrorisme ? Qui n’est pas orphelin des Twin Towers ? Qui échappe à la dialectique attirance-rejet que suscite en chacun de nous un « American way of life » dont nous avons appris à connaître la grandeur autant que les servitudes ?
Mais ce qui pose problème, et qui doit faire débat en cette année 2007, c’est l’allégeance aveugle à une politique dite de lutte contre le terrorisme absurde et inefficace dont la guerre en Irak est la plus sanglante illustration.
On verra plus loin que dès 2004 les silences de Sarkozy sur l’intervention américaine en Irak autant que ses déclarations d’amour aussi naïves que déplacées envers « la musique et les films américains » avaient semé de trouble.
Mais ce n’était rien au regard de l’extravagant voyage du Ministre de l’Intérieur en septembre 2006. Le spectacle d’un candidat à la présidentielle supposé issu de la famille gaulliste quémander un rendez-vous dans un bureau attenant à celui du Président des Etats-Unis, dans l’espoir finalement exaucé, de rencontrer quelques minutes le grand homme, lui arracher une photo immortalisant l’instant et l’exhiber comme un trophée est un spectacle pénible pour tout Français nourri au lait de la « grandeur de la France » et de son « message universel ». Mais entendre un candidat majeur à la Présidence de la République critiquer aux Etats-Unis la politique étrangère -en l’espèce justifiée- et « l’arrogance » de son pays est proprement insupportable.
Tous les journalistes américains ont alors souligné la tonalité étonnamment farouchement « pro-américaine » et « pro-Bush » des propos de Monsieur Sarkozy, certains faisant remarquer non sans malice que le Ministre de l’Intérieur français s’était révélé plus ardent défenseur de la politique de Bush que beaucoup de parlementaires républicains eux-mêmes, troublés par les échecs à répétition des initiatives de leur dirigeant sur la scène extérieure, échecs qu’après une sévère défaite électorale Bush lui-même devra reconnaître fin 2006.
Dans une dépêche du 13 septembre 2006, l’AFP rapporte que selon un expert de la Brookings Institution cité par le Washington Post, « Sarkozy a eu le genre de rhétorique que l’on aurait attendu d’un responsable de l’administration Bush » !
Quant au Canard Enchaîné du 20 septembre 2006, il prête à Jacques Chirac -exceptionnellement cité ici- les propos suivants « Sarkozy a multiplié les maladresses aux Etats-Unis. Il s’est totalement aligné sur la politique américaine et sur Bush ( …) Bien loin du gaullisme et même des grandes traditions politiques et diplomatiques françaises ».
Libéral, atlantiste … et, toujours plus grave, communautariste. (…) Nicolas Sarkozy ne se contente pas de se livrer à un cynique marketing confessionnel à visée électorale. Comme Georges (sic) Bush, son action est théorisée : il compte sur les religions, toutes les religions y compris « fondamentalistes » et souvent « intégristes » pour réguler la vie en société, encadrer les jeunes et ramener l’ordre dans les quartiers.
On verra donc, tout au long des chapitres qui suivent où est la vraie source d’inspiration du candidat Sarkozy. Elle n’est pas, ce serait respectable, authentiquement libérale (le libéralisme de Sarkozy empreinte à Hayek ou Friedman, pas à Tocqueville ou Aron). Elle enterre le gaullisme autant que l’héritage laïque et républicain.
La vraie Bible de Nicolas Sarkozy réside dans la pensée néo-conservatrice américaine. Son vrai modèle ? Georges (sic) W Bush.
Plusieurs journalistes français ayant accompagné le Ministre de l’Intérieur aux Etats-Unis en septembre 2006, ont raconté l’anecdote suivante. On demande à Nicolas Sarkozy en quoi il se différencie de Georges Bush. La réponse fuse, mélange d’humour à l’américaine, de fausse modestie et de provocation : « il a été élu deux fois Président. Moi pas ».
Il s’agit certes, d’une boutade. Révélatrice, cependant. Spontanément, Nicolas Sarkozy ne voit rien qui le distingue de Georges Bush. Sauf que l’un a gagné deux fois une élection présidentielle. Et l’autre pas. Pas encore ? Nous voilà prévenus …

Voir aussi le sommaire du dernier chapitre:

CHAPITRE 4 : NICOLAS SARKOZY OU LE CLONE DE BUSH
Le rêve américain et le rêve européen
Le reniement du modèle européen
L’adhésion au modèle américain
Un modèle aux fondements fragilisés
Un modèle aux performances contestables
Un ascenseur social bloqué
Un marché du travail artificiellement efficace
Une intégration faussement performante
Une société malade
Un système social réduit aux acquêts
L’adhésion au conservatisme de Bush
Nicolas Sarkozy, l’américain
Nicolas Sarkozy, l’atlantiste convaincu – le soutien inconditionnel à la guerre en Irak
Nicolas Sarkozy, le conservateur
Un même style
Un même discours moral d’essence essentiellement religieuse
Une même tentative de redéfinition du crédo-conservateur

L’inquiétante “rupture tranquille” de Monsieur Sarkozy

Introduction par Eric Besson

La France est elle prête à voter en 2007 pour un néo-conservateur américain à passeport français ? Les partisans du candidat de l’UMP jugeront la question provocatrice et y verront, à l’approche, de l’élection présidentielle, une caricature injuste, exacerbée par l’approche de l’élection présidentielle.
Alors, convenons-en d’emblée. Nicolas Sarkozy sera, pour la gauche, un adversaire redoutable même si son palmarès électoral est bien moins riche qu’on ne l’imagine.
L’homme ne manque ni d’idées, ni de force de conviction, ni de capacité de séduction. Son énergie, son culot, son aplomb, son ambition, sa soif inextinguible de reconnaissance sociale et de pouvoir, sa résistance à l’adversité sont légendaires.
Son supposé « parler vrai » (parfois son parler crû mais lorsque Sarkozy est grossier, il dit parler comme les Français), son sens de la formule, son insolence étonnamment juvénile en font un « bon client » pour les média audiovisuels.
Avec Nicolas Sarkozy, ils capteront toujours un mot, une image, un clin d’œil, une provocation pour le sacro-saint « 20 heures ».
Orfèvre en communication méthodique et parfois impudique, l’homme a, de plus, su draper son implacable et froide quête du pouvoir dans une toge glamour (Nicolas-la-star-amie-des-stars y compris de celles dont l’exemplarité est discutable) sans laquelle il ne saurait –nous dit-on- y avoir de « saga politique » digne de ce nom.
Ce « sarko-show » est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir « être jugé sur ses résultats » n’a pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action. Ceux d’un médiocre ministre de l’économie et des finances ou ceux d’un ministre de l’Intérieur survolté mais peu efficace : les violences faites aux personnes n’auront cessé d’augmenter en dépit de ses communiqués triomphants.
Mais l’échec n’atteint que rarement notre héros. Le plus souvent parce qu’il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l’UMP se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire de « celui qui dit tout haut ce que les Français pensent tout bas ». Un jugement à l’emporte-pièce, une provocation suivie d’une polémique, le tout conclu par un sondage qui démontrerait que Sarkozy a les élites contre lui mais le peuple avec lui et le tour est généralement joué.
En cas de nécessité, si provocation et écran de fumée ne suffisent pas, Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours, celui de la défausse. Car celui qui se décrit comme un pieux catholique n’aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n’est, par essence, jamais responsable. Ses erreurs, ses échecs ? C’est toujours la faute des autres. Non à Voltaire, rarement cité, mais à Chirac, à Raffarin, à Villepin etc, cibles sarkozyennes dont on se gardera cependant ici de prendre la défense véhémente. Ou en dernier ressort la faute aux juges.

Glissements progressifs du volontarisme du Ministre de l’Intérieur.

En 2002, il suffisait de lui donner les rênes de la police et de le laisser libre de mettre en œuvre une répression salutaire pour que l’insécurité soit enrayée. En 2006, le Ministre de l’Intérieur confesse son impuissance : son action remarquable est entravée par le laxisme des juges. Une seule conclusion s’impose : la vraie vie, celle de Nicolas Sarkozy bien sûr, mais aussi celle de la France, ne commencera qu’après son accession à l’Elysée. Ce document a le grand défaut de s’intéresser encore à la « France d’avant », celle où Nicolas Sarkozy peut encore être jugé sur ses actes et sur ses intentions déclarées, alors que lui ne se consacre plus qu’à la « France d’après », celle d’après le sacre selon lui annoncé.
Concurrent redoutable, donc, mais aussi respectable, citant ses sources d’inspiration, assumant jusqu’à l’automne 2006 tout à la fois son ambition et sa volonté de « rupture » avec un modèle français supposé exsangue, qu’il n’a cessé de caricaturer pour mieux le vilipender.
Le fait qu’au moment d’entrer en campagne électorale, lucide quant aux craintes que son tempérament et son improbable oxymore de « rupture tranquille » fait naître, Monsieur Sarkozy ait choisi de brouiller les pistes et de s’adresser à la « France qui souffre » ne doit pas faire illusion. L’infléchissement des discours indique seulement qu’après avoir été, avec l’appui (qui l’eût dit !) de François Fillon le fossoyeur du gaullisme social, le candidat de l’UMP s’est attaché provisoirement la plume –au demeurant talentueuse- d’un Henri Guaino que l’on avait déjà connu ardant dénonciateur de la « fracture sociale » en 1995. Le vernis ne tiendra pas. Car l’homme qui se dit pragmatique est d’abord un idéologue.
Respecter Nicolas Sarkozy, c’est se frotter à ses mots, à ses concepts, à leurs racines. L’homme n’est avare ni de discours, ni d’écrits. L’explorateur devra d’abord débroussailler l’accessoire : une littérature abondante consacrée au culte de soi, caractéristique d’un ego largement plus dilaté que la moyenne déjà élevée de ceux des hommes politiques ; il ne se laissera pas davantage abuser par ses revirements tactiques : le « pragmatisme sarkozyen » se nourrit de revirements spectaculaires comme en témoigne son reniement dans le dossier de la fusion Suez-GDF : après avoir s’être très solennellement engagé à ce que l’Etat ne privatise jamais GDF, le prétendant de la droite à l’Elysée n’aura pas attendu deux ans pour se révéler parjure !
Il nous faudra donc prendre Nicolas Sarkozy aux mots, aux idées, sans jamais nous livrer à des attaques personnelles –ce document n’en contient pas- et nous écartant des caricatures réductrices : « Sarko-facho » est un slogan à la fois stupide et contre-productif, car s’il est un danger pour une certaine conception de la République française laïque et sociale, Sarkozy n’est pas un danger pour la démocratie française en dépit d’une relation aussi « amicale » qu’intéressée et exigeante avec les propriétaires des grands médias français et d’une conception très particulière de la fonction ministérielle : Sarkozy n’a-t-il pas justifié auprès de ses proches au printemps 2004 son retour au Ministère de l’Intérieur par souci de se protéger des attaques … de sa propre famille politique en vue de sa future campagne présidentielle ?
Disons le clairement : le procès objectif que l’on peut instruire contre l’idéologue engagé en politique qu’est Nicolas Sarkozy est suffisamment lourd et digne de débats passionnés pour qu’il ne soit besoin de l’affubler –et l’affaiblir- de fantasmes ou de procès d’intention.
Ce que cet ouvrage cherche à démontrer est que non seulement, ne lui en déplaise, Nicolas Sarkozy est bien « libéral, atlantiste et communautariste » mais qu’il est devenu une sorte de filiale française de la Bush Cie, un néo-conservateur américain à passeport français.
Libéral, il l’est assurément depuis toujours et profondément. Mais contrairement à la légende qu’il entretient le candidat ne l’assume pas franchement et préfère se retrancher derrière des mythes.
Plutôt que de dire explicitement qu’il souhaite revenir sur la durée légale du travail et remettre en cause le droit du travail, Nicolas Sarkozy préférera affirmer qu’il souhaite, par exemple, que « celui qui veut travailler plus et gagner plus puisse le faire ». Ce qui, pris au pied de la lettre signifie que ce ne serait plus le chef d’entreprise mais le salarié qui fixerait son temps de travail ou que tout salarié à temps partiel serait en droit d’exiger de travailler à plein temps ! Sarkozy-le-libéral sait que la France ne l’est pas. Ou plus exactement il a tiré de l’expérience de la campagne présidentielle de Balladur en 1995 la conviction que le libéralisme pur ne pourrait jamais concerner plus d’une dizaine de pourcents d’électeurs.
Le libéralisme de Sarkozy s’est donc mué en libéralisme « populaire ». A Georges W. Bush, Nicolas Sarkozy ne s’est pas contenté d’emprunter les slogans ou la mise en scène (ah, cette intronisation du président de l’UMP avec un décor calqué sur celui de la campagne de
Bush …). Il lui a pris la méthode : « parler des problèmes des gens », à défaut d’avoir la moindre idée de la façon de les résoudre. Se servir des mots pour prétendre panser les maux. Décrire ce que l’on est incapable de guérir. Diagnostic claironné …, inefficacité à moitié pardonnée. Ainsi, en 2003, l’éphémère Ministre de l’Economie et des Finances se targue t-il de prendre en charge la « menace des délocalisations » et de répondre à l’angoisse -réelle- des Français. Un plan de « relocalisations » est annoncé en grande pompe, il n’aura aucun effet, l’emploi industriel restera le grand perdant de la législature mais peu lui chaut : Nicolas Sarkozy estime qu’il a « préempté le débat » et que les Français savent désormais qu’avec lui les délocalisations trouveront à qui parler …
A « W », le très libéral Nicolas Sarkozy aura aussi emprunté l’obsession de la fin de l’impôt progressif. L’emballage paraît toujours frappé au coin du bon sens : « éviter la fuite des capitaux » pour démanteler l’impôt de solidarité sur la fortune dont la suppression est pourtant étrangement absente du programme de l’UMP, « permettre à ceux qui travaillent d’en tirer les fruits » pour porter une réduction de l’impôt sur le revenu qui n’aura pleinement profité qu’aux 10 % des Français les plus aisés, accéder au vœu des Français de « transmettre leur patrimoine à leurs enfants à la fin d’une vie de labeur » pour mettre en œuvre la réforme de la taxation des donations et successions la plus inégalitaire jamais conçue !
Le libéralisme de Nicolas Sarkozy n’est ni la facette la plus originale -tous les libéraux du monde tiennent son discours- ni la plus inquiétante : on plaidera volontiers qu’une démocratie moderne a besoin de deux pôles, libéral-conservateur d’un côté, réformiste-progressiste de l’autre et que Nicolas Sarkozy, en dépit de ses faux-semblants partiels a le mérite de redessiner une ligne de clivage claire entre la droite et la gauche sur le plan économique et social.
Son atlantisme forcené, sa très grande complaisance pour ne pas dire sa fascination à l’égard de la politique extérieure de Georges Bush sont autrement plus graves.
N’acceptons pas l’écran de fumée que dresse « Sarkozy l’américain », formule qu’il revendique et dont il s’est dit « fier » lors de deux voyages aux Etats-Unis, en 2004 et en 2006.
Sarkozy se veut « l’ami des américains ». Pourquoi pas ? Qui se voudrait « l’ennemi des américains » ? Qui n’éprouve de la reconnaissance pour l’engagement qui fut le leur pour nous délivrer du joug nazi ? Qui refuse de lutter contre le terrorisme ? Qui n’est pas orphelin des Twin Towers ? Qui échappe à la dialectique attirance-rejet que suscite en chacun de nous un « American way of life » dont nous avons appris à connaître la grandeur autant que les servitudes ?
Mais ce qui pose problème, et qui doit faire débat en cette année 2007, c’est l’allégeance aveugle à une politique dite de lutte contre le terrorisme absurde et inefficace dont la guerre en Irak est la plus sanglante illustration.
On verra plus loin que dès 2004 les silences de Sarkozy sur l’intervention américaine en Irak autant que ses déclarations d’amour aussi naïves que déplacées envers « la musique et les films américains » avaient semé de trouble.
Mais ce n’était rien au regard de l’extravagant voyage du Ministre de l’Intérieur en septembre 2006. Le spectacle d’un candidat à la présidentielle supposé issu de la famille gaulliste quémander un rendez-vous dans un bureau attenant à celui du Président des Etats-Unis, dans l’espoir finalement exaucé, de rencontrer quelques minutes le grand homme, lui arracher une photo immortalisant l’instant et l’exhiber comme un trophée est un spectacle pénible pour tout Français nourri au lait de la « grandeur de la France » et de son « message universel ». Mais entendre un candidat majeur à la Présidence de la République critiquer aux Etats-Unis la politique étrangère -en l’espèce justifiée- et « l’arrogance » de son pays est proprement insupportable.
Tous les journalistes américains ont alors souligné la tonalité étonnamment farouchement « pro-américaine » et « pro-Bush » des propos de Monsieur Sarkozy, certains faisant remarquer non sans malice que le Ministre de l’Intérieur français s’était révélé plus ardent défenseur de la politique de Bush que beaucoup de parlementaires républicains eux-mêmes, troublés par les échecs à répétition des initiatives de leur dirigeant sur la scène extérieure, échecs qu’après une sévère défaite électorale Bush lui-même devra reconnaître fin 2006.
Dans une dépêche du 13 septembre 2006, l’AFP rapporte que selon un expert de la Brookings Institution cité par le Washington Post, « Sarkozy a eu le genre de rhétorique que l’on aurait attendu d’un responsable de l’administration Bush » !
Quant au Canard Enchaîné du 20 septembre 2006, il prête à Jacques Chirac -exceptionnellement cité ici- les propos suivants « Sarkozy a multiplié les maladresses aux Etats-Unis. Il s’est totalement aligné sur la politique américaine et sur Bush ( …) Bien loin du gaullisme et même des grandes traditions politiques et diplomatiques françaises ».
Libéral, atlantiste … et, toujours plus grave, communautariste.
C’est une évidence. Nicolas Sarkozy ne croit pas au « modèle républicain » d’intégration. De ses lacunes ou de ses échecs –malheureusement incontestables- il veut profiter pour non pas réformer ce « modèle », pour le rendre plus efficace, mais pour le démanteler. On verra plus loin, citations précises à l’appui, en dépit de ses dénégations récentes que le modèle que le patron de l’UMP a en tête est communautariste et confessionnel.
De ce point de vue le bilan du « ministre en charge des cultes » est lourd de menaces pour l’avenir : non content de mettre à mal la loi de 1905 et les fondements de la « laïcité à la française », Nicolas Sarkozy aura pactisé avec les islamistes de l’UOIF, favorisé l’ascension médiatique de Tarik Ramadan, fait preuve d’une étrange bienveillance à l’égard des sectes allant jusqu’à recevoir en grande pompe l’un des prosélytes le plus célèbre de l’église de Scientologie, l’acteur Tom Cruise.
Coupables écarts ! Erreurs isolées ? Non. Nicolas Sarkozy ne se contente pas de se livrer à un cynique marketing confessionnel à visée électorale. Comme Georges Bush, son action est théorisée : il compte sur les religions, toutes les religions y compris « fondamentalistes » et souvent « intégristes » pour réguler la vie en société, encadrer les jeunes et ramener l’ordre dans les quartiers.
On verra donc, tout au long des chapitres qui suivent où est la vraie source d’inspiration du candidat Sarkozy.
Elle n’est pas, ce serait respectable, authentiquement libérale (le libéralisme de Sarkozy empreinte à Hayek ou Friedman, pas à Tocqueville ou Aron). Elle enterre le gaullisme autant que l’héritage laïque et républicain.
La vraie Bible de Nicolas Sarkozy réside dans la pensée néo-conservatrice américaine.
Son vrai modèle ? Georges W Bush.
Plusieurs journalistes français ayant accompagné le Ministre de l’Intérieur aux Etats-Unis en septembre 2006, ont raconté l’anecdote suivante. On demande à Nicolas Sarkozy en quoi il se différencie de Georges Bush. La réponse fuse, mélange d’humour à l’américaine, de fausse modestie et de provocation : « il a été élu deux fois Président. Moi pas ».
Il s’agit certes, d’une boutade. Révélatrice, cependant. Spontanément, Nicolas Sarkozy ne voit rien qui le distingue de Georges Bush. Sauf que l’un a gagné deux fois une élection présidentielle. Et l’autre pas. Pas encore ? Nous voilà prévenus …

Eric Besson


Politique française: Tous contre Sarkozy, tous contre l’Amérique!

3 février, 2007
Chirac dhimmiying up to IranL’objectif prioritaire de la diplomatie française est le containment inconditionnel des Etats-Unis. Françoise Thom
On a parfois le sentiment (…) que la France craint les démocraties plus qu’elle ne les soutient, et que le "bon choix" est finalement celui des pays autoritaires. Thérèse Delpech
J’ai eu un mot rapide, et je retire naturellement, quand j’ai dit : "on va raser Téhéran". C’est évidemment une boutade dans mon esprit… mais bon. Je n’imagine pas que l’on puisse raser Téhéran ! Jacques Chirac
Ou nous applaudirons la victoire de l’islam dans le monde, ou nous tous irons vers la vie éternelle et le martyre. Dans les deux cas, la victoire et le succès nous sont assurés. Khomeiny

Assistons-nous à la formation d’un nouveau front antiaméricain, antilibéral et antisioniste contre l’irrésistible montée de Sarkozy?

Ou, cette fois pour l’Iran, à la reconstitution d’un nouveau "camp de la paix", tel que celui qui a précédé il y a quatre ans la guerre d’Irak ?

C’est en tout cas l’impression que donne, ces dernières semaines, la scène politique française.

Qu’on en juge!

Sur le plan intérieur, imprécations présidentielles, sortie d’un dossier du PS et antiaméricanisme tranquille de Bayrou contre "Sarkozy l’Américain", ainsi qu’annonce (avec le soutien de Dieudonné qui avait lui-même lancé des fleurs au FN) de la candidature du célèbre démonteur de Mc Dos José Bové …

Sur le plan extérieur, sorties tonitruantes (dans un entretien conjoint de journalistes américains et français) de l’actuel squatter et très prochain SDF de l’Elysée qui, après avoir déclaré, suite à la guerre du Liban de l’été dernier qu’il fallait davantage intégrer les Iraniens dans le jeu régional, puis multiplié les discussions plus ou moins secrètes avec les repésentants des mollahs, avant d’envisager un voyage de Douste-Blazy à Téhéran et fait pression sur le chef de l’AEIA ElBaradei pour qu’il suggère une pause dans les sanctions de l’ONU, minimise à présent officiellement (avec la bénédiction y compris de Védrine) le danger nucléaire iranien …

Et ce, au moment même où l’Iran, qui vient de consolider ses liens avec ses alliés tant nord-coréens (lesquels ont tout récemment et brillamment démontré la possibilité de faire un test nucléaire quasiment indétectable ou en tout cas sans réactions, autres que formelles, de la communauté internationale) que vénézuéliens (visite de Chavez à Téhéran, installation de camps d’entrainement au Vénézuéla), vient tranquillement de renvoyer les inspecteurs onusiens (et leurs caméras de surveillance) et d’annoncer le franchissement d’un nouveau pallier dans ses travaux d’enrichissement d’uranium (installation de ses nouvelles centrifugeuses permettant de produire de l’uranium enrichi à échelle industrielle et d’ici un an suffisamment de matière fissile pour une bombe atomique) …

Le jour-même où débutent à Téhéran les commemorations de l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, et le discours final du président iranien le 11 février, censé faire de "grandes annonces sur la progression du programme nucléaire" …

A la veille, comme par hasard, de l’examen par l’ONU à la fin du mois d’une seconde phase de sanctions (après celles déjà prévues par la résolution 1737), à l’expiration du délai de 60 jours donné en décembre dernier à l’Iran pour geler son programme nucléaire …

Coïncidences du calendrier, direz-vous? Pourtant tout s’éclaire si on relit l’analyse de septembre dernier du commentateur irano-américain Amir Taheri sur les étranges ressemblances du jeu actuel de la France avec l’Iran avec celui d’il y a quatre ans avec l’Irak à la veille de l’intervention alliée.

Et surtout le fameux papier de la soviétologue Françoise Thom qui décrivait justement au printemps 2003 cette autre fameuse innovation de la diplomatie française, à savoir, face à la vilaine doctrine américaine de la "guerre préemptive", celle de la… "capitulation préventive".

Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute.

LA MAISON QUE CHIRAC N’A PAS REUSSI A CONSTRUIRE
Amir Taheri

Le Jerusalem Post du 20 septembre 2006
Traduit par Albert Soued, http://www.chez.com/soued/conf.htm pour http://www.nuitdorient.com

N’ayant pas réussi à arrêter la guerre en Irak, le président Français Jacques Chirac est déterminé à empêcher une issue similaire en Iran. "Il n’y aura pas de guerre contre l’Iran" c’est ce qu’aurait dit Chirac à un émissaire de la République islamique lors d’une visite à Paris la semaine dernière. "La France s’opposera résolument à autre chose que des négociations"
L’histoire ne se répète pas, mais il est difficile d’oublier les promesses similaires de Chirac faites à Saddam Hussein en mars 2003, quelques semaines avant que la coalition menée par les Etats-Unis n’envahisse l’Irak.
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs Américains et Irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute.
Quelques heures avant qu’il ne s’envole pour New York pour assister à l’Assemblée Générale de l’Onu, Chirac a laissé tomber la seule condition que le groupe des 6 (membres permanents du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne) avait exigé de l’Iran comme prélude à des négociations. Chirac a dit "On ne doit pas demander à l’Irak d’arrêter l’enrichissement d’uranium comme condition préalable, et il est insensé de traîner la République Islamique (pour des sanctions) devant le Conseil de Sécurité"

Cela signifie que l’administration Bush a perdu la seule concession obtenue des alliés Européens comme incitation pour qu’elle prenne part aux pourparlers avec l’Iran. Grâce à Chirac, le président Mahmoud Ahmedinejad apparaît comme ayant gagné une victoire diplomatique contre le président G W Bush.
Pourtant l’Iran continue d’appliquer une stratégie pour neutraliser toute sanction qui pourrait lui être imposée. Diverses facettes à cette stratégie:
- les avoirs iraniens sont replacés en des lieux où ils ne seront ni saisis ni gelés. Depuis quelques mois des milliards $ ont été transférés des banques occidentales vers des institutions financières moins enclines à obéir aux injonctions de Washington, dans le Golfe, par exemple.
- les produits à double usage (pacifique et en vue d’une bombe nucléaire) qui pourraient être interdits aux importateurs iraniens ont été massivement stockés. Téhéran a contacté les hommes d’affaires Iraniens en Occident pour les aider financièrement afin qu’ils s’approvisionnent rapidement en marchandises susceptibles de subir des sanctions.
Ces achats massifs ont créé un embouteillage dans les principaux ports Iraniens, y compris Bandar Abbas, qui ont vu les temps d’attente doubler, alors que des queues continues de camions arrivaient de Turquie. Dans la plupart des cas, les opérations d’importation sont exécutées "militairement" par la branche commerciale des Gardes Révolutionnaires.
- une forte action diplomatique a été menée par l’Iran pour contrer d’éventuelles sanctions. 116 des 192 membres de l’Onu soutiendraient la République Islamique dans ses revendications nucléaires. Même si le Conseil de Sécurité finit par imposer des sanctions à Téhéran, il n’est pas du tout certain que ses décisions seront respectées par une majorité des membres de l’Onu. Par ailleurs l’idée de geler les avoirs d’officiels Iraniens est vaine, ceux-ci ayant déjà pris les mesures de précaution adéquates.

Paradoxalement cependant, le succès de Téhéran dans ses efforts pour neutraliser d’éventuelles sanctions pourrait hâter leur imposition par le Conseil de Sécurité. La raison en est que les amis de l’Iran qui y siègent, la Russie et la Chine, pourraient décider qu’il est inutile de se quereller avec Washington sur des sanctions, puisque celles-ci n’auraient que peu d’effets sur l’Iran. La loi des conséquences non désirées pourrait aussi fonctionner d’une autre manière. Si les sanctions s’avèrent inutiles, les Etats-Unis et leurs fidèles alliés pourraient décider que la seule possibilité d’action pour convaincre l’Iran est militaire. En d’autres termes le succès de Téhéran pour neutraliser les sanctions pourrait rendre une opération militaire inévitable.
Selon des sources à Téhéran, Ahmedinejad aurait déjà pris en compte cette éventualité.
"Une opération militaire limitée conviendrait à Ahmedinejad. Les Américains se montreraient, enverraient quelques missiles, frapperaient quelques sites et partiraient. Le président Iranien montrerait à la télévision quelques enfants et vieillards tués par les Américains, déclarerait une victoire et poursuivrait ses plans avec une plus grande vigueur", voilà ce que dit un ancien ministre Iranien.
Ahmedinejad a montré un visage très confiant lors de son apparition médiatisée au sommet des non-alignés à la Havane et lors de son discours enflammé à la tribune de l’Onu à New york. Cet homme pense qu’il a gagné la première manche dans sa bataille contre le grand Satan américain. Qualifiant ses prédécesseurs d’hommes faibles cédant à la pression américaine, Ahmedinejad compte sur son image musclée pour aider ses partisans à gagner de cruciales élections pour les conseils locaux du gouvernement et pour l’Assemblée des Experts qui nommera le prochain "Guide Suprême" à l’automne.

Quoique attendu, le soudain changement de position de la France a laissé en lambeaux l’"alliance" formée difficilement par la Secrétaire d’Etat Condolleza Rice. N’ayant pas réussi à définir une politique Iranienne durant 5 ans, l’administration Bush était contente de cacher cette lacune, en ralliant l’option européenne. La décision de Chirac d’ôter cette feuille de vigne ramène le débat à Washington, pour savoir quoi faire de ce régime messianique décidé à redessiner le Moyen Orient selon sa propre vision et défiant la doctrine Bush.
En se dégageant des pressions extérieures et en projetant une image de vainqueur invincible, Ahmedinejad a renforcé sa position dans son pays. Mais là aussi la loi des conséquences non désirées s’applique: si les Etats-Unis décidaient qu’il était temps de ramener cet extrémiste à ses justes dimensions et poussaient la carte nucléaire, ils l’aideraient à consolider son pouvoir dans son pays. Et alors cet homme ne pourrait plus accepter un quelconque compromis, nécessaire pour éviter un conflit.

La capitualtion préventive (extrait)

Françoise Thom

(…) En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique :
même politique d’obstruction à l’ONU,
même démagogie tiers-mondiste,
même alignement sur le monde arabe,
même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats "anti-impérialistes" dirigée contre Washington.

La France a repris le vieux dessein eurasien de Primakov, consistant à créer un axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin contre les Anglo-saxons, dessein auquel la Russie de Poutine a cessé de croire, mais qu’elle encourage à Paris car elle y voit un moyen d’améliorer ses positions dans ses négociations avec Washington.

L’obsession anti-américaine fait que la France n’est guère regardante quant à la nature des régimes auxquels elle accorde son appui au nom de la multipolarité . Irak, Algérie, Zimbabwe, Soudan : en un mot, la France semble s’entendre mieux avec les Etats-voyous et les Etats ratés qu’avec les Etats dont elle partage la civilisation. Elle prétend défendre le droit international en s’appuyant sur des Etats qui ignorent tout du droit.

L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’"antibushisme" peut se comparer à l’"antifascisme" des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste.

Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS.

En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur.

Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le "choc des civilisations" et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français.

Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de "l’engagement". Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues.

De manière révélatrice, Dominique de Villepin a déclaré devant le parlement que la mission française était de mettre en échec "le libéralisme anglo-saxon". Comme la plupart de leurs interlocuteurs arabes, les dirigeants français estiment plus urgent de se dresser contre les Etats-Unis, même quand ils ont raison, que de mettre en chantier les réformes qui permettraient de sauver leur Etat de la faillite.

Le plus grave dans tout ceci est que la passion anti-américaine a anesthésié les Français sur les conséquences de cette rupture délibérée avec le camp occidental.

Conséquences déjà perceptibles dans les débordements des manifestations pour la paix, dans le fait que l’Etat français est de moins en moins capable d’assurer la sécurité des biens et des personnes, à commencer par celle de nos concitoyens juifs. La représentation, dans les médias, des premiers jours de la guerre en Irak, avec sa propagande souvent ouvertement pro-Saddam, a été proprement irresponsable, au point d’alarmer les responsables du ministère de l’Intérieur : selon l’un d’entre eux,

"la médiatisation des cafouillages de la coalition en Irak nourrit, dans certains quartiers, une forme d’arrogance dont les policiers, sur le terrain, sont désormais les témoins… Il suffirait d’une étincelle pour que l’anti-américanisme dans les banlieues alimente des formes de violence incontrôlées" [ Le Figaro du 3 avril 2003].

Les observateurs étrangers s’interrogent sur les causes de la folie française.

Au moment où la fragilité de l’Etat français devient perceptible pour tous, en l’absence de toute défense européenne crédible, est-il vraiment prudent de rompre avec notre allié américain, au point que celui-ci nous considère maintenant comme un ennemi ? Même la Russie a compris qu’elle avait intérêt à ne pas se brouiller avec l’Amérique, justement à cause de ses faiblesses internes. Elle reste antiaméricaine, au fond, mais elle adopte un profil bas, ravie de voir la France attirer sur elle les foudres de Washington – et cette tactique est payante : les médias américains, qui n’ont pas de mots trop durs pour condamner la France, trouvent mille excuses à Poutine.

La première explication du comportement de nos dirigeants est l’irresponsabilité – ils croient qu’ils n’auront de comptes à rendre à personne.

Cette irresponsabilité est poussée si loin qu’ils semblent s’étonner des conséquences de leurs actes : ainsi, ils ne s’attendaient pas à la flambée de francophobie aux Etats-Unis, étant persuadés qu’ils pouvaient multiplier les provocations contre Washington sans risquer de rétorsions. L’habitude de l’impunité en politique intérieure a fini par engendrer une politique étrangère désastreuse, exactement comme pour la défunte URSS.

Voir aussi:

Edito du Monde
Un tournant radical
LE MONDE | 01.02.07 |

Jacques Chirac va encore, avec ses commentaires estimant qu’il n’est "pas tellement dangereux (que l’Iran ait) une bombe nucléaire, et peut-être une deuxième un peu plus tard", dérouter les partenaires de la France sur la scène internationale. "Le danger n’est pas dans la bombe qu’il va avoir, et qui ne lui servira à rien, a estimé le chef de l’Etat. Il va l’envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée."

Le propos, outre qu’il contredit la ligne officielle de la diplomatie française, incite à poser diverses questions. La première est de savoir si, lorsqu’il évoque "la bombe qu’il va avoir", il ne fait plus aucun doute dans l’esprit de M. Chirac que l’Iran, d’une part, ment en affirmant ambitionner un programme nucléaire civil et non militaire, et, d’autre part, a la capacité de produire prochainement cette bombe. D’autres viennent à l’esprit : M. Chirac croit-il que Téhéran irait jusqu’à tirer un missile nucléaire contre Israël ? Et quel pays pourrait "raser" Téhéran en quelques secondes ?

Au-delà de ces questions concrètes, force est de constater le virage diplomatique opéré par le président français. En 2003, Paris avait pris la tête d’un effort visant à régler le dossier nucléaire iranien par la diplomatie. M. Chirac se montrait alors d’une fermeté absolue. Après trois années de discussions au cours desquelles Téhéran ne fit aucun geste d’ouverture sur son programme nucléaire et multiplia les menaces à l’encontre d’Israël, la communauté internationale se mit d’accord, le 23 décembre 2006, sur un programme de sanctions. Or c’est précisément ce moment – alors qu’une seconde phase de sanctions pourrait être examinée fin février à l’ONU si Téhéran ne stoppe pas son programme d’enrichissement d’uranium – que M. Chirac choisit pour donner l’impression qu’il change de politique.

Le premier signal fut l’après-guerre du Liban. Afin de résoudre, d’une part, la crise interlibanaise et de protéger, d’autre part, les soldats français de la Finul présents au Liban sud, M. Chirac avait estimé, comme Le Monde l’a révélé dans une enquête publiée le 17 janvier, qu’il devait davantage intégrer les Iraniens dans le jeu régional. Des discussions ont lieu depuis l’été 2006. Un voyage de Philippe Douste-Blazy à Téhéran a été envisagé en janvier, puis l’envoi d’un autre émissaire français a été programmé, avant d’être annulé suite à des réactions perplexes, voire franchement hostiles, de divers partenaires de la France.

Ce second signal – l’idée que l’Iran va posséder l’arme nucléaire et que ce ne sera pas un danger immédiat – est un tournant plus radical encore, et qui intervient au mauvais moment. Lorsque la communauté internationale va se réunir à New York et de nouveau menacer l’Iran, on se demande quelle crédibilité la position de la France aura encore.

Et:

"J’ai eu un mot rapide, et je retire naturellement, quand j’ai dit : "on va raser Téhéran". C’est évidemment une boutade dans mon esprit… mais bon. Je n’imagine pas que l’on puisse raser Téhéran !"

"Je me suis laissé aller parce que je croyais que c’était en off, à dire que l’Arabie saoudite ou l’Egypte pourraient être tentées de suivre cet exemple. Je retire naturellement, car ni l’Arabie saoudite ni l’Egypte n’ont fait la moindre déclaration sur ces sujets, et donc ce n’est pas à moi de les faire."

Compte rendu
Jacques Chirac minimise la menace d’une bombe nucléaire iranienne
LE MONDE | 01.02.07 |

Jacques Chirac a fait, lundi 29 janvier, au sujet du programme nucléaire de l’Iran et de ses conséquences possibles au Moyen-Orient, une série de déclarations tranchant avec le discours habituel de la diplomatie française sur ce dossier. Il parlait à des journalistes du Nouvel Observateur, du New York Times et du International Herald Tribune. Le président français s’est ensuite rétracté, le lendemain, après avoir invité les mêmes médias à l’Elysée dans le but de rectifier ses propos.

Jacques Chirac avait dans un premier temps, lundi, évoqué un scénario où l’Iran parviendrait à se doter de la bombe atomique, déclarant : "Je dirais que ce n’est pas tellement dangereux par le fait d’avoir une bombe nucléaire – peut-être une deuxième un peu plus tard, bon… ça n’est pas très dangereux. Mais ce qui est dangereux, c’est la prolifération. Ça veut dire que si l’Iran poursuit son chemin et maîtrise totalement la technique électronucléaire, le danger n’est pas dans la bombe qu’il va avoir, et qui ne lui servira à rien… Il va l’envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée."

L’entretien accordé lundi par le président français devait avoir pour thème central la conférence sur l’environnement organisée à Paris, le 2 et 3 février, mais M. Chirac a été interrogé de façon impromptue sur l’Iran. Le lendemain, mardi, le président français revenait sur ces propos en affirmant qu’il pensait s’être exprimé en "off", c’est-à-dire sans que les journalistes puissent le citer, et qu’il avait eu "une manière un peu schématique de parler". "J’ai eu un mot rapide, et je retire naturellement, quand j’ai dit : "on va raser Téhéran". C’est évidemment une boutade dans mon esprit… mais bon. Je n’imagine pas que l’on puisse raser Téhéran !"

M. Chirac a précisé avoir eu à l’esprit, en parlant d’une attaque hypothétique sur Téhéran, le principe de la dissuasion nucléaire. Il affirmait mardi : "Il est évident que si un acte agressif indiscutable, c’est-à-dire l’envoi d’une bombe par une fusée porteuse, avait lieu (et cette bombe serait, je le répète, automatiquement détruite avant même d’avoir quitté le sol iranien ou en tout cas le ciel iranien), il est évident qu’il y aurait sans aucun doute des mesures de coercition, de mesures de rétorsion forcément. Ça fait partie de la dissuasion nucléaire."

Par ailleurs, le président français est revenu mardi sur des phrases prononcées lundi sur les répercussions régionales d’une éventuelle bombe iranienne. Il avait déclaré lundi : "Ce qui est dangereux, c’est la prolifération, et c’est tout de même tentant, pour d’autres pays qui ont de gros moyens financiers dans la région, de dire "eh bien, nous aussi, on va le faire, ou on va aider d’autres à le faire". Pourquoi l’Arabie saoudite ne le ferait pas ? Et pourquoi n’aiderait-elle pas l’Egypte à le faire également ? C’est ça le danger."

Mardi, M. Chirac déclarait qu’il retirait ces propos. "Je me suis laissé aller parce que je croyais que c’était en off, à dire que l’Arabie saoudite ou l’Egypte pourraient être tentées de suivre cet exemple. Je retire naturellement, car ni l’Arabie saoudite ni l’Egypte n’ont fait la moindre déclaration sur ces sujets, et donc ce n’est pas à moi de les faire."

M. Chirac, qui avait qualifié, lundi, l’Iran de "régime un peu fragile" ayant "peur d’être contesté", n’a pas repris cette expression mardi, décrivant plutôt l’Iran comme une "nation importante et qui compte". Lundi, il avait formulé une critique en demi-teinte à l’encontre des Etats-Unis, indiquant que si les dirigeants iraniens cherchaient à "avoir la maîtrise du nucléaire militaire", leur motivation pouvait être en partie de se prémunir contre "de mauvaises surprises susceptibles, à un moment ou un autre, de déstabiliser le régime des mollahs". Le régime des mollahs, avait-il dit, craint d’être "contesté ou menacé par la communauté internationale. Et la communauté internationale, c’est qui ? C’est les Etats-Unis".

Le président français a par ailleurs mis en garde, mardi, contre une escalade dans les sanctions votées contre l’Iran par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 23 décembre 2006. Evoquant la résolution 1737 frappant l’Iran de sanctions, M. Chirac a commenté : "Nous nous trouvons dans une situation qui est quand même confuse. Bien entendu, on peut procéder en allant de plus en plus loin, de plus en plus haut dans les réactions de chaque côté. Ce n’est certainement pas notre pensée et notre intention."

M. Chirac avait envisagé de dépêcher en janvier le ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, à Téhéran, pour parler notamment du Liban. Aucun des partenaires de la France traitant du dossier nucléaire iranien n’avait été prévenu de cette démarche. M. Chirac avait ensuite, lors d’un entretien à Paris le 25 janvier avec la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, "rappelé la position de la France qui souhaite que l’Iran respecte ses obligations", en suspendant l’enrichissement d’uranium, qui pourrait avoir des visées militaires.

Natalie Nougayrède

L’arme nucléaire dans deux ou trois ans, selon l’IISS

Dans son rapport publié le 31 janvier, l’Institut international des études stratégiques (IISS) de Londres estime que l’Iran sera en mesure de produire une arme nucléaire "dans deux ou trois ans au plus tôt". Insistant sur le fait que Téhéran "a continué à faire des progrès dans la production de matériel pour l’enrichissement nucléaire", l’IISS indique que l’Iran "a stocké 250 tonnes d’UF6 (hexafluorure d’uranium)", une quantité qui, une fois suffisamment enrichie, permettrait de produire "de 30 à 50 armes atomiques". Selon le rapport, l’Iran "est probablement sur la voie d’atteindre son objectif de disposer de 3 000 centrifugeuses d’ici à la fin mars ou peu après". De neuf à onze mois supplémentaires seraient nécessaires pour produire 25 kg d’uranium hautement enrichi, de quoi fabriquer une première arme. – (AFP.)

Jacques Chirac s’est rétracté quant à ses déclarations sur le nucléaire iranien
LEMONDE.FR | 01.02.07 |

Le président français, Jacques Chirac, a légèrement dérapé sur l’épineuse question du nucléare iranien lors d’une interview, accordée lundi 29 janvier, à trois grands journaux et qui devait porter, à la base, sur le réchauffement climatique. Il a déclaré que ce n’était pas tant le fait que l’Iran possède "une bombe nucléaire" qui serait "très dangereux, une, peut-être une deuxième un peu plus tard", mais la possibilité de prolifération dans la région. "Où l’Iran enverrait-il cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait 200 mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée"‘, a estimé le chef de l’Etat.

Le lendemain, Jacques Chirac a fait revenir au palais de l’Elysée les journalistes du New York Times , de l’International Herald Tribune et du Nouvel Observateur à qui il avait accordé l’interview la veille, se rétractant sur un certain nombre de déclarations. Revenant sur la destruction de la capitale iranienne, il a déclaré que "c’était un raccourci schématique, extrêmement schématique. Plus encore, c’est une formule que je retire". Il a, de plus, insisté sur le fait qu’il pensait s’exprimer en off.

En revanche, Jacques Chirac a maintenu que "si l’Iran possédait et lançait une bombe nucléaire, elle serait détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire".

ÉVITER LA PROLIFÉRATION

M. Chirac a estimé que le gouvernement du président Ahmadinejad était "un peu fragile". Il a qualifié la République islamique iranienne de "grand pays" avec "une très vieille culture" qui "a un rôle important à jouer dans la région" qui pouvait "favoriser la stabilité". Il a insisté sur les dangereuses conséquences qu’une politique trop dure à l’égard de l’Iran pouvait avoir sur Israël et sur le Liban tout en rappelant qu’il avait refusé de rencontrer le président Ahmadinejad, à New York, en raison de ses "propos totalement inacceptables sur la Shoah et Israël".

Son principal souci, a t-il dit, c’est d’éviter "la prolifération" et de voir les sanctions appliquées. Ce qui nous inquiète, a t-il précisé, "c’est le refus de l’Iran d’accepter les contraintes de l’AIEA [Agence internationale de l'énergie atomique] et donc d’arrêter d’enrichir l’uranium. C’est dangereux, très dangereux, il faut faire très attention". M. Chirac s’est cependant rétracté de sa prédiction que l’Iran pourrait encourager l’Arabie saoudite et l’Egypte à se doter également de la bombe nucléaire.

Ces déclarations de Jacques Chirac tranchent avec la politique défendue jusque-là par la France. Alors que le président plaide depuis longtemps pour une solution qui passe d’abord par le dialogue avec les autorités iraniennes, il semblait ces dernières semaines avoir quelque peu durci le ton, semble-t-il, sous la pression des Etats-Unis.

"certains médias outre-Atlantique qui n’hésitent pas à faire feu de tout bois contre la France".

Paris a sollicité Mohamed ElBaradei pour sortir de l’impasse avec l’Iran
LE MONDE | 02.02.07 |

L’Elysée s’est efforcé, jeudi 1er février, de mettre fin à la "polémique" suscitée par les propos tenus devant des journalistes américains et français par Jacques Chirac sur l’éventualité d’un Iran doté de l’arme nucléaire, en s’en prenant notamment à "certains médias outre-Atlantique qui n’hésitent pas à faire feu de tout bois contre la France". Simultanément, des informations provenant d’Iran indiquaient pourtant que, loin de se plier aux injonctions de la communauté internationale, ce pays serait sur le point de franchir un nouveau pallier dans ses travaux d’enrichissement d’uranium.

Des sources diplomatiques à Vienne, au siège de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ont en effet déclaré, jeudi soir à l’Agence France-Presse, que l’Iran avait commencé à procéder à l’installation d’une partie des 3 000 centrifugeuses prévues dans son site souterrain de Natanz. Si cette information se confirme, elle signifie que l’Iran est entré dans une phase visant à produire de l’uranium enrichi à échelle industrielle – un procédé qui, selon les experts, permet de se procurer en l’espace d’un an suffisamment de matière fissile pour une bombe atomique. L’Iran était jusqu’à présent doté de seulement deux cascades de 164 centrifugeuses chacune.

ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION

Des diplomates cités par l’AFP ont par ailleurs indiqué que les responsables iraniens avaient empêché les inspecteurs de l’AIEA présents à Natanz d’installer des caméras de surveillance permettant de suivre les travaux de mise en place de centrifugeuses à l’intérieur du souterrain.

Ces épisodes coïncident avec le début, jeudi en Iran, des cérémonies commémorant l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, qui doivent s’étendre sur une période de dix jours, et culminer, le 11 février, avec un discours du président, Mahmoud Ahmadinejad. Les responsables iraniens ont fait savoir que cet anniversaire serait l’occasion de grandes annonces concernant la progression du programme nucléaire. Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné, le 23 décembre 2006, un délai de 60 jours à l’Iran pour qu’il suspende l’enrichissement d’uranium, faute de quoi de nouvelles "mesures" seraient envisagées, après celles déjà prévues par la résolution 1737.

C’est dans ce contexte chargé que la France, après avoir envisagé de dépêcher en janvier son ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, pour évoquer des "questions régionales" avec Téhéran, a sollicité le directeur général de l’AIEA, Mohamed ElBaradei, pour qu’il prenne une initiative visant à sortir de l’impasse diplomatique.

M. ElBaradei a proposé, le 26 janvier, que l’Iran et le Conseil de sécurité marquent une "pause" respective dans l’enrichissement d’uranium et dans les sanctions afin de désamorcer la tension. M. ElBaradei avait eu auparavant, le 18 janvier à Paris, un entretien avec M. Douste-Blazy, qui l’avait incité à prendre position.

L’idée de M. ElBaradei a été accueillie avec réserve par les Etats-Unis, qui ont souligné que la suspension de l’enrichissement d’uranium devait être "vérifiée" par l’AIEA. Le président russe, Vladimir Poutine, s’y est en revanche montré très réceptif, déclarant, jeudi, qu’il fallait "travailler ensemble très activement dans la direction" fixée par M. ElBaradei.

Ni l’Elysée ni M. Chirac personnellement ne se sont prononcés publiquement sur l’idée d’une telle "pause", qui rappelle la proposition du président français, faite en septembre 2006, d’une "double suspension" de l’enrichissement d’uranium et du processus engagé au Conseil de sécurité.

Natalie Nougayrède

Voir également:

Mutually assured destruction depends on both sides of a conflict considering their own rational self interest in the course of making military decisions. In a scenario where one side holds a fanatical religious worldview that blesses violence and finds redemption in death, this strategy is clearly faulty. Aside from all that, the destruction that is, in Monsieur Chirac’s own mind, mutually assured is that of Israel and Tehran, not of Paris and Tehran, which makes his comments even more offensive.

Chirac’s Bombshell

New York Sun Staff Editorial
February 2, 2007

It’s something to try to imagine what the Iranians are going to make of the remarks by the president of France. Monsieur Chirac confided this week to reporters of the New York Times, the Paris Herald, and Le Nouvel Observateur, that he doesn’t think it would be much of a problem for the world if Iran had a pair of nuclear weapons. "Having one or perhaps a second bomb a little later, well, that’s not very dangerous," he told reporters. He speculated that Iran would never use a nuclear weapon on Israel because "it would not have gone 200 meters into the atmosphere before Tehran would be razed."

It was a notably irresponsible performance, even for Monsieur Chirac, and the geezers over at the Quai D’Orsay must have fallen into their bouillabaisse. The president hastened to withdraw his comments, going so far as to bring the reporters back to the Palais Élysée to explain himself and claiming that he thought the interview was off the record. Aside from the fact that his comments are out of line with stated French policy, what’s disturbing is that the president of France clearly thinks deterrence in the form of mutually assured destruction is the way to handle Iran. In thinking this way, he and other European policy makers are subscribing to an outdated strategy that will not work for this conflict.

Mutually assured destruction depends on both sides of a conflict considering their own rational self interest in the course of making military decisions. In a scenario where one side holds a fanatical religious worldview that blesses violence and finds redemption in death, this strategy is clearly faulty. Aside from all that, the destruction that is, in Monsieur Chirac’s own mind, mutually assured is that of Israel and Tehran, not of Paris and Tehran, which makes his comments even more offensive. Follow the logic and one eventually sees that the only moral position the West can take is one that marks Iran’s developing a nuclear bomb unacceptable in its own right.

Chirac scrambles to limit fallout from Iran comment
By Katrin Bennhold

The IHT

Thursday, February 1, 2007

President Jacques Chirac, seeking to limit the diplomatic backlash over his remarks on Iran’s nuclear ambitions, reaffirmed Thursday that France remained committed to preventing Tehran from becoming a nuclear power.

"France, along with the international community, cannot accept the prospect of a nuclear-armed Iran," a statement by his office said. "The Iranian nuclear program is opaque and therefore dangerous for the region in terms of proliferation and an arms race."

The statement was issued within hours of the publication of an interview in which the president said that if Iran had one or two nuclear weapons, it would not pose a serious danger because the launching of such a weapon would lead to the immediate destruction of Tehran.

The remarks, made in an interview on Monday with The New York Times, The International Herald Tribune and Le Nouvel Observateur, a weekly magazine, differed vastly from stated French policy and what Chirac has often said. On Tuesday, Chirac summoned the same journalists back to Élysée Palace to retract many of his remarks.

The president’s office denounced the publication of his comments as a "shameful campaign" and accused American media of "using any excuse to engage in France-bashing."

Along with Britain and Germany, France has been spearheading diplomatic efforts to persuade Tehran to abandon sensitive parts of its nuclear program. In December, it joined the United States and other countries in moving to sanction Iran for its refusal to stop enriching uranium as demanded by the United Nations Security Council and the International Atomic Energy Agency.

Several of Paris’s main allies in the negotiations with Tehran on Thursday said, at least officially, that they were reassured by the president’s swift self- correction.

Reacting to the idea that a nuclear- armed Iran would not be highly dangerous, the British foreign secretary, Margaret Beckett, said: "It is not a sentiment I share and from what I understand, the French president doesn’t share it any more either."

A German diplomat said he was "confident" that French policy on Iran was unchanged while the State Department said it was "satisfied" that this was the case.

But even as Chirac’s clarification Thursday asserted that the international community "acts with solidarity and watches over its unity" in its dealings with Iran, some diplomats expressed concern that the president’s published comments could embolden Iran by giving the impression of disunity in the international community.

"Iran will look for every chink in the armor," a British diplomat, who declined to be identified because of the sensitivity of the issue, said. He qualified Chirac’s comments as "unhelpful" as a UN deadline of Feb. 21 approaches for Tehran to suspend uranium enrichment or face sanctions.

Less than three months before Chirac’s second term runs out, even some French diplomats voiced concern that the president could make unilateral diplomatic overtures to Tehran in an attempt to strengthen his legacy. Chirac recently irritated other Western leaders when he planned to send his foreign minister to Iran to help resolve the crisis in Lebanon. The venture collapsed after Saudi Arabia and Egypt opposed the trip and members of his own government said it would fail.

Despite the statement from the Élysée Palace, Le Monde called Chirac’s remarks on Iran a "radical turnaround which comes at a bad moment" and argued that they also risked diminishing France’s credibility on the international stage.

"When the international community will reconvene in New York and again threaten Iran, people will question how credible the French position is," the daily said in an editorial on Thursday.

Chirac’s comments also made waves in the French presidential campaign.

The campaign team of Nicolas Sarkozy, the interior minister and candidate for the center-right UMP party, who is also one of Chirac’s main rivals, was careful not to directly attack the president.

"The position of Nicolas Sarkozy is that Iran should not have access to nuclear weapons," said Pierre Lellouche, Sarkozy’s foreign policy and defense adviser. "I’m not going to comment on what Mr. Chirac said, he is still the head of state."

By contrast, the opposition Socialist Party was happy to enter the fray — not least because its candidate, Ségolène Royal, was recently criticized over her stance on Iran. She had suggested that Iran should not even be given access to civilian nuclear energy.

"It is incomprehensible that a senior French politician could speak as if Iran already had a nuclear bomb," said Jack Lang, Royal’s foreign policy adviser.

François Hollande, the Socialist Party leader and Royal’s partner, tried to strike a more ironic tone: "I understand that Jacques Chirac is retracting his words," Hollande was quoted as saying in Le Monde.

Text: Interview on Jan. 29

Wednesday, January 31, 2007

Following are excerpts from an interview with President Jacques Chirac of France with The New York Times, the International Herald Tribune and Le Nouvel Observateur on January 29, 2007. The interview was conducted in French and recorded and translated by The New York Times.

Q: Mr. President, you spoke earlier about nuclear energy. What are the possibilities for nuclear energy in the future, especially for emerging countries, a country like Iran, for example?

A: I would like to tell you there are first of all two different problems: nuclear power for electricity and nuclear technology for military purposes. What worries us in Iran, it’s not electro-nuclear (nuclear energy) as such but uranium enrichment. That’s what worries us. It is the refusal of Iran to accept the constraints of the IAEA (International Atomic Energy Agency) and so to stop enriching uranium. It’s very dangerous. It’s very dangerous. One has to pay careful attention to that.

I would say that what is dangerous about this situation is not the fact of having a nuclear bomb – having one, maybe a second one a little later, well, that’s not very dangerous. But what is very dangerous is proliferation. This means that if Iran continues in the direction it has taken and totally masters nuclear generated electricity, the danger does not lie in the bomb it will have, and which will be of no use to it.

Where will it drop it, this bomb? On Israel? It would not have gone 200 meters into the atmosphere before Tehran would be razed to the ground.

What is dangerous is proliferation. It is really very tempting for other countries in the region that have large financial resources, to say: ‘Well, we too, we’re going to do it. We’re going to help out others to do it. Why wouldn’t Saudi Arabia do it? Why wouldn’t it help Egypt to do so as well? That is the danger. So one has to find a way to settle this problem. That, then, is the military nuclear issue.

Q: How far can the West go in threatening sanctions against Iran without risking reprisals, in particular on Lebanon?

A: This is not quite the topic of our interview. You know about my feelings about Lebanon, and there is no mystery about them. The question is, how can we impose sufficiently strong constraints on Iran. This is a difficult issue. One has to know what Iran can withstand or not. Iran has a regime that is still a bit fragile, a bit fragile. The last elections proved in particular that the President did not have all the authority one could have expected. This somewhat fragile regime is afraid. Afraid of what? Afraid of being contested.

What does it want? It wants to maintain the regime of the mullahs. To maintain the regime of the mullahs, it needs to not be contested or threatened by the international community, and the international community. Who is it? It’s the United States. So how much of Iran’s reaction is about wanting to control military nuclear technology, and how much is a desire to be recognized and respected by the international community and in particular the United States so as to avoid bad surprises that could at one moment or another destabilize the regime of the mullahs? This is a difficult question, because the Shiites are very particular people. The Shiites, since the beginning, are people who have a culture of minorities. They are minorities, they have a culture of minorities. They do not react like the Sunnis or the Europeans.

[.....]

Q: But is there a fundamental dilemma in this world where we are at a moment where we, at a moment where we have to reduce carbon emissions, so electro nuclear energy is very important especially for such powers such as India or China, but at the same time we live in a world where terrorism and proliferation are a major worry.

A: …No expert will claim there is a connection between electronuclear technology and the nuclear bomb. These are two things, two completely different technologies. Our entire problem with Iran that we evoked earlier, it is because Iran wants, through the enrichment of uranium, to make a nuclear bomb. But with electro-nuclear (nuclear energy), you have no way to get to a bomb. There is no risk. There is the IAEA that monitors this. There is control. There is no risk.

Q: There is no risk?

A: None, absolutely none. You cannot take an electrical nuclear plant and make a bomb. It just doesn’t work.

Q: So the question the technology of uranium enrichment…

A: It is uranium enrichment, in fact under very special conditions that are controlled by the IAEA. The IAEA checks all the time to verify that they are not doing secret enrichment. But enrichment is of no use for electro-nuclear technology. No, there is no link between the two.

Text: Interview on Jan. 30

Wednesday, January 31, 2007

Following are excerpts from an interview with President Jacques Chirac of France with The New York Times, the International Herald Tribune and le Nouvel Observateur on January 30, 2007. The interview was conducted in French and recorded and translated by The New York Times.

President Chirac: I wanted to say a little about how I really see the Iran problem. Iran has started a process that the IAEA (International Atomic Energy Agency) thinks could lead to control over military nuclear technology, which as you know is against Iran’s commitments as a signatory of the NPT. The NPT is the Non-Proliferation Treaty and Iran has signed it. So Iran is going back on its commitments, which is why the IAEA has been working on this and observed that uranium enrichment was likely to lead to military nuclear technology. As a consequence, this was neither normal nor acceptable.

From this point on, major countries consulted, especially the six comprising the three European countries — France, Germany and the United Kingdom — and the United States, and then Russia and China. The aim was to explain to Iran that it was putting itself in a situation in which it was breaking international law and that it should therefore stop nuclear enrichment and everything to do with nuclear-based military technology.

Iran is still a great nation and an important nation that matters ….We explained to Iran that it could not put itself into this situation, and that therefore we had to discuss, negotiate to obtain the suspension of uranium enrichment, which is the symbol in a way, the core of military nuclear technology. What we thought would happen is that we would be able to discuss this. I would remind you that France also made an open proposal to Iran that did not criticize Iran’s authority but said, "You yourselves are going to take a decision in your own way to provisionally stop enriching uranium, and the six countries will in exchange agree to stop the sanction procedure in the U.N. Security Council." I honestly believe that this was an acceptable position, in the sense that we were telling Iran, "The day you decide to start up again, you resume and we will resume the sanction procedures. We shall start implementing the sanction procedures."

Each side was taking a step towards the other, and we thought that we had an acceptable process given Iran’s demands. In fact actually the Iranians did not accept this process. They did not agree to interrupt their uranium enrichment work, and as a consequence the six continued their action in the Security Council…This led to sanctions that initially involve in fact the supply, import or export of military nuclear equipment to Iran, so these sanctions were imposed in Security Council resolution 1737.

From this point on, we find ourselves in a situation that is rather confused. So of course we can go further and further, higher and higher up the scale in our reactions on both sides. This is certainly not our thinking and our intention. What we wanted was to reach a result, as I mentioned earlier, that would comply with both NPT obligations and IAEA controls.

In the present state of affairs, we have not received any positive responses from Iran, so I said – in a rather short-hand way – that "In the end when you think about Iran, what use would it have for a bomb?" If indeed their real goal is to build a nuclear capacity – in other words a nuclear bomb – it is obvious that that this bomb, the moment it was launched, obviously would be destroyed immediately. We have the means, several countries have the means to destroy a bomb, once they see a bomb-carrying rocket launch. So it is hard to see what advantage Iran could find for dropping a bomb. The bomb would naturally be destroyed as soon as the rocket was launched. This is to me an important aspect of the issue.

Q: It would be destroyed, the bomb?

A: The bomb would be destroyed, yes.

Q: And what would the repercussions be for Iran?

A: Well the repercussions for Iran would have to be examined, naturally. I spoke quickly and I retract it, of course, when I said, ‘One is going to raze Tehran.’ It was of course a manner of speaking in my mind. I don’t imagine that we could raze Teheran. But it is obvious that if an undeniably aggressive act, which is to say sending a bomb payload on a launch rocket, took place and this bomb would be – I repeat – automatically destroyed without even having left the Iranian soil or at least the Iranian airspace, it is obvious there would be without a doubt measures of coercion, measures of retaliation, of course. It is part of nuclear deterrence…

Saying one would destroy Tehran is meaningless but what is meaningful is that in nuclear deterrence, there are initiatives taken in case of a nuclear attack which are to be examined, to be negotiated and which are up to the authority of the countries that consider themselves, with good reason or not, attacked.

Q: Including a retaliation of a nuclear type?

A: Everything is possible…It is deterrence that allows attacking, counter-attacking a nuclear attacker that would have manifested itself. So that’s the first problem.

The second problem of course concerns proliferation. The great danger of this plan of Iran is proliferation. Everyone knows that some countries have already reached the nuclear level and that have undeniably taken part in the development of proliferation. I won’t name any country. It’s useless but we know it, even Iran benefited from the expertise, the knowledge of the technology of some countries in the nuclear sector. So proliferation is a dangerous thing, starting from the moment when Iran would be able to access military nuclear technology, it would become ipso facto a potential center of proliferation that would be extremely dangerous for the entire region.

I drifted, because I thought we were "off the record," to say that, for example, Saudi Arabia or Egypt could be tempted to follow this example, I retract it of course since neither Saudi Arabia nor Egypt have made the slightest declaration on these subjects so it is not up to me to make them….What is certain is that such a process leads to an arm race that could lead a number of countries to participate in this arm race. I don’t want to name any countries naturally, even though I did so yesterday, I shouldn’t have done so….

Q: In the region?

A: In the region and maybe beyond it….There is a second risk that is also extremely serious which is the risk of proliferation because even without using a bomb they would have made, they can transfer to other countries for political reasons technologies that would allow these other countries to gain access to military nuclear technology….

Iran is still a great country. It’s a country with a tradition. It’s a complex country, which has a very old culture…. Iran has necessarily an important role to play in the Middle East region.

This region was traumatized by the Iraq affair. The Iraq affair shifted red lines, in fact, in the region and it has created a new situation. It has become dangerous, this region, more vulnerable, and therefore, Iran undeniably has an important role – taking into account its history, its tradition, its philosophy – an important role to play in the region under the condition of course to do so in a peaceful and cordial way.

I was a bit quick yesterday…The current problem, in my view, is the environment. About Iran, we unfortunately will most likely have many more occasions to talk about it…

Q: Yesterday, frankly, you could have given the impression, at least it could have led to confusion, in that you were also saying that Iran could possess its first bomb, and maybe a second one. For you it was a way of saying that the problem is proliferation. You have evoked the possibility that it (Iran) may attack Israel, which seemed almost a bit secondary.

A: I cannot imagine this. I cannot imagine this. I repeat, the means of protection that exist around the world, in particular with the Americans but also with the Europeans, with a certain number of Europeans, are such that I don’t imagine that a bomb, that a rocket carrying a [nuclear] bomb could be launched from Iran without our detecting it. And as a result, it would necessarily be destroyed. So I don’t think I spoke about Israel yesterday. Maybe I did so but I don’t think so. I have no recollection of that….

Q: Mr. President, there are a number of questions that we had asked you, and you didn’t wish to answer, and you told us so, very nicely in fact.

A: Yes, but I didn’t want to abuse your time nor mine. What you need to know is that France considers that Iran is an essential element in the stability of this entire region, an essential element and naturally this stability will depend on the policy that Iran will choose. I do not know exactly – there are right now in Iran talks, everybody knows that, among the Iranian authorities, to know exactly the policy that Iran must follow. It is not up to me to cast a judgment on this point. But it is a fact.

There have even been elections that have shown – that have slightly put into question — the authority of President Ahmadinejad. One should say that the words – this I am telling you very much from the bottom of my heart – that this President Ahmadinejad had about Israel are in my view and in the view of France and in the view of the entire world are certainly totally unacceptable. In fact I have told the Iranians so. These are totally unacceptable words, and they cannot be tolerated. I simply hope that these were rather personal words and which do not correspond to the conception of things by the main Iranian leaders. I don’t know, and I condemn them totally, and I have told the Iranians so in the clearest fashion.

When I went to New York, President Ahmadinejad asked me for a meeting, I refused, on principle, because I could not agree to receive or to talk to someone who held these views on the Shoah in particular and on Israel in general. This, it was completely clear, and so I want to say so.

But I repeat, Iran is a great nation historically, culturally, which matters in this region of the Middle East, and it is important to have a dialogue with this country to try and have stability in the Middle East.

Q: I wanted to thank you…

A: It is I who thank you for coming back. These are extremely delicate and dangerous subjects and which involve consequences that can be dramatic. So, everybody needs to take his responsibilities. So sometimes one can drift off, when one believes there are no consequences. I, I honestly believed that the questions aside from the environment were off the record….

Q: ….It is I who asked the question. But it was after your analysis about nuclear energy, so I asked a question honestly and politely. I am sorry if it gave you the impression that …

A: My dear lady, no, I am not under this impression. It is I who was wrong. I don’t want to contest it. I should rather have paid attention to what I was saying and to understand that perhaps we were "on the record." We had talked about environmental problems, nuclear problems… It was I who should have paid attention and who should have said, "We are off the record," and I didn’t say it. Q: You said, "We must find a way to fix this problem." What are the ways to fix this problem?

A: I am going to tell you quickly that the way things are now, what …Iran should wish for is the division of the international community. That is the reason why we think it is essential to maintain the cohesion of the international community. …So there are the French, the Germans, the British who have a point of view that is almost identical. There are the Americans and then there are the Russians, who for reasons that are theirs, and the Chinese, who are not always exactly on the same line.

So if we split, it’s a great victory in a way for those in Iran who have the hardest line. If, on the contrary, we remain united, in particular within the resolutions of the Security Council, at least on 1737, at this moment, we remained strong. And so I think that what is important is to make sure that there are no divisions of the international community and that the six countries in question remain united in the face of this problem which is a dangerous problem….


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