Désinformation: Pendant les fêtes, la captation d’héritage continue

26 janvier, 2007

mary & josephDernier exemple en date, repéré par Menahem Macina sur le site UPJF, de la captation d’héritage et du détournement systématique dont est l’objet le judéo-christianisme d’abord par l’islam et le Coran, puis à présent par les tenants du terrorisme arabe et palestinien et leurs légions de compagnons de route et d’idiots utiles, une carte postale proposée par une ONG américaine détournant à son tour… la Nativité:

Propagande
Jésus et Marie récupérés par la propagande palestinienne, sur le site de l’ONG War on Want
Outre ses activités caritatives et sociales, l’ONG War on Want (WoW) promeut clairement une ligne politique de délégitimation d’Israël. Ici, nous nous limitons à épingler une carte postale qui représente Joseph et Marie – enceinte – subissant une fouille effectuée par des soldats israéliens, le long de la Barrière de Séparation de Bethléem. (Menahem Macina).

15/01/07

Original anglais : “War on Want Wages War on Israel”

Sur le site de NGO Monitor.

Sur la page de WoW où l’on peut commander cette carte, on peut lire le texte suivant, qui figure au-dessus de l’image :

« La ville de Bethléem est complètement isolée du monde extérieur par le Mur de Séparation d’Israël et un poste de contrôle dernier cri, ce qui aggrave la destruction de la vie et de l’économie de ses habitants palestiniens, après des années de violence. »

Suivi de la mention :

« Pour mettre fin à la violence au Moyen-Orient il faut construire des ponts, pas des murs. »

Sur cette image, War and Want établit un lien explicite entre la souffrance des Palestiniens et celle de Jésus. De plus, le message véhiculé par la carte suggère qu’Israël persécute intentionnellement les chrétiens palestiniens, détournant ainsi l’attention de l’oppression actuelle des chrétiens qui sévit dans l’Autorité Palestinienne.

Cette campagne est un exemple de plus du détournement que fait WoW des thématiques afférentes à l’Holocauste et à l’antisémitisme. Dans le passé, cette ONG a accusé Israël de mettre les Palestiniens “en cage” dans des “ghettos”, de préparer un “projet d’expulsion”, et d’agir comme un “boxeur poids lourd qui frappe un enfant”. Elle a aussi repris des accusations antisémites diffamatoires traditionnelles (tel l’”empoisonnement des puits”) en relayant des allégations infondées, selon lesquelles Tsahal s’en prend aux sources d’eau palestiniennes comme “moyen punitif et discriminatoire”.

Pour en savoir plus sur WoW, consulter le dernier rapport de NGO Monitor.

© NGO Monitor

Mis en ligne le 26 janvier 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org


L’abbé Pierre ou l’antisémitisme tranquille d’un curé rouge

25 janvier, 2007
Abbe Pierre's antisemitismLes révisionnistes et les négationnistes français (…) ont une spécificité, qui les distingue des Italiens ou des Américains : leur filiation n’est pas d’extrême droite. Leur public, ceux qui les entendent et les suivent, est celui de Le Pen, pour appeler les choses par leur nom. Mais les intellectuels qui fournissent à ce public des denrées viennent en fait de l’ultra-gauche. Rassinier, cet ancien député socialiste devenu le père du révisionnisme, a fait, dans les années 50, le pont entre l’extrême droite et l’ultra-gauche. Pierre Vidal-Naquet

Chapelle ardente où défile la foule éplorée à l’Hôpital militaire du Val de Grace (l’hôpital des présidents), déluge d’éloges de toute la classe politique, matraquage en boucle des extraits de la vie du saint sur nos petits écrans, surenchère dans l’hagiographie des titres de la presse écrite (“Révolté de la misère”: L’Humanité, “Pape des pauvres”: Le Parisien, “Saint domicile fixe”: Libération), hommage national demain à Notre-Dame …

L’unanimisme qui entoure, dans cette France si fière de sa laïcité et de sa mécréance, la mort de l’ancien curé rouge n’est pas sans étonner.

A l‘heure où, comme il y a trois ans contre l’intervention alliée en Irak, la France entière se retrouve comme un seul homme, unie et unanime derrière l’actuel squatter de l’Elysée et délinquant muti-récidiviste, pour pleurer la disparition de l’abbé Pierre, comment ne pas avoir envie, sans nier le véritable réconfort qu’il a apporté à tant de démunis, de rappeler (grâce à des blogs comme celui de Denis Touret ou wikipedia) certains des faits passés sous silence ou expédiés en une phrase (ce qui revient un peu au même) au sujet du défenseur des “sans” (logis, papiers, travail, Etat) et “personnalité la plus aimée des Français”?

Comme… son tranquille antijudaïsme de vieux catho et son antisionisme très extrême-gauche qui lui feront défendre les Brigades Rouges italiennes mais aussi jusqu’au bout le négationniste Garaudy traduit en justice pour son livre Les mythes fondateurs de la politique israélienne, ce qui lui vaudra l’exclusion du Comité d’honneur de la LICRA.

Ou… la véritable “vocation génocidaire” qu’il attribuait au peuple juif (“que reste-t-il d’une promesse lorsque ce qui a été promis, on vient de le prendre en tuant par de véritables génocides des peuples qui y habitaient, paisiblement, avant qu’ils y entrent ?”).

Ou encore… ses chipotements sur les “détails” du génocide des Juifs par les Nazis (“sur la question des chambres à gaz, il est vraisemblable que la totalité de celles projetées par les nazis n’ont pas été construites”).

Ou ses… petites phrases digne d’un José Bové ou d’un Edgar Morin (“Je constate qu’après la formation de leur Etat, les Juifs, de victimes, sont devenus bourreaux. Ils ont pris les maisons, les terres des Palestiniens”, 1991).

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Une histoire de QI (The other Marilyn)

25 janvier, 2007
“Hey Albert,” said Marilyn [IQ: 163]. “Imagine if we had a baby and it had my looks and your brains it could do anything it wanted.” “Yes, my dear,” replied Einstein [IQ: 160]. “But what if it has my looks and your brains?”.
You do not take a person who, for years, has been hobbled by chains and liberate him, bring him up to the starting line in a race and then say, ‘you are free to compete with all the others’, and still justly believe that you have been completely fair. (Lyndon Johnson, 1965)

En ces temps où il est de bon ton de cracher sur l’intelligence ou sur les projets d’égalisation des chances comme l’”affirmative action” américaine (qui après 40 ans a peut-être effectivement bien gagné sa retraite) ou la toute nouvelle (vélléité de) “discrimination positive” française (reprenant, petit retard oblige, la formule oxymorique depuis longtemps abandonnée par les Américains) …

On ne peut s’empêcher de repenser (histoire de voir le chemin parcouru) à… ces temps héroïques du test de Binet-Simon!

Conçu à l’origine, comme le rappelle wikipedia, pour détecter à l’avance les élèves faibles scolairement (“âge mental”, 1905) et inspiré en fait par l’Anglais Spearman (1904 – inspiré lui-même par le cousin eugéniste de Darwin Galton et l’Américain Cattell) et amélioré par l’Allemand Stern (“quotient intellectuel”, 1912) puis l’Américain Wechsler (pour trier les nouvelles recrues, QI par rang, applicable aux adultes, 1939) …

Et qui eut son heure de gloire en France même en 1961 quand (wikipedia toujours)… “un jeune travailleur agricole ‘quasiment illettré’ nommé Jean Frêne se voit créditer aux trois jours de sélection militaire d’un QI exceptionnel. L’affaire remonte au ministère des Armées (= de la Défense) qui lui accorde un sursis et une bourse : cinq ans plus tard, Jean Frêne décroche son diplôme d’ingénieur et embraye directement sur un doctorat. Il est actuellement (2004) professeur à l’université de Poitiers (chaire de tribologie). Cette affaire popularisera l’intérêt de la notion de QI en France. Jean Frêne y est devenu le troisième Français à obtenir la prestigieuse médaille d’or internationale de tribologie.’

Ou en 1963 avec… “Le jeune Alexandre Boviatsis, lui aussi crédité d’un important QI et dont la mère assure pour cette raison l’éducation, obtient son « premier bac » (nom de la partie du baccalauréat située à l’époque à la fin de la classe de première) à 13 ans 1/2.”

Et surtout en Amérique en 1956 avec… le plus grand QI mesuré (dûment certifié par les bières Guiness) et obtenu par une femme, Marilyn vos Savant (228 = âge mental à 10 ans de 23 ans), qui a aujourd’hui 60 ans et a sa propre chronique (“Ask Marilyn”) dans un supplément dominical intitulé Parade (aussi en ligne) où elle répond aux questions de ses lecteurs.

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Nos systèmes éducatifs seraient-ils victimes du Principe de Peter? (Have our schools reached their level of incompetence?)

23 janvier, 2007
Dilbert principlePersonne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre d’hommes vraiment cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait donc rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre des hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. (Nietzsche, Réflexions sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, 1869/1973)
Et aujourd’hui nous ne savons pas encore si la vie culturelle peut survivre à la disparition des domestiques. (Alain Besançon, Etre russe au XIXe siècle, 1974)

A l’image des fameuses hiérarchies du Principe de Peter, nos systèmes éducatifs auraient-ils atteint leur niveau de plus haute incompétence ?

Ou, pour reprendre la variante informatique du principe, le projet éducatif des sociétés avancées est-il devenu trop complexe pour être compris par ses propres développeurs?

Ou encore, si on lui applique la Loi de Parkinson, tend-il à “s’étaler de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement”, “un fonctionnaire tendant à multiplier ses subordonnés, pas ses rivaux” et “les fonctionnaires se créant mutuellement du travail”?

C’est un peu l’impression qu’on a en lisant les trois derniers articles, dans les WSJ de cette semaine, de l’auteur si vilipendé (pour avoir osé toucher, même si le rapport intelligence/race est effectivement douteux, au tabou des différences de capacités*) de “La Courbe en cloche”, Charles Murray, sur les limites de l’effort éducatif (la moitié des élèves étant sous 100, on aurait vite fait de tomber dans l’acharnement pédagogique) et l’inadaptation de ses formes universitaires ou technologiques pour la plupart des étudiants au-dessus de 100, tant les relativement “doués” que les “surdoués”.

Morceaux choisis:

Half of all children are below average in intelligence. It has been shown that some intensive interventions temporarily raise IQ scores by amounts ranging up to seven or eight points. Investigated psychometrically, these increases are a mix of test effects and increases in the underlying general factor of intellectual ability — “g.” In any case, the increases fade to insignificance within a few years after the intervention. Nor can we look for much help from the Flynn Effect, the rise in IQ scores that has been observed internationally for several decades. Only a portion of that rise represents an increase in g, and recent studies indicate that the rise has stopped in advanced nations.
in the 2005 round of the National Assessment of Educational Progress (NAEP), 36% of all fourth-graders were below the NAEP’s “basic achievement” score in reading. It sounds like a terrible record. But we know from the mathematics of the normal distribution that 36% of fourth-graders also have IQs lower than 95.
We have never known how to educate everyone. The widely held image of a golden age of American education when teachers brooked no nonsense and all the children learned their three Rs is a myth. If we confine the discussion to children in the lower half of the intelligence distribution (education of the gifted is another story), the overall trend of the 20th century was one of slow, hard-won improvement.
This is not to say that American public schools cannot be improved. Many of them, especially in large cities, are dreadful. But even the best schools under the best conditions cannot repeal the limits on achievement set by limits on intelligence.
While concepts such as “emotional intelligence” and “multiple intelligences” have their uses, a century of psychometric evidence has been augmented over the last decade by a growing body of neuroscientific evidence. Like it or not, g exists, is grounded in the architecture and neural functioning of the brain, and is the raw material for academic performance. If you do not have a lot of g when you enter kindergarten, you are never going to have a lot of it. No change in the educational system will change that hard fact.
In engineering and most of the natural sciences, the demarcation between high-school material and college-level material is brutally obvious. If you cannot handle the math, you cannot pass the courses. In the humanities and social sciences, the demarcation is fuzzier. It is possible for someone with an IQ of 100 to sit in the lectures of Economics 1, read the textbook, and write answers in an examination book. But students who cannot follow complex arguments accurately are not really learning economics. They are taking away a mishmash of half-understood information and outright misunderstandings that probably leave them under the illusion that they know something they do not.
anything below an IQ of 110 is problematic. If you want to do well, you should have an IQ of 115 or higher. Put another way, it makes sense for only about 15% of the population, 25% if one stretches it, to get a college education. And yet more than 45% of recent high school graduates enroll in four-year colleges. Adjust that percentage to account for high-school dropouts, and more than 40% of all persons in their late teens are trying to go to a four-year college — enough people to absorb everyone down through an IQ of 104.
They are in college to improve their chances of making a good living. What they really need is vocational training. But nobody will say so, because “vocational training” is second class. “College” is first class.
Large numbers of those who are intellectually qualified for college also do not yearn for four years of college-level courses. They go to college because their parents are paying for it and college is what children of their social class are supposed to do after they finish high school. They may have the ability to understand the material in Economics 1 but they do not want to. They, too, need to learn to make a living — and would do better in vocational training.
Combine those who are unqualified with those who are qualified but not interested, and some large proportion of students on today’s college campuses — probably a majority of them — are looking for something that the four-year college was not designed to provide. Once there, they create a demand for practical courses, taught at an intellectual level that can be handled by someone with a mildly above-average IQ and/or mild motivation. The nation’s colleges try to accommodate these new demands. But most of the practical specialties do not really require four years of training, and the best way to teach those specialties is not through a residential institution with the staff and infrastructure of a college. It amounts to a system that tries to turn out televisions on an assembly line that also makes pottery. It can be done, but it’s ridiculously inefficient. The demand for college is market-driven, because a college degree does, in fact, open up access to jobs that are closed to people without one.
For a few occupations, a college degree still certifies a qualification. For example, employers appropriately treat a bachelor’s degree in engineering as a requirement for hiring engineers. But a bachelor’s degree in a field such as sociology, psychology, economics, history or literature certifies nothing. It is a screening device for employers. The college you got into says a lot about your ability, and that you stuck it out for four years says something about your perseverance. But the degree itself does not qualify the graduate for anything. There are better, faster and more efficient ways for young people to acquire credentials to provide to employers.
two-year colleges are more honest than the four-year institutions about what their students want and provide courses that meet their needs more explicitly. Their time frame gives them a big advantage — two years is about right for learning many technical specialties, while four years is unnecessarily long.
Advances in technology are making the brick-and-mortar facility increasingly irrelevant. Research resources on the Internet will soon make the college library unnecessary. Lecture courses taught by first-rate professors are already available on CDs and DVDs for many subjects. The cost of effective training will fall for everyone who is willing to give up the trappings of a campus. As the cost of college continues to rise, the choice to give up those trappings will become easier.
The spread of wealth at the top of American society has created an explosive increase in the demand for craftsmen. Finding a good lawyer or physician is easy. Finding a good carpenter, painter, electrician, plumber, glazier, mason — the list goes on and on — is difficult, and it is a seller’s market. Journeymen craftsmen routinely make incomes in the top half of the income distribution while master craftsmen can make six figures. They have work even in a soft economy. Their jobs cannot be outsourced to India.
if “intellectually gifted” is defined to mean people who can stand out in almost any profession short of theoretical physics, then research about IQ and job performance indicates that an IQ of at least 120 is usually needed. That number demarcates the top 10% of the IQ distribution, or about 15 million people in today’s labor force — a lot of people.
We live in an age when it is unfashionable to talk about the special responsibility of being gifted, because to do so acknowledges inequality of ability, which is elitist, and inequality of responsibilities, which is also elitist. And so children who know they are smarter than the other kids tend, in a most human reaction, to think of themselves as superior to them. Because giftedness is not to be talked about, no one tells high-IQ children explicitly, forcefully and repeatedly that their intellectual talent is a gift. That they are not superior human beings, but lucky ones. That the gift brings with it obligations to be worthy of it. That among those obligations, the most important and most difficult is to aim not just at academic accomplishment, but at wisdom.
The encouragement of wisdom requires a special kind of education. The gifted need to have some classes with each other not to be coddled, but because that is the only setting in which their feet can be held to the fire.

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Grandeurs et misères de la tolérance: Vauban

21 janvier, 2007
pour le retour des HuguenotsCe projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu … S. Le Prestre de Vauban (“Mémoire pour le rappel des Huguenots”, 1689)

Quel meilleur moment, en cette année Vauban qui commence (tricentenaire de sa mort) et qui a vu, campagne électorale et exil de Johnny* obligent, la question de l’exil fiscal revenir sur le tapis, pour rappeler (comme le faisait ce journaliste de LCI ce matin) les paroles du grand architecte militaire de Louis XIV sur la saignée que constituait pour la France de l’époque l’exil des Protestants suite à la Révocation de l’Edit de Nantes ?

Car le marquis et maréchal de France de Vauban n’a pas construit que des fortifications mais était aussi une sorte de libéral avant l’heure qui rédigea de nombreux traités sur la stratégie mais aussi sur les sciences, l’agriculture et l’économie, dont “La dime royale” qui proposait une sorte de “flat tax” (de donc 10%) appliquée à tous, nobles comme roturiers.

Mais aussi un esprit de tolérance qui écrivit, au péril de sa carrière, un “Mémoire sur le rappel des huguenots” exhortant Louis XIV à revenir sur la Révocation de l’Edit de Nantes au nom non seulement de la liberté de conscience mais, plus de 200 000 protestants ayant été renforcé nos ennemis ou rivaux de Prusse, Angleterre, Pays-Bas, Afrique du sud ou Amérique, de l’intérêt économique de la nation.

* après … les sportifs: Alési, Boetsch, Clément, Escudé, Forget, Gasquet, Killy, Leconte, Loeb, Mathieu, Moreau, Mauresmo, Peterhansel, Pioline, Santoro: les chanteurs: Aznavour, Halliday jr., Kaas, Laforêt, Pagny, Polnareff; les acteurs/auteurs: Auteil, Béart, Casta, Delon, Garcia, Martin, Jacq, Lévy, Clavel et enfin les patrons: Grimaldi, Mulliez, Peugeot, Baud, Miram, Castel, Nonancourt, Cohen, Pigozzi, Payre, Darty, Hersant, Bouygues, Bich, Berda, Defforey, David, Hechter, Reybier, Zacharias, Guerlain, Badin, etc.

Et quelques rapports parlementaires :

Dassault ou Martini .

Voir aussi :

Fisc
Ces riches qui quittent la France

Il n’y a pas que les stars du CAC 40 ou les sportifs et les acteurs qui s’expatrient pour échapper à l’ISF. De plus en plus de patrons de PME et de cadres détenteurs de stock-options prennent le chemin de la Suisse, de la Grande-Bretagne et surtout de la Belgique. Bercy constate. La France trinque. Enquête.

Mélanie Delattre

«Dommage que tous les Français qui viennent habiter en Belgique ne célèbrent pas leur arrivée comme l’a fait Anne-Marie Mitterrand, il y aurait une fête toutes les semaines… » Ah, le sourire du député bruxellois Yves de Jonghe d’Ardoye lorsqu’il raconte les agapes des « expats » venus de France. Il y a trois ans, la nièce par alliance de l’ancien président de la République avait organisé une grande soirée pour son obtention de la nationalité belge. Pleine d’humour, la maîtresse des lieux avait imaginé un carton d’invitation en forme de passeport et invité Michel Barnier, alors représentant de la France à la Commission européenne. L’histoire ne dit pas si les Halley (Promodès-Carrefour), Mallart (Novalliance), Taittinger et autres convives français qui ont quitté la France pour échapper à l’impôt sur la fortune inventé par l’oncle d’Anne-Marie ont goûté l’ironie de la situation… Ce qui est certain, c’est que la plupart de ces riches expatriés fiscaux – qui débarquent par Thalys entiers – évitent d’annoncer leur arrivée au champagne.

Jacques Tajan, longtemps premier commissaire-priseur de France, a discrètement posé ses valises avenue Louise, l’équivalent bruxellois des Champs-Elysées. Profil bas également pour les deux nouveaux résidents belges que sont Philippe Jaffré, ancien PDG d’Elf, et Jacques François-Poncet, fondateur de la start-up Catalina et fils d’un ancien ministre des Affaires étrangères. L’élite républicaine n’assumerait-elle pas le fait de déserter pour payer moins d’impôts ? On trouve pourtant, confortablement installés chez nos voisins européens, deux des trois personnalités préférées des Français – Yannick Noah et Charles Aznavour sont résidents suisses -, plusieurs sportifs et acteurs de renom, dont Emmanuelle Béart, ardent défenseur des sans-papiers français, et Guy Forget, l’entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, ainsi qu’un ancien ministre, Bernard Tapie, qui a habité un temps à Bruxelles avant de rentrer en France.

Surtaxes et soupçons. Officiellement, ils ne sont que 350 à quitter chaque année l’Hexagone pour raisons fiscales. Officiellement, car les entrepreneurs et cadres exonérés d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) parce que leur patrimoine est utilisé à des fins professionnelles échappent à ce décompte officiel s’ils quittent le pays avant de vendre leur entreprise. Or ils forment le gros des troupes candidates au départ. Pour Jean-Yves Mercier, de CMS bureau Francis Lefebvre, le cabinet d’avocats fiscalistes, « la délocalisation fiscale, réservée à l’origine à un très petit nombre de personnes extrêmement fortunées, s’est considérablement démocratisée ». Les « super-riches », héritiers de fondateurs de sociétés du CAC 40 et actionnaires dormants, partis avec leurs milliards dès le début des années 90, sont désormais rejoints par des chefs d’entreprise de province, des dirigeants et des retraités de professions libérales qui ont plus le profil du cadre sup que celui de l’Aga Khan.

« Les mentalités ont changé, et l’ouverture des frontières a joué un rôle non négligeable, mais on constate que c’est souvent notre système fiscal qui provoque l’envie de départ », assure Me Bertrand Savouré, de l’étude notariale Monassier & Associés, à Paris. La France est en effet un des seuls pays d’Europe où le patrimoine subit autant de coups de rabot successifs. Ah ! l’ISF… A en croire les expatriés fiscaux, qui entre eux le nomment « Incitation à Sortir de France », cet impôt serait la cause de tous les maux. « Dernier étage d’une fusée qui en comprend une bonne demi-douzaine, l’ISF exaspère la grande bourgeoisie française », observe l’avocat parisien Alexandre Carnelutti. A ce sentiment d’être surtaxé s’ajoute celui d’être soupçonné en permanence par une administration qui a tout d’une véritable inquisition. « Après avoir cédé mes entreprises, j’ai eu des tas d’ennuis avec le fisc : je me suis lassé de cette guerre de tranchées et suis parti m’installer à Bruxelles », témoigne un ancien chef d’entreprise qui, après des années de procès, s’en est finalement sorti sans un euro à payer. Pas question de rentrer pour autant. L’administration belge est charmante, et l’économie d’impôt qu’il réalise conséquente : 1,7 million annuel rien que pour l’ISF ! « Ce n’est pas une décision souhaitée, mais une décision que l’on s’impose compte tenu de l’enjeu fiscal, confirme une retraitée franco-genevoise, dont le patrimoine se compte en milliards d’euros. A un moment, on n’a plus vraiment le choix. » C’est le cas notamment des actionnaires minoritaires de sociétés, qui n’occupent pas de fonctions opérationnelles dans l’entreprise et ne bénéficient donc pas de l’exonération d’ISF au titre de l’outil de travail. Bien que riches en dizaines de millions d’euros, si l’on considère la valeur de leur participation, ils n’ont pas forcément un niveau de revenu proportionnel. Conséquence : depuis que la droite a supprimé, en 1996, le plafonnement de l’ISF (mécanisme établissant que le montant dû au titre de l’impôt ne devait pas excéder 85 % des revenus), ils se voient obligés d’entamer leur capital pour s’acquitter de leur cotisation. Une mesure jugée « confiscatoire », qui a poussé la majorité d’entre eux à s’exiler. Parmi les plus célèbres de ces « expatriés Juppé » : Eric Guerlain, parti en Angleterre, les Taittinger, installés en Suisse et en Belgique, Corinne Bouygues, la soeur de Martin, qui vit à Genève, et Jacques Badin (Carrefour), Bruxellois depuis plusieurs années.

Autre catégorie de plus en plus tentée par l’expatriation : les chefs d’entreprise proches de la retraite, qui craignent de subir le double coup de matraque impôt sur la plus-value-ISF au moment de la vente de leur bien professionnel. Libérés par la suppression de l’« exit tax », l’impôt de sortie créé par le gouvernement Jospin pour les retenir (décrété attentatoire à la liberté de circulation des personnes par la Cour européenne de justice), ces derniers n’ont jamais été aussi nombreux à prendre des allers simples pour le Thalys ou l’Eurostar. « Quand on a consacré sa vie au travail, et que l’on estime avoir apporté sa contribution à la collectivité en créant des emplois, payer un impôt de 26 % sur la plus-value consécutive à la vente de son entreprise est dur à avaler. Quant à l’ISF, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », confiait Bernard Darty, juste avant son départ pour Bruxelles. Installés en Belgique ou en Suisse avant même la cession de leur société, ces dirigeants échappent à la fois aux deux impôts qui les attendaient et aux statistiques officielles de l’administration fiscale. Du coup, il est difficile de les lister, même si quelques-uns, comme Pierre-François Grimaldi (installé à Bruxelles depuis qu’il a vendu sa société iBazar à e-Bay), ne font pas mystère de leur départ. « J’avais le désir fermement marqué de quitter Paris pour me mettre au vert sans perdre l’excitation de vivre dans une grande capitale », racontait récemment l’entrepreneur, tout en précisant que la différence d’imposition entre la Belgique et la France avait également été un élément de sa réflexion.

Terres d’accueil. Dans le grand jeu de Monopoly fiscal auquel s’adonnent ces Français au portefeuille bien garni, le « plat pays » est le grand gagnant. Avec une fiscalité sur mesure pour tous les riches, qu’ils soient actifs ou oisifs, la Belgique arrive désormais en tête des destinations préférées des Français, devant la Suisse, paradis des rentiers, et l’Angleterre, terre d’accueil des créateurs et des yuppies. Alors que les travailleurs belges versent pratiquement la moitié de leurs revenus à l’Etat, les détenteurs de capitaux sont très bien traités outre-Quiévrain. Pas d’impôt sur les plus-values, pas d’impôt sur la fortune, des donations très faiblement taxées : le royaume est un véritable éden pour le chef d’entreprise ou le cadre doté en stock-options qui veut se retirer. « On voit également beaucoup d’hommes d’affaires et de patrons français qui, après avoir créé une filiale en Belgique, s’aperçoivent qu’il est fiscalement intéressant de délocaliser le siège social de leur entreprise de ce côté-ci de la frontière, et finissent par venir habiter à Bruxelles avec toute leur famille », rapporte Marc Loos, attaché économique et commercial à l’ambassade de Belgique en France. Tout ce petit monde se croise dans les couloirs du cercle de Lorraine, un club huppé d’industriels wallons, à la sortie des lycées internationaux ainsi qu’au Loui, le bar de l’hôtel Conrad à Ixelles.

La Suisse, bien que moins avantageuse qu’auparavant, reste l’autre destination de choix des VIP français. Son principal atout ? Le fameux « forfait », qui permet aux riches étrangers n’exerçant aucune activité lucrative de négocier avant leur arrivée le montant total de l’impôt qu’ils auront à acquitter. « Le revenu forfaitaire est calculé sur le montant des dépenses effectuées localement, notamment sur la valeur de l’habitation, et non sur le niveau de revenu ou de fortune réel », indique le fiscaliste Patrick Michaud. Une aubaine pour les très gros patrimoines (au-delà de 20 millions d’euros). Jean-Claude Killy, Richard Virenque, Amélie Mauresmo, Gérard Wertheimer (Chanel) et quelques autres dizaines de nos ressortissants les plus fortunés se la coulent douce sur les rives du lac Léman. Mais leur nombre tend plutôt à se réduire qu’à augmenter. Explication : les exilés dorés préfèrent désormais la Belgique et de plus en plus l’Italie. Depuis que Silvio Berlusconi a supprimé, en 2001, les droits de succession et de donation, nombre de riches Français se laissent séduire par la dolce vita. Parallèlement, le flux d’arrivées tend à se réduire à Londres, malgré une devanture alléchante sur le marché du shopping fiscal ! En fait, c’est surtout pour les entrepreneurs et cadres en activité que la destination est intéressante. « Beaucoup de sociétés hexagonales s’installent en Angleterre parce que les charges so-ciales y sont faibles et la liberté du travail plus grande qu’en France », note l’écrivain Marc Levy, qui vient d’emménager à South Kensington, le quartier préféré des « Frenchies ». Ses voisins : des trentenaires gestionnaires de hedge funds, de holdings et de start-up au profil très international, qui apprécient le dynamisme de la ville… et son taux d’imposition sur le revenu plafonné à 40 %. Alain-Dominique Perrin, ancien PDG du groupe de luxe Richemont, résident à Londres depuis 1998, a fait le calcul : « Quand j’étais en France, je payais entre 68 et 70 % de mon salaire en impôts. Sur un revenu de 1 million d’euros, il m’en restait 320 000 après impôts. Ici, je gagne le même salaire, mais je suis beaucoup moins taxé puisqu’il me reste 590 000 euros après impôts. Conclusion, même si la vie est plus chère de 30 % qu’à Paris, j’ai quand même plus d’argent. » Tout n’est pas rose pour autant sous le ciel nuageux de la capitale britannique : le coût de l’immobilier, exorbitant à Londres, et la qualité de vie, souvent jugée médiocre pour les familles outre-Manche, poussent beaucoup de Français à rentrer.

La pression des femmes. Pas si simple d’abandonner sa patrie, même avec une belle économie d’impôt à la clé. Beaucoup hésitent. Daniel Bernard, malgré les impôts dont il va devoir s’acquitter sur les 0,2 % du capital de Carrefour dont il est toujours actionnaire (cela représente une coquette somme de plusieurs millions), assure qu’on ne le retrouvera pas dans les rangs des émigrés fiscaux. Il aime trop sa maison de Chatou et l’art de vivre à la française. Francis Reversé, le fondateur de Dégriftour, qui fait lui aussi de la résistance – il a désobéi aux conseils de son avocat et refusé de quitter le pays après avoir vendu sa société en 2000 -, n’en a pas été récompensé. Il est la cible de tracasseries permanentes de la part du fisc français ! Pour l’avocat Patrick Michaud, il faut prendre le temps de la réflexion : « Les personnes qui partent le nez au vent, par réaction allergique à l’impôt ou à un contrôle fiscal, ont toutes les chances de rater leur délocalisation », affirme-t-il. A l’ambassade de France de Bruxelles, le service de l’attaché fiscal estime ainsi que 10 à 15 % des affaires qu’il traite concernent des demandes de retour. Première cause d’échec : les dissensions familiales. « Les femmes sont en général beaucoup plus réticentes à quitter le pays que les hommes, raconte un conseiller fiscal. certains couples, prévoyants, organisent un faux divorce qui permet à l’épouse de garder un pied en France, les autres partent en duo… mais finissent par rentrer sous la pression de madame… » La maladie constitue également un facteur de rapatriement, de nombreux Français n’ayant confiance que dans le système de santé hexagonal et refusant d’être soignés ailleurs. Enfin, il arrive parfois que la greffe avec le pays d’accueil ne prenne pas. François Micheloud, du cabinet de conseil financier spécialisé dans l’établissement de personnes fortunées en Suisse, voit ainsi arriver chez lui beaucoup de Français d’Angleterre, qui « trouvent Londres dangereuse, surpeuplée et déprimante ». Amusant, quand on sait que les Belges prétendent, eux, récupérer des « Frouzes » (le nom donné aux Français par les Suisses romands) morts d’ennui à Genève !

Si ces changements de villégiature ne posent pas de problème à Bercy, pas plus que les retours définitifs à la « mère patrie » – le ministère des Finances est très indulgent avec les repentis, surtout s’ils sont riches ou célèbres -, les « faux » départs sont, eux, dans la ligne de mire de l’administration. Pour être considéré comme « non-résident », et donc échapper aux impôts français, les règles sont strictes : il faut en effet avoir passé plus de 183 jours hors des frontières hexagonales, mais aussi avoir renoncé à tous ses centres d’intérêt vitaux (liens maritaux et patrimoniaux) dans le pays. « Ceux qui font mine d’avoir quitté le territoire mais gardent un appartement, un compte en banque et passent le plus clair de leur temps dans l’Eurostar ou le Thalys ont donc toutes les chances de se faire pincer », mettent en garde les professionnels. Epluchage des factures téléphoniques et d’électricité, surveillance du courrier, mais aussi enquêtes de voisinage et même visites nocturnes avec huissier : la redoutable DNVSF – Direction nationale des vérifications de situations fiscales – dispose d’un arsenal impressionnant pour repérer les « tricheurs ». L’écrivain Michel Houellebecq vient d’en faire la désagréable expérience : domicilié en Irlande, il s’est fait épingler par l’administration française pour n’avoir pas respecté la règle des 183 jours.

Sans doute n’avait-il pas les bonnes relations à Bercy, car les personnalités « politiquement vendables » passent généralement au travers des filets du fisc français. Alain Prost passe ainsi le plus clair de son temps en Provence, où il a une maison, alors qu’il est officiellement résident suisse. De même, Yannick Noah et Robert Louis-Dreyfus, le président de l’OM – respectivement domiciliés à Genève et à Davos -, travaillent presque exclusivement en France sans jamais être tracassés. Les « anonymes » qui ne bénéficient pas de ces passe-droits ont eux aussi leurs petites combines pour continuer à fréquenter assidûment Saint-Tropez ou Cap-Ferret sans être inquiétés. Certains n’hésitent pas à tirer sur la corde, telle cette richissime héritière de la grande distribution qui, officiellement domiciliée à Londres, vit entre Paris et la Côte d’Azur, et n’hésite pas à faire rembourser les frais de médecins de ses enfants par la Sécu française, bonne fille ! Le secret : un patrimoine au nom du mari ou des enfants, des comptes ouverts par des mandataires, des voyages en jet privé sur des compagnies comme NetJets, qui garantissent l’anonymat de leurs passagers. A condition d’être bien conseillé et d’y mettre le prix, il est toujours possible de se faire discret…

Se nourrissant de ces nouveaux besoins, un véritable « business de l’expatriation » est en train de naître. « Depuis quelques années, on voit arriver à Paris des banques étrangères, notamment suisses, dont la principale activité consiste à démarcher les grandes fortunes pour les attirer vers les paradis offshore », constate un banquier de la place. Julius Baer, l’Union bancaire privée, et même la célèbre banque Pictet ont désormais une équipe au marché français. Attaqués, les établissements hexagonaux réagissent en ouvrant des bureaux dans les pays d’accueil, de manière à conserver leur clientèle délocalisée. La Compagnie financière Edmond de Rothschild est présente en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse et en Grande-Bretagne ; quant à la Société générale, elle a racheté la banque Hambros à Londres, puis la banque flamande De Martelaere, qu’elle développe depuis en région wallonne… Dans le sillage des banques ou parfois en indépendants, les « family officers », ces conseillers coordinateurs qui aident les familles fortunées à gérer au jour le jour leur patrimoine, surfent eux aussi sur la vague des délocalisations. Chez OBC, filiale du néerlandais ABN-Amro, Gilles Dunoyer est parfois amené à organiser le départ de ceux de ses clients qui ont décidé de s’expatrier. « Je leur propose un package qui va de la recherche d’un avocat spécialisé à la résiliation et au transfert des comptes en passant, s’ils le désirent, par la recherche d’une maison et d’une école pour les enfants », raconte-t-il. Avant d’en arriver là, nul doute qu’il aura imaginé tous les montages financiers possibles pour limiter l’imposition et éviter le départ. Car, une fois la famille à Bruxelles ou à Genève, c’est bien souvent une partie du gagne-pain du family officer qui s’en va. « Il se fait conseiller et place son argent sur place, pour le plus grand bonheur des professionnels locaux », témoigne un gestionnaire de fonds parisien, qui estime à quelque 350 millions d’euros le montant des encours partis en impôts et délocalisations au premier semestre.

Une goutte d’eau dans la mer des milliards évaporés à l’étranger, dont ni l’économie ni le fisc français ne verront la couleur… Le rapport Marini évalue à 83,3 milliards d’euros la perte directe que représente pour l’Etat cette évaporation fiscale sur six ans. Chiffre a minima auquel il faut ajouter les impôts fonciers et les droits de succession partis en fumée, ainsi que la TVA non perçue sur les biens consommés par ces riches expatriés. Un avocat cite ainsi l’exemple d’un de ses clients, fou de Provence mais parti vivre à Londres pour des raisons fiscales : « Entre la location de la maison à 15 000 euros la semaine et celle de voitures pour tous ses invités, les achats de billets d’avion, les frais de bouche et de personnel, le manque à gagner pour le village où il avait ses habitudes est significatif. » Plus généralement, et même si l’administration assure que « le problème ne l’empêche pas de dormir », ces expatriations représentent, selon Marini, une perte de dynamisme pour l’économie française. La plupart des « exilés » s’investissent en effet dans de nouvelles activités, à l’image de Pierre-François Grimaldi, qui a lancé en Belgique une nouvelle société spécialisée dans le développement de photos, ou de Lotfi Belhassine, ex-PDG de la compagnie Air Liberté, aujourd’hui à la tête de Liberty TV, une chaîne de télévision qui emploie une centaine de personnes à Bruxelles. Au total, la commission des Finances du Sénat estime que les expatriés fiscaux ont investi à l’étranger, depuis six ans, « entre 10 et 15 milliards d’euros de capitaux ».

Signe que, derrière le débat purement idéologique sur l’ISF, se cachent de vrais enjeux économiques : chez tous nos voisins à la fiscalité allégée, on attend avec le plus grand intérêt les annonces de rentrée sur le sujet (voir encadré). En espérant secrètement qu’une fois encore la France sera incapable de se réformer. « Chez nous, affirme le député bruxellois Yves de Jonghe, les restaurateurs, magasins de luxe, agents immobiliers, banquiers et autres commerçants ne craignent qu’une chose : que la France supprime l’ISF et que ces exilés dorés ne quittent le pays pour retrouver leur mère patrie… »
Londres : la destination des ambitieux

Même si Laetitia Casta, qui avait fait scandale en 2000 en s’installant à Londres, est revenue en France, la capitale anglaise n’a pas perdu de son attrait auprès des riches en général… et des Français en particulier. Deux de nos concitoyens figurent ainsi cette année encore au palmarès des 1 000 personnes les plus fortunées de Grande-Bretagne répertoriées par le Sunday Times : Philippe Foriel-Destezet, le fondateur d’Adecco (en 31e position avec une fortune estimée à 1,2 milliard de livres) et Eric Guerlain (458e sur la liste, avec 100 millions de livres), qui habite Chelsea. Hors du classement, mais à la tête de jolis patrimoines également, on trouve la rentière Marie Montaner, belle-fille de l’ex-propriétaire de Félix Potin André Mentzelopoulos, Serge Crasnianski (105 millions), physicien nucléaire de formation reconverti dans les Photomaton et patron de Photo-Me International, Guy Naggar (95 millions), cofondateur du groupe de services financiers et immobiliers Paramount, Olivier Jacque, le « Prost de la moto », et Marc Levy, l’écrivain à succès. Avec un taux maximal d’imposition sur les revenus à 40 % et une absence d’impôt sur la fortune, l’Angleterre reste bien plus favorable aux actifs comme aux héritiers que la France. Une réalité qui date des années 80, quand Margaret Thatcher avait rompu avec la politique fiscale de ses prédécesseurs travaillistes en baissant substantiellement les impôts, alors que François Mitterrand les augmentait. « Dynamisme économique oblige, on voit émerger une nouvelle génération de Français qui ont fait leur fortune ici, notamment dans le secteur des hedge funds », note Philip Beresford, créateur de la « Sunday Time Rich List ». Et de citer Philippe Jabre (180 millions de livres), un ancien de BNP-Paribas qui possède avec trois associés GLG Partners ; Bernard Oppetit (80 millions de livres), autre ex-BNP-Paribas et fondateur de Centaurus Capital ; Ivan Briery et Laurent Saglio (25 millions de livres chacun), cofondateurs de Voltaire Asset Management ; et Nicolas Giauque (50 millions de livres), un des directeurs de Noonday, hedge fund américain basé à Londres. Ces exemples de réussite continuent de faire de Londres une destination prisée des ambitieux, même si la majorité des 350 000 Français qui y résident, attirés par le style de vie et le dynamisme économique de la capitale britannique, ne peuvent être classés comme nouveaux millionnaires ou émigrés fiscaux Frédérique Andréani (à Londres)

Suisse : « pour vivre heureux, vivons cachés »

Quand Hugues de Montfalcon de Flaxieu, 41 ans, rachète Radio Framboise, l’une des stations les plus écoutées de Lausanne, la presse locale est incapable de dénicher la photo de ce millionnaire. Cet expert français en informatique a pourtant fait fortune en vendant au prix fort sa société Jet Multimedia juste avant l’effondrement de la bulle Internet. Il réside depuis 2000 dans une vaste demeure au-dessus de Lausanne rachetée au chanteur David Bowie, et qui a servi de décor au film de Claude Chabrol « Merci pour le chocolat ». Hugues de Montfalcon de Flaxieu ne déroge pas à la règle que se sont fixée les riches Français de Suisse : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Ce n’est pas Eric Peugeot, devenu involontairement célèbre à 4 ans lors de son enlèvement par des voyous, qui le contredira. Ancien responsable du sponsoring de l’entreprise, il fréquente davantage le golf de Bonmont que les cocktails mondains. La famille Peugeot, qui entretient des relations de longue date avec le canton de Vaud, a eu les honneurs du mensuel Bilan en 2004 pour avoir enregistré la plus belle croissance de fortune de Suisse : plus 2 milliards de francs suisses (1,3 milliard d’euros), en une seule année. Avec une cagnotte estimée à 4 milliards d’euros, la célèbre dynastie devancerait au hit-parade des riches tricolores de Suisse la jeune Athina Roussel Onassis (3,3 milliards), également établie avec sa famille dans le canton de Vaud.

Mais qu’ont-ils tous à se bousculer sur les bords du lac Léman ? Il y a le fameux forfait fiscal qui se négocie sur la base de… cinq fois le loyer annuel. Face à 23 cantons et demi-cantons qui se livrent une concurrence acharnée pour s’attirer les bonnes grâces des nantis, les avocats spécialisés ne peinent guère à obtenir des réductions. Bonne fille, la France vient de décerner la Légion d’honneur à l’un des plus fameux « chasseurs de riches » de Genève ! Robert Louis-Dreyfus, installé à Zurich, Michèle Bleustein-Blanchet, Alain Duménil (société immobilière Acanthe, marque Smalto), Michel Reybier (vignobles bordelais), établis à Genève, ou encore Daniel Hechter (prêt-à-porter), qui a préféré Rolle, et Jean Taittinger, retraité à Epalinges, ne voient pas non plus d’un mauvais oeil l’absence d’impôts sur les plus-values et sur la fortune.

Alain Delon et Marie Laforêt, habitués du canton de Genève, ont fini par acquérir le passeport à croix blanche, perdant leur statut d’exilés fiscaux. Même s’il a conservé la nationalité française, Arnaud Boetsch, l’ancien joueur de tennis, a perdu son forfait en devenant fondé de pouvoir dans la banque genevoise SCS Alliance. La condition de base exigée pour le fameux forfait est en effet de ne pas travailler en Suisse Ian Hamel (à Genève)

Belgique : sa riche tribu gauloise

Qui eût cru que le « plat pays » deviendrait un jour la destination favorite des grosses fortunes de l’Hexagone ? Avec quelques centaines d’implantations par an selon Bercy – beaucoup plus si l’on en croit le député de Bruxelles Yves de Yonghe d’Ardoye d’Erp, qui estime à 10 000 le nombre de familles françaises réfugiées sur le territoire -, la Belgique est désormais le paradis fiscal numéro un dans le coeur des Français.

Incitées par la convention fiscale de 1964, qui instaure un régime spécial pour les frontaliers (dans un rayon de 20 kilomètres de part et d’autre de la frontière, l’imposition se fait dans le pays où l’on habite et non dans celui où l’on travaille), les dynasties du Nord ont été les premières à s’installer outre-Quiévrain. Les Mulliez, actionnaires historiques d’Auchan et de Décathlon, ont passé la frontière il y a plusieurs années déjà : regroupés autour du village de Néchin, situé à vingt minutes de Lille, ils possèdent plusieurs hôtels particuliers rue de la Reine-Astrid, surnommée par Martine Aubry la « rue des riches ». Ils ont été rejoints dans la zone située entre Tournai et Courtrai par une héritière des Cristalleries d’Arques, ainsi que par Yves de La Salle (ex-président de Flandre Air), Pierre-Dominique Verspieren (grand courtier en assurances), Alex Bongrain (président de Bongrain SA) et récemment par Martine et Daniel Vercamer, les fondateurs de Nocibé (troisième enseigne de parfumerie française derrière Marionnaud et Séphora).

Bruxelles, la capitale, n’est pas en reste. « Les arrivées sont continues depuis trois ans, et se sont accentuées depuis mai-juin 2004 », constate-t-on à l’agence Le Lion, spécialiste de l’immobilier haut de gamme. Première communauté étrangère (européenne) de la ville, la « tribu gauloise » compte notamment plusieurs membres de vieilles familles appâtés par l’absence d’ISF et la faible taxation des dividendes tels que Hugues et Virginie Taittinger, les enfants Halley (Carrefour), Ghislain Prouvost (petit-neveu de Jean, le fondateur de Paris Match) ou Jean-Paul Guerlain. Ces héritiers croisent dans les restaurants et boutiques chics d’Uccle ou d’Ixelles (les équivalents locaux de Neuilly et Passy) des hommes d’affaires à la retraite cherchant à échapper à l’imposition sur les plus-values – les frères Grosman, fondateurs de Celio, Bernard Darty, Jacques et Philippe Bouriez (ex-Cora), Denis Payre, ex-directeur général de Business Object, et Jean-Paul Parayre, ancien PDG de Peugeot, aujourd’hui chez Bolloré, des sportifs comme Henri Leconte, des acteurs (José Garcia, Daniel Auteuil, le comique Roland Magdane) et l’auteur de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran », Eric-Emmanuel Schmitt.

Outre sa fiscalité très light (sur le patrimoine du moins) et sa situation géographique qui en fait le paradis fiscal le plus proche de l’Hexagone, le faible coût de l’immobilier explique le succès du royaume auprès des Français. « Ici, avec un budget compris entre 1 et 3 millions d’euros, on a une villa de maître à Uccle ou à Ixelles », constate un agent immobilier bruxellois, qui s’est même trouvé désemparé quand un des membres de la famille Taittinger lui a alloué un budget de 6 millions d’euros : « Je n’avais rien à lui proposer à ce prix là… » Les Français apprécient la convivialité de leurs voisins belges. « Les nouveaux venus sont pris en main par de grandes familles locales qui leur cherchent un château, s’occupent des formalités administratives et leur ouvrent leur carnet d’adresses », témoigne Miguel Van Ackere, manager du complexe sportif ultra-huppé David Lloyd à Uccle. La bourgeoisie bruxelloise se réjouit en effet de l’arrrivée de ces « riches oisifs » qui créent de l’animation, organisent de grandes réceptions et dépensent sans compter
M. D.

ISF : la « machine à exiler »

Bête noire des expatriés fiscaux, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) – ce prélèvement qui frappe les 330 000 foyers français dont le patrimoine est évalué à plus de 732 000 euros – devrait être remis à plat dans les semaines à venir. A Bercy comme à Matignon, plusieurs scénarios sont à l’étude. C’est une première : hormis quelques aménagements à la marge, il n’avait pas été modifié depuis 1996, date à laquelle le gouvernement Juppé avait supprimé le mécanisme de plafonnement.

Ce durcissement des règles, qui a fait fuir un certain nombre de fortunes hors de France, conjugué à la flambée des prix de l’immobilier (qui a multiplié par deux le nombre d’assujettis en dix ans), a relancé le débat autour de l’utilité de cet impôt largement symbolique. Constatant que les « vrais riches » ne le paient pas, puisqu’ils ont quitté le pays ou sont exonérés au titre du bien professionnel, et que de plus en plus de Monsieur Tout-le-Monde – tel ce paysan de l’île de Ré virtuellement richissime du fait du prix des terrains – ou les cadres supérieurs parisiens quinquagénaires y sont, eux, assujettis, une partie de la classe politique pousse à la réforme. Il y a plusieurs années déjà, le mitterrandien Michel Charasse, pourtant à l’origine de la création de l’IGF, ancêtre de l’ISF, s’était prononcé en faveur d’une suppression de cette « machine à exiler ». Aujourd’hui, c’est surtout l’aile droite de la majorité, relayée par Nicolas Sarkozy, qui met la pression sur le gouvernement. « Nous allons revenir à la charge avec notre amendement ISF-emploi dès la rentrée », prévient le député des Yvelines Jean-Michel Fourgous, tandis que le leader de l’UMP a promis lors de sa garden-party du 14 Juillet des propositions rapides, « pas à la Saint-Glinglin ». Jacques Chirac, lui, freine des quatre fers. Persuadé que sa décision d’abolir l’impôt sur les grandes fortunes lui a coûté l’élection de 1988, il est opposé à tout changement radical en matière de fiscalité sur le patrimoine. Si Bercy a carte blanche pour organiser un détricotage en règle de l’ISF – exonérations nouvelles, définition élargie de l’outil de travail, plafonnement par rapport aux revenus annuels -, la suppression pure et simple de cet impôt n’est pas à l’ordre du jour M. D.

Où sont-ils ?

1er LVMH

Bernard Arnault et ses enfants France

2è L’OREAL

Liliane Bettencourt et sa fille France

3è AUCHAN

Famille Mulliez France, Belgique

4è DASSAULT

Serge Dassault et ses enfants France

5è HERMES

Jean-Louis Dumas et héritiers Hermès France, Maroc, Portugal

6è PPR

Famille Pinault France

7è CARREFOUR (EX-PROMODES)

Famille Halley France, Belgique

8è GROUPE LOUIS-DREYFUS

Gérard, Robert, Philippe et Dominique Louis-Dreyfus Etats-Unis, Suisse, Grande-Bretagne, France

9è PEUGEOT

Famille Peugeot France, Suisse

10è JC DECAUX

Famille Decaux France, Belgique

11è LABORATOIRES SERVIER

Jacques Servier France

12è ERAMET

Romain Zaleski Italie

13è CHANEL

Alain et Gérard Wertheimer Suisse

14è DELHAIZE FRERES ET CIE (EX-CORA)

Philippe et Jacques Bouriez Belgique

15è BOUYGUES

Famille BouyguesFrance, Suisse

16è EURAZEO

Michel David-Weill et ses enfants Etats-Unis

17è LABORATOIRES PIERRE FABRE

Pierre Fabre France

18è CARREFOUR

Famille Badin et Defforey Belgique, Suisse

19è ADECCO

Philippe Foriel-Destezet Grande-Bretagne

20è MICHELIN

Famille Michelin France

© le point 01/09/05 – N°1720 -


Légion d’honneur: Après Poutine, la France décore Pinter (After Putin, France honors Pinter)

20 janvier, 2007
Pinter at pro-Cuba rallyPinter anti-Kosovo war rallyLa guerre est toujours la sanction d’un échec.
Villepin

Au moment où la France, par les mains de son Premier ministre, vient de décorer, après un certain Poutine (philanthrope bien connu de la Tchéchénie), le dramaturge britannique et prix Nobel de littérature 2005 Harold Pinter

Peut-être faudrait-il rappeler les autres titres de gloire de ce pourfendeur patenté de “l ’empire du mensonge” qu’est l’Amérique de Bush, qui avait, comme il l’expliquait dans son mémorable discours de réception de Stockholm (digne des plus beaux jours des Mouvements de la paix de la Guerre froide), “apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort” et n’avait d’autre ambition que “la domination totale sur tous les fronts”, en particulier par “cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – qui est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle”.

Comme par exemple sa défense tout aussi passionnée de la prison à ciel ouvert d’un certain Castro …

Ou du grand et regretté humanitaire que fut un certain Milosevic, pendant la guerre du Kosovo comme au moment de son procès et jusqu’à présent (la mémoire d’un grand bienfaiteur de l’humanité, c’est important) …

Et bien sûr de l’autre grand et déjà regretté bienfaiteur de l’humanité que fut Saddam, dès 91 (date à laquelle, certaines mauvaises langues prétendent, on avait retrouvé dans son jardin des prétendues ADM) …

Sans parler bien sûr du Mollah Omar et de sa bande de joyeux drilles talibans et leurs invités Ben Laden et Zawahiri qui venaient de réaliser leur grand oeuvre pyrotechnique du 11/9 dont on se souvient encore des émouvants hommages par ces autres grands “voleurs de feu” que sont nos Stockhausen et Baudrillard …

Morceaux choisis du discours de Stockholm de décembre 2005 de Pinter:

(…) Comme le sait ici tout un chacun, l’argument avancé pour justifier l’invasion de l’Irak était que Saddam Hussein détenait un arsenal extrêmement dangereux d’armes de destruction massive, dont certaines pouvaient être déchargées en 45 minutes, provoquant un effroyable carnage. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak entretenait des relations avec Al Qaïda et avait donc sa part de responsabilité dans l’atrocité du 11 septembre 2001 à New York. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai. On nous disait que l’Irak menaçait la sécurité du monde. On nous assurait que c’était vrai. Ce n’était pas vrai.

La vérité est totalement différente. La vérité est liée à la façon dont les États-Unis comprennent leur rôle dans le monde et la façon dont ils choisissent de l’incarner.

Mais avant de revenir au temps présent, j’aimerais considérer l’histoire récente, j’entends par là la politique étrangère des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Je crois qu’il est pour nous impératif de soumettre cette période à un examen rigoureux, quoique limité, forcément, par le temps dont nous disposons ici.

Tout le monde sait ce qui s’est passé en Union Soviétique et dans toute l’Europe de l’Est durant l’après-guerre : la brutalité systématique, les atrocités largement répandues,la répression impitoyable de toute pensée indépendante. Tout cela a été pleinement documenté et attesté.

Mais je soutiens que les crimes commis par les États-Unis durant cette même période n’ont été que superficiellement rapportés, encore moins documentés, encore moins reconnus, encore moins identifiés àdes crimes tout court. Je crois que la question doit être abordée et que la vérité a un rapport évident avec l’état actuel du monde. Bien que limitées, dans une certaine mesure, par l’existence de l’Union Soviétique, les actions menées dans le monde entier par les États-Unis donnaient clairement à entendre qu’ils avaient décrété avoir carte blanche pour faire ce qu’ils voulaient.

L’invasion directe d’un état souverain n’a jamais été, de fait, la méthode privilégiée de l’Amérique. Dans l’ensemble, elle préférait ce qu’elle a qualifié de « conflit de faible intensité ».« Conflit de faible intensité », cela veut dire que des milliers de gens meurent, mais plus lentement que si vous lâchiez une bombe sur eux d’un seul coup.Cela veut dire que vous contaminez le cœur du pays, que vous y implantez une tumeur maligne et que vous observez s’étendre la gangrène. Une fois que le peuple a été soumis – ou battu à mort – ça revient au même – et que vos amis, les militaires et les grandes sociétés commerciales, sont confortablement installés au pouvoir, vous allez devant les caméras et vous déclarez que la démocratie l’a emporté. C’était monnaie courante dans la politique étrangère américaine dans les années auxquelles je fais allusion.

fantile a diminué d’un tiers. La polio a été éradiquéeLa tragédie du Nicaragua s’est avérée être un cas extrêmement révélateur. Si je décide de l’évoquer ici, c’est qu’il illustre de façon convaincante la façon dont l’Amérique envisage son rôle dans le monde, aussi bien à l’époque qu’aujourd’hui.

(…)

Les États-Unis ont pendant plus de quarante ans soutenu la dictature brutale de Somoza au Nicaragua. Le peuple nicaraguayen, sous la conduite des Sandinistes, a renversé ce régime en 1979, une révolution populaire et poignante.

Les Sandinistes n’étaient pas parfaits. Ils avaient leur part d’arrogance et leur philosophie politique comportait un certain nombre d’éléments contradictoires. Mais ils étaient intelligents, rationnels et civilisés. Leur but était d’instaurer une société stable, digne, et pluraliste. La peine de mort a été abolie. Des centaines de milliers de paysans frappés par la misère ont été ramenés d’entre les morts. Plus de 100 000 familles se sont vues attribuer un droit à la terre. Deux mille écoles ont été construites. Une campagne d’alphabétisation tout à fait remarquable a fait tomber le taux d’analphabétisme dans le pays sous la barre des 15%. L’éducation gratuite a été instaurée ainsi que la gratuité des services de santé. La mortalité in.

Les États-Unis accusèrent ces franches réussites d’être de la subversion marxiste-léniniste. Aux yeux du gouvernement américain, le Nicaragua donnait là un dangereux exemple. Si on lui permettait d’établir les normes élémentaires de la justice économique et sociale, si on lui permettait d’élever le niveau des soins médicaux et de l’éducation et d’accéder à une unité sociale et une dignité nationale, les pays voisins se poseraient les mêmes questions et apporteraient les mêmes réponses. Il y avait bien sûr à l’époque, au Salvador, une résistance farouche au statu quo.

J’ai parlé tout à l’heure du « tissu de mensonges » qui nous entoure. Le Président Reagan qualifiait couramment le Nicaragua de « donjon totalitaire ». Ce que les médias, et assurément le gouvernement britannique, tenaient généralement pour une observation juste et méritée. Il n’y avait pourtant pas trace d’escadrons de la mort sous le gouvernement sandiniste. Il n’y avait pas trace de tortures. Il n’y avait pas trace de brutalité militaire, systématique ou officielle. Aucun prêtre n’a jamais été assassiné au Nicaragua. Il y avait même trois prêtres dans le gouvernement sandiniste, deux jésuites et un missionnaire de la Société de Maryknoll. Les « donjons totalitaires » se trouvaient en fait tout à côté, au Salvador et au Guatemala. Les États-Unis avaient, en 1954, fait tomber le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala et on estime que plus de 200 000 personnes avaient été victimes des dictatures militaires qui s’y étaient succédé.

(…)

Les États-Unis ont fini par faire tomber le gouvernement sandiniste. Cela leur prit plusieurs années et ils durent faire preuve d’une ténacité considérable,mais une persécution économique acharnée et 30 000 morts ont fini par ébranler le courage des Nicaraguayens. Ils étaient épuisés et de nouveau misérables. L’économie « casino » s’est réinstallée dans le pays. C’en était fini de la santé gratuite et de l’éducation gratuite. Les affaires ont fait un retour en force. La « Démocratie » l’avait emporté.

Mais cette « politique » ne se limitait en rien à l’Amérique Centrale. Elle était menée partout dans le monde. Elle était sans fin. Et c’est comme si ça n’était jamais arrivé.

Les États-Unis ont soutenu, et dans bien des cas engendré, toutes les dictatures militaires droitières apparues dans le monde à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Je veux parler de l’Indonésie, de la Grèce, de l’Uruguay, du Brésil, du Paraguay, d’Haïti, de la Turquie, des Philippines, du Guatemala, du Salvador, et, bien sûr, du Chili. L’horreur que les États-Unis ont infligée au Chili en 1973 ne pourra jamais être expiée et ne pourra jamais être oubliée.

Des centaines de milliers de morts ont eu lieu dans tous ces pays. Ont-elles eu lieu? Et sont-elles dans tous les cas imputables à la politique étrangère des États-Unis? La réponse est oui, elles ont eu lieu et elles sont imputables à la politique étrangère américaine. Mais vous n’en savez rien.

Ça ne s’est jamais passé. Rien ne s’est jamais passé. Même pendant que cela se passait, ça ne se passait pas. Ça n’avait aucune importance. Ça n’avait aucun intérêt. Les crimes commis par les États-Unis ont été systématiques, constants, violents, impitoyables, mais très peu de gens en ont réellement parlé. Rendons cette justice à l’Amérique : elle s’est livrée, partout dans le monde, à une manipulation tout à fait clinique du pouvoir tout en se faisant passer pour une force qui agissait dans l’intérêt du bien universel. Un cas d’hypnose génial, pour ne pas dire spirituel, et terriblement efficace.

Les États-Unis, je vous le dis, offrent sans aucun doute le plus grand spectacle du moment. Pays brutal, indifférent, méprisant et sans pitié, peut-être bien, mais c’est aussi un pays très malin. À l’image d’un commis voyageur, il œuvre tout seul et l’article qu’il vend le mieux est l’amour de soi. Succès garanti. Écoutez tous les présidents américains à la télévision prononcer les mots « peuple américain », comme dans la phrase : « Je dis au peuple américain qu’il est temps de prier et de défendre les droits du peuple américain et je demande au peuple américain de faire confiance à son Président pour les actions qu’il s’apprête à mener au nom du peuple américain. »

Le stratagème est brillant. Le langage est en fait employé pour tenir la pensée en échec. Les mots « peuple américain » fournissent un coussin franchement voluptueux destiné à vous rassurer. Vous n’avez pas besoin de penser. Vous n’avez qu’à vous allonger sur le coussin. Il se peut que ce coussin étouffe votre intelligence et votre sens critique mais il est très confortable. Ce qui bien sûr ne vaut pas pour les 40 millions de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ni aux 2 millions d’hommes et de femmes incarcérés dans le vaste goulag de prisons qui s’étend d’un bout à l’autre des États-Unis.

Les États-Unis ne se préoccupent plus des conflits de faible intensité. Ils ne voient plus l’intérêt qu’il y aurait à faire preuve de réserve, ni même de sournoiserie. Ils jouent cartes sur table, sans distinction. C’est bien simple, ils se fichent éperdument des Nations Unies, du droit international ou des voix dissidentes, dont ils pensent qu’ils n’ont aucun pouvoir ni aucune pertinence. Et puis ils ont leur petit agneau bêlant qui les suit partout au bout d’une laisse, la Grande-Bretagne, pathétique et soumise.

Où est donc passée notre sensibilité morale ? En avons-nous jamais eu une ? Que signifient ces mots ? Renvoient-ils à un terme très rarement employé ces temps-ci – la conscience ? Une conscience qui soit non seulement liée à nos propres actes mais qui soit également liée à la part de responsabilité qui est la nôtre dans les actes d’autrui ? Tout cela est-il mort ? Regardez Guantanamo. Des centaines de gens détenus sans chef d’accusation depuis plus de trois ans, sans représentation légale ni procès équitable, théoriquement détenus pour toujours. Cette structure totalement illégitime est maintenue au mépris de la Convention de Genève. Non seulement on la tolère mais c’est à peine si la soi-disant « communauté internationale » en fait le moindre cas. Ce crime scandaleux est commis en ce moment même par un pays qui fait profession d’être « le leader du monde libre ». Est-ce que nous pensons aux locataires de Guantanamo ? Qu’en disent les médias ? Ils se réveillent de temps en temps pour nous pondre un petit article en page six. Ces hommes ont été relégués dans un no man’s land dont ils pourraient fort bien ne jamais revenir. À présent beaucoup d’entre eux font la grève de la faim, ils sont nourris de force, y compris des résidents britanniques. Pas de raffinements dans ces méthodes d’alimentation forcée. Pas de sédatifs ni d’anesthésiques. Juste un tube qu’on vous enfonce dans le nez et qu’on vous fait descendre dans la gorge. Vous vomissez du sang. C’est de la torture. Qu’en a dit le ministre des Affaires étrangères britannique ? Rien. Qu’en a dit le Premier Ministre britannique ? Rien. Et pourquoi ? Parce que les États-Unis ont déclaré : critiquer notre conduite à Guantanamo constitue un acte hostile. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous. Résultat, Blair se tait.

L’invasion de l’Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d’État patenté, témoignant d’un absolu mépris pour la notion de droit international. Cette invasion était un engagement militaire arbitraire inspiré par une série de mensonges répétés sans fin et une manipulation flagrante des médias et, partant, du public ; une intervention visant à renforcer le contrôle militaire et économique de l’Amérique sur le Moyen-Orient et se faisant passer – en dernier ressort – toutes les autres justifications n’ayant pas réussi à prouver leur bien-fondé – pour une libération. Une redoutable affirmation de la force militaire responsable de la mort et de la mutilation de milliers et de milliers d’innocents.

Nous avons apporté au peuple irakien la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables tueries commises au hasard, la misère, l’humiliation et la mort et nous appelons cela « apporter la liberté et la démocratie au Moyen-Orient ».

Combien de gens vous faut-il tuer avant d’avoir droit au titre de meurtrier de masse et de criminel de guerre ? Cent mille ? Plus qu’assez, serais-je tenté de croire. Il serait donc juste que Bush et Blair soient appelés à comparaître devant la Cour internationale de justice. Mais Bush a été malin. Il n’a pas ratifié la Cour internationale de justice. Donc, si un soldat américain ou, à plus forte raison, un homme politique américain, devait se retrouver au banc des accusés, Bush a prévenu qu’il enverrait les marines. Mais Tony Blair, lui, a ratifié la Cour et peut donc faire l’objet de poursuites.Nous pouvons communiquer son adresse à la Cour si ça l’intéresse. Il habite au 10 Downing Street, Londres.

La mort dans ce contexte devient tout à fait accessoire. Bush et Blair prennent tous deux bien soin de la mettre de côté. Au moins 100 000 Irakiens ont péri sous les bombes et les missiles américains avant que ne commence l’insurrection irakienne. Ces gens-là sont quantité négligeable. Leur mort n’existe pas. Un néant. Ils ne sont même pas recensés comme étant morts. « Nous ne comptons pas les cadavres » a déclaré le général américain Tommy Franks.

Aux premiers jours de l’invasion une photo a été publiée à la une des journaux britanniques ; on y voit Tony Blair embrassant sur la joue un petit garçon irakien. « Un enfant reconnaissant » disait la légende. Quelques jours plus tard on pouvait trouver, en pages intérieures, l’histoire et la photo d’un autre petit garçon de quatre ans qui n’avait plus de bras. Sa famille avait été pulvérisée par un missile. C’était le seul survivant. « Quand est-ce que je retrouverai mes bras ? » demandait-il. L’histoire est passée à la trappe. Eh bien oui, Tony Blair ne le serrait pas contre lui, pas plus qu’il ne serrait dans ses bras le corps d’un autre enfant mutilé, ou le corps d’un cadavre ensanglanté. Le sang, c’est sale. Ça salit votre chemise et votre cravate quand vous parlez avec sincérité devant les caméras de télévision.

Les 2000 morts américains sont embarrassants. On les transporte vers leurs tombes dans le noir. Les funérailles se font discrètement, en lieu sûr. Les mutilés pourrissent dans leurs lits, certains pour le restant de leurs jours. Ainsi les morts et les mutilés pourrissent-ils, dans différentes catégories de tombes.

(…)

J’ai dit tout à l’heure que les États-Unis étaient désormais d’une franchise totale et jouaient cartes sur table. C’est bien le cas. Leur politique officielle déclarée est désormais définie comme une « full spectrum dominance » (une domination totale sur tous les fronts). L’expression n’est pas de moi, elle est d’eux. « Full spectrum dominance », cela veut dire contrôle des terres, des mers, des airs et de l’espace et de toutes les ressources qui vont avec.

Les États-Unis occupent aujourd’hui 702 installations militaires dans 132 pays du monde entier, à l’honorable exception de la Suède, bien sûr. On ne sait pas trop comment ils en sont arrivés là, mais une chose est sûre, c’est qu’ils y sont.

Les États-Unis détiennent 8000 ogives nucléaires actives et opérationnelles. 2000 sont en état d’alerte maximale, prêtes à être lancées avec un délai d’avertissement de 15 minutes. Ils développent de nouveaux systèmes de force nucléaire, connus sous le nom de « bunker busters » (briseurs de blockhaus). Les Britanniques, toujours coopératifs, ont l’intention de remplacer leur missile nucléaire, le Trident. Qui, je me le demande, visent-ils ? Oussama Ben Laden ? Vous ? Moi ? Tartempion ? La Chine ? Paris ? Qui sait ? Ce que nous savons c’est que cette folie infantile – détenir des armes nucléaires et menacer de s’en servir – est au cœur de la philosophie politique américaine actuelle. Nous devons nous rappeler que les États-Unis sont en permanence sur le pied de guerre et ne laissent entrevoir en la matière aucun signe de détente.

Des milliers, sinon des millions, de gens aux États-Unis sont pleins de honte et de colère, visiblement écœurés par les actions de leur gouvernement, mais en l’état actuel des choses, ils ne constituent pas une force politique cohérente – pas encore. Cela dit, l’angoisse, l’incertitude et la peur que nous voyons grandir de jour en jour aux États-Unis ne sont pas près de s’atténuer.

Je sais que le Président Bush emploie déjà pour écrire ses discours de nombreuses personnes extrêmement compétentes, mais j’aimerais me porter volontaire pour le poste. Je propose la courte allocution suivante, qu’il pourrait faire à la télévision et adresser à la nation. Je l’imagine grave, les cheveux soigneusement peignés, sérieux, avenant, sincère, souvent enjôleur, y allant parfois d’un petit sourire forcé, curieusement séduisant, un homme plus à son aise avec les hommes.

« Dieu est bon. Dieu est grand. Dieu est bon. Mon Dieu est bon. Le Dieu de Ben Laden est mauvais. Le sien est un mauvais Dieu. Le Dieu de Saddam était mauvais, sauf que Saddam n’en avait pas. C’était un barbare. Nous ne sommes pas des barbares. Nous ne tranchons pas la tête des gens. Nous croyons à la liberté. Dieu aussi. Je ne suis pas un barbare. Je suis le leader démocratiquement élu d’une démocratie éprise de liberté. Nous sommes une société pleine de compassion. Nous administrons des électrocutions pleines de compassion et des injections létales pleines de compassion. Nous sommes une grande nation. Je ne suis pas un dictateur. Lui, oui. Je ne suis pas un barbare. Lui, oui. Et lui aussi. Ils le sont tous. Moi, je détiens l’autorité morale. Vous voyez ce poing ? C’est ça, mon autorité morale. Tâchez de ne pas l’oublier. »

Voir aussi le fameux numéro (de la Saint-Valentin) de Villepin à la tribune de l’ONU à New York:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux conclusions de M. Blix.
Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix.
Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l’acquisition d’aimants susceptible de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.
(…) Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

INTERVENTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, AU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES
New York – 14.02.2003
Je remercie MM. Blix et El Baradeï pour les indications qu’ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Irak. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l’origine de la crise irakienne, à l’unité du Conseil de sécurité. Cette unité repose aujourd’hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l’objectif d’un désarmement effectif de l’Irak. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime irakien.

En adoptant à l’unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d’échec de cette stratégie, l’examen par le Conseil de sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C’est bien dans ce scénario d’échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution. La question qui se pose aujourd’hui est simple: considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d’inspections est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d’inspection offertes par la résolution 1441 n’ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions : la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Irak ; la seconde, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité. Or que venons-nous d’entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradeï ? Nous venons d’entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d’entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats. Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le président exécutif de la CCVINU et le directeur général de l’AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues:

Dans les domaines chimiques et biologiques, les Irakiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création des commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Irak ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non autorisés, conformémement aux conclusions de M. Blix. Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points les plus importants évoqués par M. El Baradeï le 27 janvier : l’acquisition d’aimants susceptible de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Irak et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.

Nous sommes là au coeur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l’efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination. Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l’Irak. La France n’a cessé de l’exiger. Des progrès réels commencent à apparaître : l’Irak a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; il a permis que des scientifiques irakiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d’armes de destruction massive est en cours d’adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs ; l’Irak doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l’Irak pour qu’il aille plus loin dans la voie de la coopération. Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits. Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J’ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradeï et communiquées aux membres du Conseil. Quel est leur esprit ? Il s’agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en oeuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l’efficacité des opérations d’inspection. Elles s’inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l’appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradeï, qui sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d’entre elles qu’ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels. La France a déjà annoncé qu’elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradeï, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV. Alors oui, j’entends bien les critiques : il y a ceux qui pensent que, dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c’est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisants mais ils sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d’inspection serait une sorte de “manoeuvre de retardement” visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l’Irak. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat. Il y a deux options : l’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Irak, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a une autre option offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Irak. Au bout du compte, ce choix-là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons pas conséquent aux inspecteurs des Nations unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradeï de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir. Dans ce contexte, l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l’Irak par les inspections. De plus, un recours prématuré à l’option militaire serait lourd de conséquences.

L’autorité de notre action repose aujourd’hui sur l’unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité. Elle pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits. Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C’est depuis la tragédie du 11 septembre, l’une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C’est le sens de la réunion du Conseil de sécurité qui s’est tenue le 20 janvier, à l’initiative de la France.

Il y a dix jours, le secrétaire d’Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al Quaïda et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos informations et recherches menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j’avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre : en quoi la nature et l’ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ? Comment faire en sorte que les risques considérables d’une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ? En tout état de cause, dans une telle éventualité, c’est bien l’unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations unies qui resteront demain, quoi qu’il arrive, au coeur de la paix à construire.

Monsieur le président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l’incompréhension, de la suspicion ou de la peur. Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c’est un vieux pays, la France, un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèles à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Voir enfin le Discours de Villepin à Pinter:

Légion d’Honneur for Harold Pinter

On Wednesday 17 January, the French Prime Minister, Dominique de Villepin, presented the insignia of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter, at a reception held in the Residence de France in London.

(c) AFP Photo – London

French Prime Minister presented insignia of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter

Speech by M. Dominique de Villepin, Prime Minister, at the ceremony for the award of the decoration of Chevalier de la Légion d’Honneur to Mr Harold Pinter at the Résidence de France, on 17 January 2007

Dear friends,

Dear Harold Pinter,

I am not here today to give you a prize. You have already received many prizes in your lifetime. I have come here today, dear Harold Pinter, to pay tribute to you as a man who knows the importance of words: for words can change lives.

1. My dear Harold Pinter, it would be an invidious task for me to attempt any literary criticism today. That is neither my purpose nor my vocation. Allow me, however, to talk quite simply as a reader, as a man influenced by your words, emotions and questions.

When I was 16, I read contemporary literature at the University of Nanterre. The first of my courses, which was also my first stroke of luck, was to spend a year studying your play The Caretaker. It was shortly after May 1968, at a time when one could still believe that words can shape destiny. Since then, your works have been with me. Always.

· I want to tell you of my profound emotion when I discovered your poem American football in 1992, published in a literary review, not unlike Zola’s J’accuse.

· With its violence and its cruelty, it is for me one of the most accurate images of war, one of the most telling metaphors of the temptation of imperialism and violence. And this echoes the sound of another poem: The Bombs: “There are no more words to be said. All we have left are the bombs.” If we want the western world and especially Europe to be seen as a model of tolerance and peace, we have to change our minds and leave behind us anything but bombs.

Your words express the anguish and the torrent that is human life. As is the case in your theatrical works and indeed in all your works, they rest on silence. Dear Harold Pinter, your words are actions. Your words are a shout. They are rough, engaged in violent hand-to-hand combat that makes them talk, that makes them speak out. They are conveyed by a unique voice.

· First, the voice of the actor. Let us not forget that this is how you began your career.

· But also the voice of the theatre and film director, and of the film and television scriptwriter. You have made your mark in each of these fields.

2. Harold Pinter, what perhaps touched and affected me most in your work is your clear-sightedness.

Beyond your art, beyond your writing, it is in life itself that your works have affected me.

· At the heart of the life of mankind, at the heart of politics, precisely where you are not expected, in the middle of wars and conflicts, in a world about to catch fire, this is where you seek out the truth. For example in the characters of your plays. I am thinking of Rebecca, in the play “Ashes to Ashes”, I quote again “The woman a lost figure in a drowning landscape, a woman unable to escape the doom that seemed to belong only to others”.

· And that truth is inseparable from freedom, when you refused to withdraw four words from your play “Landscape”.

· Freedom, but also courage, the courage to defend your convictions and never to compromise on your principles. This is why, even if we do not always agree with you, we passionately respect your commitments. We can see that they are imbued with the passion that shapes destinies. In them we recognise the generosity and the greatness of Man.

3. Your talent and your commitment explain the special relationship that binds you to France and to the French people.

In the course of your career, you have won a special place in the hearts of our fellow citizens. You have been able to develop a special relationship with the French. A relationship based on admiration, friendship and complicity.

· First, because you are one of those rare authors whose works, during his lifetime, form part of the repertoire of the Comédie Française.

· But above all, because in seeking to capture all the facets of the human spirit, your works respond to the aspirations of the French public, and its taste for an understanding of man and of what is truly universal.

· This is why today, your works are performed over and over again in our country: in Paris alone, at least four of your plays could be seen in the last three months. You recently received a Molière d’honneur for your lifetime achievement. This was a just reward for work of such abundance, which never ceases to renew itself. It was also a recognition of the bonds of friendship that you have been able to form with us and with your country.

I would also like to express my profound respect and admiration to your wife Lady Antonia Fraser, whose works on Marie Antoinette or, more recently, on the women in the life of Louis XIV, are now reference works within the community of historians.

Dear Harold Pinter,

Dear Friends,

What you teach us is that we must look at what most people, and in particular political leaders, overlook. We must care about important things. But we should also care about things that seem unimportant. I would like to quote one of your favourite French writers, Marcel Proust: “Le poète reste arrêté devant toute chose qui ne mérite pas l’attention des hommes”. “The poet stands still and observes what doesn’t deserve other men’s attention.” Poetry teaches us how to live and you, Harold Pinter, teach us how to live.

Harold Pinter, au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur./.


Irak/Palestine: Même la Suisse a eu sa guerre civile! (Even Switzerland had a civil war!)

15 janvier, 2007
Geltwill, 1847Les Israéliens ont eu leur propre guerre civile en 1948, bien qu’elle n’ait duré que dix minutes. L’artillerie du premier ministre de l’époque David Ben-Gourion a coulé le transporteur d’armes Altalena avec le futur premier ministre Menachem Begin à son bord. L’Altalena appartenait au groupe d’opposition Irgun, qui a alors placé ses forces armées sous le commandement de Ben Gourion. Spengler

Comme avec les scandales, le plus intéressant avec les maitres de la provoc tels que l’ancien faucon reaganien Edward Luttwak (célèbre pour ses critiques enflammées de la bureaucratisation de la guerre) ou l’éditorialiste de l’Asia Times Online (le célèbre Asia Times exilé après la rétrocession en 97 de Hong Kong à la Chine) qui se cache derrière le nom de plume Spengler, c’est, par delà la pure provocation et le cynisme affectés, ce qu’ils font découvrir sur ce qui est considéré comme le fonctionnement normal.

D’où l’intérêt, à l’heure où tout le monde y va de son couplet sur le “bourbier” et l’ “échec” irakiens, de leurs récents commentaires sur les guerres civiles qui déchirent actuellement le Moyen-Orient, et notamment celles de l’Irak et de la Palestine.

Pour l’un comme pour l’autre, la guerre civile de plus ou moins grande intensité qui déchire ces deux régions n’est non seulement pas la faute des Américains ou des Israéliens, mais elle est probablement, comme elle l’a été pour tant d’autres nations aujourd’hui respectables (l’Angleterre, les Etats-Unis et même, 101 ans avant Israël, la Suisse elle-même – protestants contre catholiques, 1 mois, 100 morts)… inévitable.

D’où les risques, tant pour les intervenants que les protagonistes de la guerre civile, qu’implique toute intervention extérieure …

Extrait:

La séparation physique est donc la seule manière de limiter le carnage. Ce processus a déjà commencé dans une certaine mesure parce que la violence chasse les membres d’une section ou de l’autre des nombreux villages, villes et quartiers de la ville jusqu’ici mélangés. C’est une manière douloureuse et très coûteuse d’interrompre le cycle des attaques et des représailles, mais c’est ainsi que la guerre civile réalise son but d’apporter par la suite la paix. C’est l’erreur que les États-Unis et ses alliés font maintenant en Irak en interférant dans la guerre civile. Ils devraient désengager leurs troupes des secteurs peuplés autant que possible et abandonner les points de contrôle et les patrouilles intrusives qui ne contiennent pas la violence de toute façon comme l’effort futile de développer des forces militaires et de police qui n’ont de national que le nom. Un certain contingent de forces américaines et alliées seront toujours nécessaires dans des bases éloignées du désert pour sauvegarder l’Irak d’invasions étrangères comme la zone verte de Bagdad. Mais pour le reste, la plus stricte non-intervention devrait être la règle. Le plus vite les minorités kurde, Sunnite, chiite, turkmène et autres pourront définir leur propres frontières naturelles et stables dans lesquelles elles se sentent en sécurité, le plus vite la violence se terminera.

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Rwanda: Un nouveau Fachoda? (This obsession with Anglo-Saxons)

12 janvier, 2007
FachodaLes Français ont armé les tueurs et ils les ont formés même lorsqu’ils disaient qu’ils allaient tuer les Toutsis, et la France a soutenu le régime génocidaire jusqu’à la fin, aidant même les tueurs à s’échapper. Pourquoi ? Parce qu’ils ont cette obsession des Anglo-Saxons. Charles Murigande (ministre rwandais des Affaires étrangères)

Signe des temps…?

Cet article du Guardian d’hier (merci lagrette) ironisant sur les déconvenues de la France au “Pays des mille collines” …

Installation d’une ligue de cricket, refus explicite de l’actuel président d’apprendre le français, demande d’accession au Commonwealth (bien que le pays n’ait jamais été colonie britannique), affiches de pub en anglais défiant le centre culturel français cadenassé, anglais affiché par la jeunesse dorée des cafés et boites de nuit comme langue de la résistance au génocide contre le français langue des tueurs …

Treize ans après le génocide de quelque 800 000 Toutsis par les Houtus et suite à la récente rupture des relations diplomatiques entre les deux pays (provoquée par la menace de mandat international contre le président Kagamé par le Juge Bruguière), le quotidien anglais se complait à détailler les marques du reflux français en ce minuscule pays, revendiqué (même si jamais plus de 12% de la population ne parlait réellement la langue officielle) il y a à peine plus d’une décennie comme membre à part entière de la Francophonie.

Mais, plus sérieusement, rappelle surtout une série de faits qui confirment beaucoup de soupçons sur une certaine complicité de la France avec les génocidaires qu’elle n’a en fait jamais cessé d’armer et de soutenir, jusqu’à même, sous couvert de l’Opération Turquoise et Syndrome de Fachoda oblige,… protéger leur fuite!

Extraits:

When the genocide started, Paris made no secret of where its loyalties lay. The French military flew in ammunition for government forces and, in the following weeks, a stream of Hutu officials travelled to Paris, including Jean-Bosco Barayagwiza, who was later convicted of genocide by the international tribunal, for meetings with President François Mitterrand and the French prime minister. Even as the mass graves filled across Rwanda, Paris engineered the delivery of millions of dollars’ worth of weapons to the Hutu regime from Egypt and South Africa.

Africa has traditionally been considered such a special case in Paris that France’s policy is run out of the presidency. At the time, the “Africa cell” was headed by Mitterrand’s son, Jean-Christophe, a close friend of the Habyarimanas. He later said that there could not have been a genocide because “Africans are not that organised”. France’s president did not deny what had happened, but took a view no less racist: “In such countries, genocide is not too important.”

Gérard Prunier, a French historian who advised the French government during the later stages of its intervention in Rwanda, has characterised Paris’s view of its former African colonies not as foreign countries but as “part of the family”. Paris’s African “back yard”, he wrote in a history of the Rwandan genocide – in which he made clear his disaffection with French support for the Hutu regime – “remains its back yard because all the chicks cackle in French. There is a high degree of symbiosis between French and Francophone African political elites. It is a mixture of many things: old memories, shared material interests, delusions of grandeur, gossip, sexual peccadilloes.”

He added: “Of course, the arch-enemy in this cosy relationship, the hissing snake in the Garden of Eden, is the ‘Anglo-Saxon’.” Prunier said French governments viewed “the whole world as a cultural, political and economic battlefield between France and the Anglo-Saxons … It is the main reason – and practically the only one – why Paris intervened so quickly and so deeply in the growing Rwandan crisis.”

The RPF’s invasion of Rwanda in 1990 rang all the alarm bells about encroaching Anglo-Saxon influence. The rebel front was dominated by Tutsis whose families had been driven into exile by wholesale massacres around the time of Rwanda’s independence from Belgium in 1962. Many families settled in neighbouring Uganda where their children grew up speaking English, joined Yoweri Museveni’s rebel movement that seized power in Uganda in 1986 and then began to plan an assault on their homeland. Kagame was among them.

France immediately sent troops and weapons to defend Habyarimana’s regime. Politicians and the military top brass cast the conflict as between Francophone Hutus and invading Anglo-Saxon Tutsis – though 15% of Rwanda’s population were Tutsis who had not left the country. Some in the French military talked of the RPF as wanting to destroy the Hutus, calling the rebels the “Black Khmers”. Despite the growing evidence of a genocide in the making during the early 1990s, and the excesses of Habyarimana’s regime in assassinating opponents and organising periodic massacres of Tutsi civilians, France’s support did not waver.

Even as the Hutu government was facing collapse in the last phase of the genocide, and no one doubted that there had been a slaughter of Tutsis, France was trying to save the failing regime by sending troops to carve out a “safe zone” in the western parts of Rwanda still under Hutu control. “Operation Turquoise” was billed as an intervention “to stop the massacres and to protect the populations threatened with extermination”. But, as the Rwandan commission into French actions has been hearing, the zone proved to be safe for the Hutu Interahamwe to carry on murdering and to protect the extremist government from capture and trial by the RPF. The killers understood this. At the roadblocks, they cheered the first French troops to arrive. Later, General Jean-Claude Lafourcade, commander of Operation Turquoise, admitted that the safe zone was intended to keep alive the Hutu government in the hope that it would deny the RPF total victory and international recognition as the rulers of Rwanda. It was also an opportunity for France to help leading members of the regime to flee. Other killers made their own way to France knowing they would find protection from justice.

The true nature of Operation Turquoise was laid bare by events in the hills of Bisesero in the western province of Kibuye. Even after French soldiers arrived, the governor of Kibuye, Clément Kayishema, led militia attacks in the hills to kill Tutsis who had survived the slaughter of about 21,000 people, a slaughter he had organised in local churches and stadiums. The French commander in Kibuye, Captain Marin Gillier, took the attitude that Kayishema was the legal authority and chose to believe the governor when he said the Tutsis in the hills were armed rebels even though the front line with the RPF was about 50km away.

Hundreds more innocents were murdered before Gillier finally ventured into the hills. When he did, he recognised that the Tutsis there were not rebels and were armed only with sticks and bows and arrows to defend themselves. Many were starving, others severely wounded.

French soldiers were shocked when they saw the bodies of hundreds of those killed lying at the bottom of the hills, and some complained to reporters that they had been duped by their own government. Gillier appeared to have been misinformed about what was happening in front of his eyes, and later humiliated at what he had been drawn into by the politicians in Paris. Others were not so troubled. The commander on the ground was a colonel who identified himself as Didier Thibault. At the time I asked him about French cooperation with Kayishema and other killers. He responded that the Rwandan government and its army were “legal organisations”.

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Livres: Grandeurs et misères de la tolérance (France’s long-forgotten hatred of Protestants)

11 janvier, 2007
zolaC’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire, Article “Tolérance”
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845

Petit retour, dans notre petite exploration des grandeurs et misères de la tolérance (et toujours pour mesurer le chemin parcouru) sur les déclarations d’un autre de nos modèles nationaux de tolérance, après le défenseur du protestant Calas, le grand Zola de l’Affaire Dreyfus lui-même.

Et, à travers lui, sur “une haine oubliée” et pourtant pas si ancienne et en son temps particulièrement virulente, à savoir l’antiprotestantisme.

Qui se souvient en effet que la Belle Epoque fut l’occasion d’un rare unanimisme, à droite comme à gauche et du côté athée comme du côté catholique, contre les Protestants?

Souvent considérés (en une réthorique difficilement imaginable aujourd’hui de type “guerre des races” entre “Anglo-Germains” protestants et “latins” catholiques) comme une sorte de “5e colonne” ou des “ennemis de l’intérieur”, les protestants de religion, éducation ou “ménage” (eg. Ferry marié à une Protestante!) se voient ainsi régulièrement reprochés la “conjuration” ou le “complot protestant” et la mainmise des “huguenots” sur l’université et la République.

Sans parler des accusations récurrentes, pour leur individualisme, leur universalisme ou leur libéralisme économique (cf. le Ministre des Finances Léon Say – petit-fils de l’économiste – au père éduqué à Genève et ayant voyagé en Amérique), d’être des “valets de l’Angleterre” ou des “vendus à l’Angleterre”, slogans qui ne sont pas sans rappeler certaines formules plus contemporaines comme… “Sarkozy l’Américain” !

D’où l’intérêt de l’ouvrage du spécialiste de la laïcité Jean Baubérot et de la chercheure de l’Ecole pratique des hautes Etudes Valentine Zuber (“Une haine oubliée”, 2000) qui non seulement ressuscite cet épisode oublié de notre histoire récente mais montre la perennité de certains discours de haine.

Et rappelle au passage que notre valeureux auteur du “J’accuse” de l’Aurore mais aussi fils d’immigré vénitien (recalé une dizaine de fois et perpétuel exclu de l’Académie) s’était lui aussi un temps livré à de telles attaques, même s’il s’inscrivait plutôt dans cette forme d’ “antiprotestantisme littéraire” qui, de Stendhal à Baudelaire, poussa tant de nos fins littérateurs à fustiger cette “lourdeur allemande” et cette “épaisseur suisse” ou cet “esprit boutiquier” anglais ou belge, que l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans notre antiaméricanisme actuel.

Voir la présentation du livre sur le site du CNRS:

Extraits:

Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un ” complot protestant “, mené par des étrangers de l’intérieur. Ce ” péril ” menace l’identité française et cherche sournoisement à ” dénationaliser ” le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un ” parti protestant ” qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française.
L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de ” déicide “, l’autre, économique, qui les accuse de ” spéculation financière “. La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’ ” aryen ” et le ” sémite “, alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un ” pacte laïque ” et permet un dépassement de l’anticléricalisme.
Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de ” menées occultes “, d’” obscurs complots “.

Comment sortir des doctrines de haine : le regard de la sociologie historique
CNRS
février 2000

Dans le contexte actuel où les intolérances (extrémismes et pensées uniques) se multiplient, deux chercheurs du CNRS et de l’EPHE* livrent le résultat de trois années de travail en sociologie historique sur l’époque fondatrice de la laïcité (1870-1905). Leur livre, Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le ” pacte laïque ” (1870-1905), décrit et analyse l’” antiprotestantisme ” sévissant en France il y a un siècle – haine aujourd’hui oubliée -, et montre comment des passerelles existent bel et bien entre cette haine d’hier et le flot des doctrines de haine actuelles.

Chacun peut en faire l’expérience : le froid est plus aisé à manipuler que le brûlant. L’antiprotestantisme des années 1870-1905 a donc valeur d’exemple. Il peut être décortiqué et analysé froidement et constituer ainsi un outil permettant au lecteur de réfléchir sur les diverses intolérances d’aujourd’hui : des problèmes que l’on aborde habituellement toujours de façon passionnelle reçoivent des éclairages nouveaux grâce à cette démarche.

Cette recherche s’articule autour de deux grands axes. Le premier étudie l’antiprotestantisme en tant que tel. Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un ” complot protestant “, mené par des étrangers de l’intérieur. Ce ” péril ” menace l’identité française et cherche sournoisement à ” dénationaliser ” le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un ” parti protestant ” qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française.

Le deuxième axe de ce travail compare antiprotestantisme, antisémitisme et anticléricalisme, permettant de dégager ce qui est spécifique à chacune des haines et commun à toutes. L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de ” déicide “, l’autre, économique, qui les accuse de ” spéculation financière “. La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’ ” aryen ” et le ” sémite “, alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un ” pacte laïque ” et permet un dépassement de l’anticléricalisme.

Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de ” menées occultes “, d’” obscurs complots “.

Le chapitre conclusif de l’ouvrage s’intitule : Analyser les doctrines de haine pour mieux les combattre. Il tente d’apprécier où se situe la ligne de partage entre le légitime droit à la critique et la dérive vers la doctrine de haine. Il cherche aussi à tracer des pistes pour sortir de l’engrenage des haines et contre-haines. Dans cette perspective, l’hégémonie culturelle des idéaux démocratiques constitue la véritable victoire de la démocratie en délivrant les consciences des peurs qui suscitent les haines.

* EPHE : École pratique des hautes études.

Référence

• Une haine oubliée. L’antiprotestantisme avant le ” pacte laïque ” (1870-1905) — Jean Baubérot, Valentine Zuber. Ed. Albin Michel, février 2000, (Sciences des religions), 336 p.- 140 F

Jean Baubérot est directeur du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité (GSRL, CNRS-EPHE, IRESCO), et président de l’EPHE. Valentine Zuber est membre du GSRL et maître de conférences à l’EPHE.


Droit opposable: Les blogs contre-attaquent (Et si on redécouvrait le taquin?)

8 janvier, 2007
Insoluble 15 puzzleTout le jeu du pousse-pousse fonctionne autour de ce manque. Gérard Séverin

Naturellement un avant-projet est par définition perfectible mais si l’on en croit l’analyse qu’en font certains blogueurs juristes et fort bien renseignés, l’actuelle montagne semble bien sur le point d’accoucher de la proverbiale souris: en gros on rajoute des procédures et les années de délai qui vont avec et pour finir,… l’administration se verse de l’argent à elle-même !

Ainsi pour Maitre Eolas:

S’il est une chose à retenir de cet avant projet pour démontrer l’inanité du mécanisme, c’est que le droit de saisir le juge administratif, coeur du droit opposable, est soumis au feu vert d’une commission, et surtout que les indemnités ainsi obtenues au terme de plusieurs années de procédure ne seront pas versées au mal logé mais à un Fonds public d’aménagement urbain qui vise à financer des travaux d’équipement des collectivités locales. Pour résumer, les collectivités locales se verseront de l’argent à elles mêmes, sauf que viendra se déduire de ce jeu d’écriture le coût de fonctionnement des commissions…
Il faudrait que le gouvernement réalise qu’à l’heure des blogues, ce genre de poudre de perlimpimpin ne marche plus.

Et pour Frédéric Rollin :

scoop (3) le projet de loi sur le “droit opposable au logement” une synthèse.

L’avant projet de loi sur le « droit opposable au logement » que je viens de publier (ici) et d’analyser techniquement (là) mérite pour clore cette série de notes une appréciation d’ensemble qui soit accessible au non technicien.
Cette appréciation d’ensemble en voici une synthèse en quelques mots : ce texte ne crée pas un droit supposé « opposable » au logement.
Pourquoi ?
1 – Il crée un droit de recours qui est soumis à des conditions telles qu’il est impraticable : il faut d’abord faire une demande auprès d’une commission, qui décide (sans qu’aucun délai ne lui soit imposé) de classer la demande comme « prioritaire » ou non. Si elle décide que la demande n’est pas prioritaire, alors le juge ne peut pas être saisi.
Autrement dit, le droit de saisir le juge est conditionné par une décision administrative initiale qui elle n’est contestable que dans les formes du droit commun (cela signifie un nouveau délai et une nouvelle procédure !).
2 – Le dispositif d’astreinte institué conduit au reversement des sommes payées par l’Etat ou les communes dans un fond public. Pour faire simple, ces collectivités se verseront donc de l’argent à elle-même. Comment peut-on croire au caractère incitatif d’un tel dispositif ?
3 – Ensuite le droit ouvert n’est pas celui d’obtenir un logement mais « un logement ou un placement en structure adaptée », terme qui n’est pas défini mais qui vise clairement les foyers ou les hôtels meublés. Autrement dit, on ne va rien donner d’autres aux mal logés que ce dont ils bénéficient déjà actuellement.
4 – Moins fondamental en théorie mais sans doute difficile en pratique, le texte repose sur des conditions qui sont très mal définies « sur-occupation manifeste » ( du logement), « demande prioritaire » (pour un obtenir un logement), « ressources insuffisantes »… Face à un public aussi fragilisé, ne peut pas mieux poser les conditions d’accès au droit est évidemment une complication très lourde.
Pour toutes ces raisons, il apparaît que la version actuelle de l’avant projet de loi est très critiquable et même en demeurant sur une logique stricte de juriste, je dois dire que je le considère comme très probablement inefficace voire doté s’un simple effet cosmétique. Le « droit opposable au logement » annoncé n’existe donc toujours pas.

Voir aussi un fort instructif commentaire d’un ami envoyé au blog de Fillon qui, exemples y compris personnels à l’appui, pointe les effets pervers de la mesure en question ainsi que du système actuel.

Même si les juristes qu’il cite me semblent minimiser un peu trop le problème central du manque de construction. Juste deux chiffres : il manque au moins 600 000 logements et juste à Paris : 3 977 logements neufs commencés en 2001 : 967 en 2005.

Et j’ajouterais aussi, dans le sens de la fluidisation du parc locatif, que comme le montre le principe bien connu du jeu de taquin ou de pousse-pousse, tout est dans la mobilité et le mouvement, autrement dit c’est la case vide et elle seule qui permet le mouvement de toutes les autres.

D’où l’importance d’encourager la mobilité géographique (et professionnelle, ce qui confirme à nouveau à quel point les deux questions sont effectivement liées), notamment comme il se fait dans nombre de pays nordiques et comme nous l’évoquions dans un précédent billet, la suppression ou réduction des obstacles qui pénalisent et font que nos concitoyens sont si peu mobiles tels que les droits de mutation (nos fameux frais de notaire : 6-8%), la déduction fiscale (voire la prise en charge par l’entreprise ?) des frais de déménagement, mais aussi, à nouveau au niveau de l’emploi, le maintien des congés et des indemnités de chômage.

Mr Fillon, Depuis un certain temps j’attends l’occasion de lancer une réflexion autours du problème du logement et de la nécessité d’en assouplir la réglementation et le droit, comme vous comptez le faire pour le droit du travail, car j’ai tendance à penser que les règlements et lois qui visent à protéger les locataires jouent contre eux. L’actualité me donne l’occasion de vous en parler. Avec NS vous avez proposé de rendre le droit au logement opposable. Cela m’a paru un fausse bonne idée qui risquait d’alourdir un peu plus le système tout en générant nombre d’effets pervers. Par exemple si la commune est en charge de fournir un logement à un SDF, le SDF aura le choix de sa commune de résidence comme c’est le cas en Ecosse. S’il obtient un logement, il l’obtiendra dans la commune de son choix, avantage dont ne bénéficie pas le citoyen ordinaire qui doit se loger là ou il peut. J’habite en banlieue dans le 93 loin de mon travail, et pour bénéficier d’une école correcte je dois inscrire ma fille dans un collège privé. Il va sans dire que je préfèrerais habiter Paris intra-muros, mais je n’en ai pas les moyens. Depuis votre proposition de droit au logement opposable, les enfants de Don Quichotte ont fait la mousse médiatique que vous savez et Chirac et Villepin ont repris votre idée (sans doute pour vous nuire). Un pré-projet de loi existe. Le texte a fuité dans la nuit d’avant d’hier auprès d’un bloggeur juriste et professeur de droit (F. Rollin). http://frederic-rolin.blogspirit.com/ Afin d’en faire profiter la communauté des internautes, celui-ci a aussitôt publié le texte (avant hier à 2 heures du matin) et a passé sa nuit l’analyser et à le critiquer (la synthèse finale est sortie à 5h du matin). Ce texte apparaît comme un “Objet Juridique Non Identifié”, une “mousse juridique”, bref une promesse qui n’engage que ceux qui y croient. Les amis de F.Rollin du groupe “lieu commun” dont le recommande chaudement le site coopératif http://lieu-commun.org/index.php se sont empressés de reprendre et de commenter l’analyse de de F.Rollin, en particulier Versac, Jules (Dinner’s Room) et Eolas http://vanb.typepad.com/versac/2007/01/droit_au_logeme_1.html http://dinersroom.free.fr/index.php?2007/01/06/311-le-droit-opposable-au-logement http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/01/06/507-l-avant-projet-de-loi-sur-le-droit-au-logement-opposable-decortique
Tout cela a été relayé par Le Monde http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-851819@51-845716,0.html
Dans l’analyse du “droit au logement opposable” qu’il en a faite avant que le texte ne soit connu http://maitre.eolas.free.fr/journal/index.php?2007/01/03/505-le-droit-au-logement-opposable-ou-de-l-art-de-prendre-l-electeur-non-juriste-pour-un-benet Eolas livre le fond de sa pensée qui résulte de sa pratique d’avocat: “Et ce qui à mon sens est le problème principal demeure, qui n’est pas tant le manque de logements existants : on sait qu’il y en a des centaines de milliers de vides. C’est que le droit français fait tout pour décourager les propriétaires de louer. Le revenu foncier est le plus taxé de tous : il est soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, plus les 11% de prélèvements sociaux que sont la CSG et la CRDS, dont seulement 5% sont déductibles… l’année suivante. La loi de finance qui vient d’être votée a en plus supprimé l’abattement forfaitaire de 14% sur ces revenus. Ajoutez à cela les règles protectrices du locataire, qui partent d’un bon sentiment, mais achèvent de décourager bien des bonnes volontés. Elles contraignent le propriétaire à ne pouvoir récupérer son bien que tous les trois ans, à certaines conditions et en respectant un préavis de six mois, et s’il se trompe, c’est reparti pour trois ans ; que l’expulsion d’un locataire qui ne paye plus est terriblement longue, coûteuse et compliquée, quand la préfecture veut bien accorder l’assistance de la force publique qui seule permet l’expulsion effective. Chaque année, des milliers de propriétaires se font saisir et vendre aux enchère leur bien occupé par un locataire qui ne paye pas ; la vente d’un bien occupé se faisant à un prix largement inférieur au prix du marché, il n’est même pas certain que le propriétaire récupère quelque chose après la vente. C’est un paradoxe bien connu qui veut que protéger une situation la rend plus difficilement accessible. Il en va du logement comme du travail. Mais cet aspect là est intouchable. Il existe un fantasme du travail et du logement à vie, et un mythe du propriétaire nanti exploitant le pauvre locataire qu’il faut toujours protéger. Il va sans dire qu’aborder un problème via un prisme déformant est le meilleur moyen de ne pas le régler. Et que le coercitif n’a jamais réglé un problème aussi bien que l’incitatif.” A titre personnel, je confirme le point de vue d’Eolas. Je suis propriétaire d’un 2 pièces neuf que je loue en Robien. L’important pour moi de m’assurer que le locataire est fiable, et qu’il ne cassera pas tout dans mon 2 pièces. Je suis également caution des appartement de mes enfants adultes. A chaque fois l’engagement de cautionnement est plus long, plus complexe et plus contraignant, et je me demande comment il est possible de se loger, lorsque l’on a pas la chance de bénéficier d’une caution solide. Lors de mon dernier engagement de cautionnement, j’ai longuement discuté avec le directeur de l’agence immobilière. Il m’a expliqué qu’en 20 ans son métier avait changé. La compétence essentielle pour lui n’est plus immobilière mais juridique. Chaque location doit être inattaquable juridiquement. Cela complique son travail et augmente considérablement le coût des frais d’agence. Cela pénalise les locataire faibles qui ne peuvent se loger auprès des agences, et se logent cher et mal. J’ajouterai un point qui n’est pas mentionné par Eolas. La loi protège le locataire et décourage le propriétaire. En contrepartie, l’Etat concède au propriétaire des avantages fiscaux (j’en bénéficie avec ma location Robien neuf) qui peuvent être considérables. Un ami qui a de bon revenu (couple de cadres) m’expliquait qu’il avait 2 appartement en Robien: “C’est normal, j’y suis obligé, l’achat de ces appartements ne me coûte rien”. Pas étonnant dans ces conditions que le prix de la construction monte. Bien sûr, ces avantages fiscaux compensent le montant excessif du taux marginal de l’IR. Ils introduisent néanmoins une distorsion du marché immobilier qui pénalise nos enfants qui ne peuvent plus accéder à la propriété. Si l’on ajoute les aides de l’état aux propriétaires (défiscalisation) aux aides aux locataires (APL), on peut se demander si la collectivité ne supporte souvent pas la totalité du coût du logement. Au passage je noterai un injustice jamais relevée: à revenu et bien égal, l’aide au logement APL est bien plus importante pour un bien loué que pour un bien en accession à la propriété. Dans la logique marxiste, le propriétaire est perçu comme un bourgeois (donc de droite), alors que le locataire reste un prolétaire (donc de gauche). L’aide permet de fidéliser le vote à gauche. Pour le logement, il y a une sorte de retournement des valeurs. Mon frère, qui est architecte et qui construit des HLM en province, m’a expliqué en riant que pour fiabiliser un investissement immobilier il y avait deux méthodes. 1) on loue cher à un locataire riche, 2) on loue bon marché à un locataire sans ressource rendu solvable par les aides. Le revenu est sûr, et le loyer est payé directement par les APL. Pour finir j’évoquerais le cas des squats via le témoignage de ma fille qui a fait du bénévolat auprès des squatteurs via Médecin du Monde. 2 points. 1) Ma fille m’a expliqué que des promoteurs immobiliers proposaient aux squatteurs les lieux de squat. Le but étant bien sûr de faire baisser le prix du bien squatté afin de le racheter à bas prix. 2) Un mois après leur installation dans un nouveau lieu, les squatteurs se présentent à la police et se déclarent comme squatteur en donnant leur adresse. Ils changent ainsi de statut est sont beaucoup plus difficilement expulsables. Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de choses à changer dans le domaine du logement, car les lois censées protéger les locataires faibles se retournent contre eux. Je suis étonné qu’aucun responsable politique n’a eu le courage de “dire la vérité” concernant ce problème de retournement de la loi. Aucun responsable politique sauf, et je le regrette, Marine Le Pen hier ou avant matin au petit déjeuner de France inter. Votre ami Alain Lambert dans la réponse qu’il a faite hier à un de mes commentaires pronostiquait Le Pen en tête au premier tours de 2007: “Comme ils [les observateurs politiques ] ne voient pas aujourd’hui que vraisemblablement les deux champions de la droite et de la gauche, à ce jour, ne concourent que pour la deuxième place !” http://www.alain-lambert-blog.org/index.php?2007/01/01/893-jacques-chirac-present-dans-la-campagne#co commentaire d’Alain Lambert, le samedi 6 janvier 2007 à 14:19 Ceci explique peut être cela.