Science/Religions: Le Coran mène la science moderne (The Kuran leads the way to science: The proof is in the numbers)

29 octobre, 2006
 Les racines de l’Europe sont autant musulmanes que chrétiennes. Jacques Chirac (conversation avec Philippe de Villiers, rapportée par Ivan Rioufol, Bloc-notes du Figaro du 23/10/2003)
Ce qui frappe d’abord l’esprit de qui est confronté avec un tel texte pour la première fois est l’abondance des sujets traités: la création, l’astronomie, l’exposé de certains sujets concernant la terre, le règne animal et le règne végétal, la reproduction humaine. Alors que l’on trouve dans la Bible de monumentales erreurs scientifiques, ici je n’en découvrais aucune. Ce qui m’obligeait à m’interroger: si un homme était l’auteur du Coran, comment aurait-il pu, au VIIe siècle de l’ère chrétienne, écrire ce qui s’avère aujourd’hui conforme aux connaissances scientifiques modernes? Dr Maurice Bucaille (chirurgien français à la cour des Saud, 1976)
J’ai travaillé durant trois ans avec le Comité d’embryologie de l’Université du Roi Abdelaziz à Jeddah, et j’ai apporté ma contribution à l’interprétation des données recensées des versets Coraniques et dans les hadiths qui ont trait à la reproduction humaine et au développement du foetus. Dès le début j’ai été stupéfait de l’exactitude de ces données écrites au 7éme siècle alors que la science de l’embryologie n’avait pas encore vu le jour à cette époque ! J’étais passionné également étonné de découvrir la vie grandiose des scientifiques musulmans et leurs larges contributions au développement de la médecine pendant le 10ème siècle, j’ignorais tout de la religion musulmane et non plus sur la ferveur contenue dans le Coran et la Sounah. Keith L. Moore (Anatomiste canadien, 1982)

L’Islam, on le sait, a tout inventé: les chiffres indiens, les maths grecques et indiennes, l’ingénierie grecque et romaine, l’astronomie égyptienne, perse et grecque, la poudre à canon et le papier chinois, et ainsi de suite.

Et d’ailleurs, si on prend l’un des indicateurs actuels de la contribution d’une nation ou civilisation à l’avancement de la science moderne ou au bien-être de l’humanité, à savoir le nombre de prix Nobel, il n’y a tout simplement pas photo:

Par exemple, si l’on en croit cette comparaison (sur un siècle, soit jusqu’à 2000) du nombre de lauréats musulmans du prix Nobel à celui de ses lauréats juifs, trouvée sur le site Free Republic, on arrive à quelque chose comme:

7 prix Nobel (dont un grand combattant comme Arafat pour… la paix ?) pour 1,2 milliards de population pour les uns et 175 Nobels pour une population de 14 millions pour les autres, soit 25 fois moins de prix Nobel pour 1000 fois plus de population (20% contre 0.02)!

Le tout sur un total de 719 prix Nobel (jusqu’à 2000 toujours), dont, si l’on veut s’en tenir à la seule science, il faudrait déduire les prix pour la paix, la littérature et l’économie (qui n’est d’ailleurs pas un "PrixNobel").

Et là, on arriverait à… 4 prix Nobel du côté musulman contre… 145 du côté juif! Soit, au lieu de 25 fois moins,… 36 fois moins de prix Nobel pour les musulmans!

Mais si l’on considère que plus de 75% des prix sont attribués aux pays les plus riches du monde (US: 43,8%, GB:14, D:12, F: 5,2) et seulement 4% aux femmes, on voit bien que tout ça n’est en fait rien d’autre qu’une nouvelle preuve du complot mondial de la ploutocratie juive contre les pauvres… musulmanes!

NOBEL PRIZE FACTS! (Stunning comparisons!)

December 21, 2004

Unknown

Posted on 12/21/2004 by CHARLITE

Nobel facts

The following are true facts and verified statistics:
The Global Islamic population is approximately 1,200,000,000, or 20% of the world population.

They received the following Nobel Prizes:

Literature
1988 – Najib Mahfooz.

Peace:
1978 – Mohamed Anwar El-Sadat
1994 – Yasser Arafat

Physics:
1990 – Elias James Corey
1999 – Ahmed Zewail

Medicine:
1960 – Peter Brian Medawar
1998 – Ferid Mourad

The Global Jewish population is aproximately 14,000,000 or about 0.02% of the world population.

They received the following Nobel Prizes:

Literature:
1910 – Paul Heyse
1927 – Henri Bergson
1958 – Boris Pasternak
1966 – Shmuel Yosef Agnon
1966 – Nelly Sachs
1976 – Saul Bellow
1978 – Isaac Bashevis Singer
1981 – Elias Canetti
1987 – Joseph Brodsky 1991 – Nadine Gordimer World

Peace:
1911 – Alfred Fried
1911 – Tobias Michael Carel Asser
1968 – Rene Cassin
1973 – Henry Kissinger
1978 – Menachem Begin
1986 – Elie Wiesel
1994 – Shimon Peres
1994 – Yitzhak Rabin

Physics:
1905 – Adolph Von Baeyer
1906 – Henri Moissan
1910 – Otto Wallach
1915 – Richard Willstaetter
1918 – Fritz Haber
1943 – George Charles de Hevesy
1961 – Melvin Calvin
1962 – Max Ferdinand Perutz
1972 – William Howard Stein
1977 – Ilya Prigogine
1979 – Herbert Charle s Brown
1980 – Paul Berg
1980 – Walter Gilbert
1981 – Roald Hoffmann
1982 – Aaron Klug
1985 – Albert A. Hauptman
1985 – Jerome Karle
1986 – Dudley R. Herschbach
1988 – Robert Huber
1989 – Sidney Altman
1992 – Rudolph Marcus
2000 – Alan J. Heeger

Economics:
1970 – Paul Anthony Samuelson
1971 – Simon Kuznets
1972 – Kenneth Joseph Arrow
1975 – Leonid Kantorovich
1976 -! Milton Friedman
1978 – Herbert A. Simon
1980 – Lawrence Robert Klein
1985 – Franco Modigliani
1987 – Robert M. Solow
1990 – Harry Markowitz
1990 – Merton Miller
1992 – Gary Becker
1993 – Robert Fogel

Medicine:
1908 – Elie Metchnikoff
1908 – Paul Erlich
1914 – Robert Barany
1922 – Otto Meyerhof
1930 – Karl Landsteiner
1931 – Otto Warburg
1936 – Otto Loewi
1944 – Joseph Erlanger
1944 – Herbert Spencer Gasser
1945 – Ernst Boris Chain
1946 – Hermann Joseph Muller
1950 – Tadeus Reichstein
1952 – Selman Abraham Waksman
1953 – Hans Krebs
1953 – Fritz Albert Lipmann
1958 – Joshua Lederberg
1959 – Arthur Kornberg
1964 – Konrad Bloch
1965 – Francois Jacob
1965 – Andre Lwoff
1967 – George Wald
1968 – Marshall W. Nirenberg
1969 – Salvador Luria
1970 – Julius Axelrod
1970 – Sir Bernard Katz
1972 – Gerald Maurice Edelman
1975 – Howard Martin Temin
1976 – Baruch S. Blumberg
1977 – Roselyn Sussman Yalow
1978 – Daniel Nathans
1980 – Baruj Benacerraf
1984 – Cesar Milstein
1985 – Michael Stuart Brown
1985 – Joseph L. Goldstein 1986 – Stanley Cohen [& Rita Levi-Montalcini]
1988 – Gertrude Elion
1989 – Harold Varmus
1991 – Erwin Neher
1991 – Bert Sakmann
1993 – Richard J. Roberts
1993 – Phillip Sharp
1994 – Alfred Gilman
1995 – Edward B. Lewis

Physics:
1907 – Albert Abraham Michelson
1908 – Gabriel Lippmann
1921 – Albert Einstein
1922 – Niels Bohr
1925 – James Franck
1925 – Gustav Hertz
1943 – Gustav Stern
1944 – Isidor Issac Rabi
1952 – Felix Bloch
1954 – Max Born
1958 – Igor Tamm
1959 – Emilio Segre
1960 – Donald A. Glaser
1961 – Robert Hofstadter
1962 – Lev Davidovich Landau
1965 – Richard Phillips Feynman
1965 – Julian Schwinger
1969 – Murray Gell-Mann
1971 – Dennis Gabor
1973 – Brian David Josephson
1975 – Benjamin Mottleson
1976 – Burton Richter
1978 – Arno Allan Penzias
1978 – Peter L Kapitza
1979 – Stephen Weinberg
1979 – Sheldon Glashow
1988 – Leon Lederman
1988 – Melvin Schwartz
1988 – Jack Steinberger
1990 – Jerome Friedman
1995 – Martin Perl

The Jews are not demonstrating with their dead on the streets, yelling and chanting and asking for revenge, the Jews are not promoting brain washing the children in military training camps, teaching them how to blow themselves up and cause maximum deaths of Jews and other non Muslims.

The Jews don’t highjack planes, nor kill athletes at the Olympics, the Jews don’t traffic slaves, nor have leaders calling for Jihad and death to all the Infidels.

The Jews don’t have the economical strength of the Petroleum, nor the possibilities to force the world’s media to see "their side" of the question. Perhaps if the world’s Muslims could invest more in normal education and less in blaming the Jews for all their problems, we could all live in a better world.

THINK ABOUT IT

- Voir aussi ce commentaire de l’historienne Bat Ye’or:

L’infrastructure culturelle du DEA permit d’importer en Europe le bagage culturel traditionnel de préjugés anti-chrétiens et anti-juifs, contre l’Occident et Israël, des peuples et de la civilisation du djihad. C’est dans ces années là que le thème du djihad fut récupéré pour alimenter un activisme terroriste. Des milieux de l’immigration s’en firent les vecteurs et les diffuseurs en Europe, avec le silence complice des universitaires, des politiciens et de tout l’appareil culturel du DEA. La déconsidération de la culture judéo-chrétienne « infidèle » s’exprima dans l’affirmation de la supériorité de la civilisation islamique, à laquelle se seraient humblement abreuvés les savants européens. Ni les centres du savoir répartis dans l’Europe latine et byzantine pour le Moyen Age, ni dans les siècles suivants, la création de l’imprimerie, essentielle à la diffusion du savoir, ni les découvertes scientifiques de l’Europe et leurs applications technologiques, ni l’évolution novatrice de ses institutions juridiques et politiques, ni sa richesse artistique et culturelle, ne peuvent entamer l’axiome de son infériorité par rapport aux Arabes, créateurs de la science et des arts. Cette absurdité, répétée obséquieusement par nos ministres européens constitue, en fait, un principe religieux du monde arabe qui ne reconnaît aucune supériorité aux civilisations infidèles. Les termes même «civilisation judéo- chrétienne » sont refusés par les musulmans fondamentalistes qui n’admirent qu’une seule civilisation, la civilisation islamique qui englobe, par Abraham — prophète musulman — les juifs et les chrétiens. C’est pourquoi nos ministres ne parlent plus de civilisation judéo-chrétienne mais de civilisation abrahamique. D’ailleurs le judaïsme et Israël polarisent une telle haine que l’Europe se rallie volontiers à l’abrahamisme qui joue le rôle d’escamotage du judaïsme.

La vague d’expansionnisme culturel et religieux arabe, qui emporte l’Europe, est intégrée dans la fonctionnalité du DEA. L’UE répudie ainsi ses racines juives et rejette le christianisme parce qu’il en est issu. L’ablation de la mémoire historique de l’Europe, pour y greffer la conception arabo-islamique de l’histoire, permet aujourd’hui la diffusion d’une sorte de pseudo-culture négationniste et culpabilisante, où la vénération du mythe andalou remplace la connaissance des invasions dévastatrices musulmanes. L’obséquiosité des universitaires soumis à un pouvoir politique entièrement dominé par le matérialisme économique, rappelle les pires périodes du déclin de l’intelligence. La censure de la pensée, la suppression de la liberté intellectuelle, importées des pays musulmans dans l’emballage d’une culture de haine contre Israël, conduit aujourd’hui à l’exclusion et au boycott des universitaires israéliens par leurs collègues d’Europe.

Voir aussi:

Pourquoi les Arabes ont-ils des régimes autoritaires?
Mohammed Hachemaoui
El Watan
9 septembre 2006

Comme l’on sait, sur les 21 pays que compte le monde arabe, pas un seul ne figure sur la liste – établie par Freedom House – des 120 Etats démocratiques ; tous, qu’ils soient monarchiques ou prétoriens, fondamentalistes ou laïques, sont gouvernés par des régimes irréductiblement autoritaires qui se tiennent au plus loin des principes du gouvernement démocratique. Huit parmi ces autocraties sont sous la férule, patrimoniale et sultanique, de familles tribales, à l’instar des Alaouites au Maroc, des Al Saoud en Arabie Saoudite, des Al Sabbah au Koweït, des Al Khalifa au Bahreïn, des Al Thani au Qatar ou des Hachémites en Jordanie. Les Républiques arabes, qui sont à la respublica ce que le pastiche est à l’œuvre, ne font guère mieux : elles ploient sous le règne omnipotent d’un Raïs cédant le plus souvent au syndrome d’une présidence à vie. Au regard de la déferlante vague de démocratisation qui a balayé sur son passage les régimes autoritaires en Amérique latine, en Europe de l’Est et en Asie, la résilience de l’autoritarisme arabe paraît de plus en plus énigmatique : pourquoi le monde arabe résiste-t-il autant à la démocratie ? Y a-t-il un exceptionnalisme arabe en la matière ? Le problème a suscité un vaste débat académique et soulevé une confrontation intellectuelle entre des thèses concurrentes.

La thèse dite culturaliste est l’une d’elles ; elle impute au corpus culturel islamique les principales raisons de l’absence des règles de la démocratie dans les pays arabes. L’absolutisme, le patriarcat, le monisme, l’hétéronomie, le fondamentalisme, constituent tout à trac les nœuds d’un schème culturel foncièrement antinomique avec les principes de la démocratie – lesquels consacrent, à l’inverse, la liberté, l’égalité, le pluralisme, l’autonomie du sujet et la sécularisation des institutions. Hisham Sharabi, l’un des plus illustres représentants de ce courant, a plaidé avec vigueur en faveur de cette thèse. Dans son célèbre ouvrage Neo Patriarchy (Oxford University Press, 1988), le sociologue palestinien soutient une thèse forte selon laquelle l’autoritarisme arabe n’est pas un phénomène politique contingent ; il possède une profondeur culturelle dont le socle est constitué de différentes strates : l’omnipotence de la figure du Père, centre autour duquel doit s’organiser la famille naturelle et nationale ; l’efficace du gouvernement des âmes qu’exerce la communauté au nom de la religion et/ou de la tradition (comme ultime frein à l’émergence de l’individu souverain, jouissant d’une autonomie morale et sociale) ; la prévalence d’une conscience close et absolutiste articulée sur la révélation, le surnaturel et le monisme, abhorrant tout pluralisme moral ; la préséance du rituel et de la coutume au détriment de la spontanéité et de la créativité. L’action conjuguée de ces structures de sens aurait fini, selon cette analyse, par engendrer le modèle patriarcal dans lequel se moule l’autorité politique dans les différents Etats arabes sous les figures du Père de la nation, du Zaïm, du Raïs, du Guide, du Commandeur des croyants.

D’où l’importance, politiquement stratégique, que revêt l’enseignement public pour les autocraties arabes: en diffusant, à longueur de manuels scolaires et de programmes éducatifs, des valeurs archaïques, l’école reproduit, du Maroc à la Syrie en passant par l’Algérie et l’Arabie Saoudite, le néo-patriarcat comme matrice de sens. En effet, là où le système éducatif des Etats modernes promeut les principes de liberté, de pluralisme et de tolérance, l’école arabe, elle, fait l’éloge volens nolens des hudûd (les châtiments corporels : 100 coups de fouet pour l’adultère, 80 coups de fouet pour une fausse accusation d’adultère, 80 coups de fouet pour le consommateur d’alcool, l’amputation de la main droite pour le voleur, la peine de mort pour le coupable d’un homicide volontaire), de la répudiation, du tutorat paternel sinon masculin sur la femme divorcée, de l’interdiction du mariage de la musulmane avec le non-musulman, de la représentation du monde en musulmans (dar al islam), « gens du Livre falsificateurs » (dar a’sulh) et « impies » (dar al harb). Tandis que l’école moderne consacre les valeurs de la citoyenneté et de la démocratie (« une personne, une voie », « tous libres et égaux en société »), le système éducatif dans le monde arabe, lui, exhorte les normes, foncièrement anti-démocratiques, de la gouvernance pastorale, en l’espèce l’obligation faite au troupeau (la famille, le peuple) d’obéir au berger (le Père, le Commandeur des croyants, le Roi, le Raïs). Ce n’est pas tout : là où l’école des Lumières, projetée dans la perspective épistémique d’un « univers infini », honore la Raison et l’Esprit, l’école des autocraties arabes, immobilisée dans un « monde clos », célèbre la Vérité, le mythe et le dogme.

Le rapport du Pnud de 2002 est sans équivoque : outre le retard honteux qu’accusent les Arabes en termes de capital humain, l’étude révèle que sur les questions des facultés critiques, de la liberté et de la participation de la femme, les 21 pays arabes demeurent pour ainsi dire « les derniers de la classe » ! L’enquête de l’Institut arabe des droits de l’homme est tout aussi atterrante : les passages consacrés dans les manuels scolaires de ces pays à la question des droits humains sont insignifiants, c’est-à-dire sans conséquence sur la socialisation politique des élèves. Question : peut-on bâtir la démocratie dans le monde arabe sans refonder l’école qui sert de support sinon de fabrique à l’autoritarisme au moins autant qu’au fondamentalisme ? S’il est abusif, au regard de la complexité du problème, de faire du facteur culturel la clé fons et origo, source et origine, de l’intrigue de l’exceptionnalisme arabe, il est tout autant naïf sinon douteux de l’évacuer de l’examen critique.


Islam: Le Coran est-il autre chose qu’une contrefaçon de la Bible? (Is the Koran more than a fake Bible?)

28 octobre, 2006
Catholicpopekissingkoran_2Après ces choses, Dieu mit Abraham à l’épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t’en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai. Genèse 22 :1-2
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime. Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, [Abraham] dit: ‹Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler. Vois donc ce que tu en penses›. (Ismaël) dit: ‹Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants› (…) Nous lui fîmes la bonne annonce d’Isaac comme prophète d’entre les gens vertueux. Le Coran, 37, 101-102 & 112

Après le texte de Louis Chagnon montrant que, contrairement à ce que de nombreux Occidentaux semblent croire et à ce que de nombreux musulmans leur laissent croire, "Le Coran n’est pas une bible musulmane", je suis tombé sur ce texte de René Girard qui y voit même une "imitation en forme de rejet", une "récupération sous forme de torsion", en somme .. une véritable contrefaçon de la Bible!

La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de " greffe" du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie.

Extrait de l’entretien du philosophe René Girard à La Vie (catholique) de novembre 2003:

Une interview exclusive de René Girard
" Le Coran a récupéré et tordu la Bible "

Professeur à l’université de Stanford, en Californie, le philosophe et anthropologue René Girard a élaboré la théorie de la violence mimétique pour rendre compte des conflits humains et religieux.

LA VIE : Que pensez-vous d’une loi qui interdirait tout signe religieux à l’école, valable pour toutes les religions ?

René Girard. Il serait étrange que les collégiens ne puissent pas porter des médailles de baptême ou des croix de communion, autant d’objets qui sont d’abord des souvenirs de famille avant d’être des signes religieux… je constate ici que , pour se défendre face au voile, on porte des coups au christianisme ! C’est l’exemple même d’un malentendu fondamental en ce qui concerne la place du christianisme dans notre société. L’histoire de notre pays et celle du christianisme sont inséparables. Si important que soit l’islam désormais, cette religion reste étrangère à la majorité de la population française.

COMMENT VOYEZ-VOUS LE DIALOGUE ENTRE LE CHRISTIANISME ET L’ISLAM?

R.G. La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. A l’égard de l’islam, les chrétiens ont battu leur coulpe. Au point d’oublier que le Coran a récupéré et transposé leur patrimoine symbolique. Les figures bibliques majeures (Abraham, Moïse, Jésus) sont en effet totalement transformées, islamisées, dans le but d’accuser les " juifs" et les " chrétiens" d’être des falsificateurs de la Révélation, de s’être volontairement détournés de la vérité qu’ils avaient reçue à l’origine. Il y a, dans le Coran, à la fois imitation et rejet du judéo-christianisme .

LE CHRISTIANISME NE S’EST-IL PAS LUI-MEME CONSTITUE EN S’OPPOSANT A UNE AUTRE TRADITION ?

R.G. On est dans un cas de figure très différent. Car les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de " greffe" du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci. Et, au XXe siècle, les chrétiens ont eu une lucidité critique à l’égard du judaïsme, en reconnaissant qu’ils avaient pu faire une lecture abusive, antijuive de leurs Ecritures. Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial : certains éléments sont montés en épingle, d’autres sont occultés. La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie.

René Girard ("La Vie", p. 50, no. 3039, 27 novembre 2003)


Environnement: Kim Jong Il en pointe sur Kyoto! (Meet Al Gore’s top students)

28 octobre, 2006

North Korea by nightY pas photo: comme la prison à ciel ouvert de Cuba avec ses statistiques de santé, il faut rendre à César ce qui est à César et le pays actuel qui respecte le mieux le protocole de Kyoto, c’est quand même – et de loin -… la Corée du nord!

Démonstration par l’image sur le site rotten.com (merci Letel), où on voit bien à quel point ils économisent l’énergie – même la nuit!

In this satellite photograph taken at night above the Korean peninsula, you can make out several white splotches. Those are cities… as in streetlights… as in electricity. All of them are below the border in South Korea. And what about that dark area above the dividing line? Let’s just say that North Koreans save a fuckload of money on their utility bills.

Bien sûr, ils ont aussi leurs petits travers: les ADM (nucléaires, biologiques, chimiques) et leurs lanceurs et missiles dont ils s’efforcent de partager la technologie avec leurs amis les plus recommandables comme le Pakistan ou l’Iran, les famines avec cas de cannibalisme, une armée d’un million d’hommes pour une vingtaine de millions d’habitants pour un coût de 30% du PIB, les enlèvements de (quelques milliers de) ses voisins, le trafic d’héroïne et de faux dollars (de meilleure qualité même que les originaux!), sans oublier le goulag où ils exploitent jusqu’à la mort et souvent en famille quelque 200 000 personnes dans des camps de prisonniers d’un autre âge.

• North Korea is an atomic power.
• They possess about 5,000 tons of biological and chemical weapons.
• Famines. Cannibalism.
• Maintains the fifth-largest standing army (1,000,000 people). A little more than 30% of the national GDP is spent on the military.
• kidnappings
Since the cease-fire of the Korean War in 1953, North Korea has kidnapped about 3,750 Korean citizens in more than 470 cases. Most of them were crew members of fishing boats. Most fishermen returned home after undergoing intensive brain-washing in North Korea, but 442 of them are still held in North Korea.

North Korea kidnapped a total of 3,662 fishermen along with their fishing boats. The last victim was Dongjin-ho (skipper: Kim Soon-kun) and its 20 crew members. The boat was abducted near Paeknyon Island in January 1987, and all the crew members are still detained in North Korea.

• heroin smuggling
• counterfeiting
Then there is the counterfeiting of U.S. $100 bills. The North Koreans have stolen both the printing presses (from Switzerland) and the formula for the pulp and paper of the U.S. currency. Their quality is reputed to be so good that one South Korean Military intelligence official told WorldNetDaily, "The North Koreans must actually lower their counterfeiting standards — their fake bills are better made than those in the U.S."

. gulags
The Ministry of National Political Security oversees a collection of death camps where 200,000 political and religious criminals are worked to death.

• Chungbong Mine
• Haengyong
• Hoeryong
• Huaong

Timeline

Jan 1968: U.S.S. Pueblo Incident.
1969: EC-121 incident.

Dec 1969: North Korean operatives hijack a South Korean passenger airliner, YS-11, on its way from Kangnung to Seoul. 51 people aboard the craft are taken captive in North Korea, and only 39 are ever released.

18 Aug 1976: Poplar Tree incident.

9 Oct 1983: A North Korean assassin attempts to kill the president of South Korea during a visit to Rangoon. He only survives by being tardy when a time bomb goes off at a memorial. 17 South Korean diplomats and 4 Burmese are killed in the blast.

Nov 1987: 114 are killed when Korean Airlines flight 858 blows up over the Indian Ocean. After this incident, the United States officially lists North Korea as a terrorist state.

Jun 1994: South Korea somehow persuades President Bill Clinton not to launch an air strike against North Korean nuclear sites.

Sep 1996: A North Korean spy submarine breaks down near Kangnung, prompting the 26-member crew to swim ashore. During the subsequent manhunt, 13 South Koreans are killed and 24 of the North Koreans are killed. 11 of the spies blew their own brains out on a mountain to avoid capture. One North Korean is captured alive, and is coerced into talking by force-feeding him soju. The last one somehow manages to escape. North Korea finally apologizes for the incident in December.

Apr 1997: North Korea finally admits that they have been suffering a deadly famine for almost a year.


Nazislamisme: It’s the religion, stupid! (II)

28 octobre, 2006
Pakistan_mcdonalds_1L’islam, au Moyen Age, a réussi la première expérience socialiste dans le monde. Muhammad fut l’imam du socialisme. Nasser

Au moment où, avec la recrudescence (du moins dans nos médias) des violences en Irak et les déclarations des premiers rats s’apprêtant à quitter le navire, la critique de la doctrine Bush est repartie de plus belle, il faut lire cette éclairante présentation, par notre ami LSO, des "origines intellectuelles de la ‘guerre’ anti-Bush".

Et surtout de ses insuffisances, notamment sa sous-estimation systématique des facteurs non matériels (ie. religieux et théologiques) qui l’empêche non seulement de prendre au sérieux mais de faire face à la montée actuelle du totalitarisme islamiste.

Extraits:

Dès le début, les “Arabes avaient fait la symbiose entre foi et ethnie, islam et arabité. Ils estimaient (et certains estiment encore) avoir la prééminence sur les autres musulmans. Cette fusion entre peuple et religion n’est certes pas l’apanage arabe, mais, à la différence des Juifs, il y a volonté d’imposer l’islam comme seule vraie religion, et aussi de considérer qu’il n’est point besoin d’autre chose que l’islam.

Le nationalisme arabe et l’islamisme, ou national-islamisme, sont en réalité les deux faces d’une même “supériorité” qui doit se protéger de l’étranger en le minorant ou en l’extirpant. Ce qui a pour conséquence d’interdire, d’emblée, toute concession, d’ordre spirituel, et donc d’ordre territorial. Oublier cet aspect condamnerait à ne pas comprendre l’origine majeure des échecs simultanés et successifs de la démocratisation au sein des pays dominés par l’institutionnalisation de l’islam – puisque celui-ci aurait réponse à tout! Il explique également l’impossibilité, permanente, de trouver une solution au conflit judéo-arabe.

La création, sous nos yeux, d’un national-islamisme dont le racisme patent reste le seul à ne pas rendre des comptes, du fait de son auréole anticolonialiste et tiers-mondiste, n’est donc ni la conséquence du conflit judéo-arabe comme on le prétend ni des deux dernières guerres en Irak, mais, tout au contraire, leur cause première.

alors que, en retour, elle ne juge pas utile de justifier l’universel de la liberté, de la démocratie, de la loi morale, autrement que par une axiomatique de type conventionnaliste ou constructiviste. Pourquoi? Parce que, pour elle, une démonstration ontologique de ces valeurs n’est pas possible: cela reviendrait à faire entrer l’essentialisme et donc la théologie par la fenêtre alors qu’ils ont été chassés par la porte depuis les Lumières.

Ainsi, lorsqu’il est dit que la guerre en Irak n’a fait que précipiter la conjonction des djihadismes au lieu de les maintenir à distance, il faut rétorquer que cette corrélation n’était qu’une question de temps pour les raisons que j’ai énoncées

ce mode de pensée devrait alors reconnaître que l’islamisme a d’autres motivations que celles du manque et du besoin, qu’il a aussi des envies
et même des désirs, l’envie, par exemple, de réaliser ce qui est écrit dans le Coran comme destiné pour tous les hommes et surtout les femmes.

le refus d’admettre que nous ne sommes pas, avec l’islamisme, devant un
mouvement qui réclame une meilleure intégration dans les affaires du monde, mais qui veut réorganiser celui-ci sur des bases qu’il justifie non pas par la Science, comme le fit le communisme léniniste, mais par Dieu. Ce qui, nécessairement, est une toute autre paire de manches, et en tout cas met en jeu une problématique qui ne peut pas en rester aux domaines habituels des relations internationales. (…) Ce qui implique de combattre également spirituellement et non pas seulement expliquer que cette possibilité, celle de la motivation idéologique, symbolique, culturelle, n’est pas concevable.

Aux origines intellectuelles de la “guerre” anti-Bush
Lucien Samir Oulahbib
16 octobre 2006

S’opposant à ce qu’aurait avancé l’Administration Bush, plusieurs publications officielles américaines [1], opportunément répercutées en Europe, persistent à nier l’existence d’un lien formel entre Saddam Hussein et Al Qaïda avant 2003. Dans le même temps, d’autres analystes cherchent à établir un lien, depuis cette dernière date, entre l’intervention de la Coalition et la prolifération des attentats islamistes, à commencer par l’actuelle alliance en Irak entre anciens baathistes et djihadistes…

J’aimerai démontrer ici, dans un premier temps, que, quoique en situation concurrente, le nationalisme arabe et l’islamisme sont des réalités non pas antinomiques mais idéologiquement liées.

La persistance à nier un lien au moins transcendant, (comme, par exemple, – on le verra – la volonté de renouer avec la gloire ancienne), relève, semble-t-il, d’une sous-estimation du fond commun existant entre nationalisme arabe et islamisme, au-delà de leur divergence formelle.

Mais cette lacune n’est pas seulement fortuite: elle provient aussi et peut-être surtout d’un parti pris non fondé. Lequel? Celui-ci: l’actuelle virulence de l’islam radical serait la conséquence, majeure, de causes socio-économiques non résolues, d’un côté, et, de l’autre côté, l’avatar d’une domination culturelle, celle du système capitaliste en général et de la colonisation en particulier.

Je voudrais précisément démontrer, dans un second temps, que cet axiome dévoile bien plus qu’un sociologisme, voire un progressisme linéaire artificiel de type scientiste visant à en finir définitivement avec le mal, l’injustice, l’inégalité, etc., dont les terroristes islamistes seraient plus les victimes que les fautifs.

Plus encore, j’aimerais souligner que la fascination nihiliste paradoxale envers un ordre total – comme on l’a vu en direction du communisme léniniste et du national-socialisme – et qui peut expliquer en partie certaines accointances des courants foucaldiens postmodernistes et déconstructionnistes envers l’islamisme radical, cette fascination-là n’épuise cependant pas cet apriorisme en fin de compte impensé excusant par avance tout porteur de maléfice. En effet, en vertu de cette conception, on met systématiquement en avant des causes de type économique, politique, psychologique, (par exemple libidinale), pour justifier tel ou tel écart (discrepancy). On n’invoque jamais, ou rarement, une cause spirituelle, un but théo-ontologique, celui, par exemple, qui considèrerait l’universel de la liberté, de la démocratie, comme inexistants en dehors du cadre révélé religieusement, ou, comme naguère, du cadre défini nationalement, révolutionnairement, etc.

Ce refus de donner à l’imaginaire anthropologique d’un poseur de bombes ces lettres de noblesse, ce refus d’entrer dans le sytème des valeurs dans lequel ce dernier s’inscrit, a pour conséquence une incapacité à comprendre, en général, que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, et, en particulier, que le refus émis par l’islamisme d’admettre au moins un modus vivendi, une tolérance entre plusieurs conceptions du monde ou civilisations, s’explique par d’autres motivations que celles habituellement avancées par l’économisme et son allié le sociologisme.

Mais commençons par la première sous-estimation, tout autant impensée, dont je propose ici une synthèse [2].

1. Nationalisme arabe et islamisme

Contrairement à ce que l’on prétend couramment, le nationalisme arabe n’a pas cherché à se séparer du religieux à la façon de la Révolution française. Ainsi l’égyptien Gamal Abdel Nasser, le leader incontesté du nationalisme arabe des années 50-60, pouvait-il avancer concernant l’islam: “Nous n’avons jamais dit (…) que nous avions renié notre religion. Nous avons déclaré que notre religion était une religion socialiste et que l’islam, au Moyen Age, a réussi la première expérience socialiste dans le monde” [3], tout en ajoutant que “Muhammad fut l’imam du socialisme” [4].

Une telle continuité “socialiste” doit alors être pensée non pas, bien entendu, dans les termes du socialisme européen, mais plutôt comme une institutionnalisation coranique modernisée; c’est-à-dire telle qu’elle englobe toujours le politique, l’économique, la culture, les mœurs, c’est-à-dire, en bref, plus ou moins, la Charia. L’islam est par exemple religion d’Etat dans la plupart des pays dits arabes à l’exception de la Tunisie. Tout en admettant la concession de quelques retouches formelles, d’ailleurs critiquées par l’islamisme, le Président de la République n’est pas officiellement Calife, c’est-à-dire Commandeur des Croyants. Mais l’on attribue de toute façon à l’ensemble de cette construction l’idée d’une supériorité théologique et politique définitive. Michel Aflak, fondateur (chrétien) du parti dit “laïc” Baath [5], ne disait-il pas que “le souffle du Prophète animera toujours le nationalisme arabe”? [6]

Contrairement aux apparences, donc, surtout aujourd’hui, malgré les affrontements passés et présents entre nassériens et Frères musulmans, entre wahabisme saoudien et djihadistes sunnites, entre baathistes et djihadistes chiites, il s’agit d’un affrontement concurrentiel et non pas antinomique entre le nationalisme arabe et l’islamisme; l’alliance tactique actuelle n’est donc pas “contre nature” comme certains le clament. Pour la raison essentielle qu’ils ne se sont jamais opposés sur l’objectif de fond, à savoir la résurgence de la grandeur d’autrefois, mais seulement sur les moyens d’y parvenir: la renaissance (Nahda) pour le premier en s’inspirant des efforts de modernisation prônée au début du XIXe siècle par certains intellectuels installés en Europe [7]; et pour le second, le retour à l’imitation des pieux ancêtres (al-salaf al-salih) qui donna le salafisme, dont les Frères musulmans égyptiens, le wahabisme saoudien, le Hamas palestinien sont les variantes – de même que le Hezbollah libanais malgré ses racines chiites plutôt que sunnites: celles-ci cachent mal en effet les velléités panislamistes de certains courants religieux dont le khomeynisme de l’actuel président iranien est la diatribe ultime. Surtout lorsqu’il clame que l’affrontement en préparation en Terre dite sainte, doit conclure une bataille commencée il y a plusieurs centaines d’années…

Mais cette fixation de l’islamisme au passé et la différence d’approche font-elles pour autant de l’islamisme un adversaire déclaré de la Nahda du nationalisme arabe, c’est-à-dire de ce souci d’actualisation qu’avaient nombre d’intellectuels arabisants au début du XIXe siècle et du siècle suivant comme le pense Paul Balta? [8] Rien n’est moins sûr.

En effet, l’un des liens fondamentaux qui relient le nationalisme arabe à l’islam, est, pour l’islam lui-même, l’idée d’une supériorité des Arabes parmi les musulmans. D’abord, l’islamisme insiste lui-même “sur le rôle essentiel des Arabes dans la mise en œuvre d’une réforme islamique” comme l’observe Menahem Milson [9]. Ensuite, de son côté, le nationalisme arabe, dans sa lecture syrienne ou égyptienne, n’a nullement émergé à la faveur d’une rupture idéologique avec le religieux – à la différence des révolutions jacobine, mais aussi léniniste ou nazie qui, toutes trois, se sont voulues, en Europe, totalement contraires au judéo-christianisme, selon des modalités bien entendu spécifiques.

En Algérie par exemple, arabisme et islamisme se sont constamment articulés [10] l’un à l’autre jusqu’à donner récemment la preuve historique d’une compatibilité de bon aloi. Certes, on peut objecter que le Coran fut brûlé en pleine rue lors de la révolution irakienne de 1958, comme le souligne Gilbert Meynier [11], mais il s’agissait bien moins de signifier une véritable rupture que d’affirmer une supériorité doctrinale, celle de l’arabisme, contre les tentatives – perçues comme poussiéreuses – de reproduire à la lettre l’islam des origines. D’ailleurs les Frères musulmans se sont alliés avec le mouvement des Officiers Libres égyptiens qui renversa le roi Farouk en 1952, en particulier lorsque l’un d’entre eux, Gamal Abdel Nasser, démit à son tour son représentant attitré, le général Néguib, et entama une vigoureuse campagne anti-juive puis anti-copte [12], tout en protégeant les Frères musulmans; même s’il a pu à l’occasion pendre quelques-uns de ses membres lorsque ceux-ci voulurent le concurrencer. Sadate lui-même prolongea l’islamisation et l’antichristianisme, et quand il signa la paix il le paya de sa vie.

En un mot, on peut établir que le nationalisme arabe, malgré quelques concessions cosmétiques, a été bien moins loin qu’un Atatürk, puisque son corps de doctrine fondamental n’a jamais cessé de se référer et de se nourrir de la lecture islamiste de l’Histoire qui pose le passé comme un éternel présent [13]. Ce qui ne l’empêchait d’ailleurs pas de croiser cette vision avec des bribes d’historiographie marxisante et léniniste fondant le capitalisme dans l’impérialisme, c’est-à-dire sur l’idée que l’accumulation primitive auraient été réalisé par l’Occident grâce aux Croisades, alors qu’en réalité le pillage économique y fut marginal, et rarement la motivation première [14].

Il en va de même de l’un des concepts politiques centraux de l’islam, le Califat. L’idée de Califat, telle qu’elle a été agitée par exemple sous Saddam Hussein, nationaliste arabe s’il en est, (et encore actuellement par ses partisans) n’est pas seulement un expédient tactique visant à rallier in extremis l’islamisme, comme il a pu être dit. Elle poursuit la velléité du grand Califat espérée dans les années 1920 à 1940, (avec la bienveillance anglaise), à la suite de l’effondrement de l’Empire Ottoman [15], mais ensuite enrayée par l’Arabie Saoudite avec la naissance de la Ligue Arabe en 1945. Elle fut réamorcée à la fin des années 1950 avec deux tentatives de création d’une République Arabe Unie, l’une comprenant l’Égypte, la Syrie, et pratiquement l’Irak – si l’alliance des deux premiers n’avait pas périclité entre-temps -, la seconde incluant à nouveau l’Égypte, la Syrie, et la Libye, jusqu’en 1977. Il y a donc eu un échec du nationalisme arabe dans sa construction du Califat. Ces tentatives (qui devaient également inclure l’Algérie et la Tunisie), échouèrent – et permirent, surtout après 1967, la montée en puissance du wahabisme saoudien avec ses milliards de dollars – pour une raison décisive: cette union ne pouvait pas se faire sur des bases démocratiques impliquant une pluralité des centres de décision et des contre-pouvoirs institutionnels, dans la mesure où ceci est contraire à l’islam.

Cette idée a donc épousé les formes singulières des empires musulmans, qui sont, en fait, les formes historiques classiques de la constitution d’un Empire impliquant la centralisation du pouvoir, et donc l’hypertrophie d’un centre [16], en l’occurrence ici le Caire, mais au détriment de la périphérie. Ceci apparut inconcevable pratiquement pour la caste militaro-affairiste dominant ces divers pays, et qui en réalité ne voulait pas abandonner de telles prérogatives temporelles pour le Califat, même reconstitué. Cette caste utilisa plutôt et de plus en plus l’islam comme moyen spirituel de domination symbolique, tout en s’en protégeant individuellement (ce que d’ailleurs leur reproche l’islamisme), et se servit du problème palestinien comme justification de ses errements en matière de développement économique, expliquant par exemple à ses ouailles avides de confort à l’occidentale que les finances devaient en premier lieu supporter la lutte du peuple palestinien en général, les caisses occultes de l’OLP en réalité, alimentant ainsi dans les coulisses l’enrichissement personnel de ses membres (comme la famille Arafat).

Aujourd’hui, on constate une islamisation de plus en plus explicite des régimes nationalistes dits arabes pour maintenir leur peuple sous pression symbolique, celle qui stigmatise la démocratie et le souci de prospérité pour toutes et tous en les cataloguant “de non islamique” sans plus d’explication. La base largement islamique de leurs structures institutionnelles telle que l’intrication des sphères décisionnelles entre le politique et le religieux (ce dernier étant pour une part fonctionnarisé avec des mosquées d’Etat, par exemple en Égypte et en Algérie) empêche toujours l’émergence autonome d’attitudes politiques laïques, idem en matière de culture et de mœurs.

Ainsi, pour quelqu’un comme Saddam Hussein, lorsqu’il s’avéra que la construction d’une République Arabe unie achoppait sur la nécessité démocratique de son éventuelle construction de toute façon antinomique avec cet islam continué et formellement relooké que prônait le nationalisme arabe, l’issue fut plutôt de renouer avec la forme politique ancienne, celle du Califat incarné par son âge d’or (VII-IXe) [17] qui avait, en plus – et ce surtout après la défaite de 1967 marquant le glas du nationalisme purement politique comme fer de lance du renouveau arabe -, l’avantage d’articuler à elle toutes les tendances islamistes, à l’exception des chiites dont Saddam échoua par ailleurs à vaincre la tendance principale incarnée par l’Iran.

En ce sens, l’adhésion de plus en plus visible de Saddam Hussein à l’histoire conquérante de l’islam (et non point uniquement au passé mésopotamien et babylonien) a non seulement précédé la première guerre du Golfe – plutôt que d’en être le produit comme il est prétendu ici ou là — mais était déjà perceptible dès la guerre avec l’Iran [18]. Dans ces conditions, lorsqu’il envahit le Koweït le 2 août 1990, il fallait moins y voir une annexion de type national-expansionniste qu’une étape stratégique de transition vers la construction du Califat, qui passait ensuite et nécessairement par la prise de la Mecque et de Médine en vue de légitimer son emprise dominante sur “le monde arabe et islamique” par une sacralisation. D’où l’appel apeuré en direction de Bush père, du régime wahabiste saoudien qui se serait bien passé de voir des “mécréants” fouler son sol “sacré”. Ne pas comprendre cette (feu) stratégie husseinienne (et aujourd’hui benladeniste) visant à renouer avec l’arabo-islamisme classique (puisque la voie démocratique est antinomique avec l’idée même de Califat) afin de s’emparer, toujours dans un premier temps, des lieux saints musulmans avant de reprendre, dans un second temps (et muni des armes nécessaires…) le djihad, temporairement interrompu, avec l’Occident, explique alors bien pourquoi l’illusion de son “laïcisme” perdure encore dans les visions en vogue de la vulgate dominante, surtout en France, dans les milieux démocrates américains, et conservateurs anglo-saxons (dont un Lawrence d’Arabie fut issu).

Ce sentiment est par ailleurs porté historiquement par un seul groupe, “les” Arabes, qui s’auto-conçoit, depuis Mahomet, comme une sorte de caste suprême et ultime à laquelle il s’agit d’appartenir, sous peine d’être marginalisé. Dès le début observe Balta [19], les “Arabes avaient fait la symbiose entre foi et ethnie, islam et arabité. Ils estimaient (et certains estiment encore) avoir la prééminence sur les autres musulmans. (Note 1: Il est vrai que Bokhari cite ce hadith de Mahomet: “L’abaissement des Arabes est celui de l’islam”)”. Cette fusion entre peuple et religion n’est certes pas l’apanage arabe, mais, à la différence des Juifs, il y a volonté d’imposer l’islam comme seule vraie religion, et aussi de considérer qu’il n’est point besoin d’autre chose que l’islam.

Le nationalisme arabe et l’islamisme, ou national-islamisme, sont en réalité les deux faces d’une même “supériorité” qui doit se protéger de l’étranger en le minorant ou en l’extirpant [20]. Ce qui a pour conséquence d’interdire, d’emblée, toute concession, d’ordre spirituel, et donc d’ordre territorial [21]. Oublier cet aspect condamnerait à ne pas comprendre l’origine majeure des échecs simultanés et successifs de la démocratisation au sein des pays dominés par l’institutionnalisation de l’islam – puisque celui-ci aurait réponse à tout! Il explique également l’impossibilité, permanente, de trouver une solution au conflit judéo- arabe. [22]

La création, sous nos yeux, d’un national-islamisme dont le racisme patent reste le seul à ne pas rendre des comptes, du fait de son auréole anticolonialiste et tiers-mondiste, n’est donc ni la conséquence du conflit judéo-arabe comme on le prétend [23] ni des deux dernières guerres en Irak, mais, tout au contraire, leur cause première. C’est ce qu’il faut maintenant appréhender sous un autre angle.

2. La théorie de la primauté des facteurs socio-économiques comme cause de l’islam radical

Je ferai l’hypothèse que cette incapacité à comprendre l’émergence de l’islamisme dévoile quelque chose de plus profond encore. D’où, peut-être, la surdétermination, mécaniste, des facteurs socio-économiques sur les autres.

D’une part, cette pensée refuse de concevoir une similitude dans les finalités poursuivies par le nationalisme arabe et l’islamisme. Cette pensée analyse le rejet islamiste de l’universalité de la liberté, de la démocratie, de la loi morale non pas comme un choix idéologique cohérent donné, choix qu’un cadre gnoséologique viendrait légitimer (qu’il soit religieux ou révolutionnaire). Elle perçoit ce refus comme une sorte de dysfonctionnement, une dérivation, voire le défaut de ne pas savoir “se faire aimer” (ainsi les USA…) dont l’émergence serait l’unique produit de circonstances historiquement situées.

D’autre part, cette manière de penser, aujourd’hui si dominante, n’explique pas le pourquoi d’une telle universalité qu’elle considère seulement comme évidence, quand bien même serait-elle critique telles ces théories issues du marxisme (par exemple la pensée bourdieusienne).

Plus fondamentalement, cette tournure d’esprit analyse tout refus s’opposant à elle comme un dysfonctionnement, un mal amour, dont la cause serait à chercher dans telle ou telle insuffisance, injustice, inégalité; alors que, en retour, elle ne juge pas utile de justifier l’universel de la liberté, de la démocratie, de la loi morale, autrement que par une axiomatique de type conventionnaliste ou constructiviste. Pourquoi? Parce que, pour elle, une démonstration ontologique de ces valeurs n’est pas possible: cela reviendrait à faire entrer l’essentialisme et donc la théologie par la fenêtre alors qu’ils ont été chassés par la porte depuis les Lumières. Ou encore parce qu’une telle démonstration n’est pas nécessaire, ainsi que l’estiment, par exemple, les partisans du Droit Naturel.

Tout ceci entraîne, en tout cas, deux conséquences convergentes.

Cela revient, en premier lieu, à refuser d’enraciner le caractère universel de certaines valeurs comme celle de la liberté de penser et d’entreprendre, de la séparation des pouvoirs, dans autre chose que la seule conviction personnelle. La pensée du “dysfonctionnement” en vient systématiquement à chercher les causes de telle ou telle agressivité, intolérance, désir d’absolutisme (comme l’Islam, conception du monde absolutiste), non pas au sein d’une antinomie, mais d’une aporie. Du moins lorsqu’il s’agit d’une altérité venant du Sud: car celle qui viendrait du Nord, comme la montée en puissance de l’extrême droite en Europe, sera immédiatement taxée de racisme. Ici, les tenants de cette pensée s’attardent bien moins dans les méandres de l’analyse causale.

Sauf que, et ce sera la seconde conséquence, cette façon de faire s’avère être en réalité assez semblable à cet absolutisme que l’on prétend comprendre comme une réponse à ces dysfonctionnements. Pourtant, on sait, depuis 1938, qu’il ne suffit pas d’énoncer les valeurs, même à la tribune de l’ONU, face à des cadres absolutistes qui prétendent les détenir toutes. Il faut les démontrer et aussi les défendre. Ce qui semble tout de même être le cas, par exemple en Afghanistan, mais de façon non suffisamment expliquée du point de vue fondamental des valeurs.

Je dirais même que ce déficit peut déjà être remarqué là où cette pensée du dysfonctionnement devrait être pourtant la plus forte, dans le domaine des facteurs socio-historiques qui expliqueraient le mal amour envers l’Occident.

Ainsi, dans les analyses innombrables effectuées pour analyser la causalité des disparités en matière de “développement humain” le fait que la liberté de penser et d’entreprendre et la séparation des pouvoirs ne soient pas considérés comme des conditions sine qua non pour assurer une vie bonne en dit long sur l’apriorisme non fondé des institutions censées pourtant propager et défendre la déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Par ailleurs, la prolifération, dans notre monde actuel, des cadres de référence a démultiplié les points de repère. Certains d’entre eux ont volé en éclats ou se sont recomposés. Le règne de l’image animée et bientôt le règne du “bio-robot à visage humain” restent encore impensés comme facteurs de déstabilisation et de recomposition des interactions et des relations humaines. Cela déboussole beaucoup de monde. Or, la pensée, même critique, a beaucoup de mal à appréhender ces nouveaux phénomènes autrement que sur le mode académique et donc intimiste. Les vieilles théories du négativisme et du nihilisme sont à ce point obnubilées par le spectacle de la marchandise qu’elles en viennent à en souhaiter sa mort plutôt que sa régulation. Quitte pour ce faire à s’allier à ce qui les nierait absolument. D’où l’attraction d’un Michel Foucault vis-à-vis de l’islamisme iranien ou l’écho bienveillant obtenu dans une certaine opinion par la théorie du complot (CIA) d’un Chomsky ou les amalgames d’un Moore quant à la cause ultime du djihadisme international.

Les facteurs permettant un développement économique et social sont véritablement négligés par ce mode de pensée. Ainsi en est-il de la liberté. Ainsi en est-il de tous les facteurs de type idéologique au sens fort, tout ce qui en un mot forme dernière instance. Leur sous-estimation est patente lorsque l’on analyse les diagnostics de tel ou tel. Ainsi, lorsqu’un Gilles Kepel et ses chercheurs soulignèrent dans leur Al Qaïda dans le texte une dite pauvreté conceptuelle des écrits, allant même jusqu’à suggérer dans quelques interviews que ces islamistes n’auraient au fond que “deux à trois neurones”, cela implique d’emblée de ne pas prendre au sérieux le propos des gens étudiés, mais uniquement d’en étudier les raisons cachées, comme la misère, le sous-développement, etc. On en reste alors au primat (non fondé) des facteurs matériels ou inconscients, boites noires censées commander tous nos comportements à notre insu, ou la précession des idéogrammes freudomarxistes traditionnels sur l’explication causale.

Pendant ce temps, le fondement réellement universel des valeurs, c’est-à-dire transcendant à tous les systèmes de référence en tant que socle commun à l’Humanité entière pensée comme Genre et non pas seulement comme Espèce, reste impensée autrement que par des pétitions de principe, alors que leur dimension ontologique devient de plus en plus patente. Cela ne veut pas dire que la forme historique qu’elles revêtent reste toujours la même. La forme ce n’est pas le fond qui revient à la surface comme le croyait Victor Hugo. La forme reste singulière parce qu’elle détient une part de propre par laquelle l’esprit d’un peuple apparaît parfois. Or, plutôt que de s’en tenir au refus d’un essentialisme fixiste qui en effet a cru que l’universel n’avait qu’une seule forme accomplie, celle de la démocratie européenne dans ses diverses variantes, il serait fort possible de poser que l’inverse n’est pas pour autant vrai, celui du relativisme intégral, et que dans ce cas l’on peut avancer que les valeurs de liberté et de séparations de pouvoir sont nécessaires ontologiquement et non pas seulement conventionnellement, du moins si l’on veut créer, réellement, une société de justice et de prospérité. Ce qui implique de désigner par un mot simple, par le mot de totalitarisme, de maléfique, toute force qui prétend s’y opposer violemment. Comme le fait le président Bush.

Un malin génie pourrait certes rétorquer que cette désignation est au fond semblable à celle du dysfonctionnement, qu’en définitive nous prétendons fonder des valeurs que d’autres ne font qu’avancer sans se préoccuper de les fonder, mais que le résultat reste le même puisque nous prétendons nous appuyer sur leur nécessité alors que les autres s’en servent pour mesurer les anomalies.

J’objecterai qu’il existe une différence de nature et non pas de degré entre une pensée qui prétend observer dans toute opposition un manque ou un besoin, et celle que je préconise, une pensée de la motivation [24] qui considère que l’opposition en question a de bonnes raisons, qu’il s’agit de prendre au sérieux, non pas pour admettre leur logique, mais pour en dégager les motifs.

Ainsi, lorsqu’il est dit que la guerre en Irak n’a fait que précipiter la conjonction des djihadismes au lieu de les maintenir à distance, il faut rétorquer que cette corrélation n’était qu’une question de temps pour les raisons que j’ai énoncées au début, et que si principe de précaution il y a, il était alors nécessaire de prévenir la conjonction des forces qui ne pouvait pas ne pas œuvrer en ce sens depuis le 11 septembre 2001, dont l’impact par ailleurs sur l’équilibre des forces symboliques entre l’islamisme et le nationalisme arabe a été sous-évalué, en particulier dans la jeunesse d’origine musulmane, par ailleurs confrontée au problème ouvert du “que puis-je espérer?”: quid de la manière d’être au monde dans une société de liberté et où les pouvoirs sont séparés?

En réalité, on reproche moins à Bush ses erreurs politiques, – comme le fait d’avoir choisi plutôt la théorie de l’abcès de fixation (théorie conservatrice des Rumsfeld/Cheney) plutôt que celle des néo-conservateurs, (théorie de la démocratisation réelle, ce qui aurait nécessité d’organiser des élections dès juillet 2003, de ne pas nommer un proconsul, d’avoir des forces en suffisance, etc.), que son effort idéologique à se hisser à hauteur de jeu; c’est ce dernier point qui pose problème à ce mode de pensée que nous dénonçons ici. S’il admettait que George Bush réagit de manière à faire face à ce qui est réellement en jeu, ce mode de pensée devrait alors reconnaître que l’islamisme a d’autres motivations que celles du manque et du besoin, qu’il a aussi des envies et même des désirs, l’envie, par exemple, de réaliser ce qui est écrit dans le Coran comme destiné pour tous les hommes et surtout les femmes.

On ne comprendrait pas sinon cette obstination contre un seul homme, George W.Bush, et ce jusqu’à l’absurde, comme le fait de le soupçonner de réciter des propos que transmettrait un petit appareil qui aurait fait une bosse à l’arrière de la veste lors de la dernière campagne électorale comme le commentait à l’époque et avec le plus grand sérieux un journal comme Le Monde. Or, arriver à un tel degré zéro d’analyse ne s’explique pas seulement par une animosité logique ou morale. Elle dévoile plus profondément le refus d’admettre que nous ne sommes pas, avec l’islamisme, devant un mouvement qui réclame une meilleure intégration dans les affaires du monde, mais qui veut réorganiser celui-ci sur des bases qu’il justifie non pas par la Science, comme le fit le communisme léniniste, mais par Dieu. Ce qui, nécessairement, est une toute autre paire de manches, et en tout cas met en jeu une problématique qui ne peut pas en rester aux domaines habituels des relations internationales. Cela déborde nécessairement vers l’analyse motivationnelle du discours. Il n’est pas possible de faire autrement, du moins si l’on veut rester efficace. Ce qui implique de combattre également spirituellement et non pas seulement expliquer que cette possibilité, celle de la motivation idéologique, symbolique, culturelle, n’est pas concevable.

Et même si le conflit reste permanent entre sociétés ouvertes et sociétés fermées, ceci ne veut cependant pas dire que l’universel des valeurs autre qu’éthiques n’existerait pas, comme le laisse à penser Huntington dans son Choc des civilisations.

On pourrait d’ailleurs observer que cette dernière analyse prévaut chez les conservateurs américains: ce qui peut également expliquer leur peu d’empressement à critiquer quant au fond l’islam de leurs amis saoudiens, et donc à ne pas mener le débat sur la question de l’universalité des valeurs, au-delà du fait de savoir si elles sont religieuses ou séculières, puisque ce qui compte c’est qu’elles soient nécessaires pour le bien être de l’espèce humaine lorsqu’elle se conçoit comme Genre; aux formes éminemment singulières néanmoins. Ce qui interdit d’en rester à l’universalisme uniformisant d’autrefois.

Ajoutons que cette diversité formelle n’a rien à voir avec le multilatéralisme, voire le multiculturalisme, puisqu’il s’agit plutôt de pluriculturalisme, et d’oligopolarité, c’est-à-dire la constitution de grands ensembles, certes distincts, mais s’équilibrant autour de valeurs nécessaires pour leur propre développement et la paix qui en permet le déploiement.

C’est ce débat là qui manque et qui peut fonder ce que je nommerais une néomodernité, c’est-à-dire une capacité à fonder l’universalité de valeurs non seulement éthiques, mais que l’on découvre désormais ontologiques en ce que, telle l’électricité, les libertés de penser, d’entreprendre, de séparer les pouvoirs, s’avèrent indispensables au développement humain.

Ce dernier se distinguerait du seul déploiement de puissance par le fait que la volonté ne cherche pas seulement à croître comme le croyait Nietzsche, mais veut aussi s’affiner. Ce qui implique de poser la qualité d’être comme élément distinct de la quantité, et qu’il s’agit d’effectuer librement, c’est-à-dire non pas seulement sous la contrainte ou la posture d’une promesse idéale; ce qui pose nécessairement le problème de la mise en concurrence des cadres derniers qui permettent le mieux cette possibilité concrète. Donc l’impossibilité de faire l’économie d’une confrontation entre ces cadres de référence. D’où la nécessité d’entamer des discussions en relations internationales non plus seulement sur les plans socio-économiques, institutionnels, mais aussi ontologiques et théologiques.

Voilà ce qui est troublant dans l’époque actuelle. Et c’est ce trouble dont la lancinance (similaire sur certains aspects à celle qui précédait les années 1940) hante la frénésie de la “guerre” anti-Bush parce qu’il pose les bonnes questions, même s’il ne répond pas ou insuffisamment à toutes.

[1] Mark Mazzetti, “C.I.A. said to find no Hussein link to terror chief”, New York Times, 9 septembre 2006; Jonathan Weisman, “Iraq’s Alleged Al-Qaeda Ties Were Disputed Before War”, Washington Post, 9 septembre 2006.
[2] Une étude plus détaillée sur ce point est consultable ici.
[3] 12 novembre 1964 in Paul Balta, “L’islam”, Marabout/Le Monde Éditions, 1995, p. 116.
[4] Ibid., Balta, p. 115.
[5] Parti de la Résurrection Arabe (1943 et 1953) fondé en Syrie par le chrétien Michel Aflak, le musulman sunnite Salah Al Din Bitar et Zaki Arsuzi, syrien, formé à la Sorbonne en 1920. Aflak ajoutait: “Le nationalisme arabe n’est pas une théorie, mais source de théorie; il ne se nourrit pas de la pensée, car il nourrit toute pensée; il ne peut être utilisé par l’art, car en lui prend source et âme tout art; entre lui et la liberté, il ne peut y avoir opposition, car il est la liberté, en tant qu’elle prend son chemin” (in “Philosophie du parti Baath”, Jamil Chaker dans la revue libanaise Travaux et Jours, n°10, juin-septembre 1963, repris dans Revue de Presse (Alger, octobre 1963, n°78). Observons, que Didier Julia, actuel député UMP (qui a été impliqué dans des tractations pour l’élargissement des otages français tels Florence Aubenas), est toujours membre du parti Baath…
[6] Op.cit., Balta, p. 115.
[7] Par exemple Tahtâwi et Abdô (égyptiens), in Balta, op. cit., p. 64.
[8] “L’islam”, op.cit., p. 104.
[9] Professeur de littérature arabe à l’Université hébraïque de Jérusalem, voir son excellent dossier sur le sujet.
[10] Fusion présente dès le début du mouvement FLN en Algérie. Voir Gilbert Meynier dans “Histoire intérieure du FLN. 1954-1962”, Fayard, 2002, p. 220, 221, 223, 505, qui montre bien la présence de l’islam au fondement même de la dite “révolution” algérienne. Récemment, Ali Benhadj, ex n°2 du FIS, parle de 1954 comme premier moment du Djihad, à poursuivre aujourd’hui.
[11] Op.cit., p. 220.
[12] Masri Feki, “Le malaise égyptien”, in “A l’ombre de l’Islam. Minorités et minorisés”, avec Moïse Rahmani et Lucien Oulahbib, Filipson Éditions, Bruxelles, 2005.
[13] Emmanuel Sivan, “Mythes politiques arabes”, Fayard, 1995, p. 35.
[14] Sivan, op.cit., p. 55.
[15] Voir le lien http://www.refractaires.org/1dhimmi5.htm.
[16] Pour une analyse précise de l’opposition démocratie/empire, voir Jean Baechler, dans “Démocraties”, Paris, Calmann-Lévy, 1985.
[17] Selon l’historien libanais Nabih Amin Faris, cité par Sivan, la décadence débute dès les “IXe-XIe siècle” (Sivan, op.cit., p. 59).
[18] L’islamologue Mohamed Ibn Guadi précise ce point: “Saddam Hussein ne cessa de railler l’adversaire en invoquant l’arabité de l’islam et donc le caractère étranger d’un peuple comme les Iraniens dans la sphère originelle islamique. Hussein alla jusqu’à invoquer la bataille de Qadisyya dans le conflit. Et pour cause, puisque c’est durant cette bataille que les musulmans arabes ont vaincu les armées persanes” in “Le réveil de la nation islamique”.
[19] Op.cit., p. 102 et suivantes.
[20] C’est ce que ne voit pas Benjamin Stora lorsque dans son article consacré à la position des Juifs d’Algérie (in “La guerre d’Algérie”, Harbi/Stora, Paris, Robert Laffont, p. 313-314), il avalise d’une part le surgissement du panarabisme “né des défaites cuisantes de 1967”, ce qui est faux, et, d’autre part, il parle d’un “islam radical et xénophobe” alors qu’il s’agit bien plus largement d’un mouvement politico-religieux de type raciste qui exigeait des Juifs de se ranger sous la bannière du FLN pour, en réalité, réintégrer la position de dhimmis qu’ils avaient auparavant sous les Turcs.
[21] P. A. Taguieff a bien montré dans sa monumentale étude sur “Les protocoles des sages de Sion” (Paris, Berg International, 1992, T.1, p. 279-280) que c’est “l’“arrogance” des anciens “tolérés” qui choque profondément le bon musulman, qui affecte son honneur et sa foi, car cette absence d’humilité – de marques ostensibles d’humilité – des “sionistes” incarne une violation de l’ordre voulu par Dieu”. Lire également plus loin dans son texte la vision raciste palestinienne du conflit judéo-arabe (p. 284).
[22] A. R. Abdel Kader, dans “Le conflit judéo-arabe”, (Paris, François Maspero, 1961), relève dès les “années 30” (p. 42) le caractère “raciste, réactionnaire” de la “propagande arabe” à propos de la création du foyer national juif, racisme s’appuyant sur le “mépris” séculaire du “Nègre” et du “Juif”, (p. 45).
[23] Il suffit de lire la Charte nationale palestinienne pour s’en rendre compte.
[24] On peut l’apparenter au paradigme dit “IM” celui de l’individualisme méthodologique élaboré par Raymond Boudon à partir de l’analyse compréhensive wébérienne et des travaux en psychologie cognitive, (que j’ai croisé pour ma part avec des travaux effectués en psychologie de la motivation, ceux d’un Joseph Nuttin par exemple, et en psychologie différentielle (Maurice Reuchlin), voir sur ce point mon livre, “Méthode d’évaluation du développement humain”, 2005); ce paradigme se distingue des modèles utilitaristes et déterministes en ce que l’intérêt et le milieu social ne sont pas les facteurs systématiquement déclenchants du devoir d’être; il peut exister des raisons intrinsèques à l’exigence de l’œuvre ou de l’ouvré qui dépassent les trois motivations principales hobbesiennes du prestige du pouvoir et des richesses que Jean Baechler a approfondi dans nombre de ses ouvrages (en particulier 1985).

Lucien Samir Oulahbib, chargé de cours à l’Université Paris-X, est Fellow à l’Atlantis Institute

http://www.atlantis.org

Voir aussi:

L’islam militant est-il causé par la pauvreté?
par Daniel Pipes
Traduction inédite du ch. 5 de Militant Islam reaches America (http://www.danielpipes.org/books/militantislam.php)

Qu’est-ce qui incite les Musulmans à se tourner vers l’Islam militant?

La plupart des analystes supposent que la détresse socioéconomique constitue ici le facteur essentiel. Au lendemain du 11 septembre 2001, par exemple, certains observateurs mirent en exergue la pauvreté régnant en Afghanistan, pensant y trouver la clé du problème. Suzan Sachs, du New York Times, écrit ainsi que, « comme on pouvait s’y attendre, les jeunes Égyptiens ou Saoudiens déçus cherchent le réconfort dans la religion ». Jessica Stern, de l’université de Harvard, estime que les États-Unis « ne peuvent plus se permettre de laisser les États péricliter » et qu’ils devraient consacrer beaucoup plus d’attention à la santé, à l’enseignement et au développement économique, « faute de quoi, de nouveaux Oussama (Ben Laden) continueront d’apparaître ». D’autres encore, plus inventifs, proposèrent de bombarder l’Afghanistan avec de la nourriture plutôt qu’avec des bombes.

Mais les faits ne confirment pas cette hypothèse. L’étude des faits révèle que l’Islam militant n’est pas une réponse à la pauvreté ou la paupérisation. Non seulement le Tchad et l’Irak ne sont pas des foyers du terrorisme, mais l’Islam militant a souvent émergé de pays traversant une période de croissance économique rapide. Les facteurs causant le déclin ou l’essor de l’Islam militant semblent être liés à des questions identitaires plutôt qu’économiques.

« Tous les autres problèmes disparaissent »

La thèse conventionnelle – voulant que la détresse économique soit à l’origine de l’Islam militant et que la croissance économique soit son antidote – a de nombreux adhérents haut placés.

Pour commencer, certains islamistes acceptent cette explication. Ainsi, pour reprendre les termes d’un fougueux cheikh cairote, « l’Islam est la religion des périodes de pénurie. » Un dirigeant du Hamas, Mahmoud az-Zahar, dit qu’« il suffit de voir les banlieues d’Alger, accablées par la pauvreté, ou les camps de réfugiés de Gaza pour comprendre d’où vient la vigueur du mouvement de résistance islamique ». Dans cet esprit, les organisations militantes islamiques offrent une large gamme de prestations sociales, dans l’espoir d’attirer des adeptes. Ils présentent ce qu’ils appellent l’« économie islamique » comme la panacée à tous les problèmes des Musulmans, comme une troisième voie garantissant un accès beaucoup plus juste et fécond à l’aisance financière que ne le permettent le capitalisme ou le socialisme. Cette ambition a, depuis le milieu des années 1970, inspiré une vaste littérature et plusieurs institutions.

Les Musulmans laïques présentent comme un article de foi la thèse selon laquelle l’Islam militant résulte de la pauvreté. Süleyman Demirel, l’ancien président turc, affirme ainsi qu’« aussi longtemps que dureront la pauvreté, l’inégalité, l’injustice et les systèmes politiques répressifs, les tendances islamiques militantes s’étendront dans le monde ». L’ex-premier ministre turc Tansu Çiller estime que les islamistes ont obtenu d’aussi bons résultats aux élections de 1994 parce que « les gens ont réagi à l’économie ». Le chef des services de renseignement militaires jordaniens affirme que « le développement économique pourrait résoudre presque tous nos problèmes [au Moyen-Orient]. » Y compris l’Islam militant? Lui demanda-t-on. Oui. « Dès qu’une personne jouit de bonnes conditions économiques, a un travail et peut nourrir sa famille, tous les autres problèmes disparaissent. »

Au Moyen-Orient, les représentants de la gauche approuvent cette position, considérant la résurgence islamique militante comme « un signe de pessimisme. Les gens recourent au surnaturel par désespoir. » Des experts des sciences sociales s’y mettent aussi. Hooshang Amirahmadi, un universitaire d’origine iranienne, soutient que « les racines du radicalisme islamique doivent être cherchées hors de la religion, dans la réalité du désarroi culturel, du déclin économique, de l’oppression politique et des tourments spirituels qui accablent la plupart des Musulmans aujourd’hui ».

Les politiciens occidentaux sont séduits par l’explication selon laquelle l’Islam militant serait une conséquence de la pauvreté. Pour l’ex-président Bill Clinton, « ces forces de réaction se nourrissent de désenchantement, de pauvreté et de désespoir », et il propose donc un remède socioéconomique consistant à « répandre la prospérité et la sécurité pour tous ». Edward Djerejian, ancien haut responsable du Département d’État américain, rapporte que « les mouvements politiques islamiques trouvent essentiellement leur origine dans l’aggravation des conditions socioéconomiques de certains pays ». Martin Indyk, un autre ancien diplomate de haut rang, avertit ceux qui souhaitent amoindrir l’attrait de l’Islam militant qu’ils doivent commencer par résoudre les problèmes économiques, sociaux et politiques qui en constituent le terreau nourricier.

L’Islam militant reflète « la déception économique, politique et culturelle » des Musulmans, estime Klaus Kinkel, à l’époque ministre allemand des affaires étrangères. L’ex-ministre français de l’Intérieur Charles Pasqua trouve que le phénomène « a coïncidé avec le désespoir d’une large part des masses populaires, et des jeunes gens en particulier ». Le premier ministre maltais Eddie Fenech décelait là un lien plus étroit encore : « Le fondamentalisme croît à la même allure que les problèmes économiques. » Le premier ministre israélien Shimon Peres affirme tout simplement que « la base du fondamentalisme est la pauvreté » et qu’il constitue « une forme de protestation contre la pauvreté, la corruption, l’ignorance et la discrimination ».

Parfois, des hommes d’affaires investissent de manière ciblée pour favoriser des améliorations politiques. Le président du groupe Virgin, Richard Branson, déclara ainsi, lors de l’inauguration d’un grand magasin de musique à Beyrouth : « La région deviendra stable si l’on y investit, si l’on y crée des emplois et que l’on rebâtit les pays qui en ont besoin, au lieu de les ignorer. »

Le monde universitaire, avec son penchant pour le marxisme et son dédain de la foi – « la religion n’est pas la cause des conflits, mais elle fournit un point de ralliement pour des conflits dont la nature est en fait économique ou politique » –, accepte naturellement à une quasi unanimité l’affirmation selon laquelle la pauvreté donne naissance à l’Islam militant. Ervand Abrahamian affirme que « le comportement de Khomeiny et de la République islamique est moins déterminé par les principes des Écritures que par les besoins politiques, sociaux et économiques immédiats. » Ziad Abu-Amr, auteur d’un ouvrage consacré à l’Islam militant (et membre du Conseil législatif palestinien), attribue le virage des Palestiniens vers la religiosité « au sombre climat de guerre de destruction, de chômage et de dépression qui pousse les gens à chercher réconfort auprès d’Allah. »

« Aux alentours de la stratosphère »

Les faits établis, cependant, n’étayent guère l’hypothèse d’une corrélation entre l’économie et l’Islam militant. La prospérité et les facteurs économiques ne permettent en effet pas de prévoir où l’Islam militant sera fort.

Certes, pour ce qui est des individus, le sens commun suggère que l’Islam militant doit attirer les pauvres, les isolés et les marginaux, mais l’enquête révèle précisément l’inverse. Si l’on prend les facteurs économiques pour guides de la vocation à devenir islamiste, l’on s’aperçoit que ceux-ci dénotent plutôt une bonne situation. Prenons l’exemple de l’Égypte. Dans une enquête menée en 1980, le chercheur social Saad Eddin Ibrahim interrogea des islamistes emprisonnés dans les geôles égyptiennes. Il découvrit alors que le candidat typique était « jeune (début de la vingtaine), d’origine rurale ou villageoise, de la classe moyenne ou moyenne inférieure, très motivé et réussissant ses entreprises, promis à une promotion sociale, avec une formation en sciences ou en ingénierie et issu d’une famille normalement unie ». En d’autres termes, conclut Ibrahim, ces jeunes gens étaient « de statut sensiblement supérieur à la moyenne de leur génération », ils étaient même « l’idéal, ou le modèle des jeunes égyptiens ». Lors d’une étude ultérieure, il observa que sur vingt-quatre membres du groupe violent At-Takfir Wal-Hijra, pas moins de vingt-et-un étaient des fils d’employés de l’administration publique, presque tous de rang moyen. Plus récemment, les services de renseignements canadiens découvrirent que les dirigeants du groupe islamique militant Al-Jihad « sont en large majorité des universitaires issus de la classe moyenne ». Ce ne sont nullement les enfants de la pauvreté et du désespoir.

D’autres chercheurs confirment ces résultats égyptiens. Galal A. Amin, économiste à l’université américaine du Caire, conclut une étude consacrée aux problèmes économiques du pays en s’étonnant de voir « combien il est rare de trouver des exemples de fanatisme religieux parmi les couches sociales très élevées ou très basses de la population égyptienne ». Lorsque son assistante au Caire devint islamiste, la journaliste Geraldine Brooks exprima sa surprise: « Je pensais que le recours à l’Islam était le geste désespéré de pauvres gens en quête de réconfort. Mais Sahar [l'assistante] n’était ni désespérée ni pauvre. Elle se situait aux alentours de la stratosphère de la société égyptienne méticuleusement stratifiée. » Et relevons également ce compte-rendu plein de talent signé Hamza Hendawi: En Égypte, « une nouvelle espèce de prêcheurs, avec complet-cravate et téléphone mobile, exercent une influence croissante sur les riches et les puissants, les éloignent des styles de vie occidentaux et les entraînent vers le conservatisme religieux. Les imams modernes tiennent leurs séminaires lors de banquets organisés dans certaines des plus luxueuses résidences du Caire, ou dans les stations balnéaires d’Égypte, afin de mieux faire vibrer la corde sensible des riches pour le style et le confort. »

Ces constats effectués en Égypte sont confirmés ailleurs : de même que le fascisme et le marxisme-léninisme à leur apogée, l’Islam militant attire des individus très compétents, motivés et ambitieux. Loin d’être les laissés-pour-compte de la société, ils en sont les leaders. Brooks, une journaliste qui a beaucoup voyagé, estime que les islamistes sont « les plus doués » des jeunes gens qu’elle a rencontrés. « L’appel islamique fait également réagir des étudiants promis aux meilleures perspectives, pas uniquement des cas désespérés. (…) Ils composaient l’élite de la dernière décennie, les gens qui allaient modeler l’avenir de leur pays. »

Les islamistes qui vont jusqu’au sacrifice ultime de leur vie s’inscrivent également dans ce profil d’aisance financière et d’instruction de haut niveau. Un très grand nombre de terroristes et d’auteurs d’attentats-suicide à la bombe détiennent des titres universitaires, souvent en ingénierie et en sciences. Cela s’applique de même aux kamikazes palestiniens qui se font exploser en Israël ainsi qu’aux partisans d’Oussama Ben Laden qui perpétrèrent les attentats du 11 septembre 2001. Dans le premier cas, un chercheur observa, en étudiant leurs coordonnées, que « les conditions économiques ne semblent pas avoir constitué un facteur décisif. Alors qu’aucun des seize sujets ne pouvait vraiment être qualifié d’aisé, certains avaient certainement plus de facilité que d’autres dans ce domaine. » Dans le deuxième cas, comme l’historien de Princeton Sean Wilentz le résume avec humour, à en juger par les biographies des tueurs du 11 septembre, le terrorisme est causé par « l’argent, l’éducation et les privilèges ».

Sur un plan plus général, Fathi Chakaki, le fondateur du Djihad islamique, se vanta un jour du fait que « certains des jeunes gens qui se sont sacrifiés [dans des opérations terroristes] provenaient de familles très aisées et détenaient des titres universitaires prestigieux ». Et cela est normal, car les auteurs d’attentats-suicide qui s’attaquent ainsi à des ennemis étrangers ne sacrifient pas leur vie pour protester contre les privations financières, mais pour changer le monde.

Ceux qui soutiennent les organisations islamiques militantes sont également plutôt fortunés. Ils viennent plutôt des cités riches que des campagnes pauvres, un fait dans lequel Khalid M. Amayreh, un journaliste palestinien, décèle « la réfutation de l’hypothèse largement répandue selon laquelle la popularité des islamistes prend racine dans la misère économique ». Et ces hommes ne viennent pas simplement des villes, mais encore de leurs bons quartiers. Pendant certaines périodes une incroyable proportion – 25% – des membres de la principale organisation islamique militante turque, maintenant appelée le Parti Saadet, était constituée d’ingénieurs. En fait, le cadre typique d’un parti islamique militant est un ingénieur dans la quarantaine, né dans une ville, de parents arrivés de la campagne. Amayreh observe que lors des élections parlementaires jordaniennes de 1994, les Frères musulmans obtinrent d’aussi bons résultats dans les circonscriptions riches que dans les plus pauvres. Il en déduit qu’« une majorité substantielle d’islamistes et leurs supporters viennent des coches socioéconomiques moyennes à supérieures ».

Martin Kramer, historien et rédacteur en chef du Middle East Quarterly, va plus loin. Il considère l’Islam militant comme le véhicule des contre-élites, de gens qui, de par leur éducation et/ou leurs revenus, pourraient appartenir à l’élite, mais qui, pour une raison ou une autre, en sont exclus. Peut-être leur formation manque-t-elle d’un élément déterminant pour leur prestige, ou leurs sources de revenus ne sont-elles pas entièrement inattaquables. Ou peut-être proviennent-ils simplement du mauvais milieu socioculturel. Ainsi, bien qu’ils soient instruits et aisés, ils sont mécontents : leur ambition est entravée, ils ne parviennent pas à traduire leurs atouts socio¬économiques en influence politique. L’Islamisme est particulièrement utile à ces gens-là, en partie parce qu’il permet, grâce à d’habiles manipulations, de recruter des adeptes parmi les pauvres, lesquels font d’excellents fantassins.

Kramer cite les « tigres anatoliens », des hommes d’affaires qui jouèrent un rôle décisif dans le soutien au parti islamique militant turc, comme un exemple d’une telle contre-élite sous sa forme la plus achevée.

« Pas un produit de la pauvreté »

Les mêmes constats peuvent être faits au niveau des sociétés:

• L’aisance ne protège pas contre l’Islam militant. Les Koweitiens ont des revenus de niveau occidental, et doivent l’existence même de leur état à l’Occident, mais les islamistes y occupent régulièrement le plus important groupe de sièges au Parlement (vingt sur cinquante actuellement). La Cisjordanie est plus prospère que Gaza, mais les groupes islamiques militants y sont plus populaires. L’Islam militant est florissant en Europe occidentale, de même qu’en Amérique du Nord, où les Musulmans jouissent d’un statut social plus élevé que la moyenne nationale. Et parmi ces Musulmans, comme le relève Khalid Duran, les islamistes sont en principe les mieux lotis financièrement : « Aux États-Unis, la différence entre islamistes et simples Musulmans se reflète essentiellement à travers leur fortune. Les Musulmans ont le nombre, les islamistes les dollars. »

• Une économie florissante ne protège pas contre l’Islam radical. Les mouvements islamiques militants actuels ont démarré dans les années 1970, précisément lorsque les États exportateurs de pétrole affichaient des taux de croissance extraordinaires. C’est à cette époque que Mouammar Kadhafi élabora sa version excentrique d’un proto-Islam militant, et c’est alors que l’ayatollah Khomeiny prit le pouvoir en Iran (il est vrai, cependant, que la croissance s’était relâchée plusieurs années avant qu’il ne renverse le shah). Dans les années 1980, plusieurs pays en excellente situation économique connurent un boom de l’Islam militant. Les économies jordanienne, tunisienne et marocaine firent des progrès marquants pendant les années 1990, de même que leurs mouvements islamiques militants. Sous Turgut Özal, les Turcs connurent près d’une décennie entière de croissance économique particulièrement sensible, et ils furent alors d’autant plus nombreux à rejoindre les rangs des partis islamiques militants.

• La pauvreté ne génère pas l’Islam militant. Il y a de nombreux États musulmans pauvres, mais ils ne deviennent que très rarement des centres de l’Islam militant – ni le Bengladesh, ni le Yémen, ni le Niger ne sont de ceux-là. Comme le relève à juste titre un analyste américain, « la détresse économique, souvent avancée comme l’origine de la puissance de l’Islam militant, est une chose courante de longue date au Moyen-Orient ». Ainsi, si l’Islam militant est lié à la pauvreté, on se demande pourquoi il n’a pas été une force plus présente au Moyen-Orient au cours des années et des siècles passés, lorsque la région était plus pauvre qu’aujourd’hui.

• Une économie en déclin ne génère pas l’Islam militant. Le crash économique qui frappa l’Indonésie et la Malaisie en 1997 ne fut pas accompagné d’une large croissance de l’Islam militant. Le revenu iranien a chuté de moitié au moins depuis l’arrivée au pouvoir de la République islamique en 1979 ; pourtant, loin de renforcer le soutien à l’idéologie de l’Islam militant, la paupérisation a engendré un mouvement massif de rejet de l’Islam. Les Irakiens ont subi une baisse encore plus abrupte de leur niveau de vie : Abbas Alnasrawi estime que le revenu par habitant y a diminué de presque 90% depuis 1980, ce qui équivaut à un retour à la situation des années 1940. Alors que le pays a connu un raffermissement de la piété personnelle, l’Islam militant n’y a pas progressé, et n’y est pas non plus la principale forme de critique du régime.

Au moins quelques observateurs ont su tirer de ces faits les conclusions correctes. Saïd Sadi, en Algérie, réfute totalement la thèse selon laquelle la pauvreté engendre l’Islam militant : « Je n’adhère pas à cette opinion voulant que le terrorisme soit la conséquence du chômage généralisé et de la pauvreté. » De même, Amayreh estime que l’Islam militant « n’est ni un produit ni un sous-produit de la pauvreté ».

« La garantie de conditions de vie décentes »

Si la pauvreté est la cause de l’Islam militant, la croissance économique est la solution. Et les officiels de pays aussi différents que l’Égypte et l’Allemagne plaident ainsi pour que l’on favorise la prospérité et la création d’emploi en vue de contrer l’Islam militant. Au plus fort de la crise en Algérie, au milieu des années 1990, le gouvernement sollicita l’aide économique occidentale en laissant entendre que, si cet appui lui était refusé, les islamistes prendraient le dessus. Cette interprétation a des incidences concrètes : par exemple, le gouvernement tunisien a pris certaines mesures favorisant l’instauration d’un marché libre, mais n’a procédé à aucune privatisation de crainte que les sans-emploi en nombre croissant n’aillent grossir les rangs des groupes islamistes. La même réflexion s’applique à l’Iran : l’Europe et le Japon fondent leurs politiques à son égard sur l’hypothèse selon laquelle leurs liens économiques avec la République islamique l’apprivoisent et la découragent de se lancer dans l’aventure militaire.

Cet accent mis sur la création d’emplois et de richesses transforma les efforts visant à mettre un terme au conflit israélo-arabe pendant la période d’Oslo. Avant 1993, les Israéliens insistaient sur la nécessité, pour parvenir à une résolution, d’une reconnaissance préalable, par les Arabes, de l’État juif comme d’un fait accompli. On pensait alors atteindre cet objectif en favorisant l’acceptation de l’État juif et en cherchant à s’entendre sur un tracé des frontières acceptable de part et d’autre. L’année 1993 marqua à cet égard un profond revirement : il s’agissait dès lors d’accroître la prospérité des Arabes, dans l’espoir de réduire ainsi l’attrait de l’Islam militant et des autres idéologies radicales. L’on s’attendait à ce qu’un démarrage en flèche de l’économie incitent les Palestiniens à faire progresser le processus de paix, et ainsi à délaisser le Hamas et le Djihad islamique. Dans ce contexte, on put lire Serge Schmemann affirmer dans le New York Times, sans citer de sources, qu’Arafat « sait bien que l’éradication du militantisme passera finalement davantage par la garantie de conditions de vie décentes que par l’usage de la force ».

L’analyste israélien Meron Benvenisti abonde dans ce sens : « Le caractère militant [de l'Islam] dérive de l’expression de la profonde frustration des défavorisés (…). L’essor du Hamas a été directement lié à l’aggravation de la situation économique, aux frustrations accumulées et à la dégradation de l’occupation actuelle. » Shimon Peres également : « Le terrorisme islamique ne peut pas être contré militairement ; il doit l’être par l’élimination de la faim qui lui donne naissance. » Guidés par cette théorie, les états occidentaux et Israël fournirent des milliards de dollars à l’Autorité palestinienne. Fait plus remarquable encore, le gouvernement israélien s’opposa aux efforts déployés par des activistes pro-Israël aux États-Unis visant à rendre l’aide américaine à l’OLP dépendante du respect, par Arafat, de ses promesses faites à Israël.

À l’heure qu’il est, il n’est plus nécessaire de démontrer à quel point les hypothèses d’Oslo étaient erronées. La richesse ne guérit pas la haine ; un ennemi prospère peut se révéler simplement un ennemi mieux à même de combattre. Les Occidentaux et les Israéliens pensaient que les Palestiniens allaient accorder la priorité à la croissance économique, mais ce thème ne les préoccupa guère. Les questions centrales pour eux étaient celles de l’identité et du pouvoir. La conviction voulant que l’Islam militant soit le produit de la pauvreté est si profondément ancrée que même l’échec d’Oslo n’est pas parvenu à discréditer la foi en la prospérité. Ainsi, en août 2001, un haut fonctionnaire israélien approuva la construction d’une centrale électrique au nord de Gaza sous prétexte que cela créerait des emplois et que « chaque Palestinien qui travaille est une paire de mains de moins au service du Hamas. »

Si la pauvreté n’est pas le moteur propulsant l’Islam militant, plusieurs déductions s’imposent. Premièrement, la prospérité ne peut pas être considérée comme la solution à l’Islam militant et l’aide étrangère ne saurait former le principal instrument du monde extérieur pour le combattre. Deuxièmement, l’occidentalisation non plus ne constitue pas une solution. Au contraire, de nombreux dirigeants de l’Islam militant sont non seulement de bons connaisseurs, mais encore des experts des caractéristiques du monde occidental. Un très grand nombre d’entre eux possèdent des formations universitaires en techniques et en sciences. Il semble parfois que l’occidentalisation soit une voie vers la haine de l’Occident. Troisièmement, la croissance économique ne permet pas forcément d’améliorer les relations avec les États musulmans. Dans certains cas, comme en Algérie par exemple, cela peut aider ; dans d’autres, comme en Arabie Saoudite, cela peut aggraver les choses.

Une explication antagoniste

Il se pourrait, au contraire, que l’Islam militant résulte de la richesse plus que de la pauvreté. D’abord, il y a le phénomène universel voulant que les gens ne s’engagent davantage aux plans idéologique et politique que lorsqu’ils ont atteint un niveau de vie assez élevé. On a souvent observé que les révolutions n’interviennent qu’après la formation d’une large classe moyenne. Birthe Hansen, professeur associé à l’université de Copenhague, fait allusion à cela en écrivant que « l’extension du capitalisme, du marché libre et de la démocratie libérale (…) constitue probablement un facteur important favorisant l’essor de l’Islam politique. »

Ensuite, il y a un phénomène spécifiquement islamique associant la foi à la réussite matérielle. Tout au long de l’histoire, de l’époque du prophète Mahomet à celle, un millénaire plus tard, de l’empire ottoman, les Musulmans possédèrent régulièrement plus de richesses et de pouvoir que les autres peuples, et ils étaient également plus cultivés et en meilleure santé. Ce lien semble persister de nos jours. Par exemple comme suggéré par la fameuse formule connue sous le nom de loi d’Issawi (« là où il y a des Musulmans, il y a du pétrole ; et non le contraire. »), le boom pétrolier des années 1970 a profité principalement aux Musulmans ; ce n’est probablement pas par pur hasard que la vague actuelle d’Islam militant a débuté à cette époque. Les Islamistes, qui se considèrent eux-mêmes comme les « pionniers d’un mouvement constituant une alternative à la civilisation occidentale », ont besoin d’une base économique solide. Comme le souligne Galal Amin, « il existe des relations étroites entre la croissance de revenus revêtant la forme de rentes économiques et l’essor du fanatisme religieux. »

Inversement, les Musulmans pauvres semblent plus volontiers tentés par d’autres appartenances. Ainsi, au cours des siècles, l’apostasie était plus fréquente durant les périodes défavorables. Ce fut le cas lorsque les Tartares furent soumis au règne russe ou lorsque les sunnites libanais perdirent le pouvoir au profit des maronites. Ce fut également le cas en 1995 dans le Kurdistan irakien, une région placée sous un double embargo et sujette à la guerre civile : « À force de tenter de vivre au beau milieu des tirs d’armes à feu et des combats, les villageois kurdes en sont arrivés au point où ils sacrifieraient n’importe quoi pour éviter la famine et la mort. À leurs yeux, changer de religion afin d’obtenir un visa vers l’Occident devient une option toujours plus sérieuse. » Bref, il y a de bonnes raisons de penser que le choix de l’Islam militant est davantage lié au succès qu’à l’échec.

« Un ascenseur vers le pouvoir »

Ainsi, pour trouver les causes de l’Islam militant, il vaut sans doute mieux s’éloigner des aspects économiques et se concentrer sur d’autres facteurs. En effet, bien que les raisons de nature matérielle conviennent très bien à la sensibilité occidentale, elles ne sont que peu concluantes en l’occurrence. D’une manière générale, comme l’observe Davia Wurmser, du Département d’État américain, les Occidentaux attribuent une parte excessive des problèmes du monde arabe « à des questions strictement matérielles » telles que le territoire et la richesse. Cela favorise une tendance « à dénigrer l’authenticité des croyances et du strict respect des principes et à les présenter comme les instruments d’une exploitation cynique des masses par les politiciens. Ainsi, les observateurs occidentaux s’attachent à l’aspect matériel des circonstances et des actes des dirigeants et ignorent le côté spirituel du monde arabe, où se trouve en fait le cœur du problème. » Ou, pour reprendre la formulation détestable mais non dénuée de fondement d’Oussama Ben Laden, « les Américains vénèrent l’argent et ils s’imaginent que tout le monde en fait autant. »

Et en effet, si l’on se détourne des commentaires sur l’Islam militant et que l’on se penche plutôt vers les islamistes eux-mêmes, il devient rapidement évident qu’ils ne s’intéressent guère à la prospérité. Comme l’a dit un jour l’ayatollah Khomeiny, dans une phrase restée fameuse, « nous n’avons pas créé une révolution pour faire baisser le prix du melon ». Ils n’éprouvent guère que de la réprobation pour la société de consommation. Wadji Ghunayim, un islamiste égyptien, la considère comme « le règne du décolleté et de la mode », dont l’unique commun dénominateur est un appel aux instincts les plus bestiaux de la nature humaine. Pour les islamistes, la puissance économique ne représente pas l’accès à une vie agréable mais un outil de plus pour combattre l’Occident. L’argent sert à entraîner des cadres et à acheter des armes, pas à s’offrir une plus grande maison et une nouvelle voiture. Pour eux, la richesse est un moyen, pas une fin.

Un moyen pour atteindre quoi? Le pouvoir. Les islamistes se préoccupent moins de la puissance matérielle que de leur position dans le monde. Ils en parlent sans cesse. Ainsi Ali Akbar Mohtashemi, partisan iranien de la ligne dure, émet une déclaration tout à fait typique en prédisant que « finalement, l’Islam deviendra la puissance suprême ». De même, Mustafa Mashhur, un islamiste égyptien, déclara que le slogan « Dieu est grand » retentira « jusqu’à que l’Islam s’étende dans le monde entier ». Abdessalam Yassine, un islamiste marocain, affirmait « Nous exigeons le pouvoir » ; et l’homme qui s’opposait à lui, feu le roi Hassan, concluait que pour les islamistes, l’Islam est « un ascenseur vers le pouvoir ».

En réduisant la dimension économique à ses dimensions réelles, et en tenant compte des dimensions religieuse, culturelle et politique, nous pouvons commencer à comprendre vraiment quels sont les causes de l’Islam militant.


Cinéma: "Drapeaux de nos pères" et… préjugés bien français! ("Flags of our fathers": Wars are also won on the bond circuit)

27 octobre, 2006
They started up Iwo Jima Hill, 250 men But only 27 lived to walk back down that hill again And when the fight was over and the old glory raised One of the men who held it high was the Indian Ira Hayes
Johnny Cash (The Ballad of Ira Hayes, paroles de Peter Lafarge, 1964 – reprise en 1970 par Bob Dylan)

Pour la critique française (on l’a vu avec l’unanimisme moutonnier contre la guerre en Irak), la guerre est, pour reprendre le mot de notre Génie de Corrèze, "toujours la pire des solutions". Et elle est donc nécessairement (surtout si elle est américaine) "illisible" ou "au service d’une idéologie douteuse" (Télérama).

D’où la condamnation, si française, de tout discours tendant à la justifier et à la faire accepter à la population comme "propagande" et "manipulation".

Et donc (mais tempérée par la réputation du cinéaste) de ce véritable "acte de piété filiale envers les combattants de la Deuxième Guerre mondiale" qu’est le film d’Eastwood ("Flags of our fathers", devenu en français "Mémoires de nos pères" ), l’auteur du livre dont il est inspiré, James Bradley, étant le propre fils d’un des héros d’Iwo Jima, bataille qui en 35 jours entre février et mars 1945 coûta près de 7000 hommes à l’Armée américaine.

Ou alors, en un contresens bien de chez nous, sa récupération comme géniale "démystification" ou "déconstruction de la machine de guerre américaine" et de ses "mensonges d’Etat" et bien sûr comme "le premier grand film sur la guerre en Irak" (Les Inrockuptibles allant jusqu’à évoquer le pouvoir critique d’un… "Ford-Baudrillard mélangés"!).

Pourtant, même s’il sacrifie lui aussi à sa manière au bon-sentimentalisme artiste ("La guerre est, au mieux, un exercice vain."), celui-ci a le mérite justement de montrer non seulement la difficulté (au niveau des arrières comme sur le front lui-même: "On se bat pour la patrie, mais on meurt pour ses amis", dit un soldat dans le film) de percevoir les enjeux d’une guerre mais la réalité, rarement montrée, qu’une guerre, aussi légitime soit-elle, a besoin d’être "vendue" parce que financée.

Et partant tant l’importance que la valeur de tous ceux qui contribuent à l’effort de guerre (les trois protagonistes en question récolteront quand même 26 milliards de dollars pour finir une guerre qui n’intéressait plus personne).

Mais que dire alors des éloges appuyés de nos critiques devant l’icônisation et la statutification rampantes de fauteurs de guerre aussi légitimes qu’un Che Gevara, dont le film tiré de ses carnets de voyage fut gratifié il y a deux ans par Le Figaro par exemple d’un "superbe récit d’aventures" et d’un "belle oeuvre humaniste" ? Ou de supercheries telles que le dernier "Indigènes"?

Ou, ce qui revient au même, de… leurs assourdissants silences face à des impostures aussi abjectes que celle de notre Enderlin national et de l’icône de l’insurrection palestinienne et du djihad international qu’il a, avec ses collègues de CNN ou de la BBC, contribué à faire du petit Mohammed Al Doura?

Petit florilège:

Quand l’Amérique mène une guerre illisible à l’autre bout du monde, à quelles images se cramponne-t-elle pour tenir ?

Si Eastwood a plus de sympathie pour les militaires que pour les politiques qui les exploitent indûment, il ne condamne pas véritablement la manipulation faite au nom de l’effort de guerre. La critique est faible – singulièrement à l’heure où d’autres soldats américains meurent, en terre étrangère, au service d’une idéologie douteuse…

Au fond, Mémoires de nos pères fleure le vieux populisme, hostile aux planqués et aux ronds-de-cuir, amoureux de la grande fraternité guerrière, où l’on meurt dans les bras du compagnon d’infortune. Ce militarisme implicite est loin de nous mener aux sommets existentiels, moraux ou tragiques des classiques de Clint.

Les avis sont partagés sur Mémoires de nos pères de Clint Eastwood
Télérama n° 2963 28 Octobre 2006

De quelle étoffe sont faits les héros ? Sur fond de guerre du Pacifique, réponse ambiguë de Clint Eastwood.

Il paraît que les familles des soldats américains en Irak les remplacent à la maison par des « papas en carton » (flat daddies), photos grandeur nature et détourées à leur effigie. Quand l’Amérique mène une guerre illisible à l’autre bout du monde, à quelles images se cramponne-t-elle pour tenir ? Mémoires de nos pères, vingt-huitième film de Clint Eastwood, part d’une photo prise en février 1945 et supposée témoigner de victoires dans le Pacifique : six marines hissent leur drapeau sur un sommet de l’île japonaise d’Iwo Jima. C’est une photo devenue immédiatement mythique, et dont le gouvernement Roosevelt s’est servi pour rassurer le pays et vendre les bons qui financent l’effort de guerre.
De plus près, l’image se révèle pourtant aussi douteuse que celles du Blow up d’Antonioni, et elle entraîne vite le film loin de l’orthodoxie du genre guerrier. Trois soldats parmi les six de la photo (les autres meurent au combat en quelques jours…) sont rapatriés, et sommés d’entreprendre une tournée au pays pour aider à la collecte des fonds. Erigés en héros, ils n’ont cependant pas l’impression d’avoir accompli quoi que ce fût. Ils se sont trouvés presque par hasard sur la photo, elle-même réalisée dans des circonstances assez troubles.
Cette situation terrible, d’une telle perfection romanesque qu’elle semble inventée, est vraie. James Bradley, fils d’un des marines qui l’ont vécue, en a tiré un best-seller. Avec une telle matière, Clint Eastwood n’a plus qu’à déployer son savoir-faire classique et son scepticisme à visage humain. Il est décidément devenu le grand sage du cinéma américain, capable d’examiner les multiples facettes d’une même histoire, et de raffiner toujours plus l’interprétation à en donner. Ce film-ci est le premier volet d’un diptyque ; le deuxième, Lettres d’Iwo Jima (sortie début 2007), adoptera le point de vue japonais sur la même bataille. Et si Mémoires de nos pères n’est pas l’un des tout meilleurs Eastwood, il apporte une nouvelle confirmation du niveau auquel le cinéaste place la barre.
Il a d’ailleurs arrêté des choix assez risqués pour servir le sujet. Une grande question autour de laquelle s’enroule le récit est celle du héros : Mémoires de nos pères suggère, au moins un temps, qu’un héros n’est qu’une représentation sociale, sans fondement réel. Comme pour étayer cette hypothèse, Eastwood a créé des personnages plutôt falots. Un parfait inconnu, Jesse Bradford, joue le plus fringant des trois marines. Adam Beach, discret interprète du Windtalkers de John Woo, tient le rôle de l’Amérindien pour qui le drame de la guerre est démultiplié par celui du racisme. Enfin, l’éternel espoir Ryan Phillippe joue l’infirmier Bradley, soit le père de l’auteur du livre précité. Aucun d’eux ne crève l’écran, mais ils expriment ainsi d’autant mieux la dérision pathétique du vedettariat qui s’abat sur les trois petits gars.
Quant à la partie proprement guerrière du film, au lieu de constituer un long morceau de bravoure, elle est distillée par flash-back au fil de la tournée américaine, sous forme de réminiscences cauchemardesques. Cela évoque parfois du Spielberg (producteur du film), période Soldat Ryan, qu’on aurait réduit en charpie charbonneuse : ici, la guerre est moins un spectacle qu’une hantise dont on ne peut se débarrasser, un interminable cortège funèbre mental. Moyennant quoi Eastwood réussit à faire apercevoir non plus seulement la tragédie du soldat revenu de l’enfer, mais aussi celle de tout survivant.
Louis Guichard

Contre
Parmi les qualités premières de Million Dollar Baby, pour ne citer qu’un (bon) film de Clint Eastwood, on trouvait un solide sens du récit et la faculté de dépasser l’anecdote pour atteindre un propos et une vérité universels. Les deux manquent à Mémoires de nos pères. Côté récit, on jurerait que les scénaristes, William Broyles Jr. (qui a pourtant écrit l’excellent Jarhead) et Paul Haggis (le réalisateur « oscarisé » de Collision), ont mal numéroté les pages du script. Leur méli-mélo confus entrecroise présent, passé et plus-que-parfait, au point d’annihiler une à une toutes les vertus dramatiques potentielles : peu de suspense dans les scènes de guerre, interrompues brutalement, peu d’empathie pour des personnages à peine esquissés – et assez mal servis par des interprètes fadasses.
Comme souvent, l’échec esthétique est lié à un grand flou idéologique. Eastwood dit en substance que l’héroïsme n’est jamais qu’une construction a posteriori, au service d’une cause ou d’une institution. Soit, et alors ? Si Eastwood a plus de sympathie pour les militaires que pour les politiques qui les exploitent indûment, il ne condamne pas véritablement la manipulation faite au nom de l’effort de guerre. La critique est faible – singulièrement à l’heure où d’autres soldats américains meurent, en terre étrangère, au service d’une idéologie douteuse… Au fond, Mémoires de nos pères fleure le vieux populisme, hostile aux planqués et aux ronds-de-cuir, amoureux de la grande fraternité guerrière, où l’on meurt dans les bras du compagnon d’infortune. Ce militarisme implicite est loin de nous mener aux sommets existentiels, moraux ou tragiques des classiques de Clint.
Aurélien Ferenczi
Que devient une image lorsqu’elle n’est pas simplement la trace d’une réalité visible, mais qu’elle se transforme en icône ? Comment, enfin, se construit ce moment où la réalité s’imprime en légende et l’histoire en idéologie ?

Critique
"Mémoires de nos pères" : l’héroïsme ordinaire selon Eastwood
Jean-François Rauger
Le Monde
Le 24.10.06

Le nouveau film de Clint Eastwood semble obéir à un programme tout entier contenu dans son titre : l’allégeance au passé, l’hommage aux anciens, la soumission respectueuse à une généalogie dont ne fut peut-être pas mesurée la valeur profonde. Au-delà de ce film, c’est l’objectif de toute l’oeuvre d’Eastwood qui répète un rapport très particulier à l’histoire des Etats-Unis et au cinéma hollywoodien.

Mémoires de nos pères est l’adaptation d’un récit de James Bradley dont le père, vétéran de la bataille de l’île d’Iwo Jima, péniblement prise aux Japonais, fit partie des six soldats qui hissèrent le drapeau américain sur le mont Suribachi, le 23 février 1945, après plusieurs jours de combat. Cette action fut immortalisée par le photographe Joe Rosenthal, qui réalisa une image-emblème, une icône de la victoire dont l’écrivain et le cinéaste avouent avoir voulu traiter les arrière-plans humains.

Trois périodes s’entrelacent dans le film : le présent (les moments les moins convaincants dans lesquels quelques acteurs incarnant des survivants de l’époque sont interviewés par le narrateur) et deux strates de passé, celui des combats sur l’île et celui de la tournée que firent les trois survivants du cliché de Rosenthal aux Etats-Unis, acclamés comme des héros au cours d’une campagne publicitaire destinée à inciter les Américains à acheter des bons de guerre. Cette complexité n’a pas suffi à Eastwood puisque, au cours de l’élaboration de ce film, le cinéaste a décidé d’en réaliser un second, Lettres d’Iwo Jima, filmé du côté japonais, dont la sortie est prévue le 10 janvier.

LA TRADITION HOLLYWOODIENNE

Ainsi, à la rhétorique du film de guerre s’ajoute un épisode "décalé", qui voit quelques individus sommés de sortir de leur humanité concrète afin de se transformer en symboles. C’est le premier sujet de Mémoires de nos pères : que devient une image lorsqu’elle n’est pas simplement la trace d’une réalité visible, mais qu’elle se transforme en icône ? Comment, enfin, se construit ce moment où la réalité s’imprime en légende et l’histoire en idéologie ?

Cette transmutation chimique devient aussi un récit de cinéma, une étrange épopée individuelle au cours de laquelle les trois "héros" sont ballottés de cérémonies dérisoires et parfois grotesques en rencontres, forcément décevantes, avec une société civile américaine devenue même étrangère. Celle-ci, tout en les acclamant, leur remet aussi en mémoire leur condition sociale ou ethnique (l’un des soldats est un Indien à qui l’on rappelle parfois vulgairement son origine.)

Les trois militaires sont traversés de sentiments contradictoires, de la fierté d’être reconnus comme des "héros" au dépit de constater à quel point le pays semble loin de la réalité des combats, en passant enfin par la honte d’avoir laissé leurs camarades sur le terrain. Cette vision regrettant l’abandon de la réalité pour son simulacre détermine une histoire qui, sous la direction d’un cinéaste insensible au maniérisme, s’en tient à une énonciation directe, héritage d’un rapport à l’action qui est celui inventé par le cinéma classique hollywoodien.

Le rappel de cette archéologie dévoile ce qui fait la substance de ce récit. Alors que la guerre semble frapper des individus que le film hésite subtilement à différencier (les multiples morts violentes des scènes de carnage), le "dérisoire" retour des trois soldats paraît transformer en figure héroïque ce qui, finalement, s’y refuse essentiellement.

Mémoires de nos pères rejoint la grande fiction hollywoodienne qui a souvent interrogé les principes fondateurs de l’Amérique et la définition de la démocratie. Des films épiques de King Vidor aux comédies matrimoniales de George Cukor en passant par les méditations de John Ford, une grande partie du cinéma américain, avant qu’il ne s’adonne aux délices de la mise en abyme ironique ou réflexive, s’est toujours construit sur la résolution d’un paradoxe : l’homme moyen peut-il être aussi un héros de cinéma – ici de la grande histoire – sans perdre sa nature de sujet de la démocratie ? Comment être un individu parmi d’autres et être unique ? C’est la question que pose frontalement le film d’Eastwood qui vient miraculeusement illuminer le reste de sa filmographie.

En questionnant la nature de l’héroïsme de ses personnages, le film donne une des clés de la mélancolie au coeur de l’oeuvre de l’auteur d’Impitoyable. Elle est aussi dans la mise en scène. Le goût du réalisateur pour les ombres et la pénombre n’exprime-t-il pas le sentiment d’un effacement de la figure humaine comme condition de sa pétrification en statue héroïque ? Le cinéma de Clint Eastwood n’a jamais cessé de parler de cela.
Film américain de Clint Eastwood avec Ryan Phillippe, Adam Beach, Neal McDonough. (2 h 13.)

Voir aussi l’entretien de Clint Eastwood:

World War 2 was a different time in history, of course. When the war was brought to us in Pearl Harbor, it became a reality that if we didn’t fight this one out, we might be speaking another language today, so it was sort of simple. … So it was important to tell this story for that reason, as it told of a time in our history when there was a lot of spirit.

As for today — I suppose war is war whenever you’re in there. If you’re in the front lines, there are always various problems you have to deal with that are hard for us to understand who are in a non-combat situation unfortunately. The country seemed much more unified than it is today, because the war we’re in today — excluding the Iraq War in the front lines — is a different kind of war, incorporating Ideology and religion. There are a lot of factors coming in to it that may make the next war much more difficult, but World War 2 was much more cut and dried."

Eastwood hopes that through this film, "they get to know these people, and what they went through, as well as perhaps give the audience a feeling of what it was like in that time, what these people dedicated or donated their lives for." But also, he adds, he wants audiences to know more about what has been defined as The Greatest Generation. "A lot of people talk about the greatest generation so it was fun to just try to visualize that. We now live in a time where it’s different. We have an all voluntary military, the country’s a lot more comfortable, economically and is in fact right now probably a lot more spoiled than we were then, so war is more of an inconvenience now where then it was an absolute necessity.

Interview: Clint Eastwood "Flags Of Our Fathers"
Monday, October 9th 2006
Paul Fischer
Los Angeles, CA

The tall, strident figure who enters the room is unmistakable. Age, as has been said, has not wearied him. Clint Eastwood still looks impressive at 76. No longer the Man with No Name or Dirty Harry, these days he’s a formidable force behind the camera, an Oscar winning filmmaker known for his economy of scale. But Eastwood’s latest film, the World War 2 drama Flags of Our Fathers, is an anomaly for Eastwood, a big-budget epic work that is in sharp contrast to the likes of his acclaimed Mystic River and Million Dollar Baby.

A film centered around the tragic Battle of Iwo Jima, one of the most crucial and bloodiest battles of the second world war, it culminated with what would become one of the most iconic images in history: five Marines and a Navy corpsman raising the American flag on Mount Suribachi. The inspiring photo capturing that moment became a symbol of victory to a nation that had grown weary of war and made instant heroes of the six American soldiers at the base of the flag, some of whom would die soon after, never knowing that they had been immortalized. But the surviving flag raisers had no interest in being held up as symbols and did not consider themselves heroes; they wanted only to stay on the front with their brothers in arms who were fighting and dying without fanfare or glory.

‘Flags of Our Fathers’ is based on the best selling book by James Bradley with Ron Powers, which chronicled the battle of Iwo Jima and the fates of the flag raisers and some of their brothers in Easy Company. A book originally set to be filmed by Steven Spielberg, Eastwood, who picks projects that interest him on a personal level, says that he wanted to tell this particular war story "because there’s never been a story on Iwo Jima, even though it was the biggest marine corps in marine corps history," says Eastwood. "What intrigued me about it was the book itself and the fact that it wasn’t really a war story."

The director, who says he had been involved in a few war films as an actor, says he never set out to do a war movie per se, "but I liked this, because it was just a study of these people, and I’ve always been curious about families who find out things about their relatives much after the fact. The kind of people that have talked to me about this campaign and many other campaigns, seem to be the ones who have been the quietest about their activity. It’s a sure thing that if you hear somebody being very braggadocio about all their experiences in combat, he was probably a clerk typist somewhere in the rear echelon, but there seems to be a commonality with these kind of people."

Much has been said of the parallels, if they exist, between World War 2 and contemporary events, but Eastwood denies making any kind of a contemporary parable, and the two wars represent vastly different ideologues. "World War 2 was a different time in history, of course. When the war was brought to us in Pearl Harbor, it became a reality that if we didn’t fight this one out, we might be speaking another language today, so it was sort of simple. Most of the young men and women who went to war were about 19 years old. You figured they were probably all born in the late 20s early 30s, and they were over there, but they all had the spirit. So it was important to tell this story for that reason, as it told of a time in our history when there was a lot of spirit.

As for today — I suppose war is war whenever you’re in there. If you’re in the front lines, there are always various problems you have to deal with that are hard for us to understand who are in a non-combat situation unfortunately. The country seemed much more unified than it is today, because the war we’re in today — excluding the Iraq War in the front lines — is a different kind of war, incorporating Ideology and religion. There are a lot of factors coming in to it that may make the next war much more difficult, but World War 2 was much more cut and dried."

As Flags is, in many ways, an old fashioned, classic war story, for today’s audiences, Eastwood hopes that through this film, "they get to know these people, and what they went through, as well as perhaps give the audience a feeling of what it was like in that time, what these people dedicated or donated their lives for." But also, he adds, he wants audiences to know more about what it has been defined as The Greatest Generation. "A lot of people talk about the greatest generation so it was fun to just try to visualize that. We now live in a time where it’s different. We have an all voluntary military, the country’s a lot more comfortable, economically and is in fact right now probably a lot more spoiled than we were then, so war is more of an inconvenience now where then it was an absolute necessity."

Like in much of Eastwood’s recent work, his films offer a reflective comment on the humanity, coupled with a certain physicality, and this is particularly evident in Flags, that shows off the two sides to the director. Eastwood says that he has little difficulty in reconciling or balancing these two facets of his persona. "I just kind of go along. I think as I’ve matured — which is in a way of saying aging — I’ve reached out to different sides of different stories. I started out in movies with a lot of action and that sort of thing, but as I got to this stage in life now where I’m sort of retreating to the back side of the camera, I just felt that it’s time to address a lot of different things that are closer to me than maybe fantasy characters that I might have been involved with."

In a career spanning half a century, Clint Eastwood can afford to pick and choose what he wants to do on either side of the camera. With little to prove, either to himself or audiences, the director still insists on pushing himself, and that includes shooting not one, but two films about Iwo Jima. Opening early next year is the Japanese perspective, Letters from Iwo Jima, and Eastwood does laugh when asked if these days, making two films back to back is his most serious challenge. "Sometimes I think I’ll take some time off, and it goes in waves. I did "Mystic River," and I was going to take some time off after that project, then I read "Million Dollar Baby," and said, boy, I gotta do that, so I went right into that. I had tried to buy this book sometime earlier and DreamWorks had bought it and I ran into Steven Spielberg and he said why don’t you come over and direct this film. I told him I liked the book very much, we shook hands and I said, yes, I’ll do that. He didn’t have a screenplay he was happy with so we had to kind of start from scratch."

It was part of the way into the research for Flags of our Fathers that he started getting interested in Lt. General Korubioshi the Japanese commander at Iwo Jima. "I was kind of wondering what kind of person he was to defend this island in a very clever way by tunneling the island and putting everything underground, doing it differently than most of the Japanese defenses were at that time. I sent to Japan and got a book about General Kuribayashi, which was a book of letters to his wife, daughter and son."

As Eastwood’s films tells of a father and son, asked whether he would want his own children to depict his life on film, the ferociously private Eastwood smiles. "No, no. I don’t feel my life is that interesting, which is maybe why I became an actor." In summing up his own life, Eastwood adopts the brevity that has often defined him. "I just feel like I do a job. I’ve been lucky enough to work in a profession where I enjoy it and still do. Obviously I’m doing it still and I don’t seem to have any ambitions about retiring. If I do, I haven’t kind of found out about them yet, so maybe I’m just waiting until they retire me."

Voir enfin les autres critiques américaines.


Affaire Al Doura: Une nouvelle Affaire de Damas? (Prime-time blood libels)

25 octobre, 2006
Damascus_blood_libelSharon blood libelCe n’est pas une politique de tuer des enfants. Chirac (accueillant Barak à Paris, le 4 octobre 2000)
Une des plus célèbres calomnies de meurtre rituel de cette période est celle de Damas, laquelle intervient dans le cadre des visées impérialistes de la France de Louis-Philippe, au Proche-Orient. En 1840, un moine et son serviteur disparaissent. On ne les retrouvera jamais. Sur l’instigation du consul de France, le crime est imputé aux juifs, qui sont arrêtés, emprisonnés, torturés. Adolphe Thiers valide la thèse du crime rituel. Cette affaire secoue les juifs d’Europe qui s’organisent pour éviter que ne se reproduisent de telles calomnies, vestiges moyenâgeux qui, à leurs yeux, ne devraient plus avoir leur place dans la société moderne. Encyclopédie Universalis

Qui se souvient encore, hors de la communauté juive, de la fameuse Affaire de Damas qui avait traumatisé le monde juif européen au milieu du 19e siècle?

En 1840, des Juifs avaient en effet été emprisonnés et torturés dans la métropole syrienne à la suite d’une accusation de meurtre rituel (le sang de la victime devant soi-disant servir à la confection des pains de la Pâque*) sur la personne d’un moine italien et de son serviteur musulman qui avaient disparu sans laisser de traces.

Aujourd’hui, si l’on en croit la tribune de Caroline Glick dans le Jerusalem Post d’avant-hier (merci Eli Tabori), l’équivalent des accusations de crime rituel, c’est les accusations de crime de guerre, l’Armée israélienne se retrouvant accusée (en "prime time", cette fois-ci) d’assassinats délibérés d’enfants palestiniens, notamment à travers l’Affaire Al-Doura (dite en France "Affaire du petit Mohammed").

Et, étrangement, si l’on rapproche les deux affaires, celle de Damas de 1840 et celle du petit Mohammed de septembre 2000, on retrouve à un siècle et demi d’intervalle… beaucoup des mêmes ingrédients.

Même funeste célébrité (les images du petit Mohammed ont fait le tour du monde) et même volonté politique de maintenir une influence de la France au Proche-Orient (la fameuse PAF).

Même disparition d’un musulman (le petit Mohammed Al Doura) et même accusation de meurtre contre des juifs (ici un crime de guerre) à l’instigation d’un représentant français sur place (le chef du bureau de la télévision d’Etat France 2, Charles Enderlin).

Mêmes conséquences tragiques pour les juifs (hormis l’insurrection palestinienne, l’affaire inspirera directement le lynchage de deux réservistes à Ramallah quelques jours plus tard, puis servira de prétexte pour toutes sortes de crimes contre des juifs comme l’assassinat du journaliste juif-américain Daniel Pearl au Pakistan, jusqu’à Ben laden et son réseau terroriste Al Qaeda avec leurs déclarations et vidéos de propagande).

Même validation d’u chef d’Etat français (Chirac évoquera directement l’affaire en accueillant Ehoud Barak quelques jours plus tard à Paris, puis apportera récemment son soutien à France 2 dans son procès contre le journaliste Philippe Karsenty).

Et enfin même indignation des juifs (et non-juifs) d’Europe et du monde qui… "s’organisent pour éviter que ne se reproduisent de telles calomnies, vestiges moyenâgeux qui, à leurs yeux, ne devraient plus avoir leur place dans la société moderne"!

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* Note: Les chrétiens du Moyen Age pensaient que les juifs procédaient à la crucifixion d’un enfant chrétien durant la Semaine Sainte. Cécil Roth fut l’un des quelques historiens à montrer que cette croyance dérivait d’une mauvaise interprétation de la tradition juive consistant à pendre et à brûler l’effigie d’Hamam pendant la fête de Purim. Croyances largement et plus ou moins directement reprises depuis par les diverses populations musulmanes du Moyen-Orient sous formes de livres, rumeurs, fausses informations, télé-films, caricatures (voir 1, 2 et 3), mais aussi hélas plus ou moins consciemment par des caricaturistes occidentaux (voir ci-dessus le Sharon-Saturne du journal britannique The Independent ou les dessins du Brésilien Latuff).


Our World: Prime-time blood libels

Caroline Glick
THE JERUSALEM POST
Oct. 23, 2006

Last Thursday a French court found Philippe Karsenty guilty of libeling France 2 television network and its Jerusalem bureau chief Charles Enderlin. Karsenty, who runs a media watchdog Web site called Media Matters, called for Enderlin and his boss Arlette Chabot to be sacked for their September 30, 2000 televised report alleging that IDF forces had killed 12-year-old Muhammad al-Dura at Netzarim junction in Gaza that day.

Their lawsuit against Karsenty was the first of three lawsuits that Enderlin and France 2 filed against French Jews who accused them in various ways of manufacturing a blood libel against Israel by purposely distorting the events at Netzarim junction that day. The second trial, against Pierre Lur at, is set to begin this week. Lur at organized a mass demonstration against France 2 on October 2, 2002 after the broadcast of a German television documentary film by Esther Schapira called Three Bullets and a Dead Child: Who Shot Muhammad al-Dura? Schapira’s film concludes that IDF bullets could not have killed Dura.

September 30, 2000 was the third day of the Palestinian jihad. That day an IDF position at Netzarim junction was attacked by Palestinian Authority security forces. A prolonged exchange of fire ensued. That afternoon, France 2’s Palestinian cameraman Talal Abu Rahma submitted footage of a man and a boy at the junction cowering behind a barrel. The two were later identified as Jamal al-Dura and his 12-year-old son Muhammad. Enderlin, who had not been present at the scene, took Rahma’s 27 minutes of raw footage and narrated a 50-second film in which he accused the IDF of having shot and killed the boy. Enderlin’s film itself does not show the boy dying. There are no blood stains where the boy and his father were crouched. No ambulance came to evacuate them. No autopsy was performed on Muhammad’s body.

FRANCE 2 distributed its film free of charge to anyone who wanted it – although not the full 27 minutes that Rahma filmed. The film was shown repeatedly worldwide and particularly on Arab television networks. The results of the footage were murderous. On October 12, two IDF reservists, Yosef Avrahami and Vadim Novesche, were lynched by a mob at a PA police station in Ramallah. The mob invoked Dura’s death as a justification for its barbarism. The Orr Commission which investigated the violent rioting by Israeli Arabs in October 2000 stated in its final report that "Muhammad al-Dura’s picture, which was distributed by the media, was one of the causes that led people in the Arab sector to take to the streets on October 1, 2000."

Countless suicide bombers and other Palestinian terrorists have cited Dura as a justification of their crimes. For the past six years PA television has continuously aired a film showing Dura in heaven beckoning other Palestinian children to "martyr" themselves by becoming terrorists and join him there.

The Palestinians are not the only ones who have used Dura as a terrorist recruitment tool. He is prominently featured in al-Qaida recruitment videos and on Hizbullah banners. Daniel Pearl’s murderers interspersed their video of his beheading with the France 2 film. Throughout Europe, and particularly in France, Muslims have used Dura as a rallying cry in their attacks against Jews – attacks which broke out shortly after the Dura film was broadcast.

AT FIRST, Israel accepted responsibility for Dura’s death without conducting an investigation. Yet, in the weeks that followed the event, engineers Nahum Shachaf and Yosef Doriel conducted investigations on behalf of the IDF’s Southern Command.

Both men separately proved mathematically and physically that the IDF forces on the ground could not see the Duras from their position and that it was physically impossible for their bullets to have killed Muhammad. Then OC Southern Command Maj.-Gen.Yom Tov Samia held a news conference in late November based on their findings at which he said that the probability that the IDF had killed Dura was low.

Yet Samia was the only senior Israeli official to question the veracity of the film. Then chief of General Staff Shaul Mofaz disavowed Samia’s investigation. Prime minister Ehud Barak never questioned the veracity of Enderlin’s murderous accusation against the IDF.

In the intervening years, private researchers and media organizations have taken it upon themselves to investigate what happened that day. Their findings have shown that at a minimum, the probability that the IDF killed Dura is minuscule and more likely, the event was either staged or edited to engender the conclusion that Dura had been killed by Israel. The few people who have been allowed to watch Rahma’s entire film have stated that it is impossible to conclude that Muhammad was killed because he raises his head and props himself up on his elbow after he was supposedly shot.

Respected media organizations like The Wall Street Journal, CBS News, Atlantic Monthly and Commentary magazine have published detailed investigations that all conclude that the footage was either staged or simply edited to show something that didn’t happen.

Yet, even as private individuals were dedicating their time and passion to proving that France 2 had purposely broadcast a blood libel against Israel that caused the death and injury of Israelis and Jews throughout the world and marred the honor of the IDF, official Israel remained silent.

The Foreign Ministry never asked France 2 to show its officials the full 27-minute film. Neither the IDF nor the Foreign or Justice Ministries defended the IDF or called into question the veracity of Enderlin’s film. As late as this past June 23, IDF spokeswoman Brig.-Gen. Miri Regev told Haaretz, "I cannot determine whether the IDF is or is not responsible for the killing of al-Dura."

IN THE French judicial system, the people’s interest is represented by a special court reporter who recommends verdicts to the judges. It is rare for judges to disregard the reporter’s recommendations. During his trial, Karsenty and his witnesses produced piece after piece of evidence that called into question the credibility of the France 2 film.

For its part, France 2 sent no representatives to the trial. Its attorney did not question any of the evidence submitted by Karsenty nor did she cross-examine any of his witnesses. She brought no witnesses of her own. She simply produced a letter of support for France 2 from President Jacques Chirac. The court reporter recommended dismissing the case.

In their judgment last week, the judges argued that Karsenty’s allegations against Enderlin and France 2 could not be credible since "no Israeli authority, neither the army which is nonetheless most affected, nor the Justice [Ministry] have ever accorded the slightest credit to these allegations" regarding the mendacity of the Dura film.

Over the years Israeli officials have justified their silence by saying that it was a losing proposition to reopen the Dura case. We’ll be accused of blaming the victim, they said.

This statement is both cowardly and irresponsible. As the French verdict shows, without an Israeli protest, the protests of private individuals, however substantial, ring hollow. When Israel refuses to defend itself from blood libels, it gives silent license to attacks against Israel and world Jewry in the name of those libels.

In 2000, Barak was desperately trying to close a peace deal with Yasser Arafat. The last thing he wanted was to admit that Arafat was promulgating blood libels against Israel. So he was silent. This is unforgivable, but understandable.

Israel’s continued silence is a sign that Israeli officialdom has still not understood what the war of images demands of it. The Dura film, like the fictional massacre of Lebanese children at Kafr Kana in Lebanon this summer, shows that victory or defeat in wars is today largely determined on television. To win, Israel must go on the offensive and attack untruthful, distorted images that are used to justify the killing of Israelis and Jews throughout the world.

When Karsenty heard the court’s verdict last week, he said, "If this judgment is upheld, Jews should ask themselves questions about their future in France. Justice covers the anti-Semitic lies of a public channel. It’s a strong signal, it is very severe."

To this it should be added that if the Israeli government continues to be silent as the good name of the IDF, of Israel and of the Jewish people is dragged through the mud by distorted television images broadcast by foreign news outlets; if the Israeli government does nothing to defend those who are persecuted for fighting against these distortions, then Jews will have to ask themselves some questions about how on earth we are supposed to defend ourselves, let alone win this war against those who seek our destruction.

Voir aussi:

Brief Reviews
Daniel Pipes
Middle East Quarterly
September 1998

The Damascus Affair: "Ritual Murder," Politics, and the Jews in 1840. By Jonathan Frankel. Cambridge, Eng.: Cambridge University Press, 1997. 491 pp. $64.95.

Frankel, professor of history at the Hebrew University of Jerusalem, has rescued a small but key event of modern history from ill-deserved obscurity. In a very impressive and well-written account, he tells what happened in Damascus after an Italian monk and his servant disappeared in February 1840. The newly-arrived but powerful French consul, Ratti-Menton, developed an "entirely manufactured" thesis of Jewish ritual murder that the local government in large part accepted, leading to the imprisonment, torture, and death of many Damascene Jews, followed by similar tribulations throughout the eastern Mediterranean.

But the real impact of the Damascus affair, Frankel shows, lay in Europe, where it led to a formidable backlash against Jews, the greatest in years. Jews found themselves completely unprepared for the tribulations they suffered but learned from this tragedy to organize and lobby, and from that came the first stirrings of modern Jewish solidarity, the basis of the formidable institutions that followed. Frankel provides a particularly impressive review of the reactions to the far-away and long-ago events of his study, showing just how the to-and-froing between the Middle East and Europe on the matter of Jews became a major issue for all concerned. In many ways, he establishes that the grounds for the West’s involvement today in the Middle East were set by the terrible events of 1840.

- Voir également:

History / Judaica / Middle East

Blood Libel
The Damascus Affair of 1840
Ronald Florence

"When old, outdated anti-Semitic lies are being used in too many circles against the Jewish people, this book is important to all those who feel compelled to denounce them."—Elie Wiesel

In Damascus, in February 1840, a Capuchin monk and his servant disappear without a trace. Rumors point at the local Jewish community. Within weeks, the rumors turn to accusations of ritual murder—the infamous "blood libel." Torture, coerced confessions, manufactured evidence, and the fury of the crowds are enough to convict the accused Jews. By the time the rest of the world learns of the events in Damascus, the entire leadership of the Jewish community is awaiting execution.

Vicious charges of ritual murder had been heard in Europe for centuries and are heard in the Middle East today—but everything else here was turned around. The accusers of the Jews were not the Muslim majority. The French consul was the chief prosecutor, aided by the British consul, with the support of the American consul. The affair became a cause célèbre in Europe and the Americas, the priorities of diplomacy intervened, and the fabric of a society that had once stretched to tolerate minorities finally burst in an outrage of fears turned to fury. The legacies of that torn fabric, and the continuing myths, feed and sustain the fervor of anti-Semitism today.

Ronald Florence is an historian and novelist. He is the author of The Gypsy Man, The Perfect Machine, and The Last Season. He lives in Providence, Rhode Island.

- Voir aussi:

DAMASCUS AFFAIR:
Gotthard Deutsch, M. Franco
Jewish Encyclopedia

Accusation of ritual murder brought against the Jews of Damascus in 1840. At that time Damascus, together with Syria, belonged to Mohammed Ali, pasha of Egypt, who had revolted against the authority of his suzerain, the sultan Maḥmud of Constantinople. The governor of Damascus was an Egyptian Arab, Sherif Pasha by name.On Feb. 5, 1840, Father Thomas, originally from Sardinia, and the superior of a Franciscan convent at Damascus, disappeared with his servant. This monk, who practised medicine, was very well known in the Jewish and Mohammedan quarters, as well as among the Christians. Some days previous he had had a dispute with a Turkish muleteer, who had heard him blaspheme Mohammed, whereupon the Turk is reported to have said: "That dog of a Christian shall die by my hand." Upon Thomas’ disappearance the French consul at Damascus, Ratti Menton, who was an enemy to the Jews, following the advice of certain monks, instituted investigations in the Jewish quarter; and the governor, Sherif Pasha, pretending to act merely in accordance with the friendly relations existing between the governments of Louis Philippe and Mohammed Ali, aided the French consul in a culpable way. A confession was extorted by torture from a Jewish barber named Negrin, and eight of the most notable Jews, among them Joseph Lañado, Moses Abulafia, and Farḥi, were imprisoned and tortured. Their teeth and beards were pulled out, they were burned, and finally tempted with gold, to persuade them to confess an imaginary crime. Lañado, a feeble old man, died under this treatment. Moses Abulafia became a Mohammedan in order to escape the torture. In spite of the stoic courage displayed by the sufferers, Sherif Pasha and Ratti Menton agreed on the guilt of the accused in view of the words resembling a confession that had escaped them in their agony. While Ratti Menton published libels against the Jews in French and in Arabic, Sherif Pasha wrote to his master, Mohammed Ali, demanding authorization to execute the murderers of Father Thomas. In the mean time the populace fell upon the synagogue in the suburb of Jobar, pillaged it, and destroyed the scrolls of the Law.The Jewish communities of Europe were appealed to, and public meetings were held in London, Paris, and even New York and Philadelphia. Especially important was a meeting called by the lord mayor of London at the Mansion House, London, July 3, 1840. As a result the lawyer Isaac Crémieux and the Orientalist Solomon Munk from France, and Sir Moses Montefiore from England were sent as mediators to Alexandria to plead with the khedive. They arrived at Alexandria Aug. 4, and after repeated interviews with Mohammed Ali, obtained from him, on Aug. 28, the unconditional release and recognition of the innocence of the nine prisoners who still remained alive of the thirteen imprisoned. They then went to Constantinople, and obtained from the sultan Majid a firman declaring the accusation of ritual murder to be absurd (see Blood Accusation). The Austrian consul at Damascus, Merlatto, and the Austrian consul-general at Alexandria defended the rights of the Jews during all the incidents arising in this celebrated case. It was in part the Damascus affair which suggested tosome French Jews later the idea of founding the Alliance Israélite Universelle.Bibliography: J. G. Lowenstein, Damassia, 1840; Stimmen Berühmter Christen, 1841; Persecution Contre les Juifs de Damas, Paris, 1840; D. Salomons, An Account of the Recent Persecution of the Jews at Damascus, London, 1840; Persecution of the Jews in the East, Philadelphia, 1840; Jost, Gesch. der Israeliten, xi. 345-381; Copies of Letters Received from Sir Moses Montefiore, 3 issues, 1840; Graetz, History of the Jews, v. 632-661.D. M. Fr.

- Et:

The Infamous Damascus Affair
Gates to Jewish Heritage

One of the most outrageous blood libel cases took place in Damascus in 1840. Christian anti-Semitism and and Muslim anti-Jewish sentiments were exacerbated by the political situation at that time. Syria, which had been under Turkish rule since 1515, had rebelled. It was ruled by Muhammad Ali of Egypt. France supported Muhammad Ali. Austria and Great Britain supported Turkey because they wanted to limit France’s influence in the Middle East.

On February 5, 1840, a monk named Thomas disappeared with his Muslim servant. The monk had been involved in shady business, and the two men were probably murdered by tradesmen with whom Thomas had quarreled. Nonetheless, his order immediately circulated the news that the Jews had murdered both men in order to use their blood for the Passover.

Catholics in Syria were officially under French protection. The investigation should have been conducted by the French consul. The French consul, Ratti-Menton, however, invited the Syrian governor-general to prosecute the case.

It was a horror. A barber, Solomon Negrin, was arbitrarily arrested and tortured until a "confession" was extorted from him. He claimed that Thomas had been killed in the house of David Harari by seven Jews. The men whom he named were subsequently arrested; two of them died under torture, one of them converted to Islam in order to be spared, and the others were made to "confess."

A Muslim servant in the service of David Harari related under duress that Thomas’ Muslim servant was killed in the house of Meir Farhi, in the presence of the latter and other Jewish notables. Most of those mentioned were arrested.

One of the Jewish notables named by Harari’s servant was an Austrian citizen. This brought the Austrian consul into the case.

Meanwhile, some bones were found in a sewer in the Jewish quarter. The accusers proclaimed that they were Thomas’ and buried them accordingly. An inscription on the tombstone stated that it was the grave of a saint tortured by the Jews. More bones were found and identified (despite a doctor’s statement that they weren’t human) as Thomas’ servant’s bones. The authorities then announced that on the strength of the confessions of the accused and the remains found of the victims, the guilt of the Jews in the double murder was proved beyond doubt. They also seized 63 Jewish children so as to extort the hiding place of the victims’ blood from their mothers.

The non-Jewish world knew nothing about these happenings. Egyptian Jews learned about it almost a month after the beginning of the affair. Their first attempt to intervene in the tragic situation was a petition addressed to Muhammad Ali, asking him to stop using torture. Ali agreed to stop the torture of the accused.

The Austrian consul in Egypt, A. Lauren, then did an extraordinary thing. He sent to James de Rothschild (without permission!) a report about the Damascus case. Rothschild tried to intervene with the French government. He got no response. Rothschild then published the report. In Vienna, his brother Solomon Rothschild, approached Metternich on the issue. Austria and Britain, always happy to embarrass the French, then got involved. As a result, Muslim and Christian riots which had been going on since February, were stopped in May.

In the meantime, Western Jewry was shocked by the case. Enlightened, assimilated Jews were outraged at the barbarity and ignorance displayed by the accusations. Enlightened non-Jews also protested against the accusation through the press and mass meetings. A Jewish delegation, whose members included Moses Montefiore, went to speak to Muhammad Ali. They requested that the investigation be abandoned by the Damascus authorities and transferred to Alexandria. Their timing was lousy. War was imminent between Egypt and Turkey. Both Muhammad Ali and the French wished to prevent an investigation into the events in Damascus.

The Jews, whose first concern was in the release of their fellow Jews, accepted the freeing of the accused without any statement of their innocence. On August 28, 1840, those prisoners who were still alive in Damascus were saved.

Montefiore and his delegation then headed for Constantinople, where they appealed to the sultan for the publication of a decree which would proclaim blood libels absolutely false. They also requested a prohibition against trials of Jews on the basis of such accusations.

Nevertheless, the Catholics of Damascus continued to tell tourists for many years, about the saint who had been tortured and murdered by the Jews, and how the Jews had been saved from the gallows by the intrigues of Jewish notables from abroad.

The Damascus Affair emphasized to world Jewry how precarious their situation was around the world. It also motivated them to establish international communications and cooperative organizations.

Voir également:
Aujourd’hui chaque mère prévient [son fils] : " Fais attention à ne pas t’égarer loin de la maison, de peur que le Juif n’apparaisse, ne te fourre dans son sac, ne t’emporte et ne t’abatte pour extraire ton sang et l’incorporer à ses matsas de Sion.

Enquêtes et analyses – No. 99
L’Affaire de Damas (1840) racontée par Mustafa Tlass, ministre syrien de la Défense

MEMRI
Juin 27, 2002

Contexte

Le président syrien Bashar El-Assad a dernièrement prolongé de deux ans le mandat du ministre de la Défense Mustafa Tlass, en signe de reconnaissance pour ses services et en raison des rapports privilégiés que ce dernier entretenait avec son père, l’ancien président Hafez El-Assad. M. Tlass est l’un des pères fondateurs de l’actuel régime Baath et l’une des figures marquantes de la Syrie depuis trente ans. De son vivant, Hafez El-Assad avait déjà repoussé la retraite de Mustafa Tlass. [1]

M. Tlass a d’abord publié son ouvrage sur l’Affaire de Damas en 1983. La deuxième version, éditée en 1986, était censée être plus " scientifique " que la première : des notes y étaient ajoutées pour appuyer les affirmations de l’auteur, ainsi qu’un appendice contenant des photocopies de documents officiels (accompagnés de traductions en arabe) échangés dans une correspondance entre le consul de France à Damas, le consul général de France à Alexandrie et le gouvernement français. L’ouvrage comprend une photo de la pierre tombale du prêtre Tomas, laquelle porte une inscription indiquant que ce dernier a été assassiné par des Juifs.

En couverture des deux éditions figure un homme à la gorge tranchée dont le sang est recueilli dans une cuvette. La couverture de la première édition représente un groupe de Juifs en train de perpétrer le meurtre, reconnaissables à leurs traits ‘juifs’ conformes aux critères nazis ; sur la couverture de la deuxième édition c’est une menora, symbole juif, qui tranche la gorge de la victime.

L’ouvrage de M. Tlass est connu pour son influence majeure dans les cercles antisémites du monde entier, où il est considéré comme une source sûre d’informations sur le " meurtre rituel pratiqué par les Juifs ". [2] Ce livre peut être commandé par Internet dans sa version originale en arabe, et est également disponible en français, italien et dans d’autres langues encore. [3]

Voici une traduction (de l’arabe) de l’introduction de Mustafa Tlass (version de 1986) :

Circonstances historiques
" Dans les années 1830, Mohammed Ali, gouverneur d’Egypte de l’Empire ottoman, a réussi à unir la Syrie et l’Egypte, dirigeant ainsi les deux pays. Une grave crise internationale a suivi cette unification, qui représentait un danger pour les intérêts européens…Au cours de cette période tourmentée, Damas s’est trouvée sous le choc d’un crime terrible : le prêtre Tomas Al-Kaboushi [le Capucin] est tombé entre les mains de Juifs qui ont cherché à le vider de son sang pour l’incorporer à des préparations destinées à la fête de Yom Kippour [sic].

Ce crime n’était pas le premier du genre. L’Occident a connu plusieurs crimes similaires, de même que la Russie tsariste. Certains d’entre eux ont été dénoncés et rapportés dans les protocoles d’enquêtes, malgré tous les efforts entrepris pour en faire disparaître les traces… Ainsi, le meurtre du prêtre Tomas et de son serviteur n’était pas le premier du genre et ne sera sûrement pas le dernier. [4] Cela dit, cet événement renfermait des éléments uniques, propres à la situation politique de l’époque.

Les autorités du Caire et de Damas ont manifesté un fort intérêt pour ce crime odieux et le consul français [à Damas] a participé à l’enquête, vu que la victime assassinée de façon si sournoise était française. L’enquête a confirmé le meurtre et soulevé de sérieuses interrogations quant aux motifs du meurtre, commandé par les préceptes de la religion juive tels qu’ils sont énoncés dans le Talmud… "

La tentative des Juifs pour occulter leur crime
" [Cette dénonciation] a provoqué une tempête de protestations. Les responsables juifs et leurs alliés ont frappé aux portes des dirigeants européens et américains pour qu’ils interviennent, effacent les traces de l’infamie et acquittent les Juifs. Aujourd’hui comme autrefois, les Juifs commettent un crime, déclenchent ensuite un tollé dans le monde entier et, non contents d’être innocentés, en profitent pour tirer le maximum de l’affaire.

Ils [ont persuadé] le consul autrichien de s’interposer en faveur d’un petit nombre d’inculpés, sous prétexte qu’ils étaient sujets autrichiens… Ils ont également exploité la tolérance des autorités égyptiennes ainsi que du consul de France [à Istanbul] et ont contacté les accusés pour leur adjoindre de nier [toutes les incriminations]. Ils ont exercé des pressions sur les détenus qui avaient avoué, afin qu’ils reviennent sur leurs déclarations… Le gouvernement [de la Syrie], qui avait supervisé l’enquête, a été accusé d’avoir eu recours à la torture pour faire avouer les accusés [juifs]… Si ces imputations sont fondées, elles ne concernent que des individus isolés et sont sans rapport avec la loi islamique. En Europe et en Amérique à cette époque, la torture était admise pour faire parler les prévenus, et ce ne serait pas exagéré que de dire qu’elle a encore cours dans ces pays aujourd’hui.

D’autre part, les responsables juifs en Europe et en Amérique sont passés à l’action, profitant de leur pouvoir financier et médiatique pour contraindre les grandes puissances à prendre des mesures en leur faveur. Ils ont fait intervenir leurs alliés au Parlement et dans la presse, ont organisé des manifestations de soutien et ont envoyé d’éminents Juifs européens [en aide aux prévenus]. C’est ainsi que les Juifs ont réussi à soutirer un décret en leur faveur. Mais ils ne se sont pas arrêtés là : ils ont voulu faire effacer l’inscription du tombeau du père Tomas dans l’église franciscaine : ‘Ici reposent les ossements du père Tomas, capucin missionnaire, assassiné par les Juifs le 5 février 1840…’ "[5]

Pourquoi les Juifs s’en tirent toujours
" L’incident de 1840 s’est reproduit plusieurs fois au 20ème siècle, quand les sionistes ont commis des crimes à grande échelle en Palestine et au Liban – actes qui ont choqué les bonnes gens dans le monde entier et ont été unanimement condamnés. Mais à chaque fois, l’influence financière, médiatique et politique des sionistes a réussi à calmer la colère et à faire oublier ces crimes. A la place d’être punis, ces derniers ont été récompensés… par une importante aide financière et des réserves terrifiantes d’armes de pointe. Au lieu d’un unique Mohammed Ali au 19ème siècle…, ils ont trouvé une série de Mohammed Ali [au 20ème siècle].

Le meurtre [évoqué] a eu lieu à Damas, ville de tolérance et de paix. Des assassinats similaires ont eu lieu ailleurs dans le monde. Comment de tels actes peuvent-ils se produire quand on sait que les Juifs ne forment qu’une petite minorité au cœur des sociétés où ils vivent ? Comment ces sociétés ont-elle pu ignorer cette minorité saturée de haine ? … Peut-être l’atmosphère de tolérance instaurée par les Arabes musulmans est ce qui a permis aux Juifs de vivre en complète liberté dans les pays arabo-musulmans. Les Juifs connaissaient bien ces pays. Ils s’isolaient pour s’envelopper de mystère, de sorte que le monde musulman ne savait presque rien d’eux. Il n’est donc pas surprenant que Damas ait été choquée par ce crime répugnant. Mais elle a vite surmonté son ignorance [des Juifs]… et aujourd’hui chaque mère prévient [son fils] : " Fais attention à ne pas t’égarer loin de la maison, de peur que le Juif n’apparaisse, ne te fourre dans son sac, ne t’emporte et ne t’abatte pour extraire ton sang et l’incorporer à ses matsas de Sion [en référence aux matsot de Pâques]. " Les générations se sont transmis ce message de la ‘traîtrise des Juifs’.

[Ce faisant] un Etat s’est créé pour les Juifs à Al-Sham [la Grande Syrie]. L’inimitié juive a-t-elle disparu ou les préceptes du Talmud (avec tous leurs crimes et leurs déformations) continuent-ils de jouer leur rôle haineux contre l’humanité et les sociétés au sein desquelles les Juifs évoluent ? Les événements dans les territoires occupés prouvent, sans laisser place au doute, que ce qui se nomme ‘racisme sioniste’ n’est que la continuation affinée des préceptes talmudiques… [6]

En publiant ce livre, je compte apporter des éclaircissements sur certains secrets de la religion juive en [décrivant] les actions des Juifs, leur fanatisme aveugle et répugnant vis-à-vis de leurs croyances et la mise en œuvre des préceptes talmudiques compilés en Diaspora par leurs rabbins, lesquels ont trahi les principes de la foi juive (la loi religieuse du prophète Moïse), ainsi qu’il est rapporté dans le Coran [2 : 89]… " [7]

[1] Al-Hayat (Londres), le 15 mai 2002

[2] Consulter le site international des nouvelles révisionnistes d’historiens révisionnistes et de négationnistes de l’holocauste : http://64.156.139.229/wcotc/ritualmord/id39_m.htm. D’après ce site, l’ouvrage de M. Tlass a d’abord été publié en arabe en 1968, l’édition anglaise ayant paru en 1991.

[3] Une traduction française peut être achetée sur http://www.furat.com/bookdetails.cgt?bookid=4595

[4] Dans les notes d’introduction, M. Tlass mentionne plusieurs autres cas : " Un incident de ce type est survenu en Algérie au milieu du 18ème siècle. Les Juifs ont enlevé un enfant chrétien pour en extraire le sang, et en payant le gouverneur turc d’Algérie, ils ont réussi à étouffer l’affaire. " Un autre exemple : " Un enfant chrétien du nom d’Henri Abd El-Nour a été enlevé puis vidé de son sang. L’enquête a prouvé la culpabilité des Juifs, mais ces derniers ont acheté les dirigeants afin d’effacer les traces du crime ". Pour documenter ces cas, M. Tlass mentionne les Trésors du Talmud de Yousouf Hana Nasrallah, qui est en fait une traduction du fameux ouvrage antisémite du professeur Auguste Rohling, édité en 1871 et intitulé Der Talmudjude.

[5] La photo de la pierre tombale du prêtre dans la version de 1986 porte l’inscription suivante : " Les Juifs l’ont abattu ; [son corps] n’a pas été retrouvé entier… Ici reposent ce qui reste de ses ossements ".

[6] La version de 1983 affirme que " les enquêteurs ont dénoncé le crime ainsi que ses raisons cachées. Le gouverneur d’Al-Sham a décidé d’exécuter les criminels, mais à ce stade les pays étrangers et leurs consulats ont commencé à jouer un rôle majeur. Ces étrangers se sont divisé les zones d’influence. L’Autriche a entrepris de défendre les Juifs, la France les Catholiques… Tous se sont mis d’accord pour résoudre le problème à la juive, en apaisant les parties avec de l’argent. Les accusés ont été libérés de la prison de Damas et envoyés dans l’Egypte du Pacha Mohammed Ali… Quelques 150 ans se sont écoulés depuis ce crime, mais celui-ci n’a rien perdu de sa gravité, vu qu’avec le temps ce petit crime s’est développé en un plus grand crime et que le lien demeure entre les deux. "

[7] A la fin de son introduction, M. Tlass remercie son compagnon d’armes le Colonel Bassam Assali, " son bras droit dans la mise au point de l’ouvrage ". Il exprime ensuite l’espoir d’avoir rempli " en partie " son " devoir de dénoncer les activités historiques des ennemis de la nation. " Il conclut sur l’importance de la " souveraineté nationale ". Selon lui, l’impudence dont a fait preuve l’un des Juifs envers le président de la Cour syrienne n’aurait pu s’exprimer " sans l’influence des étrangers dans la Syrie de l’époque ". Il rappelle aux Arabes que " la souveraineté est indivisible " et qu’ " aucun étranger ne doit l’affecter. L’erreur calamiteuse de Sadate, qui a entraîné son assassinat, était de mépriser les droits nationaux du peuple égyptien et d’avoir vendu sa terre à Satan… Suite aux accords de Camp David, la souveraineté égyptienne est devenue partiale… "


Budapest/50e: Pour un Nuremberg du communisme (For a Nuremberg Trial of communism)

23 octobre, 2006
medium_staline.2.jpgUn des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
L’opinion publique est encore hélas très peu consciente des crimes commis par les régimes communistes totalitaires, et pour plusieurs raisons. Jamais les crimes commis au nom du communisme n’ont fait l’objet d’enquêtes ou de condamnations internationales, contrairement aux crimes commis par son jumeau « hétérozygote » selon l’expression de l’historien Pierre Chaunu, l’autre régime totalitaire du XXe siècle, le nazisme. L’absence de condamnation s’explique aussi en partie par l’existence de pays dont les gouvernements adhèrent toujours à l’idéologie communiste. Proposition de loi Carayon

Quel meilleur jour que ce 50e anniversaire du début de l’insurrection antisoviétique hongroise (qui vit l’engagement de 150 000 soldats russes armés de 6,000 chars et fit en 2 semaines quelque 2 500 victimes et 13 000 blessés – et… 3 morts à Paris dans la manif de "fachos" devant le siège du PCF!) pour reprendre l’appel de Stéphane Courtois (avec iaboc et "L’Homme nouveau") pour…"un Nuremberg du communisme"?

Le débat sur le procès du communisme est toujours d’actualité. Nous célébrons en 2006 le cinquantième anniversaire du soulèvement hongrois de 1956.

Paradoxale situation en France ou les lois mémorielles à sens unique barrent petit à petit le chemin vers le passé en réécrivant une histoire officielle dorée à la sauce contemporaine. La dernière loi en préparation sera celle condamnant pénalement ceux qui dénient le génocide arménien. Mémoire officielle contre liberté d’expression, tel serait le débat (faux-débat) d’aujourd’hui. Quoiqu’on en dise, il faut que l’expression sur le génocide arménien soit libre, totalement libre au risque de pourrir tout débat et de faire de l’Histoire en enjeu politique malsain. La France républicaine contemporaine est une créatrice de tabous, à l’instar des sociétés primitives. Couper la parole est l’exercice le plus symbolique du pouvoir d’Etat. Il est malheureusement une réalité cruelle.

Pour en revenir au communisme, l’écrivain Reynald Secher a publié un petit article dans le N° 1379 du journal catholique L’Homme Nouveau du 30 septembre 2006, plaidant pour un Nuremberg du communisme.

"Faut-il faire le Nuremberg du communisme ? La question peut sembler à première vue curieuse voire pour certains choquante. De nombreux gouvernants ne se réfèrent-ils pas encore à cette idéologie à l’heure ou des milliers de Chinois se pressent aux portes du Mausolée de Mao à l’occasion du trentième anniversaire de la mort du "Grand Timonier" ? C’est justement en raison de ce contexte, des arguments retenus pour la réhabilitation du communisme qu’il faut plus que jamais réflèchir sur cette question gravissime pour l’avenir. L’histoire est là ! Les faits sont connus. Relisons pour nous convaincre l’ouvrage remarquable sur ce sujet de Stéphane Courtois : Le livre noir du communisme. Au-delà de l’incroyable bilan humain, au moins cent millions de victimes (…), au-delà des traumatismes individuels, familiaux, économiques, etc., il ne faut pas oublier l’aspect ravageur au niveau planétaire de cette idéologie foncièrement perverse dont la force a toujours été une incroyable capacité d’adaptation quel que soit l’environnement. Si certains comme le Cambodge osent courageusement juger quelques-uns de ses bourreaux, si certains pays comme la Russie ont interdit ce parti, il n’en reste pas moins vrai que jamais on n’a osé juger le communisme comme on l’a fait pour le nazisme à Nuremberg. Si nous ne le faisons pas maintenant, avant qu’il ne soit trop tard ne serait-ce qu’en raison de la mort des derniers témoins oculaires, soyons sûrs que demain, certains pays seront tentés par de nouvelles expériences qui connaîtront les mêmes conséquences. Reste aussi le délicat problème des victimes jamais réhabilitées et des survivants. Auront-elles, elles aussi, le droit d’avoir leur mémorial ?"

Voir aussi:

le 17 novembre 2008N° 422_____ASSEMBLÉE NATIONALECONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

TREIZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 21 novembre 2007.

PROPOSITION DE LOI

visant à instituer une journée nationale d’hommage
aux victimes du communisme,

(Renvoyée à la commission des affaires culturelles, familiales et sociales, à défaut de constitution d’une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)

présentée par Mesdames et Messieurs

Bernard CARAYON, Yvan LACHAUD, Jean-Christophe LAGARDE, Benoist APPARU, Jean AUCLAIR, Brigitte BARÈGES, Jacques Alain BÉNISTI, Jean-Yves Besselat, Étienne BLANC, Claude BODIN, Philippe BOËNNEC, Marcel BONNOT, Valérie BOYER, Xavier BRETON, Bernard BROCHAND, Patrice CALMÉJANE, Joëlle CECCALDI-RAYNAUD, Édouard COURTIAL, Alain COUSIN, Olivier DASSAULT, Bernard DEBRÉ, Jean-Pierre DECOOL, Michel DIEFENBACHER, Dominique DORD, Gilles D’ETTORE, Marie-Louise FORT, Arlette FRANCO, Sauveur GANDOLFI-SCHEIT, Franck GILARD, Georges GINESTA, Claude GOASGUEN, François-Michel GONNOT, Jean-Pierre GORGES, François GROSDIDIER, Louis GUÉDON, Jean-Jacques GUILLET, Gérard HAMEL, Laurent HÉNART, Michel HERBILLON, Francis HILLMEYER, Charles de la VERPILLIÈRE, Marc LE FUR, Michel LEJEUNE, Jean-Louis LÉONARD, Lionnel LUCA, Richard MALLIÉ, Alain MARC, Thierry MARIANI, Jacques MYARD, Jean-Marc NESME, Philippe PEMEZEC, Didier QUENTIN, Jacques REMILLER, Francis SAINT-LÉGER, Bruno SANDRAS, Michel SORDI, Guy TEISSIER, Dominique TIAN, Christian VANNESTE, Patrice VERCHÈRE et Michel ZUMKELLER,

députés.

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Le 25 janvier dernier 2006, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), qui rassemble des parlementaires de quarante États européens, condamnait dans une résolution les violations massives des droits de l’homme commises par les régimes communistes totalitaires et rendait hommage aux victimes de ces crimes.

L’opinion publique est encore hélas très peu consciente des crimes commis par les régimes communistes totalitaires, et pour plusieurs raisons Jamais les crimes commis au nom du communisme n’ont fait l’objet d’enquêtes ou de condamnations internationales, contrairement aux crimes commis par son jumeau « hétérozygote » selon l’expression de l’historien Pierre Chaunu, l’autre régime totalitaire du XXe siècle, le nazisme. L’absence de condamnation s’explique aussi en partie par l’existence de pays dont les gouvernements adhèrent toujours à l’idéologie communiste.

Le communisme totalitaire appartient désormais à l’histoire. Des caractéristiques communes se dégagent des régimes communistes historiques quels que soient le pays, la culture ou la période.

Ces régimes ont été marqués, sans exception, par des violations massives des droits de l’homme. Ces violations incluaient les assassinats et les exécutions, qu’ils soient individuels ou collectifs, les décès dans des camps de concentration, l’organisation de famines, les déportations, la torture, le travail forcé et d’autres formes de terreur physique collective.

Ces crimes ont été justifiés par la théorie de la lutte des classes et le principe de la dictature du prolétariat. L’interprétation de ces deux principes rendait légitime « l’élimination » des catégories de personnes considérées comme nuisibles à la construction d’une société nouvelle et, par conséquent, comme ennemies des régimes communistes totalitaires.

La mémoire de ces crimes est destinée à éviter que des crimes similaires ne se produisent à l’avenir. Le jugement moral et la condamnation des crimes commis jouent un rôle important dans l’éducation donnée aux jeunes générations. Une position claire de la communauté internationale sur ce passé pourrait leur servir de référence pour leur action future.

Alors que des victimes des régimes communistes ou des membres de leurs familles sont encore en vie, il est temps de reconnaître leurs souffrances.

L’Europe continue son processus de réunification politique, économique, juridique. L’APCE a déclaré que la clarté de cette position ne peut que favoriser la poursuite de la réconciliation.

Aussi, cette proposition de loi vise à rendre un juste hommage aux victimes des régimes communistes en instituant une Journée nationale du souvenir. La date retenue est celle de la chute du Mur de Berlin, 9 novembre 1989.

PROPOSITION DE LOI

Article unique

Une journée nationale d’hommage aux victimes des régimes communistes est fixée le 9 novembre. Une cérémonie officielle a lieu chaque année à cette date à Paris. Les préfets organisent une cérémonie analogue dans chaque département.


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