Irak: Quand les journalistes deviennent… combattants! (When reporters become fighters)

19 juin, 2006
Watchyoursixx_1Pour le Vietnam, je plaide coupable. Je m’accuse d’avoir pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien (…) Je subissais l’influence écrasante de Sartre qui voyait dans toute critique de fond de la Russie soviétique une arme offerte aux réactionnaires et aux Américains. "Il ne fallait pas désespérer Billancourt". Pendant vingt ans, j’ai participé à cette scandaleuse timidité à l’égard de la Russie communiste, que je considérais comme la capitale de la gauche et de la révolution mondiale. Jean Lacouture ("Valeurs Actuelles", 13 novembre 1978)
Nous sommes du côté des Irakiens opprimés. Aucun Irakien ne nous enlèvera. (…) Nous sommes anti-impérialistes, anti-capitalistes, communistes. Les Irakiens n’enlèvent que les sympathisants américains, les ennemis des Américains n’ont rien à craindre. Giuliana Sgrena (correspondante de l’hebdo communiste Il Manifesto, avant son enlèvement)

Pendant que l’information orientée et la désinformation battent leur plein, notamment en Israël ou en Irak ou à Guantanamo, petit retour sur un excellent article de Ludovic Monnerat qui pointait l’an dernier (avec leurs contre-mesures du côté militaire et de la blogosphère) ces dérives toujours plus systématiques de nos … "journalistes-combattants".

Comme… nos Sgrena, Chesnot, Malbrunot, Aubenas, Enderlin, Pilger, Fisk, you name it ! Sans parler de leur utilisation toujours plus grande de petites mains locales (les fameux "fixers") qui, en Palestine par exemple, ont développé, on le sait, une véritable industrie, connue dans les milieux médiatiques sous le nom de… "Pallywood" !


Le deuxième aspect du phénomène réside en effet dans le militantisme flagrant de nombreux journalistes dépêchés sur les théâtres d’opérations militaires, et tout spécialement en Irak. Cette dérive date de l’époque du Vietnam, lorsque les rédactions ont découvert le pouvoir que les technologies de la communication leur donnaient, et l’ont parfois utilisé à des fins politiques ; plusieurs reporters de guerre, comme le Français Jean Lacouture, ont reconnu par la suite avoir davantage travaillé dans un sens militant que journalistique, et occulté certaines réalités déplaisantes du Nord-Vietnam pour accorder les comptes-rendus à leurs convictions. L’opinion antiguerre généralisée des reporters au Vietnam a été largement documentée, notamment par Peter Breastrup dans Big Story, ainsi que son effet sur la couverture médiatique.

La journaliste italienne Giuliana Sgrena en est un exemple. Elle s’est rendue en Irak pour « prendre le parti du peuple irakien opprimé » et en tant « qu’ennemie de l’Amérique », selon ses propres déclarations rendues publiques par un reporter hollandais. Pourtant, ses accusations apocalyptiques contre les forces armées US – largage de bombes au napalm sur des civils, torture et viols systématiques dans les rafles, ou encore massacre planifié à Falloujah – n’ont pas empêché ses propos d’être régulièrement repris dans la presse occidentale. Autre exemple : la correspondante de la BBC à Jérusalem, Orla Guerin. Rendue célèbre pour avoir fondu en larmes lors du dernier voyage de Yasser Arafat, elle pratique une ligne éditoriale pro-palestienne qui l’amène régulièrement à des distorsions majeures ; récemment, elle a ainsi déclaré qu’un projet immobilier à Jérusalem provoquerait la séparation de la Cisjordanie en deux parties, alors que les cartes démontrent précisément l’inverse. Sans qu’un correctif ne soit émis.

Ces entorses à la déontologie peuvent sembler anecdotiques. Elles sont pourtant révélatrices d’une tendance alarmante : sur plusieurs conflits majeurs de notre époque, une frange de reporters professionnels tentent délibérément d’influencer les perceptions du public en occultant ou en déformant la réalité. Ils deviennent ainsi des journalistes-combattants, des soldats de la persuasion, des belligérants de l’infosphère qui pèsent de tout leur poids sur l’issue du conflit. Entre les reporters intégrés aux unités militaires et ceux qui les combattent par le verbe et l’image, la place pour l’objectivité et la neutralité se réduit dangereusement. En poursuivant sur cette voie, les journalistes seront bientôt reconnus ouvertement comme des cibles légitimes dans un conflit armé. D’ailleurs, les groupes irréguliers et les réseaux terroristes les considèrent déjà ainsi dans le but de les manipuler, par une menace directe et permanente sur leur existence même.


Quand soldats-reporters et journalistes-combattants partent à la conquête des opinions publiques

21 mai 2005
Ludovic Monnerat

Les conflits contemporains nous confrontent à un rapprochement dangereux entre ces rôles distincts que sont la coercition armée et l’information du public. Avec le risque de subir des violences encore plus déstructurées.

Les conflits armés de notre époque ne se déroulent plus dans les mêmes espaces qu’aux siècles derniers. Le champ de bataille était jadis le point d’application de toutes les forces, le lieu où se décidait le sort des nations à travers leurs armées ; mais cet idéal militaire a été progressivement périmé par l’évolution technologique et son impact sur les êtres humains. D’une part, la révolution industrielle a introduit la production de masse et englobé l’économie de guerre dans les équations stratégiques, faisant ainsi du citoyen un rouage dans la production de puissance, susceptible d’être attaqué et anéanti. D’autre part, la révolution numérique a généré l’information de masse et intégré les opinions publiques aux décisions stratégiques, faisant ainsi du citoyen un rouage dans l’emploi de la puissance, susceptible d’être influencé et persuadé. Le combat n’est plus qu’un aspect des conflits.

«… La prolifération des soldats-reporters et des journalistes-combattants menace de déconsidérer toute information transmise au public, de noyer les faits dans le détail et la fiction. »

Les armées nationales ont mis du temps avant de cerner cet élargissement des champs de bataille aux sociétés toutes entières. Les échecs successifs de la France en Algérie, des Etats-Unis au Vietnam, de l’Union Soviétique en Afghanistan ou d’Israël au Liban sont largement imputables à une focalisation sur le succès militaire, sur la destruction des forces, au lieu d’une victoire politique et sociétale. Dans les conflits armés contemporains, il ne s’agit plus de vaincre les armées ennemies et de conquérir ou défendre le territoire, mais bien de vaincre les idées ennemies et de conquérir ou protéger les esprits. De nouveaux espaces conflictuels, comme l’infosphère et le cyberespace, se sont ouverts en marge du domaine physique. De nouveaux acteurs, comme les médias et les ONG, se sont lancés dans la lutte. Et les rôles traditionnels se rapprochent au point de se confondre.

Une confusion des rôles dommageable

Les armées nationales ont mis du temps avant de cerner cet élargissement des champs de bataille aux sociétés toutes entières. Les échecs successifs de la France en Algérie, des Etats-Unis au Vietnam, de l’Union Soviétique en Afghanistan ou d’Israël au Liban sont largement imputables à une focalisation sur le succès militaire, sur la destruction des forces, au lieu d’une victoire politique et sociétale. Dans les conflits armés contemporains, il ne s’agit plus de vaincre les armées ennemies et de conquérir ou défendre le territoire, mais bien de vaincre les idées ennemies et de conquérir ou protéger les esprits. De nouveaux espaces conflictuels, comme l’infosphère et le cyberespace, se sont ouverts en marge du domaine physique. De nouveaux acteurs, comme les médias et les ONG, se sont lancés dans la lutte. Et les rôles traditionnels se rapprochent au point de se confondre.

Le premier aspect du phénomène réside dans la multiplication exponentielle des contenus médiatiques produits par les armées, et ceci indépendamment de leur hiérarchie. La plupart des militaires occidentaux en mission à l’étranger emmènent leur téléphone portable, possèdent un appareil photo numérique et disposent d’un accès à Internet. Ils téléphonent ou écrivent à leur famille pour décrire leur quotidien, mais envoient également des photos prises par leurs soins ou partagées par leurs camarades, et de plus en plus souvent mettent textes et images sur le réseau via un weblog. Les autorités militaires peuvent tout au plus exercer un contrôle a posteriori pour éviter la violation des règles de sécurité : la technologie fournit aux soldats individuels une liberté d’expression sans précédent. Et donc la possibilité de l’utiliser pour transmettre des messages précis.

En Irak, une grande partie des soldats américains sont scandalisés par la couverture médiatique, notamment à domicile, de l’opération Iraqi Freedom. Ils considèrent que la focalisation sur les attentats et les violences déforme la réalité du pays, et surtout exclut leur point de vue et l’essentiel de leur action. Du coup, ils en sont venus de manière spontanée et dispersée à raconter leur histoire, à décrire leur quotidien, à montrer la normalité d’une existence où les attaques sont rares et où la population leur réserve souvent un bon accueil. Les « milblogs » se comptent aujourd’hui par centaines, et plusieurs d’entre eux reçoivent des milliers de visiteurs chaque jour. L’intérêt de leurs témoignages réside dans le fait que leurs auteurs ont l’immense avantage d’être idéalement placés pour décrire les activités des contingents militaires. Tout en étant juge et partie, impliqués par l’émotion et la mission dans les événements décrits.

Cet avènement des soldats-reporters est encore plus frappant lorsque l’on considère l’usage des supports audio-visuels. Il est devenu fréquent que des militaires individuels prennent des photos ou tournent des vidéos en cours de mission ; durant la seconde bataille de Falloujah, une compagnie de chars de l’US Army a ainsi rassemblé les images tournées par ses membres et monté un clip vidéo saisissant de 6 minutes, qui montre parfaitement le déroulement des combats – du seul point de vue américain. De tels produits sont librement disponibles sur Internet, et le progrès technologique est en passe de leur conférer une qualité professionnelle. En d’autres termes, de concurrencer les professionnels de l’information en utilisant des outils similaires, et même de contester leur influence sur les opinions publiques.

Le deuxième aspect du phénomène réside en effet dans le militantisme flagrant de nombreux journalistes dépêchés sur les théâtres d’opérations militaires, et tout spécialement en Irak. Cette dérive date de l’époque du Vietnam, lorsque les rédactions ont découvert le pouvoir que les technologies de la communication leur donnaient, et l’ont parfois utilisé à des fins politiques ; plusieurs reporters de guerre, comme le Français Jean Lacouture, ont reconnu par la suite avoir davantage travaillé dans un sens militant que journalistique, et occulté certaines réalités déplaisantes du Nord-Vietnam pour accorder les comptes-rendus à leurs convictions. L’opinion antiguerre généralisée des reporters au Vietnam a été largement documentée, notamment par Peter Breastrup dans Big Story, ainsi que son effet sur la couverture médiatique. Ce qui est nouveau, aujourd’hui, c’est que la multiplication des sources d’information facilite la détection de telles distorsions.

La journaliste italienne Giuliana Sgrena en est un exemple. Elle s’est rendue en Irak pour « prendre le parti du peuple irakien opprimé » et en tant « qu’ennemie de l’Amérique », selon ses propres déclarations rendues publiques par un reporter hollandais. Pourtant, ses accusations apocalyptiques contre les forces armées US – largage de bombes au napalm sur des civils, torture et viols systématiques dans les rafles, ou encore massacre planifié à Falloujah – n’ont pas empêché ses propos d’être régulièrement repris dans la presse occidentale. Autre exemple : la correspondante de la BBC à Jérusalem, Orla Guerin. Rendue célèbre pour avoir fondu en larmes lors du dernier voyage de Yasser Arafat, elle pratique une ligne éditoriale pro-palestienne qui l’amène régulièrement à des distorsions majeures ; récemment, elle a ainsi déclaré qu’un projet immobilier à Jérusalem provoquerait la séparation de la Cisjordanie en deux parties, alors que les cartes démontrent précisément l’inverse. Sans qu’un correctif ne soit émis.

Ces entorses à la déontologie peuvent sembler anecdotiques. Elles sont pourtant révélatrices d’une tendance alarmante : sur plusieurs conflits majeurs de notre époque, une frange de reporters professionnels tentent délibérément d’influencer les perceptions du public en occultant ou en déformant la réalité. Ils deviennent ainsi des journalistes-combattants, des soldats de la persuasion, des belligérants de l’infosphère qui pèsent de tout leur poids sur l’issue du conflit. Entre les reporters intégrés aux unités militaires et ceux qui les combattent par le verbe et l’image, la place pour l’objectivité et la neutralité se réduit dangereusement. En poursuivant sur cette voie, les journalistes seront bientôt reconnus ouvertement comme des cibles légitimes dans un conflit armé. D’ailleurs, les groupes irréguliers et les réseaux terroristes les considèrent déjà ainsi dans le but de les manipuler, par une menace directe et permanente sur leur existence même.

Il va de soi que les opinions contraires et les échanges d’idées sont à la base de la vie démocratique. Cela ne justifie pas une conquête des opinions publiques axée sur les perceptions partielles et biaisées. La prolifération des soldats-reporters et des journalistes-combattants menace de déconsidérer toute information transmise au public, de noyer les faits dans le détail et la fiction. Le fusil d’assaut et l’appareil photo forment un couple tout aussi antinomique que la carte de presse et celle du parti. Et les conflits de ce début de siècle seront encore plus déstructurés, chaotiques et incontrôlables, si nous sommes contraints de voir une arme potentielle dans chaque mot et chaque image.

Lt col EMG Ludovic Monnerat


Terrorisme: Aujourd’hui Gaza, demain Jérusalem! (Are we rewarding terrorism ?)

18 juin, 2006
Dumbassmuslims_2Les Israéliens se sont égarés quant à leurs relations avec les Arabes et plus particulièrement en ce qui concerne les objectifs de la guerre. Je reproche aux Israéliens – et j’entends par là le corps politique, par uniquement les dirigeants – de croire que la gestion du conflit est la meilleure chose à faire. (…) Au lieu de vaincre. Au cours des 15 dernières années, nous avons vu apparaître toute une série de propositions visant à gérer le conflit. Certaines d’entre elles sont devenues des politiques gouvernementales; un grand nombre sont de simples projets. Leur point commun, de la gauche à la droite, consiste à admettre que le conflit ne peut pas déboucher sur une victoire, qu’il peut seulement être géré. (…) Gagner une guerre (…) c’est (…) imposer sa volonté à l’ennemi.
Le retrait israélien du Liban, chassé par le Hezbollah, indiqua que les Palestiniens aussi pouvaient atteindre leurs objectifs sans négociations, sans marchandage avec l’ennemi. Simplement marteler avec opiniâtreté, tuer, attaquer, année après année, allait faire fuir les Israéliens. Les négociations, les accords, l’implication internationale – tout cela n’est pas nécessaire. Cet argument puissant fit son chemin dans les milieux palestiniens. (…) Lorsque les choses deviennent pénibles – au Liban ou à Gaza –, les Israéliens s’en vont. Cela indique que la violence fonctionne. Il est probable qu’elle sera utilisée de même à Jérusalem, à Haïfa et à Tel-Aviv.
Le monde arabo-musulman – de même que le monde musulman dans son ensemble, et peut-être plus encore – se trouve dans un état marqué par la colère, la dénégation, la fureur, l’extrémisme et le conspirationnisme et cela crée des problèmes pour le monde entier. C’est une menace pour nous tous, y compris pour les musulmans qui souhaitent adopter une vie moderne, civilisée.
Prenez un concept tel que le djihad, qui est absolument central pour la compréhension de la guerre contre la terreur – vous entendez ici des historiens de l’Islam, des experts religieux et d’autres encore déclarer presque sans exception que le djihad est un effort individuel d’amélioration morale – devenir plus prévenant, lutter pour les droits des femmes, contre l’apartheid. Ils évitent généralement de dire de quoi il s’agit vraiment, c’est-à-dire de la guerre servant à l’expansion du territoire sous contrôle musulman. C’est un concept très important et vers qui se tourne-t-on pour le comprendre? Pas vers les politiciens, ni vers les médias, mais bien vers les spécialistes. Et ils ont échoué, ils ont trahi leur profession par manque de franchise sur cette signification. C’est de la désinformation, de la dissimulation. Daniel Pipes

Alors que Gaza continue à s’enfoncer dans l’anarchie et que certains ne semblent pas trop s’en inquiéter, l’historien américain Daniel Pipes n’hésite pas, dans un récent entretien au Jerusalem Post (merci ajm), à appeler à la prudence.

Pour lui, le récent retrait israélien de Gaza ne peut, comme celui du Liban avant lui, qu’envoyer le mauvais message aux Arabes en général et aux Palestiniens en particulier, comme un encouragement à la violence et la preuve que le terrorisme paie.

Alors, qu’avertit-il et comme les Palestiniens semblent l’avoir compris eux, nous sommes en guerre et dans une guerre où il y aura nécessairement un gagnant et un perdant.

Et… pas seulement pour Israël !

Interview: «Je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe»

propos recueillis par Ruthie Blum

Jerusalem Post

9 juin 2006

Version originale anglaise: Interview: ‘I watch with frustration as the Israelis don’t get the point’

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Le mois dernier, alors qu’il recevait le prix du «Gardien de Sion» du Centre Ingeborg Rennert de l’université Bar-Ilan, l’auteur et expert du Moyen-Orient Daniel Pipes ne mâcha pas ses mots. Lors de son exposé prononcé à l’hôtel du Roi David devant une assemblée distinguée d’universitaires, de politiciens, d’hommes d’affaires et de représentants des médias, Pipes adopta une attitude qui, si elle traduisait certes une continuité avec son parcours récent, était à tout le moins fort peu conventionnelle. Elle s’éloignait en tout cas nettement du discours de pure forme constituant la substance des déclarations de foi envers l’État juif et sa capitale avancées par ses prédécesseurs. Plutôt que de mettre l’accent sur son affection sincère pour la terre et le peuple d’Israël, il donna un cours sur «les revendications des Musulmans sur Jérusalem».

Avec l’aisance d’expression et la fidélité aux données historiques qui sont les caractéristiques usuelles de ses écrits – parmi lesquels figurent un billet hebdomadaire dans les présentes colonnes –, Pipes exposa des preuves empiriques démontrant que chacune des revendications arabes sur «Al-Quod» n’est et n’a jamais été que purement utilitaire. Point à la ligne.

En d’autres termes, Pipes se révéla un Gardien de Sion et de Jérusalem non par le biais de déclarations d’affection, mais en réfutant les arguments fallacieux de ceux qu’il identifie, en des termes sans équivoque, comme les ennemis mortels d’Israël.

La cérémonie annuelle se distingua également de celles des années précédentes par un autre aspect – la tenue d’une séance de questions posées par l’auditoire à l’issue de l’exposé. De quoi épicer le diner de gala par la saveur d’un débat; quoique celui-ci fut plutôt dominé par l’accord serein régnant parmi les quelques centaines de personnes présentes que par le scepticisme ou l’hostilité. Et cela a certainement constitué une expérience inhabituelle pour Pipes, qui subit la critique constante de la gauche pour sa description sans fard des ambitions islamistes et son appel à prendre à partie les départements des études moyen-orientales des universités américaines – via le projet Campus Watch de son Forum du Moyen-Orient – pour ce qu’il estime être des fautes professionnelles.

Il n’a remporté aucun concours de popularité non plus auprès d’anciens alliés politiques et intellectuels de la droite – plus en tout cas depuis que les conservateurs partagèrent leurs opinions quant au bien-fondé du plan de désengagement unilatéral d’Ariel Sharon. Alors que les titulaires conservateurs de l’administration Bush – à l’image de nombreux partisans de Bush d’une manière générale – sont restés loyaux envers la politique du président américain et de l’ex-premier ministre israélien, d’autres, comme Pipes, ont sonné l’alarme à leur sujet.

Au cours d’une longue interview accordée au Jerusalem Post dans sa suite de l’hôtel du Roi David à la veille de la cérémonie de remise de prix, Pipes mit le doigt sur ce qu’il considère comme l’échec fondamental d’Israël, soit le passage d’une guerre visant la victoire à la simple gestion du conflit.

«Finalement, un camp l’emportera et l’autre perdra», dit-il, avec un léger haussement d’épaules et un ton feutré qui semble contraster avec le contenu de son message. «Il est si frappant de voir qu’Israël, un État moderne, sophistiqué, mondialisé, ne semble pas saisir cela. Très peu d’Israéliens sont conscients de la nécessité de vaincre. En tant qu’outsider, je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe.»

Avez-vous été surpris de recevoir cette distinction particulière?

Oui, c’était une surprise.

Pourquoi?

Et bien, les récipiendaires précédents sont des gens que j’admirais, et je ne pensais pas être vraiment des leurs. [Parmi les récipiendaires précédents figurent William Safire, Arthur Cohn, Ruth Wisse, Charles Krauthammer, Cynthia Ozick, Sir Martin Gilbert, A.M. Rosenthal, Herman Wouk et Elie Wiesel.]

Vous ne pensiez pas être «des leurs» ou vous ne partagiez pas leurs opinions sur Israël?

Ceux qui se sont vu décerner ce prix étaient, comme le titre l’indique, des «Gardiens de Sion» – en d’autres termes des défenseurs d’Israël. Cette description s’applique moins bien à ma position. S’il fallait la résumer, je dirais que je réprimande plutôt Israël.

Pourquoi «réprimandez»-vous Israël?

Les Israéliens se sont égarés quant à leurs relations avec les Arabes et plus particulièrement en ce qui concerne les objectifs de la guerre. Je reproche aux Israéliens – et j’entends par là le corps politique, par uniquement les dirigeants – de croire que la gestion du conflit est la meilleure chose à faire.

Au lieu de…?

Au lieu de vaincre. Au cours des 15 dernières années, nous avons vu apparaître toute une série de propositions visant à gérer le conflit. Certaines d’entre elles sont devenues des politiques gouvernementales; un grand nombre sont de simples projets. Leur point commun, de la gauche à la droite, consiste à admettre que le conflit ne peut pas déboucher sur une victoire, qu’il peut seulement être géré.

La clôture de sécurité est un bon exemple. Je suis pour. Il est évident qu’elle a – et aura d’autant plus à l’avenir, lorsqu’elle sera achevée – pour effet d’exclure du pays des candidats meurtriers. Mais un mur n’est pas une manière de remporter un conflit. Un mur est un élément tactique servant à se protéger, pas un dispositif stratégique permettant de gagner une guerre. Gagner une guerre exige de l’imagination, des perspectives, sur les moyens d’imposer sa volonté à l’ennemi. Car c’est là la signification classique de la guerre: imposer sa volonté à l’ennemi. Cela ne signifie pas le massacrer ou le paupériser, mais lui faire abandonner ses objectifs. Or cette notion est pour ainsi dire absente du débat politique israélien.

Vous dites que les Israéliens «se sont égarés» en matière de relations avec les Arabes. Cela implique un changement. De quand datez-vous ce glissement entre l’aspiration à la victoire et la simple gestion du conflit?

Un profond changement s’est opéré pendant la décennie séparant la guerre au Liban, en 1982, et les accords d’Oslo, en 1993.

La critique d’Israël est-elle la seule différence entre vous et les récipiendaires précédents du prix Rennert?

Non, il y en a une autre. Je me concentre sur les Musulmans plutôt que de défendre Israël. Je ne m’attarde pas sur le boycott britannique des universités israéliennes ou sur le parti-pris contre Israël régnant aux Nations unies. Je ne justifie pas Israël. Je sors du cadre usuel en ce sens que j’observe Israël essentiellement du point de vue palestinien, arabe, musulman. Mon travail consiste bien moins à défendre Israël qu’à suivre la Syrie, les Palestiniens, etc.

Existe-t-il vraiment un «point de vue» arabe? Après tout, il y a dans le monde une telle variété de pays arabes et musulmans.

Il y a parmi eux un très grand nombre de différences et d’exceptions, mais je pense que, d’une manière générale, il est possible de distinguer un point de vue schématique commun, oui.

Dans ce cas, quel est la conception arabe de l’imposition de sa volonté à l’ennemi?

À mes yeux, ce conflit opposant Israël et les Arabes est défini en termes d’objectifs de guerre. L’objectif de guerre d’Israël consiste à se faire accepter par ses ennemis arabes, notamment par les Palestiniens. Cela signifie ne plus faire usage de la force – ou de quelconques autres moyens – en vue d’éliminer l’État juif. L’objectif de guerre arabe, à l’inverse, consiste à éliminer l’État d’Israël. Je vois cela de manière binaire – en noir en blanc. Un camp gagne, l’autre perd. Aucun compromis ne peut intervenir. Oslo fut une grande expérience dans ce sens, et elle se solda par un échec. En fin de compte, un camp impose sa volonté à l’autre.

Maintenant, si les Arabes imposent leur volonté aux Israéliens, il n’y aura plus d’État juif souverain. Il pourrait y avoir une population juive vivant sous le règne palestinien ou arabe. Ou il se pourrait que les Juifs fuient le pays. Il se pourrait aussi qu’ils soient tués. Mais il n’y aurait plus d’État juif souverain.

Si les Israéliens l’emportent, alors les Arabes, à contrecœoeur, admettraient que la présence d’Israël est un fait permanent. Ils n’auraient pas pour autant à commercer avec lui ou à promouvoir l’enseignement de l’hébreu dans leurs écoles – ce serait là des choses très positives, mais pas indispensables. Une paix froide, en quelque sorte, pourrait faire l’affaire. Mais, contrairement à la situation actuelle avec l’Égypte, il faut une réelle acceptation.

Il est si frappant de voir qu’Israël, un État moderne, sophistiqué, mondialisé, ne semble pas saisir cela. Très peu d’Israéliens sont conscients de la nécessité de vaincre. En tant qu’outsider, je suis dépité de voir que les Israéliens ne comprennent pas ce qui se passe.

Et les Palestiniens?

Les Palestiniens, qui n’ont pas atteint les mêmes niveaux de sophistication, ont paradoxalement bien compris que leur objectif consiste à vaincre.

Dans quelle mesure cette situation est-elle liée à des pressions de Washington?

J’ai été régulièrement surpris depuis maintenant une quinzaine d’années du peu d’importance que Washington a pu revêtir dans les décisions fondamentales des Israéliens. En schématisant ces relations, nous voyons que jusqu’à la guerre de 1967, Washington n’exerça que peu de pression diplomatique sur Israël, car il n’y avait personne avec qui négocier dans le camp arabe. Mais ensuite, au beau milieu de la guerre des Six-Jours, le président Lyndon B. Johnson formula les grandes lignes d’une politique d’échange de terre contre la paix qui, des décennies plus tard, continue d’inspirer la diplomatie américaine sur la question du conflit israélo-arabe.

Cette attitude prit du relief avec l’entrée en fonctions [du président égyptien Anouar] El-Sadate et la diplomatie qui s’ensuivit, particulièrement en 1973.

Puis, durant une vingtaine d’années, une tension constante divisa Washington et Jérusalem. Washington recommandait à Jérusalem de se jeter à l’eau et Jérusalem répondait avec prudence, soulignant que les Arabes disaient une chose en arabe et une autre en anglais – qu’ils n’étaient pas sincères.

Cette tension finit par se dissoudre en 1993, lorsque le gouvernement israélien, alors mené par [le premier ministre] Yitzhak Rabin, déclara finalement: «D’accord les États-Unis, vous avez raison. Tentons l’expérience.»

Depuis lors, il n’y a plus guère eu de problèmes, si ce n’est quelques tensions sans gravité et passagères sous [le premier ministre Benjamin] Netanyahu.

Le degré d’accord entre Washington et Jérusalem a été remarquable, de même que l’esprit d’initiative israélien. Trois exemples: les accords d’Oslo ont été conclus à Oslo, et non à Washington, afin que les Américains n’en soient pas directement informés. Au terme des mandats [du premier ministre] Ehud Barak et [du président américain] Bill Clinton, en janvier 2001, le premier incita le second à présenter un arrangement qui réglerait finalement la question, à Taba. Et il y eut le revirement [du premier ministre Ariel] Sharon à propos de Gaza, en novembre 2003.

Qu’en est-il de l’«occupation»? Quel est son rôle dans tout ceci?

La notion d’occupation est très chère au cœoeur des Palestiniens, à tel point que les gestes concrets d’Israël, même le retrait total de Gaza, n’ont ici aucune importance – ils affirment que l’occupation continue. Les Israéliens tentent de «désoccuper» en termes de monnaie, d’infrastructure et à bien d’autres égards, et les Palestiniens déclarent: «Non, nous sommes votre beau-fils non désiré, et vous êtes le nôtre.»

Ils découvrirent que ce terme, ihtilal (occupation), est très utile, tant à domicile que sur la scène internationale.

Quel est donc l’objectif ultime des Palestiniens – un État ou l’élimination d’Israël?

Oh, sans aucun doute l’élimination d’Israël. C’est-à-dire qu’il existe un consensus beaucoup plus large sur ce point que sur la notion d’un État palestinien. Souvenons-nous que le projet de transformer la région contrôlée par Israël en une Syrie du sud était le moteur de la politique arabe du début des années 1950. Puis vinrent les beaux jours du nationalisme panarabe, à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Aujourd’hui, le Hamas aspire à un État islamique dont les frontières n’ont pas à suivre celles de la Palestine mandataire. Toutes ces ambitions concordent sur la nécessité d’éliminer Israël, mais elles divergent quant à ce qui devrait le remplacer.

On parle beaucoup du danger de déstabilisation qui menacerait les régimes d’Égypte et de Jordanie à la suite du chaos régnant au sein de l’autorité palestinienne. Dans ce cas, pourquoi ces pays collaborent-ils plus activement avec l’AP qu’avec Israël?

La cause palestinienne constitue un défi délicat pour la plupart des dirigeants arabes. C’est un thème qu’ils abordent à leurs risques et périls, car il peut avoir pour conséquence de compromettre leurs régimes depuis l’extérieur. Alors, ils traitent la question avec beaucoup de précautions. La plupart des dirigeants arabes, surtout ceux de Jordanie et d’Égypte, souhaitent mettre un terme à ce conflit. En fait, dans les deux cas, leurs prédécesseurs tentèrent de s’en retirer en signant des accords de paix formels avec Israël.

Pourquoi échouèrent-ils?

Dans les deux cas, la population a dit non. Celle-ci avait donné un mandat à son gouvernement, disant «vous autres dirigeants êtes chargés de promouvoir l’antisionisme».

Lorsque les dirigeants trahirent ce mandat en signant des accords de paix formels – l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994 –, la réaction populaire fut «nous vous retirons notre mandat; nous prenons les choses en main».

Et nous assistons alors à un regain d’animosité populaire envers Israël.

J’ai vécu en Égypte pendant trois ans avant la signature de l’accord de paix avec Israël, et Israël n’y constituait guère un thème de discussion. Les Égyptiens ne lançaient pas de boycotts économiques contre des entreprises qui traitaient avec Israël ou dont la rumeur disait qu’elles envoyaient des fonds à Israël. Aucune chanson populaire ne célébrait la haine d’Israël. Les caricatures politiques étaient certes désobligeantes envers Israël, mais uniquement politiquement, pas religieusement.

J’en conclus que nous assistons à un sentiment anti-israélien beaucoup plus profond après 1979 que dans la période précédente. Le même phénomène est présent en Jordanie, où le roi signa un accord particulièrement chaleureux avec Israël, ce à quoi la population répondit par «Non! Nous ne ferons pas de commerce avec Israël. Nous n’aurons aucune autre forme de contact avec Israël.»

Que faut-il en penser?

Que, contrairement à une opinion répandue – selon laquelle les gouvernements arabes alimentent l’hostilité contre Israël pour distraire à bon compte l’attention de leurs propres insuffisances –, la question israélienne est ancrée dans la base même de la population, et cela les inquiète. Nous l’avons vu par exemple pendant les violences de la fin 2000, début 2001, lorsque des manifestations massives se déroulèrent dans les rues arabes et que les gouvernements réagirent avec une grande circonspection. Un premier ministre a bien mené une manifestation en signe de solidarité, mais avec une nervosité évidente.

Que pensez-vous des actions récentes des gouvernements égyptien et jordanien?

Ils ont commencé à revenir à leurs rôles d’avant 1967 – l’Égypte à Gaza et la Jordanie en Cisjordanie. Ils n’exercent d’aucune manière le contrôle dont ils jouissaient avant le 5 juin 1967, mais à présent, avec le retrait d’Israël et l’arrivée au pouvoir du Hamas, les deux gouvernements sont très préoccupés par ce qui se passe dans leurs anciens territoires.

De nombreux Israéliens qui approuvaient le désengagement de Gaza disent que le succès du retrait est visible dans le chaos – voire la guerre civile – qui règne maintenant au sein de l’AP, entre le Hamas et le Fatah.

Je ne suis pas de cet avis. Premièrement, je ne vois aucune relation de cause à effet entre le retrait israélien et l’anarchie de l’AP, laquelle débuta longtemps auparavant. J’en ai documenté les signes depuis le mois de février 2004 dans un blog intitulé «The Growing Palestinian Anarchy» (L’anarchie croissante de l’Autorité palestinienne).

Deuxièmement, je ne suis pas si sûr que ces troubles profitent à Israël. Dans le court terme, l’attention est détournée d’Israël. Mais à long terme, les forces déchaînées pourraient fort bien nuire à Israël.

Troisièmement, ce n’est certainement pas la bonne manière de juger de l’impact du retrait. Celui-ci doit être évalué du point de vue israélien, selon qu’il a eu, ou non, une influence positive sur les intérêts et la sécurité des Israéliens. Je dirais qu’il y a de solides raisons d’affirmer que ce n’est pas le cas.

Y a-t-il une relation de cause à effet entre le retrait israélien du Liban et les événements qui conduisirent au désengagement de Gaza?

J’en ai la certitude. Il y a des éléments de preuve. D’abord, un certain nombre de déclarations de dirigeants palestiniens révélèrent qu’ils ont été influencés par le retrait israélien de mai 2000. Ensuite, cela justifiait l’usage de violence par les Palestiniens. Ce dernier point nécessite quelques informations de fond.

Le grand débat des Palestiniens ne concerne pas les objectifs; l’élimination d’Israël est un objectif consensuel parmi 80% de la population palestinienne, et les 20% restants n’ont guère voix au chapitre. Le débat qui occupe ces 80% depuis deux décennies porte sur la meilleure manière de traiter Israël.

L’OLP préconise de négocier. Et regardez tous les avantages qu’elle put se procurer à force de déclarations mensongères et de garanties creuses: elle obtint l’Autorité palestinienne, une ébauche de force militaire, un soutien mondial accru et bien d’autres choses.

Ce à quoi le Hamas réplique que l’OLP s’est avilie, a perdu de vue son objectif et trahi la pureté de la cause. C’est là que se situe le cœur du débat parmi les Palestiniens.

Dans cette lumière, le retrait israélien du Liban, chassé par le Hezbollah, indiqua que les Palestiniens aussi pouvaient atteindre leurs objectifs sans négociations, sans marchandage avec l’ennemi. Simplement marteler avec opiniâtreté, tuer, attaquer, année après année, allait faire fuir les Israéliens. Les négociations, les accords, l’implication internationale – tout cela n’est pas nécessaire. Cet argument puissant fit son chemin dans les milieux palestiniens.

Comment cela?

La première manifestation se fit jour à peine deux mois plus tard, en juillet 2000 à Camp David. En dépit des offres tout à fait extraordinaires de Barak, Yasser Arafat non seulement répondit non, mais ne fit aucune contre-proposition. Je veux dire par là qu’il a été forcé par le gouvernement américain à se rendre sur place. Alors, il fit une apparition. Mais il refusa tout ce qui lui était proposé, et les négociations s’écroulèrent. Deux petits mois plus tard, les violences débutèrent – inspirées en grande partie par le Hezbollah. Ces violences revêtaient des formes très différentes de celles qui avait été pratiquées auparavant: notamment celle de l’attentat-suicide à l’explosif, une tactique du Hezbollah, et l’utilisation de vidéos pour encourager les candidats à l’attentat-suicide, qui témoignent de leur projet, ou qui montrent ensuite le lieu de l’attentat. Ainsi, le Hezbollah donnait le ton, au niveau tant tactique que stratégique. Il montrait aux Palestiniens comme procéder.

Comment cela a-t-il influencé le retrait de Gaza?

Le slogan palestinien dominant était «Aujourd’hui Gaza, demain Jérusalem».

Il est incontestable qu’ils considéraient le retrait israélien de Gaza comme la justification de l’usage de la force. Et je serais bien en peine de les contredire, car il me semble évident que sans les violences de Gaza, l’armée israélienne et les civils israéliens seraient toujours là-bas. Ils quittèrent les lieux uniquement en raison des attentats.

Et la Cisjordanie?

La même explication vaut dans ce cas aussi. S’il y a un retrait en Cisjordanie, c’est parce que la situation y est trop délicate. Lorsque les choses deviennent pénibles – au Liban ou à Gaza –, les Israéliens s’en vont. Cela indique que la violence fonctionne. Il est probable qu’elle sera utilisée de même à Jérusalem, à Haïfa et à Tel-Aviv.

Comment la Maison Blanche aurait-elle réagi après le discours du président Bush du 24 juin 2002 si Sharon s’était rendu à Washington et, au lieu de proposer le désengagement, avait demandé que l’AP soit traitée comme un ennemi qu’il fallait vaincre militairement dans le cadre de la guerre contre la terreur?

C’eut été difficile à plaider. Depuis 1993, la politique américaine sur le conflit israélo-arabe est restée fondée sur l’idée que les Palestiniens et les Israéliens sont des «partenaires pour la paix» – que leur guerre appartient au passé et qu’il s’agit maintenant de fixer les modalités d’une résolution. Ainsi, les actions que le gouvernement américain entreprend à l’encontre des talibans ou d’Al-Qaida deviennent erronées, illégitimes et contreproductives si elles sont envisagées par Israël contre les Palestiniens. L’Amérique est en guerre, alors qu’Israël est en train de faire la paix.

Le gouvernement américain devrait être interpelé à ce niveau, sur le ton du «non, M. le président, nous ne sommes pas en paix; nous sommes en guerre, exactement comme vous l’êtes. Nous avons tenté de négocier, mais ces efforts ont échoué. De même que le gouvernement américain est engagé dans une guerre asymétrique, où l’immensité des États-Unis est déployée contre Al-Qaida, Israël, toutes proportions gardées, est déployé contre l’OLP, le Hamas, le Djihad islamique.»

Mais les dirigeants israéliens n’ont pas plaidé cette cause, car elle ne s’inscrit pas dans leurs visions. Au lieu de cela, Sharon approuva Bush sur les principes et le désapprouva en fait largement sur le fond, ce qui constituait une approche raisonnable – et cela a marché.

Je me suis élevé contre le discours du 24 juin, qui me semblait venir récompenser le terrorisme. Mais je comprends que le premier ministre israélien préfère éviter les différends avec le président des États-Unis. Alors, il dit «bonne idée!», au discours comme à la carte routière, puis il procéda comme il l’entendait. Moi-même, en tant qu’analyste américain de politique étrangère, je n’avais pas à faire cela.

En tant qu’analyste américain de politique étrangère, comment expliquez-vous la division apparue parmi les néoconservateurs en ce qui concerne la politique israélienne de retraits unilatéraux des territoires?

J’attribue cette division à Sharon et à son changement d’opinion. Vu son parcours personnel et sa position de premier ministre, il jouissait d’une grande crédibilité au sein de la droite. Lorsqu’il fit sa pirouette d’une attitude à l’autre – passant du refus du retrait unilatéral à son soutien –, beaucoup de gens l’accompagnèrent. En substance, ils lui dirent «Arik, tu comprends tout cela mieux que moi, tu vois les choses plus en profondeur – je te suis.»

Le monde arabe peut-il se démocratiser?

Oui. Il n’y a rien dans l’ADN arabe qui soit anti-démocratique.

Le voyez-vous réussir une telle transformation?

C’est possible, mais cela prendra du temps. Beaucoup de choses doivent changer. Le problème fondamental est que les Musulmans arabophones ont éprouvé de très grandes difficultés à gérer la vie moderne, et accusent les autres d’être à l’origine de leurs problèmes. Ils évitent toute introspection et ne sont ni productifs ni constructifs dans leur autocritique. Le rapport 2002 des Nations unies sur le développement dans le monde arabe constitue une exception notable. Mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans un désert de conspirationnisme où il faudra que de profonds changements interviennent.

De profonds changements dans l’Islam vous voulez dire? Une sorte de Réformation?

La réforme religieuse est certainement très importante, mais des changements seront nécessaires aussi hors de la sphère religieuse. Il faut un sens de la responsabilité individuelle. Une tentative vers plus d’introspection, d’interrogation sur la nature des vrais problèmes.

Il y a des exemples positifs. Ainsi, le dirigeant de Dubaï, cheikh Muhammad Bin Rashed Al Maktoum, a récemment publié un livre intitulé Ma vision. Cela mérite l’attention, car il a bel et bien accompli quelque chose. Il resta à l’écart de toute idéologie et parvint à obtenir une réussite économique. Et cela à force d’intelligence et de bonnes pratiques.

Mais ces éléments positifs sont rares et dispersés. Le monde arabo-musulman – de même que le monde musulman dans son ensemble, et peut-être plus encore – se trouve dans un état marqué par la colère, la dénégation, la fureur, l’extrémisme et le conspirationnisme et cela crée des problèmes pour le monde entier. C’est une menace pour nous tous, y compris pour les Musulmans qui souhaitent adopter une vie moderne, civilisée.

Pensez-vous qu’ils constituent une menace démographique «pour nous tous»?

La croissance démographique musulmane est surprenante. Mais nous avons toutes les raisons de penser qu’elle est temporaire. L’Europe passa par une phase d’explosion démographique à une étape de son développement, puis sa démographie se stabilisa et elle est actuellement en train de chuter. Un certain nombre de pays musulmans traversent déjà une période de déclin démographique.

Et la population musulmane d’Europe?

C’est une autre histoire. Les femmes européennes ont en moyenne quelque chose comme 1,4 enfant, alors que le seuil de stabilité se situe à 2,1. En d’autres termes, un tiers de la population nécessaire ne vient pas au monde. Ce tiers est remplacé en majeure partie par des immigrants, essentiellement en provenance de pays musulmans, proches, ou avec qui il existe une histoire coloniale ou dont les habitants sont particulièrement désireux de se rendre en Europe pour fuir les troubles de leur propre pays. Les Européens ne maîtrisent pas vraiment ce phénomène. Ils ne prennent pas la peine d’examiner les moyens de s’adapter à leur déficit démographique ou de déterminer quels immigrants ils souhaitent accueillir.

En décembre 2002, un mois après les élections en Turquie, vous assistiez à la Conférence Herzliya, où vous avez été sermonné en raison de votre pessimisme à la vue de la montée en puissance du parti islamiste. Quelle tour prennent les choses en Turquie?

Un tour défavorable, surtout dernièrement. [Le premier ministre turc Recep Tayyip] Erdogan se révèle être un politicien habile, perspicace et prudent, qui favorise la progression des ambitions islamistes. Qu’il s’agisse des affaires étrangères, du système judiciaire, du rôle de l’armée, des relations avec les États à majorité musulmane ou encore de la position de la Turquie sur l’échiquier régional – l’influence islamiste est primordiale.

La grande question relative à la Turquie est de savoir si Erdogan et ses collègues se considèrent comme opposés à la révolution d’Atatürk – comme les cadre du mouvement anti-Atatürk – ou s’ils sont disposés à travailler au sein de la structure léguée par Atatürk.

Je ne peux pas affirmer avec certitude qu’ils sont des révolutionnaires, que leur objectif consiste à bouleverser le système. Mais cela semble plus plausible que le contraire, et de plus en plus à mesure que le temps passe.

Campus Watch est un autre de vos projets. Vous avez été accusé de pratiquer une chasse aux sorcières universitaire, de vous attaquer à la libre circulation des idées dans les hautes écoles.

Campus Watch se concentre sur les études moyen-orientales aux États-Unis et au Canada et sur ce que nous percevons comme l’échec de cette entreprise, comme l’explicite le livre de Martin Kramer Ivory Towers on Sand (Tours d’ivoire bâties sur le sable). Nous critiquons le travail indépendant, l’extrémisme et l’imposition d’opinions politiques aux étudiants. Et en signalant cela à l’attention du public, nous espérons obtenir deux résultats: premièrement, que les spécialistes du Moyen-Orient deviennent plus prudents; et deuxièmement, que les universités assurent davantage de diversité intellectuelle.

Nous avons eu beaucoup de succès avec le premier objectif – nous avons constaté à maintes reprises que les spécialistes sont conscients de la présence de Campus Watch et font preuve de plus de circonspection. Nous n’avons en revanche pas fait le moindre progrès dans le deuxième domaine – les nominations sont encore très déséquilibrées.

Comment avez-vous réussi dans le premier domaine?

En attirant l’attention sur les problèmes des études moyen-orientales. Par exemple, notre travail révéla les excès lamentables des études moyen-orientales à l’université de Columbia et nous avions remarqué Juan Cole, le professeur très en vue actuellement en raison de sa possible nomination à l’université de Yale.

Les études moyen-orientales diffèrent-elles des autres domaines universitaires à cet égard?

Non. Elles sont parfaitement représentatives de nombreuses branches des sciences sociales et humaines, qu’il s’agisse des études latino-américaines, de l’anthropologie ou de la littérature anglo-saxonne. Nous nous penchons sur le Moyen-Orient parce qu’il possède une notoriété que n’ont pas d’autres branches. Prenez un concept tel que le djihad, qui est absolument central pour la compréhension de la guerre contre la terreur – vous entendez ici des historiens de l’Islam, des experts religieux et d’autres encore déclarer presque sans exception que le djihad est un effort individuel d’amélioration morale – devenir plus prévenant, lutter pour les droits des femmes, contre l’apartheid. Ils évitent généralement de dire de quoi il s’agit vraiment, c’est-à-dire de la guerre servant à l’expansion du territoire sous contrôle musulman. C’est un concept très important et vers qui se tourne-t-on pour le comprendre? Pas vers les politiciens, ni vers les médias, mais bien vers les spécialistes. Et ils ont échoué, ils ont trahi leur profession par manque de franchise sur cette signification. C’est de la désinformation, de la dissimulation. C’est cela que nous critiquons.

Dans son discours de janvier 2005, après sa victoire, le président de l’AP Mahmoud Abbas déclara que le temps du «petit djihad était achevé et que le grand djihad [allait] commencer» – la signification de cette déclaration donna lieu à un débat animé en Israël. Certains analystes locaux dirent que le «petit djihad» était la guerre et que le «grand djihad» désignait une élévation spirituelle intérieure. Diriez-vous qu’ils faisaient de la désinformation?

Pas dans ce cas précis. Le terme djihad a une signification secondaire provenant du soufisme et qui, en effet, désigne un effort personnel d’amélioration morale. Mais lorsqu’il est utilisé dans la sphère publique – dans la bouche d’Oussama Ben Laden ou dans les déclarations du Djihad islamique –, il fait en principe référence à la guerre d’extension du territoire musulman.

Voyez-vous se dessiner une situation dans laquelle nous pourrions assister à un revirement, en Israël et en Occident, passant de la gestion des conflits à la poursuite de la victoire sur l’ennemi?

Je ne sais pas. Parfois, je suis optimiste et je pense que les échecs répétitifs dus au renoncement à la victoire vont finir par inciter les gens à comprendre ce phénomène. D’un autre côté, je vois à quel point les politiques peuvent rester mal inspirées, années après année.

Étiez-vous optimiste de cette manière après le 11 septembre? Pensiez-vous que cet événement allait «inciter les gens à comprendre ce phénomène»?

Oui, je l’étais, avec «united we stand» (tous unis) pour slogan de l’époque, avec le sentiment de détermination, la volonté de défaire le régime des talibans. Alors, je ne m’attendais pas du tout à la division 50–50 qui s’est installée entre-temps aux États-Unis, entre ceux qui comprennent que nous sommes en guerre et ceux qui nous voient engagés dans une glorieuse opération policière.

Mais en constatant cette division aujourd’hui, après avoir vu les réactions qui suivirent les attentats à la bombe de Madrid en 2004, ceux de Londres en 2005 et d’autres actions terroristes de grande envergure, je ne suis plus surpris.

Voir aussi:

Interview: ‘I watch with frustration as the Israelis don’t get the point’

Ruthie Blum
Jerusalem Post
June 9, 2006

(…)

What do you "lambaste" Israel for?
Israelis have lost their way when it comes to relations with the Arabs, and more specifically, when it comes to war goals. I criticize Israelis – and I mean the body politic, not specifically the leadership – for thinking that management of the conflict is the best that can be done.

As opposed to…?
As opposed to winning. Over the course of the past 15 years, one has seen a host of proposals on how to manage the conflict. Some of these proposals became government policy; many others are simply proposals. What they have in common, from Left to Right, is that they see this conflict as unwinnable, as merely manageable.

The security fence is a case in point. I am for it. Clearly, it has had – and in the future, when it’s completed, will have even more – the effect of keeping out would-be murderers. But a wall is not the way to win a conflict. A wall is a tactical mechanism to protect oneself, not a strategic way of winning a war. Winning a war requires imagination – perspective – to impose your will on your enemy. That is classically what victory means: imposing your will on your enemy. It doesn’t mean massacring or impoverishing the enemy, but causing him to give up his goals. This notion is virtually absent from Israeli political discussion.

You say that Israelis have "lost their way" in relation to the Arabs. This implies a shift. When do you see this shift from aiming to win the conflict to merely managing it as having taken place?
A profound shift took place during the decade between the 1982 war in Lebanon and the 1993 Oslo Accord.

Is criticizing Israel the only difference between yourself and prior Rennert award winners?
No, there is another. I focus on Muslims rather than defend Israel. I don’t spend time on the British boycott of Israeli universities, or on the bias against Israel at the United Nations. I don’t justify Israel. I don’t fit the pattern in the sense that I look at Israel primarily from the Palestinian, Arab, Muslim point of view. My work involves not so much the defense of Israel as looking at Syria, the Palestinians, etc.

Is there really such a thing as an Arab "point of view?" After all, there are so many different Arab and Muslim countries in the world.
There are enormous numbers of differences and exceptions among them, but I think in general one can draw a broad outline of a viewpoint, yes.

So, from an Arab point of view, what constitutes the imposition of will on an enemy?
I understand this conflict between Israel and the Arabs to be defined by war goals. Israel’s war goals consist of winning the acceptance of its Arab enemies, in particular that of the Palestinians. Acceptance means no longer using force – or other means, for that matter – to eliminate the Jewish state. The Arab war goals, conversely, are to eliminate the Jewish state. I see this as binary – as black and white. One side wins, one side loses. Compromise cannot take place. Oslo was a grand experiment in compromise, and it failed. In the end, one side imposes its will on the other.

Now, if the Arabs impose their will on Israelis, it means there will be no sovereign Jewish state. There could be a Jewish population living under Palestinian or other Arab rule. Or it could be that the Jews flee. It could be that they’re murdered. But there’s no more sovereign Jewish state.

Should the Israelis win, the Arabs acknowledge, however grudgingly, that Israel’s there and is a permanent fact of life. They don’t have to have trade with it, or sponsor Hebrew classes in their schools – these would be nice things, but they’re not necessary. A cold peace, as it were, would work. But unlike the one with Egypt, there truly must be acceptance.

What’s so striking is that Israel, which is a modern, sophisticated, globalized country, seems not to understand this. Very few Israelis are aware of the need to win. As an outsider, I watch with frustration as the Israelis don’t get the point.

And the Palestinians?
The Palestinians, who have not scaled the same sophisticated heights, ironically, do understand that their goal is to win.

How much of this is connected to pressure from Washington?
I have been struck for 15 years now by how Israelis make their own destiny with little reference to Washington. Looking at the relationship schematically, until the 1967 war, Washington exerted little diplomatic pressure on Israel, for there was no one to negotiate with on the Arab side. But then, even in the midst of the Six Day War, president Lyndon B. Johnson had formulated the outline of the land-for-peace policy that all these decades later still drives US diplomacy toward the Arab-Israeli conflict.

This became more real when [Egyptian President Anwar] Sadat took office and with the diplomacy that did ensue, especially in 1973.

For the next 20 years, constant tension divided Washington and Jerusalem. Washington advised Jerusalem to take the plunge, and Jerusalem responded with caution, pointed out that the Arabs say one thing in Arabic and another in English – that they are not sincere.

This tension finally dissolved in 1993, when, under [prime minister] Yitzhak Rabin, the Israeli government said, in effect, "OK, United States, you’re right. Let’s give it a try."

Since then, there basically has been no tension, other than modest, temporary strains under [prime minister Binyamin] Netanyahu.

The degree of agreement between Washington and Jerusalem has been remarkable, as has been Jerusalem’s initiative. Consider three examples: The Oslo Accord was done in Oslo, not in Washington, to keep the Americans from knowing about it. At the tail end of [prime minister] Ehud Barak’s and [US president] Bill Clinton’s time in office, in January 2001, the former pushed the latter to come up with some arrangement that would finally settle matters at Taba. And there was [prime minister Ariel] Sharon’s change of heart concerning Gaza in November 2003.

What about "occupation"? What is its role in all of this?
The Palestinians hold the notion of occupation dear to them, to the point that no matter what Israel does – even withdraw forces completely from Gaza – they say the occupation continues. Israelis are trying to "un-occupy," in terms of currency, utilities and much else, and the Palestinians are saying, "No, we’re your unwanted stepchild, and we’re yours."

They found that this word, ihtilal (occupation), is a very useful one, domestically and internationally.

What is the ultimate Palestinian war goal, then, statehood or the elimination of Israel?
Oh, definitely the elimination of Israel. That is to say, there is far wider agreement on this than on the notion of a Palestinian state. Recall that making the region Israel controls into southern Syria drove Arab politics in the early 1950s. Then came the heyday of Pan-Arab nationalism in the late 1950s and early 1960s. Today, Hamas strives for an Islamic state whose boundaries need not be those of Mandatory Palestine. All of these outlooks agree on the need to eliminate Israel but disagree on what should replace it.

There is much talk now about the regimes in Egypt and Jordan being in danger of destabilization as a result of the chaos in the Palestinian Authority. If so, why are these countries more actively siding with the PA than with Israel?
The Palestinian cause is a challenge to most Arab leaders – something they ride at their peril. It has a potential to challenge their regimes from the outside. So they handle the issue with great caution. Most Arab leaders, especially those of Jordan and Egypt, would like to end this conflict. Indeed, in both cases, their predecessors tried, by signing formal peace agreements with Israel, to pull out.

Why did that not succeed?
In both cases, the population said no. They had given their proxy to their governments and said, "Here, leaders, you’re in charge of anti-Zionism."

When the leaders betrayed them by signing formal peace agreements – Egypt in 1979 and Jordan in 1994 – the popular reaction was, "We’re taking back our proxy; we’ve got to do this ourselves."

You see a ratcheting up in popular attitudes toward Israel.

I lived in Egypt for three years before the signing of the peace agreement with Israel, and Israel was hardly ever a topic. Egyptians did not engage in economic boycotts of firms that were dealing with Israel or rumored to be sending money to Israel. No songs celebrated hatred of Israel. Political cartoons were nasty toward Israel, but just politically, not religiously.

I conclude that we see a far deeper anti-Israel sentiment in the post-1979 period than before then. The same goes for Jordan, where the king signed a particularly warm agreement with Israel, the popular reaction to which was, "No! We will not have trade. We will not have other forms of contact with Israel."

What does this imply?
That, contrary to common perception – according to which Arab governments foment trouble with Israel as a cheap way of diverting attention from their own malpractices – the issue of Israel is a grass-roots issue that scares them. We witnessed this, for example, during the violence of late 2000-early 2001, when massive demonstrations took place on Arab streets and the governments dealt with them very gingerly. A prime minister might head a demonstration in a show of solidarity, but he was clearly nervous about it.

Any comments on the actions of the Egyptian and Jordanian governments lately?
They have begun to revert to their pre-1967 roles – Egypt in Gaza and Jordan in the West Bank. They exert nothing like the control they enjoyed before June 5, 1967, but both governments now – with Israelis pulling back and Hamas surging in power – are nervously concerned with what’s taking place in their former territories.

Many Israelis who favored disengagement from Gaza say that the success of the withdrawal can be seen in the chaos – perhaps civil war, even – now taking place in the PA between Hamas and Fatah.
I disagree. First, I see no causal effect between the Israeli withdrawal and the anarchy in the PA – which began much earlier. I documented it from February 2004 in a blog titled "The Growing Palestinian Anarchy."

Second, I’m not altogether sure that this violence benefits Israel. Short-term, there’s a diversion of attention away from Israel. But long-term, the forces unleashed now might well harm Israel.

Third, this surely is not the way to judge the withdrawal, which needs to be assessed from Israel’s point of view on the basis of whether it has enhanced Israeli interests and security or not. I’d say there are strong reasons to claim it has not.

Is there a causal relationship between Israel’s withdrawal from Lebanon and the events leading up to disengagement from Gaza?
I definitely think there was. There are a few pieces of evidence. First, a number of statements by Palestinian leaders indicated how deeply they were influenced by the Israeli withdrawal in May 2000. Second, it vindicated the Palestinian use of violence. This requires some background.

The great debate among Palestinians is not over goals; the elimination of Israel is a consensus goal among 80 percent of the Palestinian population, while the other 20% has no voice. The debate among that 80% for two decades has been how best to deal with Israel.

The PLO answer is to engage it. Look at all the benefits it won by making fraudulent statements and giving empty assurances: It got the Palestinian Authority, a proto-military force, greater world support and so forth.

To which Hamas replies that the PLO has degraded itself, lost its purpose and betrayed the purity of the cause. This has been the key debate among Palestinians.

In this light, the Israeli withdrawal from Lebanon, driven by Hizbullah, signalled that Palestinians, too, can achieve their goals without negotiations, without trucking with the enemy. Just relentlessly hammer away, kill, attack, year after year, and the Israelis will take flight. There’s no need for negotiations, for agreements, for international involvement. This powerful argument resonated in Palestinian circles.

How so?
The first manifestation of this came just two months later, in July 2000 at Camp David. Despite Barak’s quite extraordinary offers, Yasser Arafat not only said no, but he did so without making any reciprocal offers. I mean, he was pressured to go there by the US government. And he showed up. But he said no to everything, and the talks collapsed. Two short months later, the violence began – violence in good part inspired by Hizbullah tactics – a very different form of violence from what had been seen before: particularly the suicide bombing, a Hizbullah tactic, and the use of videos to build up the would-be suicide bomber giving testimonial, or then showing the actual scene of the attack. So, whether tactical or strategic, Hizbullah set the pace. Showed the Palestinians how to do it.

How did this affect the withdrawal from Gaza?
The dominant Palestinian slogan last summer was, "Today Gaza, tomorrow Jerusalem."

There’s no question that they saw the Israeli withdrawal from Gaza as a vindication of their use of force. I’d be hard-pressed to gainsay them, because it’s quite clear to me that had there not been violence in Gaza, the Israeli military and the Israeli civilians would still be there. They only left because of the violence.

And the West Bank?
The same applies there. Should there be a withdrawal there, too, it’s because it became too difficult. When things get painful – whether in Lebanon or Gaza – Israelis leave. That sends a signal that violence works. It presumably will be applied in Jerusalem, Haifa and Tel Aviv as well.

How would the White House have responded after President Bush’s June 24, 2002 speech, had Sharon gone to Washington and, instead of proposing disengagement, requested that the PA be treated as an enemy that had to be defeated militarily as part of the war on terror?
It would have been a hard sell. US policy towards the Arab-Israeli conflict, since 1993, has been premised on the idea that since 1993, Palestinians and Israelis are "partners for peace" – that their war is over and it’s now a matter of finding the modalities of a resolution. Therefore, the sort of things that the US government does vis-à-vis the Taliban or al-Qaida are wrong, illegitimate and counterproductive for Israel to pursue vis-à-vis the Palestinians. America is at war, while Israel is making peace.

The US government would have to be addressed on this level, something along the lines of, "No, Mr. President, we’re not at peace; we’re at war, just like you are. We tried negotiations, but they failed. Just as the US government is engaged in an asymmetric war, where the vastness of the US is arrayed against al-Qaida, so, too, in a lesser disproportion, Israel is arrayed against the PLO, Hamas, Islamic Jihad."

But Israeli leaders did not make the case, because it is not their view. Instead, Sharon agreed with Bush in principle and actually disagreed a lot on the ground – which was a reasonable approach, and it did work.

I came out against that June 24th speech, which I thought rewarded terrorism. But I understand that the Israeli prime minister would rather not tangle with the US president. So he said, "Good idea" – both with this and the roadmap – and then implemented his own way. I, as an American foreign policy analyst, don’t need to do that.

As an American foreign policy analyst, how do you explain the split among the neoconservatives regarding the Israeli policy of unilateral territorial withdrawals?
I attribute the split to Sharon and his change of views. Given his personal history and his being prime minister, he had a lot of credibility on the Right. As he made his pirouette from one outlook to another – from opposing unilateral withdrawal to favoring it – a lot of people went with him. Basically, they said to him, "Arik, you understand this more deeply than I, and you see it further than I do, so I’m following you."

Can the Arab world democratize?
Yes. There’s nothing in the Arab DNA that is anti-democratic.

Do you see it making such a transformation?
Possibly, but it will take a long time. A lot of things have to change. The basic problem is that the Arabic-speaking Muslims have had a great deal of difficulty in coping with modern life, and blame others for their problems. They’re not introspective and not productive and constructive in their self-criticism. A notable exception would be the UN’s Arab Human Development Report of 2002 – which made one take note. But it’s such a wisp in the overall conspiratorial mindset, which requires profound changes taking place.

Profound changes in Islam, you mean? Like some kind of reformation?
Religious reformation is certainly very important, but changes are also needed outside the religious sphere. A sense of taking responsibility for themselves. An attempt to be introspective, to figure out what the problems are.

There are positive examples. The ruler of Dubai, Sheikh Muhammad Bin Rashed Al Maktoum, has recently come out with a book titled My Vision, for instance. He’s of note, because he actually achieved something. He stayed away from ideology and built an economic success story. He did this through intelligence and good practices.

But such positive elements are few and far between. The Arabic-speaking Muslim world – as the Muslim world as a whole, perhaps even more so – is in a state of anger, denial, fury, extremism and conspiracism that creates problems for the entire world. It’s a threat to us all, including to those Muslims who want to live a modern, civilized life.

Do you think that they’re demographically "a threat to us all?"
The Muslim demographic upsurge is striking. But there’s every reason to see it as temporary. Europe went through a huge population burst at a point in its development, then had a demographic levelling and is now experiencing collapse. A number of Muslim countries are already going through a demographic decline.

And the Muslim population in Europe?
That’s a different story. European women have an average of something like 1.4 children, when 2.1 is what’s necessary for continuity. In other words, one-third of the needed population is never born. That one-third is primarily being replaced by immigrants from predominantly Muslim countries which are nearby, with which there are colonial relationships, or which are particularly eager to get to Europe because of troubles in their own countries. Europeans are not really coming to terms with this phenomenon. They do not bother to figure out how to adapt to their population deficit or to decide which immigrants they want.

In December 2002, a month after the Turkish elections, you attended the Herzliya Conference, where you were chided for being pessimistic about the rise to power of the Islamist party. How do things look now in Turkey?
Things look bad, especially of late. [Turkish Prime Minister Recep Tayyip] Erdogan is turning out to be a skilled, savvy, cautious politician who is moving to promote the Islamist agenda. Whether it be foreign policy, the judiciary, the role of the military, relations with majority-Muslim states or Turkey’s regional standing, the Islamist influence is paramount.

The great question about Turkey is whether Erdogan and his colleagues see themselves as countering the Ataturk Revolution – as being the anti-Ataturk cadres – or whether they’re willing to work within the Ataturk structure.

I can’t say for sure that they’re revolutionaries, that their goal is to upend the system. But it certainly seems more likely than not, and more so with time.

Another one of your projects is Campus Watch. You have been accused of being an academic witch-hunter where the free flow of ideas in the universities is concerned.
Campus Watch is specifically concerned with Middle East studies in the United States and Canada, and what we perceive on the basis of Martin Kramer’s book, Ivory Towers on Sand, to be the failure of this enterprise. We criticize the substantive work, the extremism and the imposition of political views on students. And we hope that by bringing this to the attention of the general public, two positive results will follow: First, that Middle East specialists will be more cautious; and second, that universities will make sure that there’s more intellectual diversity.

We’ve been quite successful in the former, where we see repeatedly specialists being aware of Campus Watch and being more cautious. We have not even begun to have any achievement in the latter area, where appointments are still very much skewed.

How have you been successful in the former?
By attracting attention to problems with Middle East studies. For example, our work uncovered the wretched excesses of Middle East studies at Columbia University and we initially noted Juan Cole, the professor now much in the public eye because of his possible move to Yale.

Do Middle East studies differ from other academic areas in this respect?
No. They are perfectly representative of many social science and humanities fields, whether it be Latin American studies or anthropology or English literature. We focus on the Middle East because it has a prominence other areas lack. Take a concept like jihad, which is central to understanding the war on terror, and you hear historians of Islam, religious specialists or others, almost without exception saying that jihad is moral self-improvement – becoming a better colleague; working on behalf of women’s rights; working against apartheid. They are generally unwilling to state what it really is, which is warfare that expands Muslim control of land. This is a very important concept, and whom does one turn to for an understanding of it? Not to politicians, not to the media, but to specialists. And they have failed, betrayed their profession, by not being candid as to what this means. This is disinformation and dissimulation. It is what we criticize.

When, in his victory speech in January 2005, PA chairman Mahmoud Abbas said the period of the "little jihad has ended, and now the big jihad is beginning," there was much debate in Israel as to the meaning of his statement. Some local Middle East analysts said that "little jihad" was warfare, and that "big jihad" meant internal spiritual ascension. Are you saying they were spreading disinformation?
Not in this case. A secondary meaning of the word jihad comes from Sufism and means, in fact, moral self-improvement. But, when used in the public sphere – when Osama bin Laden uses it, or in statements by Islamic Jihad – it normally refers to warfare to extend Muslim control.

Do you envision a situation in which there will be a reverse shift – in Israel and elsewhere in the West – from managing conflicts to imposing victory on the enemy?
I don’t know. Sometimes I’m optimistic and think that the unending failures of not striving for victory will eventually lead someone to figure this out. On the other hand, I see how mistaken policies can go on year after year.

Were you optimistic in this way on 9/11? Did you believe it was the event that would "lead someone to figure this out?"
Yes, I was, with "united we stand" being the slogan of that period, and with the sense of resolve, the willingness to undo the Taliban regime. The 50-50 division in the United States now between those who understand we are at war and those involved in a glorified police operation was not something I expected.

But now, having seen that division, and having seen what happened after the 2004 Madrid train bombings, the 2005 London bombings and other major terrorist incidents, I’m no longer surprised.


Islam: Un contre-sionisme aussi virulent que… sans fondement! (It’s counter-zionism, stupid!)

17 juin, 2006
Dome_2
 
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2006/06/7a2ad-muslems-praying2.jpg?w=449&h=305
Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le dôme célèbre aussi l’Islam triomphant, au centre d’une ville majoritairement chrétienne et à forte communauté juive. Le dôme aurait ainsi mis en valeur la victoire de l’Islam, complétant la révélation des deux autres religions monothéistes, et aurait permis à l’état nouveau de rivaliser en magnificence avec les grands sanctuaires chrétiens de Jérusalem et de Syrie. Plusieurs arguments appuient cette interprétation : la taille du dôme, sa position théâtrale dans la ville et son ancien revêtement brillant, de céramiques à fond d’or prouvent qu’il était fait pour être vu de loin. De plus, son plan centré, donne l’impression que le monument irradie dans toutes les directions, concourant également à un effet scénique. (…) Le choix du lieu lui-même est extrêmement symbolique : lieu sacré juif, où restent encore des ruines des temples hérodiens, laissé à l’abandon par les chrétiens pour marquer leur triomphe sur cette religion, il est à nouveau utilisé sous l’Islam, marquant alors la victoire sur les Chrétiens et, éventuellement, une continuité avec le judaïsme. (…)  Enfin, l’historien Al-Maqdisi, au Xe siècle, écrit que le dôme a été réalisé dans la but de dépasser le Saint-Sépulcre, d’où un plan similaire, mais magnifié. De cette analyse on a pu conclure que le dôme du Rocher peut être considéré comme un message de l’Islam et des Umayyades en direction des chrétiens, des Juifs, mais également des musulmans récemment convertis (attirés par les déploiements de luxe des églises chrétiennes) pour marquer le triomphe de l’Islam. Wikipedia
Ce n’est pas le lieu vers lequel ils se dirigent pour prier, son nom n’est pas mentionné une seule fois dans leurs prières, et elle n’est liée à aucun événement de la vie de Mahomet. La cité n’a jamais été la capitale d’un État souverain musulman, et elle n’en a jamais constitué un centre culturel ou universitaire. Fort peu d’initiatives politiques islamiques notables y trouvèrent leur origine.
Jérusalem et Sion apparaissent aussi fréquemment dans le Coran «que dans la Bhagavad Gita hindoue, le Tao te King taoïste, le Dhammapada bouddhiste et le Zend Avesta de Zarathoustra» – c’est-à-dire tout simplement pas.  Daniel Pipes

Enième confirmation de cette irrépressible propension à la rivalité mimétique dont est faite notre histoire, l’Orient serait-il condamné, après l’Europe avec son Alsace-Lorraine et l’Asie avec son Taiwan, à avoir lui aussi… sa Jerusalem ?

Sinon, comment expliquer cet aussi étrange que fascinant regain d’une sorte de contre-sionisme musulman qui semble se renforcer au moment même où la réalité du sionisme originel devient d’autant plus incontestable que nombre de juifs laïcs s’en désintéressent ?

C’est en tout cas l’impression que l’on retire de cette remarquable analyse que l’historien américain Daniel Pipes a publiée en 2001 dans le Middle East Quarterly et résumée tout récemment dans le New York Sun (merci ajm).

Et d’autant plus remarquable qu’on y découvre qu’à l’instar de ces domes recouvrant non seulement les sites des temples juifs mais censés aussi dépasser le dome du Saint Sépulcre, ce phénomène remonte en fait à… l’origine même de l’islam!

Ainsi, une ville dont la fondation précède celle de la religion musulmane de quelque deux millénaires se retrouve, tout au long de son histoire et entre de longues périodes d’oubli et d’abandon, régulièrement réinvestie et instrumentalisée par cette dernière soit par attirance pour les Juifs (alors majoritaires à Médine), soit par rivalité tour à tour avec La Mecque, les Chrétiens ou les Juifs à nouveau.

Et ce d’ailleurs jusqu’à – ultime sacrilège ! – en modifier (du moins dans ses traductions)… les pages sacrées du Coran qui hélas ne la mentionnaient pas.

Les revendications des Musulmans sur Jérusalem
Daniel Pipes
Middle East Quarterly
septembre 2001

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Le deuxième sommet de Camp David et l’«intifada Al-Aqsa» qui s’ensuivit vinrent confirmer ce que tout le monde savait depuis longtemps: Jérusalem constitue le problème le plus épineux auquel s’achoppent les négociations entre Arabes et Israéliens.

La question est en partie d’ordre pratique: les Palestiniens tiennent à ce que la capitale d’Israël devienne également celle de leur futur État, une chose que les Israéliens éprouvent beaucoup de peine à accepter. Mais le problème est surtout de nature religieuse: cette cité historique possède des lieux sacrés pour les Juifs comme pour les Musulmans (et pour les Chrétiens, naturellement, mais les Chrétiens actuels ne font pas valoir de droits politiques sur Jérusalem), et tous deux revendiquent avec insistance la souveraineté sur leurs lieux saints respectifs, lesquels se recoupent en partie.

À Jérusalem, les revendications théologiques et historiques ont de l’importance. Elles constituent l’équivalent des actes notariés de la ville et exercent une influence directe et concrète sur les événements. Les liens juifs et musulmans avec la cité nécessitent donc une évaluation.

Comparaison des revendications religieuses

Les attaches liant les Juifs à Jérusalem sont anciennes et puissantes. Le Judaïsme fit de Jérusalem une ville sainte il y a plus de trois mille ans et les Juifs lui restèrent fidèles durant toute cette période. Les Juifs prient dans sa direction, mentionnent son nom constamment dans leurs prières, terminent la Pâque par la déclaration nostalgique «l’an prochain à Jérusalem» et évoquent la ville en rendant grâce après chaque repas. La destruction du Temple pèse lourdement sur la conscience juive; sa commémoration revêt plusieurs formes, telles qu’une journée de deuil, des maisons dont une partie est laissée inachevée, le maquillage ou la parure des femmes volontairement incomplets et un verre brisé pendant les cérémonies nuptiales. De plus, Jérusalem a joué un rôle historique majeur, elle est l’unique capitale des Juifs et la seule cité habitée en majorité par des Juifs pendant l’ensemble du siècle passé. Pour reprendre les termes de son maire actuel, Jérusalem représente «la pure expression de tout ce pourquoi les Juifs ont prié, rêvé, pleuré et rendu l’âme depuis les deux mille ans qui nous séparent de la destruction du deuxième Temple».

Qu’en est-il des Musulmans? Quelle est la place de Jérusalem dans l’Islam et dans l’histoire des Musulmans? Ce n’est pas le lieu vers lequel ils se dirigent pour prier, son nom n’est pas mentionné une seule fois dans leurs prières, et elle n’est liée à aucun événement de la vie de Mahomet. La cité n’a jamais été la capitale d’un État souverain musulman, et elle n’en a jamais constitué un centre culturel ou universitaire. Fort peu d’initiatives politiques islamiques notables y trouvèrent leur origine.

La comparaison suivante est très révélatrice à cet égard: Jérusalem apparaît 669 fois et Sion (qui signifie habituellement Jérusalem, et parfois la terre d’Israël) 154 fois dans la Bible juive, soit 823 fois au total. La Bible chrétienne mentionne Jérusalem 154 fois et Sion 7 fois. En revanche, comme le relève le chroniqueur Moshe Kohn, Jérusalem et Sion apparaissent aussi fréquemment dans le Coran «que dans la Bhagavad Gita hindoue, le Tao te King taoïste, le Dhammapada bouddhiste et le Zend Avesta de Zarathoustra» – c’est-à-dire tout simplement pas.

Cette ville étant aussi clairement de peu d’importance religieuse pour eux, pourquoi les Musulmans lui accordent-ils tant d’attention, au point qu’un sionisme musulman semble sur le point de faire surface dans le monde musulman? Pourquoi les manifestants palestiniens arpentent-ils les rues en criant «Nous verserons notre sang pour toi, Jérusalem» et pourquoi leurs condisciples jordaniens s’exclament-ils «Nous sacrifions notre sang et notre âme pour Al-Aqsa»? Pourquoi le roi Fahd d’Arabie Saoudite exhorte-t-il les Musulmans à protéger «la ville sainte appartenant à tous les Musulmans de par le monde»? Pourquoi deux sondages réalisés auprès de Musulmans américains révèlent-ils que Jérusalem constitue la question de politique étrangère la plus cruciale à leurs yeux?

Les raisons en sont politiques. Un survol historique montre que l’impact de la cité et des émotions qu’elle suscite auprès des Musulmans croît régulièrement lorsqu’elle revêt une grande importance politique. Inversement, lorsque l’utilité de Jérusalem s’amoindrit, son statut et les passions qu’elle incarne pâlissent à l’unisson. Ce phénomène apparut pour la première fois du vivant du prophète Mahomet, au début du VIIe siècle, et il se répéta à cinq reprises par la suite: à la fin du VIIe siècle, pendant les Croisades du XIIe et du XIIIe siècles, sous le règne britannique (1917–1948) et depuis qu’Israël prit le contrôle de la ville en 1967. Cette régularité, qui s’impose sur une période aussi longue, fournit une perspective déterminante pour juger de la confrontation actuelle.

I. Le prophète Mahomet

Selon les sources littéraires arabes, Mahomet quitta son domicile de La Macque en l’an 622 pour rejoindre Médine, une cité habitée par une large proportion de Juifs. À son arrivée à Médine, voire quelque temps auparavant, le Coran adopta un certain nombre d’usages susceptibles d’éveiller la sympathie des Juifs: un jeûne semblable à celui du Yom Kippour, un lieu de prière ressemblant à une synagogue, la permission de consommer des denrées casher et l’autorisation d’épouser des femmes juives. Mais le plus important fut que le Coran modifia la coutume préislamique des Mecquois de prier en direction de la Ka’ba, le petit édifice de pierre situé au centre de la principale mosquée de La Mecque. Il adopta alors l’usage des Juifs, qui font face au Mont du Temple, à Jérusalem, pendant la prière (en fait, le Coran ne définit cette direction que par le mot «Syrie»; d’autres informations permettent cependant d’affirmer qu’il s’agissait bien de Jérusalem).

Cette prescription, la première qibla (direction des prières), ne dura pas très longtemps. Les Juifs critiquèrent la nouvelle foi et rejetèrent les gestes d’amitié des Musulmans; et peu après, le Coran annula ceux-ci, probablement au début de l’an 624. L’explication de cette brusque modification apparaît dans un verset coranique enjoignant aux croyants de ne plus prier face à la Syrie, mais à nouveau en direction de la Mecque. Le passage (2:142-52) commence par anticiper les questions soulevées par ce revirement soudain [NdT: je ne me réfère pas ici à une traduction particulière du Coran, et n'ai pour seul souci que la clarté du propos]:

Les insensés parmi les hommes diront: «Qui les (les Musulmans) a détournés de leur qibla?»

Ce à quoi Dieu répond:

Nous n’avons institué la qibla vers laquelle tu te tournes que pour distinguer ceux qui suivent le messager (Mahomet) de ceux qui tournent les talons [sur l'Islam].

En d’autres termes, la nouvelle qibla servait à distinguer les Musulmans des Juifs. Dès lors, la Mecque serait et resterait la direction des prières:

Nous t’orientons maintenant vers la qibla qui te sied. Tourne donc ta face vers la Mosquée sacrée [de La Mecque]. Où que vous soyez, tournez-vous dans cette direction.

Le Coran réitère ensuite l’injonction de ne plus prêter attention aux Juifs:

Quand bien même tu leur montrerais tous les signes, les gens du Livre [les Juifs] ne se tourneraient pas vers ta qibla.

Les Musulmans acceptèrent ainsi le fait, contenu implicitement dans l’explication du Coran, que l’adoption temporaire de Jérusalem au titre de qibla constituait une tactique visant à faire des convertis parmi les Juifs. «Il choisit le Temple sacré de Jérusalem afin de se concilier les Gens du Livre [les Juifs]», note al-Tabari, commentateur musulman du IX–Xe siècle, «et les Juifs s’en félicitèrent.» Des historiens modernes confirment cet avis: W. Montgomery Watt, l’un des principaux biographes de Mahomet, interprète les «importantes concessions à la sensibilité juive» de Mahomet à la lumière de deux motifs, l’un étant «le désir de réconciliation avec les Juifs».

Après que le Coran ait renié Jérusalem, les Musulmans firent de même: la première description de la ville sous le règne musulman nous vient de l’évêque Arculf, un pèlerin gaulois qui visita l’endroit en 680 et indiqua y avoir vu «une maison de prière oblongue qu’ils [les Musulmans) avaient assemblés sur quelque ruine à l'aide de piédroits et de grandes poutres». Jérusalem devint un coin perdu, et ce ne fut pas la dernière fois.

Cet épisode allait en effet se répéter à maintes reprises au cours des siècles: les Musulmans ne s'intéressèrent à Jérusalem que sous la pression d'événements temporaires. Puis, lorsque les préoccupations en question quittaient le devant de la scène, Jérusalem faisait de même, perdant très vite son rang et son aura.

II. Les Umayyades

Le deuxième regain d'intérêt pour Jérusalem se situe pendant le règne de la dynastie des Umayyades (661-750) de Damas. En 680, un leader dissident de La Mecque, Abdullah b. az-Zubayr, déclencha contre les Umayyades une révolte qui allait durer jusqu'à sa mort, en 692; dans le cadre de cette lutte, les Umayyades tentèrent d'agrandir la Syrie aux dépens de l'Arabie (et peut-être aussi de contribuer à recruter une armée qu'ils opposeraient à l'Empire byzantin). Ils prirent quelques mesures en vue de sanctifier Damas, mais leur campagne se concentra surtout sur ce que Amikam Elad, de l'université hébraïque, appelle un «énorme» effort «visant à exalter et à glorifier» Jérusalem. Ils ont peut-être même espéré en faire l'égale de La Mecque.

Le premier souverain des Umayyades, Mu'awiyya, décida de se faire proclamer calife à Jérusalem; lui et ses successeurs firent réaliser une série de constructions – des édifices religieux, un palais et des routes – dans la cité. Les Umayyades nourrissaient probablement l'espoir de faire de Jérusalem leur capitale politique et administrative; Elad est en tout cas d'avis qu'ils la traitèrent comme telle. Mais Jérusalem est avant tout une ville religieuse et, comme l'explique le chercheur israélien Izhak Hasson, «le régime des Umayyades tenait à conférer une atmosphère islamique à son centre et principal bastion». À cette fin (ainsi que pour affirmer la présence de l'Islam dans sa compétition avec le Christianisme), le calife des Umayyades y fit construire la première grande réalisation architecturale islamique, le Dôme du Rocher, à l'emplacement du Temple juif, de 688 à 691. Ce bâtiment remarquable est non seulement le premier grand monument sacré de l'Islam mais aussi le seul qui subsiste de nos jours sous une forme proche de l'original.

La prochaine démarche des Umayyades fut subtile et complexe; pour bien la comprendre, nous devons ici revenir à un passage du Coran (17:1) décrivant le «voyage nocturne» (isra') de Mahomet au paradis:

Gloire à Lui qui, de nuit, transporta son serviteur de la Mosquée sacrée à la mosquée la plus éloignée (Subhana allathina asra bi-‘abdihi laylatan min al-masjidi al-harami ila al-masjidi al-aqsa).

Lorsque ce verset fut révélé, vers 621, il existait déjà un endroit nommé la Mosquée sacrée (al-masjid al-haram), à La Mecque. En revanche, la «mosquée la plus éloignée» (al-masjid al-aqsa) n'était qu'une tournure de phrase, et non un lieu précis. Les premiers Musulmans y virent une métaphore ou un endroit du paradis. Et si la «mosquée la plus éloignée» existait alors sur terre, ce n'était très vraisemblablement pas en Palestine, pour de nombreuses raisons. En voici quelques-unes:

Ailleurs dans le Coran (30:1), la Palestine est nommée «la terre toute proche» (adna al-ard).

La Palestine n'avait alors pas encore été conquise par les Musulmans et ne comportait pas la moindre mosquée.

La «mosquée la plus éloignée» fut semble-t-il identifiée comme se trouvant à l'intérieur de l'Arabie: à Médine, ou dans une ville nommée Ji‘rana, à une quinzaine de kilomètres de La Mecque, que le prophète visita en 630.

Les premières descriptions de Jérusalem par des Musulmans, telles que le récit de la visite du calife 'Umar, juste après la conquête de la ville, en 638, n'identifient d'aucune manière le Mont du Temple à la «mosquée la plus éloignée» du Coran.

Les inscriptions coraniques formant une frise en mosaïque de 240 mètres de longueur dans le Dôme du Rocher n'incluent pas le verset 17:1 relatant le Voyage nocturne, ce qui suggère que l'idée de Jérusalem comme lieu d'envol du Voyage nocturne n'avait pas encore été établie en 692 (en fait, les premières inscriptions du verset 17:1 du Coran à Jérusalem ayant été préservées jusqu'à nos jours datent du XIe siècle).

Muhammad ibn al-Hanafiya (638-700), un proche parent du prophète Mahomet, est censé avoir démenti que le prophète ait jamais mis les pieds sur le Rocher de Jérusalem: «Ces maudits Syriens», dit-il, parlant des Umayyades, «prétendent que Dieu mit Son pied sur le Rocher de Jérusalem, alors qu'une seule personne a jamais mis le pied sur le Rocher, et ce fut Abraham.»

Puis, en 715, pour mieux asseoir leur prestige sur leurs territoires, les Umayyades firent une chose très astucieuse: ils construisirent une deuxième mosquée à Jérusalem, cette fois aussi sur le Mont du Temple, et la baptisèrent Al-Aqsa (al-masjid al-aqsa, la mosquée la plus éloignée). Par ce geste, les Umayyades donnèrent à la ville, rétroactivement, un rôle dans l'existence de Mahomet. Cette association entre Jérusalem et al-masjid al-aqsa s'inscrit dans une tendance générale des Musulmans à identifier les noms de lieux mentionnés dans le Coran: «Partout où le Coran évoque un nom ou un événement, des récits furent inventés pour donner l'impression que quelqu'un, quelque part, d'une manière ou d'une autre, savait ce qu'il en était.»

En dépit de toute logique (comment une mosquée bâtie près d'un siècle après la révélation coranique pouvait établir ce que le Coran entendait signifier?), comme l'écrit l'historien palestinien A. L. Tibawi, c'est la construction, après coup, d'une Mosquée Al-Aqsa qui «donna sa signification concrète aux termes figuratifs utilisés dans le Coran». Cette action eut également pour important effet d'insérer Jérusalem post hoc dans le Coran et d'en faire ainsi un élément central de l'Islam. D'autres modifications allaient s'ensuivrent. Plusieurs passages coraniques furent réinterprétés pour établir des références à la cité. Jérusalem fut bientôt considérée comme le site du Jugement Dernier. Les Umayyades écartèrent le nom romain laïque de la cité, Aelia Capitolina (en arabe Iliya) et le remplacèrent par des noms de style juif – Al-Qods (la Sainte) ou Bayt al-Maqdis (le Temple). Ils parrainèrent une forme de littérature louant les «vertus de Jérusalem», un genre qu'un auteur est tenté de qualifier de «sioniste». À cette époque apparurent des hadiths (informations rapportées par plusieurs chaînes orales relatant les actes et les paroles du prophète et réunies dans différents recueils de «traditions») favorables à Jérusalem, certains allant jusqu'à comparer la ville à La Mecque. Des efforts furent même entrepris pour déplacer le pèlerinage (hajj) de La Mecque à Jérusalem.

Les chercheurs s'accordent à dire que les motifs des Umayyades pour établir une présence islamique dans la ville sainte étaient de nature strictement utilitaire. L'historien irakien Abdul Aziz Duri discerne «des raisons politiques» derrière leurs actes. Hasson abonde dans ce sens:

La construction du Dôme du Rocher et de la Mosquée Al-Aqsa, les rituels institués par les Umayyades sur le Mont du Temple et la diffusion de hadiths établissant des liens entre l'Islam et le caractère sacré du site sont autant d'éléments mettant en lumière les motivations politiques à la base des efforts de glorification de Jérusalem parmi les Musulmans.

C'est ainsi que le programme politique des Umayyades déboucha sur la sanctification islamique de Jérusalem.

Le règne des Abbassides

Ensuite, avec la chute des Umayyades, en 750, et le déplacement à Bagdad de la capitale du califat, «le patronage impérial devint insignifiant» et Jérusalem retomba dans l'ombre. Au cours des trois siècles et demi qui suivirent, les livres faisant l'éloge de cette cité perdirent leur attrait pendant que la construction d'édifices illustres cessa et que les bâtiments existants, laissés à l'abandon, tombaient en ruine (le Dôme du Rocher s'écroula en 1016). On gratta l'or du Dôme pour payer les réparations de la Mosquée Al-Aqsa. Les murailles de la ville s'effondrèrent. Pire encore, les souverains de la nouvelle dynastie saignèrent Jérusalem et sa région par ce que F. E. Peters, de l'université de New York, appelle «leur rapacité et leur négligence». La cité déclina ainsi jusqu'à se délabrer. «Les érudits sont rares, et les Chrétiens nombreux», se lamentait un Musulman natif de Jérusalem au Xe siècle. Seuls les mystiques continuaient de visiter la cité.

Dans un geste de dénigrement typique, un autre auteur du Xe siècle décrivit la ville comme «une bourgade provinciale rattachée à Ramallah», une référence au village minuscule et insignifiant servant de centre administratif pour la Palestine. Elad décrit la Jérusalem des premiers siècles du règne de l'Islam comme «une cité isolée, sur le déclin». Le grand historien S. D. Goitein relève que le dictionnaire géographique d'al-Yaqut mentionne Bassora 170 fois, Damas 100 fois et Jérusalem une seule fois, et cela uniquement en passant. Sur la base de ce fait et de plusieurs autres, il conclut que, durant les six premiers siècles du règne musulman, «Jérusalem occupa essentiellement le rang d'une ville provinciale isolée, abandonnée aux exactions d'officiels et de notables cupides, et souvent aussi aux déprédations causées par des paysans ou des nomades séditieux. (...) Jérusalem ne pouvait certainement pas se prévaloir d'une quelconque grandeur dans les sciences de l'Islam, ni dans aucun autre domaine.»

Peters note qu'au début du Xe siècle, le règne des Musulmans sur Jérusalem était de nature «presque occasionnelle» et ne revêtait «aucune portée politique particulière». C'était le cas plus tard également: Al-Ghazali, parfois appelé le «Thomas d'Aquin de l'Islam», visita Jérusalem en 1096 sans faire une seule fois mention de Croisés en route vers elle.

III. Les premières croisades

La conquête de Jérusalem par les Croisés en 1099 ne suscita d'abord qu'une réaction très timide parmi les Musulmans. Les Francs ne soulevèrent pas une grande attention; la littérature arabe rédigée dans les villes occupées par les Croisés faisait à peine mention de leur présence. Ainsi, «les appels au djihad restèrent d'abord lettre morte», écrit Robert Irwin, alors de l'université de St Andrews, en Écosse. Emmanuel Sivan, de l'université hébraïque, ajoute qu'«on ne décèle aucun choc, ni aucune sensation de perte ou d'humiliation religieuse».

Ce n'est que lorsque les efforts visant à reprendre Jérusalem devinrent sérieux, vers 1150, que les Musulmans cherchèrent à raviver la flamme du djihad dans les esprits en augmentant la tension sentimentale liée à Jérusalem. Usant des moyens à leur disposition (les hadiths, les ouvrages louant les «vertus de Jérusalem», la poésie), leurs propagandistes mirent en exergue le caractère sacré de Jérusalem et la nécessité urgente de son retour sous le règne musulman. Une série de hadiths inédits vinrent rendre Jérusalem absolument essentielle pour la foi islamique; l'un d'eux fait dire au prophète Mahomet que la prise de Jérusalem par les infidèles constitue la deuxième plus grande catastrophe affectant l'Islam après sa propre mort. Alors qu'aucun volume des «vertus de Jérusalem» n'apparut dans les années 1100 à 1150, un très grand nombre furent réalisés dans la deuxième moitié du siècle. Dans les années 1160, Sivan constate que «la propagande al-Qods prospérait», et lorsque Saladin (Salah al-Din) mena les Musulmans à la victoire sur Jérusalem, en 1187, la «campagne de propagande (...) atteignait son paroxysme». Dans une lettre adressée à son adversaire croisé, Saladin écrivit que la cité «est pour nous ce qu'elle est pour vous. Elle est même plus importante encore pour nous».

L'éclat de la reconquête persista ensuite durant plusieurs décennies; par exemple, les descendants de Saladin (connus sous la désignation de dynastie Ayyubide, qui régna jusque vers 1250) entamèrent un vaste programme de construction et de rénovation à Jérusalem, conférant ainsi à la ville un caractère plus musulman. Jusqu'alors, la Jérusalem islamique n'était constituée que des liens saints du Mont du Temple; dès lors, pour la première fois, des édifices spécifiquement islamiques (couvents sufis, écoles) furent bâtis dans la ville alentour. C'est également à cette époque, remarque Oleg Grabar, de l'Institut de hautes études de Princeton, que le Dôme du Rocher fut désigné comme l'emplacement exact de l'ascension de Mahomet vers le paradis (mi‘raj) lors de son Voyage nocturne: si la «mosquée la plus éloignée» est à Jérusalem, alors le Voyage nocturne de Mahomet et ses visites ultérieures au paradis se déroulèrent logiquement sur le Mont du Temple, en fait sur le rocher même duquel il est dit que Jésus a fait son ascension au paradis.

IV. Les Ayyubides

Mais, une fois solidement entre leurs mains, Jérusalem perdit à nouveau son attrait pour les Musulmans; «le simple fait qu'al-Qods n'était pas cruciale pour la sécurité d'un empire basé en Égypte ou en Syrie ne tarda pas à s'imposer. La ville pouvait donc fort bien être sacrifiée en période de crise politique ou militaire», écrit Donald P. Little, de l'université McGill. Ainsi, en 1219, lorsque les Européens attaquèrent l'Égypte dans le cadre de la cinquième Croisade, un petit-fils de Saladin nommé al-Mu‘azzam décida de raser les murailles de Jérusalem, de crainte que les Francs, s'ils prenaient la cité avec ses murailles, «ne puissent y tuer tous ceux qu'ils y trouveraient et lui faire le même sort que Damas et les terres de l'Islam dont ils s'emparèrent». La destruction des fortifications de Jérusalem provoqua un exode massif de ses habitants, puis son rapide déclin.

Vers la même époque, le souverain musulman d'Égypte et de Palestine, al-Kamil (un autre des petits-fils de Saladin et le frère d'al-Mu‘azzam), proposa d'offrir Jérusalem aux Européens en échange de leur départ d'Égypte, mais il ne trouva pas preneur. Dix ans plus tard cependant, en 1229, un tel accord fut conclu lorsque al-Kamil céda Jérusalem à l'empereur germanique Frédéric II, qui s'engagea de son côté à fournir un appui militaire à al-Kamil contre al-Mu‘azzam, devenu entre-temps son rival. Al-Kamil insista pour que le Mont du Temple reste en mains musulmanes et que «toutes les pratiques de l'Islam» y soient maintenues, une condition que Frédéric accepta. Se référant à son accord avec Frédéric, al-Kamil écrivit, dans une description de Jérusalem très révélatrice, «Je n'ai confié aux Francs que des églises et des maisons en ruine». En d'autres termes, la cité reconquise héroïquement par Saladin en 1187 fut bazardée volontairement par son petit-fils à peine quarante-deux ans plus tard.

Comme il fallait s'y attendre, les Musulmans furent pris d'intenses émotions en apprenant que Jérusalem se trouvait à nouveau en mains chrétiennes. Un historien égyptien écrivit plus tard que la perte de la cité «fut un grand malheur pour les Musulmans, de nombreux reproches furent adressés à al-Kamil, et il fut honni dans toutes les régions». En 1239, un autre souverain des Ayyubides, an-Nasir Da'ud, parvint à expulser les Francs hors de la cité.

Mais ce ne fut que pour la céder aussitôt aux Croisés, en échange de leur soutien contre l'un de ses parents. Cette fois, les Chrétiens furent moins respectueux des sanctuaires islamiques et transformèrent les mosquées du Mont du Temple en églises.

Leur intrusion ne dura guère; en 1244, l'invasion de la Palestine par des troupes d'Asie centrale replaça Jérusalem sous le règne d'un Ayyubide, à la suite de quoi la cité demeura dans le giron musulman durant presque sept siècles. Jérusalem resta un simple gage dans la realpolitik de l'époque, comme le montre bien la lettre qu'un souverain Ayyubide plus récent, as-Salih Ayyub, adressa à son fils: si les Croisés te menacent au Caire, écrit-il, et qu'ils te demandent les cotes de Palestine et Jérusalem, «donne-leur ses terres immédiatement à condition qu'ils ne s'installent pas en Égypte».

Il vaut la peine d'examiner un instant la psychologie à l'œuvre ici: le fait que des chevaliers chrétiens franchissent de longues distances pour faire de Jérusalem leur capitale rendait la cité plus précieuse également aux yeux des Musulmans. «C'était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c'est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans», explique Sivan. Des opinions fragmentées se fondirent ainsi en un sentiment puissant; depuis lors, les exigences politiques allaient sans cesse inciter les Musulmans à considérer Jérusalem comme la troisième cité la plus sainte de l'Islam (thalith al-masajid).

Le règne des Mamelouks et des Ottomans

Durant l'ère des Mamelouks (1250-1516), Jérusalem retourna à son insignifiance usuelle – capitale sans dynastie, économiquement à la traîne, culturellement désertique – bien que son nouveau prestige en tant que site islamique resta intact. D'autre part, Jérusalem devint également une destination appréciée pour les leaders politiques exilés, en raison de sa proximité avec l'Égypte et de l'absence de ses murailles, rasées en 1219 et qui ne seront reconstruites que trois siècles plus tard, ce qui en faisait une proie facile pour les maraudeurs. Ces notables fondèrent des institutions religieuses, surtout des écoles religieuses, ce qui eut pour effet, dans l'ensemble, de rétablir la présence l'Islam dans la cité. Mais le manque d'intérêt continuait de s'y traduire par une atmosphère de déclin et d'appauvrissement. Un grand nombre des principaux édifices, y compris les sanctuaires du Mont du Temple, furent abandonnés et se délabrèrent à mesure que la cité se dépeuplait. Un auteur du XIVe siècle se lamentait ainsi du dénuement des Musulmans qui visitaient Jérusalem. Les Mamelouks dévastèrent à ce point la ville que sa population entière se réduisait à 4000 âmes à la fin de leur règne.

La période ottomane (1516-1917) commença sous d'excellents auspices pour Jérusalem: Süleyman le Magnifique fit reconstruire les murailles de la ville, entre 1537 et 1541, et consacra d'importantes sommes d'argent à ses infrastructures (par exemple son approvisionnement en eau), mais la situation n'allait pas tarder à revenir à la normale. Jérusalem se retrouva à la merci d'officiels non-résidents (et très cupides) nommés pour un an, qui s'enrichissaient sur les impôts de la ville. «Après avoir épuisé Jérusalem, le pacha s'en alla», observait l'écrivain français François-René Chateaubriand en 1806. Cette rapacité provoqua des rebellions occasionnelles. Les autorités turques se finançaient également en escroquant les visiteurs européens; d'une manière générale, ils fournirent ainsi moins d'efforts à Jérusalem que dans les autres cités pour promouvoir l'économie locale. Les relevés fiscaux indiquent que le seul produit d'exportation local était le savon. Jérusalem était si insignifiante qu'elle ne constitua à certaines époques qu'une simple dépendance gérée par le gouverneur de Naplouse ou de Gaza. On n'y entretenait pas non plus la culture: en 1670, un voyageur rapporte que le niveau culturel y avait baissé au point que même le prêcheur de la Mosquée Al-Aqsa parlait un arabe littéraire médiocre. Les nombreuses écoles religieuses de l'ère précédente disparurent. En 1806, la population avait à nouveau fortement reculé, cette fois à moins de 9000 habitants.

Les Musulmans pouvaient se permettre de négliger ainsi Jérusalem durant cette longue période, comme l'écrit l'historien James Parkes, parce que la cité «était quelque chose d'acquis, et il ne venait à l'idée d'aucun Musulman qu'elle ne serait pas toujours là», sous le règne musulman. Pendant ces siècles, d'innombrables récits rapportés par des pèlerins, des voyageurs et des diplomates en visite à Jérusalem font état de la piètre situation de la cité. George Sandys relate, en 1611, que «beaucoup de choses sont à l'abandon; les anciens édifices (excepté quelques-uns) sont tous en ruines, les nouveaux sont sordides». Constantin Volney, l'un des plus scientifiques des observateurs, remarquait en 1784 «les murailles détruites [de Jérusalem], ses douves pleines de détritus, ses canalisations jonchées de débris». «Quelle désolation et quelle misère!», écrivait Chateaubriand. Gustave Flaubert visita la ville en 1850 et y trouva «des ruines partout, et partout l’odeur des tombeaux», comme si la malédiction du Seigneur planait sur la cité. La ville sainte de trois religions pourrissait ainsi d’ennui, de désertion et de négligence. «Au paradis, les favoris sont les miséreux», commentait Herman Melville en 1857. Mark Twain notait en 1867 que Jérusalem «a perdu toute son ancienne grandeur et devient un village indigent».

Le gouvernement britannique prit conscience de l’intérêt très limité des Musulmans pour Jérusalem pendant la Première Guerre mondiale. Dans le cadre de négociations menées avec Sharif Husayn, de La Mecque, en 1915-1916, et portant sur le règlement de la révolte arabe contre les Ottomans, Londres décida de ne pas inclure Jérusalem dans les territoires à confier aux Arabes parce que, pour reprendre la formulation du négociateur britannique responsable Henry McMahon, «il n’était aucun endroit (…) notable (…) situé plus au sud» que Damas «qui fut d’une importance vitale pour les Arabes».

Confirmant cette affirmation, les suzerains turcs de Jérusalem abandonnèrent la ville plutôt que de se battre pour elle en 1917, évacuant les lieux juste avant l’arrivée des troupes britanniques. Un compte rendu indique qu’ils étaient même prêts à détruire la ville sainte. Jamal Pasha, le commandant en chef des Ottomans, ordonna à ses alliés autrichiens d’«envoyer Jérusalem en enfer» si les Anglais devaient y pénétrer. Les Autrichiens pointèrent donc leurs armes sur le Dôme du Rocher, avec assez de munitions pour soutenir un feu nourri pendant près de deux jours complets. Selon un journaliste nommé Pierre van Paasen, le Dôme évita la destruction totale grâce à un capitaine d’artillerie juif de l’armée autrichienne, Marek Schwartz, qui préféra réagir à l’approche des troupes britanniques en «renonçant à sa propre tactique pour marcher calmement vers les lignes britanniques».

V. Le règne britannique

À l’ère moderne, note l’experte israélienne Hava Lazarus-Yafeh, Jérusalem «ne devint le centre des intérêts religieux et politiques arabes qu’au début du [XXe] siècle». Elle attribue ce changement pour l’essentiel au «regain d’activités juives dans la cité et à la revendication judaïque sur le Mur occidental». Le règne britannique sur la cité, de 1917 à 1948, raviva une nouvelle passion pour Jérusalem. Les politiciens arabes firent de Jérusalem une destination de tout premier plan pendant la période du mandat britannique. Des leaders irakiens apparaissaient fréquemment à Jérusalem, allaient prier à la Mosquée Al-Aqsa et faisaient des discours enflammés. Il faut notamment signaler la visite à Jérusalem du roi Faysal d’Irak, qui fit une entrée cérémoniale sur le Mont du temple, franchissant la même porte qu’autrefois le calife ‘Umar lorsque la cité fut conquise pour la première fois, en 638. L’Irak contribua alors également à la réunion de fonds pour l’établissement d’une université islamique à Jérusalem et l’aménagement d’un consulat et d’un office d’information dans la ville.

Le leader palestinien (et mufti de Jérusalem) Hajj Amin al-Husayni plaça le Mont du Temple au centre de ses efforts politiques antisionistes. Il rassembla un groupe de notables musulmans à Jérusalem, en 1931, pour un congrès international destiné à mobiliser l’opinion des Musulmans dans le monde en faveur des Palestiniens. Il exploita également l’attrait des lieux saints islamiques de Jérusalem pour trouver un soutien international à sa campagne contre le sionisme. Par exemple, il organisa des collectes de fonds dans plusieurs pays arabes en vue de restaurer le Dôme du Rocher et la Mosquée Al-Aqsa, parfois en envoyant des images du Dôme du Rocher surmonté d’une étoile de David; ses efforts furent couronnés de succès et il put rendre à ces monuments tout leur lustre d’antan.

Le fait peut-être le plus révélateur du changement d’attitude fut la déclaration selon laquelle le prophète Mahomet aurait attaché son cheval au Mur occidental du Mont du Temple. Comme l’atteste le juriste et expert Shmuel Berkowitz, les érudits musulmans ont émis, au cours des siècles, diverses théories à propos de l’acte du prophète, attachant son cheval au mur oriental ou austral, mais aucun d’eux n’avait jamais, avant les disputes entre Juifs et Musulmans sur la question du Mur occidental en 1929, associé cet épisode au flanc occidental. Une fois encore, la politique dictait le contenu de la piété islamique relative à Jérusalem.

Le règne jordanien

La domination de Jérusalem par la Jordanie, entre les périodes britannique et israélienne, de 1948 à 1967, fournit un élément de contrôle utile; et, comme de juste, lorsque les Musulmans eurent pris le contrôle de la cité (contenant leurs sanctuaires), ils s’en désintéressèrent ostensiblement. Un certain émoi initial fut sensible lorsque les forces jordaniennes s’emparèrent de la cité en 1948 – comme en témoigne le couronnement du roi Abdullah, au titre de «Roi de Jérusalem», par l’évêque copte en novembre de cette année – mais l’apathie habituelle reprit vite le dessus. Les Hachémites n’éprouvaient guère d’affection pour Jérusalem, où vivaient certains de leurs pires ennemis et où Abdullah fut assassiné en 1951. En fait, les Hachémites firent même un effort concerté pour réduire l’importance de la ville sainte en faveur de leur capitale, Amman. Jérusalem avait servi de capitale administrative sous le mandat britannique, mais à présent tous les organes gouvernementaux (à l’exception de celui du tourisme) devaient fermer leurs portes. Jérusalem perdit même son autorité sur les autres parties de la rive occidentale. Les Jordaniens fermèrent également des institutions locales (par ex. le Haut Comité arabe, le Conseil suprême musulman) et en déplacèrent d’autres à Amman (la trésorerie du waqf, ou fondation religieuse).

Les efforts jordaniens portèrent leurs fruits: une nouvelle fois, la Jérusalem arabe se transforma en une bourgade de province isolée, moins importante que Naplouse. L’économie y stagna à tel point que plusieurs milliers de ses habitants arabes quittèrent la ville: alors que la population d’Amman quintuplait entre 1948 et 1967, celle de Jérusalem ne crût que de 50%. Il fallait se rendre à Amman pour contracter un emprunt bancaire. Amman jouissait du privilège d’abriter la première université du pays et les nombreuses résidences de la famille royale. Les Arabes de Jérusalem savaient très bien ce qui se passait, comme le montre les critiques d’un notable à propos des résidences royales: «Ces palaces auraient dû être construits à Jérusalem; ils lui ont été enlevés, afin que Jérusalem reste non pas une ville, mais une sorte de village.» Le conseil municipal de Jérusalem-Est adressa à deux reprises des plaintes officielles aux autorités jordaniennes soulignant la discrimination dont était victime leur cité.

L’aspect peut-être le plus insultant fut le déclin du rang religieux de Jérusalem. Les mosquées manquaient de moyens. La radio jordanienne retransmettait les prières du vendredi non pas depuis la Mosquée Al-Aqsa, mais depuis une mosquée d’Amman, récemment arrivée en grâce (il est ironique de noter ici que Radio Israël commença d’émettre depuis Al-Aqsa immédiatement après la victoire israélienne de 1967). Ce fait s’inscrivait dans une démarche plus générale des autorités jordaniennes, qui cherchaient à profiter du prestige que leur conférait le contrôle de Jérusalem alors même qu’ils négligeaient sciemment la cité: Marshall Breger et Thomas Idinopulos relèvent que le roi ‘Abdullah «se plaisait à passer pour un protecteur des lieux saints, mais ne fit pas grand-chose pour promouvoir le rayonnement religieux de Jérusalem auprès des Musulmans».

Et les Jordaniens n’étaient pas les seuls à ignorer Jérusalem; la cité avait quasiment disparu de la carte diplomatique arabe. L’étude bien connue de Malcolm Kerr sur les relations interarabes de l’époque (la «guerre froide arabe») semble ne faire aucune mention de la ville. Aucun leader arabe ne se rendit à Jérusalem pendant les dix-neuf années que durèrent le contrôle jordanien sur Jérusalem-Est; et le roi Husayn (1952-1999) lui-même n’y fit que de très rares visites. Le roi Faysal d’Arabie Saoudite parla souvent, après 1967, de son ardent désir de prier à Jérusalem, mais ce désir ne semblait pas le tourmenter outre mesure à l’époque où il avait l’occasion de le satisfaire. Autre fait plus remarquable encore, l’acte fondateur de l’OLP, la Charte nationale palestinienne de 1964, ne mentionne pas Jérusalem, ni n’évoque la cité d’aucune manière.

VI. Le règne israélien

Cette indifférence prit fin brusquement après juin 1967, lorsque la ville sainte passa sous contrôle israélien. Les Palestiniens replacèrent Jérusalem au centre de leur programme politique. Des images du Dôme du Rocher apparurent partout, du bureau de Yasser Arafat à l’épicerie du coin. Les slogans sur Jérusalem proliférèrent et la cité devint bientôt la question la plus brûlante du conflit israélo-arabe. L’OLP rattrapa son omission de 1964 en mentionnant expressément Jérusalem dans sa constitution de 1968 comme étant «le siège de l’Organisation de libération de la Palestine».

«Comme pendant les Croisades», souligne Lazarus-Yafeh, les leaders musulmans «mirent à nouveau en exergue la sacralité de la tradition islamique de Jérusalem.» Ce faisant, ils se basaient en partie sur les mêmes arguments (par exemple le dénigrement des liens religieux de l’occupant avec la cité) et les mêmes hadiths pour étayer leurs allégations. Les Musulmans imitèrent bientôt la dévotion juive envers Jérusalem: Arafat prétendit que «Al-Qods est au plus profond de notre cœur, du cœur de notre peuple et du cœur de tous les Arabes, Musulmans et Chrétiens du monde entier». Les déclarations extravagantes devinrent monnaie courante (Jérusalem était maintenant «comparable en sainteté» à La Mecque et à Médine; ou encore «notre lieu le plus saint entre tous»). Jérusalem était mentionnée régulièrement dans les résolutions de la Ligue des États arabes et des Nations Unies. Les gouvernements jordanien et saoudien se montrèrent alors aussi généreux envers les administrateurs religieux de Jérusalem qu’ils avaient été pingres avant 1967.

Les Palestiniens ne furent pas non plus les seuls à manifester un tel engouement pour Jérusalem: la cité servait dès lors à nouveau d’instrument de mobilisation de l’opinion musulmane internationale. Cet effort devint manifeste en septembre 1969, lorsque le roi Faysal prétexta un incendie à la Mosquée Al-Aqsa pour réunir vingt-cinq chefs d’État et établir l’Organisation de la Conférence islamique, une institution pour les Musulmans inspirée de celle des Nations Unies. Au Liban, le groupe fondamentaliste Hezbollah apposait des images du Dôme du Rocher partout où c’était possible, des affiches aux foulards, et les accompagnait souvent de son slogan: «Nous progressons.» Le principal dirigeant chiite libanais, Muhammad Husayn Fadlallah, évoquait régulièrement la libération de Jérusalem du contrôle israélien pour inspirer ses gens; et, comme l’explique son biographe Martin Kramer, ce n’était pas des paroles en l’air, mais bien l’expression de son «intention de lancer un mouvement de libération du Liban au nom de l’Islam».

La République islamique d’Iran fit alors de Jérusalem un problème essentiel, suivant en cela le dictat de son fondateur, l’ayatollah Khomeiny, qui affirmait que «Jérusalem est la propriété des Musulmans et doit leur revenir». Peu après la fondation du régime, sa pièce de monnaie de 1 rial et son billet de banque de 1000 rials arboraient le Dôme du Rocher (quoique ce dernier y fut d’abord qualifié à tort de «Mosquée Al-Aqsa», ce qui causa quelque embarras). Les soldats iraniens en guerre contre les forces de Saddam Hussein dans les années 1980 recevaient des cartes grossières montrant leur attaque menant jusqu’à Jérusalem, à travers l’Irak. L’ayatollah Khomeiny décréta que le dernier vendredi du Ramadan serait la Journée de Jérusalem, et cette commémoration fut une occasion majeure de harangues anti-israéliennes dans de nombreux pays, dont la Turquie, la Tunisie et le Maroc. La République islamique d’Iran marqua cette journée en diffusant des timbres et des affiches montrant des scènes de Jérusalem accompagnées de slogans appelant à la mobilisation. En janvier 1997, une foule de 300 000 personnes fêta la Journée de Jérusalem en présence de dignitaires tels que le président hachémite Rafsandjani. La Journée de Jérusalem est célébrée (en grandes pompes, avec une série de discours, une exposition d’art, un spectacle folklorique et un programme pour la jeunesse) jusqu’à Dearborn, au Michigan.

Lorsqu’il fut chose courante pour les Musulmans de clamer un attachement passionné pour Jérusalem, le nombre de pèlerins musulmans dans la cité quadrupla par rapport aux années précédentes. Une nouvelle littérature vantant les «vertus de Jérusalem» fit son apparition. Jérusalem est maintenant un thème si chargé d’émotion pour les Musulmans qu’ils lui consacrent des livres de poésie (surtout en langues occidentales). Et, au niveau politique, Jérusalem est devenue un thème unificateur sans égal pour les Arabophones. «Jérusalem est le seul thème qui semble unifier les Arabes. C’est leur cri de ralliement», relevait un diplomate arabe de haut rang à la fin de l’an 2000.

Par moments, la ferveur envers Jérusalem concurrence même l’importance de La Mecque. Rien moins que le prince héritier ‘Abdullah d’Arabie Saoudite est supposé avoir déclaré à maintes reprises que, pour lui, «Jérusalem est l’égale de la ville sainte de La Mecque». Hasan Nasrallah, le leader du Hezbollah, va plus loin encore et annonce, dans un discours majeur: «Nous ne renoncerons pas à la Palestine, à l’entier de la Palestine, et Jérusalem restera le lieu vers lequel tous les guerriers djihadistes dirigeront leurs prières».

Théories douteuses

Dans l’élan de ces grandes émotions sont apparues quatre théories, historiquement douteuses, censées fonder les revendications islamiques sur Jérusalem.

Le lien islamique de Jérusalem serait antérieur à ses attaches juives. Le «ministre» palestinien des fondations religieuses prétend que Jérusalem a «toujours» été placée sous souveraineté musulmane. De même, Ghada Talhami, un polémiste, affirme qu’«il y a d’autres villes saintes dans l’Islam, mais Jérusalem occupe une place particulière dans le cœur et l’âme des Musulmans, car son destin a toujours été lié au leur». Toujours? Alors que la fondation de Jérusalem précéda celle de l’Islam de quelque deux millénaires? Ibrahim Hooper, du Conseil des relations américano-islamiques (Council on American-Islamic Relations, CAIR) basé à Washington, explique ainsi cet anachronisme: «L’attachement des Musulmans à Jérusalem ne débute pas avec le prophète Mahomet, il commence avec les prophètes Abraham, David, Salomon et Jésus, qui furent tous des prophètes de l’Islam.» En d’autres termes, les principaux personnages du Judaïsme et du Christianisme étaient en réalité des proto-Musulmans. Cette théorie est à l’origine des déclarations de l’homme de la rue palestinien, pour qui «Jérusalem était arabe dès le jour de la création».

Le Coran mentionnerait Jérusalem. L’identification du Voyage nocturne avec Jérusalem est si totale qu’elle a été reprise dans un grand nombre d’éditions du Coran, et plus particulièrement dans ses traductions. Certaines précisent dans une note de bas de page que la «mosquée la plus éloignée» «doit» faire référence à Jérusalem. D’autres franchissent le pas (blasphématoire?) consistant à insérer directement le nom de Jérusalem dans le texte, après la mention de la «mosquée la plus éloignée». L’opération peut revêtir plusieurs formes différentes. La traduction de Sale recourt à l’italique:

from the sacred temple of Mecca to the farther temple of Jerusalem
(du temple sacré de La Mecque au temple plus éloigné de Jérusalem)

La traduction d’Asad fait usage de crochets:

from the Inviolable House of Worship [at Mecca] to the Remote House of Worship [at Jerusalem]
(du Temple Sacré [à La Mecque] au Temple Lointain [à Jérusalem])

Et la version de Behbudi-Turner l’intègre dans le texte, sans distinction aucune:

from the Holy Mosque in Mecca to the Al-Aqsa Mosque in Palestine
(de la Sainte Mosquée de La Mecque à la Mosquée Al-Aqsa en Palestine)

Si les traductions du Coran mentionnent aujourd’hui Jérusalem, on ne s’étonnera pas de constater que ceux qui se fient à ces traductions croient que Jérusalem «figure dans le Coran»; et c’est là précisément ce qu’un consortium d’institutions musulmanes américaines affirmait en l’an 2000. L’une d’entre elles alla même plus loin: selon Hooper, en effet, «le Coran se réfère à Jérusalem à travers son élément islamique essentiel, la Mosquée Al-Aqsa». Cette erreur a des conséquences concrètes. Ainsi, Ahmad ‘Abd ar-Rahman, secrétaire général du «cabinet» de l’Autorité palestinienne, fonda sa revendication à la souveraineté palestinienne en ces termes: «Jérusalem est intouchable, inattaquable, et personne ne peut la remettre en question car elle figure dans le Coran».

Mahomet aurait visité Jérusalem. La biographie islamique du prophète Mahomet est très exhaustive et ne fait nulle part mention du fait qu’il aurait quitté la péninsule arabe, et encore moins voyagé jusqu’à Jérusalem. Ainsi, lorsque Karen Armstrong, une experte de l’Islam, écrit que «les textes musulmans indiquent clairement que (…) le récit du Voyage nocturne mystique de Mahomet à Jérusalem (…) décrit une expérience non pas physique, mais purement visionnaire», elle ne fait que constater l’évidence. En fait, cette phrase est tirée d’un article intitulé «Le fondement de l’Islam: pourquoi Jérusalem revêtit une importance centrale pour Mahomet» et postulant que «Jérusalem a constitué un axe central de l’identité musulmane dès les premières heures de leur religion». Ce n’était pas suffisant. Armstrong fut attaquée pour sa «déformation honteuse» de l’Islam et son affirmation que «les Musulmans eux-mêmes ne croient pas au miracle de leur propre prophète».

Jérusalem n’aurait aucune importance pour les Juifs. Le premier pas consiste à nier tout lien entre les Juifs et le Mur occidental, la seule portion préservée du Temple historique. En 1967, un officiel de premier plan du Mont du Temple qualifia l’attachement des Juifs au mur d’acte «d’agression contre la Mosquée Al-Aqsa». Feu le roi Faysal d’Arabie Saoudite aborda le sujet avec un mépris non dissimulé: «Ils viennent pleurer contre le Mur, mais ils n’ont aucun droit historique à le faire. Un autre mur pourrait être construit à cet effet.» ‘Abd al-Malik Dahamsha, un membre musulman du Parlement israélien, déclara sans ambages que «le Mur occidental n’a aucun lien avec les vestiges du Temple juif». Le site Web de l’Autorité palestinienne explique, en parlant du Mur occidental, que «certains religieux juifs orthodoxes le considèrent comme l’un de leurs lieux saints et affirment que ce mur est une partie de leur temple, ce que ni les études historiques ni les fouilles archéologiques entreprises n’ont jamais permis de prouver.» Le mufti de l’AP décrit le Mur occidental comme étant «une simple enceinte appartenant au lieu saint musulman» et déclare qu’«il n’y a pas une seule pierre du Mur occidental qui témoigne de l’histoire juive». Il met également en doute la tradition juive, répondant à un journaliste israélien: «J’ai entendu dire que votre temple était en fait à Naplouse, ou peut-être à Bethlehem.» Dans le même élan, Arafat annonça que les Juifs «considèrent que Hébron est plus sainte que Jérusalem». On trouve même certains travaux d’études, de l’université égyptienne ‘Ayn Shams, qui prétendent démontrer que la Mosquée Al-Aqsa précéda l’antiquité juive à Jérusalem, et ce de pas moins de deux mille ans.

Dans cet esprit, les institutions musulmanes font pression sur les médias occidentaux pour qu’ils désignent le Mont du Temple et le Mur occidental par leur nom islamique (Al-Haram ash-Sharif, Al-Buraq), et non par leur nom juif original. Lorsque les journalistes occidentaux refusent, Arafat se prétend scandalisé, son agence d’information parle aussitôt de «conspirations incessantes contre nos sanctuaires de Palestine» et son mufti condamne cette attitude comme contraire aux lois de l’Islam.

Dans un deuxième temps, il s’agit de nier le droit des Juifs à accéder au mur. «Il est interdit aux Juifs de prier au Mur occidental», affirme un leader islamiste vivant en Israël. Le directeur de la Mosquée Al-Aqsa certifie que «ce lieu est pour les Musulmans, et les Musulmans seulement. Il n’y a pas de temple ici, uniquement la Mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher.» La station de radio palestinienne «Voix de la Palestine» exige que les politiciens israéliens ne soient pas autorisés ne serait-ce qu’à toucher le mur. ‘Ikrima Sabri, le mufti de l’Autorité palestinienne, interdit aux Juifs de réparer le mur et étend encore les revendications islamiques: «Tous les bâtiments entourant la Mosquée Al-Aqsa constituent un waqf islamique.»

La troisième étape consiste à rejeter toute forme de contrôle juif à Jérusalem, comme le fit Arafat vers le milieu de l’an 2000: «Je ne saurais accepter une quelconque souveraineté israélienne à Jérusalem.» Le prince héritier d’Arabie Saoudite Abdullah ne tarda pas à lui faire écho en déclarant qu’«il n’y a rien à négocier sur ce plan; aucun compromis n’est possible sur la question de Jérusalem». Même le secrétaire d’État aux affaires étrangères d’Oman, Yusuf bin ‘Alawi bin ‘Abdullah, déclara au premier ministre israélien que la souveraineté de Jérusalem doit être exclusivement palestinienne «pour en assurer la sécurité et la stabilité».

Enfin, l’étape finale consiste à nier aux Juifs tout accès à Jérusalem. À cette fin fleurit toute une littérature qui insiste sur la légitimité de la revendication islamique sur l’ensemble de Jérusalem. Des manuels scolaires font allusion au rôle de la cité dans le Christianisme et l’Islam, mais passe le Judaïsme sous silence. Un Américain affilié au Hamas affirme que Jérusalem est «un lieu saint arabe, palestinien et islamique». Une banderole arborée lors d’une manifestation de protestation résume bien la chose: «Jérusalem est arabe.» Il n’y pas de place pour les Juifs ici.

Positions anti-Jérusalem

Malgré cet élan de passion pour Sion, l’Islam abrite également un courant, en diminution mais tout de même persistant, opposé à cette attitude et prônant la notion que la mise en exergue de Jérusalem est non islamique et peut porter préjudice à la sacralité unique de La Mecque.

À l’aube de l’Islam, comme le signale l’historien de Princeton Bernard Lewis, «de nombreux théologiens et juristes opposèrent une forte résistance» à l’idée que Jérusalem fut une ville sainte. Ils considéraient cette position comme une «erreur judaïsante – l’une des nombreuses tentatives des Juifs convertis d’infiltrer l’Islam avec des conceptions juives». Les opposants inconditionnels à Jérusalem firent circuler des récits censés montrer que le caractère sacré de Jérusalem relève de la pratique juive. Dans la plus importante d’entre elles, un Juif converti nommé Ka‘b al-Ahbar suggérait au calife ‘Umar de faire bâtir la Mosquée Al-Aqsa près du Dôme du Rocher. Le calife aurait alors répondu en l’accusant de revenir à ses racines juives:

‘Umar lui demanda: «Où penses-tu que nous devrions placer le lieu de prière?»
«Près du rocher [du Mont du Temple]», répondit Ka‘b.
«Par Dieu, Ka‘b, dit ‘Umar, te voilà dans la voie du Judaïsme. Je t’ai vu ôter tes sandales [conformément à la pratique juive].»
«Je voulais sentir le contact du sol avec mes pieds nus», dit Ka‘b.
«Je l’ai vu», dit ‘Umar. «Mais non… conviens-en! Nous n’avons pas reçu d’instructions relatives à Jérusalem, nos instructions concernent la Ka’ba [à La Mecque].»

Une autre version de cette anecdote souligne davantage encore l’influence juive; dans celle-ci, Ka‘b al-Ahbar tente d’inciter le calife ‘Umar à prier au nord du Saint Rocher, en mettant l’accent sur les avantages de cette position: «Ainsi, Al-Qods toute entière, c’est-à-dire Al-Masjid al-Haram, sera devant toi.» En d’autres termes, le converti du Judaïsme montre que le rocher et La Mecque se trouveraient ainsi sur une même ligne et que les Musulmans pourraient alors prier en face des deux lieux saints en même temps.

Le fait que les Musulmans aient prié en direction de Jérusalem pendant près d’un an et demi du temps de Mahomet a entraîné des effets constamment contradictoires sur le rang de cette cité au sein de l’Islam. L’incident conféra à Jérusalem une part de prestige et de sacralité, mais il fit en même temps de la ville un lieu rejeté par Dieu d’une manière unique dans l’histoire. Quelques-uns des premiers hadiths illustrent ce rejet par les Musulmans en préconisant de prier le dos tourné contre Jérusalem, un usage dont certains vestiges persistent de nos jours. Ainsi, ce n’est pas un hasard si les Musulmans qui prient à la Mosquée Al-Aqsa tournent précisément le dos à l’aire du Temple en direction de laquelle prient les Juifs. Ou, pour reprendre la formulation acide du premier ministre Ariel Sharon: «Lorsqu’un Musulman prie à Al-Aqsa, il lui tourne le dos. Ainsi que certaines de ses parties inférieures.»

Ibn Taymiya (1263-1328), l’un des penseurs de l’Islam les plus stricts et les plus religieux, est probablement le porte-parole le plus marquant du courant anti-Jérusalem. Dans ses multiples efforts visant à purifier l’Islam de ses ajouts et impiétés, il dénigra le caractère sacré de Jérusalem comme émanant d’idées empruntées aux Juifs et aux Chrétiens, et également de la lointaine rivalité des Umayyades avec La Mecque. Un étudiant d’Ibn Taymiya, Ibn Qayyim al-Jawziya (1292-1350), alla plus loin encore et désigna les hadiths sur Jérusalem comme étant des faux. D’une manière plus générale, les Musulmans érudits d’après les Croisades savaient que la publicité faite aux hadiths chantant les louanges et la sacralité de Jérusalem était le résultat d’une contre-croisade – c’est-à-dire d’une action politique – et ils ne leur accordaient guère de crédibilité.

Il y a d’autres signes encore du rang relativement bas de Jérusalem sur l’échelle de sacralité islamique: un historien d’art estime ainsi que «les représentations de Jérusalem sont rares en comparaison avec le nombre de celles illustrant La Mecque, Médine et la Ka’ba». Des auteurs médiévaux présentèrent la croyance selon laquelle le Jugement dernier aurait lieu à Jérusalem comme une supercherie visant à inciter les Musulmans à visiter la cité.

Les auteurs modernes s’excluent parfois de l’aura de piété qui entoure Jérusalem. En Égypte, en 1930, Muhammad Abu Zayd rédigea un ouvrage si radical qu’il fut retiré de la circulation, au point d’être introuvable aujourd’hui. Dans ce livre, parmi de nombreux autres points, il contesta la notion selon laquelle le voyage du prophète vers le paradis passa par Jérusalem, affirmant que le compte rendu coranique fait référence à l’Hégire ayant conduit Mahomet de La Mecque à Médine; ainsi, «la mosquée la plus éloignée» (al-masjid al-aqsa) n’a rien à voir avec Jérusalem et désignait en réalité la mosquée de Médine.

Le fait que ce point de vue soit banni aujourd’hui montre bien la victoire quasi-totale de la vision pro-Jérusalem au sein de l’Islam. Cependant, quelques déclarations ponctuelles continuent d’apparaître ça et là. Lors d’une rencontre au sommet des dirigeants arabes en mars 2001, Mouammar Kadhafi se moqua de l’obsession de ses collègues relatives à la Mosquée Al-Aqsa. «Au diable cette mosquée!» a-t-il fait dire par ses délégués. «Que vous régliez la question ou pas, ce n’est jamais qu’une mosquée, et je peux prier n’importe où.»

Conclusion

La politique, et non la sensibilité religieuse, alimente l’attachement musulman pour Jérusalem depuis près de quatorze siècles. Ce que l’historien Bernard Wasserstein écrivit à propos du renforcement du lien émotionnel des Musulmans avec Jérusalem pendant les Croisades s’applique en fait tout au long des siècles: «Souvent, dans l’histoire de Jérusalem, la ferveur religieuse était motivée en grande partie par les nécessités politiques.» Sur cette base, trois déductions s’imposent. Premièrement, Jérusalem ne sera jamais davantage qu’une ville secondaire pour les Musulmans; car «on ne saurait prétendre, conclut Sivan, que la foi dans la sacralité de Jérusalem est largement répandue ou profondément ancrée dans l’Islam.» Deuxièmement, l’intérêt des Musulmans réside moins dans le contrôle de Jérusalem que dans le déni du droit de tout autre à y exercer un contrôle. Troisièmement, le lien des Musulmans avec la cité est plus faible que celui des Juifs, car il dérive beaucoup plus de considérations temporaires et ordinaires que des préceptes immuables de la foi.

La Mecque, en revanche, est la cité centrale de l’Islam, le lieu dont sont strictement exclus les non-Musulmans. Pour utiliser une analogie grossière, Jérusalem est aux juifs ce que La Mecque est aux Musulmans – un point de vue d’ailleurs prôné par le Coran lui-même (2:145) lorsqu’il atteste que les Musulmans ont une qibla et «les Gens du Livre» une autre. Ce parallèle a été relevé par des Musulmans du Moyen-Âge; le géographe Yaqut (1179-1229) écrivit par exemple que «La Mecque est sacrée pour les Musulmans et Jérusalem est sacrée pour les Juifs». À l’époque contemporaine, certains érudits parvinrent à la même conclusion: «Jérusalem joue pour le peuple juif le même rôle que La Mecque pour les Musulmans», écrit Abdul Hadi Palazzi, directeur de l’Institut culturel de la communauté islamique italienne.

Certaines similarités sont frappantes. Les Juifs prient trois fois par jour en direction de Jérusalem, les Musulmans cinq fois en direction de la Mecque. Les Musulmans considèrent La Mecque comme le centre du monde, de même que Jérusalem est le centre du monde pour les Juifs. Alors que les Juifs croient qu’Abraham a failli sacrifier le frère d’Ismaël, Isaac, à Jérusalem, les Musulmans pensent que l’épisode s’est déroulé à La Mecque. La Ka’ba de La Mecque assume des fonctions similaires pour les Musulmans à celles du Temple de Jérusalem pour les Juifs (par exemple celle de destination de pèlerinage). Le Temple et la Ka’ba sont tous deux censés être des constructions inimitables. Les suppliants doivent enlever leurs chaussures et s’approcher à pieds nus de ces deux sanctuaires. Le temple de Salomon a été inauguré à Yom Kippour, le dixième jour de l’an, et la Ka’ba reçoit également sa nouvelle chape le dixième jour de chaque année. Si Jérusalem est pour les Juifs un lieu si saint que non seulement son sol mais encore son air est considéré comme sacré, La Mecque est, selon Abad Ahmad, de l’Association islamique de Central Jersey, le lieu dont «la seule mention remplit d’ardeur le cœur des Musulmans».

Ce parallélisme entre La Mecque et Jérusalem fournit également une base de solution, comme l’écrit avec sagesse le cheik Palazzi:

Les différentes directions des prières sont un moyen d’amoindrir les possibles rivalités dans la gestion des lieux saints. Pour ceux à qui Allah a fait don d’un esprit équilibré et du sens de la réconciliation, il ne devrait pas être bien difficile de conclure que, de même que personne ne conteste aux Musulmans une souveraineté absolue sur La Mecque, il n’existe, d’un point de vue islamique – et ce malgré les revendications propagandistes et sans fondement prétendant le contraire – aucune raison théologique valable de nier un droit équivalent aux Juifs sur Jérusalem.

Pour étayer cette thèse, Palazzi énonce plusieurs passages frappants, et souvent négligés, du Coran. L’un d’eux (5:22-23) cite Moïse enjoignant aux Juifs de «pénétrer sur la Terre Sainte (al-ard al-muqaddisa) que Dieu vous a attribuée». Dans un autre verset (17:104), Dieu lui-même confirme ce point: «Nous dîmes aux fils d’Israël: ‹habitez cette terre en toute sécurité.›» Le verset 2:145 du Coran établit que les Juifs «ne sauraient utiliser ta qibla; et tu ne saurais utiliser leur qibla», reconnaissant ainsi le Mont du Temple comme la direction de la prière des Juifs. «Dieu lui-même dit que Jérusalem est aussi importante pour les Juifs que La Mecque pour les Musulmans», conclut Palazzi.

Son analyse conduit de manière claire et sensée au raisonnement suivant: de même que les Musulmans règnent sans partage sur La Mecque, les Juifs devraient jouir d’une entière souveraineté sur Jérusalem.

The Muslim Claim to Jerusalem

by Daniel Pipes
Middle East Quarterly
September 2001

[To see the sources for this article, see the 111 endnotes at the version posted on http://www.meforum.org/article/490%5D

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The Camp David II summit and the "Aqsa intifada" that followed have confirmed what everyone had long known: Jerusalem is the knottiest issue facing Arab and Israeli negotiators.

In part, the problem is practical: the Palestinians insist that the capital of Israel serve as the capital of their future state too, something Israelis are loathe to accept. But mostly, the problem is religious: the ancient city has sacred associations for Jews and Muslims alike (and Christians too, of course; but Christians today no longer make an independent political claim to Jerusalem), and both insist on sovereignty over their overlapping sacred areas.

In Jerusalem, theological and historical claims matter; they are the functional equivalent to the deed to the city and have direct operational consequences. Jewish and Muslim connections to the city therefore require evaluation.

Comparing Religious Claims

The Jewish connection to Jerusalem is an ancient and powerful one. Judaism made Jerusalem a holy city over three thousand years ago and through all that time Jews remained steadfast to it. Jews pray in its direction, mention its name constantly in prayers, close the Passover service with the wistful statement "Next year in Jerusalem," and recall the city in the blessing at the end of each meal. The destruction of the Temple looms very large in Jewish consciousness; remembrance takes such forms as a special day of mourning, houses left partially unfinished, a woman’s makeup or jewelry left incomplete, and a glass smashed during the wedding ceremony. In addition, Jerusalem has had a prominent historical role, is the only capital of a Jewish state, and is the only city with a Jewish majority during the whole of the past century. In the words of its current mayor, Jerusalem represents "the purist expression of all that Jews prayed for, dreamed of, cried for, and died for in the two thousand years since the destruction of the Second Temple."

What about Muslims? Where does Jerusalem fit in Islam and Muslim history? It is not the place to which they pray, is not once mentioned by name in prayers, and it is connected to no mundane events in Muhammad’s life. The city never served as capital of a sovereign Muslim state, and it never became a cultural or scholarly center. Little of political import by Muslims was initiated there.

One comparison makes this point most clearly: Jerusalem appears in the Jewish Bible 669 times and Zion (which usually means Jerusalem, sometimes the Land of Israel) 154 times, or 823 times in all. The Christian Bible mentions Jerusalem 154 times and Zion 7 times. In contrast, the columnist Moshe Kohn notes, Jerusalem and Zion appear as frequently in the Qur’an "as they do in the Hindu Bhagavad-Gita, the Taoist Tao-Te Ching, the Buddhist Dhamapada and the Zoroastrian Zend Avesta"—which is to say, not once.

The city being of such evidently minor religious importance, why does it now loom so large for Muslims, to the point that a Muslim Zionism seems to be in the making across the Muslim world? Why do Palestinian demonstrators take to the streets shouting "We will sacrifice our blood and souls for you, Jerusalem" and their brethren in Jordan yell "We sacrifice our blood and soul for Al-Aqsa"? Why does King Fahd of Saudi Arabia call on Muslim states to protect "the holy city [that] belongs to all Muslims across the world"? Why did two surveys of American Muslims find Jerusalem their most pressing foreign policy issue?

Because of politics. An historical survey shows that the stature of the city, and the emotions surrounding it, inevitably rises for Muslims when Jerusalem has political significance. Conversely, when the utility of Jerusalem expires, so does its status and the passions about it. This pattern first emerged during the lifetime of the Prophet Muhammad in the early seventh century. Since then, it has been repeated on five occasions: in the late seventh century, in the twelfth century Countercrusade, in the thirteenth century Crusades, during the era of British rule (1917-48), and since Israel took the city in 1967. The consistency that emerges in such a long period provides an important perspective on the current confrontation.

I. The Prophet Muhammad

According to the Arabic literary sources, Muhammad in A.D. 622 fled his home town of Mecca for Medina, a city with a substantial Jewish population. On arrival in Medina, if not slightly earlier, the Qur’an adopted a number of practices friendly to Jews: a Yom Kippur-like fast, a synagogue-like place of prayer, permission to eat kosher food, and approval to marry Jewish women. Most important, the Qur’an repudiated the pre-Islamic practice of the Meccans to pray toward the Ka`ba, the small stone structure at the center of the main mosque in Mecca. Instead, it adopted the Judaic practice of facing the Temple Mount in Jerusalem during prayer. (Actually, the Qur’an only mentions the direction as "Syria"; other information makes it clear that Jerusalem is meant.)

This, the first qibla (direction of prayer) of Islam, did not last long. The Jews criticized the new faith and rejected the friendly Islamic gestures; not long after, the Qur’an broke with them, probably in early 624. The explanation of this change comes in a Qur’anic verse instructing the faithful no longer to pray toward Syria but instead toward Mecca. The passage (2:142-52) begins by anticipating questions about this abrupt change:
The Fools among the people will say: "What has turned them [the Muslims] from the qibla to which they were always used?"
God then provides the answer:
We appointed the qibla that to which you was used, only to test those who followed the Messenger [Muhammad] from those who would turn on their heels [on Islam].
In other words, the new qibla served as a way to distinguish Muslims from Jews. From now on, Mecca would be the direction of prayer:
now shall we turn you to a qibla that shall please you. Then turn your face in the direction of the Sacred Mosque [in Mecca]. Wherever you are, turn your faces in that direction.
The Qur’an then reiterates the point about no longer paying attention to Jews:
Even if you were to bring all the signs to the people of the Book [i.e., Jews], they would not follow your qibla.
Muslims subsequently accepted the point implicit to the Qur’anic explanation, that the adoption of Jerusalem as qibla was a tactical move to win Jewish converts. "He chose the Holy House in Jerusalem in order that the People of the Book [i.e., Jews] would be conciliated," notes At-Tabari, an early Muslim commentator on the Qur’an, "and the Jews were glad." Modern historians agree: W. Montgomery Watt, a leading biographer of Muhammad, interprets the prophet’s "far-reaching concessions to Jewish feeling" in the light of two motives, one of which was "the desire for a reconciliation with the Jews."

After the Qur’an repudiated Jerusalem, so did the Muslims: the first description of the town under Muslim rule comes from the visiting Bishop Arculf, a Gallic pilgrim, in 680, who reported seeing "an oblong house of prayer, which they [the Muslims] pieced together with upright plans and large beams over some ruined remains." Not for the last time, safely under Muslim control, Jerusalem became a backwater.

This episode set the mold that would be repeated many times over succeeding centuries: Muslims take interest religiously in Jerusalem because of pressing but temporary concerns. Then, when those concerns lapse, so does the focus on Jerusalem, and the city’s standing greatly diminishes.

II. Umayyads

The second round of interest in Jerusalem occurred during the rule of the Damascus-based Umayyad dynasty (661-750). A dissident leader in Mecca, ‘Abdullah b. az-Zubayr began a revolt against the Umayyads in 680 that lasted until his death in 692; while fighting him, Umayyad rulers sought to aggrandize Syria at the expense of Arabia (and perhaps also to help recruit an army against the Byzantine Empire). They took some steps to sanctify Damascus, but mostly their campaign involved what Amikam Elad of the Hebrew University calls an "enormous" effort "to exalt and to glorify" Jerusalem. They may even have hoped to make it the equal of Mecca.

The first Umayyad ruler, Mu‘awiya, chose Jerusalem as the place where he ascended to the caliphate; he and his successors engaged in a construction program – religious edifices, a palace, and roads – in the city. The Umayyads possibly had plans to make Jerusalem their political and administrative capital; indeed, Elad finds that they in effect treated it as such. But Jerusalem is primarily a city of faith, and, as the Israeli scholar Izhak Hasson explains, the "Umayyad regime was interested in ascribing an Islamic aura to its stronghold and center." Toward this end (as well as to assert Islam’s presence in its competition with Christianity), the Umayyad caliph built Islam’s first grand structure, the Dome of the Rock, right on the spot of the Jewish Temple, in 688-91. This remarkable building is not just the first monumental sacred building of Islam but also the only one that still stands today in roughly its original form.

The next Umayyad step was subtle and complex, and requires a pause to note a passage of the Qur’an (17:1) describing the Prophet Muhammad’s Night Journey to heaven (isra’):
Glory to He who took His servant by night from the Sacred Mosque to the furthest mosque. (Subhana allathina asra bi-‘abdihi laylatan min al-masjidi al-harami ila al-masjidi al-aqsa.)
When this Qur’anic passage was first revealed, in about 621, a place called the Sacred Mosque already existed in Mecca. In contrast, the "furthest mosque" was a turn of phrase, not a place. Some early Muslims understood it as metaphorical or as a place in heaven. And if the "furthest mosque" did exist on earth, Palestine would seem an unlikely location, for many reasons. Some of them:
Elsewhere in the Qur’an (30:1), Palestine is called "the closest land" (adna al-ard).

Palestine had not yet been conquered by the Muslims and contained not a single mosque.

The "furthest mosque" was apparently identified with places inside Arabia: either Medina or a town called Ji‘rana, about ten miles from Mecca, which the Prophet visited in 630.

The earliest Muslim accounts of Jerusalem, such as the description of Caliph ‘Umar’s reported visit to the city just after the Muslims conquest in 638, nowhere identify the Temple Mount with the "furthest mosque" of the Qur’an.

The Qur’anic inscriptions that make up a 240-meter mosaic frieze inside the Dome of the Rock do not include Qur’an 17:1 and the story of the Night Journey, suggesting that as late as 692 the idea of Jerusalem as the lift-off for the Night Journey had not yet been established. (Indeed, the first extant inscriptions of Qur’an 17:1 in Jerusalem date from the eleventh century.)

Muhammad ibn al-Hanafiya (638-700), a close relative of the Prophet Muhammad, is quoted denigrating the notion that the prophet ever set foot on the Rock in Jerusalem; "these damned Syrians," by which he means the Umayyads, "pretend that God put His foot on the Rock in Jerusalem, though [only] one person ever put his foot on the rock, namely Abraham." Then, in 715, to build up the prestige of their dominions, the Umayyads did a most clever thing: they built a second mosque in Jerusalem, again on the Temple Mount, and called this one the Furthest Mosque (al-masjid al-aqsa, Al-Aqsa Mosque). With this, the Umayyads retroactively gave the city a role in Muhammad’s life. This association of Jerusalem with al-masjid al-aqsa fit into a wider Muslim tendency to identify place names found in the Qur’an: "wherever the Koran mentions a name of an event, stories were invented to give the impression that somehow, somewhere, someone, knew what they were about."

Despite all logic (how can a mosque built nearly a century after the Qur’an was received establish what the Qur’an meant?), building an actual Al-Aqsa Mosque, the Palestinian historian A. L. Tibawi writes, "gave reality to the figurative name used in the Koran." It also had the hugely important effect of inserting Jerusalem post hoc into the Qur’an and making it more central to Islam. Also, other changes resulted. Several Qur’anic passages were re-interpreted to refer to this city. Jerusalem came to be seen as the site of the Last Judgment. The Umayyads cast aside the non-religious Roman name for the city, Aelia Capitolina (in Arabic, Iliya) and replaced it with Jewish-style names, either Al-Quds (The Holy) or Bayt al-Maqdis (The Temple). They sponsored a form of literature praising the "virtues of Jerusalem," a genre one author is tempted to call "Zionist." Accounts of the prophet’s sayings or doings (Arabic: hadiths, often translated into English as "Traditions") favorable to Jerusalem emerged at this time, some of them equating the city with Mecca. There was even an effort to move the pilgrimage (hajj) from Mecca to Jerusalem.

Scholars agree that the Umayyads’ motivation to assert a Muslim presence in the sacred city had a strictly utilitarian purpose. The Iraqi historian Abdul Aziz Duri finds "political reasons" behind their actions. Hasson concurs:
The construction of the Dome of the Rock and al-Aqsa mosque, the rituals instituted by the Umayyads on the Temple Mount and the dissemination of Islamic-oriented Traditions regarding the sanctity of the site, all point to the political motives which underlay the glorification of Jerusalem among the Muslims.
Thus did a politically-inspired Umayyad building program lead to the Islamic sanctification of Jerusalem.

Abbasid Rule

Then, with the Umayyad demise in 750 and the move of the caliph’s capital to Baghdad, "imperial patronage became negligible" and Jerusalem fell into near-obscurity. For the next three and a half centuries, books praising this city lost favor and the construction of glorious buildings not only came to an end but existing ones fell apart (the dome over the rock collapsed in 1016). Gold was stripped off the dome to pay for Al-Aqsa repair work. City walls collapsed. Worse, the rulers of the new dynasty bled Jerusalem and its region country through what F. E. Peters of New York University calls "their rapacity and their careless indifference." The city declined to the point of becoming a shambles. "Learned men are few, and the Christians numerous," bemoaned a tenth-century Muslim native of Jerusalem. Only mystics continued to visit the city.

In a typical put-down, another tenth-century author described the city as "a provincial town attached to Ramla," a reference to the tiny, insignificant town serving as Palestine’s administrative center. Elad characterizes Jerusalem in the early centuries of Muslim rule as "an outlying city of diminished importance." The great historian S. D. Goitein notes that the geographical dictionary of al-Yaqut mentions Basra 170 times, Damascus 100 times, and Jerusalem only once, and that one time in passing. He concludes from this and other evidence that, in its first six centuries of Muslim rule, "Jerusalem mostly lived the life of an out-of-the-way provincial town, delivered to the exactions of rapacious officials and notables, often also to tribulations at the hands of seditious fellahin [peasants] or nomads. . . . Jerusalem certainly could not boast of excellence in the sciences of Islam or any other fields."

By the early tenth century, notes Peters, Muslim rule over Jerusalem had an "almost casual" quality with "no particular political significance." Later too: Al-Ghazali, sometimes called the "Thomas Aquinas of Islam," visited Jerusalem in 1096 but not once refers to the Crusaders heading his way.

III. Early Crusades

The Crusader conquest of Jerusalem in 1099 initially aroused a very mild Muslim response. The Franks did not rate much attention; Arabic literature written in Crusader-occupied towns tended not even to mention them . Thus, "calls to jihad at first fell upon deaf ears," writes Robert Irwin, formerly of the University of St Andrews in Scotland. Emmanuel Sivan of the Hebrew University adds that "one does not detect either shock or a sense of religious loss and humiliation."

Only as the effort to retake Jerusalem grew serious in about 1150 did Muslim leaders seek to rouse jihad sentiments through the heightening of emotions about Jerusalem. Using the means at their disposal (hadiths, "virtues of Jerusalem" books, poetry), their propagandists stressed the sanctity of Jerusalem and the urgency of its return to Muslim rule. Newly-minted hadiths made Jerusalem ever-more critical to the Islamic faith; one of them put words into the Prophet Muhammad’s mouth saying that, after his own death, Jerusalem’s falling to the infidels is the second greatest catastrophe facing Islam. Whereas not a single "virtues of Jerusalem" volume appeared in the period 1100-50, very many came out in the subsequent half century. In the 1160s, Sivan notes, "al-Quds propaganda blossomed"; and when Saladin (Salah ad-Din) led the Muslims to victory over Jerusalem in 1187, the "propaganda campaign . . . attained its paroxysm." In a letter to his Crusader opponent, Saladin wrote that the city "is to us as it is to you. It is even more important to us."

The glow of the reconquest remained bright for several decades thereafter; for example, Saladin’s descendants (known as the Ayyubid dynasty, which ruled until 1250) went on a great building and restoration program in Jerusalem, thereby imbuing the city with a more Muslim character. Until this point, Islamic Jerusalem had consisted only of the shrines on the Temple Mount; now, for the first time, specifically Islamic buildings (Sufi convents, schools) were built in the surrounding city. Also, it was at this time, Oleg Grabar of Princeton’s Institute of Advanced Study notes, that the Dome of the Rock came to be seen as the exact place where Muhammad’s ascension to heaven (mi‘raj) took place during his Night Journey: if the "furthest mosque" is in Jerusalem, then Muhammad’s Night Journey and his subsequent visit to heaven logically took place on the Temple Mount—indeed, on the very rock from which Jesus was thought to have ascended to heaven.

IV. Ayyubids

But once safely back in Muslim hands, interest in Jerusalem again dropped; "the simple fact soon emerged that al-Quds was not essential to the security of an empire based in Egypt or Syria. Accordingly, in times of political or military crisis, the city proved to be expendable," writes Donald P. Little of McGill University. In particular, in 1219, when the Europeans attacked Egypt in the Fifth Crusade, a grandson of Saladin named al-Mu‘azzam decided to raze the walls around Jerusalem, fearing that were the Franks to take the city with walls, "they will kill all whom they find there and will have the fate of Damascus and lands of Islam in their hands." Pulling down Jerusalem’s fortifications had the effect of prompting a mass exodus from the city and its steep decline.

Also at this time, the Muslim ruler of Egypt and Palestine, al-Kamil (another of Saladin’s grandsons and the brother of al-Mu‘azzam), offered to trade Jerusalem to the Europeans if only the latter would leave Egypt, but he had no takers. Ten years later, in 1229, just such a deal was reached when al-Kamil did cede Jerusalem to Emperor Friedrich II; in return, the German leader promised military aid to al-Kamil against al-Mu‘azzam, now a rival king. Al-Kamil insisted that the Temple Mount remain in Muslim hands and "all the practices of Islam" continued to be exercised there, a condition Friedrich complied with. Referring to his deal with Frederick, al-Kamil wrote in a remarkably revealing description of Jerusalem, "I conceded to the Franks only ruined churches and houses." In other words, the city that had been heroically regained by Saladin in 1187 was voluntarily traded away by his grandson just forty-two years later.

On learning that Jerusalem was back in Christian hands, Muslims felt predictably intense emotions. An Egyptian historian later wrote that the loss of the city "was a great misfortune for the Muslims, and much reproach was put upon al-Kamil, and many were the revilings of him in all the lands." By 1239, another Ayyubid ruler, an-Nasir Da’ud, managed to expel the Franks from the city.

But then he too ceded it right back to the Crusaders in return for help against one of his relatives. This time, the Christians were less respectful of the Islamic sanctuaries and turned the Temple Mount mosques into churches.

Their intrusion did not last long; by 1244 the invasion of Palestine by troops from Central Asia brought Jerusalem again under the rule of an Ayyubid; and henceforth the city remained safely under Muslim rule for nearly seven centuries. Jerusalem remained but a pawn in the Realpolitik of the times, as explained in a letter from a later Ayyubid ruler, as-Salih Ayyub, to his son: if the Crusaders threaten you in Cairo, he wrote, and they demand from you the coast of Palestine and Jerusalem, "give these places to them without delay on condition they have no foothold in Egypt."

The psychology at work here bears note: that Christian knights traveled from distant lands to make Jerusalem their capital made the city more valuable in Muslim eyes too. "It was a city strongly coveted by the enemies of the faith, and thus became, in a sort of mirror-image syndrome, dear to Muslim hearts," Sivan explains. And so fractured opinions coalesced into a powerful sensibility; political exigency caused Muslims ever after to see Jerusalem as the third most holy city of Islam (thalith al-masajid).

Mamluk and Ottoman Rule

During the Mamluk era (1250-1516), Jerusalem lapsed further into its usual obscurity – capital of no dynasty, economic laggard, cultural backwater—though its new-found prestige as an Islamic site remained intact. Also, Jerusalem became a favorite place to exile political leaders, due to its proximity to Egypt and its lack of walls, razed in 1219 and not rebuilt for over three centuries, making Jerusalem easy prey for marauders. These notables endowed religious institutions, especially religious schools, which in the aggregate had the effect of re-establishing Islam in the city. But a general lack of interest translated into decline and impoverishment. Many of the grand buildings, including the Temple Mount sanctuaries, were abandoned and became dilapidated as the city became depopulated. A fourteenth-century author bemoaned the paucity of Muslims visiting Jerusalem. The Mamluks so devastated Jerusalem that the town’s entire population at the end of their rule amounted to a miserable 4,000 souls.

The Ottoman period (1516-1917) got off to an excellent start when Suleyman the Magnificent rebuilt the city walls in 1537-41 and lavished money in Jerusalem (for example, assuring its water supply), but things then quickly reverted to type. Jerusalem now suffered from the indignity of being treated as a tax farm for non-resident, one-year (and very rapacious) officials. "After having exhausted Jerusalem, the pasha left," observed the French traveler François-René Chateaubriand in 1806. At times, this rapaciousness prompted uprisings. The Turkish authorities also raised funds for themselves by gouging European visitors; in general, this allowed them to make fewer efforts in Jerusalem than in other cities to promote the city’s economy. The tax rolls show soap as its only export. So insignificant was Jerusalem, it was sometimes a mere appendage to the governorship of Nablus or Gaza. Nor was scholarship cultivated: in 1670, a traveler reported that standards had dropped so low that even the preacher at Al-Aqsa Mosque spoke a low standard of literary Arabic. The many religious schools of an earlier era disappeared. By 1806, the population had again dropped, this time to under 9,000 residents.

Muslims during this long era could afford to ignore Jerusalem, writes the historian James Parkes, because the city "was something that was there, and it never occurred to a Muslim that it would not always be there," safely under Muslim rule. Innumerable reports during these centuries from Western pilgrims, tourists, and diplomats in Jerusalem told of the city’s execrable condition. George Sandys in 1611 found that "Much lies waste; the old buildings (except a few) all ruined, the new contemptible." Constantin Volney, one of the most scientific of observers, noted in 1784 Jerusalem’s "destroyed walls, its debris-filled moat, its city circuit choked with ruins." "What desolation and misery!" wrote Chateaubriand. Gustav Flaubert of Madame Bovary fame visited in 1850 and found "Ruins everywhere, and everywhere the odor of graves. It seems as if the Lord’s curse hovers over the city. The Holy City of three religions is rotting away from boredom, desertion, and neglect." "Hapless are the favorites of heaven," commented Herman Melville in 1857. Mark Twain in 1867 found that Jerusalem "has lost all its ancient grandeur, and is become a pauper village."

The British government recognized the minimal Muslim interest in Jerusalem during World War I. In negotiations with Sharif Husayn of Mecca in 1915-16 over the terms of the Arab revolt against the Ottomans, London decided not to include Jerusalem in territories to be assigned to the Arabs because, as the chief British negotiator, Henry McMahon, put it, "there was no place … of sufficient importance … further south" of Damascus "to which the Arabs attached vital importance."

True to this spirit, the Turkish overlords of Jerusalem abandoned Jerusalem rather than fight for it in 1917, evacuating it just in advance of the British troops. One account indicates they were even prepared to destroy the holy city. Jamal Pasha, the Ottoman commander-in-chief, instructed his Austrian allies to "blow Jerusalem to hell" should the British enter the city. The Austrians therefore had their guns trained on the Dome of the Rock, with enough ammunition to keep up two full days of intensive bombardment. According to Pierre van Paasen, a journalist, that the dome still exists today is due to a Jewish artillery captain in the Austrian army, Marek Schwartz, who rather than respond to the approaching British troops with a barrage on the Islamic holy places, "quietly spiked his own guns and walked into the British lines."

V. British Rule

In modern times, notes the Israeli scholar Hava Lazarus-Yafeh, Jerusalem "became the focus of religious and political Arab activity only at the beginning of the [twentieth] century." She ascribes the change mainly to "the renewed Jewish activity in the city and Judaism’s claims on the Western Wailing Wall." British rule over the city, lasting from 1917 to 1948, then galvanized a renewed passion for Jerusalem. Arab politicians made Jerusalem a prominent destination during the British Mandatory period. Iraqi leaders frequently turned up in Jerusalem, demonstrably praying at Al-Aqsa and giving emotional speeches. Most famously, King Faysal of Iraq visited the city and made a ceremonial entrance to the Temple Mount using the same gate as did Caliph ‘Umar when the city was first conquered in 638. Iraqi involvement also included raising funds for an Islamic university in Jerusalem, and setting up a consulate and an information office there.

The Palestinian leader (and mufti of Jerusalem) Hajj Amin al-Husayni made the Temple Mount central to his anti-Zionist political efforts. Husayni brought a contingent of Muslim notables to Jerusalem in 1931 for an international congress to mobilize global Muslim opinion on behalf of the Palestinians. He also exploited the draw of the Islamic holy places in Jerusalem to find international Muslim support for his campaign against Zionism. For example, he engaged in fundraising in several Arab countries to restore the Dome of the Rock and Al-Aqsa, sometimes by sending out pictures of the Dome of the Rock under a Star of David; his efforts did succeed in procuring the funds to restore these monuments to their former glory.

Perhaps most indicative of the change in mood was the claim that the Prophet Muhammad had tethered his horse to the western wall of the Temple Mount. As established by Shmuel Berkowitz, Muslim scholars over the centuries had variously theorized about the prophet tying horse to the eastern or southern walls—but not one of them before the Muslim-Jewish clashes at the Western Wall in 1929 ever associated this incident with the western side. Once again, politics drove Muslim piousness regarding Jerusalem.

Jordanian Rule

Sandwiched between British and Israeli eras, Jordanian rule over Jerusalem in 1948-67 offers a useful control case; true to form, when Muslims took the Old City (which contains the sanctuaries) they noticeably lost interest in it. An initial excitement stirred when the Jordanian forces captured the walled city in 1948 — as evidenced by the Coptic bishop’s crowning King ‘Abdullah as "King of Jerusalem" in November of that year—but then the usual ennui set in. The Hashemites had little affection for Jerusalem, where some of their worst enemies lived and where ‘Abdullah was assassinated in 1951. In fact, the Hashemites made a concerted effort to diminish the holy city’s importance in favor of their capital, Amman. Jerusalem had served as the British administrative capital, but now all government offices there (save tourism) were shut down; Jerusalem no longer had authority even over other parts of the West Bank. The Jordanians also closed some local institutions (e.g., the Arab Higher Committee, the Supreme Muslim Council) and moved others to Amman (the treasury of the waqf, or religious endowment).

Jordanian efforts succeeded: once again, Arab Jerusalem became an isolated provincial town, less important than Nablus. The economy so stagnated that many thousands of Arab Jerusalemites left the town: while the population of Amman increased five-fold in the period 1948-67, that of Jerusalem grew by just 50 percent. To take out a bank loan meant traveling to Amman. Amman had the privilege of hosting the country’s first university and the royal family’s many residences. Jerusalem Arabs knew full well what was going on, as evidenced by one notable’s complaint about the royal residences: "those palaces should have been built in Jerusalem, but were removed from here, so that Jerusalem would remain not a city, but a kind of village." East Jerusalem’s Municipal Council twice formally complained of the Jordanian authorities’ discrimination against their city.

Perhaps most insulting of all was the decline in Jerusalem’s religious standing. Mosques lacked sufficient funds. Jordanian radio broadcast the Friday prayers not from Al-Aqsa Mosque but from an upstart mosque in Amman. (Ironically, Radio Israel began broadcasting services from Al-Aqsa immediately after the Israel victory in 1967.) This was part of a larger pattern, as the Jordanian authorities sought to benefit from the prestige of controlling Jerusalem even as they put the city down: Marshall Breger and Thomas Idinopulos note that although King ‘Abdullah "styled himself a protector of the holy sites, he did little to promote the religious importance of Jerusalem to Muslims."

Nor were Jordan’s rulers alone in ignoring Jerusalem; the city virtually disappeared from the Arab diplomatic map. Malcolm Kerr’s well-known study on inter-Arab relations during this period (The Arab Cold War) appears not once to mention the city. No foreign Arab leader came to Jerusalem during the nineteen years when Jordan controlled East Jerusalem, and King Husayn (r. 1952-99) himself only rarely visited. King Faysal of Saudi Arabia spoke often after 1967 of his yearning to pray in Jerusalem, yet he appears never to have bothered to pray there when he had the chance. Perhaps most remarkable is that the PLO’s founding document, the Palestinian National Covenant of 1964, does not once mention Jerusalem or even allude to it.

VI. Israeli Rule

This neglect came to an abrupt end after June 1967, when the Old City came under Israeli control. Palestinians again made Jerusalem the centerpiece of their political program. The Dome of the Rock turned up in pictures everywhere, from Yasir Arafat’s office to the corner grocery. Slogans about Jerusalem proliferated and the city quickly became the single most emotional issue of the Arab-Israeli conflict. The PLO made up for its 1964 oversight by specifically mentioning Jerusalem in its 1968 constitution as "the seat of the Palestine Liberation Organization."

"As during the era of the Crusaders," Lazarus-Yafeh points out, Muslim leaders "began again to emphasize the sanctity of Jerusalem in Islamic tradition." In the process, they even relied on some of the same arguments (e.g., rejecting the occupying power’s religious connections to the city) and some of the same hadiths to back up those allegations. Muslims began echoing the Jewish devotion to Jerusalem: Arafat declared that "Al-Quds is in the innermost of our feeling, the feeling of our people and the feeling of all Arabs, Muslims, and Christians in the world." Extravagant statements became the norm (Jerusalem was now said to be "comparable in holiness" to Mecca and Medina; or even "our most sacred place"). Jerusalem turned up regularly in Arab League and United Nations resolutions. The Jordanian and Saudi governments now gave as munificently to the Jerusalem religious trust as they had been stingy before 1967.

Nor were Palestinians alone in this emphasis on Jerusalem: the city again served as a powerful vehicle for mobilizing Muslim opinion internationally. This became especially clear in September 1969, when King Faysal parlayed a fire at Al-Aqsa Mosque into the impetus to convene twenty-five Muslim heads of state and establish the Organization of the Islamic Conference, a United Nations-style institution for Muslims. In Lebanon, the fundamentalist group Hizbullah depicts the Dome of the Rock on everything from wall posters to scarves and under the picture often repeats its slogan: "We are advancing." Lebanon’s leading Shi‘i authority, Muhammad Husayn Fadlallah, regularly exploits the theme of liberating Jerusalem from Israeli control to inspire his own people; he does so, explains his biographer Martin Kramer, not for pie-in-the-sky reasons but "to mobilize a movement to liberate Lebanon for Islam."

Similarly, the Islamic Republic of Iran has made Jerusalem a central issue, following the dictate of its founder, Ayatollah Khomeini, who remarked that "Jerusalem is the property of Muslims and must return to them." Since shortly after the regime’s founding, its 1-rial coin and 1000-rial banknote have featured the Dome of the Rock (though, embarrassingly, the latter initially was mislabeled "Al-Aqsa Mosque"). Iranian soldiers at war with Saddam Husayn’s forces in the 1980s received simple maps showing their sweep through Iraq and on to Jerusalem. Ayatollah Khomeini decreed the last Friday of Ramadan as Jerusalem Day, and this commemoration has served as a major occasion for anti-Israel harangues in many countries, including Turkey, Tunisia, and Morocco. The Islamic Republic of Iran celebrates the holiday with stamps and posters featuring scenes of Jerusalem accompanied by exhortative slogans. In February 1997, a crowd of some 300,000 celebrated Jerusalem Day in the presence of dignitaries such as President Hashemi Rafsanjani. Jerusalem Day is celebrated (complete with a roster of speeches, an art exhibit, a folkloric show, and a youth program) as far off as Dearborn, Michigan.

As it has become common for Muslims to claim passionate attachment to Jerusalem, Muslim pilgrimages to the city have multiplied four-fold in recent years. A new "virtues of Jerusalem" literature has developed. So emotional has Jerusalem become to Muslims that they write books of poetry about it (especially in Western languages). And in the political realm, Jerusalem has become a uniquely unifying issue for Arabic-speakers. "Jerusalem is the only issue that seems to unite the Arabs. It is the rallying cry," a senior Arab diplomat noted in late 2000.

The fervor for Jerusalem at times challenges even the centrality of Mecca. No less a personage than Crown Prince ‘Abdullah of Saudi Arabia has been said repeatedly to say that for him, "Jerusalem is just like the holy city of Mecca." Hasan Nasrallah, the leader of Hizbullah goes further yet, declaring in a major speech: "We won’t give up on Palestine, all of Palestine, and Jerusalem will remain the place to which all jihad warriors will direct their prayers."

Dubious Claims

Along with these high emotions, four historically dubious claims promoting the Islamic claim to Jerusalem have emerged.

The Islamic connection to Jerusalem is older than the Jewish. The Palestinian "minister" of religious endowments asserts that Jerusalem has "always" been under Muslim sovereignty. Likewise, Ghada Talhami, a polemicist, asserts that "There are other holy cities in Islam, but Jerusalem holds a special place in the hearts and minds of Muslims because its fate has always been intertwined with theirs." Always? Jerusalem’s founding antedated Islam by about two millennia, so how can that be? Ibrahim Hooper of the Washington-based Council on American-Islamic Relations explains this anachronism: "the Muslim attachment to Jerusalem does not begin with the prophet Muhammad, it begins with the prophets Abraham, David, Solomon and Jesus, who are also prophets in Islam." In other words, the central figures of Judaism and Christianity were really proto-Muslims. This accounts for the Palestinian man-in-the-street declaring that "Jerusalem was Arab from the day of creation."

The Qur’an mentions Jerusalem. So complete is the identification of the Night Journey with Jerusalem that it is found in many publications of the Qur’an, and especially in translations. Some state in a footnote that the "furthest mosque" "must" refer to Jerusalem. Others take the (blasphemous?) step of inserting Jerusalem right into the text after "furthest mosque." This is done in a variety of ways. The Sale translation uses italics:
from the sacred temple of Mecca to the farther temple of Jerusalem
the Asad translation relies on square brackets:
from the Inviolable House of Worship [at Mecca] to the Remote House of Worship [at Jerusalem]
and the Behbudi-Turner version places it right in the text without any distinction at all:
from the Holy Mosque in Mecca to the Al-Aqsa Mosque in Palestine.
If the Qur’an in translation now has Jerusalem in its text, it cannot be surprising to find that those who rely on those translations believe that Jerusalem "is mentioned in the Qur’an"; and this is precisely what a consortium of American Muslim institutions claimed in 2000. One of their number went yet further; according to Hooper, "the Koran refers to Jerusalem by its Islamic centerpiece, al-Aqsa Mosque." This error has practical consequences: for example, Ahmad ‘Abd ar-Rahman, secretary-general of the PA "cabinet," rested his claim to Palestinian sovereignty on this basis: "Jerusalem is above tampering, it is inviolable, and nobody can tamper with it since it is a Qur’anic text."

Muhammad actually visited Jerusalem. The Islamic biography of the Prophet Muhammad’s life is very complete and it very clearly does not mention his leaving the Arabian Peninsula, much less voyaging to Jerusalem. Therefore, when Karen Armstrong, a specialist on Islam, writes that "Muslim texts make it clear that … the story of Muhammad’s mystical Night Journey to Jerusalem … was not a physical experience but a visionary one," she is merely stating the obvious. Indeed, this phrase is contained in an article titled, "Islam’s Stake: Why Jerusalem Was Central to Muhammad" which posits that "Jerusalem was central to the spiritual identity of Muslims from the very beginning of their faith." Not good enough. Armstrong found herself under attack for a "shameless misrepresentation" of Islam and claiming that "Muslims themselves do not believe the miracle of their own prophet."

Jerusalem has no importance to Jews. The first step is to deny a Jewish connection to the Western (or Wailing) Wall, the only portion of the ancient Temple that still stands. In 1967, a top Islamic official of the Temple Mount portrayed Jewish attachment to the wall as an act of "aggression against al-Aqsa mosque." The late King Faysal of Saudi Arabia spoke on this subject with undisguised scorn: "The Wailing Wall is a structure they weep against, and they have no historic right to it. Another wall can be built for them to weep against." ‘Abd al-Malik Dahamsha, a Muslim member of Israel’s parliament, has flatly stated that "the Western Wall is not associated with the remains of the Jewish Temple." The Palestinian Authority’s website states about the Western Wall that "Some Orthodox religious Jews consider it as a holy place for them, and claim that the wall is part of their temple which all historic studies and archeological excavations have failed to find any proof for such a claim." The PA’s mufti describes the Western Wall as "just a fence belonging to the Muslim holy site" and declares that "There is not a single stone in the Wailing-Wall relating to Jewish history." He also makes light of the Jewish connection, dismissively telling an Israeli interviewer, "I heard that your Temple was in Nablus or perhaps Bethlehem." Likewise, Arafat announced that Jews "consider Hebron to be holier than Jerusalem." There has even been some scholarship, from ‘Ayn Shams University in Egypt, alleging to show that Al-Aqsa Mosque predates the Jewish antiquities in Jerusalem – by no less than two thousand years.

In this spirit, Muslim institutions pressure the Western media to call the Temple Mount and the Western Wall by their Islamic names (Al-Haram ash-Sharif, Al-Buraq), and not their much older Jewish names. (Al-Haram ash-Sharif, for example, dates only from the Ottoman era.) When Western journalists do not comply, Arafat responds with outrage, with his news agency portraying this as part of a "constant conspiracy against our sanctities in Palestine" and his mufti deeming this contrary to Islamic law.

The second step is to deny Jews access to the wall. "It’s prohibited for Jews to pray at the Western Wall," asserts an Islamist leader living in Israel. The director of the Al-Aqsa Mosque asserts that "This is a place for Muslims, only Muslims. There is no temple here, only Al-Aqsa Mosque and the Dome of the Rock." The Voice of Palestine radio station demands that Israeli politicians not be allowed even to touch the wall. ‘Ikrima Sabri, the Palestinian Authority’s mufti, prohibits Jews from making repairs to the wall and extends Islamic claims further: "All the buildings surrounding the Al-Aqsa mosque are an Islamic waqf."

The third step is to reject any form of Jewish control in Jerusalem, as Arafat did in mid-2000: "I will not agree to any Israeli sovereign presence in Jerusalem." He was echoed by Saudi Arabia’s Crown Prince Abdullah, who stated that "There is nothing to negotiate about and compromise on when it comes to Jerusalem." Even Oman’s Minister of State for Foreign Affairs Yusuf bin ‘Alawi bin ‘Abdullah told the Israeli prime minister that sovereignty in Jerusalem should be exclusively Palestinian "to ensure security and stability."

The final step is to deny Jews access to Jerusalem at all. Toward this end, a body of literature blossoms that insists on an exclusive Islamic claim to all of Jerusalem. School textbooks allude to the city’s role in Christianity and Islam, but ignore Judaism. An American affiliate of Hamas claims Jerusalem as "an Arab, Palestinian and Islamic holy city." A banner carried in a street protest puts it succinctly: "Jerusalem is Arab." No place for Jews here.

Anti-Jerusalem Views

This Muslim love of Zion notwithstanding, Islam contains a recessive but persistent strain of anti-Jerusalem sentiment, premised on the idea that emphasizing Jerusalem is non-Islamic and can undermine the special sanctity of Mecca.

In the early period of Islam, the Princeton historian Bernard Lewis notes, "there was strong resistance among many theologians and jurists" to the notion of Jerusalem as a holy city. They viewed this as a "Judaizing error—as one more among many attempts by Jewish converts to infiltrate Jewish ideas into Islam." Anti-Jerusalem stalwarts circulated stories to show that the idea of Jerusalem’s holiness is a Jewish practice. In the most important of them, a converted Jew, named Ka‘b al-Ahbar, suggested to Caliph ‘Umar that Al-Aqsa Mosque be built by the Dome of the Rock. The caliph responded by accusing him of reversion to his Jewish roots:
‘Umar asked him: "Where do you think we should put the place of prayer?"

"By the [Temple Mount] rock," answered Ka‘b.

By God, Ka‘b," said ‘Umar, "you are following after Judaism. I saw you take off your sandals [following Jewish practice]."

"I wanted to feel the touch of it with my bare feet," said Ka‘b.

"I saw you," said ‘Umar. "But no … Go along! We were not commanded concerning the Rock, but we were commanded concerning the Ka‘ba [in Mecca]."
Another version of this anecdote makes the Jewish content even more explicit: in this one, Ka‘b al-Ahbar tries to induce Caliph ‘Umar to pray north of the Holy Rock, pointing out the advantage of this: "Then the entire Al-Quds, that is, Al-Masjid al-Haram will be before you." In other words, the convert from Judaism is saying, the Rock and Mecca will be in a straight line and Muslims can pray toward both of them at the same time.

That Muslims for almost a year and a half during Muhammad’s lifetime directed prayers toward Jerusalem has had a permanently contradictory effect on that city’s standing in Islam. The incident partially imbued Jerusalem with prestige and sanctity, but it also made the city a place uniquely rejected by God. Some early hadiths have Muslims expressing this rejection by purposefully praying with their back sides to Jerusalem, a custom that still survives in vestigial form; he who prays in Al-Aqsa Mosque not coincidentally turns his back precisely to the Temple area toward which Jews pray. Or, in Prime Minister Ariel Sharon’s sharp formulation: when a Muslim prays in Al-Aqsa, "his back is to it. Also some of his lower parts."

Ibn Taymiya (1263-1328), one of Islam’s strictest and most influential religious thinkers, is perhaps the outstanding spokesman of the anti-Jerusalem view. In his wide-ranging attempt to purify Islam of accretions and impieties, he dismissed the sacredness of Jerusalem as a notion deriving from Jews and Christians, and also from the long-ago Umayyad rivalry with Mecca. Ibn Taymiya’s student, Ibn Qayyim al-Jawziya (1292-1350), went further and rejected hadiths about Jerusalem as false. More broadly, learned Muslims living after the Crusades knew that the great publicity given to hadiths extolling Jerusalem’s sanctity resulted from the Countercrusade—from political exigency, that is—and therefore treated them warily.

There are other signs too of Jerusalem’s relatively low standing in the ladder of sanctity: a historian of art finds that, "in contrast to representations of Mecca, Medina, and the Ka‘ba, depictions of Jerusalem are scanty." The belief that the Last Judgment would take place in Jerusalem was said by some medieval authors to be a forgery to induce Muslims to visit the city.

Modern writers sometimes take exception to the envelope of piety that has surrounded Jerusalem. Muhammad Abu Zayd wrote a book in Egypt in 1930 that was so radical that it was withdrawn from circulation and is no longer even extant. In it, among many other points, he
dismissed the notion of the Prophet’s heavenly journey via Jerusalem, claiming that the Qur’anic rendition actually refers to his Hijra from Mecca to Madina; "the more remote mosque" (al-masjid al-aqsa) thus had nothing to do with Jerusalem, but was in fact the mosque in Madina.
That this viewpoint is banned shows the nearly complete victory in Islam of the pro-Jerusalem viewpoint. Still, an occasional expression still filters through. At a summit meeting of Arab leaders in March 2001, Mu‘ammar al-Qadhdhafi made fun of his colleagues’ obsession with Al-Aqsa Mosque. "The hell with it," delegates quoted him saying, "you solve it or you don’t, it’s just a mosque and I can pray anywhere."

Conclusion

Politics, not religious sensibility, has fueled the Muslim attachment to Jerusalem for nearly fourteen centuries; what the historian Bernard Wasserstein has written about the growth of Muslim feeling in the course of the Countercrusade applies through the centuries: "often in the history of Jerusalem, heightened religious fervour may be explained in large part by political necessity." This pattern has three main implications. First, Jerusalem will never be more than a secondary city for Muslims; "belief in the sanctity of Jerusalem," Sivan rightly concludes, "cannot be said to have been widely diffused nor deeply rooted in Islam." Second, the Muslim interest lies not so much in controlling Jerusalem as it does in denying control over the city to anyone else. Third, the Islamic connection to the city is weaker than the Jewish one because it arises as much from transitory and mundane considerations as from the immutable claims of faith.

Mecca, by contrast, is the eternal city of Islam, the place from which non-Muslims are strictly forbidden. Very roughly speaking, what Jerusalem is to Jews, Mecca is to Muslims – a point made in the Qur’an itself (2:145) in recognizing that Muslims have one qibla and "the people of the Book" another one. The parallel was noted by medieval Muslims; the geographer Yaqut (1179-1229) wrote, for example, that "Mecca is holy to Muslims and Jerusalem to the Jews." In modern times, some scholars have come to the same conclusion: "Jerusalem plays for the Jewish people the same role that Mecca has for Muslims," writes Abdul Hadi Palazzi, director of the Cultural Institute of the Italian Islamic Community.

The similarities are striking. Jews pray thrice to Jerusalem, Muslims five times daily to Mecca. Muslims see Mecca as the navel of the world, just as Jews see Jerusalem. Whereas Jews believe Abraham nearly sacrificed Ishmael’s brother Isaac in Jerusalem, Muslims believe this episode took place in Mecca. The Ka‘ba in Mecca has similar functions for Muslims as the Temple in Jerusalem for Jews (such as serving as a destination for pilgrimage). The Temple and Ka‘ba are both said to be inimitable structures. The supplicant takes off his shoes and goes barefoot in both their precincts. Solomon’s Temple was inaugurated on Yom Kippur, the tenth day of the year, and the Ka‘ba receives its new cover also on the tenth day of each year. If Jerusalem is for Jews a place so holy that not just its soil but even its air is deemed sacred, Mecca is the place whose "very mention reverberates awe in Muslims’ hearts," according to Abad Ahmad of the Islamic Society of Central Jersey.

This parallelism of Mecca and Jerusalem offers the basis of a solution, as Sheikh Palazzi wisely writes:
separation in directions of prayer is a mean to decrease possible rivalries in management of Holy Places. For those who receive from Allah the gift of equilibrium and the attitude to reconciliation, it should not be difficult to conclude that, as no one is willing to deny Muslims a complete sovereignty over Mecca, from an Islamic point of view – notwithstanding opposite, groundless propagandistic claims – there is not any sound theological reason to deny an equal right of Jews over Jerusalem.
To back up this view, Palazzi notes several striking and oft-neglected passages in the Qur’an. One of them (5:22-23) quotes Moses instructing the Jews to "enter the Holy Land (al-ard al-muqaddisa) which God has assigned unto you." Another verse (17:104) has God Himself making the same point: "We said to the Children of Israel: ‘Dwell securely in the Land.’" Qur’an 2:145 states that the Jews "would not follow your qibla; nor are you going to follow their qibla," indicating a recognition of the Temple Mount as the Jews’ direction of prayer. "God himself is saying that Jerusalem is as important to Jews as Mecca is to Moslems," Palazzi concludes.

His analysis has a clear and sensible implication: just as Muslims rule an undivided Mecca, Jews should rule an undivided Jerusalem.

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Nov. 18, 2001 update: For updates to this analysis, see "More on the Muslim Claim to Jerusalem."

Sep. 3, 2002 update: "The Prophet’s Night Journey to Jerusalem" takes up a fascinating new analysis by Ahmad Muhammad ‘Arafa.

May 10, 2004 update: "Constructing a Counterfeit History of Jerusalem" builds on one aspect of this article.

Jan. 4, 2006 update: I dramatize today one of the implications of this article at "Offer: $1 million for Finding "Jerusalem" in the Koran."

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Voir aussi tout récemment:

A mesure que les Israéliens laïques se sentent de plus en plus indifférents envers Jérusalem, le sionisme musulman se révèle plus fervent, émotionnellement et politiquement, que l’original juif.

Le sionisme musulman
par Daniel Pipes
New York Sun
6 juin 2006

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Le sionisme musulman serait-il plus puissant que le sionisme juif?

La question peut paraître absurde, mais elle ne l’est pas.

Le sionisme juif est issu de trois millénaires de passion constante pour Jérusalem, une passion qui resta florissante malgré l’éparpillement des Juifs, loin de leur ville sainte. Cet amour de Sion inspira le plus extraordinaire des mouvements nationalistes du XXe siècle, motivant des populations disséminées aux quatre coins du monde à revenir dans leur ancienne patrie, à raviver une langue morte et à créer un nouvel État – et ce contre une opposition intense.

L’histoire du sionisme musulman, en revanche, est incertaine, erratique, basée sur l’instrumentalisation de la cité. À chaque fois que, depuis le VIIe siècle, Jérusalem représenta un centre d’intérêt politique et religieux musulman, ce fut pour satisfaire des besoins utilitaires. Lorsque Jérusalem servait les ambitions théologiques ou politiques musulmanes, la ville gagnait en estime et en charge émotionnelle parmi les Musulmans. Et lorsque cette utilité disparaissait, l’intérêt musulman tombait aussitôt. Ce schéma cyclique s’est répété à six reprises en quatorze siècles.

La première occurrence en est relatée dans le Coran, qui indique que Dieu ordonna à Mahomet, en 622, de prier en direction de Jérusalem, puis, 17 mois plus tard, de prier de nouveau en direction de La Mecque. Les sources littéraires arabes admettent que l’intermède de Jérusalem constituait une tentative avortée de convaincre les Juifs d’adopter la nouvelle religion islamique.

Le même principe utilitaire se retrouve à l’ère moderne. L’oubli dans lequel les Ottomans laissèrent Jérusalem au XIXe siècle incita l’écrivain français Gustave Flaubert à la décrire ainsi: «des ruines partout, et partout l’odeur des tombeaux. (…) La ville sainte de trois religions pourrit d’ennui, de désertion et de négligence.» Les Arabes palestiniens ne redécouvrirent Jérusalem qu’après sa conquête par les Britanniques, en 1917, et l’utilisèrent alors pour éveiller la colère musulmane contre le pouvoir impérial. Mais cet intérêt chuta à nouveau après que les forces jordaniennes se soient emparées de la ville, en 1948.

Il ne se ranima qu’en 1967, lorsque la ville entière se retrouva sous contrôle israélien. La passion musulmane pour Jérusalem monta en flèche au cours des quatre dernières décennies, au point que le sionisme musulman en vint à imiter fidèlement le sionisme juif. Voici deux similarités notables:

Impact émotionnel. Ehud Olmert, le premier ministre israélien actuel, déclara en 1997 que Jérusalem est «la plus pure expression de tout ce pour quoi les Juifs prièrent, rêvèrent, pleurèrent et moururent durant les 2000 ans qui nous séparent de la destruction du second Temple». Yasser Arafat, de l’Autorité palestinienne, fit écho à ces propos en 2000, clamant que Jérusalem est «au plus profond de nos sentiments, des sentiments de notre peuple et des sentiments de tous les Arabes, les Musulmans et les Chrétiens».

Capitale éternelle. Le président israélien Weizman rappela au pape Jean-Paul II, alors en visite à Jérusalem, en mars 2000, que la ville restait la capitale «éternelle» d’Israël. Le lendemain, Arafat souhaita la bienvenue au souverain pontife «en Palestine et dans sa capitale éternelle, Jérusalem». De même, les leaders juifs et musulmans qui rencontrèrent le pape parlèrent de Jérusalem comme de leur capitale éternelle.

En généralisant cet aspect, l’analyste Khalid Durán relevait en 1999 l’existence d’«une tentative d’islamiser le sionisme (…) dans le sens que l’importance de Jérusalem pour les Juifs et leur attachement pour la ville sont maintenant usurpés par les Musulmans palestiniens» (il est intéressant de noter que cette évolution s’inscrit dans une tendance plus générale du nationalisme arabe palestinien à imiter le nationalisme juif).

Cet effort porte ses fruits. Ainsi, à mesure que les Israéliens laïques se sentent de plus en plus indifférents envers Jérusalem, le sionisme musulman se révèle plus fervent, émotionnellement et politiquement, que l’original juif. L’exemple de la Journée de Jérusalem est parlant à cet égard.

La Journée de Jérusalem d’Israël commémore l’unification de la ville sous son contrôle, en 1967. Mais, comme l’écrit Israel Harel dans Haaretz, cette célébration a passé du rang de fête nationale à celui de simple «fête des communautés religieuses». En revanche, la version musulmane de la Journée de Jérusalem – instituée onze ans plus tard, en 1979, par l’ayatollah Khomeiny – attire des foules de près de 300 000 personnes dans la lointaine Téhéran, où elle sert de plate-forme à la diffusion de harangues passionnées et bénéficie d’un soutien sans cesse croissant dans le monde musulman.

Un sondage de 2001 révéla que 60% des Israéliens seraient prêts à accepter la division de Jérusalem; le mois dernier, le gouvernement Olmert annonça son intention de partager la ville, sans soulever de tollé général.

J’en conclus donc que l’usage musulman de Sion constitue actuellement une force plus vigoureuse que l’amour juif de Sion.

Muslim Zionism
by Daniel Pipes
New York Sun
June 6, 2006

[NY Sun title: "The Power of Muslim Zionism"]

Might Muslim Zionism be stronger than Jewish Zionism?

Although the question may sound preposterous, it is not.

Jewish Zionism evolved out of a steadfast three-millennium-old love of Jerusalem that flourished despite a dispersion that settled Jews far from their holy city. This love of Zion inspired the most extraordinary nationalist movement of the 20th century, one that motivated a far-flung population to relocate to their ancient homeland, revive a dead language, and establish a new polity – and to do so against intense opposition.

Muslim Zionism, by contrast, has a conditional and erratic history, one based on an instrumental view of the city. Each time Jerusalem has emerged as a focal point of Muslim religious and political interest since the seventh century, it has been in response to specific utilitarian needs. When Jerusalem served Muslim theological or political purposes, the city grew in Muslim esteem and emotions. When those needs lapsed, Muslim interest promptly waned. This cyclical pattern has repeated itself six times over 14 centuries.

In the first such instance, an account in the Koran tells how God instructed Muhammad in 622 to pray toward Jerusalem and 17 months later redirected him to pray toward Mecca. The Arabic literary sources agree that the Jerusalem interlude constituted a failed effort to win over Jews to the new Islamic religion.

The same utilitarian pattern holds in modern times. Ottoman neglect of Jerusalem in the 19th century prompted the French novelist Gustav Flaubert to describe it as "Ruins everywhere, and everywhere the odor of graves. … The Holy City of three religions is rotting away from boredom, desertion, and neglect." Palestinian Arabs rediscovered Jerusalem only after the British conquered it in 1917, when they used it to rouse Muslim sentiments against imperial control. After Jordanian forces seized the city in 1948, however, interest again plummeted.

It revived only in 1967, when the whole city came under Israeli control. Muslim passion for Jerusalem has soared over the past four decades, to the point that Muslim Zionism closely imitates Jewish Zionism. Note two similarities:

Emotional significance: Ehud Olmert, today the prime minister of Israel, said in 1997 that Jerusalem represents "the purest expression of all that Jews prayed for, dreamed of, cried for, and died for in the 2,000 years since the destruction of the Second Temple." The Palestinian Authority’s Yasser Arafat echoed his words in 2000, declaring that Jerusalem "is in the innermost of our feeling, the feeling of our people and the feeling of all Arabs, Muslims, and Christians."
• Eternal capital: Israel’s President Ezer Weizman reminded Pope John Paul II en route to his visit to Jerusalem in March 2000 that the city remains Israel’s "eternal" capital. A day later, Arafat welcomed the pontiff to "Palestine and its eternal capital, Jerusalem." Jewish and Muslim religious leaders meeting with the pope likewise spoke of Jerusalem as their eternal capital.

Generalizing, the analyst Khalid Durán observed in 1999 that "there is an attempt to Islamize Zionism … in the sense that the importance of Jerusalem to Jews and their attachment to it is now usurped by Palestinian Muslims." (Interestingly, this follows a larger pattern of Palestinian Arab nationalism imitating Jewish nationalism.)

This effort is working, to the point that, as secular Israelis increasingly find themselves unmoved by Jerusalem, Muslim Zionism is emotionally and politically more fervid than its Jewish original. Note the example of rival Jerusalem Days.

Israel’s Jerusalem Day commemorates the city’s unification under its control in 1967. But, as Israel Harel writes in Ha’aretz, this tribute has declined from a national holiday to just "the holiday of the religious communities." By contrast, the Muslim version of Jerusalem Day – instituted 11 years later, by Ayatollah Khomeini in 1979 – attracts crowds of as many as 300,000 people in distant Tehran, serves as a platform for rousing harangues, and is gaining support steadily around the Muslim world.

A 2001 poll found that 60% of Israelis are willing to divide Jerusalem; just last month, the Olmert government announced its plans to divide the city, to little outcry.

Therefore, I conclude that the Muslim use of Zion represents a more powerful force today than the Jewish love of Zion.

This text is excerpted from the Distinguished Rennert Lecture that Daniel Pipes delivered last week in Jerusalem for Bar-Ilan University.

Voir enfin:

L’esprit occidental de l’islam radical

Daniel Pipes

First Things

décembre 1995

Version originale anglaise: The Western Mind of Radical Islam

Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Fathi ash-Shiqaqi, un jeune Palestinien bien éduqué vivant à Damas, s’est vanté récemment que la littérature européenne lui soit familière. Il a raconté à un journaliste comment il avait lu et aimé Shakespeare, Dostoïevski, Tchekhov, Sartre, et Eliot. Il a parlé de sa passion particulière pour « Œdipe roi » de Sophocle, une œuvre qu’il a lue dix fois dans la traduction anglaise « et chaque fois il a versé des larmes abondantes ». Une telle connaissance du monde de la littérature et une si exquise sensibilité, n’auraient rien de remarquable, si ce n’est sur deux points – à savoir que Shiqaqi était, jusqu’à son assassinat à Malte, il y a quelques semaines, un islamiste (qui est fréquemment appelé musulman « fondamentaliste »[ou encore musulman « intégriste »] et – qu’il avait dirigé le « Islamic Jihad » (le jihad islamique), l’organisation terroriste par excellence qui avait assassiné des dizaines d’Israéliens pendant ces deux dernières années.

La familiarité de Shiqaqi avec tout ce qui a trait à l’Occident correspond au modèle type [de l'islamiste]. Le frère d’Eyad Ismaïl, l’un des auteurs de l’attentat à la bombe du World Trade Center, récemment extradé de Jordanie, dit de lui « il adorait tout ce qui est américain depuis les films de cows-boys jusqu’aux hamburgers». Sa sœur a rappelé son amour pour la télévision américaine et qu’il disait « Je veux vivre en Amérique pour toujours ». La famille a commenté « Il s’est toujours considéré comme fils de l’Amérique ». Sa mère a confirmé qu’il « adorait les Etats-Unis ». Hassan al-Turabi, le dirigeant effectif du Soudan, l’homme qui était derrière les célèbres « maisons fantômes » et la persécution brutale de la large minorité chrétienne de son pays, souvent fait étalage de sa connaissance de l’Occident, racontant à un journaliste français que la plupart des dirigeants appartenant à l’islam militant sont, comme lui-même, "de culture chrétienne, occidentale. Nous parlons vos langues. » Dans une déclaration qui résume entièrement le fait qu’ils soient tournés vers l’Occident, un islamiste à Washington a affirmé : « J’écoute Mozart, je lis Shakespeare, je regarde la Comedy Channel et je crois aussi à l’application de la Charî’a [la loi sacrée islamique]

Ce modèle nous met face à un paradoxe : les intellectuels qui souhaitent renvoyer le monde musulman au septième siècle connaissent fort bien tout ce qui touche à l’occident et ils semblent apprécier au moins quelques aspects. Comment cela peut-il se produire ? Qu’est-ce que cela indique concernant leurs forces actuelles et le futur [de l'islamisme] ?

Les dirigeants islamistes connaissent en général bien l’occident : vu qu’ils y ont vécu, ont appris ses langues et étudié les cultures. Tourabi, du Soudan, a des diplômes supérieurs de l’université de Londres et de la Sorbonne ; il a aussi passé un été aux Etats-Unis, visitant le pays dans le cadre d’un programme gouvernemental financé par le contribuable américain, destiné aux étrangers de haut niveau. Abbasi Madani, un dirigeant du Front Islamique du Salut (FIS), a obtenu un doctorat en éducation de l’université de Londres. Son homologue tunisien, Rashid al-Ghannushi, a passé une année en France et depuis 1993 réside en Grande-Bretagne. Necmettin Erbakan le politicien [ex-premier ministre] de Turquie, a étudié en Allemagne. Mousa Mohamed Abu Marzook, le chef du comité politique du Hamas, a vécu aux Etats-Unis depuis 1980, a un doctorat en ingénierie de l’université de l’Etat de Louisiane et a été classé comme résident permanent aux Etats-Unis depuis 1990. Durant des années il fut capable d’échapper aux pouvoirs de police ; Abu Marzook fut récemment arrêté à l’aéroport de New York en venant enregistrer son fils dans une école américaine.

Effectivement, le fait de vivre en Occident transforme des musulmans indifférents en islamistes. Examinant le cas de Mehdi Bazargan, Hamid Dabashi, un ingénieur iranien qui vécut en France de 1928 à 1935, dissèque le processus d’évolution que de nombreux musulmans subissent :

« En partant du principe conscient ou inconscient, exprimé ou non, qu’ils doivent demeurer fermement attachés à leurs racines islamiques, ils commencent par admirer les réalisations de « l’Occident »…Ils reconnaissent un haut état de conscience de soi idéologique de la part de « l’Occident » qu’ils identifient comme la source et la cause de ses réalisations. Ils se tournent alors vers leur propre société où de telles réalisations technologiques manquent, un fait qu’ils attribuent, alors par retour, à un déficit de conscience de soi. »

La notion clef ici, explique l’analyste français Olivier Roy, est l’idée, plutôt surprenante, que les idéologies sont « la clef du développement technique de l’Occident. Cette hypothèse conduit les Islamistes « à développer une idéologie politique moderne basée sur l’islam, qu’ils voient comme l’unique façon pour eux d’accepter le monde moderne et le meilleur moyen d’affronter l’impérialisme étranger ».

Quelques figures importantes adoptent ce modèle. L’Egyptien Sayyid Qutb alla aux Etats-Unis en 1948 comme admirateur de l’Amérique, puis il est « revenu » à l’islam pendant ses deux années de résident là-bas, devenant un des plus influents penseurs islamistes de notre époque. Ali Shari’ati d’Iran a vécu cinq ans à Paris, de 1960 à 1965 ; de cette expérience sont venues les idées-clef de la Révolution islamique. Dans d’autres cas, les penseurs islamistes ne vivent pas en Occident mais ils absorbent leurs valeurs à distance en apprenant une langue occidentale et en se plongeant dans les idées occidentales, comme l’a fait le journaliste, penseur et politicien indo-pakistanais Sayyid Abul Ala Mawdudi (1903-1979). Dans d’autres cas, ils lisent les œuvres occidentales, cela fait l’affaire. Morteza Motahhari, un des principaux acolytes de l’ayatollah Khomeini, a rédigé, ainsi, en langue persane, une analyse très documentée du marxisme.

Nombre des intellectuels importants de l’islam radical possèdent une formation de base technique certaine. Erbakan est rapidement devenu le top de la profession d’ingénierie en Turquie, où il est professeur titulaire d’une chaire à l’université technique d’Istanbul, directeur d’une entreprise de fabrication de moteurs Diesel et même président de la Chambre de commerce nationale. Layth Shubaylat, un fauteur de troubles jordanien, est aussi président de l’Association des ingénieurs jordaniens. Ces hommes sont particulièrement fiers d’être capables de concurrencer l’Occident dans le domaine où ils sont les plus forts.

Les terroristes eux-mêmes tendent aussi à s’orienter vers les sciences, bien qu’ayant poussé moins loin leur formation. Ramzi Yusuf, accusé d’être le cerveau de l’attentat à la bombe contre le World Trade Center est ingénieur en électronique et expert en explosifs, diplômé de Grande-Bretagne. Nidal Ayyad était un ingénieur chimiste plein d’avenir à Allied Signal ; et Eyad Ismaïl a étudié l’informatique et l’ingéniérie à l’université d’Etat de Wichita. Le même modèle est valable au Moyen-Orient. Salah ‘Ali ‘Uthman, l’un des trois terroristes qui ont attaqué un bus à Jérusalem en juillet 1993, était étudiant en informatique à l’université de Gaza. Le plus célèbre terroriste antisioniste de ces dernières années, Yahya Ayyash était surnommé « l’ingénieur ». De nombreux islamistes égyptiens violemment opposés au régime ont des diplômes scientifiques. Les chefs islamistes ne sont pas des paysans vivant dans une campagne qui ne change pas mais des individus tout à fait urbanisés ; beaucoup d’entre eux sont diplômés de l’université. Bien que tout leur discours tourne autour de recréer la société du Prophète Mahomet, les Islamistes sont des individus modernes à la pointe de tout ce qui touche à la vie moderne.

En contraste avec la familiarité qu’ils ont avec les usages occidentaux, les Islamistes sont éloignés de leur propre culture. Tourabi a déclaré à un journaliste français : je connais l’histoire de France mieux que celle du Soudan ; j’aime votre culture, vos peintres, vos musiciens. » Ayant découvert l’islam alors qu’ils étaient à l’âge adulte, beaucoup d’islamistes ne connaissent rien de leur propre histoire et de leurs propres traditions. Martin Kramer note que certains de « la nouvelle génération » sont des musulmans convertis, born again, connaissant mal la tradition islamique. Le ministre du Culte de la Tunisie Ali Chebbi va plus loin et affirme qu’ils « ignorent les bases mêmes de l’islam ». Comme Mawdudi, ces autodidactes mélangent un peu de ceci et un peu de cela, comme l’explique Seyyed Vali Reza Nasr.

« La formulation de Mawdudi , n’ est pas le moins du monde enracinée dans l’islam traditionnel. Il a adopté des idées et des valeurs, des mécanismes, des procédures, des expressions modernes qu’il a incorporés dans une structure islamique…Il ne cherche pas à ressusciter un ordre atavique mais il cherche à moderniser la conception traditionnelle de la vie et de la pensée islamiques. Sa vision des choses représente une rupture claire avec la tradition islamique et une lecture de l’islam fondamentalement nouvelle qui prend exemple sur la pensée moderne.

A y réfléchir, ce manque de connaissance n’a rien de surprenant. Les islamistes sont des individus éduqués selon des méthodes modernes et qui cherchent des solutions à des problèmes modernes. Le Prophète peut les inspirer mais ils l’approchent à travers le filtre de la fin du vingtième siècle. Et sans le vouloir ils remplacent les usages de l’islam traditionnel par les usages occidentaux.

L’islam traditionnel- la religion extrêmement gratifiante de presque un milliard de fidèles- a développé une civilisation qui, sur plus d’un millénaire, a fourni des directives d’existence aux jeunes comme aux vieux, aux riches comme aux pauvres, aux érudits comme aux ignorants, aux Marocains comme aux Malais. Détachés de leur tradition, les islamistes semblent vouloir l’abandonner dans un effort chimérique pour revenir aux façons de vivre pures et simples de Mahomet. Pour se rattacher spirituellement aux premières années de l’islam, quand le prophète était vivant et la religion était nouvelle, ils cherchent à sauter par-dessus treize siècles. Les questions les plus banales sont une occasion de rappeler le temps du Prophète. C’est ainsi qu’un auteur décrit les « tactiques de survie » utilisées par les étudiants musulmans dans les universités américaines pour conserver leur identité islamique comme étant « très semblables à celles des premiers musulmans durant l’Hégire [ Exil de Mahomet de la Mecque à Médine] »

Cependant les islamistes se voient non pas rattachés à la tradition mais engagés dans une entreprise tout à fait nouvelle. Selon le leader spirituel de l’Iran, Ali Hoseyni Khamenei « Le système islamique que l’imam [Khomeini] a créé…n’a pas existé au cours de l’histoire, excepté au commencement [de l'islam]. De façon similaire, Ghannushi affirme que « l’islam est ancien mais le mouvement islamiste est récent. » En rejetant un millénaire entier, les islamistes jettent une bonne partie de [l'héritage] de leurs propres sociétés, depuis le grand Corpus de savoir coranique jusqu’aux interprétations finement ciselées des interprétations de la loi.

Au contraire, ils admirent l’efficacité des usines et des armées. Le monde musulman leur semble arriéré et ils cherchent à le remettre à jour en lui appliquant des techniques modernes. Quand les choses vont lentement, ils accusent l’Occident de leur refuser la technologie. Ainsi ‘Ali Akbar Mohtashemi, l’Iranien archi-radical déplore, en se plaignant, que « les Etats-Unis et l’Occident ne nous donneront jamais la technologie » pour poursuivre ce qu’il appelle curieusement « la science de l’industrialisation ».

Le but des islamistes s’avère ne pas être un ordre vraiment islamique mais une version très imprégnée de l’Occident. C’est particulièrement apparent dans quatre domaines : la religion, la vie quotidienne, la politique et la loi. Ce n’était certainement pas leur intention, mais les musulmans militants ont introduit quelques notions clairement chrétiennes dans leur islam. L’islam traditionnel était caractérisé par des organisations informelles. Pratiquement toute décision importante- établir un texte canonique du Coran, exclure la recherche philosophique ou choisir des érudits religieux- était prise de manière déstructurée et consensuelle. Cela a été le génie de cette religion, et cela a signifié que les gouvernants qui ont essayé de contrôler l’institution religieuse ont généralement échoué.

Les islamistes ignorant leur héritage, ont établi des structures comme celles d’une église. La tendance a commencé en Arabie saoudite, où les autorités ont créé un tas de nouvelles institutions. Déjà en 1979, Khalid Duren décrivait l’émergence d’une « hiérarchie de prêtres avec tout leur attirail. »

« Un certain nombre de fonctionnaires religieux ont vu le jour dont les postes étaient inconnus auparavant comme par exemple : le Secrétaire de la Ligue Islamique Mondiale, le Secrétaire Général de la Conférence Islamique, le Recteur de l’Université Islamique de Médine- et j’en passe. Pour la première fois dans l’histoire, l’imam de la Ka’ba a été envoyé en tournée dans les pays étrangers, comme si c’était un nonce apostolique. »

La République islamique d’Iran a bientôt suivi le modèle saoudien et est même allée au-delà comme l’explique Shahrough Aklavi, instituant un contrôle du clergé inspiré du modèle catholique.

« La centralisation qui s’est produite dans l’institution religieuse en Iran est sans précédent, et les actions qui ont été entreprises ressemblent à ce qui existe dans la tradition habituelle ecclésiastique de l’église en Occident. Par exemple, en 1982, Khomeini a tout fait pour que son principal rival l’ayatollah Muhammad Kazim Shari’atmadari (décédé en 1986) soit « défroqué » et « excommunié », alors qu’aucun dispositif d’application de ce genre n’a jamais existé en Islam. D’autres orientations, comme le contrôle centralisé sur les budgets, les salaires du corps professoral, les programmes dans les séminaires, la création de milices religieuses, en monopolisant la représentation des intérêts et en élaborant un combat pour la civilisation (Kulturkampf) dans le domaine des arts, de la famille et d’autres questions sociales, révèlent une tendance croissante à créer un « épiscopat islamique » en Iran. »

De manière encore plus frappante, Akhavi note comment Khomeini s’est fait lui-même pape.

« La pratique de Khomeini d’émettre des fatwas faisant autorité, auxquelles il faut obligatoirement obéir, équivaut à conférer au Guide suprême des pouvoirs qui ne sont pas différents de ceux du Pape dans l’Eglise catholique. Après tout, l’obéissance aux fatwas d’un ecclésiastique dans le passé n’a jamais été obligatoire.

En créant cette fausse hiérarchie chrétienne, les islamistes ont inventé quelque chose de plus occidental qu’islamique. De façon similaire, les islamistes ont transformé le vendredi en Sabbat, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant. Traditionnellement, le vendredi était un jour de rassemblement pour la prière, pas un jour de repos. En effet, la notion même de Sabbat est étrangère à l’esprit strictement monothéiste de l’islam, qui considère que la notion de Dieu selon laquelle Dieu aurait besoin d’un repos comme bassement anthropomorphique. Au lieu de cela, le Coran prescrit aux musulmans de « laisser de côté leurs occupations » seulement pour faire la prière, et une fois celle-ci terminée, ils doivent « se disperser et chercher la grâce de Dieu » – en d’autres termes, se livrer au commerce. Un jour de repos rappelle tellement la pratique juive ou chrétienne que certaines autorités islamiques découragent de se reposer le vendredi. Dans la plupart des lieux et des époques, les musulmans ont toujours travaillé le vendredi, interrompu seulement par le service religieux.

Dans les temps modernes, les Etats musulmans ont imité l’Europe et adopté un jour de repos. L’empire ottoman a commencé à fermer les bureaux administratifs le mardi, un jour religieusement neutre, en 1829. Lorsque les impérialistes ont imposé le dimanche comme jour de repos hebdomadaire dans leurs colonies, c’est une pratique que beaucoup de dirigeants musulmans ont adoptée à leur tour. Après l’indépendance, pratiquement tous les gouvernements musulmans ont hérité du repos du dimanche et ils l’ont maintenu. S.D Goiten, le principal érudit sur ce sujet, note que les Etats musulmans ont agi ainsi « pour répondre aux exigences de la vie moderne et pour imiter l’Occident. »

Récemment, comme le Dimanche /Samedi ont commencé à être vus comme trop occidentaux, les chefs d’Etat musulmans ont voulu affirmer leur identité en instituant le vendredi comme jour de repos. Peu d’entre eux réalisent que, ce faisant, ils perpétuaient en fait une coutume spécifiquement judéo-chrétienne. Et comme le vendredi se transformait en jour férié ( pour les excursions familiales, les sports de spectacle etc…) les musulmans ont imité le week-end occidental.

Peut-être la plus frappante des occidentalisations que les islamistes ont introduites est celle qui concerne les femmes. Les islamistes en fait ont un point de vue plus semblable au féminisme à l’occidentale qu’à l’islam traditionnel. Les musulmans traditionnels ne prenaient pas soin de la liberté et de l’indépendance de leurs femmes mais les islamistes le font. Ahmad al-Banna, le Fondateur des Frères musulmans d’Egypte, adopte un point de vue féministe qui le conduit à réinterpréter l’histoire musulmane en fonction des normes occidentales. « Les femmes musulmanes ont été libres et indépendantes depuis quinze siècles. Pourquoi devrions-nous suivre l’exemple des femmes occidentales, si dépendantes de leur mari au niveau matériel ? »

Les hommes musulmans traditionnels étaient fiers que leurs femmes restent chez elles ; dans les ménages nantis, elles ne quittaient pratiquement jamais leur foyer. Hasan al-Tourabi a quelque chose de totalement différent à l’esprit ; « Aujourd’hui au Soudan, les femmes sont dans l’armée, dans la police, dans les ministères, partout, sur un pied d’égalité avec les hommes ». Tourabi fièrement parle du mouvement islamique ayant aidé « à libérer les femmes ». Conformément à l’adage que « la meilleure mosquée pour les femmes est l’intérieur de leur maison » , les femmes traditionnelles priaient chez elles, et la partie de la mosquée réservée aux femmes était mince, mais les femmes islamistes, en revanche, participent au culte et les nouvelles mosquées comportent des sections pour femmes beaucoup plus importantes.

Pendant des siècles, le voile des femmes était censé essentiellement les aider à préserver leur vertu ; aujourd’hui, cela sert le but féministe de faciliter une carrière. Les femmes musulmanes qui portent « une tenue islamique » écrit un chercheur occidental,

« sont en général très instruites, souvent dans les plus prestigieuses facultés de médecines, de sciences sociales, de sciences et leur tenue vestimentaire signale que bien qu’elles fassent des études et mènent une carrière dans la sphère publique, elles sont des femmes religieuses, morales. Alors que les autres femmes sont fréquemment harcelées dans les lieux publics, de telles femmes sont respectées et même craintes. A la fin des années 1980, la tenue islamique était devenue la règle pour les femmes de la classe moyenne qui ne voulaient pas compromettre leur réputation en raison de leurs activités publiques. Les boutiques offrent des articles de style parisien adaptés aux normes de la modestie islamique.

L’instauration d’un ordre islamique en Iran, a, peut-être, comble de l’ironie, ouvert de nombreuses possibilités pour les femmes pieuses, de s’accomplir en dehors de la maison. Elles travaillent comme main d’œuvre et servent dans l’armée. Un leader parlementaire se vante, non sans raison, à propos de l’Iran ayant le record du féminisme au Moyen-Orient et souligne le nombre de femmes dans l’enseignement supérieur. C’est ainsi que pour confirmer cela, l’une des petites-filles de Khomeini a fait des études de droit, puis elle est allée vivre à Londres avec son mari, un chirurgien cardiaque en formation. Une autre organise des rencontres sportives féminines.

Curieusement, certains islamistes considèrent le voile représentant non pas des carrières et l’égalité, mais quelque chose de très différent : la sexualité positive. Shabbir Akhtar, un écrivain britannique voit le voile comme servant « à créer une vraie culture érotique dans laquelle est éliminé le besoin d’excitation artificielle que la pornographie procure. Les musulmans traditionnels –il n’est nul besoin d’insister-ne considéraient pas le voile comme un substitut de la pornographie.

L’islam traditionnel a mis l’accent sur les relations de l’homme avec Dieu, minimisant les relations à l’Etat. La loi apparaissait immense, la politique petite. Au long des siècles, les pieux musulmans ont évité le gouvernement, qui ne signifait la plupart du temps pour eux que des ennuis (impôts, conscription, corvée). D’un autre côté, ils ont fait de grands efforts pour vivre selon la chari’a.

Cependant, les islamistes font de la politique le cœur de leur programme. Ils considèrent l’islam moins comme la structure dans laquelle les individus bâtissent leur vie et plus comme une idéologie servant à gouverner des sociétés entières. Déclarant que « l’islam est la solution », ils affirment avec Khamenei d’Iran que l’islam « est riche de préceptes pour gouverner un Etat, gérer une économie, établir des liens sociaux et des relations entre les individus, et des instructions pour diriger une famille ». Pour les islamistes, l’islam représente la voie vers le pouvoir. Comme un haut dignitaire égyptien le fait observer, pour eux « l’islam n’est ni une loi ni une religion, mais un système de gouvernement ». Olivier Roy trouve que l’inspiration [des islamistes] est de loin plus matérielle que spirituelle. « Pour un grand nombre d’entre eux, le retour à la religion a résulté de leur expérience politique, et non de leur foi religieuse. »

De manière révélatrice, les militants comparent l’islam non pas à d’autres religions mais à d’autres idéologies « Nous ne sommes pas socialistes, nous ne sommes pas capitalistes, nous ne sommes pas islamiques » dit Anwar Ibrahim, le dirigeant islamiste malais. Les Frères Musulmans d’Egypte affirment qu’ils ne sont ni socialistes ni capitalistes, mais « musulmans .» Cette comparaison peut sembler excessive- le socialisme et le capitalisme sont universels, l’islam militant est limité aux musulmans- mais cela n’est pas excessif, car les musulmans entendent inculquer leur idéologie aux non-musulmans aussi. Dans un exemple frappant, Khomeiny en janvier 1989, a envoyé une lettre à Mikhail Gorbatchev affirmant l’universalité de l’islam. Notant l’effondrement de l’idéologie communiste, il implora le président soviétique de ne pas se tourner vers l’Occident mais de remplacer par l’islam.

« J’insiste vivement afin que, ayant abattu les murs des fantasmes marxistes, vous ne tombiez pas dans la prison de l’Occident et du grand Satan..Je vous invite sérieusement à étudier et à conduire des recherches sur l’islam. J’annonce ouvertement que la République islamique d’Iran, étant la base la plus grande et la plus puissante du monde islamique, peut facilement contribuer à combler le vide idéologique de votre système. »

Comme l’a interprété un important fonctionnaire iranien, cette lettre « vise à mettre fin à ..ces vues selon lesquelles nous parlerions seulement du monde de l’islam. Nous parlons pour le monde entier ». Il pourrait même se faire – Khomeiny y fait seulement allusion- que l’islam pour lui était devenu si désincarné de la foi qu’il prévoyait qu’un non-musulman comme Gorbatchev pourrait adopter les coutumes islamiques sans pour autant devenir musulman.

Bien que les islamistes rendent hommage à la loi sacrée de l’islam, ils en ont fait un code de type occidental, et trois caractéristiques séculaires de la chari’a disparaissent : son élaboration par des érudits indépendants, sa priorité sur les intérêts de l’Etat, et son application aux personnes plutôt qu’à des territoires.

Au fil des siècles, les juristes ont rédigé et interprété la loi islamique entre eux, avec peu de contrôle par les gouvernements. Ces juristes ont tôt établi qu’ils étaient responsables devant Dieu, et non devant le prince. Joseph Schacht, un éminent spécialiste de ce sujet, explique « le calife, bien qu’il ait été le chef absolu de la communauté des musulmans, n’avait pas le droit de légiférer mais seulement d’édicter des règlements administratifs avec des limites fixées par la loi sacrée. Les souverains essayèrent parfois de dicter leurs conditions aux juristes, mais entre 833 et 849 quatre califes successifs ont imposé leur compréhension de la nature du Coran qu’ils disaient créé par Dieu, par opposition à des savants religieux qui disaient que le Coran avait toujours existé [donc incréé et éternel] ; en dépit des efforts énergiques déployés par les califes (Y compris la flagellation d’une autorité religieuse très respectée), l’effort a échoué, et avec lui les prétentions de politiciens pour définir le contenu de l’islam.

Les juristes conservent le contrôle intégral de la loi islamique jusqu’au XIX ème siècle, lorsque dans leurs colonies les dirigeants britanniques, français, européens et d’autres codifient la charia pour en faire des lois étatiques de style européen. Des Etats musulmans indépendants, tels que l’empire Ottoman ont suivi alors l’exemple européen et ont également à leur tour codifié la chari’a. Avec l’indépendance, tous les dirigeants musulmans ont maintenu l’habitude européenne de garder la loi fermement sous contrôle de l’Etat ; dans les années 1960, il n’y avait qu’en Arabie saoudite où la loi était encore énoncée et définie par les juristes religieux.

A partir de 1969, Mouammar al-Qadhdhafi en Libye a voulu rétablir la prédominance de la charia sur les lois de l’Etat (par exemple, dans les lois pénales). Il l’a fait en tant que dirigeant , en utilisant l’appareil d’Etat pour contraindre les juristes musulmans à exécuter ses ordres. Les islamistes dans de nombreux pays se sont mis ensuite à imiter Qadhdhafi, en disant que l’Etat avait l’autorité d’imposer la charia. Ils n’ont fait aucun effort pour revenir au fonctionnement ancien de la loi par les juristes. Ils ont utilisé à leurs fins islamistes des pratiques introduites par les puissances européennes.

Lorsque les islamistes, en de rares occasions, protestent contre cette domination étatique de la loi, ils le font avec peu de conviction. Tourabi remarque que « le gouvernement islamique n’est pas total, car c’est l’islam qui est un mode de vie global, et si vous le réduisez au gouvernement, alors c’est le gouvernement qui serait tout puissant, et ce n’est pas l’islam. »

L’énorme pouvoir exercé par Tourabi au Soudan fait qu’il est difficile de prendre cette critique au sérieux. Les islamistes utilisent les pratiques étatiques de l’Occident parce que, premièrement, ils connaissent le système occidental beaucoup mieux qu’ils ne connaissent le système musulman traditionnel. En second lieu parce que le retour aux méthodes traditionnelles musulmanes – comme l’a souligné Ann Mayer de la Wharton School-« obligerait les gouvernements à l’abandon du pouvoir qu’ils ont acquis sur les systèmes juridiques au moment de l’adoption des codes juridiques de style européen », ce qu’ils n’ont pas intérêt à faire.

La prise de contrôle de la loi provoque immanquablement des problèmes. Dans le système traditionnel, les juristes maintenaient jalousement leur indépendance dans l’interprétation de la loi. Ils insistaient sur la prédominance absolue des impératifs de Dieu sur les règles des gouvernants. Des actes tels que la prière, le jeûne du Ramadan, ou le pèlerinage à la Mecque, affirmaient-ils, ne devaient jamais être soumis aux caprices des despotes. Les juristes ont, globalement, au fil des siècles, vu leurs exigences satisfaites, car pas un seul roi ou président, ni même un laïc aussi ardent que Kemal Atatürk, en Turquie, n’a eu la témérité d’interférer avec les commandements de Dieu.

Mais ce qu’aucun roi ou président n’a fait, l’ayatollah Khomeiny l’a fait. En janvier 1988, il publia un décret qui carrément enfreignait ce principe ancien islamique. Dans un document remarquable mais peu connu, l’ayatollah a affirmé que « le gouvernement est autorisé de manière unilatérale à empêcher tout élément, qu’il soit spirituel ou matériel, qui constituerait une menace à ses intérêts ». Cela signifie que « pour l’islam, les exigences du gouvernement remplacent tous les autres aspects, y compris même la prière, le jeûne et le pèlerinage à la Mecque ». Le fait de subordonner ces commandements de l’islam à la raison d’Etat a pour effet de dénaturer complètement la chari’a .

Khomeiny- un érudit au sens classique du terme, une autorité en matière de loi islamique et une éminente figure religieuse- a justifié ce décret, au motif que les intérêts de la République islamique étaient synonymes des intérêts de l’islam lui-même. Mais ceci explique à peine une mesure si radicale et sans précédent. La vraie raison réside dans le fait que comme d’innombrables autres dirigeants du XXème siècle, Khomeiny a voulu prendre le contrôle de la vie spirituelle de son pays. Khomeiny semble tout droit sorti du Moyen-Age mais c’était un homme de son temps, profondément influencé par les idées totalitaires émanant de l’Occident.

Dans l’islam traditionnel (comme dans le judaïsme), les lois, à la différence de ce qui prévaut en Occident, s’appliquent à l’individu et non pas aux territoires. Il importe peu de savoir si un musulman vit ici ou là , dans la patrie ou dans la diaspora, il doit suivre la chari’a. A l’inverse, un non-musulman qui vit dans un pays musulman n’a pas à suivre les directives de l’islam. Par exemple, un musulman ne peut pas boire du whisky s’il vit à Téhéran ou à Los Angeles, et un non-musulman peut, lui, boire de l’alcool dans ces deux endroits. Cela conduit à des situations complexes, puisque l’ensemble des règles applicables lorsqu’un musulman vole un musulman diffèrent de celles applicables lorsqu’un chrétien vole un autre chrétien, et ainsi de suite. La clef est de savoir qui vous êtes, non pas où vous êtes.

En revanche, la conception occidentale des lois est basée , elle, sur la notion de juridiction. Un crime commis dans un certain Etat donne lieu à une certaine punition, qui ne sera pas la même dans l’Etat d’à côté. Même les routes ont leurs propres règles. L’important en Occident c’est l’endroit où vous êtes, non pas qui vous êtes.

Ignorants de l’esprit qui sous-tend la chari’a, les islamistes prétendent l’appliquer à des territoires et pas seulement aux personnes ; Tourabi a déclaré ainsi que l’islam « accepte le territoire comme base de compétence »[accepte la notion de juridiction territoriale]. Par conséquent, les différences nationales ont vu le jour. Le gouvernement libyen fait donner des coups de fouet à tous les coupables d’adultère. Le Pakistan fait fouetter les célibataires et lapider les femmes mariées. Le Soudan emprisonne certains et pend les autres. L’Iran applique des peines plus diverses encore, y compris le rasage du crâne et le bannissement pendant une année. Dans les mains des islamistes, la chari’a devient tout simplement une variante des lois territoriales qui prévalent en Occident.

Cette nouvelle compréhension [du droit musulman] la plus spectaculaire concerne les non-musulmans dont l’exclusion millénaire de la chari’a n’est plus et ils doivent vivre dans les pays musulmans comme s’ils étaient musulmans. Umar ‘Abdar-Rahman, le cheikh égyptien emprisonné dans une prison américaine, est catégorique à ce sujet : « Il est bien connu que nulle minorité dans un pays ne peut avoir ses propres lois. » ‘Abd al –Aziz ibn Baz, le chef religieux saoudien, a appelé les non-musulmans à jeûner pendant le Ramadan. En Iran, les femmes étrangères n’ont pas le droit de mettre du vernis à ongle car cela les rendrait impures pour la prière (islamique). A leur entrée dans le pays, les autorités leur fournissent des chiffons imbibés d’essence pour nettoyer les ongles vernis. Un parti islamiste en Malaisie entend règlementer la durée que des femmes et des hommes chinois non musulmans et sans liens de parenté peuvent être autorisés à passer seuls ensemble.

Cette nouvelle interprétation de la loi islamique crèe d’énormes problèmes. Plutôt que de laisser les non-musulmans plus ou moins libres de régler seuls leur propre conduite comme le faisait l’islam traditionnel, l’islamisme fait intrusion dans leur vie et fomente un ressentiment énorme générant des dissensions et conduisant parfois à la violence. Les chrétiens palestiniens qui élèvent des porcs trouvent leurs bêtes mystérieusement empoisonnées. Le million ou deux de chrétiens vivant dans le nord du Soudan ; majoritairement musulman, doit se conformer à la quasi-totalité des règles de la chari’a. Dans le sud du Soudan où règne la loi islamique, la loi islamique prévaut partout où le gouvernement central gouverne, quand bien même « certaines » dispositions n’y sont pas appliquées ; si le gouvernement devait conquérir l’ensemble du sud du pays,il est probable que toutes les dispositions entreraient en vigueur, perspective qui contribue beaucoup à entretenir une guerre civile qui dure depuis quarante ans.

Malgré eux, les islamistes sont des Occidentaux. Même en rejetant l’Occident, ils l’acceptent. Aussi réactionnaires que soient ses intentions, l’islamisme intègre non seulement les idées de l’Occident mais aussi ses institutions. Le rêve islamiste d’effacer le mode de vie occidental de la vie musulmane est, dans ces conditions, incapable de réussir.

Le système hybride qui en résulte est plus solide qu’il n’y paraît. Les adversaires de l’islam militant souvent le rejettent en le qualifiant d’effort de repli pour éviter la vie moderne et ils se consolent avec la prédiction selon laquelle il est dès lors condamné à se trouver à la traîne des avancées de la modernisation qui a eu lieu. Mais cette attente est erronée. Car l’islamisme attire précisément les musulmans qui, aux prises avec les défis de la modernité, sont confrontés à des difficultés, et sa puissance et le nombre de ses adeptes ne cessent de croître. Les tendances actuelles donnent à penser que l’islam radical restera une force pendant un certain temps encore.


Ibn Warraq: L’islam et le terrorisme intellectuel (Debunking Said)

17 juin, 2006

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Ibn Warraq

Dec 01, 01

Turbans of the mind are disallowing and disavowing proper intellectual engagement with Islam.

Aldous Huxley once defined an intellectual as someone who had found something in life more important than sex: a witty but inadequate definition, since it would make all impotent men and frigid women intellectuals. A better definition would be a freethinker, not in the narrow sense of someone who does not accept the dogmas of traditional religion, but in the wider sense of someone who has the will to find out, who exhibits rational doubt about prevailing intellectual fashions, and who is unafraid to apply critical thought to any subject. If the intellectual is really committed to the notion of truth and free inquiry, then he or she cannot stop the inquiring mind at the gates of any religion — let alone Islam. And yet, that is precisely what has happened with Islam, criticism of which in our present intellectual climate is taboo.

The reason why many intellectuals have continued to treat Islam as a taboo subject are many and various, including:

- political correctness leading to Islamic correctness; – the fear of playing into the hands of racists or reactionaries to the detriment of the West’s Muslim minorities; – commercial or economic motives; – feelings of post-colonial guilt (where the entire planet’s problems are attributed to the West’s wicked ways and intentions); – plain physical fear; – and intellectual terrorism of writers such as Edward Said.

Said not only taught an entire generation of Arabs the wonderful art of self-pity (if only those wicked Zionists, imperialists and colonialists would leave us alone, we would be great, we would not have been humiliated, we would not be backward) but intimidated feeble Western academics, and even weaker, invariably leftish, intellectuals into accepting that any criticism of Islam was to be dismissed as orientalism, and hence invalid.

But the first duty of the intellectual is to tell the truth. Truth is not much in fashion in this postmodern age when continental charlatans have infected Anglo-American intellectuals with the thought that objective knowledge is not only undesirable but unobtainable. I believe that to abandon the idea of truth not only leads to political fascism, but stops dead all intellectual inquiry. To give up the notion of truth means forsaking the goal of acquiring knowledge. But man, as Aristotle put it, by nature strives to know. Truth, science, intellectual inquiry and rationality are inextricably bound together. Relativism, and its illegitimate offspring, multiculturalism, are not conducive to the critical examination of Islam.

Said wrote a polemical book, Orientalism (1978), whose pernicious influence is still felt in all departments of Islamic studies, where any critical discussion of Islam is ruled out a priori . For Said, orientalists are involved in an evil conspiracy to denigrate Islam, to maintain its people in a state of permanent subjugation and are a threat to Islam’s future. These orientalists are seeking knowledge of oriental peoples only in order to dominate them; most are in the service of imperialism.

Said’s thesis was swallowed whole by Western intellectuals, since it accords well with the deep anti-Westernism of many of them. This anti-Westernism resurfaces regularly in Said’s prose, as it did in his comments in the Guardian after September 11th. The studied moral evasiveness, callousness and plain nastiness of Said’s article, with its refusal to condemn outright the attacks on America or show any sympathy for the victims or Americans, leave an unpleasant taste in the mouth of anyone whose moral sensibilities have not been blunted by political and Islamic correctness. In the face of all evidence, Said still argues that it was US foreign policy in the Middle East and elsewhere that brought about these attacks.

The unfortunate result is that academics can no longer do their work honestly. A scholar working on recently discovered Qur’anic manuscripts showed some of his startling conclusions to a distinguished colleague, a world expert on the Qur’an. The latter did not ask, “What is the evidence, what are your arguments, is it true?” The colleague simply warned him that his thesis was unacceptable because it would upset Muslims.

Very recently, Professor Josef van Ess, a scholar whose works are essential to the study of Islamic theology, cut short his research, fearing it would not meet the approval of Sunni Islam. Gunter Luling was hounded out of the profession by German universities because he proposed the radical thesis that at least a third of the Qur’an was originally a pre-Islamic, Christian hymnody, and thus had nothing to do with Mohammed. One German Arabist says academics are now wearing “a turban spiritually in their mind”, practicing “Islamic scholarship” rather than scholarship on Islam. Where biblical criticism has made important advances since the 16th century, when Spinoza demonstrated that the Pentateuch could not have been written by Moses, the Qur’an is virtually unknown as a human document susceptible to analysis by the instruments and techniques of biblical criticism.

Western scholars need to defend unflinchingly our right to examine Islam, to explain its rise and fall by the normal mechanisms of human history, according to the objective standards of historical methodology. Democracy depends on freedom of thought and free discussion. The notion of infallibility is profoundly undemocratic and unscientific. It is perverse for the Western media to lament the lack of an Islamic reformation and wilfully ignore books such as Anwar Shaikh’s Islam — The Arab Imperialism, or my Why I am Not a Muslim. How do they think reformation will come about if not with criticism? The proposed new legislation by the Labour government to protect Muslims, while well-intentioned, is woefully misguided. It will mean publishers will be even more reluctant to take on works critical of Islam. If we stifle rational discussion of Islam, what will emerge will be the very thing that political correctness and the Government seek to avoid: virulent, racist populism. If there are further terrorist acts then irrational xenophobia will be the only means of expression available. We also cannot allow Muslims subjectively to decide what constitutes “incitement to religious hatred”, since any legitimate criticism of Islam will then be shouted down as religious hatred. Only in a democracy where freedom of inquiry is protected will science progress. Hastily conceived laws risk smothering the golden thread of rationalism running through western civilisation.

(First published in the Guardian and reproduced by kind permission of Ibn Warraq.)

Debunking Edward Said:

Edward Said and the Saidists: or Third World Intellectual Terrorism

by Ibn Warraq copyright (c) 2002 all rights reserved

Consider the following observations on the state of affairs in the contemporary Arab world : “ The history of the modern Arab world – with all its political failures , its human rights abuses , its stunning military incompetences , its decreasing production , the fact that alone of all modern peoples , we have receded in democratic and technological and scientific development – is disfigured by a whole series of out-moded and discredited ideas , of which the notion that the Jews never suffered and that the holocaust is an obfuscatory confection created by the Elders of Zion is one that is acquiring too much – far too much – currency; ….[T]o support Roger Garaudy , the French writer convicted earlier this year on charges of holocaust denial , in the name of ‘ freedom of opinion ’ is a silly ruse that discredits us more than we already are discredited in the world’s eyes for our incompetence , our failure to fight a decent battle , our radical misunderstanding of history and the world we live in .Why don’t we fight harder for freedom of opinions in our own societies , a freedom , no one needs to be told , that scarcely exists ? ”[1][1]. It takes considerable courage for an Arab to write self-criticism of this kind , indeed , without the personal pronoun ‘we’ how many would have guessed that an Arab , let alone Edward Said himself , had written it ? And yet, ironically , what makes self-examination for Arabs and Muslims , and particularly criticism of Islam in the West very difficult is the totally pernicious influence of Edward Said’s Orientalism [2][2]. The latter work taught an entire generation of Arabs the art of self-pity – “ were it not for the wicked imperialists , racists and Zionists , we would be great once more ”- encouraged the Islamic fundamentalist generation of the 1980s , and bludgeoned into silence any criticism of Islam , and even stopped dead the research of eminent Islamologists who felt their findings might offend Muslims sensibilities , and who dared not risk being labelled “orientalist ”. The aggressive tone of Orientalism is what I have called “ intellectual terrorism ” , since it does not seek to convince by arguments or historical analysis but by spraying charges of racism, imperialism , Eurocentrism ,from a moral highground ; anyone who disagrees with Said has insult heaped upon him. The moral high ground is an essential element in Said’s tactics ; since he believes his position is morally unimpeachable , Said obviously thinks it justifies him in using any means possible to defend it , including the distortion of the views of eminent scholars , interpreting intellectual and political history in a highly tendentious way , in short twisting the truth . But in any case , he does not believe in the “truth” . Said attacks not only the entire discipline of Orientalism , which is devoted to the academic study of the Orient , but which Said accuses of perpetuating negative racial stereotypes , anti-Arab and anti-Islamic prejudice , and the myth of an unchanging , essential “Orient” , but he also accuses Orientalists as a group of complicity with imperial power , and holds them responsible for creating the distinction between Western superiority and Oriental inferiority , which they achieve by suppressing the voice of the “oriental” , and by their anti-human tendency to make huge , but vague generalizations about entire populations , which in reality consist of millions of individuals .In other words , much of what was written about the Orient in general , and Islam and Islamic civilisation in particular , was false. The Orientalists also stand accused of creating the “Other” – the non-European ,always characterised in a negative way , as for example , passive , weak , in need of civilizing .( western strength and eastern weakness ) But “Orientalism ” is also more generally “ a style of thought based upon an ontological and epistemological distinction made between “ the Orient ” and (most of the time ) “ the Occident .” ”[3][3] Thus European writers of fiction , epics , travel , social descriptions , customs and people are all accused of “orientalism ”. In short , Orientalism is seen “as a Western style for dominating , restructuring , and having authority over the Orient .” Said makes much of the notion of a discourse derived from Foucault , who argued that supposedly objective and natural structures in society , which , for example , privilege some and punish others for noncoformity , are in fact “ discourses of power ”. The putative “objectivity ”of a discipline covered up its real nature ; disciplines such as Orientalism participated in such discourses . Said continues , “ …[ W]ithout examining Orientalism as a discourse one cannot possibly understand the enormously systematic discipline by which European culture was able to manage –even produce – the Orient politically , sociologically , militarily , ideologically , scientifically , and imaginatively during the post-Enlightenment period .”[4][4]

From Pretentiousness to Meaninglessness. There are , as I shall show ,several contradictory theses buried in Said’s impenetrable prose , decked with post-modern jargon ( “ a universe of representative discourse ”, “Orientalist discourse ”[5][5]) ( and some kind editor really ought to explain to Said the meaning of “literally ” [6][6] and the difference between scatalogical and eschatological [7][7] ) , and pretentious language which often conceals some banal observation , as when Said talks of “textual attitude ”[8][8] , when all he means is “ bookish” or “ bookishness ”. Tautologies abound , as in “ the freedom of licentious sex ”.[9][9] Or take the comments here [10][10] “ Thus out of the Napoleonic expedition there issued a whole series of textual children , from Chateaubriand’s Itinéraire to Lamartine ’s Voyage en Orient to Flaubert’s Salammbô , and in the same tradition , Lane’s Manners and Customs of the Modern Egyptians and Richard Burton’s Personal Narrative of a Pilgrimage to al-Madinah and Meccah . What binds them together is not only their common background in Oriental legend and experience but also their learned reliance on the Orient as a kind of womb out of which they were brought forth .If paradoxically these creations turned out to be highly stylized simulacra , elaborately wrought imitations of what a live Orient might be thought to look like , that by no means detracts from their strength of their imaginative conception or from the strength of European mastery of the Orient , whose prototypes respectively were Cagliostro , the great European impersonator of the Orient , and Napoleon , its first modern conqueror .” What does Said mean by “ out of the Napoleonic expedition there issued a whole series of textual children” except that these five very varied works were written after 1798 ? The pretentious language of textual children issuing from the Napeolonic expedition covers up this crushingly obvious fact . Perhaps there is a profound thesis hidden in the jargon , that these works were somehow influenced by the Napoleonic expedition , inspired by it , and could not have been written without it . But no such thesis is offered . This arbitrary group consists of three Frenchmen , two Englishmen , one work of romantic historical fiction , three travel books , one detailed study of modern Egyptians . Chateaubriand’s Itinéraire ( 1811 ) describes superbly his visit to the Near East ; Voyage en Orient (1835) is Lamartine’s impressions of Palestine , Syria , and Greece ; Salammbô(1862) is Flaubert’s novel of ancient Carthage ; Lane’s Manners and Customs of the Modern Egyptians ( 1836 ) is a fascinating first –hand account of life in Egypt , particularly Cairo and Luxor , written after several years of residence there ( first 1825-1828 , then 1833-1835), Burton’s account of his audacious visit to Mecca was first published in three volumes between 1855-6 . Lane and Burton both had perfect command of Arabic , Classical and Colloquial , while the others did not , and Lane and Burton can be said to have made contributions to Islamic Studies , particularly Lane , but not the three Frenchmen . What on earth do they have in common ? Said tells us that what binds them together is “their common background in Oriental legend and experience but also their learned reliance on the Orient as a kind of womb out of which they were brought forth ”. What is the background of Oriental legend that inspired Burton or Lane ? Was Flaubert’s vivid imagination stimulated by “ Oriental legend ” , and was this the same legendary material that inspired Burton , Lane and Lamartine ? “Learned reliance on the Orient as a kind of womb… ” is yet another example of Said’s pretentious way of saying the obvious , namely that they were writing about the Orient about which they had some experience and intellectual knowledge . Why are all these disparate works “imitations”? Take Lane and Burton’s works , they are both highly accurate accounts based on personal , first-hand experience. They are not imitations of anything .James Aldridge in his study Cairo ( 1969 ) called Lane’s account “ the most truthful and detailed account in English of how Egyptians lived and behaved ”.[11][11] While Burton’s accurate observations are still quoted for their scientific value as in F.E.Peters’ The Hajj .[12][12] Said also says of Lane , “ For Lane’s legacy as a scholar mattered not to the Orient , of course , but to the institutions and agencies of his European society ”.[13][13] There is no “ of course ” about it , Lane’s Arabic Lexicon ( 5 vols; 1863-74 ) is still one of the first lexicons consulted by any Muslim scholars wishing to translate the Koran into English ; scholars like Maulana Muhammad Ali, who began his English translation in 1909 , and who constantly refers to Lane in his copious footnotes ; as does A.Yusuf Ali in his 1934 translation . What is more the only place where one can still buy a reasonably priced copy of Lane’s indispensable work of reference is Beirut , where it is published by the Librairie du Liban . What profound mysteries are unravelled by Said’s final tortuous sentence ? Count Alessandro Cagliostro ( 1743-1795) was a Sicilian charlatan who travelled in Greece , Egypt , Zrabia , Persia , Rhodes , and Malta .During his travels he is said to have acquired considerable knowledge of the esoteric sciences , alchemy in particular.On his return to Europe , Cagliostro was involved in many swindles , and seems to have been responsible for many forgeries of one kind or another , but found time to establish many masonic lodges and secret societies . He died in prison in 1795 . He did not contribute anything whatsoever to the scientific study of the Near or Middle East , neither of its languages , nor of its history or culture. He was not a distinguished Orientalist in the way Lane was. Indeed apart from ‘Letter to the French People’(1786 ) , I do not think Cagliostro ever wrote anything worthy to be called scientific. Cagliostro , according to Said , was the prototype of “their [ the above five authors’ ] imaginative conception ”. Is he suggesting that they too forged or made up their entire knowledge of the Egypt , Near East and Arabia ? If that is what Said means , it is false for reasons which I have already indicated above . While , for Said , Napoleon was the prototype of the “ strength of European mastery of the Orient ”, since he was the Orient’s first modern conqueror. This would be fine as a rather contrived metaphor ,Lane and Burton mastered Arabic in the way Napoleon mastered Egypt but unfortunately Said in the rest of his book seems to suggest something far more literal and sinister in the complicity of Orientalists with the imperial powers . Orientalism is peppered with meaningless sentences .Take, for example , “Truth , in short , becomes a function of learned judgment , not of the material itself , which in time seems to owe its existence to the Orientalist ”.[14][14] Said seems to be saying :‘Truth’ is created by the experts or Orientalists , and does not correspond to reality , to what is actually out there . So far so good . But then “what is out there ” is also said to owe its existence to the Orientalist .If that is the case , then the first part of Said’s sentence makes no sense , and if the first part is true then the second part makes no sense . Is Said relying on that weasel word “seems” to get him out of the mess ? That ruse will not work either ; for what would it mean to say that an external reality independent of the Orientalist’s judgement also seems to be a creation of the Orientalist ? That would be a simple contradiction . Here is another example : “The Orientalist can imitate the Orient without the opposite being true .”[15][15] Throughout his book , Said is at pains to point out that there is no such thing as “the Orient ” , which , for him , is merely a meaningless abstraction concocted by Orientalists in the service of imperialists and racists . In which case , what on earth could “ The Orient cannot imitate the Orientalist ” possibly mean ? If we replace “ the Orient ” by the individual countries ,say between Egypt and India , do we get anything more coherent ? No , obviously not : “ India , Egypt , and Iran cannot imitate the Orientalists like Renan , Bernard Lewis , Burton , et al.”.We get nonsense whichever way we try to gloss Said’s sentence .

Contradictions . At times , Said seems to allow that the Orientalists did achieve genuine positive knowledge of the Orient , its history , culture , languages , as when he calls Lane’s work Manners and Customs of the Modern Egyptians “ a classic of historical and anthropological observation because of its style , its enormously intelligent and brilliant details ”; [16][16] or when he talks of “ a growing systematic knowledge in Europe about the Orient ”,[17][17] since Said does not have sarcastic quotation marks around the word knowledge , I presume he means there was a growth in genuine knowledge .Further on , Said talks of Orientalism producing “ a fair amount of exact positive knowledge about the Orient ”.[18][18] Again I take it Said is not being ironical when he talks of “ philological discoveries in comparative grammar made by Jones , …” .[19][19] To give one final example , Said mentions Orientalism’s “ objective discoveries ”.[20][20] Yet , these acknowledgements of the real discoveries made by Orientalists is contradicted by Said’s insistence that there is no such thing as “ truth ”[21][21]; or when he characterizes Orientalism as “ a form of paranoia , knowledge of another kind , say , from ordinary historical knowledge ”[22][22] .Or again , “ it is finally Western ignorance which becomes more refined and complex , not some body of positive Western knowledge which increases in size and accuracy ”.[23][23] At one point Said seems to deny that the Orientalist had acquired any objective knowledge at all [24][24], and a little later he also writes , “ the advances made by a ‘science’ like Orientalism in its academic form are less objectively true than we often like to think ”.[25][25] It is true that the last phrase does leave open the possibility that some of the science may be true though less than we had hitherto thought .Said also of course wholeheartedly endorses Abdel Malek’s strictures against Orientalism , and its putatively false “ knowledge ” of the Orient .[26][26] In his 1994 Afterword , Said insists that he has “ no interest in , much less capacity for , showing what the true Orient and Islam really are ”.[27][27] And yet he contradicts this outburst of uncharacteristic humility and modesty , when he claims that , “ [ The Orientalist’s] Orient is not the Orient as it is , but the Orient as it has been Orientalized ”,[28][28] for such a formulation assumes Said knows what the real Orient is .Such an assumption is also apparent in his statement that “ the present crisis dramatizes the disparity between texts and reality ”.[29][29] In order to be able to tell the difference between the two , Said must know what the reality is .This is equally true when Said complains that “ To look into Orientalism for a lively sense of an Oriental’s human or even social reality …is to look in vain ”.[30][30]

Historical and Other Howlers . For a work that purports to be a serious work of intellectual history , Orientalism is full of historical howlers [31][31]. According to Said , at the end of the seventeenth century , Britain and France dominated the eastern Mediterranean , when in fact the Levant was still controlled for the next hundred years by the Ottomans . British and French merchants needed the permission of the Sultan to land .Egypt is repeatedly described as a British colony when , in fact , Egypt was never more than a protectorate; it was never annexed as Said claims[32][32] .Real colonies ,like Australia or Algeria , were settled by large numbers of Europeans ,and this manifestly was not the case with Egypt .[33][33] The most egregious error surely is where Said claims Muslim armies conquered Turkey before they overran North Africa.[34][34] In reality , of course , the Arabs invaded North Africa in the seventh century , and what is now Turkey remained part of the Eastern Roman Empire and was a Christian country until conquered by the Seljuk Turks in late eleventh century [35][35].Said also writes “ Macdonald and Massignon were widely sought after as experts on Islamic matters by colonial administrators from North Africa to Pakistan ”[36][36] . But Pakistan was never a colony , it was created in 1947 when the British left India . Said also talks rather oddly about the “unchallenged Western dominance ” of the Portuguese in the East Indies , China , and Japan until the nineteenth century [37][37]. But Portugal only dominated the trade , especially in the 16th century , and was never , as historian J.M.Roberts points out , “interested in the subjugation or settlement of large areas ”.[38][38] In China , Portugal only had the tiniest of footholds in Macao.The first decades of the seventeenth century witnessed the collapse of much of the Portuguese empire in the East , to be replaced by the Dutch .In the early eighteenth century there was a Dutch supremacy in the Indian Ocean and Indonesia .However , the Dutch like the Portuguese did not subjugate “ the Orient ”but worked through diplomacy with native rulers ,and through a network of trading-stations .[39][39] Said thinks that Carlyle and Newman were ‘liberal cultural heroes ’! Whereas it would be more correct to characterize Carlyle’s works as the intellectual ancestry of fascism [40][40] . Nor was Newman a liberal , rather a High Church Anglican who converted to Catholicism .Said also seems to think that Goldziher was German [41][41] ; Goldziher was of course a Hungarian . (One hopes that it is simply a typographical error in his 1994 Afterword which was responsible for the misspelling of Claude Cahen’s name [42][42].) Said thinks ‘Muslims’ designates a race.[43][43]

Intellectual Dishonesty and Tendentious Reinterpretations .

The above errors can be put down to ignorance , Said is no historian , but it does put into doubt Said’s competence for writing such a book .On the other hand ,we can only qualify as intellectual dishonesty for the way he deliberately misinterprets a distinguished scholar’s work and conclusions . Said quotes with approval and admiration some of the conclusions of R.W.Southern’s Western Views of Islam in the Middle Ages [44][44], “ Most conspicuous to us is the inability of any of these systems of thought [ European Christian] to provide a fully satisfying explanation of the phenomenon they had set out to explain [ Islam ]– still less to influence the course of practical events in a decisive way .At a practical level , events never turned out either so well or so ill as the most intelligent observers predicted ; and it is perhaps worth noticing that they never turned out better than when the best judges confidently expected a happy ending .Was there any progress [ in Christian knowledge of Islam ] ? I must express my conviction that there was .Even if the solution of the problem remained obstinately hidden from sight , the statement of the problem became more complex , more rational , and more related to experience ….The scholars who labored at the problem of Islam in the Middle Ages failed to find the solution they sought and desired ; but they developed habits of mind and powers of comprehension which , in other men and in other fields , may yet deserve success .” R.W.Southern . Now here is Said’s extraordinary misinterpretation of the above quote from Southern, “ The best part of Southern’s analysis …is his demonstration that it is finally Western ignorance which becomes more refined and complex , not some body of positive Western knowledge which increases in size and accuracy ”[45][45]. According to Said , Southern says that positive Western knowledge of the Orient did not increase . This is not what Southern is saying . Southern explicitly asks a question and replies : “ Was there any progress [ in Christian knowledge of Islam ]? I must express my conviction that there was ”. Yes , I am firmly convinced that Western knowledge did progress , that is what Southern states . Then Southern goes on to say that the Medieval scholars’ methodology became more and more sophisticated , they were more mature intellectually since they now developed habits of mind and powers of comprehension which would pay dividends later .How Said can claim, with his usual pretentious vocabulary of “Western ignorance which becomes more refined …”, otherwise is a mystery , but all in keeping with his intellectual dishonesty , and his overriding concern to paint the West in as negative a fashion as possible ? Incidentally , and ironically the very same passage from Southern contradicts one of Said’s principle theses about Oriental Studies being a cause of imperialism .All this thinking about the Orient failed , Southern says , “ to influence the course of practical events in a decisive way ”. Said also seems to reproach Friedrich Schlegel for holding views that are in fact correct : “[Although by ] 1808 Schlegel had practically renounced his Orientalism , he still held that Sanskrit and Persian on the one hand and Greek and German on the other had more affinities with each other than with Semitic , Chinese , American , or African languages ”.[46][46]One can only conclude that Said does not know that what Schlegel held is indeed the case : Sanskrit , Persian , Greek and German all belong to the same family , the Indo-European , and have more in common with each other than , by definition , with any other language in another family like Semitic . Said quotes Sir William Jones’ famous encomium on Sanskrit and its affinities to Greek and Latin as though it were of some sinister significance , by prefacing the quote with remarks that can only be described as plain silly : “ [ Jones’] most famous pronouncement indicates the extent to which modern Orientalism , even in its philosophical beginnings , was a comparative discipline having for its principal goal the grounding of the European languages in a distant , and harmless , Oriental source : ‘ The Sanscrit language , whatever be its antiquity , is of a wonderful structure ; more perfect than the Greek , more copious than the Latin , and more exquisitively refined than either , yet bearing to both of them a stronger affinity , both in the roots of verbs and in the forms of grammar , than could possibly have been produced by accident ; so strong indeed , that no philologer could examine them all three without believing them to have sprung from some common source ’. ”.[47][47] What does Said mean by saying modern Orientalism had as its goal “ the grounding of the European languages in a distant and harmless , Oriental source ” ?.It is pretentious nonsense. Jones was not the first one to see that there were remarkable similarities between Sanskrit and Greek and Latin – as early as the 16 th century Filippo Sassetti , and in 1767 P.Coeurdoux had noticed them – but Jones’ independent reflections led him to conclude that there was a similarity , and this was a discovery , a very exciting scientific discovery that has since been amply confirmed . To say that Orientalists wanted to ground the European languages in Oriental sources is absurd , they discovered that they were related in some way ; they did not concoct some theory to fit their desire to “ground European languages in Oriental sources ”. What on earth does “ a harmless , Oriental source ” mean , in any case ? Greek and Latin do not have their “sources” in Sanskrit , they simply belong to the same genetic family , possibly descended from some common ancestral proto-Indo-European language . As Professor K.Paddaya of Pune , India [48][48], said in his appreciation of Sir William Jones , “ [I]t was genuine curiosity and admiration which made some of these officers [ of the East India Company like Jones ] voluntarily take up the study of [ India’s] past conditions ”. Jones’ eulogy on Sanskrit is still quoted with pride by many Indian scholars , who honoured Jones’ memory by holding conferences in Calcutta and Pune in April , 1994 to mark the bicentenary of his death . The bicentenary of the establishment of the Asiatic Society which Jones founded was celebrated in 1984 in New Delhi and Calcutta . Said also does not come across as a careful reader of Dante and his masterpiece , The Divine Comedy .In his trawl through Western literature for filth to besmirch Western civilization , Said comes across Dante’s description of Muhammad in Hell , and concludes “ Dante’s verse at this point spares the reader none of the eschatological [ sic !] detail that so vivid a punishment entails : Muhammad’s entrails and his excrement are described with unflinching accuracy ”.[49][49] First , Said does not know the difference between scatalogical and eschatological , and second ,we may ask how does he know that Dante’s description is unflinchingly accurate ? He simply means , I presume , that it was highly graphic . Said then makes much of the fact that earlier in the Inferno , three Muslims turn up in the company of virtuous heathens like Plato and Aristotle . Said continues , “ [B]ut the special anachronisms and anomalies of putting pre-Christian luminaries in the same category of “heathen ” damnation with post-Christian Muslims does not trouble Dante .Even though the Koran specifies Jesus as a prophet , Dante chooses to consider the great Muslim philosophers [ Avicenna and Averroës ] and king [ Saladin ] as having been fundamentally ignorant of Christianity ”. This fatuous comment betrays Said’s fundamental ignorance of Christian doctrine , even though he himself is a Christian . Although these people of much worth –gente di molto valore – had not sinned , according to Christian doctrine , they could not be saved outside the Church , that is without baptism , which is the first Sacrament and thus the “gateway to the faith ” .The three Muslims were in the outer circle of Hell not because they were ignorant of Christianity , but because they had died unbaptized . Since these regions of Hell are timeless and its inhabitants are there for ever , the question of anachronisms does not arise , especially as these historical figures have an allegorical significance .Said was surely aware that Virgil , who died in 19 B.C. was Dante’s guide , and fulfills an allegorical function ; Virgil’s voice is that of reason or philosophical wisdom. Allegory is central to any understanding of the Divine Comedy : literra gesta docet , quid credas , allegoria – the literal sense teaches the facts; the allegory what you should believe. Furthermore these illustrious Muslims were included precisely because of Dante’s profound reverence for all that was best in the non-Christian world , and their exclusion from salvation , inevitable under Christian doctrine , saddened him and put a great strain on his mind – gran duol mi prese al cor quando lo ’ntesi – great grief seized me at heart when I heard this . Dante was even much influenced by the Averroistic concept of the “possible intellect ”.The same generous impulse that made him revere non-Christians like Avicenna and their nobleness made Dante relegate Muhammad to eternal punishment in the eighth circle of Hell, namely Dante’s strong sense of the unity of humanity and of all its spiritual values – universalis civilitas humani generis –the universal community of the human race . He and his contemporaries in the late thirteenth and early fourteenth century had only the vaguest of ideas about the history and theology of Islam and its founder . Dante believed that Muhammad and Ali were the initiators of the great schism between Christianity and Islam .Dante like his contemporaries thought Muhammad was originally a Christian and a cardinal who wanted to become a pope . Hence Muhammad was a divider of humanity whereas Dante stood for the unity – the essential organic unity -of humankind . What Said does not see is that Dante perfectly exemplifies Western culture’s strong tendency towards universalism .[50][50]

Self –Pity , Post-Imperialist Victimhood and Imperialism

In order to achieve his goal of painting the West in general , and the discipline of Orientalism in particular , in as negative a way as possible , Said has recourse to several tactics . One of his preferred moves is to depict the Orient as a perpetual victim of Western imperialism ,dominance,and aggression.The Orient is never seen as an actor , an agent with free-will , or designs or ideas of its own . It is to this propensity that we owe that immature and unattractive quality of much contemporary Middle Eastern culture , self-pity , and the belief that all its ills are the result of Western -Zionist conspiracies [51][51] . Here is an example of Said’s own belief in the usual conspiracies taken from “ The Question of Palestine ”[52][52] : It was perfectly apparent to Western supporters of Zionism like Balfour that the colonization of Palestine was made a goal for the Western powers from the very beginning of Zionist planning : Herzl used the idea , Weizmann used it , every leading Israeli since has used it . Israel was a device for holding Islam – later the Soviet Union , or communism – at bay ”. So Israel was created to hold Islam at bay !

As for the politics of victimhood , Said has “milked it himself to an indecent degree ”[53][53] . Said wrote : “ My own experiences of these matters are in part what made me write this book. The life of Arab Palestinian in the West , particularly in America , is disheartening .There exists here an almost unanimous consensus that politically he does not exist , and when it is allowed that he does , it is either as a nuisance or as an Oriental .The web of racism , cultural stereotypes , political imperialism , dehumanizing ideology holding in the Arab or the Muslim is very strong indeed , and it is this web which every Palestinian has come to feel as his uniquely punishing destiny ”.[54][54] Such wallowing in self-pity from a tenured , and much-feted professor at Columbia University , where he enjoys privileges which we lesser mortals only dream of , and a decent salary , all the while spewing forth hatred of the country that took him in and heaped honours on him ,is nauseating . As Ian Buruma concluded in his review of Said’s memoir , Out of Place , “ The more he dwells on his suffering and his exile status , the more his admirers admire him .On me , however , it has the opposite effect .Of all the attitudes that shape a memoir , self-pity is the least attractive ”.[55][55] The putative conquest of Egypt by Napoleon plays an important symbolic role in Said’s scheme of showing all that is evil in Orientalism . For Said , Napoleon conquered , dominated , engulfed, possessed and oppressed Egypt[56][56] . Egypt is described as the passive victim of Western rapacity . In reality , the French were defeated and had to retreat hastily after less than four years ; Napoleon arrived in July 1798 , and left it for good just over a year later , the French forces stayed until September 1801.But during this brief interlude , the French fleet was destroyed at the Battle of the Nile , and the French failed to capture Murad Bey . Riots also broke out when a house act was introduced in Cairo , and the French general Dupuy , lieutenant –governor of Cairo ,was killed .Further riots broke out among the Muslims in Cairo when the French left to confront the Turks at Mataria , but the chief victims were Christians many of whom were slaughtered by the Muslims .Kléber , the French general was also assassinated . Far from seeing the Egyptians as “the Other ” , and far from denigrating Islam , right from 1798 , the French were highly sensitive to Muslim opinion , with Napoleon showing an initimate knowledge of the Koran . Perhaps the ultimate irony was that after the assassination of Kléber , the command of the French army passed to General J.F. ( Baron de Menou ), who had converted to Islam , and who set about enacting various measures to conciliate the Muslims . Naguib Mahfouz , the Nobel Prize winning Egyptian novelist , once said it is thanks to Napoleon’s campaign in Egypt that his country has emerged out of centuries of obscurantism .Egypt owes all her modernity to Napoleon ![57][57] So much for the evils of the “Conquest of Egypt ”. Had he bothered to pursue the subsequent history of Egypt , Said would have put all Western imperialism in perspective , since he would have come across the history of Muhammad Ali , often considered the founder of Modern Egypt . It was never in the interest or even the intention of the Western powers to see the dismemberment of the Ottoman Empire , which time and time again sought and received European support for the preservation of their imperial possessions. After the humiliating retreat of the French , the Ottoman’s greatest challenger was a Muslim , the able but ambitious governor of Egypt , Muhammad Ali Pasha , “ who aspired to nothing less than the substitution of his own empire for that of the Ottomans ” .[58][58] Inspired by Napoleon , Muhammad Ali modernized many of Egypt’s archaic institutions . In his Imperial dreams , Ali was thwarted by the Ottomans with the help , once again, of the great powers , Britain , Russia , Austria , and Prussia , who did not wish to use the Sultan’s plight to expand their imperial possessions . A little later Muhammad Ali’s grandson ,Ismail also dreamt of transforming Egypt into a modern imperial power .By the mid-1870s “ a vast Egyptian empire had come into being , extending from the Mediterranean in the north to Lake Victoria , and from the Indian Ocean in the esat to the Libyan desert ”.[59][59] I have dwelt on these historical details to put nineteenth century imperialism in context , and to show that Middle Eastern history was created by Middle Eastern actors , who were “ not hapless victims of predatory imperial powers but active participants in the restructuring of their region ”.[60][60] But this , of course , does not serve Said’s purpose at all , which is to show “the Orientals” as passive victims of Western imperialism unable to control their own destiny . It is Said who is guilty of the very sins that he accuses the Orientalists of , namely , suppressing the voice of the people of Egypt , the true history of the Near East , which was created by indigenous trends , desires , and actions freely –chosen . In Orientalism , Said writes : “ Both before and during World War I secret diplomacy was bent on carving up the Near Orient first into spheres of influence , then into mandated ( or occupied ) territories ”.[61][61] This is totally false ;here is how two historians see it : “ [T]he chain of events culminating in the destruction of the Ottoman Empire and the creation of the modern Middle East was set in motion not by secret diplomacy bent on carving up the Middle East , but rather by the decision of the Ottoman leadership to throw in its lot with Germany .This was by far the single most important decision in the history of the modern Middle East , and it was anything but inevitable .The Ottoman Empire was neither forced into the war in a last-ditch bid to ensure its survival , nor maneuvered into it by an overbearing Getman ally and an indifferent or even hostile British policy . Rather , the [ Ottoman] empire’s willful plunge into the whirlpool reflected a straightforward [ Ottoman ] imperialist policy of territorial aggrandizement and status acquisition ”. [62][62][ Emphasis in the original ] Prime Minister Asquith noted in his diary in March , 1915 : “ [ Foreign Secretary Sir Edward Grey and I ] both think that in the interests of our own future the best thing would be if at the end of the War we could say that we had taken and gained nothing ….” Similarly , the Bunsen Committee of April/May , 1915 had a clear preference for the maintenance of an independent but decentralized empire comprising of five major provinces : Anatolia , Armenia , Syria , Palestine , and Iraq-Jezirah . Nearly a year after the outbreak of the First World War , Britain still did not wish to see the destruction of Turkey –in-Asia.[63][63] Whereas it was an Arab , Sharif Hussein of Mecca ,who wanted to establish his own empire on the ruins of that of the Ottomans . Similarly , when referring to T.E.Lawrence , Said writes : “ The great drama of Lawrence’s work is that it symbolizes the struggle , first , to stimulate the Orient ( lifeless , timeless , forceless ) into movement ; second , to impose upon that movement an essentially Western shape ”.[64][64] Again , it is Said who is assuming the Arabs were passive , and had decisions taken for and imposed upon them , as though they were children or imbeciles incapable of having desires , and acting freely .Certainly , the forceful personalities of the Sharif of Mecca , Hussein ibn Ali , and his son Faisal played the most important part during the First World War , and were as responsible for what emerged after it as the Western powers . Thus Said’s use of emotive language concerning Western imperialism with all its supposed evils conceals the real overall historical background of the entire region .Where the French presence lasted less than four years when they were ignominiously expelled by the British and Turks , the Ottomans had been the masters of Egypt since 1517 , a total of 280 years ! Even if we count the later British and French protectorates , Egypt was under Western control for 67 years , Syria for 21 years , and Iraq for only 15 . And , of course , Saudi Arabia was never under Western control .Contrast this with Southern Spain , which was under the Muslim yoke for 781 years , Greece for 381 years,and the splendid new Christian capital that eclipsed Rome –Byzantium – is still in Muslim hands [65][65]. But I do not know of any Spanish or Greek politics of victimhood .

Said’s Anti-Westernism . In a rather disingenuous 1994 Afterword Said denies that he is anti-Western , he denies that the phenomenon of Orientalism is a synecdoche of the entire West , and claims that he believes there is no such stable reality as “ the Orient” and “ the Occident ” , that there is no enduring Oriental reality and even less an enduring Western essence , that he has no interest in , much less capacity for , showing what the true Orient and Islam really are . [66][66] Denials to the contrary ,an actual reading of Orientalism is enough to show Said’s anti-Westernism . While he does occasionally use inverted commas around “the Orient ” and “ the Occident ” , the entire force of Said’s polemic comes from the polar opposites and contrasts of the East and the West , the Orient and Europe , Us and the Other , that he himself has rather crudely set up . Said wrote , “ I doubt that it is controversial , for example , to say that an Englishman in India or Egypt in the later nineteenth century took an interest in those countries that was never far from their status in his mind as British colonies .To say this may seem quite different from saying that all academic knowledge about India and Egypt is somehow tinged and impressed with , violated by , the gross political fact [ of imperialism ] – and yet that is what I am saying in this study of Orientalism ”.[67][67][ Emphasis in original ] Here is Said’s characterisation of all Europeans : “ It is therefore correct that every European , in what he could say about the Orient , was consequently a racist , an imperialist , and almost totally ethnocentric ”. [68][68] In other words not only is every European a racist , but he must necessarily be so. Said claims he is explicitly anti-essentialist particularly about “ the West ”. But here is Said again : “Consider first the demarcation between Orient and West .It already seems bold by the time of the Iliad .Two of the most profoundly influential qualities associated with the East appear in Aeschylus’s The Persians , the earliest Athenian play extant , and in The Bacchae of Euripides , the very last one extant ….The two aspects of the Orient that set if of from the West in this pair of plays will remain essential motifs of European imaginative geography . A line is drawn between two continents .Europe is powerful and articulate ; Asia is defeated and distant .”[69][69] As Keith Windschuttle comments on the above passage : “ These same motifs persist in Western culture , [ Said ] claims , right down to the modern period .This is a tradition that accommodates perspectives as divergent as those of Aeschylus , Dante , Victor Hugo , and Karl Marx .However , in describing “ the essential motifs ” of the European geopgraphic imagination that have persisted since ancient Greece , he is ascribing to the West a coherent self-identity that has produced a specific set of value judgements – “ Europe is powerful and articulate : Asia is defeated and distant ”-that have remained constant for the past 2500 years .This is ,of course , nothing less than the use of the very notion of “essentialism ” that he elsewhere condemns so vigorously .In short , it is his own work that is essentialist and ahistorical .He himself commits the very faults he says are so objectionable in the work of Orientalists ”.[70][70] Just in case the above were not enough to prove Said’s anti-Western essentialism , here is another gem : “ The Orient was Orientalized not only because it was discovered to be “Oriental” in all those ways considered commonplace by an average nineteenth-century European ,,but also because it could be –that is ,submitted to being – made Oriental .”[71][71] Here we have Said’s ultimate reductionistic absurdity :the average nineteenth-century European ! A part of Said’s tactics is to leave out Western writers and scholars who do not conform to Said’s theoretical framework. Since ,for Said , all Europeans are a priori racist , he obviously cannot allow himself to quote writers who are not . Indeed one could write a parallel work to Orientalism made up of extracts from Western writers , scholars , and travellers who were attracted by various aspects of non-European cultures, which they praised and contrasted favourably with their own decadence , bigotry , intolerance , and bellicosity. Said makes much of Aeschylus’ The Persians , and its putative permanent creation of the “Other ” in Western civilization . But Aeschylus can be forgiven his moment of triumphalism when he describes a battle in which he very probably took part in 480 B.C. , the Battle of Salamis ,on which the very existence of fifth-century Athens depended .The Greeks destroyed or captured 200 ships for the loss of forty , which for Aeschylus was symbolic of the triumph of liberty over tyranny , Athenian democracy over Persian Imperialism , for it must not be forgotten that the Persians were ruthless imperialists whose rule did not endear them to several generations of Greeks . Furthemore had he delved a little deeper into Greek civilization and history , and bothered to look at Herodotus’ great history , Said would have encountered two features which were also deep characteristics of Western civilization and which Said is at pains to conceal and refuses to allow : the seeking after knowledge for its own sake , and its profound belief in the unity of mankind , in other words its universalism . The Greek word , historia , from which we get our “history” , means “research ” or“ inquiry”, and Herodotus believed his work was the outcome of research : what he had seen , heard , and read but supplemented and verified by inquiry .For Herodotus , “historical facts have intrinsic value and rational meaning ”. He was totally devoid of racial prejudice – indeed Plutarch later branded him a philobarbaros, whose nearest modern equivalent would be “nigger-lover ” -and his work show considerable sympathy for Persians and Persian civilization .Herodotus represents Persians as honest – “ they consider telling lies more disgraceful than anything else ”- brave , dignified , and loyal to their king . As to the religions of the various peoples he studied , Herodotus showed his customary intellectual curiosity but also his reverence for all of them , because “ all men know equally about divine things ”.[72][72] Even in the Middle Ages , we find figures in the Christian Church ready to make , in the words of Maxime Rodinson , an “ outstanding effort …to gain and to transmit an objectively based scientific knowledge of the Islamic religion ”.Rodinson is talking about the remarkable Peter the Venerable , Abbot of Cluny ( c.1094-1156 ) . Rodinson is convinced that Peter the Venerable was not only motivated for polemical reasons but “ was moved by a disinterested curiosity …”.[73][73]

A number of thinkers , writers and scholars in Europe from the 16 century onwards took up the theme of the noble savage as a means to criticise their own culture , and to encourage tolerance of others outside the West .Perhaps the real founder of the 16th century doctrine of the noble savage was Peter Martyr Anglerius ( 1459 -1525 ). In his De Orbo Novo of 1516 , Peter Martyr criticised theSpanish Conquistadores for their greed , narrow – mindedness , intolerance and cruelty , contrasting them with the Indians , “ who are happier since they are free from money , laws , treacherous judges , deceiving books and the anxiety of an uncertain future” . But it was left to Montaigne , under the influence of Peter Martyr , to develop the first full- length portrait of the noble savage in his celebrated essay “ On Cannibals ” ,( c. 1580) which is also the source of the idea of cultural relativism . Deriving his rather shaky information from a plain , simple fellow , Montaigne describes some of the more gruesome customs of the Brazilian Indians and concludes : “ I am not so anxious that we should note the horrible savagery of these acts as concerned that , whilst judging their faults so correctly , we should be so blind to our own I consider it more barbarous to eat a man alive than to eat him dead ; to tear by rack and torture a body still full of feeling , to roast it by degrees , and then give it to be trampled and eaten by dogs and swine – a practice which we have not only read about but seen within recent memory , not between ancient enemies , but between neighbours and fellow -citizens and , what is worse , under the cloak of piety and religion – than to roast and eat a man after he is dead ” . Elsewhere in the essay , Montaigne emphasises their inevitable simplicity , state of purity and freedom from corruption . Even their “ fighting is entirely noble” . Like Peter Martyr , Montaigne’s rather dubious , second hand knowledge of these noble savages does not prevent him from criticising and morally condemning his own culture and civilisation : “ [ We ] surpass them in every kind of barbarity ”. The 17th century saw some truely sympathetic accounts of Islam such as those of Jurieu and Bayle . Let us hear Mr . Jurieu : " It may be truly said that there is no comparison between the cruelty of the Saracens against the Christians , and that of Popery against the true believers . In the war against the Vaudois , or in the massacres alone on St . Bartholomew’s Day , there was more blood spilt upon account of religion , than was spilt by the Saracens in all their persecutions of the Christians . It is expedient to cure men of this prejudice ; that Mahometanism is cruel sect , which was propagated by putting men to their choice of death , or the abjuration of Christianity . This is in no wise true ; and the conduct of the Saracens was an evangelical meekness in comparison to that of Popery , which exceeded the cruelty of the cannibals . ” The whole import of Jurieu’s Lettres Pastorales (1686 -1689 ) only becomes clear when we realise that Jurieu was a Huguenot pastor , the sworn enemy of Bossuet ,and he was writing from Holland after the Revocation of the Edict of Nantes . He is using the tolerance of the Muslims to criticise Roman Catholicism – for him the Saracen’s “ evangelical meekness”is a way of contrasting Catholocism’s own barbarity as on St. Bartholomew’s Day. Pierre Bayle was much influenced by Jurieu and continued to sing the praise of Islamic tolerance .He contrasts the tolerance of the Turks to the persecutions of brahmins in India by the Portuguese , and the barbarities exercised by the Spaniards in America . “[ The Muslims ] have always had more humanity for other religions than the Christians …” . Bayle was a champion of toleration -was he not himself the victim of intolerance and forced to flee to Holland ? For Jurieu and Bayle in the 17th century , Turk was synonymous with Muslim , thus Turkish tolerance turned into Muslim tolerance in general . Later “Letters Written by a Turkish Spy ” , published at the end of the 17th century , inaugurated the 18th Century vogue for the pseudo-foreign letter , such as Montesquieu ’s Lettres Persanes ( 1721 ) , Madame de Grafigny’s Lettres d’ une Peruvienne ( c. 1747 ) , D’ Argen’s Lettres Chinoises (1750 ) , Voltaire’s Asiatic in the Philosophical Dictionary ( 1752) , Horace Walpole’s Letter from Xo Ho , a Chinese Philosopher at London , to his friend Lien- Chi , at Peking ( 1757 ) and Goldsmith’s Citizen of the World (1762 ) , in which Lien Chi Altangi passes philosophical and satirical comments on the manners of the English . Count Henri de Boulainvilliers’( 1658 – 1722 ) apologetic biography of Muhammad appeared posthumously in London in 1730 . It is impossible to exaggerate the importance of this book in shaping Europe’s view of Islam and its founder, Muhammad ; it certainly much influenced Voltaire and Gibbon .Boulainvilliers was able to use Muhammad and the origins of Islam as " a vehicle of his own theological prejudices " ,and as a weapon against Christianity, in general , and the clergy , in particular . He found Islam reasonable , it did not require one to believe in impossibilities – no mysteries , no miracles . Muhammad, though not divine , was an incomparable statesman and a greater legislator than any one produced by Ancient Greece . George Sale’ s translation of the Koran ( 1734) is the first accurate one in English .Like Boulainvilliers , whose biography of Muhammad he had carefully read , Sale firmly believed that the Arabs " seem to have been raised up on purpose by God , to be a scourge to the Christian church , for not living answerably to that most holy religion which they had received " . The attitude of Voltaire can be seen as typical of the entire century . Voltaire seems to have regretted what he had written of Muhammad in his scurrilous, and to a Muslim blasphemous,play Mahomet ( 1742 ) , where the Prophet is presented as an impostor who enslaved men’s souls : “ Assuredly, I have made him out to be more evil than he was”. But , Voltaire in his Essai sur les Moeurs ,1756 , and various entries in the Philosophical Dictionary , shows himself to be prejudiced in Islam’s favour at the expense of Christianity in general, and Catholicism in particular . In his The Sermon Of The Fifty ( 1762 ) , Voltaire attacks Christian mysteries like transubstantiation as absurd ; Christian miracles as incredible ; the Bible as full of contradictions . The God of Christianity was a cruel and hateful tyrant . By contrast , Voltaire finds the dogmas of Islam simplicity itself : there is but one God ,and Muhammad is his Prophet . For all deists, the supposed rationality of Islam was appealing : no priests , no miracles , no mysteries . To this was added other beliefs such as the absolute tolerance of Islam of other religions , in contrast to Christian intolerance . Gibbon , like Voltaire , painted Islam in as favourable a light as possible in order to better contrast it with Christianity. He emphasised Muhammad’s humanity as a means of indirectly criticising the Christian doctrine of the divinity of Christ .His anti – clericalism led Gibbon to underline Islam’s supposed freedom from that accursed class , the priesthood . Gibbon’ s deistic view of Islam as a rational , priest free religion , with Muhammad as a wise and tolerant lawgiver enormously influenced the way all Europeans perceived a sister religion for years to come . But the work that exemplifies the Enlightenment’s openness to the Other , and its universalism and tolerance is surely Gotthold Lessing’s Nathan The Wise , written in 1778/1779 . The two themes – “ it suffices to be a man ” and “ Be my friend ”- run through the play and give it its humanity . Preaching friendship among the three monotheists religions ( Saladin , (1137-1193) the Great Muslim leader who defeated the Christian Crusaders is one of the three main characters ) , Lessing recounts the allegory of the father ( God ) who gives each of his three sons ( representing Islam , Christianity and Judaism ) a ring ( representing religion ) : “If each of you Has had a ring presented by his father, Let each believe his own the real ring. ‘Tis possible the father chose no longer To tolerate the one ring’s tyranny; And certainly, as he much loved you all, And loved you all alike, it could not please him By favouring one to be of two the oppressor. Let each feel honoured by this free affection. Unwarped of prejudice; let each endeavour To vie with both his brothers in displaying The virtue of his ring; assist its might With gentleness, benevolence, forbearance, With inward resignation to the godhead ….”[74][74]

I could multiply examples of Said’s quite deliberate omissions , writers sympathetic to the Arabs , Turks and Islam , writers like W.S. Blunt [ 1840-1922] , whose travels in Egypt , and Arabia“ produced in him a violent reaction against British Imperialism , and the second half of his life was spent in publishing a stream of poems , books and pamphlets championing the nationalist cause in Egypt , India ,Arabia and Ireland ”.[75][75] Writers like Lady Mary Wortley Montagu [1689-1762 ] , who wrote , “ Sir , these people [ the Turks ] are not so unpolish’d as we represent them .Tis true their magnificence is of a different taste from our , and perhaps of a better . I am allmost [sic] of opinion they have a right notion of Life , while they consume it in Music , Gardens , Wine , and delicate eating , while we are tormenting our brains with some Scheme of Politics or studying some Science to which we can never attain , ….”[76][76] Or writers like Marmaduke Pickthall who eventually converted to Islam , translated the Koran , wrote novels of Egypt , and edited the journal Islamic Culture . Or E.G.Browne ( 1862-1926 )who wrote the monumental Literary History of Persia (1902-24), and who also took up the cause of Iranian nationalism . The important thing to emphasize here is the deliberately biased nature of Said’s apparently learned and definitive selection ; I could just as easily go through Western Literature and illustrate the opposite point to the one he is making . Furthermore , my selection is not of some peripheral figures culled from the margins of Western culture , but the very makers of that culture , figures like Montaigne ,Bayle Voltaire , Gibbon , Lessing and some I have not quoted like Montesquieu ( The Persian Letters , 1721 ) and Diderot ( Supplément au Voyage de Bougainville , 1772 ) , the latter two exemplifying the European Enlightenment’s appeal to reason , objective truth and universalist values . Most of the time we have the impression that Said is simply resentful at how thorough , scholarly , in short , scientific and successful the Orientalists were ; Said is particularly jealous of their mastery of the various languages .For example , Said grudgingly admits that D’Herbelot read Arabic , Persian , and Turkish , and then seems to resent the fact that D’Herbelot arranged his Bibliothèque orientale alphabetically ! [77][77] Said talks of “specific Orientalist techniques – lexicography , grammar , translation , cultural decoding …” as though they were instruments of torture , used to violate , subjugate , dominate the Orient .[78][78] The same resentment is expressed of “ regulatory codes , classifications , specimen cases , periodical reviews , dictionaries , grammars , commentaries , editions , translations ” , which can only be seen as Said’s hatred of science .[79][79] Western intellectual energy and curiosity , that is “activity , judgment , will-to-truth , and knowledge ” is dimissed as “ all aggression”. [80][80]

Misunderstanding of Western Civilization. The golden thread running through Western civilization is rationalism . As Aristotle said , Man by nature strives to know . This striving for knowledge results in science , which is but the application of reason . Intellectual inquisitiveness is one of the hall marks of Western civilisation .As J.M.Roberts put it , “ The massive indifference of some civilisations and their lack of curiosity about other worlds is a vast subject . Why , until very recently , did Islamic scholars show no wish to translate Latin or western European texts into Arabic ? Why when the English poet Dryden could confidently write a play focused on the succession in Delhi after the death of the Mogul emperor Aurungzebe , is it a safe guess that no Indian writer ever thought of a play about the equally dramatic politics of the English seventeenth-century court ? It is clear that an explanation of European inquisitiveness and adventurousness must lie deeper than economics , important though they may have been . It was not just greed which made Europeans feel they could go out and take the world . The love of gain is confined to no particular people or culture .It was shared in the fifteenth century by many an Arab , Gujarati or Chinese merchant . Some Europeans wanted more . They wanted to explore ”.[81][81] Vulgar Marxists , Freudians , and Anti-Imperialists , who crudely reduce all human activities to money , sex , and power respectively ,have difficulties in understanding the very notion of disinterested intellectual inquiry , knowledge for knowledge’s sake. European man by nature strives to know. Science undoubtedly owed some of its impetus to finding ways of changing base metal into gold , to attempts to solve practical problems , but surely owes as much to the desire to know , to get at the truth and is the reason why philosophers like Karl Popper have called it a spiritual achievement . Hence the desperate attempts by Said to smear every single Orientalist with the lowest of motives are not only reprehensible , but fail to give due weight to this golden thread running through Western civilisation . One should remind Said that it was thanks to this desire for knowledge on the part of Europeans that led to the people of the Near East recovering and discovering their own past and their own identity . In the nineteenth and early twentieth century archaeological excavations in Mesopotamia , Ancient Syria , Ancient Palestine and Iran were carried out entirely by Europeans and later Americans – the disciplines of Egyptology , Assyriology , Iranology which restored to mankind a large part of its heritage were the exclusive creations of inquisitive Europeans and Americans . Whereas , for doctrinal reasons , Islam deliberately refused to look at its pre-Islamic past , which was considered a period of ignorance . [82][82] It is also worth pointing out that often the motives , desires , and prejudices of a scholar have no bearing upon the scientific worth of a scholar’s contribution . Again , vulgar Marxists , for example , dimiss an opponent’s arguments not on any scientific or rational grounds but merely because of the social origins of the scholar concerned . Nöldeke’s bigotry was well-known , indeed a source of acute embarrassment to his colleagues ,but no modern scholar of Islam can ignore his Geschichte des Qorans ; similarly Henri Lammens’ hatred for the Prophet Muhammad is notorious but as Professor F.E.Peters once said , Lammens has never been refuted. Conversely , a scholar who manifests sympathy for all aspects of Islam is not necessarily a good scholar . Said , for instance , quotes with approval Norman Daniel , but as Maxime Rodinson pointed out Daniel was not an objective historian but an apologist of Islam : “ In this way the anti-colonialist left , whether Christian or not , often goes so far as to sanctify Islam and the contemporary ideologies of the Muslim world , …An historian like Norman Daniel has gone so far as to number among the conceptions permeated with medievalism or imperialism , any criticisms of the Prophet’s moral attitudes , and to accuse of like tendencies any exposition of Islam and its characteristics by means of the normal mechanisms of human history .Understanding has given way to apologetics pure and simple ” .[83][83] Rather surprisingly , Said also singles out Louis Massignon for lavish praise for his sympathetic understanding of Islam. Massignon’s scholarship is not in doubt , his biography of Al-Hallaj , for example ,is considered a masterpiece . But Massignon also exemplifies the very qualities that Said himself dismisses in others .The Frenchman is responsible for perpetuating the myth of the spiritual East as against the materialist West .Said praises him for “ identifying with the ‘vital forces ’ informing ‘Eastern culture ’[84][84] , and yet earlier Said informs us that “ The Orient was overvalued for its pantheism , its spirituality , its stability , its longevity , its primitivity , and so forth ”.[85][85] Massignon also displays other unattractive traits that Said does not mention namely his anti-semitism , in the sense of virulent anti-Jewish sentiments , something even Massignon’s biographers acknowledge.[86][86] Finally , Massignon was far from the paragon of Christian spirituality that he becomes in Said’s eyes , since one of Massignon’s interest in the East was to search its cities for male prostitutes , something he dared not do in the ‘decadent West ’! Mircea Eliade recounts in his Journal , “ This evening I dine with Massignon .We talk for several hours .Terribly voluble ! He is ,besides , obsessed with pederasty ; again and again he brings the conversation around to “ young male prostitutes ” and so on .”.[87][87] Massignon was quite ready to exploit the East when it suited him . Maxime Rodinson was also criticize Massignon and others for taking too far the idea of seeing the Koran on its own terms , though their perspective represented « a necessary reaction against an understanding of a text in terms that were too often foreign to the text , and a tendency to isolate themes from the religious context to which they belong – tendencies which were characteristic of the nineteenth century .However , the historian must occasionally ask himself if the reaction has not gone too far .Some of the methods of this school of thought [ Massignon and others ] must be a matter of concern to historians .To study the internal logic of a faith and to show respect are very legitimate objectives .The scholar has a perfect right to attempt to re-experience within himself the « fire » and the exigencies of the religious consciousness under study .However , the elements that comprise a coherent system could indeed have derived from a variety of very different sources and might well have played an entirely different role in other systems .Respect for the faith of sincere believers cannot be allowed either to block or deflect the investigation of the historian .The result derived from examining a particular faith on a personal “mental testing bench” ought to be made the object of a very severe critical examination .One must defend the rights of elementary historical methodology …. » [88][88]

Said’s Orientalism . Orientalism reveals at times Said’s own contempt for the non-European , negative attitudes towards the Orient far greater than that of some imperialists he constantly condemns. Said speaks of “ books and journals in Arabic ( and doubtless in Japanese , various Indian dialects and other Oriental languages )…”.[89][89] As Lewis says , this is indeed a contemptuous , sneering ,listing with its “assumption that what Indians speak and write are not languages but dialects ” ; even earlier Said talks of “innumerable Indian dialects ”[90][90] , despite the fact that there are , in India , more than fifteen languages each of which is spoken by more than 40 million people , and each with a long and rich literary tradition . Where Said , the anti-Orientalist taketh away , the Orientalist restoreth , for , ironically, it was during the British period in India that Sir George A. Grierson carried out The Linguistic Survey of India (between 1866 and 1927) , which resulted in his monumental study in several thousand pages where he identified and studied 179 Indian languages . All later research is indebted to this magnificent work of scholarship , which , for Grierson , was a token of his love for India , and what is more , far from being neglected or reviled as Said would no doubt have liked , this Orientalist classic is still in print in India , nearly eighty years after its publication in 1927. This work illustrates perfectly the fact that much Orientalist research gave back to , for instance,Indians , their own rich and varied heritage of which they themselves were not aware. . Said also claims , “ No Arab , or Islamic scholar can afford to ignore what goes on in scholarly journals , institutes , and universities in the United States and Europe ; the converse is not true .For example , there is no major journal of Arab Studies published in the Arab world today ”.[91][91] Said simply chooses to ignore such distinguished journals as Majallat al-Ahfad ( Omdurman ), Alif:Journal of Comparative Poetics ( Cairo ) , Al-Majalla al-‘Arabiya li-l-‘Ulum al-Insaniya ( Kuwait ), Al-Tawasul al-Lisani (Fez) , Review of the Arab Academy ( Damascus ) , al-Abhath ( Beirut ) , the Review of Maghribi History ( Tunis ) , and the Bulletins of the faculties of Arts and of Social Sciences of Cairo , Alexandria , Baghdad , to name a few . Said , Sex , and Psycho-analysis If Said can be said to have a bête-noir , it must surely be Bernard Lewis . In a recent review of Lewis’ book , What Went Wrong ? in Harper’s [92][92] , Said gave vent to his loathing for Lewis , who is characterized as repetitious , having a veneer of English sophistication , whose book is unrelieved rubbish ,an intellectual and moral disaster , the terribly faded rasp of a pretentious academic voice . “ One can almost hear him[ Lewis ] saying ”, continues Said , “ over a gin and tonic , ‘You know , old chap , those wogs never really got it right , did they ? ’ ”. Then there is Said’s ultimate argument against Lewis : “ His jowly presence seems to delight his interlocutors and editors ….” ! But what struck me most was Said’s sentence where he accuses Lewis of persisting “in such ‘philological’ tricks as deriving an aspect of the predilection in contemporary Arab Islam for revolutionary violence from Bedouin descriptions of a camel rising ”. Said , twenty five years on , still has not forgotten his battle with Lewis on the issue of a camel rising , to which I will now turn . In Orientalism [93][93], Said quotes from Lewis’ essay “ Islamic Concepts of Revolution ” : “ In the Arabic-speaking countries a different word was used for [ revolution ] thawra .The root th-w-r in Classical Arabic meant to rise up ( e.g. of a camel ) , to be stirred or excited , and hence , especially in Maghribi usage , to rebel . It is often used in the context of establishing a petty , independent sovereignty ; thus , for example , the so-called party kings who ruled in eleventh century Spain after the break-up of the Caliphate of Cordova are called thuwwar ( sing. tha’ir ). The noun thawra at first means excitement , as in the phrase , cited in the Sihah , a standard medieval Arabic dictionary , intazir hatta taskun hadhihi ’lthawra , wait till this excitement dies down – very apt recommendation . The verb is used by al-Iji , in the form of thawaran or itharat fitna , stirring up sedition , as one of the dangers which should discourage a man from practising the duty of resistance to bad government .Thawra is the term used by Arabic writers in the nineteenth century for the French Revolution , and by their successors for the approved revolutions , domestic and foreign , of our own time .”[94][94] Among Said ’s conclusions is : “ Lewis’s association of thawra with a camel rising and generally with excitement ( and not with a struggle on behalf of values ) hints much more broadly than is usual for him that the Arab is scarcely more than a neurotic sexual being .Each of the words or phrases he uses to describe revolution is tinged with sexuality: stirred , excited , rising up.But for the most part it is a ‘bad’ sexuality he ascribes to the Arab . In the end , since Arabs are really not equipped for serious action , their sexual excitement is no more noble than a camel’s rising up .Instead of revolution there is sedition , setting up a petty sovereignty , and more excitement , which is as much as saying that instead of copulation the Arab can only achieve foreplay , masturbation , coitus interruptus. These , I think , are Lewis’s implications ….” Can any rational person have drawn any conclusion which even remotely resembled that of Edward Said’s from Lewis’s scholarly discussion of Classical Arabic etymology ? Were I to indulge in some prurient psycho-biography , much in fashion , I would be tempted to ask , “What guilty sexual anguish is Said trying to cover up ? Just what did they do to him at his Cairo English prep school ? ” . Lewis’s concise and elegant reply to Said’s conclusions is to quote the Duke of Wellington : “ If you believe that , you can believe anything ”. But that is not all. In Orientalism ,Said seems to be obssessed with sexual imagery .He finds D.G.Hogarth’s account of the exploration of Arabia “ aptly titled The Penetration of Arabia (1904 )”.[95][95] And yet ,Said himself wrote , “ [ Sir Richard Burton ] was able to penetrate to the heart of Islam and disguised as an Indian Muslim doctor accomplish the pilgrimage to Mecca ”[96][96] ; and also “ For Lamartine a pilgrimage to the Orient has involved not only the penetration of the Orient by an imperious consciousness ….”.[97][97] Or again , “ The point here is that the space of weaker or underdeveloped regions like the Orient was viewed as something inviting French interest , penetration , insemination –in short , colonization ….French scholars , administrators , geographers, and commercial agents poured out their exuberant activity onto the fairly supine , feminine Orient ”. And yet again :“Before Napoleon only two efforts ( both by scholars ) had been made to invade the Orient by stripping it of its veils ….”.[98][98] Just what did they do to Said at prep school ? Orientalists’ Complicity in Imperialism One of Said’s major theses is that Orientalism was not a disinterested activity but a political one , with Orientalists preparing the ground for and colluding with imperialists : “ To say simply that Orientalism was a rationalization of colonial rule is to ignore the extent to which colonial rule was justified in advance by Orientalism , rather than after the fact ”.[99][99] The Orientalist provides the knowledge that keeps the Oriental under control : “ Once again , knowledge of subject races or Orientals is what makes their management easy and profitable ; knowledge gives power , more power requires more knowledge , and so on in an increasingly profitable dialectic of information and control ”.[100][100] This is combined with Said’s thesis derived from the Coptic socialist thinker , Anwar Abdel Malek that the Orient is always seen by the Orientalists as unchanging , uniform and peculiar [101][101], and Orientals have been reduced to racist stereotypes , and are seen as ahistorical ‘objects’ of study “ stamped with an otherness …of an essentialist character ….”.[102][102] The Orientalists have provided a false picture of Islam : “ Islam has been fundamentally misrepresented in the West ”.[103][103] Said adds Foucault to the heady mix ; the French guru convinced Said that Orientalist scholarship took place within the ideological framework he called ‘discourse ’ and that “ the real issue is whether indeed there can be a true representation of anything , or whether any and all representations , because they are representations , are embedded first in the language and then in the culture , institutions , and political ambience of the representer.If the latter alternative is the correct one ( as I believe it is ) , then we must be prepared to accept the fact that a representationis eo ipso implicated , intertwined , embedded , interwoven with a great many other things besides the “truth ,” which is itself a representation”.[104][104] It takes little thought to see that there is a contradiction in Said’s major thesis.[105][105]If Orientalists have produced a false picture of the Orient , Orientals , Islam , Arabs , and Arabic society – and , in any case , for Said , there is no such thing as “the truth” –then how could this false or pseudo- knowledge have helped European imperialists to dominate three –quarters of the globe ? ‘Information and control’ wrote Said , but what of ‘false information and control ’? To argue his case , Said very conveniently leaves out German Orientalist scholarship , for their inclusion would destroy – and their exclusion does indeed totally destroy – the central thesis of Orientalism , that all Orientalists’ produced knowledge which generated power ,and that they colluded and helped Imperialists found empires. As we shall see, Germans Orientalists were the greatest of all scholars of the Orient , but , of course , Germany was never an imperial power in any of the Oriental countries of North Africa or the Middle East . Bernard Lewis wrote , “ at no time before or after the imperial age did [ the British and French] contribution ,in range , depth , or standard , match the achievement of the great centers of Oriental studies in Germany and neighbouring countries .Indeed , any history or theory of Arabic studies in Europe without the Germans makes as much sense as would a history or theory of European music or philosophy with the same omission ”.[106][106] Those omitted are not peripheral figures but the actual creators of the field of Middle Eastern , Islamic and Arabic Studies ; scholars of the standing of Paul Kahle ( 1875-1964 ) Georg Kampffmeyer ( 1864-1936 ) , Rudolf Geyer (1861-1929 ) , F.Giese ( 1870-1944 ) , Jacob Barth ( 1851-1914 ) , August Fischer ( 1865-1949) , Emil Gratzl (1877-1957), Hubert Grimme ( 1864-1942 ) , Friedrich Schulthess (1868-1922) , Friedrich Schwally (1863-1919) , Anton Baumstark (1872-1948 ) , Gotthelf Bergsträsser ( 1886-1933) ;others not discussed include G.Wustenfeld , Von Kremer , J.Horovitz , A.Sprenger , Karl Vollers .Though Nöldeke (1836 -1930 ), Fuck , G.Weil, Becker, E.Sachau , and Carl Brockelmann are mentioned their work and significance are not discussed in any detail ; Nöldeke , whose Geschichte des Qorâns (1860) was to become the foundation of all later Koranic studies , is considered one of the pioneers , along with Goldziher , of Islamic Studies in the West . But of course German scholars are not the only ones omitted ; Russians ( e.g. Belayev , Tolstov ) , Italian ( Caetani ) , and many Jewish scholars who studied Islam with sympathy considering it a sister religion ( e.g. Abraham Geiger , Paul Kraus ) do not rate a mention . Furthermore to argue that the French and British Orientalists somehow prepared the ground for the imperialists is to seriously distort history . The first chair of Arabic in France was founded in 1538 at the Collège de France , and yet the first French venture into an Arab country was Napoleon’s in 1798 . In England , the first chair of Arabic was founded in 1633 , at Cambridge , and yet the first British incursion into Arab territory was not until the nineteenth century . Where is the complicity between Orientalists and Imperialists here ? When the first two chairs of Arabic were founded in the West , it was the Muslims who dominated the Mediterranean , the Balkans were under Turkish rule , and the Turkish Siege of Vienna was still to come . [107][107] Said quotes at length speeches and essays by British statesmen like Lord Cromer , Arthur Balfour , and Lord Curzon which do mention the work of some Orientalists . But , as Windschuttle points out , “these quotations come from works written between 1908 and 1912 , that is , more than twenty-five years after the peak of Britain’s imperial expansion. Rather than expressing the aims and objectives of potential imperial conquests , these speeches are ex post facto justifications , sanctioned by hindsight”. Said quotes Curzon as saying , “ our familiarity , not merely with the languages of the people of the East but with their customs , their feelings , their traditions , their history and religion …is the sole basis upon which we are likely to be able to maintain in the future the position we have won …”.[108][108] But here Curzon is speaking to the House of Lords in 1909 to support the funding of a new London school of Oriental Studies , and , unsurprisingly , “ was painting its prospects in the best light he could”.[109][109]

Sacy de Silvestre , Ernest Renan , and Ignaz Goldziher . Lawrence Conrad , in a remarkable book edited by Martin Kramer [110][110], has shown with his usual superb scholarship , clarity and analytical brilliance , how Said’s account is not just flawed but fundamentally wrong : “ …[I]t is difficult to credit the curious linearity that Said postulates for the development of orientalism from Silvestre de Sacy .As is amply attested by the vast oriental collections of such centers of orientalist learning as Leiden and Berlin , where there were no imperial considerations to stimulate interest in the Orient , or at least ( in the case of the Netherlands ) not in the Middle East , it is a gross error to characterize European orientalist scholarship as dependent upon ‘imperial Britain and France ’ for access to texts.The orientalist tradition in the Netherlands and Germany was already well-established by the eighteenth century . In Leiden the decisive impetus ( if one is to think in terms of contributions of individuals ) had been provided by Jacob Golius ( 1596-1667 ) , and the treasures of the Warnerian Library provided materials for study by an expanding circle of scholars ; in Germany a founding father figure may be identified at Leipzig in Johann Jacob Reiske ( 1716 –74 ) , who had been trained at Leiden ”.[111][111] As Conrad points out in a footnote[112][112] , “ The Islamic holdings at the Leiden University Library roughly equal those of the British Library ( ca. 23,000 ) , and those of the Deutsche Staatsbibliothek in Berlin and the Bibliothèque Nationale in Paris are again about the same ( ca.12,000 ) ”[113][113]. Said first exaggerates de Sacy’s influence on Renan , and then compounds his error by further overestimating both of their importance in the history of Orientalism . Renan himself felt he was continuing the work of Bopp , and only makes “ a few passing references to Silvestre de Sacy and assigns him no particular importance for his own intellectual or professional development ”. Renan had little esteem for de Sacy’s kind of scholarship , compiling , editing , translating .[114][114] As Conrad concludes , “ All this speaks decisively against Said’s claim[115][115] that orientalists after Silvestre de Sacy simply copied and rewrote him ”.[116][116] The reception of Renan’s Langues sémitiques in the nineteenth century also tells decisively against Said’s essentialist argument that orientalism became a static system of ideas that did not generate any new ways of conceptualizing the subject of its study and analysis. [117][117] Or as Said himself put it , after Silvestre de Sacy and Renan “ [all that] German Oriental scholarship did was to refine and elaborate techniques whose application was to texts , myths , ideas , and languages almost literally gathered from the Orient by imperial Britain and France ”. But Renan’s theories were attacked by Semiticists , philologists , and Orientalists in general .[118][118] Scholarly criticism of Orientalist scholarship is going on all the time; academic integrity demands constant criticism of the research and results of colleagues ,individual scholars or whole groups of scholars , ensuring that their discipline is not a static archive of knowledge never to be disturbed . [119][119] One of the most searching critiques of Renan was provided by Ignaz Goldziher , who was recognized as early as 1889 as the founder of a new field of scholarship –Arabic and Islamic studies . Goldziher , the most important Orientalist of all, is dismissed by Said in three lines , though Henry Kissinger merits three pages ! It is impossible to over-estimate the influence of Goldziher , and the new paths he opened up in the study of Islam , Islamic history , Islamic theology, the study of hadith , and so on .As Conrad says , Goldziher’s Muhammedanische Studien (1888-89 )“ encompassed the entire vast range of Arab-Islamic literary culture –historical texts , poetry , adab , proverb collections , Qur’anic exegesis , doctrinal works , fiqh , hadith , biographical dictionaries , and so forth – and from them laid out an incredibly rich vista of historical experience that not only had not been known before , but even had not been sought .It would be no exaggeration to say that Goldziher’s colleagues were stunned by his work …”.[120][120]

Goldziher was not at all influenced by Silvestre de Sacy , or Renan or French Orientalism but rather by Abraham Geiger of the Jewish Enlightenment , the Tübingen school led by Bauer , and by Moses Mendelssohn , and Kant . Here is Conrad’s summary of Goldziher’s criticism of Renan : “ [ Renan’s research on matters “Semitic ”] systematically demeaned and deprecated the object of its study , robbed it of historical worth , defined it almost wholly in terms of negative attributes , denied its relevance as anything more than an artifact , and even then insisted that it be judged against the standard of values and norms of another people and another time a priori privileged and protected from the same harsh scrutiny directed at other peoples . Renaniana was a slippery sphere : one could hold it or drop it , but not work with it . Having demonstrated , along with other scholars , how flawed it was in both conception and execution , Goldziher wisely decided to drop it and urged others to do the same ”. [121][121] Goldziher was to remain an objective but always sympathetic observer of the Islamic world .[122][122] He constantly criticised Westernisation and Western influence in the Near East , he particularly despised Christian missionaries , and had no sympathy for Zionism .Goldziher subscribed to the Enlightenment values , and felt that his insights into Islam were equally relevant to Jews since his conclusions about a kindred faith had a universal dimension to them . His spiritual empathy for Islam and Muslims resulted in this extraordianry conclusion :“ I became inwardly convinced that I myself was a Muslim .[ In Cairo ] , [i]n the midst of the thousands of the pious , I rubbed my forehead against the floor of the mosque .Never in my life was I more devout , more truly devout , than on that exalted Friday ”.[123][123] Since Said spends more time on Renan than other Orientalist despite the fact that Renan is not as important a figure as Said imagines , it is worth pointing out that Renan himself also changed his views .Those who would see Renan a racist would do well to read his celebrated lecture of 1882 , “Qu’est-ce qu’une nation ?” where he implicitly repudiates his earlier views on racial inequality put forward in the Dialogues ; and he explicitly rejects the attempt to rest the concept of nationhood on race , language ,economics , geography and religion .Shmuel Almog has also argued that Renan was not consciously anti-Semitic , and points to Renan’s explicit denunciation of anti-Semitism , his protest against Tisza-Eszlar blood libel in 1882 , his efforts with Victor Hugo to organize relief committees for the Jews of Russia, and so on .[124][124] Basing himself on Muslim sources, Renan drew an exceedingly favourable portrait of the Prophet [125][125] , while recognizing his moral failings , “ On the whole , Muhammad seems to us like a gentle man , sensitive , faithful , free from rancour and hatred . His affections were sincere , his character in general was inclined to kindness …. Neither ambition nor religious rapture had dried up the personal feelings in him .Not at all akin to this ambitious , heartless and machiavellian fanatic [ depicted by Voltaire in his drama Mahomet ]” Renan is at pains to defend Muhammad from possible criticisms , “ As to the features of the life of Muhammad which , to our eyes , would be unpardonable blots on his morality , it would be unjust to criticize them too harshly …. It would also be unjust to judge severely and with our own considered ideas , the acts of Muhammad , which in our days would be called swindles ” . The Prophet was no imposter , “ It would be to totally lack a historical sense to suppose that a revolution as profound as Islam could be accomplished merely by some clever scheming , and Muhammad is no more explicable by imposture and trickery than by illuminism and religious fervour ” . Being a religious humanist , Renan valued Islam , and religion in general ,“because it manifested what was divine in human nature ”.[126][126], and seemed to answer the deepest instincts of human nature , and in particular it answered the needs of VII century Arabia , an idea taken up in modern times by Montgomery Watt Second , Renan concludes his essay, with the following observation : “ It is superfluous to add that if ever a reformist movement manifests itself in Islam , Europe should only participate in it by the influence of a most general kind . It would be ungracious of her to wish to settle the faith of others .All the while actively pursuing the propagation of her dogma which is civilisation , she ought to leave to the peoples themselves the infinitely delicate task of adjusting their own religious traditions to their new needs ; and to respect that most inalienable right of nations as much as of individuals , the right to preside oneself , in the most perfect freedom , over the revolutions of one ‘s conscience ” . These are hardly the words of a cultural imperialist .Nor does Renan believe that Islam is unchanging or essentially incapable of changing : “ Symptoms of a more serious nature are appearing , I know , in Egypt and Turkey .There contact with European science and customs has produced freethought sometimes scarcely disguised .Sincere belivers who are aware of the danger do not hide their disquiet , and denounce the books of Eoropean science as containing deadly errors , and subversive of all religious faith .I nevertheless persist in believing that if the East can surmount its apathy and go beyond the limits that up to now it was unable to as far as rational speculation was concerned , Islam will not pose a serious obstacle to the progress of the modern mind .The lack of theological centralisation has always left a certain degree of religious liberty to Muslim nations ”.[127][127]

Orientalists Fight back . For a number of years now , Islamologists have been aware of the disastrous effect of Said’s Orientalism on their discipline. Professor Berg has complained that the latter’s influence has resulted in “ a fear of asking and answering potentially embarrassing questions – ones which might upset Muslim sensibilities ….”.[128][128] Professor Montgomery Watt , now in his nineties , and one of the most respected Western Islamologists alive , takes Said to task for asserting that Sir Hamilton Gibb was wrong in saying that the master science of Islam was law and not theology .This , says Watt , “ shows Said’s ignorance of Islam ” . But Watt , rather unfairly ,adds , “ since he is from a Christian Arab background ”.[129][129] Said is indeed ignorant of Islam , but surely not because he is a Christian since Watt and Gibb themselves were devout Christians . Watt also decries Said’s tendency to ascribe dubious motives to various writers , scholars and stateman such as Gibb and Lane , with Said committing doctrinal blunders such as not realising that non-Muslims could not marry Muslim women .[130][130] R.Stephen Humphreys found Said’s book important in some ways because it showed how some Orientalists were indeed “ trapped within a vision that portrayed Islam and the Middle East as in some way essentially different from ‘the West ’ ” . Nonetheless , “Edward Said’s analysis of Orientalism is overdrawn and misleading in many ways , and purely as [a] piece of intellectual history , Orientalism is a seriously flawed book .” Even more damning , Said’s book actually discouraged , argues Humphreys , the very idea of modernization of Middle Eastern societies . “In an ironic way , it also emboldened the Islamic activists and militants who were then just beginning to enter the political arena . These could use Said to attack their opponents in the Middle East as slavish ‘Westernists’, who were out of touch with the authentic culture and values of their own countries . Said’s book has had less impact on the study of medieval Islamic history – partly because medievalists know how distorted his account of classical Western Orientalism really is ….”. [131][131] Even scholars praised by Said in Orientalism do not particularly like his analysis , arguments or conclusions .Maxime Rodinson thinks “ as usual , [ Said’s ] militant stand leads him repeatedly to make excessive statements ” , due , no doubt , to the fact that Said was “ inadequately versed in the practical work of the Orientalists ”.[132][132] Rodinson also calls Said’s polemic and style “ Stalinist ”.[133][133] While P.J.Vatikiotis wrote , “ Said introduced McCarthyism into Middle Eastern Studies ”.[134][134]Jacques Berque , also praised by Said , wrote that the latter had “ done quite a disservice to his countrymen in allowing them to believe in a Western intelligence coalition against them ”.[135][135] For Clive Dewey , Said’s book “ was , technically ,so bad ; in every respect , in its use of sources , in its deductions , it lacked rigour and balance .The outcome was a caricature of Western knowledge of the Orient , driven by an overtly political agenda .Yet it clearly touched a deep vein of vulgar prejudice running through American academe ”.[136][136] The most famous modern scholar who not only replied to but who mopped the floor with Said was ,of course,Bernard Lewis .Lewis points to many serious errors of history ,interpretation , analysis and omission . Lewis has never been answered let alone refuted . Lewis points out that even among British and French scholars on whom Said concentrates , he does not mention at all Claude Cahen , Lévi-Provençal , Henri Corbin ,Marius Canard , Charles Pellat , William and George Marçais , William Wright , or only mentioned in passing ,usually in a long list of names , scholars like R.A.Nicholson , Guy Le Strange , Sir Thomas Arnold , and E.G.Browne. “ Even for those whom he does cite , Mr.Said makes a remarkably arbitrary choice of works . His common practice indeed is to omit their major contributions to scholarship and instead fasten on minor or occasional writings ”. Said even fabricates lies about eminent scholars : “ Thus in speaking of the late –eighteenth early-nineteenth-century French Orientalist Silvestre de Sacy , Mr.Said remarks that ‘he ransacked the Oriental archives ….What texts he isolated , he then brought back ; he doctored them …”[137][137] If these words bear any meaning at all it is that Sacy was somehow at fault in his access to these documents and then committed the crime of tampering with them .This outrageous libel on a great scholar is without a shred of truth ”.[138][138] Another false accusation that Said flings out is that Orientalists never properly discussed the Oriental’s economic activities until Rodinson’s Islam and Capitalism (1966) .This shows Said’s total ignorance of the works of Adam Mez , J.H.Kramers , W.Björkman , V.Barthold , Thomas Armold , all of whom dealt with the economic activities of Muslims . As Rodinson himself points out elsewhere , one of the three scholars who was a pioneer in this field was Bernard Lewis .[139][139] Said also talks of Islamic Orientalism being cut off from developments in other fields in the humanities , particularly the economic and social [140][140]. But this again only reveals Said’s ignorance of the works of real Orientalists rather than those of his imagination . As Rodinson says the sociology of Islam is an ancient subject , citing the work of R.Lévy . Rodinson then points out that Durkheim’s celebrated journal L’Année sociologique listed every year starting from the first decades of the XX century a certain number of works on Islam .[141][141]

Negative Arab and Asian Reaction to Said’s Orientalism. It must have been particularly galling for Said to see the hostile reviews of his Orientalism from Arab , Iranian or Asian intellectuals , some of whom he admired and singled out for praise in many of his works . For example , Nikki Keddie , praised in Covering Islam , talked of the disastrous influence of Orientalism , even though she herself admired parts of it : “ I think that there has been a tendency in the Middle East field to adopt the word “ orientalism” as a generalized swear-word essentially referring to people who take the “wrong” position on the Arab-Israeli dispute or to people who are judged too “conservative ”. It has nothing to do with whether they are good or not good in their disciplines .So “orientalism” for may people is a word that substitutes for thought and enables people to dismiss certain scholars and their works .I think that is too bad .It may not have been what Edward Said meant at all , but the term has become a kind of slogan ”.[142][142] Nikki Keddie also noted that the book “ could also be used in a dangerous way because it can encourage people to say , ‘You Westerners , you can’t do our history right , you can’t study it right , you really shouldn’t be studying it , we are the only ones who can study our own history properly ”.[143][143] Albert Hourani , who is much admired by Said , made a similar point , “ I think all this talk after Edward’s book also has a certain danger .There is a certain counter-attack of Muslims , who say nobody understands Islam except themselves ”.[144][144] Hourani went further in his criticism of Said’s Orientalism : “ Orientalism has now become a dirty word .Nevertheless it should be used for a perfectly respected discipline ….I think [ Said] carries it too far when he says that the orientalists delivered the Orient bound to the imperial powers ….Edward totally ignores the German tradition and philosophy of history which was the central tradition of the orientalists ….I think Edward’s other books are admirable ….”.[145][145] Similarly , Aijaz Ahmed thought Orientalism was a “deeply flawed book” , and would be forgotten when the dust settled , whereas Said’s books on Palestine would be remembered .[146][146] Kanan Makiya , the eminent Iraqi scholar , chronicled Said’s disastrous influence particularly in the Arab world : “ Orientalism as an intellectual project influenced a whole generation of young Arab scholars , and it shaped the discipline of modern Middle East studies in the 1980s .The original book was never intended as a critique of contemporary Arab politics , yet it fed into a deeply rooted populist politics of resentment against the West .The distortions it analyzed came from the eighteenth and nineteenth centuries , but these were marshaled by young Arab and “ pro-Arab ” scholars into an intellectual-political agenda that was out of kilter with the real needs of Arabs who were living in a world characterized by rapidly escalating cruelty , not ever-increasing imperial domination .The trajectory from Said’s Orientalism to his Covering Islam …is premised on the morally wrong idea that the West is to be blamed in the here-and-now for its long nefarious history of association with the Middle East .Thus it unwittingly deflected from the real problems of the Middle East at the same time as it contributed more bitterness to the armory of young impressionable Arabs when there was already far too much of that around .”[147][147] Orientalism , continues , Makiya , “ makes Arabs feel contented with the way they are , instead of making them rethink fundamental assumptions which so clearly haven’t worked ….They desperately need to unlearn ideas such as that “ every European ” in what he or she has to say about the world is or was a “racist” ….The ironical fact is that the book was given the attention it received in the “almost totally ethnocentric ” West was largely because its author was a Palestinian ….”.[148][148] Though he finds much to admire in Said’s Orientalism , the Syrian philosopher Sadiq al- ‘Azm finds that “the stylist and polemicist in Edward Said very often runs away with the systematic thinker ”.[149][149] Al-‘Azm also finds Said guilty of the very essentialism that Said ostensibly sets out to criticise , perpetuating the distinction between East and West .Said further renders a great disservice to those who wish to examine the difficult question of how one can study other cultures from a libertarian perspective .Al-‘Azm recognizes Said anti-scientific bent , and defends certain Orientalist theses from Said’s criticism ; for example , al-‘Azm says : “ I cannot agree with Said that their “ Orientalist mentality ”blinded them to the realities of Muslim societies and definitively distorted their views of the East in general .For instance : isn’t it true , on the whole , that the inhabitants of Damascus and Cairo today feel the presence of the transcendental in their lives more palpably and more actively than Parisians and Londoners ? Isn’t it tue that religion means everything to the contemporary Moroccan , Algerian and Iranian peasant in amnner it cannot mean for the American farmer or the member of a Russian kolkhoz ? And isn’t it a fact that the belief in the laws of nature is more deeply rooted in the minds of university students in Moscow and New York than among the students of al-Azhar and of Teheran University ”.[150][150]

Al-‘Azm also criticises Said’s accounts of Karl Marx and his contradictory appraisal of Louis Massignon .What Said finds insufferable is the nineteenth-century European’s feeling of superiority , but Sadiq al-‘Azm says that indeed “ nineteenth-century Europe was superior to Asia and much of the rest of the world in terms of productive capacities , social organisation , historical ascendancy , military might , and scientific and technological development …”.[151][151] Nadim al-Bitar , a Lebanese Muslim , finds Said ‘s generalizations about all Orientalists hard to accept , and is very skeptical about Said having read more than a handful of Orientalist works .Al-Bitar also accuses Said of essentialism , “ [ Said ] does to [ Western ] Orientalism what he accuses the latter of doing to the Orient .He dichotomizes it and essentializes it . East is East and West is West and each has its own intrinsic and permanent nature ….”[152][152] Al-Saghir , an Iraqi scholar , also takes Said to task for dismissing all Orientalists a priori . For example , al-Saghir looks at Orientalist works on the Koran , and finds it , on the whole , very valuable , “ carefully researched and intellectually honest ”, their “overrall characteristic is purely scholarly ”.[153][153] The most pernicious legacy of Said’s Orientalism is its support for religious fundamentalism , and on its insistence that “all the ills [ of the Arab world ] emanate from Orientalism and have nothing to do with the socio-economic , political and ideological makeup of the Arab lands or with the cultural historical backwardness which stands behind it ”.[154][154]


Désinformation: Le faussaire Enderlin récidive… sur la plage cette fois!

16 juin, 2006

Enderlin_4

Pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles. (…) Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes. Charles Enderlin
Le bord de mer, à Gaza, traditionnel lieu des pique-niques le vendredi, jour férié et de prière. Au large, un bateau de guerre de la marine israélienne. Sur cette plage, cet après-midi, un couple et trois de leurs enfants ont été tués par un obus. Un obus de marine israélien, affirme cet homme en colère. Là-bas, sur la plage, les habitants de Gaza ne quittent pas du regard le bateau de guerre. Le gouvernement israélien, lui, réfutant un tir de la marine, a néanmoins ordonné, ce soir, l’ouverture d’une enquête. Charles Enderlin ( France 2, le 9 juin 2006)
COMPLÉMENT (19 juin 2006): Maintenant, il ne faut pas oublier que, trois jours après ce drame, cette tragédie sur la plage, nous avons eu un autre bombardement israélien à Gaza, en pleine ville, et là nous avons eu neuf civils palestiniens qui ont été tués. Il n’y a pas eu la moindre contestation de la part des autorités israéliennes, qui ont apporté leurs explications. Tout cela se poursuit. Nous avons régulièrement, à partir du moment où nous avons des bombardements, il y a ce qu’on appelle des dommages collatéraux. En l’occurrence, nous assistons à une véritable offensive contre une image, une image qui gêne. Lorsqu’il n’y a pas d’image, tout cela passe sans aucun problème. Charles Enderlin (Hebdo du médiateur de France 2 du 17 juin 2006)

Retour sur la nouvelle affaire Al Doura qui secoue le microcosme médiatique depuis quelques jours, attribuant une nouvelle fois sans preuves le décès de civils palestiniens à un obus de l’armée israélienne.

Alors que, comme le confirme cette dépêche de Media Ratings, tout indique qu’il s’agit probablement (même si l’on sait que les artificiers du Hamas ou d’autres groupes terroristes palestiniens utilisent fréquemment des civils comme boucliers humains, n’hésitant pas à l’occasion à se déplacer en ambulance ou même avec femmes et enfants dans leurs vehicules)* d’un "accident" intra-palestinien, la famille ayant été victime d’une mine palestinienne destinée à l’origine aux commandos d’hommes-grenouilles israéliens.
_________________

* Comme le rappelle un observateur (merci Michael), "C’était même devenu un “métier” rémunéré de servir de bouclier humain pour éviter des frappes héliportées – Les caméras du drone effectuant le “lock on” ont une résolution suffisante pour cela et le tir final ne s’effectue qu’après vérification, ce qui a permis à Yassine et Rantissi d’échapper plusieurs fois à la mort subite venue du ciel …

La famille de l’orpheline de la plage de Gaza a été victime d’une mine du Hamas et non d’un obus israélien

Medias-Ratings

16 juin 2006

Les télévisions du monde entier ont diffusé, le vendredi 9 juin 2006, les images d’une jeune fille se jetant au sol après la mort de sa famille sur une plage de Gaza.

Le lendemain, les principaux quotidiens français titraient sur ce drame en accusant la marine israélienne d’avoir tiré un obus sur cette famille.

Dimanche, on apprenait que le président palestinien, Mahmoud Abbas, adoptait la jeune orpheline.

Entre temps, l’armée israélienne a effectué une enquête dont elle a publié les résultats le mardi 13 juin 2006.

Voici les éléments les plus probants de cette enquête qui disculpe l’armée israélienne :

-
la marine israélienne a bien tiré des obus dans cette région ce vendredi ;

- l’explosion sur la plage ne peut avoir été provoquée par la marine israélienne car il s’est écoulé 10 minutes entre le dernier tir d’obus et le drame ;

- les éclats de projectiles qui ont été retirés des corps des personnes blessées
ne correspondent à aucune des armes en circulation dans l’armée israélienne ;

-
ce qui a été observé sur la plage a permis aux experts militaires de conclure à une explosion souterraine (comme cela peut se produire avec une mine) ;

- les services de renseignement israéliens et égyptiens sont arrivés à la conclusion que la famille a été victime d’une mine installée par les artificiers du Hamas
la semaine précédente, afin d’empêcher les commandos marines israéliens
de débarquer sur la côte et d’intercepter ses lanceurs de roquettes ;

- la famille palestinienne a fait exploser accidentellement une de ces mines ;

- certaines de ces informations ont été confirmées par les services de renseignement palestiniens qui ont annoncé que, dès après l’explosion, le lieu du drame a été soigneusement nettoyé. Pour faire disparaître toute trace ?

Les médias français n’ont pas, dans leur grande majorité, corrigé les informations qui ont été données depuis vendredi dernier, laissant leur public dans l’ignorance de ce qui s’est réellement passé sur la plage de Gaza.

Le Figaro a mentionné la version israélienne dans son édition du mercredi 14 juin 2006, dans un encadré discret en page 3, alors que ce quotidien avait titré en première page du samedi 10 juin 2006 «Massacre sur la plage de Gaza – Des attaques israéliennes ont tué au moins dix Palestiniens » et que l’article consacré au sujet de son édition du lundi 12 juin 2006 s’ouvrait ainsi : «

Les images de la petite Houda, 10 ans, pleurant effondrée devant le cadavre de son père sur le sable de Gaza, ont produit leur effet. Elle a perdu toute sa famille, vendredi, à la suite d’un barrage d’artillerie israélien qui a tué huit civils sur une plage.
Immédiatement, la colère a envahi la rue palestinienne. Rompant, pour
la première fois, la trêve unilatérale qu’il respecte depuis février 2005, le Hamas a revendiqué, samedi, des tirs de roquettes contre Israël, présentés comme une riposte à la tuerie de vendredi.».

Libération du 14 juin 2006 a aussi donné la version israélienne mais en la noyant au sein de deux articles titrés «Un raid contre des activistes palestiniens a fait neuf morts parmi la foule » et «A Sdérot, les Israéliens lassés de vivre sous les roquettes». Toutefois, les explications fournies par Libération, extraites de la bouche d’un officier supérieur de l’armée israélienne, étaient relativement complètes : «Au début, nous avons eu un doute. Notre artillerie avait tiré six obus en direction de cette zone, entre 16 h 30 et 16 h 52. Nous ne savions pas exactement où le premier obus était
tombé. Mais après une enquête sérieuse sur les trajectoires, il
apparaît que cet obus a été tiré 8 minutes avant l’incident et qu’il
devrait être tombé à 250 mètres au nord du point d’impact. De plus,
l’analyse des photos du cratère et des éclats retirés aux blessés
soignés en Israël ne plaide pas en faveur d’un obus. Nous savons que
les terroristes du Hamas avaient miné la plage pour empêcher nos
commandos de l’utiliser. Les Palestiniens doivent maintenant répondre à
un certain nombre de questions. Aujourd’hui, nous disons qu’il est très
improbable que cet incident soit de notre faute. »

De leur côté, France 2, Charles Enderlin et Talal Abou Rahma ont présenté la version israélienne mais en tentant de la discréditer au travers d’un reportage biaisé, basé sur les propos de Mark Garlasko, qui travaille pour
Human Rights Watch. Précisons que France 2 a affirmé, par erreur, que Mark Garlasko travaillait pour «Right to Life ».

En guise de preuve, l’expert américain cité par Charles Enderlin a montré un éclat d’obus israélien qu’il aurait trouvé sur place. Or rappelons que selon toutes les sources, (palestiniennes, égyptiennes et israéliennes) la scène du drame a été nettoyée de tout éclat d’obus dès après l’accident. Il est donc fort probable que l’expert présenté par France 2 ait trouvé un éclat qui aura été apporté sur place bien après l’explosion.

Il apparaît donc que l’expert alibi du Hamas présenté par France 2 n’ait pas beaucoup d’élément à l’appui de sa démonstration.

Pour voir le 20 heures de France 2, cliquez ici, allez sur l’édition du mardi 13 juin. Le reportage commence vers la 20ème minute (il y a un accès direct aux images sur le côté droit de la page).

Au regard de cette nouvelle falsification médiatique relayée avec complaisance par l’ensemble des médias français, certaines questions restent en suspens.

Que les médias aient repris, en fin de semaine dernière, l’information émanant de sources peu fiables ne surprendra que ceux qui ne connaissent pas l’état déontologique déplorable de la plupart des médias français.

Que la plupart des médias n’aient pas corrigé l’information qu’ils ont diffusée n’étonnera que ceux qui ignorent que la plupart des journalistes français refusent de reconnaître leurs erreurs.

Toutefois, il est plus inquiétant de constater que France 2, c’est-à-dire la «France officielle », ait choisi de diffuser ces images et d’accabler l’armée israélienne tout en refusant l’évidence des conclusions de l’enquête la disculpant.

Cette diffusion de fausses informations alimente, par ricochet, la haine antisémite en France.

Des sanctions seront-elles enfin prises contre Charles Enderlin et son caméraman, Tala Abou Rahma ?

Si la réponse est non, on pourra donc en conclure que la politique médiatique visant à alimenter l’antisémitisme en Francereçoit le soutien de la direction de la chaîne, de son ministre detutelle, Renaud Donnedieu de Vabres, du premier ministre, Dominique de Villepin, et enfin du président de la République Jacques Chirac.

A ceux qui nous demandent depuis 18 mois pourquoi nous nous « accrochons » à l’affaire Enderlin – France 2, l’orpheline de la plage de Gaza apporte la preuve qu’il est urgent, pour la paix civile en France, de mettre Charles Enderlin et Talal Abou Rahma face à leurs mensonges répétés.

Pour conclure cette analyse médiatique, notons que le hasard fait décidément bien les choses à Gaza. En effet, comment expliquer qu’un
caméraman se soit trouvé au bon endroit, c’est-à-dire sur une plage où une famille pique-niquait, au moment même où un obus ou une mine la décimait de façon accidentelle ?

Pour quelle raison ne voit-on, dans cesimages en plan très serré, qu’un homme au sol alors qu’on nous dit que toute une famille a été tuée ?

N’aurait-il pas été plus probant de montrer toute la scène pour permettre d’observer les dégâts et l’immense cratère de l’éventuel obus ?

De là à imaginer que la scène de la jeune orpheline frappant le sol a été joué (ou rejouée) pour les besoins de la propagande…

Notons au passage que la télévision palestinienne a postérieurement inclus au reportage initial les images d’un bateau de guerre israélien tirant un obus. Après enquête, nous avons appris que ces images avaient été fournies
par l’armée israélienne aux télévisions le vendredi 9 juin 2006, vers
16 heures, soit près d’une heure avant le tragique accident de la plage.

Pour voir le reportage falsifié diffusé par la télévision palestinienne,
cliquez ici

Voir aussi :

Massacre sur une plage de Gaza
LA BAVURE de Tsahal ne pouvait pas tomber plus mal pour le président palestinien, Mahmoud Abbas. Un navire israélien a tiré, hier en fin d’après-midi, plusieurs obus sur une plage du nord de la bande de Gaza, tuant au moins sept personnes, dont deux enfants. (Le Figaro , 06/09/2006)
Selon l’enquête, Tsahal ne peut pas être responsable de l’explosion : les cinq obus tirés par l’artillerie sont tombés à plus de 250 mètres du lieu de la tragédie. Tsahal a aussi relevé un intervalle de 8 minutes entre la dernière salve et le moment de l’explosion sur la plage, ce qui exclurait la possibilité qu’un sixième obus, dont Tsahal avoue ne pas avoir retrouvé le point d’impact, puisse être à l’origine du drame. Selon cette enquête, il est possible qu’une mine enfouie sous le sable par le Hamas, pour empêcher des infiltrations nocturnes de commandos israéliens via la plage, aurait provoqué l’explosion.
Mais l’avis d’un expert américain, ancien agent du Pentagone – qui guidait les frappes aériennes américaines au Kosovo en 1999 et constatait les dégâts après l’impact – vient troubler ces certitudes. Marc Garlasco a été envoyé enquêter sur place par l’ONG américaine Human Rights Watch. Il estime qu’une mine aurait provoqué d’importantes lésions aux jambes des victimes. «Or, 90% des blessures se situent au-dessus du bassin, ce qui accrédite plutôt la thèse d’un obus», note-t-il. Marc Garlasco expose des éclats d’obus retrouvés dans le cratère sur la plage et retirés des chairs des victimes. Cet expert juge aussi que le chronométrage des événements établi par Tsahal est inexact, l’une des victimes ayant effectué une prise de sang à l’hôpital Chifa de Gaza dix minutes avant le moment de l’explosion, si l’on s’en tient au calcul israélien. Il réclame une enquête indépendante, pour faire la lumière sur les événements du 9 juin

Houda, nouvelle icône des Palestiniens
Le Figaro
16/06/2006

Malgré elle, la petite Houda Ghalia, 12 ans, est devenue la nouvelle icône de la souffrance des Palestiniens. Les images tragiques de la fillette éplorée, allongée sur le corps de son père tué, vendredi 9 juin, par une explosion sur une plage de Gaza avec ses quatre soeurs et sa belle-mère, ont fait le tour du monde. À la télévision palestinienne, elles sont diffusées en boucle. Mais, comme pour le petit Mohammed al-Doura, tué par balles le 29 septembre 2000 devant des caméras de télévision dans les bras de son père au début de la seconde Intifada, l’armée israélienne nie toute responsabilité, après avoir reconnu dans un premier temps être à l’origine du drame.

Assise sur le lit de sa mère, Houda est dépassée par la polémique et par la guerre d’images dont elle est devenue l’objet. Elle ne se souvient pas non plus de Mohammed al-Doura. «C’est le petit qui a été massacré, comme notre famille», lui rappelle sa tante. D’abord, Tsahal avait reconnu que le garçonnet avait été touché par des tirs israéliens. Il était devenu une icône du soulèvement palestinien. Puis, plusieurs semaines plus tard, une enquête israélienne avait conclu qu’il avait probablement été tué par des tirs palestiniens. La polémique reste vivace, près de six ans après ce drame.

Contrairement à Mohammed al-Doura, Houda est un symbole vivant. Le président, Mahmoud Abbas, a adopté la fillette orpheline de père. «Ça ne change rien pour moi, dit-elle. Rien ne me rendra mon vrai père.» Houda voudrait oublier les images qui ont fait d’elle un symbole. Elle ose péniblement se remémorer son dernier moment de bonheur. «Papa m’avait promis de nous emmener tous à la plage de Beit Lahiya si j’avais un bon bulletin, raconte Houda, sans que sa voix ne trahisse d’émotion. Lorsque je lui ai montré mon carnet à la fin de l’année scolaire, il m’a dit que nous irions à la mer vendredi. J’ai sauté de joie. Il a tenu sa promesse, mais les bombes sont venues le prendre, avec mes soeurs.»

Sa mère, Hamdiya, tient à refaire le récit des événements, comme s’il s’agissait d’un témoignage à charge contre Israël. «Nous étions sur la plage en train de pique-niquer, se souvient-elle, en caressant nerveusement son bras hérissé de broches. Les enfants se baignaient. Deux obus israéliens ont explosé non loin de là. Nous avons rassemblé nos affaires et nous nous sommes abrités derrière une dune, en attendant qu’un taxi vienne nous chercher. Puis un obus nous a frappés de plein fouet. J’ai vu Houda, si courageuse, qui découvrait, les uns après les autres, les corps de ses soeurs transformées en monceaux de chair. Elle ne réalisait pas ce qui venait de se passer. Elle appelait son père au secours. Puis elle a vu son corps. Elle s’est effondrée, en larmes.»

Hamdiya n’a pas encore retrouvé ses esprits. Déboussolée par cinq ans d’Intifada, frappée par la tragédie, elle ne comprend pas pourquoi le monde a retenu les images de Houda. Pourquoi sa petite fille a-t-elle bouleversé d’innombrables téléspectateurs, y compris dans les foyers israéliens ? «Les caméras me filmaient, s’insurge-t-elle. J’avais le bras droit en lambeaux, mais il fallait que je résiste à la douleur, pour montrer ma petite Hanadi, 14 mois, décapitée par l’explosion. Je la tenais dans mes bras, je hurlais pour qu’on retrouve sa tête. Aucune télévision internationale n’a diffusé cette image. C’est injuste. Lorsque les Israéliens sont tués dans un attentat, les télévisions montrent le moindre bout de chair. Mais mon bébé décapité, cela ne choque personne. C’est ça qu’il fallait montrer et non ma fille Houda, qui est toujours vivante.»

Touchée par un éclat au bras, la mère de Houda est toujours hospitalisée. Elle a été choquée par les propos du premier ministre Ehoud Olmert qui, avant même la conclusion de l’enquête militaire israélienne, présentait Tsahal comme l’armée «la plus morale du monde». «Cette armée est privée de toute humanité», dit Hamdiya Ghalia. Aux yeux des Palestiniens, l’enquête israélienne ne serait qu’un écran de fumée, destiné à alléger la pression sur le premier ministre israélien. La presse israélienne exprime ses doutes. «La majorité des Israéliens n’attend qu’une raison de croire que cette explosion n’a pas été provoquée par un obus de Tsahal, écrit le quotidien israélien Yedioth Ahronoth dans un éditorial. L’enquête a soulevé suffisamment de doutes pour que nous atteignions la conclusion que nous recherchions dès le départ.»

Selon l’enquête, Tsahal ne peut pas être responsable de l’explosion : les cinq obus tirés par l’artillerie sont tombés à plus de 250 mètres du lieu de la tragédie. Tsahal a aussi relevé un intervalle de 8 minutes entre la dernière salve et le moment de l’explosion sur la plage, ce qui exclurait la possibilité qu’un sixième obus, dont Tsahal avoue ne pas avoir retrouvé le point d’impact, puisse être à l’origine du drame. Selon cette enquête, il est possible qu’une mine enfouie sous le sable par le Hamas, pour empêcher des infiltrations nocturnes de commandos israéliens via la plage, aurait provoqué l’explosion.

Mais l’avis d’un expert américain, ancien agent du Pentagone – qui guidait les frappes aériennes américaines au Kosovo en 1999 et constatait les dégâts après l’impact – vient troubler ces certitudes. Marc Garlasco a été envoyé enquêter sur place par l’ONG américaine Human Rights Watch. Il estime qu’une mine aurait provoqué d’importantes lésions aux jambes des victimes. «Or, 90% des blessures se situent au-dessus du bassin, ce qui accrédite plutôt la thèse d’un obus», note-t-il. Marc Garlasco expose des éclats d’obus retrouvés dans le cratère sur la plage et retirés des chairs des victimes. Cet expert juge aussi que le chronométrage des événements établi par Tsahal est inexact, l’une des victimes ayant effectué une prise de sang à l’hôpital Chifa de Gaza dix minutes avant le moment de l’explosion, si l’on s’en tient au calcul israélien. Il réclame une enquête indépendante, pour faire la lumière sur les événements du 9 juin.


Médias-terrorisme: une spirale de mort mutuellement bénéfique (Media-Terrorism: partners in crime)

16 juin, 2006

Media_terror

More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a "common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents," their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money "as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers". Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)

Confirmation, par deux économistes suisse et britannique (merci lagrette), des liaisons dangereuses entre les medias et le terrorisme qui, comme on le soupçonne depuis longtemps, fonctionnent en une sorte de dispositif pervers, à savoir une véritable “spirale de mort mutuellement bénéfique” où plus le sang coule, plus l’encre coule et… vice-versa!

Ce qui est d’autant plus fâcheux qu’en plus des désastreuses conséquences pour les sociétés qui sont les premières victimes des terroristes (insécurité, cycle terreur – contre-terreur), tout ce tapage médiatique leur donne une fausse impression d’efficacité.

Alors que toute l’histoire récente (Malaisie, Philippines, Sri Lanka, Palestine, Tchéchénie, Irak, Colombie, Pérou, Irlande du nord, Espagne, ou même plus marginalement, Allemagne, Italie, France, Japon, Bretagne, Corse, Illich Ramirez-Sanchez au fond de sa prison parisienne) montre qu’hormis quelques effets ponctuels (la reculade de Madrid ou la capitulation préventive de pays comme la France ou l’Allemagne) ou l’installation de régimes tyranniques (Algérie du FLN), les organisations terroristes n’ont jamais rien accompli de durable.

Contrairement à la véritable "arme des faibles", les mouvements de masse (les organisations terroristes restant elles des mouvements d’élite prétendant réaliser les objectifs des opprimés sans et souvent… contre leur participation!) et généralement non-violents (manifestations de masse, grèves générales) qui, hormis contre les vrais régimes totalitaires (mais ceux-ci se montrent tout aussi résistants aux actions terroristes !), ont eux fait véritablement bouger les choses et laissé une trace dans l’histoire, comme par exemple la libération indienne derrière Ghandi ou le mouvement pour les droits civiques de Martin Luther King, mais aussi plus près de nous le syndicat polonais Solidarnosc ou les "People’s power" philippin, ukrainien, georgien, etc.

What’s Black and White and Red All Over?

Richard Morin
June 15, 2006

More ink equals more blood, claim two economists who say that newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks.

It’s a macabre example of win-win in what economists call a "common-interest game," say Bruno S. Frey of the University of Zurich and Dominic Rohner of Cambridge University.

"Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents," their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money "as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers."

The researchers counted direct references to terrorism between 1998 and 2005 in the New York Times and Neue Zuercher Zeitung, a respected Swiss newspaper. They also collected data on terrorist attacks around the world during that period. Using a statistical procedure called the Granger Causality Test, they attempted to determine whether more coverage directly led to more attacks.

The results, they said, were unequivocal: Coverage caused more attacks, and attacks caused more coverage — a mutually beneficial spiral of death that they say has increased because of a heightened interest in terrorism since Sept. 11, 2001.

One partial solution: Deny groups publicity by not publicly naming the attackers, Frey said. But won’t they become known anyway through informal channels such as the Internet?

Not necessarily, Frey said. "Many experiences show us that in virtually all cases several groups claimed responsibility for a particular terrorist act. I would like the same rule that obtains within a country: Nobody can be called a criminal — in our case a terrorist — if this has not been established by a court of law."


Nouveaux "petits Mohamed" sur la plage de Gaza? (Al Dura all over again?)

13 juin, 2006

PallywoodExcellente analyse de Richard Landes, sur son site Augean Stables (merci ajm), du récent incident de la plage de Gaza et de ce qui a tout l’air d’une nouvelle oeuvre de "Pallywood" (ie. "Palestinian Hollywood" ou mise en scène, pour raisons de propagande anti-israélienne, d’évènements par des journalistes palestiniens), autrement dit d’une répétition de la mystification de la mort du petit Mohammed

Is it Pallywood?: Thoughts on the Footage from the Gaza Beach

A Role for Pallywood?
Augean Stables
12th June 2006

Some responded to the footage from Gaza by asking themselves, “[1] Is this Pallywood?” One colleague said she did not see the tape first, but her husband, who’s not working on these issues, commented, “Boy this looks faked.” Numerous people have contacted both [2] Second Draft and the [3] Augean Stables noting the familiar elements. And my [4] first view of the evidence certainly gave me that impression. Subsequent comments raise further ones.

And of course, if this is [5] Pallywood, it’s something we need to be able to spot fairly quickly, and explore in detail. Indeed, I would argue that any media outlet (especially big ones like BBC, CNN, AP, AFP, Reuters) should have a procedure for reviewing all footage from the Middle East (and other places, perhaps) for evidence of staging. The Palestinians surely have earned a sufficient reputation that the expression “[6] according to Palestinian sources” should inspire immediate suspicion.

So at this still early date (for considered opinion) and unfortunately late date (for having an impact on how the story gets told), let’s consider the data most ready to hand, ask further questions, and explore some hypotheses, even develop some working hypotheses.

It is obviously difficult to analyze material from another culture. [7] Their mourning customs,[8] father-daughter relations, family dynamics may not be the same as ours, and moments of immense shock and tragedy like this can either bring out universal responses or sharply divergeant ones. And from there to considering the shocking possibility that the event may either be entirely or significantly staged, that the behavior is meant to simulate what one might do at such a time, explores terrain that is virtually taboo. Such an exercise creates serious levels of cognitive dissonance as one shifts back and forth between seeing the behavior as “real” or “fake,” running the risk of violating someone’s genuine grief and mourning, of becoming unbearably callous.

That said, spotting Pallywood footage is one of the [9] most important tasks that stand before our media if we are to “see” the world with any semblance of accuracy. Given the [10] massive damage that misreading Pallywood has already wrought on our sorry and possibly [11] now-chastened world, it’s not something we can ignore. So what follows is a first run at analysis, trying to remain open to alternative readings, but nonetheless exploring likely avenues of speculation.

First, note that the situation here differs in one major way from the [12] al Durah case. There, the greatest likelihood is that Muhammad al Durah (as well as the ambulance driver) were [13] not even shot in the footage that we see (he [14] moving in last scene, there are no shots of a dead ambulance driver), and that Pallywood was the beginning and end of the footage that we saw. Here we seem to be dealing with a genuine tragedy — real people killed by real explosions — in which the blame must at all costs be fixed on the Israelis. Pallywood here, if it is involved, would play the dual role of arousing immense compassion and distress for the victims, and thereby diverting attention from the perpetrators, a magicians sleight of hand. Pictures of children suffering and grief stricken fill the air, arousing at once compassion and indignation, and forbidding the terrible thought — at least among cognitive egocentrists in the West — of self-inflicted wounds. Who, what group, would inflict those kinds of wounds upon one’s own people?

On the other hand, a feature unites both the al Durah and the Ghalia families. Their tragedy came at a most important time. In both cases, the Palestinian leadership was on the defensive world-wide (Arafat for his Camp-David no, Hamas for their unwillingness to even mouth conciliatory formulas in English), they were under direct pressure to do something (in this case by Abbas’ referendum which [15] struck horror in the hearts of good Jihadis everywhere), but [16] especially of Hamas, and on the eve of a visit by the Israelis to Europe where this incident would deeply embarrass them (for Barak it was the [17] October 4th humiliation at the hands of Chirac; here it was Olmert “[18] under a cloud“).

Finally, the most important similarity that emerged in the aftermath of both the al Durah and Ghalia family tragedies is that, whatever actually happened, the greatest likelihood (by far) seems to be that the Israelis did not cause the damage in question.

Major Anomalies
• There is no evidence of a blast, no crater, not even a disturbance of the sand which has the characteristic patterns of wind-wrought waviness uninterrupted either by a blast or cleaning up from the blast.
• The bodies are evacuated from an area where various items one would have expected to have been blown away by an explosion — flip-flops, beach chairs, clothing — are strewn around.
• Very little blood is visible anywhere. The child’s body is dark and may be charred, but there are no other signs of burning on the material on either side of him. The disposition of bodies does not seem to accord with an explosion. Perhaps they are in a secondary arrangement, ready for loading on the ambulances.

Analysis of Houda Ghalia footage

The iconic footage from this incident concerns Houda Ghalia, whose family was wiped out in the attack.

Houda’s image rapidly became a new icon in both the Palestinian/Arabic press and acknowledged by the Western media.

[19] BEIT LAHIYA, Gaza Strip, June 11 — Huda Ghaliya, the sixth-grade student whose horrified screams on Friday as she knelt by her dead family on a Gaza beach were televised around the world, has quickly become an icon of the Palestinian struggle against Israeli might.

This image of Huda hovering over the bloody bodies of 13 dead or wounded members of her family was televised around the world.

Eleven-year-old Huda unwittingly became a symbol of Palestinian pain and loss during an afternoon picnic with her family on a hot day when a cameraman captured her shrieking “Father, Father, Father!” as she hovered over the bloody bodies of 13 dead or wounded members of her family, hit by what was apparently an errant Israeli artillery shell.

Note, in the space of a few sentences, several assertions by the Times not necessarily warranted by the material.
• She is not hovering.
• It is not over the thirteen members of her family but near her father.
• It is not clear this footage was unwitting in its aim to create symbols.
• It is not clear that her grief symbolizes the stuggle against Israeli might so much as Hamas madness.

This footage, as affecting as it might be, leaves a most bizarre impression. As a number of commenters at this site have noted, there are strange anomalies. First, it appears that we are dealing with more than one camera angle; hence more than one cameraman, possibly three. So far no one that I know of, has identified the cameramen. This of course raises questions about how rapidly they got to the beach. One scenario — the event was planned — suggests that they were there from the beginning. Another — that it was accidental — suggests that they came upon hearing the explosion(s) or news of the deaths. In the latter case, it raises the question of whether some of the action was staged once the cameras arrived. It would be nice to have a chronology of arrivals: in what order do we get Hamas operatives looking for something, journalists and cameramen, ambulances, PA police?

Houna’s behavior is also strange, although who can judge how someone reacts under the shock and horror of seeing her family killed before her eyes. The wildness of her grief seems entirely understandable and deeply touching. But the footage from PATV (now [20] available at PMW), shows her standing around (possibly in shock, but not agitated) as the bodies are evacuated. As soon as the last one is evacuated, she turns around and rushes, distraught away from the scene, towards some sand dunes where a body lies, already “tended to” since the bottom part of his body is covered with a blanket. The cameramen accompany her, so she cannot be unaware of their presence, and we get pictures of the dead father (no signs of blood or injury) lying on the sand with his right hand pointing over his head. She throws herself on the sand several yards away and shrieks her sorrow.

The father himself shows no signs of injury, and it’s not clear how he got so far away from the rest of his family. In the first two shots of him, his right hand is raised behind his head. But in the last scene visible on PATV’s footage, his hand has moved and his face seems to be turned more towards his left. Staging? Possibly. Certainly one must engage in elaborate explanations to sustain a “realistic” narrative — he was killed by the shock wave not direct shrapnel, he walked away from the family seeking help (even though all the bodies are evacuated in the other direction), he collapsed subsequently. Where did the blanket come from? How did his arm move? What does Houda know about her father’s condition?

Given her wild grief, one would presume she had just been told he was dead. But Houda tells us he was still alive: ““I saw him breathe, but he could not hang on and died,” she said, even though no footage shows her looking closely at her father. (This kind of heart-rending testimony is also characteristic of [21] Jamal al Durah describing how his boy spoke to him, when the footage shows no interaction between the two once Muhammad was “hit.”) Again, it seems cruel to question her sincerity, especially since her family is dead before her eyes, and we cannot possibly know what she felt about her father.

We do know that she has models in her culture of extravagant mourning ([22] it’s a profession), and we cannot know whether or not her grief — real as it must have been — was not exploited by a media eager for footage for the world audience. Imagine, if you will, a cameraman saying to her, “Your grief is needed by your people to strike the conscience of the world. You must do this for the cameras.”

The striking shift from standing around to wailing before she knows what’s happening, (and while her father is still alive) seems strange, as is her throwing herself into the sand about five meters away from the body and shrieking, rather than going to her father to see how he was… especially if he were alive. Indeed, she, like [23] Jamal al Durah, never actually interact directly with the body of a stricken family member. And again like Houna’s father, his body position moves between “takes.”

Certainly, Houda’s aunt understood the value of the footage:

Huda’s aunt, Umm el-Abad, says as she holds her niece “I say to all the countries in the world, not just the Arab countries, and also to Israel and the Jews: Does this picture not affect you? Does it not bother you that an entire family has been eradicated? Can anything be done to stop this killing? I pray and beg that Huda and her family will be the last victims.”

So did [24] those who came to “comfort” the mourners:

In the village on Sunday, in the courtyard here where the Ghaliya family held the wake, hundreds of women from across Gaza came to offer condolences. “We will seek justice for your murderers,” one woman sang, and others chanted, “We swear to God, to Muhammad, in the name of Hamas — we will seek justice in your name, oh glorious martyrs.”

That Israel is responsible is something the aunt assumes, as does the Western media, but that seems in grave doubt at this point. Can anything be done to stop this killing? Well given what you knew about Hamas’ [25] contempt for your own children’s lives before the election, why did you elect them?

That Houda’s grief is real, doubtless.

Later, in the rather gnarly embrace of Mahmoud Abbas, she seems to have recovered somewhat:

Working Hypothesis: Beach Scene is Pallywood at Secondary Location

Is it possible that the evacuation scene of real bodies was staged in a different place for the sake of the cameras? Such a hypothesis might explain a great deal of the anomalies already noted, including the strange placement of the bodies and beachware.

It is certainly not beyond the reach of Palestinian cameramen and the “street.” And like so often, the quality of the performance is shoddy at best.

This picture of an evacuation of a very young child:

reminds me of this:

We find the same combination of carrying the wounded upside down, and the lack of signs of injury on the face of the alleged wounded, who seem more concerned with the evacuation than the alleged injuriess that occasioned it. Shouldn’t this baby be crying? Or at least in shock?

And of course, this hypothesis explains why the Palestinians have [26] refused to help with any of the investigation and may have destroyed evidence.

All in all, we have highly suspicious footage suggesting that, in order to turn a scandalous error into a PR coup (at best — who wants to think about a real Hamas conspiracy to kill their own innocents?), by blaming Israel, the footage was staged using real bodies at a different spot at the beach. As with Pallywood at Netzarim Junction, Pallywood producers don’t sweat the obvious details (at Netzarim the evacuations take place [27] in front of the Israeli guns; here the reconstruction takes place where the original explosion(s) did not happen), because they can count on the media — Arab, Western, Israeli! — to react to the emotional drama they play out. Like magicians with a sleight of hand, they have us focus on the wrong details. And like the classic shell game, they keep winning.

Fortunately, this time, at least some Israelis responded with an awareness of past error, and have engaged in a sober and careful investigation, partly inspired by learning the lessons of Al Durah. One hopes this incident will inspire greater caution in future media coverage of events “according to Palestinian sources.”

Next: Snapping at Poisoned Red Meat: The Media Respond to the Images Offered

Article printed from Augean Stables: http://www.theaugeanstables.com

URL to article: http://www.theaugeanstables.com/2006/06/12/is-it-pallywood-thoughts-on-the-footage-from-the-gaza-beach/

URLs in this post:
[1] Is this Pallywood: http://littlegreenfootballs.com/weblog/?entry=21006_Gaza_Beach_Bombing-_Another_Pallywood_Hoax&only
[2] Second Draft: http://www. .org/
[3] Augean Stables: http://www.theaugeanstables.com/
[4] first view of the evidence : http://www.theaugeanstables.com/2006/06/10/pallywood-on-a-gaza-beach/
[5] Pallywood: http://www.seconddraft.org/cur_invest.php
[6] according to Palestinian sources: http://www.seconddraft.org/movies.php
[7] Their mourning customs: http://muse.jhu.edu/cgi-bin/access.cgi?uri=/journals/comparative_studies_of_south_asia_africa_and_the_middle_east/v025/25.1saunders01.html
[8] father-daughter relations: http://www.academictermpapers.com/abstracts/13000/13481.html
[9] most important tasks that stand before our media: http://www.seconddraft.org/reform.php
[10] massive damage that misreading Pallywood has already wrought: http://www.seconddraft.org/reception_consequence.php
[11] now-chastened: http://www.theaugeanstables.com/2006/06/03/paradigm-shifts-in-europe-just-who-are-the-palestinians/
[12] al Durah case: http://www.seconddraft.org/aldurah.php
[13] not even shot: http://www.seconddraft.org/5sc_staged.php
[14] moving in last scene: http://www.seconddraft.org/take6.php
[15] struck horror in the hearts of good Jihadis everywhere: http://english.aljazeera.net/NR/exeres/6D92126A-F84D-4491-96CE-5DA8533260EC.htm
[16] especially of Hamas: http://observer.guardian.co.uk/world/story/0,,1794920,00.html
[17] October 4th humiliation: http://backspin.typepad.com/backspin/2004/12/the_mythical_ma.html#more
[18] under a cloud: http://news.yahoo.com/s/afp/20060610/wl_mideast_afp/mideastpalestinian
[19] BEIT LAHIYA, Gaza Strip,: http://www.nytimes.com/2006/06/12/world/middleeast/12huda.html
[20] available at PMW: http://www.pmw.org.il/LatestBulletins.htm#b120606
[21] Jamal al Durah describing how his boy spoke to him: http://www.seconddraft.org/interview_with_jamal.php
[22] it’s a profession: http://www.everything2.com/index.pl?node_id=1521963
[23] Jamal al Durah,: http://www.seconddraft.org/france2raw_aldurah_sequence.php
[24] those who came: http://www.nytimes.com/2006/06/12/world/middleeast/12huda.html
[25] contempt for your own children’s lives: http://freerepublic.info/focus/f-news/1490392/posts
[26] refused to help: http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3260996,00.html
[27] in front of the Israeli guns: http://www.seconddraft.org/not_afraid.php

Voir aussi l’article de la Mena:

L’impact d’un obus d’artillerie ainsi que les blessures qu’il inflige, sont très différents de ceux d’une mine qui explose ou d’un Qassam qui se trompe de cible, ce qui arrive quatre fois sur cinq… Ce sont là les autres hypothèses qui sont considérées par les enquêteurs de la commission. Pour le Qassam, c’est clair, pour les mines, ou les charges explosives enfouies par des miliciens dans le sable de la plage, il s’agit de mesures qui nous sont connues, prises après que des commandos d’hommes-grenouilles israéliens aient abordé à Gaza pour y mener des opérations. La famille Galia a très bien pu actionner l’un de ces dispositifs par mégarde.

Questions autour d’une authentique tragédie

Par Jean Tsadik © Metula News Agency

En étroite collaboration avec Sami El Soudi à Gaza et Ilan Tsadik dans le Néguev

Un avertissement

Frustration au sein de l’armée israélienne, dont l’état-major a soumis hier, dimanche, une liste de mesures offensives au ministre de la Défense, Amir Péretz, destinées à enrayer la pluie de Qassam qui s’abat sur Sdérot ainsi que sur les kibboutz du nord-ouest du désert du Néguev. Les moyens préconisés incluent une intensification des attaques aériennes contre les concentrations de terroristes, leurs ateliers d’assemblage de missiles, les stocks de munitions, ainsi que contre les chefs des organisations armées palestiniennes s’attaquant systématiquement aux civils israéliens. De plus, l’armée a demandé le feu vert du gouvernement afin de multiplier les raids terrestres et de commandos marins contre les mêmes objectifs. L’armée ne souhaite pas s’appuyer sur l’artillerie comme sur l’un des piliers principaux de sa contre-attaque.

La signification prépondérante de ce train de mesures recommandé par les militaires, qui se lit plus qu’en filigrane de leur proposition, c’est la requête qu’ils font de pouvoir frapper les chefs terroristes du Hamas, devenus, entre-temps, les ministres de l’Autorité Palestinienne.

Notre camarade Sami El Soudi avait, comme à l’accoutumée, prévu ce cas de figure dans l’un de ses articles il y a quelques semaines. Maintenant nous y sommes… Le Hamas a rompu la trêve qu’il observait à l’endroit d’Israël, s’appuyant sur le cas de la mort violente de la famille Galia sur la plage d’Al-Soudaniya. Il a déjà tiré une quinzaine de Qassam sur les agglomérations limitrophes de Gaza et menace “de faire trembler les métropoles israéliennes”.

Le plan de l’armée est résumé par le président de la Commission des Affaires Etrangères de la Knesset, Tssakhi Hanegbi, qui annonce que tous les chefs du Hamas “ne jouiront d’aucune immunité et qu’ils pourront tous devenir des cibles”.

Le ministre de la Défense, sans rejeter la maquette opérationnelle de son armée, lui a demandé un moratoire de deux jours, suscitant l’irritation certaine des officiers. Amir Péretz compte mettre à profit ces 48 heures afin de permettre à Ismaïl Hanya et à ses collègues de cesser leur agression ; de leur accorder la possibilité de réfléchir à ses conséquences. Et surtout, Péretz, lui-même un habitant de Sdérot, où il passe le plus clair de ses nuits, a exigé de la commission d’enquête de Tsahal, dirigée par le général Meïr Kalifi, formée pour enquêter sur le décès de 7 civils palestiniens, vendredi, sur la plage de Gaza, qu’elle lui remette ses conclusions avant demain soir (mardi. Ndlr).

L’importance de ces conclusions ne devrait échapper à personne, tant la différence entre l’éventualité d’une authentique bavure de l’armée et celle de l’exploitation cynique, par le gouvernement Hamas, d’une explosion accidentelle ou d’une bévue palestinienne, est lourde de conséquences.

L’hécatombe de la plage

Alors que l’enquête progresse et qu’il ne fait aucun doute qu’elle permettra, à court terme, de connaître la vérité quant à cet authentique carnage, il importe, pour le moment, de nous exprimer avec prudence et réserve.

L’expérience nous a montré à tous que le Hamas attribuait systématiquement, et sans le moindre scrupule, la responsabilité de toutes ses bavures à l’ennemi israélien. Ce fut encore le cas, récemment, lorsqu’une camionnette, bourrée d’explosifs, avait éclaté en plein milieu d’une manifestation populaire organisée par le mouvement islamiste. Les Palestiniens, en général, les islamistes en particulier, ont même pris l’étrange habitude de se venger sur des Israéliens innocents pour des meurtres de Palestiniens qu’ils ont eux-mêmes commis. Tous les confrères qui suivent l’actualité de ce conflit connaissent exactement les occurrences que j’évoque.

De plus, le Hamas s’est comporté de manière pour le moins suspecte lors de l’incident survenu sur la plage. Tout d’abord, en instrumentalisant, à la vitesse de l’éclair, les images du désastre et leur symbolique au profit de sa propagande. Trois jours après le drame, la photo de la petite Houda, pleurant devant la dépouille de son père étendu sur le sable, concurrence déjà celle de Mohamed Al-Dura derrière son baril. On compte sur les doigts d’une seule main les media arabes et musulmans qui ne l’ont pas reproduite, soulignant ainsi l’inhumanité des Juifs et de leur armée.

L’AFP, le Monde et les chaînes de télévision françaises leur ont, bien entendu, emboîté le pas, sans se soucier en aucune façon d’attendre les résultats de l’enquête, ni même de prendre la peine de mentionner qu’une investigation en profondeur était en cours, et qu’elle buttait déjà sur un certain nombre de contradictions inexplicables.

Ainsi, depuis hier, avec AFP, une dépêche trône parmi les grands titres de l’édition électronique du quotidien fondé par Hubert Beuve-Mery, qui attribue la reprise des tirs du Hamas sur Israël au “bombardement qui a fait huit morts sur une plage de Gaza vendredi”. Quelles que soient les conclusions de la commission Kalifi, il serait bien difficile d’équilibrer la pulsion de dégoût à l’égard d’Israël que l’agence de presse semi-officielle française et les media qu’elle irradie ont su créer. Ce pour autant, encore, que les enquêteurs blanchissent Tsahal et que les mêmes supports antisémites daignent diffuser cette information…

Une succession de faits troublants…

Selon Sami El Soudi, présent sur place depuis dimanche matin, qui a enregistré les témoignages concordants d’une dizaine de témoins oculaires, dont deux membres de la famille Galia, l’explosion meurtrière a eu lieu entre 17 h et 17h 15 locales, probablement à 17h 08. On peut appeler cette fourchette de temps une certitude.

Autre certitude : quelques minutes après la déflagration, alors que la plage était envahie de photographes, des membres du Hamas procédaient à un nettoyage minutieux de la zone de la détonation, portant une attention toute particulière à faire disparaître en vitesse toute trace des éclats de l’objet tueur.

L’Autorité Palestinienne, acceptant finalement de coopérer à l’enquête de Tsahal, n’a remis les éclats ramassés par le Hamas que bien plus tard aux Israéliens. De plus, ce n’est que dimanche, soit une trentaine d’heures après les faits, que l’AP accepta d’indiquer aux enquêteurs le lieu précis où avait eu lieu l’explosion.

Encore plus étrange, les autorités médicales de Gaza ont transféré les trois blessés les plus sérieusement atteints – parmi 35 personnes touchées – à l’hôpital Soroka de Beer Sheva, après avoir extrait tous les éclats qui se trouvaient dans leurs corps.

Lors, selon le rapport que nous ont fait des sources médicales autorisées, s’il est tout à fait indiqué de stabiliser des patients ayant subi un traumatisme important avant de les transporter, il est en revanche absolument contre-indiqué, médicalement et pour diverses raisons, d’extraire de leurs blessures les morceaux de métal qui s’y trouvent. En plus du fait que cette opération fait perdre un temps critique dans le traitement des blessés, il met carrément leur vie en danger, en risquant de générer des hémorragies importantes…

Tout se passe donc comme si le Hamas faisait tout pour empêcher les enquêteurs de mettre la main sur des éclats. Et il s’agit d’un comportement significatif, puisqu’il leur suffirait d’analyser l’un de ces morceaux de métal pour connaître, avec certitude, l’origine de l’explosion.

D’autres éléments objectifs viennent renforcer les doutes quant à une bavure de l’artillerie israélienne. Il faut savoir que Tsahal fait de ses canons un usage très particulier, non encore répertorié dans les manuels militaires : en théorie, l’usage de l’artillerie est réservé à la destruction des infrastructures ennemies, à ralentir la progression de l’offensive d’une armée adverse ou à préparer le terrain à une offensive de ses propres forces. Or, à Gaza, les canons de Tsahal ne sont impliqués dans aucune de ces activités. Leurs deux objectifs consistent à pilonner les voies d’accès menant aux sites de lancement des Qassam et à participer aux frappes chirurgicales destinées à mettre hors de combat des unités terroristes, principalement des lanceurs de missiles. La seconde de ces fonctions s’apparente aux frappes aériennes, mais en disposant d’un plus gros impact, en vertu des charges d’explosifs nettement plus élevées des obus d’artillerie.

A la Ména, et quelles que soient les conclusions de l’enquête en cours, nous ne sommes pas certains de l’applicabilité de l’artillerie à ce genre de tâches. Mon fils Ilan avait émis de sérieux doutes à ce sujet, le jour même du déploiement de la première unité de canonniers face à Gaza. Depuis, une fillette de 3 ans, Maria Aman, ainsi que son oncle, sont traités dans un hôpital de Jérusalem pour un obus “perdu” il y a un mois, lors d’une chasse aux lanceurs de Qassam. Ils risquent la paralysie et les autres membres de leur famille sont décédés.

Reste que, pour s’intégrer à la fonction qui lui est dévolue par les stratèges de l’état-major, l’artillerie a dû devenir une arme extraordinairement précise et s’intégrer parfaitement dans le système de reconnaissance des cibles ainsi que du relevé des résultats de ses tirs. Pour chaque projectile. Et on ne parle pas ici de salves de dizaines d’obus mais pratiquement de coup par coup.

Bien sûr, tout est répertorié à la seconde près. C’est comme cela que l’on sait que le 1er projectile a été tiré, vendredi à 16h 32 et qu’il a été suivi de cinq autres, le dernier s’écrasant à 16h 51, soit à tout le moins 9 minutes avant l’explosion relevée sur la plage d’Al-Soudaniya. Et puis, le 1er obus, celui dont Tsahal n’est pas parvenu à repérer le point d’impact, est celui qui a été tiré le plus au nord de la cible qui leur était dévolue, une base de terroristes située à quelques 300 mètres des parasols de la famille Galia. En clair, l’obus douteux est celui qui a atterri le plus loin des Galia, et c’est presque une évidence participant du domaine de la physique. De toutes façons, le point d’impact des cinq derniers obus ont tous été parfaitement repérés par des observateurs au sol, des drones, en temps réel, munis de caméras et leur course enregistrée sur des relevés radars. Dès lors, le seul projectile israélien qui aurait pu atteindre les malheureuses victimes a été mis à feu 28 minutes, au minimum, avant que l’explosion fatale ne fasse ses ravages parmi les baigneurs.

Rien n’est plus facile, bien entendu, que d’émettre l’opinion que ces considérations sont fabriquées après coup afin de dédouaner l’armée israélienne et que la Ména est une officine d’icelle. Cela colle bien aux théories entretenues dans les media généralistes français ainsi qu’aux théories racistes de gens comme le sociologue Edgar Morin-Nahum. Mais pour qui connaît le modus operandi de Tsahal et l’indépendance absolue dans laquelle évolue notre agence, cela tiendrait de la sottise pure et simple. D’ailleurs, à Métula, nous ne sommes pas parvenus à la conclusion définitive qu’il ne s’agissait pas d’une bavure de l’artillerie de l’Etat hébreu ; nous faisons part des doutes factuels que nous avons vérifiés, et faisons ainsi notre métier, c’est tout.

D’autres, comme le général Yoav Galant, le commandant de la région Sud, à laquelle est rattachée celle de Gaza, se sont déjà forgé leur conviction : “Il existe plus d’une preuve qui oblitère la possibilité qu’un obus d’artillerie soit impliqué”, a-t-il déclaré à la presse, dimanche déjà.

Du déjà vu ?

Le président Mahmoud Abbas a dénoncé les “massacres israéliens contre notre peuple”, les chefs d’Etats arabes se sont exprimés dans le même registre. L’Occident court comme s’il n’avait pas appris la prudence suite à la mise en scène de l’”assassinat” de Mohamed Al-Dura, du mort qui remonte sur sa litière et de l’anéantissement de Jénine, qui ne s’est jamais aussi bien portée. Israël non plus, n’a rien appris… On y constate un mélange d’excuses empruntées et de dénégations précipitées. Ce, alors que dans quelques heures, quelques jours tout au plus, nous connaîtrons la vérité. Car les blessures des patients traités à Soroka vont parler, il ne suffit pas, en effet, d’en extraire les plus gros éclats pour les faire taire. Que c’est naïf ! Les témoins parlent, les espions espionnent, les images disponibles s’additionnent etc.

L’impact d’un obus d’artillerie ainsi que les blessures qu’il inflige, sont très différents de ceux d’une mine qui explose ou d’un Qassam qui se trompe de cible, ce qui arrive quatre fois sur cinq… Ce sont là les autres hypothèses qui sont considérées par les enquêteurs de la commission. Pour le Qassam, c’est clair, pour les mines, ou les charges explosives enfouies par des miliciens dans le sable de la plage, il s’agit de mesures qui nous sont connues, prises après que des commandos d’hommes-grenouilles israéliens aient abordé à Gaza pour y mener des opérations. La famille Galia a très bien pu actionner l’un de ces dispositifs par mégarde.

Les affaires du Hamas

De prime abord, les seuls à tirer bénéfice de cette pénible affaire, ce sont Ismaïl Hanya à Gaza, Khamad Mashal à Damas, ainsi que les alliés des intégristes, opposés à toute idée de cohabitation pacifique avec l’Etat hébreu. Comment, en effet, vivre en paix avec des monstres tueurs d’enfants… des gens qui n’atteignent l’extase qu’en maltraitant les autres peuples, en les humiliant, comme écrivait le Monde ?

Le Hamas était au pied du mur, et à Gaza on ne parlait que du référendum d’Abou Mazen, destiné à réhabiliter l’Autorité Palestinienne dans le concert des nations, en reconnaissant à Israël son droit de principe à l’existence dans les frontières de 1967.

Sale coup pour le Fatah que cette “bavure”, qui divertit les regards de la politique de sabordement des intégristes au pouvoir pour faire l’unité autour d’eux contre les “agresseurs” juifs.

Houda, adoptée par le président Abbas,

elle a perdu sa mère, son père et 3 autres proches, en l’espace de quelques secondes…

Quoi qu’il en soit, et même si, cette fois-ci, par contraste avec l’affaire Al-Dura, il y a bel et bien eu mort d’hommes et qu’on est donc en présence d’une tragédie authentique, il ne s’agit que d’une péripétie du conflit israélo-arabe, qui a déjà fait des centaines de milliers de morts.

Aujourd’hui, les Qassam s’abattent sur Sdérot, comme c’est le cas, quasi journalièrement, depuis bien avant le drame des Galia. Demain, ou en fin de semaine, les Gazatis vont à nouveau avoir le temps de penser qu’à cause de la politique suicidaire des islamistes, leurs assiettes et leurs poches sont vides.

Pour le moment, Hanya participe aux bombardements d’Israël. Il prend ainsi le risque imminent qu’Israël mette une fin violente à l’expérience Hamas de l’Autorité Palestinienne. Quant à Israël, il lui faut rapidement trouver une parade aux lanceurs de Qassam. Le rapport très attendu de la Commision Kalifi dira s’il peut intégrer ses canons dans la solution ou s’il convient de les ranger, le plus vite possible, dans leurs entrepôts.

Quant aux masses arabes et aux antisémites, quelle que soit la vérité, ils ont trouvé une nouvelle raison supplémentaire de haïr les Juifs, ainsi que les symboles qui l’accompagnent. Si le précipice de la haine et de l’incompréhension s’est encore un petit peu élargi, la problématique demeure strictement inchangée.

2e article de la MENA:

des éclats de métaux ont été retirés des corps de ces patients, dans le cours normal des interventions médicales destinées à leur sauver la vie. Or il apparaît : a) que les alliages retirés des divers patients sont d’origine identique et que b) ces alliages n’entrent en aucune façon dans la composition des obus utilisés par notre armée.

D’autre part, les experts de Tsahal ont eu le loisir d’examiner les détails du cratère provoqué par l’explosion. Cette tâche a été rendue possible par les prises de vues aériennes effectuées sur les lieux par l’armée de l’air, immédiatement après l’explosion, ainsi que par les clichés réalisés par les dizaines de photographes sur place.

De leur analyse, scientifiquement reproductible, correspondant à des critères balistiques universellement admis, il ressort que l’explosion à l’origine du décès de cinq membres de la famille Galia a résulté d’une charge ayant explosé sous les baigneurs et non de l’impact d’un projectile aérien.

ce n’est pas un Qassam défaillant qui est à l’origine du carnage, mais une charge explosive, enfouie dans le sable par les artificiers du Hamas. Cette charge, comme nous vous l’annoncions hier également, a été disposée à cet endroit pour parer à une éventuelle opération amphibie des commandos marins hébreux.

était-il sensé, de la part du Hamas, de laisser des milliers de baigneurs pique-niquer sur une plage qu’il avait truffée d’explosifs ?

Quant au raid d’aujourd’hui…

La fourgonnette interceptée contenait des missiles Grad de fabrication soviétique, et non des Qassam ou autres Katiouchas. Or ces obus possèdent une portée pouvant atteindre une vingtaine de kilomètres et une charge utile capable de tuer un nombre important d’individus et d’infliger des dommages considérables.

La seule chose étrange, outre la révulsion absolue que peuvent inspirer ces méthodes, c’est de constater que la plupart de nos confrères ne se posent même pas la question relative à jauger le degré d’irresponsabilité criminelle qu’il y a à faire circuler un pick-up chargé de missiles, en mission opérationnelle terroriste, dans l’une des artères les plus populeuses de Gaza-city…

L’explosion meurtrière sur la plage de Gaza : le Hamas, pas Tsahal !

Par Ilan Tsadik © Metula News Agency

Israël totalement innocentée

Confirmation tout à l’heure de tous les éléments dévoilés hier dans l’article de mon père [Questions autour d’une authentique tragédie] au sujet de la non responsabilité de l’armée israélienne dans l’explosion meurtrière de vendredi dernier sur la plage de Gaza.

Lors de leur conférence de presse tenue ce soir à Tel-Aviv, le ministre de la Défense, Amir Péretz, le chef d’état-major Dan Khaloutz, et le chef de la commission d’enquête ad hoc formée pour faire la lumière sur les circonstances de l’événement, le général Meïr Kalifi ont confirmé aussi bien les indices que nous avions présentés hier et qui provenaient des relevés de l’armée, que ceux que nous sommes allés recueillir sur place par nous-mêmes.

La conclusion de l’enquête de Tsahal est nette et sans appel : “Nous possédons suffisamment d’indices pour qualifier le soupçon attribuant cet événement à Israël comme simplement incorrect. Les preuves accumulées établissent que les forces israéliennes ne sont en rien responsables de cet incident”.

Pas pour les media français

L’autre prophétie formulée par mon père s’est également et malheureusement réalisée :

Il avait mentionné que les annonces des media français, qui s’étaient empressés d’attribuer la reprise des tirs du Hamas sur Israël au “bombardement (israélien) qui a fait huit morts sur une plage de Gaza vendredi”, et qui furent présentés par l’AFP et nos confrères généralistes de l’Hexagone à l’indicatif et sans la moindre réserve, seraient impossibles à équilibrer a posteriori, quelles que fussent les conclusions de l’enquête officielle.

Comme il avait raison !

Ce matin, une dépêche de l’AFP, formulée au conditionnel et avec mille précautions, faisait état des éléments de l’avancement de l’enquête de l’armée. Ce câblogramme fut très temporairement repris par les media tricolores, écrits et audiovisuels, avant de faire rapidement place nette au “raid israélien à Gaza” d’aujourd’hui, et aux “neuf Palestiniens tués” dont “deux activistes” et “deux enfants”. Je reviendrai sur cet événement qui réclame qu’on s’y arrête, mais je ne résiste pas à la tentation de relever le traitement réservé aux résultats de l’enquête diligentée par l’Etat d’Israël, tels qu’ils viennent d’être présentés sur France 2 par les complices de la mise en scène de Nétzarim, Charles Enderlin et Talal Abou-Rahma.

En plus du scandale de voir ces faussaires et fauteurs de guerre, démasqués par la Ména, continuer, impunis, leur œuvre de criminels de l’audiovisuel, et, ensemble, sur la chaîne publique française, après avoir été pris en flagrant délit de mensonges dont la liste ne tient pas en un seul article, les voici qui récidivent et signent ! Ce soir, au journal, de FR2, Enderlin mettait dos à dos les experts du ministère de la Défense israélien et un illustre inconnu issu d’une ONG américaine, qui affirmait, depuis Gaza, une pièce de métal en main, que c’était bel et bien un obus de Tsahal qui était à l’origine de la tragédie… Et Enderlin de conclure par une formule qui en dit long sur sa propension à manipuler l’information afin d’assouvir sa haine pathologique d’Israël : en présence de ces deux thèses contradictoires, il appartiendra à l’opinion publique de juger… [1].

Il parle de la thèse formulée par un Etat démocratique, à la suite d’une enquête minutieuse de quatre jours, ayant impliqué de nombreux spécialistes de premier plan mondial dans plusieurs disciplines, dont Israël est garante face à la communauté internationale, et de celle de Paul Dupont de chez Nénette ! Entre les deux, il invite les téléspectateurs à établir ce qui ne peut être rien d’autre que leur préférence, et non leur jugement en connaissance de cause. Cette démarche tient de la pure démence, tout comme celle des responsables de la chaîne publique, qui, laissant distordre de la sorte notre déontologie, affirment leur irresponsabilité extraordinaire ainsi que le mépris absolu qu’ils expriment de la sorte envers les habitants et les autorités de ce pays et la nation qu’ils représentent.

Les points clés

Inutile de reprendre toutes les analyses ayant conduit la commission d’enquête à ses conclusions, car elles figuraient hier déjà dans le compte-rendu de notre enquête, tel qu’il fut synthétisé par mon père. Tous les points que nous y présentions ont été ce soir confirmés tels quels.

De plus, j’ai passé personnellement plusieurs heures à l’hôpital Soroka de Beer Sheva ces derniers jours, où sont traités trois blessés palestiniens rescapés de l’explosion de vendredi à la plage d’Al-Soudanyia. Ce soir, il nous est possible d’affirmer que des éclats de métaux ont été retirés des corps de ces patients, dans le cours normal des interventions médicales destinées à leur sauver la vie. Or il apparaît : a) que les alliages retirés des divers patients sont d’origine identique et que b) ces alliages n’entrent en aucune façon dans la composition des obus utilisés par notre armée.

Il est évident que toute affirmation contraire à ce qui précède met en doute la probité professionnelle des praticiens ayant pratiqué les interventions sur les blessés palestiniens, ainsi que les experts, militaires et privés, ayant procédé à l’analyse chimique des éclats. Selon nos sources, la propagation préméditée d’informations erronées concernant l’intégrité de ces personnels pourrait rapidement conduire à des actions judiciaires contre leurs propagateurs.

D’autre part, les experts de Tsahal ont eu le loisir d’examiner les détails du cratère provoqué par l’explosion. Cette tâche a été rendue possible par les prises de vues aériennes effectuées sur les lieux par l’armée de l’air, immédiatement après l’explosion, ainsi que par les clichés réalisés par les dizaines de photographes sur place.

De leur analyse, scientifiquement reproductible, correspondant à des critères balistiques universellement admis, il ressort que l’explosion à l’origine du décès de cinq membres de la famille Galia a résulté d’une charge ayant explosé sous les baigneurs et non de l’impact d’un projectile aérien.

Quant au raid d’aujourd’hui…

La fourgonnette interceptée contenait des missiles Grad de fabrication soviétique, et non des Qassam ou autres Katiouchas. Sur la base des images rapportées par des cameramen palestiniens travaillant pour des agences internationales, on distingue parfaitement des miliciens occupés à évacuer les obus caractéristiques de ces armes pendant que les services sanitaires se consacraient aux morts et aux blessés.

Les obus des Grad sont caractéristiques. Ils ont une longueur d’environ deux mètres et sont quatre fois plus larges que les Qassam. Nul doute que l’équipage de la camionnette, que l’agence de presse officielle française persiste, à l’encontre du bon sens, à identifier par le terme d’activistes, s’appliquant, en français, à des personnes impliquées dans une action exclusivement politique, était en route vers un site d’où il entendait procéder au lancement de ces projectiles. Or ces obus possèdent une portée pouvant atteindre une vingtaine de kilomètres et une charge utile capable de tuer un nombre important d’individus et d’infliger des dommages considérables.

Dans les conditions que je décris ci-dessus, l’armée israélienne disposait de deux choix théoriques : le premier, permettre aux terroristes de procéder au lancement, et le second, les en empêcher par une action violente et ciblée. Nos lecteurs comprendront aisément, qu’en pratique, et vu la tâche de protection de nos concitoyens qui lui incombe, Tsahal avait l’obligation d’intercepter le véhicule en question, ses servants et son chargement.

Quant aux victimes civiles, qui ont fait dire au président de l’Autorité Palestinienne, M. Mahmoud Abbas, qu’il s’est agi “d’un crime israélien visant des civils dans une zone peuplée”, encore importe-t-il de définir la responsabilité de leur malheur. Ce, immédiatement après avoir corrigé M. Abbas : des terroristes s’apprêtant à tirer des missiles Grad sur des agglomérations israéliennes ne sont pas des civils mais des terroristes, dans toute l’exemplarité de la définition qui les caractérise.

Des tirs de Grad sur Israël pour venger la mort de Palestiniens tués par le Hamas ?

Vendredi déjà, suite au décès des 7 baigneurs palestiniens sur la plage, M. Abbas avait dénoncé précipitamment les “massacres israéliens contre notre peuple”.

Comme le précise l’une des devises de notre agence, que nous avons empruntée à Albert Camus, “Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde”. Abou Mazen devrait la méditer… Car il manque encore un élément à l’enquête sur la tragédie de la plage d’Al-Soudanyia, et il s’agit d’une considération de taille :

A 17h 08, selon les témoignages recueillis par Sami El-Soudi, une explosion s’est produite. Elle a causé le décès de 7 Palestiniens et en a blessé plus d’une trentaine.

Or il ne s’est pas agi d’une explosion spontanée. La déflagration, de même que les dégâts qu’elle a causés, sont bien réels, indiscutables. On a appris, depuis, que ce n’est pas un Qassam défaillant qui est à l’origine du carnage, mais une charge explosive, enfouie dans le sable par les artificiers du Hamas. Cette charge, comme nous vous l’annoncions hier également, a été disposée à cet endroit pour parer à une éventuelle opération amphibie des commandos marins hébreux.

Reste donc une question, mais elle est d’importance : la charge a-t-elle explosé par accident ou le Hamas a-t-il délibérément monté le scénario de l’obus perdu de Tsahal – au prix de l’assassinat de civils palestiniens – pour se sortir d’une mauvaise passe politique et dans un climat de pré-guerre civile ?

Tout d’abord, à l’intention de ceux qui seraient tentés de penser que nous exagérons le degré de machiavélisme des organisations terroristes palestiniennes, je demande à la rédaction de re-publier la photo datée du 30 septembre 2000 au carrefour de Nétzarim, montrant une prise d’un film, non de la Ména mais de Reuters, filmé par un cameraman palestinien, sur laquelle l’on voit une balle tirée par des activistes palestiniens, situés dans leur position de Pita, sur un groupe de manifestants de leur propre peuple, afin de donner l’illusion qu’un combat se déroulait entre eux et les forces israéliennes.

Balle palestinienne sur manifestants palestiniens (extrait d’un film de l’agence Reuters)

Ci-fait, je pose la question suivante : était-il sensé, de la part du Hamas, de laisser des milliers de baigneurs pique-niquer sur une plage qu’il avait truffée d’explosifs ?

La réponse évidente à cette interrogation fait craindre le pire. Et le pire est largement envisageable. Sacrifier des enfants et des civils de son peuple afin de noyer l’obsession du référendum de Mahmoud Abbas ! De désigner Israël comme le responsable d’un crime odieux que l’on vient de commettre soi-même ! De démontrer qu’aucune paix n’est envisageable, jamais, avec les prétendus tueurs d’enfants que l’on vient soi-même d’assassiner !

La seule chose étrange, outre la révulsion absolue que peuvent inspirer ces méthodes, c’est de constater que la plupart de nos confrères ne se posent même pas la question relative à jauger le degré d’irresponsabilité criminelle qu’il y a à faire circuler un pick-up chargé de missiles, en mission opérationnelle terroriste, dans l’une des artères les plus populeuses de Gaza-city… Un pick-up en route pour venger des civils palestiniens occis par des bombes palestiniennes !

Il s’agit bien d’un massacre, vous voyez, M. Abbas, mais les assassins ne sont pas ceux que vous dénoncez. Votre guerre civile, M. le président, vient, semble-t-il, de commencer.

Note :

[1] Il ne s’agit pas d’une citation littérale


Gitmo: It’s the international law, stupid!

13 juin, 2006

Terroristmathx_2Une vraie lumière, ce prof de droit déniché par Pascal Riché dans le Libération d’hier!

Qui arrive à faire tout un entretien sans jamais poser le seul véritable problème de la question, à savoir l’évidente non-adaptation d’un droit international et plus précisément d’un droit international humanitaire, c’est-à-dire droit de la guerre de la Haye (en gros, on "protège" les combattants) et droit humanitaire de Genève (on protège les non-combattants : blessés, prisonniers*, civils), créés, il y a quand même respectivement… 107 et 57 ans !

Et pour réguler des relations d’Etat à Etat alors qu’on se retrouve face à une… privatisation, massive et à un niveau international, de la guerre !

Ainsi qu’au choix privilégié du… défendu (combattants sans uniforme ou déguisés, cibles exclusivement civiles, utilisation systématique de « boucliers humains », prises d’otages civils, démemembrements filmés de prisonniers ou otages civils, etc.) !

Sans parler du droit de la maîtrise des armements où on se retrouve avec des groupes ou individus qui, à nouveau privilégient… le défendu !

C’est-à-dire, à nouveau à destination de cibles civiles, des "moyens de combat" : missilisation d’avions civils et militarisation de moyens de transports civils (voitures, camions, bus, métros, trains piégés), lieux publics civils (écoles, lieux de culte, restaurants, bars, boites de nuit, etc.) et même de corps humains ou animaux (bombes humaines – y compris femmes ou enfants, ânes piégés etc.) que des armes (chimiques, biologiques, nucléaires sales, jusqu’ici heureusement largement évitées – mais pour encore combien de temps ?)…

Et tout ce que cet ignare trouve à dire, c’est :

"C’est un autre dilemme pour les Etats-Unis : il ne peuvent les pousuivre, ils ne peuvent les relâcher (car ils sont dangereux), et s’ils les gardent en vie jusqu’à la fin de leurs jours, c’est clairement une violation du droit international." !

Guantanamo : « Le gouvernement américain se heurte au problème de savoir que faire de tous ces détenus »
INTERVIEW: Scott Silliman, professeur de droit à la Duke University, revient sur les conséquences du suicide de trois détenus du centre de détention américain de Guantanamo

Pascal Riché
Libération
12 juin 2006

Longtemps avocat militaire dans l’US Air Force, Scott Silliman est professeur de droit à la Duke University (Caroline du Nord), où il dirige un centre de recherche consacré aux rapports entre droit, éthique et sécurité internationale. Il revient sur les conséquences du suicide de trois détenus du centre de détention américain de Guantanamo, sur l’île de Cuba.

Le gouvernement américain va-t-il fermer Guantanamo ?
Scott Silliman : il devrait le faire. Cette prison a peu de valeur en terme de renseignements. Et il il est plus que probable qu’il y a là-bas des individus qui n’ont eu aucune implication dans des activités hostiles.
Mon impression est que le gouvernement a décidé d’agir, mais qu’il se heurte au problème de savoir que faire de tous ces détenus, certains depuis quatre ans. Le gouvernement, à travers le Département d’Etat, fait tout ce qu’il peut pour convaincre les pays d’où sont originaires les prisonniers de les reprendre.

Mais ce n’est pas simple. Il exige de ces pays l’assurance que ces individus seraient maintenus en détention, ou au moins étroitement contrôlés. Or la plupart des pays lui répondent : ces gens, vous ne les avez jamais inculpés d’aucune charge, dès lors nous n’avons aucune base légale pour les garder prisonniers… Pour les Etats-Unis, ces prisonniers sont des « combattants illégaux », mais cela ne suffit pas, pour ces pays, à justifier l’incarcération de leur concitoyens. Cette tension est à l’œuvre depuis au moins un an, sans solution simple.

Il restera forcément des prisonniers que le gouvernement souhaite garder, soit à cause de leur valeur en termes de renseignements, soit parce qu’il n’aura pas reçu des pays dont vous parlez de garanties suffisantes. Que peut-il faire d’eux ? Seront-ils envoyés sur des « petits Guantanamo » plus discrets, en Afghanistan ou ailleurs ?
Le problème, c’est que la baie de Guantanamo est un endroit assez unique, d’un point de vue juridique. Le sol est cubain, il relève de la souveraineté de Cuba; mais les Etats-Unis ont le contrôle complet sur ce terrain. Ils peuvent donc arguer que la Convention de Genève ne s’y applique pas. Si vous déplacez les prisonniers, par exemple en Irak, il devient très difficile de ne pas appliquer la Convention de Genève.

Mais la question va au delà de Guantanamo Bay. Tout le monde sait que les Etats-Unis détiennent bien d’autres prisonniers comme Ramzi bin al-Shibh Khaled Cheikh Mohammed, dans d’autres lieux secrets, quelque part dans le monde. Que faites-vous de ces individus ? Vous ne pouvez pas les juger, car ils ont été soumis à des traitements pour le moins cruels et inhumains [interdits par le droit international, ndlr]. C’est un autre dilemme pour les Etats-Unis : il ne peuvent les pousuivre, ils ne peuvent les relâcher (car ils sont dangereux), et s’ils les gardent en vie jusqu’à la fin de leurs jours, c’est clairement une violation du droit international.

Quand on pose la question à l’administration sur la fermeture de Guantanamo, elle répond qu’il faut avant tout attendre l’arrêt de la Cour surprême sur l’affaire Hamdan [la cour doit juger avant la fin du mois si les commissions militaires prévues pour juger les prisonniers sont légales ou non, NDLR]. Quel est le lien?
Le président américain a effectivement déclaré qu’il était ouvert à la fermeture de Guantanamo, mais qu’il voulait d’abord entendre la Cour suprême. A mon avis, l’administration a trouvé là une raison pratique pour ne pas procéder immédiatement à la fermeture.
Sur le fond, le lien entre les deux sujets est mince. Le cas Hamdan porte sur une question très spécifique, celle des poursuites des criminels de guerre. Il ne porte pas sur la question de la détention. Les commissions militaires concernent 20 personnes, pas plus, certainement pas les 450 prisonniers de Guantanamo… Si la Cour suprême décide que l’article 3 de la Convention de Genève doit s’appliquer aux individus qui sont poursuivis devant les commissions militaires, cela imposera la modification des les procédures engagées. Mais tout cela ne concerne pas la question de la détention des prisonniers.

* Conditions (hormis le cas d’une population prenant spontanément les armes à l’approche de l’ennemi et n’ayant pas eu le temps de s’organiser en armée régulière), selon la 3e Convention de Genève, pour avoir le statut de prisonniers de guerre:

- avoir à leur tête une personne responsable

- avoir un signe distinctif et reconnaissable à distance

- porter ouvertement des armes

- se conformer aux lois et coutumes de la guerre


Zarkaoui – fin d’un terroriste et étape nécessaire dans la lutte anti-terroriste (Ram Zenit)

12 juin, 2006

YourattentionpleaseiiixSuite à l’étrange unanimisme des medias français "mettant en doute l’utilité opérationnelle" de l’élimination de Zarkaoui et à l’assourdissant silence des autorités, lumineuse analyse de Ram Zenit sur le site PAF.

Expliquant magistralement la stratégie gagnante d’Israël dans sa lutte face aux mouvements terroristes palestiniens (notamment sa politique d’éliminations ciblées qui a contraint le Hamas à une trêve de fait), il montre aussi les raisons pour lequelles une telle analyse est en quelque sorte interdite aux autorités et medias français qui ne peuvent se rabattre que sur de vaseuses raisons d’ "efficacité opérationnelle".

Mais en même temps il pointe bien également les risques d’une telle (non-)position qui enferme autorités et médias français dans l’intenable situation de ceux qui… légitiment l’inacceptable !

J’attends d’ailleurs avec impatience le jour où Ben Laden entrera dans la ligne de mire de l’un des 250 membres de nos forces spéciales en Afghanistan et j’imagine déjà le cruel dilemme qui va alors être celui du Quai d’Orsay: tirer à côté ou… prétexter un accident ?

Zarkaoui – fin d’un terroriste et étape nécessaire dans la lutte anti-terroriste
Ram Zenit
PAF
12-06-2006

Elimination ou « assassinat ciblé » – au choix, tout dépend de la position où l’on se met !

Comme l’a remarqué ici [1]« no more anonymous ”, je cite , les « discours des médias français (sont) unanimes sur ce point : la mort de Zarquawi ne changera pas grand chose au terrorisme. »

On peut se demander avec raison quelles sont les intentions, cachées et avouées, de tels discours?
La mort de Zarkawi, ne changeant pas grand chose au terrorisme, serait-elle illégitime aux yeux des discoureurs ?
La mort d’un terroriste n’aurait-elle rien à voir avec la Justice, le jugement de valeur étant basé sur son efficacité opérationnelle ?
Il semble qu’une fois de plus la médiatique française se trompe sur les faits qu’elle presente et sur les valeurs qu’elle défend.
L’élimination ou « assassinat ciblé » de terroristes s’est montré terriblement efficace : tout « militant » du Hamas le sait même s’il refuse de l’admettre.
En effet, l’efficacité opérationnelle de telles actions militaires dans la lute anti-terroriste a été démontrée par Israël dans sa lute contre le Hamas, ces dernières années.
Cette efficacité se traduit à deux niveaux :
1- Réduction des actes terroristes par l’élimination de ses acteurs – planificateurs, ingénieurs, passeurs, candidats au suicide – à la phase de préparation ou d’approche du théâtre des opérations
2- Réduction des actes terroristes par l’élimination du commandement militaire et du commandement politique –religieux ou idéologue
Pourtant une donnée essentielle de l’équation qui mène à la réussite est l’effort soutenu et constant de l’action : cela est une constante de toute offensive militaire.
Ainsi le Hamas, après l’élimination de ses chefs à un rythme soutenu et sur une période relativement courte, s’est trouvé devant l’impossibilité d’agir et a du décréter une trêve. En fait, l’action soutenue de Tzahal a non seulement désorganisé le Hamas et ainsi limité ses possibilités d’action mais elle a frappé le cœur du mouvement au niveau psychologique : les éliminations ciblées exigent d’excellents services d’espionnage et d’intelligence militaire capables d’approcher de très près la cible et d’infilter l’organisation un très haut niveau. La poursuite à un rythme suivit et l’élimination de cibles les unes après les autres engendrent donc une incertitude et une méfiance entre les membres de l’organisation ciblée qui sapent les bases même de leurs facultés d’opérer.
Ainsi, au niveau opérationnel, l’élimination – « l’assassinat ciblé » – de Zarkawi est une étape nécessaire mais pas suffisante dans la lutte anti-terroriste.
Mais le problème de la médiatique française et étrangère, se trouve à un autre niveau :
La nature militaire de l’élimination ciblée est offensive !
Il me semble que là se trouve le problème : la médiatique ne peut admettre une attitude offensive !
Basée sur des mythes et des valeurs chrétiennes et … marxistes, où le pauvre et le faible ont raison et la justice de leur coté, elle exige une attitude passive pour être légitime ! C’est là une des bases de son aversion d’Israël en tant qu’état et entité indépendante qui se bat pour sa survie et sa compassion pour le Juif mené à l’abattoir pendant la Shoa. C’est la base psychologique de la haine viscérale anti-américaine, de la mythologie alter-mondialiste d’aujourd’hui et du tiers-mondialisme des années 70 !
Mais comme tout le monde a vu les méfaits et la perversion de Zarkawi il est bien difficile de le présenter comme une victime, contrairement aux « militants » palestiniens ! Il est donc plus simple de mettre en doute l’efficacité opérationnelle de son élimination. Mais, dans de tels discours et en diffusant de telles thèses la médiatique française se fait la collabo des assassins. Ainsi, elle choisit son camp et ce n’est pas celui de la Liberté, Egalité, Fraternité !

Source URL:

http://politiquearabedelafrance.net/node/257

Links:
[1] http://politiquearabedelafrance.net/node/251#comment


Réinformation: La véritable nature du Hamas (Can a leopard change its spots?)

12 juin, 2006

CirquedupaxQu’est-ce qui arrive à Libération ?

A la fin de mon dernier billet sur un sondage américain qui croyait reconnaitre une baisse de la cote de la cause palestinienne en Europe en général et en France en particulier, j’avais suggéré qu’on en informe les deux chercheurs dont ledit Libé venait de publier l’apologie du mouvement pour la solution finale en Palestine, plus connu sous le nom de Hamas et… voilà qu’ils l’ont fait !

Sous la forme de la magistrale réponse du fondateur du site resiliencetv, le chercheur LSA Oulahbib, qui dans un des Rebonds d’aujourd’hui, démonte brillamment la fallacieuse argumentation qui voudrait que, comme Sartre avant eux, il faudrait fermer les yeux sur le programme rien de moins que génocidaire du Hamas, sous prétexte de… "ne pas déséspérer Gaza"!

Réponse à deux chercheurs français sur le rôle du mouvement palestinien.
La véritable nature du Hamas
LSA OULAHBIB
Libération
12 juin 2006

Lucien-Samir Arezki Oulahbib
docteur en sociologie, chargé de cours en sciences politiques à Paris-X. Dernier ouvrage paru: la Philosophie cannibale, La Table ronde.

Ainsi, il ne faudrait pas «boycotter le Hamas». Dans un récent Rebonds (Libération du 5 juin), Esther Benbassa et François Burgat appellent à ménager le Hamas, qui, de son côté, veut rayer Israël de la carte. Ils écartent cet aspect, essentiel, en pensant à la place du Hamas : son émergence proviendrait de l’intransigeance israélienne. Pourtant, ce parti est cohérent. Selon sa lecture littérale du Coran, Israël ne peut pas se constituer en tant qu’entité indépendante de l’islam.

Les deux auteurs ne veulent pas le comprendre ; il est alors clair que leur perception sur les causes du manque de démocratie dans les pays dits «arabes» s’en trouve amoindrie. Et puis, il y a la forme préalable de leurs arguments : critiquer le Hamas reviendrait, en somme, à exiger du «musulman» de boire du vin pour prouver qu’il n’est pas un agent de Ben Laden, ce qui est pour le moins curieux. Plus sérieusement, ils exigent de ne pas «contourner» le résultat du dernier scrutin électoral… Pourtant, ce n’est pas parce que celui-ci a fait émerger une force politique dont le principal projet est de rayer Israël de la carte (le retour aux frontières de 1967 n’étant qu’une «trêve» plus ou moins longue), qu’il faut pour autant poursuivre l’aide financière comme si rien ne s’était passé. On ne saurait oublier que le Hamas était contre le processus de paix entamé à Oslo.

Souvenons-nous par la même occasion que le droit international exige la reconnaissance de deux Etats. Quant aux territoires de 1967, en particulier Jérusalem, personne, hormis les musulmans intégristes, ne nie que ce sont des terres ancestrales juives, certes investies illégalement selon certaines résolutions onusiennes, mais dont la légitimité en matière d’implantation n’est cependant pas nulle, du moins si l’on s’en tient au projet du foyer juif de la déclaration Balfour (1917). Mais n’allons même pas jusque-là. Admettons que l’OLP, en s’édifiant, en 1964, ait demandé uniquement le droit à avoir un Etat sans exiger le retour de 5 millions de Palestiniens, et ce au sein même d’Israël alors qu’ils étaient au départ 800 000 (sans oublier que plus de un million cinq cent mille juifs ont été expulsés des Etats dits arabes depuis 1948) , admettons donc que l’OLP ait juste voulu la paix… On ne voit pas pourquoi, après un laps de temps donné, des cohérences territoriales n’auraient pas vu le jour. On rétorque généralement que cette possibilité reste impossible parce que les Israéliens sont pour la construction d’un Bantoustan avec des points de passage et des implantations de juifs sous contrôle israélien ; sauf que, à terme, dans le cadre d’une réelle volonté de paix et avec le soutien, sur le terrain, de la communauté internationale, ces points se seraient sans doute estompés. Par ailleurs, certains implantés juifs ont toujours dit qu’ils seraient prêts à rester sur place sous juridiction palestinienne, quelques-uns parlant même de prendre la nationalité palestinienne. Ce qui, en tout cas, prouve qu’il existe une bonne volonté (certains parlent de naïveté…) parmi le peuple israélien, celle de vivre en paix dans une société plurielle ; chose que les soutiens palestiniens exigent par ailleurs en France pour l’immigration, mais interdisent là-bas.

Nos auteurs n’en parlent pas. Ils font plutôt état de la trêve respectée par le Hamas, alors que des roquettes artisanales (Kassem) sont tirées quotidiennement (311 depuis le retrait israélien de Gaza, selon le quotidien israélien Maariv du 7 juin) sans que le Hamas y trouve à redire, tandis que des attentats sont déjoués tous les jours. Et le journal israélien Haaretz du 6 juin fait savoir que non seulement le Hamas envisage de rompre la trêve, mais qu’il cherche à perfectionner ses propres roquettes avec des substances chimiques…

Esther Benbassa et François Burgat s’insurgent alors contre les assassinats ciblés opérés par Israël. Parce qu’il ne faut tout de même pas oublier que ce sont les attentats-suicides fomentés par le Hamas, le Djihad islamique et les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, liées au Fatah d’Arafat, et ce afin de couler le processus de paix entamé par les accords d’Oslo, qui sont à l’origine de telles réponses ciblées.

De façon générale, ces deux auteurs refusent d’observer que l’humiliation et la misère peuvent aussi provenir d’une situation aggravée par des dirigeants et des Etats arabes corrompus, qui ont toujours refusé, hormis deux d’entre eux, l’Egypte et la Jordanie, l’existence d’Israël (même dans les frontières de 1948). Benbassa et Burgat imitent au fond les arguments castristes qui expliquent que la misère cubaine est uniquement due à l’embargo américain… Les voilà qui défendent aussi l’idée qu’un Etat «musulman», non laïque donc, pourrait être démocratique, en prenant pour exemple le fait qu’en Israël la religion conserve une certaine place. Mais comment comparer une démocratie, réelle (quoique perfectible…), et une virtualité uniquement fondée par ailleurs sur le bon déroulement d’élections ? N’oublions pas que le Hamas a comme projet, unique, d’instaurer la législation islamique (ou charia), celle-ci devenant, à terme, la seule légitimité politique possible (et non pas l’une des sources).

Cette confusion, cette fusion des pouvoirs, n’a jamais été la définition du régime démocratique ; on est effaré par ce manque d’informations élémentaires qu’une lecture rapide de Montesquieu aurait pu satisfaire. Nos auteurs n’en ont cure et, plus globalement, se gaussent de certaines appréhensions quant à l’attitude de l’islam politique vis-à-vis de la modernité et des Lumières. Pourtant, il est exact que l’islam politique se revendique antimoderne en ce qu’il refuse, déjà, la distinction entre le politique, le juridique et le religieux. Et certains musulmans, en France (ou au Canada), qui préfèrent se reconnaître avant tout musulmans plutôt que citoyens, sont dans cette même optique.

La conclusion de leur texte fait référence à l’Algérie en affirmant (via l’évocation de la femme de Massu…) que la France, en majorité, voulait y «dévoiler» les Nord-Africaines, alors que le projet d’ensemble de l’administration française était plutôt de laisser se voiler les Nord-Africaines (musulmans d’un côté, Européens de l’autre…), parce que c’était conforme à «leurs racines», comme l’on disait naguère.

Ils assènent d’ailleurs un dernier coup, amalgamant critique de l’islam et colonialisme. Sans se douter, peut-être, qu’ils renouvellent cette vieille pensée qui présuppose que l’on naît musulman et qu’on ne le devient pas. Nos auteurs brandissent leur reconnaissance de l’islam, libre à eux, mais pas au prix de contrevérités à répétition…


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