Antisémitisme:La meilleure façon de ne pas rembourser un créancier (The best way not to pay back your debt)

28 mai, 2006

ShylockIntéressant édito d’Attali dans un Express d’il y a deux ans (hormis au passage la petite vacherie et surtout l’énorme contresens sur un Girard qui ne cesse de proclamer la dette du monde à la Bible !) sur le rapport manifeste entre l’actuelle résurgence de l’antisémitisme (pardon: l’antisionisme !) et… l’inacceptable dette du monde au judaïsme !

Qui devrait d’ailleurs probablement expliquer aussi cette montée parallèle de l’anti-américanisme dans le monde et surtout en Europe et en France où on a décidément bien trop de dettes (1917, 1944, le Plan Marshall, 1945-1989) à leur reconnaitre !

certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints.

Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé.

soixante ans après la Shoah, il redevient possible (…) pour des hommes [Alliot-Marie et surtout Villepin apprécieront !] politiques français de dire en privé (et de démentir en public) que l’Etat d’Israël n’a pas de légitimité historique. Il devient possible de banaliser la collaboration. Il devient possible, lors de l’anniversaire du Débarquement, d’embrasser des anciens combattants allemands portant le même uniforme que ceux qui, à la même minute, faisaient fonctionner les chambres à gaz. Il devient possible de mêler dans un même discours confus une opposition à Bush et à Sharon avec un antisionisme et un antisémitisme global, devenu réponse mythique à toutes les humiliations.

De l’ingratitude
Jacques Attali
L’Express
28/06/2004

Ceux qui, dans le christianisme ou l’islam, n’acceptent pas la dette à l’égard du judaïsme cherchent à le détruire

Chacun a fait, au moins une fois dans sa vie, l’expérience pénible de voir quelqu’un qui lui devrait de la reconnaissance prendre le premier prétexte venu pour se fâcher, au moins pour se prouver à lui-même que l’autre n’est pour rien dans sa réussite. Cette ingratitude, fort humaine, est, à mon sens, à l’origine de l’antisémitisme et explique sa résurgence «alarmante», comme vient de le dire le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, ajoutant que «cette fois, le monde n’a pas le droit de garder le silence» et concluant que la recherche «d’une solution juste pour les Palestiniens n’empêche pas de devoir fermement désavouer tous ceux qui utilisent cette cause pour inciter à la haine contre les juifs, que ce soit en Israël ou ailleurs».

L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres. Il ne se résume pas à une méfiance à l’égard des différences, à une répulsion envers l’étranger ou à une importation du conflit du Moyen-Orient. Il renvoie à quelque chose de très spécifique, qu’il convient d’affronter de face: certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints.

Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé.

C’est le cas aujourd’hui: soixante ans après la Shoah, il redevient possible pour l’un des plus grands philosophes chrétiens français, René Girard, d’expliquer dans la presse française tout le bien qu’il pense de la version antisémite de la Passion donnée par le film de Mel Gibson. Il devient possible pour des hommes politiques français de dire en privé (et de démentir en public) que l’Etat d’Israël n’a pas de légitimité historique. Il devient possible de banaliser la collaboration. Il devient possible, lors de l’anniversaire du Débarquement, d’embrasser des anciens combattants allemands portant le même uniforme que ceux qui, à la même minute, faisaient fonctionner les chambres à gaz. Il devient possible de mêler dans un même discours confus une opposition à Bush et à Sharon avec un antisionisme et un antisémitisme global, devenu réponse mythique à toutes les humiliations.

L’ingratitude conduit les membres d’une collectivité à ne plus se rendre service les uns aux autres: pourquoi aider son prochain si c’est pour attirer sa haine? Et, comme une société où personne ne rend service à l’autre est condamnée à la barbarie, la gratitude est la condition de la survie des sociétés. Tel est, par son martyre, le quatrième apport du peuple juif à l’histoire des civilisations.


Chine: Décrochez ce monstrueux portrait de Tiananmen! (Take down that monster portrait from Tiananmen Square!)

28 mai, 2006

MaoImaginez, 60 ans après Auschwitz, la Porte de Brandebourg… ornée d’un portrait géant d’Hitler !

En ce 40e anniversaire* du début des massacres désignés communément sous le terme de “Révolution culturelle” (et au moment où, après Staline en 61, les Russes eux-mêmes envisagent de débarrasser leur Place Rouge de leur encombrant Lénine !), comment ne pas rappeler l’obscène portrait (et dépouille) de son principal instigateur qui continuent à trôner sur le saint des saints de la Place Tienanmen, où plus récemment, on le sait, ce sont les chars qui ont massacré des centaines d’étudiants désarmés?

Les faits sont pourtant bien établis, et notamment tout récemment confirmés par la monumentale biographie du couple d’historiens sino-britannique Jung Chang and Jon Halliday (“Mao: The Untold Story”: Mao a massacré et menti sur toute la ligne.

Les quelque 70 millions de victimes du Grand Bond en Avant” et de la “Grande Révolution prolétarienne” dite “culturelle”. La fameuse Longue Marche (dont Le Grand Timonier a passé l’essentiel … allongé sur une litière!), la mascarade de la prise du Pont de Luding (où c’est Chang qui l’a en fait laissé partir, craignant pour son fils otage des Soviétiques !). La soi-disant résistance à l’avancée des troupes japonaises pendant laquelle, dans sa lutte avec son rival nationaliste, l’auteur du Petit Livre rouge collaborait en fait avec… les services secrets nippons !

Naturellement un ouvrage aussi sacrilège est interdit en Chine (chez nous, plus subtilement, on se contente, affaires obligent, de … vite passer à autre chose !) mais aussi, comme le montre cet intéressant article du IHT, la seule mention de son titre !

* ou, pendant que certains affublent le Grand Timonier d’une robe dans un journal étudiant néo-zélandais, d’autres défendent sa mémoire en le comparant à… Jésus ! Alors que le seul locataire légitime de cet espace central de la vie politique chinoise, qui était d’aillleurs le premier à y avoir son portrait dès 1925, est bien sûr le véritable fondateur de la révolution et république chinoises Sun Yat Sen (le seul véritable défenseur de ladite république contre l’envahisseur japonais, qui y avait aussi son portrait en 1945 avant d’être chassé à Taiwan par l’usurpateur, étant Chiang Kai Shek).

La force qu’il exerce n’est pas plus dictatoriale que celle, par exemple, de Roosevelt. La Constitution de la Chine Nouvelle rend impossible la concentration de l’autorité dans les mains d’un seul homme.

Simone de Beauvoir (sur Mao après sa visite en Chine de 1955)

La tolérance politique à l’égard des doctrines et des ambitions les plus extrêmes nourrit les monstres politiques. C’était vrai dans les années 30. C’est toujours vrai aujourd’hui.

Thérèse Delpech

Maintaining the Mao myth
Jonathan Mirsky
International Herald Tribune
July 6, 2005

LONDON Not long ago I wrote an enthusiastic review of “Mao: The Untold Story,” the new biography by Jung Chang and Jon Halliday. The June issue of the Far Eastern Economic Review, in which my review appeared, was promptly barred from China.

The same fate has befallen other publications containing similar reviews, and a BBC interview with Jung Chang herself (she is the author of the global best seller “Wild Swans”) was blocked.

Mao Zedong died in 1976. Why is it that almost 30 years later, in a China where freedom of speech is said to be on the rise, attacking the Chairman remains taboo?

Chang’s and Halliday’s biography is a nothing-is-sacred act of demolition. Chang says of Mao, “He was as evil as Hitler or Stalin, and did as much damage to mankind as they did.” The authors assert that Mao was responsible for upwards of 70 million peacetime deaths, including at least 37 million in the 1959-1961 famine that arose from Mao’s harebrained economic policies.

These are scarcely new facts within China. If 70 million people died before their time and many more millions suffered during the Cultural Revolution, there must be hundreds of millions of Chinese who know about Mao’s depredations.

Indeed, in 1981 the Party published an official judgment in which it said the Chairman bore the main responsibility for the epochal tragedy of the Cultural Revolution, and admitted, too, that from the late 1950s the Chairman had made mistakes and misjudgements.

But the Party concluded that Mao remained a great Marxist revolutionary. The Cultural Revolution, therefore, remains out-of-bounds for serious research in China.

And here we discover the ultimate inviolability of Mao, whose enormous portrait still gazes down onto the sacred center of China, Tiananmen Square.

Proper research within China would reveal what is already well known to China specialists in the West, and is highlighted in Chang’s and Halliday’s biography: Mao did not merely throw the switch to start the Cultural Revolution, he micro-managed some of its worst acts. And, like Stalin, Mao needed always to know the grisliest details of persecution, whether of his old colleagues or mere officials and scholars.

Then there is the myth of Mao before 1949 – the hero of the Long March who in 1934-35 led the ragtag Red Army to safety at Yanan, the guerrilla headquarters from which Mao fought Chiang Kai-shek and organized the eventual Communist victory in 1949.

As has been shown by Chang and Halliday and earlier scholars, the myth was fed by Mao to the hero-worshipping American journalist Edgar Snow in 1936 and is largely a lie.

On the Long March itself – and this is a Chang-Halliday scoop – the most heroic moment, the crossing by daredevil Red soldiers of a blazing bridge over a gorge, with Chiang Kai-shek’s forces at the other end, never happened.

Indeed, it appears that Chiang Kai-shek allowed the Reds to escape.

All that was long ago. Why, then, protect the Chairman now? Because without Mao a black hole would gape beneath the feet of the Communist Party. After all, in 1956, after Nikita Khrushchev’s denunciation of Stalin, Lenin remained. Without Mao, his heirs – for that is what they are – would be left dangling in an ideological void.

There must, therefore, be no void. Every Chinese student from primary school on receives regular lessons in what is called “political education.” In this curriculum the history of the Communist Party – its triumphs over imperialism, exploitive capitalism, landlordism, and Chiang Kai-shek – are celebrated, as are the Party’s eradication of starvation, prostitution, venereal disease and opium.

Who was the begetter of all this? Mao Zedong, the Great Helmsman, Teacher, and Reddest Red Sun in our Hearts; the near-god who on Sept. 21, 1949, proclaimed that the “Chinese people have stood up.”

So to demolish the Chairman would be catastrophic for the present leadership. These leaders, after all, continue to emphasize that “the Communist Party makes mistakes but only the Communist Party can correct them.”

But what if the Party itself is a mistake and Mao a yet greater one? China’s leaders are determined to prevent that thought from getting loose in the minds of hundreds of millions of Chinese.

(Jonathan Mirsky was formerly the East Asia editor of The Times of London)


Economie: La vraie mondialisation, c’est le christianisme (René Girard)

27 mai, 2006
Samaritan_stainedglassLes mondes anciens étaient comparables entre eux, le nôtre est vraiment unique. Sa supériorité dans tous les domaines est tellement écrasante, tellement évidente que, paradoxalement, il est interdit d’en faire état. René Girard

Suite à une petite discussion avec M. Dembré au sujet de l’idée de l’origine judéo-chrétienne de l’Occident qu’un de mes récents billets semblait faussement lui attribuer (avec effectivement un mauvais titre – depuis changé – et je le remercie d’ailleurs de me l’avoir confirmé), j’en profite pour préciser ma pensée avec ces quelques extraits d’un entretien de René Girard qui me semblent particulièrement clairs.

Sur cette conviction que je partage avec lui et quelques autres de la singularité toute particulière (désolé pour le pléonasme) du judéo-christianisme et de celle de l’Occident auquel il a donné naissance, à travers ce qui ne peut apparemment être décrit que comme …”une vérité qui vient d’ailleurs”:

“notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la «victime inconnue», comme on dirait aujourd’hui le «soldat inconnu».

le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent.

On admet généralement que toutes les civilisations ou cultures devraient être traitées comme si elles étaient identiques. Dans le même sens, il s’agirait de nier des choses qui paraissent pourtant évidentes dans la supériorité du judaïque et du chrétien sur le plan de la victime. Mais c’est dans la loi juive qu’il est dit: tu accueilleras l’étranger car tu as été toi-même exilé, humilié, etc. Et ça, c’est unique.

Je pense qu’on n’en trouvera jamais l’équivalent mythique. On a donc le droit de dire qu’il apparaît là une attitude nouvelle qui est une réflexion sur soi. On est alors quand même très loin des peuples pour qui les limites de l’humanité s’arrêtent aux limites de la tribu.

il faut distinguer deux choses. Il y a d’abord le texte chrétien qui pénètre lentement dans la conscience des hommes. Et puis il y a la façon dont les hommes l’interprètent. De ce point de vue, il est évident que le Moyen Age n’interprétait pas le christianisme comme nous. Mais nous ne pouvons pas leur en faire le reproche. Pas plus que nous pouvons faire le reproche aux Polynésiens d’avoir été cannibales. Parce que cela fait partie d’un développement historique.

Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence.

Autrement dit, la problématique judaïque et chrétienne est toujours incorporée à nos déviations. Et on s’aperçoit que l’homme est infiniment subtil dans sa façon d’utiliser pour la violence ce qui veut être contre la violence. Mais, s’il est très bien de compatir au sort des malheureux, il faut aussi reconnaître que nous vivons dans la meilleure société que le monde ait jamais connue. Nous connaissons une amélioration du social qui dure depuis le haut Moyen Age. Et notre souci des victimes, pris dans son ensemble comme réalité, n’a pas d’équivalent dans l’histoire des sociétés humaines.

On ne peut donc pas supprimer les possibilités positives de cet univers : nous sommes toujours plus libres, du bien et du mal. C’est ce qui fait que notre époque est loin d’être terne, ennuyeuse ou désenchantée. Elle est à mon avis extraordinairement mouvementée, tragique, émouvante et intéressante à vivre. C’est-à-dire toujours ouverte sur les extrêmes du bien et du mal. Aujourd’hui, l’avenir du monde s’ouvre.

Le souci des victimes a unifié le monde. C’est la même chose qui fait dire que les hommes sont de plus en plus libres et de moins en moins contraints par les frontières. Qu’est-ce qu’une frontière sinon un endroit où, si les gens traversent, on les accueille à coups de fusil. C’est donc un phénomène sacrificiel.

La seule chose que j’essaie de faire, c’est de restaurer la dignité intellectuelle du christianisme. Avoir la foi, cela consiste à dire que c’est une vérité qui vient d’ailleurs.

“Le souci des victimes a unifié le monde”
Selon l’écrivain français, René Girard, l’intérêt que notre société porte aux victimes n’a pas d’équivalent dans l’histoire humaine.
Le Temps, nov 1999,
Propos recueillis par Joëlle Kuntz et Patricia Briel

Pour René Girard, qui ouvrait lundi les Rencontres internationales de Genève, les Evangiles sont une théorie de l’homme avant d’être une théorie de Dieu. A ce titre, ils nous renseignent sur les pratiques de la violence humaine. Le philosophe français explique comment, par la Passion, les chrétiens bouleversent complètement les valeurs. Le droit du vainqueur chez les Romains fait place au droit de la victime, qui devient «innocente». C’est une «révélation anthropologique»

Le Temps : Vous situez l’origine de la violence dans le désir de l’homme un désir inassouvissable, dites-vous de «ressembler» à des modèles, de les «imiter», de posséder les mêmes objets et donc de se mettre en rivalité avec eux pour les acquérir. Ii s’agirait d’un mécanisme déclencheur presque automatique. Comment en arrivez-vous à cette hypothèse ?

René Girard : L’analyse des récits mythologiques et bibliques m’a mis clairement sur cette piste. Dans les mythes fondateurs, tout commence, en règle générale, par une violence si extrême qu’elle décompose la communauté ou l’empêche de se fonder. D’où vient cette violence ? Il est souvent question de frères jumeaux : deux semblables qui désirent la même chose se battent pour l’avoir et finissent par se haïr parce qu’ils n’y arrivent pas. Un exemple : le pharaon et Moïse, «l’endurcissement du pharaon» contre Moïse car tous deux veulent pour eux le peuple juif. Ils ont un même désir, ils ne peuvent l’assouvir, il s’ensuit un immense chaos en Egypte. Ce désir de la même chose, pour imiter l’autre, devenir exactement comme .lui, que j’appelle «le désir mimétique», est la source de la rivalité, du chaos et du conflit, donc de la violence.

- Tous les hommes sont-ils pris dans cet engrenage du désir et de la haine ?

- C’est un cercle vicieux. D’abord limitée au cadre d’une relation interpersonnelle, la violence s’exacerbe et se se généralise par contagion, par transfert. Le désir du même se renforce au fur et à mesure qu’il rencontre des obstacles. Les Evangiles ont un mot pour désigner ce renforcement réciproque du désir et de son obstacle: le «scandale», que certains textes nomment aussi «pierre d’achoppement». Cet emballement se transforme en crise «mimétique» et conduit vers une violence toujours plus grande : la violence de tous contre tous. Le phénomène aboutirait à la destruction totale de la société si, à son paroxysme, il ne déclenchait son propre mécanisme d’arrêt : on voit en effet cette violence de tous contre tous se retourner, spectaculairement, contre un seul individu (ou un seul groupe d’individus).

Celui-ci va devenir l’objet commun de la haine, sur lequel vont se focaliser tous les scandales. C’est une victime qu’on va «lyncher» et dont le sacrifice permettra de recréer l’unité de la communauté. Le lynchage apparaît alors comme le moyen que la société met en œuvre pour retrouver la paix. Et la victime, de malfaitrice, devient bienfaitrice. Le mythe la fait accéder au divin. Aussi les dieux archaïques sont-ils à l’origine de la notion de victime.

- Dans les mythes, la violence collective a une valeur positive.

- Ils opèrent une transfiguration esthétique de la violence. Mais ils occultent l’horreur qui consiste à sacrifier un individu pour la paix de la communauté. C’est pourquoi, dans les mythes, la victime sacrifiée a toujours tort, c’est quelqu’un de coupable. Les persécuteurs se donnent raison de la prendre pour cible de leur haine et de la lyncher.

- Comment se fait-il que pour nous, au contraire, la victime soit en général innocente ?

- C’est que la Bible hébraïque et les Evangiles sont passés par là. Malgré leur ressemblance de structure, et le sujet qui les préoccupe, mort et résurrection, les récits mythiques et le récit chrétien sont différents. Dans les mythes, les acteurs ne sont pas conscients du mécanisme d’unanimité collective dans lequel ils sont englués. Ils croient réellement à la culpabilité de la victime qu’ils vont sacrifier. Le phénomène du «bouc émissaire» n’est donc jamais révélé en tant que tel. Tandis que la Bible hébraïque et les Evangiles non seulement le dévoilent, mais en dénoncent la cruauté.

Prenez Œdipe. L’oracle annonce qu’un jour il tuera son père et épousera sa mère. Les parents tentent de faire périr l’enfant, mais Œdipe échappe à la mort et se fait expulser par sa famille. Quelques années plus tard, alors qu’il est roi de Thèbes, les prédictions de l’oracle se réalisent. Apollon envoie une peste auxThébains, qui tiennent Œdipe pour coupable et l’expulsent afin de retrouver l’équilibre. Dans les mythes, l’expulsion du héros ou sa mort sont toujours justifiées au premier degré : c’est quelqu’un qui a fait du mal.

Les persécuteurs ne se savent responsables ni de léurs rivalités mimétiques ni du phénomène collectif qui les en délivre. ils rejettent sur leur victime la responsabilité de leurs malheurs. Mais en suite, l’ayant sacrifiée et s’en trouvant mieux, ils font d’elle le symbole de leur délivrance. Ainsi, après avoir démonisé leur victime, ils la divinisent.

Prenez maintenant le récit de Joseph dans la Genèse. Ses frères jaloux veulent d’abord le tuer, puis se décident à le vendre comme esclave à une caravane en partance pour l’Egypte. Là, Joseph sort de l’esclavage grâce à ses talents. Il réussit à prouver qu’il est innocent du crime d’adultère dont il est accusé et devient même premier ministre de pharaon. La Bible donne raison à Joseph, la victime, contre ses frères et les Egyptiens qui l’emprisonnent. Tout au long du récit, Joseph apparaît comme innocent.

Le gouffre qui sépare les mythes de la Bible est là : au lieu de répéter que la victime est coupable et les persécuteurs innocents, la Bible et les Evangiles proclament que la victime est innocente et les persécuteurs coupables. Qui plus est, les Evangiles révèlent la cause de l’illusion mythologique. C’est une rupture extraordinaire. Elle nous amènera à cette notion moderne de «bouc émissaire» qui met l’accent sur l’innocence de la victime et sur l’absurdité du mimétisme transférentiel.

- Comment survient-elle dans l’histoire des idées, et pourquoi ?

- Ah, ah! Si on le savait ! C’est ce que j’appelle pour ma part la révélation anthropologique du christianisme Elle survient dans la chrétienté au début de l’ère moderne, avec la notion «d’agneau de Dieu», Jésus-Christ, qui dit mieux encore que «bouc émissaire» l’innocence de la victime et l’injustice de son sacrifice.

La réhabilitation du bouc émissaire par le récit biblique commence avec le meurtre d’Abel, le premier de l’histoire humaine. «Caïn, qu’as-tu fait de ton frère ?» demande la Bible. La question est nouvelle. A la différence des Romains qui louent Romulus comme le fondateur irréprochable de la ville de Rome du simple fait qu’il a tué son frère Remus en premier, avant que l’inverse ne se produise, les chrétiens reprochent à Caïn d’avoir tué Abel. Les situations sont presque identiques, deux frères rivaux, les résultats aussi, l’un des frères tue l’autre, mais c’est le jugement qui diffère : tandis que Rome applaudit le vainqueur, le plus fort, Dieu condamne le meurtrier. La Bible discrédite la violence triomphante des plus forts – bien qu’elle leur pardonne «car ils ne savent pas ce qu’ils font».

- C’est dans cette évolution que nous devrions comprendre la Passion ?

- Oui. La foule se déchaîne contre Jésus, et les apôtres, eux aussi, sont happés par la violence mimétique. Même Pierre, le fidèle des fidèles, y succombe. Il renie Jésus, trois fois, avant de se rendre compte de ce qu’il a fait. La Bible signale ainsi qu’il est difficile d’échapper à l’unanimité contre Jésus. Le petit groupe des disciples est presque submergé par la contagion mimétique. Mais il parvient à y échapper, il décide de braver la colère de la foule au risque de perdre la vie pour proclamer l’innocence de Jésus et annoncer la Résurrection. Le christianisme, c’est cette petite minorité qui s’oppose à la foule trompée par son appétit de ressemblance. Nous arrivons ici au triomphe de la Croix, qui permet de démonter le mécanisme victimaire et de le refuser. Jésus nous invite à exercer notre désir mimétique de façon positive, en suivant le modèle qu’il offre au monde.

- Est-ce le début d’une expérience de la liberté ? Vous parlez peu de la liberté dans votre démonstration.

- Il ne faut pas croire que c’est à nous mêmes que nous devons nos différences d’avec le monde archaïque. Il s’agit plutôt de l’évolution de l’homme en tant qu’espèce. Sous l’effet du christianisme, l’homme est devenu plus capable de percevoir ses propres tendances à décharger sa violence sur des victimes innocentes.

Le christianisme élargit les possibilités humaines, il donne à l’homme la liberté de se perdre ou de se sauver à chaque instant. L’espoir du Royaume de Dieu est là pour l’inspirer mais il peut ne pas le vouloir. Cette double possibilité traverse d’ailleurs nos sociétés modernes. Avec les armes existantes, nous avons les moyens de nous détruire, avec toute la planète – nous sommes en état d’apocalypse objective-, mais nous n’allons pas le faire parce que, arrivés à ce stade de village global, nous n’avons plus de bouc émissaire. Et privés. de bouc émissaire, nous n’avons plus le moyen d’évacuer la violence. Lors de la crise des missiles à Cuba en 1964, Khrouchtchev a refusé l’escalade nucléaire qui aurait abouti à la guerre atomique. C’est comme s’il avait «tendu l’autre joue» ! Cette rationalité est celle des Evangiles.

- Pourtant, il n’y a jamais eu autant de violence dans le monde, dans ce monde christianisé à l’extrême !

- Je ne dis pas, loin de là, que la chasse au bouc émissaire a cessé. Nous cherchons toujours des coupables, nous trouvons toujours des victimes à sacrifier, ce n’est pas la fin de la violence, au contraire. Mais le mécanisme de l’illusion a été percé à jour et par conséquent il ne fonctionne plus, il n’y a plus que des embryons de boucs émissaires, auxquels nous ne croyons plus vraiment. La magie ne marche plus. Les vrais coupables sont démasqués.

Quant au christianisme, c’est un faux procès qu’on lui fait de ne pas nous avoir apporté la paix. II n’est pas une pénicilline contre la violence. Jésus n’a jamais promis la paix, tout au contraire. II dit : «Je suis venu apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé.» II y a une dimension apocalyptique dans la Bible qui est la révélation de la Violence humaine. Une violence toute crue débarrassée des protections symboliques que procurait le sacrifice du bouc émissaire. Les rivalités mimétiques qui ne se résolvent plus par le sacrifice sanglant d’une victime innocente ne disparaissent pas pour autant. On peut avoir la trêve des boucs émissaires mais ce n’est pas la paix du Royaume de Dieu, qui dépasse l’entendement et dont les hommes ne veulent pas.

- Si le Christ, comme vous le dites, est le premier à révéler le mécanisme victimaire et à le détrôner, on peine à voir les effets d’une telle révélation dans l’histoire, et au XXe siècle moins que jamais.

- Pourtant, notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital.

L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la «victime inconnue», comme on dirait aujourd’hui le «soldat inconnu».

La victime devient même objet de concurrence entre les bienfaisants, ce qui n’est pas une raison de se moquer du souci qu’on a d’elle. C’est d’ailleurs l’erreur de Nietzsche dans son jugement sur le christianisme : il a pris la caricature de la victimisation chrétienne pour la vérité du christianisme.

- Le christianisme ne s’est pas privé d’utiliser massivement la violence à son profit (Ndlr : exemple en 1632 à Genève) et s’est complu dans la chasse aux boucs émissaires à différentes époques de l’histoire.

- Oui, mais il ne faut pas confondre le message avec le messager. Si le messager a souvent corrompu et trahi le christianisme, le message chrétien ne s’est ja mais perdu. Quand Cluny s’oublie, les cisterciens apparaissent. Le processus de réforme est constant. On peut aussi voir l’histoire du christianisme comme une série de progrès qui n’ont pas de précédent dans l’histoire. Je songe notamment aux droits de l’homme.

- On ne cesse de parler aujourd’hui de la crise du religieux. Vous-même évoquez une société devenue massivement antichrétienne. Le christianisme est-il en train de quitter ce monde ?

- Non, le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent.

Propos recueillis par Joëlle Kuntz et Patricia Briel

René Girard, «JE VOIS SATAN TOMBER COMME L’ÉCLAIR», Paris, Grasset, 1999,298 pages.

«Le souci des victimes a unifié le monde»

L’HEBDO, 18 novembre 1999
Culture – Mythes et religions

Dans un livre vertigineux, le penseur René Girard veut démontrer que les Évangiles
constituent avant tout une théorie de l’homme.

Selon l’écrivain français, René Girard, l’intérêt que notre société porte aux victimes
n’a pas d’équivalent dans l’histoire humaine.

Il y a une vingtaine d’années, vous aviez consacré un livre à l’analyse de la révélation chrétienne : «Des choses cachées depuis la fondation du monde». Aujourd’hui, vous publiez «Je vois Satan tomber comme l’éclair» où vous revenez sur le sujet.

Qu’est ce qui vous a conduit à remettre l’ouvrage sur le métier ?

J’ai d’abord voulu dégager une ligne plus directe qui, dans mon livre principal sur le christianisme, était un peu trop obscurcie par les détails. Comme dans un édifice baroque où il y a trop de décorations pour qu’on saisisse la figure d’ensemble. Ensuite, dans ce nouveau livre, j’ai voulu mieux distinguer théologie et anthropologie. Celle-ci n’a jamais réussi à déboucher sur des concepts fondamentaux acceptables pour tout le monde, c’est-à-dire à se constituer en véritable science.

J’entends donc montrer que ce que l’anthropologie n’a pas réussi, la Bible et les Evangiles permettent d’une certaine façon de le faire.

La lecture que vous en proposez défend donc l’idée que les Evangiles constituent avant tout une théorie de l’homme. A vous suivre, ils nous auraient apporté un véritable savoir sur la violence dans les communautés humaines, et ce savoir serait désormais incorporé à l’échelle de l’hu manité entière. Est-ce que nous serions tous chrétiens, même sans le savoir, même en refusant de l’être ?

Nous sommes en effet tous imprégnés de christianisme dans notre savoir de la violence. Lorsqu’on dit «bouc émissaire», dans la langue quotidienne, chacun sent désormais qu’une communauté est capable de se mobiliser tout entière, par contagion mimétique, contre une victime qui n’a rien à voir avec les raisons pour lesquelles on a persécute. Ce savoir-là, les communautés primitives ne le possèdent pas.

La religion archaïque, c’est l’époque où les hommes sont incapables de supprimer leur violence sans violence. Ils ont donc besoin de victimes dans la culpabilité desquelles ils croient. A l’opposé, je défends la thèse que nous sommes entrés, avec le judéo­christianisme, dans un univers qui a une vocation antisacrificielle, non violente. Le christianisme, ce n’est pas du sentiment. C’est une structure des rapports humains qui nous rend beaucoup plus libres parce qu’on n’y trouve pas ces évacuations sacrificielles et ces illusions nous empêchant de voir ce qui se joue sous les rapports humains. Il nous apporte ainsi un degré de conscience qui n’était pas là.

La pierre angulaire sur laquelle repose tout votre travail, depuis «Mensonge romantique et vérité romanesque» qui date de 1961, c’est la notion de «désir mimétique». Comment le définiriez-vous ?

On peut le définir en l’opposant à notre conception du désir individualiste : j’ai mon désir bien à moi et personne ne va m’empêcher de désirer ce que je veux. Ce désir-là, nous avons l’impression qu’il fait partie de notre être. Mais, si c’était vrai, cela voudrait dire que notre désir serait fixe. Qu’il serait donc comme un instinct. Comme un appétit ou un besoin. Par conséquent, il ne serait pas libre. Car la liberté du désir, c’est la liberté de changer d’objet. Et je pense que cette liberté est liée au changement de modèle. Si ce modèle est trop proche de nous, sur le plan culturel, désirer selon lui c’est désirer ses objets. Et vous tombez là sur le dixième commandement de Dieu qui interdit de convoiter la femme, la maison, le serviteur ou le bœuf de son prochain.

Tout ce qui appartient au prochain est, d’une certaine manière, supprimé comme objet du désir. On voit donc ici que le désir vient du prochain. Et on s’oriente vers la notion du désir comme imitation qui apparaît directement dans les Evangiles. Ce qui m’intéressait, c’était de faire le lien entre ces deux choses.

Dans ce nouveau livre, vous entendez démontrer la singularité et la supériorité du christianisme par rapport aux autres uni vers religieux. Vous vous exposez ainsi au reproche d’ethnocentrisme…

En effet. On admet généralement que toutes les civilisations ou cultures devraient être traitées comme si elles étaient identiques. Dans le même sens, il s’agirait de nier des choses qui paraissent pourtant évidentes dans la supériorité du judaïque et du chrétien sur le plan de la victime. Mais c’est dans la loi juive qu’il est dit: tu accueilleras l’étranger car tu as été toi-même exilé, humilié, etc. Et ça, c’est unique.

Je pense qu’on n’en trouvera jamais l’équivalent mythique. On a donc le droit de dire qu’il apparaît là une attitude nouvelle qui est une réflexion sur soi. On est alors quand même très loin des peuples pour qui les limites de l’humanité s’arrêtent aux limites de la tribu.

Historiquement, dans son rapport aux victimes, le monde chrétien s’est longtemps comporté comme une société archaïque …

Oui, c’est vrai, mais il faut distinguer deux choses. Il y a d’abord le texte chrétien qui pénètre lentement dans la conscience des hommes. Et puis il y a la façon dont les hommes l’interprètent. De ce point de vue, il est évident que le Moyen Age n’interprétait pas le christianisme comme nous. Mais nous ne pouvons pas leur en faire le reproche. Pas plus que nous pouvons faire le reproche aux Polynésiens d’avoir été cannibales. Parce que cela fait partie d’un développement historique.

Notre siècle est-il meilleur ? Comment expliquez-vous que le souci des victimes apporté par la révélation évangélique n’ait pas empêché les grands massacres du nazisme ou du communisme ?

Il faut commencer par se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes.

Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence.

Autrement dit, la problématique judaïque et chrétienne est toujours incorporée à nos déviations. Et on s’aperçoit que l’homme est infiniment subtil dans sa façon d’utiliser pour la violence ce qui veut être contre la violence. Mais, s’il est très bien de compatir au sort des malheureux, il faut aussi reconnaître que nous vivons dans la meilleure société que le monde ait jamais connue. Nous connaissons une amélioration du social qui dure depuis le haut Moyen Age. Et notre souci des victimes, pris dans son ensemble comme réalité, n’a pas d’équivalent dans l’histoire des sociétés humaines.

On ne peut donc pas supprimer les possibilités positives de cet univers : nous sommes toujours plus libres, du bien et du mal. C’est ce qui fait que notre époque est loin d’être terne, ennuyeuse ou désenchantée. Elle est à mon avis extraordinairement mouvementée, tragique, émouvante et intéressante à vivre. C’est-à-dire toujours ouverte sur les extrêmes du bien et du mal. Aujourd’hui, l’avenir du monde s’ouvre.

Vous écrivez que l’avènement d’une culture planétaire serait lui-même une conséquence de ce souci des victimes. La mondialisation ne serait donc pas d’essence économique ?

Le souci des victimes a en effet unifié le monde. C’est la même chose qui fait dire que les hommes sont de plus en plus libres et de moins en moins contraints par les frontières. Qu’est-ce qu’une frontière sinon un endroit où, si les gens traversent, on les accueille à coups de fusil. C’est donc un phénomène sacrificiel.

En anthropologue, vous opérez une lecture désacralisante des textes sacrés. Est-­ce que vous n’escamotez pas l’essentiel, à savoir la foi ?

Non, pas du tout. La seule chose que j’essaie de faire, c’est de restaurer la dignité intellectuelle du christianisme. Avoir la foi, cela consiste à dire que c’est une vérité qui vient d’ailleurs. Moi, j’ai la foi et c’est ce que je dis. Mais il n’est pas question de le prouver en écrivant un livre comme celui-ci.

L’HEBDO, 18 novembre 1999, propos recueillis par Michel Audétat

«Je vois Satan tomber comme un éclair», de René Girard, Grasset, 297 pages


Indépendances: Après le Monténégro… Taiwan?

23 mai, 2006

Montenegro_referendum__1

TaiwanIl serait normal non seulement de cesser de répéter à toute occasion que Taiwan est une province chinoise sans tenir compte de l’histoire, mais aussi de soutenir cette Chine démocratique qui fait la démonstration que les valeurs qui sont les nôtres ont leur place dans cette partie du monde. Thérèse Delpech

Symptomatique papier de l’éditorialiste du Figaro ce matin qui, tout en se réjouissant en bon Européen de l’accès du Monténégro à l’indépendance suite au référendum de dimanche, se dépèche d’évoquer… le “risque d’effet-domino” pour les autres pays de la région !

Mais peut-il en être autrement de la part d’enfants gâtés de la liberté (depuis plus de 50 ans et pour l’essentiel sous… parapluie américain !) qui tout récemment encore refusaient ce droit à l’Irak ?

Comme d’ailleurs (et contrairement, par exemple, à la Corée du sud), ils continuent d’en priver le seul territoire chinois réellement démocratique sous prétexte de préserver la fiction de Beijing de la “Chine unique” …

Alors que, comme le montre bien Thérèse Delpech dans son dernier livre, une reconnaissance de Taiwan de la part de la communauté internationale et d’abord de l’Occident provoquerait effectivement une crise diplomatique mais enlèverait justement aux tueurs d’étudiants de Tien An Men, si zélés à rappeler leur attachement au droit international, le prétexte d’une intervention armée !

La France condamne une initiative comme celle du référendum qui peut apparaître comme agressive. Tout ce qui développe les tensions est dangereux, toute initiative qui peut être interprétée par l’une ou l’autre des parties comme agressive est dangereuse pour tout le monde et donc irresponsable.
Chirak

Nous trouvons normal et légitime qu’un pays protège son intégrité territoriale (…) avec les procédures qui sont les siennes. Nous sommes très attachés à la souveraineté des peuples, à l’intégrité territoriale, à des valeurs qui sont des facteurs d’équilibre dans le monde.
JP Raffarien (Interview par la CCTV, à Beijing, le 14 avril 2005)

Extraits:

“Inutile de résister à l’inévitable. L’Europe ne pouvait décemment rejeter les pro-Européens qui ont voté en masse pour l’indépendance et soutenir les nostalgiques de Milosevic qui s’y sont opposés.”

“Plus encore que les Monténégrins, les Kosovars sont les grands bénéficiaires du référendum. Maintenant que leurs voisins voient leur rêve d’indépendance se réaliser, qui osera les priver d’un même destin ? L’argument a du poids. Il ne faudrait pas qu’il se développe sans limites et devienne le moteur d’un effet domino ayant pour effet de balkaniser encore davantage la région. Avec les Serbes de Bosnie et les Albanais de Macédoine, la cohabitation reste fragile et l’unité nationale en péril. Jusque dans le Caucase, les tenants de l’indépendance de l’Abkhazie, de l’Ossétie du Sud ou du Nagorno-Karabakh sont tentés de se prévaloir des exemples monténégrin ou kosovar.”

Monténégro : attention à l’effet domino
Pierre Rousselin
Le Figaro
23 mai 2006


Taiwan sera-t-il l’Alsace-Lorraine du XXIe siècle ? (Thérèse Delpech)

21 mai, 2006
China_ablazeTaiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech (L’Ensauvagement, 2005, p. 83)

Importante remise des pendules à l’heure de Thérèse Delpech dans son dernier ouvrage (“l’Ensauvagement, Le retour de la barbarie au XXIe siècle”) sur l’une des grandes menaces actuelles pour la paix de la planète, à savoir la montée en puissance du nationalisme et du militarisme chinois.

Mais aussi ferme et résolu plaidoyer en faveur de Taiwan, cette Chine démocratique, qui comme Israël au Moyen-Orient, “fait la démonstration que les valeurs (la liberté et la démocratie) qui sont les nôtres ont leur place dans cette partie du monde” et qui aurait selon elle le potentiel d’une… “Alsace-Lorraine du XXIe siècle” !

Et ce face à l’indifférence à peu près totale d’une Europe “enfermée dans le déni de réalité”, “le parti des dirigeants contre le peuple” ou “le choix de l’injustice contre le désordre” et “tentée par une sortie de l’Histoire” …

Rompre le statu quo par une initiative déstabilisatrice, quelle qu’elle soit, y compris un référendum, serait privilégier la division sur l’union. Ce serait une grave erreur. Ce serait prendre une lourde responsabilité pour la stabilité de la région.

Jacques Chirak*, dîner d’Etat en l’honneur de Hu Jintao, Paris, le 26 janvier 2004 (à propos du référendum taiwanais du 20 mars, précédé cinq jours plus tôt, on s’en souvient, de… manoeuvres navales sino-françaises !)

Le XXe siècle n’est pas encore terminé en Asie et ni la guerre froide ni même la Seconde Guerre mondiale n’ont dit leur dernier mot dans cette région.
Thérèse Delpech
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Antiaméricanisme: Ce qui reste du communisme quand on a tout oublié

16 mai, 2006

Sartre_cuba_6
Ramonetcastro_7 Toute idée fausse finit dans le sang, mais il s’agit toujours du sang des autres. C’est ce qui explique que certains de nos philosophes se sentent à l’aise pour dire n’importe quoi. Camus

Que dire du mystère toujours renouvelé de la survivance de l’antiaméricanisme en France et même de son regain depuis quelques années, avec notamment le sommet de la guerre en Irak réussissant le peu banal tour de force de réunir tant l’extrême-gauche d’une Laguiller que l’extrême-droite d’un Le Pen et tout le monde politique entre les deux?

Et si, comme le rappelait il y a quelques années l’historien Michel Winock, c’était du côté des communistes qu’il fallait aller chercher? Eux qui pendant toute la guerre froide en ont en quelque sorte “constitué le corpus”: ces “centaines de manifestations”, ces “milliers de pages”, ces “millions de mots qui l’ont nourri”. Et si l’antiaméricanisme, c’était au fond… “ce qui reste du communisme quand on a tout oublié” ?

Autrement dit que, comme pour la culture, tout ne serait donc non dans l’Amérique elle-même mais dans le rapport à l’Amérique. Comme le rappelait encore tout récemment Guy Sorman, “la critique des États-Unis ne serait ainsi déterminée non par ce que les Américains font mais par ce qu’ils sont”. Ce qui expliquerait aujourd’hui comme hier l’apparente étrangeté de ces batailles à fronts renversés où c’est la droite qui apparait progressiste et prête à défendre les libertés quand la gauche se complait dans la défense la plus conservatrice du statu quo et des dictateurs.

Et pourquoi à 50 ans d’intervalle, un Ramonet (accessoirement patron du Monde diplodocus) peut se retrouver tout sourire auprès d’un Castro (dont il vient d’écrire l’hagiographie), comme avant lui au côté d’un Guevara, un certain … Sartre ! Ou la figure du monstre peut prendre la forme d’un Ridgway comme d’un… Bush !

D’où l’intérêt de revenir sur une partie de ce corpus justement (y compris quelques rares mea culpa et d’encore plus rares critiques ou auto-critiques) dont nous continuons apparemment et souvent inconsciemment, à hériter et qui continue à parler à travers nous.

1)”On ne saura jamais ce que la peur de ne pas paraître à gauche aura fait commettre de lâchetés à nos Français.” “‘Avoir la paix’, le grand mot de toutes les lâchetés civiques et intellectuelles.” Péguy

2) O grand Staline, ô chef des peuples Toi qui fais naître l’homme Toi qui fécondes la terre Toi qui rajeunis les siècles Toi qui fais fleurir le printemps Toi qui fais vibrer les cordes musicales Toi splendeur de mon printemps, toi Soleil reflété par les milliers de coeurs.
Aragon

3) “Dans les années où la peinture était systématiquement détruite en URSS et dans les démocraties Pops, vous prêtiez votre nom aux manifestes qui glorifiaient le régime de Staline (…). Votre poids pesait dans la balance et ôtait de l’espoir à ceux qui, à l’Est, ne voulaient pas se soumettre à l’absurde. Personne ne peut dire quelles conséquences aurait pu avoir votre protestation catégorique à tous (…) contre le procès de Rajk, par exemple. Si votre appui donné à la terreur comptait, votre indignation aurait compté aussi”. Czeslaw Milosz, “Lettre ouverte à Pablo Picasso”, 1956

4) “L’intoxication qui, grâce à la vente publique de leur drogue, s’est répandue dans le monde entier, notamment dans les milieux universitaires européens, a été plus profonde et destructrice qu’on ne pouvait le prévoir (…).

Aujourd’hui, dans une Afrique où le terrorisme idéologique est passé des mots à la réalité quotidienne, il est permis de penser que ces doctrines troubles, parées de prophéties, ont été, au moins partiellement, co-responsables du sang versé. Les adversaires d’Aron avaient loué la révolution sans la moindre critique, avec toutes ses conséquences atroces, là où elle avait eu lieu, de la Russie de Lénine et Staline à la Chine de Mao. Ils avaient plaidé pour une révolution impossible là où elle n’avait pas encore eu lieu. Ils avaient injecté dans les jeunes générations le culte de la plaisanterie, ils avaient promis des choses extraordinaires, suscité de trop grands espoirs suivis de déceptions de plus en plus pathologiques à cause de l’attente excessivement longue. Ils constituent un exemple du pouvoir homicide de la parole. D’admirateurs de la terreur d’Etat en Russie, ils sont devenus les précurseurs involontaires, mais non moins coupables, de la terreur d’opposition en Afrique”. Enzo Bettiza, préface de la réédition italienne de “L’opium des intellectuels”, 1979

5)”‘Le Nouvel Observateur’ et ‘Le Monde’ exercent une influence considérable sur les intellectuels du tiers monde. En prenant position comme collaborateur du Monde, je ne pense pas avoir poussé beaucoup de paysans cambodgiens à la révolte, mais j’ai pu lancer des intellectuels khmers sur une piste sanglante. Si j’ai écrit ce livre, ce n’est pas pour me faire pardonner mais pour appliquer un contre-poison à ce peuple empoisonné et lui faire prendre une tasse de lait après l’arsenic que j’ai contribué à lui administrer (…).

Pour le Vietnam, je plaide coupable. Je m’accuse d’avoir pratiqué une information sélective en dissimulant le caractère stalinien du régime nord-vietnamien (…) Je subissais l’influence écrasante de Sartre qui voyait dans toute critique de fond de la Russie soviétique une arme offerte aux réactionnaires et aux Américains. “Il ne fallait pas désespérer Billancourt”. Pendant vingt ans, j’ai participé à cette scandaleuse timidité à l’égard de la Russie communiste, que je considérais comme la capitale de la gauche et de la révolution mondiale” Jean Lacouture, “Valeurs Actuelles”, 13 novembre 1978

6) “Nous avons contribué à promouvoir la plaisanterie comme seule arme de vengeance. Malheureux, on nous a cru et cela a abouti à des dictatures.” Mario Varga Llosa, “Le Monde”, 31 janvier 1992

7) “Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande. (…) Et je ne parle pas ici de cette élite que furent les vrais Résistants, mais de tous les Français qui, à toute heure du jour et de la nuit, pendant quatre ans, ont dit non.” Sartre, Les Lettres françaises, septembre 1944

“On regrette l’indifférence d’un Balzac d’avant les journées de 1848, l’incompréhension apeurée d’un Flaubert en face de la Commune ; on les regrette pour eux : il y a là quelque chose qu’ils ont manqué pour toujours. Nous ne voulons rien manquer de notre temps.” Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?, 1947

“Un anticommuniste est un chien, je ne sors pas de là, je n’en sortirai plus jamais.” Sartre, 8 – “Situations”, IV, 1961

“Nous crions d’un bout à l’autre de l’Afrique : Attention, l’Amérique a la rage. Tranchons tous les liens qui nous rattachent à elle, sinons nous serons à notre tour mordus et enragés.” Sartre, après l’exécution des espions Rosenberg, Libération, 22 juin 1953

“La liberté de critique est totale en URSS et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d’une société en progression continuelle.” Sartre, de retour d’URSS, Libération, 1954

“La dénonciation publique et solennelle, l’exposition détaillée de tous les crimes d’un personnage sacré qui a représenté si longtemps le régime est une folie quand une telle franchise n’est pas rendue possible par une élévation préalable et considérable du niveau de vie de la population.” Sartre, sur le rapport Krouchtchev, 1956

“Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre.” Sartre, préface des “Damnés de la terre” de Franz Fanon, 1961

“Les Vietnamiens se battent pour tous les hommes, et les forces américaines contre tous.” Sartre, Situations VIII, 1971

“Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une maison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué.” Sartre, “Actuel”, 28 février 1973

“J’ai menti. Enfin ‘menti’ est un bien grand mot. J’ai dit des choses aimables sur l’URSS que je ne pensais pas. Je l’ai fait d’une part parce que j’estimais que, quand on vient d’être invité par des gens, on ne peut pas verser de la merde sur eux à peine rentré chez soi, et d’autre part parce que je ne savais pas bien où j’en étais par rapport à l’URSS et par rapport à mes propres idées. (…) Je ne savais pas qu’ils [les camps] existaient encore après la mort de Staline, ni surtout ce qu’était le Goulag.” Sartre, Le Nouvel Observateur, 1975

8) “L’adversaire de l’URSS use d’un sophisme quand, soulignant la part de plaisanterie criminelle assumée par la musique stalinienne, il néglige de la confronter avec les fins poursuivies… Sans doute, les épurations, les déportations, les abus de l’Occupation, la dictature policière, dépassent en importance les plaisanteries exercées dans aucun autre pays (…). Mais les considérations quantitatives sont insuffisantes (…). On ne peut juger un moyen sans la fin qui lui donne son sens. Le lynchage est un mal absolu, il représente la survivance d’une civilisation périmée. C’est une faute sans justification, sans excuse. Supprimer cent oppositionnels, c’est sûrement un scandale, mais il se peut qu’il ait un sens, une raison… peut-être représente-t-elle seulement cette part nécessaire d’échec que comporte toute construction positive.” Simone de Beauvoir, “Les Temps modernes”, octobre 1946

“Les camps soviétiques, c’était vraiment des centres de rééducation, une exploitation modérée, un régime libéral, des théâtres, des bibliothèques, des causeries, des relations familières, presque amicales, entre les responsables et les détenus”. Simone de Beauvoir, 1963

9) “Montreuil n’est qu’un vaste camp de concentration, un camp diffus de concentrationnaires, qui se crut libéré en 36, pris en 45, et qui vit le cercle des barbelés se refermer, les postes de garde réoccupés et, derrière eux, l’invisible armée de puissances sociales reprendre, silencieusement, position après position.” Emmanuel Mounier, “Esprit”, février 1950

10) “La dénonciation des camps de concentration soviétiques ne hâte pas d’une seule minute la libération des déportés, mais peut dans un certain contexte, aggraver la tension entre les blocs qui tend à perpétuer l’existence des camps et les souffrances des déportés. Dénoncer au contraire sans relâche l’invengeance bonheur en France peut aider dans une certaine parole à y mettre fin.” Maurice Duverger, Le Monde, 1955

11) “La CIA est beaucoup plus dangereuse pour les gens parce qu’elle est beaucoup plus difficile à contrôler (…). Il est également bien connu que la CIA a essayé d’assassiner des dirigeants d’Etats étrangers. En revanche, personne ne peut reprocher au KGB d’avoir participé, hier ou aujourd’hui, à des actions de ce type.” Gilles Perrault, commentaire d’un documentaire de 1989 sur le KGB, “Le Monde” du 16 mars 1991

12) “L’adhésion au communisme montre une disposition évidente à être attentif à la souffrance.” L’Abbé Pierre, “L’Humanité”

13) “Ils ont ici des tirages fabuleux. Ici la culture est considérable. C’est une des choses qui me frappe le plus. C’est incroyable la diffusion de la culture par rapport à chez nous. Chez nous, nous avons peut-être une culture de création, mais nous n’avons pas une culture de consommation comme ici”. Hervé Bazin, “L’Humanité”, 30 juin 1980

14) “Les intellectuels d’Afrique de l’Est peuvent, sans trahir leur éthique et leur idéal, considérer que l’alliance avec l’Union soviétique est, dans son principe même, nécessaire à leur sécurité et que le choix du socialisme est, également dans son principe, compatible avec la liberté intellectuelle.” Jacques Rigaud, 1975 (énarque, directeur de cabinet de plusieurs chef suprêmes Druon, Duhamel, alors Sous-directeur général de l’UNESCO, actuel PDG de RTL)

15) “Même avec le pacte germano-soviétique, même avec cette trahison, il est évident que le socialisme soviétique était la bouée de sauvetage, et la seule pour nous préserver de l’horreur qui nous envahissait. Le Parti communiste dans les années 40-50, c’était l’unique point géographique où se situer (…). Je n’aime pas beaucoup tous ces dissidents du PC qui sont devenus des réactionnaires forcenés.” Michel Piccoli,”L’Unité”, 28 octobre 1983

Source (principale):

Intellectuels : la trahison des clercs
Olivier Drapé


Bourbiers: Roosevelt aussi! (The European and Japanese quagmires)

15 mai, 2006

1931disaster_6Retrouvé sur le Net, ce saisissant reportage sur les bourbiers de Roosevelt …

The Present Debacle
Victor Davis Hanson

May 21, 1945 — After the debacles of February and March at Iwo Jima, and now the ongoing quagmire on Okinawa, we are asked to accept recent losses that are reaching 20,000 dead brave American soldiers and yet another 50,000 wounded in these near criminally incompetent campaigns euphemistically dubbed “island hopping.”

Meanwhile, we are no closer to victory over Japan. Instead, we are hearing of secret plans of invasion of the Japanese mainland slated for 1946 or even 1947 that may well make Okinawa seem like a cake walk and cost us a million casualties and perhaps involve a half-century of occupation. The extent of the current Kamikaze threat, once written off as the work of a “bunch of dead-enders,” was totally unforeseen, even though such suicidal zealots are in the process of inflicting the worst casualties on the U.S. Navy in its entire history.

Worse still, our sources in the intelligence community speak of a billion-dollar boondoggle now underway in the American southwest. This improbable “super-weapon” (with the patently absurd name “Manhattan Project” — in the midst of a desert no less!) promises in one fell swoop to erase our mistakes and give us instant deliverance from our blunders — no concern, of course, for the thousands of innocents who would be vaporized if such a monstrous fantasy bomb were ever actually to work.

We are only now coming off even more terrible losses in Europe, after being surprised by a supposedly defeated enemy in the Ardennes where another 20,000 Americans were killed and another 60,000 wounded or missing — again, due to our continued strategic incompetence and abject intelligence failures. Macabre reports of American bazooka shells bouncing off German Tiger tanks and our Shermans ablaze like Ronson lighters have only now come to light as we plow the Belgium countryside for yet another new American war cemetery. Tragically, this is not the first, but the fourth year of this war, when victory rather than endless bloodshed has been long promised.

A number of issues arise. Why is Henry Stimson (“Gentlemen do not read each other’s mail”) still Secretary of War? After the debacles at Pearl Harbor, the Philippines tragedy, the Kasserine Pass disaster, the unforeseen bocage in Normandy, the Falaise Gap escape, the Anzio mess, the fatal detour to Rome, the surprise at the Bulge, the bloodbath at Tarawa, and now the Iwo Jima and Okinawa nightmares, is not five years of his incompetence and arrogance enough? A number of our retired generals seems to agree, who have recently bravely come forward to remind us that Sec. Stimson long ago tried to dismantle key elements of our intelligence services, attempted to curtail the operational command of our Army Air Corps generals in conducting bombings of Europe, and has on more than one occasion intervened to remove targets from Gen. LeMay’s campaign over Japan.

As we see thousands of Americans dying and our enemies still in power after four years of war, it is also legitimate to question the stewardship of Army Chief of Staff Gen. George Marshall. The Sherman tank tragedy, the daylight bombing fiasco, the absence of even minimally suitable anti-tank weapons and torpedoes — all these lapses came on his watch, and the man at the top must take full responsibility for mistakes that have now cost thousands of American lives. Indeed, it is not just that America has worse tanks and guns than our German enemies, but they are inferior even to the rockets and armor of our Soviet allies. The recent publication of “The Sherman Tank Scandal” follows other revelations published in “Asleep at the Philippines,” “The Flight of Gen. MacArthur,” “Gen. Patton and the Atrocities on Sicily,” “Do Americans Execute P.O.Ws?” “Torture on Guadalcanal,” “Incinerating Women and Children?” and “Civilian Massacres in Germany” — publications in their totality that suggest a military out of control as often as it is incompetent.

Such problems start at the top. It is not out of “Roosevelt hating,” but out of the need for truth that requires this paper to remind the American people that Mr. Roosevelt, in whose hands our collective fate lies, has been untruthful to his wife about his liaisons, untruthful to the American people about the extent of his crippling illness, and thus, not surprisingly, untruthful to the United States Congress about the extent of our prewar involvement with the British Empire in its European war and the secret nature of our present commitments.

Recently we have learned that President Roosevelt, the former law school dropout, once again has violated basic freedoms enshrined in our Constitution. Supposed German suspects were subject to military tribunals, tried in secret, and then executed. Tens of thousands of Italians, Germans, and Japanese war-captives are detained in hundreds of American prison compounds, without charges and often in secret. How many were truly captured in uniform, and under what conditions, is never disclosed.

Unfortunately this violation of American values comes not in isolation, but on the heels of the unlawful internment of thousands of American citizens in Western concentration camps, the cover-up of the Cobra disaster in Normandy and the criminally negligent killing of General McNair, and still more rumors that hundreds of American soldiers perished in secret in training exercises on the eve of the Normandy invasion. Yet, the American people to this day have no precise idea how many of their enlisted men and officers have been killed, much less where they perished or how.

Indeed, what little we know comes to light only due to the brave efforts of a few unnamed operatives in the Office of Strategic Services who have in secret provided such information concerning patently illegal activities to the responsible news organizations.

Yet even this government’s propaganda efforts ring hallow, as we noticed with the recently released film footage purportedly showing Adolph Hitler incompetently handling a Colt .45 revolver. In fact, such a weapon, little known in Germany, is hard to load and shoot, especially the early model that the Fuhrer was shown trying to fire. To be fair, his apparent unease is not necessarily proof that Mr. Hitler was unfamiliar with firearms, much less fraudulent in his demonstration of military experience.

Remember as well that these clandestine transgressions of this administration follow a long record of constitutional disrespect — whether trying to pack the Supreme Court with compliant justices, unilaterally turning over our destroyers to the United Kingdom, or, well before Pearl Harbor, ordering, by fiat, attacks on the high seas against German submarines. Such abuses of presidential authority, characterized by intrigue with British agents and unauthorized spying on foreign nationals, go a long way in explaining the German decision to declare war against us on December 8, 1941, presenting the United States with the present catastrophe of a two-front conflict.

We can envision that when this lamentable war is over, fought with such malfeasance, the real heroes will not be Gen. Marshall, Secretary Stimson, or yes-men like Gen Eisenhower, but courageous mavericks such as a Charles Lindbergh or Senator Robert Taft, who long ago warned us that we were provoking an unnecessary war, one that, as they feared, was subsequently to be waged barbarically and yet incompetently at the same time.

The final irony is that we may well end up friendlier with our current fascist enemies than with our Communist allies. It is not hard to envision a policy looming on the horizon that soon coddles Hitler’s current friend Gen. Franco, while opposing his dire enemy Joseph Stalin. We have it on good authority that already there are postwar contingency plans to train and reform the Japanese and German militaries to serve as a bulwark against a Communist Soviet Union and a soon to be Communist China, as America readies for yet another war, one that may last not five, but 50 years. How ironic that a struggle that started out in 1939 to ensure a free Eastern Europe and China may well end up, at best, guaranteeing their enslavement to totalitarians every bit as cruel as Hitler and Tojo.

Citizens should not have to look to our actors and intellectuals for answers, but, in the absence of political accountability, they often do. After the release of The True Story of the B-17 Slaughter, Gary Cooper thankfully came forward to remind us how President Roosevelt took us into a British war that we were utterly unprepared for. Next look for Coop’s recently completed and powerful American Gestapo this fall. Likewise, Jimmy Stewart remarked from the front lines above Germany (so unlike our president, who failed to serve in any of America’s past wars) that it is hard to know who the real enemy is after we have bombed the children of Hamburg. And Clark Gable is currently preparing a documentary on the Pacific theater, 12/7, that outlines the racist nature of that campaign that seeks the extermination of all the living Japanese we encounter.

Finally, we welcome the upcoming courageous anthology edited by John Steinbeck, Ernest Hemingway, and William Faulkner, Worse Than Our Enemies?, that charts the near criminal direction of American foreign policy under this administration’s plans of total and endless war, of preparing for a new imperial conflict against the Soviet Union before the current one with Germany and Japan is even over. It is in this context that the venerable John Ford recently resigned from the Navy, and instead will produce a series of films Why We Shouldn’t Fight that will reveal what was really behind this needless campaign of annihilation against the Japanese.


Histoire: Jamais le prestige de l’Amérique n’a été aussi bas (Never has American prestige been lower)

14 mai, 2006
Life_1Jamais le prestige de l’Amérique n’a été aussi bas en Europe. Les gens n’arrêtent pas de se plaindre de l’ignorance et de la brutalité des troupes américaines, de notre méconnaissance des conditions en Europe. Ils nous disent que notre dénazification systématique en Allemagne produit des résultats opposés à ceux que nous avions prévus. Nous avons balayé l’hitlérisme, mais beaucoup d’Européens estiment que le remède est bien pire que le mal. John Dos Passos (Life, le 7 janvier 1946)

Suite à la récente célébration de la victoire sur le nazisme et à notre série sur l’anti-américanisme français, comment ne pas évoquer le fameux article sur l’Europe récemment libérée qu’avait commandé Life magazine au grand romancier américain (et légendaire ex-compagnon de route) John Dos Passos ?

Toute ressemblance avec des évènements actuels ou récents (l’intervention alliée en Irak par exemple !) étant naturellement purement fortuite …

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Anti-américanisme: Quelle libération de l’Europe! (A creeping historical revisionism)

14 mai, 2006

Face_cache_gis_1Belle analyse de l’anti-américanisme (évoqué dans notre avant-dernier billet sur les auteurs de manuels scolaires français) par John Rosenthal sur le blog Transatlantic Intelligencer (merci Erik), à travers le documentaire diffusé en mars dernier par France 3 (“La Face cachée des libérateurs”, inspirée du livre de J. Robert Lilly) sur les viols commis par les troupes américaines au moment de la libération de l’Europe et dont nous avions aussi parlé dans un précédent billet.

Belle analyse parce qu’elle met bien à jour ce en quoi ce film constitue un symptome d’un phénomène plus large qui est celui de la montée et de la banalisation de l’anti-américanisme ces dernières années en Europe occidentale.

Mais aussi parce qu’elle démonte parfaitement les méthodes de cette nouvelle génération de documentaristes, qui, à l’instar d’un Michael Moore, est en train de transformer le genre dans le sens d’une simplification et d’une distortion systématiques contre l’ennemi du moment, à savoir l’impérialisme américain.

En un mot, démocratisation oblige et pour le meilleur et hélas souvent pour le pire, les anathèmes d’un Sartre ou les imprécations d’un Godard sont maintenant… à la portée du premier venu!

Whereas such open revisionism concerning the role of the US in the liberation of Europe has hitherto been largely limited to “leftist” intellectual circles — as well, of course, as neo-Nazi ones (who on this, like so many other points, are essentially indistinguishable from the former) — in France it has now decidedly hit the mainstream.

D-Day for Revisionists
John Rosenthal
TCS
06 Apr 2006

On June 6, 2004, the 60th anniversary of D-Day, French President Jacques Chirac stood before hundreds of American veterans of the Allied invasion of Normandy at the American Cemetery at Colleville-Sur-Mer, where their fallen comrades are buried. Chirac pledged to the veterans that France had not forgotten their sacrifices. “To the entire American nation,” he said, “…to all those men and women who paid the heavy price of those heroic days, I want to address the message of France: a message of friendship and brotherhood, of recognition and gratitude.”

And he continued: “Having experienced the long ordeal of war and occupation, France is aware of all it owes to the United States of America, to the commitment of President Roosevelt, to the actions of General Eisenhower. Each of us, every family in France, cherishes the memory of those moments of joy that followed the D-Day landings.”

Next up at the podium was President George W. Bush, who, recounting the course of events 60 years before, added a characteristic touch of levity to the ceremony:

Near the village of Colleville, a young woman on a bicycle raced to her parents’ farmhouse. She was worried for their safety. Seeing the shattered windows and partially caved-in roof, Anne Marie Broeckx called for her parents. As they came out of the damaged house, her father shouted, ‘My daughter, this is a great day for France.’ As it turned out, it was a great day for Anne Marie, as well. The liberating force of D-Day included the young American soldier she would marry, an Army private who was fighting a half a mile away on Omaha Beach. It was another fine moment in Franco-American relations.

The reassuring words of the French head of state and the good cheer of the American chief executive were well-suited to the occasion. But they covered up a grimmer, more troubling reality: namely, a creeping historical revisionism that is part and parcel of the wave of anti-Americanism that has swept across Europe over the last five years. The Europe-wide dissemination of a book titled The Myth of the Good War: America and the Second World War provides some measure of the extent of the phenomenon. It has thus far been translated — and always with the same title — into German, English, Spanish, Italian, and French, apart from the original Dutch edition.

Whereas such open revisionism concerning the role of the US in the liberation of Europe has hitherto been largely limited to “leftist” intellectual circles — as well, of course, as neo-Nazi ones (who on this, like so many other points, are essentially indistinguishable from the former) — in France it has now decidedly hit the mainstream. On Friday evening, March 24, French public television channel France 3 broadcast an hour-long documentary titled “The Dark Side of the Liberators.” Morbidly turning the cheerfulness of George Bush’s anecdote to derision, “The Dark Side” is about what it presents as the mass rape of French women by American troops in the aftermath of the Normandy operation. Rapes of English women by American soldiers stationed in the UK prior to the launch and then of German women, following the American crossing of the Rhine, are added into the mix — seemingly in order to arrive at a more impressive number of cases — as preamble and coda.

With swing music in the background, and stock footage of the liberation — the joyous celebrations of GIs and French civilians intermingled — flashing across the screen, the voice-over begins:

Normandy, June 1944. Filmed by the most famous Hollywood directors…, carefully selected by the cinematographic services of the US Army, these images of the American liberators legitimate a fervor long inscribed in the collective memory. …One likes these soldiers, one admires them, one adores them. Heroic literature and films have immortalized the idyllic representation of the sons of the world’s largest democracy come to liberate Europe from totalitarianism.

Then the music changes, the upbeat swing giving way to an ominous, funereal march. “These images speak the truth,” the voice-over allows, “but not the whole truth. “In what follows, “The Dark Side of the Liberators” does its part to dampen the grateful “fervor long inscribed in the collective memory” — or even to transform it into hate.

The narration talks of “atrocities committed”: a formula that would usually imply that the acts in question were sanctioned by the military hierarchy and hence not a matter of simple crimes. A French historian interviewed for the film describes the American troops stationed in Cherbourg tenderly as “a veritable army of termites”: “People are fed up. After a while, the French civilians can no longer accept that the Americans act like they’re in a conquered land.” German women are said to be subject to a “paroxysm of violence” even “exceeding that inflicted on the English and French.”

The individual cases discussed are apparently true. They are, after all, based on US court martial records from the time — a fact that reveals that these are not, after all, a matter of “atrocities” in the usual sense of the term, but rather of crimes that were immediately recognized and prosecuted as such by US military authorities. The records were “uncovered” by an American academic by the name of J. Robert Lilly. Lilly is the hero of “The Dark Side of the Liberators”. Among other reasons, this is because he found a French publisher for his book on the subject that no American publisher had been interested in bringing out. He is frequently seen in the film studiously pondering American military files — a repeated image clearly meant to underscore his scholarly seriousness — or posing embarrassing questions in a slow, deliberate English to an elderly French woman who gamely admits to having been one of the victims indicated in the records.

But the issue, of course, is why do these sad cases merit such a sensationalized documentary treatment — the film, in its own terms, tells a “story made of blood, sperm and tears” — and why precisely now? The number of cases cited is based entirely on Lilly’s say-so and his remarks leave no doubt that he is making extrapolations — based on what calculus, the viewer is not told — from the actual evidence. Even supposing the figures given — some 3,500 “crimes” (both rapes and murders) for France and some “17,000 or 18,000″ in all — are not inflated, they are, regrettably, hardly exceptional in the annals of warfare or even in those of WWII.

The narrator darkly repeats the number of 11,500 such crimes for Germany, rendered still more macabre by the fact that the victims are described as “women and children”. But only seconds latter — in an alibi-making flourish with which the film concludes — she notes that French occupation forces in the single German town of Stuttgart are supposed to have been implicated in more than a thousand rape cases and that the Red Army during the Second World War “was responsible for several hundred thousand” sexual crimes. (The latter number is presumably based on the claims of German filmmaker Helke Sander, whose highly controversial 1992 documentary on alleged crimes of the Red Army in Germany, “Liberators Take Liberties”, seems indeed to have been the inspiration for “The Dark Side of the Liberators”.) Why not, then, a film on the phenomenon in general?

The narrator also mentions that “the German army” was guilty of “mass rapes” throughout Europe. Curiously, however, unlike for the three Allied nations, no specific numerical estimate or range is given — as if the inclusion of the crimes of Nazi Germany was an afterthought or a matter of obligation. The very gesture of inserting the Nazi crimes — and relatively inconspicuously to boot — among the others, only serves to underscore the revisionist implications of the entire exercise. Were the liberators, then, no better than the conquerors? Maybe worse?

For good measure — and even though it works somewhat at cross-purposes to the principal charge of the film — “The Dark Side of the Liberators” manages also to find the opportunity to accuse the American army of racism. It seems that a disproportionate number of black soldiers were implicated in the cases documented in the Army records. Lilly appears to take the documentary evidence at face value. The French directors, however, know better. The anomaly is surely the result of the fact that “the judges, prosecutors, and even the defense attorneys were all white in a culturally racist Army.” The brief appearance in the film of a gravestone with the charming epitaph “Killed by the Blacks” ["Tué par les Noirs"] gives rise, however, to no similar interrogations about the attitudes of the local French population.

John Rosenthal’s writings on international politics have appeared in Policy Review, the Opinion Journal, Les Temps Modernes and Merkur. He is the editor of the Transatlantic Intelligencer (www.trans-int.com).


Universités françaises: A 200 euros, t’as plus rien! (French high ed: Last one out, turn off the lights)

13 mai, 2006
Student_demos_1L’université est un service public. C’est l’Etat qui doit payer. (Etudiant de Nanterre)
Les études sont un droit, pas un privilège. (Affiche étudiante)

Dévastateur constat, avec l’avantage du regard éloigné, du NYT d’hier sur le triste état de ce qui nous sert actuellement d’universités. Mais aussi sur le refus de toute réforme ainsi que le manque de conscience et de responsabilité* (sans parler de respect ou de… fierté !) de la part notamment des premières victimes du système, les étudiants eux-mêmes:

32,000 students at the Nanterre campus of the University of Paris, but no student center, no bookstore, no student-run newspaper, no freshman orientation, no corporate recruiting system. The 480,000-volume central library is open only 10 hours a day, closed on Sundays and holidays. Only 30 of the library’s 100 computers have Internet access.

When the government proposed a reform in 2003 to streamline curriculums and budgets by allowing each university more flexibility and independence, students and professors rebelled.

While students are ready to protest against something they dislike, there is little sense of belonging or pride in one’s surroundings. During the recent protests over the contested labor law, that attitude of alienation contributed to the destruction of property, even computers and books, at some universities.

A croire que les Français n’ont que ce qu’ils méritent, eux qui insistent pour avoir une éducation gratuite ou du moins… bon marché?

Sauf bien sûr pour les enfants de leurs élites et leurs grandes écoles qui, pour 4% des effectifs (garantis les meilleurs boulots et… payés en plus PENDANT leurs études !), absorbent… 30% des fonds publics!

Un autre exemple, comme pour le reste, de Billancourt subventionnant… Neuilly ?

* Manque de conscience et de responsabilité qui n’hésite pas à l’occasion à basculer dans la pure et simple fraude, comme le révèle aujourd’hui le Figaro (merci Lagrette) avec ce détournement apparemment systématique des inscriptions (“étudiants fantômes”) pour obtenir toutes sortes d’avantages (stages, sécurité sociale étudiante, mutuelle, réductions transport en commun, billets d’avion, cinéma,… coiffeur !) où tout le monde semble y trouver son compte: universités pour leur dotation de l’Etat (150 euros par étudiant) ou entreprises accros aux stages. Sauf bien sûr… la Sécurité sociale et l’État (mais le sujet est “sensible” – 10-20% en lettres ? – et donc on n’en parle pas !), sans compter la réputation de l’université elle-même !

Ultime confirmation donc (même s’il y a bien évidemment aussi ailleurs – et d’autant plus avec l’avènement de l’internet – des trafics de fausses cartes d’étudiants) de la “pourriture du système”, comme le déclare un président d’université, où non-contrôle d’assiduité aux cours (trop scolaire ou répressif !) et frais d’inscription dérisoires (au nom de la sacro-sainte et largement formelle… EGALITÉ !) se combinent pour ouvrir la porte à toutes les dérives …

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