Géostratégie: Pour un néo-impérialisme ou néo-colonialisme humanitaires (For a new imperialism)

26 février, 2006

Les empires du futur sont les empires de l’esprit. Churchill
Le défi du monde post-moderne est de s’habituer à l’idée de deux poids deux mesures. Entre nous, nous fonctionnons sur la base de lois et du principe de la sécurité ouverte et coopérative. Mais dans nos rapports avec des types d’Etat moins avancés en dehors du continent post-moderne de l’Europe, nous devons revenir aux méthodes moins policées de jadis – la force, l’attaque préemptive, la dissimulation, tout ce qui peut être nécessaire pour traiter avec ceux qui vivent toujours dans le monde du XIXe monde du chacun pour soi. Entre nous, nous respectons la loi mais quand nous sommes confrontés à la jungle, il nous faut à notre tour employer les lois de la jungle. Robert Cooper

A l’approche du troisième anniversaire de l’Opération Liberté pour l’Irak qui a tant divisé la communauté internationale et surtout l’Occident, retour sur un texte important qui aide à mieux comprendre la pensée à l’époque de Tony Blair.

Il s’agit des stimulantes réflexions d’un ancien conseiller du Premier Ministre britannique, qui, tirant il y a quatre ans les conséquences de l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 avec la tranquille décontraction que permet le légendaire pragmatisme anglo-saxon, avait le mérite de mettre le doigt sur des réalités que n’ose à peine imaginer – et encore moins penser -, sur le Continent, le discours PC habituel de nos théologiens du tout-assistanat.

A savoir que le temps est bien révolu où on pouvait se cacher derrière ses frontières et, qu’on le veuille ou non, on est condamnés à un impérialisme (ou un néo-colonialisme) à la fois défensif et humanitaire.

Mais ce néo-impérialisme ou ce néo-colonialisme que l’auteur appelle de ses voeux et qui a été et est toujours l’objet de tant de critiques des milieux de gauche ou du fameux « Camp de la paix », est-il autre chose, comme l’auteur le dit lui-même, que l’explicitation de ce que l’Europe est (sans le dire ou bien le savoir) en train de faire depuis maintenant dix ans dans un pays comme le Kosovo?

Sans parler de l’expansionnisme, pacifique mais historiquement sans précédent, de cette même Union européenne, que certains se verraient bien étendre jusqu’à la Turquie et au Maghreb!

Mais surtout les propositions de Cooper n’ouvrent-elles pas là la perspective de ce que pourrait être une véritable « politique africaine » digne de ce nom au lieu de la méprisable caricature que depuis plus de quarante ans nous présente – et à nouveau sans le dire et donc sans le penser véritablement – un pays comme la France … ?

Morceaux choisis (traduits au babelfish):

Dans la période prolongée de la paix en Europe, il y a eu une tentation de négliger nos défenses, physiques et psychologiques. Ceci représente un des grands dangers de l’Etat post-moderne.

Le défi posé par le monde pré-moderne est nouveau. Le monde pré-moderne est un monde d’Etats défaillants. Ici l’Etat ne remplit plus le critère de Weber, à savoir la détention du monopole de l’utilisation de la force légitime. Soit il a perdu la légitimité, soit il a perdu le monopole de l’utilisation de la force; souvent les deux vont ensemble. Les exemples de l’effondrement total sont relativement rares, mais le nombre de pays en danger ne cesse de s’accroître. Certaines régions de l’ex-Union Soviétique sont des candidats, y compris la Tchéchenie. Toutes les principales régions productrices de drogue du monde font partie du monde pré-moderne. Jusqu’à récemment il n’y avait aucune réelle autorité souveraine en Afghanistan; ni dans les zones reculées de la Birmanie ou dans certaines régions de l’Amérique du sud, où les barons de la drogue menacent le monopole d’Etat de la force. Dans toute l’Afrique il y a des pays en danger. Aucune région du monde n’est épargnée. Dans de telles régions, le chaos est la norme et la guerre est devenue un mode de vie. Et même quand il y a un gouvernement, il fonctionne à la manière du crime organisé.

L’Etat prémoderne peut être trop faible même pour controler son propre territoire et encore moins pour constituer une menace sur le plan international, mais il peut fournir une base pour des acteurs non-étatiques qui peuvent représenter un danger pour le monde post-moderne. S’il devient trop dangereux pour que les Etats établis les tolèrent, il est possible d’imaginer un impérialisme défensif. S’impliquer dans une zone de chaos est risqué; si l’intervention est prolongée elle peut devenir insoutenable devant l’opinion publique; si l’intervention est non réussie, elle peut être préjudiciable au gouvernement qui l’a mandatée. Mais les risques de laisser des pays se décomposer, comme l’Occident l’a fait pour l’Afghanistan, peuvent être encore plus grands.

C’est précisément en raison de la mort de l’impérialisme que nous voyons l’apparition du monde pré-moderne. Aujourd’hui, il n’y a aucune puissance coloniale qui accepte de s’atteler à cette tâche, bien que les occasions, peut-être même le besoin de colonisation, soient aussi grands qu’ils ne l’ont jamais été au XIXe siècle. Ceux qui sont abandonnés sur le bord de la route de l’économie globalisée risquent de tomber dans un cercle vicieux. Qui dit gouvernement faible dit désordre et chute des investissements. Dans les années 50, la Corée du sud avait un PNB par habitant inférieur à celui de la Zambie: la première a intégré l’économie mondiale, l’autre pas.

L’impérialisme post-moderne prend deux formes. D’abord il y a l’impérialisme volontaire de l’économie globale. Celui-ci est habituellement appliqué par un consortium international à travers des institutions financières internationales telles que le FMI et la Banque mondiale…

La deuxième forme de l’impérialisme post-moderne pourrait s’appeler l’impérialisme de voisinage. L’instabilité de voisinage constitue une menace qu’aucun Etat ne peut ignorer. La mauvaise gouvernance, la violence ethnique et le crime organisé dans les Balkans constituent une menace pour l’Europe. La réponse a été de créer une sorte de protectorat volontaire de l’ONU en Bosnie et au Kosovo. Il est dangereux si un Etat voisin passe sous le contrôle d’une manière quelconque du crime organisé ou pas – ce à quoi aboutit généralement l’effondrement d’un Etat. Mais le cas d’Ossama Ben Laden a maintenant démontré, pour ceux qui ne l’avait pas déjà réalisé, qu’aujourd’hui le monde entier est, potentiellement au moins, notre voisin.

Tant que vous êtes candidat à l’adhésion à l’UE, vous devez accepter ce qu’on vous donne – une masse entière de lois et de règlements – comme jadis les pays soumis. Mais l’avantage, c’est qu’une fois que vous êtes à l’intérieur vous avez droit au chapitre dans la Communauté. Si ce processus est une sorte d’impérialisme volontaire, le résultat pourrait être décrit comme un empire coopératif.

The new liberal imperialism
Senior British diplomat Robert Cooper has helped to shape British Prime Minister Tony Blair’s calls for a new internationalism and a new doctrine of humanitarian intervention which would place limits on state sovereignty. This article contains the full text of Cooper’s essay on « the postmodern state », written in a personal capacity, an extract from which appears in the print edition of The Observer today. Cooper’s call for a new liberal imperialism and admission of the need for double standards in foreign policy have outraged the left but the essay offers a rare and candid unofficial insight into the thinking behind British strategy on Afghanistan, Iraq and beyond.

Robert Cooper
The Observer
April 9, 2002

In 1989 the political systems of three centuries came to an end in Europe: the balance-of-power and the imperial urge. That year marked not just the end of the Cold War, but also, and more significantly, the end of a state system in Europe which dated from the Thirty Years War. September 11 showed us one of the implications of the change.

To understand the present, we must first understand the past, for the past is still with us. International order used to be based either on hegemony or on balance. Hegemony came first. In the ancient world, order meant empire. Those within the empire had order, culture and civilisation. Outside it lay barbarians, chaos and disorder. The image of peace and order through a single hegemonic power centre has remained strong ever since. Empires, however, are ill-designed for promoting change. Holding the empire together – and it is the essence of empires that they are diverse – usually requires an authoritarian political style; innovation, especially in society and politics, would lead to instability. Historically, empires have generally been static.

In Europe, a middle way was found between the stasis of chaos and the stasis of empire, namely the small state. The small state succeeded in establishing sovereignty, but only within a geographically limited jurisdiction. Thus domestic order was purchased at the price of international anarchy. The competition between the small states of Europe was a source of progress, but the system was also constantly threatened by a relapse into chaos on one side and by the hegemony of a single power on the other. The solution to this was the balance-of-power, a system of counter-balancing alliances which became seen as the condition of liberty in Europe. Coalitions were successfully put together to thwart the hegemonic ambitions firstly of Spain, then of France, and finally of Germany.

But the balance-of-power system too had an inherent instability, the ever-present risk of war, and it was this that eventually caused it to collapse. German unification in 1871 created a state too powerful to be balanced by any European alliance; technological changes raised the costs of war to an unbearable level; and the development of mass society and democratic politics, rendered impossible the amoral calculating mindset necessary to make the balance of power system function. Nevertheless, in the absence of any obvious alternative it persisted, and what emerged in 1945 was not so much a new system as the culmination of the old one. The old multi-lateral balance-of-power in Europe became a bilateral balance of terror worldwide, a final simplification of the balance of power. But it was not built to last. The balance of power never suited the more universalistic, moralist spirit of the late twentieth century.

The second half of the twentieth Century has seen not just the end of the balance of power but also the waning of the imperial urge: in some degree the two go together. A world that started the century divided among European empires finishes it with all or almost all of them gone: the Ottoman, German, Austrian, French , British and finally Soviet Empires are now no more than a memory. This leaves us with two new types of state: first there are now states – often former colonies – where in some sense the state has almost ceased to exist a ‘premodern’ zone where the state has failed and a Hobbesian war of all against all is underway (countries such as Somalia and, until recently, Afghanistan). Second, there are the post imperial, postmodern states who no longer think of security primarily in terms of conquest. And thirdly, of course there remain the traditional « modern » states who behave as states always have, following Machiavellian principles and raison d’ètat (one thinks of countries such as India, Pakistan and China).

The postmodern system in which we Europeans live does not rely on balance; nor does it emphasise sovereignty or the separation of domestic and foreign affairs. The European Union has become a highly developed system for mutual interference in each other’s domestic affairs, right down to beer and sausages. The CFE Treaty, under which parties to the treaty have to notify the location of their heavy weapons and allow inspections, subjects areas close to the core of sovereignty to international constraints. It is important to realise what an extraordinary revolution this is. It mirrors the paradox of the nuclear age, that in order to defend yourself, you had to be prepared to destroy yourself. The shared interest of European countries in avoiding a nuclear catastrophe has proved enough to overcome the normal strategic logic of distrust and concealment. Mutual vulnerability has become mutual transparency.

The main characteristics of the postmodern world are as follows:

·The breaking down of the distinction between domestic and foreign affairs.

·Mutual interference in (traditional) domestic affairs and mutual surveillance.

·The rejection of force for resolving disputes and the consequent codification of self-enforced rules of behaviour.

·The growing irrelevance of borders: this has come about both through the changing role of the state, but also through missiles, motor cars and satellites.

·Security is based on transparency, mutual openness, interdependence and mutual vulnerability.

The conception of an International Criminal Court is a striking example of the postmodern breakdown of the distinction between domestic and foreign affairs. In the postmodern world, raison d’ètat and the amorality of Machiavelli’s theories of statecraft, which defined international relations in the modern era, have been replaced by a moral consciousness that applies to international relations as well as to domestic affairs: hence the renewed interest in what constitutes a just war.

While such a system does deal with the problems that made the balance-of-power unworkable, it does not entail the demise of the nation state. While economy, law-making and defence may be increasingly embedded in international frameworks, and the borders of territory may be less important, identity and democratic institutions remain primarily national. Thus traditional states will remain the fundamental unit of international relations for the foreseeable future, even though some of them may have ceased to behave in traditional ways.

What is the origin of this basic change in the state system? The fundamental point is that « the world’s grown honest ». A large number of the most powerful states no longer want to fight or conquer. It is this that gives rise to both the pre-modern and postmodern worlds. Imperialism in the traditional sense is dead, at least among the Western powers.

If this is true, it follows that we should not think of the EU or even NATO as the root cause of the half century of peace we have enjoyed in Western Europe. The basic fact is that Western European countries no longer want to fight each other. NATO and the EU have, nevertheless, played an important role in reinforcing and sustaining this position. NATO’s most valuable contribution has been the openness it has created. NATO was, and is a massive intra-western confidence-building measure. It was NATO and the EU that provided the framework within which Germany could be reunited without posing a threat to the rest of Europe as its original unification had in 1871. Both give rise to thousands of meetings of ministers and officials, so that all those concerned with decisions involving war and peace know each other well. Compared with the past, this represents a quality and stability of political relations never known before.

The EU is the most developed example of a postmodern system. It represents security through transparency, and transparency through interdependence. The EU is more a transnational than a supra-national system, a voluntary association of states rather than the subordination of states to a central power. The dream of a European state is one left from a previous age. It rests on the assumption that nation states are fundamentally dangerous and that the only way to tame the anarchy of nations is to impose hegemony on them. But if the nation-state is a problem then the super-state is certainly not a solution.

European states are not the only members of the postmodern world. Outside Europe, Canada is certainly a postmodern state; Japan is by inclination a postmodern state, but its location prevents it developing more fully in this direction. The USA is the more doubtful case since it is not clear that the US government or Congress accepts either the necessity or desirability of interdependence, or its corollaries of openness, mutual surveillance and mutual interference, to the same extent as most European governments now do. Elsewhere, what in Europe has become a reality is in many other parts of the world an aspiration. ASEAN, NAFTA, MERCOSUR and even OAU suggest at least the desire for a postmodern environment, and though this wish is unlikely to be realised quickly, imitation is undoubtedly easier than invention.

Within the postmodern world, there are no security threats in the traditional sense; that is to say, its members do not consider invading each other. Whereas in the modern world , following Clausewitz’ dictum war is an instrument of policy in the postmodern world it is a sign of policy failure. But while the members of the postmodern world may not represent a danger to one another, both the modern and pre-modern zones pose threats.

The threat from the modern world is the most familiar. Here, the classical state system, from which the postmodern world has only recently emerged, remains intact, and continues to operate by the principles of empire and the supremacy of national interest. If there is to be stability it will come from a balance among the aggressive forces. It is notable how few are the areas of the world where such a balance exists. And how sharp the risk is that in some areas there may soon be a nuclear element in the equation.

The challenge to the postmodern world is to get used to the idea of double standards. Among ourselves, we operate on the basis of laws and open cooperative security. But when dealing with more old-fashioned kinds of states outside the postmodern continent of Europe, we need to revert to the rougher methods of an earlier era – force, pre-emptive attack, deception, whatever is necessary to deal with those who still live in the nineteenth century world of every state for itself. Among ourselves, we keep the law but when we are operating in the jungle, we must also use the laws of the jungle. In the prolonged period of peace in Europe, there has been a temptation to neglect our defences, both physical and psychological. This represents one of the great dangers of the postmodern state.

The challenge posed by the pre-modern world is a new one. The pre-modern world is a world of failed states. Here the state no longer fulfils Weber’s criterion of having the monopoly on the legitimate use of force. Either it has lost the legitimacy or it has lost the monopoly of the use of force; often the two go together. Examples of total collapse are relatively rare, but the number of countries at risk grows all the time. Some areas of the former Soviet Union are candidates, including Chechnya. All of the world’s major drug-producing areas are part of the pre-modern world. Until recently there was no real sovereign authority in Afghanistan; nor is there in upcountry Burma or in some parts of South America, where drug barons threaten the state’s monopoly on force. All over Africa countries are at risk. No area of the world is without its dangerous cases. In such areas chaos is the norm and war is a way of life. In so far as there is a government it operates in a way similar to an organised crime syndicate.

The premodern state may be too weak even to secure its home territory, let alone pose a threat internationally, but it can provide a base for non-state actors who may represent a danger to the postmodern world. If non-state actors, notably drug, crime, or terrorist syndicates take to using premodern bases for attacks on the more orderly parts of the world, then the organised states may eventually have to respond. If they become too dangerous for established states to tolerate, it is possible to imagine a defensive imperialism. It is not going too far to view the West’s response to Afghanistan in this light.

How should we deal with the pre-modern chaos? To become involved in a zone of chaos is risky; if the intervention is prolonged it may become unsustainable in public opinion; if the intervention is unsuccessful it may be damaging to the government that ordered it. But the risks of letting countries rot, as the West did Afghanistan, may be even greater.

What form should intervention take? The most logical way to deal with chaos, and the one most employed in the past is colonisation. But colonisation is unacceptable to postmodern states (and, as it happens, to some modern states too). It is precisely because of the death of imperialism that we are seeing the emergence of the pre-modern world. Empire and imperialism are words that have become a form of abuse in the postmodern world. Today, there are no colonial powers willing to take on the job, though the opportunities, perhaps even the need for colonisation is as great as it ever was in the nineteenth century. Those left out of the global economy risk falling into a vicious circle. Weak government means disorder and that means falling investment. In the 1950s, South Korea had a lower GNP per head than Zambia: the one has achieved membership of the global economy, the other has not.

All the conditions for imperialism are there, but both the supply and demand for imperialism have dried up. And yet the weak still need the strong and the strong still need an orderly world. A world in which the efficient and well governed export stability and liberty, and which is open for investment and growth – all of this seems eminently desirable.

What is needed then is a new kind of imperialism, one acceptable to a world of human rights and cosmopolitan values. We can already discern its outline: an imperialism which, like all imperialism, aims to bring order and organisation but which rests today on the voluntary principle.

Postmodern imperialism takes two forms. First there is the voluntary imperialism of the global economy. This is usually operated by an international consortium through International Financial Institutions such as the IMF and the World Bank – it is characteristic of the new imperialism that it is multilateral. These institutions provide help to states wishing to find their way back into the global economy and into the virtuous circle of investment and prosperity. In return they make demands which, they hope, address the political and economic failures that have contributed to the original need for assistance. Aid theology today increasingly emphasises governance. If states wish to benefit, they must open themselves up to the interference of international organisations and foreign states (just as, for different reasons, the postmodern world has also opened itself up.)

The second form of postmodern imperialism might be called the imperialism of neighbours. Instability in your neighbourhood poses threats which no state can ignore. Misgovernment, ethnic violence and crime in the Balkans poses a threat to Europe. The response has been to create something like a voluntary UN protectorate in Bosnia and Kosovo. It is no surprise that in both cases the High Representative is European. Europe provides most of the aid that keeps Bosnia and Kosovo running and most of the soldiers (though the US presence is an indispensable stabilising factor). In a further unprecedented move, the EU has offered unilateral free-market access to all the countries of the former Yugoslavia for all products including most agricultural produce. It is not just soldiers that come from the international community; it is police, judges, prison officers, central bankers and others. Elections are organised and monitored by the Organisation for Security and Cooperation in Europe (OSCE). Local police are financed and trained by the UN. As auxiliaries to this effort – in many areas indispensable to it – are over a hundred NGOs.

One additional point needs to be made. It is dangerous if a neighbouring state is taken over in some way by organised or disorganised crime – which is what state collapse usually amounts to. But Usama bin Laden has now demonstrated for those who had not already realised, that today all the world is, potentially at least, our neighbour.

The Balkans are a special case. Elsewhere in Central and Eastern Europe the EU is engaged in a programme which will eventually lead to massive enlargement. In the past empires have imposed their laws and systems of government; in this case no one is imposing anything. Instead, a voluntary movement of self-imposition is taking place. While you are a candidate for EU membership you have to accept what is given – a whole mass of laws and regulations – as subject countries once did. But the prize is that once you are inside you will have a voice in the commonwealth. If this process is a kind of voluntary imperialism, the end state might be described as a cooperative empire. ‘Commonwealth’ might indeed not be a bad name.

The postmodern EU offers a vision of cooperative empire, a common liberty and a common security without the ethnic domination and centralised absolutism to which past empires have been subject, but also without the ethnic exclusiveness that is the hallmark of the nation state – inappropriate in an era without borders and unworkable in regions such as the Balkans. A cooperative empire might be the domestic political framework that best matches the altered substance of the postmodern state: a framework in which each has a share in the government, in which no single country dominates and in which the governing principles are not ethnic but legal. The lightest of touches will be required from the centre; the ‘imperial bureaucracy’ must be under control, accountable, and the servant, not the master, of the commonwealth. Such an institution must be as dedicated to liberty and democracy as its constituent parts. Like Rome, this commonwealth would provide its citizens with some of its laws, some coins and the occasional road.

That perhaps is the vision. Can it be realised? Only time will tell. The question is how much time there may be. In the modern world the secret race to acquire nuclear weapons goes on. In the premodern world the interests of organised crime – including international terrorism – grow greater and faster than the state. There may not be much time left.

·Robert Cooper is a senior serving British diplomat, and writes in a personal capacity. This article is published as The post-modern state in the new collection Reordering the World: the long term implications of September 11 , published by The Foreign Policy Centre.


Daniel Pipes: Quel Islam s’imposera? (There’s a role here for everyone)

23 février, 2006
Chris_jacksonEn 1996, le basketteur de ligue nationale Mahmoud Abdul-Rauf [ex-Chris Jackson], un noir de 27 ans converti à l’Islam, décida de s’asseoir pendant la diffusion de l’hymne américain précédant toutes les rencontres. En tant que Musulman, disait-il, il ne pouvait témoigner aucun respect au drapeau américain, qui constituait pour lui un «symbole d’oppression et de tyrannie. (…) Chacun a son rôle à jouer: Musulmans, non-Musulmans, chefs d’entreprises, producteurs de Hollywood, journalistes, enseignants, guides religieux – tous doivent s’efforcer de faire comprendre les valeurs de l’Amérique et de contrer les arguments du chauvinisme musulman. Il peut sembler aller de soi que la vie dans ce pays est infiniment préférable à celle des Iraniens ou des Soudanais, mais cela n’est manifestement pas évident pour tout le monde. Daniel Pipes

Quel Islam s’imposera? La question est décisive
Daniel Pipes
Los Angeles Times
22 juillet 1999

Version originale anglaise: It Matters What Kind of Islam Prevails

Adaptation française: Alain Jean-Mairet

L’Islam est supposé compter six millions d’adeptes aux États-Unis et afficher le taux de croissance le plus élevé de toutes les religions qui y sont représentées; en 1960, on estimait encore à 100 000 le nombre de Musulmans vivant aux États-Unis. Il s’agit, à plusieurs égards importants, d’une communauté unique, différente de toutes celles qui se sont installées dans ce pays jusqu’à présent, et elle se prépare aujourd’hui à faire des choix qui pourraient avoir un impact majeur tant sur les États-Unis que sur les Musulmans du monde entier.

Les Musulmans américains – les immigrants comme les convertis – adoptent deux types d’attitude fondamentale à l’égard des États-Unis. Les uns misent sur l’intégration et n’éprouvent aucune difficulté à être en même temps des patriotes américains et des Musulmans engagés. Le meilleur symbole de ce regard positif porté sur les États-unis est peut-être le drapeau américain arboré par le Centre islamique de Californie du Sud.

Les intégrationnistes affirment que les usages occidentaux – relations de voisinage, assiduité au travail, honnêteté – sont au fond très proches de ceux prônés par l’Islam. Dans le même esprit, ils présentent l’Islam comme la réalisation des valeurs américaines et considèrent les Musulmans comme autant de forces vives susceptibles d’améliorer l’Amérique. Comme le dit l’un d’eux, pour être un bon Musulman, il faut être un bon Américain, et vice versa. Ou encore, pour reprendre les termes du leader noir américain W. Deen Mohammed, «l’Islam peut apporter quelque chose à l’Occident, plutôt que de constituer une menace pour lui». Les intégrationnistes admettent que les États-Unis ne deviendront jamais une nation islamique et peuvent accepter l’idée de vivre dans une société non islamique. Ils appellent les Musulmans à participer pleinement à la vie publique et à s’y rendre utiles et influents par leur démarche personnelle.

En revanche, les chauvinistes aspirent à faire des États-Unis un pays musulman, peut-être sur le modèle iranien ou soudanais. Convaincus que la civilisation islamique est supérieure à tout ce que l’Amérique peut produire, ils présentent l’Islam comme la solution à tous les maux du pays. À en croire leur principal guide spirituel, Ismail Al-Faruqi, «rien ne saurait être plus grand et plus beau que ce continent [nord-américain] jeune, riche et puissant se détournant de son passé maléfique pour marcher dans la voie d’Allah». Ou, pour citer un enseignant de l’école islamique Al-Ghazly de Jersey City, «notre objectif à court terme consiste à présenter l’Islam. Mais à long terme, notre mission est de sauver la société américaine. Allah me demandera sinon pourquoi je n’ai pas parlé de l’Islam, car cette terre est la propriété d’Allah».

Certains de ces gens envisagent même de renverser le gouvernement des États-Unis et de le remplacer par un appareil d’État islamique. Cela peut paraître bizarre, mais cette attitude suscite un large et sérieux soutien parmi les Musulmans, et il en est même qui se demandent ouvertement si les moyens pacifiques seront suffisants ou s’il ne serait pas nécessaire d’user de violence. De toute évidence, le cheik Omar Abdel Rahman, commanditaire de l’attentat du World Trade Center, estime pour sa part que la violence est indispensable.

En bref, les intégrationnistes sont enchantés de vivre dans un pays démocratique régi par l’état de droit, tandis que les chauvinistes souhaitent y importer les coutumes du Moyen-Orient et de l’Asie australe. Alors que les uns estiment qu’un Islam américanisé pourrait être au moins aussi valable qu’une version égyptienne ou pakistanaise, les autres ne trouvent que très peu d’attrait dans le mode de vie américain.

Or, l’issue de la course à la dominance que se livrent ces deux éléments revêt une importance décisive pour les États-Unis et pour le monde islamique. Si la grande majorité des Musulmans américains adoptent l’approche intégrationniste, la communauté musulmane s’insérera sans doute très bien dans le tissu social américain, avec pour autre effet positif que ses membres – en majeure partie aisés, instruits et ambitieux – répandront alors leur version d’un Islam moderne et tolérant dans le Moyen-Orient, l’Asie australe et ailleurs.

Mais si les chauvinistes prennent le dessus et (comme c’est le cas aujourd’hui) dirigent la plupart des institutions islamiques aux États-Unis, les conséquences pourraient en être très amères. Souvenons-nous par exemple de l’incident survenu en 1996, lorsque le basketteur de ligue nationale Mahmoud Abdul-Rauf, un noir de 27 ans converti à l’Islam, décida de s’asseoir pendant la diffusion de l’hymne américain précédant toutes les rencontres. En tant que Musulman, disait-il, il ne pouvait témoigner aucun respect au drapeau américain, qui constituait pour lui un «symbole d’oppression et de tyrannie». Ce type de désaffection, par des Musulmans riches et talentueux, peut, s’il se généralise, avoir de très graves conséquences.

À cet égard, chacun a son rôle à jouer: Musulmans, non-Musulmans, chefs d’entreprises, producteurs de Hollywood, journalistes, enseignants, guides religieux – tous doivent s’efforcer de faire comprendre les valeurs de l’Amérique et de contrer les arguments du chauvinisme musulman. Il peut sembler aller de soi que la vie dans ce pays est infiniment préférable à celle des Iraniens ou des Soudanais, mais cela n’est manifestement pas évident pour tout le monde. Ceux d’entre nous qui comprennent cette simple vérité doivent tenter de l’expliquer à leurs concitoyens.

http://fr.danielpipes.org/article/1793


Islam/terrorisme: Une arme unique qu’Allah a placée entre les seules mains des croyants (Leading Islamic cleric condones suicide operations at European conference)

20 février, 2006
Plantu4_2Le terrorisme est l’équivalent en temps de paix d’un crime de guerre. (Définition légale courte de l’ONU, proposée par A.P. Schmid)
La nécessité autorise les interdits. Les opérations martyre perpétrées par les factions palestiniennes pour résister à l’occupation sioniste n’entrent en aucun cas dans le cadre du terrorisme interdit, même s’il se trouve des civils parmi les victimes. Youssouf Al-Qaradawi (président du Conseil européen de la fatwa)

Toujours dans le cadre de l’affaire des caricatures de Mohammed …

Instructif petit rappel des déclarations du célèbre ouléma qatari Youssouf Al-Qaradawi, qui, on s’en souvient, avait explicitement justifié les attentats-suicides (pardon: les « opérations de martyre ») en Israël et dans les territoires à Stockholm en juillet 2003, à l’occasion de la 11e session du Conseil européen de la fatwa qu’il préside .

Et pour mieux situer le personnage et l’influence qu’il représente dans l’islam mondial, rappelons, avec Le Monde (31/8/2004), que « cet ancien frère musulman, âgé de 77 ans et formé à l’université d’Al-Azhar, au Caire, est devenu une figure très populaire dans le monde musulman, en animant, chaque dimanche sur la chaîne Al-Jazira, une émission intitulée « La charia et la vie », dans laquelle il répond en direct aux questions posées par des téléspectateurs appelant du monde entier ».

Merci aussi au site MEMRI (The Middle East Media Research Institute) qui, depuis février 98, s’est consacré à la tâche fastidieuse mais importante de traduire régulièrement et fidèlement en neuf langues (anglais, français, allemand, espagnol, italien, russe, japonais, hébreu et turc) une large sélection de ce qui se dit ou se publie dans les médias du Moyen-Orient.

Al-Qaradhawi favorable aux opérations suicides lors d’une conférence islamique en Suède

La première semaine de juillet 2003, le Conseil européen pour les fatwas et la recherche s’est réuni à Stockholm pour sa 11ème session. Le Conseil, créé en 1997 au Royaume-Uni et composé essentiellement de savants de l’islam issus du monde arabe, est présidé par le cheikh Youssef Al-Qaradhawi, l’un des dignitaires religieux les plus influents de l’islam sunnite. Le Conseil se réunit à intervalles réguliers de quelques mois dans des villes européennes, pour aborder certains sujets et émettre des fatwas à l’attention des communautés musulmanes d’Occident. Face aux désaccords manifestés sur la question des attentats suicides au cours de la précédente session (à Dublin en janvier 2003), le Conseil avait décidé d’étudier le problème avant de se retrouver en juillet.

Bien que la conférence de Stockholm ait eu pour thème «Le djihad et son absence de lien au terrorisme», les cinq rapports présentés se focalisaient sur les différentes définitions du mot «terrorisme». Al-Sharq Al-Awsat , [1] quotidien édité en arabe à Londres, évoque longuement le résultat des recherches du cheikh Al-Qaradhawi, qui répertorie les différentes formes de terrorisme comme suit: le terrorisme colonialiste, le terrorisme d’Etat, le terrorisme international, le terrorisme politique, le terrorisme permis par la loi islamique, celui qui ne l’est pas, et les opérations martyre. Voici quelques extraits du rapport:

Les opérations martyre

«Les opérations martyre perpétrées par les factions palestiniennes pour résister à l’occupation sioniste n’entrent en aucun cas dans le cadre du terrorisme interdit, même s’il se trouve des civils parmi les victimes.

Cela pour plusieurs raisons:

En premier lieu, vu la nature colonialiste et raciste de la société israélienne qui a naturellement tendance à l’occupation et [l'usurpation], [on peut dire qu'il] s’agit bien là d’une société militaire. Tous ceux qui ont passé le cap de l’enfance, les femmes comme les hommes, sont incorporés à l’armée. Chaque Israélien est un soldat de l’armée, soit par son statut, soit parce qu’en tant que soldat de réserve, il peut être appelé à n’importe quel moment à la guerre. C’est là un fait qui n’a pas besoin d’être prouvé. Les soi-disant ‘civils’ sont des ‘soldats’ de l’armée des fils de Sion.

Deuxièmement , la société israélienne possède une caractéristique unique qui la différencie des autres sociétés: c’est une ‘société d’envahisseurs’ non originaires de la région, venus de Russie, d’Amérique, d’Europe ou de pays d’Orient pour occuper la Palestine et s’y implanter (…)

Les victimes de l’invasion ont le droit de lutter contre les envahisseurs par tous les moyens dont ils disposent afin de les chasser de leurs habitations et de les renvoyer chez eux (…) Ceci entre dans le cadre du djihad par nécessité, selon l’appellation des guides religieux, et non du djihad par choix (…) La mort d’enfants innocents au cours de ce djihad n’est pas préméditée, mais résulte des impératifs de la guerre (…) Même avec le temps, des soi-disant ‘civils’ [israéliens] ne cessent pas d’être des envahisseurs, des oppresseurs malfaisants et tyranniques (…)

Troisièmement (…), la loi islamique précise que le sang et la propriété des personnes du Dar Al-Harb [Domaine de l'impiété où la bataille pour la domination de l'islam doit être menée] ne sont pas protégés. En luttant contre les musulmans, ces personnes perdent le droit à la protection de leur sang et de leur propriété.

Quatrièmement , les guides religieux musulmans, ou du moins la plupart d’entre eux, ont établi qu’il est permis de tuer des musulmans si l’armée ennemie se cache derrière eux, se servant d’eux comme boucliers humains, les plaçant au front afin que le feu, les flèches et les lances des musulmans les atteignent en premier. Les instances religieuses ont permis de tuer ces musulmans innocents forcés de se tenir au front de l’armée ennemie (…) car autrement l’armée envahirait le pays, anéantirait sa descendance et ses récoltes. Il n’y a d’autre alternative que de sacrifier certains [de ces musulmans] pour défendre la communauté [musulmane] dans son ensemble. Ainsi, s’il est permis de tuer des musulmans innocents pour protéger la communauté dans son ensemble, il est à plus forte raison permis de tuer des non-musulmans pour libérer la terre musulmane de ses occupants et oppresseurs.

Cinquièmement , dans la guerre moderne, toute la société, toutes ses classes et tous ses groupes ethniques sont mobilisés, afin de fournir le carburant matériel et humain nécessaires à la victoire de l’Etat. Chaque citoyen doit se charger d’une fonction. Tout le front domestique – professions libérales, travailleurs et industriels – se tient derrière l’armée combattante, sans nécessairement porter les armes. C’est pourquoi les spécialistes affirment que l’entité sionisteforme en réalité une armée.

Sixièmement , il existe deux types de fatwas: les fatwas à appliquer en situation de calme ou le choix est permis, et les fatwas à appliquer en situation de détresse et de nécessité. Il est permis à un musulman, en cas de nécessité extrême, de faire ce qui lui interdit en temps de choix (…) Ainsi, l’un des guides religieux a adopté la règle qui veut que: ‘la nécessité autorise les interdits’. Nos frères en Palestine sont, sans l’ombre d’un doute, dans l’extrême nécessité de ces opérations martyre visant à repousser les usurpateurs ennemis et à semer l’horreur dans leur cœur afin qu’ils s’en aillent, qu’ils retournent d’où ils viennent (…)

Quelle arme peut atteindre l’ennemi, l’empêcher de dormir, lui ôter le sentiment de sécurité et de stabilité, si ce n’est celle de ces bombes humaines – un jeune homme ou une jeune femme qui se fait sauter au milieu de l’ennemi? Voilà une arme que l’ennemi ne possédera jamais, même si les Etats-Unis lui accordent des milliards et les armes les plus puissantes, car c’est là une arme unique, qu’Allah a placée entre les seules mains des croyants. C’est une forme de justice divine sur terre (…) C’est l’arme avec laquelle les faibles miséreux affrontent le puissant tyran (…)»

Ceux qui s’opposent aux opérations martyre et les qualifient de suicides commettent une grande erreur

«Ceux qui s’opposent aux opérations martyre et les qualifient de suicides commettent une grande erreur. Le but de l’auteur d’une opération martyre n’a rien à voir avec le but de celui qui se suicide. Quiconque considère ces deux âmes s’aperçoit de l’immense différence qui existe entre elles. [L'auteur du] suicide se tue pour se tuer, parce qu’il a échoué dans les affaires, en amour, son examen, ou quelque chose de cet ordre. Il était trop faible pour affronter la situation et à choisi de fuir la vie pour la mort.

Contrairement à lui, l’auteur d’un attentat suicide ne pense pas à lui-même. Il se sacrifie pour un but supérieur, face auquel tous les sacrifices deviennent insignifiants. Il se vend à Allah en échange du Paradis. Allah a dit: ‘Allah a acheté leurs âmes et leurs biens aux croyants parce qu’ils hériteront le Paradis.’ Alors que [l'auteur du] suicide meurt pour fuir le monde, celui qui exécute une opération martyre meurt en allant de l’avant et en attaquant. Contrairement au suicide, qui a pour seul objectif d’échapper au conflit, l’opération martyre a un but précis, qui est de réjouir Allah (…)»

[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 19 juillet 2003

http://www.memri.org/bin/articles.cgi?Area=sd&ID=SP54203

Voir aussi:

Dépêches spéciales – No. 794

Octobre 6, 2004
No.794

Les réactions à la fatwa du Cheikh Al-Qaradhawi appelant à l’enlèvement et au meurtre de civils américains en Irak

Lors d’un congrès portant sur le thème « pluralisme et islam » qui s’est déroulé fin août 2004 au Syndicat des Journalistes Egyptiens au Caire, le Cheikh Dr. Youssef Al-Qaradhawi, un chef du mouvement des Frères Musulmans et l’une des autorités les plus influentes dans les cercles islamistes, a émis une position religieuse légale autorisant l’enlèvement et le meurtre de civils américains en Irak dans le but de faire pression sur l’armée américaine pour qu’elle évacue ses troupes. Al-Qaradhawi insista sur le fait que selon lui, «tous les Américains en Irak sont des combattants, il n’y a aucune différence entre les civils et les soldats et l’on doit les combattre, dans la mesure où les civils américains sont venus en Irak pour servir l’occupation. L’enlèvement et le meurtre d’Américains en Irak est une obligation [religieuse] en vue de les pousser à quitter l’Irak immédiatement. La mutilation des cadavres est [néanmoins] interdite par l’islam». [1]

Al-Qaradhawi prenait cette position une semaine après que des dignitaires musulmans de premier plan, originaires de plusieurs pays, avaient publié une déclaration appelant au soutien des forces luttant contre la coalition en Irak. Cette déclaration était signée par 93 religieux musulmans, dont des membres influents du mouvement des Frères Musulmans, parmi eux Al-Qaradhawi, ainsi que des dirigeants du Hamas, du Jihad Islamique et du Hezbollah. [2]

Dix jours après qu’ait été exprimée la position d’Al-Qaradhawi relative à l’enlèvement et au meurtre de civils américains en Irak et après que ses propos aient déjà suscité des réactions enflammées dans le monde musulman, Al-Qaradhawi envoya un fax au bureau du quotidien Al-Hayat dans lequel il nia «tout ce qui a été dit en mon nom dans les médias au sujet du meurtre de civils américains en Irak». Selon Al-Qaradhawi, «certains organes de presse ont prétendu que j’avais publié une position légale religieuse ayant pour effet d’affirmer qu’il existe une obligation de tuer des civils américains en Irak. Ces allégations ne sont pas fondées. Je n’ai pas publié de fatwa sur cette question. Au Syndicat des Journalistes Egyptiens, il y a quelques jours, l’on m’a demandé s’il était permis de combattre l’occupation en Irak et j’ai répondu que c’était autorisé. Puis l’on m’a interrogé à propos des civils américains en Irak et j’ai simplement répondu par cette question: Y a-t-il des civils américains en Irak? Il est notoire que dans les fatwas de ce type, je n’emploie pas le terme de «meurtre» mais je préfère celui de «lutte», qui est un mot plus général que celui de «meurtre» et qui ne signifie pas nécessairement tuer. De plus, j’ai condamné les prises d’otages à plusieurs occasions dans le passé et ai exigée qu’ils soient libérés et que leurs vies ne soient pas mises en danger». [3]

A une autre occasion, Al-Qaradhawi expliqua qu’un civil en Irak est «quelqu’un qui ne prend pas part au combat et ne soutient pas les forces d’occupation. [Néanmoins, concernant] ceux qui soutiennent les occupants, leur statut est identique à ces derniers. L’occupation combat les musulmans et quiconque vient en aide à l’occupation a le même statut que l’armée». Il précisa en outre que sa position s’applique également aux civils irakiens musulmans. [4]

Il est important de souligner que préalablement à la publication de son démenti, le directeur du bureau d’Al-Qaradhawi, Isam Talima, affirma qu’Al-Qaradhawi avait effectivement émis une fatwa ayant pour effet de rendre obligatoire la lutte contre les civils américains en Irak, ceux-ci étant considérés comme des envahisseurs. [5]

Tel que cela a été mentionné ci-dessus, le décret d’Al-Qaradhawi provoqua une variété de réactions parmi des personnalités religieuses et des intellectuels musulmans; voici les plus importantes d’entre elles:

Des religieux d’Al-Azhar: Les Américains en Irak ne sont pas des civils innocents et il est en conséquence autorisé de les tuer

Certaines personnalités religieuses de l’Université d’Al-Azhar au Caire ont exprimé un soutien sans faille à la position d’Al-Qaradhawi. L’ancien doyen de la Faculté des Fondamentaux Religieux d’Al-Azhar, le Docteur Abd Al-Mu’ti Bayyoumi, a expliqué: «La loi islamique dispose qu’il est interdit de tuer des civils se tenant à distance des zones de combat, qui ne participent pas aux opérationsmilitaires et qui n’ont aucun lien avec l’occupation des terres. Néanmoins, concernant les civils prenant part aux opérations militaires, qu’il s’agisse d’approvisionner en nourriture ou de prodiguer des soins aux combattants, leur statut légal est celui de combattants qui attaquent la terre, l’honneur et la propriété, et en conséquence l’Islam n’interdit pas de les tuer». [6]

Un maître de conférences à l’Université d’Al-Azhar, le Docteur Salih Zaydan, ajoute: «Quiconque collabore avec les soldats qui attaquent la terre des musulmans, comme les civils américains qui assistent l’armée en Irak, devient lui-même un combattant par ses actions.Les musulmans sont autorisés à combattre de tels individus et à les tuer dans le but de défendre la terre, l’honneur et la propriété, et il n’existe ainsi aucune interdiction de les tuer». [7]

L’ancien sous-secrétaire du Département des Dotations Religieuses, le Cheikh Mansour Al-Rifa’i Ubeid, justifie: «Il est illogique [de penser] que les Etats-Unis envoient leurs citoyens en Irak dans l’état de guerre [actuel] sans qu’ils aient un rôle dans les opérations militaires. En conséquence, ils ne sont pas des civils, mais des combattants dont le statut [au sens de la loi religieuse] est identique à celui de combattants militaires». [8]

Le Docteur Abd Al-Azim Al-Muta’ani, un membre du Comité Suprême des Affaires Islamiques au Caire et conférencier à l’Université d’Al-Azhar, expliqua que seul un civil américain qui vivait déjà en Irak avant l’occupation n’est pas inclus dans la fatwa: « Al-Qaradhawi fonde sa fatwa selon laquelle il est permis de tuer des civils américains sur le fait qu’ils sont venus en Irak en tant qu’envahisseurs (…). Il est [normalement] interdit de s’en prendre à des civils, mais les civils et les soldats [américains] sont venus en Irak en tant que forces d’invasion. Le crime [qui est interdit] est celui d’attaquer des civils américains sur leur propre terre. Non seulement ceux qui sont armés mais également ceux qui assistent les soldats américains ont un statut identique [au sens de la loi religieuse], mis à part les civils américains qui se trouvaient déjà en Irak avant l’occupation et qui y sont restés; ils ne doivent pas être considérés comme des envahisseurs. Cependant ces derniers sont très peu nombreux en raison des relations très tendues entre Washington et Bagdad». Al-Muta’ani a également donné son opinion concernant les Arabes qui aident les Américains: «Un Arabe ou un musulman qui soutient les forces d’occupation américaines en Irak est un traître dont le statut [au sens de la loi religieuse] est identique à celui des civils américains. Il est permis de l’enlever et de le tuer, mais il est défendu de mutiler son cadavre, ceci étant interdit par la shari’a ».

Le Docteur Abd Al-Sabour Shahin, un conférencier à l’ Université du Caire, célèbre pour ses activités de propagation de l’islam, met l’accent sur le fait que tandis qu’il est permis d’enlever et de tuer des civils américains en Irak, aucun mal ne doit être fait aux journalistes européens: «Je soutiens la fatwa d’Al-Qaradhawi à cent pour cent dans la mesure où si ce n’était pour l’occupation, [les civils américains] ne viendraient pas en Irak[…]. [Néanmoins,] les non-américains, comme les reporters français et les autres européens, venus en Irak afin d’informer le monde des faits, doivent être considérés comme étant venus aider le peuple irakien et il n’y a aucune raison de leur faire du mal, la cause irakienne ayant encore besoin de leur aide». [9]

L’Ayatollah Hussein Isma’il Al-Sadr, dignitaire chiite irakien de premier plan, a critiqué la fatwa d’Al-Qaradhawi et s’est opposé à l’ingérence de religieux étrangers dans la situation en Irak: «L’Irak dispose de ses propres autorités religieuses à même de comprendre le pays et ses habitants […]. Les fatwas émises par des personnalités religieuses hors des frontières irakiennes ne sont pas basées sur une analyse exacte de l’état de la situation dans le pays». [10]

Des intellectuels musulmans progressistes s’opposent à la fatwa d’Al-Qaradhawi

Cette fatwa est un appel au meurtre général

Le Docteur Ahmad Al-Rub’i, éditorialiste pour le quotidien en langue arabe basé à Londres, Al-Sharq Al-Awsat, a écrit: «Comme si ces assassinats quotidiens ne nous suffisaient pas; nous nous réveillons en assistant aux décapitations des travailleurs népalais en Irak et nous nous couchons avec la nouvelle de la prise en otages de centaines d’enfants innocents en Russie, et dans le cours de [la journée nous entendons parler] de l’enlèvement de journalistes français et des travailleurs turcs égorgés à Bagdad. Comme si tout ceci n’était pas suffisant, apparaît ici quelqu’un sensé être un promoteur modéré de l’Islam, le Cheikh Youssef Al-Qaradhawi, publiant une position légale religieuse autorisant le meurtre de citoyens américains en Irak […]. [11]

Le Cheikh Al-Qaradhawi est comme nombre de ces cheikhs radicaux qui ne meurent généralement pas [pour une cause] et n’optent pas pour la voie du martyre. Leurs fils non plus, qui étudient pour la plupart dans les meilleures universités en occident. De telles fatwas sont lues par de jeunes musulmans exaltés tentés de se rendre en Irak pour remplir le devoir religieux prêché par le cheikh Al-Qaradhawi. Puisqu’il n’y a aucune différence entre un américain se rendant en Irak avec une organisation internationale pour aider la population en lui fournissant des soins médicaux et un soldat au combat, que pourra arrêter un jeune homme enflammé, qui respecte et croit le cheikh Al-Qaradhawi, d’aller tuer un docteur ou un employé civil des [organisations] humanitaires en Irak […] et au vu des difficultés pour rentrer en Irak, pourquoi ce jeune exalté ne devrait-il pas tuer des soldats américains dispersés à travers les pays du Golfe qui collaborent [avec les Etats-Unis] – en particulier Doha et le Koweït – car après tout, la plupart d’entre eux ont servi ou ont été employés en Irak? Et pourquoi ne devrait-il pas tuer les civils américains au Koweït ou au Qatar, étant donné que ces pays aident l’armée américaine? Et de la même manière […] n’est-il pas du devoir du jeune exalté plein de respect pour Al-Qaradhawi d’aller tuer des responsables qataris et koweïtiens qui ont rendu possible le stationnement de ces forces dans leur pays?

Ce qui distingue la folie de la raison et l’extrémisme de la modération est clair. Al-Qaradhawi, qui mène une vie de luxe et de confort à Doha, émet une fatwa pour tuer des civils américains, alors que les quatre Imams chiites qui se sont réunis dans la demeure d’Al-Sistani à Najaf et qui vivent sous occupation, lancent des appels opposés à la violence contre les forces américaines. Voilà la différence entre une pensée responsable et une pensée irresponsable, entre une pensée tournée vers la protection de la vie des gens et une pensée appelant au meurtre tout en faisant des conférences sur la modération». [12]

Dr Wael Al-Hasawi, chroniqueur du quotidien koweïtien Al-Rai Al-Aam a écrit les propos suivants: « Je ne suis pas un expert et ne publie pas de fatwas, mais je suis en droit de questionner certaines des opinions religieuses des clercs d’un point de vue réaliste par rapport à leur compatibilité avec les principes de base de l’islam. La fatwa d’Al-Qaradhawi ouvre de nouvelles portes à la justification de crimes barbares perpétrés contre des étrangers en Irak. La logique exige que ce qui s’avère vrai pour les Américains, l’est aussi pour les Anglais, les Italiens, les Japonais et autres, car ils sont des envahisseurs ou aident les envahisseurs. En outre, le mot «civil» désigne aussi les journalistes qui sont venus en Irak pour rendre compte des événements et révéler au monde entier ce qu’il se passe [sur les lieux], ainsi que les ingénieurs, les experts et les ouvriers qui sont venus avec leurs entreprises dans le but de reconstruire l’Irak et n’ont rien à voir avec la guerre (…).

La ligne qui sépare le djihad pour Allah de la dissémination de la corruption sur la terre est ténue, et le devoir des dignitaires religieux est de clarifier cet aspect au peuple et de les empêcher de mal agir et d’effectuer des actes barbares sous couvert de défendre leur pays et leur peuple (…). Un des points qu’il est temps que les dignitaires religieux examinent et réglementent est la question de la prise de civils comme cibles – femmes, enfants et hommes – même dans des pays occupés par (…) des envahisseurs tels la Palestine ou la Tchétchénie. Nous en avons assez de justifier ceci par [le fait] qu’il n’y a pas de différences entre les civils et les soldats dans un pays comme l’entité sioniste en Palestine, ou qu’un pays comme la Russie ait porté atteinte aux Musulmans en Tchétchénie et tué nombre d’entre eux (…) Il est impossible d’atteindre de hauts objectifs excepté par des moyens de même nature. Le plus grand crime qui a lieu dans notre génération est la dénaturation de l’image de l’islam (…)». [13]

Les dignitaires religieux sont loin d’être exemptés de leur part de responsabilité concernant la terreur

Une écrivaine et journaliste de Bahreïn, Sawsan Al-Sha’er réplique à la fatwa d’Al-Qaradhawi dans sa chronique du quotidien bahreïni Al-Ayyam en exposant les points suivants: « (…) Ainsi, aujourd’hui, il y a des bombes à retardement, particulièrement parmi les Arabes sunnites dispersés parmi nous, dans les pays arabes ainsi que dans le reste du monde, attendant le moment propice pour se faire exploser et tuer quiconque se trouvant à leurs côtés (comme acte de djihad) (…) Ces bombes à retardement sont nos fils, qui ont vu le jour sur notre sol et ont été éduqués par nos cheikhs et nos dignitaires religieux.

Les musulmans sont embarrassés quand ils se trouvent face aux dignitaires religieux et aux cheikhs qui admettent au travers de leur position hésitante [envers les tueries] qu’il y a encore des défenseurs de cette tendance suicidaire (djihadiste) dans nos milieux et que ceux-ci ont une influence sociale et la capacité de peser sur le statut populaire de ces cheikhs. Il y a des courtisans parmi nous, qui défendent cette tendance de kamikazes … Ils font en sorte que chaque mot qui sort de leur bouche soit ambigu (…) d’une part, ils s’efforcent de détourner l’accusation de terrorisme [dirigée à l'encontre] des musulmans, et d’autre part il prie pour le bien-être et la longévité des défenseurs de cette tendance. Ce sont les Arabes qui ont effectué toutes les dernières attaques terroristes atroces. Le fait qu’ils [les auteurs] ne fassent pas partie des rangs de nos cheikhs et nos dignitaires religieux ne prouve pas que ce groupe n’est pas rendu responsable d’extrémisme. Aussi longtemps que nous ne reconnaissons pas cette responsabilité, notre tour viendra, et celui de nos dignitaires religieux et de nos cheikhs viendra tout autant.» [14]

L’ancien directeur du quotidien londonien Al-Sharq Al-Awsat, Abd Al-Rahman Al-Rashed, a écrit dans un article intitulé «la triste vérité est que tous les terroristes sont musulmans»: «Ecoutez ce que le télé-coraniste, Yousef Al-Qaradhawi, a dit. Il a émis une fatwa publique permettant de tuer les Américains en Irak. Imaginez un dignitaire religieux poussant au meurtre de civils; un vieux cheikh incitant de jeunes garçons à tuer des civils alors que ses deux filles étudient sous la protection [des forces] de sécurité britannique au Royaume-uni infidèle. Comment un père comme lui peut-il regarder dans les yeux la mère du jeune [Nick] Berg dont la gorge a été tranchée parce qu’il s’était rendu en Irak pour travailler en tant qu’ingénieur à [Prometheus] Towers [Company]? Comment pouvons-nous le croire quand il nous affirme que l’islam est une religion de compassion et de tolérance alors qu’il la transforme en religion de sang (…)?

Il est clair qu’aucun honneur ne nous est rendu lorsque l’un d’entre nous détient des élèves en otage dans une école, kidnappe des journalistes, tue des civils ou fait exploser des bus, quelque soit la douleur des vengeurs. Ce sont eux qui ont dénaturé et porté atteinte à l’islam. Nous pourrons rétablir notre réputation seulement une fois que nous aurons admis le fait évident et honteux que la plupart des actes terroristes dans le monde sont perpétrés par des musulmans. Nous devons réaliser que la seule condition, pour pouvoir corriger la situation de nos jeunes qui effectuent ces opérations honteuses, est de soigner l’esprit de nos cheikhs, qui se sont reconvertis en révolutionnaires de pupitre, en envoyant les enfants des autres se battre alors qu’ils envoient leurs propres enfants dans des écoles européennes». [15]

Hussein Sanjari a écrit dans un article intitulé «Quiconque incite au terrorisme est un terroriste» dans l’hebdomadaire irakien Al-Ahali: «Cheikh Youssef Al-Qaradhawi a explicitement dit que «tuer des soldats et des civils en Irak était un devoir religieux». Cette même fatwa a été publiée par le dignitaire religieux libanais chiite, Muhammad Hussein Fadlallah. Ces deux individus et des centaines de milliers de mullahs dans toutes les terres d’Islam (…) donnent des sermons hebdomadaires encourageant les jeunes à tuer et faire couler le sang en Tchétchénie, en Irak, au Kurdistan, en Palestine, en Arabie Saoudite, en Afghanistan, en Amérique, en Europe, en Asie et dans le Pacifique. Regardez ce qu’il s’est passé avec le massacre d’enfants à Beslan et rappelez-vous bien ce dont le monde entier se souvient, que les Arabes syriens, jordaniens et yéménites se trouvaient parmi ceux qui criaient «Allah Akbar, nous sommes ici pour mourir(…)»

Les Kurdes ont raconté que l’un des kamikazes qui fut attrapé avant de réussir à se faire exploser fut questionné par ses interrogateurs: «Pourquoi aviez-vous enveloppé vos parties génitales dans tous ces bandages?» Le terroriste répondit: «On m’avait conseillé [de faire cela] pour que mes parties génitales ne soient pas endommagées lors de l’explosion et qu’elles restent intactes lorsque j’irai au paradis et serai accueilli par les vierges.

Quand les dignitaires religieux réformistes viendront-ils purifier la religion de ces idées sanguinaires ? Ils feront surface lorsque le nœud unissant la religion avec la politique sera défait. Nous devons séparer les deux, pour le bien de la religion et encore plus pour le bien de la politique (…)». [16]

Cheikh Al-Qaradhawi a dévoilé son vrai visage

Dr Abd Al-Khalik Hussein, collaborateur du site Internet progressiste Elaph a écrit: « Finalement, le Cheikh Yousef Al-Qaradhawi a dévoilé son vrai visage, le même visage que celui de tous les terroristes masqués, et s’est proclamé être une autorité religieuse et un propagandiste pour les terroristes, sans honte et sans hésitation. Ceci vient après une longue période pendant laquelle il a tenté de [nous] duper, en essayant de se faire passer pour [quelqu'un] de modéré et de religieusement tolérant.

Al-Qaradhawi a publié une fatwa [appelant] à enlever des civils américains et à les tuer de sang froid pour atteindre deux buts: «protéger le peuple irakien et élever [le statut] de l’islam, de celui des musulmans et leur rang parmi les nations! En tant qu’Irakiens, la fatwa du propagandiste du terrorisme ne nous a point surpris, car il est le guide spirituel de la chaîne de télévision qatari Al-Jazirah, que les Irakiens surnomment à juste titre «la chaîne satellite des [terroristes]masqués », et qui fournit de grands efforts jour et nuit pour encourager le terrorisme en Irak. Le parti des Frères Musulmans en Egypte a proposé d’élire Al-Qaradhawi comme dirigeant du parti. Il a refusé [l'offre], peut-être pour ne pas faire incomber au parti une quelconque responsabilité concernant la publication de ses fatwas sanguinaires et pour tirer profit de la religion d’une main libre à des fins politiques et financières, comme il apprécie tant le faire (…).

Il est curieux et déroutant qu’Al-Qaradhawi ait émis une fatwa appelant uniquement au meurtre de soldats et de civils américains en Irak, et non en Egypte, au Koweït, au Qatar ou partout ailleurs dans le monde. Al-Qaradhawi vit au Qatar dans une maison décorée luxueusement, et travaille pour la chaîne Al-Jazirah, à quelques mètres à peine de la plus grande basemilitaire américaine dans le monde, hors des Etats-Unis. D’autant plus que, le cheikh s’est rendu à Londres, la capitale de la Grande-Bretagne, le plus grand allié des Etats-Unis, qui apporta son assistance à l’«occupation» de l’Irak […].

Une question pour l’assoiffé de sang, le dignitaire religieux épris de terrorisme Al-Qaradhawi et ses partisans parmi les cheikhs [de l'université] d’Al-Azhar: Savez-vous ce qui est dans l’intérêt du peuple irakien mieux que les Irakiens eux-mêmes[…]? Qui vous a autorisé à vous imposer comme les gardiens du peuple irakien? A traversles actes des religieux assoiffés de sang qui publient des fatwas terroristes et à travers leur soutien pour les terroristes, ils ont transformé la pensée islamique en une idéologie de terreur et ce faisant ils ont causé le plus grand tort aux musulmans, à l’islam, à la pensée islamique et à la réputation de l’islam dans le monde […]». [17]

Il n’y a aucune réelle modération dans l’Islam politique

Said Al-Hamad, un chroniqueur pour le quotidien Bahreïni, Al-Ayyam, écrit: «Il est possible que la fatwa du « cheik » et de « l’Imam des modérés », cheik Youssef Al-Qaradhawi, qui a permis et a même commandé l’enlèvement et le massacre des civils américains en Irak […] dissipera la confusion […] que nous, les intellectuels progressistes, avons au sujet de la «modération» et de «l’extrémisme» parmi les courants de l’islam politique, dans toutes ses diverses formes et gradations. Il est possible que cette fatwa, publiée par le «cheikh de la modération et du compromis [ wasatiya ]», vienne mettre un terme au débat parmi les progressistes [sur la question de] […] l’existence de la «modération» dans la pensée et le discours de certains des courants de l’Islam politique [ou si] cette «modération» est simplement quelque chose de superficiel, forcé par des conditions spécifiques ou, dans la terminologie moderne, [si celle-ci est] simplement une tactique ou une prudence conditionnelle, et non une stratégie ou un principe basé sur la pensée de ces divers groupes et courants, dans toutes leurs désignations et écoles changeantes.

La fatwa d’Al-Qaradhawi, qui porte le titre de «cheikh et Imam des modérés», a conduit à l’effondrement quasi total de la modération et a détruit les bases même de la «voie du compromis». Elle souligne que la question de la «modération et de l’extrémisme» est une question relative parmi les différents courants de l’islam politique. Al-Qaradhawi a démontré la vérité de la conclusion tirée par le chercheur [égyptien] renommé, Nasser Hamed Abu Zayd, qui a indiqué que les différences dans la conceptualisation de la modération et de l’extrémisme parmi les différents courants de l’islam politique, [illustré] dans leurs nombreux sermons, sont seulement une question de degrés et non de genre. La différence est une de quantité et non de fond. La preuve de ceci est la fatwa d’Al-Qaradhawi […] dans laquelle il n’interdit pas le massacre et le meurtre, mais limite la catégorie et la quantité des civils américains. La fatwa de cheikh Qaradhawi […] nous obligera, [en tant que] intellectuels progressistes, a réévalué le concept de la «modération» ou de «l’extrémisme» des groupes islamiques de grand renom sur la scène arabe, tant que les «modérés», s’ils existent, ne se dépêchent pas pour corriger l’équilibre de la modération par une fatwa honnête et sans équivoque qui s’opposera à la fatwa de leur cheikh et imam […]». [18]

Le chroniqueur irakien Aziz Al-Hajj a écrit sur le site Internet progressiste, Elaph: « Quel genre de cause nationale est celle qui se sert d’enfants comme de l’essence pour enflammer une guerre totale de destruction, au nom de la liberté nationale et religieuse ? […] Le terrorisme arabe-islamique est devenu le plus grand danger au monde et menace la civilisation, la sécurité et la vie partout. Aujourd’hui, il est le symbole du mal, du fanatisme religieux, de la dégradation morale et l’essence du crime politique dans le monde actuel […]. Le terrorisme islamique est le résultat de l’islam politique « modéré », comme il est généralement décrit. La dernière preuve est la récente fatwa du cheik Al-Qaradhawi appelant au massacre de tous les Américains en Irak [… ]». [19]

La solution au problème du terrorisme: inculper ceux qui incitent au terrorisme

Le chercheur et auteur, Dr Shaker Al-Nabulsi, qui écrit pour le site Internet progressiste Elaph, a également fortement critiqué la fatwa d’Al-Qaradhawi, et a soulevé des questions au sujet de ses motifs en choisissant les Américains comme cible au lieu des autres forces de la coalition: «Est-ce parce que les Américains sont la raison pour laquelle Al-Qaradhawi a perdu trois millions de dollars qui étaient dans son compte bancaire «Al-Taqwa», appartenant aux Frères Musulmans, qui était le contributeur principal de l’organisation Al-Qa’ida, et qui a été fermé, ses capitaux et dépôts confisqués, grâce aux efforts américains de tracer [les activités] de cette banque douteuse qui avait financé diverses opérations de terreur? ¶ Est-ce parce que l’Amérique a empêché Al-Qaradhawi d’entrer dans son territoire et a révoqué le visa qu’elle lui avait accordé par le passé? ¶ Est-ce qu’Al-Qaradhawi a omis les soldats et les civils britanniques de son dernier fatwa parce que la Grande-Bretagne est actuellement la seule ouverture dont Qaradhawi dispose pour visiter et discourir en occident, après qu’il ait brûlé ses ponts avec la France due à sa position négative sur la [loi] empêchant [le port du] voile [dans les écoles][…]?

Sur quel vers ou sur quelle tradition divine ou prophétique, Al-Qaradhawi s’est-il basé dans cette fatwa ? ¶ Y-a-t-il un vers dans le Coran qui indique: ¶ «Oh fidèles, si les Américains renversent le régime de Saddam combattez-les, leurs soldats, leurs enfants et leurs femmes, sans exceptions […]»? Y-a-t-il une tradition issue de la parole de Dieu disant: ¶ «Oh mes serviteurs, vous devez [tuer] les Américains, leurs soldats et leurs civils. ¶ Ils sont simplement morts mais vous êtes des martyres»?» ¶

¶ Al-Nabulsi continue en décrivant la faiblesse repandue dans le monde arabe: « ¶ Il n’y a aucun doute que le vide politique arabe, la nature pitoyable des politiciens arabes, l’échec des partis politiques, le vide du discours politique arabe, l’effondrement et l’atténuation des structures politiques arabes, l’absence d’une base populaire arabe politiquement consciente, l’absence d’une opinion publique active capable de provoquer le changement […] a permis à ceux qui portent des turbans [c.-à-d. les chefs religieux] de monter aux estrades politiques, dans l’est et l’ouest du monde arabe, et de diriger l’activité politique arabe qui s’est transformé en une expression de l’appel croisant au carnage au nom de la nouvelle religion qu’à apporter Al-Qaradawi, ainsi que le reste des groupes intégristes terroristes. ¶ C’est la preuve incontournable que nous sommes devenus une nation en faillite politique. ¶ Nous l’avons hérité de nos pères et nous la léguons à nos enfants […].Les régimes arabes ne sont pas capables de contenir les cheikhs religieux et de les empêcher de disséminer des décrets politico-religieux, puisque certains de ces décrets sont à leur avantage, renforçant leur influence, prolongeant leur règne, et leur fournissant une égide religieuse. ¶ Les partis politiques séculaires ne sont pas capables de former une coalition entre eux car le tribalisme et la loyauté familiale règnent au sein de ces parties […]. La base populaire arabe a disparu, elle a faim, elle n’est pas éduquée, elle est fatiguée et elle a perdu tout espoir envers les forces politiques arabes. ¶ Elle voit dans les cheikhs de l’establishment religieux et dans leurs fatwas son dernier refuge contre la haine, l’oppression, la famine, l’abandon et le vol de l’establishment régnante. ¶ Les élites intellectuelles et politiques arabes qui vivent dans le monde arabe sont incapables de gérer les cheikhs religieux et leurs décrets dus à de leur crainte du pouvoir de ces cheikhs, qui ont des milices armées sanguinaires qui sont capables de décapiter n’importe quel intellectuel ou politicien qui s’oppose à eux […]. La majorité des voix s’opposant à ces cheikhs et attaquant leurs décrets sont ces Arabes qui vivent en Occident, loin de la violence des cheikhs contre leurs adversaires. ¶

Alors que faire? ¶ Il n’y a qu’une solution. ¶ Un groupe d’intellectuels arabes progressistes prêts à mettre leurs vies en danger doivent se rencontrer et rédiger une déclaration humaniste, internationale, progressive écrite dans la langue, la manière de pensée et la logique du 21ème siècle. ¶ Il doit présenter cette déclaration à l’ONU et exiger que le Conseil de sécurité en discute et passe une résolution à son sujet qui accordera à l’ONU [l'autorité] d’établir un tribunal, qui s’appellera la «Cour du terrorisme». ¶ Tous ceux qui fomentent le terrorisme et disséminent des fatwas encourageant le terrorisme, et tous ceux qui pratiquent le terrorisme, seront amenés devant ce tribunal. ¶ [C'est nécessaire] car le terrorisme est devenu un problème global et international qui ne concerne pas uniquement les Arabes […]». [20] ¶

[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 2 septembre 2004.

[2] Al-Quds Al-Arabi (Londres), 23 août 2004. ¶ Pour plus d’information sur cette déclaration voir la Dépêche spéciale No. 776 de MEMRI : «Les Frères musulmans soutiennent le combat contre les forces américaines enIrak».

[3] Al-Hayat (Londres), 9 septembre 2004.

[4] Al-Hayat (Londres), 23 septembre 2004.

[5] Al-Quds Al-Arabi (Londres), 9 septembre 2004.

[6] http://www.aljazeera.net , 9 juin 2004.

[7] http://www.aljazeera.net , 9 juin 2004.

[8] http://www.aljazeera.net , 9 juin 2004.

[9] Al-Quds (Jérusalem), 4 septembre 2004. ¶

[10] Al-Quds (Jérusalem), 3 septembre 2004.

[11] Al-Hayat (Londres), 5 septembre 2004.

[12] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 3 septembre 2004.

[13] Al-Rai Al-Aam (Koweït), 5 septembre 2004.

[14] Al-Ayyam (Bahreïn), 7 septembre 2004.

[15] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 4 septembre 2004.

[16] Al-Ahali (Irak) 8 septembre 2004.

[17] http://www.elaph.com , 5 septembre 2004.

[18] Al-Ayyam (Bahreïn), 7 septembre 2004.

[19] http://www.elaph.com , 4 septembre 2004.

[20] http://www.elaph.com , 3 septembre 2004.

L’Institut de recherche des medias du Moyen-Orient
Dépêches spéciales
No. 542
Juillet 28, 2003
http://www.memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP79404

Voir aussi pour l’Irak:

Tous les Américains en Irak sont des combattants, il n’y a aucune différence entre les civils et les soldats et l’on doit les combattre, dans la mesure où les civils américains sont venus en Irak pour servir l’occupation. L’enlèvement et le meurtre d’Américains en Irak est une obligation [religieuse] en vue de les pousser à quitter l’Irak immédiatement. La mutilation des cadavres est [néanmoins] interdite par l’islam.

Les réactions à la fatwa du Cheikh Al-Qaradhawi appelant à l’enlèvement et au meurtre de civils américains en Irak

Lors d’un congrès portant sur le thème « pluralisme et islam » qui s’est déroulé fin août 2004 au Syndicat des Journalistes Egyptiens au Caire, le Cheikh Dr. Youssef Al-Qaradhawi, un chef du mouvement des Frères Musulmans et l’une des autorités les plus influentes dans les cercles islamistes, a émis une position religieuse légale autorisant l’enlèvement et le meurtre de civils américains en Irak dans le but de faire pression sur l’armée américaine pour qu’elle évacue ses troupes. Al-Qaradhawi insista sur le fait que selon lui, «tous les Américains en Irak sont des combattants, il n’y a aucune différence entre les civils et les soldats et l’on doit les combattre, dans la mesure où les civils américains sont venus en Irak pour servir l’occupation. L’enlèvement et le meurtre d’Américains en Irak est une obligation [religieuse] en vue de les pousser à quitter l’Irak immédiatement. La mutilation des cadavres est [néanmoins] interdite par l’islam». [1]

Al-Qaradhawi prenait cette position une semaine après que des dignitaires musulmans de premier plan, originaires de plusieurs pays, avaient publié une déclaration appelant au soutien des forces luttant contre la coalition en Irak. Cette déclaration était signée par 93 religieux musulmans, dont des membres influents du mouvement des Frères Musulmans, parmi eux Al-Qaradhawi, ainsi que des dirigeants du Hamas, du Jihad Islamique et du Hezbollah. [2]

Dix jours après qu’ait été exprimée la position d’Al-Qaradhawi relative à l’enlèvement et au meurtre de civils américains en Irak et après que ses propos aient déjà suscité des réactions enflammées dans le monde musulman, Al-Qaradhawi envoya un fax au bureau du quotidien Al-Hayat dans lequel il nia «tout ce qui a été dit en mon nom dans les médias au sujet du meurtre de civils américains en Irak». Selon Al-Qaradhawi, «certains organes de presse ont prétendu que j’avais publié une position légale religieuse ayant pour effet d’affirmer qu’il existe une obligation de tuer des civils américains en Irak. Ces allégations ne sont pas fondées. Je n’ai pas publié de fatwa sur cette question. Au Syndicat des Journalistes Egyptiens, il y a quelques jours, l’on m’a demandé s’il était permis de combattre l’occupation en Irak et j’ai répondu que c’était autorisé. Puis l’on m’a interrogé à propos des civils américains en Irak et j’ai simplement répondu par cette question: Y a-t-il des civils américains en Irak? Il est notoire que dans les fatwas de ce type, je n’emploie pas le terme de «meurtre» mais je préfère celui de «lutte», qui est un mot plus général que celui de «meurtre» et qui ne signifie pas nécessairement tuer. De plus, j’ai condamné les prises d’otages à plusieurs occasions dans le passé et ai exigée qu’ils soient libérés et que leurs vies ne soient pas mises en danger». [3]

A une autre occasion, Al-Qaradhawi expliqua qu’un civil en Irak est «quelqu’un qui ne prend pas part au combat et ne soutient pas les forces d’occupation. [Néanmoins, concernant] ceux qui soutiennent les occupants, leur statut est identique à ces derniers. L’occupation combat les musulmans et quiconque vient en aide à l’occupation a le même statut que l’armée». Il précisa en outre que sa position s’applique également aux civils irakiens musulmans. [4]

Il est important de souligner que préalablement à la publication de son démenti, le directeur du bureau d’Al-Qaradhawi, Isam Talima, affirma qu’Al-Qaradhawi avait effectivement émis une fatwa ayant pour effet de rendre obligatoire la lutte contre les civils américains en Irak, ceux-ci étant considérés comme des envahisseurs. [5]

Tel que cela a été mentionné ci-dessus, le décret d’Al-Qaradhawi provoqua une variété de réactions parmi des personnalités religieuses et des intellectuels musulmans; voici les plus importantes d’entre elles:

Des religieux d’Al-Azhar: Les Américains en Irak ne sont pas des civils innocents et il est en conséquence autorisé de les tuer

Certaines personnalités religieuses de l’Université d’Al-Azhar au Caire ont exprimé un soutien sans faille à la position d’Al-Qaradhawi. L’ancien doyen de la Faculté des Fondamentaux Religieux d’Al-Azhar, le Docteur Abd Al-Mu’ti Bayyoumi, a expliqué: «La loi islamique dispose qu’il est interdit de tuer des civils se tenant à distance des zones de combat, qui ne participent pas aux opérationsmilitaires et qui n’ont aucun lien avec l’occupation des terres. Néanmoins, concernant les civils prenant part aux opérations militaires, qu’il s’agisse d’approvisionner en nourriture ou de prodiguer des soins aux combattants, leur statut légal est celui de combattants qui attaquent la terre, l’honneur et la propriété, et en conséquence l’Islam n’interdit pas de les tuer». [6]

Un maître de conférences à l’Université d’Al-Azhar, le Docteur Salih Zaydan, ajoute: «Quiconque collabore avec les soldats qui attaquent la terre des musulmans, comme les civils américains qui assistent l’armée en Irak, devient lui-même un combattant par ses actions.Les musulmans sont autorisés à combattre de tels individus et à les tuer dans le but de défendre la terre, l’honneur et la propriété, et il n’existe ainsi aucune interdiction de les tuer». [7]

L’ancien sous-secrétaire du Département des Dotations Religieuses, le Cheikh Mansour Al-Rifa’i Ubeid, justifie: «Il est illogique [de penser] que les Etats-Unis envoient leurs citoyens en Irak dans l’état de guerre [actuel] sans qu’ils aient un rôle dans les opérations militaires. En conséquence, ils ne sont pas des civils, mais des combattants dont le statut [au sens de la loi religieuse] est identique à celui de combattants militaires». [8]

Le Docteur Abd Al-Azim Al-Muta’ani, un membre du Comité Suprême des Affaires Islamiques au Caire et conférencier à l’Université d’Al-Azhar, expliqua que seul un civil américain qui vivait déjà en Irak avant l’occupation n’est pas inclus dans la fatwa: « Al-Qaradhawi fonde sa fatwa selon laquelle il est permis de tuer des civils américains sur le fait qu’ils sont venus en Irak en tant qu’envahisseurs (…). Il est [normalement] interdit de s’en prendre à des civils, mais les civils et les soldats [américains] sont venus en Irak en tant que forces d’invasion. Le crime [qui est interdit] est celui d’attaquer des civils américains sur leur propre terre. Non seulement ceux qui sont armés mais également ceux qui assistent les soldats américains ont un statut identique [au sens de la loi religieuse], mis à part les civils américains qui se trouvaient déjà en Irak avant l’occupation et qui y sont restés; ils ne doivent pas être considérés comme des envahisseurs. Cependant ces derniers sont très peu nombreux en raison des relations très tendues entre Washington et Bagdad». Al-Muta’ani a également donné son opinion concernant les Arabes qui aident les Américains: «Un Arabe ou un musulman qui soutient les forces d’occupation américaines en Irak est un traître dont le statut [au sens de la loi religieuse] est identique à celui des civils américains. Il est permis de l’enlever et de le tuer, mais il est défendu de mutiler son cadavre, ceci étant interdit par la shari’a ».

Le Docteur Abd Al-Sabour Shahin, un conférencier à l’ Université du Caire, célèbre pour ses activités de propagation de l’islam, met l’accent sur le fait que tandis qu’il est permis d’enlever et de tuer des civils américains en Irak, aucun mal ne doit être fait aux journalistes européens: «Je soutiens la fatwa d’Al-Qaradhawi à cent pour cent dans la mesure où si ce n’était pour l’occupation, [les civils américains] ne viendraient pas en Irak[…]. [Néanmoins,] les non-américains, comme les reporters français et les autres européens, venus en Irak afin d’informer le monde des faits, doivent être considérés comme étant venus aider le peuple irakien et il n’y a aucune raison de leur faire du mal, la cause irakienne ayant encore besoin de leur aide». [9]

L’ Ayatollah Hussein Isma’il Al-Sadr, dignitaire chiite irakien de premier plan, a critiqué la fatwa d’Al-Qaradhawi et s’est opposé à l’ingérence de religieux étrangers dans la situation en Irak: «L’Irak dispose de ses propres autorités religieuses à même de comprendre le pays et ses habitants […]. Les fatwas émises par des personnalités religieuses hors des frontières irakiennes ne sont pas basées sur une analyse exacte de l’état de la situation dans le pays». [10]

Des intellectuels musulmans progressistes s’opposent à la fatwa d’Al-Qaradhawi

Cette fatwa est un appel au meurtre général

Le Docteur Ahmad Al-Rub’i, éditorialiste pour le quotidien en langue arabe basé à Londres, Al-Sharq Al-Awsat, a écrit: «Comme si ces assassinats quotidiens ne nous suffisaient pas; nous nous réveillons en assistant aux décapitations des travailleurs népalais en Irak et nous nous couchons avec la nouvelle de la prise en otages de centaines d’enfants innocents en Russie, et dans le cours de [la journée nous entendons parler] de l’enlèvement de journalistes français et des travailleurs turcs égorgés à Bagdad. Comme si tout ceci n’était pas suffisant, apparaît ici quelqu’un sensé être un promoteur modéré de l’Islam, le Cheikh Youssef Al-Qaradhawi, publiant une position légale religieuse autorisant le meurtre de citoyens américains en Irak […]. [11]

Le Cheikh Al-Qaradhawi est comme nombre de ces cheikhs radicaux qui ne meurent généralement pas [pour une cause] et n’optent pas pour la voie du martyre. Leurs fils non plus, qui étudient pour la plupart dans les meilleures universités en occident. De telles fatwas sont lues par de jeunes musulmans exaltés tentés de se rendre en Irak pour remplir le devoir religieux prêché par le cheikh Al-Qaradhawi. Puisqu’il n’y a aucune différence entre un américain se rendant en Irak avec une organisation internationale pour aider la population en lui fournissant des soins médicaux et un soldat au combat, que pourra arrêter un jeune homme enflammé, qui respecte et croit le cheikh Al-Qaradhawi, d’aller tuer un docteur ou un employé civil des [organisations] humanitaires en Irak […] et au vu des difficultés pour rentrer en Irak, pourquoi ce jeune exalté ne devrait-il pas tuer des soldats américains dispersés à travers les pays du Golfe qui collaborent [avec les Etats-Unis] – en particulier Doha et le Koweït – car après tout, la plupart d’entre eux ont servi ou ont été employés en Irak? Et pourquoi ne devrait-il pas tuer les civils américains au Koweït ou au Qatar, étant donné que ces pays aident l’armée américaine? Et de la même manière […] n’est-il pas du devoir du jeune exalté plein de respect pour Al-Qaradhawi d’aller tuer des responsables qataris et koweïtiens qui ont rendu possible le stationnement de ces forces dans leur pays?

Ce qui distingue la folie de la raison et l’extrémisme de la modération est clair. Al-Qaradhawi, qui mène une vie de luxe et de confort à Doha, émet une fatwa pour tuer des civils américains, alors que les quatre Imams chiites qui se sont réunis dans la demeure d’Al-Sistani à Najaf et qui vivent sous occupation, lancent des appels opposés à la violence contre les forces américaines. Voilà la différence entre une pensée responsable et une pensée irresponsable, entre une pensée tournée vers la protection de la vie des gens et une pensée appelant au meurtre tout en faisant des conférences sur la modération». [12]

Dr Wael Al-Hasawi, chroniqueur du quotidien koweïtien Al-Rai Al-Aam a écrit les propos suivants: « Je ne suis pas un expert et ne publie pas de fatwas, mais je suis en droit de questionner certaines des opinions religieuses des clercs d’un point de vue réaliste par rapport à leur compatibilité avec les principes de base de l’islam. La fatwa d’Al-Qaradhawi ouvre de nouvelles portes à la justification de crimes barbares perpétrés contre des étrangers en Irak. La logique exige que ce qui s’avère vrai pour les Américains, l’est aussi pour les Anglais, les Italiens, les Japonais et autres, car ils sont des envahisseurs ou aident les envahisseurs. En outre, le mot «civil» désigne aussi les journalistes qui sont venus en Irak pour rendre compte des événements et révéler au monde entier ce qu’il se passe [sur les lieux], ainsi que les ingénieurs, les experts et les ouvriers qui sont venus avec leurs entreprises dans le but de reconstruire l’Irak et n’ont rien à voir avec la guerre (…).

La ligne qui sépare le djihad pour Allah de la dissémination de la corruption sur la terre est ténue, et le devoir des dignitaires religieux est de clarifier cet aspect au peuple et de les empêcher de mal agir et d’effectuer des actes barbares sous couvert de défendre leur pays et leur peuple (…). Un des points qu’il est temps que les dignitaires religieux examinent et réglementent est la question de la prise de civils comme cibles – femmes, enfants et hommes – même dans des pays occupés par (…) des envahisseurs tels la Palestine ou la Tchétchénie. Nous en avons assez de justifier ceci par [le fait] qu’il n’y a pas de différences entre les civils et les soldats dans un pays comme l’entité sioniste en Palestine, ou qu’un pays comme la Russie ait porté atteinte aux Musulmans en Tchétchénie et tué nombre d’entre eux (…) Il est impossible d’atteindre de hauts objectifs excepté par des moyens de même nature. Le plus grand crime qui a lieu dans notre génération est la dénaturation de l’image de l’islam (…)». [13]

Les dignitaires religieux sont loin d’être exemptés de leur part de responsabilité concernant la terreur

Une écrivaine et journaliste de Bahreïn, Sawsan Al-Sha’er réplique à la fatwa d’Al-Qaradhawi dans sa chronique du quotidien bahreïni Al-Ayyam en exposant les points suivants: « (…) Ainsi, aujourd’hui, il y a des bombes à retardement, particulièrement parmi les Arabes sunnites dispersés parmi nous, dans les pays arabes ainsi que dans le reste du monde, attendant le moment propice pour se faire exploser et tuer quiconque se trouvant à leurs côtés (comme acte de djihad) (…) Ces bombes à retardement sont nos fils, qui ont vu le jour sur notre sol et ont été éduqués par nos cheikhs et nos dignitaires religieux.

Les musulmans sont embarrassés quand ils se trouvent face aux dignitaires religieux et aux cheikhs qui admettent au travers de leur position hésitante [envers les tueries] qu’il y a encore des défenseurs de cette tendance suicidaire (djihadiste) dans nos milieux et que ceux-ci ont une influence sociale et la capacité de peser sur le statut populaire de ces cheikhs. Il y a des courtisans parmi nous, qui défendent cette tendance de kamikazes … Ils font en sorte que chaque mot qui sort de leur bouche soit ambigu (…) d’une part, ils s’efforcent de détourner l’accusation de terrorisme [dirigée à l'encontre] des musulmans, et d’autre part il prie pour le bien-être et la longévité des défenseurs de cette tendance. Ce sont les Arabes qui ont effectué toutes les dernières attaques terroristes atroces. Le fait qu’ils [les auteurs] ne fassent pas partie des rangs de nos cheikhs et nos dignitaires religieux ne prouve pas que ce groupe n’est pas rendu responsable d’extrémisme. Aussi longtemps que nous ne reconnaissons pas cette responsabilité, notre tour viendra, et celui de nos dignitaires religieux et de nos cheikhs viendra tout autant.» [14]

L’ancien directeur du quotidien londonien Al-Sharq Al-Awsat, Abd Al-Rahman Al-Rashed, a écrit dans un article intitulé «la triste vérité est que tous les terroristes sont musulmans»: «Ecoutez ce que le télé-coraniste, Yousef Al-Qaradhawi, a dit. Il a émis une fatwa publique permettant de tuer les Américains en Irak. Imaginez un dignitaire religieux poussant au meurtre de civils; un vieux cheikh incitant de jeunes garçons à tuer des civils alors que ses deux filles étudient sous la protection [des forces] de sécurité britannique au Royaume-uni infidèle. Comment un père comme lui peut-il regarder dans les yeux la mère du jeune [Nick] Berg dont la gorge a été tranchée parce qu’il s’était rendu en Irak pour travailler en tant qu’ingénieur à [Prometheus] Towers [Company]? Comment pouvons-nous le croire quand il nous affirme que l’islam est une religion de compassion et de tolérance alors qu’il la transforme en religion de sang (…)?

Il est clair qu’aucun honneur ne nous est rendu lorsque l’un d’entre nous détient des élèves en otage dans une école, kidnappe des journalistes, tue des civils ou fait exploser des bus, quelque soit la douleur des vengeurs. Ce sont eux qui ont dénaturé et porté atteinte à l’islam. Nous pourrons rétablir notre réputation seulement une fois que nous aurons admis le fait évident et honteux que la plupart des actes terroristes dans le monde sont perpétrés par des musulmans. Nous devons réaliser que la seule condition, pour pouvoir corriger la situation de nos jeunes qui effectuent ces opérations honteuses, est de soigner l’esprit de nos cheikhs, qui se sont reconvertis en révolutionnaires de pupitre, en envoyant les enfants des autres se battre alors qu’ils envoient leurs propres enfants dans des écoles européennes». [15]

Hussein Sanjari a écrit dans un article intitulé «Quiconque incite au terrorisme est un terroriste» dans l’hebdomadaire irakien Al-Ahali: «Cheikh Youssef Al-Qaradhawi a explicitement dit que «tuer des soldats et des civils en Irak était un devoir religieux». Cette même fatwa a été publiée par le dignitaire religieux libanais chiite, Muhammad Hussein Fadlallah. Ces deux individus et des centaines de milliers de mullahs dans toutes les terres d’Islam (…) donnent des sermons hebdomadaires encourageant les jeunes à tuer et faire couler le sang en Tchétchénie, en Irak, au Kurdistan, en Palestine, en Arabie Saoudite, en Afghanistan, en Amérique, en Europe, en Asie et dans le Pacifique. Regardez ce qu’il s’est passé avec le massacre d’enfants à Beslan et rappelez-vous bien ce dont le monde entier se souvient, que les Arabes syriens, jordaniens et yéménites se trouvaient parmi ceux qui criaient «Allah Akbar, nous sommes ici pour mourir(…)»

Les Kurdes ont raconté que l’un des kamikazes qui fut attrapé avant de réussir à se faire exploser fut questionné par ses interrogateurs: «Pourquoi aviez-vous enveloppé vos parties génitales dans tous ces bandages?» Le terroriste répondit: «On m’avait conseillé [de faire cela] pour que mes parties génitales ne soient pas endommagées lors de l’explosion et qu’elles restent intactes lorsque j’irai au paradis et serai accueilli par les vierges.

Quand les dignitaires religieux réformistes viendront-ils purifier la religion de ces idées sanguinaires ? Ils feront surface lorsque le nœud unissant la religion avec la politique sera défait. Nous devons séparer les deux, pour le bien de la religion et encore plus pour le bien de la politique (…)». [16]

Cheikh Al-Qaradhawi a dévoilé son vrai visage

Dr Abd Al-Khalik Hussein, collaborateur du site Internet progressiste Elaph a écrit: « Finalement, le Cheikh Yousef Al-Qaradhawi a dévoilé son vrai visage, le même visage que celui de tous les terroristes masqués, et s’est proclamé être une autorité religieuse et un propagandiste pour les terroristes, sans honte et sans hésitation. Ceci vient après une longue période pendant laquelle il a tenté de [nous] duper, en essayant de se faire passer pour [quelqu'un] de modéré et de religieusement tolérant.

Al-Qaradhawi a publié une fatwa [appelant] à enlever des civils américains et à les tuer de sang froid pour atteindre deux buts: «protéger le peuple irakien et élever [le statut] de l’islam, de celui des musulmans et leur rang parmi les nations! En tant qu’Irakiens, la fatwa du propagandiste du terrorisme ne nous a point surpris, car il est le guide spirituel de la chaîne de télévision qatari Al-Jazirah, que les Irakiens surnomment à juste titre «la chaîne satellite des [terroristes]masqués », et qui fournit de grands efforts jour et nuit pour encourager le terrorisme en Irak. Le parti des Frères Musulmans en Egypte a proposé d’élire Al-Qaradhawi comme dirigeant du parti. Il a refusé [l'offre], peut-être pour ne pas faire incomber au parti une quelconque responsabilité concernant la publication de ses fatwas sanguinaires et pour tirer profit de la religion d’une main libre à des fins politiques et financières, comme il apprécie tant le faire (…).

Il est curieux et déroutant qu’Al-Qaradhawi ait émis une fatwa appelant uniquement au meurtre de soldats et de civils américains en Irak, et non en Egypte, au Koweït, au Qatar ou partout ailleurs dans le monde. Al-Qaradhawi vit au Qatar dans une maison décorée luxueusement, et travaille pour la chaîne Al-Jazirah, à quelques mètres à peine de la plus grande basemilitaire américaine dans le monde, hors des Etats-Unis. D’autant plus que, le cheikh s’est rendu à Londres, la capitale de la Grande-Bretagne, le plus grand allié des Etats-Unis, qui apporta son assistance à l’«occupation» de l’Irak […].

Une question pour l’assoiffé de sang, le dignitaire religieux épris de terrorisme Al-Qaradhawi et ses partisans parmi les cheikhs [de l'université] d’Al-Azhar: Savez-vous ce qui est dans l’intérêt du peuple irakien mieux que les Irakiens eux-mêmes[…]? Qui vous a autorisé à vous imposer comme les gardiens du peuple irakien? A traversles actes des religieux assoiffés de sang qui publient des fatwas terroristes et à travers leur soutien pour les terroristes, ils ont transformé la pensée islamique en une idéologie de terreur et ce faisant ils ont causé le plus grand tort aux musulmans, à l’islam, à la pensée islamique et à la réputation de l’islam dans le monde […]». [17]

Il n’y a aucune réelle modération dans l’Islam politique

Said Al-Hamad, un chroniqueur pour le quotidien Bahreïni, Al-Ayyam, écrit: «Il est possible que la fatwa du « cheik » et de « l’Imam des modérés », cheik Youssef Al-Qaradhawi, qui a permis et a même commandé l’enlèvement et le massacre des civils américains en Irak […] dissipera la confusion […] que nous, les intellectuels progressistes, avons au sujet de la «modération» et de «l’extrémisme» parmi les courants de l’islam politique, dans toutes ses diverses formes et gradations. Il est possible que cette fatwa, publiée par le «cheikh de la modération et du compromis [ wasatiya ]», vienne mettre un terme au débat parmi les progressistes [sur la question de] […] l’existence de la «modération» dans la pensée et le discours de certains des courants de l’Islam politique [ou si] cette «modération» est simplement quelque chose de superficiel, forcé par des conditions spécifiques ou, dans la terminologie moderne, [si celle-ci est] simplement une tactique ou une prudence conditionnelle, et non une stratégie ou un principe basé sur la pensée de ces divers groupes et courants, dans toutes leurs désignations et écoles changeantes.

La fatwa d’Al-Qaradhawi, qui porte le titre de «cheikh et Imam des modérés», a conduit à l’effondrement quasi total de la modération et a détruit les bases même de la «voie du compromis». Elle souligne que la question de la «modération et de l’extrémisme» est une question relative parmi les différents courants de l’islam politique. Al-Qaradhawi a démontré la vérité de la conclusion tirée par le chercheur [égyptien] renommé, Nasser Hamed Abu Zayd, qui a indiqué que les différences dans la conceptualisation de la modération et de l’extrémisme parmi les différents courants de l’islam politique, [illustré] dans leurs nombreux sermons, sont seulement une question de degrés et non de genre. La différence est une de quantité et non de fond. La preuve de ceci est la fatwa d’Al-Qaradhawi […] dans laquelle il n’interdit pas le massacre et le meurtre, mais limite la catégorie et la quantité des civils américains. La fatwa de cheikh Qaradhawi […] nous obligera, [en tant que] intellectuels progressistes, a réévalué le concept de la «modération» ou de «l’extrémisme» des groupes islamiques de grand renom sur la scène arabe, tant que les «modérés», s’ils existent, ne se dépêchent pas pour corriger l’équilibre de la modération par une fatwa honnête et sans équivoque qui s’opposera à la fatwa de leur cheikh et imam […]». [18]

Le chroniqueur irakien Aziz Al-Hajj a écrit sur le site Internet progressiste, Elaph: « Quel genre de cause nationale est celle qui se sert d’enfants comme de l’essence pour enflammer une guerre totale de destruction, au nom de la liberté nationale et religieuse ? […] Le terrorisme arabe-islamique est devenu le plus grand danger au monde et menace la civilisation, la sécurité et la vie partout. Aujourd’hui, il est le symbole du mal, du fanatisme religieux, de la dégradation morale et l’essence du crime politique dans le monde actuel […]. Le terrorisme islamique est le résultat de l’islam politique « modéré », comme il est généralement décrit. La dernière preuve est la récente fatwa du cheik Al-Qaradhawi appelant au massacre de tous les Américains en Irak [… ]». [19]

La solution au problème du terrorisme: inculper ceux qui incitent au terrorisme

Le chercheur et auteur, Dr Shaker Al-Nabulsi, qui écrit pour le site Internet progressiste Elaph, a également fortement critiqué la fatwa d’Al-Qaradhawi, et a soulevé des questions au sujet de ses motifs en choisissant les Américains comme cible au lieu des autres forces de la coalition: «Est-ce parce que les Américains sont la raison pour laquelle Al-Qaradhawi a perdu trois millions de dollars qui étaient dans son compte bancaire «Al-Taqwa», appartenant aux Frères Musulmans, qui était le contributeur principal de l’organisation Al-Qa’ida, et qui a été fermé, ses capitaux et dépôts confisqués, grâce aux efforts américains de tracer [les activités] de cette banque douteuse qui avait financé diverses opérations de terreur? ¶ Est-ce parce que l’Amérique a empêché Al-Qaradhawi d’entrer dans son territoire et a révoqué le visa qu’elle lui avait accordé par le passé? ¶ Est-ce qu’Al-Qaradhawi a omis les soldats et les civils britanniques de son dernier fatwa parce que la Grande-Bretagne est actuellement la seule ouverture dont Qaradhawi dispose pour visiter et discourir en occident, après qu’il ait brûlé ses ponts avec la France due à sa position négative sur la [loi] empêchant [le port du] voile [dans les écoles][…]?

Sur quel vers ou sur quelle tradition divine ou prophétique, Al-Qaradhawi s’est-il basé dans cette fatwa ? ¶ Y-a-t-il un vers dans le Coran qui indique: ¶ «Oh fidèles, si les Américains renversent le régime de Saddam combattez-les, leurs soldats, leurs enfants et leurs femmes, sans exceptions […]»? Y-a-t-il une tradition issue de la parole de Dieu disant: ¶ «Oh mes serviteurs, vous devez [tuer] les Américains, leurs soldats et leurs civils. ¶ Ils sont simplement morts mais vous êtes des martyres»?» ¶

Al-Nabulsi continue en décrivant la faiblesse repandue dans le monde arabe: « ¶ Il n’y a aucun doute que le vide politique arabe, la nature pitoyable des politiciens arabes, l’échec des partis politiques, le vide du discours politique arabe, l’effondrement et l’atténuation des structures politiques arabes, l’absence d’une base populaire arabe politiquement consciente, l’absence d’une opinion publique active capable de provoquer le changement […] a permis à ceux qui portent des turbans [c.-à-d. les chefs religieux] de monter aux estrades politiques, dans l’est et l’ouest du monde arabe, et de diriger l’activité politique arabe qui s’est transformé en une expression de l’appel croisant au carnage au nom de la nouvelle religion qu’à apporter Al-Qaradawi, ainsi que le reste des groupes intégristes terroristes. ¶ C’est la preuve incontournable que nous sommes devenus une nation en faillite politique. ¶ Nous l’avons hérité de nos pères et nous la léguons à nos enfants […].

Les régimes arabes ne sont pas capables de contenir les cheikhs religieux et de les empêcher de disséminer des décrets politico-religieux, puisque certains de ces décrets sont à leur avantage, renforçant leur influence, prolongeant leur règne, et leur fournissant une égide religieuse. ¶ Les partis politiques séculaires ne sont pas capables de former une coalition entre eux car le tribalisme et la loyauté familiale règnent au sein de ces parties […]. La base populaire arabe a disparu, elle a faim, elle n’est pas éduquée, elle est fatiguée et elle a perdu tout espoir envers les forces politiques arabes. ¶ Elle voit dans les cheikhs de l’establishment religieux et dans leurs fatwas son dernier refuge contre la haine, l’oppression, la famine, l’abandon et le vol de l’establishment régnante. ¶ Les élites intellectuelles et politiques arabes qui vivent dans le monde arabe sont incapables de gérer les cheikhs religieux et leurs décrets dus à de leur crainte du pouvoir de ces cheikhs, qui ont des milices armées sanguinaires qui sont capables de décapiter n’importe quel intellectuel ou politicien qui s’oppose à eux […]. La majorité des voix s’opposant à ces cheikhs et attaquant leurs décrets sont ces Arabes qui vivent en Occident, loin de la violence des cheikhs contre leurs adversaires. ¶

Alors que faire? ¶ Il n’y a qu’une solution. ¶ Un groupe d’intellectuels arabes progressistes prêts à mettre leurs vies en danger doivent se rencontrer et rédiger une déclaration humaniste, internationale, progressive écrite dans la langue, la manière de pensée et la logique du 21ème siècle. ¶ Il doit présenter cette déclaration à l’ONU et exiger que le Conseil de sécurité en discute et passe une résolution à son sujet qui accordera à l’ONU [l'autorité] d’établir un tribunal, qui s’appellera la «Cour du terrorisme». ¶ Tous ceux qui fomentent le terrorisme et disséminent des fatwas encourageant le terrorisme, et tous ceux qui pratiquent le terrorisme, seront amenés devant ce tribunal. ¶ [C'est nécessaire] car le terrorisme est devenu un problème global et international qui ne concerne pas uniquement les Arabes […]». [20] ¶

[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 2 septembre 2004.

[2] Al-Quds Al-Arabi (Londres), 23 août 2004. ¶ Pour plus d’information sur cette déclaration voir la Dépêche spéciale No. 776 de MEMRI : «Les Frères musulmans soutiennent le combat contre les forces américaines enIrak».

[3] Al-Hayat (Londres), 9 septembre 2004.

[4] Al-Hayat (Londres), 23 septembre 2004.

[5] Al-Quds Al-Arabi (Londres), 9 septembre 2004.

[6] http://www.aljazeera.net , 9 juin 2004.

[7] http://www.aljazeera.net , 9 juin 2004.

[8] http://www.aljazeera.net , 9 juin 2004.

[9] Al-Quds (Jérusalem), 4 septembre 2004. ¶

[10] Al-Quds (Jérusalem), 3 septembre 2004.

[11] Al-Hayat (Londres), 5 septembre 2004.

[12] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 3 septembre 2004.

[13] Al-Rai Al-Aam (Koweït), 5 septembre 2004.

[14] Al-Ayyam (Bahreïn), 7 septembre 2004.

[15] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 4 septembre 2004.

[16] Al-Ahali (Irak) 8 septembre 2004.

[17] http://www.elaph.com , 5 septembre 2004.

[18] Al-Ayyam (Bahreïn), 7 septembre 2004.

[19] http://www.elaph.com , 4 septembre 2004.

[20] http://www.elaph.com , 3 septembre 2004.

Dépêches spéciales – No. 794
Octobre 6, 2004
No.794


Anti-christianisme: Une conception de l’inspiration très… datée ? (Bible criticism: the worst book with the exception of all others)

19 février, 2006
Samson_1PropagandanazistabsbibleLincoln1_1Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes : je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir ; Vous avez ouï qu’il a été dit aux anciens :  » Tu ne tueras pas ; et quiconque tuera, sera passible du jugement « .Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; Vous avez ouï qu’il a été dit :  » Tu ne commettras pas adultère « .Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis adultère avec elle dans son cœur.Vous avez ouï qu’il a été dit :  » Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi « . Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous font du tort et vous persécutent,en sorte que vous soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes. Jésus (Mt 5: 17-44)

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Tout ce que nous appelons progrès – l’affranchissement de l’homme, du travail, la substitution de l’emprisonnement pour la peine de mort, et des amendes pour l’emprisonnement, la destruction de la polygamie,
l’établissement de la liberté de parole, l’objection de conscience ; en bref tout ce qui tend au développement et à la civilisation de l’homme; tous les résultats des recherches, observations, expériences, et la liberté d’esprit ; tout ce qui fut bénéfique à l’homme depuis la fin des Ages Sombres – a été fait à l’encontre de l’Ancien Testament. Robert Ingersoll

Si, avec Suzanne Weil, il faut remercier un certain athéisme en ce qu’il est une purification de l’idée de Dieu, ne pourrait-on pas s’attendre à ce qu’il applique aussi à lui-même ce qu’il n’a de cesse de rappeler aux croyants : qu’il se remette régulièrement à jour ?

Que penser en effet de ce texte de 1894 trouvé sur le site athée.org qui semble développer une conception de l’inspiration (divine donc parfaite et sans aucune erreur dans tous les domaines) bien proche de celle qu’elle critique ?

Et que dire d’une pensée qui ne voit pas que pour Jésus lui-même le Nouveau Testament n’est pas tant dans l’opposition que dans l’approfondissement de l’Ancien ? Qu’un Lincoln, par exemple, est justement le produit d’une long processus de civilisation issu lui-même – et explicitement dans le cas précis – de cette « révélation » judéo-chrétienne au-dessus et contre laquelle il est ici placé ?

Qu’un Martin Luther King ou même un Gandhi, qui viendront bien sûr beaucoup plus tard, n’auraient guère été imaginables sans l’idée de non-violence impliquée par certaines paroles du Jésus des Evangiles ?

Que le principe de séparation des pouvoirs politique et religieux, si important dans les sociétés occidentales et si cruellement absent des pays musulmans, est impliqué par le fameux « Rendez à César » ?

Que l’on a souvent beaucoup moins de certitudes concernant les écrits d’autres auteurs classiques comme ceux des philosophes grecs, un Platon ou un Aristote, qui d’ailleurs dans leur grandeur n’ont jamais remis en question l’esclavage ?

Et, s’il est vrai que notre auteur n’avait effectivement pas encore l’expérience des grandes tentatives humaines de faire table rase de tout ce monstrueux passé (« ce livre est l’ennemi de la liberté humaine – le plus grand obstacle sur la grande route du progrès humain »), il serait intéressant de voir ce que nos athées contemporains ont à dire aujourd’hui du bilan du bolchévisme, du nazisme ou du maoïsme ? D’un Capital, d’un Mein Kampf ou d’un Petit Livre rouge ?

AU SUJET DE LA SAINTE BIBLE

PAR ROBERT G. INGERSOLL

1894

Quelqu’un doit dire la vérité au sujet de la Bible. Les prêcheurs n’osent pas, parce qu’ils perdraient leur chaire. Les professeurs de collèges n’osent pas, ils perdraient leur salaire. Les politiciens n’osent pas. Ils seraient battus. Les journalistes n’osent pas. Ils perdraient leurs abonnés. Les marchants n’osent pas, parce qu’ils pourraient perdre des clients. Les intellectuels n’osent pas, de peur de perdre leur prestige. Même les employés n’osent pas, parce qu’ils pourraient être renvoyés. Et donc j’ai pensé que je devais le faire moi-même.

Il y a bien des millions de personnes qui croient la Bible les mots inspirés de Dieu – des millions qui pensent que ce livre est un repère et un guide, conseiller et consolateur ; qu’il comble le présent de paix et le futur d’espoir – des millions qui croient que c’est la fontaine des lois, de la justice et du pardon, et que de ses enseignements sages et doux, le monde est redevable de ses libertés, sa force et sa civilisation – des millions qui imaginent que ce livre est une révélation de la sagesse et de l’amour de Dieu pour l’esprit et le cœur des hommes – des millions qui considèrent ce livre comme une torche qui conquière les ténèbres de la mort, et déverse son rayonnement sur un autre monde – un monde sans une larme.

Ils oublient son ignorance et sa sauvagerie, sa haine de la liberté, ses persécutions religieuses ; Ils se souviennent du paradis, mais ils oublient le donjon des souffrances éternelles. Ils oublient que c’est l’ennemie de la liberté intellectuelle. La liberté est ma religion. Liberté des mains et de l’esprit – de la pensée et du travail, liberté est un mot haï par les rois – détesté par les papes. C’est un mot qui renverse les trônes et les autels – qui laisse les couronnés sans sujets, et la main tendue de la superstition sans aumônes. La liberté c’est la semence et le sol, l’air et la lumière, la rosée et la pluie du progrès, de l’amour et de la joie.

I

LES ORIGINES DE LA BIBLE

Quelques familles errantes – pauvres, misérables, sans éducation, arts, ou connaissances ; descendants de ceux qui furent mis en esclavage depuis quatre cent ans ; aussi ignorants que les habitants de l’Afrique centrale, ont juste échappé à leurs maîtres dans le désert du Sinaï. Leur chef était Moïse, un homme qui avait été élevé dans la famille du pharaon et enseigné des lois et de la mythologie de l’Egypte. Dans le but de contrôler ceux qui l’avaient suivi, il a prétendu qu’il était instruit et assisté par Jéhovah, le Dieu de ces nomades.

Tout ce qui arrivait était attribué à la volonté de ce Dieu. Moïse a déclaré qu’il avait rencontré ce Dieu face à face ; qu’au sommet de mont Sinaï des mains de ce Dieu il avait reçu les tablettes de pierre sur lesquelles, par le doigt de ce Dieu, les Dix Commandements avaient été écrits, et que, en plus de ça, Jéhovah avait fait savoir quels sacrifices et cérémonies lui étaient agréables et les lois selon lesquelles le peuple devrait être gouverné.

De cette manière la religion Juive et le Code Mosaïque furent établis.

Il est maintenant proclamé que cette religion et ces lois furent et sont révélées et établies pour toute l’humanité.

A cette époque ces nomades n’avaient pas de rapports avec les autres nations, ils n’avaient pas de langage écrit, il ne pouvaient ni lire ni écrire. Ils n’avaient pas de moyen par lequel ils pouvaient faire connaître cette révélation aux autres nations, aussi est-elle restée enfouie dans le jargon de quelques tribus ignorantes, pauvres et inconnues pendant plus de deux milliers d’années.

Bien des siècles après que Moïse, le chef, soit mort – bien des siècles après que tous ceux qui l’avaient suivis soient passés – le Pentateuque fut écrit, le travail de plusieurs écrivains, et pour lui donner force et autorité il fut proclamé que Moïse en était l’auteur.

Nous savons maintenant que le Pentateuque n’a pas été écrit par Moïse.

Des villes sont mentionnées qui n’existaient pas quand Moïse vivait.

La monnaie, qui n’a pas été frappée plusieurs siècles après sa mort est mentionnée.

Aussi, beaucoup ce ses lois n’étaient pas applicables aux nomades du désert – lois sur l’agriculture, sur le sacrifice des bœufs, des moutons et des colombes, sur le port des vêtements, sur les ornements d’or et d’argent, sur la culture des terres, sur la moisson, sur le battage du grain, sur les maisons et les temples, les cités et les refuges, et sur beaucoup d’autres sujets sans applications possibles pour quelques nomades affamés des sables et des rochers.

Maintenant il n’est pas seulement admis par les théologiens intelligents et honnêtes que Moïse n’est pas l’auteur du Pentateuque, mais ils admettent tous que personne ne sait qui étaient les auteurs, ou qui a écrit l’un de ses livres ou un chapitre ou une ligne. Nous savons que ces livres n’ont pas été écrit dans la même génération ; qu’ils n’ont pas été écrit par une seule personne ; qu’ils sont remplis d’erreurs et de contradictions. Il est aussi admis que Josué n’a pas écrit le livre qui porte son nom, parce qu’il se réfère à des événements qui sont arrivés longtemps après sa mort.

Personne ne connaît, ou ne prétend connaître, l’auteurs des Juges ; tout ce que nous savons est qu’ils furent écrit plusieurs siècles après que les Juges aient cessé d’exister. Personne ne connaît l’auteur de Ruth, ni du premier et du deuxième Samuel ; tout ce que nous savons est que Samuel n’a pas écrit les livres qui portent son nom. Dans le 25 ème chapitre du premier Samuel il y a un récit de l’élévation de Samuel par la Sorcière d’En-Dor.

Personne ne connaît l’auteur du premier et deuxième Rois, ni du premier et deuxième Chroniques, tout ce que nous savons est que ces livres n’ont pas de valeurs.

Nous savons que les Psaumes n’ont pas été écrit par David. Dans les Psaumes on parle de la captivité, et elle a eu lieu environ cinq cent ans après que David ait rejoint ses ancêtres.

Nous savons que Salomon n’a pas écrit les Proverbes ou le Cantique des Cantiques ; qu’Esaïe n’est pas l’auteur du livre qui porte son nom, que personne ne connaît les auteurs de Job, de l’Ecclésiaste, ou d’Esther, ou de n’importe quel livre de l’Ancien Testament à l’exception d’Esdras.

Nous savons que Dieu n’est pas mentionné et qu’on ne s’y réfère d’aucune façon dans le livre d’Esther. Nous savons, aussi, que ce livre est cruel, absurde et impossible.

Dieu n’est pas mentionné dans le Cantique des Cantiques, le meilleur livre de l’Ancien Testament.

Et nous savons que l’Ecclésiaste a été écrit par un incroyant.

Nous savons, aussi, que les Juifs eux-mêmes n’ont pas décidé quels livres étaient inspirés – étaient authentiques – avant le deuxième siècle après Christ.

Nous savons que l’idée d’inspiration fut longue à se former, et que l’inspiration a été déterminée par ceux qui avaient certaines fins à accomplir.

II

L’ANCIEN TESTAMENT EST – IL INSPIRE ?

S’il l’est, il devrait être un livre qu’aucun homme – aucun nombre d’hommes – puisse produire.

Il devrait contenir la perfection de la philosophie.

Il devrait s’accorder parfaitement avec chaque fait de la nature.

Il devrait n’y avoir aucune erreur en astronomie, géologie, ou sur n’importe quel sujet ou science.

Sa moralité devrait être la plus haute, la plus pure.

Ses lois et règles de conduite devraient être justes, sages, parfaites, et parfaitement adaptées à l’accomplissement des fins désirées.

Il ne devrait contenir rien de calculé pour rendre l’homme cruel, vindicatif ou infâme.

Il devrait être rempli d’intelligence, de justice, de pureté, d’honnêteté, de pardon et d’esprit de liberté.

Il devrait être opposé aux bassesses et à la guerre, à l’esclavage et à la luxure, à l’ignorance, à la crédulité et à la superstition.

Il devrait développer l’esprit et civiliser le cœur.

Il devrait satisfaire le cœur et l’esprit des meilleurs et des plus sages.

Il devrait être vrai.

Est-ce que l’Ancien Testament remplit ces conditions ?

Y a-t-il quelque chose dans l’Ancien Testament – en histoire, en théorie, en lois, en gouvernement, en moralité, en science – au dessus et au delà des idées, des comportements, des coutumes et préjugés de ses auteurs et du peuple parmi lequel ils vivaient ?

Y a-t-il un rayon de lumière venant d’une source surnaturelle ?

Les anciens Hébreux croyaient que cette Terre était le centre de l’univers, et que le soleil, la lune et les étoiles était des taches sur le ciel.

Avec ceci la Bible est d’accord.

Il pensait que la Terre était plate ; que le ciel, le firmament, était solide – le sol de la maison de Jéhovah.

La Bible enseigne la même chose.

Ils imaginaient que le soleil voyageait autours de la Terre, et qu’en arrêtant le soleil le jour pourrait être allongé.

La Bible est d’accord sur ce point.

Ils croyaient qu’Adam et Eve étaient les premiers homme et femme ; qu’ils avaient été crées seulement quelques années avant, et qu’eux, les Hébreux, étaient leurs descendants directs.

C’est ce que la Bible enseigne.

Si quelque chose est, ou peut être, certain, c’est que les auteurs de la Bible se sont trompés au sujet de la création, de l’astronomie, de la géologie ; au sujet des causes des phénomènes, de l’origine de la méchanceté et la cause de la mort.

Maintenant, il doit être admis que si un être infini est l’auteur de la Bible, il connaissait toutes les sciences, les faits, et ne pouvait pas avoir fait d’erreurs.

Si, alors, il y a des erreurs, idées fausses, théories erronées, mythes ignorants et bévues dans la Bible, elle doit avoir été écrite par des êtres finis ; c’est à dire, par des hommes ignorants qui se sont trompé.

Rien ne peut être plus clair que cela.

Pendant des siècles les églises ont soutenu que la Bible était absolument vraie ; qu’elle ne contenait pas d’erreurs ; que l’histoire de la création était vraie ; que son astronomie et sa géologie étaient en accord avec les faits ; que les scientifiques qui différaient de l’Ancien Testament étaient infidèles et athées.

Maintenant ceci a changé. Les chrétiens instruits admettent que les écrivains de la Bible n’étaient inspirés pour aucune science. Il disent maintenant que Dieu, ou Jéhovah, n’a pas inspiré les écrivains de ce livre dans le but d’instruire le monde au sujet de l’astronomie, de la géologie, ou de n’importe quelle science. Ils admettent maintenant que les hommes inspirés qui ont écris l’Ancien Testament ne savait rien d’aucune science, et qu’ils ont écris au sujet de la Terre et des étoiles, du soleil et de la lune, en accord avec l’ignorance générale de cette époque.

Il a fallu bien des siècles pour forcer les théologiens à cette admission. De mauvaise grâce, plein de malice et de haine, les prêtres se sont retiré du champ, laissant la victoire à la science. Ils prirent une autre position ;

Ils déclarèrent que les auteurs, ou plutôt les écrivains, de la Bible étaient inspirés des choses morales et spirituelles ; que Jéhovah voulait faire savoir à ses enfants sa volonté et son amour infini pour ses enfants ; que Jéhovah, voyant son peuple méchant, ignorant et dépravé, a voulu les rendre miséricordieux et justes, sages et spirituels, et que la Bible est inspirée dans ses lois, dans la religion qu’elle enseigne et dans ses idées de gouvernement.

C’est la question maintenant. Est ce que la Bible est plus près de la vérité dans ses idées de justices, de miséricorde, de moralité ou de religion que dans sa conception des sciences ? Est-elle morale ?

Elle soutient l’esclavage – elle autorise la polygamie.

Est-ce qu’un démon aurait fait pire ?

Est-elle miséricordieuse ?

A la guerre elle hisse le pavillon noir ; elle commande la destruction, le massacre, de tous – des vieillards, infirmes et sans défense – des femmes et des bébés.

Est-ce que ses lois sont inspirées ?

Des centaines d’offenses étaient punies de mort. Planter des piquets le dimanche, tuer votre père le lundi, étaient des crimes égaux. Il n’y a pas dans la littérature du monde de code plus sanglant. La loi de la vengeance – du talion – était la loi de Jéhovah. Un œil pour un œil, une dent pour une dent, un membre pour un membre.

C’est de la sauvagerie – pas de la philosophie.

Est-elle juste et raisonnable ?

La Bible est opposée à la tolérance religieuse – à la liberté religieuse. Celui qui différait de la majorité était lapidé à mort. La recherche était un crime. Les maris avaient l’ordre de dénoncer et d’aider à tuer leurs épouses incroyantes.

Elle est l’ennemie de l’Art. « Tu ne devra pas faire d’image sculptée. » C’était la mort de l’Art.

La Palestine n’a jamais produit un peintre ou un sculpteur.

La Bible est-elle civilisée ?

Elle soutient le mensonge, le vol, le meurtre, la vente de viande malade aux étrangers, et même le sacrifice d’êtres humains à Jéhovah.

Est-elle philosophique ?

Elle enseigne que les péchés d’un peuple peuvent être transférés sur un animal – sur un bouc. Elle fait de la maternité une offense pour laquelle une offrande de péché doit être faite.

C’était mauvais de donner le jour à un garçon, et deux fois plus mauvais de faire naître une fille.

Faire une lotion capillaire comme celle des prêtres était une offense punie de mort.

Le sang d’un oiseau tué au-dessus de l’eau courante était considéré comme un médicament.

Est-ce qu’un Dieu civilisé arroserait ses autels du sang des bœufs, agneaux et colombes ? Ferait-il de tous ses prêtres des bouchers ? Se délecterait-il de l’odeur de la chair qui brûle ?

III

LES DIX COMMANDEMENTS

Quelques juristes chrétiens – quelques juges éminents et stupides – ont dit et disent encore, que les Dix Commandements sont la fondation de toutes les lois.

Rien ne pourrait être plus absurde. Longtemps avant que ces commandements furent donnés il y avait des codes des lois en Inde et en Egypte – des lois contre le meurtre, le parjure, le vol, l’adultère et la fraude. De telles lois sont aussi vieilles que la société humaine ; aussi vieilles que l’amour de la vie ; aussi vieilles que l’industrie ; que l’idée de prospérité ; aussi vieilles que l’amour humain.

Tous ceux des Dix Commandements qui sont bons était vieux ; tous ceux qui était nouveaux sont fous. Si Jéhovah était civilisé il aurait laissé de côté le commandement au sujet du Sabbat, et à sa place il aurait dit : « Tu ne mettra pas en esclavage ton prochain. » Il aurait omit celui au sujet du serment, et dit : « L’homme ne devra avoir qu’une seule femme, et la femme un seul mari. » Il aurait abandonné celui interdisant les images gravées, et à sa place il aurait dit : « Tu ne mènera pas de guerres d’extermination, et tu ne dégainera pas l’épée sauf pour ta défense. »

Si Jéhovah avait été civilisé, combien plus grands auraient été les Dix Commandements.

Tout ce que nous appelons progrès – l’affranchissement de l’homme, du travail, la substitution de l’emprisonnement pour la peine de mort, et des amendes pour l’emprisonnement, la destruction de la polygamie, l’établissement de la liberté de parole, l’objection de conscience ; en bref tout ce qui tend au développement et à la civilisation de l’homme ; tous les résultats des recherches, observations, expériences, et la liberté d’esprit ; tout ce qui fut bénéfique à l’homme depuis la fin des Ages Sombres – a été fait à l’encontre de l’Ancien Testament.

Laissez- moi encore illustrer la moralité, la miséricorde, la philosophie et la bonté de l’Ancien Testament :

L’HISTOIRE D’ACAN

Josué prit la cité de Jéricho. Avant la chute de la ville il déclara que tout le butin prit serait donné au Seigneur.

Malgré cet ordre Acan cacha un vêtement, de l’argent et de l’or.

Après cela Josué essaya de prendre la ville de Aï. Il échoua et beaucoup de ses soldats furent tués. Josué rechercha la cause de cet échec et découvrit qu’Acan avait caché un vêtement, deux cent sicles d’argent et un morceau d’or. Acan se confessa de ceci.

Ensuite Josué prit Acan, ses fils et ses filles, ses bœufs et ses moutons – les lapida à mort et brûla leur corps.

Il n’y a rien qui montre que les fils et filles aient commis un crime. Certainement, les moutons et les bœufs ne devraient pas être lapidés pour le crime de leur propriétaire. C’était la justice, la miséricorde, de Jéhovah !

Après que Josué ait commis ce crime, avec l’aide de Jéhovah il captura la ville d’Aï.

L’HISTOIRE D’ELISEE.

« Et de là il monta jusqu’à Béthel, et comme il était en route vinrent à sa rencontre des petits enfants qui venaient de la ville et qui se moquèrent de lui, disant « va-t’en, toi la tête chauve. »

« Et il se tourna vers eux et les regarda, et les maudit au nom du Seigneur. Alors vinrent en avant deux ours sortant du bois et ils mirent en pièces quarante deux de ces enfants. »

C’était le travail du bon Dieu – le miséricordieux Jéhovah !

L’HISTOIRE DE DANIEL

Le roi Darius avait honoré et élevé Daniel, et les princes du sang étaient jaloux. Alors ils incitèrent le roi à signer un décret comme quoi quiconque ferait une supplique à n’importe quel dieu ou homme excepté au roi Darius, pendant trente jours, serait jeté dans la fosse aux lions.

Après cela ces hommes montrèrent que Daniel, face tournée vers Jérusalem, priait Jéhovah trois fois par jour.

Sur quoi Daniel fut jeté dans la fosse aux lions ; un rocher fut placé sur l’ouverture de la fosse et scellé avec le sceaux royal.

Le roi passa une mauvaise nuit. Le matin suivant il vint à la fosse et appela Daniel. Daniel répondit et dit au roi que Dieu avait envoyé un ange pour fermer la gueule des lions.

Daniel fut sortit sain et sauf, et le roi se convertit et cru au Dieu de Daniel.

Darius, étant maintenant un croyant du vrai Dieu, envoya chercher les hommes qui avaient accusé Daniel, et leurs femmes et leurs enfants, et les fit tous jeter dans la fosse aux lions.

« Et les lions les maîtrisèrent, et brisèrent tous leurs os en pièces, avant même qu’ils n’atteignent le fond de la fosse. »

Qu’est ce que les femmes et les petits enfants avaient fait ? De quelle façon avaient-ils offensé le roi Darius, le croyant en Jéhovah ? Qui a protégé Daniel ? Jéhovah ! Qui n’a pas protégé les innocents, femmes et enfants ? Jéhovah !

L’HISTOIRE DE JOSEPH

Le Pharaon fit un rêve, et ce rêve fut interprété par Joseph.

Selon cette interprétation il devrait y avoir en Egypte sept années d’abondance, suivies de sept années de famine. Joseph conseilla au Pharaon d’acheter tout le surplus des années d’abondance et de le stocker en prévision des années de famine.

Le Pharaon nomma Joseph son ministre, et lui ordonna d’acheter le grain des années d’abondance.

Alors vint la famine. Le peuple vint demander de l’aide au roi. Il leur répondit d’aller voir Joseph et de faire ce qu’il dit.

Joseph vendit le grain aux égyptiens jusqu’à ce que tout leur argent soit dépensé – jusqu’à ce qu’il l’ait en totalité.

Quand tout l’argent fut dépensé le peuple dit : « Donne nous du grain et nous te donnerons notre bétail. »

Joseph les laissa avoir du grain jusqu’à ce que tout leur bétail, leurs chevaux et leurs troupeaux lui ait été donné.

Alors le peuple dit : « Donne nous du grain et nous te donnerons nos terres. »

Et Joseph les laissa avoir du grain jusqu’à que toutes leurs terres furent parties.

Mais la famine continua, alors les malheureux appauvris se vendirent eux-mêmes, et il devinrent les serviteurs du Pharaon.

Alors Joseph leur donna des semences, et conclu un accord avec eux comme quoi il donneraient pour toujours un cinquième de toutes leurs récoltes au Pharaon.

Qui a permit à Joseph d’interpréter le rêve du Pharaon ? Jéhovah ! Savait-il à ce moment que Joseph allait utiliser ces informations pour voler et réduire en esclavage le peuple d’Egypte ? Oui. Qui a fait venir la famine ? Jéhovah !

Il est parfaitement clair que les Juifs ne considéraient pas Jéhovah comme le Dieu de l’Egypte – le Dieu du monde entier. Il était leur Dieu, et seulement le leur. Les autres nations avaient d’autres dieux, mais Jéhovah était le plus grand de tous. Haïssez les autres nations et les autres dieux, et abhorrez toutes les religions excepté le service de lui-même.

IV

QU’EST-CE QUE CA VAUT ?

Des étudiants en théologie nous diront-ils la valeur de la Genèse ?

Nous savons qu’elle n’est pas vraie – qu’elle se contredit elle-même. Il y a deux récits de la création dans le premier et deuxième chapitre. Dans le premier récit les oiseaux et les bêtes sont crées avant l’homme.

Dans le second, l’homme est crée avant les oiseaux et les bêtes.

Dans le premier, Adam et Eve sont crées ensemble.

Dans le second, Adam est fait ; puis les bêtes et les oiseaux, et ensuite Eve est créée à partir d’une côte d’Adam.

Ces histoires sont bien plus vieilles que le Pentateuque.

Perses : Dieu créa le monde en six jours, un homme appelé Adama, une femme appelée Evah, et puis se reposa.

les récits des Etrusques, Babyloniens, Phéniciens, Chaldéens, et Egyptiens sont à peu près les mêmes.

Les Perses, les Grecs, les Egyptiens, les Chinois et les Hindous ont leur Jardin d’Eden et l’arbre de vie.

Aussi, les Perses, les Babyloniens, les Nubiens, le peuple du sud de l’Inde, ont tous le récit de la chute de l’homme et le subtil serpent.

Les Chinois disent que le péché est venu dans le monde par la désobéissance d’une femme. Et même les Tahitiens nous disent que l’homme fut crée avec de la terre, et la première femme d’un de ses os.

Toutes ces histoires ont la même authenticité et sont d’une égale valeur pour le monde, et leurs auteurs ne sont pas plus inspirés les uns que les autres.

Nous savons aussi que l’histoire du déluge est bien plus vieille que le livre de la Genèse, et nous savons surtout qu’elle n’est pas vraie.

Nous savons que cette histoire dans la Genèse a été copiée des Chaldéens. Là vous trouvez tout au sujet de la pluie, l’arche, les animaux, la colombe envoyée dehors trois fois, et la montagne où l’arche s’est échouée.

Aussi, les Hindous, les Chinois, les Parsis, les Perses, les Grecs, les Mexicains et les Scandinaves ont en substance la même histoire.

Nous savons aussi que le récit de la Tour de Babel est une fable ignorante et infantile.

Alors qu’est-ce qu’il reste dans ce livre inspiré de la Genèse ? Y a-t-il un mot calculé pour développer le cœur ou l’esprit ? Y a-t-il une pensée élevée – n’importe quel grand principe – n’importe quoi de poétique – n’importe quels mots réjouissants de beauté ?

Y a-t-il quelque chose excepté un exposé ennuyeux et détaillé de choses qui ne sont jamais arrivées ?

Y a-t-il quelque chose dans Exode calculé pour rendre l’homme généreux, aimant et noble ?

Est-ce bien d’apprendre aux enfants que Dieu a torturé l’innocent bétail des Egyptiens – l’a meurtri jusqu’à la mort avec de la grêle – en réponse aux péchés du Pharaon ?

Est-ce que cela nous rend miséricordieux de croire que Dieu a tué le premier-né de tous les Egyptiens – le premier-né du peuple pauvre et souffrant – de la pauvre fille qui travaille au moulin – à cause de la méchanceté du roi ?

Pouvons-nous croire que les dieux de l’Egypte ont fait des miracles ? Ont-ils changé l’eau en sang, et des bâtons en serpents ?

Dans Exode il n’y a pas une pensée originale ni une ligne de valeur.

Nous savons, si nous savons une seule chose, que ce livre a été écrit par des sauvages – des sauvages qui croyaient en l’esclavage, la polygamie et les guerres d’extermination. Nous savons que les histoires racontées sont impossibles, et que les miracles n’ont jamais eu lieu. Ce livre admet qu’il y a d’autres dieux à part Jéhovah. Dans le 18 ème chapitre il y a ce verset : « Maintenant je sais que le Seigneur est plus grand que tous les dieux, parce que, dans les domaines où ils étaient les plus fiers, il fut meilleur qu’eux. »

Aussi, dans ce livre sacré on enseigne le devoir de sacrifice humain – le sacrifice des bébés.

Dans le 22 ème chapitre il y a ce commandement : « tu devra sans délai m’offrir le premier de tes fruits mûrs et de tes liqueurs ; le premier-né de tes fils tu devra me le donner. »

Est-ce que Exode a été une aide ou un obstacle pour la race humaine ?

Enlevez d’Exode les lois communes à toutes les nations, reste-t-il quelque chose de valeur ?

Y a-t-il quoi que ce soit d’important dans Lévitique ? Y a-t-il un chapitre qui vaut la peine d’être lu ? Quel intérêt avons-nous pour les vêtements des prêtres, les rideaux et chandelles du tabernacle, les pinces et les pelles des autels ou pour les lotions capillaires utilisées par les lévites ?

Quelle utilité ont le code cruel, les punitions effrayantes, les malédictions, les mensonges et les miracles de ce livre ignorant et infâme ?

Et qu’y a-t-il dans le livre des Nombres – avec ses sacrifices, avec ses présentoirs et ses cuillères, ses huiles et chandeliers, ses concombres, ses oignons et sa manne – pour assister et instruire l’humanité ? Quel intérêt avons-nous à la rébellion de Coré, les cendres d’une génisse rousse, le serpent brûlant, l’eau qui a suivi le peuple par monts et par vaux pendant quarante ans, et l’âne inspiré du prophète Balaam ? Ces absurdités et cruautés – ces superstitions sauvages et infantiles – ont-elles aidé à civiliser le monde ?

Y a-t-il quelque chose dans Josué – avec ses guerres, ses meurtres et massacres, ses épées trempées dans le sang des mères et des bébés, ses tortures et mutilations, ses tromperies et furies, ses haines et vengeances – de calculé pour améliorer le monde ?

Est-ce que chaque chapitre ne choque pas le cœur d’un homme bon ? Est-ce un livre à faire lire aux enfants ?

Lisez donc ce livre de Josué – lisez la tuerie des femmes, des épouses, des mères et des bébés – lisez ces miracles impossibles, ces crimes impitoyables, tous fait en accord avec les commandements de Jéhovah, et dites-moi en quoi ce livre est calculé pour nous rendre miséricordieux, généreux et affectueux.

Le livre de Josué est aussi sans-cœur que la misère, aussi féroce que le cœur d’une bête sauvage. C’est une histoire – une justification – une sanctification de presque tous les crimes.

Le livre des Juges est à peu près le même, rien d’autre que des guerres et des bains de sang ; l’horrible histoire de Jaël et Siséra ; de Gédéon et ses trompettes ; de Jephté et de sa fille, qu’il a assassinée pour plaire à Jéhovah.

J’admet que l’histoire de Ruth est par certains aspects une histoire belle et touchante ; qu’elle est naturellement racontée, et que son amour pour Naomi est profond et pur. Mais d’un autre côté nous conseillerions difficilement à nos filles de suivre l’exemple de Ruth. Et puis, il faut se souvenir que Ruth était veuve.

Y a-t-il un mot qui vaille la peine d’être lu dans le premier et le deuxième livre de Samuel ? Est-ce qu’un prophète de Dieu devrait tailler en pièce un roi prisonnier ? Est-ce que l’histoire de l’arche, sa capture et son retour, est importante pour nous ? Est-il possible qu’il était juste, sage et miséricordieux de tuer cinquante mille hommes parce qu’ils avaient regardé dans une boîte ? De quel usage nous sont les guerres de Saül et David, les histoires de Goliath et la Sorcière d’En-Dor ? Pourquoi Jéhovah devrait-il avoir tué Uzzah pour avoir mis sa main pour stabiliser l’arche, et pardonné à David pour le meurtre d’Urie et pour lui avoir volé sa femme ?

Selon « Samuel », David décida un recensement du peuple. Ceci provoqua la colère de Jéhovah, et comme punition il permit à David de choisir entre sept ans de famine, trois mois de défaites face à ses ennemis, ou trois jours de pestilence. David, ayant confiance en Dieu, choisit les trois jours de pestilence ; et, ensuite, Dieu, le compatissant, en réplique au péché de David, tua soixante dix mille hommes innocents.

Dans les même circonstances, qu’est-ce qu’un démon aurait fait ?

Y a-t-il quelque chose dans le premier et le second Rois qui suggère l’idée d’inspiration ?

Quand David est mourant il dit à son fils Salomon de tuer Joab – de ne pas laisser sa tête blanchie descendre dans la tombe en paix. Avec son dernier souffle il commande à son fils d’amener dans le sang la tête aux cheveux blancs de Shimeï au cimetière. Ayant prononcé ces mots miséricordieux, le bon David, l’homme cherchant le cœur de Dieu, rejoignit ses ancêtres.

Etait-il nécessaire d’inspirer l’homme qui a écrit l’histoire de la construction du temple, l’histoire de la visite de la reine de Shéba, ou pour nous dire le nombre des femmes de Salomon ?

Quel intérêt avons nous au dessèchement de la main de Jéroboam, à la prophétie de Jéhu, ou à Elie et au corbeau ?

Pouvons-nous croire qu’Elie a ramené des flammes du ciel, ou qu’à la fin il est partit au paradis dans un chariot de feu ?

Pouvons-nous croire à la multiplication de l’huile de la veuve par Elisée, ou qu’une armée fut frappée de cécité, ou qu’une hache flotta sur l’eau ?

Est-ce que ça nous civilise de lire la décapitation des soixante-dix fils d’Achab, l’arrachage des yeux de Sédécias et le meurtre de ses fils ? Y a-t-il un mot dans premier et second Rois de calculé pour rendre les hommes meilleurs ?

Premier et second Chroniques n’est qu’une répétition de ce qui est dit dans premier et second Rois. Les mêmes vieilles histoires – un peu plus ici, un peu moins là, mais en aucune façon pires ou meilleures.

Le livre d’Esdras n’a pas d’importance. Il nous dit que Cyrus, roi de perse, fit une proclamation annonçant la construction d’un temple à Jérusalem, et qu’il a déclaré que Jéhovah était le seul et unique Dieu.

Rien ne pourrait être plus absurde. Esdras raconte le retours de captivité, la construction du temple, sa consécration, quelques prières, et c’est tout. Ce livre n’a pas d’importance, pas d’utilité.

Néhémie est presque le même, sauf qu’il nous raconte la construction du mur, les plaintes du peuple au sujet des impôts, une liste de ceux qui revinrent de Babylone, un catalogue de ceux qui restèrent à Jérusalem et la consécration du mur.

Alors vient le livre d’Ester. Dans celui-ci on nous dit que le Roi Assuérus était ivre ; qu’il envoya chercher se reine, Vaschti, pour se montrer à lui et à ses invités. Vaschti refusa de venir.

Ceci exaspéra le roi, et il ordonna que de toutes les provinces les plus belles filles soient envoyées devant lui pour qu’il en choisisse une pour remplacer Vaschti.

Parmi d’autres fut amenée Esther, une Juive. Elle fut choisie et devint la femme du roi. Alors un gentleman du nom d’Haman voulu voir tous les Juifs tués, et le roi, qui ne savait pas qu’Esther était de cette race, signa un décret comme quoi tous les Juifs devraient être tués.

Grâce aux efforts de Mardochée et d’Esther le décret fut annulé et les Juifs furent sauvés.

Haman avait préparé une potence pour pendre Mardochée, mais la bonne Esther s’arrangea pour que ce soit Haman et ses dix fils qui soient pendus à la potence qu’Haman avait construite, et les Juifs furent autorisés à tuer plus de soixante quinze mille sujets du roi.

Voilà l’histoire inspirée d’Esther.

Dans le livre de Job nous trouvons des sentiments élevés, quelques pensées sublimes et folles, quelque chose du merveilleux et du magnifique de la nature, les joies et les peines de la vie ; mais l’histoire est infâme.

Quelques Psaumes sont bons, beaucoup sont médiocres, quelques-uns sont infâmes. En eux sont mélangés les vices et les vertus. Il y a des versets qui élèvent, des versets qui dégradent. Ils y a des prières pour le pardon et pour la vengeance. Dans la littérature du monde il n’y a rien de plus sans-cœur, de plus infâme, que le 109 ème Psaume.

Dans les Proverbes il y a beaucoup de sagacité, de nombreuses maximes précises et prudentes, beaucoup de sages déclarations. Les mêmes idées sont exprimées de différentes façons – la sagesse de l’économie et du silence, les dangers de la vanité et de l’oisiveté. Quelques-uns sont superficiels, d’autres sont fous, beaucoup sont sages. Ces Proverbes ne sont pas généreux – pas altruistes. Des dires de même nature sont trouvés parmi toutes les nations.

L’Ecclésiaste est le livre le plus profond de la Bible. Il a été écrit par un incroyant – un philosophe – un agnostique. Enlevez les interpolations, et il est en accord avec la pensée du dix-neuvième siècle. Dans ce livre on trouve les passages les plus philosophiques et les plus poétiques de la Bible.

Après avoir traversé le désert de la mort et du crime, après avoir lu le Pentateuque, Josué, Juges, Samuel, Rois et Chroniques – il est délicieux de rejoindre cette oasis de palmiers, appelé le Cantique des Cantiques. Un drame de l’amour – de l’amour humain ; un poème sans Jéhovah – un poème né du cœur et des divins instincts de l’âme.

« Je dors, mais mon cœur s’est éveillé. »

Esaïe est le travail de plusieurs. Ses mots ronflants, ses vagues images, ses prophéties et malédictions, ses divagations contre les rois et les nations, sa moquerie de la sagesse de l’homme, sa haine du bonheur, n’ont pas la plus mince tendance à accroître le bien-être de l’homme.

Dans ce livre est raconté le plus absurde de tous les miracles. L’ombre d’un cadran solaire recule de dix degrés, dans le but de convaincre Eséchias que Jéhovah ajoutera quinze années à sa vie.

Avec ce miracle le monde, qui tourne d’ouest en est à la vitesse d’environ deux mille kilomètres par heure, est non seulement stoppé, mais tourne dans l’autre sens jusqu’à ce que l’ombre du cadran ait reculé de dix degrés ! Y a-t-il dans le monde entier un homme ou une femme intelligent qui croit en cet impossible mensonge ?

Jérémie ne contient rien d’important – aucun fait de valeur ; rien sauf des aveux, lamentations, des croassements, plaintes, malédictions et promesses ; rien sauf famine et prières, la prospérité des méchants, la ruine des Juifs, la captivité et le retour, et à la fin Jérémie, le traître, au pilori et en prison.

Et Lamentations est une simple continuation des délires du même pessimisme malsain. Rien sauf poussières, le sac et la cendre, larmes et braillements, invectives et injures.

Et Ezéchiel – mangeant des manuscrit, prophétisant siège et désolation, avec ses visions de charbon ardent, et chérubin, et roues avec des yeux, le type et les mesures de la bouilloire, et la résurrection des os secs – est sans utilité, sans valeur possible.

Comme Voltaire, je dirais que celui qui admire Ezéchiel devrait être invité a dîner avec lui.

Daniel est un rêve déformé – un cauchemar.

Que pouvons-nous faire de ce livre avec son image d’une tête en or, bras et poitrine en argent, ventre et bassin en cuivre, jambes en fer, et pieds en fer et argile mêlés ; avec ses écrit sur le mur, sa fosse aux lions, et sa vision du bélier et du bouc ?

Y a-t-il quelque chose à apprendre d’Osée et de sa femme ? Y a-t-il quelque chose d’utile dans Joël, dans Amos, dans Obadiah ? Pouvons nous retirer quoi que ce soit de Jonas et son poisson ? Est-il possible que Dieu soit le vrai auteur de Michée et Nahum, d’Habacuc et Sophonie, d’Aggée et Malachie et Zacharie, avec les chevaux rouges, les quatre cornes, les quatre charpentiers, le rouleau volant, les montagnes de cuivre et le rocher aux quatre yeux ?

Y a-t-il quelque chose dans ces livres « inspirés » qui a été bénéfique à l’homme ?

Nous ont-ils apprit comment cultiver la terre, à construire des maisons, à tisser des vêtements, à préparer de la nourriture ?

Nous ont-il enseigné comment peindre des tableaux, ciseler des statues, construire des ponts, ou des bateaux, ou n’importe quoi de beau ou d’utile ? Avons-nous trouvé nos idées de gouvernement, de liberté religieuse, de liberté de pensée dans l’Ancien Testament ? Avons-nous eu de n’importe quel de ces livres un conseil sur une science quelconque ? Y a-t-il dans ce « volume sacré » un mot, une ligne, qui a ajouté à la santé, à l’intelligence ou au bonheur de l’humanité ? L’un des livre de l’Ancien Testament est-il aussi divertissant que « Robinson Crusoé », ou « Les voyages de Gulliver » ? Est ce que l’auteur de la Genèse en savait autant sur la nature que Humboldt, ou Darwin, ou Haeckel ? Est ce que ce que nous appelons le Code Mosaïque est aussi sage ou aussi miséricordieux que celui de n’importe quelle nation civilisée ? Les écrivains de Rois ou Chroniques étaient-ils d’aussi grands écrivains, d’aussi grands historiens que Gibbon et Draper ? Jérémie et Habacuc sont-ils les égaux de Dickens ou Thackeray ? Les auteurs de Job et des Psaumes peuvent-ils être comparés à Shakespeare ? Pourquoi devrions-nous imputer le meilleur à l’homme et le pire à Dieu ?

V

JEHOVAH ETAIT-IL UN DIEU D’AMOUR ?

Est-ce que ces mots viennent du cœur de l’amour ? – « Quand le Seigneur ton Dieu les conduira devant toi, tu devra les frapper et les détruire complètement ; tu ne devra accepter aucun accord avec eux, ni leur montrer aucune pitié. »

« Je les accablerai de mal. J’enverrai mes flèches sur eux ; ils seront brûlés de colère et dévorés par une chaleur brûlante jusqu’à la destruction totale. »

« J’enverrai le croc des bêtes sauvages contre eux, et le poison des serpents de la poussière. »

« L’épée au dehors, et la terreur au dedans, détruiront aussi bien le jeune homme que la vierge ; le nourrisson aussi, avec l’homme aux cheveux gris. »

« Que ses enfants soient orphelins de père et sa femme une veuve ; que ses enfants soient continuellement vagabonds et mendiants ; qu’ils doivent chercher leur pain dans des lieux désolés ; que l’usurier vole tout ce qui est à lui ; que l’étranger profite de son travail ; qu’il n’y ai personne qui lui témoigne de la pitié, ni personne qui fasse une faveur à ses orphelins de père. »

« Et tu devra manger le fruit de ton propre corps – la chair de tes fils et de tes filles. »

« Et que le ciel qui est au dessus de toi soit de cuivre, que la terre qui est sous toi soit de fer. »

« Maudit sois tu dans la ville, et maudit sois tu dans les champs. »

« Je rendrai mes flèches ivres de sang. »

« Je rirai de leurs calamités. »

Est-ce que ces malédictions, ces menaces, viennent de la source de l’amour ou de la bouche des sauvages ?

Jéhovah était-il bon ou mauvais ?

Pourquoi devrions-nous placer Jéhovah au-dessus de tous les dieux ?

L’homme dans sa peur et son ignorance a-t-il jamais imaginé un plus grand monstre ?

Les barbares de n’importe quel pays et de n’importe quelle époque ont-ils façonné un dieu plus impitoyable ?

Brahma était mille fois plus noble, de même qu’Osiris et Zeus et Jupiter. De même le dieu suprême des Aztèques, à qui ils offraient seulement le parfum des fleurs. Le pire dieu des Hindous, avec son collier de crânes et son bracelet de serpents vivants, était gentil et compatissant comparé à Jéhovah.

Comparé avec Marcus Aurélius, combien petit semble Jéhovah. Comparé avec Abraham Lincoln, combien cruel, combien méprisable est ce dieu.

VI

L’ADMINISTRATION DE JEHOVAH

Il a crée le monde, l’hôte des cieux, un homme et une femme – placés dans un jardin. Alors le Serpent les trompa, et ils furent jetés dehors et obligés de gagner leur pain.

Jéhovah s’était fait rouler.

Alors il essaya encore. Il vint pendant environ six cent ans pour essayer de civiliser les gens.

Pas d’écoles, pas d’églises, pas de Bible, pas d’écrits – personne n’apprit à lire ou écrire. Pas de Dix Commandements. Le peuple devint pire et pire, jusqu’à ce que le miséricordieux Jéhovah envoie le déluge et noie tout le monde excepté Noé et sa famille, huit en tout.

Alors il recommença, et changea leur régime. Au début Adam et Eve étaient végétariens. Après le déluge Jéhovah dit : « Toute chose vivante qui se meut sera nourriture pour vous » – serpents et vautours.

Ensuite il échoua encore, et à la Tour de Babel il dispersa et divisa le peuple.

Trouvant qu’il ne pourrait pas réussir avec tout le monde, il pensa qu’il devrait essayer avec quelques-uns, aussi il sélectionna Abraham et ses descendants. Encore il échoua, et son peuple choisi fut capturé par les Egyptiens et mis en esclavage pendant quatre cent ans.

Alors il essaya encore – les sauva du Pharaon et en route pour la Palestine.

Alors il changea leur régime, les autorisant à manger la viande seulement des bêtes qui ont le sabot fendu et qui ruminent leur nourriture. Encore il échoua. Le peuple le détesta, et préféra l’esclavage de l’Egypte à la liberté de Jéhovah. Donc il les garda errants dans le désert jusqu’à ce que tous ceux qu’il avait sorti d’Egypte soient morts. Puis il essaya encore – Leur donna la Palestine et les fis gouverner par des Juges.

Ceci, aussi, fut un échec – pas d’écoles, pas de Bible. Alors il essaya les Rois, et les rois furent pour la plupart idolâtres.

Alors le peuple élu fut conquis et emmené en captivité par les Babyloniens.

Un autre échec.

Ensuite ils revinrent, et Jéhovah essaya les prophètes – braillants et gémissants – mais le peuple devenait pire et pire. Pas d’écoles, pas de sciences, pas d’arts, pas de commerce. Alors Jéhovah pris lui-même chair, fut né d’une femme, et vécu parmi le peuple qu’il avait essayé de civiliser depuis plusieurs milliers d’années. Alors ce peuple, obéissant aux lois qu’il leur avait donné dans les temps sauvages, accusèrent cet homme-Jéhovah – ce Christ – de blasphème ; le jugèrent, le condamnèrent et le tuèrent.

Jéhovah avait échoué une fois de plus.

Alors il quitta les Juifs et tourna son attention vers le reste du monde.

Et maintenant les Juifs, abandonnés par Jéhovah, persécutés par les Chrétiens, sont le peuple le plus prospère de la terre. Encore avait échoué Jéhovah.

Quelle administration !

VII

LE NOUVEAU TESTAMENT

Qui a écrit le nouveau testament ?

Les étudiants en théologie admettent qu’ils ne savent pas. Ils admettent que si les quatre évangiles avaient été écrit par Matthieu, Marc, Luc et Jean, alors ils devraient avoir été écrit en hébreu. Et jusqu’à présent aucun manuscrit hébreu d’un de ces évangiles n’a été trouvé. Ils étaient et sont tous en grec. Aussi, les théologiens instruits admettent que les épîtres, Jaques et Jude, furent écrit par des personnes qui n’avaient jamais vu l’un des évangiles. Dans ces épîtres – dans Jacques et Jude – aucune référence n’est faite à aucun des évangiles, ni à aucun miracle y étant raconté.

La première mention faite de l’un de ces évangiles fut faite environ cent huit ans après la mort de Christ, et les quatre évangiles furent nommés et cités pour la première fois au début du troisième siècle, environ cent soixante dix ans après la mort de Christ.

Nous savons maintenant qu’il y avait beaucoup d’autres évangiles en plus de nos quatre, et certain d’entre eux ont été perdus. Il y avait les évangiles de Paul, des Egyptiens, des Hébreux, de la Perfection, de Judas, de Thomas, de Marie, d’André, de Nicodème, et plusieurs autres.

Il y avait aussi les Actes de Pilate, d’André, de Marie, de Paul et beaucoup d’autres ; aussi la Révélation de Pierre…

Au début aucun de ces livres n’était considéré comme inspiré. L’Ancien Testament était regardé comme divin ; mais les livres qui constituent maintenant le Nouveau Testament étaient considérés comme une production humaine. Nous savons maintenant que nous ne savons pas qui a écrit les quatre évangiles.

La question est, les auteurs de ces quatre évangiles étaient-ils inspirés ?

Si ils sont inspirés, alors les quatre évangiles doivent être vrais. Si ils sont vrais, il doivent s’accorder.

Les quatre évangiles ne sont pas d’accord.

Matthieu, Marc et Luc ne connaissent rien du rachat, rien du salut par la foi. Ils ne connaissent que l’évangile des bonnes œuvres – de la charité. Ils enseignent que si nous pardonnons aux autres Dieu nous pardonnera.

Avec ceci l’évangile de Jean n’est pas d’accord.

Dans cet évangile on nous apprend que nous devons croire au Seigneur Jésus Christ ; que nous devons naître de nouveau ; que nous devons boire le sang et manger la chair de Christ. Dans cet évangile on trouve la doctrine du rachat, que Christ est mort pour nous et a souffert à notre place.

Cet évangile est complètement en désaccord avec les trois autres. Si les trois autres sont vrais, l’évangile de Jean est faux. Si l’évangile de Jean a été écrit par un homme inspiré, les auteurs des trois autres n’étaient pas inspirés. De ceci il n’y a pas d’échappatoire possible. Les quatre ne peuvent pas être vrais.

Il est évident qu’il y a de nombreuses interpolations dans les quatre évangiles.

Par exemple, dans le 28 ème chapitre de Matthieu il y a un récit disant que les soldats qui gardaient la tombe de Christ furent payés pour dire que les disciples de Jésus avaient volé son corps pendant qu’eux, les soldats, dormaient.

Ceci est clairement une interpolation. C’est une cassure dans la narration.

Le 10 ème verset devrait être suivi par le 16 ème . Le 10 ème verset est le suivant :

« Alors Jésus leur dit ‘Ne craignez pas, allez dire à mes frères de se rendre en Galilée ; c’est là qu’ils me verront.’ »

Le 16 ème verset :

« Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. »

L’histoire des soldats contenue dans le 11 ème , 12 ème , 13 ème , 14 ème et 15 ème verset est un ajout – un après-coup – effectué longtemps après. Le 15 ème verset le démontre.

Quinzième verset : « Les soldats prirent l’argent, et suivirent les instructions qui leur avaient été données. Et ce bruit s’est répandu parmi les Juifs, jusqu’à ce jour. »

Certainement ce récit n’était pas dans l’évangile original, et certainement le 15 ème verset n’a pas été écrit par un Juif. Aucun Juif n’aurait pu écrire : « Et ce bruit c’est répandu parmi les Juifs jusqu’à ce jour. »

Marc, Jean et Luc n’ont jamais entendu dire que les soldats avaient été corrompus par les prêtres ; ou si oui, ils n’ont pas pensé que ça valait la peine d’être noté. De la même façon, les récits de l’Ascension de Jésus Christ dans Marc et Luc sont des ajouts. Matthieu ne dit rien de l’Ascension.

Certainement il n’y avait jamais eu de plus grand miracle, et pourtant Matthieu, qui était présent – qui a vu le Seigneur s’élever, monter et disparaître – n’a pas jugé que c’était digne d’être mentionné.

D’ailleurs, les derniers mots de Christ, selon Matthieu, contredisent l’Ascension : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Jean, qui était présent, si Christ s’est vraiment élevé, ne dit pas un mot à ce sujet.

Et pour l’Ascension, les évangiles ne sont pas d’accord.

Marc rapporte la dernière conversation que Christ a eu avec ses disciples, comme il suit :

« ‘Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéri.’ Le seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu. »

Est-il possible que cette description ai été écrite par celui qui fut témoin du ce miracle ?

Ce miracle est décrit par Luc comme il suit.

« Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux, et fut enlevé au ciel. »

(la brièveté est l’âme de l’intelligence.)

Dans les Actes on nous dit que : « Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. »

Ni Luc, ni Matthieu, ni Jean, ni l’écrivain des Actes, n’ont entendu un mot de la conversation attribuée à Christ par Marc. Le fait est que l’ascension de Christ n’était pas proclamée par ses disciples.

Au début Christ était un homme – rien de plus. Marie était sa mère, Joseph son père. La généalogie de son père, Joseph, fut donnée pour montrer qu’il était du sang de David.

Ensuite l’annonce fut faite qu’il était le fils de Dieu, et que sa mère était vierge, et qu’elle est restée vierge jusqu’à sa mort.

Puis l’annonce fut faite que Christ s’était relevé d’entre les morts et élevé au ciel avec son corps.

Il fallu de nombreuses années pour que ces absurdités prennent possession de l’esprit des hommes.

Si Christ s’est relevé d’entre les morts, pourquoi n’est il pas apparu à ses ennemis ? Pourquoi n’a-t-il pas fait appeler Caïphe, le grand prêtre ? Pourquoi n’a-t-il pas fait une autre entrée triomphale à Jérusalem ?

S’il fut vraiment enlevé au ciel, pourquoi ne l’a-t-il pas fait en public, en présence de ses accusateurs ? Pourquoi ceci, le plus grand des miracles, aurait-il du être fait en secret, dans un coin ?

C’était un miracle qui aurait pu être vu par une vaste multitude – un miracle qui ne pouvait pas être simulé – un miracle qui aurait convaincu des dizaines de milliers.

Après l’histoire de la résurrection, l’Ascension devint une nécessité. Il leur fallait se débarrasser du corps.

Ainsi il y a de nombreuses interpolations dans les évangiles et les épîtres.

Je demande à nouveau : le Nouveau Testament est-il vrai ? Y a-t-il maintenant quelqu’un qui croit que la naissance de Christ fut un salut céleste ; qu’une étoile a guidé les rois mages ; qu’Hérode a tué tous les bébés de Béthléhem de deux ans et moins ?

Les évangiles sont rempli de miracles. Ont-ils eu lieu ?

Matthieu donne les détails d’environ vingt-deux miracles, Marc dix-neuf, Luc dix-huit et Jean sept.

Selon les évangiles, Christ a soigné des malades, expulsé des démons, calmé la mer, guéri l’aveugle, nourri des multitudes avec cinq pains et deux poissons, marché sur la mer, maudit un figuier, changé l’eau en vin et relevé des morts.

Matthieu est le seul qui nous parle de l’étoile et des rois mages – le seul qui parle du meurtre des bébés.

Jean est le seul qui dit quelque chose de la résurrection de Lazare, et Luc est le seul qui donne le récit du relèvement d’entre les morts du fils de la veuve de Naïn.

Comment est-il possible de prouver ces miracles ?

Les Juifs, parmi qui on dit qu’ils ont eu lieu, n’y ont pas cru. Les malades, les paralytiques, les lépreux, l’aveugle guéri, n’ont pas suivi Christ. On n’a plus jamais entendu parler de ceux qui furent relevé d’entre les morts.

Est-ce qu’un homme intelligent croit en l’existence des démons ? Les écrivains de trois des évangiles certainement y croyaient. Jean ne dit rien de Christ expulsant des démons, mais Matthieu, Marc et Luc donnent de nombreux exemples.

Est-ce qu’un homme normal croit maintenant que Christ a expulsé des démons ? Si ses disciples disent qu’ils l’a fait, ils se sont trompé. Si Christ a dit qu’il l’a fait, il était fou ou imposteur.

Si les récits des miracles sont faux, alors les écrivains était ignorants ou malhonnêtes. S’ils ont écrit dans leur ignorance, alors ils n’étaient pas inspirés. S’ils ont écrit ce qu’ils savaient être faux, ils n’étaient pas inspirés. Si ce qu’ils ont écrit est faux, qu’ils le sachent ou pas, ils n’étaient pas inspirés.

A cette époque il était cru que les paralysies, les épilepsies, surdités, maladies mentales et beaucoup d’autres affections étaient causées par des démons ; que les démons prenaient possession de et vivaient dans les corps des hommes et des femmes. Christ le croyait, a enseigné cette croyance aux autres, et a prétendu soigner les maladies en chassant les démons hors des fous et des malades. Nous savons maintenant, si nous savons quelque chose, que les affections ne sont pas causées par la présence des démons. Nous savons maintenant, si nous savons une seule chose, que les démons n’habitent pas dans les corps des hommes.

Les gens intelligents ne croient plus aux sorcières, magiciens, revenants et démons, et sont parfaitement convaincu que chaque mot du Nouveau Testament au sujet de l’expulsion de démons est complètement faux.

Si Christ a dit et fait ce que les écrivains des trois évangiles disent qu’il a dit et fait, alors Christ s’est trompé. S’il s’est trompé, certainement il n’était pas Dieu. Et s’il s’est trompé, certainement il n’était pas inspiré.

Est-ce un fait que le Diable a tenté Christ ?

Est-ce un fait que le Diable a emmené Christ au sommet du temple et essayé de le convaincre de sauter au sol ?

Comment ces miracles peuvent-ils être établis ?

Les principaux n’ont rien écrit, Christ n’a rien écrit, et le Diable est resté silencieux.

Comment pouvons nous savoir que le Diable a essayé de corrompre Christ ? Qui a écrit le récit ? Nous ne savons pas. Comment le narrateur a-t-il eu son information ? Nous ne savons pas.

Quelqu’un, quelques mille sept cent ans plus tôt, a dit que le Diable avait tenté Christ ; que le Diable avait emmené Christ au sommet du temple et essayé de le convaincre de sauter mais que Christ fut intellectuellement trop fort pour le Diable.

C’est toute la preuve que nous avons.

Y a-t-il, dans la littérature du monde entier, quelque chose de plus parfaitement idiot ?

Pouvons-nous croire que Christ a ressuscité les morts ?

Une veuve vivant à Naïn suit le corps de son fils vers la tombe. Christ stoppe la procession funéraire et relève le jeune homme d’entre les morts et le rend aux bras de sa mère.

Le jeune homme disparut. On n’en a jamais plus entendu parler. Personne n’a manifesté le moindre intérêt pour l’homme qui était revenu de la mort. Luc est le seul qui raconte l’histoire. Peut-être Matthieu, Marc et Jean n’en ont pas entendu parler, ou il n’y ont pas cru et donc ne l’on pas noté.

Jean dit que Lazare fut ressuscité ; Matthieu, Marc et Luc n’en disent rien.

C’était plus merveilleux que relever le fils de la veuve de Naïn. Ce fils n’était pas dans la tombe depuis plusieurs jours. Il était seulement sur le chemin du cimetière, mais Lazare était actuellement mort. Il avait commencé à se décomposer.

Lazare n’a pas suscité le plus petit intérêt. Personne ne lui a rien demandé au sujet de l’autre monde. Personne ne s’est inquiété après de lui d’un ami mort. Quand il est mort une seconde fois personne n’a dit : « Il n’avait pas peur. Il avait fait la route deux fois et il savait exactement ou il allait. »

Nous ne croyons pas aux miracles de Mahomet, et pourtant ils sont aussi bien prouvés que ça. Nous n’avons pas foi en les miracles de Joseph Smith, et pourtant les preuves sont bien plus grandes, bien meilleures.

Si un homme venait aujourd’hui prétendant ressusciter les morts, prétendant chasser les démons, nous le considérerions comme fou. Alors, que dire de Christ ? Si nous voulons sauver sa réputation nous sommes forcés de dire qu’il n’a jamais prétendu ressusciter les morts ; qu’il n’a jamais annoncé avoir chassé des démons.

Nous devons réaliser que ces choses ignorantes et impossibles ont été inventées par des disciples zélés, qui souhaitaient déifier leur dirigeant.

Dans ces jours d’ignorance ces mensonges ajoutaient à la réputation de Christ. Mais maintenant ils mettent le personnage en péril et discréditent les auteurs des évangiles.

Pouvons-nous dire aujourd’hui que l’eau fut changée en vin ? Jean parle de ce miracle infantile, et dit que les autres disciples étaient présents, pourtant Matthieu, Marc et Luc n’en disent rien.

Prenez le miracle de l’homme soigné par le bassin de Béthesda. Jean dit qu’un ange troublait de temps en temps l’eau du bassin de Béthesda, et que quiconque rentrait dans le bassin après que l’eau fut troublée était guéri.

Est-ce que quiconque croit maintenant qu’un ange venait dans le bassin et troublait l’eau ? Est ce que quelqu’un pense que le pauvre infirme qui entrait dans l’eau le premier était guéri ? Pourtant l’auteur de l’évangile selon Jean croyait et racontait ces absurdités. S’il s’est trompé pour cela il peut l’avoir été pour tous les miracles racontés.

Jean est le seul qui nous parle du bassin de Béthesda. Probablement les autres disciples n’ont pas cru à l’histoire.

Comment pouvons-nous souscrire à ces prétendus miracles ?

A l’époque des disciples, et après pendant plusieurs siècles, le monde était rempli de surnaturel. Presque tout ce qui arrivait était regardé comme miraculeux. Dieu était le gouverneur direct du monde. Si les gens étaient bons, Dieu leur envoyait un climat propice et de bonnes moissons ; mais s’ils étaient mauvais il leur envoyait déluge et grêle, gel et famine. Si quelque chose de merveilleux arrivait c’était exagéré jusqu’à ce que ça devienne un miracle.

De la cause des événements – de la chaîne implacable et incassable des causes et des effets – le peuple n’avait aucune idée ni aucune connaissance.

Un miracle est l’insigne et la marque de la fraude. Aucun miracle n’a jamais été fait. Aucun homme honnête, intelligent, n’a jamais prétendu faire de miracles et ne le fera jamais.

Si Christ avait vraiment réalisé les miracles qui lui sont attribués ; s’il avait soigné les paralytiques et les fous ; s’il avait donné l’ouïe aux sourds, la vue aux aveugles ; s’il avait guéri le lépreux avec un mot et d’un touché donné vie et sensation à un membre desséché ; s’il avait rendu sentiments et mouvement, chaleur et pensée, à un corps froid et sans souffle ; s’il avait vaincu la mort et sauvé de la tombe ses pâles proies – aucun mot n’aurait été élevé, aucune main ne se serait dressée, excepté pour la prière et pour rendre grâce. En sa présence tous seraient tête découverte – tous genoux au sol.

N’est il pas étrange qu’au procès de Christ il ne fut trouvé personne pour dire un mot en sa faveur ? Personne ne s’est dressé et a dit : « J’était un lépreux, et cet homme m’a guéri d’un touché. » Aucune femme n’a dit : « Je suis la veuve de Naïn, et voici mon fils que cet homme a relevé d’entre les morts. » Aucun homme n’a dit : « J’était aveugle, et cet homme m’a donné la vue. »

Tous silencieux.

VIII

LA PHILOSOPHIE DE CHRIST

Des millions de personnes affirment que la philosophie de Christ est parfaite – qu’elle est la plus sage qui ait jamais été prononcée.

Voyons voir :

Ne résiste pas au méchant. Si on te frappe sur une joue tend l’autre.

Y a-t-il de la philosophie, de la sagesse là-dedans ? Christ enlève à la bonté, à la vertu, à la vérité, le droit à se défendre. Le vice devient le maître du monde, et le bon devient la victime de l’infâme.

Aucun homme n’a le droit de défendre lui-même, sa propriété, sa femme et ses enfants. Gouverner devient impossible, et le monde est à la merci des criminels. Y a-t-il une absurdité pire que celle-là ?

Aimez vos ennemis.

Est-ce possible ? Est-ce qu’un être humain a déjà aimé ses ennemis ? est-ce que Christ les a aimé, lui qui les a appelés sépulcres blanchis, hypocrites et vipères ?

Nous ne pouvons pas aimer ceux qui nous haïssent. La haine dans le cœur des autres n’amène pas l’amour dans le nôtre. Ne pas résister au méchant est absurde ; aimer ses ennemis est impossible.

Ne vous inquiétez pas du lendemain.

L’idée est que Dieu s’occupera de nous comme il le fait des lys ou des moineaux. Y a-t-il le moindre sens à ceci ?

Est-ce que Dieu s’occupe de quelqu’un ?

Pouvons-nous vivre sans penser au lendemain ? Planter, semer, cultiver, moissonner, c’est s’inquiéter du lendemain. Nous prévoyons et travaillons pour le futur, pour nos enfants, pour les générations à venir. Sans cette pensée directrice il ne peut y avoir de progrès, de civilisation. Le monde reviendrait aux cavernes et aux âges de sauvagerie.

Si ton œil droit te fait trébucher, arrache-le. Si ta main droite te fait trébucher, coupe-la. Pourquoi ? Parce qu’il vaut mieux perdre un membre que d’avoir le corps entier jeté en enfer.

Y a-t-il quelque sagesse à s’arracher un œil ou à se couper une main ? Est-il possible s’extraire de ces dires extravagant le plus petit grain de bon sens ?

Ne jurez pas du tout ; pas par le ciel, car c’est le trône de Dieu ; ni par la Terre, car c’est son marchepied ; ni par Jérusalem, car c’est sa ville sainte.

Ici nous trouvons l’astronomie et la géologie de Christ. Le ciel est le trône de Dieu, le monarque ; la terre est son marchepied. Un marchepied qui tourne à la vitesse d’environ deux mille kilomètres à l’heure, et glisse dans l’espace à la vitesse d’environ deux mille kilomètres par minute !

Ou Christ pensait-il qu’était le ciel ? Pourquoi Jérusalem était-elle une ville sainte ? Etait-ce parce que ses habitants étaient ignorants, primitifs et superstitieux ?

Si un homme veut te faire un procès pour te prendre ton manteau donne-lui aussi ton vêtement de dessous.

Y a-t-il du bon sens, de la philosophie dans ce commandement ? C’est juste aussi sensé que de dire : « si un homme obtient un jugement contre toi pour cent dollars, donne-lui deux cent. »

Seuls les fous peuvent donner ou suivre ce conseil.

Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur terre. Je n’amène pas la paix, mais l’épée. Je viens pour dresser l’homme contre son père, et la fille contre sa mère.

Si c’est vrai, combien meilleur ç’aurait été qu’il reste au loin.

Est-il possible que celui qui a dit : « Ne résiste pas au méchant » apporte l’épée ? Que celui qui a dit : « Aimez vos ennemis » vienne détruire la paix du monde ?

Dresser le père contre son fils, la fille contre son père, quelle glorieuse mission !

En effet il amena l’épée, et cette épée trempa pendant un millier d’années dans le sang innocent. Dans des millions de cœurs il a semé les semences de la haine et de la vengeance. Il a divisé nations et familles, éteint la lueur de la raison, et pétrifié le cœur des hommes.

Et tous ceux qui abandonneront leur maison, ou leur sœurs, ou père, ou mère, ou épouse, ou enfants, ou leur terre à cause de mon nom, seront récompensé au centuple, et hériteront de la vie éternelle.

Selon l’écrivain de Matthieu, Christ, le compatissant, le miséricordieux, a prononcé ces terribles mots. Est-il possible que Christ offre la tentation d’une joie éternelle a ceux qui déserteront leur père, leur mère, leurs épouses et enfants ? Devons-nous gagner le bonheur du Ciel en quittant ceux qui nous aiment ? Une maison doit-elle être ruinée ici pour le salut d’un palais là-bas ?

Pourtant il est dit que Christ est un exemple pour tout le monde. A-t-il quitté père et mère ? Il a dit, parlant à sa mère : « Femme, qu’ai-je à voir avec toi ? »

Les Pharisiens demandèrent à Christ : « Est-ce loyal de payer l’impôt à César ? »

Christ dit : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Il lui montrèrent une pièce de monnaie. Et il leur dit : « De qui sont l’image et l’inscription ? » Ils dirent : « C’est César. » Et Christ dit : « Rendez à César ce qui appartient à César. »

Christ pensait-il que l’argent appartenait à César parce que son image était frappée dessus ? La pièce appartenait-elle à César ou à l’homme qui l’avait gagnée ? César avait-il le droit de la demander parce qu’elle portait son image ?

Apparaît-il de cette conversation que Christ comprenait la vrai nature et l’usage de la monnaie ?

Pouvons-nous dire maintenant que Christ fut le plus grand des philosophes ?

IX

CHRIST EST-IL NOTRE EXEMPLE ?

Il n’a jamais dit un mot en faveur de l’éducation. Il n’a jamais seulement suggéré l’existence de n’importe quelle science. Il n’a jamais élevé la voix pour l’industrie, l’économie, ou n’importe quoi pour améliorer notre condition en ce monde. Il était l’ennemi du succès, de la santé. L’homme riche fut envoyé en enfer, pas parce qu’il était méchant, mais parce qu’il était riche. Lazare vint au ciel, pas parce qu’il était bon, mais parce qu’il était pauvre.

Christ ne s’est intéressé ni à la peinture, ni à la sculpture, ni à la musique – à aucun art. Il n’a rien dit des devoirs de nation à nation, de roi à sujet ; rien au sujet des droits de l’homme ; rien au sujet de la liberté intellectuelle ou de la liberté de parole. Il n’a rien dit du caractère sacré du foyer ; pas un mot pour la famille ; pas un mot en faveur du mariage, en l’honneur de la maternité.

Il ne s’est jamais marié. Il a erré de place en place avec quelques disciples. Aucun d’eux ne semble avoir été engagé dans une entreprise utile, et ils semblent avoir vécu d’aumônes.

Tous les attaches humaines étaient tenues en mépris ; ce monde était sacrifié pour le suivant ; tout effort humain était découragé. Dieu donnerait soutient et protection.

A la fin, aux portes de la mort, Christ, trouvant qu’il s’était trompé, a crié : « Mon Dieu! Mon Dieu! Pourquoi m’as tu abandonné ? »

Nous avons découvert que l’homme dépend de lui-même. Il doit préparer les champs ; il doit construire sa maison ; il doit semer et planter ; il doit inventer ; il doit travailler avec ses mains et avec sa tête ; il doit surmonter les difficultés et les obstacles ; il doit conquérir et domestiquer les forces de la nature afin qu’elles fassent le travail du monde.

X

POURQUOI PLACERIONS-NOUS CHRIST AU SOMMET DE LA RACE HUMAINE ?

Etait-il plus gentil, plus miséricordieux, plus prêt au renoncement que Bouddha ? Etait-il plus sage, a-t-il rencontré la mort avec un calme plus parfait que Socrate ? Etait-il plus patient, plus charitable, qu’Epictète ? Etait-il un plus grand philosophe, un penseur plus profond, qu’Epicure ? De quelle manière était-il le supérieur de Zarathoustra ? Etait-il plus doux que Lao-Tseu, plus universel que Confucius ? Est-ce que ses idées des droits et devoirs humain étaient supérieures à celles de Zeno ? A-t-il exprimé de plus grandes vérités que Cicéron ? Son esprit était-il plus subtil que celui de Spinoza ? Est-ce que son cerveau était égal à celui de Kepler ou Newton ? Fut-il plus grand dans la mort – un martyr plus sublime que Bruno ? Etait-il en intelligence, en force et beauté d’expression, en envergure et en largeur d’esprit, en puissance d’illustration, en habileté de comparaison, en connaissance du cœur et de l’esprit des hommes, de toutes les passions, espoirs et peurs, l’égal de Shakespeare, le plus grand de la race humaine ?

Si Christ était en fait Dieu, il connaissait tout le futur. Devant lui comme un panorama s’étalait l’histoire à venir. Il savait comment ses mots seraient interprétés. Il savait quels crimes, quelles horreurs, quelles infamies, seraient commis en son nom. Il savait que les flammes avides de la persécution grimperaient autours des membres de martyrs innombrables. Il savait que des milliers et des milliers de braves hommes et femmes languiraient dans des donjons dans les ténèbres, à bout de souffrance. Il savait que son église inventerait et utiliserait des instruments de torture. Que ses fidèles recourraient à des fouets et à des fagots, à des chaînes et à des chevalets. Il voyait l’horizon du futur illuminé par les flammes des autodafés. Il savait quels credo surgiraient comme des champignons vénéneux de chaque texte. Il voyait des sectes ignorantes engageant des guerres entre elles. Il voyait des milliers d’hommes, aux ordres des prêtres, construire des prisons pour leurs prochains. Il voyait des milliers d’échafauds ruisselant du sang le meilleur et le plus brave. Il entendait les râles – voyait les faces blanchies de l’agonie. Il écoutait les hurlements et les sanglots et les cris des multitudes gémissantes, martyrisées. Il savait qu’on écrirait des commentaires de ses mots avec des épées, pour être lus à la lueur des fagots.

Il voyait les interpolations et les mensonges que les hypocrites feraient et diraient. Il voyait toutes les guerres qui seraient menées, il savait qu’au dessus de ces champs de mort, ces donjons, ces chevalets, ces brasiers, ces exécutions, pendant un millier d’année flotterait la bannière ruisselante de la croix.

Il savait que l’hypocrisie serait béatifiée et couronnée – que la cruauté et la crédulité dirigeraient le monde ; il savait que la liberté périrait de la Terre ; il savait qu’en son nom les papes et les rois réduiraient en esclavage l’âme et le corps des hommes ; il savait qu’ils persécuteraient et détruiraient les découvreurs, penseurs et inventeurs ; il savait que son église éteindrait la sainte lumière de la raison et laisserait le monde sans une étoile.

Il voyait ses disciples éteindre les yeux des hommes, les écorcher vif, leur couper la langue, chercher tous les nerfs de la douleur.

Il savait qu’en son nom ses fidèles vendraient de la chair humaine ; que les berceaux seraient volés et les seins des femmes resteraient sans leurs bébés pour de l’or.

Et pourtant il est mort les lèvres closes.

Pourquoi n’a-t-il pas parlé ? Pourquoi n’a-t-il pas dit à ses disciples, et à travers eux au monde : « Vous ne devrez pas brûler, emprisonner et torturer en mon nom. Vous ne devrez pas persécuter vos prochains. »

Pourquoi n’a-t-il pas dit franchement : « Je suis le Fils de Dieu, » ou, « Je suis Dieu » ? Pourquoi n’a-t-il pas expliqué la Trinité ? Pourquoi n’a-t-il pas dit quel mode de baptême lui plaisait ? Pourquoi n’a-t-il pas écrit un credo ? Pourquoi n’a-t-il pas brisé les chaînes des esclaves ? Pourquoi n’a-t-il pas dit si l’Ancien Testament était ou non les mots inspirés de Dieu ? Pourquoi n’a-t-il pas écrit le Nouveau Testament lui-même ? Pourquoi a-t-il abandonné ses mots à l’ignorance, l’hypocrisie, à la chance ? Pourquoi n’a-t-il pas dit quelque chose de positif, définitif et satisfaisant à propos de l’autre monde ? Pourquoi n’a-t-il pas changé le vague espoir du paradis en une heureuse connaissance de l’autre monde ? Pourquoi ne nous a-t-il rien dit des droits de l’homme, de la liberté des mains et de l’esprit ?

Pourquoi est-il allé muet vers sa mort, abandonnant le monde à la misère et au doute ?

Je vais vous dire pourquoi. Il était un homme, et ne savait pas.

XI

INSPIRATION

Pas avant le troisième siècle il fut proclamé que les livres composant le nouveau testament étaient inspirés.

Il faut se souvenir qu’il y avait un grand nombre de livres, d’Evangiles, Epîtres et Actes, et que de ceux-ci les « inspirés » ont été sélectionnés par des hommes « non inspirés ».

Parmi les « Pères » de l’église il y avait de grandes différences d’opinion pour ce qui est de savoir quels livres sont inspirés ; Beaucoup de discussions et plein de haine. Beaucoup de ces livres maintenant dénoncés comme apocryphes était considérés par de nombreux « Pères » comme divins, et certain aujourd’hui considérés comme inspirés était cru apocryphes. Beaucoup des premiers Chrétiens et quelques « Pères » reniaient l’évangile de Jean, l’Epître aux Hébreux, Jude, Jacques, Pierre et la Révélation de St. Jean. D’un autre côté, beaucoup d’entre eux croyaient l’évangile des Hébreux, des Egyptiens, le Prêche de Pierre, l’Epître de Barnabas, la Révélation de Pierre, la Révélation de Paul, l’Epître de Clément, l’évangile de Nicodème, livres inspirés, égaux aux tout meilleurs.

De tous ces livres, et de beaucoup d’autres, les Chrétiens ont sélectionné ceux qui étaient inspirés.

Les hommes qui ont fait la sélection étaient ignorants et superstitieux. Ils croyaient fermement aux miracles. Ils pensaient que des malades avaient été guéri par les blouses et les mouchoirs des apôtres, par les os des morts. Il croyaient à la fable du Phœnix, et que les hyènes changeaient de sexe chaque année.

Est-ce que les hommes qui au long des siècles ont fait la sélection étaient inspirés ? Etaient-ils – ignorants, crédules, stupides et malicieux – aussi bien qualifiés que les étudiants de notre temps ? De quelle façon sommes-nous liés à leur opinion ? N’avons-nous pas le droit de juger par nous-mêmes ?

Erasme, un des dirigeants de la Réforme, a déclaré que l’Epître aux Hébreux n’avait pas été écrite par Paul, et il a nié l’inspiration du deuxième et troisième de Jean, et aussi de la Révélation. Luther était de la même opinion. Il a déclaré Jaques étant un épître de pacotille, et nié l’inspiration de la Révélation. Zwingli a rejeté le livre de la Révélation, et même Calvin a nié que Paul était l’auteur des Hébreux.

La vérité est que les Protestants ne se sont pas accordés pour dire quels livres étaient inspirés avant 1647, à l’assemblée de Westminster.

Pour prouver qu’un livre est inspiré vous devez prouver l’existence de Dieu. Vous devez aussi prouver que ce Dieu pense, agit, a des objectifs, des fins et des moyens. C’est quelque peu difficile.

Il est impossible de concevoir un être infini. N’ayant aucune conception d’un être infini, il est impossible de dire si tous les faits que nous connaissons tendent à prouver ou à réfuter l’existence d’un tel être.

Dieu est une gageure. Si l’existence de Dieu est admise, qui sommes-nous pour prouver qu’il a inspiré les écrivains des livres de la Bible ?

Comment pouvons-nous démontrer l’inspiration d’un autre ? Comment un homme inspiré peut-il prouver qu’il est inspiré ? Il n’y a aucun moyen de prouver le fait de l’inspiration. La seule preuve est la parole d’un homme qui ne peut en aucune façon savoir quoi que ce soit sur ce sujet.

Qu’est-ce que l’inspiration ? Est-ce que Dieu a utilisé les hommes comme des instruments ? Les a-t-il forcé à écrire ses pensées ? A-t-il prit possession de leur esprits et détruit leur volontés ?

Est-ce que ces écrivains étaient seulement partiellement contrôlés, ainsi leurs erreurs, leur ignorance et leurs préjugés se sont mêlé à la sagesse de Dieu ?

Qui sommes-nous pour séparer les erreurs de l’homme de la sagesse de Dieu ? Pouvons nous le faire sans être inspiré nous-mêmes ? Si les écrivains originaux étaient inspirés, alors les traducteurs devrait l’être, et de même que les hommes qui nous expliquent ce que la Bible veut dire.

Comment est-ce possible pour un être humain de savoir qu’il est inspiré par un être infini ? Mais d’une chose nous pouvons être certain : Un livre inspiré doit certainement dépasser tous les livres produits par des hommes non inspirés. Il devrait, par-dessus tout, être vrai, rempli de sagesse, étonnant de beauté – parfait.

Les ministres du cultes se demandent comment je peux être assez mauvais pour attaquer la Bible.

Je vais leur dire : Ce livre, cette Bible, a persécuté, même jusqu’à la mort, les plus sages et les meilleurs. Ce livre a interrompu et stoppé le mouvement en avant de la race humaine. Ce livre a empoisonné les sources de savoir et détourné les énergies de l’homme.

Ce livre est l’ennemi de la liberté, le soutient de l’esclavage. Ce livre a semé des semences de haine dans les familles et les nations, alimenté les flammes de la guerre, et appauvri le monde. Ce livre était le porte-bonheur des rois et des tyrans – l’asservisseur des femmes et des enfants. Ce livre a corrompu les parlements et les cours. Ce livre a fait des collèges et universités les enseignants de l’erreur et de la haine de la science. Ce livre a rempli la Chrétienté de sectes haineuses, cruelles, ignorantes, et guerrières. Ce livre a enseigné aux hommes à tuer leur prochain pour le salut de la religion. Ce livre a fondé l’inquisition, inventé les instruments de torture, construit les donjons dans lesquels les bons et les affectueux languirent, forgé les chaînes qui rouillèrent dans leurs chairs, érigé les échafauds où ils moururent. Ce livre a entassé des fagots sous les pieds du juste. Ce livre a retiré la raison de l’esprit de millions et rempli les asiles de fous.

Ce livre a causé des pères et des mères à verser le sang de leur bébés. Ce livre était l’estrade sur laquelle la mère esclave se tenait quand elle fut vendue loin de son enfant. Ce livre a remplit les cales des marchants d’esclaves et fait de la chair humaine une marchandise. Ce livre a allumé les feux qui ont brûlé les « sorcières » et les « magiciens ». Ce livre a remplit les ténèbres de goules et de fantômes, les corps des hommes et femmes de démons. Ce livre a pollué l’âme des hommes avec le dogme infâme des souffrances éternelles. Ce livre fait de la crédulité la plus grande des vertus, et de la recherche le plus grand des crimes. Ce livre a rempli les nations avec des ermites, des moines et nonnes – avec les pieux et les inutiles. Ce livre place le saint ignorant et malpropre au-dessus du philosophe et du philanthrope. Ce livre a apprit à l’homme à mépriser les joies de cette vie, parce qu’il sera peut-être heureux dans une autre – à gaspiller ce monde pour le salut du suivant.

J’attaque ce livre parce que c’est l’ennemi de la liberté humaine – le plus grand obstacle sur la grande route du progrès humain.

Laissez-moi poser une question aux ministres du culte : Comment pouvez-vous être assez mauvais pour défendre ce livre ?

XII

LA VRAIE BIBLE

Depuis des milliers d’années les hommes ont écrit la vraie Bible, et ils continuent à l’écrire jour après jour, et ce ne sera jamais fini tant que l’homme aura la vie. Tous les faits que nous connaissons, tous les vrais événements enregistrés, toutes les découvertes et inventions, toutes les merveilleuses machines dont les roues et leviers semblent penser, tous les poèmes, cristaux de l’esprit, fleurs du cœur, toutes les chansons d’amour et de joie, de sourires et de larmes, les grands drames de l’imagination du monde, les fantastiques peintures, miracles de formes et de couleur, de lumière et d’ombre, les magnifiques marbres qui semblent vivre et respirer, les secrets livrés par les rochers et les étoiles, par la poussière et les fleurs, par la pluie et la neige, le gel et la flamme, par les rivières sinueuses et le sable du désert, par les étendues montagneuses et la mer ondoyante.

Toute la sagesse qui allonge et ennoblie la vie, tout ce qui prévient ou guérit la maladie, ou soulage la souffrance – toutes les lois et règlements justes qui guident et forment nos vies, toutes les pensées qui alimentent les flammes de l’amour, la musique qui transfigure, captive et enchante, les victoires du cœur et de l’esprit, les miracles que les mains ont forgés, les mains calées et usées de ceux qui ont travaillé pour leur femme et leurs enfants, les histoires d’actes nobles, d’hommes courageux et généreux, d’épouses passionnément amoureuses, d’amour maternel sans fin, de batailles pour le droit, de souffrance pour la vérité, tout le meilleur de ce que tous les hommes et femmes du monde ont dit, et pensé et fait à travers toutes les années.

Ces trésors du cœur et de l’esprit – ce sont les Saintes Ecritures de la race humaine .

Traduction du texte en anglais par Thierry Scandella:

http://www.infidels.org/library/historical/robert_ingersoll/about_the_holy_bible.htmlhttp://www.atheisme.org/ingersoll.html

Voir aussi:

La page noire du christianisme

2000 ans de crimes, terreur, répression

Enrico Riboni, athée, libre-penseur.

« Croire en un Dieu cruel rend l’homme cruel »- Thomas Paine

Préface

Il y a près de 2000 ans, naissait en Galilée un fondateur de secte, qui finira crucifié environ 30 ans plus tard. Ses avant-derniers mots sur la croix furent « Donnez-moi à boire ». Et pourtant! La secte qu’il avait fondée deviendra ensuite la plus grande de tous les temps. Elle prendra le pouvoir politique dans l’empire romain, abolira la liberté de religion, puis amoncellera des montagnes de cadavres: ses membres massacreront des millions d' »infidèles », « hérétiques », « sorcières » et autres, puis se massacreront entre eux en donnant à l’Europe les guerres les plus féroces qu’elle ait connu. Une telle histoire pourrait inciter à la modestie, mais les chrétiens revendiquent, au contraire, un monopole de l’éthique. Ils proclament qu’ils adorent le seul Dieu, dieu qui est « amour », et se considèrent meilleurs que le reste de l’humanité, qu’ils condamnent comme étant un ramassis d’adorateurs de faux dieux.

Seule idéologie à pouvoir partager avec le communisme et le nazisme le podium dédié aux idéologies les plus meurtrières de l’histoire humaine, le christianisme reste une idéologie dominante dans nombre de pays occidentaux, dont le gendarme du monde, les USA. Il est temps d’ouvrir le Livre Noir du Christianisme: 2000 ans de terreur, persécutions, répression. Commençons, modestement, par cette Page Noire du Christianisme, qui résume quelques-unes des pires atrocités commises au nom de cette idéologie qui prétend promouvoir l’amour du prochain.

An un

« Les dieux n’étaient plus, et Dieu n’était pas encore ».

L’Empire Romain garantit la liberté de culte. L’athéisme et la raison dominent dans les villes. Les dieux sont des figures mythiques, des représentations allégoriques de forces de la nature. C’est à cette époque que naît un type qui, disent certains juifs, perd la raison car il lit la Thora trop jeune. Il fonde une secte qui vise à interdire le culte de dieux autres que le sien. Le type est finalement mis à mort, mais sa secte se répand avec le succès que l’on sait.

Le culte de la personnalité pour le fondateur de la secte atteint, chez les chrétiens, un niveau que même le stalinisme n’égalera pas: le fondateur est proclamé « vraiment homme et vraiment Dieu » (« Homme-Dieu », dirait-on en langage normal). Ceux qui en doutent sont proclamés sans ambages hérétiques, et subiront plus tard les foudres de l’inquisition. Dès le IVème siècle de notre ère commencera la mise à mort de non-croyants par des chrétiens.

50 -150

La secte chrétienne se développe. Des textes grecs, écrits par les membres de la secte hors de Palestine (« Les évangiles ») relatent de la vie du fondateur de la secte: né d’une vierge, qui serait restée vierge malgré plusieurs autres enfants, il aurait guéri des malades, mais aussi maudit un figuier qui se serait desséché instantanément. Il aurait aussi fait précipiter des centaines de cochons qui ne lui appartenaient pas dans un lac. Ce personnage, qui défend les pauvres, mais affirme aussi « ceux qui ont tout seront comblés, et à ceux qui n’ont rien, il sera enlevé le peu qu’ils ont », un peu pathétique lorsqu’il maudit un figuier ou se laisse crucifier, est déclaré une incarnation du « Dieu unique ». Le fait que, d’après les évangiles « canoniques », ses avant-dernières paroles sur la croix furent « Donnez-moi à boire » ne semble point troubler les adeptes de la secte, qui se répand bientôt dans l’ensemble de l’empire.

Aux environs de l’an 50 aurait lieu le premier bûcher de livres: d’après Les Actes des Apôtres, un livre de la Bible, Paul, un des premiers chefs chrétiens, brûle avec ses adeptes pour « pour cinquante mille pièces d’argent » de livres

L’intolérance religieuse des chrétiens, qui visent ouvertement, dès le début, à imposer une interdiction des cultes de dieux autre que leur propre dieu, qui, insistent-ils, est le « seul Dieu », leur attirent bientôt les foudres de la justice romaine, qui défend la liberté de culte, qui est l’un des piliers de cette société complexe et multiculturelle qu’est l’empire romain des premiers siècles de notre ère. La propagande chrétienne retourne habilement la situation. Ceux qui sont condamnés par la justice romaine sont proclamés « martyrs », leurs restes sont vénérés dans les églises, on invente la légende comme quoi ils ont étés exécutés pour avoir « refusé de renier leur foi », ce qui bien sûr est mieux que la vérité nue, qui est qu’ils ont étés condamnés pour avoir été des fauteurs de troubles voulant imposer l’intolérance religieuse dans une société multiculturelle.

Les chrétiens développeront au Moyen Âge toute une série de légendes de Martyrs antiques qui choisirent la mort plutôt que renier leur foi. Des morceaux d’ossements sont conservés dans des églises et vénérés par des fidèles, fresques et tableaux racontent des histoires aussi abominables qu’invraisemblables de vierges effarouchées préférant des morts horribles plutôt que le péché de la chair, et de courageux proto-chrétiens répondant non je ne renie pas ma foi au lion qui menace de les dévorer au milieux des cris de la foule des païens en délire. Beaucoup de chrétiens croient vraiment à ces mythes, même lorsqu’ils sont en contradiction complète avec l’histoire connue. Par exemple, en Suisse, il y a un Monastère Saint Maurice, dans la ville du même nom. Lorsqu’on visite ce monastère, l’on vous raconte, en vous montrant des petits fragments d’os dans des beaux reliquaires en appui du récit, que le monastère a été construit sur les lieux du martyr de la Légion Thébaine: d’après ce mythe chrétien, inventé par le premier évêque de Martigny à la fin du IVème siècle, en ces lieux, en 285, une légion, la Légion Thébaine, constituée de soldats chrétiens originaires d’Égypte et commandée par Maurice, un égyptien noir, refusa de participer à un culte païen, et l’empereur Maximien ordonna l’extermination des légionnaires. Évidemment, non seulement aucun chroniqueur de l’époque n’a noté cet évènement, mais en plus il n’y avait pas de légion appelée Légion Thébaine à l’époque. Pourtant, le massacre par décapitation de 5% de l’armée romaine aurait pu difficilement passer inaperçu. Cela n’a pas empêché à ce saint qui n’a jamais existé de faire une belle carrière posthume, en devenant l’un des deux saints patrons des soldats, avec Saint Georges, blanc, à cheval. Saint Maurice est noir et va généralement à pied. Il va sans dire que les autres mythes de la martyrologie chrétienne antique ne sont pas plus vérifiables.

300 (ou 303, ou 309, date incertaine)

Le premier concile et la codification de l’antisémitisme chrétien: 19 évêques et 24 prêtres se réunissent à Elvira, dans le Sud de l’Espagne, et fixent les premiers canons de l’église qui soient parvenus jusqu’à nous. Ces canons prévoient des peines sévères pour une série de « péchés ». Pour certains, comme le divorce, et l’adoration de dieux autres que le dieu chrétien (l’idolâtrie) l’expulsion définitive de l’église est prévue. Pour les péchés moins graves, la punition est l’exclusion de la communion pour des périodes allant jusqu’à 10 ans. Parmi les délits punissables d’excommunications de plusieurs années, l’on trouve, entre autre: laisser bénir sa récolte par un juif ou partager un repas avec un juif. Le concile jette ainsi les bases dans le droit canon de l’antisémitisme chrétien, dont les effets dévastateurs se déploieront en force dès le IVème siècle et dureront jusqu’au XXème siècle.

C’est également à ce concile que les prélats chrétiens décident officiellement que tout chrétien mis à mort pour participation à des destructions de temples ou de statues de déités non chrétiennes a droit au titre – évidemment posthume – de martyr.

Hors des conciles également, les leaders chrétiens prendront très vite des positions très dures à l’égard des Juifs. Origène, le fondateur du mouvement monastique égyptien, écrira que « Le sang de Jésus retombe non seulement sur les Juifs de l’époque mais sur toutes les générations de Juifs jusqu’à la fin du monde ». Son contemporain Saint Jean Chrysostome écrira lui pour sa part « La synagogue est un bordel, une tanière de bêtes impures (…) jamais un juif n’a prié Dieu. (…) Ils sont possédés des démons ».

C’est dans cette période que l’étrange obsession des chrétiens pour le sexe commence à déployer ses effets dévastateurs. Le même Origène, incapable de contrôler ses obsessions, prend à la lettre le bon mot de Jésus « car il y en a qui se font eunuques pour le royaume des cieux » et commet un geste irréparable sur sa personne.

L’eunuque Origène fonde sur son obsession du sexe un grand mouvement de masse: le mouvement monastique, qui perdure encore aujourd’hui: des centaines, puis des milliers de fanatiques, dont certains, au début, imiteront le geste tragique d’Origène sur leur personne, quittent les villes d’Égypte pour s’installer dans des grottes, puis des monastères dans le désert. Dés le début, ils accorderont refuge à leurs coreligionnaires recherchés par la justice criminelle, et sortirons périodiquement de leurs tanières pour porter la terreur en ville lorsque les autorités religieuses le leur demandent. Ce sont ainsi des moines qui assassineront Hypatia. On peut imaginer la terreur des populations urbaines lorsqu’elles voyaient arriver, surgissant du désert, ces hordes de moines hirsutes, sales, vêtus de lambeaux de peux de bêtes, et prêts à tout et à toute violence pour accomplir la volonté de leur dieu.

La tradition d’utiliser les moines pour des actions de terrorisme se maintiendra dans l’église catholique: au Moyen Âge, elle fera appel aux Franciscains et Dominicains pour l’inquisition. Pendant la deuxième guerre mondiale, les Franciscains croates sortiront de leurs tanières pour travailler comme gardiens, bourreaux et, même, chefs de camps de concentration. Cette tradition du moine revenant dans la civilisation pour y semer la terreur du Christ prend ainsi ses racines au tout début de l’histoire chrétienne et perdure aujourd’hui.

312

Prise de pouvoir par les chrétiens: Au terme d’une guerre civile, Constantin prend le pouvoir. Peu après, il se converti officiellement au christianisme, et « autorise » dans un premier temps le culte du dieu unique chrétien par l’Édit de Milan: c’est le début de la persécution religieuse en Europe. Peu à peu, les cultes de dieux autres que ceux du dieu chrétienseront interdits. Les sanctuaires classiques seront détruits, ou convertis en églises chrétiennes. A la fin du IVèmesiècle, il n’y aura plus aucun temple païen dans tout le bassin méditerranéen.

315

Première loi antisémite dans l’empire christianisé: le prosélytisme juif est interdit, sous peine de mise à mort sur le bûcher. Les mises à mort sur le bûcher sont une passion que les chrétiens cultiveront pendant plus de 1500 ans de leur histoire.

325

L’empereur chrétien Constantin ordonne au premier Concile de Nicée de changer la date de Pâques: « Il n’est pas seyant que, dans la plus sainte de nos fêtes, nous suivions les coutumes des Juifs; dorénavant, nous ne devons plus rien à avoir de commun avec cet odieux peuple ». Les persécutions violentes des juifs par les chrétiens, qui commenceront à la fin du IVème siècle, sont la conséquence logique de la haine antisémite de l’église chrétienne des débuts.

L’antisémitisme chrétien restera ancré dans les rites catholiques jusqu’aux années 1960 et le concile de Vatican II. Jusqu’à cette date, l’on répétait à chaque messe, dans chaque église catholique, la prière « Oremus et pro perfidisjudaeis: ut Deus et Dominus noster auferat velamen de cordibus eorum; ut et ispi agnostant Jesum ChristumDominum nostrum » (« Nous prions pour les perfides juifs notre Seigneur et notre Dieu de retirer le voile de leur cœur, qu’ils puissent eux aussi connaître notre seigneur Jésus-Christ »)

326

La christianisation du droit romain: dans les années qui suivent sa prise de pouvoir, Constantin entreprend de modifier le droit romain pour le mettre en conformité avec les fondements de l’idéologie chrétienne. Ainsi, la liste des délits pour lesquels la peine de mort est prévue est fortement allongée. Par exemple, l’enlèvement (avec consentement de l’enlevée) d’une jeune femme à sa famille par son amant, qui était une affaire relevant du droit civil, devient passible de la peine de mort pour l’enleveur, l’enlevée, et aussi tous les complices, y compris les esclaves des familles de l’enleveur de l’enlevée. Les relations sexuelles entre un esclave et sa maîtresse sont désormais interdites et passibles de mort. Il faut noter que par contre le premier empereur chrétien fait que la loi continue à considérer comme licites les relations sexuelles entre un maître et une femme esclave. Mettant en pratique les enseignements de la Bible, Constantin durcit significativement la condition des esclaves: par exemple, tuer un esclave en le frappant n’est plus considéré un meurtre que si l’on prouve qu’il y avait intention de tuer. Puis la loi devient encore plus clémente pour les maîtres cruels lorsque Constantin, en 326, interdit toute enquête à l’encontre d’un maître dont l’esclave serait mort des suites d’une punition physique. Les esclaves fuyards auront désormais le pied coupé ou seront mis à mort. Enfin, dureté suprême, Constantin non seulement interdit aux esclaves le recours à la justice, mais dispose que tout esclave ou serviteur qui déposerait plainte contre son maître (sauf dans le cas des délits suivants: adultère, haute trahison, fraude fiscale) sera exécuté de suite, sans témoins et sans enquête. La liste des délits pour lesquels la dénonciation du maître par un esclave est révélatrice de l’échelle des valeurs chrétiennes: le meurtre n’y figure pas, pas plus que vol ou le viol: ces crimes sont, pour l’empereur chrétien, moins importants que l’adultère: on décèle là à nouveau cette obsession étrange, si caractéristique du christianisme, pour le non-respect des interdits sexuels.

C’est aussi en cette année 326 que le terme de « concubinage » fait son entrée dans le droit romain: les concubins sont soumis à des tracasseries administratives sans précédents dans l’histoire romaine: il leur est interdit d’acquérir des propriétés immobilières et leur citoyenneté romaine leur est retirée.

D’autre part, mettant en pratique ce que les chrétiens appellent volontiers la charité envers les pauvres, Constantin fait voter une loi qui permet aux familles nécessiteuses de vendre leurs enfants comme esclaves, ce qui était évidemment interdit.

363 – Un meurtre pour réaliser une prophétie

En 361, l’empereur Julien rétablit la liberté de religion dans l’empire. Il aurait pu passer à l’histoire comme Julien le Philosophe, ou Julien le Soldat en raison de ses succès militaires en Gaule et contre la Perse, mais sa décision de tolérer dans l’Empire les différentes sectes chrétiennes, ainsi que les autres religions, lui attire la foudre des chrétiens: après sa mort, il entrera dans l’histoire comme Julien l’Apostat.

Peu après son arrivée au pouvoir, il publie plusieurs livres à la gloire des vieux dieux ainsi que d’autres, polémiques, contre diverses sectes philosophiques et, naturellement, contre le christianisme.

Notons à ce sujet que son traité « Contre les Galiléens » (= les Chrétiens) est à peu près totalement perdu. Il n’en reste que des bribes difficilement exploitables. Même les réfutations qu’en ont faites les Chrétiens contemporains ont disparu, ou ont étés expurgées des citations de l’œuvre de Julien. Un des rares extraits qui nous est parvenu dit: « Il me semble bon d’exposer à tous les hommes les raisons qui m’ont persuadé que la machination des Galiléens n’est qu’une fiction humaine, forgée par le vice. Bien que cette fourberie n’ait rien de divin, elle a dupé la partie de notre âme qui aime les fables, qui est puérile et insensée, et elle lui a fait ajouter foi à ces monstruosités » [Julien, Contre les Galiléens, traduction de Christopher Gérard, éditions Ousia, 1995].

Bien sûr, les chrétiens se mobilisent rapidement contre cette liberté religieuse qui leur est intolérable. Ils se lancent donc dans des actions de provocation, espérant déclencher ces « persécutions » dont ils sont si friands pour pouvoir avoir des martyrs. Entre autres, les chrétiens

* profanent, puis incendient, puis incendient le temple de Daphné, près d’Antioche, où l’Empereur résidait

* sabotent des travaux de reconstruction du Temple de Jérusalem

* détruisent le temple de la Fortune à Césarée de Cappadoce

* détruisent, à Pessinonte, sous les yeux de l’Empereur, de l’autel de Cybèle, mère des dieux, une divinité à la gloire de laquelle Julien avait composé un traité

Cependant, Julien ne se vengea de ces crimes que par un pamphlet, intitulé « L’Ennemi de la Barbe », une satire mordante, autant dirigée contre sa propre personne que contre les frivoles habitants d’Antioche.

Julien payera de sa vie ses excès de mansuétude envers les chrétiens, en particulier contre Athanase, évêque d’Alexandrie. Athanase était un individu au passé criminel, qui avait été chassé de son siège épiscopal suite à des disputes entre les sectes chrétiennes. L’édit de 361 lui permet de retourner à Alexandrie, Il y excite une foule de fanatiques qui massacrent l’évêque arien de la ville Georges de Cappadoce et jette les lambeaux de son corps dans le Nil. L’évêque Georges était lui aussi un individu pour le moins discutable, qui avait pillé maints temples de l’Égypte antique, mais ce meurtre attire l’attention de l’Empereur sur le passé d’Athanase, et il ordonne son bannissement hors d’Égypte. Sans attendre l’intervention de la force publique, Athanase se retire dans le désert, se cache chez de moines, et prophétise la mort de l’Empereur: « Le Charpentier (=Jésus) prépare un cercueil (pour Julien) » annonce-t-il aux foules de fanatiques qui viennent l’écouter prêcher dans le désert. Mais Athanase est un homme intelligent, qui sait qu’il faut parfois des actions concrètes pour aider à réaliser des prophéties. Il promet la gloire éternelle, la rémission de tous ses péchés et toutes les joies du Paradis à un soldat chrétien qui allait accompagner l’empereur dans sa grande expédition en Mésopotamie. Le 26 juin 363, lors de la bataille décisive contre les Perses, il assassine Julien avec une lance dans le dos. On dit que Julien, mourant, aurait lancé au ciel quelques gouttes de son sang en s’écriant : « Tu as vaincu, Galiléen ! ». Sans doute ces propos sont-ils légendaires, mais Julien a peut-être réellement eu une telle pensée au moment où il s’effondrait et mourrait frappé dans le dos par un traître, pour cause de tolérance religieuse.

380

L’empereur Théodose proclame officiellement le christianisme comme seule « Religion d’état ». Il faudra attendre 12 ans avant que tous les autres cultes ne soient définitivement interdits.

381

Théodose, empereur chrétien, lance la chasse aux hérétiques: les hérétiques sont des chrétiens qui ne reconnaissent pas dans certains points de détail de la doctrine chrétienne. A ces chrétiens non catholiques l’on interdit de: se réunir, d’enseigner, de discuter en public, d’ordonner des prêtres. Leurs églises sont confisquées au profit des évêques catholiques. Les hérétiques sont aussi exclus de la fonction publique. Pour certaines « hérésies », les mesures sont plus dures: peine de mort pour les manichéens, et l’on arrache les yeux aux évêques marcionites (une secte gnostique chrétienne). Les livres sacrés des ariens – une secte chrétienne qui considérait que Jésus avait été crée par Dieu le Père – sont livrés aux flammes en de joyeux holocaustes. En 15 ans de règne, Théodose ne promulguera pas moins de 15 Édits de Persécution contre l’un ou l’autre des groupes hérétiques chrétiens.

382

Théodose, empereur chrétien, lance la chasse aux apostats: une série de lois promulguées en 381, 383 et 391, prévoient bannissement social des apostats. Celui qui abandonne le christianisme au profit de toute autre religion, y compris le judaïsme: l’apostat sera exproprié, il lui sera interdit d’hériter, de participer à la vie sociale et de déménager: la loi spécifie clairement que l’apostat doit continuer à vivre au lieu où il vit, tout en étant exilé de la société, car cela est plus dur qu’un exil dans des terres lointaines.

385

Théophile (aujourd’hui Saint Théophile) est nommé patriarche d’Alexandrie. Il commence aussitôt une violente campagne de destruction de tous les temples et sanctuaires non chrétiens. Il a l’appui du pieux empereur Théodose. On doit à Théophile la destruction, à Alexandrie, des temples de Mythriade et Dyonisius. Cette folie destructrice culminera en 391, avec la destruction du temple de Sérapis et de sa bibliothèque. Les pierres des sanctuaires détruits seront utilisées pour édifier des églises pour la nouvelle religion unique, le christianisme.

Ensuite, sans doute pour montrer qu’il est capable de persécuter aussi des chrétiens (dans la mesure où ils ne sont pas 100% orthodoxes), Théophile commande personnellement les troupes qui attaquent et détruisent les monastères qui adhéraient aux idées d’Origène, un théologien chrétien qui fut déclaré hérétique car il soutenait que dieu était purement immatériel.

C’est aussi en 385 que, pour la première fois, un hérétique est condamné à être brûlé vif, après avoir subi la torture. Cette pratique se généralisera à partir de 447.

389

Pour la première fois, un évêque dicte à un empereur la politique à suivre: Saint Ambroise de Milan, en pleine cathédrale, se lève et, avec ce sens de la charité si particulier que les chrétiens ont, impose à l’empereur d’annuler l’ordre que ce dernier avait donné à l’évêque de Callinicum sur l’Euphrate de reconstruire une synagogue que l’évêque et sa congrégation avaient détruite. L’église prend ainsi parti, dès ses débuts, pour les brûleurs de synagogues, parti qu’elle continuera à soutenir jusqu’aux années 1940.

390

L’empereur Théodose, pieux catholique, introduit la peine de mort pour toute personne qui fêterait Pâque à une date autre que celle qu’avait imposée le concile de Nicée, et publie un édit qui interdit définitivement le culte de dieux autres que le dieu chrétien dans tout l’empire romain.

Début des années 390

Suite à l’édit de 390 du pieux empereur chrétien Théodose, peu à peu, les temples non chrétiens sont fermés au culte, les processions « païennes » sont interdites. Cette suppression de la liberté de religion au profit exclusif du christianisme cause parfois des émeutes, comme celles de 408 à Calama en Numidie. Dans le cadre de cette campagne pour l’éradication de tout ce qui n’est pas chrétien dans l’empire, l’empereur fait aussi, en 393, interdire les jeux olympiques.

Cette campagne d’interdiction est l’occasion de violents pogroms antipaïens. C’est dans ce cadre que les chrétiens abattent le temple de Sérapis à Alexandrie. En Gaule, le bon Saint Martin, celui qui avait donné la moitié de son manteau à un pauvre en plein hiver, parcourait les campagnes, accompagné d’une horde de moines fanatiques, détruisant tous les symboles de l’ancienne religion et convertissant les païens récalcitrants à coups de gourdin.

À Rome, Théodose imposa, à l’instigation du pape Sirice, un serment solennel aux sénateurs romains. Ils devaient solennellement renoncer au culte de Jupiter et jurer fidélité au Christ. La statue de la Victoire est enlevée du Sénat et remplacée par un crucifix.

C’est à la même époque qu’ont lieu en Germanie les premières exécutions de non chrétiens, une belle tradition que l’église développera avec l’inquisition et perpétuera ensuite jusqu’en 1826.

391

Une foule de chrétiens comprenant grand nombre de moines fanatiques venus du désert, guidés par Saint Athanase et Saint Théophile, abat le temple et la grande statue de Sérapis à Alexandrie, deux chefs d’œuvre de l’Antiquité. La collection de littérature du temple est également détruite. Plusieurs païens soient tués dans l’assaut du temple, les statues d’or du temple sont fondues, et le précieux métal est incorporé dans le trésor de l’épiscopat.

401

Saint Augustin, évêque de Carthage, Docteur de l’Église, est considéré comme le plus grand penseur de l’église antique, et sa Théorie de la guerre juste servira plus tard à justifier les croisades. Mais l’église a soin aujourd’hui d’être très discrète sur l’œuvre de destruction de temples et statues à laquelle le saint consacra de son vivant tant d’énergie. Dès 399, on commence à Carthage à détruire temples et statues païennes. Saint Augustin applaudit. Constatant que l’enthousiasme destructeur de la populace catholique risque de faiblir, en juin 401, Saint Augustin emploie l’humour (chose rare dans l’histoire chrétienne), au cours d’une messe dominicale, pour relancer la folie destructrice: « Il est écritHerculi Deo au pied d’une statue d’Hercule. Mais pourquoi ne parle-t-il pas ? Il est aussi muet que son épitaphe ». La foule des croyants rigole. Saint Augustin lance alors « A Rome, les temples sont fermés, les idoles détruites ! Comme à Rome, ainsi à Carthage ». Des bandes de catholiques enragés se lancent alors à l’assaut des statues et temples encore debout en ville et les détruisent.

408

Les émeutes de Calama: enivré par son succès à Carthage, Saint Augustin exige la destruction de temples et statues aussi dans les villes de province. Peu à peu la parole du saint homme se répand dans l’Afrique du Nord, et des hordes de chrétiens se lancent à l’assaut des temples et des statues. A Calama (aujourd’hui Guelma en Algérie), une émeute éclate lorsque les chrétiens s’attaquent au temple d’Hercule: 60 personnes, chrétiens et païens, meurent dans la bagarre.

412

Cyrille (aujourd’hui Saint Cyrille, Docteur de l’Église), est nommé évêque d’Alexandrie et succède ainsi à son oncle Théophile. Il excite les sentiments antisémites diffus parmi les chrétiens de la ville, et, à la tète d’une foule de chrétiens, incendie les synagogues de la ville et fait fuir les juifs. Il encourage ensuite les chrétiens à se saisir des biens que les juifs ont dû laisser derrière eux.

415

Hypatia, la dernière grande mathématicienne de l’école d’Alexandrie, par ailleurs fille de Théon d’Alexandrie, directeur de la bibliothèque, est tuée par une foule de moines chrétiens inspirés par Cyrille, patriarche d’Alexandrie, que l’église canonisera. Après le lynchage par la foule, le corps de la mathématicienne est traîné dans la cathédrale par un groupe de moines aux ordres de Cyrille, et est mis en pièces à coups de fragments de tuiles. La motivation des chrétiens est que Hypatia, brillante enseignante de mathématiques, représentait une menace pour la diffusion du christianisme, en raison de son enseignement des sciences et du Néoplatonisme. Le fait qu’elle était une femme, de plus, dit-on, belle et charismatique, rendait son existence encore plus intolérable aux yeux des chrétiens. Son assassinat marqua d’ailleurs un tournant: après sa mort, de nombreux chercheurs et philosophes quittent Alexandrie pour l’Inde et la Perse, et Alexandrie cesse d’être le grand centre de l’enseignement et de la science du monde antique. Désormais, la science régressera en Occident, et ne retrouvera un niveau comparable à celui de l’Alexandrie antique qu’à l’aube de la révolution industrielle. Les travaux de l’école d’Alexandrie concernant les mathématiques, la physique et l’astronomie seront préservés, en partie, par les Arabes, les Perses, les Indiens et aussi en Chine. L’Occident, pour sa part, plonge dans l’obscurantisme et ne commencera à en sortir que plus d’un millénaire plus tard.

En reconnaissance de ses mérites en matière de persécution de la communauté scientifique et des Juifs d’Alexandrie, Cyrille sera d’abord canonisé, puis promu à « Docteur de l’Église » en 1882.

532

L’empereur Justinien fait fermer l’école de philosophie d’Athènes, considérée comme le dernier bastion du paganisme. Désormais, l’obscurantisme et l’ignorance règnent en maîtres dans tout le bassin méditerranéen. Les maîtres de l’école doivent quand à eux s’exiler en Perse.

590

Grégoire I, dit Le Grand, aujourd’hui Saint Grégoire, devient Pape. Il est considéré comme l’inventeur de la croisade. En effet, il envoie à Gennadius, gouverneur d’Afrique pour l’Empire Romain d’Orient, une longue lettre l’incitant à « engager de nombreuses guerres » ayant pour but de convertir de force au christianisme les populations des terres conquises. Saint Grégoire s’occupe aussi activement de la conversion des juifs au christianisme, en leur offrant des avantages financiers, tout en approuvant la politique de conversion forcée pratiquée à l’époque par le roi Wisigoth en Espagne. Ce saint homme est aussi un farouche adversaire des sciences et de la connaissance rationnelle. L’on connaît de lui une lettre à l’évêque de Vienne (France) où il écrit: « Nous avons eu voix d’une information dont je ne peux référer sans honte: il semble que dans ta congrégation l’on enseigne la grammaire ». Outre la grammaire, il décourage ou interdit l’enseignement de la culture gréco-romaine en général, y compris les langues, la science, la philosophie et la mythologie.

En raison de son action contre la culture et son encouragement de la guerre sainte, Saint Grégoire Le Grand est considéré comme le fondateur de la doctrine sociale chrétienne qui sera réalisée pendant le Moyen Âge en Europe.


Caricatures: La caricature, c’est les djihadistes (After the doctors without borders, the terrorists!)

15 février, 2006
Momo9Momo10L’image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d’un turban en forme de bombe. (…) lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l’ont établi, ce sont les jihadistes. Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de manifestation dans le monde arabo-musulman contre les attentats sanglants de New York, de Madrid, de Mombasa, de Bali et d’ailleurs ? Alain Finkielkraut

Attention: un sans-frontiérisme peut en cacher un autre!

Finkielkraut, encore une fois, va droit à l’essentiel.

S’il y a blasphème dans l’histoire, c’est d’abord celui des djihadistes.

Ceux qui, au nom d’Allah, commettent les pires atrocités.

Et… ceux qui laissent faire !

Fanatiques sans frontières
Alain Finkielkraut
Libération
09 février 2006

La communication immédiate a vaincu l’espace et le temps. L’intervalle entre le proche et le lointain s’est résorbé. Il y a quelques années encore, ce phénomène nous mettait en joie. Nous nous enchantions de notre morale devenue ubiquitaire. Nous voyions avec émotion la technique se mettre au service de l’éthique. La concordance entre le cosmopolitisme de la téléprésence et l’exigence cosmopolitique tenait, pour nous, du miracle : au moment même où la reconnaissance du semblable en tout homme nous enjoignait de dénoncer le droit souverain des tyrans à massacrer leurs minorités ou leurs opposants à l’abri de leurs frontières, l’image indiscrètement démocratique perçait les plus épaisses murailles. Et cette abolition des distances nous paraissait conduire tout naturellement au rapprochement des peuples.

Nous voici maintenant confrontés à la planétarisation de la haine. Un convive inattendu s’est invité au banquet du sans-frontiérisme : après les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, les avocats et les reporters, le temps est venu des fanatiques sans frontières.

Dans la société civile mondiale que nous appelions de nos voeux, l’ingérence inhumanitaire se fait de plus en plus péremptoire et stridente.

Une infime minorité de ceux qui, du Pakistan à l’Algérie, protestent contre les dessins parus dans le quotidien de Copenhague Jyllands-Posten _ saurait situer le Danemark sur une carte de géographie. Mais qu’importe la géographie ! A l’âge de l’Internet, tout le monde est partout, nous sommes tous des anges. Et c’est l’horreur.

Quels sont les premiers responsables de cette crise ? «Les dessinateurs et les journalistes qui n’ont pas su tempérer l’exercice de la liberté d’expression par le respect des croyances» , disent maintenant la plupart des chefs de gouvernement occidentaux et, avec eux, nombre d’intellectuels. Ces sages oublient que le respect des croyances et la liberté d’expression sont les deux faces d’une même médaille.

Ceux qui combattent la liberté d’expression au nom du respect de leur croyance, méprisent les croyances des autres et le font très ostensiblement savoir.

Les journaux de Téhéran, de Damas ou du Caire regorgent de caricatures vengeresses guignolisant sans vergogne les juifs orthodoxes et diabolisant le Talmud. C’est le douloureux renoncement des convictions à leur absolutisme qui fonde simultanément la liberté d’expression et le respect des croyances. Et c’est à ce renoncement que les élites et les masses islamistes opposent leur sainte colère.

L’image qui a mis le feu aux poudres représente Mahomet coiffé d’un turban en forme de bombe. Image injurieuse, nous dit-on. Lien blessant, lien offensant, lien diffamatoire entre le Prophète et le terrorisme. Sans doute. Mais ce lien, ce ne sont pas les caricaturistes danois qui l’ont établi, ce sont les jihadistes.

Pourquoi n’y a-t-il jamais eu de manifestation dans le monde arabo-musulman contre les attentats sanglants de New York, de Madrid, de Monbassa, de Bali et d’ailleurs ?

De surcroît, les images des foules furieuses et vociférantes qui saccagent les ambassades scandinaves sont infiniment plus obscènes, infiniment plus caricaturales que les croquis venus de Scandinavie.

Les croyants qui s’estiment outragés et calomniés par une telle représentation de Mahomet répondent en disant : «Kill those who insult islam !» Et ceux qui insultent l’islam, à leurs yeux, ce ne sont pas seulement les auteurs des dessins incriminés, ce sont les gouvernements des pays où ces dessins ont été publiés et les ressortissants de ces pays eux-mêmes.

Cette indifférenciation, c’est l’esprit de la terreur. On tue des innocents parce qu’il n’y a pas d’innocents, il n’y a même pas d’individus, il n’y a que des spécimens. L’anonymat règne : chacun est assigné à son appartenance, chacun est une cible.

Ben Laden n’était-il qu’un hors-d’oeuvre ? Ajoutées au bellicisme nucléaire de l’Iran et au succès électoral des Frères musulmans aujourd’hui en Palestine et demain, sans doute, en Egypte, ces manifestations délirantes nous contraignent de poser la question. Il ne suffit pas, pour vivre dans un monde pacifique, ni même d’ailleurs pour avoir la paix, d’abjurer tout esprit de conquête, de confesser ses crimes et de proclamer urbi et orbi qu’on n’a pas d’ennemis. La preuve : nous faisons ardemment tout cela et force est de reconnaître que, malgré nos efforts, nous avons des ennemis déterminés et redoutables.

Mais attention : ce «nous», ce n’est pas seulement «nous, les Français», «nous, les Européens», ni même «nous, les Occidentaux». Il faut y englober également les musulmans traditionalistes modérés, les musulmans laïques, les femmes musulmanes émancipées ou qui aspirent à l’être, les chrétiens vivant en terre d’islam.

Thomas Mann avait coutume de dire que Hitler n’était pas tombé comme un météore sur le sol germanique et que l’Allemagne, par conséquent, ne pouvait se tenir quitte du nazisme. Mais il ajoutait que l’Allemagne, c’était aussi lui. Eh bien, plutôt que de chercher à amadouer les fanatiques par de pieuses paroles déshonorantes sur l’Autre et les égards qui lui sont dus, il nous incombe d’affirmer notre solidarité sans faille avec tous les Thomas Mann du monde musulman.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=357882


Exception française: Une passion si française! (Alain Besançon looks back at France’s passion for communism)

14 février, 2006
Revolution_4Avoir peur, c’est ne pouvoir imaginer un cours objectif des choses. Cioran

Stimulantes observations sur un autre aspect de « l’exception française », dans la dernière livraison de Commentaire et par l’un de nos meilleurs “neocons”, Alain Besançon.

Pourquoi les Français ont-ils peur ?

Alain Besançon

On dit que les Français ont peur devant l’Europe et devant les grandes réformes, que tous déclarent indispensables. Je veux essayer de présenter quelques remarques historiques très générales qui expliquent peut-être pourquoi les Français sont rarement rassurés. Mon exposé, hautement subjectif, n’aura rien de systématique.

Parcourons au Louvre la galerie des portraits français. Au XVI° siècle, ils sont galants et belliqueux. Au XVII°, graves, empesés, solennels. Au XVIII° , le sourire et la détente reviennent. C’est le temps où le visage français retrouve ses traits propres, l’œil gris, le teint clair, un air de malice ou de gentillesse. Il a l’air tranquille, paisible comme le sont les visages américains des photographies d’aujourd’hui qui reflètent l’allure d’un peuple bien traité. Dans les portraits de David, les traits se durcissent. Dans ceux de Géricault, Courbet, Millet, les expressions deviennent tristes, sombres, inquiètes. A la fin du siècle, on note une grande diversité entre les traits torturés de Lautrec et l’euphorie de Renoir. Tout ceci pour dire que même le Bon Dieu n’a pas toujours été heureux en France.

Les expulsions

La monarchie absolue, c’est à dire l’Etat rationnel, administratif, hiérarchique, centralisé, n’avait pas contribué à égayer les Français. Cet Etat était né de la guerre de religion et avait dû s’élever très haut au-dessus de ses sujets sous Henri IV, Louis XIV, pour les empêcher de s’égorger. La guerre de religion s’était quand même souterrainement poursuivie, jusqu’à la Révocation, où pour la première fois l’Etat rendit la vie impossible à une partie de ses sujets, pour finalement les exproprier et les expulser. Cent ans après, l’Etat révolutionnaire réemploya le même système de droit pour rendre la vie impossible, exproprier et expulser à peu près le même nombre de citoyens, 200 000. Il recommença un siècle plus tard, et fit sortir de France, après avoir confisqué leurs biens, 50 000 religieux et religieuses. Vichy rendit la vie impossible, spolia, abandonna 200 000 juifs, et trouva des juges pour mettre ca en forme et des fonctionnaires pour l’exécuter. Cette séquence est remarquable et on ne la trouve qu’en France. On peut se demander si, dans le même esprit, nos gouvernements ne travaillent pas aujourd’hui à expulser les riches.

La détente que l’on constate au XVIII siècle ne vient pas d’un adoucissement, mais du démantèlement progressif de l’Etat monarchique. Les Français, sauf ordre ecclésiastique, n’avaient toujours droit à aucune représentation, à aucun système de consultation. Cet Etat fut rétabli, sous la forme républicaine et impériale, avec une brutalité et des moyens d’action dont Louis XIV n’avait jamais disposé. Le grand événement de la Révolution me paraît avoir marqué le caractère français à cause des circonstances suivantes.

La Révolution

Dans une société aimable, policée, sensible, au point qu’elle était à peu près dépourvue de forces de l’ordre, ce fut soudain une explosion parfaitement inattendue de violence. Dès 1789 on promena des têtes sur des piques, on brûla des châteaux, on pilla les églises, on fit donner l’artillerie contre les paysans. Deux ans plus tard commença un épisode tel qu’il se compare localement à la Révolution russe. Sur les trois départements touchés par l’affaire vendéenne, un tiers de la population fut exterminé. Lyon est condamné à disparaître. La guillotine est élevée dans tous les départements. Au 9 thermidor, 300 000 Français se trouvaient enfermés dans des conditions carcérales les plus épouvantables. Ils étaient promis à la mort, si l’accident du 9 thermidor n’était pas intervenu. Cette date où pour la première fois depuis 1789 la France avait connu un jour de chance, dans la mesure où un complot d’assassins contre d’autres assassins avait mis fin miraculeusement à l’extermination, ne cesse d’être considérée dans la plupart de nos manuels scolaires comme un jour malheureux. La fin de l’utopie et du massacre idéologique n’est pas fêtée, bien au contraire, au lieu que son début, le 14 juillet, est devenue notre fête nationale.

En effet, depuis 1792, l’idée utopique, révolutionnaire, terroriste, continue d’attirer une portion de la population française et d’exprimer 10 à 20 % du corps électoral. Bien mieux, elle s’est manifestée dans des explosions de violence qui ont rythmé notre vie politique. Entre 1830 et 1832, l’émeute a été presque quotidienne à Paris. Les barricades se sont dressées en 1848 et pour les démolir il fallut faire 10000 morts. 20 000 en 1871. On sait que la Commune, en brûlant l’hôtel de Ville, détruisit presque la moitié des archives de la France. Que le pétrole avait été répandu dans le musée du Louvre et que le pompier qui avait empêché l’incendie fut fusillé. Que si les internes de l’Hôtel-Dieu n’avaient pas dispersé le bûcher entassé dans Notre-Dame, nous aurions eu à construire une autre cathédrale. Ce qui fait que la Commune est enseignée à nos enfants comme un des plus glorieux épisodes de notre histoire et que, dans Paris, des plaques récemment posées par le président Poncelet la célèbrent. 1936 fut débonnaire, mais point la Libération, puisque environ 10000 Français furent mis a mort hors des tribunaux réguliers en quelques mois, ce qui se compare aux 20000 fusillés par l’armée allemande pendant les quatre ans d’occupation. La ligne rouge, en 1968, miraculeusement ne fut pas franchie. Mais le langage soixante-huitard était fidèle à la rhétorique révolutionnaire la plus violente. 1995 menaça de tourner au recommencement. Depuis, tous nos gouvernements marchent sur des œufs. Ceux de gauche parce qu’ils doivent s’appuyer sur leur base sectionnaire. Même s’ils appartiennent aux éléments les plus thermidoriens du Parti socialiste, ils paient tribut à la même rhétorique. Ceux de droite, parce qu’ils ne se sentent pas sûrs de leur légitimité, intériorisent en partie la sacralisation de nos récurrences révolutionnaires telle qu’ils l’ont apprise à l’école.

Le déclassement

Depuis l’écroulement de l’URSS, le noyau révolutionnaire français s’est débarrassé du lourd handicap d’être associé au mouvement communiste mondial et d’être piloté par des équipes soviétiques. Du coup, l’esprit révolutionnaire a été rapatrié sur et dans l’histoire de France, et il peut plus facilement se mélanger au nationalisme, comme d’ailleurs il avait toujours fait. Maintenant, on ne peut plus le taxer, comme fit Léon Blum, de nationalisme étranger. Le communisme, comme l’a fort bien écrit Marc Lazar, reste une passion française.

Après le traumatisme de la Terreur, après l’incrustation d’un noyau révolutionnaire de tradition jacobine ou hébertiste, un troisième héritage nous vient de la Révolution française : le déclassement, ou le sentiment du déclassement, de la nation française. En une vingtaine d’années, la guerre, par nous déclarée en 1792, a coûté environ 1 500 000 morts. Le choc démographique est comparable à celui de la guerre de 14. Au sortir de laquelle guerre la France fut reléguée à la seconde place, puis bientôt à la troisième, après l’Allemagne, à la quatrième, après la Russie. Depuis 1815, la France dans son existence nationale est virtuellement en danger au milieu de voisins plus puissants qu’elle. Nouveau motif de peur.
On ne pouvait pas ne pas faire la Révolution française. Dans toute l’Europe, le passage de l’Ancien au nouveau régime a été une énorme affaire qui s’est étalée chaque fois sur une centaine d’années. Le malheur français fut que cette inévitable transition fut particulièrement coûteuse et laissa des séquelles qui ne passent pas. Comparons avec nos voisins.

En Angleterre, la révolution a duré environ de 1640 à 1715. Mais elle s’est effectuée dans une période pré-idéologique et elle se donnait pour but non la révolution à partir d’une table rase mais la restauration d’un État de droit prétendument violé par la monarchie. L’Angleterre a fait sa révolution en lui tournant le dos. Une révolution suppose le renversement de l’Église catholique, le renversement de la monarchie, le renversement de la noblesse. Le premier point de ce programme a été effectué au XVI° siècle par Henri VIII et Elisabeth, le second au XVII° siècle par Cromwell et le troisième n’est toujours pas accompli. La France a tout liquidé en quelques semaines. Enfin, la révolution a coïncidé avec la montée prodigieuse de la puissance anglaise, et en France, avec son déclin. Si bien que, outre les blessures laissées par la persécution religieuse et l’effacement de la noblesse, la France contre-révolutionnaire eut encore à pleurer sur sa décadence.

En Allemagne, le même processus a duré de 1848 à 1945. L’épisode hitlérien qui le couronne a été le plus catastrophique de tous. Mais le désastre a été si grand, le déshonneur si profond que la mémoire allemande en a été comme effacée. Elle n’est pas divisée ni déchirée comme est la nôtre. Sur la table rase, ou plutôt rasée, la démocratie voulue dès 1848 s’est installée en 1945 dans la plus calme unanimité.
La révolution espagnole commence 1875 et se résout à la mort de Franco en 1975. Les buts révolutionnaires ont été atteints. Le nouveau régime démocratique marche comme une horloge. C’est qu’il n’a pas été implanté par les révolutionnaires, mais par leurs adversaires, les conservateurs plus ou moins libéraux qui avaient gagné la guerre civile. Comme tout le monde profite désormais de la liberté et de la démocratie, tout le monde est content. Franco avait encore sa statue équestre à Madrid. On vient seulement de l’ôter.
Dans les trois exemples, l’issue de la révolution a été la stabilisation de la vie politique, la solution de son problème. La révolution Française n’a pas résolu le problème politique français.

II faut maintenant regarder pourquoi le Français des XIX° et XX siècles a peur en dehors même des turbulences déjà signalées.

La propriété et le droit

La pacification des Français ne fut obtenue, ainsi qu’après les guerres de religion, que par l’érection d’un Etat relativement indépendant des citoyens et muni d’une considérable capacité de coercition. L’Etat napoléonien renouvela ce type de pouvoir. Il assurait l’ordre, l’égalité devant la loi, une administration rationnelle. Il ne considérait pas que la liberté fût son premier souci, en conformité d’ailleurs avec les passions françaises qui n’étaient pas tournées de ce côté mais vers l’égalité. La protection des droits fit des progrès avec des hauts et des bas, surtout dans les années bénies de la république orléaniste et opportuniste. Mais des progrès lents, en général en retard sur le rythme de l’Europe du Nord.

La propriété en France a été peu respectée. J’ai parlé de la spoliation des protestants, des émigrés, des congrégations, des Juifs. Il faut aussi se souvenir que la Révolution s’est établie et consolidée sur un colossal et en grande partie illégal transfert de propriété. L’intangibilité des biens nationaux plus ou moins volés s’est imposée à tous les régimes et une mesure de simple justice, comme le milliard des émigrés, a été violemment contestée par toute la gauche comme un abus monstrueux. Les Tchèques, les Polonais ont montré plus de respect pour la propriété, après cinquante ans d’expropriation communiste. La propriété de mainmorte, c’est à-dire le droit de créer des fondations, des trusts à la manière anglaise et américaine, n’a jamais été acceptée par l’Etat français. Notre État n’admet que la propriété individuelle et la propriété d’État, il ne veut pas que ses sujets établissent des noyaux de propriété stable et donc de liberté parce qu’ils échappent à son contrôle. Que mon ancien collège d’Oxford vive encore largement sur les biens que lui a légués l’archevêque Chichely, au lendemain de la bataille d’Azincourt, n’est pas une chose concevable dans mon pays où les biens de l’Université de Paris ont été nationalisés même temps que tous les biens des corporations et ceux de l’Eglise.

L’influence des idées socialistes a été continuellement dans le sens de la délégitimation de la propriété individuelle. Le droit de propriété n’est tout simplement pas nommé dans le préambule de la Constitution de 1946, qui a été repris dans la Constitution de 1958. Le droit au travail, à l’emploi, à la grève, à la gestion des entreprises, dont les conséquences dangereuses pour la jouissance tranquille de la propriété sont manifestes, reçoit en revanche une garantie. «Tout bien, toute entreprise dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité.» Ce passage du préambule sonne assez «démocratie populaire». La passion de l’égalité qui est au fond de l’humeur politique française rend très difficile à l’homme riche de jouir publiquement de sa richesse, comme le font les Italiens et les Anglais fortunés. Il sait que s’il n’appartient pas au monde du show business ou du sport, il lui est conseillé de rouler en Peugeot plutôt qu’en Rolls ou en Jaguar. En France, si j’ose paraphraser Baudelaire, les riches, les pauvres riches ont de grandes douleurs.

Comme la propriété est le fondement du droit, la faiblesse de la première fait aussi l’incertitude du second. Les Français n’ont jamais été convaincus de l’ indépendance de leur justice. Et puisque dans leur histoire récente ils ont observé que les juges sanctionnaient des mesures iniques, ou bien que l’État épurait de temps en temps la magistrature, comme il l’a fait en grand dans les débuts de la République radicale, ils ont tendance à penser qu’il vaut mieux ne pas avoir affaire à la justice. Et encore moins à la police, qui jusqu’à une date récente manquait souvent de douceur, soit pour contenir les manifestations, soit derrière les grilles des commissariats de police.

L’armée et l’école

Pendant toute la fin du XIX° siècle et presque tout le XX° siècle, la grande majorité des jeunes Français ont subi l’épreuve du service militaire. Le code militaire, fait dire Anatole France à M. Bergerey n’est qu’une compilation des ordonnances concernant les armées de Louis XIV et de Louis XV. On sait ce qu’étaient ces armées, de racoleurs et de racolés, chiourme de terre, divisée en lots qu’achetaient les jeunes nobles, parfois des enfants. On maintenait l’obéissance de.ces troupes en perpétuelles menaces de mort. Tout est changé; les militaires de la monarchie et des deux Empires ont fait place à une énorme et placide garde nationale. II n’y a plus à craindre ni mutineries ni violences. Pourtant la mort à tout propos menace des doux troupeaux de paysans et d’artisans habillés en soldats. Le contraste de ces moeurs bénignes et de ces lois féroces est presque risible.»

Contrairement à opinion répandue, l’armée allemande était beaucoup plus communautaire que la française. Les officiers mangeaient avec la troupe et veillaient à maintenir certaine Gemeinschaft favorable à l’initiative individuelle. Voilà pour le temps de paix. Mais en temps de guerre, c’est la tradition de la Révolution et de l’Empire qui continue, à savoir l’extrême prodigalité du sang des soldats. Des petites guerres, comme celle de Crimée, ou quelques guerres coloniales ont été des boucheries. Dans les quatre premiers mois de la guerre de 1914, l’armée française, assez mal armée et équipée, mais conduite par la doctrine de l’offensive à outrance, a perdu 400 000 hommes. 100 000 hommes encore dans le seul mois des combats de 1940. C’est beaucoup plus que n’en perdaient les armées allemandes dans ces mêmes conflits. Je ne compare pas avec les traditions de l’armée américaine. La France a été saignée irréparablement en particulier dans ses élites. Je prie le lecteur d’aller voir le monument aux morts de l’école normale supérieure. Marcel Déat est parti en 1914 avec soixante-dix camarades. Ils sont rentrés trente-cinq. Ce que je dis n’est pas pour excuser mais pour expliquer Marcel Déat.
Enfin, il faut remarquer le caractère particulièrement sévère de l’éducation française traditionnelle, tant de l’école primaire que de l’école secondaire. Il faut désormais en parler au passé, car ce type d’éducation a disparu au moins depuis 1968. II avait l’immense mérite de former des jeunes gens instruits, habitués au travail, à la compétition. Mais il était assez rude et sombre. Comparons l’architecture de nos lycées et écoles, comparons l’emploi du temps, comparons les méthodes : je ne vois que le Gymnasium allemand qui lui soit égal quant à l’effort et à la discipline exigés de l’enfant. La crainte disciplinaire, l’angoisse devant le rendu des compositions et des devoirs ont marqué plusieurs générations de Français et jusqu’à la mienne. Les apprentis n’étaient pas mieux traités dans les ateliers où les anciens en le leur faisant rentrer dans le corps, leur apprenaient le métier.

Le fait que la Révolution française ait laissé une mémoire déchirée à la France et une légitimité fragile à tout gouvernement postérieur a donné quelque chose de hobbesien à la société française. Tout le monde est l’ennemi de tout le monde. Aux peurs déjà recensées se joint donc la peur du prochain. Elle est assez forte pour expliquer ce trait qui étonne l’étranger : les Français évitent à tout prix le face à face et le dialogue direct. Ils ont peur de leur propre haine, ils craignent de ne pouvoir contrôler leur agressivité. Ils préfèrent s’en remettre à une instance tierce plus haute et finalement à l’État. La centralisation fameuse de notre pays tient en partie à cette conduite qui veut chercher au sommet un arbitre pour calmer les conflits de voisinage. Cet arbitre étant lointain, la triche demeure possible. Au contrat, qui lie loyalement deux partenaires, les Français préfèrent la loi, qui n’oblige pas à cette loyauté.

Quand l’Etat prend peur

Cela ne marche bien qu’à condition que l’État soit faible. C’est ce qui a fait le bonheur impressionniste dans la France de la IIIe République. Comme l’explique, dans Anatole France, le préfet républicain Worms Clavelin : « Nous avons plus de liberté, nous en avons même trop. Nous avons plus de sécurité. Nous jouissons d’un régime conforme aux aspirations populaires. Toutes les forces sociales se font équilibre. Montre-moi ce qu’on pourrait bien changer. La couleur des timbres postes, peut-être. Non mon ami, à moins de changer les Français, il n’y a rien à changer en France. Sans doute je suis progressiste. Il faut dire qu’on marche, ne fût-ce que pour se dispenser de marcher.»

Mais cela ne marche plus quand on veut mettre en place partout un exécutif fort, comme il est de bonne doctrine aux Sciences Po depuis la guerre. Alors, pour lui résister, les Français s’agglutinent par catégories, communautés, groupement variés et descendent dans la rue. Cette fois, c’est l’État qui prend peur.

COMMENTAIRE, N° 112, HIVER 2005-2006

Complément sur l’islam (Valeurs actuelles, 13/2/06):

« L’islam rencontre un certain écho dans l’Eglise en général et dans l’Eglise de France en particulier. Ce succès tient avant tout à une méconnaissance presque totale de l’islam, de sa doctrine et de son modus operandi. ET A deux conceptions fausses : l’idée selon laquelle le Coran serait une Deutéro-Bible, une répétition ou une continuation de la Bible judéo-chrétienne ; et une seconde idée, non moins fallacieuse, selon laquelle l’islam s’inscrirait dans la tradition abrahamique, telle que l’Eglise l’a toujours définie. »

« Une partie de l’Eglise se refuse absolument à regarder le monde actuel en termes de conflits, de camp opposés, de « choc des civilisations ». Elle nie donc les tensions avec l’islam, ou bien, si ce déni est impossible, elle fait comme si elle en était la principale responsable. Par ailleurs, l’Eglise veut être, plus que jamais, au service des pauvres. Or les musulmans apparaissent, à tort ou à raison, comme les pauvres par excellence, à l’échelle planétaire… »

« Je suis frappé, par exemple, par le dérapage qui entoure le concept (d’origine islamique) de « religions du Livre ». Les chrétiens, qui l’emploient de plus en plus couramment, y compris dans les sermons dominicaux, l’interprètent comme une commune dévotion des juifs, des chrétiens et des musulmans envers la Bible. Alors que les musulmans lui donnent un tout autre sens : le statut inférieur mais « protégé » réservé à tous les non-musulmans qui peuvent se prévaloir d’un texte révélé, quel qu’il soit – juifs et chrétiens, bien sûr, mais aussi sabéens ou zoroastriens, voire hindous et bouddhistes… »

« A terme, on peut craindre que certains milieux ne s’islamisent sans même s’en rendre compte, et que cette évolution ne prépare un basculement de la société tout entière. Ce ne serait pas la première fois. Au VIIe siècle, les sociétés chrétiennes du Moyen-Orient, de l’Egypte à l’Anatolie en passant par le Levant, solidement installées dans leur foi mais éclatées en Eglises ou sectes multiples, se sont ralliées du jour au lendemain à un islam qu’ils prenaient pour une secte chrétienne un peu plus « moderne », un peu plus militante. »

« On constate des rapprochements sur les sujets les plus variés, y compris la défense du voile islamique, entre certains chrétiens, l’islamisme et une ultragauche qui semble être entrée dans un nouveau cycle ascendant. S’agit-il d’arrangements transitoires, d’alliances tactiques ou de quelque chose de plus durable ? »

http://www.benadorassociates.com/article/1994


Caricatures: Nous sommes tous danois! (We’re all Danes now!)

14 février, 2006

Support_denmark_4Inspiré par ces deux courageux, Arthur Wneir et Erik Svane, qui ont osé braver les plus liberticides des manifestants musulmans de samedi dernier à Paris (voir: http://tinyurl.com/bucek), ainsi que par un excellent article de la National Review (voir ci-dessous) que m’a envoyé un ami blogueur (merci ajm), voici un appel à reprendre, aux extrémistes comme aux munichois, la rue comme tout l’espace public:


Actuellement, la rue est abandonnée aux seuls fanatiques islamistes. La brigade PC, campée pour l’essentiel dans le monde des médias et le secteur public, domine la sphère publique avec ses messages d’excuse. Ceux qui prennent la peine d’exprimer ouvertement l’indignation des Européens au nom des valeurs et de la liberté occidentales sont généralement des fascistes ou issus de groupes plus ou moins extrémistes – et donc pas exactement les meilleurs porteurs du flambeau de la liberté et  de la démocratie, leur message de haine et d’intolérance les distinguant généralement guère de leurs ennemis islamistes. Toujours est-il qu’il serait idiot de supposer qu’il n’y a aucune place pour des mouvements de la base et des partis politiques qui peuvent à la fois défendre la liberté et faire face aux Islamistes.

Ce qu’il faut maintenant, c’est de trouver les bons arguments et démontrer qu’il y a une  alternative véritablement démocratique aux vues dominantes actuellement en présence. Les gens qui adhèrent à ces valeurs sont quelque part dans la société,  attendant qu’on les réveille. Si on leur en donne l’occasion, ils se réappropriront les espaces publics de l’Europe. Et pour que ceci se produise, il suffit qu’un groupe d’hommes et de femmes décidés se lèvent pour dire haut et clair : Nous ne  laisserons pas mourir la liberté.

Et cela… dès le vendredi 24 février devant l’Ambassade du Danemark où nous vous attendons tous !!! (18 h-19h- 77, avenue Marceau à Paris)

Voir :

Appel à manifester: « L’islam ne fera pas la Loi »

The only ones who clamour in the streets are Islamist fanatics. The PC brigade, largely stationed in the media world and in the public sector, is dominating the public sphere with its apologetic message. Those who care to express European outrage openly in the name of Western values and freedom are usually Fascists or from some other extremist group — hardly the standard bearers of freedom and democracy, and often indistinguishable in their message of hatred and intolerance from their Islamist foes. Still, it would be foolish to assume that there is no room for grassroots movements and political parties which can both uphold freedom and take the Islamists head on.

All that is needed now is to put a good argument forward and show that there is a truly democratic alternative to the current dominant views. People who endorse this message are out there, waiting for a wake up call. If shown the way, they will reclaim the public spaces of Europe. And for this to happen, all it would take is for a few good men (and women) to stand up and say loudly and with pride: We will not let freedom die.

Not All Is Lost in Europe
A continent awakens to a threat
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NationalReview.com
By Emanuele Ottolenghi

Some are fond of saying that Munich’s spirit — the irresistible urge to appease dictators that brought catastrophe onto Europe in 1938 — is alive and well in Europe. And judging by the way so many pundits and officials are responding to the cartoon jihad, one is tempted to agree. Norwegian and Danish embassies were burnt and Arab countries have withdrawn their ambassadors from Denmark. European products are being boycotted. The highly effective and largely European police force enforcing a fragile Israeli-Palestinian agreement over the city of Hebron in the West Bank was sent packing last week — not because of the brutality of the Israeli army or the extremism of Israeli settlers, but because of the understandable rage of Muslims demonstrating peacefully to voice their hurt over their religious sensitivities.

Europe has not responded yet in any meaningful way. Instead, Franco Frattini, EU commissioner for Security, Liberty, and Justice, has expressed understanding for the feelings of “humiliation” of millions of Muslims in Europe and has suggested the adoption of EU legislation on a code of conduct for the media to avoid a future recurrence of the cartoons (translation from EU-speak: legislation directed at gagging the media when news and images may offend Muslim sensitivities). French President Jacques Chirac has condemned the publication of the cartoons in the French magazine, Charlie Hebdo, as a provocation. And U.K. Foreign Secretary Jack Straw similarly decried the publication and praised the wisdom of the British press for not going along with their continental colleagues. (One can understand Straw: Given the critical Muslim swing vote, his constituency would be lost to Labour if he took a different line. But a nation’s foreign policy cannot be dictated by the electoral balance of a politician’s constituency.) A Welsh student paper that tried to publish the cartoons was gagged this week by its university student union. Gair Rhydd, the Cardiff University student magazine, was withdrawn from stands and its editor, along with three journalists, was suspended. An investigation is under way. And while politicians call for sensitivity, Danish cartoonists have gone underground, not to fight for freedom, but to run for their lives.

Violence pays, doesn’t it?

Not necessarily. While Chirac condemned the “provocation,” Charlie Hebdo reports a sudden jump in sales. And a cursory glance at newspapers’ websites across Europe shows a strength of response from readers that their politicians have long failed to detect. The land is seething with rage. Not Muslim rage at Euro-insensitive newspapers, but Euro rage at the inability of their politicians and pundits to show courage in the wake of intimidation.

Enter the European Foundation for Democracy, a Brussels-based nonprofit organization. EFD has just released a poll, taken during the run-up to the IAEA vote on Iran’s nuclear program, of European attitudes to Iran and its nuclear ambitions. The poll was taken in four countries — Austria, the current holder of the EU presidency and host to the IAEA in Vienna, France, Germany, and Great Britain, the members of the EU-3 team that negotiated with Iran over its nuclear program.

Some remarkable data emerge from the surveys. Most respondents are “somewhat worried” or “very worried” about Iran’s program: 51 percent in the U.K., 67 percent in Germany, 73 percent in Austria, and 83 percent in France. Most Europeans believe Iran’s intentions are not peaceful: 54 percent among French respondents say that Iran’s nuclear program aims at nuclear weapons as well as nuclear energy, with a further 24 percent assuming its main goal to be just nuclear weapons. In Germany the breakdown is 62 percent and 20 percent, in Austria it’s 71 percent and 14 percent, and in the U.K. it’s 43 percent and 9 percent. Even in Great Britain, home of the Guardian and the BBC, more than half of the public understands what the Iranians really want. The public feels that the Iranians’ goals should be “strongly prevented” or “somewhat prevented”: if one adds up the two categories, 76 percent of Austrians, 74 percent of Germans and French, and 56 percent of Britons wish the Iranian plans to be thwarted.

The knee-jerk European reaction to pursue such goals through diplomacy remains dominant, of course. Support for limited military strikes against Iran is in the single digit figures in all four countries, with overwhelming preference for continued diplomacy and only limited support for sanctions, or even for helping Iran’s opposition groups. But here’s the catch: in all four countries, if it emerges that Iran is on the brink of developing a nuclear weapon, more Europeans are ready to support limited NATO military strikes than those who wish to oppose strikes no matter what. Again, the data show a split in Germany (46 percent in favor, 45 percent against), but in the U.K., France, and Austria the public is clearly persuaded: 45 percent to 26 percent in the U.K., 51 percent to 40 percent in Austria, and 74 percent to 20 percent in France.

This is not a mandate for military strikes — not yet at least. The experience of the Iraq war teaches a lesson in caution for Europe. If military strikes become a distinct possibility, there will be a concerted effort by the usual suspects to question intelligence and call into doubt whether Iran is so close to the bomb after all. Europeans have little appetite for military action, and under violent pressure, their governments have not shown signs of resolve and commitment.

But the data are nevertheless encouraging: It is becoming clear is that there is a European constituency for a blunter, more self-assured foreign policy that believes in Western values and refuses to cave in to pressure and blackmail; and there is an awareness — even in the country of Jack Straw — that some of the threats that come from the East are real, not the sinister concoctions of the “neo-cons.” Right now, apathy is the trademark of Europe’s silent majority. Intimidated by Islamic fanatics who call for the beheading of anyone who insults Islam, and scorned by their elected representatives who prefer to pander to radical Islam rather than take a principled stance, it is no wonder their views remain largely unexpressed. The only ones who clamour in the streets are Islamist fanatics. The PC brigade, largely stationed in the media world and in the public sector, is dominating the public sphere with its apologetic message. Those who care to express European outrage openly in the name of Western values and freedom are usually Fascists or from some other extremist group — hardly the standard bearers of freedom and democracy, and often indistinguishable in their message of hatred and intolerance from their Islamist foes. Still, it would be foolish to assume that there is no room for grassroots movements and political parties which can both uphold freedom and take the Islamists head on.

The EFD data show that the public is not easily fooled about the true motives and intentions of our Islamist adversaries. And their willingness to support military action if all else fails proves that even Europeans, if pushed against the wall, will wake up to the ugly reality that confronts us all. All that is needed now is to put a good argument forward and show that there is a truly democratic alternative to the current dominant views. People who endorse this message are out there, waiting for a wake up call. If shown the way, they will reclaim the public spaces of Europe. And for this to happen, all it would take is for a few good men (and women) to stand up and say loudly and with pride: We will not let freedom die.

— Emanuele Ottolenghi teaches Israel studies at Oxford University.

http://www.nationalreview.com/comment/ottolenghi200602130806.asp


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