Polémique Zemmour: Zemmour respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre (When vice turns virtue: France’s Bill O’Reilly of letters taken to task for defending Vichy’s record)

23 octobre, 2014
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Paradoxe français (Simon Epstein)
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Il n’est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spécial ; il n’est
rien non plus de si bon qui, détourné de son légitime usage, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l’abus. La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action.
Shakespeare (Père Laurence, II, 3)
The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential. Omer Bartov
On dit du fanatisme de quelques-uns que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’islam pacifique, mais quel est l’état réel de la forêt en laquelle un tel arbre peut prendre racine? Abdennour Bidar
Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans liberté, parqués jour et nuit dans des mosquées où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, la chaîne qatarienne al-Jazeera préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur. Mohamed Kacimi
À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs». Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.» Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence. (…) Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination. (…) Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. (…) Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles. (…) Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse. (…) J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. Alain Finkielkraut 
Where both state and church refused to sanction discrimination—as in Denmark—internal resistance was highest. Where the state or native administrative bureaucracy began to cooperate, church resistance was critical in inhibiting obedience to authority, legitimating subversion, and/or checking collaboration directly. Church protest proved to be the single element present in every instance in which state collaboration was arrested—as in Bulgaria, France, and Romania…. The majority of Jews evaded deportation in every state occupied by or allied with Germany in which the head of the dominant church spoke out publicly against deportation before or as soon as it began. Unfortunately, the Netherlands (which I discuss extensively) did not react as would be predicted from the level of pre-war anti-Semitism. There was little leadership from the Queen and government in exile (nor from political leaders in the Netherlands) to the civil service bureaucracy which executed German orders. This led to high state cooperation in registering Jews. « The more efficient, and almost foolproof, method of Jewish identification was devised not in the Reich, but in the Netherlands, by a pre-war Dutch civil servant who traveled to Berlin with his superior’s permission to display his innovation to the Gestapo: ‘The Gestapo had pronounced his identity card even more difficult to reproduce than its German counterpart.' » Although there was early church protest in the dominant Protestant church, it was not a public nor vocal protest. Church leaders failed to inform their congregants of this as they did not read publicly their protest against the deportation of the Jews, deferring to a German request not to read it from the pulpit. Lacking leadership for resistance, the Dutch did not form a defense movement for people in hiding until the spring of 1943 when Dutchmen were threatened with deportation and forced labor in Germany. It was too late to help the Dutch Jews—by then less than half of them were left. Deák is correct that only about 20 percent of Dutch Jews were saved but he is wrong about the Bulgarian toll. About 20 percent of Jews under Bulgarian rule became victims, including the Jews in territories formerly in Greece and Yugoslavia occupied by the Bulgarian state, as he explains later in his review. Dr. Helen Fein
Helen Fein (…) rightly argues that pre-war anti-Semitism had significant influence on the fate of Jews under German occupation but, as she herself states, there were also many other factors, for instance the behavior of local church leaders, the attitude of the exile governments, and whether or not the country in question had an efficient bureaucracy. The latter, unfortunately, was the case in the Netherlands. Still, at least in my opinion, the most important factor for the treatment of Jews was whether or not a country in Nazi-dominated Europe was able to maintain a certain degree of sovereignty. In Italy, Hungary, Romania, Slovakia, Bulgaria, Finland, Vichy France, and Denmark, the governments used the Jews in bargaining with the Nazis and then with the Allies. The lives of Jews were sacrificed or spared depending on which of the two external forces the government wanted to please. In the utterly defeated countries such as Norway and the Netherlands, which were without a government and without any sovereignty, local bureaucrats and policemen did just what the Nazis wanted them to do in carrying out the elimination of the Jews. In other countries, parts of the native population assisted the Germans in killing or rounding up Jews, as happened in Poland, Ukraine, and the Baltic countries. As a result, the largest percentages of Jews survived in countries that were allied with Germany during the war. In Bulgaria, following a great deal of initial brutality and proclaimed anti-Semitic intentions, the pro-German government decided to spare the lives of Bulgarian Jews. The Germans were powerless to prevent this. As a result, so far as we know, not one of the 50,000-odd Bulgarian Jews was handed over to the Germans or killed at home, although many suffered badly in local forced labor camps. Helen Fein writes about Jews under Bulgarian rule; I wrote about the Bulgarian Jews. The 11,143 Jews that the Bulgarian regime handed over to Eichmann in 1943 lived in those parts of Greece and Yugoslavia that were occupied by the Bulgarian army; they were Yugoslav and Greek citizens and did not speak Bulgarian. The actions of leading Bulgarian officials toward the Nazis and the Jews remain a subject of intense controversy. Among them were Prime Minister Filov, Minister of Interior Gabrovski, Parliamentary Deputy Dimitur Peshev, and, most powerful and controversial of all, King Boris III. (…) We know less about Bulgaria during and just after the war than about most other European countries. Yasharoff, for instance, argues that his father, in defending Peshev, emphasized Peshev’s role as a savior of Jews and that this softened the verdict of his Communist judges. Tzvetan Todorov, the author of The Fragility of Goodness, the book I discussed in my review, believes otherwise. Yasharoff is convinced that Peshev personally ordered the local authorities to stop preparations for the deportation of the Bulgarian Jews in 1943; yet it is hard to believe that the vice-chairman of the National Assembly would have had such an authority, particularly in a country that Yasharoff calls a fascist state. But was Bulgaria truly a fascist country during the war? Yes, if we judge it by some of the actions of its police; no, if we consider that it had a functioning parliament with opposition parties, whose deputies often strongly opposed the government. However, because the government could take no major action in Bulgaria without the King’s consent, Boris III must bear responsibility both for the deportation of the Thracian and Macedonian Jews and for saving their Bulgarian counterparts. As a savior of some Jews and as the man responsible for the killing of others, Boris did not really differ greatly from such contemporary heads of state as France’s Marshal Pétain and Hungary’s Admiral Horthy. (…) The lesson of the Bulgarian story is best explained by Omer Bartov in The New Republic (August 13, 2001) when he writes: “The difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective goodness…is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss.” Dimitur Peshev, who was a member of the ruling political party in Bulgaria and who voted for the original anti-Semitic laws, was such a person. István Deák
Georg Ferdinand Duckwitz, membre du parti nazi sans conviction semble-t-il, connaissait le Danemark avec lequel il avait travaillé avant guerre et parlait danois (il sera le premier Ambassadeur d’Allemagne au Danemark après guerre). Il laisse volontairement filtrer l’information -censée rester secrète- du projet de rafle et de déportation qui, à ses propres dires, lui est communiquée par Werner Best. Cela permet de prévenir du danger les populations juives lors de la cérémonie pour Roch Hachana dans les synagogues. Immédiatement, le Premier Ministre de la Suède, également informé, propose d’accueillir les Juifs du Danemark. Durant la nuit de ce qui devait être la grande rafle de plus de 6.000 juifs, moins de 500 (477 d’après Raul Hilberg, 481 d’après les documents du musée) seront trouvés à leur domicile, arrêtés et déportés à Theresienstadt. En grande majorité, les familles juives avaient été « mises à l’abri » par les voisins et les amis, chez eux. Le dimanche suivant (3 octobre) dans les églises du Danemark est lu un texte des évêques danois affirmant que la persécution est contraire à l’esprit de la religion. La grande majorité de la population danoise organisa alors, avec le concours des nombreux bateaux de pêcheurs et sous la protection de la police danoise, le passage des familles juives vers la Suède, en particulier depuis Helsingør (Elseneur). La ville suédoise qui lui fait face a alors vu doubler sa population (de 1.500 à 3.000 environ). Les transferts des personnes vers la Suède étaient payés par ceux qui le pouvaient. Lorsque les familles juives n’en avaient pas les moyens, certaines familles danoises aisées ont offert le financement. Des entreprises sont ainsi connues pour avoir participé de façon conséquente au sauvetage. Dans son livre The Miracle in Denmark: the rescue of the Jews, de 2007, Isi FOIGHEL -qui était alors un enfant- témoigne également de sa propre histoire et comment des inconnus ont payé pour son passage et celui de son frère, assuré par un garde-côte danois. Le mouvement de Résistance au Danemark a également mis en service des bateaux à travers un groupe appelé « The Sewing Club » proposant une traversée à prix modique. L’élément surprenant ensuite est le devenir des Juifs danois envoyés au camp de Theresienstadt (Terezin, près de Prague). En effet, ils n’ont pas, comme les 140.000 autres prisonniers ayant transité par Theresienstadt, été transférés dans d’autres camps –et à Auschwitz en particulier pour plus de la moitié d’entre eux, mais à l’inverse sont très majoritairement restés dans ce camp et revenus ensuite au Danemark après guerre. Les raisons sont assez floues. Pourquoi Werner Best les aurait-il protégés ? Il semble que Nils Svenningsen, au Ministère des Affaires étrangères danois (qui parlait et écrivait l’allemand) ait eu un rôle de premier plan, outre les manifestations de protestations émanant de toutes parts (du Roi bien entendu, de la Cour Suprème, des religieux, …). Nils Svenningsen ne cessa « d’interpeller » Best, réclamant des garanties, l’obligeant à une sorte de double-jeu, à tel point qu’Eichmann lui-même finit par venir à Copenhague (le 2 novembre 43). Celui-ci s’engagea alors sur la non-déportation des Juifs danois de Theresienstadt vers d’autres camps, ainsi qu’à l’autorisation de visites de personnel danois de la Croix Rouge. Durant « l’absence forcée » des Juifs danois, Hans Henrik Koch du Ministère des Affaires Sociales géra la question des logements inoccupés (des listes de biens furent établies, les loyers furent payés, …) de telle sorte que les familles les retrouvèrent à leur retour. Bien entendu il y eut des exceptions à ce tableau somme toute idyllique, elles furent néanmoins rares. L’attitude politique du Danemark fut parfois considérée comme discutable, elle parait aujourd’hui, avec le recul, surtout éminemment stratégique. Le pays signe un traité de non-agression en mai 1939 avec l’Allemagne… que celle-ci ne respecte pas, envahissant le pays en avril 1940. L’attitude politique du Danemark devient alors une forme de collaboration exigeante et raisonnée. En effet, se sachant incapable de résister à l’envahisseur (ni du point de vue du nombre, ni du point de vue de l’équipement militaire), le Danemark a sans cesse cherché une position stratégique de moindre mal qui soit tenable afin de réussir, sans entrer dans une opposition frontale qui ne pouvait que mener à la catastrophe, à imposer certaines conditions en échange d’une forme de coopération apparente. Ils ont ainsi réussi à imposer des exigences de première importance comme le refus de combattre aux côtés de l’Allemagne nazie et le refus de toute mesure discriminatoire envers les Juifs. Sonderkommando
Mon travail d’historien a simplement consisté à montrer comment 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation. Ce chiffre est connu des spécialistes mais pas des Français, comme j’ai pu m’en apercevoir au cours de mon enquête. Là où je romps avec l’explication mémorielle, c’est que le nombre de Justes français – 3 500 environ – ne peut pas expliquer à lui seul la survie d’au moins 200 000 personnes perçues comme juives. Je suis désolé de contredire, sur ce point, les présidents Jacques Chirac et François Hollande ! J’ai cherché à déplacer le regard des Justes, titre mémoriel certes important, vers ces hommes et ces femmes qui ont dû se débrouiller, plus ou moins bien, pour survivre au quotidien face à la persécution et aux arrestations.(…) Plusieurs facteurs individuels très importants entrent en compte, comme la nationalité : 90 % des Français juifs n’ont pas été déportés, contre 50 à 60 % des juifs étrangers vivant en France. Ce fut une découverte et une surprise pour moi. Les Français juifs étaient intégrés dans la société, ils parlaient français, avaient davantage de moyens financiers et pouvaient faire appel à de la famille, des amis, des voisins. Ils n’avaient d’ailleurs parfois pas conscience que la persécution pouvait les viser. La nationalité et les ressources n’expliquent cependant pas tout. C’est le point central qui se dégage de mes témoignages : une forme de solidarité fut indispensable. Prenons l’exemple de cet instituteur du nord de la France qui, voyant arriver à l’école un enfant avec l’étoile jaune, lui dit de partir avec ses parents dans le Sud, en zone dite libre, ce qu’ils feront. Là, ils seront accueillis jusqu’à la fin de la guerre par une famille d’agriculteurs. Cette famille a été reconnue comme Juste. Mais l’instituteur qui a pris quelques minutes pour parler à l’enfant juif a joué un rôle déterminant. Il ne s’agit pas d’un acte de résistance mais d’entraide. Cette solidarité des petits gestes s’est manifestée à travers quatre figures clés : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur. Ce pouvait être un agriculteur, un instituteur, une assistante sociale, un concierge, un employé des chemins de fer ou un prêtre. (…) Je souligne trois facteurs déterminants : les croyances religieuses, l’esprit républicain et le patriotisme. Le rôle pionnier des protestants est connu, en particulier à travers les pasteurs du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et la Cimade. Mais il ne faut pas oublier les initiatives précoces de catholiques comme l’abbé Devaux à Paris ou à Lyon le jésuite Pierre Chaillet, fondateur des Cahiers de Témoignage chrétien. On ne peut pas juger l’Église catholique sur le silence du pape Pie XII ou des Églises nationales : il faut aussi regarder les comportements de la base. La charité chrétienne envers son prochain l’a souvent emporté sur l’anti-judaïsme, la compassion envers les persécutés sur la stigmatisation. La protestation de Mgr Saliège, le 23 août 1942, a eu un effet multiplicateur et une dimension internationale méconnue, puisque notamment le New York Times s’en est fait l’écho. Il faudrait réévaluer notre mémoire collective sur le rôle de l’Église catholique, à l’image de Sylvie Bernay avec ses travaux sur les « diocèses refuges ». (…) Constater que 75 % des juifs de France ont été sauvés ne revient pas à exonérer le maréchal Pétain. Berlin avait stratégiquement besoin de Vichy – qu’il s’agisse du maintien de l’ordre ou de l’économie de guerre –, et Vichy aurait donc sans doute pu s’opposer aux déportations. Il n’en demeure pas moins, quelles qu’aient été les intentions d’un régime pratiquant l’antisémitisme d’État, qu’en soi, le maintien d’un appareil étatique a eu un effet positif pour la survie des juifs de France. Jacques Semelin
Il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous. Simone Veil
À l’été 1943, quand Vichy a voulu dénaturaliser des juifs naturalisés après 1927, l’église catholique a menacé de protester publiquement. Et Vichy a renoncé à ce projet. Vichy aurait pu dire «non» en 1942 pour l’ensemble des juifs. Vichy n’a en rien sauvé des juifs. La France n’avait pas à livrer des juifs. Vichy a arrêté les juifs non seulement en zone occupée mais aussi en zone libre.  Klarsfeld (Actualités juives)
[La thèse de Paxton] repose sur la malfaisance absolue du régime de Vichy, reconnu à la fois responsable et coupable. L’action de Vichy est toujours nuisible et tous ses chefs sont condamnables. (…) [Alain Michel] reprend, en l’étayant, l’intuition des premiers historiens du vichysme, et montre comment un pouvoir antisémite, cherchant à limiter l’influence juive sur la société par un statut des Juifs inique, infâme et cruel, et obsédé par le départ des Juifs étrangers – pour l’Amérique, pense d’abord Laval qui, devant le refus des Américains, accepte de les envoyer à l’Est, comme le lui affirment alors les Allemands -, réussit à sauver les « vieux Israélites français ». (…) Michel ne veut nullement réhabiliter Vichy. Il dénonce sans ambages ce statut des Juifs qui, dès octobre 1940, fait des Israélites des citoyens de seconde zone; mais il ose aller au-delà de l’émotion et de la condamnation légitimes, pour creuser les contradictions d’un pouvoir pétainiste et distinguer entre morale et efficacité politique, qui ne vont pas forcément de pair. Il glisse de la complexité dans une histoire qui appelle le manichéisme; il n’approuve pas les présupposés antisémites de Vichy, mais il reprend tout de même la ligne de défense de ses responsables à la Libération. Eric Zemmour
Quel rôle joua le régime de Vichy dans l’application de « la Solution finale de la question juive » ? Depuis trente ans, en France, l’affaire semble entendue : le régime de Vichy a été un complice actif du génocide perpétré par les nazis. Pourtant, face à cette thèse officielle, des pierres d’achoppement subsistent : comment expliquer, en effet, que 75% des Juifs vivant en France pendant la guerre aient pu échapper à la Shoah ? Et comment expliquer, aussi, que la France fut le pays d’Europe où les réseaux de sauvetage juifs furent les plus nombreux, les plus actifs et les plus efficaces ? Autant de « paradoxes français ». Fort d’une première étude sur les Éclaireurs israélites de France pendant la Seconde Guerre mondiale et fin connaisseur des recherches internationales sur la Shoah, Alain Michel reprend le dossier à sa source. Il présente des chiffres et pose des questions qui dérangent. Ainsi, l’antisémitisme de Vichy, qui distinguait Juifs nationaux et Juifs étrangers, a-t-il vraiment poursuivi les mêmes objectifs que les nazis ? L’existence même du gouvernement de Vichy a-t-elle permis, ou non, de ralentir la machine génocidaire ? Peut-on expliquer l’ampleur des sauvetages, comme le fit le président Jacques Chirac en juillet 1995, par la seule action courageuse des Français qui auraient ainsi pallié les errements de leur gouvernement ? Des questions souvent ignorées du public français et des réponses qui bouleversent notre connaissance de la Shoah en France. Vichy et la Shoah
Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. (…) Ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. (…)  Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. (…) Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux. (…) Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.  (…) Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ. (…) Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.(…) Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. (…) La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible. (…) Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer. Alain Michel
Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de décembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés – pour une fois – directement par les Allemands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy. A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté. Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débarrasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent : « Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard… » Mais c’est leur bon vouloir. (…) Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord : les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier. C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française : pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants… Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord. (…)  En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr). (…) Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Les livres [de Raul Hilberg et Léon Poliakov] sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets. Alain Michel n’est pas un historien sérieux : on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes. Robert Paxton

Attention: une polémique peut en cacher une autre !

Alors que n’ayant pu le coincer sur  les chiffres de la délinquance ou l’implication massive et jusque là largement ignorée de la gauche dans la collaboration

C’est sur sa « défense de Pétain » dans son nouveau livre et véritable phénomène littéraire que nos donneurs de leçons patentés de l’antiracisme se ruent pour faire tomber l’empêcheur de tourner en rond gaullo-bonapartiste Eric Zemmour …

Comment avec l’auteur du livre sur lequel l’impétrant s’est appuyé, le rabbin Alain Michel …

Ne pas voir que, loin de défendre le régime vichyste et malgré une évidente maladresse de présentation, notre polémiste ne fait que reprendre une analyse largement déjà évoquée par d’autres chercheurs ?

A savoir que pour expliquer les quelque 75% de « sauvetage » des juifs français (à comparer par exemple avec les 20% des Pays-Bas) …

Il entre probablement pour une part au-delà de l’indéniable action de la population dite des « Justes »

La stratégie vichyste, certes peu glorieuse et tardive de véritable « préférence nationale », de livraison aux nazis de ses juifs étrangers (leurs enfants nés en France compris) en lieu et place de la majorité des « vieux juifs français » ?

Mais peut-être surtout, comme l’ont bien montré les travaux d’Helen Fein ou Diane Wolf reprenant les chiffrages certes anciens d’Hilberg, le cas particulier d’un phénomène plus général pour le reste de l’Europe …

A savoir qu’entre un pays à résistance intérieure maximale avec refus de coopération tant de l’Etat que de l’Eglise comme le Danemark qui sauva tous ses juifs …

Et des pays à résistance minimale suite à l’exil ou la destruction systématique de leurs élites  comme les Pays-Bas ou la Pologne qui perdirent entre 80 et 100% de leurs juifs …

C’est dans les pays les plus collaborationnistes, autrement dit ayant conservé un certain degré de souveraineté nationale comme la Bulgarie qui sauva près de 100% de ses juifs nationaux au prix elle aussi de « ses juifs étrangers » (thraces et grecs des territoires qu’elle avait envahis) …

Mais gardé aussi une présence importante et active de leurs élites (notamment religieuses) …

Que les juifs ont finalement été les plus préservés ?

« Le livre de Zemmour ne me concerne pas »
Le JDD
13 octobre 2014

INTERVIEW – Historien français et rabbin vivant en Israël, Alain Michel est l’auteur de Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français, dont les idées sont largement reprises par Eric Zemmour. Il plaide pour que s’ouvre un « débat historique » sur la question, jugeant que le l’historiographie de la Shoah est figée en France.

Eric Zemmour reprend vos idées au service d’un ouvrage très politique et idéologique – Le suicide français. N’est-ce pas gênant pour l’historien que vous êtes?
Je ne suis pas responsable de l’utilisation que l’on fait de ce que j’avance, à partir du moment où l’on ne déforme pas ce que j’écris. Le livre d’Eric Zemmour reprend ses idées, ses approches, et cela ne me concerne pas. Je n’aurais pas fait la présentation de cette manière-là, concernant le chapitre sur la France de Vichy. Zemmour parle comme le polémiste qu’il est. Mais il respecte globalement l’approche qui est faite dans mon livre. Je n’ai pas à censurer quelqu’un en raison de ses idées tant que cela reste globalement dans le consensus démocratique.

Peut-on dire, comme Eric Zemmour, que « Pétain a sauvé 95% des juifs français »?
Non, ce n’est pas Pétain mais le gouvernement de Vichy. Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. L’expression de Zemmour est maladroite. Il aurait fallu dire « entre 90 et 92% », et contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des « Justes parmi les nations », mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France.

Existe-t-il une doxa paxtonienne (du nom de Robert Paxton, historien américain dont les recherches sur la France de Vichy font référence), comme le répète Eric Zemmour?
Oui, je pense qu’il a tout à fait raison de ce point de vue-là, malheureusement. Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France.

«Je déteste les dirigeants de Vichy, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge»

Les ouvrages de Leon Poliakov (Bréviaire de la haine : le IIIe Reich et les juifs) et Raul Hilberg (La destruction des juifs d’Europe), auxquels vous vous référencez, sont anciens, et ont été écrits sans qu’ils aient eu accès à l’ensemble de la recherche sur le sujet, ce que vous reproche Paxton notamment…
C’est une inexactitude totale. Poliakov est revenu sur ses écrits en 1989, écrivant à nouveau que Laval n’avait jamais été antisémite. C’est l’historien de l’antisémitisme, je pense que l’on peut lui accorder un certain crédit. De la même façon, Hilberg a publié trois éditions de son livre. Il cite d’ailleurs Paxton et Klarsfeld à titre documentaire seulement, et jamais concernant leur analyse, ce qui montre bien son désaccord avec eux.

Que répondez-vous à Robert Paxton, qui affirme que vous n’êtes pas un historien sérieux?
Un historien sérieux n’est pas là pour distribuer les bonnes et mauvaises notes aux autres chercheurs. Il doit amener des faits. Dans son interview à Rue 89, il y a une série d’erreurs stupéfiantes, notamment sur les dates des déportations en France, où sur la durée de l’occupation en France et en Italie… Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français.

Que voulez-vous dire?
Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.

Qu’implique un « réexamen du régime de Vichy », que vous appeliez de vos voeux dans votre livre?
Il y a encore des archives non utilisées, ni consultées. Il faut réfléchir à nouveau à ce qu’il s’est passé durant ces années, analyser l’action de Vichy avant de poser des condamnations absolues. Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique.

«Il faut rendre la question de la Shoah à l’histoire»

Comment dire que Vichy a « protégé la majorité des juifs français », quand le statut des juifs de 1940 et 1941 les excluait de la plupart des professions et les condamnait à la misère, avec un statut de citoyen de seconde zone?
Le statut des juifs les a affaiblis quand la solution finale s’est déclenchée. Que cela ait eu des conséquences indirectes, c’est une chose, mais ce n’est pas pour ça que l’on peut dire que Vichy a sacrifié des juifs français. Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination.

Les enfants victimes de la rafle du Vel d’Hiv étaient, pour la plupart, nés en France et déclarés Français…
La majorité des adultes étaient des juifs étrangers, et la question de leurs enfants s’est logiquement posée. Les Allemands se sont en effet aperçus qu’ils n’allaient pas remplir leurs objectifs et ont décidé d’incorporer les enfants, sur une idée de Theodor Dannecker, le bras droit de Eichmann à Paris. L’administration française n’a appris ces changements qu’au dernier moment, et elle a dû s’y plier en vertu des accords signés avec l’occupant. Cette question est donc directement liée à la volonté allemande, même si l’administration française a participé à cet acte absolument horrible.

Vous estimez que l’historiographie de la Shoah est figée, que voulez-vous dire?
Certaines conceptions sont devenues des classiques, et on les enseigne dans les écoles et à l’université. Contrairement à l’Allemagne, Israël ou les Etats-Unis, où des débats existent sur la question de la Shoah, tout le monde parle d’une même voix en France. C’est devenu un problème affectif et idéologique. Il faut rendre cette question à l’histoire, car même si la mémoire est évidemment très importante, elle ne doit pas empêcher l’histoire d’avancer.

Voir aussi:

Jacques Semelin : « 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation »
Jacques Semelin, directeur de recherches CERI-CNRS, publie « Persécutions et entraides dans la France occupée » (1).
La Croix
21/3/13


L’historien analyse pour la première fois comment 75 % des juifs de France ont échappé à la mort.

En quoi votre ouvrage, riche de témoignages et d’archives, entend-il réévaluer notre regard sur l’histoire de la Shoah en France ?

Jacques Semelin : Dans notre mémoire collective, les juifs qui ont échappé à la mort sont ceux qui sont revenus de déportation. Mon propos n’est ni de minimiser l’horreur du génocide de 25 % des juifs de France ni de raconter une « histoire rose » du sauvetage des juifs en France. Mes témoins ont perdu des êtres chers durant cette période.

Mon travail d’historien a simplement consisté à montrer comment 75 % des juifs vivant en France ont échappé à la déportation. Ce chiffre est connu des spécialistes mais pas des Français, comme j’ai pu m’en apercevoir au cours de mon enquête.

Là où je romps avec l’explication mémorielle, c’est que le nombre de Justes français – 3 500 environ – ne peut pas expliquer à lui seul la survie d’au moins 200 000 personnes perçues comme juives. Je suis désolé de contredire, sur ce point, les présidents Jacques Chirac et François Hollande ! J’ai cherché à déplacer le regard des Justes, titre mémoriel certes important, vers ces hommes et ces femmes qui ont dû se débrouiller, plus ou moins bien, pour survivre au quotidien face à la persécution et aux arrestations.

Quelle part a joué l’entraide individuelle dans cette survie ?

Plusieurs facteurs individuels très importants entrent en compte, comme la nationalité : 90 % des Français juifs n’ont pas été déportés, contre 50 à 60 % des juifs étrangers vivant en France. Ce fut une découverte et une surprise pour moi. Les Français juifs étaient intégrés dans la société, ils parlaient français, avaient davantage de moyens financiers et pouvaient faire appel à de la famille, des amis, des voisins. Ils n’avaient d’ailleurs parfois pas conscience que la persécution pouvait les viser.

La nationalité et les ressources n’expliquent cependant pas tout. C’est le point central qui se dégage de mes témoignages : une forme de solidarité fut indispensable. Prenons l’exemple de cet instituteur du nord de la France qui, voyant arriver à l’école un enfant avec l’étoile jaune, lui dit de partir avec ses parents dans le Sud, en zone dite libre, ce qu’ils feront.

Là, ils seront accueillis jusqu’à la fin de la guerre par une famille d’agriculteurs. Cette famille a été reconnue comme Juste. Mais l’instituteur qui a pris quelques minutes pour parler à l’enfant juif a joué un rôle déterminant. Il ne s’agit pas d’un acte de résistance mais d’entraide.

Cette solidarité des petits gestes s’est manifestée à travers quatre figures clés : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur. Ce pouvait être un agriculteur, un instituteur, une assistante sociale, un concierge, un employé des chemins de fer ou un prêtre.

La religion a-t-elle joué un rôle dans cette solidarité ?

Je souligne trois facteurs déterminants : les croyances religieuses, l’esprit républicain et le patriotisme. Le rôle pionnier des protestants est connu, en particulier à travers les pasteurs du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) et la Cimade.

Mais il ne faut pas oublier les initiatives précoces de catholiques comme l’abbé Devaux à Paris ou à Lyon le jésuite Pierre Chaillet, fondateur des Cahiers de Témoignage chrétien. On ne peut pas juger l’Église catholique sur le silence du pape Pie XII ou des Églises nationales : il faut aussi regarder les comportements de la base.

La charité chrétienne envers son prochain l’a souvent emporté sur l’anti-judaïsme, la compassion envers les persécutés sur la stigmatisation. La protestation de Mgr Saliège, le 23 août 1942, a eu un effet multiplicateur et une dimension internationale méconnue, puisque notamment le New York Times s’en est fait l’écho. Il faudrait réévaluer notre mémoire collective sur le rôle de l’Église catholique, à l’image de Sylvie Bernay avec ses travaux sur les « diocèses refuges » .

L’argument du nombre de Français juifs sauvés n’est-il pas, déjà, le principal argument des défenseurs du maréchal Pétain ?

Constater que 75 % des juifs de France ont été sauvés ne revient pas à exonérer le maréchal Pétain. Berlin avait stratégiquement besoin de Vichy – qu’il s’agisse du maintien de l’ordre ou de l’économie de guerre –, et Vichy aurait donc sans doute pu s’opposer aux déportations. Il n’en demeure pas moins, quelles qu’aient été les intentions d’un régime pratiquant l’antisémitisme d’État, qu’en soi, le maintien d’un appareil étatique a eu un effet positif pour la survie des juifs de France.

Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler sur ce sujet ?

C’est Simone Veil qui m’a décidé, en 2008, à me lancer dans cette vaste fresque, opérant ainsi un lien entre mes deux domaines de recherches, la résistance civile et les massacres de masse. Le plus grand défi intellectuel et émotionnel consistait à articuler la grande histoire et les histoires individuelles. Mes rencontres avec les survivants m’ont porté pour raconter des histoires de vie, et finalement la vie au-delà de la souffrance.

(1) Les Arènes, Éd. du Seuil, 912 pages, 29 €.
RECUEILLI PAR LAURENT DE BOISSIEU

Voir encore:

Polémique Zemmour : « Vichy, une collaboration active et lamentable »
Robert Paxton
Le Monde
18.10.2014

Dans sa longue complainte sur le déclin de la France, Eric Zemmour laisse percer un mince rayon de lumière : au moins la France de Vichy parvint-elle à sauver 75 % des juifs de France du monstre nazi…

Il est difficile de croire qu’il a véritablement lu les statuts de Vichy concernant les juifs. Aucune « préférence nationale » n’y apparaît. Toutes les mesures de Vichy concernant les juifs visaient autant les citoyens français que les immigrés, mise à part celle du 4 octobre 1940 ordonnant l’internement des « ressortissants étrangers de race juive ». Certaines dispositions, il est vrai, furent prises afin d’exempter les vétérans de guerre et les juifs qui avaient rendu à la France des services particuliers (qui n’étaient pas nécessairement citoyens français), ainsi que des familles installées dans l’Hexagone depuis cinq générations. Dans les faits, toutefois, peu de personnes bénéficièrent de ces exemptions, et il arriva que certaines d’entre elles finissent par être déportées.

Le régime de Vichy appliqua ses mesures de restriction aux juifs avec zèle. Des chercheurs français établirent le chiffre précis de ceux qui furent exclus de la fonction publique et interdits d’exercer leur profession. La commission Mattéoli a déterminé très exactement combien d’entre eux furent victimes de spoliations. Les juifs français, davantage intégrés que les immigrés, ont particulièrement souffert de ces mesures. Lorsque les déportations débutèrent, ils étaient déjà extrêmement fragilisés par la perte de leurs professions et de leurs biens.

ANTISÉMITISME CULTUREL FRANÇAIS

Les juifs assimilés comme Léon Blum furent les cibles d’un opprobre tout particulier. Xavier Vallat, le premier commissaire général aux questions juives, brouillait la différence existant prétendument entre l’antisémitisme culturel français et l’antisémitisme racial allemand. Vallat était convaincu que des juifs comme Blum, bien que nés français, étaient fondamentalement incapables de devenir d’authentiques Français.

Tous les historiens ayant travaillé sérieusement sur la France de Vichy détectent un changement à l’été 1942. Lorsque la « solution finale » commença à être mise en œuvre en France, avec les arrestations de masse, et la séparation des mères de leurs enfants. Même ceux qui s’étaient récemment plaints du nombre trop élevé à leurs yeux d’immigrés montrèrent de la répulsion. Cinq évêques dénoncèrent ces arrestations. Pierre Laval, le chef du gouvernement, n’obtint qu’un report de l’arrestation des juifs français. Les Allemands acceptèrent de déporter en priorité les juifs étrangers, pourvu que la police française assure un nombre suffisant pour remplir les trains. Ils dirent toujours très clairement à Laval qu’ils finiraient par s’occuper des juifs français aussi. Il n’y eut jamais aucun accord, ni écrit ni oral, sur cette question.

En fin de compte, les Allemands s’emparèrent de tous ceux qu’ils purent, français ou non. Un tiers des 76 000 juifs déportés était des citoyens français, dont, il est vrai, des enfants nés en France de parents immigrés. L’extermination de 25 % des juifs de France ne fut pas une issue positive. La France avait bien plus de possibilités de dissimuler les juifs que la Belgique et les Pays-Bas, où la présence allemande était plus forte. L’exemple de l’Italie permet d’établir une meilleure comparaison. L’occupation allemande y débuta plus tard, mais se termina plus tard aussi, en mai 1945. Ne pouvant compter ni sur l’aide de l’Etat italien ni sur celui de sa police, les nazis ne furent en mesure de mettre la main que sur 16 % des juifs d’Italie. Si en France la police de Vichy participa activement aux arrestations, elle le fit avec de moins en moins de zèle à partir du début de l’année 1943.

Plus stupéfiant encore, le régime de Vichy envoya spontanément 10 000 juifs étrangers de la zone libre de l’autre côté de la ligne de démarcation pour les livrer à une mort certaine. Une telle mesure n’eut pas d’équivalent en Europe de l’Ouest, et n’en eut que peu en Europe de l’Est. On peut tenter d’expliquer ce zèle en l’interprétant comme une réaction à l’avalanche de réfugiés dans les années 1930. La France en accueillit proportionnellement plus que les Etats-Unis, mais pas davantage en nombre absolu, comme le prétend M. Zemmour. Après 1940, Vichy tenta de convaincre l’Allemagne de « reprendre » ses réfugiés. Au printemps 1942, Berlin obtempéra et put compter sur le plein concours de Vichy.

DES GENS DE BIEN

Bien comprendre la situation allemande permet de saisir l’importance pour eux de la collaboration policière française. Une constante pénurie de main-d’œuvre sévissait en Allemagne. Engagée dans des combats de grande ampleur sur le front de l’Est, elle comptait en France sur Vichy et sa police pour combler ce manque. Ce fait n’est pas de mon invention, contrairement à ce qu’insinue M. Zemmour ; il ressort avec évidence des archives allemandes. « Etant donné que Berlin ne peut pas détacher du personnel », écrivit le 7 juillet 1943 Heinz Röthke, l’officiel chargé de diriger les actions allemandes contre les juifs, « l’action [d’arrestation de juifs] devra être exécutée presque exclusivement avec des forces de la police française ».

Il existe, dans cette lamentable histoire, quelque chose dont il est permis de se féliciter. Je pense ici aux efforts que menèrent de nombreux Français pour venir en aide aux juifs, particulièrement aux enfants. Michael R. Marrus et moi-même leur avons dédié notre ouvrage paru en 1981, Vichy et les Juifs (Calmann-Lévy), car nous ne concevions pas que la critique de Vichy puisse équivaloir à une critique de la France et des Français (comme le pense Zemmour). L’aide humanitaire apportée aux juifs ne fut pas une spécificité française, mais elle joua un rôle important reconnu par Vichy qui traqua et arrêta parfois ces gens de bien.

Le livre d’Eric Zemmour rencontre le succès parce qu’il exploite avec habileté la peur du déclin. Le lecteur est porté par sa verve, son talent pour l’invective, son don de conteur et son goût de la provocation. Mais tout ce qui est abordé dans ce livre l’est au travers des verres déformants. Sa nostalgie de l’autorité masculine ne fait guère de proposition constructive pour surmonter les problèmes du moment. Je ne crois pas qu’ils seront nombreux à vouloir sérieusement revenir à l’époque d’avant 1965 alors que les femmes ne pouvaient ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leurs maris, un changement que Zemmour semble regretter. Une fois que l’énergie criarde de ce livre aura fait son petit effet, l’engouement du moment disparaîtra.

Vues de l’étranger, les idées noires exploitées par Zemmour ne semblent pas si exceptionnelles. Jadis puissance militaire et culturelle, la France en est venue à occuper une position certes honorable mais moyenne. Aucun Etat n’échappe au relâchement des liens nationaux et sociaux, au commerce mondialisé et à l’individualisme débridé. Aux Etats-Unis aussi, on redoute la déchéance. Le Tea Party est parvenu à bloquer le gouvernement fédéral. Le système électoral américain est archaïque. Le président n’est pas apprécié par la population. Un mouvement « néoconfédéré » vigoureux s’enorgueillit de la cause sudiste telle qu’elle fut défendue au cours de la guerre civile des années 1861-1865. Ce mouvement accuse les historiens qui critiquent la société esclavagiste d’être quelque peu antiaméricains. Eric Zemmour se sentirait chez lui en leur compagnie.

(Traduit de l’anglais par Frédéric Joly)

Robert O. Paxton, professeur émérite d’histoire Columbia University (New York)

Voir de plus:

Robert Paxton : « L’argument de Zemmour sur Vichy est vide »
Pascal Riché
Rue 89/Nouvel Obs
09/10/2014

style= »text-align: justify; »>Le système Eric Zemmour se nourrit de sa propre surenchère : chaque livre de l’essayiste doit aller plus loin que le précédent – vers l’extrême droite. Il est allé si loin qu’il en arrive, dans son dernier essai, « Le Suicide français » (éd. Albin Michel) – déjà un best seller – à prendre la défense de Vichy, ce sinistre souvenir français. S’il avait vécu à cette époque, Zemmour, issu d’une famille juive algérienne, aurait été déporté ou aurait vécu dans la terreur.

Mais qu’importe : il a choisi de reconsidérer le bilan de Pétain, qu’on aurait tort, selon lui, de classer dans la « malfaisance absolue ». Dans un passage de plusieurs pages de son livre, titré avec dédain « Robert Paxton, notre bon maître », l’essayiste s’en prend à ce qu’il appelle « la doxa paxtonnienne ». En 1972, dans son livre « Vichy France : Old Guard and New Order », traduit en français l’année suivante sous le titre « La France de Vichy » (éd. Seuil), l’historien américain a ouvert les yeux des Français sur leur propre histoire et sur les responsabilités du régime de Pétain dans la persécution et la déportation des juifs.

Mais selon Eric Zemmour, la thèse de Paxton, devenue « parole d’évangile », est idéologique :

« Elle repose sur la malfaisance absolue du régime de Vichy, reconnu à la fois responsable et coupable. L’action de Vichy est toujours nuisible et tous ses chefs sont condamnables. »
On peut la lire à l’envers : selon Zemmour, la malfaisance du régime de Vichy n’est pas absolue, l’action de Vichy n’est pas toujours nuisible, tous ses chefs ne sont pas condamnables…

Selon l’essayiste, si 75% des juifs ont été sauvés en France, c’est en grande partie grâce à « la stratégie adoptée par Pétain et Laval face aux demandes allemandes : sacrifier les juifs étrangers pour sauver les juifs français ». Tout en se gardant de réhabiliter ce régime, il invite à faire le distinguo, dans le jugement que l’on porte sur Vichy, entre « morale » et « efficacité politique ».

« C’est ridicule »
Pour combattre les thèses de Paxton, Zemmour s’appuie sur le livre du rabbin israélien Alain Michel, « Vichy et la Shoah. Enquête sur le paradoxe français » (éd. CLD, 2012), dans lequel ce dernier, né en France, s’emploie à essayer de démolir l’apport de l’Américain. Zemmour écrit :

« Il reprend, en l’étayant, l’intuition des premiers historiens du vichysme, et montre comment un pouvoir antisémite, cherchant à limiter l’influence juive sur la société par un statut des juifs inique, infâme et cruel, et obsédé par le départ des juifs étrangers – pour l’Amérique, pense d’abord Laval qui, devant le refus des Américains, accepte de les envoyer à l’Est, comme le lui affirment alors les Allemands –, réussit à sauver les “vieux Israélites français”. »

J’ai demandé, par téléphone, à Robert Paxton, professeur à l’université de Columbia, ce qu’il pensait de tout cela.

Rue89. Selon Eric Zemmour, votre regard sur Vichy est idéologique et manichéen : le régime aurait, à la différence de ce qui s’est passé dans d’autres pays comme la Hollande, permis de sauver de nombreux juifs français en sacrifiant les juifs étrangers…

Robert Paxton. Cet argument est parfaitement vide, de même que le livre d’Alain Michel sur lequel il s’appuie. Il suffit de lire les lois promulguées par Vichy entre 1940 et 1942, qui imposent des exclusions sur tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française. Le statut des juifs qui les exclut des services publics ; l’instauration de quotas à l’université ; la loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation des biens juifs… tous ces textes ne font aucune distinction entre juifs français et juifs étrangers.

Dans leur application, ces mesures frappent durement les juifs de nationalité française, car ce sont eux qui sont les plus impliqués : ce sont des instituteurs, des conseillers d’Etat, des officiers de l’armée… des gens qui ont des propriétés et qui sont les premiers à souffrir de l’aryanisation. C’est absurde de soutenir que Vichy a soutenu les juifs français pendant ces deux premières années.

Quand les déportations commencent, et surtout au moment de la rafle de décembre 1941 au cours de laquelle plus de 700 juifs, souvent des notables, y compris un sénateur, ont été arrêtés – pour une fois – directement par les Allemands, cela a été un scandale : tout le monde a pris conscience de la faiblesse du régime de Vichy.

A partir de ce moment, du printemps 1942, mais pas avant, le régime s’efforce de laisser partir en premier les juifs étrangers et apatrides. Ce n’est pas une question morale, mais Laval et Pétain ont conscience de ce qui se joue en terme de souveraineté.

Laval continue de dire que les réfugiés juifs font du mal à la France et explique aux Américains et autres, aux évêques ou aux pasteurs qu’il a l’intention de se débarrasser de ces étrangers… Il essaye alors de persuader les Allemands de prendre d’abord les étrangers et les apatrides. Les Allemands répondent : « Bon, on va faire comme en Belgique, on prend les étrangers d’abord. Mais comprenez bien qu’on prendra les Français plus tard… » Mais c’est leur bon vouloir.

Il n’y a pas d’accord avec les Allemands ?

Jamais. Laval a obtenu un report. Mais sans qu’il n’existe d’accord : les Allemands ont accepté, de leur propre décision, de prendre les étrangers en premier.

Robert Paxton et Bertrand Delanoë, lors de l’inauguration de l’exposition « Archives de la vie littéraire sous l’Occupation », hôtel de ville de Paris, le 11 mai 2011 (Michel Euler/AP/SIPA)
C’est donc ridicule de soutenir que Vichy a protégé les juifs de nationalité française : pendant les deux premières années, Vichy a fait tout son possible pour fragiliser cette population, les excluant des emplois publics, mettant des quotas dans certaines professions, confisquant leurs propriétés, bloquant l’accès à l’université de leurs enfants…

Et quand vient l’heure des déportations, ces juifs sont horriblement fragilisés, encore plus susceptibles d’être traqués… Certes, Vichy a essayé sur le tard de sauver les apparences, en encourageant le report des déportations à plus tard… Mais il n’y a pas eu d’accord.

Zemmour pousse l’argument selon lequel les trois-quarts des juifs ont survécu en France…

Il fait croire que c’est un bon chiffre. C’est un mauvais chiffre ! En Italie, 16% ont été déportés. Les fonctionnaires italiens et les policiers italiens n’ont pas aidé à la déportation. Si l’Italie a été occupée plus tardivement que la France, l’occupation de l’Italie a duré longtemps après la libération de la France – le nord de l’Italie a été occupée deux mois de moins que le sud de la France, ce n’est pas beaucoup (septembre 1943 à mai 1945, contre novembre 1942 à août 1944 ndlr).

Voilà le chiffre qu’on pourrait imaginer dans un pays où les Allemands doivent tout faire eux-mêmes, sans l’apport des policiers qu’ils ont eu en France…

Ce chiffre de 25% de juifs déportés, dont de nombreux juifs français, est déplorable, il n’y a pas de quoi pousser des cocoricos. Je ne vois aucune raison de changer mon avis selon lequel le régime de Vichy a commis des actes terribles contre tous les juifs, y compris les juifs de nationalité française.

Zemmour et Alain Michel s’appuient sur plusieurs livres : ceux de Raul Hilberg, Léon Poliakov…

Les livres des deux derniers sont très honorables, mais très anciens : ils n’avaient pas accès à l’ensemble de la recherche réalisée sur ces sujets.

Alain Michel n’est pas un historien sérieux : on ne peut pas écrire ce qu’il a écrit si on a lu les textes de Vichy et les ouvrages récents sur l’application de ces textes.

Voir encore:

Alain Finkielkraut : « L’analogie avec les années 1930 prétend nous éclairer : elle nous aveugle »
le Figaro
Vincent Tremolet de Villers
13/10/2014

LE FIGARO – Plusieurs ouvrages* qui sortent cet automne font la comparaison entre notre époque et les années 1930. Ils invoquent la crise économique, la montée des populismes, l’antisémitisme. Trouvez-vous cette analogie pertinente?

Alain Finkielkraut – À en croire, par ordre d’entrée en scène, Enzo Traverso, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, Edwy Plenel, Philippe Corcuff, Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch et Yvan Gastaut: les années 1930 sont de retour. La droite intégriste et factieuse occupe la rue, la crise économique pousse à la recherche d’un bouc émissaire et l’islamophobie prend le relais de l’antisémitisme. Tous les auteurs que j’ai cités observent, comme l’écrit Luc Boltanski: «la présence de thèmes traditionalistes et nationalistes issus de la rhétorique de l’Action française et la réorientation contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigé contre les juifs».

Cette analogie historique prétend nous éclairer: elle nous aveugle. Au lieu de lire le présent à la lumière du passé, elle en occulte la nouveauté inquiétante. Il n’y avait pas dans les années 1930 d’équivalent juif des brigades de la charia qui patrouillent aujourd’hui dans les rues de Wuppertal, la ville de Pina Bausch et du métro suspendu. Il n’y avait pas d’équivalent du noyautage islamiste de plusieurs écoles publiques à Birmingham. Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits sensibles. Aucun élève alors n’aurait songé à opposer au professeur, qui faisait cours sur Flaubert, cette fin de non-recevoir: «Madame Bovary est contraire à ma religion.»

Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne régnait pas non plus à l’université, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaises pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de «dérapage» le moindre manquement au dogme du jour: l’égalité de tout avec tout. Quant à parler de retour de l’ordre moral alors que les œuvres du marquis de Sade ont les honneurs de la Pléiade, que La Vie d’Adèle a obtenu la palme d’or à Cannes et que les Femen s’exhibent en toute impunité dans les églises et les cathédrales de leur choix, c’est non seulement se payer de mots, mais réclamer pour l’ordre idéologique de plus en plus étouffant sous lequel nous vivons les lauriers de la dissidence.

Si l’on poursuit l’analogie telle qu’elle apparaît dans ces livres, les musulmans sont considérés comme des «ennemis de l’intérieur». Comme on considérait les communistes en France, voire les juifs avant la Seconde Guerre mondiale… Que vous inspire cette comparaison?

Pour dire avec Plenel et les autres que ce sont les musulmans désormais qui portent l’étoile jaune, il faut faire bon marché de la situation actuelle des juifs de France. S’il n’y a pratiquement plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme le répète dans l’indifférence générale Georges Bensoussan, le coordinateur du livre Les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits), l’antisémitisme y est devenu un code culturel. Tous les musulmans ne sont pas antisémites, loin s’en faut, mais si l’imam de Bordeaux et le recteur de la grande mosquée de Lyon combattent ce phénomène avec une telle vigueur, c’est parce que la majorité des antisémites de nos jours sont musulmans. Cette réalité, les antiracistes officiels la nient ou la noient dans ses causes sociales pour mieux incriminer au bout du compte «la France aux relents coloniaux». Ce n’est pas aux dominés, expliquent-ils en substance, qu’il faut reprocher leurs raccourcis détestables ou leur passage à l’acte violent, c’est à la férocité quotidienne du système de domination.

Vous pensez à l’essai d’Edwy Plenel Pour les musulmans?

Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait Pour les juifs. Après m’avoir écouté sur France Inter, Edwy Plenel indigné écrit Pour les musulmans. Fou amoureux de cette image si gratifiante de lui-même et imbu d’une empathie tout abstraite pour une population dont il ne veut rien savoir de peur de «l’essentialiser», il signifie aux juifs que ceux qui les traitent aujourd’hui de «sales feujs» sont les juifs de notre temps. Le racisme se meurt, tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, on n’a pas vraiment gagné au change. Et il y a pire peut-être: l’analogie entre les années 1930 et notre époque, tout entière dressée pour ne pas voir le choc culturel dont l’Europe est aujourd’hui le théâtre, efface sans vergogne le travail critique que mènent, avec un courage et une ténacité admirables, les meilleurs intellectuels musulmans. Voici deux exemples.

Abdennour Bidar: «On dit du fanatisme de quelques-uns que c’est l’arbre qui cache la forêt de l’islam pacifique, mais quel est l’état réel de la forêt en laquelle un tel arbre peut prendre racine?»

Mohamed Kacimi, en pleine guerre de Gaza, quand on tentait d’incendier une synagogue à Wuppertal et qu’étaient saccagés des magasins juifs à Sarcelles: «Plutôt que d’annoncer à ses millions d’âmes qu’ils vivent dans des pays soumis à des régimes totalitaires, religieux, obscurantistes, sans liberté, parqués jour et nuit dans des mosquées où on leur apprend à haïr la liberté, les femmes, la vie, les autres, la chaîne qatarienne al-Jazeera préfère crier haro sur Israël, sur l’ennemi sioniste, c’est à la fois un antalgique et un antidépresseur.»

Abdennour Bidar et Mohamed Kacimi répondent implicitement à Youssef al-Qaradawi, le président du Conseil européen de la fatwa et de la recherche et le guide spirituel de Tariq Ramadan comme de l’UOIF. Dans ses prêches sur al-Jazeera, celui-ci n’hésite pas à créditer Hitler de s’être débrouillé pour remettre à leur place les juifs arrogants. Il affirme par ailleurs que l’Islam ne doit pas conquérir l’Europe «vautrée dans son matérialisme et la philosophie de promiscuité» par la guerre, mais par l’influence.

Pendant ce temps, tout à la fierté jubilatoire de dénoncer notre recherche effrénée d’un bouc émissaire, les intellectuels progressistes fournissent avec le thème de «la France islamophobe» un bouc émissaire inespéré au salafisme en expansion. En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’Islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan. Ce ne sont pas les années 1930 qui reviennent, ce sont, dans un contexte totalement inédit, les idiots utiles.

Votre élection à l’Académie ferait écho à celle de Charles Maurras en 1938, lit-on, dans un de ces ouvrages…

Autrefois, on m’aurait peut-être traité de «sale race», me voici devenu «raciste» et «maurrassien» parce que je veux acquitter ma dette envers l’école républicaine et que j’appelle un chat, un chat. Entre ces deux injures, mon cœur balance. Mais pas longtemps. Mon père et mes grands-parents ayant été déportés par l’État dont Maurras se faisait l’apôtre, c’est la seconde qui me semble, excusez-moi du terme mais il n’y en a pas d’autres, la plus dégueulasse.

Dans la description de ce phénomène, on invoque une «droitisation» dont votre succès serait le symbole. La gauche et la France se «droitisent» de votre fait?

La gauche et la droite communient dans l’idolâtrie du progrès et dans le culte des nouvelles technologies. C’est à qui numérisera le plus vite notre pauvre école. Mais le paradigme prométhéen est épuisé. Il ne s’agit plus de changer ou de transformer le monde. Il s’agit de l’épargner et de sauver ce qui peut l’être. Ni la droite ni la gauche ne veulent se convertir à une pensée des limites et à ce que Hans Jonas appelait une «éthique de la conservation, de la préservation, de l’empêchement». Elles érigent en valeur le fait de l’innovation et avec zèle, ou fatalisme, elles accompagnent les flux économiques et les flux migratoires. Si elles se montrent récalcitrantes, l’Europe les remet très vite dans le droit chemin. Mais il y a en France des gens de toutes origines assez attachés à la civilisation française pour se considérer comme ses héritiers et ne pas vouloir dilapider cet héritage. Je suis de ceux-là.

Alain Juppé évoque, dans un chapitre qui compose le livre programme de l’UMP, «l’identité heureuse». Ce texte vous a-t-il convaincu?

L’identité malheureuse est un constat. L’identité heureuse est un slogan. Peut-être que, grâce à ce slogan, les voix de la gauche et du centre se reporteront sur Alain Juppé au second tour de l’élection présidentielle en 2017. Mais si tout suit son cours, les juifs seront de plus en plus nombreux à faire leur valise et le peuple continuera à se diviser en deux. Le périurbain pour les uns, les «quartiers populaires» pour les autres. Tout cela derrière le village Potemkine de l’identité heureuse. Est-ce la France que nous voulons?

Que vous inspire la polémique autour du livre d’Eric Zemmour: Le suicide français ?

J’attends d’avoir fini le livre d’Eric Zemmour pour réagir. Mais d’ores et déjà, force m’est de constater que ceux qui dénoncent jour et nuit les amalgames et les stigmatisations se jettent sur l’analyse irrecevable que Zemmour fait du régime de Vichy pour pratiquer les amalgames stigmatisants avec tous ceux qu’ils appellent les néoréactionnaires et les néomaurrassiens. Ils ont besoin que le fascisme soit fort et même hégémonique pour valider leur thèse. Le succès de Zemmour pour eux vient à point nommé. Mais je le répète, ce n’est pas être fasciste que de déplorer l’incapacité grandissante de la France à assumer sa culture. Et ce n’est surement pas être antifasciste que de se féliciter de son effondrement. ■

* Enzo Traverso, «La Fin de la modernité juive», La Découverte ; Edwy Plenel, «Pour les musulmans», La Découverte ; Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, «Vers l’extrême, extension des domaines de la droite», Éditions Dehors ; Philippe Corcuff, «Les Années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard», Textuel ; Renaud Dély, Pascal Blanchard, Claude Askolovitch, Yvan Gastaut, «Les Années 30 sont de retour», Flammarion (sortie le 15 octobre).

Voir encore:

The Anti-Hero as Hero.(Review)
Omer Bartov
The New Republic
August 13, 2001
The Fragility of Goodness:
Why Bulgaria’s Jews Survived the Holocaust
By Tzvetan Todorov
translated by Arthur Denner
(Princeton University Press, 197 pp., $26.95)

Omer Bartov is professor of history at Brown University, and the author, most recently, of Mirrors of Destruction: War, Genocide, and Modern Identity (Oxford University Press).

The holocaust is ultimately about the abandonment of an entire people to the murder machine of a powerful state. What facilitated the genocide of the Jews was a combination of circumstances that made escape and rescue increasingly difficult, and made the work of the perpetrators astonishingly easy. The killing occurred within the context of a total and savagely brutal war. The perpetrators could rely on a modern state apparatus and a rich supply of well-trained and willing individuals from the police, the army, and other German state agencies. The German population of the Reich exhibited a distinct lack of interest in the Nazi regime’s genocidal policies, largely carried out east of the country’s expanded borders. The German occupation authorities rarely faced concerted opposition–and often found willing collaboration– among the officials and the population of the countries from which Jews were deported to the death camps or in which large- scale killing of Jews took place. Finally, for most of the war Germany’s enemies did not make the genocide of the Jews a major focus of their military, diplomatic, or propaganda efforts–indeed, they feared that doing so would enhance anti-Semitism among their own populations, or would be detrimental to their wartime and postwar policies.

If we wish to make a general statement about the moral dimensions of this historical event, in other words, we must conclude that it ranged between the radical evil of the planners and the executioners to the more commonplace variety of complicity and indifference, exhibited also by such obviously anti-Nazi institutions as the British Foreign Office and the State Department, which were loath to change their immigration policies, to let Jewish refugees into Palestine, or to act more directly and forcefully against Nazi genocide until late in the war. From what we know today about the ideological commitment and dedication to the task of such characters as Adolf Eichmann and the members of Reinhard Heydrich’s Reich Main Security Office, we can no longer speak about them as representative of the « banality of evil, » as Hannah Arendt suggested four decades ago. Conversely, on the basis of the massive historical research on the Holocaust that has been carried out in the intervening years, neither can we assert that the genocide of the Jews was a precisely planned and executed operation.

The intention to murder the entire Jewish population was finally articulated in late 1941, but the implementation of the genocide depended on myriad factors and circumstances. The very scale of the undertaking, the geographical scope, the complex political, diplomatic, cultural, and logistical issues involved, meant that any resistance, even of an ambivalent and inconsistent nature, might hamper the efficiency of the operation. It should be remembered that the killing of the Jews took place over a relatively short time, primarily between 1942 and 1944. By 1944, Germany was rapidly heading toward defeat, and everyone knew it. What is breathtaking about the Holocaust is the ability of Germany to have murdered so many people from so many countries with such stunning rapidity even as it was losing a horrendously destructive total war. But it is also true that any delay in the killing could have spelled the difference between death and survival, because the Nazis ran out of time just before they ran out of Jewish victims.

It is for this reason that on another moral scale–indeed, on the moral scale that is most urgent to those who try to extract lessons from the Holocaust–what really matters are the moments, however rare, in which a few shades of « goodness » were introduced into the general canvas of evil, opportunism, and indifference. These moments matter not because they made a significant difference in the general scheme of things: they did not. They matter because they illustrate that, all the contemporary (and subsequent) talk of inevitability notwithstanding, it was possible to make choices, and that the right choices made at the right time by the right people could make a difference for some of the victims. From these flickerings of goodness we are forced to conclude that, had they been more prevalent, they might have driven more of the darkness out of the historical canvas. They might have actually changed the picture.

But the lesson is not quite so simple or so edifying. For we also learn from such instances that the difference between virtue and vice is far less radical than we would like to believe. Sometimes the most effective kind of goodness–I mean the practical kind, the kind that can actually save lives and not merely alleviate the conscience of the protagonists–is carried out by those who have already compromised themselves with evil, those who are members of the very organization that set the ball rolling toward the abyss. Hence a strange and frustrating contradiction: that absolute goodness is often surprisingly ineffective, while compromised, splintered and ambiguous goodness, one that is touched and stained by evil, is the only kind that may set limits to mass murder. And while absolute evil is indeed defined by its consistent one-dimensionality, this more mundane sort of wickedness, the most prevalent sort, contains within itself also seeds of goodness that may be stimulated and encouraged by the example of the few dwellers of these nether regions who may have come to recognize their own moral potential …

Voir enfin:

Bookshelf
Book Review: ‘My Grandfather’s Gallery’ by Anne Sinclair
Paul Rosenberg’s far-sighted promotion of the avant-garde may have saved his family from the Holocaust.
Marechal Law
Hugh Eakin
WSJ
Oct. 10, 2014

In November 2013, German tax authorities revealed that they had found more than 1,200 works of art, many of them looted from Jewish collections during World War II, in the Munich apartment of an elderly recluse named Cornelius Gurlitt. The discovery of a fresh trove of Holocaust-era art, years after Germany was supposed to have addressed the issue, was shocking, and the story riveted the international media for weeks. Less noted, however, were Mr. Gurlitt’s aesthetic predilections: His collection included works by such leading figures of the Modern avant-garde as Picasso, Max Beckmann, Marc Chagall, Max Liebermann and Emil Nolde.

My Grandfather’s Gallery
By Anne Sinclair
Farrar, Straus & Giroux, 224 pages, $26
For decades it seemed, Mr. Gurlitt—whose father, Hildebrand Gurlitt, had been assigned by the Nazis to “acquire” Old Masters for the planned Führermuseum in Linz—had communed in his dusty apartment with the very artists Hitler rejected as “degenerate.” Among the first Gurlitt works to be identified was a 1921 portrait by Matisse, “Sitting Woman,” that had belonged to Paul Rosenberg, arguably the foremost French dealer in Modern art. In June 1940, just as the Germans were arriving in Paris, Rosenberg escaped to Portugal, and subsequently to the United States, leaving behind some 400 paintings that were later seized. In June of this year, a German task force declared that “Sitting Woman” rightfully belonged to Rosenberg’s heirs—the latest of dozens of works the family has reclaimed over the past half-century. It is said to be worth as much as $20 million.

Rarely has the cruel paradox of the Nazis’ art program been more directly in view. One of the most prominent Parisian dealers in the 1920s and 1930s, Paul Rosenberg (1881-1959) represented both Picasso and Matisse. As Anne Sinclair observes in “My Grandfather’s Gallery: A Family Memoir of Art and War,” his large gallery on the fashionable Rue la Boétie in the Eighth Arrondissement was “piled to the rafters with those ‘accursed’ or decadent works, the kind that the Nazis called entartete Kunst.” Yet German officials, together with their Vichy acolytes, recognized the Rosenberg gallery’s importance, and, soon after the fall of France in the summer of 1940, they were exploiting its inventory. There was no shortage of international buyers for Modern paintings during the war, and Nazi dealers like Gurlitt could easily trade such works in neutral countries like Switzerland for sought-after “Germanic” art or, as in the case of “Sitting Woman,” keep them for themselves.

Though it was written before the Gurlitt hoard came to light, “My Grandfather’s Gallery” suggests the extent to which the dark fate of Rosenberg’s inventory was also, fundamentally, a story about the art market. A well-known French television personality, Ms. Sinclair says that she had not been particularly involved in the hunt for missing paintings, noting that other family members have pursued them with greater zeal. (Armed with extensive records—which Rosenberg had presciently removed to London before the war—and decades of practice, the Rosenberg heirs have been among the most successful claimants of Nazi-looted art.) Nor, by her own account, did she have much interest in Rosenberg’s life until an unpleasant question from a French bureaucrat made her curious to find out “who my mother’s father really was.”

As a result, “My Grandfather’s Gallery” is less a systematic biography of a major art-world figure than what Ms. Sinclair calls “a series of impressionist strokes” about a man she hardly knew, inflected by her own, sometimes meandering thoughts. There are asides about French politics and oblique references to Ms. Sinclair’s recent travails as the wife of Dominique Strauss-Kahn, during whose house arrest in New York she wrote the book. (They are now divorced.)

Yet in shifting back and forth from the Vichy years to the early ’20s to the aftermath of the war, Ms. Sinclair offers revealing glimpses into what made the gallery such a prime target for the Nazis. Particularly suggestive is her sketch of Rosenberg’s relations to the avant-garde, which draws on the dealer’s four-decade correspondence with Picasso. From his own father, who sold works by van Gogh and Cézanne before they were popular, Rosenberg learned to mix bread-and-butter sales of traditional fare with bold investments in new art. Thus a brisk trade in 19th-century favorites in a seigneurial, Right Bank setting allowed him to support a growing stable of contemporary painters and to give them a kind of establishment pedigree. “If visitors were unsure about Braque or Léger,” Ms. Sinclair writes, “Paul invited them upstairs to see softer-contoured works by Edgar Degas, Pierre-August Renoir, or August Rodin.”

By the 1920s, Rosenberg had become not only Picasso’s chief representative and financial backer but also his neighbor, having persuaded the Spanish genius to live in haute-bourgeois comfort adjacent to the gallery—where Rosenberg could keep close watch on his production. At the same time, through a series of astute alliances, constant promotion and over-the-top, Gagosian-like shows, the dealer helped turn works by Picasso and Matisse into sought-after drawing-room commodities among the beau monde. “I need a large number of canvases for this winter,” Rosenberg wrote Picasso in one typically breathless letter from 1921 quoted by Ms. Sinclair. “I’m ordering 100 from you, to be delivered at the end of the summer.”

As with the art world today, there was big business, but also big risk. Other dealers had tried and failed with Picasso—among them not only Daniel-Henry Kahnweiler, the gifted promoter of his early Cubist works, but also Rosenberg’s own brother, Léonce, who, though a pioneering supporter of the French avant-garde, was chronically insolvent. (Unmentioned by Ms. Sinclair, Braque famously punched Léonce before defecting to his brother’s more reliable firm.) Why was Rosenberg more successful? Scholars like Picasso biographer John Richardson regard him chiefly as a hard-driving entrepreneur who cannily raised prices, held on to inventory and diligently built markets in London, New York and across the Continent. Ms. Sinclair understandably prefers to see her grandfather conversing with “Pic” on a more intellectual plane, but she too wonders whether his retail acumen exceeded his appetite for artistic innovation.

More interesting, however, may be the international implications of Rosenberg’s shrewd dealing. Ms. Sinclair writes that in August 1940, having made it as far as Lisbon, Rosenberg obtained 21 visas to the United States, for himself and his extended family, at a time when very few were being issued. This, she coyly informs us, was thanks to the extraordinary intervention of “his old friend” Alfred Barr Jr., the well-connected director of the Museum of Modern Art in New York.

Barr had tried for years to organize a major Picasso retrospective at MoMA, for which Rosenberg’s collaboration was essential. In 1939, after lengthy negotiations and then weeks spent with Rosenberg in Paris, Barr was able to secure the loans he needed. The result was the landmark exhibition in the winter of 1939-40 that cemented Picasso’s position at the center of the Modern movement. Ms. Sinclair doesn’t reveal whether the two men discussed the possibility of Rosenberg’s relocation to New York during their extensive time together on the eve of the war, but she writes elsewhere that “Barr was deeply grateful for Paul’s willingness to enable this momentous show.” (In fact, though she doesn’t mention it, family records gathered by Elaine Rosenberg, Ms. Sinclair’s aunt, show that Barr was one of several prominent Americans, including Harvard professor Paul J. Sachs, who vouched in 1940 for Rosenberg’s signal importance.)

Thus Rosenberg’s far-sighted promotion of the avant-garde may be ultimately what saved his family from the Holocaust—even as it made him a particular object of Nazi hatred. Back in Paris, the Rosenberg gallery, along with the apartment above it that the Rosenbergs had lived in, was transformed into the Institute for the Study of Jewish Questions, a propaganda office run by the Nazis that was designed, according to its own mandate, to “resolve, at all cost and by all means, the Jewish question in France.” Among its habitués, Ms. Sinclair notes, was Louis-Ferdinand Céline, the great Modernist writer and rabid anti-Semite, who complained that his books attacking Jews were not being sufficiently promoted in the institute’s bookshop.

But how convinced were the Nazis, really, when it came to their opposition to Modern art? As a recent exhibition at the Neue Galerie in New York made clear, some, like Nazi propaganda minister Joseph Goebbels, initially saw Modernism as compatible with National Socialist ideology. Others, like the dealer Hildebrand Gurlitt, had themselves been champions of the avant-garde before being drawn into the Nazi art program. The greater irony, of course, is that the international market that Rosenberg had spent two decades building provided a ready outlet for the Nazis’ plunder.

In an absorbing final chapter, Ms. Sinclair considers her grandfather’s response to this dark story. Because of the MoMA exhibition, his Picassos, at least, had escaped the war, and they helped him establish a flourishing trade in New York City. But he never gave up on his lost works and pursued justice in his own way. As early as the fall of 1945, Rosenberg arrived in Zurich to confront some of the Swiss dealers who had traded them; though he also filed lawsuits, Ms. Sinclair suggests that he preferred to “recover his paintings one by one, in a Monte-Cristo-style personal vendetta.” One wonders what he would have made of Cornelius Gurlitt and his Modern-art-filled apartment, which somehow escaped notice in the same city where the Nazis had put on the notorious 1937 “Degenerate Art” exhibition.

—Mr. Eakin is a senior editor at the New York Review of Books.


Relativisme: Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale (Where nothing is unspeakable, nothing is undoable)

23 octobre, 2014
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Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même? Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice. La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple. Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d’appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois? Quand donc je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j’en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain. Il y a des gens qui n’ont pas craint de dire qu’un peuple, dans les objets qui n’intéressaient que lui-même, ne pouvait sortir entièrement des limites de la justice et de la raison, et qu’ainsi on ne devait pas craindre de donner tout pouvoir à la majorité qui le représente. Mais c’est là un langage d’esclave. Qu’est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraire à un autre individu qu’on nomme la minorité? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts? Pour moi je ne le saurais le croire; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. (…) La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse. Son exercice me parait au-dessus des forces de l’homme, quel qu’il soit, et je ne vois que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant, parce que sa sagesse et sa justice sont toujours égales à son pouvoir. II n’y a pas donc sur la terre d’autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autre lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux Etats-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n’est pas l’extrême liberté qui y règne, c’est le peu de garantie qu’on y trouve contre la tyrannie. Tocqueville
 Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde. Camus
Là où rien n’est inqualifiable, rien n’est impensable. Alexander Bickel
Pour un journaliste de gauche, le devoir suprême est de servir non pas la vérité, mais la révolution. Salvador Allende
Mon livre est provoqué par le fait que dans le système médiatique, dans les milieux intellectuels, chez les académiciens, il est accepté de cibler l’islam et les musulmans en général comme notre problème de civilisation (…) De Claude Guéant à Manuel Valls, sous la dissemblance partisane, d’une droite extrémisée à une gauche droitisée, nous voici donc confrontés à la continuité des obsessions xénophobes et, particulièrement, antimusulmanes (…) Aujourd’hui, et cela a été conquis de haute lutte, nous ne pouvons pas dire sans que cela provoque de réaction – il y a un souci de civilisation qui serait le judaïsme, les Juifs en France – . Eh bien je réclame la même chose pour ces compatriotes qui sont au coeur de ce qu’est notre peuple. (…) Je ne défends pas ceux qui trahissent leur religion en commettant des crimes, je défends nos compatriotes qui n’y sont pour rien et qui sont en même temps stigmatisés ou oubliés. Edwy Plenel
Comme l’exemple d’usage chimique contre les populations kurdes de 1987-1988 en avait apporté la preuve, ces armes avaient aussi un usage interne. Thérèse Delpech
The public was misled for a decade. I love it when I hear, ‘Oh there weren’t any chemical weapons in Iraq’. Jarrod L. Taylor (former Army sergeant on hand for the destruction of mustard shells that burned two soldiers in his infantry company)
In September 2004, months after Sergeant Burns and Private Yandell picked up the leaking sarin shell, the American government issued a detailed analysis of Iraq’s weapons programs. The widely heralded report, by the multinational Iraq Survey Group, concluded that Iraq had not had an active chemical warfare program for more than a decade. The group, led by Charles A. Duelfer, a former United Nations official working for the Central Intelligence Agency, acknowledged that the American military had found old chemical ordnance: 12 artillery shells and 41 rocket warheads. It predicted that troops would find more. The report also played down the dangers of the lingering weapons, stating that because their contents would have deteriorated, “any remaining chemical munitions in Iraq do not pose a militarily significant threat.” (…) During 2003 and 2004, the United States hunted for unconventional weapons and evidence that might support the rationale for the invasion. But as the insurgency grew and makeshift bombs became the prevailing cause of troops’ wounds, the search became a lower priority for the rank-and-file. Some saw it as a distraction. (…)  In the difficult calculus of war, competing missions had created tensions. If documenting chemical weapons delayed the destruction of explosive weapons that were killing people each week, or left troops vulnerable while waiting for chemical warfare specialists to arrive, then reporting chemical weapons endangered lives. Many techs said the teams chose common sense. “I could wait all day for tech escort to show up and make a chem round disappear, or I could just make it disappear myself,” another tech said. The NYT
La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle. Nous devons toujours respecter le travail des artistes. François Hollande
Most researchers tend to believe that an objective and internationally accepted definition of terrorism can never be agreed upon; after all, they say, ‘one man’s terrorist is another man’s freedom fighter.’ The question of who is a terrorist, according to this school of thought, depends entirely on the subjective outlook of the definer. This article argues that an objective definition of terrorism is not only possible; it is also indispensable to any serious attempt to combat terrorism. A correct and objective definition of terrorism can be based upon accepted international laws and principles regarding what behaviors are permitted in conventional wars between nations. This normative principle relating to a state of war between two countries can be extended without difficulty to a conflict between a nongovernmental organization and a state. This extended version would thus differentiate between guerrilla warfare and terrorism. The aims of terrorism and guerrilla warfare may well be identical; but they are distinguished from each other by the targets of their operations. The guerrilla fighter’s targets are military ones, while the terrorist deliberately targets civilians. By this definition, a terrorist organization can no longer claim to be ‘freedom fighters’ because they are fighting for national liberation. Even if its declared ultimate goals are legitimate, an organization that deliberately targets civilians is a terrorist organization. Boaz Ganor
We are not criminals and we are not vandals, but men of ideals. Molqi (terroriste de « La Mort de Klinghoffer »)
Mon opéra traite la mémoire de Leon et Marilyn Klinghoffer avec dignité et condamne son exécution brutale. Il reconnaît au même titre les rêves et les souffrances des peoples israéliens et palestiniens, et ne tolère ni ne promeut aucune forme de violence, terrorisme ou anti-sémitisme. John Adams
Suppose the opera had been about a different murder and the Met offered an intense, two-sided operatic discussion of the desirability of the murder of, say, President Kennedy in a work called “The Death of JFK. ” Or a production about the murder of Dr. Martin Luther King Jr. in which singers on the “side” of that assassination offer racist views in support of the murder. Or how about one on the death of one of the thousands of victims of the 9/11 attack that contained an extended operatic debate between her killers and herself about whether her death was justified. (…) Why then offer one that equates—sympathetically, no less—the murderers of Leon Klinghoffer with their victim? “Grievances” there may be on both sides in the Middle East conflict, but there was no moral justification for the murder of Klinghoffer. John Adams has defended his focus on the motivation of the killers by saying that it helps to explain “what in the mythology that they grew up with, forced them or dared them to take this action.” But the killers were not “forced” to murder Klinghoffer. Nor were they dared to do so. They chose to commit their crime. So did Lee Harvey Oswald, James Earl Ray and Osama bin Laden. We can expect no arias to be sung in their defense at the Metropolitan Opera, and there is no justification for any to be sung for the Klinghoffer killers. Floyd Abrams
Met Opera General Manager Peter Gelb has a constitutional and artistic right to produce whatever he wants. Yet showcasing this opera is equivalent to a college president’s inviting a member of ISIS, Hamas, or the Taliban to speak on campus because “all sides must be heard” and “all points of view are equally valid.” (…) “Klinghoffer” begs us to sympathize with the villains — terrorists. This is something new. “The Death of Klinghoffer” also demonizes Israel — which is what anti-Semitism is partly about today. It incorporates lethal Islamic (and now universal) pseudo-histories about Israel and Jews. It beatifies terrorism, both musically and in the libretto. Composer John Adams has given the opening “Chorus of Exiled Palestinians” a beautiful, sacred musical “halo,” à la Bach. “Chorus of Exiled Jews,” by contrast, is dogged, mechanical, industrial, aggressive — relentless, military, hardly angelic. This opera treats 6 million murdered Jews of the Holocaust as morally equivalent to perhaps 600,000 Palestinian Arabs who left during Israel’s founding. They were not murdered, not ethnically cleansed, but rather pushed to flee their homes by Arab leaders who told them they’d return as soon as the Jews had been slaughtered. “Klinghoffer” does not, of course, mention the at least 820,000 Arab, North African and Central Asian Jews forced into exile between 1948 and 1972. Nor that many Arabs didn’t flee. Today, Israel has 1.7 million Arab Muslim and Christian citizens, about 20 percent of its population. Jews are willing to live with Muslims and Christians — it is the Arab Muslim leaders who want to ethnically cleanse Jews and other infidels from allegedly Muslim lands. (…) The hijacking of the Achille Lauro was a 14-man Palestine Liberation Organization operation ordered by Arafat and Abu Abbas. Eight terrorists simply walked out of Italy, claiming a spurious diplomatic status. The rest received sentences that ranged from four to 30 years, with early releases. All were considered heroes across the Arab world. Choosing to stage “The Death of Klinghoffer” at the Met automatically confers upon it a prestige it does not deserve. The opera betrays the truth entirely and, in effect, joins the low-brow ranks of propagandists against Jewish survival. Phyllis Chesler
The opera’s problem is not that it proffers an anti-Semitic agenda, but that it drifts for far too long, indulging too many narrators and avoiding a point of view. The (mostly) fictionalized characters are chips floating on a torrent of events, carried toward destiny with no agency of their own. Only halfway through does the wheelchair-bound Klinghoffer emerge as the opera’s moral core, the one fully functioning human being. But then, of course, he’s killed. The creative team bridled at the dismissive term “CNN opera,” and in fact The Death of Klinghoffer more closely resembles the Nightline of the ’80s, the granddaddy of the moderated shout-down show. Evenhandedness in journalism can be a virtue; in opera, it’s such a colossal cop-out that audiences have trouble even recognizing its existence. (…) Perhaps they just got into the spirit of victimology that permeates the Middle East, but an opera that’s ostensibly about understanding has bred bullheadedness all around. (…) Actually, what’s astounding is that a group of right-thinking artists should turn a real-life episode of unthinking rage and appalling cruelty into a volatile work of art — and then sputter in disbelief when it triggers powerful reactions. Whether ­Adams & Co. like it or not, it is a shocking experience to hear a terrorist sing: ­“Wherever poor men are gathered, they can find Jews getting fat. You know how to cheat the simple, exploit the virgin, pollute where you have exploited, defame those you cheated, and break your own law with idolatry.” On the other hand, if you’re going to put Palestinian terrorists onstage, these are the sorts of sentiments they are going to express. In an interview for The John Adams Reader, a collection of essays edited by Thomas May, Sellars declared the music drama superior to journalism as a way of grasping current events, because it deals with motivation. “Opera is able to go inside to a place where the headlines aren’t going,” he said. “Whether it’s about suicide bombers or 9/11 or any of these events that have happened to America, the question that is not allowed to be asked to this day is ‘Why would people do this?’ That’s the question, of course, that drama asks.” Leaving aside the fact that reporters risk their lives and die on a regular basis to ask exactly that question, and often return with plausible answers, Sellars’s statement demands that we at least try to take Klinghoffer seriously as history. (…) In the opening choruses, each side gets a chance to state its case. Above a gently pulsing F-minor chord that glistens with passing dissonances, the “Chorus of Exiled Palestinians” recalls: “My father’s house was razed / In 1948 / When the Israelis passed / Over our street.” Within 30 seconds of the first downbeat, Adams and Goodman have already called down the ire of fact-checkers, who would point out that in 1948, it was the Arab nations that created a population of refugees by attacking Israel and starting a war. This is not a chorus of historians, however; it is the statement of a creation myth, sung by its inheritors. The “Chorus of Exiled Jews” follows, with more lugubrious minor-mode pulsations, more plangent harmonies and muffled strings. The symmetry is infuriating, suggesting that Shoah (the Holocaust) and ­Nakba (the Palestinian exodus) are equivalent calamities — that the Jews were victims of the first and perpetrators of the second, their suffering canceled by their sins. This is tendentious stuff, but is it anti-Semitic? (…) In its attempt to explain the bloodshed on the deck of the Achille Lauro, the opera reaches even further back, rewinding to the biblical stories of Hagar, Isaac, and Ishmael, the juncture where Jews split off from the people who would many centuries later become Muslims. As news analysis, this hardly improves on the sound-bite-­peddling experts who perform their shticks on cable. Sellars is wrong: Explaining historical events is not an opera’s job, and never has been. (…) Adams might have modeled this most political of operas on stirring Russian epics or Verdi rabble-rousers; instead he drew on Bach’s Passions, ritualistic settings of a religious tale that ends with an execution. In a famously prosecutorial Times article from 2001, the musicologist Richard Taruskin accused the composer of using the form as a front for pro-Palestinian propaganda. “In the St. Matthew Passion,” Taruskin pointed out, “Bach accompanies the words of Jesus with an aureole of violins and violas that sets him off as numinous, the way a halo would do in a painting. There is a comparable effect in Klinghoffer: long, quiet, drawn-out tones in the highest violin register … accompany virtually all the utterances of the choral Palestinians or the terrorists.” Taruskin is a formidable scholar who can pry succulent meaning from a two-note motif. Here, though, his interpretation is downright perverse, because he listens selectively and mistakes convention for content. If there is one character in Adams’s opera who expresses love and rage and doubt and sorrow in the space of a few ravishing measures, who is physically weak and morally strong, who pays with his life for the sins of others and is eloquent even after death, that person is Klinghoffer himself. The plush “aureole” of strings swaddles the aria that his dead body sings after it has been pushed overboard, sanctifying his memories of a house ravaged by war and weather. This moment of beauty, this shining crux, might actually be the most offensive thing about the opera, since a Jewish murder victim is conscripted to serve as a Christian symbol of redemption. (…) When the opera first opened, in 1991, many critics winced at the rhetorical and musical imbalance between the Palestinians, who delivered orotund abstractions, and the Jews, who chattered about trivia. It seemed as though Adams and Goodman were setting up a contest between freedom fighters and bourgeois materialists. (Most of the discussion focused on a scene in a New Jersey living room that has since been deleted and that I never saw.) But Newsday’s critic Peter Goodman pointed out that the differences mirrored the way each group saw itself: the Jews as unassuming but complicated people, appreciative of everyday pleasures and close, if fractious, families; the Palestinians as fearsome actors on a historical stage. “Are we to see the opera’s Jews — and by extension, all Americans — as wrong just because they bicker over trivialities?” Goodman asked. “Are Palestinians to be considered right because they are single-mindedly seeking revenge?” The opera captures the disjunction that has become depressingly familiar but no less horrifying in the 30 years since the Achille Lauro hijacking, the clash of the death wish with the cultivation of a peaceable life. There are grounds for disliking the opera, including its view of history, but to claim that it pits noble terrorists against nattering Jews is to listen with one ear closed. Justin Davidson
Tout gouvernement révolutionnaire exerce la tyrannie en se prétendant dépositaire d’une volonté générale qui, si elle pouvait se manifester, le renverserait, et qui le fait, d’ailleurs, dès qu’elle le peut. Les révolutionnaires sont toujours contre l’État jusqu’à ce qu’ils s’en soient emparés, puis pour l’État total après leur conquête du pouvoir. S’ils échouent dans cette conquête, ce qui fut le cas, ils se réfugient souvent dans le terrorisme, qui procède de la logique jacobino-bolchevique: une minorité se conçoit et se sacre majorité par l’imagination, et entend imposer par la violence ses vues à la vraie majorité. Comme celle-ci n’en veut nullement, la majorité imaginaire croit alors devoir agir par la terreur sur la majorité réelle. La seule différence est que les communistes agissent contre la démocratie du dedans de l’appareil d’État, et les terroristes en dehors de lui. Mais les uns et les autres sont des totalitaires parce que des révolutionnaires. Jean-François Revel
Où sont les routes et les chemins de fer, les industries et les infrastructures du nouvel Etat palestinien ? Nulle part. A la place, ils ont construit kilomètres après   kilomètres des tunnels souterrains, destinés à y cacher leurs armes, et lorsque les choses se sont corsées, ils y ont placé leur commandement militaire. Ils ont investi  des millions dans l’importation et la production de roquettes,  de lance-roquettes, de mortiers, d’armes légères et même de drones. Ils les ont délibérément placés dans des écoles, hôpitaux, mosquées et habitations privées pour exposer au mieux  leurs citoyens. Ce jeudi,  les Nations unies ont annoncé  que 20 roquettes avaient été découvertes dans l’une de leurs écoles à Gaza. Ecole depuis laquelle ils ont tiré des roquettes sur Jérusalem et Tel-Aviv. Pourquoi ? Les roquettes ne peuvent même pas infliger de lourds dégâts, étant presque, pour la plupart,  interceptées par le système anti-missiles « Dôme de fer » dont dispose Israël. Même, Mahmoud Abbas, le Président de l’Autorité palestinienne a demandé : « Qu’essayez-vous d’obtenir en tirant des roquettes ? Cela n’a aucun sens à moins  que vous ne compreniez, comme cela a été expliqué dans l’éditorial du Tuesday Post, que le seul but est de provoquer une riposte de la part d’Israël. Cette riposte provoque la mort de nombreux Palestiniens et  la télévision internationale diffuse en boucle les images de ces victimes. Ces images étant un outil de propagande fort télégénique,  le Hamas appelle donc sa propre population, de manière persistante, à ne pas chercher d’abris lorsqu’Israël lance ses tracts avertissant d’une attaque imminente. Cette manière d’agir relève d’une totale amoralité et d’une stratégie  malsaine et pervertie.  Mais cela repose, dans leur propre logique,  sur un principe tout à fait  rationnel,  les yeux du monde étant constamment braqués sur  Israël, le mélange d’antisémitisme classique et d’ignorance historique presque totale  suscitent  un réflexe de sympathie envers  ces défavorisés du Tiers Monde. Tout ceci mène à l’affaiblissement du soutien à Israël, érodant ainsi  sa  légitimité  et  son droit à l’auto-défense. Dans un monde dans lequel on constate de telles inversions morales kafkaïennes, la perversion du Hamas  devient tangible.   C’est un monde dans lequel le massacre de Munich n’est qu’un film  et l’assassinat de Klinghoffer un opéra,  dans lesquels les tueurs sont montrés sous un jour des plus sympathiques.  C’est un monde dans lequel les Nations-Unies ne tiennent pas compte de l’inhumanité   des criminels de guerre de la pire race,  condamnant systématiquement Israël – un Etat en guerre depuis 66 ans – qui, pourtant, fait d’extraordinaires efforts afin d’épargner d’innocentes victimes que le Hamas, lui, n’hésite pas à utiliser  en tant que boucliers humains. C’est tout à l’honneur des Israéliens qui, au milieu de toute cette folie, n’ont  perdu ni leur sens moral, ni leurs nerfs.  Ceux qui sont hors de la région, devraient avoir l’obligation de faire état de cette aberration  et de dire la vérité. Ceci n’a jamais été aussi aveuglément limpide. Charles Krauthammer
Suppose the opera had been about a different murder and the Met offered an intense, two-sided operatic discussion of the desirability of the murder of, say, President Kennedy in a work called “The Death of JFK. ” Or a production about the murder of Dr. Martin Luther King Jr. in which singers on the “side” of that assassination offer racist views in support of the murder. Or how about one on the death of one of the thousands of victims of the 9/11 attack that contained an extended operatic debate between her killers and herself about whether her death was justified. Surely we recoil at all of these. They all would be protected by the First Amendment. The First Amendment is basically—and gloriously—content-neutral. It protects not only enduring works of art but also the dregs of human imagination, ranging from films of animals being tortured and killed to the publication of “Mein Kampf.” But it is inconceivable that the Metropolitan Opera would have chosen to offer the public any of the operas I have just hypothesized. Why then offer one that equates—sympathetically, no less—the murderers of Leon Klinghoffer with their victim? “Grievances” there may be on both sides in the Middle East conflict, but there was no moral justification for the murder of Klinghoffer. John Adams has defended his focus on the motivation of the killers by saying that it helps to explain “what in the mythology that they grew up with, forced them or dared them to take this action.” But the killers were not “forced” to murder Klinghoffer. Nor were they dared to do so. They chose to commit their crime. So did Lee Harvey Oswald, James Earl Ray and Osama bin Laden. We can expect no arias to be sung in their defense at the Metropolitan Opera, and there is no justification for any to be sung for the Klinghoffer killers. Suppose the Oxford Union proposed a debate on the topic of Mr. Adams’s opera and it was phrased this way—“Resolved that the killing of Leon Klinghoffer was justified.” Suppose you were asked to take the negative side of that debate and to argue that he should not have been murdered. Would you do so? I hope not. I hope you would say that the subject is not one on which any rational, let alone morally justifiable, debate is possible. One can argue passionately about the Middle East, Israel or Palestinians, but nothing makes the Klinghoffer murder morally tolerable. The great scholar Alexander Bickel recalled in “The Morality of Consent” (1975) that he had heard that in the tumultuous late 1960s a crowd had gathered outside an ROTC building at a great university, where members of the faculty joined students discussing “the question whether or not to set fire to the building.” The faculty members, Bickel surmised, took the negative, the matter was ultimately voted on, and the affirmative side narrowly won. Bickel’s conclusion: The “negative taken by the faculty was only one side of a debate which the faculty rendered legitimate by engaging in it. Where nothing is unspeakable, nothing is undoable.” That’s where I come out on the Met’s decision to offer this opera. What Prof. Bickel wrote applies here: Where nothing is unspeakable, nothing is undoable. Leon Klinghoffer’s murder was an unspeakable act. Period. His demise is not a proper subject of debate, only of mourning. And of how best to prevent future murderous attacks. Floyd Abrams
Pour la supposée sauvegarde de la Révolution, les robespierristes reprennent à leur compte les attributs de la tyrannie identifiée par Aristote. Dans ce retournement, la tyrannie, pourvu qu’elle serve le dessein révolutionnaire, cesse d’être ce à quoi résister, blanchie par l’idéologie qu’elle est censée servir. Si la résistance sui generis fait objection, obstacle, à la libido dominandi, la terreur, signal anticipé de la politique à venir de ses tenants, contredit de facto l’horizon émancipateur de tout projet de libération. Associée en réhabilitation à la perspective révolutionnaire, la terreur honnie regagne une légitimité scélérate. Elle revient en héritage chez les «attentateurs» anarchistes du XIXe siècle qui glisseront du «tyrannicide» strict à la négligence méprisante des victimes collatérales, puis à l’anonymat de victimes en masse en finalité attentatoire ; chez les nationalistes divers ; chez les bolcheviques – appel à la «terreur en masse» contre les ouvriers grévistes antibolcheviques. «Terrorisme» et «résistance» auraient dû se définir selon une logique ordinaire d’opposition et d’exclusion, à l’instar, par exemple, de «barbarie» et «civilisation». Ça s’est embrouillé. Pire, un adage d’un relativisme inconséquent a pris consistance : que le terrorisme pour les uns est la résistance pour les autres, ou inversement.
C’est dans cette contextualisation et à cette aune qu’il faut établir l’opposition en valeur absolue entre terrorisme et résistance. [La «confusion lexicale»] confond deux modalités de guerre, deux mentalités de combat. Il y a dans le terrorisme une «héroïsation de la violence» pour elle-même, voire de la mort en fonction d’idéaux, dont il tire gloire. Tandis que dans la résistance, il y a un «consentement» à la violence si elle est inéluctable. Notons d’ailleurs que le nom de résistance tel qu’il s’est constitué au cours de la Seconde Guerre mondiale inclut au côté des actions armées les actions non armées de résistance civile et de sauvetage des populations persécutées, pas moins héroïques que celle des partisans armés. Le terrorisme consonne avec les patterns mortifères de la modernité. Notamment l’objectif de la mort en masse de populations indistinctes, au moyen de tous les instruments possibles, détournés de leur fonction initiale. Quand bien même s’habillerait-il actuellement d’«enthousiasme» religieux d’apparences prémodernes, il en constitue un des aspects. De moyens encore limités dans un dessein illimité, il vise le meurtre en masse. Il véhicule la montée d’une kyrielle de personnages aux figures mentales archaïques. Omnipotence et destructivité constituent ses modalités et attributs flagrants. Elles ne sont pas antinomiques à cette modernité dans le versant sombre de laquelle elles trouvent accueil, relais, instruments. En tout cas, il n’est pas anodin d’observer la porosité entre groupes terroristes et diverses mafias et réseaux trafiquants qui s’imitent en violence et s’interpénètrent en intérêt. Pratiques d’intimidation, promotions internes réglées sur l’aptitude à la violence extrême, chosification des victimes désignées, se ressemblent. Même mépris pour les populations «civiles», celles adverses et celles dont les terroristes sont issus. Il est «totalitaire» si on veut le dire ainsi. A l’opposé, la résistance et ses fins : abattre la tyrannie, sous forme d’oppression ou d’occupation, sauvegarder quelque chose de la Menschlichkeit, du «sentiment d’humanité», éléments constitutifs d’une civilisation de vie, bornaient les moyens en retenue. La résistance ne se permet pas tout. La légitimité des moyens y était corrélée à l’équité des fins. Ce faisant, la résistance solidarisa des individualités dans un lien social peu exploré : la société éthique. Fût-elle provisoire… Le terrorisme invente des procédés de mort, y compris contre les «siens», la résistance sollicite des processus de solidarités, jusque chez ses adversaires.
Le langage comme ordre propre de l’humain s’inscrit dans le réel et le transforme. Il constitue l’un des points par lequel se situe le rattachement du pôle de la subjectivité à la collectivité. Ce que Freud a établi cliniquement… Il agit comme un opérateur, détermine les compréhensions du monde en ce que le monde est découpé par les possibilités du langage. La pensée n’est pas seulement exprimée par les mots, elle vient à l’existence à travers les mots. Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale, destructrice des aptitudes à penser, conditions de l’autonomie et de la liberté. Une telle anomie est conséquence et vecteur d’une «carence éthique», comme on dit «carence affective». Elle habille de surcroît de la légitimité déclarative de «résistance» une réalité terroriste. Les confondre, c’est se faire affidé d’une terreur mortifère dans une déshérence complaisante, et saper le sens de l’esprit de résistance ; c’est disqualifier son éthique pratique par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes. Et, du même coup, saborder le droit de résistance dans la civilisation, et la civilisation de ce droit. Gérard Rabinovitch

Attention: un terrorisme peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où un simple arbre de Noël finit par être plus choquant qu’un jouet sexuel géant exposé en place publique …

Où un probable faux massacre d’enfants soulève plus de foules qu’un vrai

Où un prétendu mensonge sur les ADM d’un tyran et menteur notoire compte plus que l’utilisation passée desdites armes par ledit tryran sur sa propre population …

Où rappeler les exactions des membres d’une prétendue religion de paix vous voit accuser de stigmatiser toute une communauté

Et où, entre deux distorsions historiques, un opéra sur l’assassinat en direct d’un retraité juif-américain en chaise roulante transforme la victime en vulgaire passion chrétienne…

 Retour avec le philosophe Gérard Rabinovitch …

Sur cette équivalence morale qui, confondant démagogiquement la volonté du plus grand nombre avec la réalité, en arrive à assimiler terroristes et résistants …

Et nous condamnent, devant les périls qui montent, à l’anomie lexicale et éthique généralisée …

Gérard Rabinovitch: « Confondre terrorisme et résistance, c’est confondre deux mentalités de combat »
Edouard Launet

Libération

29 août 2014

IDÉES Le chercheur Gérard Rabinovitch dénonce la «confusion lexicale», et au-delà politique, entre les deux termes. Un amalgame entretenu depuis la Révolution française.

Aujourd’hui, ce qui est terrorisme pour les uns peut être résistance pour les autres, et inversement. Le chercheur Gérard Rabinovitch, dont les travaux sont au confluent de la philosophie politique, de l’histoire et de l’anthropologie freudienne, s’inquiète de cette confusion lexicale. Il en a analysé les origines et pointé les effets sur la société humaine dans un récent ouvrage.

Depuis quand parle-t-on de terrorisme et de résistance ?
L’usage du mot «résistance» remonte au milieu du XIIIe siècle. Au XVIe siècle, il prend une connotation politique. Avec la Révolution française, il se sédimente dans l’expression «droit de résistance à l’oppression» incluse dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et dans celle de 1793. Le terme de «terreur», une peur extrême qui paralyse, on le trouve déjà chez Corneille. Puis il prend le sens de peur collective pour briser une population, en désignant l’ensemble des mesures d’exception et de liquidation instaurées entre la chute des Girondins [juin 1793, ndlr] et celle de Robespierre [juillet 1794]. Le terme de «terrorisme» désigna la politique de terreur de cette période, pointant l’emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique, et celui des actes de violence qu’une organisation exécute pour impressionner une population et créer un climat d’insécurité. Quant à son inclusion dans la langue universelle, elle se fit à l’occasion de l’attentat de la rue Saint-Nicaise visant Bonaparte, perpétré par des chouans le 24 décembre 1800. Un baril explosif à mèche posé sur une carriole attachée à une placide jument constitua le modèle séminal de la voiture-piégée. Il manqua sa cible mais tua 22 personnes et en blessa une centaine.

«Terrorisme» et «résistance» sont donc entrés dans la sémantique politique moderne à la même période, mais à deux moments distincts de la Révolution. «Résistance» s’inscrit avant l’élimination des Girondins, «Terreur» est le fruit du Comité de salut public jacobin.

Comment le sens de ces termes a-t-il évolué ensuite ?
Pour la notion de résistance, tout est simple. Elle appartient à la logique interne éthico-politique antityrannique, congruente à l’humanisme de l’élan révolutionnaire de la première époque. Sa scène fondatrice : l’épopée biblique de la sortie de la servitude en Egypte. Son modèle pratique : les «codes» éthiques de combat en valeur absolue, acquis durant la Seconde Guerre mondiale.

Pour la notion de terrorisme, tout se complique. Pour la supposée sauvegarde de la Révolution, les robespierristes reprennent à leur compte les attributs de la tyrannie identifiée par Aristote. Dans ce retournement, la tyrannie, pourvu qu’elle serve le dessein révolutionnaire, cesse d’être ce à quoi résister, blanchie par l’idéologie qu’elle est censée servir. Si la résistance sui generis fait objection, obstacle, à la libido dominandi, la terreur, signal anticipé de la politique à venir de ses tenants, contredit de facto l’horizon émancipateur de tout projet de libération. Associée en réhabilitation à la perspective révolutionnaire, la terreur honnie regagne une légitimité scélérate. Elle revient en héritage chez les «attentateurs» anarchistes du XIXe siècle qui glisseront du «tyrannicide» strict à la négligence méprisante des victimes collatérales, puis à l’anonymat de victimes en masse en finalité attentatoire ; chez les nationalistes divers ; chez les bolcheviques – appel à la «terreur en masse» contre les ouvriers grévistes antibolcheviques.

«Terrorisme» et «résistance» auraient dû se définir selon une logique ordinaire d’opposition et d’exclusion, à l’instar, par exemple, de «barbarie» et «civilisation». Ça s’est embrouillé. Pire, un adage d’un relativisme inconséquent a pris consistance : que le terrorisme pour les uns est la résistance pour les autres, ou inversement. Un «asile d’ignorance», aurait pu en dire Spinoza, qui dispense d’en identifier des critères distinctifs. En valeur de minimum éthique partageable pour l’espèce humaine.

Que nous dit la philosophie de ces deux notions ?
La philosophie politique, inséparable de l’éthique, ne peut les éviter. Sur son établi de travail, il lui faut prendre acte des désastres du XXe siècle, le «siècle des génocides»,«machine à liquider permanente», comme l’a nommé l’écrivain Imre Kertész. Terrorisme et résistance accompagnent la modernité politique. Or cette modernité est non univoque.

D’un côté, un idéal progressiste a porté – dans une marche précaire mais continue au XIXe siècle – des libertés diverses, arborescentes, sous le signifiant-maître de l’émancipation.

De l’autre, dans l’ombre de ce processus, dès la seconde moitié du XIXe, en interaction d’un scientisme rayonnant et d’un éventail d’idéologies politiques du ressentiment et de la haine, on observe l’apparition de tout un lexique imbibé d’exclusion et d’anéantissement dans un continuum sémantique mortifère : «racisme», «dégénérescence», «machine vivante», «vies qui ne valent pas la peine d’être vécues», «eugénisme», «extermination», «antisémitisme» entre autres… Ce lexique n’a pas été hétéronome aux mouvements d’opposition antidémocratiques de «gauche». Du côté des politiques coloniales, ce lexique trouve son pendant sur l’axe de la domination dans l’initiation de pratiques émergentes d’enfermement des populations en masse – «camps de concentration» durant la guerre des Boers – ou de massacres de masse planifiés – «extermination» des Hereros en Namibie. Leurs langages s’entremêlent en rhétorique. Ainsi s’est dessiné à travers l’Europe un «motif» de langage fortement chargé de morbidité dans lequel le nazisme fit son nid. Ainsi prit corps en précipité, dans l’ombre des avancées démocratiques, une réversion spirituelle. Les «attentateurs» terroristes ne manquèrent pas de contribuer à cette «ambiance», ni d’en être les jouets. Les deux guerres mondiales, en hubris de la «brutalisation» observée par l’historien George Mosse, accomplirent ces attendus, et inscrivirent une rupture symbolique dont nos sociétés restent entachées et tributaires. C’est dans cette contextualisation et à cette aune qu’il faut établir l’opposition en valeur absolue entre terrorisme et résistance.

Quelle est alors la nature de la «confusion lexicale» que vous pointez ?
Elle confond deux modalités de guerre, deux mentalités de combat. Il y a dans le terrorisme une «héroïsation de la violence» pour elle-même, voire de la mort en fonction d’idéaux, dont il tire gloire. Tandis que dans la résistance, il y a un «consentement» à la violence si elle est inéluctable. Notons d’ailleurs que le nom de résistance tel qu’il s’est constitué au cours de la Seconde Guerre mondiale inclut au côté des actions armées les actions non armées de résistance civile et de sauvetage des populations persécutées, pas moins héroïques que celle des partisans armés.

Le terrorisme consonne avec les patterns mortifères de la modernité. Notamment l’objectif de la mort en masse de populations indistinctes, au moyen de tous les instruments possibles, détournés de leur fonction initiale. Quand bien même s’habillerait-il actuellement d’«enthousiasme» religieux d’apparences prémodernes, il en constitue un des aspects. De moyens encore limités dans un dessein illimité, il vise le meurtre en masse. Il véhicule la montée d’une kyrielle de personnages aux figures mentales archaïques. Omnipotence et destructivité constituent ses modalités et attributs flagrants. Elles ne sont pas antinomiques à cette modernité dans le versant sombre de laquelle elles trouvent accueil, relais, instruments. En tout cas, il n’est pas anodin d’observer la porosité entre groupes terroristes et diverses mafias et réseaux trafiquants qui s’imitent en violence et s’interpénètrent en intérêt. Pratiques d’intimidation, promotions internes réglées sur l’aptitude à la violence extrême, chosification des victimes désignées, se ressemblent. Même mépris pour les populations «civiles», celles adverses et celles dont les terroristes sont issus. Il est «totalitaire» si on veut le dire ainsi.

A l’opposé, la résistance et ses fins : abattre la tyrannie, sous forme d’oppression ou d’occupation, sauvegarder quelque chose de la Menschlichkeit, du «sentiment d’humanité», éléments constitutifs d’une civilisation de vie, bornaient les moyens en retenue. La résistance ne se permet pas tout. La légitimité des moyens y était corrélée à l’équité des fins. Ce faisant, la résistance solidarisa des individualités dans un lien social peu exploré : la société éthique. Fût-elle provisoire… Le terrorisme invente des procédés de mort, y compris contre les «siens», la résistance sollicite des processus de solidarités, jusque chez ses adversaires.

Quels sont les effets de cette confusion ?
Le langage comme ordre propre de l’humain s’inscrit dans le réel et le transforme. Il constitue l’un des points par lequel se situe le rattachement du pôle de la subjectivité à la collectivité. Ce que Freud a établi cliniquement… Il agit comme un opérateur, détermine les compréhensions du monde en ce que le monde est découpé par les possibilités du langage. La pensée n’est pas seulement exprimée par les mots, elle vient à l’existence à travers les mots. Ne pas distinguer entre terrorisme et résistance participe d’une anomie lexicale générale, destructrice des aptitudes à penser, conditions de l’autonomie et de la liberté. Une telle anomie est conséquence et vecteur d’une «carence éthique», comme on dit «carence affective». Elle habille de surcroît de la légitimité déclarative de «résistance» une réalité terroriste. Les confondre, c’est se faire affidé d’une terreur mortifère dans une déshérence complaisante, et saper le sens de l’esprit de résistance ; c’est disqualifier son éthique pratique par l’assimilation inclusive de pratiques terroristes. Et, du même coup, saborder le droit de résistance dans la civilisation, et la civilisation de ce droit.

Quels enjeux de culture, alors ?
Freud achevant Malaise dans la civilisation exprime un doute sur qui l’emportera au final entre Eros et Thanatos. Reformulons-le ainsi : qui l’emportera entre éthique de vie et jouissance de mort ? L’alternative n’est pas réductible à la seule distinction entre résistance et terrorisme.

Dessin Yann Legendre
Recueilli par Édouard LaunetTerrorisme/ Résistance : d’une  confusion lexicale à l’époque des sociétés de masse de Gérard Rabinovitch éd. Le Bord de l’eau, 72 pp., 6,60 €.

Voir aussi:

Klinghoffer and the ‘Two Sides’ of Terrorism
Would the Metropolitan Opera offer a work called ‘The Death of Martin Luther King Jr.’ with racist views in support of the assassination?
Floyd Abrams
Oct. 15, 2014

The Metropolitan Opera in New York on Monday will present John Adams ’s opera “The Death of Klinghoffer. ” The organization’s decision to mount the production has already spurred protests, with more to come.

A too-brief summary: In 1985 Leon Klinghoffer, a 69-year-old disabled man, and his wife, Marilyn, were passengers on an Italian cruise ship, the Achille Lauro. The ship was hijacked by Palestinian terrorists, who shot Klinghoffer in the head and threw him overboard in his wheelchair.

John Adams is a serious artist, recognized as a leading creator of modern operas. “The Death of Klinghoffer,” first produced in 1991, contains a running debate between the killers—who voice a number of undisguisedly anti-Semitic slurs in the course of justifying their conduct—and their victim. Protesters are demanding that the opera be canceled; defenders couch their position, as has the New York Times , in terms of artistic freedom or—as one letter-writer to the Times put it—of helping us “understand the anger, frustration and grievances of other people.”

So, in Joan Rivers ’s much repeated phrase, can we talk? Some things are easy. Mr. Adams’s opera is protected by the First Amendment and so is the Metropolitan Opera in its decision to offer it. It would be a gross and obvious constitutional violation if government sought to bar the opera from being publicly produced or imposed any punishment for doing so.

Beyond that, canceling any public artistic performance because it expresses unpopular or even outrageous views is dangerous. I represented the Brooklyn Museum when then-New York City Mayor Rudolph Giuliani in 1999 sought to shut it down because he viewed some of its art—I use his language now—as “sick,” “disgusting” and sacrilegious. I argued then, successfully, that the mayor’s conduct violated the First Amendment.

But the controversy over the Adams opera cannot be dealt with by simple reference to the First Amendment or artistic freedom. Those who direct the Metropolitan Opera made a choice when they decided to offer Mr. Adams’s opera, and it is altogether fitting that they be publicly judged by that choice.

Suppose the opera had been about a different murder and the Met offered an intense, two-sided operatic discussion of the desirability of the murder of, say, President Kennedy in a work called “The Death of JFK. ” Or a production about the murder of Dr. Martin Luther King Jr. in which singers on the “side” of that assassination offer racist views in support of the murder. Or how about one on the death of one of the thousands of victims of the 9/11 attack that contained an extended operatic debate between her killers and herself about whether her death was justified.

Surely we recoil at all of these. They all would be protected by the First Amendment. The First Amendment is basically—and gloriously—content-neutral. It protects not only enduring works of art but also the dregs of human imagination, ranging from films of animals being tortured and killed to the publication of “Mein Kampf.” But it is inconceivable that the Metropolitan Opera would have chosen to offer the public any of the operas I have just hypothesized.

Why then offer one that equates—sympathetically, no less—the murderers of Leon Klinghoffer with their victim? “Grievances” there may be on both sides in the Middle East conflict, but there was no moral justification for the murder of Klinghoffer. John Adams has defended his focus on the motivation of the killers by saying that it helps to explain “what in the mythology that they grew up with, forced them or dared them to take this action.”

But the killers were not “forced” to murder Klinghoffer. Nor were they dared to do so. They chose to commit their crime. So did Lee Harvey Oswald, James Earl Ray and Osama bin Laden. We can expect no arias to be sung in their defense at the Metropolitan Opera, and there is no justification for any to be sung for the Klinghoffer killers.

Suppose the Oxford Union proposed a debate on the topic of Mr. Adams’s opera and it was phrased this way—“Resolved that the killing of Leon Klinghoffer was justified.” Suppose you were asked to take the negative side of that debate and to argue that he should not have been murdered. Would you do so? I hope not. I hope you would say that the subject is not one on which any rational, let alone morally justifiable, debate is possible. One can argue passionately about the Middle East, Israel or Palestinians, but nothing makes the Klinghoffer murder morally tolerable.

The great scholar Alexander Bickel recalled in “The Morality of Consent” (1975) that he had heard that in the tumultuous late 1960s a crowd had gathered outside an ROTC building at a great university, where members of the faculty joined students discussing “the question whether or not to set fire to the building.” The faculty members, Bickel surmised, took the negative, the matter was ultimately voted on, and the affirmative side narrowly won. Bickel’s conclusion: The “negative taken by the faculty was only one side of a debate which the faculty rendered legitimate by engaging in it. Where nothing is unspeakable, nothing is undoable.”

That’s where I come out on the Met’s decision to offer this opera. What Prof. Bickel wrote applies here: Where nothing is unspeakable, nothing is undoable.Leon Klinghoffer’s murder was an unspeakable act. Period. His demise is not a proper subject of debate, only of mourning. And of how best to prevent future murderous attacks.

Mr. Abrams is a senior partner in the law firm Cahill Gordon & Reindel LLP. This op-ed is adapted from a lecture to be given on Thursday night at the Annenberg Public Policy Center of the University of Pennsylvania.

Voir encore:

Opera v. truth: The fetid fouls of ‘Death of Klinghoffer’
Phyllis Chesler
New Yorl Post

October 19, 2014

I love opera. For almost three years, I regularly contributed to NPR’s “At the Opera.” I attend the Metropolitan Opera House as often as I can. But the decision to stage “The Death of Klinghoffer” represents an abdication of moral responsibility, political sensitivity and gravitas.

Met Opera General Manager Peter Gelb has a constitutional and artistic right to produce whatever he wants. Yet showcasing this opera is equivalent to a college president’s inviting a member of ISIS, Hamas, or the Taliban to speak on campus because “all sides must be heard” and “all points of view are equally valid.”

As a feminist, I wouldn’t boycott an opera because the female heroes are betrayed, go mad or are murdered. As in life, our great operas are tragedies in which the heroes die.

But, where there are heroes there are also villains.

The villain in Puccini’s “Tosca” is unmistakable: He is Scarpia, the police chief of Rome who tortures political prisoners and attempts to rape the great singer, Floria Tosca. We don’t get a backstory about Scarpia’s dysfunctional childhood, nor do we sympathize or identify with him.

He is a heartless villain and the opera doesn’t allow (let alone ask) us to pity or sympathize with him. We are meant to fear and despise him, perhaps even hate him.

“Klinghoffer” begs us to sympathize with the villains — terrorists. This is something new.

“The Death of Klinghoffer” also demonizes Israel — which is what anti-Semitism is partly about today. It incorporates lethal Islamic (and now universal) pseudo-histories about Israel and Jews. It beatifies terrorism, both musically and in the libretto.

Composer John Adams has given the opening “Chorus of Exiled Palestinians” a beautiful, sacred musical “halo,” à la Bach. “Chorus of Exiled Jews,” by contrast, is dogged, mechanical, industrial, aggressive — relentless, military, hardly angelic.

This opera treats 6 million murdered Jews of the Holocaust as morally equivalent to perhaps 600,000 Palestinian Arabs who left during Israel’s founding. They were not murdered, not ethnically cleansed, but rather pushed to flee their homes by Arab leaders who told them they’d return as soon as the Jews had been slaughtered.

“Klinghoffer” does not, of course, mention the at least 820,000 Arab, North African and Central Asian Jews forced into exile between 1948 and 1972. Nor that many Arabs didn’t flee. Today, Israel has 1.7 million Arab Muslim and Christian citizens, about 20 percent of its population.

Jews are willing to live with Muslims and Christians — it is the Arab Muslim leaders who want to ethnically cleanse Jews and other infidels from allegedly Muslim lands.

Contrary to all claims, the libretto is not even-handed. The villains have more lines.

For example, the terrorists command 11 arias — 12, with the “Chorus of Exiled Palestinians.” The Klinghoffers have two arias each, toward the end of the opera; add the exiled Jewish chorus and you have five arias for the innocent victims versus 12 for their victimizers.

And better lines: The Palestinians sing: “My father’s house was razed / in nineteen forty-eight / when the Israelis passed / Over our street.”

The Jews sing: “When I paid off the taxi, I had no money left.”

Indeed, the obsession with Jews and money is reminiscent of Nazi propaganda. The terrorist Rambo sings: “But wherever poor men / Are gathered they can / Find Jews getting fat . . . America / Is one big Jew.”

The terrorists tell us they are “men of ideals,” and that “this is an action for liberation.” Hah. In reality, they didn’t allow Marilyn Klinghoffer, who was exhausted and in pain from colon cancer, to lie down.

They forced the passengers to stand under the broiling Mediterranean sun for days and to hold live grenades.

Leon Klinghoffer had suffered several strokes. He lacked full use of his hands, his legs were paralyzed, his speech slurred — and this is whom Molqui murders and throws overboard with his wheelchair.

Only a dead and murdered Jew — “Leon Klinghoffer’s body” — is allowed to sing his death with some measure of grace (although most of the lyrics are incomprehensible).

The hijacking of the Achille Lauro was a 14-man Palestine Liberation Organization operation ordered by Arafat and Abu Abbas.

Eight terrorists simply walked out of Italy, claiming a spurious diplomatic status. The rest received sentences that ranged from four to 30 years, with early releases. All were considered heroes across the Arab world.

Choosing to stage “The Death of Klinghoffer” at the Met automatically confers upon it a prestige it does not deserve. The opera betrays the truth entirely and, in effect, joins the low-brow ranks of propagandists against Jewish survival.

Phyllis Chesler is a CUNY emerita professor of psychology. Her books include “Women and Madness” and “The New Anti-Semitism.” Her latest, “An American Bride in Kabul,” won a National Jewish Book Award.

Voir de même:

The Trouble With Klinghoffer Isn’t Quite What You Think
Justin Davidson

Vulture

10/21/2014

This piece originally ran on Sept. 21, 2014. Last night, The Death of Klinghoffer opened at the Met and was met, as predicted with protesters outside the auditorium — including former New York City mayor Rudy Giuliani — and hecklers inside. Justin Davidson will have a full review of the opera later today.

Will an opera about terrorists ever not be timely? Can The Death of Klinghoffer ever stop incandescing? John Adams’s work had its premiere in 1991, when the events it was based on — the 1985 hijacking of the cruise ship Achille Lauro and the murder of an American passenger, Leon Klinghoffer — were still raw memories. In the years that followed, occasional new productions and weekly bursts of lethal fanaticism kept reactivating the arguments about the opera. Now that it’s finally coming to the Metropolitan Opera, Palestinian hijackers seem almost to belong to another era, before 9/11, before Iraq and Afghanistan, before anti-Jewish riots in Paris, before drone strikes, Iron Dome, and YouTube beheadings. Through all of that, Klinghoffer hasn’t lost its sting.
“This anti-Semitic opera viciously falsifies history to malign and incite hatred against Israel and the Jewish people,” the Zionist Organization of America recently declared. “The opera is a disgrace and should be canceled immediately.” That’s not going to happen, but, under pressure from the Anti-Defamation League, the Met’s general manager, Peter Gelb, did cancel planned broadcasts to movie theaters worldwide. The Guggenheim Museum scrapped a “Works & Process” performance of excerpts from the opera, citing a scheduling conflict. And audiences arriving at Lincoln Center for the opera’s Met premiere on October 20 will likely have to run a gauntlet of protesters.

I will be in the house with my mixed feelings, not out on the street nursing an ill-­informed certainty. I am eager to hear David Robertson conduct Adams’s very fine score, and to see whether Tom Morris’s staging can vanquish some serious dramatic flaws. I find Klinghoffer sporadically splendid, historically dubious, and politically troubling. I’m fine with that: Operagoers must be able to hold contradictory thoughts in their heads, because why else would they pay so much to complain with such addictive passion?
I don’t believe that this imperfect opera denigrates Jews, incites hatred, endorses libels, or casts collective blame. It doesn’t glorify terrorists or justify their crimes. What it does do is embed a spasm of thuggish violence in a broad historical context, a job that Adams, librettist Alice Goodman, and the original production’s director and all-around inspiration man, Peter Sellars, have fumbled badly. The opera’s problem is not that it proffers an anti-Semitic agenda, but that it drifts for far too long, indulging too many narrators and avoiding a point of view. The (mostly) fictionalized characters are chips floating on a torrent of events, carried toward destiny with no agency of their own. Only halfway through does the wheelchair-bound Klinghoffer emerge as the opera’s moral core, the one fully functioning human being. But then, of course, he’s killed. The creative team bridled at the dismissive term “CNN opera,” and in fact The Death of Klinghoffer more closely resembles the Nightline of the ’80s, the granddaddy of the moderated shout-down show. Evenhandedness in journalism can be a virtue; in opera, it’s such a colossal cop-out that audiences have trouble even recognizing its existence.

The opera has cast a resentful spell on its creators. Adams has spent years defending the thing. Goodman, who walked away from her Jewish upbringing halfway through writing the libretto to become a rector in the Anglican Church, complained that the project finished her opera career. “I couldn’t get work after Klinghoffer,” she told the Guardian in 2012. “I was uncommissionable.” Perhaps they just got into the spirit of victimology that permeates the Middle East, but an opera that’s ostensibly about understanding has bred bullheadedness all around. Penny Woolcock, who directed a powerfully realistic TV version for the BBC, expressed her surprise at accusations that had, at that point, been dogging the opera for more than a decade. “I find it kind of astounding that anyone would interpret it like that,” she told the Times. “And I would never have filmed it if I thought it was anti-Semitic. If the opera is about anything, it’s that we have to forgive the unforgivable. Otherwise, we’re lost as a species.”
One way to start the forgiveness cycle and rescue humanity might be to try empathizing with those who find the work upsetting, including, for example, Klinghoffer’s daughters. Actually, what’s astounding is that a group of right-thinking artists should turn a real-life episode of unthinking rage and appalling cruelty into a volatile work of art — and then sputter in disbelief when it triggers powerful reactions. Whether ­Adams & Co. like it or not, it is a shocking experience to hear a terrorist sing: ­“Wherever poor men are gathered, they can find Jews getting fat. You know how to cheat the simple, exploit the virgin, pollute where you have exploited, defame those you cheated, and break your own law with idolatry.” On the other hand, if you’re going to put Palestinian terrorists onstage, these are the sorts of sentiments they are going to express.

In an interview for The John Adams Reader, a collection of essays edited by Thomas May, Sellars declared the music drama superior to journalism as a way of grasping current events, because it deals with motivation. “Opera is able to go inside to a place where the headlines aren’t going,” he said. “Whether it’s about suicide bombers or 9/11 or any of these events that have happened to America, the question that is not allowed to be asked to this day is ‘Why would people do this?’ That’s the question, of course, that drama asks.” Leaving aside the fact that reporters risk their lives and die on a regular basis to ask exactly that question, and often return with plausible answers, Sellars’s statement demands that we at least try to take Klinghoffer seriously as history. Okay, here goes.
In the opening choruses, each side gets a chance to state its case. Above a gently pulsing F-minor chord that glistens with passing dissonances, the “Chorus of Exiled Palestinians” recalls: “My father’s house was razed / In 1948 / When the Israelis passed / Over our street.” Within 30 seconds of the first downbeat, Adams and Goodman have already called down the ire of fact-checkers, who would point out that in 1948, it was the Arab nations that created a population of refugees by attacking Israel and starting a war. This is not a chorus of historians, however; it is the statement of a creation myth, sung by its inheritors.
The “Chorus of Exiled Jews” follows, with more lugubrious minor-mode pulsations, more plangent harmonies and muffled strings. The symmetry is infuriating, suggesting that Shoah (the Holocaust) and ­Nakba (the Palestinian exodus) are equivalent calamities — that the Jews were victims of the first and perpetrators of the second, their suffering canceled by their sins. This is tendentious stuff, but is it anti-Semitic? In The New Yorker last year, the Israeli writer Ari Shavit, too, saw the dispossessed Palestinians of 1948 as heirs to the Jewish legacy of persecution: “[Brigade commander] Mula Cohen, standing by his command car, also watched the people of Lydda depart, carrying on their backs heavy sacks made of blankets and sheets. Gradually, they cast aside the sacks; they couldn’t carry them any farther. Old men and women, suffering from terrible thirst in the heavy heat, collapsed. Like the ancient Jews, the people of Lydda went into exile.”
In its attempt to explain the bloodshed on the deck of the Achille Lauro, the opera reaches even further back, rewinding to the biblical stories of Hagar, Isaac, and Ishmael, the juncture where Jews split off from the people who would many centuries later become Muslims. As news analysis, this hardly improves on the sound-bite-­peddling experts who perform their shticks on cable. Sellars is wrong: Explaining historical events is not an opera’s job, and never has been. The art form brims with inexplicable revolutions and preposterously fictionalized intrigue folded into rich and marvelous dramas. What matters is how vast events frame a human drama, translated into musical form. Don Carlo, for instance, is not about the Inquisition or a Flemish uprising, but about the relationship between a powerful father and a frustrated son.

Adams might have modeled this most political of operas on stirring Russian epics or Verdi rabble-rousers; instead he drew on Bach’s Passions, ritualistic settings of a religious tale that ends with an execution. In a famously prosecutorial Times article from 2001, the musicologist Richard Taruskin accused the composer of using the form as a front for pro-Palestinian propaganda. “In the St. Matthew Passion,” Taruskin pointed out, “Bach accompanies the words of Jesus with an aureole of violins and violas that sets him off as numinous, the way a halo would do in a painting. There is a comparable effect in Klinghoffer: long, quiet, drawn-out tones in the highest violin register … accompany virtually all the utterances of the choral Palestinians or the terrorists.” Taruskin is a formidable scholar who can pry succulent meaning from a two-note motif. Here, though, his interpretation is downright perverse, because he listens selectively and mistakes convention for content. If there is one character in Adams’s opera who expresses love and rage and doubt and sorrow in the space of a few ravishing measures, who is physically weak and morally strong, who pays with his life for the sins of others and is eloquent even after death, that person is Klinghoffer himself. The plush “aureole” of strings swaddles the aria that his dead body sings after it has been pushed overboard, sanctifying his memories of a house ravaged by war and weather. This moment of beauty, this shining crux, might actually be the most offensive thing about the opera, since a Jewish murder victim is conscripted to serve as a Christian symbol of redemption.Other critics, too, have suggested that, in his zeal to elevate a crime into an allegory, Adams treats the four terrorists as a single unit, an ensemble of noble creatures who lend the opera their point of view and whose music is threaded together by a common, elevated sound. This is simply not true.

We hear first from Molqi during the initial takeover, barking orders in choppy phrases while strings hack brutally at fragmentary, jagged motifs. He controls the situation, and the score, for barely a minute before pandemonium takes over. A passenger howls, the brass blares in fortissimo panic, and the orchestra breaks out into deafening tremors. Molqi takes advantage of a moment of terrified quiet to utter the lines that have provoked so much anti-Klinghoffer ire: “We are not criminals and we are not vandals, but men of ideals.” The PR-driven conflict in the Middle East is partly a war of terminology. What Molqi calls men of ideals, we would call fanatics; he says soldiers, we say terrorists. In the opera, nobody pays much attention to his declaration, and the spotlight quickly passes to the Swiss Grandmother, who’s trying to lull a little boy into believing that the whole scene is a marvelous escapade.

The terrorists talk very little among themselves. They are always hectoring, cajoling, persuading, or threatening, so we see them through the other characters’ responses. Molqi is obsessed with getting a reaction — from America, Syria, or the PLO — and the hectic jumbles of dissonances and agitated percussion express his frustration with the silence on the other end of the radio. It is he who shoots Klinghoffer in the head, and the violin’s high, drawn-out tone, which is abruptly snuffed out, signals not “numinous” nobility but the horrific suspension of time on the threshold between life and inflicted death. Bach has been banished from this passage; instead we’ve wandered into the murder scene from Alban Berg’s opera Wozzeck: the same spasm of ruthless madness, same wild percussion and clanging harmonies, same high, creepy violins. Adams and Berg both provide context for their characters’ lethal rages, and it has nothing to do with ideals. Molqi and Wozzeck are both the children of sick societies, and the only remedy they know is to lash out.
Effective propaganda strives to convince; in The Death of Klinghoffer, all attempts at persuasion are futile. The creators don’t just field two teams, but a collection of characters who inhabit separate worlds and sing past each other, unable to listen or learn. Molqi and the Swiss Grandmother shout past each other, the hijacker called Rambo swaps jeers and lectures with Klinghoffer, and the captain tries to save his passengers by drawing the pensive terrorist Mamoud into conversation. Nothing works, which is what makes it a tragedy.

Taruskin and others have focused on Mamoud’s nocturnal aria on the bridge. Musing and philosophical, he turns the short-wave dial and reflects on the songs that go scudding above the waves. The vocal line is warm and pliant, the orchestra a surface as phosphorescent as the sea. He unburdens himself to the captain: his suffering mother, his dead brother, the refugee camps. Touched, the captain responds in the same intimate murmur: “I think if you could talk like this sitting among your enemies, peace would come.” The terrorist’s aria, its tenderness and sophistication, raises the captain’s hope that Mamoud understands the sanctity of life, even though he has said he welcomes death. But it’s a bluff. Mamoud snaps that a negotiated peace would kill both him and hope. Then this terrorist, who only moments before was beguiling the captain with his soft, sung words, negates the possibility of talk with an Old Testament reference: “My speech is slow and rough,” he says. “Esau cannot argue.” Which is to say: He can, but he’d rather kill.

When the opera first opened, in 1991, many critics winced at the rhetorical and musical imbalance between the Palestinians, who delivered orotund abstractions, and the Jews, who chattered about trivia. It seemed as though Adams and Goodman were setting up a contest between freedom fighters and bourgeois materialists. (Most of the discussion focused on a scene in a New Jersey living room that has since been deleted and that I never saw.) But Newsday’s critic Peter Goodman pointed out that the differences mirrored the way each group saw itself: the Jews as unassuming but complicated people, appreciative of everyday pleasures and close, if fractious, families; the Palestinians as fearsome actors on a historical stage. “Are we to see the opera’s Jews — and by extension, all Americans — as wrong just because they bicker over trivialities?” Goodman asked. “Are Palestinians to be considered right because they are single-mindedly seeking revenge?” The opera captures the disjunction that has become depressingly familiar but no less horrifying in the 30 years since the Achille Lauro hijacking, the clash of the death wish with the cultivation of a peaceable life. There are grounds for disliking the opera, including its view of history, but to claim that it pits noble terrorists against nattering Jews is to listen with one ear closed.

The opera’s pivotal confrontation between humanism and barbarity comes roughly halfway through. When we finally hear from the title character, it’s in the form of a righteous lecture. “I’ve never been a violent man … but somebody’s got to tell you the truth,” Klinghoffer sings to the impetuous goon Rambo. The orchestra insists that we believe him. Timpani hammer out a series of falling octaves, triggering a solemn brass chorale and a cascade of running pizzicati. The mixture of march and flow, of plucked notes and sustained tones, and the tolling of open fifths give the aria its urgent nobility. “We’re human. We are the kind of people you like to kill” — these lines are a brave reproach from an ordinary man in mortal danger, with no weapon but his moral compass. The aria unnerves his tormentor, who spits out hate-filled clichés in jerky rhythms, while a spatter of plucked dissonances and jittery percussion illustrates his state of mind. Rambo is a caricature, a genuine opera villain. A synthesizer whines nasally like a noodling kazoo. He is not even lucid enough to be a fanatic. A disembodied choir, presumably inside his head, echoes his words (“Kneel! Beg!”) in syncopated interjections, muddying his speech into a psychotic soliloquy. When he’s done, and the synth’s obstinate loop runs out of juice, Klinghoffer is still there, still sane, still human. He uses the minutes he has left to console his wife in a few lilting phrases, gentle as a lullaby. The Palestinians boarded the ship proclaiming the glory of martyrdom, yet they wind up shuffling toward ignominious arrest, while the Jew from New Jersey, Leon Klinghoffer, meets the fate they claimed to want for themselves. As I listen to the final chord shimmering into silence, I wonder at the fresh waves of fury the score created, and whether the various factions will have any more success communicating than their armed counterparts fighting over biblical lands.

*This article appears in the September 22, 2014 issue of New York Magazine.

Voir par ailleurs:

L’islam modéré n’existe pas

Jean-François Revel

(extrait de l’Obsession anti-américaine, 2002)

Les deux mois qui ont suivi le déclenchement de la guerre islamo-terroriste contre la démocratie en général et les Etats-Unis en particulier auront été un banc d’essai fort intéressant et révélateur, puisque l’on a vu s’exacerber au cours de cette période les phobies et les mensonges de l’anti-américanisme traditionnel et du néototalitarisme.

Le plus épais de ces mensonges consiste, de la part des musulmans, à justifier l’islamo-terroriste en attribuant à l’Amérique une hostilité ancienne et générale à leur encontre. Or, dans le passé lointain ou proche, les Etats-Unis ont sans comparaison possible beaucoup moins nui aux pays musulmans que le Royaume-Uni, la France ou la Russie. Ces puissances européennes les ont souvent conquis, occupés, voire opprimés pendant des dizaines d’années et parfois plus d’un siècle. Les Américains n’ont en revanche jamais colonisé de pays musulman. Ils ne sont pas davantage hostiles à l’Islam en tant que tel aujourd’hui. Tout au contraire, leurs interventions en Somalie, en Bosnie, au Kosovo, de même que leurs pressions sur le gouvernement macédonien ont eu ou ont pour objet de défendre des minorités islamiques. J’ai rappelé plus haut qu’ils ne sont pas non plus la cause historique de l’émergence d’Israël, due à l’antisémitisme des Européens. La coalition de vingt-huit pays à laquelle ils ont fourni l’essentiel de sa force militaire contre l’armée irakienne en 1991 ne visait pas Saddam Hussein en tant que musulman, elle le visait en tant qu’agresseur. Cette coalition fut d’ailleurs formée à la demande de l’Arabie Séoudite, inquiète de la menace que représentait pour elle et pour tous les émirats le dictateur de Bagdad. On peut donc souligner qu’en l’occurence les Etats-Unis et leurs alliés ont défendu, là encore, un petit pays musulman, puisque l’Irak est en théorie laïc et puisque Saddam massacre volontiers à l’arme chimique les chiites du sud de son pays et les Kurdes du nord, eux aussi musulmans. Il est donc curieux que les musulmans américanophobes ne voient aucun inconvénient à ce que l’Irak, dont la population est majoritairement musulmane, attaque d’autres musulmans, l’Iran d’abord en 1981, puis le Koweït en 1990, selon les procédés de l’impérialisme belliciste le plus primitif. Aussi bien, en Algérie, depuis 1990, ce sont des musulmans qui massacrent d’autres musulmans. Combien il est étrange que les prétendus défenseurs des peuples musulmans n’en soient nullement scandalisés !
Les musulmans pourraient aussi éventuellement se rappeler qu’en 1956 ce sont les Etats-Unis qui ont arrêté l’offensive militaire anglo-franco-israélienne contre l’Egypte, dite « expédition de Suez ».

Un deuxième mensonge a été cultivé après le 11 septembre 2001, c’est le mythe d’un islam tolérant et modéré. Ce mythe est partagé en deux volets. Le premier relève de l’histoire des religions et de l’exégèse des textes sacrés. C’est l’affirmation selon laquelle le Coran enseignerait la tolérance et ne contiendrait aucun verset autorisant la violence l’usage de la violence contre les non-musulmans ou contre les apostats. Malheureusement, cette légende lénifiante ne résiste pas au plus sommaire examen du Livre saint de l’islam, qui fourmille, au contraire, de passages faisant obligation aux croyants d’exterminer les infidèles. Dans les discussions à ce sujet, ravivées de plus belle après les attentats, de nombreux commentateurs rappelèrent cette vérité, en citant force versets l’illustrant et la démontrant sans contestation possible. Je citerai, entre autress, le livre de Jacques Rollet, Religion et Politique (1) ou encore l’article de Ibn Warraq, « L’Islam, une idéologie totalitaire » (2). Ibn Warraq est un Indo-Pakistanais, auteur d’un livre retentissant intitulé Pourquoi je ne suis pas musulman (3). Depuis la publication de son livre, il doit vivre caché (comme, depuis 1989, Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, ou la Bangladaise Taslima Nasreen, qui osa protester, en 1993, contre la condition des femmes en pays d’islam). Repéré, Ibn Warraq se ferait abattre par ses infiniments tolérants ex-coreligionnaires. Il transcrit un chapelet édifiant de sourates coraniques, par exemple celle-ci (sourate IV, verset 76): « Tuez les idolâtres partout ou vous les trouverez. » C’est d’ailleurs le pieux devoir que n’ont pas manqué d’accomplir les bons musulmans barbus qui, le dimanche 28 octobre 2001, à Bahawalpur, au Pakistan, firent irruption avec des mitraillettes dans un temple protestant où se déroulait l’office, tuèrent le pasteur et seize fidèles (quatre enfants, sept femmes et cinq hommes) auxquels s’ajoutèrent plusieurs dizaines de blessés graes, dont une fillette de deux ans. Il y a, noyés permis cent quarante millions de musulmans, environ deux milions de chrétiens pakistanais, catholiques ou protestants, qui ne peuvent évidemment être, ni de près ni de loin, fautifs des méfaits que les fous d’Allah imputent à l’Occident. C’est donc bien et uniquement en qualité d’infidèles que ces victimes innocentes ont été assassinées. D’ailleurs, Ben Laden venait de lancer le mot d’ordre: « Tuez les chrétiens !  » Il a été entendu. Peu après, il a tourné sa prunelle meurtrière contre Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU, qualifié par lui de « criminel ». A propos de « victimes innocentes », il ne m’est pas revenu que la gauche européenne ait versé beaucoup de pleurs sur ces chrétiens pakistanais.

Ce qui dicte la vision du monde des musulmans, c’est que l’humanité entière doit respecter les impératifs de leur religion, alors qu’ils ne doivent eux-mêmes aucun respect aux religions des autres, puisqu’ils deviendraient alors des renégats méritant l’exécution immédiate. La « tolérance » musulmane est à sens unique. Elle est celle que les musulmans exigent pour eux seuls et qu’ils ne déploient jamais envers les autres. Soucieux de se montrer tolérant, le pape a autorisé, encouragé même, l’édification d’une mosquée à Rome, ville où est enterré Saint Pierre. Mais il ne saurait être question de contruire une église à La Mecque, ni nulle part en Arabie Saoudite, sous peine de profaner la terre de Mahomet. En octobre 2001, des voix islamiques, mais aussi occidentales, ne cessèrent d’inviter l’Administration américaine à suspendre les opérations militaires en Afghanistan durant le mois du ramadan, qui allait commencer à la mi-novembre. Guerre ou pas guerre, la décence – disaient les bien-intentionnés – impose certains égards pour les fêtes religieuses de tous. Belle maxime, sauf que les musulmans s’en tiennent pour les seuls exemptés. En 1973, l’Egypte n’a pas hésité à attaquer Israël le jour même du Kippour, la plus importante fête religieuse juive, guerre qui est restée dans l’histoire précisément sous l’appellation la « guerre du Kippour ».

Le deuxième volet du mythe de l’islam tolérant consiste à soutenir hautement que le gros des populations musulmanes désapprouve le terrorisme, et au premier rang l’immense majorité des musulmans résidents ou citoyens des pays démocratiques d’Europe ou d’Amérique. Les muphtis ou recteurs des principales mosquées en Occident se sont fait une spécialité de ces assurances suaves. Après chaque déferlement d’attentats meurtriers, par exemple en France en 1986 et en 1995, ou après la fatwa ordonnant de tuer Salman Rushdie en 1989 ou Taslima Nasreen en 1993 pour « blasphème », ils n’ont pas leurs pareils pour garantir que les communautés religieuses dont ils ont la charge spirituelle sont foncièrement modérées. Dans les milieux politiques et médiatiques, on leur emboîte avec empressement le pas, tant la crainte nous étrangle de passer pour racistes en constatant simplement les faits. Comme le dit encore Ibn Warraq, « la lâcheté des Occidentaux m’effraie autant que les islamistes (4). »

Ainsi, le quotidien Le Parisien-Aujourd’hui, dans son numéro du 12 septembre 2001, publie un reportage sur l’atmosphère de liesse qui a régné durant toute la soirée du 11 dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où vit une importante communauté musulmane. « Ben Laden, il va tous vous niquer ! On a commencé par l’Amérique, après ce sera la France. » Tel était le type de propos « modérés » adressés aux passants dont le faciès semblait indiquer qu’ils n’étaient pas maghrébins. Ou encore : « Je vais faire la fête ce soir car je ne vois pas ces actes [les attentats de New York et de Washington] comme une entreprise criminelle. C’est un acte héroïque. Ca va donner une leçon aux Etats-Unis. Vous, les Français, on va tous vous faire sauter. » Ce reportage du Parisien n’a eu d’équivalent dans aucun autre organe de la presse écrite et fut passé sous silence par la quasi-totalité des médias. En tout cas, auditeur assidu, chaque matin, des diverses revues de presse radiophoniques, je ne l’ai entendu mentionner dans aucune d’entre elles, sauf erreur, ce 12 septembre.

Malgré l’imprécision des statistiques, on considère que la population vivant en France compte entre quatre et cinq millions de musulmans. C’est la communauté musulmane la plus nombreuse d’Europe, suivie, loin derrière, par celles d’Allemagne et de Grande-Bretagne. Si « l’immense majorité » de ces musulmans était modérée, comme le prétendent les muphtis et leurs suiveurs médiatico-politiques, il me semble que cela se verrait un peu plus. Par exemple, après les bombes de 1986 puis de 1995, à Paris, qui tuèrent plusieurs dizaines de Français et en blessèrent bien davantage, il aurait bien pu se trouver, sur quatre millions et demi de musulmans, dont une bonne part avait la nationalité française, quelques milliers de « modérés » pour organiser une manifestation et défiler de la République à la Bastille ou sur la Canebière. Nul n’en a jamais vu l’ombre.

En Espagne, des manifestations rassemblant jusqu’à cent mille personnes ont souvent eu lieu en 2001 pour honnir les assassins de l’ETA militaire. Elles se sont déroulées non seulement dans l’ensemble du pays, mais au Pays basque même, où les manifestants pouvaient craindre des représailles, quoique les partisans des terroristes y fussent effectivement très minoritaires, comme l’ont encore prouvé les élections régionales de novembre 2000.

Si, au rebours, les musulmans modérés en France osent si peu se manifester, la raison n’en serait-elle pas qu’ils savent que ce sont eux les minoritaires au sein de leur communauté et non les extrémistes ? Voilà pourquoi ils sont modérés… avec modération. Il en va de même en Grande-Bretagne, où l’on vit, en 1989, les musulmans, pour la plupart d’origine pakistanaise, se déchaîner pour hurler à la mort contre Salman Rushdie, mais où l’on ne vit aucun d’entre eux protester contre ces cris barbares. Après le 11 septembre, tel porte-parole qualifié des musulmans britanniques, El Misri, définit les attentats contre les World Trade Center comme des actes de « légitime défense ». Tel autre, Omar Bakri Mohammed, lança une fatwa ordonnant de tuer le président du Pakistan, coupable d’avoir pris positionent en faveur de George Bush contre Ben Laden (5). Chacun a eu beau tendre l’oreille, personne n’a entendu la moindre foule « modérée » islamo-britannique protester dans les rues contre ces appels au meurtre, parcqu’il n’en existe aucune, pas plus qu’il n’y a de foule « modérée » islamo-française. La notion que « l’immense majorité » des musulmans fixés en Europe serait modérée se révèle n’être qu’un rêve, ce qui fut mis spectaculairement en lumière durant les deux mois qui suivirent les attentats contre les Etats-Unis.

1. Grasset, 2001. Voir les propos de cet auteur dans Le Point du 21 septembre 2001, n°1514.
2. Marianne, 24 septembre 2001.
3. L’Âge d’homme, 1999.
4. Le Figaro Magazine, 6 octobre 2001. Qu’on me permette de renvoyer sur ce point à mon livre Le Regain démocratique, op.cit., chapitre XIIe: « Démocratie islamique ou islamo-terrorisme ? « 
5. Voir « Londres, les forcenés de l’Islam », Le Point, 2 novembre 2001, n° 1520.

Voir encore:

Alexis de Tocqueville
Tyrannie de la Majorité

extrait de
De la Démocratie en Amérique, vol I
(Deuxième Partie : Chapitre VII)

(1835)
Note

Un écrit magistral sur la tyrannie et le servilisme que la démocratie (c’est-à-dire la tyrannie de la majorité) entraîne partout et auprès de tout le monde.

Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même?Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice.
La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple.
Une nation est comme un jury chargé de représenter la société universelle et d’appliquer la justice qui est sa loi. Le jury, qui représente la société, doit-il avoir plus de puissance que la société elle-même dont il applique les lois?

Quand donc je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander; j’en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain. Il y a des gens qui n’ont pas craint de dire qu’un peuple, dans les objets qui n’intéressaient que lui-même, ne pouvait sortir entièrement des limites de la justice et de la raison, et qu’ainsi on ne devait pas craindre de donner tout pouvoir à la majorité qui le représente. Mais c’est là un langage d’esclave.

Qu’est-ce donc une majorité prise collectivement sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraire à un autre individu qu’on nomme la minorité? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité? Les hommes, en se réunissant, ont-ils changé de caractère? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts?

Pour moi je ne le saurais le croire; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs.

Ce n’est pas que, pour conserver la liberté, je crois qu’on puisse mélanger plusieurs principes dans un même gouvernement, de manière à les opposer réellement l’un à l’autre.
Le gouvernement qu’on appelle mixte m’a toujours semblé une chimère. Il n’y a pas, à vrai dire, de gouvernement mixte (dans le sens qu’on donne a ce mot), parce que, dans chaque société, on finit par découvrir un principe d’action qui domine tous les autres.

L’Angleterre du dernier siècle, qu’on a particulièrement citée comme exemple de ces sortes de gouvernements, était un État essentiellement aristocratique, bien qu’il se trouvât dans son sein de grands éléments de démocratie; car les lois et les moeurs y étaient ainsi établies que l’aristocratie devait toujours, à la longue, y prédominer et diriger à sa volonté les affaires publiques.

L’erreur est venue de ce que, voyant sans cesse les intérêts des grands aux prises avec ceux du peuple, on n’a songé qu’à la lutte, au lieu de faire attention au résultat de cette lutte, qui était le point important. Quand une société en vient à avoir réellement un gouvernement mixte, c’est-à-dire également partagé entre des principes contraires, elle entre en révolution ou elle se dissout.

Je pense donc qu’il faut toujours placer quelque part un pouvoir social supérieur à tous les autres, mais je crois la liberté en péril lorsque ce pouvoir ne trouve devant lui aucun obstacle qui puisse retenir sa marche et lui donner le temps de se modérer lui-même.

La toute-puissance me semble en soi une chose mauvaise et dangereuse. Son exercice me parait au-dessus des forces de l’homme, quel qu’il soit, et je ne vois que Dieu qui puisse sans danger être tout-puissant, parce que sa sagesse et sa justice sont toujours égales à son pouvoir.

II n’y a pas donc sur la terre d’autorité si respectable en elle-même, ou revêtue d’un droit si sacré, que je voulusse laisser agir sans contrôle et dominer sans obstacles. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis: là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autre lois.

Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux Etats-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n’est pas l’extrême liberté qui y règne, c’est le peu de garantie qu’on y trouve contre la tyrannie.


Expo Duchamp: A quoi sert l’art si ce n’est de révéler des failles de la société ? (From Duchamp to Brancusi and McCarthy: Art, it seems, is art if one thinks it is)

22 octobre, 2014
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L’art, semble-t-il, est de l’art si on le considère comme tel. New York American (22 octobre 1927)
Abandonnant mon association avec le Cubisme et ayant épuisé mon intérêt pour la peinture cinétique, je me tournai vers une forme d’expression complètement divorcée du réalisme absolu. (…) je me lançai dans une aventure qui ne serait plus tributaire des écoles existantes. Il ne s’agit pas ici de l’interprétation réaliste d’une mariée, mais de ma conception d’une mariée exprimée par la juxtaposition d’éléments mécaniques et de formes viscérales. Marcel Duchamp
C’est vers cette époque que le mot « ready-made » me vint à l’esprit pour désigner cette forme de manifestation. Il est un point que je veux établir très clairement, c’est que le choix de ces ready-mades ne me fut jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d’indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou de mauvais goût… en fait une anesthésie complète. Une caractéristique importante : la courte phrase qu’à l’occasion j’inscrivais sur le ready-made. Cette phrase, au lieu de décrire l’objet comme l’aurait fait un titre, était destinée à emporter l’esprit du spectateur vers d’autres régions plus verbales. Quelques fois j’ajoutais un détail graphique de présentation : j’appelais cela pour satisfaire mon penchant pour les allitérations, « un ready-made aidé » (ready-made aided). Une autre fois, voulant souligner l’antinomie fondamentale qui existe entre l’art et les ready-mades, j’imaginais un « ready-made réciproque » (reciprocal ready-made) : se servir d’un Rembrandt comme table à repasser ! Très tôt je me rendis compte du danger qu’il pouvait y avoir à resservir sans discrimination cette forme d’expression et je décidai de limiter la production des ready-mades à un petit nombre chaque année. Je m’avisai à cette époque que, pour le spectateur plus encore que pour l’artiste, l’art est une drogue à accoutumance et je voulais protéger mes ready-mades contre une contamination de ce genre. Un autre aspect du ready-made est qu’il n’a rien d’unique… La réplique d’un ready-made transmet le même message ; en fait presque tous les ready-mades existant aujourd’hui ne sont pas des originaux au sens reçu du terme. Une dernière remarque pour conclure ce discours d’égomaniaque : comme les tubes de peintures utilisés par l’artiste sont des produits manufacturés et tout faits, nous devons conclure que toutes les toiles du monde sont des ready-mades aidés et des travaux d’assemblage». Duchamp
Fontaine est un ready-made, c’est-à-dire un « objet tout fait », autrement dit, une idée que Marcel Duchamp a eu de « choisir » un urinoir industriel en vue d’une exposition d’art moderne, au lieu de faire une sculpture de ses mains. L’objet original est un simple article de sanitaire, acheté dans un magasin de la société J.L. Mott Iron Works à New-York. L’artiste a ajouté à l’aide de peinture noire l’inscription « R. Mutt/1917″. Pour son premier salon qui se tient à New-York à partir du 9 avril 1917, la Society of Independent Artists dont Walter Arensberg est le directeur administratif permet que tout artiste expose l’oeuvre de son choix sans que le jury ne fasse aucune sélection, moyennant un prix de 6 dollars pour exposer. Duchamp envoie ainsi son urinoir sous un pseudonyme mais « son appareil sanitaire » n’est pas exposé sous prétexte que « sa place n’est pas dans une exposition d’art et ce n’est pas une oeuvre d’art selon quelque définition que ce soit ». La décision est prise par le Président de la Société et les membres réunis la veille du vernissage, l’objet étant jugé « immoral et vulgaire », « une pièce commerciale ressortissant de l’art du plombier ». Walter Arensberg défend l’oeuvre, « une forme séduisante révélée, libérée de sa valeur d’usage » et soutient que l’artiste « a accompli un geste esthétique » et rappelle que l’inscription a été payée. La polémique se déclenche un peu plus tard avec la publication d’un article anonyme paru dans « The Blind Man », une revue satirique fondée par Duchamp et ses amis à l’occasion du Salon. En défense de R.Mutt, il est écrit, « les seules œuvres d’art que l’Amérique ait données sont ses tuyauteries et ses ponts », et l’argumentaire consiste à expliquer que l’important n’est pas que Mutt ait fait ou non la fontaine avec ses mains mais qu’il ait choisi un objet de la vie quotidienne en lui retirant sa valeur d’usage, avec un nouveau titre et un nouveau point de vue, la création consistant en une nouvelle pensée de l’objet. Duchamp
« En 1919, j’étais de nouveau à Paris où le mouvement Dada venait de faire son apparition : Tristan Tzara, qui arrivait de Suisse où le mouvement avait débuté en 1916, s’était joint au groupe autour d’André Breton à Paris. Picabia et moi-même avions déjà manifesté en Amérique notre sympathie pour les Dadas. Cette Joconde à moustache et à bouc est une combinaison readymade/dadaïsme iconoclaste. L’original, je veux dire le readymade original, est un chromo 8 x 5 (pouces) bon marché au dos duquel j’écrivis cinq initiales qui, prononcées en français, composent une plaisanterie très osée sur la Joconde. Duchamp
Le centre Pompidou présente une exposition appliquée sur l’œuvre peint de l’inventeur des ready-made, qui mit des moustaches à «la Joconde». C’est Duchamp qu’on apprivoise, c’est un vilain garnement qu’on toise. Erudite et didactique, la mise au pas picturale a lieu au centre Pompidou, sous la direction de Cécile Debray. Projet sage comme les images qu’il organise, distribue : montrer et démontrer que le bon peintre et dessinateur que fut Duchamp s’est émancipé à 25 ans de la peinture, de ses rosées esthétiques et sensuelles, pour rejoindre les formes les plus neuves – et acides – de l’idée (…) Bénitier. Donc, ni bête ni peintre, implacable étoile filant vers le vide, le rien. Mais étoile peinte quand même : si bon artisan, n’est-ce-pas, et si bon fils et si bon frère, il peint avec amour son père et ses sœurs, les tableaux de famille sont là pour le prouver, tous parfaits dans leur genre galerie art moderne des ancêtres, et finalement si bon sujet sachant de ces musées dont il a pourtant détruit, entre autres choses, la vieille habitude d’entre-soi et de respect toujours renouvelé. On entre ici chapeau en mains quand on devrait sortir la bite à l’air. Mais l’Urinoir est absent : ça sent plutôt le bénitier. Il n’y a qu’une photo du célèbre ready-made, faite par Stieglitz en 1917. On ne pourra pas dire en sortant : Fontaine, j’ai bu de ton eau empoisonnée. La froide sauvagerie de l’intellect, la menace qu’elle devrait glisser dans nos regards, la sensation que la peinture est mortelle, tout cela est absent. Breton disait : «Je cherche l’or du temps.» Ici, on cherche l’ordre du temps. Son ordre esthétique. A travers celui qui l’a brisé. Duchamp méritait mieux, ou pire, que cette garde à vue. La consolation vient par les détails, d’entrée, avec les premières notes de l’artiste, écrites sur des bouts de papier volant, déchirés. Anagrammique : «L’aspirant habite Javel, J’avais la bite en tricorne.» Jocondien à moustaches (L.H.O.O.Q, ready-made, 1919) : «Elle a chaud au cul comme des ciseaux ouverts.» (…) Faux jumeau. Le parcours est en neuf salles qu’on pourrait dire de classe, ces endroits où l’on dissèque souris et artistes. On y voit, avant et après tout, les puissantes peintures du jeune Marcel. Elles sont tantôt cézaniennes, tantôt fauves, tantôt cubistes, avec parfois une flaque d’expressionnisme aux lisières charbon, évoquant Gauguin, Matisse ou Nolde. Des tableaux de Kandinsky, de Braque, de Derain, d’Odilon Redon, de Robert Delaunay, de Cranach qu’il aimait tant, du faux jumeau en ironie nucléaire Picabia, encadrent ceux de l’enfant doué, comme des maîtres d’école. Plus loin, il y a aussi les livres des auteurs préférés du cancre de génie : Laforgue, Roussel, Mallarmé, Lautréamont, Villiers de l’Isle-Adam et son Eve future. Puis viennent les objets, machines, photos, films, marionnettes, grimoires, broyeuses par quoi il prend conscience de la modernité, de la technique, de l’industrie, du mouvement qui élimine sans retour. Il le fait à la vitesse de l’obus, comme souvent aux alentours de 14. L’érotisme et la satire sont partout. La mélancolie est un sucre lent que l’ironie dissout dans l’accélération des années folles. (…) Cette vitrine terminale a l’air d’une guillotine et d’un paravent. Elle expose en transparence les motifs géométriques et intellectuels d’une œuvre que nous ne verrons pas, nous qui sommes dans la caverne, comme si, devant une pâtisserie de province, l’enfant voyait les formules chimiques et les étiquettes des gâteaux qu’il ne mangera pas. Libération
Consumers buy luxury goods products as a way to ennoble themselves; luxury goods companies and brands can earn more ‘nobility’ by associating their names to art and masterpieces. Adding nobility to brands is conducive to increasing their appeal. Luca Solca (Exane BNP Paribas)
Steve Jobs once asked me for some advice about retail, but I said, ‘I am not sure at all we are in the same business.’ I don’t know if we will still use Apple products in 25 years, but I am sure we will still be drinking Dom Pérignon.’ Bernard Arnault
Tout est parti d’une plaisanterie : à l’origine, je trouvais que le plug anal avait une forme similaire aux sculptures de Brancusi. Après, je me suis rendu compte que cela ressemblait à un arbre de Noël. Mais c’est une œuvre abstraite. Les gens peuvent être offensés s’ils veulent se référer au plug, mais pour moi, c’est plus proche d’une abstraction. Paul McCarthy 
Bien sûr que cette œuvre est polémique, qu’elle joue sur l’ambiguïté entre un arbre de Noël et un plug : ce n’est ni une surprise, ni un secret. Mais il n’y a aucune offense au public, et suffisamment d’ambiguïté pour ne pas choquer les enfants. Cette œuvre a d’ailleurs reçu toutes les autorisations nécessaires : de la Préfecture de police, de la mairie de Paris, et du ministère de la Culture, en lien avec le Comité Vendôme qui regroupe les commerçants de la place. A quoi sert l’art si ce n’est de troubler, de poser des questions, de révéler des failles de la société ?  Jennifer Flay (directrice artistique de la Fiac)
La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre, quel que soit le regard que l’on pouvait porter sur elle. Nous devons toujours respecter le travail des artistes. François Hollande
La société du spectacle, [selon] Roger Caillois qui analyse la dimension ludique dans la culture (…), c’est la dimension inoffensive de la cérémonie primitive. Autrement dit lorsqu’on est privé du mythe, les paroles sacrées qui donnent aux œuvres pouvoir sur la réalité, le rite se réduit à un ensemble réglés d’actes désormais inefficaces qui aboutissent finalement à un pur jeu, loedos. Il donne un exemple qui est extraordinaire, il dit qu’au fond les gens qui jouent au football aujourd’hui, qui lancent un ballon en l’air ne font que répéter sur un mode ludique, jocus, ou loedos, société du spectacle, les grands mythes anciens de la naissance du soleil dans les sociétés où le sacré avait encore une valeur. (…) Nous vivons sur l’idée de Malraux – l’art, c’est ce qui reste quand la religion a disparu. Jean Clair
Pourquoi l’avant-garde a-t-elle été fascinée par le meurtre et a fait des criminels ses héros , de Sade aux sœurs Papin, et de l’horreur ses délices, du supplice des Cent morceaux en Chine à l’apologie du crime rituel chez Bataille, alors que dans l’Ancien Monde, ces choses là étaient tenues en horreur? (…) Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s’est jamais éteinte dans le petit milieu de l’ intelligentsia parisienne de mai 1968 au maoïsme des années 1970. De l’admiration de Michel Foucault pour ‘l’ermite de Neauphle-le-Château’ et pour la ‘révolution’ iranienne à… Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d’intellectuels ont été élevées au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras. Jean Clair
En octobre 1927 s’ouvrit à New York un procès opposant le sculpteur Brancusi à l’État américain. Il s’agissait pour le plaignant de prouver que sa sculpture intitulée « Oiseau », qui venait d’être lourdement taxée à l’importation par les douanes américaines en tant qu’objet utilitaire, était bel et bien une œuvre d’art et, comme telle, exonérée de droits de douanes . Le Tariff Act de 1922 prévoyait en effet, depuis 1913, la libre importation des œuvres d’art originales réalisées par des artistes contemporains ; élargi en 1922, suite à un certain nombre de litiges ayant fait jurisprudence , il stipulait que « la sculpture, en tant qu’art, est cette discipline des beaux-arts qui consiste à tailler et à sculpter dans la pierre ou tout autre matériau massif, ou à modeler dans l’argile ou toute autre substance plastique, en vue d’une reproduction ultérieure par la fonte ou le moulage, des imitations d’objets naturels, principalement des formes humaines ; elle représente ces objets dans leurs proportions véritables qu’il s’agisse de longueur, de largeur, d’épaisseur, ou seulement de longueur et de largeur » . En novembre 1928 le juge rendra son verdict, en faveur du plaignant : l’objet sera juridiquement reconnu comme une œuvre d’art et, en tant que tel, admissible en franchise sur le territoire américain, conformément à l’article 1704 ; Brancusi sera remboursé de ses frais, et le jugement fera jurisprudence. Il existe, dans l’histoire des conflits en matière artistique, beaucoup d’épreuves d’authenticité portant sur la main de l’artiste, ayant donc pour enjeu la distinction entre un original, une copie ou un faux. Plus rares sont les épreuves portant sur la nature même de l’objet, au sens de son appartenance à la catégorie des œuvres d’art ; plus rares encore sont de telles épreuves menées sur le mode le plus formalisé et sanctionné qui soit, en l’occurrence le procès. D’où l’exceptionnel intérêt de ce procès Brancusi vs USA, où le sculpteur a pu apparaître comme une sorte de héros de l’art moderne, qui attaque tout seul les États-Unis pour faire admettre juridiquement les nouvelles conceptions de l’art — et qui gagne ! Ce n’était pas, certes, le premier procès gagné par un artiste pour faire valoir ses droits. Dès le milieu du xviie siècle en France, le sculpteur Van Obstal, membre de la toute nouvelle Académie royale de peinture et de sculpture, avait obtenu des tribunaux que le produit de son travail soit considéré comme art libéral et non plus mécanique et, de ce fait, non soumis à la prescription trentenaire dont se prévalait une cliente pour refuser de le payer  [6] . Et à la fin du xixe siècle, en Angleterre, le peintre Whistler avait gagné — au prix d’une partie de sa fortune — le procès intenté en 1878 contre le critique d’art Ruskin pour avoir écrit à propos de son « Nocturne en noir et or » qu’il avait « jeté un pot de peinture à la tête du public »  [7] . Dans ces trois cas, on voit un artiste suffisamment conscient d’un privilège récemment acquis pour plaider sa cause en justice, et la gagner, faisant de ce nouveau privilège un droit : droit d’être reconnu et traité par sa clientèle comme un praticien libéral, même si son art relevait depuis des siècles de la catégorie des arts mécaniques ; droit de voir l’innovation picturale respectée par les critiques, même si elle ne correspond pas aux canons de la représentation traditionnelle ; droit de voir une sculpture abstraite reconnue et traitée par l’administration comme une œuvre d’art, même si elle ne répond pas aux canons de la figuration tout court.
Ce qui nous intéresse particulièrement dans le cas Brancusi (outre l’exceptionnelle richesse de ce matériau, rendu disponible par la transcription des minutes du procès et sa traduction en français), c’est que le passage à l’étape juridique produit une spectaculaire condensation des stratégies argumentaires utilisées à l’époque par les contempteurs et les défenseurs de l’art moderne : alors qu’ils ne se rencontrent guère que dans l’espace privé des conversations où s’échangent les opinions, ou bien, dans l’espace public, par la médiation des articles ou des lettres aux journaux, on a ici la mise en présence des deux parties, dans l’espace par définition public qu’est celui du procès, en un temps étroitement délimité par les contraintes de la procédure, et avec l’obligation de conclure par un jugement qui devra clore le litige, même si cette clôture se limite au cadre juridique. (…) Ainsi retrouve-t-on dans ce procès une sorte de résumé des arguments qui, dans l’entre-deux guerres, ont contribué à la réaction contre l’art moderne, puis à sa progressive intégration par les institutions — laquelle commencera de prendre effet, en France, à partir de la seconde guerre mondiale. Ce qui fait en outre l’intérêt de ce document pour le sociologue, c’est que l’enjeu du procès n’est autre que l’imposition de la juste délimitation des frontières cognitives de l’art, ainsi mise en jeu par le passage des frontières géographiques entre deux continents — autrement dit la définition même de ce qui peut être considéré ou non comme artistique. L’intrigue de ce procès constitue d’ailleurs une sorte d’écho affaibli, quinze ans après, des readymade de Duchamp (lequel, ami de Brancusi, joua un rôle-clé dans l’affaire, comme le rappelle Margit Rowell dans sa préface) : celui-ci mettait à l’épreuve les capacités des institutions artistiques modernes à accepter un objet utilitaire (urinoir, roue de bicyclette, porte-bouteilles…) au titre d’œuvre d’art, alors que l’affaire Brancusi met à l’épreuve les capacités des institutions douanières, puis juridiques, à ne pas traiter comme objet utilitaire un objet conçu par son auteur comme une œuvre d’art. Aussi cet enjeu dépasse-t-il largement la seule défense des intérêts de Brancusi : il concerne tous les acteurs impliqués, de près ou de loin, dans le milieu de l’art, puisqu’il met en scène la difficile construction d’un consensus autour de l’art, valeur fortement investie, mais dont de récentes tentatives de déconstruction avaient commencé, depuis au moins une génération, à saper l’universalité.
Faisant référence à l’article 1704 de la loi (« Les mots « peinture », « sculpture » et « statue » dans l’acception qu’ils revêtent dans cet article ne doivent pas être interprétés comme incluant les objets utilitaires »), les avocats de Brancusi reprendront cet argument en conclusion de leur mémoire : « En l’absence d’une exonération des droits de douane pour les œuvres d’art, nous limitons les occasions de pouvoir en jouir. Aucun profit ne devrait être tiré de l’art, de même qu’il n’en est tiré aucun des idées et de la pensée : toutes ont titre à circuler librement parmi les nations de la terre, et tomber dans l’erreur de vouloir « contraindre » l’art reviendrait à anéantir le principe même de leur droit à l’admission en franchise . » Sur le thème de la libre circulation de l’art, ils en appellent ainsi au libéralisme économique appliqué aux œuvres de l’esprit, selon la règle juridique du « libre parcours » — laquelle toutefois est, on le sait, antinomique de la juridiction française sur les droits d’auteur en matière d’œuvres d’art. Il est significatif que cet argument de l’inutilité figure en tête des motifs invoqués par les avocats de Brancusi dans leur mémoire, avant les arguments relatifs à l’originalité de l’œuvre, au professionnalisme de l’artiste, à son intentionnalité et à l’unicité de l’objet. Le jugement final suivra ces conclusions, affirmant qu’il faut étendre la notion d’œuvre d’art au-delà des frontières traditionnelles, en y incluant des formes d’art récentes : « Il faut admettre que ce que les jugements des dernières années ont reconnu pour des œuvres d’art aurait été, en vertu de décisions de justice plus anciennes, et pas seulement de la Cour des douanes mais aussi de la Cour suprême des États-Unis, rejeté comme ne correspondant pas à la définition. Nous pensons que les décisions de justice les plus anciennes auraient exclu l’objet importé de la catégorie des œuvres d’art ou, pour être plus précis, de la catégorie du grand art. Sous l’influence des écoles d’art moderne, les points de vue qui prévalaient autrefois se sont modifiés en ce qui concerne les critères nécessaires pour constituer de l’art aux termes de la loi, et la Cour d’appel des douanes a considéré que les dessins ou esquisses, les motifs de papiers muraux et de textiles sont des œuvres d’art, bien qu’ils soient destinés à des fins utilitaires. [...] Une école d’art dite moderne s’est développée dont les tenants tentent de représenter des idées abstraites plutôt que d’imiter des objets naturels. Que nous soyons ou non en sympathie avec ces idées d’avant-garde et les écoles qui les incarnent, nous estimons que leur existence comme leur influence sur le monde de l’art sont des faits que les tribunaux reconnaissent et doivent prendre en compte. [...] Il nous apparaît que l’objet sur lequel nous devons statuer n’a d’autres fins que décoratives, que sa finalité est la même que celle de n’importe quelle sculpture des maîtres anciens. Il est beau et de lignes symétriques, et en dépit d’une certaine difficulté à pouvoir l’assimiler à un oiseau, il n’en demeure pas moins agréable à regarder et d’une grande valeur ornementale. Et considérant sur la foi des témoignages qu’il s’agit de la production originale d’un sculpteur professionnel, d’une sculpture et d’une œuvre d’art selon les experts mentionnés ci-dessus, nous recevons la plainte et jugeons que l’objet a titre à l’entrée en franchise en vertu de l’article 1704 ci-dessus. »
Ainsi les frontières de l’art se sont-elles trouvées, en cette fin des années 20, officiellement élargies, de manière à intégrer les pratiques modernes et, notamment, l’abstraction. Que cet élargissement ait dû être légalisé par voie judiciaire, et non pas seulement légitimé par l’opinion des experts, l’intérêt des collectionneurs et la politique d’achat des musées, en dit long sur le caractère profondément perturbateur de ces nouvelles pratiques artistiques. Elles engagent en effet non seulement ces enjeux esthétiques que sont les questions de goût — qui intéressent les amateurs — mais aussi ces enjeux cognitifs — qui concernent l’ensemble d’une « culture », d’une société donnée — que sont les frontières mentales : lesquelles déterminent l’indispensable consensus sur la définition même des objets et des valeurs dont ils sont les porteurs. Or ce qui, avec Brancusi, emporte la victoire, c’est une « labelling theory » — selon la terminologie propre à la sociologie interactionniste — déjà expérimentée par Marcel Duchamp auprès des institutions artistiques : théorie qui sera quelque cinquante ans plus tard au cœur d’un tournant majeur dans les sciences sociales, avec les différentes déclinaisons du constructivisme, et avec les réactivations contemporaines du nominalisme en philosophie. Le monde — et en particulier le monde de l’art — n’est rien d’autre que le produit de ce qu’en font les acteurs au gré des représentations élaborées à travers le conflit ou la construction d’un accord, parfois même à la force de la loi : voilà la morale de l’histoire qu’illustre exemplairement le procès Brancusi. « Art, it seems, is art if one thinks it is » (« L’art, semble-t-il, est de l’art si on le considère comme tel »), titrait l’article du New York American du 22 octobre 1927 consacré à la première séance du procès. Et un an plus tard, le lendemain de la publication du jugement, des photographies de la sculpture paraissaient dans la presse, ironiquement légendées : « C’est un oiseau  ! » Nathalie Heinich
La question de savoir si l’art peut s’enseigner n’a rien de trivial. A fortiori, la question de savoir si l’art contemporain peut s’enseigner, et s’enseigner dans une école des beaux-arts. Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de barbare ou d’absurde dans le fait d’enseigner l’art, qui ne s’enseigne pas, dans [21] une école, et surtout cet art particulier qu’est l’art moderne, qui s’est constitué contre l’académisme (notamment avec Manet) ? La difficulté du problème est redoublée par le fait que les écoles des beaux-arts sont maintenant le lieu d’un académisme anti-académique, d’un académisme de la transgression. (Q. 10) : Dans les facultés, dans les écoles des beaux-arts, il est de bon ton de s’engouffrer dans la brèche de l’art contemporain. Autrement dit, l’école des beaux-arts attend de ceux qui la fréquentent qu’ils s’intéressent à un art qui s’est constitué contre l’école des beaux-arts. Fini le temps où Manet contestait son maître Couture. Dans les facultés et les écoles des beaux-arts, aujourd’hui, on fait place à ce que Manet opposait à l’Académie. C’est un peu comme si Couture demandait à Manet de faire de l’anti-Couture.
La crise de l’art est peut-être une crise de croyance, à laquelle les artistes ont sans doute eux-mêmes contribué. J’ai dit en commençant que si la science de l’art ou, tout simplement, la réflexion sur l’art est si difficile, c’est parce que l’art est un objet de croyance. Pour faire comprendre, je pourrais dire ‑ ça a beaucoup été dit avant moi ‑ que la religion de l’art a dans une certaine mesure pris la place de la religion dans les sociétés occidentales contemporaines. Par exemple, derrière le fameux titre de Malraux, La Monnaie de l’absolu, il y a cette métaphore religieuse : il y a l’absolu, Dieu, dont l’art est la petite monnaie. Ainsi armé de cette métaphore, ou plutôt de cette analogie entre le monde artistique et le monde religieux, je reviens à ce qu’on décrit comme crise de l’art contemporain et, plus précisément, au problème de l’école d’art qui nous préoccupe et qu’on peut penser par analogie avec un grand séminaire. Comme dans le cas du grand séminaire, ceux qui entrent dans l’école où vont se former des prêtres de l’art sont déjà des croyants, qui, déjà séparés des profanes par leur croyance spéciale, vont être renforcés dans leur croyance par l’acquisition d’une compétence hors du commun qui leur donnera le sentiment d’être légitimés dans leur fréquentation des œuvres d’art. Le sacré étant ce qui est séparé, la compétence qui s’acquiert dans un grand séminaire de l’art est ce qu’il faut posséder pour passer sans sacrilège la frontière entre le sacré et le profane. Vous pensez sans doute que je dis des choses abstraites et spéculatives mais je vais vous donner un exemple concret qui vous montrera que je ne fais pas de la théorie pour le plaisir. Nous avons publié dans la revue Actes sur la recherche en sciences sociales, il y a une dizaine d’années, un article de Dano Gamboni sur une sorte d’expérience sociale, qui s’est déroulée dans une petite ville de Suisse, Bienne, qui avait acheté des œuvres d’art contemporain et qui les avait exposées dans les espaces publics. Un beau jour, les balayeurs, les éboueurs ont embarqué les œuvres d’art contemporain en les prenant pour des ordures. Ce qui a donné lieu à un procès extrêmement intéressant sur la question de savoir ce qui fait la différence entre un déchet, une ordure et une œuvre d’art ? Sacré problème. Il y a des artistes qui font des œuvres avec des déchets et la différence n’est évidente que pour ceux qui détiennent les principes de perception convenables. Quand on met des œuvres dans un musée, il est facile de faire la différence. Pourquoi ? Le musée, c’est comme une église : c’est un lieu sacré, la frontière entre le sacré et le profane est marquée. En exposant un urinoir ou un guidon de bicyclette dans un musée, Duchamp s’est contenté de rappeler qu’une œuvre d’art, c’est un objet qui est exposé dans un musée ; un objet dont on sait que c’est une œuvre d’art parce qu’il est exposé dans un musée. Vous savez, en franchissant l’entrée du musée, que nul objet n’y entre s’il n’est œuvre d’art. Ce qui n’est pas évident pour tout le monde. Dans mon enquête sur les œuvres d’art dont le résultat a été publié dans L’Amour de l’art, j’ai mené des entretiens tout à fait passionnants avec des gens pour qui cette transmutation ontologique que subit l’œuvre d’art par le simple fait d’entrer dans un musée, et qui se traduit par une sorte de sublimation, ne marche pas : il y a des gens qui continuent d’avoir une vision érotique des nus, ou une vision religieuse des pietà ou des crucifix. Imaginez que quelqu’un se mette à genoux devant une œuvre de Piero della Francesca par exemple. Il risque de passer pour fou. Comme disent les philosophes, il commet une « erreur de catégorie » : il prend pour une œuvre religieuse, justiciable d’un culte religieux, une œuvre justiciable d’un tout autre culte, dans un autre champ, un autre jeu. Je vous renvoie à un autre article des Actes de la recherche où je rapporte une observation que j’ai faite à l’église de Santa Maria Novella de Florence, où se côtoyaient des œuvres devant lesquelles les gens (les femmes) du peuple s’arrêtaient pour prier (il s’agissait de sculptures ou de peintures très réalistes, dans le style Saint-Sulpice : par exemple une statue de Notre-Dame du Rosaire portant l’enfant jésus, à laquelle on avait accroché un chapelet) parce qu’elles étaient capables de répondre à leurs attentes esthétiques et religieuses, tandis que les gens cultivés passaient sans les voir, en les ignorant, en les scotomisant comme dirait un psychanalyste, ou en les méprisant, et des œuvres canoniques de l’art consacré, dont la visite est prescrite par les guides touristiques. Chacun rendait son culte séparé. Je reviens à l’iconoclasme inconscient et innocent de l’éboueur de Bienne. N’ayant pas les catégories de perception adéquates, n’ayant pas ce signal que donne le musée, il avait commis un barbarisme, une « erreur de catégorie », pareille à celle de la femme qui serait allée mettre un cierge devant une fresque de Filippino Lippi ou de Domenico Ghirlandaio.  Ainsi, l’œuvre sacrée perd son statut d’imago pietatis, d’image religieuse appelant la révérence religieuse, l’agenouillement, le prie-Dieu, le cierge, le chapelet, par le fait d’entrer dans le musée ou dans les quasi-musées que sont devenues certaines églises et d’appeler ainsi cette autre forme de piété, qu’est le culte de l’art. On voit pourquoi le lieu d’exposition est si important. Comme le découvrent, souvent à leurs dépens, les artistes qui répondent à la commande publique (un exemple limite étant le cas de Richard Baquié dont l’œuvre, installée dans le quartier Malpassé, à Marseille, en 1987-1988, a été vandalisée, restaurée, re-vandalisée et finalement retirée). Ces artistes se heurtent de plein fouet aux problèmes mêmes que vous m’avez posés. Ils rencontrent d’abord la démagogie « naturelle » (surtout aujourd’hui, avec la décentralisation) des hommes politiques qui, accoutumés à se plier au jugement du plus grand nombre, tendent, comme les gens de télévision, à faire du plébiscite le principe premier des choix esthétiques (et politiques). Habitués à l’espace privilégié du musée, où ils peuvent compter sur la docilité d’un public cultivé, c’est-à-dire prédisposé à reconnaître (à tous les sens du terme) l’œuvre d’art, ils ne sont pas préparés à affronter directement le jugement du grand public, c’est-à-dire de gens qui n’auraient pour la plupart jamais rencontré l’œuvre d’art si elle n’était pas venue à eux, dans leur univers familier, et qui ne sont nullement préparés à appréhender l’œuvre d’art comme telle, en tant que telle, et à lui appliquer les instruments de perception, de décodage convenables. S’ils font une œuvre qui se fait oublier, parce qu’elle est insignifiante, ou trop bien adaptée, ils ont perdu, parce qu’ils ont renoncé, s’ils font une œuvre remarquable, c’est-à-dire propre à se faire remarquer, ils risquent le rejet, voire la destruction iconoclaste. Bref, ne pouvant compter sur la complicité objective du musée qui désigne d’emblée le kitsch, le laid ou le déchet exposés comme des œuvres d’art, c’est-à-dire comme les produits d’une intention artistique (de parodie, de dérision, de destruction, peu importe), ils sont affrontés à une épreuve impossible montrer les produits d’un univers gros de dix siècles d’expérience à des yeux neufs (au sens fort), ou naïfs, c’est-à-dire totalement dépourvus des instruments de reconnaissance indispensables. Une artiste contemporaine, Andrea Fraser, joue de cette distance entre le sacré et le profane, entre l’œuvre d’art, et les schèmes de perception qu’elle exige, et l’objet ordinaire, qui se livre au premier venu : elle fait des fausses visites de musée, dans lesquelles elle entraîne un groupe de visiteurs et elle les arrête devant le dispositif de sécurité du musée, faisant remarquer l’espacement harmonieux des boîtiers lumineux qui rythment la surface du mur et font écho à l’architecture d’une rangée de colonnes. Elle rappelle ainsi les catégories de perception produites par toute l’histoire du monde artistique qu’il faut avoir dans la tête pour comprendre ce qui se passe dans ce monde un peu à part, où les ordures peuvent être constituées en œuvres d’art. Pierre Bourdieu
Duchamp est incontestablement devenu «le pape de l’art contemporain», celui dont se réclament peu ou prou les artistes qui dominent le marché. Cependant tous ces héritiers, fers de lance d’un art contemporain officiel et financier, ont trahi Duchamp, qui, lui, n’avait pas le pouvoir et cultivait sa marginalité. Dès 1962, Duchamp s’indignait de la récupération dont il était l’objet (…) Il prêchait la retenue dans la production de «ready-made» ; lui-même en réalisa peu. Or, aujourd’hui, détournements et ready-made foisonnent et sont devenus un académisme difficilement critiquable puisque ce non-conformisme est devenu conformisme. Enfin, Duchamp a peu commercialisé ses œuvres alors que ses pratiques conceptuelles sont détournées aujourd’hui par la finance.(…) Son principal héritage est d’avoir légué une deuxième définition de l’art qui est devenue hégémonique: le ready-made. En 1913, Duchamp l’inaugure avec la Roue de bicyclette mais le ready-made fondateur de l’art contemporain dominant est la Fontaine de 1917. Cet urinoir cumule les principales caractéristiques de l’art contemporain dominant, que je distingue de l’art pratiqué par les artistes vivants, pas tous «duchampiens». L’urinoir réunit tous les critères qui ont la cote: détournement, provocation, inversion, insistance sur l’exécration, stratégie de mise en scène et de communication – Duchamp se cachant derrière un pseudonyme. (…) Je le prends comme un maillon d’une chaîne historique qui se rattache aux Arts incohérents du XIXe siècle, à Alphonse Allais, à toute une tradition de blagues et d’ironie critique, voire à la fête des fous. Il y a là une tradition occidentale qui me paraît fort intéressante, parce qu’elle représente un contre-pouvoir. Tout bascule quand les contestataires sont instrumentalisés par le pouvoir qu’ils font alors mine de critiquer. Christine Sourgins

Attention: un conformisme peut en cacher un autre !

Détournement, provocation, inversion, insistance sur l’exécration, stratégie de mise en scène et de communication, autorisations officielles, ambiguïté pour ne pas choquer les enfants …

En ces temps étranges où le conformisme de l’anticonformisme est devenu roi …

Et où un vrai arbre de Noël devient plus choquant qu’un jouet sexuel exposé en place publique …

Pendant que sur fond d’affranchissement de l’ISF, nos plus grosses fortunes en mal d’anoblissement offrent à la nation reconnaissante leurs joujoux les plus chers …

Et que, pour la bonne cause, le Pape lui-même loue au plus offrant ses plus précieux édifices religieux …

Retour, à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée au Centre Pompidou et avec l’historienne Christine Sourgins …

Sur celui par qui le scandale est arrivé …

L’ex- dadaïste et accessoirement introducteur en Amérique du sculpteur roumain Brancusi dont se réclame aujourd’hui l’auteur du bouchon anal de la place Vendôme …

Qui finit, bien au-delà apparemment de toutes ses espérances, par réduire la peinture à sa plus simple expression …

A savoir le simple concept où  l’artiste n’intervient plus que pour choisir et intituler l’objet …

Christine Sourgins : « Tous ses héritiers ont trahi Duchamp »
Valérie Duponchelle
Le Figaro

15/02/2013

INTERVIEW – Pour la polémiste Christine Sourgins, historienne et médiéviste, l’anticonformisme de l’artiste est devenu conformisme.

L’auteur du pamphlet de Les Mirages de l’art contemporain(La Table ronde) rappelle que dès 1962, l’artiste s’indignait lui-même de la récupération dont il était l’objet.

LE FIGARO. – Pourquoi parlez-vous de la trahison de Marcel Duchamp?

Christine SOURGINS. -Duchamp est incontestablement devenu «le pape de l’art contemporain», celui dont se réclament peu ou prou les artistes qui dominent le marché. Cependant tous ces héritiers, fers de lance d’un art contemporain officiel et financier, ont trahi Duchamp, qui, lui, n’avait pas le pouvoir et cultivait sa marginalité. Dès 1962, Duchamp s’indignait de la récupération dont il était l’objet: «Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté», lit-on dans sa Lettre à Hans Richter en novembre 1962. Duchamp trouva «emmerdatoire» une manifestation de BMPT (nom du groupe formé par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni entre 1966 et 1967, NDLR), aux Arts déco en 1967: ces jeunes se prenaient trop au sérieux à son goût. Il prêchait la retenue dans la production de «ready-made» ; lui-même en réalisa peu. Or, aujourd’hui, détournements et ready-made foisonnent et sont devenus un académisme difficilement critiquable puisque ce non-conformisme est devenu conformisme. Enfin, Duchamp a peu commercialisé ses œuvres alors que ses pratiques conceptuelles sont détournées aujourd’hui par la finance.

Rejetez-vous en bloc son héritage artistique?

Son principal héritage est d’avoir légué une deuxième définition de l’art qui est devenue hégémonique: le ready-made. En 1913, Duchamp l’inaugure avec la Roue de bicyclette mais le ready-made fondateur de l’art contemporain dominant est la Fontaine de 1917. Cet urinoir cumule les principales caractéristiques de l’art contemporain dominant, que je distingue de l’art pratiqué par les artistes vivants, pas tous «duchampiens». L’urinoir réunit tous les critères qui ont la cote: détournement, provocation, inversion, insistance sur l’exécration, stratégie de mise en scène et de communication – Duchamp se cachant derrière un pseudonyme.

Quelle place donnez-vous à cet inventeur de l’art conceptuel?

Personnellement, je n’ai ni répulsion ni fascination pour Duchamp. Je dirais: Marcel Duchamp… pourquoi pas? Je le prends comme un maillon d’une chaîne historique qui se rattache aux Arts incohérents du XIXe siècle, à Alphonse Allais, à toute une tradition de blagues et d’ironie critique, voire à la fête des fous. Il y a là une tradition occidentale qui me paraît fort intéressante, parce qu’elle représente un contre-pouvoir. Tout bascule quand les contestataires sont instrumentalisés par le pouvoir qu’ils font alors mine de critiquer.

Voir aussi:

A Beaubourg, Marcel Duchamp trop cultivé
Philippe Lançon

Libération

25 septembre 2014

EXPOSITION Le centre Pompidou présente une exposition appliquée sur l’œuvre peint de l’inventeur des ready-made, qui mit des moustaches à «la Joconde».

C’est Duchamp qu’on apprivoise, c’est un vilain garnement qu’on toise. Erudite et didactique, la mise au pas picturale a lieu au centre Pompidou, sous la direction de Cécile Debray. Projet sage comme les images qu’il organise, distribue : montrer et démontrer que le bon peintre et dessinateur que fut Duchamp s’est émancipé à 25 ans de la peinture, de ses rosées esthétiques et sensuelles, pour rejoindre les formes les plus neuves – et acides – de l’idée : «L’expression intellectuelle plutôt que l’expression animale», dit le jeune homme qui vieillit plus vite que la lumière et semble disparaître dedans. «J’en ai assez de l’expression « bête comme un peintre ».»

Bénitier. Donc, ni bête ni peintre, implacable étoile filant vers le vide, le rien. Mais étoile peinte quand même : si bon artisan, n’est-ce-pas, et si bon fils et si bon frère, il peint avec amour son père et ses sœurs, les tableaux de famille sont là pour le prouver, tous parfaits dans leur genre galerie art moderne des ancêtres, et finalement si bon sujet sachant de ces musées dont il a pourtant détruit, entre autres choses, la vieille habitude d’entre-soi et de respect toujours renouvelé. On entre ici chapeau en mains quand on devrait sortir la bite à l’air. Mais l’Urinoir est absent : ça sent plutôt le bénitier. Il n’y a qu’une photo du célèbre ready-made, faite par Stieglitz en 1917. On ne pourra pas dire en sortant : Fontaine, j’ai bu de ton eau empoisonnée. La froide sauvagerie de l’intellect, la menace qu’elle devrait glisser dans nos regards, la sensation que la peinture est mortelle, tout cela est absent. Breton disait : «Je cherche l’or du temps.» Ici, on cherche l’ordre du temps. Son ordre esthétique. A travers celui qui l’a brisé. Duchamp méritait mieux, ou pire, que cette garde à vue.

La consolation vient par les détails, d’entrée, avec les premières notes de l’artiste, écrites sur des bouts de papier volant, déchirés. Anagrammique : «L’aspirant habite Javel, J’avais la bite en tricorne.» Jocondien à moustaches (L.H.O.O.Q, ready-made, 1919) : «Elle a chaud au cul comme des ciseaux ouverts.» C’est vers 1912, des «projets de jeux de mots» pour la suite qui ne vient pas, qui vient de moins en moins. Il les reprend en 1968. L’œuvre est l’attente de l’œuvre : facétieux Duchamp, perpétuel laboureur labouré.

Un peu de légèreté encore : quelques dessins de presse, faits entre 1907 et 1909. C’est mi-carême. Deux femmes devant un mannequin couvert d’une robe. L’une est debout, l’autre accroupie. Légende : «Naturellement qu’on va sans chapeau au bal.» C’est l’annonce, sous forme divertissante, anecdotique, populaire, de la Mariée mise à nue par ses célibataires, même, sa dernière œuvre, faite de tout ce qu’elle n’est et ne peut pas être. Avec Duchamp, on enlève la perruque et on va sans chapeau à ce qui n’est plus qu’une peau de bal.

Des films muets de 1900 montrent le coucher de mariées qui enlèvent leurs dessus et dessous. L’une d’elles est un homme, comme Rrose Sélavy, créature de Duchamp, chimère transgenre et unisexe. A propos de la féroce ambigüe, ce mot de désordre du créateur : «Acheter ou peindre des tableaux connus ou pas connus et les signer du nom d’un peintre connu ou pas connu. La différence entre la « facture » et le nom inattendu pour les « experts » est l’œuvre authentique de Rrose Sélavy et défie les contrefaçons.» L’œuvre, c’est la distance à «l’œuvre». Mais les commissaires, ici, sont des «experts» ; ils ne semblent pas avoir tout à fait lu ce qu’ils affichent.

Faux jumeau. Le parcours est en neuf salles qu’on pourrait dire de classe, ces endroits où l’on dissèque souris et artistes. On y voit, avant et après tout, les puissantes peintures du jeune Marcel. Elles sont tantôt cézaniennes, tantôt fauves, tantôt cubistes, avec parfois une flaque d’expressionnisme aux lisières charbon, évoquant Gauguin, Matisse ou Nolde. Des tableaux de Kandinsky, de Braque, de Derain, d’Odilon Redon, de Robert Delaunay, de Cranach qu’il aimait tant, du faux jumeau en ironie nucléaire Picabia, encadrent ceux de l’enfant doué, comme des maîtres d’école. Plus loin, il y a aussi les livres des auteurs préférés du cancre de génie : Laforgue, Roussel, Mallarmé, Lautréamont, Villiers de l’Isle-Adam et son Eve future.

Puis viennent les objets, machines, photos, films, marionnettes, grimoires, broyeuses par quoi il prend conscience de la modernité, de la technique, de l’industrie, du mouvement qui élimine sans retour. Il le fait à la vitesse de l’obus, comme souvent aux alentours de 14. L’érotisme et la satire sont partout. La mélancolie est un sucre lent que l’ironie dissout dans l’accélération des années folles.

La visite s’achève sur une réplique suédoise de 1991/92 du Grand Verre, dernière œuvre créée par Duchamp, sept ans de réflexion et de procrastination. Son titre ou sous-titre, la Mariée mise à nu par ses célibataires, même, explique celui de l’expo : «La peinture, même».Tout est dans la virgule, qui suspend le sens et même l’interdit. Mais que la rétrospective veut, en l’effaçant, lui redonner. De la Mariée, Octavio Paz a dit qu’elle était «le grand retard»,«définitivement inachevée en 1923». Cette vitrine terminale a l’air d’une guillotine et d’un paravent. Elle expose en transparence les motifs géométriques et intellectuels d’une œuvre que nous ne verrons pas, nous qui sommes dans la caverne, comme si, devant une pâtisserie de province, l’enfant voyait les formules chimiques et les étiquettes des gâteaux qu’il ne mangera pas. A la fois obscure et transparente, la chose est un sommet d’érotisme, d’intelligence et de vide. Nul comme Duchamp, ce grand artiste de la réplique et du retrait, n’unit aussi elliptiquement, dans les draps du néant, le geste de l’amant au sperme du penseur. Pas grand-chose, sur ce point, à ajouter à ce qu’écrivait Paz en 1975 dans le Château de la pureté, un texte bref que tant d’autres ont trop longuement répété : «Picasso a rendu notre siècle visible ; Duchamp nous a montré que tous les arts, sans exclure les arts visuels, naissent et finissent dans une zone invisible.» A Pompidou, tout commence et finit dans le visible.

Voir encore:

Pierre Bourdieu
Questions sur l’art  pour et avec les élèves d’une école d’art mise en question

dans Penser l’art a l’école, [I. Champey (éd.)], Arles, Actes sud, 2001, p.13-54.

J’avais sollicité la venue de Pierre Bourdieu parce qu’il donnait, durant l’année 1998-1999, des cours au Collège de France concernant la révolution symbolique accomplie par Manet, cours qui étaient eux-mêmes le développement de ceux du début des années quatre-vingt dont un extrait a été publié dans les Cahiers du musée national d’Art moderne en juin 1987 (n° 19-20). Cela me paraissait naturel qu’il souhaite vous parler de cette révolution artistique qui est à la source de la modernité telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il m’a répondu qu’il préférait établir un dialogue et trouver une forme autre que celle du cours ou de la conférence. De fait, il a réagi en artiste puisque la forme de cette intervention s’est définie d’elle-même en temps réel. Pierre Bourdieu a prévu de commencer par répondre à sa manière aux questions, puis d’aborder certains points et de s’arrêter à certains moments, pour pouvoir dialoguer tout en dessinant une cohérence d’ensemble.
Inès Champey

J’ai pensé que, venant dans une école des beaux-arts qui, comme celle de Nîmes, et quelques autres, se trouve affrontée à une certaine incompréhension, et même à une [14] véritable hostilité, je devais tenter de trouver une firme moins conventionnelle et convenue que la traditionnelle conférence, et plus proche d’un modèle artistique, « intervention » ou « happening », pour aborder les problèmes liés à l’hostilité à l’égard de la création contemporaine qui se manifeste aujourd’hui de plus en plus souvent ‑ comme l’atteste une lettre de Paul Devautour que je viens de recevoir à propos d’une autre école, l’école des beaux-arts d’Epinal, menacée, elle, dans son existence par sa propre municipalité.

Vous m’avez envoyé tout un tas de questions, qui me révèlent un certain nombre de vos préoccupations. Mais la plupart d’entre elles m’ont paru très difficiles. Les unes, parce qu’elles étaient trop claires, trop simples en apparence, trop faciles à comprendre, et qu’on risquait de ne pas voir les questions profondes et difficiles qu’elles dissimulent sous leur air de familiarité ou de banalité ; les autres, parce qu’elles étaient trop obscures, et qu’on aurait pu être tenté de les écarter trop rapidement comme dépourvues de sens ou même absurdes, sans voir qu’elles pouvaient enfermer de vraies interrogations qui, faute des instruments nécessaires pour les formuler, n’ont pas pu s’énoncer.

Que pouvais-je donc faire ici, avec vous ? J’aurais aimé pouvoir pratiquer un véritable dialogue et vous accoucher, selon la métaphore socratique de la maïeutique, des problèmes que vous portez en vous. Je voudrais [15] vous aider à devenir les sujets de vos problèmes et, pour cela, partir de vos problèmes et aider à les poser vraiment, au lieu d’imposer les miens. C’est là très strictement le contraire de ce qui se fait le plus souvent, surtout dans le domaine de l’art, et de la critique d’art, où se pratique beaucoup l’abus de pouvoir qui consiste à imposer à des esprits peu armés des problèmes et des constructions théoriques plus ou moins fantastiques ‑ dont j’ai trouvé des échos dans l’obscurité de certaines de vos questions.

Cela dit, il va de soi que, étant donné les conditions dans lesquelles nous sommes placés ‑ vous êtes très nombreux et nous n’avons pas beaucoup de temps ‑, ce que je vais faire avec vous est certes une sorte de dialogue dans la mesure où je réponds à des questions et où je vais m’efforcer de laisser des plages de temps ouvertes à vos interventions, mais un faux dialogue, malgré tout, ou, au mieux, le commencement d’un dialogue que vous pourrez poursuivre entre vous.

Je vais commencer par reprendre les questions telles que je les ai entendues. Il me semble que la situation dans laquelle se trouve l’école des beaux-arts de Nîmes a, en tant que mise en question, comme on a coutume de dire, favorisé l’interrogation. Une institution en crise est plus réflexive, plus inclinée à l’interrogation sur soi, qu’une institution pour laquelle tout va de soi. C’est une loi très générale : les gens qui sont bien dans [16] le monde social ne trouvent rien à redire au monde tel qu’il est, n’ont pas grand-chose d’intéressant à dire sur le monde. Les questions que j’ai entendues me paraissent intéressantes, bien souvent, par le sens qu’elles trahissent, qui s’exprime, sans que vous le vouliez nécessairement, à travers elles, et que je voudrais essayer d’expliciter. Vous êtes là, présents. Vous pourrez donc corriger, redresser, compléter.

Premièrement, un certain nombre de questions portent sur vous‑mêmes en tant qu’apprentis artistes, telle cette question (Q. 1) : Quelle est la différence entre un apprenti artiste (ou un artiste) et un citoyen ordinaire ? La question de la différence entre un apprenti artiste, quelqu’un qui est dans une école où il trouve que cela va de soi que de s’initier à l’art et même à l’art contemporain, et les citoyens ordinaires d’une ville ordinaire, pour qui rien de tout cela n’est évident et qui se demandent s’il est bon qu’il existe une école des beaux-arts, est une de ces questions, très fondamentales, que vous posez parce qu’elle vous est posée, dans la réalité même.

Cette question en entraîne d’autres, pour certaines explicitement posées, pour d’autres impliquées dans les questions que vous posez : « Qu’est-ce qu’un artiste ? » ; « A quoi reconnaît-on que quelqu’un est un artiste ? ». Cette question n’est pas tout à fait identique à une autre, que vous posez aussi (Q. 2) : Qu’est-ce qui fait la différence entre [17] un vrai et un faux artiste, un imposteur ? Est-ce qu’un artiste est quelqu’un qui dit de lui-même qu’il est artiste ou est-ce que c’est quelqu’un dont les autres disent qu’il est artiste ? Mais les autres, c’est qui ? Est-ce que ce sont les autres artistes ou les gens de son village qui croient que c’est un artiste, qui peuvent croire qu’un peintre du dimanche est un artiste ? On voit que la question de savoir qui a le droit de dire de quelqu’un qu’il est artiste est très importante et très difficile. Est-ce la critique ? Le collectionneur ? Est-ce le marchand de tableaux ? Est-ce le public, le « grand public », le « peuple » (avec ou sans guillemets) ? Qu’est-ce à dire ? Le « peuple » ne parle d’art (et même de politique) que pour autant qu’on le fait parler hommes politiques, journalistes, tous, notamment quand ils parlent de l’art et des artistes, se font les porte-parole du peuple, parlent au nom du peuple (Q. 3) : Comment expliquez-vous que ça provoque tant d’agressivité dans la ville et dans le journal de la région ?
Parler au nom du peuple, et aussi à la place du peuple, c’est apporter une réponse populiste à une autre question posée par l’un d’entre vous (Q. 4) : Qui a le droit de juger en matière d’art ? A cette position populiste, on peut en opposer une autre, tout aussi grossière, évoquée par une de vos questions (Q. 5) : L artiste peut-il imposer son goût, créer de nouvelles catégories artistiques ? La réponse élitiste consiste à estimer que l’artiste [18] est seul juge en matière d’art et qu’il est même en droit d’imposer son goût. Mais n’est-ce pas s’exposer à l’anarchie des jugements antagonistes, chaque artiste étant juge et partie ? Comment ne pas douter que des gens qui ont des intérêts dans le jeu et les enjeux artistiques, artistes, mais aussi collectionneurs, critiques, historiens d’art, etc., puissent soumettre au doute radical les présupposés tacitement acceptés d’un monde avec lequel ils ont partie liée ? Faut-il en appeler à des instances extérieures (Q. 6) : Qui fait la valeur de l’art contemporain ? Les collectionneurs ?

On pense à cette sorte de bourse des valeurs artistiques créée par un critique, Willy Bongart, qui publie, dans Kunst Kompass, le hit-parade des cent peintres les plus cités par un panel de collectionneurs et de critiques. Bernard Pivot avait procédé de la même façon, pour la littérature, en publiant le palmarès des auteurs les plus cités par deux cents ou trois cents juges désignés par lui. Mais comment ne pas voir qu’on décide de ce que sera le palmarès en décidant de qui seront les juges ? Pour le dire de manière rigoureuse : qui sera juge de la légitimité des juges ? Qui décidera en dernière instance ? On peut penser à l’école ou à l’Etat qui, dans le monde social, est bien, si l’on met Dieu entre parenthèses, le tribunal de dernière instance quand il s’agit de certifier la valeur des choses. (Un exemple, pour vous faire comprendre : quand un médecin fait un [19] certificat de maladie, qui certifie celui qui certifie ? La Faculté qui lui a décerné un diplôme ? De régression en régression, on arrive à l’Etat qui est cette sorte de tribunal de dernière instance en matière de consécration.) Et ce n’est donc pas par hasard que, dans les conflits à propos de l’école des beaux‑arts de Nîmes, on se tourne vers l’Etat.

Vous vous demandez aussi (Q. 7) : Pourquoi et comment devient-on artiste ? Une autre question ‑ je vais la lire parce qu’elle est intéressante, mais ce n’est pas un palmarès ! (Q. 8) : A part le désir de gloire qu’est-ce qui produit la vocation d’être artiste ? Le désir de gloire pourrait être considéré comme une explication suffisante et beaucoup d’entre vous pourraient croire que la sociologie se contente d’une telle explication par l’intérêt. Explication qui n’explique rien, puisqu’elle est visiblement tautologique. Pour le moment, je ne réponds pas aux questions, je me contente de les agiter pour qu’elles cessent d’être de simples phrases sur le papier. Il y a aussi tout un ensemble de questions sur l’école, sur l’enseignement de l’art (Q. 9) : Une école des beaux-arts est-elle nécessaire ? Autrement dit, est-ce que l’art doit et peut s’enseigner ? C’est une question qui a suscité de nombreux débats au début de la IIIe République, à une époque où on s’inquiétait vraiment de démocratiser l’accès à l’art, certains voulant étendre au maximum la diffusion de l’accès aux formes élémentaires [20] de la pratique artistique et faire aller l’enseignement du dessin jusqu’aux écoles primaires les plus reculées ; d’autres, au contraire, disant que l’art ne s’apprend pas. C’est un vieux débat, dont on trouve le prototype dans Platon : Est-ce que l’excellence peut s’enseigner ? Est-ce que la manière la plus accomplie d’être homme peut s’enseigner ? Il y a ceux qui disent non, et qui ne croient qu’au don héréditaire. La croyance dans la transmission héréditaire des dons artistiques est encore très répandue : elle porte à dire qu’on naît artiste, que l’art ne peut s’enseigner et qu’il y a une contradiction inhérente à l’idée d’un enseignement de l’art. C’est le mythe de l' »œil », qui serait donné à certains par la naissance et qui fait, par exemple, que l’art contemporain serait immédiatement accessible aux enfants. Cette représentation charismatique (de charisma, la grâce, le don) est un produit historique qui s’est créé progressivement à mesure que se constituait ce que j’appelle le champ artistique et que s’inventait le culte de l’artiste. Ce mythe est un des principaux obstacles à une science de l’œuvre d’art.

Bref, la question de savoir si l’art peut s’enseigner n’a rien de trivial. A fortiori, la question de savoir si l’art contemporain peut s’enseigner, et s’enseigner dans une école des beaux-arts. Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de barbare ou d’absurde dans le fait d’enseigner l’art, qui ne s’enseigne pas, dans [21] une école, et surtout cet art particulier qu’est l’art moderne, qui s’est constitué contre l’académisme (notamment avec Manet) ? La difficulté du problème est redoublée par le fait que les écoles des beaux-arts sont maintenant le lieu d’un académisme anti-académique, d’un académisme de la transgression. (Q. 10) : Dans les facultés, dans les écoles des beaux-arts, il est de bon ton de s’engouffrer dans la brèche de l’art contemporain. Autrement dit, l’école des beaux-arts attend de ceux qui la fréquentent qu’ils s’intéressent à un art qui s’est constitué contre l’école des beaux-arts. Fini le temps où Manet contestait son maître Couture. Dans les facultés et les écoles des beaux-arts, aujourd’hui, on fait place à ce que Manet opposait à l’Académie. C’est un peu comme si Couture demandait à Manet de faire de l’anti-Couture. Je reviendrai à toutes ces questions.

Deuxième grand ensemble de questions, des questions qui vous sont posées par la situation même où vous êtes. (Q. 11) : Y a-t-il un avenir pour la peinture ? (Q. 12) : Est-ce que le recours aux nouvelles technologies n’est pas une simple mode ? (Q. 13) : Est-ce qu’il y a une efficacité de l’artiste ? (Q. 14) : Est-ce que l’artiste peut avoir un rôle politique ? (Q. 15) : Est-ce que l’art contient un potentiel révolutionnaire ? (Q. 16) : Est-ce que l’autonomie de l’artiste par rapport au pouvoir économique et politique est possible ? (Q. 17) : L’art doit-il avoir un rôle politique ? [22] ‑ vous vous adressez à un sociologue, je ne l’oublie pas ‑, il y a une question sur la sociologie (Q. 18) : Est-ce que la sociologie n’est pas une réponse critique à l’esthétique ? Cette question, comme la plupart de celles que vous posez, s’inspire, il me semble, d’une définition tacite de la sociologie qui la situe dans l’ordre du collectif, de la statistique, des grands nombres, du grand public. C’est, je dois vous le dire, la définition la plus commune, la plus banale, la plus « grand public » ‑ bien qu’elle soit aussi présente dans la tête de la plupart des philosophes, qui ont beaucoup contribué à diffuser, à vulgariser cette idée vulgaire, mais qui se croit distinguée, de la sociologie : je pense par exemple à Heidegger et à son fameux texte sur le « on », où il est question de la statistique, de la moyenne, de la banalité et, tacitement, de la sociologie ; c’est l’image la plus répandue dans les milieux artistiques (et philosophiques) qui, se sentant du côté du singulier, de l’unique, de l’original, etc., se croient obligés de mépriser, voire de détester la sociologie, science résolument « vulgaire », et d’affirmer ainsi, à bon compte, leur distinction. On comprend que, avec une telle image de la sociologie, vous ne puissiez voir le sociologue que comme un personnage funeste, et détestable, qui se range nécessairement dans le mauvais camp, du côté du Midi libre, de la critique populiste, et contre l’artiste, la singularité, l’exception, voire la [23] liberté. Vous avez une mauvaise image de la sociologie mais je dois dire, pour votre défense, qu’il y a beaucoup de mauvais sociologues qui vous donnent raison… Mais, là, je suis venu pour essayer de vous donner une idée plus juste de la sociologie et vous faire découvrir que, contrairement à ce que veulent vous faire croire les mauvais sociologues et tant d’autres, la sociologie peut être une des armes les plus efficaces pour comprendre et pour défendre l’art, non seulement l’art déjà fait, canonisé, muséifié, mais l’art se faisant, la recherche artistique la plus étonnante, la plus audacieuse, la plus critique, la plus libre. Voilà la thèse que je défends. Je la déclare devant vous. Je ne triche pas.

Je vais marquer ici un premier arrêt, pour que vous puissiez poser des questions.

Question : J’aurais voulu savoir la définition que vous avez du mot artiste ?
P. B. : L’artiste est celui dont les artistes disent que c’est un artiste. L’artiste est celui dont l’existence en tant qu’artiste est en jeu dans ce jeu que j’appelle champ artistique. Le monde de l’art est un jeu dans lequel est en jeu la question de savoir qui est en droit de se dire artiste, et surtout de dire qui est artiste. C’est une définition qui n’en est pas une et qui a le mérite d’échapper au piège de la définition, dont il ne faut jamais oublier qu’elle est en jeu dans le champ artistique. [24] Et il en va de même dans tous les champs. Dans le monde de l’art contre lequel Manet s’est révolté, il y avait des instances d’évaluation. L’Etat était le juge en dernière instance, s’agissant d’évaluer la qualité artistique d’une œuvre et d’un producteur. Autrement dit, il y avait, je vais employer un mot technique, un nomos, un principe de vision et de division légitime, un point de vue légitime sur le monde, garanti par l’Etat (il fallait peindre le monde en retenant certains sujets, des sujets anciens ou des sujets contemporains pouvant passer pour anciens, comme les pays orientaux, etc.). C’est pourquoi la révolution de Manet, quoique purement artistique, a été en même temps une révolution politique dans la mesure où l’Etat s’engageait derrière les peintres pompiers, le salon, le jury du salon. Aujourd’hui, depuis les années quatre-vingt, en France, l’Etat joue à nouveau le rôle de banque centrale de la légitimité artistique, mais sans avoir pour autant réinstauré un monopole du « métier » et en laissant la porte ouverte aux artistes vraiment « transgressifs » (ce qui lui vaut les critiques les plus féroces des partisans de la « révolution conservatrice » en art). J’arrête là ma réponse, sinon je vais anticiper sur tout ce que j’ai à vous dire.

Maintenant je vais essayer de reprendre, en les élaborant, les questions que vous vous êtes posées de manière qu’elles vous reviennent, plus fortes, plus efficaces, moins académiques, qu’elles vous touchent davantage. Cela avant [25] de passer au troisième moment de mon exposé, où j’essaierai de vous donner des instruments pour répondre à ces questions (instruments que j’ai commencé à utiliser dans la réponse que je viens de faire).
Vous vous êtes interrogés collectivement sur le statut de l’art contemporain, sur la mise en question de l’art contemporain, sur la crise de l’art contemporain, sur la crise de la croyance dans l’art contemporain. En passant d’une formulation à l’autre, j’ai reformulé la question : la crise de l’art est peut-être une crise de croyance, à laquelle les artistes ont sans doute eux-mêmes contribué.

J’ai dit en commençant que si la science de l’art ou, tout simplement, la réflexion sur l’art est si difficile, c’est parce que l’art est un objet de croyance. Pour faire comprendre, je pourrais dire ‑ ça a beaucoup été dit avant moi ‑ que la religion de l’art a dans une certaine mesure pris la place de la religion dans les sociétés occidentales contemporaines. Par exemple, derrière le fameux titre de Malraux, La Monnaie de l’absolu, il y a cette métaphore religieuse : il y a l’absolu, Dieu, dont l’art est la petite monnaie. Ainsi armé de cette métaphore, ou plutôt de cette analogie entre le monde artistique et le monde religieux, je reviens à ce qu’on décrit comme crise de l’art contemporain et, plus précisément, au problème de l’école d’art qui nous préoccupe et qu’on peut penser par analogie avec un grand séminaire. Comme dans le cas du [26] grand séminaire, ceux qui entrent dans l’école où vont se former des prêtres de l’art sont déjà des croyants, qui, déjà séparés des profanes par leur croyance spéciale, vont être renforcés dans leur croyance par l’acquisition d’une compétence hors du commun qui leur donnera le sentiment d’être légitimés dans leur fréquentation des œuvres d’art. Le sacré étant ce qui est séparé, la compétence qui s’acquiert dans un grand séminaire de l’art est ce qu’il faut posséder pour passer sans sacrilège la frontière entre le sacré et le profane. Vous pensez sans doute que je dis des choses abstraites et spéculatives mais je vais vous donner un exemple concret qui vous montrera que je ne fais pas de la théorie pour le plaisir. Nous avons publié dans la revue Actes sur la recherche en sciences sociales, il y a une dizaine d’années, un article de Dano Gamboni sur une sorte d’expérience sociale, qui s’est déroulée dans une petite ville de Suisse, Bienne, qui avait acheté des œuvres d’art contemporain et qui les avait exposées dans les espaces publics. Un beau jour, les balayeurs, les éboueurs ont embarqué les œuvres d’art contemporain en les prenant pour des ordures. Ce qui a donné lieu à un procès extrêmement intéressant sur la question de savoir ce qui fait la différence entre un déchet, une ordure et une œuvre d’art ? [27] Sacré problème. Il y a des artistes qui font des œuvres avec des déchets et la différence n’est évidente que pour ceux qui détiennent les principes de perception convenables. Quand on met des œuvres dans un musée, il est facile de faire la différence. Pourquoi ? Le musée, c’est comme une église : c’est un lieu sacré, la frontière entre le sacré et le profane est marquée. En exposant un urinoir ou un guidon de bicyclette dans un musée, Duchamp s’est contenté de rappeler qu’une œuvre d’art, c’est un objet qui est exposé dans un musée ; un objet dont on sait que c’est une œuvre d’art parce qu’il est exposé dans un musée. Vous savez, en franchissant l’entrée du musée, que nul objet n’y entre s’il n’est œuvre d’art. Ce qui n’est pas évident pour tout le monde. Dans mon enquête sur les œuvres d’art dont le résultat a été publié dans L’Amour de l’art, j’ai mené des entretiens tout à fait passionnants avec des gens pour qui cette transmutation ontologique que subit l’œuvre d’art par le simple fait d’entrer dans un musée, et qui se traduit par une sorte de sublimation, ne marche pas : il y a des gens qui continuent d’avoir une vision érotique des nus, ou une vision religieuse des pietà ou des crucifix. Imaginez que quelqu’un se mette à genoux devant une œuvre de Piero della Francesca par exemple. Il risque de passer pour fou. Comme disent les philosophes, il commet une « erreur de catégorie » : il prend pour une œuvre religieuse, justiciable d’un [28] culte religieux, une œuvre justiciable d’un tout autre culte, dans un autre champ, un autre jeu.
Je vous renvoie à un autre article des Actes de la recherche où je rapporte une observation que j’ai faite à l’église de Santa Maria Novella de Florence, où se côtoyaient des œuvres devant lesquelles les gens (les femmes) du peuple s’arrêtaient pour prier (il s’agissait de sculptures ou de peintures très réalistes, dans le style Saint-Sulpice : par exemple une statue de Notre-Dame du Rosaire portant l’enfant jésus, à laquelle on avait accroché un chapelet) parce qu’elles étaient capables de répondre à leurs attentes esthétiques et religieuses, tandis que les gens cultivés passaient sans les voir, en les ignorant, en les scotomisant comme dirait un psychanalyste, ou en les méprisant, et des œuvres canoniques de l’art consacré, dont la visite est prescrite par les guides touristiques. Chacun rendait son culte séparé.
Je reviens à l’iconoclasme inconscient et innocent de l’éboueur de Bienne. N’ayant pas les catégories de perception adéquates, n’ayant pas ce signal que donne le musée, il avait commis un barbarisme, une « erreur de catégorie », pareille à celle de la femme qui serait allée mettre un cierge devant une fresque de Filippino Lippi ou de Domenico Ghirlandaio. [29]

Ainsi, l’œuvre sacrée perd son statut d’imago pietatis, d’image religieuse appelant la révérence religieuse, l’agenouillement, le prie-Dieu, le cierge, le chapelet, par le fait d’entrer dans le musée ou dans les quasi-musées que sont devenues certaines églises et d’appeler ainsi cette autre forme de piété, qu’est le culte de l’art. On voit pourquoi le lieu d’exposition est si important. Comme le découvrent, souvent à leurs dépens, les artistes qui répondent à la commande publique (un exemple limite étant le cas de Richard Baquié dont l’œuvre, installée dans le quartier Malpassé, à Marseille, en 1987-1988, a été vandalisée, restaurée, re-vandalisée et finalement retirée). Ces artistes se heurtent de plein fouet aux problèmes mêmes que vous m’avez posés. Ils rencontrent d’abord la démagogie « naturelle » (surtout aujourd’hui, avec la décentralisation) des hommes politiques qui, accoutumés à se plier au jugement du plus grand nombre, tendent, comme les gens de télévision, à faire du plébiscite le principe premier des choix esthétiques (et politiques). Habitués à l’espace privilégié du musée, où ils peuvent compter sur la docilité d’un public cultivé, c’est-à-dire prédisposé à reconnaître (à tous les sens du terme) l’œuvre d’art, ils ne sont pas préparés à affronter directement le jugement du grand public, c’est-à-dire de gens qui n’auraient pour la plupart jamais rencontré l’œuvre d’art si elle n’était pas venue à eux, dans leur [30] univers familier, et qui ne sont nullement préparés à appréhender l’œuvre d’art comme telle, en tant que telle, et à lui appliquer les instruments de perception, de décodage convenables. S’ils font une œuvre qui se fait oublier, parce qu’elle est insignifiante, ou trop bien adaptée, ils ont perdu, parce qu’ils ont renoncé, s’ils font une œuvre remarquable, c’est-à-dire propre à se faire remarquer, ils risquent le rejet, voire la destruction iconoclaste. Bref, ne pouvant compter sur la complicité objective du musée qui désigne d’emblée le kitsch, le laid ou le déchet exposés comme des œuvres d’art, c’est-à-dire comme les produits d’une intention artistique (de parodie, de dérision, de destruction, peu importe), ils sont affrontés à une épreuve impossible montrer les produits d’un univers gros de dix siècles d’expérience à des yeux neufs (au sens fort), ou naïfs, c’est-à-dire totalement dépourvus des instruments de reconnaissance indispensables.
Une artiste contemporaine, Andrea Fraser, joue de cette distance entre le sacré et le profane, entre l’œuvre d’art, et les schèmes de perception qu’elle exige, et l’objet ordinaire, qui se livre au premier venu : elle fait des fausses visites de musée, dans lesquelles elle entraîne un groupe de visiteurs et elle les arrête devant le dispositif de sécurité du musée, faisant remarquer l’espacement harmonieux des boîtiers lumineux qui rythment la surface du mur et font écho à l’architecture [31] d’une rangée de colonnes. Elle rappelle ainsi les catégories de perception produites par toute l’histoire du monde artistique qu’il faut avoir dans la tête pour comprendre ce qui se passe dans ce monde un peu à part, où les ordures peuvent être constituées en œuvres d’art.

Qu’est-ce qu’on apprend dans les écoles des beaux-arts ? On y apprend des raisons d’aimer l’art et aussi tout un ensemble de techniques, de savoirs, de savoir-faire, qui font que l’on peut se sentir à la fois incliné et apte à transgresser légitimement les « règles de l’art » ou, plus simplement, les conventions du « métier » traditionnel. Si Duchamp a été un des premiers à faire de grandes transgressions à propos du statut de l’œuvre d’art, de la fonction du musée, etc., c’est parce qu’il était orfèvre, qu’il jouait comme un joueur d’échecs avec les règles du jeu de l’art, qu’il était comme un poisson dans l’eau dans le monde de l’art. A l’inverse, très précisément, du Douanier Rousseau qui était un peintre objet (comme on dit une femme objet), ne sachant pas qu’il transgressait. Un « naïf », c’est en effet quelqu’un qui transgresse des règles qu’il ne connaît même pas. Comme l’Eglise qui, selon Max Weber, se définit par « le monopole de la manipulation légitime des biens de salut », l’école des beaux-arts vous donne l’accès à la manipulation légitime des biens de salut culturel, ou artistique ; vous êtes en droit de dire ce qui est de l’art et ce qui n’en [32] est pas, vous pouvez même, comme Andrea Fraser, brouiller la frontière sacrée entre l’art et le non-art et vous extasier devant un dispositif de sécurité. En un mot, dans le champ artistique, comme dans le champ scientifique, il faut avoir beaucoup de capital pour être révolutionnaire.

Pourquoi la discussion sur l’art contemporain est-elle si confuse aujourd’hui ? Et pourquoi certains sociologues y jouent-ils un rôle pervers ? Si la critique de l’art contemporain est si difficile à combattre, et même à comprendre, c’est qu’il s’agit de ce qu’on peut appeler une révolution conservatrice. C’est-à-dire une restauration du passé qui se présente comme une révolution ou une réforme progressiste, une régression, un retour en arrière, qui se donne pour un progrès, un bond en avant, et qui parvient à se faire percevoir comme telle (le paradigme de toute « révolution conservatrice » étant le nazisme). Si bien que, par un renversement paradoxal, ceux qui combattent la régression ont l’air eux-mêmes régressifs. La révolution conservatrice trouve son terrain d’élection dans le domaine de l’art et de la culture, parce que, plus encore qu’en matière d’économie, où les démunis ont toujours une certaine conscience de leurs manques et du redoublement de ces manques que favorise le retour au passé (avec par exemple la perte des acquis sociaux), les « pauvres en culture », les démunis culturels, sont en quelque sorte privés de la [33] conscience de leur privation. Bref, la régression peut se présenter (et apparaître) comme progressiste parce qu’elle est plébiscitée, parce qu’elle est ratifiée par le peuple qui, en principe, est arbitre quand il s’agit de dire ce qui est populaire : qui vous dira ce qui est populaire, sinon le peuple ? Ou les sociologues, si du moins ils font un usage scientifique de leurs instruments de connaissance ; au lieu de se contenter, comme certains, de s’appuyer sur mes enquêtes pour dire le contraire de ce que j’en dirais et de donner la légitimité de la science à un populisme esthétique qui invoque le goût du peuple pour condamner l’art contemporain et surtout, peut-être, l’aide étatique accordée à cet art à travers notamment le soutien des conservateurs de musée. (J’avoue que j’ai beaucoup de mal à me retrouver dans ce que les critiques et surtout les « sociologues » me font dire ici ou là : en prenant à l’état séparé différents travaux, ils peuvent me prêter des prises de position soit populistes ‑ et c’est La Distinction et L’Amour de l’art ‑, soit élitistes ‑ et c’est plutôt Les Règles de l’art ; en les considérant ensemble, ils peuvent y trouver des contradictions, qui sont en fait le produit de leur incapacité de prendre en compte à la fois les conditions de production de la demande artistique, des goûts, et les conditions de production des producteurs artistiques, la logique du champ de production, de l’offre artistique.) [34]

En fait, pour comprendre ce qui se passe dans le domaine de l’art, et les querelles à propos de l’art contemporain (Q. 3), il faut tenir ensemble (au lieu de les opposer) deux ensembles de faits scientifiquement établis d’une part, le fait indiscutable de la distribution inégale du capital culturel (dont le capital artistique est une espèce particulière) qui fait que tous les agents sociaux ne sont pas également enclins et aptes à produire et à consommer des œuvres d’art ; et, d’autre part, le fait que ce que j’appelle le champ artistique, ce microcosme social à l’intérieur duquel les artistes, les critiques, les connaisseurs, etc., discutent et luttent à propos d’un art que les uns produisent, les autres commentent, font circuler, etc., conquiert progressivement son autonomie, au cours du xixe siècle, contre le monde marchand, et institue une coupure grandissante entre ce qui se fait dans ce monde et le monde ordinaire des citoyens ordinaires. je cite dans La Distinction un texte d’Ortega y Gasset, un idéologue espagnol du début du siècle, qui critique très violemment l’art de son temps, au nom de l’idée que les artistes ont rompu le lien vital qui les unit au peuple. Mais j’aurais pu citer aussi bien Caillois défendant « la figure humaine » contre Picasso.

Les révolutionnaires conservateurs, paradoxalement, invoquent le peuple pour imposer des programmes régressifs en matière d’art, en s’appuyant sur le philistinisme des [35] non-instruits (celui que met en lumière, aujourd’hui, l’audimat) ou des demi-instruits, ou, pour dire les choses plus simplement, sur le fait social indiscutable que le peuple n’aime pas l’art moderne. Mais que veut dire cette phrase ? je laisse pour le moment de côté la question de savoir ce qu’il faut entendre par « le peuple ». Que veut dire : il n’aime pas l’art moderne ? Ça veut dire qu’il n’a pas les moyens d’accès, qu’il n’a pas le code ou, plus précisément, les instruments de connaissance, la compétence, et de reconnaissance, la croyance, la propension à admirer comme tel, d’une admiration purement esthétique, ce qui est socialement désigné comme admirable ‑ ou devant être admiré ‑ l’exposition dans un musée ou une galerie consacrée. Comme l’éboueur de Bienne, ïl n’en pense ni du bien, ni du mal, il n’a pas de catégories de perception ; il n’a pas incorporé sous forme de goût le nomos dont je parlais tout à l’heure, le principe de vision et de division qui permet de faire les différences. Ce que l’on appelle le goût est très précisément une capacité de faire des différences, entre le salé et le sucré, le moderne et l’ancien, le roman et le gothique, ou entre différents peintres, ou entre différentes manières d’un même peintre, et, secondairement, d’éprouver et d’énoncer des préférences. Et le défaut, l’absence, la privation de catégories de perception et de principes de différenciation conduisent à une indifférence, beaucoup plus [36] profonde, plus radicale que le simple manque d’intérêt de l’esthète blasé. Dire, à propos des gens du peuple, qu’ils n’aiment pas l’art moderne, c’est assez idiot. En fait, ça ne les concerne pas, ils n’en ont rien à faire. Pourquoi ? Parce que rien n’a été fait pour constituer en eux la libido artistica, l’amour de l’art, le besoin d’art, l' »oeil », qui est une construction sociale, un produit de l’éducation.

Dans L’Amour de l’art et dans La Distinction, j’ai montré (je crois même pouvoir dire démontré) que la disposition artistique qui permet d’adopter devant l’œuvre d’art une attitude désintéressée, pure, purement esthétique, et la compétence artistique, c’est-à-dire l’ensemble de savoirs nécessaires pour « déchiffrer » l’œuvre d’art, sont très corrélées avec le niveau d’instruction ou plus précisément avec le nombre d’années d’études. Autrement dit, ce que l’on appelle l' »oeil » est une pure mythologie justificatrice, une des manières pour ceux qui ont la chance de pouvoir faire des différences en matière d’art de se sentir justifiés en nature. Et, de fait, le culte de l’art, comme la religion en d’autres temps, offre aux privilégiés, comme dit Weber, une « théodicée de leur privilège » ; elle est même sans doute la forme par excellence de la sociodicée pour les individus et les groupes qui doivent leur position sociale au capital culturel. Par là s’explique la violence que suscite l’analyse qui met tout cela au jour. Le simple fait de rappeler que ce qui se vit [37] comme un don, ou un privilège des âmes d’élite, un signe d’élection, est en réalité le produit d’une histoire, une histoire collective et une histoire individuelle, produit un effet de désacralisation, de désenchantement ou de démystification.
Il y a ainsi, d’un côté, le fait de l’inégale distribution des moyens d’accès à l’œuvre d’art (par exemple, plus on va vers le contemporain, plus la structure sociale du public est élevée : par exemple le musée d’Art moderne a un public plus « cultivé », pour aller vite, que le Louvre) et, de l’autre, le fait que le monde dans lequel se produit l’art, par sa logique propre, s’éloigne toujours davantage du monde commun. La coupure, qui est sans doute très ancienne, est devenue dramatique depuis le moment où le champ artistique a commencé à se retourner vers lui-même et à devenir réflexif et où on a affaire à un art qui demande, pour être perçu et apprécié, que l’on comprenne que l’objet de cet art, c’est l’art lui-même. Toute une partie, et, selon moi, la plus avancée, de l’art contemporain n’a pas d’autre objet que l’art lui-même. L’exemple le plus exemplaire est sans doute Devautour qui prend pour objet d’exposition l’acte d’exposition, l’acte de composition d’une collection, l’acte critique, l’acte artistique lui-même, dans une oeuvre totalement réflexive, qui n’a pas d’autre objet que le  jeu artistique lui-même. On pourrait donner d’autres exemples… [38]

Ainsi, les attentes du « grand public », qui est incliné à une sorte d’académisme structural ‑ il applique aux œuvres d’art, dans le meilleur des cas, des catégories de perception produites et imposées par l’époque antérieure, c’est-à-dire aujourd’hui par l’impressionnisme ‑, ne peuvent que s’éloigner toujours davantage de ce que proposent les artistes qui, pris dans la logique autonome du champ, mettent en question sans cesse les catégories de perception communes, c’est-à-dire les principes de production de l’art antérieur. On peut s’appuyer sur le constat de ce décalage, comme le font certains sociologues (et certains « philosophes » de télévision), pour décrier les recherches d’avant-garde au nom du « peuple » qui paie des subventions pour un art qui ne l’intéresse pas (et, comble du scandale, qu’on lui impose même dans la rue…) et aussi au nom du « métier » traditionnel du peintre et du « plaisir visuel » qu’il procurait au spectateur (mais quel spectateur ? Pas nécessairement l’éboueur de Bienne). On peut même se donner les apparences de l’anticonformisme courageux en dénonçant la doxa progressiste-moderniste prétendument dominante et la coalition internationale musée-marché qui favorise une petite minorité d’artistes internationaux « incapables de tenir un pinceau » au détriment d’excellents artistes français (où le nationalisme ne va-t-il pas se loger ?) tenus en marge du « nouvel art officiel ». On peut même, [39] pour les plus malins, dénoncer la subversion subventionnée, et toutes les formes de l’académisme anti-académique qu’a rendues possibles la révolution moderne, de Manet à Duchamp et au-delà : je veux parler des répétitions intéressées et calculées, en un mot opportunistes, des ruptures déjà effectuées.

Tout cela au nom d’un populisme esthétique, qui, en s’appuyant sur une sociologie mal comprise de la réception des œuvres d’art, condamne les recherches d’avant-garde, dont il ne comprend pas la véritable sociologie. Les révolutions spécifiques, dont le prototype est celle qu’accomplit Manet, se font, si l’on peut dire, contre « le peuple », contre le goût commun, contre le « grand public ». Et les critiques ou les sociologues conservateurs ont beau jeu d’invoquer le peuple pour condamner une subversion nécessairement « impopulaire » ou « anti-populaire » (ce qui, comme au temps de Manet, veut dire d’abord « anti-bourgeoise », parce que la force de la révolution conservatrice en matière d’art vient du fait qu’elle exprime avant tout le déconcertement ou le dégoût du public bourgeois des musées et des galeries devant les recherches d’avant-garde). Cela surtout à un moment où s’est instaurée une tradition de la révolution artistique (au sein du champ artistique) et où l’on peut donc déguiser une condamnation pure et simple de l’intention révolutionnaire (artistiquement) en condamnation de l’imposture, à la manière d’un Jean [40] Clair, grand connaisseur, qui fait en sorte qu’on ne sache jamais complètement s’il dénonce l’imposture de l’art moderne ou les imposteurs qui s’autorisent de l’image de l’art moderne pour obtenir les subventions et les consécrations (Q. 2).

Il faudrait, parvenu à ce point, aborder le problème des rapports entre l’art et la politique, que vous m’avez posé (Q. 14, 15, 16, 17), ou, plus précisément, entre le conservatisme en matière d’art et le conservatisme en matière de politique. En fait, ce que l’on a du mal à comprendre ‑ et ceci aussi bien à gauche qu’à droite ‑, c’est que certaines œuvres politiquement « progressistes » (par leur contenu, leur intention explicite) puissent être esthétiquement conservatrices tandis que des œuvres politiquement « neutres » (formalistes) peuvent être esthétiquement progressistes. Cela découle de manière évidente de l’autonomie du champ artistique. Le conformisme de la transgression (Q. 10), qui est si fréquent aujourd’hui dans le monde de l’art et de la littérature, s’empare ainsi des « bonnes causes », politiquement correctes, mais conservatrices esthétiquement. Tout ce que je décris là (à quoi il faut ajouter les stratégies de ceux qui adoptent des signes extérieurs de l’avant-gardisme pour produire des effets de subversion kitsch) contribue à brouiller les frontières entre l’art et le non-art, entre le conformisme et la subversion, et contribue ainsi à la crise de la croyance. [41]

Question (inaudible) sur le rôle des conservateurs.
P. B. : Il faudrait examiner des cas particuliers. Simplement, je pense qu’il est important de savoir ‑ ça découle de la théorie du champ comme univers autonome ‑ que le subversif politiquement n’est pas automatiquement subversif esthétiquement et inversement. Ce décalage structural rend possible un certain nombre de stratégies de double jeu particulièrement perverses qui rendent très difficiles l’interprétation et la critique. Si le critique a la vie si difficile aujourd’hui en littérature et en peinture, c’est en grande partie parce que tout un ensemble d’écrivains et d’artistes connaissent suffisamment l’histoire de l’art et de la littérature pour savoir mimer sur un mode cynique et opportuniste ‑c’est une des perversions dont la possibilité est inscrite dans la logique des univers voués à la révolution permanente ‑ les apparences de l’avant-gardisme (par exemple tel peintre opportuniste présentera à la Biennale de Venise les portraits nus de deux critiques influents…). Dans un domaine où le jeu de l’imposture est très avancé, comme la philosophie, il y a des gens qui savent si bien mimer la posture philosophique que, devant des non-philosophes, ils paraîtront plus philosophes que les philosophes. je ne citerai pas de noms, parce que, malheureusement, vous ne connaissez sans doute que ceux-là [42] et que ce n’est pas la peine que je leur fasse de la publicité. Et de même, il y a toutes sortes de gens assez informés des usages de l’art pour faire des choix d’apparence avant-garde. Par exemple, tel critique du Monde qui défend avec beaucoup de constance un art conformiste s’empresse de célébrer la peinture d’un artiste français portant un nom arabe (des personnages stylisés, sobrement pathétiques, dont le peintre dit qu’ils sont « beckettiens »). Il paie ainsi tribut, comme disent les Américains, à une valeur « politiquement correcte ».

Question : Vous parliez de l’œil, du fait que l’on apprécie une œuvre d’art par l’œil…
P. B. : Je réponds en vous renvoyant à un livre intitulé L’Œil du Quattrocento dans lequel Baxandall étudie la genèse sociale des catégories de perception artistique au Quattrocento (ce texte, publié en français chez Gallimard, a d’abord paru dans Actes de la recherche en sciences sociales). Il faut en retenir l’idée que l’œil est un produit social, et qu’il est habité par des principes de vision et de division socialement constitués (qui varient selon le sexe, l’âge, l’époque, etc.) et dont on peut rendre compte, sociologiquement. Dans la même perspective, j’essaie, travaillant sur Manet, de décrire ce [43] qu’était l’œil académique que Manet a détruit. Cet œil « pompier » a été balayé par l’histoire du champ artistique mais on peut encore s’appuyer démagogiquement sur cette sorte de vision orthodoxe bourgeoise (beaucoup plus que « populaire ») pour contester ce qu’est le produit de la recherche autonome de l’art. D’où l’ambiguïté du musée d’Orsay.

Question: Vous pensez qu’il n’y a pas d’œil sensible a priori.
P. B. : C’est un problème très difficile. Je ne puis m’empêcher de penser que si vous soulevez cette question qui s’enracine sans doute dans des souvenirs de votre classe de philosophie sur la perception (qu’est-ce qui, dans ce que nous percevons, est le produit d’une construction intellectuelle, qu’est-ce qui est l’effet direct de la sensation ?), c’est que vous avez envie qu’il y ait quelque chose qui ne soit pas réductible aux catégories et à la catégorisation sociales. Je vous le dis, sans y mettre aucune méchanceté. Mais je crois qu’il faut se rappeler sans cesse le principe de réflexivité. Quand vous dites une chose de cette sorte demandez-vous si ce n’est pas parce que vous avez envie que ce soit comme ça. Le sociologue est un type embêtant parce qu’il passe son temps à vous enlever les estrades, les tabourets, les échasses, les cothurnes, que vous avez sous [44] les pieds, et parfois le sol même que vous foulez. C’est ce qui fait que la sociologie paraît triste, mais ce n’est pas la sociologie qui est triste, c’est le monde social. Je pense ici à une métaphore, très picturale, que Freud emploie quelque part : il y a saint Christophe qui porte sur ses épaules le Christ qui porte le monde. Freud demande : mais sur quoi reposent les pieds de saint Christophe ? Le sociologue découvre que beaucoup de ces choses que nous croyons naturelles, dont nous voudrions qu’elles soient naturelles, plus ou moins selon notre position dans le monde social, selon nos dispositions, beaucoup de ces choses sont historiques, c’est-à-dire arbitraires, elles existent mais elles auraient pu ne pas exister, elles sont contingentes, elles n’ont pas d’autres fondements qu’historiques. Je vous renvoie à mon livre Méditations pascaliennes où je cite un très beau texte dans lequel Pascal part à la recherche du fondement ultime de l’autorité de la loi et, de régression en régression, arrive jusqu’à l’arbitraire pur du commencement, la « vérité de l’usurpation ». L’art est une occasion de découvrir beaucoup de phénomènes de cette sorte. Il y a des catégories qui ne sont pas fondées en nature, et, en tout cas, si on veut les universaliser, ce n’est pas sur la nature qu’il faut s’appuyer. Voilà ce qui fait la tristesse de la sociologie. Cette tristesse, la sociologie [45] la partage avec l’art contemporain. En effet, ce que fait l’art contemporain en se mettant lui-même sans cesse en question, c’est poser la question de savoir ce qu’il y a sous les pieds de l’artiste en saint Christophe. C’est la raison pour laquelle, en commençant, je vous disais qu’il n’y a rien qui puisse mieux défendre l’art contemporain que la sociologie : s’ils ont le courage de faire jusqu’au bout, pour leur propre univers, la mise en question qu’ils font subir à tous les autres, et de s’enlever à eux-mêmes le sol de certitude qu’ils ont sous les pieds, les sociologues sont eux aussi affrontés au drame de ne pas avoir de point archimédien, de point sur lequel on puisse s’appuyer (ce qui ne signifie pas, comme on le croit parfois, qu’ils soient pour autant condamnés au relativisme).

Je pourrais ici invoquer, après Freud, Mallarmé, qui dans un texte célèbre, et obscur, intitulé La Musique et les lettres, rappelle qu’il n’y a pas d’essence du beau, pas d’au-delà de ce monde littéraire dans lequel est produite la croyance collective dans la beauté, pure fiction qu’il faut se garder de démystifier (vous trouverez un commentaire de ce texte de Mallarmé, important pour comprendre les anxiétés autour de l’art contemporain, dans Les Règles de l’art). Contre la tradition hölderlino-heideggerienne et le culte mystique de la « création » et du [46] « créateur » comme être unique, exceptionnel, sans histoire, auquel on l’a indûment annexé, Mallarmé anticipe sur tous les actes artistiques par lesquels les artistes ont posé le problème des fondements sociaux de la croyance artistique, de l’enracinement de la « fiction » artistique dans la croyance qui s’engendre au sein du champ artistique.

Il n’y a pas d’essence du beau et les artistes sont, de tous les producteurs de biens symboliques, ceux qui se sont le plus avancés dans le sens de la réflexivité sur ce que c’est que de faire ce qu’ils font. L’intention réflexive est beaucoup plus ancienne dans les arts plastiques que dans les autres arts et si les artistes ont aujourd’hui des problèmes avec la société (Q. 3), c’est pour une part parce qu’ils posent des problèmes à la société, sur leur propre existence, sur les fondements sociaux de leur existence, et, en ce sens, ils sont très proches des sociologues (Q. 18). Si on leur renvoie le problème de leur justification d’exister, c’est qu’ils se le posent ; c’est qu’ils tendent des verges pour se faire battre et, d’une certaine façon, collaborent à leur propre mise en question.

Pour finir très vite, je voudrais, dans un troisième temps, essayer de vous donner quelques outils que je crois utiles pour comprendre comment marche le monde de l’art. Ce monde est un monde social parmi d’autres, c’est un microcosme qui, pris dans le macrocosme, obéit à des lois sociales qui [47] lui sont propres. C’est ce que dit le mot d’autonomie : c’est un monde qui a sa propre loi (nomos) ; dans lequel il y a des enjeux sociaux, des luttes, des rapports de force, du capital accumulé (un artiste célèbre est quelqu’un qui a accumulé ce que j’appelle un capital symbolique, capable de produire des effets symboliques, mais aussi économiques ; un critique célèbre peut faire la valeur d’une œuvre d’art ; un expert, qui est mandaté pour dire ce qui est authentique, ou qui ne l’est pas, peut faire des miracles sociaux, transformer une chose qui ne valait rien, qui était dans un grenier, en une œuvre hors de prix, etc.). Mais tout ce qui advient  dans ce champ, capital, luttes, stratégies, etc. revêt des formes spécifiques, originales, qui n’ont pas nécessairement cours dans d’autres microcosmes, et dans le macrocosme social dans son ensemble. Par exemple, les luttes sont pour l’essentiel des luttes symboliques, mobilisant des instruments symboliques, des mots, des formes, etc., et elles ont pour enjeu l’accumulation de capital symbolique, de crédit, qui peut jeter dans le discrédit, discréditer, ceux qui sont déjà accrédités (les pompiers au temps de Manet). On dira d’un tel ou d’un tel qu’il est « fini », « dépassé ».

Le champ est comme un jeu, mais qui n’a été inventé par personne, qui a émergé peu à peu, de manière très lente. Ce développement historique s’accompagne d’une accumulation de savoirs, de savoir-faire, de [48] techniques, de procédés, ce qui le rend relativement irréversible. Il y a une accumulation collective de ressources collectivement possédées, une des fonctions de l’institution scolaire dans tous les champs et dans le champ de l’art en particulier étant de donner accès (inégalement) à ces ressources. Ces ressources collectives, collectivement accumulées, constituent à la fois des contraintes et des possibilités. Comme un instrument, clavecin ou piano, un certain état du champ artistique offre un clavier de possibilités, mais il en ferme d’autres. On ne peut pas tout faire ‑ des quarts de ton par exemple ‑, on ne peut pas faire n’importe quoi. Il y a du possible, du probable et de l’impossible ; du pensable et de l’impensable. II y a des systèmes de classement admis, par genres, notamment, des hiérarchies, qui orientent les choix. D’après mon expérience, les très grands, Manet pour la peinture, Heidegger pour la philosophie, Flaubert pour la littérature, sont ceux qui connaissent et maîtrisent le mieux le clavier, l’univers des possibilités ouvertes ‑ et aussi à ouvrir ‑ pour leur temps. Il me semble qu’on peut tirer sinon une loi générale, du moins une leçon de ces grandes entreprises de production culturelle du passé : ceux qui s’affrontent à l’ensemble des problèmes proposés par un état du champ, qui essaient de concilier des choses inconciliables, refusent des alternatives absurdes comme l’opposition entre recherche formelle [49] et engagement politique, se donnent les meilleures chances de réussite dans tous les domaines de la production symbolique.

Cet univers de contraintes et de possibilités, c’est aussi ce que les philosophes appellent une problématique, c’est-à-dire un ensemble de questions qui sont d’actualité, et être dans le jeu, « dans le coup », ne pas être comme un chien dans un jeu de quilles, à la manière d’un Douanier Rousseau, c’est savoir non pas ce qui se fait ou ne se fait pas ‑ ça c’est une vision mondaine qui n’est même pas vraie en matière de mode ‑, c’est savoir où sont les vrais problèmes et le bon critique, à mon avis, c’est celui qui est capable de repérer les artistes qui ont repéré les vrais problèmes, celui qui à travers la fréquentation des œuvres et des artistes, etc., connaît, presque aussi bien qu’un artiste, l’espace des possibles et qui est en mesure de voir tout de suite ce qui a déjà été fait et de distinguer les vraies nouveautés des reprises cyniques ou opportunistes ou des ruptures fictives.

Dans ce jeu, les gens occupent des positions qui sont déterminées en grande partie par l’importance de leur capital symbolique de reconnaissance, de notoriété, capital qui est distribué inégalement entre les différents artistes. Il y a donc une structure de la distribution de ce capital qui, à travers la position que chaque artiste occupe dans cette structure (celle de dominant ou de dominé, etc.), « détermine » ou oriente les stratégies des [50] différents artistes par l’intermédiaire, notamment, de la perception que, en fonction de son habitus, chaque artiste peut avoir de l’espace artistique dans lequel il est inséré. Vous me demandiez (Q. 6) : qui fait l’artiste ? Evidemment ce n’est pas l’artiste qui fait l’artiste, mais le champ, l’ensemble du jeu. Du fait qu’il renverse toutes les tables des valeurs, tous les principes d’évaluation, le révolutionnaire est condamné à se retrouver seul. Qui va dire que Manet est un artiste alors qu’il met en question radicalement les principes selon lesquels on détermine qui est artiste et qui ne l’est pas. C’est la solitude de l’hérésiarque, du fondateur de l’hérésie : il n’a de légitimité qu’en lui-même. Qu’est-ce qui fait l’artiste, la valeur de l’artiste ? C’est l’univers artistique, ce n’est pas l’artiste lui-même. Et, à la limite, qu’est-ce qui fait l’œuvre d’art ? C’est, en dernier ressort, le jeu lui-même, qui fait le joueur en lui offrant l’univers des coups possibles et les instruments pour les jouer.

Deuxième instrument qu’il faut avoir, c’est ce que j’appelle l’habitus, le fait que les « individus » sont eux aussi le produit de conditions sociales, historiques, etc. Et qu’ils ont des dispositions, c’est-à-dire des manières d’être permanentes, des catégories de perception, des schèmes, des modes de pensée, des structures d’invention, etc., qui sont liés à leurs trajectoires, c’est-à-dire à leur origine sociale, à leurs trajectoires scolaires, [51] aux types d’école par lesquelles ils sont passés (par exemple, il est important de savoir qu’une partie de vos propriétés est liée à la position de votre école dans l’espace des écoles des beaux-arts, espace évidemment hiérarchique dans la mesure où ce que vous êtes et ce que vous faites est déterminé par la position que vous occupez dans le jeu et par les dispositions que vous avez importées dans ce jeu).

Dernière chose, c’est dans la relation entre l’habitus comme système de dispositions lié à une trajectoire sociale et un champ que se définit ce que j’appelle l’espace des possibles. De même que Balzac ne pouvait pas inventer le monologue intérieur, on ne peut pas sauter par-dessus son temps ; on est déterminé par l’espace des possibles offerts par le champ à un moment donné du temps et appréhendés à travers les lunettes d’un habitus. Mais c’est aussi dans la relation entre l’habitus voué et dévoué au champ que s’engendre cette sorte de passion pour le jeu (fondement de l’intérêt pour les enjeux) que j’appelle illusio, la croyance fondamentale que le jeu en vaut la chandelle, vaut la peine d’être joué, et qui est bien plus forte que « le désir de gloire » qu’évoquait une de vos questions (Q. 8). Croyance, amour de l’art, libido artistica, tout cela s’enracine dans une relation sociale, et n’a rien à voir avec la représentation mystique que l’hagiographie traditionnelle donne de l’art et de l’artiste. [52]

Pour ceux qui trouveraient ce propos un peu désenchanteur, je voudrais, pour finir, évoquer cette sorte de sociologie expérimentale du champ artistique que Duchamp a été le premier à pratiquer et qui trouve une réplication spontanée dans l’expérience de l’éboueur de Bienne traitant comme déchet, détritus bons à jeter, des objets constitués en « œuvres » consacrées par le fait de l’exposition publique et faits, pour certains, de déchets transfigurés par l’acte artistique comme La Fontaine de Duchamp. Comment en effet ne pas voir que la consécration artistique est une sorte d’acte magique, qui ne peut être accompli que dans et par un travail collectif au sein de cet espace magique qu’est le champ artistique ? Duchamp a pu croire que c’était lui, en tant qu’artiste singulier, qui avait constitué le ready-made en œuvre d’art. Mais aurait-il eu l’idée de cette création et aurait-il réussi à la faire reconnaître s’il n’avait pas été un artiste et un artiste reconnu (il est significatif que Man Ray ait pu revendiquer la priorité de l’invention du ready-made : en art, comme en science, les inventions simultanées sont là pour rappeler que le champ est toujours au principe des inventions…) ? L’artiste qui appose son nom sur un ready-made (comme le couturier qui met sa signature sur un parfum, ou un bidet ‑ c’est un exemple réel), « créant » ainsi un produit dont le prix de marché est sans commune mesure avec le coût de production, [53] est en quelque sorte mandaté par tout un groupe pour accomplir un acte magique qui resterait dépourvu de sens et d’efficacité sans toute la tradition dont son geste est l’aboutissement, sans l’univers des célébrants et des croyants qui lui donnent sens et valeur parce qu’ils sont aussi le produit de cette tradition : je pense évidemment aux conservateurs de musée, aux critiques, aux amateurs d’art d’avant-garde, aux collectionneurs (Q. 6), à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont quelque chose à voir avec le jeu de l’art à ce moment du temps. Il va de soi que l’éboueur de Bienne, immortalisé par Dario Gamboni, mais aussi, très probablement, le concierge ou le gardien du musée, auraient sans doute jeté aux ordures l’un ou l’autre des ready-made aujourd’hui immortalisés par l’histoire de l’art. On est là en effet au point où la distance est maximale entre le jeu artiste de l’artiste produisant pour d’autres artistes (ou assimilés) et le public profane. C’est dire que le ready-made n’est pas déjà fait lorsqu’il se présente devant le spectateur. Il est à faire et il appartient au spectateur de finir le travail que l’artiste avait commencé, et qui ne serait rien qu’un objet ordinaire du monde ordinaire, voire un détritus banal et vulgaire (je pense à ces artistes qui exposent des objets kitsch) sans la contribution des « regardeurs » qui, selon le mot de Duchamp, « font les tableaux ». Quant aux « regardeurs » eux-mêmes, comment oublier qu’ils sont des [54] produits historiques de l’éducation familiale et scolaire, et des musées où s’acquiert la disposition artistique, et qu’il faut des siècles pour produire un artiste comme Duchamp et un esthète capable d’apprécier sincèrement et naïvement ses productions ?
Cette idée, indiscutable, que le ready-made comme limite de l’œuvre d’art, donc l’œuvre d’art elle-même, est le produit d’un travail collectif et historique, ne devrait désespérer ou décevoir que ceux qui sont désespérément attachés à la croyance dans l’unicité du « créateur » et de l’acte de création, vieille mythologie dont nous devons faire le deuil comme de tant d’autres, que la science a renvoyées au rebut.

Voir encore:

« C’est un oiseau ! »
Brancusi vs États-Unis,
ou quand la loi définit l’art
Nathalie Heinich *
Droit & Société N° 34/1996

Résumé
Le procès intenté en 1928 par le sculpteur Brancusi aux douanes américaines, pour faire reconnaître à l’une de ses sculptures le statut d’œuvre d’art, illustre exemplairement l’imbrication entre l’argumentation juridique, appuyée sur les règles formalisées du droit, et l’argumentation esthétique, appuyée sur les conventions informelles délimitant le sens commun de l’art. On y retrouve ainsi, condensé dans l’arène judiciaire, le répertoire des arguments qui, dans l’entre-deux guerres, contribuèrent à la réaction contre l’art moderne, puis à son intégration par les institutions. L’enjeu de ce procès est donc la reconstruction d’un consensus, cadré par le droit, sur la juste délimitation des frontières cognitives de l’art, autrement dit la définition de ce qui peut être considéré comme artistique : de sorte que ce qui, avec Brancusi, emporte la victoire, c’est une « labelling theory » déjà expérimentée par Marcel Duchamp auprès des institutions artistiques et qui, cinquante ans plus tard, sera au cœur d’un tournant majeur dans les sciences sociales, en même temps que dans l’art contemporain.

Argumentation – Art moderne – Expertise – Frontières mentales – Perception esthétique.

Summary
« It’s a Bird ! » Brancusi vs USA : When Law Defines Art

In 1928, the sculptor Brancusi filed a suit against the American customs, to obtain the recognition of one of his sculptures as a work of art. This trial dramatically emphasizes the link between a juridical argumentation, leaning on the formal rules of law, and an aesthetic argumentation, leaning on the informal conventions delimiting the common sense of art. It condenses in the judicial arena the repertoire of arguments which contributed first to the reaction against modern art, then to its institutional integration. What is at stake here is the reconstruction of a consensus, framed by law, on the proper delimitation of the cognitive boundaries of art, that is, on the definition of what can be considered artistic. Thus the winner was not only Brancusi, but also a « labelling theory » already experienced by Marcel Duchamp throughout artistic institutions : a theory which was to become, fifty years later, the standing point of a major turn in social sciences as well as in contemporary art.

Aesthetic perception – Argumentation – Expert evaluation – Mental boundaries – Modern art.

En octobre 1927 s’ouvrit à New York un procès opposant le sculpteur Brancusi à l’État américain. Il s’agissait pour le plaignant de prouver que sa sculpture intitulée « Oiseau », qui venait d’être lourdement taxée à l’importation par les douanes américaines en tant qu’objet utilitaire, était bel et bien une œuvre d’art et, comme telle, exonérée de droits de douanes  [1] . Le Tariff Act de 1922 prévoyait en effet, depuis 1913, la libre importation des œuvres d’art originales réalisées par des artistes contemporains ; élargi en 1922, suite à un certain nombre de litiges ayant fait jurisprudence  [2] , il stipulait que « la sculpture, en tant qu’art, est cette discipline des beaux-arts qui consiste à tailler et à sculpter dans la pierre ou tout autre matériau massif, ou à modeler dans l’argile ou toute autre substance plastique, en vue d’une reproduction ultérieure par la fonte ou le moulage, des imitations d’objets naturels, principalement des formes humaines ; elle représente ces objets dans leurs proportions véritables qu’il s’agisse de longueur, de largeur, d’épaisseur, ou seulement de longueur et de largeur »  [3] .

En novembre 1928 le juge rendra son verdict, en faveur du plaignant : l’objet sera juridiquement reconnu comme une œuvre d’art et, en tant que tel, admissible en franchise sur le territoire américain, conformément à l’article 1704 ; Brancusi sera remboursé de ses frais, et le jugement fera jurisprudence.

Il existe, dans l’histoire des conflits en matière artistique, beaucoup d’épreuves d’authenticité portant sur la main de l’artiste, ayant donc pour enjeu la distinction entre un original, une copie ou un faux  [4] . Plus rares sont les épreuves portant sur la nature même de l’objet, au sens de son appartenance à la catégorie des œuvres d’art ; plus rares encore sont de telles épreuves menées sur le mode le plus formalisé et sanctionné qui soit, en l’occurrence le procès  [5] . D’où l’exceptionnel intérêt de ce procès Brancusi vs USA, où le sculpteur a pu apparaître comme une sorte de héros de l’art moderne, qui attaque tout seul les États-Unis pour faire admettre juridiquement les nouvelles conceptions de l’art — et qui gagne !

Ce n’était pas, certes, le premier procès gagné par un artiste pour faire valoir ses droits. Dès le milieu du xviie siècle en France, le sculpteur Van Obstal, membre de la toute nouvelle Académie royale de peinture et de sculpture, avait obtenu des tribunaux que le produit de son travail soit considéré comme art libéral et non plus mécanique et, de ce fait, non soumis à la prescription trentenaire dont se prévalait une cliente pour refuser de le payer  [6] . Et à la fin du xixe siècle, en Angleterre, le peintre Whistler avait gagné — au prix d’une partie de sa fortune — le procès intenté en 1878 contre le critique d’art Ruskin pour avoir écrit à propos de son « Nocturne en noir et or » qu’il avait « jeté un pot de peinture à la tête du public »  [7] . Dans ces trois cas, on voit un artiste suffisamment conscient d’un privilège récemment acquis pour plaider sa cause en justice, et la gagner, faisant de ce nouveau privilège un droit : droit d’être reconnu et traité par sa clientèle comme un praticien libéral, même si son art relevait depuis des siècles de la catégorie des arts mécaniques ; droit de voir l’innovation picturale respectée par les critiques, même si elle ne correspond pas aux canons de la représentation traditionnelle ; droit de voir une sculpture abstraite reconnue et traitée par l’administration comme une œuvre d’art, même si elle ne répond pas aux canons de la figuration tout court.

Ce qui nous intéresse particulièrement dans le cas Brancusi (outre l’exceptionnelle richesse de ce matériau, rendu disponible par la transcription des minutes du procès et sa traduction en français), c’est que le passage à l’étape juridique produit une spectaculaire condensation des stratégies argumentaires utilisées à l’époque par les contempteurs et les défenseurs de l’art moderne : alors qu’ils ne se rencontrent guère que dans l’espace privé des conversations où s’échangent les opinions, ou bien, dans l’espace public, par la médiation des articles ou des lettres aux journaux, on a ici la mise en présence des deux parties, dans l’espace par définition public qu’est celui du procès, en un temps étroitement délimité par les contraintes de la procédure, et avec l’obligation de conclure par un jugement qui devra clore le litige, même si cette clôture se limite au cadre juridique. Ces conditions, propres à tout passage à l’épreuve de la loi dans un conflit, produisent un extraordinaire effet d’explicitation des arguments, à la fois condensés les uns par rapport aux autres dans l’espace rhétorique ainsi constitué, et développés un à un pour déployer le maximum de leur force.

Ce procès conjoint en effet deux ordres d’argumentation : l’argumentation juridique, appuyée sur un texte de loi, et l’argumentation esthétique, appuyée sur un sens commun de l’art qui, nous le verrons, excède à plusieurs reprises le cadre strict de la référence à la loi. Notre propos ici ne sera pas toutefois de commenter la dimension juridique des arguments utilisés, en les confrontant à la lettre de la loi ; ni de comparer la loi américaine à la loi française en matière de droit des œuvres d’art ; mais de mettre en évidence l’étroite imbrication entre le juridique et l’esthétique, les règles formalisées qui délimitent le droit et les conventions informelles qui délimitent l’art : comme si les transgressions des artistes modernes obligeaient par moments les parties en présence à sortir, littéralement, du cadre prévu par la loi, en s’engageant dans des discussions qui peuvent apparaître aujourd’hui comme relevant davantage de la controverse de salon que de la confrontation propre à l’arène juridique — au point qu’on en retire parfois l’impression d’un certain amateurisme de la part de ces professionnels du droit. Ainsi retrouve-t-on dans ce procès une sorte de résumé des arguments qui, dans l’entre-deux guerres, ont contribué à la réaction contre l’art moderne, puis à sa progressive intégration par les institutions — laquelle commencera de prendre effet, en France, à partir de la seconde guerre mondiale.

Ce qui fait en outre l’intérêt de ce document pour le sociologue, c’est que l’enjeu du procès n’est autre que l’imposition de la juste délimitation des frontières cognitives de l’art, ainsi mise en jeu par le passage des frontières géographiques entre deux continents — autrement dit la définition même de ce qui peut être considéré ou non comme artistique. L’intrigue de ce procès constitue d’ailleurs une sorte d’écho affaibli, quinze ans après, des readymade de Duchamp (lequel, ami de Brancusi, joua un rôle-clé dans l’affaire, comme le rappelle Margit Rowell dans sa préface) : celui-ci mettait à l’épreuve les capacités des institutions artistiques modernes à accepter un objet utilitaire (urinoir, roue de bicyclette, porte-bouteilles…) au titre d’œuvre d’art, alors que l’affaire Brancusi met à l’épreuve les capacités des institutions douanières, puis juridiques, à ne pas traiter comme objet utilitaire un objet conçu par son auteur comme une œuvre d’art. Aussi cet enjeu dépasse-t-il largement la seule défense des intérêts de Brancusi : il concerne tous les acteurs impliqués, de près ou de loin, dans le milieu de l’art, puisqu’il met en scène la difficile construction d’un consensus autour de l’art, valeur fortement investie, mais dont de récentes tentatives de déconstruction avaient commencé, depuis au moins une génération, à saper l’universalité  [8] .

Par sa concentration sur l’arène juridique et, de ce fait, par l’importance des stratégies argumentatives qui s’y déploient, cette affaire se laisse difficilement saisir par les analyses de sociologie de l’art situées au niveau beaucoup plus « macro » des interactions présidant à la mise en circulation d’une œuvre : qu’il s’agisse d’étudier l’ensemble des acteurs intervenant dans le « champ artistique », ou dans les « mondes de l’art », ou la fonction authentifiante des experts dès lors qu’un objet, reconnu comme œuvre d’art, est soumis à une épreuve d’authentification quant à l’identité de son auteur  [9] . La sociologie de la perception développée à propos des procédures d’expertise sur des objets à la nature douteuse  [10] n’est guère plus pertinente ici, puisque le moment du doute effectif (qui a pu être celui des douaniers) a laissé la place à une stratégie de doute rhétorique, qui va permettre aux acteurs non de mettre un objet à l’épreuve de ses usages, mais de confronter des arguments esthétiques dans le contexte circonscrit de l’arène juridique. C’est justement l’intérêt et l’originalité de cette affaire que de nous permettre d’observer de près ces stratégies argumentaires, à l’intersection du sens commun, de l’expertise esthétique et de l’expertise juridique : ce pourquoi les outils traditionnellement éprouvés dans d’autres contextes par la sociologie de l’art ne seraient guère d’utilité ici. Ses résultats seront considérés ici comme acquis, sans qu’il soit besoin de les rappeler, même si l’affaire en question n’est bien sûr qu’un maillon dans une chaîne de procédures de validation, laquelle n’est pas notre objet.

Cinq pièces à conviction furent amenées au cours du procès : la statue elle-même, une photographie certifiée conforme à l’original, un exemplaire de la revue The Arts, un autre numéro de cette revue reproduisant « des œuvres de Brancusi appartenant à la manière dite académique », et enfin la déposition de Brancusi — qui à l’époque vivait en France — recueillie au siège du Consulat général des États-Unis à Paris. Les témoins cités par le plaignant (autrement dit le « demandeur », Brancusi) étaient, à des titres divers, experts en art moderne : Edward Steichen, artiste, collectionneur et marchand ; Jacob Epstein, sculpteur ; Forbes Watson, rédacteur en chef de la revue The Arts ; Frank Crowninshield, rédacteur en chef de la revue Vanity Fair ; William Henry Fox, directeur du Brooklyn Museum of Art ; et enfin Henry Mc Bride, critique d’art au Sun et à The Dial. Quant aux témoins cités par le défendeur (en l’occurrence le gouvernement), il s’agissait uniquement de deux sculpteurs : Robert Ingersoll Aitken et Thomas H. Jones.

Les phases du procès consistèrent successivement en l’interrogatoire des témoins cités par Brancusi, le 21 octobre 1927 ; l’interrogatoire et le contre-interrogatoire de Brancusi, le 21 novembre 1927 à Paris ; l’interrogatoire des témoins cités par les États-Unis, le 23 mars 1928 ; les conclusions des avocats de Brancusi ; le mémoire en faveur de Brancusi ; les conclusions de l’avocat des États-Unis ; et enfin le jugement du 26 novembre 1928. Pour plus de lisibilité, nous analyserons dans l’ordre de leur apparition, en en retenant les éléments les plus caractéristiques, les arguments de la défense (États-Unis), suivis des contre-arguments des plaignants (Brancusi).

Le premier argument de la défense est qu’il ne s’agit pas d’un original. Reprenant les termes de l’article 1704 de la loi, relatif aux « peintures originales » et aux « sculptures ou statues originales », les questions de la défense portent sur le nombre de répliques éventuelles, l’exécution de la fonte et sa finition par des artisans ou des ouvriers, le polissage par un ouvrier ou par polissoir, l’auteur du polissage à la main ou à la machine : ce à quoi Brancusi répond bien sûr que toute la finition a été faite par lui-même et à la main. En effet c’est l’existence d’une série, dont les éléments ne sont identifiables que par un regard exercé ou une mise en présence, qui fut le déclencheur, sinon la cause, du classement imposé par les douanes et récusé par l’artiste  [11] . « Il n’existe au monde aucun autre bronze pareil à celui-ci ; le bronze que j’ai vendu est le bronze original », avait-il affirmé solennellement à ses propres avocats  [12] .

Au cours du procès, la réponse des plaignants reposera essentiellement sur la différence entre la conception initiale et finale, impliquant donc l’intervention personnelle de l’artiste : « Tout vient de ce que l’œuvre originale de sculpture a été conçue sous une autre forme et que cette pièce-ci a été coulée d’après ce modèle », précise l’un des avocats de Brancusi  [13] . Edward Steichen, l’un de ses témoins, insiste : « Dans le processus de fabrication de cet oiseau, j’ai vu s’accomplir une grande partie du travail. La première ébauche a été taillée dans du marbre. À partir de ce marbre, il a réalisé un moule en plâtre et à partir du moule un bronze a été coulé. Lorsque le bronze est sorti de la fonderie, il ne présentait qu’une très vague ressemblance avec cette chose, et c’est alors qu’avec des limes et des ciseaux M. Brancusi a taillé et travaillé cette pièce de bronze. — Et c’est l’artiste qui a fait cela ? — Oui, l’artiste en personne. Ce sont là les étapes par lesquelles est passé cet objet. J’ai vu ce bronze-ci au cours du processus alors qu’il n’était qu’à moitié limé et faisait le double de sa taille actuelle. — Il ne s’agit pas d’une copie de quoi que ce soit ? — Non  [14] . »

L’argument sera repris dans le mémoire des avocats en faveur de Brancusi : « Qu’il s’agit d’une conception originale est prouvé par le témoignage de MM. Brancusi et Steichen, le premier ayant déclaré qu’il a travaillé ce sujet particulier pendant plus de vingt ans et qu’il lui a fait subir une série de transformations et l’a fait évoluer à travers différentes étapes  [15] . » Ainsi l’intervention personnelle de l’artiste, par sa « main » même, casse l’hypothétique chaîne d’exécution industrielle  [16] . La dissociation de la conception et de l’exécution, du projet et de l’œuvre finie, ainsi que l’imputation au corps de l’artiste de l’intervention sur le corps de l’objet sont essentielles à la définition de l’objet comme artistique : la présence de la personne dans le processus de fabrication de l’œuvre d’art est, décidément, constitutive de son identité même  [17] .

Une fois évacué l’argument de l’inauthenticité pour cause de copie ou de fabrication industrialisée, la défense va amener un second argument, emprunté lui aussi à la définition légale et portant non plus sur le processus de fabrication de l’objet mais sur son apparence : l’objet n’est pas ressemblant à ce qu’il est censé figurer  [18] . On le trouve d’abord dans les questions posées à Steichen par le juge : « Qu’est-ce qui vous fait l’appeler « oiseau », ressemble-t-il à un oiseau pour vous ? [...] Le seul fait qu’il l’ait appelé « oiseau » en fait un oiseau pour vous ? [...] Si vous l’aperceviez dans la rue, vous ne songeriez pas à l’appeler « oiseau », n’est-ce pas ? [...] Si vous le voyiez dans une forêt, vous n’en prendriez pas une photo n’est-ce pas  [19]  ? » Remarquons ce recours quelque peu étrange à la preuve par la photo : la preuve de l’art, c’est qu’il est digne d’être photographié, au même titre qu’un objet naturel dès lors qu’il est jugé beau ou intéressant. En d’autres termes, si l’objet litigieux est une œuvre d’art, il doit représenter quelque chose, et si ce quelque chose mérite d’être représenté par un artiste, alors il doit pouvoir être pris en photo.

Plus généralement, l’ensemble de cet argument de la ressemblance repose sur la conception traditionnelle de l’art comme mimesis, où la nature artistique de l’objet dépend de l’habileté de l’artiste à représenter, à figurer un objet du monde de façon identifiable  [20] . Cette association art = figuration, où l’épreuve se réduit à la capacité d’identification du représenté par un spectateur quelconque, paraît aller de soi : elle intervient très tôt dans le débat et n’est pas contestée par les plaignants et les témoins, qui répondent sur ce terrain-là, sans tenter de remettre en cause la pertinence de cette clause juridique. Même Epstein qui, interrogé par l’avocat de la défense, commence par déclarer : « Ce qu’elle représente m’est indifférent »  [21] , finit par répondre à l’avocat du demandeur : « Je commencerai d’abord, naturellement, par son titre ; si l’artiste l’a appelé « oiseau » j’en tiendrai compte, si je respecte l’artiste bien entendu. Je m’efforcerai de voir en quoi c’est un oiseau. Pour ce qui est de cette pièce-ci, elle rassemble les éléments d’un oiseau, certains éléments. [...] Si vous regardez cette pièce de profil, là vous voyez, on dirait le poitrail d’un oiseau, sous cet angle surtout  [22] . » Aussi se voit-il rapidement acculé dans une impasse par les questions de la défense, puis du juge : « En d’autres termes, toute pièce de bronze arrondie pourrait représenter un oiseau ? — Je n’irais pas jusque-là. — Cela ressemble davantage à la quille d’un navire, non ? — S’il était couché. — Et un peu aussi au croissant de la nouvelle lune ? — Oui. — Si M. Brancusi l’avait appelée « poisson », vous y verriez un poisson ? — S’il l’avait appelée « poisson », je l’appellerais « poisson ». — S’il l’avait appelée « tigre », vous changeriez d’avis et vous considéreriez que c’est un tigre ? — Non  [23] . »

Ainsi la défense tente de disqualifier l’objet par l’argument de la ressemblance, d’abord en généralisant les propriétés censées évoquer un oiseau (n’importe quoi pourrait faire l’affaire), puis en les détachant des propriétés requises pour évoquer un oiseau (cela vaudrait aussi pour un poisson ou un tigre). Le témoin de Brancusi, qui s’est malencontreusement laissé coincer sur ce terrain glissant de la preuve par la figuration, essaie de concilier la confiance faite à l’artiste, lui laissant une marge d’autonomie dans le choix du titre, et la sollicitation des capacités de l’expert dans l’épreuve par confrontation avec l’objet, de façon à faire surgir malgré tout de la ressemblance.

La réponse des plaignants va consister, non à contester le principe même du critère de ressemblance (qui les obligerait à remettre en cause le cadre juridique), mais à étendre les limites de la figuration à des impressions intérieures : la ressemblance en art peut-être purement intérieure, subjective, suggestive. On le voit dans les réponses de Steichen : « Il ne ressemble pas à un oiseau mais je le ressens comme un oiseau ; [...] Je ne dis pas que c’est un oiseau en vol ; je dis qu’il suggère un oiseau dans l’espace  [24] . » Mais l’argument-choc, à l’appui de cette relativisation de la notion de ressemblance, va être de convoquer une œuvre incontestablement artistique en montrant que, pas plus que l’« Oiseau » de Brancusi, elle ne présente de ressemblance évidente avec un véritable oiseau. Ainsi va procéder Epstein en exhibant une antiquité égyptienne : « Sa sculpture s’apparente à la forme de sculpture ancienne la plus accomplie, comme celle de l’Egypte antique, vieille de trois mille ans. Si vous permettez que je montre à la Cour un exemple de sculpture ancienne qui m’appartient, je pourrai en faire la démonstration (il va chercher la pièce). C’est un faucon. [...] C’est une antiquité égyptienne, un faucon de trois mille ans. — Et vous lui trouvez une similitude de forme avec ce que vous entendez par faucon ? — Un ornithologiste pourrait ne pas trouver de ressemblance. Moi, j’en trouve une avec un oiseau. Les plumes ne sont pas figurées, les pattes non plus  [25] . »

Ainsi la suite de l’interrogatoire, qui avait mis le témoin en mauvaise posture, va lui permettre de regagner du terrain : en exhibant un objet — une antiquité égyptienne — fermement stabilisé dans son identité d’œuvre d’art, et qui représente également un oiseau mais avec une liberté équivalente à l’égard de son signifié, il élargit de facto les frontières de la figuration et, partant, de l’art lui-même. L’argument est fort, car il se place sur le terrain même des adversaires, en les obligeant à renoncer à l’épreuve de ressemblance pour ne pas être mis en contradiction avec eux-mêmes. Watson, le critique d’art appelé à témoigner pour Brancusi, sera le premier à récuser l’argument de la ressemblance en minimisant l’importance de la similitude objective au profit du sentiment subjectif : « Je suis d’accord avec ce que M. Epstein a dit, qu’il s’agit d’une évocation de la forme d’un oiseau, une modulation de l’idée, mais le fait qu’elle représente ou non un oiseau n’a pour moi aucune espèce d’importance. Je pense que c’est la sensation du vol, le sentiment de l’essor, que ce sont ces caractéristiques-là qui me donnent le sentiment d’un oiseau. C’est un détail mineur pour moi, une chose dont je ne me soucie pas beaucoup  [26] . » Notons toutefois qu’il peut se le permettre parce que la subjectivité d’un critique reconnu possède une valeur objective que n’a pas celle de tout un chacun : il a été présenté comme rédacteur en chef d’une revue spécialisée et écrivant sur l’art depuis une vingtaine d’années.

Interrogé à son tour par la défense, Frank Crowninshield, rédacteur en chef de Vanity Fair, commencera par aller dans le même sens (« Elle donne l’impression du vol, elle suggère la grâce, l’élan, la vigueur alliés à la vitesse, dans un esprit de force, de puissance, de beauté, comme l’oiseau »), pour pousser ensuite un peu plus la disqualification de la question de la ressemblance : « Le nom de cette œuvre, le titre en soi, ne veut pas dire grand-chose. Les plus grands sculpteurs, Barye et d’autres, ont donné à nombre de leurs œuvres des titres qui ne veulent rien dire. L’une des plus connues de M. Barye s’intitule Esprit de la nuit. Nous n’accordons aucune attention au titre, ça ne nous intéresse pas du tout. Ce qui nous intéresse, c’est l’œuvre. Il aurait pu tout aussi bien l’intituler Esprit du vol. Dans un certain sens, le titre n’a pas grand-chose à voir avec l’œuvre du sculpteur. Il ne modifie en rien la qualité esthétique de l’œuvre en tant qu’œuvre d’art, du moment que celle-ci réunit proportions, équilibre, lignes et témoigne d’un art accompli  [27] . »

Ainsi l’expert minimise la désignation sémantique pour valoriser l’objet dans sa dimension proprement plastique, et non pas figurative (représentation), voire herméneutique (signification). Il privilégie les capacités d’expertise des spécialistes, capables d’évaluer une œuvre selon des critères internes, propres à ses qualités spécifiques, mettant au second plan l’approche externe des profanes qui, faute de repères esthétiques, se fient à la dénomination en se contentant de mesurer la distance du signe à son objet. L’avocat de la défense va faire alors comme s’il n’avait pas entendu l’argument, c’est-à-dire comme si la valeur esthétique était imputée par le témoin à la ressemblance, même suggestive, ce qui lui permettrait de re-caler le débat sur celle-ci, convoquant non plus l’expertise des spécialistes mais le sens commun des profanes dont il se fait ici, implicitement, le représentant : « Pourquoi dites-vous que cette œuvre d’art vous séduit dans la mesure où elle représente le vol d’un oiseau ? — Je n’ai pas dit ça, j’ai dit qu’elle suggérait le vol. — Ainsi, ce qui fait qu’elle flatte votre sens artistique, c’est qu’elle suggère le vol ? — Pas du tout. Ce qui me séduit ce sont ses proportions, sa forme, son équilibre, sa conception et l’art accompli dont elle témoigne  [28] . »

Quant au conservateur, il va suivre une stratégie un peu différente encore pour contourner l’argument de la ressemblance en le minimisant. Interrogé à son tour par la défense sur les raisons pour lesquelles il « appelle cela une œuvre d’art », il déclare : « D’abord, elle est expressive, elle a une forme, elle traduit une idée, probablement suggérée par le vol d’un oiseau, ou elle suggère simplement le vol d’un oiseau. Une chose de cette nature est souvent inspirée à l’artiste par une idée abstraite qu’il exprime de manière originale. Je pense que c’est ce que cet artiste a fait. L’idée qu’il en avait quand il a commencé à y travailler a probablement évolué et il l’a suivie. Il est probable qu’il a d’abord conçu son oiseau de manière réaliste  [29] . » Il insiste ainsi sur la dimension conceptuelle du travail de l’artiste, plus que sur ses qualités proprement plastiques, comme c’était le cas des artistes, collectionneurs et critiques précédemment cités : on a là un exemple de l’intellectualisme caractéristique du rapport savant à l’art, qui deviendra un paradigme dominant pour l’art contemporain à partir des années soixante. Cela lui permet de reprendre à son compte l’argument de la ressemblance, qu’il ne récuse pas mais replace dans un processus d’« abstraction » au sens propre du terme.

C’est alors que le juge, fatigué sans doute de voir s’enliser cet argument de la ressemblance qui lui semblait au départ aller de soi, va le clore en le disqualifiant sur le plan juridique : « Je ne vois pas la nécessité de perdre du temps à prouver que ceci est un oiseau. S’il s’agit d’une œuvre d’art, d’une sculpture, elle ressortit à cet article. Il n’existe aucune loi à ma connaissance qui stipule qu’un objet doive représenter la forme humaine ou une forme animale particulière ou un objet inanimé, mais seulement qu’il représente une œuvre d’art, une sculpture. » L’argument est étonnant, qui disqualifie les termes mêmes de la loi (laquelle définissait comme sculpture les « imitations d’objets naturels, principalement des formes humaines ») en jouant sur les mots. Profitant en effet de l’ambiguïté du terme « représenter », il glisse du sens propre utilisé par la loi (« représenter un objet ») au sens figuré : celui de « équivaloir » ou « être assimilable à » une œuvre d’art, faire partie de la classe des œuvres d’art. Le juge opère là un remarquable tour de passe-passe, consistant à s’appuyer sur le cadre juridique tout en lui faisant subir une extension considérable, par le passage du sens propre (la représentation iconique, en tant que présentification d’un objet absent) au sens figuré (la représentation métonymique, en tant qu’élément d’une classe) de ce terme hautement polysémique qu’est le mot « représenter »  [30] .

Ainsi arrête-t-il une discussion qui ne trouve pas de clôture, parce que son objet même (la notion de ressemblance figurative) a été, dans la réalité, soumis par les artistes à de telles manipulations que son acception est devenue trop instable pour demeurer assignable au cadre strict de la définition juridique. Mais ce faisant, il fait basculer radicalement le rapport de forces, en mettant le plaignant à l’abri d’une contestation au nom de l’argument légal de la ressemblance. L’argument est donc clos, parce que déclaré non pertinent dans l’arène de la loi. Toutefois les automatismes de la perception esthétique traditionnelle, qui tendent spontanément à donner tort à l’artiste, ne tardent pas à remonter à la surface : à la fin du même interrogatoire, quelques répliques plus loin, le juge ne peut s’empêcher de demander : « Croyez-vous qu’il y aurait plus d’un visiteur sur dix mille qui imaginerait qu’il s’agit d’un oiseau  [31]  ? » Décidément, l’argument de la ressemblance est aussi prégnant pour les profanes en art moderne que peu pertinent pour les initiés : on le fait sortir par la porte (juridique), il revient par la fenêtre (esthétique)…

Cette disqualification de l’argument de la ressemblance sera reprise par les avocats de Brancusi dans leurs conclusions, mais étayée par des considérations historiques : citant différents dictionnaires, ils remarquent que « ces définitions se réfèrent uniquement aux représentations réalistes d’un objet alors que la sculpture de tous les temps, de toutes les époques et de tous les pays montre qu’il peut exister une conception de la sculpture et de l’art, allant au-delà d’une représentation purement réaliste et imitative des objets, ou qui consiste à les représenter dans leurs véritables proportions de longueur, de largeur et d’épaisseur »  [32] . Il s’agit là de rien moins que de faire entériner par la loi l’existence et la légitimité de l’art abstrait.

La défense va alors passer à une série d’arguments visant non plus l’œuvre elle-même, à travers les questions d’originalité et de ressemblance figurative, mais les personnes : l’entourage de l’artiste d’abord, puis l’artiste lui-même. L’argument n° 3 va consister à montrer, selon une classique stratégie de repliement sur l’arène judiciaire, que les témoins des plaignants ne sont pas qualifiés. Ainsi par exemple, l’avocat défendant les États-Unis demande à Steichen : « Détenez-vous un certificat vous reconnaissant la qualité d’artiste ? » — demande qui renvoie à une définition professionnelle, et non pas vocationnelle, de l’activité artistique  [33] . Et lorsque celui-ci répond : « Je n’ai jamais entendu parler de cela. [...] J’exerce ma profession d’artiste, photographe et peintre », il fait préciser : « C’est-à-dire prendre des choses en photo avec un appareil et les peindre ensuite  [34]  ? » — phrase qui trahit soit un flagrant manque de culture artistique, soit une stratégie de rabaissement de l’activité du témoin. Dans l’un ou l’autre cas, le débat tend à se recadrer dans la figure classique du combat entre béotiens défenseurs du sens commun et avant-gardistes initiés.

À cette tentative de disqualification des témoins de Brancusi par la défense, les plaignants répondront, très classiquement, par une disqualification symétrique : les témoins de la défense ne sont pas qualifiés. Ils visent notamment le sculpteur Aitken, qui rejette non seulement le travail de Brancusi mais l’art moderne dans son ensemble : « Je veux m’assurer auprès du témoin si oui ou non l’art moderne — ce qu’on appelle l’art moderne — est capable de provoquer en lui une réaction émotionnelle. Je veux montrer qu’en ce qui le concerne, l’art moderne, toute la sculpture classée comme art moderne, est sans effet sur lui. Et je pourrais ainsi argumenter devant la Cour qu’il n’est pas habilité à déterminer si ceci est ou non de l’art », explique un avocat de Brancusi pour justifier ses questions  [35] . Ici, c’est la partialité du témoin qui tente d’être mise en évidence, de manière à, si l’on peut dire, « dés-objectiviser » — c’est-à-dire à « subjectiviser » — son témoignage. L’absence de « sensibilité » d’un artiste à tout un pan de l’art est un argument pertinent — de même que le serait l’absence de connaissances d’un critique — compte tenu du fait qu’un artiste est censé posséder non seulement des compétences techniques, mais également cette « sensibilité », cette appréhension immédiate, intuitive, quasi corporelle, de la qualité esthétique.

Le mémoire en faveur de Brancusi reviendra d’ailleurs sur cet argument, en stigmatisant l’excessive partialité du témoin : « Il suffit de lire le témoignage de M. Aitken pour constater le venin et l’animosité qui sous-tendent ses déclarations et la Cour a dû être impressionnée par le traditionalisme endurci et figé du témoin qui ne voit rien de bon dans le nouveau alors qu’il trouve tout bon dans l’ancien  [36] . »

De façon plus subtile, l’argument n° 4 va consister à disqualifier Brancusi en suggérant que la reconnaissance de l’artiste n’est due qu’à des liens personnels. « Mais vous avez acheté ceci pour votre collection personnelle parce que vous êtes un ami proche de M. Brancusi et que vous aimez son travail ? », demande le juge à Steichen, lequel répond : « Pas parce que je suis un ami proche, mais parce que j’aimais cette chose. [...] Il n’y a aucune considération personnelle là-dedans  [37] . »

Le juge teste ici la possibilité de disqualifier la reconnaissance du talent de l’artiste en imputant l’achat de l’œuvre à la seule motivation d’un lien personnel : alors ce ne serait pas l’œuvre qui serait grandie par cet échange marchand, mais seulement les liens d’amitié entre les personnes du sculpteur et du collectionneur-acheteur  [38] . C’est que, dans le monde de l’art, la médiation par la personne est toujours ambivalente : soit qualifiante, lorsqu’il s’agit d’attester l’authenticité de l’objet par l’intervention du créateur ; soit disqualifiante, lorsqu’il s’agit de discréditer l’admiration dont il est l’objet, par exemple l’intérêt pour sa biographie ou, comme ici, la reconnaissance des collectionneurs  [39] . En d’autres termes, la personne est qualifiante dans le circuit de production des œuvres d’art (entre humains et objets), et disqualifiante dans le circuit de consécration (entre humains).

Aux arguments 3 et 4 de la défense (témoins non qualifiés et liens personnels), les plaignants vont répliquer en attestant que l’artiste est reconnu comme tel par les institutions au plus haut niveau — musées, collectionneurs, galeries : « Nous voulons faire la preuve que M. Brancusi est un artiste mondialement connu, que des critiques sur son œuvre sont publiées dans un certain nombre de revues ici et outre-Atlantique. Nous entendons prouver qu’il est un artiste de renommée suffisante pour intéresser les critiques du monde entier », répond l’avocat du plaignant lorsque, ayant cité un livre mentionnant Brancusi, la défense objecte que « rien ne prouve que ce William Stark soit une autorité habilitée à juger si M. Brancusi est un artiste, si ses œuvres sont des œuvres d’art ou s’il est un sculpteur original »  [40] . Cette stratégie sera renforcée à l’issue de la première audience par une requête du conseil du plaignant demandant à constituer une commission chargée de recueillir des témoignages à l’étranger. On demeure bien là dans la logique du « monde du renom », où l’internationalisation des témoignages en faveur de l’artiste rend sa reconnaissance d’autant plus probante qu’elle est plus largement répandue, et qu’elle est due à des experts qualifiés par leur haut niveau de spécialisation et non par leur proximité avec l’artiste. L’idéal, que recherchent les avocats de Brancusi, consiste à montrer que les plus grands experts, les plus nombreux et les plus éloignés de la personne de l’artiste, s’accordent pour lui accorder crédit  [41] .

Si l’argument est, encore une fois, caractéristique du « monde du renom », où la nature d’artiste se prouve par la réputation à condition que celle-ci soit établie auprès d’experts, il faut préciser que ce recours au renom n’est possible et nécessaire que parce qu’on a désormais affaire à un monde de l’art qui a été, si l’on peut dire, « dés-artisanalisé », de sorte que le seul examen de la conformité d’un objet aux standards et de l’habileté qu’il requiert ne suffisent plus à garantir sa nature artistique ; qui a été, ensuite, « dé-professionnalisé », de sorte que n’y interviennent guère le diplôme à l’entrée ou la cooptation au sein d’un collectif de pairs ; et qui a été, enfin, partiellement « dé-commercialisé », de sorte que le succès marchand de la production ne suffit pas non plus à établir sa qualité  [42] . Et c’est un monde qui tend en outre à être de plus en plus personnalisé, de maintes façons : de sorte que pour établir la nature artistique de l’objet — c’est-à-dire son identité d’œuvre d’art — il devient nécessaire de passer par l’identité de la personne, en établissant que son créateur est bien un artiste.

L’argument n° 5 va viser plus directement Brancusi lui-même, et non plus ses défenseurs. Il va s’agir en effet d’affirmer que l’artiste est un marginal, le seul à pratiquer ce genre de création : « Il est pratiquement marginal et solitaire dans cette catégorie particulière d’art ? », demande par exemple à Epstein l’un des avocats de la défense  [43] . On reste là encore dans le cadre juridique, puisqu’il s’agit de mettre en cause le professionnalisme de l’artiste, mais en utilisant un critère d’appréciation qui sort d’une définition strictement légale ou même institutionnelle. Il s’agit en effet de ce qu’on pourrait appeler l’argument de la singularité disqualifiante, tel qu’il est utilisé en régime de communauté : si l’artiste est seul à pratiquer ce genre de création, on peut le considérer comme excentrique, sans qualité, hors normes parce qu’incapable de maîtriser les normes, marginal parce que démuni des propriétés lui permettant de s’intégrer à son milieu — et, par conséquent, ne méritant pas de bénéficier du crédit accordé à tout artiste ayant fait les preuves de sa capacité.

L’ambivalence qui caractérise le régime de singularité rend l’argument réversible : dès lors qu’on se trouve dans l’univers de la singularité qualifiante, comme c’est le cas des amis de Brancusi, sa marginalité peut apparaître au contraire comme un gage d’authenticité, comme l’inévitable rançon de l’innovation, de l’avant-gardisme  [44] . C’est pourquoi, interrogé sur ce thème par la défense (« L’œuvre de M. Brancusi est, semble-t-il, unique en son genre pour vous qui connaissez le monde de l’art, n’est-ce pas ? »), William Fox, directeur de musée, adopte la prudence et, flairant sans doute le piège, se contente d’une réponse dilatoire : « Ses œuvres sont le fruit du travail de l’artiste s’exprimant en toute liberté. » Mais la question suivante (« N’est-ce pas plutôt que l’œuvre elle-même [...] est différente de toutes les autres sculptures d’artistes, marginale par rapport à ce que l’on appelle art ? ») lui révèle, par son insistance, la teneur de l’argument, de sorte qu’il peut lui opposer une réplique beaucoup plus ferme : « Je ne crois pas qu’elle soit marginale dans ce sens-là. Et elle ne constitue pas un cas isolé  [45] . » Cette fois le témoin a compris, et il fait la réponse adéquate en niant la marginalité de l’artiste, éliminant ainsi le risque de le voir disqualifié par sa singularité.

Plus généralement, la réponse des plaignants à cet argument va consister, non à clamer la nécessaire singularité des authentiques innovateurs (se plaçant d’emblée en régime de singularité, au risque de s’enfoncer dans d’inextricables conflits de valeurs), mais à affirmer au contraire son intégration dans une communauté artistique, éliminant donc tout soupçon de marginalité : l’artiste s’inscrit dans une forme d’art partagée par d’autres, voire très ancienne. Voici par exemple la suite de l’interrogatoire d’Epstein par la défense : « Il s’apparente à une forme de sculpture très ancienne, — je dirais même qu’elle remonte aux Egyptiens. Il n’est absolument pas marginal. Sa sculpture s’apparente à la forme de sculpture ancienne la plus accomplie, comme celle de l’Egypte antique, vieille de trois mille ans  [46] . » Là encore le témoin se place, habilement, sur le terrain des adversaires, en régime de communauté : l’artiste appartient bien à une filiation de créateurs.

Mieux encore : à la question de la défense : « Certains font-ils des œuvres du même genre que la pièce à conviction n° 1 ? », Watson répond : « Il y a des artistes qui font de la sculpture abstraite. Mais elle ne ressemble pas à celle-ci parce qu’il s’agit d’une forme d’expression individuelle  [47] . » L’argument est habile, qui ménage à la fois le régime de communauté — le genre « sculpture abstraite » dans lequel s’inscrit l’artiste, démentant toute marginalité — et le régime de singularité — l’individualité de l’expression, garantissant contre le risque d’inauthenticité. Face à cette stratégie à double détente, qui neutralise l’argument de la marginalité tout en évitant l’accusation de plagiat ou d’absence d’originalité, la défense va réagir en tentant de rabattre la réponse du témoin sur une seule de ces deux dimensions : celle, à nouveau, qui pourrait permettre de disqualifier l’artiste par son excentricité. « Ainsi donc, la pièce à conviction n° 1 et les autres œuvres de M. Brancusi sont uniques et marginales, comparées à toutes les sculptures à propos desquelles vous avez écrit au cours des vingt dernières années », insiste l’avocat — ce à quoi le témoin répond : « Elles ne sont pas plus uniques que toutes les autres sculptures  [48] . » L’argument, imparable, est typique de la sortie hors-équivalence qui caractérise le régime de singularité : l’unicité permet à l’objet d’échapper à toute mise en équivalence, de sorte que toutes les œuvres d’art, par définition uniques, ne peuvent être dites ni plus ni moins uniques : elles échappent à toute évaluation comparative, y compris la plus classique, consistant à désigner le « Primus inter pares », le premier parmi ses pairs  [49] .

Cet argument de la marginalité peut également s’appliquer non plus à la situation de l’artiste dans le monde de l’art, mais aux motivations de ses amateurs. Ainsi Fox, directeur de musée, à qui le juge demande s’il choisirait l’œuvre « plutôt à titre de curiosité », s’empresse de récuser cette hypothèse : « Non, Monsieur le Président, pas à titre de curiosité ; je la choisirais parce que c’est un objet d’art qui me séduit, parce que c’est une belle pièce, à cause de sa beauté, de sa symétrie, de toutes ses qualités qui me procurent une émotion agréable  [50] . » En effet, la disqualification par la « curiosité » ressortit encore à une singularisation dépréciative à partir du régime de communauté : l’excentrique, le hors du commun peut à la rigueur avoir un intérêt, mais uniquement par cette qualité superficielle, générique pour ainsi dire, qu’est sa transgression des frontières de la normalité, et non par une qualité intrinsèque, indépendante du contexte et du jugement. Aussi l’hypothèse doit-elle être immédiatement évacuée par le défenseur de l’artiste.

L’argument n° 6 va attaquer l’artiste plus explicitement encore, non plus par sa marginalité mais, directement, par son absence de talent. Il suffira pour cela de suggérer que Brancusi est un mauvais artiste, qui pratique l’abstraction faute d’être capable de figuration. Bien que l’argument puisse être également rapporté à l’exigence juridique de professionnalisme, il pousse encore plus loin son extension hors d’une définition strictement légale, pour faire intervenir des critères d’évaluation empruntés au sens esthétique ordinaire. Ainsi, en faisant préciser à Watson qu’il est malgré tout arrivé à Brancusi de sculpter d’après des modèles humains, l’avocat de la défense accuse implicitement l’artiste de « faire de nécessité vertu », selon l’apologue des raisins trop verts. Pour être complètement déployé, l’argument nécessiterait toutefois la parole d’un expert, ce que n’est pas l’avocat de la défense : il apparaît ici comme le porte-parole d’un sens commun de l’art attaché à la hiérarchie, très traditionnelle, qui place au sommet de l’art la figuration et, surtout, la figure humaine. C’était déjà la hiérarchie des genres explicitée par André Félibien dès la deuxième génération de l’académie : on reste dans un paradigme esthétique totalement classique — c’est-à-dire pas même encore romantique. On mesure mieux là l’écart avec le paradigme moderne que défendent Brancusi et ses amis : lesquels n’en prennent pas moins soin de répondre implicitement à cette critique avec la pièce à conviction n° 4, un numéro de revue reproduisant « des œuvres de Brancusi appartenant à la manière dite académique ».

Plus développé sera l’argument n° 7, selon lequel l’œuvre aurait pu être produite par un artisan, sans intention artistique. Il s’agit là, à nouveau, d’une interprétation des termes de la loi, qui infère, à partir de la qualité d’artiste, l’existence d’une intentionnalité esthétique, laquelle fait la différence avec l’artisan et, par là-même, fonde la distinction entre œuvre d’art et objet artisanal. Ainsi l’avocat de la défense s’écrie, lors de l’interrogatoire d’un de ses témoins : « En d’autres termes, c’est un merveilleux polisseur de bronze. N’importe quel polisseur peut en faire autant  [51] . » Ce faisant, il tente de réduire l’artiste à un excellent artisan, ce qui lui permet d’utiliser l’argument, classique dans le monde ordinaire, de l’absence de compétence spécifique — « n’importe qui pourrait en faire autant » — mais en l’appliquant, paradoxalement, à une catégorie numériquement très restreinte : celle de ces ouvriers hautement spécialisés que sont les polisseurs.

« Si vous preniez une barre en laiton parfaitement incurvée et symétrique, magnifiquement polie, elle vous séduirait également au titre d’œuvre d’art ? », demande par exemple l’avocat de la défense à Crowninshield, qui répond : « Non, Monsieur. S’il s’avérait qu’un grand artiste a fait la barre… — Imaginez que vous ne sachiez pas qui l’a faite. — Cela ne changerait rien  [52] . » On voit ici l’erreur du témoin, qui répond trop vite en neutralisant l’argument de l’identité artistique de l’auteur ; l’avocat s’engouffre dans la brèche, que le témoin va devoir refermer en tricotant l’argument à l’envers, pour déclarer que si l’œuvre est belle, elle ne peut être celle d’un ouvrier.

Ici se déploie le contre-argument des plaignants : c’est une œuvre d’art parce qu’elle a été créée par un artiste. Ils s’appuient sur l’article 1704 de la loi (« uniquement les productions de sculpteurs professionnels [...] réalisées au titre exclusif de productions professionnelles de sculpteurs »), argumentée donc selon le mode professionnel de la compétence attestée, et non selon celui — vocationnel — de l’inspiration. Exemplaire à cet égard est l’interrogatoire d’Epstein par l’avocat de la défense, où se trouvent explicitées la différence entre conception et exécution, et la distinction homologue entre artiste et ouvrier, qui appartiennent au répertoire classique des arguments en faveur d’une valorisation de l’activité artistique, depuis le mouvement académique et son insistance sur le caractère libéral et non pas mécanique des arts de l’image. « Vous déclarez que vous tenez ceci pour une œuvre d’art, voulez-vous avoir l’amabilité de nous dire pourquoi ? — Eh bien, elle flatte mon sens de la beauté, me procure un sentiment de plaisir, elle est l’œuvre d’un sculpteur, elle a à mes yeux un grand nombre de qualités… mais elle constitue en soi un très bel objet. Pour moi, c’est une œuvre d’art… — Ainsi, si nous avions une barre en laiton, polie à la perfection, incurvée de façon plus ou moins symétrique et harmonieuse, ce serait une œuvre d’art… — Ce pourrait être une œuvre d’art. — Qu’elle soit faite par un sculpteur ou par un ouvrier ? — Un ouvrier ne peut pas créer la beauté. — Vous voulez dire qu’un ouvrier de premier ordre, muni d’une lime et d’outils à polir, une fois coulée cette pièce à conviction n° 1, serait incapable de la polir et d’arriver au même résultat ? — Il pourrait la polir mais il ne pourrait la concevoir. Toute la question est là. Il ne peut concevoir ces lignes particulières qui lui confèrent cette beauté unique. C’est cela la différence entre un ouvrier et un artiste : il ne conçoit pas comme le fait un artiste. — S’il était capable de créer, il cesserait d’être ouvrier pour devenir artiste ? — C’est exact : il deviendrait artiste  [53] . »

Ainsi l’argument de la nature artistique de l’auteur — qu’elle soit attestée par sa réputation ou par sa capacité à créer — est indispensable à l’argument de la beauté de l’objet, attestée par le sentiment subjectif du regardeur. On retrouve ici l’indissociabilité, propre au monde artistique, entre œuvre et personne : sans celle-ci, la beauté d’un objet peut ne renvoyer qu’au monde naturel, où la création n’est imputable qu’à Dieu, au hasard ou aux processus physiques ; ou bien au monde industriel, où la création n’est que fabrication, habileté technique, et où l’éventualité de la beauté est secondaire, inintentionnelle ou purement circonstancielle. C’est dire une fois de plus à quel point une sociologie de la perception esthétique est indissociable d’une histoire sociale du statut d’artiste  [54] .

La question se précise encore lors de l’interrogatoire d’Epstein par l’avocat de la défense : « Imaginons qu’un morceau quelconque de pierre, de marbre, tombe entre les mains d’un artiste et que celui-ci en taille des éclats au hasard ; considérez-vous qu’il s’agit d’une œuvre d’art du moment que ce retrait de matière ça et là aura été effectué par un sculpteur ? — Du moment qu’un morceau de pierre ou de marbre tombe entre les mains d’un homme, et que cet homme est un artiste, le morceau de pierre risque de devenir une œuvre d’art  [55] . » La distinction entre un objet naturel et un objet fait de main d’homme est certes nécessaire pour qualifier une œuvre d’art, mais pas suffisante : encore faut-il que cet homme soit un authentique artiste. Inversement, le propre du grand artiste est d’être capable d’annuler cette distinction, en faisant d’un objet naturel une œuvre d’art ; cette transmutation demeure toutefois hypothétique : l’objet « risque » seulement de le devenir. Car encore faut-il que la puissance de l’artiste — quels que soient les critères qui permettent de l’attester — soit suffisamment grande pour opérer une telle transmutation. Et peut-être est-ce là l’un des marqueurs de la distinction entre un artiste quelconque (fût-il authentique) et un « grand artiste » ? De même que le « grand écrivain » par rapport au simple « écrivain », le « grand artiste » se différencie du simple « artiste » par quelque chose qui n’est plus seulement de l’ordre d’une gradation dans la qualité, d’un simple glissement sur l’axe des états de grandeur : c’est une solution de continuité, un passage de seuil, un changement d’identité qui permet de passer de l’un à l’autre. D’où le prudent repli sur le « risque », au sens de l’éventualité : la puissance de transmutation de l’objet naturel en œuvre d’art dépend de cette radicale différence — si délicate à mesurer et, pourtant, si importante — entre un artiste et un grand artiste.

Arrive pour finir l’argument n° 8 de la défense : ce n’est pas une œuvre d’art. Là, le cadre juridique se trouve largement débordé : l’argumentation ne relève plus que des stratégies rhétoriques ou évaluatives en usage dans le monde de l’art ou dans le monde ordinaire. Ainsi le sculpteur Aitken, cité par les avocats de la défense, commence par leur déclarer simplement : « Je considère qu’il ne s’agit ni d’une œuvre d’art ni d’une sculpture  [56] . » Et puis, plus subtilement, aux plaignants qui lui demandent : « Combien d’œuvres d’art de M. Brancusi avez-vous vues ? », il répond : « Aucune. — Vous n’avez jamais vu aucune œuvre de M. Brancusi ? — Vous avez parlé d’œuvres d’art. Je n’en ai pas vue. — Avez-vous vu quelques-unes de ses œuvres ? — J’ai vu des choses de ce genre, mais je n’ai vu aucune œuvre d’art. — En d’autres termes, vous ne considérez pas qu’il s’agit d’œuvres d’art ? — Non  [57] . »

L’essentiel en la matière, décidément, est dans la désignation : le témoin, futé, ne s’y trompe pas, qui refuse la dénomination « œuvres d’art » à propos des créations de Brancusi, quitte à produire un joli quiproquo. Quant au second témoin amené par la défense, il développera un peu plus son argumentation : « Elle est trop abstraite et constitue une perversion de la sculpture formelle », répond-il à la question de savoir pourquoi il considère que ce n’est pas une œuvre d’art ; « Je ne crois pas qu’elle exprime le sentiment de la beauté  [58] . » En d’autres termes, l’abstraction ou, plus précisément, son excès, est propre à dénaturer, en la « pervertissant », l’œuvre d’art, au point de lui faire perdre son identité. Le témoin en appelle implicitement à une transgression modérée des critères artistiques traditionnels : trop, c’est trop ! Quant à l’argument de l’absence de beauté (ou, plus subtilement, de l’incapacité à « exprimer le sentiment de la beauté »), qui suit la dénaturation par l’abstraction, il est difficile de savoir s’il est simplement la suite logique de ce caractère « trop abstrait » — lequel serait donc antinomique du beau — ou bien s’il relève d’une autre catégorie argumentaire.

Reprise par les plaignants à l’appui de Brancusi, cette question de la beauté fera l’objet d’une tentative de relativisation par les avocats de la défense, suggérant dans leurs conclusions que le terme d’« œuvre d’art » serait réservé par la loi à « cette catégorie des beaux-arts imitant les objets naturels tels que l’artiste les perçoit et dont la seule vue est capable d’engendrer l’émotion », à l’exclusion des objets purement décoratifs, même s’ils sont perçus comme beaux. Sous-entendant que l’objet en question n’a de beauté que décorative, même s’il n’est pas utilitaire, l’argument reprend sur le plan juridique la hiérarchie élaborée à l’époque des Lumières entre beaux-arts, artisanat d’art et artisanat industriel. Il est significatif toutefois qu’il n’ait pas été explicitement amené au cours du procès, et qu’il ne soit pas réellement développé dans les conclusions, qui le proposent sans véritablement l’étayer.

À ce dernier argument de la défense, plaidant que l’« Oiseau » de Brancusi n’est pas une œuvre d’art, les plaignants vont répondre successivement par trois contre-arguments : premièrement, que toute opinion en la matière est subjective ; deuxièmement, que la beauté de l’objet en fait une œuvre d’art ; troisièmement, qu’il n’a pas de fonction utilitaire. Première réponse donc : toute opinion en la matière est subjective et indéterminée. Ainsi les plaignants relativisent l’opinion négative d’Aitken, témoin de la défense : « N’est-il pas certain, si on réunit un certain nombre d’artistes, disons dans une même pièce, et qu’on leur apporte une sculpture, qu’il y aura divergence de points de vue à propos de la qualité de cette œuvre d’art  [59] ? » L’argument est efficace mais parfaitement réversible, puisqu’il pourrait également disqualifier les témoins du plaignant. La seule façon de l’utiliser à sens unique, en faveur de l’artiste, est de faire apparaître une dissymétrie dans la qualification des points de vue en question : experts contre profanes, ou encore spécialistes chargés de construire une certaine objectivité de l’opinion esthétique (critiques, historiens d’art) contre artistes intéressés à faire triompher leur propre conception.

La suite de l’interrogatoire va permettre aux plaignants de mettre en évidence non plus la subjectivité mais l’indétermination, le flou dans la définition de l’art sur laquelle repose le refus de reconnaissance du témoin. Un peu à son corps défendant, celui-ci va s’engager sur ce terrain glissant : « Comment définissez-vous l’art ? — Je ne définis pas l’art. — Vous voulez dire que l’art est indéfinissable ? [...] Avez-vous jamais pensé à une définition de l’art que vous pourriez nous proposer ? — Au sens large, c’est une chose créée par l’homme qui fait naître une réaction émotionnelle inhabituelle. — Mais si cette chose ne faisait pas naître une réaction émotionnelle inhabituelle, vous diriez que ce n’est pas de l’art ? — Émotion inhabituelle ? Je vais préciser ce point. Je dirais : qui sollicite le sens esthétique, le sentiment de la beauté  [60] . »

Après cette tentative de haute voltige philosophique, le témoin de la défense en revient à l’argument le plus classique : une œuvre d’art est un objet créé par l’homme et qui donne le sentiment de la beauté — ce qui est la définition même proposée par les témoins du plaignant ! Autant dire que les critères discriminants en matière esthétique ne se situent pas au niveau d’une définition philosophique, laquelle se doit, pour demeurer consensuelle, d’en rester à un niveau de généralité qui lui interdit d’instrumentaliser les discriminations plus fines que réclament concrètement les controverses esthétiques  [61] . Et la suite de l’interrogatoire d’Aitken ne va guère lui permettre de développer une argumentation plus précise : en l’amenant à réduire lui-même son jugement à la dimension d’une simple opinion, subjective, sans autre qualification que l’autorité de celui qui l’émet (« C’est la seule raison que vous puissiez invoquer ? — Pour moi, ce n’est pas une œuvre d’art  [62] . »), l’avocat de Brancusi parvient à mettre en évidence le caractère purement assertif, faiblement argumenté, de la disqualification de l’œuvre par le témoin de la défense.

Cette question de la labilité des critères esthétiques sera reprise par les avocats de Brancusi dans leurs conclusions, jouant du rabattement sur le critère minimal, individuel et psychologique qu’est celui de l’authenticité, définie par la sincérité : « La question de l’esthétique n’a cessé d’être débattue depuis que l’homme a atteint le stade culturel. La controverse a toujours fait rage et a été alimentée par quelques-uns des esprits les plus éminents du monde. Articles, livres, traités et théories philosophiques ont été écrits, proposés et divulgués sans parvenir à un résultat définitif. La controverse se poursuit et se poursuivra aussi longtemps que les hommes n’éprouveront pas tous la même émotion face aux mêmes objets. Cette question a agité les esprits des plus grands penseurs depuis l’avènement de la culture : Platon, Socrate, Kant, Schopenhauer, Lessing, Knobbs, Emerson, James, Ruskin l’ont abordée et ont tenté de l’expliquer, de la rationaliser, de la cerner, mais aucun d’eux n’a pu y apporter une solution définitive. Toute la question se résume à la conception de l’artiste, à sa sincérité au moment de la création de l’œuvre  [63] . » La loi dans ces conditions n’a plus guère de prise sur une controverse échappant à ses filets trop lâches : la question n’est plus celle de la nature juridique de l’objet telle que peut la qualifier un juge, mais de son évaluation par des acteurs guidés par des impressions et des goûts forcément pluriels, subjectifs, non généralisables — sauf par la compétence spécifique des experts, à qui doit revenir le dernier mot  [64] .

C’est ce même argument de l’expertise que vont utiliser les plaignants dans leur deuxième réponse à l’argument de la défense selon lequel l’œuvre en question ne serait pas une œuvre d’art, en affirmant que l’œuvre possède la beauté, attestée par l’émotion : de même que la nature artistique, la beauté relève de l’opinion, de sorte que le seul critère pertinent est la qualification de ceux qui en jugent, leur niveau d’expertise. L’argument sera réutilisé dans le mémoire en faveur de Brancusi : « Même si l’expert des Douanes ainsi que MM. Aitken et Jones n’aiment pas la pièce à conviction n° 1, ne la mettraient pas chez eux, il n’en reste pas moins que ladite pièce possède une beauté latente inhérente à sa conception, sa structure et sa forme, aux yeux d’autres personnes, en l’espèce de personnalités au moins aussi qualifiées que MM. Aitken et Jones pour attester le mérite artistique de la pièce à conviction n° 1  [65] . »

C’est la seule chose qui puisse conférer quelque poids à la réponse pourtant assez floue de Watson, rédacteur en chef de The Arts, interrogé sur ce qui en fait à ses yeux une œuvre d’art : « la forme, l’équilibre, le sentiment merveilleux d’art maîtrisé et le plaisir que j’éprouve à la regarder »  [66] . Steichen, artiste, sera toutefois un peu plus précis dans sa réponse au juge qui lui demande « si ceci est une œuvre d’art et obéit à un principe esthétique sous-jacent, indépendamment du titre » : « D’un point de vue technique, tout d’abord, elle a une forme et une apparence ; c’est un objet en trois dimensions créé par un artiste ; ses proportions sont harmonieuses, ce qui me procure une émotion esthétique, le sentiment d’une grande beauté. Cet objet possède cette qualité. C’est pourquoi je l’ai acheté. M. Brancusi, de mon point de vue, a tenté d’exprimer quelque chose de beau  [67] . » On voit là que, contrairement à l’argument du renom, celui de la beauté repose sur des critères internes : d’une part, les qualités propres à l’objet et, d’autre part, l’effet qu’il exerce sur le regardeur, traduisible en termes d’émotions, d’états intérieurs. L’argument est purement subjectif, mais sa subjectivité même est gage de son authenticité : on n’est pas là en effet dans l’ordre de la décision réglementaire appuyée sur une convention, ni de la persuasion collective ou de la justification étayées par la généralisation, mais dans l’ordre de l’expression : expression d’une sensation individuelle, authentique en tant qu’elle est personnelle, imprévisible, spontanée — mais, de ce fait, récusable au titre d’argument valide en raison même de cette subjectivité  [68] . C’est là toute l’ambivalence du jugement esthétique, d’autant plus authentique qu’il est particulier et, par cela même, d’autant plus fragile dans l’argumentation, d’autant plus difficile à transmettre et à généraliser. La question tend ainsi à échapper à la mise en équivalence propre au régime de communauté et, avec lui, à la sphère du politique, au profit de la sortie hors-équivalence propre au régime de singularité, où ce n’est plus la réduction au particulier qui instrumente la critique, mais la réduction au général, de sorte que l’unique l’emporte sur le multiple, le spontané sur l’organisé, l’intransmissible sur le didactique, le hors-normes sur le standard.

Arrive pour finir la troisième réponse des plaignants à la négation de la nature artistique de l’objet : l’œuvre en question n’a pas de fonction utilitaire. « Pour autant que vous sachiez, a-t-elle une fonction utilitaire ? », demande l’avocat de Brancusi à Crowninshield ; et celui-ci : « Aucune »  [69] . Il s’agit d’une preuve par la négative : c’est l’absence de fonction utilitaire qui distingue l’œuvre d’art d’un objet industriel. Notons toutefois que le contre-argument — suggérer ou affirmer que l’objet est utilitaire — n’a pas été utilisé par la défense, qui préfère insister sur l’argument de la ressemblance, faute sans doute de pouvoir s’appuyer sur un quelconque indice d’utilité.

Faisant référence à l’article 1704 de la loi (« Les mots « peinture », « sculpture » et « statue » dans l’acception qu’ils revêtent dans cet article ne doivent pas être interprétés comme incluant les objets utilitaires »), les avocats de Brancusi reprendront cet argument en conclusion de leur mémoire : « En l’absence d’une exonération des droits de douane pour les œuvres d’art, nous limitons les occasions de pouvoir en jouir. Aucun profit ne devrait être tiré de l’art, de même qu’il n’en est tiré aucun des idées et de la pensée : toutes ont titre à circuler librement parmi les nations de la terre, et tomber dans l’erreur de vouloir « contraindre » l’art reviendrait à anéantir le principe même de leur droit à l’admission en franchise  [70] . » Sur le thème de la libre circulation de l’art, ils en appellent ainsi au libéralisme économique appliqué aux œuvres de l’esprit, selon la règle juridique du « libre parcours » — laquelle toutefois est, on le sait, antinomique de la juridiction française sur les droits d’auteur en matière d’œuvres d’art.

Il est significatif que cet argument de l’inutilité figure en tête des motifs invoqués par les avocats de Brancusi dans leur mémoire, avant les arguments relatifs à l’originalité de l’œuvre, au professionnalisme de l’artiste, à son intentionnalité et à l’unicité de l’objet. Le jugement final suivra ces conclusions, affirmant qu’il faut étendre la notion d’œuvre d’art au-delà des frontières traditionnelles, en y incluant des formes d’art récentes : « Il faut admettre que ce que les jugements des dernières années ont reconnu pour des œuvres d’art aurait été, en vertu de décisions de justice plus anciennes, et pas seulement de la Cour des douanes mais aussi de la Cour suprême des États-Unis, rejeté comme ne correspondant pas à la définition. Nous pensons que les décisions de justice les plus anciennes auraient exclu l’objet importé de la catégorie des œuvres d’art ou, pour être plus précis, de la catégorie du grand art. Sous l’influence des écoles d’art moderne, les points de vue qui prévalaient autrefois se sont modifiés en ce qui concerne les critères nécessaires pour constituer de l’art aux termes de la loi, et la Cour d’appel des douanes a considéré que les dessins ou esquisses, les motifs de papiers muraux et de textiles sont des œuvres d’art, bien qu’ils soient destinés à des fins utilitaires. [...] Une école d’art dite moderne s’est développée dont les tenants tentent de représenter des idées abstraites plutôt que d’imiter des objets naturels. Que nous soyons ou non en sympathie avec ces idées d’avant-garde et les écoles qui les incarnent, nous estimons que leur existence comme leur influence sur le monde de l’art sont des faits que les tribunaux reconnaissent et doivent prendre en compte. [...] Il nous apparaît que l’objet sur lequel nous devons statuer n’a d’autres fins que décoratives, que sa finalité est la même que celle de n’importe quelle sculpture des maîtres anciens. Il est beau et de lignes symétriques, et en dépit d’une certaine difficulté à pouvoir l’assimiler à un oiseau, il n’en demeure pas moins agréable à regarder et d’une grande valeur ornementale. Et considérant sur la foi des témoignages qu’il s’agit de la production originale d’un sculpteur professionnel, d’une sculpture et d’une œuvre d’art selon les experts mentionnés ci-dessus, nous recevons la plainte et jugeons que l’objet a titre à l’entrée en franchise en vertu de l’article 1704 ci-dessus  [71] . »

Ainsi les frontières de l’art se sont-elles trouvées, en cette fin des années 20, officiellement élargies, de manière à intégrer les pratiques modernes et, notamment, l’abstraction. Que cet élargissement ait dû être légalisé par voie judiciaire, et non pas seulement légitimé par l’opinion des experts, l’intérêt des collectionneurs et la politique d’achat des musées, en dit long sur le caractère profondément perturbateur de ces nouvelles pratiques artistiques. Elles engagent en effet non seulement ces enjeux esthétiques que sont les questions de goût — qui intéressent les amateurs — mais aussi ces enjeux cognitifs — qui concernent l’ensemble d’une « culture », d’une société donnée — que sont les frontières mentales : lesquelles déterminent l’indispensable consensus sur la définition même des objets et des valeurs dont ils sont les porteurs.

Or ce qui, avec Brancusi, emporte la victoire, c’est une « labelling theory » — selon la terminologie propre à la sociologie interactionniste — déjà expérimentée par Marcel Duchamp auprès des institutions artistiques : théorie qui sera quelque cinquante ans plus tard au cœur d’un tournant majeur dans les sciences sociales, avec les différentes déclinaisons du constructivisme, et avec les réactivations contemporaines du nominalisme en philosophie. Le monde — et en particulier le monde de l’art — n’est rien d’autre que le produit de ce qu’en font les acteurs au gré des représentations élaborées à travers le conflit ou la construction d’un accord, parfois même à la force de la loi : voilà la morale de l’histoire qu’illustre exemplairement le procès Brancusi. « Art, it seems, is art if one thinks it is » (« L’art, semble-t-il, est de l’art si on le considère comme tel »), titrait l’article du New York American du 22 octobre 1927 consacré à la première séance du procès. Et un an plus tard, le lendemain de la publication du jugement, des photographies de la sculpture paraissaient dans la presse, ironiquement légendées : « C’est un oiseau  [72]  ! »

L’auteur
Chargée de recherche en sociologie au CNRS, membre du Groupe de sociologie politique et morale (École des hautes études en sciences sociales), spécialisée dans l’histoire du statut d’artiste et la perception esthétique, ainsi que dans les problèmes de construction d’identité.

Outre de nombreux articles sur l’art contemporain publiés ces dernières années dans différentes revues de sciences sociales ou de vulgarisation culturelle, dans le prolongement d’une étude sur Les rejets de l’art contemporain (Ministère de la Culture, 1995), ses principales publications sont :

 — États de femme. L’identité féminine dans la fiction occidentale, Paris, Gallimard, 1996 ;

— Être artiste. Les transformations du statut des peintres et des sculpteurs, Paris, Klincksieck, 1996 ;

— Harald Szeemann, un cas singulier, Paris, L’Échoppe, 1995 ;

— Du peintre à l’artiste. Artisans et académiciens à l’âge classique, Paris, éd. de Minuit, 1993 ;

— La gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration, Paris, éd. de Minuit, 1991 ;

— Le triple jeu de l’art contemporain. Transgressions, réactions et intégrations dans les arts plastiques (à paraître).
* Groupe de sociologie politique et morale (GSPM),
École des hautes études en sciences sociales (EHESS),
105 boulevard Raspail,
F-75006 Paris.

1. Cf. Brancusi contre États-Unis, un procès historique, Paris, Adam Biro, 1995 (traduit de l’anglais par Jocelyne de Pass, préface de Margit Rowell et postface de André Paleologue, comportant une étude de la fortune critique, une bibliographie et un recueil de commentaires des contemporains). Ce procès « ne correspondait ni à la première ni à la dernière déconvenue de Brancusi avec les douanes américaines. [...] dès 1914, à l’arrivée de plusieurs sculptures destinées à sa première exposition personnelle, leur statut artistique fut mis en cause. L’artiste dut se présenter au Consulat américain de Paris, et jurer sous la foi du serment que ces œuvres étaient bien de sa main, et donc œuvres d’artiste » (préface, p. 5-6).

2. Notamment quant au critère de reproduction d’un objet naturel (États-Unis contre Olivotti en 1916, concernant un bénitier), et quant à la distinction entre beaux-arts et arts décoratifs ou industriels (Lazarus contre États-Unis, États-Unis contre Downing and C°, ou encore États-Unis contre Perry, concernant des vitraux).

3. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 131.

4. Cf. Denis Dutton (ed.), The Forger’s Art. Forgery and the Philosophy of Art, University of California Press, 1983. Sur la profession d’experts en art, cf. Raymonde Moulin et Alain Quemin, « La cerfification de la valeur de l’art. Experts et expertises », Les Annales ESC, n° 6, novembre-décembre 1993.

5. Cf. Laurie Adams, Art on Trial. From Whistler to Rothko, New York, Walker, 1976.

6. Cf. N. Heinich, Du peintre à l’artiste. Artisans et académiciens à l’âge classique, Paris, éd. de Minuit, 1993.

7. Cf. James McNeill Whistler, Le procès contre Ruskin, suivi de L’art et les critiques d’art, Paris, Séguier, 1995.

8. Sur la logique de ces processus de déconstruction, cf. N. Heinich, « La partie de main-chaude de l’art contemporain », in Art et contemporanéité, Bruxelles, La Lettre volée, 1992.

9. Cf. Pierre Bourdieu, Les règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Le Seuil, 1992 ; Howard Becker, Les mondes de l’art, Paris, Flammarion, 1988 (1re éd. en anglais : 1982) ; Raymonde Moulin, L’artiste, l’institution et le marché, Paris, Flammarion, 1992.

10. Cf. Christian Bessy et Francis Chateauraynaud, Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Paris, Métailié, 1995.

11.  « C’est une grande injustice. L’erreur de la douane c’est qu’on croit que tous les Oiseaux que j’ai exposés à New York sont tous les mêmes et que ce n’est que le titre qui diffère. Pour détruire cette croyance, il faudrait exposer publiquement le tout ensemble – ce n’est qu’alors qu’on verra l’erreur. On verra alors que c’est le développement d’un travail honnête pour atteindre un autre but que les séries manufacturées pour faire de l’argent », écrivait Brancusi à Duchamp le 7 février 1927 (Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 135).

12. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 48-51.

13. Ibid., p. 13.

14. Ibid., p. 15-16.

15. Ibid., p. 103.

16. Sur le rôle de la notion de personne dans l’évolution du statut juridique des artistes et de leur production, cf. Bernard Edelman, La propriété littéraire et artistique, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1989.

17. Cf. N. Heinich, « Les objets-personnes : fétiches, reliques et œuvres d’art », Sociologie de l’art, n° 6, 1993.

18. Cet argument était déjà apparu au cours du procès fait par Whistler à Ruskin, dans la plaidoirie du procureur général : « Quelle est cette forme au milieu ? Est-ce un télescope ou un escalier de secours ? Est-ce que cela ressemble au pont de Battersea ? Quelles sont ces figures sur le pont ? Et si ce sont des chevaux et des charrettes, comment diable pourraient-ils en redescendre ? » (Le procès contre Ruskin, op. cit., p. 19).

19. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 17.

20. La littérature esthétique est pléthorique sur cette question. Pour s’en tenir ici à la dimension juridique, cf. Ernst Kantorowicz, « La souveraineté de l’artiste. Note sur quelques maximes juridiques et les théories de l’art à la Renaissance » (1961), in Mourir pour la patrie, Paris, PUF, 1984.

21. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 28.

22. Ibid., p. 29.

23. Ibid., p. 30.

24. Ibid., p. 17-18.

25. Ibid., p. 30.

26. Ibid., p. 33.

27. Ibid., p. 39-40.

28. Ibid., p. 40.

29. Ibid., p. 44.

30. Pour une définition du terme « représentation » prenant en compte sa polysémie et sa cohérence interne, cf. N. Heinich, « Représentation », in L. Sfez (dir.), Dictionnaire de la communication, Paris, PUF, 1993.

31. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 43.

32. Ibid., p. 80.

33. Pour une définition de ces deux notions appliquées à l’activité des peintres et des sculpteurs, cf. N. Heinich, Du peintre à l’artiste, op.cit.

34. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 19.

35. Ibid., p. 67.

36. Ibid., p. 99.

37. Ibid., p. 22.

38. Il s’agit typiquement ici d’une critique du « monde domestique » à partir du « monde du renom », selon le modèle proposé par Luc Boltanski et Laurent Thévenot (De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, 1991).

39. Cette problématique a été développée dans N. Heinich, Être écrivain, Paris, Centre national des lettres, 1990 et La gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration, Paris, éd. de Minuit, 1991.

40. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 34.

41. Il s’agit là, en d’autres termes, d’un « allongement des réseaux », indispensable à l’accréditation des vérités scientifiques comme des valeurs artistiques : cf. Bruno Latour, La vie de laboratoire, Paris, La Découverte, 1988 et La science en action, Paris, La Découverte, 1989.

42. Ce sont là les principaux moments de la « vocationnalisation » de l’activité d’artiste : cf. N. Heinich, Du peintre à l’artiste, op. cit. et Être artiste. Les transformations du statut des peintres et des sculpteurs, Paris, Klincksieck, 1996.

43. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 30.

44. L’opposition entre « régime de communauté » et « régime de singularité », et la notion d’ambivalence en tant que caractéristique constitutive de ce dernier ont été développées dans N. Heinich, La gloire de Van Gogh, op. cit. Notons là encore que cette disqualification par la singularité avait été tentée par le procureur dans le procès Whistler : « Quant à ces tableaux, les jurés devraient forcément conclure qu’ils sont des conceptions étranges et fantastiques, indignes d’être appelées des œuvres d’art » (Le procès contre Ruskin, op. cit., p. 21).

45. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 44.

46. Ibid., p. 30.

47. Ibid., p. 36.

48. Ibid., p. 36.

49. Cf. notamment Jean-Paul Codol, « Différenciation et indifférenciation sociale », Bulletin de psychologie, tome xxxvii, n° 365, mars-juin 1984.

50. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 43.

51. Ibid., p. 73.

52. Ibid., p. 40.

53. Ibid., p. 27.

54. Cf. N. Heinich, « Perception esthétique et catégorisation artistique : comment peut-on trouver ça beau ? », in La mise en scène de l’art contemporain, Bruxelles, Les Eperonniers, 1990.

55. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 28.

56. Ibid., p. 57.

57. Ibid., p. 60.

58. Ibid., p. 70.

59. Ibid., p. 58.

60. Ibid., p. 59.

61. Caractéristique de cette aporie est, par exemple, l’ouvrage de Rainer Rochlitz, Subversion et subvention, Paris, Gallimard, 1994.

62. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 65.

63. Ibid., p. 81.

64. C’est exactement la position qu’avait défendue Whistler : « Le « Goût » a longtemps été confondu avec la capacité, et considéré comme une qualité suffisante pour autoriser des jugements en matière de musique, de poésie et de peinture. L’Art est allègrement tenu pour une simple question d’opinion ; et qu’il puisse être fondé sur des lois aussi rigoureuses et définies que celles des sciences exactes est une hypothèse qui, depuis longtemps, n’est plus tolérée par la culture moderne » (J. Whistler, L’art et les critiques d’art, in Le procès contre Ruskin, op. cit., p. 45).

65. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 104.

66. Ibid., p. 35.

67. Ibid., p. 18.

68. Cette distinction entre régimes pragmatiques d’énonciation – de l’expression à la persuasion – qui limite à ce second pôle la pertinence du modèle de la justification a été développée dans N. Heinich, « Les colonnes de Buren au Palais-Royal : ethnographie d’une affaire », Ethnologie française, n° 4, 1995.

69. Brancusi contre États-Unis, op. cit., p. 39.

70. Ibid., p. 82.

71. Ibid., p. 117-118.

72. Cet article a bénéficié des critiques et des suggestions de Bernard Edelman et de Yan Thomas : qu’ils en soient remerciés.

Voir enfin:

PHOTOS. Marcel Duchamp au Centre Pompidou par le prisme de la peinture

CULTURE – Marcel Duchamp a fait d’un urinoir une oeuvre d’art et passe pour celui qui a tué la peinture. Pourtant il n’a eu de cesse de chercher à la réinventer, comme le montre une exposition décapante au Centre Pompidou qui début ce mercredi 24 septembre.

Marcel Duchamp, la peinture même réunit une cinquantaine de toiles, soit la quasi-totalité de la production picturale de l’inventeur du « ready made », et suit, à travers de multiples sources et influences, la genèse entre 1912 et 1923 de son grand oeuvre, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même.

Conservée au Philadelphia Museum of Art, comme la quasi-totalité des toiles de Duchamp, cette oeuvre ésotérique, sous-titrée Grand Verre, est « tout à la fois la négation et la sublimation de la peinture », explique Cécile Debray, commissaire de l’exposition à l’AFP.

marcel duchamp pompidouLe Grand Verre © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014

Déclarée inachevée par son auteur, elle est composée de deux panneaux de verre superposés. En bas sont peints des objets créés quelques années plus tôt par Duchamp, une broyeuse de chocolat et des moules de figurines du Jeu de massacre des baraques foraines, censés représenter les neuf célibataires. En haut une forme indéchiffrable: la mariée.

Le « tableau » a fait l’objet d’innombrables interprétations: alchimiste, symboliste ou mallarméen. Grand spécialiste de Duchamp, Jean Clair y voit une opposition entre le « mécanique » et le « viscéral ». Trop fragile, le Grand Verre est resté à Philadelphie. L’exposition présente l’une des quatre copies réalisées par le critique d’art suédois Ulf Linde sous le contrôle de Duchamp lui-même ou de sa famille.

« On oublie trop souvent que Duchamp a commencé comme peintre », renchérit Cécile Debray , soulignant qu’il « va traverser très vite tous les mouvements picturaux » du début du XXe siècle.

Films libertins et objets mathématiques

Après un passage par le fauvisme, il peint entre 1911 et 1913 une vingtaine de toiles marquées par le cubisme, mais aussi par le futurisme italien, dont le très célèbre Nu descendant un escalier no 2. Le titre ironique de cette oeuvre et son retrait avant le vernissage du Salon des Indépendants entraîneront sa rupture avec le groupe cubiste auquel appartiennent ses deux frères, Jacques Villon et Raymond Duchamp-Villon.

duchamp peinture

Baptême © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014

« Je me tournai vers une forme d’expression totalement divorcée du réalisme absolu », dit alors Marcel Duchamp, « une aventure qui ne serait plus tributaire des écoles existantes. »

Il s’intéresse au symbolisme, en particulier à Odilon Redon, mais ses sources d’inspiration sont très diverses: cronophotographies d’Etienne-Jules Marey, maquettes de mécanique, films libertins, radiographies, objets mathématiques, esthétique du jeu d’échecs (Le Roi et la reine entourés de nus vites, 1912) .

Celui qui fut une des figures du mouvement Dada « veut une peinture de l’idée ». Il se demande « comment concevoir une oeuvre en adéquation avec l’époque moderne », souligne Cécile Debray. À l’été 1912, il part s’installer à Munich, d’où il visite plusieurs grands musées européens, et découvre Lucas Cranach l’Ancien (il cherchera à imiter ses glacis) et Arnold Boecklin.

« Il ne rompt pas avec la peinture, mais avec son statut social d’artiste. » Il signe deux de ses toiles les plus maîtrisées: Le passage de la vierge à la mariée, et Mariée.

Egalement présentée, une maquette de la dernière oeuvre de Duchamp, une des plus troublantes aussi, conçue en grand secret entre 1946 et 1966: Etant donnés: 1° la chute d’eau, 2° le gaz d’éclairage.. Dans cette installation en trois dimensions, on aperçoit par des trous dans une porte de bois le corps d’une femme, apparemment abandonné(e) dans une herbe grise.

« Duchamp mêle plusieurs registres », note la commissaire de l’exposition: mathématiques, réflexion sur la perspective, littérature – c’est un lecteur de Raymond Roussel ou d’Alfred Jarry, d’où ses titres intrigants, parfois obscurs. Signe de l’importance qu’il accorde à sa peinture, la Boîte-en-valise, terminée en 1941, musée portatif où il a regroupé des reproductions réduites de toutes ses oeuvres.

  • L.H.O.O.Q
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1919, readymade rectifié Collection particulière
  • Le Printemps ou Jeune homme et jeune fille dans le printemps
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1911, huile sur toile, 65.70 x 50.20 cm The Vera and Arturo Scharz Collection of Dada and Surrealist Art in the Israel Museum Collection, Jérusalem
  • Odilon Redon – Sommeil de Caliban (Shakespeare, la Tempête, acte II, scène II) -
    © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
    Vers 1895 – 1900, huile sur toile, 48.20 x 38.50 cm Musée d’Orsay, Paris Legs de Mme Arï Redon en exécution des volontés de son mari, fils de l’artiste, 1984
  • À propos de jeune sœur
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1911, huile sur toile, 73 x 60 cm Solomon R. Guggenheim Museum, New York © The Solomon R. Guggenheim Foundation / Art Resource, NY, Dist. RMN – Grand Palais
  • Dulcinée
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1911, huile sur toile, 146.40 x 114 cm © 2014 Photo The Philadelphia Museum of Art / ArtResource / Scala, Florence
  • Giacomo Balla – Bambina che corre sul balcone
    © Adagp, Paris 2014
    1912, huile sur toile, 125 x 125 cm Coll. Grassi – Museo del Novecento, Milano © Comune di Milano, all rights reserved © Photoservice Electa, Milano / Luca Carrà
  • Jeune homme triste dans un train
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1911 – 1912, huile sur toile montée sur carton, 100 x 73 cm / Venice, Peggy Guggenheim Collection © 2014. Photo Art Media/Heritage Images/Scala, Florence
  • Nu descendant l’escalier n°2,
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1912, huile sur toile, 146 x 89 cm Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950 © 2014 Photo The Philadelphia Museum of Art / ArtResource / Scala, Florence
  • Le Roi et la reine entourés de nus vites,
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1912, huile sur toile, 146 x 89 cm Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950 © 2014 Photo The Philadelphia Museum of Art / ArtResource / Scala, Florence
  • Constantin Brancusi – Etude pour le Portrait de Mme Eugène Meyer Jr.
    © Adagp, Paris 2014
    1916 – 1933, bois et pierre, 84 x 19 x 23 cm Coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne- Centre de création industrielle, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
  • La Mariée
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1912, huile sur toile, 89.5 x 55 cm Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950 © 2014 Photo The Philadelphia Museum of Art / ArtResource / Scala, Florence
  • Cranach l’ancien – Vénus
    © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK
    1532, huile sur bois, 37 x 25 cm Städel Museum, Franckfurt am Main
  • Albrecht Dürer
    © photo Nabil Boutros
    1538, Imprimé, 30,5 x 21,5 x 4,8 cm Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris Bibliothèque Sainte-Geneviève
  • Underweisung der Wessung
    © photo Nabil Boutros
  • Trois stoppages-étalon
    © succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2014
    1913 – 1964, trois morceaux de ficelle d’un mètre chacun, toile peinte, 28 x 129 x 23 cm chaque panneau. © Philippe Migeat, Centre Pompidou – MNAM-CCi / Dist. RMN-CGP

Ebola: C’est Sarkozy qui avait raison (Perfect storm: Outdated beliefs and funeral rituals, witch craftery, denial, conspiracy theories, suspicion of local governments, distrust of western medicine, civil war, corrupt dictatorship, collapsed health systems)

18 octobre, 2014
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Nous sommes là pour dire et réclamer : laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l’Histoire. Aimé Césaire
Ebola (…) J’ai l’impression qu’il y a vraiment un programme d’extermination qui est en train d’être mis en place … Dieudonné
Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire, où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Guaino-Sarkozy
Moi, je pense que non seulement l’homme africain est entré dans l’histoire mais qu’il a même été le premier à y entrer. Rama Yade
Quelqu’un est venu ici vous dire que ‘l’Homme africain n’est pas entré dans l’histoire’. Pardon, pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et – je vous le dis en confidence – qui n’engagent ni la France, ni les Français. Ségolène Royal
Et si Sarkozy avait raison… (…) L’opinion africaine dite intellectuelle s’est mobilisée, depuis quelques temps, contre le discours de Dakar du président français Nicolas Sarkozy, considéré, à notre avis, sans raison, de discours raciste, méprisant, humiliant. Et pourtant il ne faisait que nous rappeler, amicalement, sans doute d’une manière brutale et maladroite, qu’il était temps que nous sortions de la préhistoire pour entrer dans l’histoire contemporaine d’un monde qui est faite d’imagination, de techniques, de sciences, au lieu de nous complaire dans la médiocrité actuelle de nos choix. Il nous faut, en effet, sortir de notre logique fataliste, fondée sur un ancrage intellectuel, philosophique et culturel dans un passé plusieurs fois centenaire alors que le siècle qui frappe à notre porte exige notre entrée dans l’histoire contemporaine. Baba Diouf (Le Soleil)
Aid, by itself, has never developed anything, but where it has been allied to good public policy, sound economic management, and a strong determination to battle poverty, it has made an enormous difference in countries like India, Indonesia, and even China. Those examples illustrate another lesson of aid. Where it works, it represents only a very small share of the total resources devoted to improving roads, schools, heath services, and other things essential for raising incomes. Aid must not overwhelm or displace local efforts; instead, it must settle with being the junior partner. Because of Africa’s needs, and the stubborn nature of its poverty, the continent has attracted far too much aid and far too much interfering by outsiders. (…) In the last 20 years, some states — like Ghana, Uganda, Tanzania, Mozambique, and Mali — have broken the mould, recognized the importance of taking charge, and tried to use aid more strategically and efficiently. Some commentators would add Benin, Zambia, and Rwanda to that list. But most African governments remain stuck in a culture of dependence or indifference. There are still too many dictators in Africa (six have been in office for more than 25 years) and many elected leaders behave no differently. (…) The Blair Commission Report on Africa in 2005 reported that 70,000 trained professionals leave Africa every year, and until they — and the 40 percent of the continent’s savings that are held abroad — start coming home, we need to use aid more restrictively. An obvious solution is to focus aid on the small number of countries that are trying seriously to fight poverty and corruption. Other countries will need to wait — or settle with only small amounts of aid — until their politics or policies or attitudes to the private sector are more promising. We should also consider introducing incentives for countries to match outside assistance with greater progress in raising local funds. (…) We must not be distracted by recent news of Africa’s « spectacular » growth and its sudden attractiveness to private investment. Some basic things are changing on the continent, with real effects for the future; above all, Africans are speaking out and refusing to accept tired excuses from their governments. But the truth is that most of Africa’s growth — based on oil and mineral exports — has not made a whit of difference to the lives of most Africans. Political freedoms shrank on the continent last year, according to the U.S.-based Freedom House index. A quarter of school-age children are still not enrolled, according to World Bank statistics; many of those that are, are receiving a very mediocre education. And agricultural productivity — the key to reducing poverty — is essentially stagnant. The really good news is likely to stay local and seep out in small doses, until it eventually overwhelms the inertia and indifference of governments. Five years ago, Kenya managed to double its tax revenues because a former businessman, appointed to head the national revenue agency, took a hatchet to the dishonest practices of many tax collectors. He had every reason to do so. Only five percent of Kenya’s budget comes from foreign aid, compared with 40 percent in neighboring countries. This is a good example of the sometimes-perverse effects of aid, but also of the importance of imagination and individual initiative in promoting a better life for Africans. Robert Calderisi
A month ago I visited Kibera, the largest slum in Africa. This suburb of Nairobi, the capital of Kenya, is home to more than one million people, who eke out a living in an area of about one square mile — roughly 75% the size of New York’s Central Park. (…)  Kibera festers in Kenya, a country that has one of the highest ratios of development workers per capita. This is also the country where in 2004, British envoy Sir Edward Clay apologized for underestimating the scale of government corruption and failing to speak out earlier. Giving alms to Africa remains one of the biggest ideas of our time — millions march for it, governments are judged by it, celebrities proselytize the need for it. Calls for more aid to Africa are growing louder, with advocates pushing for doubling the roughly $50 billion of international assistance that already goes to Africa each year. Yet evidence overwhelmingly demonstrates that aid to Africa has made the poor poorer, and the growth slower. The insidious aid culture has left African countries more debt-laden, more inflation-prone, more vulnerable to the vagaries of the currency markets and more unattractive to higher-quality investment. It’s increased the risk of civil conflict and unrest (the fact that over 60% of sub-Saharan Africa’s population is under the age of 24 with few economic prospects is a cause for worry). Aid is an unmitigated political, economic and humanitarian disaster. Few will deny that there is a clear moral imperative for humanitarian and charity-based aid to step in when necessary, such as during the 2004 tsunami in Asia. Nevertheless, it’s worth reminding ourselves what emergency and charity-based aid can and cannot do. Aid-supported scholarships have certainly helped send African girls to school (never mind that they won’t be able to find a job in their own countries once they have graduated). This kind of aid can provide band-aid solutions to alleviate immediate suffering, but by its very nature cannot be the platform for long-term sustainable growth. Whatever its strengths and weaknesses, such charity-based aid is relatively small beer when compared to the sea of money that floods Africa each year in government-to-government aid or aid from large development institutions such as the World Bank. Over the past 60 years at least $1 trillion of development-related aid has been transferred from rich countries to Africa. Yet real per-capita income today is lower than it was in the 1970s, and more than 50% of the population — over 350 million people — live on less than a dollar a day, a figure that has nearly doubled in two decades. Even after the very aggressive debt-relief campaigns in the 1990s, African countries still pay close to $20 billion in debt repayments per annum, a stark reminder that aid is not free. In order to keep the system going, debt is repaid at the expense of African education and health care. Well-meaning calls to cancel debt mean little when the cancellation is met with the fresh infusion of aid, and the vicious cycle starts up once again. (…) The most obvious criticism of aid is its links to rampant corruption. Aid flows destined to help the average African end up supporting bloated bureaucracies in the form of the poor-country governments and donor-funded non-governmental organizations. In a hearing before the U.S. Senate Committee on Foreign Relations in May 2004, Jeffrey Winters, a professor at Northwestern University, argued that the World Bank had participated in the corruption of roughly $100 billion of its loan funds intended for development. As recently as 2002, the African Union, an organization of African nations, estimated that corruption was costing the continent $150 billion a year, as international donors were apparently turning a blind eye to the simple fact that aid money was inadvertently fueling graft. With few or no strings attached, it has been all too easy for the funds to be used for anything, save the developmental purpose for which they were intended. (…) A constant stream of « free » money is a perfect way to keep an inefficient or simply bad government in power. As aid flows in, there is nothing more for the government to do — it doesn’t need to raise taxes, and as long as it pays the army, it doesn’t have to take account of its disgruntled citizens. No matter that its citizens are disenfranchised (as with no taxation there can be no representation). All the government really needs to do is to court and cater to its foreign donors to stay in power. Stuck in an aid world of no incentives, there is no reason for governments to seek other, better, more transparent ways of raising development finance (such as accessing the bond market, despite how hard that might be). The aid system encourages poor-country governments to pick up the phone and ask the donor agencies for next capital infusion. It is no wonder that across Africa, over 70% of the public purse comes from foreign aid. (…) Africa remains the most unstable continent in the world, beset by civil strife and war. Since 1996, 11 countries have been embroiled in civil wars. According to the Stockholm International Peace Research Institute, in the 1990s, Africa had more wars than the rest of the world combined. (…) Proponents of aid are quick to argue that the $13 billion ($100 billion in today’s terms) aid of the post-World War II Marshall Plan helped pull back a broken Europe from the brink of an economic abyss, and that aid could work, and would work, if Africa had a good policy environment. Dambisa Moyo
En Afrique, oui, il y a un risque d’épidémisation, mais je ne pense pas qu’elle puisse s’étendre au reste du monde. Bien sûr, il y aura des cas sporadiques en Occident, on recensera encore quelques personnes contaminées venues d’Afrique, ainsi que quelques cas d’infections survenues au contact de ces malades. Mais cela restera très rare. D’une part, les conditions du cycle de propagation naturelle du virus ne sont pas réunies comme c’est le cas en Afrique, où nous avons un parasite porteur du virus, de fortes concentrations humaines, certains comportements humains ou rites particuliers (comme toucher les morts), des conditions sanitaires défavorables, un certain type d’alimentation, etc. D’autre part, le développement de la médecine occidentale permet de mettre en place des moyens d’action pour éviter une généralisation, avec notamment l’isolement absolu du patient, un strict protocole, des équipements médicaux pointus et le développement de stratégies de détection rapide du virus. Malgré un manque au niveau des traitements à l’heure actuelle, le risque n’est donc pas majeur dans les pays développés, mais Ebola sera l’une des plus grandes épidémies africaines. Le XXe siècle a marqué le retour des épidémies : dans les années 70, sont apparues les fièvres hémorragiques (dont Ebola); dans les années 80, le VIH; dans les années 90, l’hépatite C; et dans les années 2000, le Sras, la grippe H1N1, le chikungunya, etc. Ces maladies n’ont pas toutes les mêmes caractéristiques épidémiologiques ni la même transmission vectorielle, mais elles se sont propagées à cause d’une série de facteurs, comportementaux et environnementaux. Les échanges, les migrations, les voyages intercontinentaux, mais aussi la pénétration humaine en forêt et la déforestation, qui ont amené les hommes à entrer en contact avec une faune sauvage porteuse d’agents pathogènes, ont favorisé la contamination. Et l’Afrique est un continent qui a un lot considérable d’agents infectieux. Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’Ebola n’est pas le seul fléau en Afrique. Des études ont montré que ce continent concentre 70% des cas de VIH et 90% des cas de choléra. Et 90% des décès de paludisme surviennent en Afrique. Mais il y a aussi toute une conjonction qui fait que c’est un continent malade. La structure sanitaire y est déficitaire, du fait des régimes instables ou des zones de guerre. C’est aussi un territoire de migration. Et encore une fois, les comportements humains sont souvent responsables de la propagation des virus. L’éducation en général, et l’éducation sanitaire en particulier, joue un rôle fondamental. De simples gestes d’hygiène permettraient de réduire les fléaux médicaux qui touchent l’Afrique. Par exemple, les diarrhées «normales» tuent chaque année des centaines de milliers d’enfants. Se laver les mains permettrait de réduire de 50% le taux de mortalité.(…)  Mais Ebola est plus dangereux dans le sens où tous les émonctoires (l’urine, la salive, le liquide séminal…) sont vecteurs de transmission. Le simple fait de toucher le patient est dangereux, ce qui n’est pas le cas avec le sida. Néanmoins, le sida est une maladie chronique de longue durée, tandis qu’Ebola est une maladie très aiguë, avec un très fort taux de mortalité, très rapide. Avec Ebola, l’épidémisation est donc moins forte. (…) J’espère en tout cas qu’Ebola servira de déclencheur pour les différents régimes politiques, qu’ils deviendront plus désireux d’investir l’argent dans un système de santé efficace, sans détourner les fonds. J’espère aussi que cette épidémie va faire prendre conscience aux organisations internationales qu’il faut accorder une aide majeure à l’Afrique, et lui apporter une aide logistique et humaine plus importante. On a commencé, mais c’est encore timide. Pour ce qui est de la société elle-même, des efforts considérables d’information sont à faire. Mais passé une période d’incompréhension et la recherche de responsables (la population met notamment en cause les pouvoirs politiques), la société pourra peut-être aussi changer beaucoup de comportements. Jean-Pierre Dedet
« After the typhoon, we got flooded with calls asking, ‘How do I give?' » Sweeny said. « With this (Ebola), we’re not getting those kinds of requests. » Why the difference? For starters, it’s been evident that national governments will need to shoulder the bulk of the financial burden in combatting Ebola, particularly as its ripple effects are increasingly felt beyond the epicenter in West Africa. Regine A. Webster of the Center for Disaster Philanthropy, which advises nonprofits on disaster response strategies, said the epidemic blurred the lines in terms of the categories that guide some big donors. « This is a confusing issue for the private donor community — is it a disaster, or a health problem? » Webster said. « Institutions and individuals have been quite slow to respond. » Officials at InterAction, an umbrella group for U.S. relief agencies active abroad, see other intangible factors at work, including the video and photographic images emerging from West Africa. Joel Charny, InterAction’s vice president for humanitarian policy, said it was clear from the imagery out of Haiti and the Philippines that donations could help rebuild shattered homes and schools, while the images of Ebola are more frightening and less conducive to envisioning a happy ending. « People give when they see that there’s a plausible solution, » Charny said. « They can say, ‘If I give my $50 or $200, it’s going to translate in some tangible way into relieving suffering.’ … That makes them feel good. » « With Ebola, there’s kind of a fear factor, » he said. « Even competent agencies are feeling somewhat overwhelmed, and the nature of the disease — being so awful — makes it hard for people to engage. » Huffington Post
Le drame avec Ebola, c’est que cette épidémie s’attaque cruellement et insidieusement à nos valeurs culturelles ! Il y a par exemple la question des enterrements traditionnels, où les familles touchent le corps pendant les rites funéraires. Qui, à présent, pour s’occuper d’une personne emportée par le virus Ebola ? Au Liberia, de nombreux malades atteints par le virus Ebola, préfèrent rester chez eux plutôt que de se rendre dans les centres de santé. La psychose s’est répandue partout. Nul ne se sent désormais à l’abri, dans une Afrique lacérée par des traditions hétéroclites et des pratiques religieuses tenaces. Combattre le virus Ebola, que d’engagements, d’implications mais surtout de renoncements ! Des marchés aux rassemblements qu’occasionnent les naissances, les mariages, les baptêmes, les deuils, les prières et autres rites funéraires, les Africains aiment à s’illustrer comme de bons exemples. Qu’ils soient simples fidèles, parents, amis, connaissances ou voisins, ils ne veulent pas se voir rejetés pour avoir failli un tant soit peu.(…) Avec Ebola, au-delà des modes de vie, c’est aussi le mode de fonctionnement de la cellule familiale et de la société tout entière qu’il faudra revoir. Il faudra oser s’attaquer à des valeurs ancrées dans la cosmogonie africaine, revisiter nos croyances et nos comportements. De vrais défis ! Au Nigeria, on a dû incinérer le cadavre d’une victime d’Ebola. Le médecin qui l’avait soigné a aussi été mis en quarantaine. Pourra-t-on intégrer ces pratiques dans les nouvelles habitudes ? Il le faut pourtant. Pire que la peste et le choléra réunis, l’épidémie d’Ebola détruit les espaces de solidarité. Les pesanteurs socioculturelles ajoutées au manque de moyens (humains, matériels, financiers), le manque de coordination des actions, font de la fièvre rouge, une maladie aussi redoutable qu’effroyable sur le continent. Le médecin traitant, lui-même, est vulnérable. Une implication de l’Occident est requise. Elle doit être forte. Mais, parce qu’il engloutit des sommes colossales, l’Occident doit exiger en contrepartie que les dirigeants africains s’assument plus sérieusement que face au SIDA. En effet, le problème de la délinquance politique et économique reste toujours posé du côté de l’Afrique. Outre les questions relatives à l’hygiène publique et à l’assainissement, des problèmes de mal gouvernance se trouvent au cœur même de la gestion de nos grands fléaux. Pour le cas d’Ebola, celle-ci se propage parce que les politiques africaines de développement, de santé, d’environnement, de population tout court, sont généralement inadéquates. A preuve, des mesures préventives sont recommandées, sans que des dispositions ne soient toujours prises pour annihiler les conséquences fâcheuses au plan socio-économique. Il est bien de défendre aux gens de manger de la viande de brousse ou de chauves-souris, pour se prémunir contre l’infection au virus d’Ebola. Mais, que faire pour compenser les pertes au niveau des chasseurs, des intermédiaires et des vendeurs de viandes prisées de certaines populations ? Il faudra veiller à une saine utilisation des fonds qui seront mis à la disposition des Etats frappés par le mal. Le passé est à ce sujet suffisamment lourd d’enseignements. Face au SIDA, que n’a-t-on pas vu sur ce continent? La délinquance à tous les étages, impliquant des personnes insignifiantes et des hauts cadres, y compris le sommet de l’Etat. Face à l’épidémie d’Ebola, des dispositions plus rigoureuses doivent être prises. Si Ebola fait des ravages au point d’ébranler l’âme de l’Afrique, il faut éviter que les délinquants à col blanc ne perpétuent continuellement la saignée du continent, en profitant sans vergogne et impunément des efforts de la communauté internationale. L’expérience de fléaux comme celle du SIDA montre qu’en Afrique, une saine gestion des fonds, sur fond de bonne gouvernance politique, est un bon préalable au recul de l’épidémie. Le Pays
L’état de vétusté des infrastructures sanitaires, la faiblesse des ressources humaines, les problèmes d’hygiène et les traditions funéraires, entre autres, font des pays africains un terreau fertile à la propagation de ce virus. Dans le domaine culturel justement, cette épidémie est en train de détruire l’âme africaine. Les efforts pour contenir les infections commandent, entre autres, une attitude à la limite du rejet des victimes. Les parents et voisins sont invités à éviter de toucher aux corps des personnes ayant succombé, afin d’éviter tout risque de contamination par le virus. Nul doute que cette capacité du virus à se transmettre même après la mort de sa victime, est une cause de panique au sein des populations et cela sape les valeurs légendaires de solidarité africaine de même que des pans de la culture en ce qui concerne le traitement des corps des personnes décédées. (…) la vérité c’est que l’Afrique a, une fois de plus, failli. Comme à son habitude, elle aura manqué de prospective. Si non, comment comprendre qu’un virus qui a fait son apparition depuis 1976 et fait jusque-là de nombreuses victimes en Afrique centrale, n’ait pas, près de 40 ans après, encore été pris au sérieux au point qu’il puisse ressurgir et faire autant de victimes ? Comment comprendre que malgré tous les discours sur la souveraineté de l’Afrique, le sort et le salut du continent soient encore entre les mains des mêmes Occidentaux régulièrement conspués ? Que reste-t-il vraiment encore de la fierté des Africains ? Hélas, tout ce qui intéresse vraiment les dirigeants africains, c’est le pouvoir. (…) Aux Africains donc de se ressaisir, à commencer par leurs dirigeants, pour mériter le respect qu’ils réclament des autres, mais aussi et surtout pour prendre en main eux-mêmes leur destin. Le Pays
Ebola met à nu les tares des systèmes sanitaires africains La gouvernance des Etats africains présente beaucoup d’insuffisances. (…) Une des illustrations les plus frappantes de ce fait est la situation chaotique dans laquelle se trouvent nos systèmes de santé. En effet, la propagation du virus Ebola a contribué à mettre à nu toute l’étendue de cette triste réalité, qui doit désormais interpeller toutes les consciences. Lorsque l’on fait l’état des lieux, l’on peut avoir des raisons objectives d’être remonté contre nos gouvernants.Les zones d’ombre sont nombreuses. Elles se rapportent notamment à l’insuffisance du personnel soignant qualifié, au niveau rudimentaire des plateaux techniques, à la gestion artisanale des structures de santé, au manque de professionnalisme et de motivation des agents de santé, etc. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi la moindre épidémie peut constituer une véritable épreuve pour les autorités sanitaires. (…) Lorsque l’on prend le cas du Libéria qui est l’un des pays le plus touché par le virus, l’on peut tomber des nues de constater que ce pays, qui est indépendant depuis 1847, dispose seulement de 250 médecins, soit un ratio effroyable d’un ou de deux médecins pour 100 000 habitants. Il n’est donc pas étonnant que le pays de William Tolbert ait beaucoup de mal à déployer un personnel qualifié suffisant, pour la prise en charge des personnes infectées et affectées. Que l’on n’aille surtout pas brandir l’insuffisance de moyens financiers pour justifier cet état de fait. En effet, le Libéria regorge d’énormes richesses minières dont l’exploitation judicieuse pourrait permettre au peuple libérien de sortir la tête de l’eau. Malheureusement, ces richesses sont exploitées au profit d’une caste politique qui vit sur un îlot d’opulence, dans un océan de misère et d’indigence indescriptibles. L’exemple du Libéria est celui de la plupart des Etats africains. Lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins de base des populations en termes d’éducation, de santé, de logement, l’on n’hésite pas en haut lieu à invoquer le manque de moyens financiers et à tendre sans gêne la sébile à la communauté internationale. Par contre, lorsqu’il s’agit de dépenser pour réaliser des activités dont l’intérêt pour les populations n’est pas évident, l’argent est vite mobilisé. Pour revenir à la propagation de la fièvre rouge, l’on a envie de dire que l’Afrique est en train de payer pour son manque de vision. Gouverner, dit-on, c’est prévoir. Mais en Afrique, c’est tout le contraire. C’est le pilotage à vue qui est érigé en mode de gouvernance. Lorsque survient la moindre urgence, c’est le sauve-qui-peut, nos Etats donnant l’impression d’être complètement désarmés. D’ailleurs, le fait qui consiste pour les princes qui nous gouvernent de courir, toutes affaires cessantes, en Occident, même pour soigner leurs petits bobos, est un aveu du peu d’intérêt et de crédit qu’ils accordent à nos structures sanitaires et à nos spécialistes de la santé. La tendance est loin d’être inversée. En effet, nos hôpitaux se présentent de plus en plus comme des antichambres de la mort : les urgences médicales sont difficilement assurées, l’encombrement et l’insalubrité crèvent les yeux. Le Pays
It is traditional beliefs and modern expressions of Christianity that is contributing to the spread of Ebola. This is not just a biomedical crisis, this is driven by beliefs, behaviours and denial. (…) It is enough to have one person who, for example, is at a funeral and can go on to contaminated 10 to 20 people, and it all starts again. (…) We thought it was over, and then a very well known person, a woman who was a powerful traditional practitioner and the head of a secret society, died (…) ‘People from three countries came to her funeral, there dozens of people got infected. From there the virus spread to Sierra Leone and Liberia. (…) It took about 1,000 Africans dying and two Americans being repatriated. That’s basically the equation in the value of life and what triggers an international response. Professor Peter Piot (director of the London School of Hygiene and Tropical Medicine)
Ultimately the spread is due to different cultural practices, as well as infrastructure. Chief among these is how people handle disease, from the avoidance, to the treatment, containment, and the handling of the victims. One aspect of certain beliefs and practices in the area is a deep distrust of medicine, as accusations of cannibalism by doctors, alongside suspicion that the disease is caused by witchcraft, and other conspiracy theories have caused riots outside treatment centres in Sierra Leone, and families to break into hospital to remove patients. The primary issue, however, is the funerary practices. The virus is able to capitalize on the tenderness in West African traditions, with devastating results. Traditional funeral proceedings in West Africa in involve lots of touching, kissing, and general handling (like washing) of the deceased; each victim, in effect, becomes far more dangerous after the virus has killed. A big part of this containment is the fact that urban centres are both better able to handle dangerous cases, and less likely to host them in the first place. This is especially bad, because it means that the most deadly strains are spread the most, and milder variants go extinct. The good news? It’s unlikely that Ebola will become a global pandemic. While there is some possibility of mutations occurring that increase the ability to spread, the fundamental mechanism that makes it deadly would likely be interrupted. The bad news is that until the population is educated in hygiene, the medical establishment, and the dangers of eating carrier species (pig, monkeys, and bats) the virus will continue to ravage these smaller villages. Oneclass
The idea is to train these people here to go back and disseminate the main instructions about the disease.” An Ebola infection often looks like malaria at first, so people may not suspect they have it. It later progresses to the classic symptoms of a hemorrhagic fever, with vomiting, diarrhea, high fever and both internal and external bleeding. With so many bodily fluids pouring from a patient, it is easy to see how caregivers could become infected. we’ve shown people how to do a traditional burial, only wearing gloves. And you can allow the body to be washed briefly. Workers have been attentive to the traditions, allowing the body to be wrapped without exposing people to the virus.” Genetic analysis of the virus causing the current outbreaks show it’s distinct from the virus seen in east Africa. This suggests it may be from a local source. No one’s sure just where Ebola cames from. It can affect great apes but fruit bats are a prime suspect. Today

 C’est Sarkozy qui avait raison !

Croyances et rites funéraires d’un autre âge, sorcellerie, déni, théories du complot, suspicion généralisée des administrations locales, méfiance à l’égard de la médecine occidentale, guerres civiles, dictatures corrompues, effondrement des systèmes de santé, attaques de centres d’isolement  …

A l’heure où 50 ans après les indépendances et des dizaines de milliards de ressources et d’aide détournées (pour un total d’au moins mille milliards de dollars sur 60 ans pour la seule aide au développement !) …

Un continent qui continue à concentrer les misères du monde (70% des cas de VIH, 90% des cas de choléra et des décès de paludisme, entre 26 et 40% d’alphabétisation, sans parler des filles, pour les pays les plus pauvres) 

Est en train, avec l’une des pires épidémies de son histoire et pendant qu’à l’instar de leurs coreligionnaires d’Irak les djihadistes sahéliens multiplient les exactions, de démontrer au monde toute l’étendue de son sous-développement …

Pendant que jusqu’en Occident même certains propagent les pires théories du complot

Comment ne pas repenser aux paroles, qui avait tant été dénoncées, du discours de Dakar de l’ancien président Sarkozy de juillet 2007 sur la non-entrée dans l’histoire de l’homme noir ?

Et ne pas voir, comme l’ont bien perçu nombre de commentateurs en Afrique même, que c’était bien Sarkozy qui avait raison ?

RAVAGES DE LA FIEVRE ROUGE : Quand Ebola ébranle l’âme de l’Afrique
Avec le virus Ebola, l’identité culturelle est dangereusement remise en cause par une épidémie qui, du début de l’année à ce jour, a fait 887 morts en Afrique subsaharienne. Des cas ont été signalés aux Etats-Unis.

Le Pays

5 août 2014

Si les deux cas révélés aux Etats-Unis étaient effectivement hors de danger, cela augurerait de bonnes perspectives pour la recherche. Celle-ci semble piétiner depuis la découverte du virus en 1976. A ce propos, l’Occident n’est point exempt de critique. Pourquoi avoir tant négligé les risques de propagation du mal qui avait d’abord sévi en Afrique centrale ? Sans aller jusqu’à jeter l’anathème sur l’Occident, il conviendrait de s’interroger sur le manque patent de médicaments à ce jour : insuffisance de ressources ou tout simplement manque de volonté politique ? Avec les révélations de cas en Occident (Etats-Unis), il faut souhaiter de meilleures dispositions, afin que la recherche vienne à bout de ce fléau.

Ebola s’attaque à nos valeurs culturelles

En tout cas, selon l’OMS, il existe des traitements, même si aucun vaccin homologué n’a encore vu le jour. Cela vient ainsi contredire les idées reçues selon lesquelles la maladie est mortelle à 100%. Que dire du docteur Kent Brantly et de son assistante Nancy Writebol, de retour aux Etats-Unis, après avoir contracté le virus lors de leur mission au Liberia ? Hospitalisés, ils avaient reçu plusieurs injections d’un mystérieux sérum baptisé ZMapp, conçu à San Diego en Californie. Les deux coopérants qui se trouvaient dans un état critique, seraient aujourd’hui dans un état « stable ». Jusque-là, le sérum n’avait été testé que sur quatre singes infectés par Ebola. Ils ont survécu après avoir reçu une dose du produit.Malheureusement, des membres des personnels de santé d’Afrique n’auront pas eu la chance des deux experts américains. Tombés les armes à la main, ces médecins, infirmiers ou sages-femmes méritent d’être célébrés. Le drame avec Ebola, c’est que cette épidémie s’attaque cruellement et insidieusement à nos valeurs culturelles ! Il y a par exemple la question des enterrements traditionnels, où les familles touchent le corps pendant les rites funéraires. Qui, à présent, pour s’occuper d’une personne emportée par le virus Ebola ? Au Liberia, de nombreux malades atteints par le virus Ebola, préfèrent rester chez eux plutôt que de se rendre dans les centres de santé.

La psychose s’est répandue partout. Nul ne se sent désormais à l’abri, dans une Afrique lacérée par des traditions hétéroclites et des pratiques religieuses tenaces. Combattre le virus Ebola, que d’engagements, d’implications mais surtout de renoncements ! Des marchés aux rassemblements qu’occasionnent les naissances, les mariages, les baptêmes, les deuils, les prières et autres rites funéraires, les Africains aiment à s’illustrer comme de bons exemples. Qu’ils soient simples fidèles, parents, amis, connaissances ou voisins, ils ne veulent pas se voir rejetés pour avoir failli un tant soit peu.

La lutte contre Ebola est difficile, mais pas impossible ! Elle devra se mener vaille que vaille, au plan individuel et collectif. Avec Ebola, au-delà des modes de vie, c’est aussi le mode de fonctionnement de la cellule familiale et de la société tout entière qu’il faudra revoir. Il faudra oser s’attaquer à des valeurs ancrées dans la cosmogonie africaine, revisiter nos croyances et nos comportements. De vrais défis ! Au Nigeria, on a dû incinérer le cadavre d’une victime d’Ebola. Le médecin qui l’avait soigné a aussi été mis en quarantaine. Pourra-t-on intégrer ces pratiques dans les nouvelles habitudes ? Il le faut pourtant. Pire que la peste et le choléra réunis, l’épidémie d’Ebola détruit les espaces de solidarité.

Des dispositions plus rigoureuses doivent être prises

Les pesanteurs socioculturelles ajoutées au manque de moyens (humains, matériels, financiers), le manque de coordination des actions, font de la fièvre rouge, une maladie aussi redoutable qu’effroyable sur le continent. Le médecin traitant, lui-même, est vulnérable. Une implication de l’Occident est requise. Elle doit être forte. Mais, parce qu’il engloutit des sommes colossales, l’Occident doit exiger en contrepartie que les dirigeants africains s’assument plus sérieusement que face au SIDA. En effet, le problème de la délinquance politique et économique reste toujours posé du côté de l’Afrique. Outre les questions relatives à l’hygiène publique et à l’assainissement, des problèmes de mal gouvernance se trouvent au cœur même de la gestion de nos grands fléaux. Pour le cas d’Ebola, celle-ci se propage parce que les politiques africaines de développement, de santé, d’environnement, de population tout court, sont généralement inadéquates. A preuve, des mesures préventives sont recommandées, sans que des dispositions ne soient toujours prises pour annihiler les conséquences fâcheuses au plan socio-économique. Il est bien de défendre aux gens de manger de la viande de brousse ou de chauves-souris, pour se prémunir contre l’infection au virus d’Ebola. Mais, que faire pour compenser les pertes au niveau des chasseurs, des intermédiaires et des vendeurs de viandes prisées de certaines populations ?

Il faudra veiller à une saine utilisation des fonds qui seront mis à la disposition des Etats frappés par le mal. Le passé est à ce sujet suffisamment lourd d’enseignements. Face au SIDA, que n’a-t-on pas vu sur ce continent? La délinquance à tous les étages, impliquant des personnes insignifiantes et des hauts cadres, y compris le sommet de l’Etat. Face à l’épidémie d’Ebola, des dispositions plus rigoureuses doivent être prises. Si Ebola fait des ravages au point d’ébranler l’âme de l’Afrique, il faut éviter que les délinquants à col blanc ne perpétuent continuellement la saignée du continent, en profitant sans vergogne et impunément des efforts de la communauté internationale. L’expérience de fléaux comme celle du SIDA montre qu’en Afrique, une saine gestion des fonds, sur fond de bonne gouvernance politique, est un bon préalable au recul de l’épidémie.

Voir aussi:

PROPAGATION DE LA FIEVRE ROUGE : Ebola ou la désintégration des peuples
C’est le branle-bas de combat dans tous les pays ou presque. Ceux qui sont touchés cherchent les voies et moyens de contenir le virus ; les autres pays prennent des mesures nécessaires pour prévenir une quelconque infection. En plus de la sous-région ouest-africaine où le cap des 1 000 morts d’Ebola a été dépassé, selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les Etats-Unis d’Amérique, l’Inde et le Canada font face à la menace Ebola à travers leurs ressortissants vivant dans les pays touchés. Le virus fait des ravages au point d’être classé ennemi public à l’échelle mondiale.

Le Pays

10 août 2014

Pour l’Afrique, la situation est critique

En effet, face à la propagation de la fièvre rouge, la communauté internationale est à présent sur le pied de guerre. L’OMS, au regard de l’ampleur que prend l’épidémie, a estimé que «les conditions d’une urgence de santé publique de portée mondiale sont réunies » et a sonné la mobilisation générale.

Pour l’Afrique particulièrement, la situation est critique. L’état de vétusté des infrastructures sanitaires, la faiblesse des ressources humaines, les problèmes d’hygiène et les traditions funéraires, entre autres, font des pays africains un terreau fertile à la propagation de ce virus. Dans le domaine culturel justement, cette épidémie est en train de détruire l’âme africaine. Les efforts pour contenir les infections commandent, entre autres, une attitude à la limite du rejet des victimes. Les parents et voisins sont invités à éviter de toucher aux corps des personnes ayant succombé, afin d’éviter tout risque de contamination par le virus. Nul doute que cette capacité du virus à se transmettre même après la mort de sa victime, est une cause de panique au sein des populations et cela sape les valeurs légendaires de solidarité africaine de même que des pans de la culture en ce qui concerne le traitement des corps des personnes décédées. Les mesures prises de part et d’autre pour limiter la propagation du virus sont, bien entendu, fort compréhensibles. Les contrôles des passagers dans bien des pays en Afrique de l’Ouest, participent des moyens de contenir l’épidémie. Mais, on peut s’interroger sur l’efficacité de telles mesures. Les frontières en Afrique, faut-il le rappeler, sont très poreuses et il n’est pas évident de pouvoir soumettre à des tests toutes les personnes qui vont d’un pays à un autre. Cela est surtout vrai pour ceux qui voyagent en train, en bus ou par divers autres moyens de déplacement. Ils sont difficiles à passer au scanner des forces de contrôle. C’est le cas notamment des voyageurs qui empruntent de simples pistes et sentiers reliant des pays. Cela dit et loin de jouer les oiseaux de mauvais augure, il est certain que le virus touche déjà bien plus de pays ouest-africains que la Sierra Leone, le Liberia, la Guinée et le Nigeria. Il ne faut pas se leurrer, le mal touche probablement plus de pays qu’on ne le pense. Et cela n’est pas sans conséquence sur l’intégration des peuples et les activités économiques. En effet, les mesures de riposte ou de prévention prises par la plupart des pays, ont un impact certain sur la libre circulation des personnes. Les entrées étant plus contrôlées aux frontières terrestres ou aériennes des pays, les voyages sont rendus de facto, plus difficiles. De plus, la psychose des contaminations amène des populations à limiter par elles-mêmes leurs déplacements vers d’autres pays, à défaut de les annuler purement et simplement.

La volonté politique et les moyens ne sont pas à la hauteur

En cela, on peut dire que le virus Ebola est un facteur de désintégration des peuples. Et cette désintégration s’accompagne d’une morosité des activités économiques. En témoigne la suspension des liaisons aériennes entre certains pays. L’espoir une fois de plus pourrait venir de l’Occident, notamment de l’Amérique. En tout cas, il est attendu beaucoup du sérum expérimental développé par les Etats-Unis d’Amérique. Il faut croiser les doigts pour que ce vaccin soit le plus rapidement possible, disponible avant 2015, comme initialement prévu et qu’il soit efficace. Certes, on peut se dire qu’il aura fallu que les économies et des vies occidentales soient en danger pour que la réponse s’organise à l’échelle mondiale et que des esquisses de solution voient le jour. Mais ce serait faire un faux procès à l’Occident que de ne voir la situation que sous ce prisme. Les Occidentaux défendent leurs intérêts et c’est, le moins du monde, normal. Il est de bon ton que les Etats-Unis d’Amérique se préoccupent du sort de leurs compatriotes contaminés par un virus de l’autre côté de la planète et cela devrait donner à réfléchir à bien des gouvernants. Car, la vérité c’est que l’Afrique a, une fois de plus, failli. Comme à son habitude, elle aura manqué de prospective. Si non, comment comprendre qu’un virus qui a fait son apparition depuis 1976 et fait jusque-là de nombreuses victimes en Afrique centrale, n’ait pas, près de 40 ans après, encore été pris au sérieux au point qu’il puisse ressurgir et faire autant de victimes ? Comment comprendre que malgré tous les discours sur la souveraineté de l’Afrique, le sort et le salut du continent soient encore entre les mains des mêmes Occidentaux régulièrement conspués ? Que reste-t-il vraiment encore de la fierté des Africains ? Hélas, tout ce qui intéresse vraiment les dirigeants africains, c’est le pouvoir. C’est le moins que l’on puisse dire au regard du fait qu’ils sont incapables de résoudre les problèmes de santé et d’éducation des populations pour ne citer que cela. L’Afrique devrait pouvoir prendre en charge elle-même la recherche dans des domaines où ses intérêts sont en jeu. Elle a la matière grise pour cela. Seulement, l’esprit d’anticipation fait largement défaut. On attend toujours que la situation soit hors de contrôle ou en passe de l’être, pour réagir. De plus, la volonté politique et les moyens ne sont pas à la hauteur pour des pays qui rêvent d’émergence. Il n’y a qu’à observer les parts des budgets réservées à la recherche qui, comme on le sait, sont généralement modiques sous nos tropiques. Pourtant, il est évident que dans la lutte contre le virus Ebola et les autres maladies qui écument le continent, si les chercheurs africains arrivaient à mettre au point des vaccins ou des remèdes dont la qualité scientifique est éprouvée, le reste du monde ne pourrait que s’incliner devant de telles découvertes. C’est dire que le respect et la reconnaissance des autres en matière de recherches scientifiques comme dans bien d’autres domaines, se méritent. Aux Africains donc de se ressaisir, à commencer par leurs dirigeants, pour mériter le respect qu’ils réclament des autres, mais aussi et surtout pour prendre en main eux-mêmes leur destin.

Voir encore:

PROPAGATION DE LA FIEVRE ROUGE : Quand Ebola met à nu les tares des systèmes sanitaires africains
La gouvernance des Etats africains présente beaucoup d’insuffisances. Il n’y a que les personnes de mauvaise foi qui peuvent en douter. Une des illustrations les plus frappantes de ce fait est la situation chaotique dans laquelle se trouvent nos systèmes de santé. En effet, la propagation du virus Ebola a contribué à mettre à nu toute l’étendue de cette triste réalité, qui doit désormais interpeller toutes les consciences. Lorsque l’on fait l’état des lieux, l’on peut avoir des raisons objectives d’être remonté contre nos gouvernants.

Pousdem Pickou

Le Pays
21 août 2014

L’Afrique est en train de payer pour son manque de vision

Les zones d’ombre sont nombreuses. Elles se rapportent notamment à l’insuffisance du personnel soignant qualifié, au niveau rudimentaire des plateaux techniques, à la gestion artisanale des structures de santé, au manque de professionnalisme et de motivation des agents de santé, etc. Dans ces conditions, l’on comprend pourquoi la moindre épidémie peut constituer une véritable épreuve pour les autorités sanitaires. Certes, Ebola n’est pas comme les autres maladies infectieuses, mais la précarité et le dénuement dans lesquels évoluent les systèmes sanitaires de bien des Etats africains, peuvent expliquer en partie sa propagation. Lorsque l’on prend le cas du Libéria qui est l’un des pays le plus touché par le virus, l’on peut tomber des nues de constater que ce pays, qui est indépendant depuis 1847, dispose seulement de 250 médecins, soit un ratio effroyable d’un ou de deux médecins pour 100 000 habitants. Il n’est donc pas étonnant que le pays de William Tolbert ait beaucoup de mal à déployer un personnel qualifié suffisant, pour la prise en charge des personnes infectées et affectées. Que l’on n’aille surtout pas brandir l’insuffisance de moyens financiers pour justifier cet état de fait. En effet, le Libéria regorge d’énormes richesses minières dont l’exploitation judicieuse pourrait permettre au peuple libérien de sortir la tête de l’eau. Malheureusement, ces richesses sont exploitées au profit d’une caste politique qui vit sur un îlot d’opulence, dans un océan de misère et d’indigence indescriptibles. L’exemple du Libéria est celui de la plupart des Etats africains. Lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins de base des populations en termes d’éducation, de santé, de logement, l’on n’hésite pas en haut lieu à invoquer le manque de moyens financiers et à tendre sans gêne la sébile à la communauté internationale. Par contre, lorsqu’il s’agit de dépenser pour réaliser des activités dont l’intérêt pour les populations n’est pas évident, l’argent est vite mobilisé. Pour revenir à la propagation de la fièvre rouge, l’on a envie de dire que l’Afrique est en train de payer pour son manque de vision. Gouverner, dit-on, c’est prévoir.

Il y a urgence à repenser les systèmes de santé des pays africains

Mais en Afrique, c’est tout le contraire. C’est le pilotage à vue qui est érigé en mode de gouvernance. Lorsque survient la moindre urgence, c’est le sauve-qui-peut, nos Etats donnant l’impression d’être complètement désarmés. D’ailleurs, le fait qui consiste pour les princes qui nous gouvernent de courir, toutes affaires cessantes, en Occident, même pour soigner leurs petits bobos, est un aveu du peu d’intérêt et de crédit qu’ils accordent à nos structures sanitaires et à nos spécialistes de la santé. La tendance est loin d’être inversée. En effet, nos hôpitaux se présentent de plus en plus comme des antichambres de la mort : les urgences médicales sont difficilement assurées, l’encombrement et l’insalubrité crèvent les yeux. Ces réalités laissent de marbre certains gouvernants. C’est dans ce contexte que certains Etats africains poussent l’indécence jusqu’à l’extrême, en parlant d’émergence. Face à un tel ridicule qui consiste à se chatouiller pour rire, l’on a envie de se poser la question suivante : Sacrée Afrique, quand est-ce que tu vas cesser d’être la risée des autres ? Cela dit, aujourd’hui plus jamais, il y a urgence à repenser les systèmes de santé des pays africains. Cela nécessite certes des moyens financiers, mais surtout de l’ingéniosité et de la volonté politique. L’Afrique a certainement des chercheurs de qualité. Mais encore faut-il qu’ils aient le minimum de moyens pour mener leurs recherches. C’est en adoptant de nouvelles résolutions, en termes de bonne gouvernance, que l’on pourra dire que l’Afrique a tiré leçon des ravages que la fièvre rouge est en train de faire sur son sol.

Voir de plus:

L’homme africain et l’histoire

Henri Guaino
Le Monde

26.07.2008

Il y a un an à Dakar, le président de la République française prononçait sa première grande allocution en terre africaine. On sait le débat qu’elle a provoqué. Jamais pourtant un président français n’avait été aussi loin sur l’esclavage et la colonisation : « Il y a eu la traite négrière. Il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité tout entière (…). Jadis les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont eu tort. »

Mais il a voulu rappeler en même temps que, parmi les colons, « il y avait aussi des hommes de bonne volonté (…) qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles (…) ». Il doit beaucoup à Senghor, qui proclamait : « Nous sommes des métis culturels. » C’est sans doute pourquoi il a tant déplu à une certaine intelligentsia africaine qui trouvait Senghor trop francophile. Il ne doit en revanche rien à Hegel. Dommage pour ceux qui ont cru déceler un plagiat. Reste que la tonalité de certaines critiques pose une question : faut-il avoir une couleur de peau particulière pour avoir le droit de parler des problèmes de l’Afrique sans être accusé de racisme ?

A ceux qui l’avaient accusé de racisme à propos de Race et culture (1971), Lévi-Strauss avait répondu : « En banalisant la notion même de racisme, en l’appliquant à tort et à travers, on la vide de son contenu et on risque d’aboutir à un résultat inverse de celui qu’on recherche. Car qu’est-ce que le racisme ? Une doctrine précise (…). Un : une corrélation existe entre le patrimoine génétique d’une part, les aptitudes intellectuelles et les dispositions morales d’autre part. Deux : ce patrimoine génétique est commun à tous les membres de certains groupements humains. Trois : ces groupements appelés « races » peuvent être hiérarchisés en fonction de la qualité de leur patrimoine génétique. Quatre : ces différences autorisent les « races » dites supérieures à commander, exploiter les autres, éventuellement à les détruire. »

Où trouve-t-on une telle doctrine dans le discours de Dakar ? Où est-il question d’une quelconque hiérarchie raciale ? Il est dit, au contraire : « L’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen. » Et « le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, de sa pensée, de sa culture, car pour ce qui est de l’art, de la pensée, de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique ».

Est-ce raciste de dire : « En écoutant Sophocle, l’Afrique a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait cru et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter » ?

Parler de « l’homme africain » était-il raciste ? Mais qui a jamais vu quelqu’un traité de raciste parce qu’il parlait de l’homme européen ? Nul n’ignore la diversité de l’Afrique. A Dakar, le président a dit : « Je veux m’adresser à tous les Africains, qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, la même religion, les mêmes coutumes, la même culture, la même histoire, et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme Africains. »

Chercher ce que les Africains ont en commun n’est pas plus inutile ni plus sot que de chercher ce que les Européens ont en partage. L’anthropologie culturelle est un point de vue aussi intéressant que celui de l’historien sur la réalité du monde.

UN DISCOURS POUR LA JEUNESSE

Revenons un instant sur le passage qui a déchaîné tant de passions et qui dit que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Nulle part il n’est dit que les Africains n’ont pas d’histoire. Tout le monde en a une. Mais le rapport à l’histoire n’est pas le même d’une époque à une autre, d’une civilisation à l’autre. Dans les sociétés paysannes, le temps cyclique l’emporte sur le temps linéaire, qui est celui de l’histoire. Dans les sociétés modernes, c’est l’inverse.

L’homme moderne est angoissé par une histoire dont il est l’acteur et dont il ne connaît pas la suite. Cette conception du temps qui se déploie dans la durée et dans une direction, c’est Rome et le judaïsme qui l’ont expérimentée les premiers. Puis il a fallu des millénaires pour que l’Occident invente l’idéologie du progrès. Cela ne veut pas dire que dans toutes les autres formes de civilisation il n’y a pas eu des progrès, des inventions cumulatives. Mais l’idéologie du progrès telle que nous la connaissons est propre à l’héritage des Lumières.

En 1947, Emmanuel Mounier partait à la rencontre de l’Afrique, et en revenant il écrivit : « Il semble que le temps inférieur de l’Africain soit accordé à un monde sans but, à une durée sans hâte, que son bonheur soit de se laisser couler au fil des jours et non pas de brûler les espaces et les minutes. » Raciste, Mounier ?

A propos du paysan africain, le discours parle d’imaginaire, non de faits historiques. Il ne s’agissait pas de désigner une classe sociale, mais un archétype qui imprègne encore la mentalité des fils et des petits-fils de paysans qui habitent aujourd’hui dans les villes.

L’Afrique est le berceau de l’humanité, et nul n’a oublié ni l’Egypte ni les empires du Ghana et du Mali, ni le royaume du Bénin, ni l’Ethiopie. Mais les grands Etats furent l’exception, dit Braudel, qui ajoute : « L’Afrique noire s’est ouverte mal et tardivement sur le monde extérieur. » Raciste, Braudel ?

L’homme africain est entré dans l’histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ?

Ce discours ne s’adressait pas aux élites installées, aux notables de l’Afrique. Mais à sa jeunesse qui s’apprête à féconder l’avenir. Et il lui dit : « Vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le coeur et dans l’âme de l’Afrique », la liberté, la justice, la démocratie, l’égalité vous appartiennent aussi.

L’Afrique n’est pas en dehors du monde. D’elle aussi, il dépend que le monde de demain soit meilleur. Mais l’engagement de l’Afrique dans le monde a besoin d’une volonté africaine, car « la réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes ». Cessons de ressasser le passé et tournons-nous ensemble vers l’avenir. Cet avenir a un nom : l’Eurafrique, et l’Union pour la Méditerranée en est la première étape. Voilà ce que le président de la République a dit en substance à Dakar.

On a beaucoup parlé des critiques, moins de ceux qui ont approuvé, comme le président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki. On n’a pas parlé du livre si sérieux, si honnête d’André Julien Mbem, jeune philosophe originaire du Cameroun. Parlera-t-on du livre si savant à paraître bientôt à Abidjan de Pierre Franklin Tavares, philosophe spécialiste de Hegel, originaire du Cap-Vert ?

L’éditorial du quotidien sénégalais Le Soleil du 9 avril dernier était intitulé : « Et si Sarkozy avait raison ? » Bara Diouf, grande figure du journalisme africain, qui fut l’ami de Cheikh Anta Diop (1923-1986, historien et anthropologue sénégalais), écrivait : « Le siècle qui frappe à notre porte exige notre entrée dans l’histoire contemporaine. »

Raciste, Bara Diouf ou mauvais connaisseur de l’Afrique ?

Toute l’Afrique n’a pas rejeté le discours de Dakar. Encore faut-il le lire avec un peu de bonne foi. On peut en discuter sans mépris, sans insultes. Est-ce trop demander ? Et si nous n’en sommes pas capables, à quoi ressemblera demain notre démocratie ?

Henri Guaino est conseiller spécial du président de la République

Voir encore:

Ebola : « Le risque n’est pas majeur dans les pays développés »
Tatiana Salvan

Libération

17 octobre 2014

INTERVIEW Selon le microbiologiste Jean-Pierre Dedet, les conditions d’une épidémie ne sont pas réunies en Occident. Mais Ebola sera bien l’une des plus grandes épidémies africaines.

Avec l’annonce d’un deuxième cas d’infection par le virus Ebola aux Etats-Unis, l’Occident redoute plus que jamais qu’Ebola ne franchisse les frontières. La France vient d’annoncer la mise en place d’un dispositif de contrôle sanitaire dans les aéroports français. Mais pour Jean-Pierre Dedet, professeur émérite à l’université Montpellier I et microbiologiste, auteur de Epidémies, de la peste noire à la grippe A/H1N1 (2010), l’épidémie d’Ebola restera concentrée en Afrique.

Sur le même sujetLe Sénégal n’est plus touché par Ebola
Selon l’OMS, l’épidémie d’Ebola pourrait faire 10 000 nouveaux cas par semaine. Existe-il un véritable risque de pandémie ?

En Afrique, oui, il y a un risque d’épidémisation, mais je ne pense pas qu’elle puisse s’étendre au reste du monde. Bien sûr, il y aura des cas sporadiques en Occident, on recensera encore quelques personnes contaminées venues d’Afrique, ainsi que quelques cas d’infections survenues au contact de ces malades. Mais cela restera très rare. D’une part, les conditions du cycle de propagation naturelle du virus ne sont pas réunies comme c’est le cas en Afrique, où nous avons un parasite porteur du virus, de fortes concentrations humaines, certains comportements humains ou rites particuliers (comme toucher les morts), des conditions sanitaires défavorables, un certain type d’alimentation, etc. D’autre part, le développement de la médecine occidentale permet de mettre en place des moyens d’action pour éviter une généralisation, avec notamment l’isolement absolu du patient, un strict protocole, des équipements médicaux pointus et le développement de stratégies de détection rapide du virus. Malgré un manque au niveau des traitements à l’heure actuelle, le risque n’est donc pas majeur dans les pays développés, mais Ebola sera l’une des plus grandes épidémies africaines.

Comment situer Ebola par rapport aux autres grandes épidémies ?

Le XXe siècle a marqué le retour des épidémies : dans les années 70, sont apparues les fièvres hémorragiques (dont Ebola); dans les années 80, le VIH; dans les années 90, l’hépatite C; et dans les années 2000, le Sras, la grippe H1N1, le chikungunya, etc. Ces maladies n’ont pas toutes les mêmes caractéristiques épidémiologiques ni la même transmission vectorielle, mais elles se sont propagées à cause d’une série de facteurs, comportementaux et environnementaux. Les échanges, les migrations, les voyages intercontinentaux, mais aussi la pénétration humaine en forêt et la déforestation, qui ont amené les hommes à entrer en contact avec une faune sauvage porteuse d’agents pathogènes, ont favorisé la contamination. Et l’Afrique est un continent qui a un lot considérable d’agents infectieux.

Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’Ebola n’est pas le seul fléau en Afrique. Des études ont montré que ce continent concentre 70% des cas de VIH et 90% des cas de choléra. Et 90% des décès de paludisme surviennent en Afrique. Mais il y a aussi toute une conjonction qui fait que c’est un continent malade. La structure sanitaire y est déficitaire, du fait des régimes instables ou des zones de guerre. C’est aussi un territoire de migration. Et encore une fois, les comportements humains sont souvent responsables de la propagation des virus.

Les fléaux médicaux en Afrique en 2012 comparés à l’épidémie d’Ebola en 2014

L’éducation est donc essentielle pour éviter les épidémies ?

L’éducation en général, et l’éducation sanitaire en particulier, joue un rôle fondamental. De simples gestes d’hygiène permettraient de réduire les fléaux médicaux qui touchent l’Afrique. Par exemple, les diarrhées «normales» tuent chaque année des centaines de milliers d’enfants. Se laver les mains permettrait de réduire de 50% le taux de mortalité.

Peut-on comparer le virus Ebola au VIH ?

Ils ont un point commun : la transmission directe interhumaine. Mais Ebola est plus dangereux dans le sens où tous les émonctoires (l’urine, la salive, le liquide séminal…) sont vecteurs de transmission. Le simple fait de toucher le patient est dangereux, ce qui n’est pas le cas avec le sida. Néanmoins, le sida est une maladie chronique de longue durée, tandis qu’Ebola est une maladie très aiguë, avec un très fort taux de mortalité, très rapide. Avec Ebola, l’épidémisation est donc moins forte.

Cette épidémie peut influencer le mode de fonctionnement de la société africaine ?

J’espère en tout cas qu’Ebola servira de déclencheur pour les différents régimes politiques, qu’ils deviendront plus désireux d’investir l’argent dans un système de santé efficace, sans détourner les fonds. J’espère aussi que cette épidémie va faire prendre conscience aux organisations internationales qu’il faut accorder une aide majeure à l’Afrique, et lui apporter une aide logistique et humaine plus importante. On a commencé, mais c’est encore timide.

Pour ce qui est de la société elle-même, des efforts considérables d’information sont à faire. Mais passé une période d’incompréhension et la recherche de responsables (la population met notamment en cause les pouvoirs politiques), la société pourra peut-être aussi changer beaucoup de comportements.

Voir de même:

Peur
Le virus Ebola alimente les théories du complot
Pierre Haski
Rue 89
03/08/2014

Obama veut imposer une « tyrannie médicale » et des médecins apportent la maladie en Afrique. Voilà les explications qui émergent alors que l’épidémie s’amplifie, et menacent prévention et mesures de précaution.

Une épidémie d’une maladie incurable, mystérieuse, alimente toujours les théories du complot ou les thèses farfelues. Ce fut le cas du sida dans les années 80, avant que le monde devienne -hélas- familier de ce virus ; c’est aujourd’hui le cas d’Ebola, qui sévit en Afrique de l’ouest.

Le rapatriement aux Etats-Unis, samedi, d’un médecin américain contaminé par le virus Ebola, a donné un nouvel élan aux amateurs de complots, jouant avec le risque de prolifération de l’épidémie sur le sol américain.

Le Dr Kent Brantly, qui travaillait au Libéria avec les patients d’Ebola, a été contaminé et rapatrié samedi à Atlanta, où il est arrivé revêtu d’un scaphandre de protection, suffisamment fort pour descendre seul de l’ambulance. Une deuxième américaine contaminée devrait être rapatriée dans les prochains jours, dans les mêmes conditions.

« Complot eugéniste et mondialiste »
Dès samedi, l’un des « complotistes » les plus célèbres des Etats-Unis, Alex Jones, qui débusque le « globaliste » derrière chaque geste de l’administration américaine et a l’oreille du « Tea Party », s’en est ému dans une vidéo sur son site Infowars.com et sur YouTube. Il s’insurge :

« Mesdames, Messieurs, c’est sans précédent pour un gouvernement occidental d’amener une personne atteinte de quelque chose d’aussi mortel qu’Ebola dans leur propre pays. (…) C’est le signe qu’on cherche à susciter la terreur et l’effroi, afin d’imposer une tyrannie médicale encore plus forte. »

Pour ce « guerrier de l’info », comme il se décrit, qui n’a pas moins de 250 000 abonnés à son compte Twitter, le virus ne restera pas confiné à l’hôpital et s’échappera. « Il s’agit d’un gouvernement et d’un système politique qui se moquent des gens », accusant les « eugénistes “ et les ‘mondialistes’ de déployer un scénario catastrophe.

Au même moment, pourtant, les autorités américaines expliquent qu’elles ont ramené le Dr Brantly à Atlanta pour lui donner une chance de survivre, en renforçant ses défenses dans l’espoir qu’il surmonte l’attaque du virus. Le taux de mortalité de cette souche d’Ebola n’est ‘que’ de 60% environ, contre plus de 90% pour d’autres épidémies antérieures en Afrique.

Et ils le font dans l’endroit le plus adapté : Atlanta est le siège du Centre de contrôle des maladies infectieuses (CDC) aux Etats-Unis, et de l’un des seuls labos au monde spécialisés dans les virus, un laboratoire de niveau P4, le plus élevé et dans lequel la sécurité est la plus rigoureuse, avec plusieurs sas de décontamination pour s’y déplacer. L’autre labo du même type au monde se trouve … à Lyon.

‘Ebola, Ebola’
Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la menace d’Ebola suscite fantasmes et peurs quasi-millénaristes : Adam Nossiter, l’envoyé spécial du New York Times racontait il y a quelques jours de Guinée –l’un des pays les plus touchés par Ebola– comment des villageois ont constitué des groupes d’autodéfense pour empêcher les équipes médicales d’approcher. ‘Partout où elles passent, on voit apparaître la maladie’, dit un jeune Guinéen interdisant l’accès de son village.

Son récit se poursuit :

‘Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes.

C’est très inhabituel, on ne nous fait pas confiance, dit Marc Poncin, coordinateur pour la Guinée de Médecins sans Frontières, le principal groupe luttant contre le virus. Nous ne pouvons pas stopper l’épidémie.’
Le journaliste ajoute que les gens s’enfuient à la vue d’une croix rouge, et crient ‘Ebola, Ebola’ à la vue d’un Occidental. Un homme en train de creuser une tombe pour un patient décédé du virus conclut : ‘nous ne pouvons rien faire, seul Dieu peut nous sauver’.

Sur le site du New Yorker, Richard Preston, auteur d’un livre sur Ebola dont nous avons cité de larges extraits récemment, raconte qu’au Libéria, les malades d’Ebola quittent la capitale, Monrovia, dont le système de santé est dépassé par l’épidémie, et retournent dans leur village d’origine pour consulter des guérisseurs ou simplement rejoindre leurs familles. Au risque de diffuser un peu plus le virus.

Le sida pour ‘décourager les amoureux’
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées.

Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie.

Avec le temps, la connaissance de la maladie et de ses modes de transmission a progressé, même s’il reste de nombreuses inégalités dans les accès aux soins.

Bien que le virus ait été identifié en 1976, il y a près de quatre décennies, les épidémies ont été très localisées, et de brève durée. Elle reste donc peu connue en dehors des spécialistes, et surtout entourée d’une réputation terrifiante : pas de remède, fort taux de mortalité, virus mutant…

Avec retard, la mobilisation internationale se met en place pour contenir l’épidémie apparue en Afrique de l’Ouest. L’information des populations n’est pas la tache la moins importante. Même s’il est probable qu’aucun argument rationnel ne pourra convaincre Alex Jones et ses disciples que l’administration Obama, malgré tous ses défauts, n’est pas en train d’importer Ebola pour quelque projet d’eugénisme au sein de la population américaine…

Voir par ailleurs:

Kissing the Corpses in Ebola Country
Ebola victims are most infectious right after death—which means that West African burial practices, where families touch the bodies, are spreading the disease like wildfire.

Abby Hagelage

The Daily beast
08.13.14

From 8 a.m. to midnight, wearing three pairs of gloves, the young men of Sierra Leone bury Ebola casualities. An activity that’s earned the Red Cross recruits an unwelcome designation: The Dead Body Management Team.

Some days, just one call to collect a newly deceased victim comes in from the Kailahun district. Some days, the team receives nine. The calls from medical professionals at isolation centers are met with relief. These bodies have been quarantined. The infection can—with copious amounts of disinfectant (bleach) and meticulous attention to detail—end there. Once cleaned and sealed in two body bags, the corpse will be driven to a fresh row of graves. In gowns, boots, goggles, and masks, the men will lower the body into a 6-foot grave below. In these burials, safety trumps tradition.

The harder phone calls that the Dead Body Management Team receives, and the more dangerous burials they perform, take place in the communities themselves. Here, they must walk a delicate line between allowing the family to perform goodbye rituals and safeguarding the living from infecting themselves. The washing, touching, and kissing of these bodies—typical in many West African burials—can be deadly. But prohibiting communities from properly honoring their dead ones—and thereby worsening their distrust in medical professionals—can be deadly, too.

Insufficient medical care, shortage of supplies, and lack of money are undoubtedly contributing to an epidemic the World Health Organization has a deemed a “national disaster.” But with a death toll now topping 1,000 in four countries, it’s the battle over dead bodies that is fueling it.

***

In the remains of a deceased victim, Ebola lives on. Tears, saliva, urine, blood—all are inundated with a lethal viral load that threatens to steal any life it touches. Fluids outside the body (and in death, there are many) are highly contagious. According to the World Health Organization, they remain so for at least three days.

Dr. Terry O’Sullivan, director of the Center for Emergency Management and Homeland Security Policy Research, spent three years volunteering in Sierra Leone. He hasn’t witnessed an Ebola outbreak directly, but has watched a hemorrhagic fever overtake the body—which he describes in vivid detail. “Those that have just died are teeming with virus, in all their fluids,” says O’Sullivan. “That is in fact the worst point because their immune systems are failed…they are leaking out of every orifice. They are extremely dangerous.” A passage in the 2004 paper Containing a Haemorrhagic Fever Epidemic published in the International Journal of Infectious Diseases paints an even bleaker picture. Citing two specific studies, the authors suggest that a “high concentration of the virus is secreted on the skin of the dead.”

With fluids seeping out of every body opening, and potentially every pore, it’s no mystery why the burial rituals of West Africa pose such a danger. In a pamphlet on safety methods for treating victims of Ebola, The World Health Organization outlines proper procedures to prevent infection from spreading outward from a deceased Ebola victim. “Be aware of the family’s cultural practices and religious beliefs,” the WHO document reads. “Help the family understand why some practices cannot be done because they place the family or others at risk for exposure…explain to the family that viewing the body is not possible.”

Villagers began running from the ambulances, trying to burn down hospitals, and attacking humanitarian workers.

Telling this to the families of deceased is one thing—making sure they understand is entirely another. In Sierra Leone, a country whose literacy rate in 2013 was just over 35 percent, it’s particularly challenging. In neighboring Guinea and Liberia, two places with similar levels of poverty and illiteracy, education alone isn’t a viable solution either.

It’s a phenomenon O’Sullivan witnessed firsthand in Sierra Leone. “People have no idea how infectious diseases work. They see people go into the hospital sick and come out dead—or never come out at all,” he says. “They think if they can avoid the hospital they can survive.” This mistrust of the medical world seems to be validated when a family is prohibited from honoring the dead, participating in the funeral, or even seeing the body.

Prior Ebola outbreaks in Africa, specifically in Uganda in 2000, have yielded similar reactions among afflicted communities. Dr. Barry Hewlett and Dr. Bonnie Hewlett, the first anthropologist to be invited by WHO to join a medical intervention team, studied the Ugandan Ebola outbreak. In a book cataloging their experience—Ebola, Culture, and Politics: The Anthropology of an Emerging Disease— they explore the dangers of African burial rituals, as well as the dangers of prohibiting them.

In the Ugandan ceremonies the Hewletts witnessed, the sister of the deceased’s father is responsible for bathing, cleaning, and dressing the body in a “favorite outfit.” This task, they write, is “too emotionally painful” for the immediate family. In the event that no aunt exists, a female elder in the community takes this role on. The next step, the mourning, is where the real ceremony takes place. “Funerals are major cultural events that can last for days, depending on the status of the deceased person,” they write. As the women “wail” and the men “dance,” the community takes time to “demonstrate care and respect for the dead.” The more important the person, the longer the mourning. When the ceremony is coming to a close, a common bowl is used for ritual hand-washing, and a final touch or kiss on the face of the corpse (which is known as a “a love touch”) is bestowed on the dead. When the ceremony has concluded, the body is buried on land that directly adjoins the deceased’s house because “the family wants the spirit to be happy and not feel forgotten.”

According to the Hewletts’ analysis, these burial rituals and funerals are a critical way for the community to safely transfer the deceased into the afterlife. Prohibiting families from performing such rites is not only viewed as an affront to the deceased, but as actually putting the family in danger. “In the event of an improper burial, the deceased person’s spirit (tibo) will cause harm and illness to the family,” the Hewletts write. In Sierra Leone, O’Sullivan experienced similar sentiments when proper burials were not performed. “It is tragic. In those countries they feel very strongly about being able to say goodbye to their ancestors. To not be able to have that ritual, or treat them with the respect they traditionally give for those who passed away is very difficult,” says O’Sullivan. “Especially in concert with the fear of the disease in general.”

Worse than stopping burial rites, found the Hewletts, is keeping the body (and the burial) hidden. Barring relatives from seeing the dead in Uganda fueled hostility and fear—leading some communities to believe that medical professionals were keeping the corpses for nefarious purposes. A mass graveyard near an airfield—an attempt to remedy the problem by allowing families to see, but not touch, the graves—didn’t help. Villagers began running from the ambulances, trying to burn down hospitals, and attacking humanitarian workers. They feared the disease—but they feared the medicine even more, as well as the people delivering it.

***

In a July 28 interview with ABC News, Dr. Hilde de Clerck of Doctors Without Borders described resistance from residents in Sierra Leone, who, he says, accused him and his colleagues of bringing the disease to the country. “To control the chain of disease transmission it seems we have to earn the trust of nearly every individual in an affected family,” de Clerck said. It is, in this case, a seemingly impossible feat.

There aren’t enough health-care workers in all of West Africa to ensure that community burials are performed safely. There aren’t enough in the world to convince every family that banning such a burial isn’t the work of the devil. “It’s gotten out of control,” says O’Sullivan of this new outbreak. “So many people involved who have responded to this in the past are completely overwhelmed. They can’t get the messages out.” Until the medical community can win the trust of West Africans, the infected will miss their chance at potentially life-saving medicine.

Without it, their family members will likely face the same fate.

Voir aussi:

 As Ebola epidemic tightens grip, west Africa turns to religion for succour
Fears evangelical churches that hold thousands and services promising ‘healing’ could ignite new chains of transmission

Monica Mark, west Africa correspondent

The Guardian

17 October 2014

Every Sunday since she can remember, Annette Sanoh has attended church in Susan’s Bay, a slum of crowded tin-roofed homes in Freetown. Now as the Ebola epidemic mushrooms in the capital of Sierra Leone, Sanoh has started going to church services almost every night.

“I believe we are all in God’s hands now. Business is bad because of this Ebola problem, so rather than sit at home, I prefer to go to church and pray because I don’t know what else we can do,” said Sanoh, a market trader. At the church she attends, a small building jammed between a hairdresser’s and two homes, she first washes her hands in a bucket of chlorinated water before joining hands with fellow church members as they pray together.

“We pray Ebola will not be our portion and we pray for hope,” said Sanoh, as the disease this week reached the last remaining district that hadn’t yet recorded a case.

By any measure, West Africa is deeply religious and the region is home to some of the world’s fastest-growing Muslim and Christian populations. Posters and banners strewn across the city are constant reminders of the hope many find in spirituality amid a fearful and increasingly desperate situation. In one supermarket, a notice asking customers to pray for Ebola to end was taped on to a fridge full of butter. It urged Muslims to recite the alfathia; Christians, Our Father; and Hindus Namaste. “For non-believers, please believe in God. Amen, Amina,” it finished.

But officials have fretted about the impact of influential spiritual leaders, worrying that evangelical churches which sometimes hold thousands of faithful and services promising “healing” could ignite new chains of transmission.

As the outbreak races into its eleventh month, leaving behind almost 4,500 dead across Guinea, Liberia and Sierra Leone, experts have warned that an influx of international aid can only contain the epidemic alongside other measures in communities.

“Control of transmission of Ebola in the community, that’s going to be the key for controlling this epidemic,” said Professor Peter Piot, director of the London School of Hygiene and Tropical Medicine, speaking at Oxford University on Thursday.

“Will it be possible without the vaccine? We really don’t know, because it supposes a massive behavioural change in the community; behavioural change about funeral rites, so people don’t touch dead bodies any longer, in carers, as people could be infected while transporting someone to a hospital.”

But there are signs that messages are filtering through. Some churches are playing a critical role in educating their congregations about the disease, which is spread through direct contact with body fluids of those already showing symptoms.

In Liberia, pastor Amos Teah, said once full pews were now largely empty as members feared gathering in crowds, while he has changed the way he conducts his Methodist church services.

“These days we go to church, we sing, but we no longer carry out the tradition of passing the peace. We no longer shake hands. We are even thinking about using spoons to serve communion … to drop the bread into a person’s palm, avoiding all contacts with that person. The church has placed strong emphasis on prevention,” he said.

Among other changes, women no longer wore veils to church, as they were often shared among churchgoers.

In Guinea, an 85% Muslim country, Abou Fofana said he had stopped going to mosque for another reason. “Even though I survived Ebola, nobody wants to come near me. Even my children have faced problems as a result.”

He said he still continued to pray at home. Like many survivors, he credits his faith in helping him pull through.

At the MSF centre in Sierra Leone’s forested interior of Kailahun, Malcolm Hugo, a psychologist, said he hadn’t been able to find an imam willing to visit the centre. So the church services are “mainly filled with Muslims attending,” said Hugo, one particularly bad afternoon in which several children had died.

Health experts and officials warn that the longer the epidemic is left unchecked, the greater the risk of it spreading to other countries in a region where families extend across porous borders.

However, in one piece of rare good news, the UN health agency officially declared an end on Friday to the Ebola outbreak in Senegal. The WHO commended the country on its “diligence to end the transmission of the virus,” citing Senegal’s quick and thorough response.

A case of Ebola in Senegal was confirmed on 29 August in a young man who had travelled by road to Dakar from Guinea, where he had direct contact with an Ebola patient. By 5 September laboratory samples from the patient tested negative, indicating that he had recovered from Ebola. The declaration from WHO came because Senegal made it past the 42-day mark, which is twice the maximum incubation period for Ebola, without detecting more such cases.

“Senegal’s response is a good example of what to do when faced with an imported case of Ebola,” the WHO said in a statement. “The government’s response plan included identifying and monitoring 74 close contacts of the patient, prompt testing of all suspected cases, stepped-up surveillance at the country’s many entry points and nationwide public awareness campaigns.”

“While the outbreak is now officially over, Senegal’s geographical position makes the country vulnerable to additional imported cases of Ebola virus disease,” WHO said.

Additional reporting by Wade Williams in Monrovia

Voir également:

Why foreign aid and Africa don’t mix
Robert Calderisi, Special to CNN
August 18, 2010

Editor’s note: Robert Calderisi has 30 years of professional experience in international development, including senior positions at the World Bank. He is the author of « The Trouble with Africa: Why Foreign Aid Isn’t Working. » He writes for CNN as part of Africa 50, a special coverage looking at 17 African nations marking 50 years of independence this year.

Friday, Charles Abugre of the UN Millennium Campaign writes for CNN about why aid is important for Africa and how it can be made more effective.

(CNN) — I once asked a president of the Central African Republic, Ange-Félix Patassé, to give up a personal monopoly he held on the distribution of refined oil products in his country.

He was unapologetic. « Do you expect me to lose money in the service of my people? » he replied.

That, in a nutshell, has been the problem of Africa. Very few African governments have been on the same wavelength as Western providers of aid.

Aid, by itself, has never developed anything, but where it has been allied to good public policy, sound economic management, and a strong determination to battle poverty, it has made an enormous difference in countries like India, Indonesia, and even China.

Those examples illustrate another lesson of aid. Where it works, it represents only a very small share of the total resources devoted to improving roads, schools, heath services, and other things essential for raising incomes.

Aid must not overwhelm or displace local efforts; instead, it must settle with being the junior partner.

Because of Africa’s needs, and the stubborn nature of its poverty, the continent has attracted far too much aid and far too much interfering by outsiders.

From the start, Western governments tried hard to work with public agencies, but fairly soon ran up against the obvious limitations of capacity and seriousness of African states.

Early solutions were to pour in « technical assistance, » i.e. foreign advisers who stayed on for years, or to try « enclave » or turn-key projects that would be independent of government action.

More recently, Western agencies have worked with non-government organizations or the private sector. Or, making a virtue of necessity, they have poured large amounts of their assistance directly into government budgets, citing the need for « simplicity » and respect for local « sovereignty. »

Through all of this, the development challenge was always on somebody else’s shoulders and governments have been eager receivers, rather than clear-headed managers of Western generosity.

In the last 20 years, some states — like Ghana, Uganda, Tanzania, Mozambique, and Mali — have broken the mould, recognized the importance of taking charge, and tried to use aid more strategically and efficiently. Some commentators would add Benin, Zambia, and Rwanda to that list.

But most African governments remain stuck in a culture of dependence or indifference. There are still too many dictators in Africa (six have been in office for more than 25 years) and many elected leaders behave no differently.

In Zambia last year, journalist Chansa Kabwela sent photographs of a woman giving birth on the street outside a major hospital (where she had been refused admission) to the president’s office, hoping he would look into why this had happened.

Instead, the president, Rupiah Banda, ordered the journalist prosecuted for promoting pornography. She was later acquitted.

Government callousness is one thing. Discouraging investors is even worse. No aid professional ever suggested that outside help was more important than private effort; on the contrary, foreign aid was intended to help lay the foundations for greater public confidence and private savings and investment.

Few economists thought that aid would create wealth, although most hoped that it would help distribute the benefits of growth more evenly. It was plain that institutions, policy, and individual effort were more important than money.

So, where — despite decades of aid — the conditions for private savings and investment are still forbidding, it is high time we ask ourselves why we are still trying to improve them.

The Blair Commission Report on Africa in 2005 reported that 70,000 trained professionals leave Africa every year, and until they — and the 40 percent of the continent’s savings that are held abroad — start coming home, we need to use aid more restrictively.

An obvious solution is to focus aid on the small number of countries that are trying seriously to fight poverty and corruption. Other countries will need to wait — or settle with only small amounts of aid — until their politics or policies or attitudes to the private sector are more promising.

We should also consider introducing incentives for countries to match outside assistance with greater progress in raising local funds.

President Obama is being criticized for increasing U.S. contributions to the international fight against HIV/AIDS by only two percent, with the result that people in Uganda are already being turned away from clinics and condemned to die.

When challenged, U.S. officials have had a fairly solid answer. Uganda has recently discovered oil and gas deposits but has gone on a spending spree, reportedly ordering fighter planes worth $300 million from Russia, according to a recent report in the New York Times.

Does a government that shows such wanton disregard for common sense or even good taste really have the moral basis for insisting on more help with AIDS?

We must not be distracted by recent news of Africa’s « spectacular » growth and its sudden attractiveness to private investment. Some basic things are changing on the continent, with real effects for the future; above all, Africans are speaking out and refusing to accept tired excuses from their governments.

But the truth is that most of Africa’s growth — based on oil and mineral exports — has not made a whit of difference to the lives of most Africans.

Political freedoms shrank on the continent last year, according to the U.S.-based Freedom House index.

A quarter of school-age children are still not enrolled, according to World Bank statistics; many of those that are, are receiving a very mediocre education. And agricultural productivity — the key to reducing poverty — is essentially stagnant.

The really good news is likely to stay local and seep out in small doses, until it eventually overwhelms the inertia and indifference of governments.

Five years ago, Kenya managed to double its tax revenues because a former businessman, appointed to head the national revenue agency, took a hatchet to the dishonest practices of many tax collectors. He had every reason to do so. Only five percent of Kenya’s budget comes from foreign aid, compared with 40 percent in neighboring countries.

This is a good example of the sometimes-perverse effects of aid, but also of the importance of imagination and individual initiative in promoting a better life for Africans.

The opinions expressed in this commentary are solely those of Robert Calderisi.

Development aid to Africa
Top 10 « official development assistance » recipients in 2008:

1 Ethiopia $3.327 billion
2 Sudan $2.384 billion
3 Tanzania $2.331 billion
4 Mozambique $1.9994 billion
5 Uganda $1.657 billion
6 DR Cong $1.610 billion
7 Kenya $1.360 billion
8 Egypt $1.348 billion
9 Ghana $1.293 billion
10 Nigeria $1.290 billion

Net official development assistance to Africa in 2008: $44 billion.

Source: Organization for Economic Co-operation and Development.

Voir encore:

Why Foreign Aid Is Hurting Africa
Money from rich countries has trapped many African nations in a cycle of corruption, slower economic growth and poverty. Cutting off the flow would be far more beneficial, says Dambisa Moyo.
Dambisa Moyo
WSJ

March 21, 2009

A month ago I visited Kibera, the largest slum in Africa. This suburb of Nairobi, the capital of Kenya, is home to more than one million people, who eke out a living in an area of about one square mile — roughly 75% the size of New York’s Central Park. It is a sea of aluminum and cardboard shacks that forgotten families call home. The idea of a slum conjures up an image of children playing amidst piles of garbage, with no running water and the rank, rife stench of sewage. Kibera does not disappoint.

What is incredibly disappointing is the fact that just a few yards from Kibera stands the headquarters of the United Nations’ agency for human settlements which, with an annual budget of millions of dollars, is mandated to « promote socially and environmentally sustainable towns and cities with the goal of providing adequate shelter for all. » Kibera festers in Kenya, a country that has one of the highest ratios of development workers per capita. This is also the country where in 2004, British envoy Sir Edward Clay apologized for underestimating the scale of government corruption and failing to speak out earlier.

Giving alms to Africa remains one of the biggest ideas of our time — millions march for it, governments are judged by it, celebrities proselytize the need for it. Calls for more aid to Africa are growing louder, with advocates pushing for doubling the roughly $50 billion of international assistance that already goes to Africa each year.

Yet evidence overwhelmingly demonstrates that aid to Africa has made the poor poorer, and the growth slower. The insidious aid culture has left African countries more debt-laden, more inflation-prone, more vulnerable to the vagaries of the currency markets and more unattractive to higher-quality investment. It’s increased the risk of civil conflict and unrest (the fact that over 60% of sub-Saharan Africa’s population is under the age of 24 with few economic prospects is a cause for worry). Aid is an unmitigated political, economic and humanitarian disaster.

Few will deny that there is a clear moral imperative for humanitarian and charity-based aid to step in when necessary, such as during the 2004 tsunami in Asia. Nevertheless, it’s worth reminding ourselves what emergency and charity-based aid can and cannot do. Aid-supported scholarships have certainly helped send African girls to school (never mind that they won’t be able to find a job in their own countries once they have graduated). This kind of aid can provide band-aid solutions to alleviate immediate suffering, but by its very nature cannot be the platform for long-term sustainable growth.

Whatever its strengths and weaknesses, such charity-based aid is relatively small beer when compared to the sea of money that floods Africa each year in government-to-government aid or aid from large development institutions such as the World Bank.

Over the past 60 years at least $1 trillion of development-related aid has been transferred from rich countries to Africa. Yet real per-capita income today is lower than it was in the 1970s, and more than 50% of the population — over 350 million people — live on less than a dollar a day, a figure that has nearly doubled in two decades.

Even after the very aggressive debt-relief campaigns in the 1990s, African countries still pay close to $20 billion in debt repayments per annum, a stark reminder that aid is not free. In order to keep the system going, debt is repaid at the expense of African education and health care. Well-meaning calls to cancel debt mean little when the cancellation is met with the fresh infusion of aid, and the vicious cycle starts up once again.

In Zambia, former President Frederick Chiluba (with wife Regina in November 2008) has been charged with theft of state funds. AFP/Getty Images
In 2005, just weeks ahead of a G8 conference that had Africa at the top of its agenda, the International Monetary Fund published a report entitled « Aid Will Not Lift Growth in Africa. » The report cautioned that governments, donors and campaigners should be more modest in their claims that increased aid will solve Africa’s problems. Despite such comments, no serious efforts have been made to wean Africa off this debilitating drug.

The most obvious criticism of aid is its links to rampant corruption. Aid flows destined to help the average African end up supporting bloated bureaucracies in the form of the poor-country governments and donor-funded non-governmental organizations. In a hearing before the U.S. Senate Committee on Foreign Relations in May 2004, Jeffrey Winters, a professor at Northwestern University, argued that the World Bank had participated in the corruption of roughly $100 billion of its loan funds intended for development.

As recently as 2002, the African Union, an organization of African nations, estimated that corruption was costing the continent $150 billion a year, as international donors were apparently turning a blind eye to the simple fact that aid money was inadvertently fueling graft. With few or no strings attached, it has been all too easy for the funds to be used for anything, save the developmental purpose for which they were intended.

In Zaire — known today as the Democratic Republic of Congo — Irwin Blumenthal (whom the IMF had appointed to a post in the country’s central bank) warned in 1978 that the system was so corrupt that there was « no (repeat, no) prospect for Zaire’s creditors to get their money back. » Still, the IMF soon gave the country the largest loan it had ever given an African nation. According to corruption watchdog agency Transparency International, Mobutu Sese Seko, Zaire’s president from 1965 to 1997, is reputed to have stolen at least $5 billion from the country.

It’s scarcely better today. A month ago, Malawi’s former President Bakili Muluzi was charged with embezzling aid money worth $12 million. Zambia’s former President Frederick Chiluba (a development darling during his 1991 to 2001 tenure) remains embroiled in a court case that has revealed millions of dollars frittered away from health, education and infrastructure toward his personal cash dispenser. Yet the aid keeps on coming.

A nascent economy needs a transparent and accountable government and an efficient civil service to help meet social needs. Its people need jobs and a belief in their country’s future. A surfeit of aid has been shown to be unable to help achieve these goals.

A constant stream of « free » money is a perfect way to keep an inefficient or simply bad government in power. As aid flows in, there is nothing more for the government to do — it doesn’t need to raise taxes, and as long as it pays the army, it doesn’t have to take account of its disgruntled citizens. No matter that its citizens are disenfranchised (as with no taxation there can be no representation). All the government really needs to do is to court and cater to its foreign donors to stay in power.

Stuck in an aid world of no incentives, there is no reason for governments to seek other, better, more transparent ways of raising development finance (such as accessing the bond market, despite how hard that might be). The aid system encourages poor-country governments to pick up the phone and ask the donor agencies for next capital infusion. It is no wonder that across Africa, over 70% of the public purse comes from foreign aid.

In Ethiopia, where aid constitutes more than 90% of the government budget, a mere 2% of the country’s population has access to mobile phones. (The African country average is around 30%.) Might it not be preferable for the government to earn money by selling its mobile phone license, thereby generating much-needed development income and also providing its citizens with telephone service that could, in turn, spur economic activity?

Look what has happened in Ghana, a country where after decades of military rule brought about by a coup, a pro-market government has yielded encouraging developments. Farmers and fishermen now use mobile phones to communicate with their agents and customers across the country to find out where prices are most competitive. This translates into numerous opportunities for self-sustainability and income generation — which, with encouragement, could be easily replicated across the continent.

To advance a country’s economic prospects, governments need efficient civil service. But civil service is naturally prone to bureaucracy, and there is always the incipient danger of self-serving cronyism and the desire to bind citizens in endless, time-consuming red tape. What aid does is to make that danger a grim reality. This helps to explain why doing business across much of Africa is a nightmare. In Cameroon, it takes a potential investor around 426 days to perform 15 procedures to gain a business license. What entrepreneur wants to spend 119 days filling out forms to start a business in Angola? He’s much more likely to consider the U.S. (40 days and 19 procedures) or South Korea (17 days and 10 procedures).

Even what may appear as a benign intervention on the surface can have damning consequences. Say there is a mosquito-net maker in small-town Africa. Say he employs 10 people who together manufacture 500 nets a week. Typically, these 10 employees support upward of 15 relatives each. A Western government-inspired program generously supplies the affected region with 100,000 free mosquito nets. This promptly puts the mosquito net manufacturer out of business, and now his 10 employees can no longer support their 150 dependents. In a couple of years, most of the donated nets will be torn and useless, but now there is no mosquito net maker to go to. They’ll have to get more aid. And African governments once again get to abdicate their responsibilities.

In a similar vein has been the approach to food aid, which historically has done little to support African farmers. Under the auspices of the U.S. Food for Peace program, each year millions of dollars are used to buy American-grown food that has to then be shipped across oceans. One wonders how a system of flooding foreign markets with American food, which puts local farmers out of business, actually helps better Africa. A better strategy would be to use aid money to buy food from farmers within the country, and then distribute that food to the local citizens in need.

Then there is the issue of « Dutch disease, » a term that describes how large inflows of money can kill off a country’s export sector, by driving up home prices and thus making their goods too expensive for export. Aid has the same effect. Large dollar-denominated aid windfalls that envelop fragile developing economies cause the domestic currency to strengthen against foreign currencies. This is catastrophic for jobs in the poor country where people’s livelihoods depend on being relatively competitive in the global market.

To fight aid-induced inflation, countries have to issue bonds to soak up the subsequent glut of money swamping the economy. In 2005, for example, Uganda was forced to issue such bonds to mop up excess liquidity to the tune of $700 million. The interest payments alone on this were a staggering $110 million, to be paid annually.

The stigma associated with countries relying on aid should also not be underestimated or ignored. It is the rare investor that wants to risk money in a country that is unable to stand on its own feet and manage its own affairs in a sustainable way.

Africa remains the most unstable continent in the world, beset by civil strife and war. Since 1996, 11 countries have been embroiled in civil wars. According to the Stockholm International Peace Research Institute, in the 1990s, Africa had more wars than the rest of the world combined. Although my country, Zambia, has not had the unfortunate experience of an outright civil war, growing up I experienced first-hand the discomfort of living under curfew (where everyone had to be in their homes between 6 p.m. and 6 a.m., which meant racing from work and school) and faced the fear of the uncertain outcomes of an attempted coup in 1991 — sadly, experiences not uncommon to many Africans.

Civil clashes are often motivated by the knowledge that by seizing the seat of power, the victor gains virtually unfettered access to the package of aid that comes with it. In the last few months alone, there have been at least three political upheavals across the continent, in Mauritania, Guinea and Guinea Bissau (each of which remains reliant on foreign aid). Madagascar’s government was just overthrown in a coup this past week. The ongoing political volatility across the continent serves as a reminder that aid-financed efforts to force-feed democracy to economies facing ever-growing poverty and difficult economic prospects remain, at best, precariously vulnerable. Long-term political success can only be achieved once a solid economic trajectory has been established.

“ The 1970s were an exciting time to be African. Many of our nations had just achieved independence, and with that came a deep sense of dignity, self-respect and hope for the future. ”

Proponents of aid are quick to argue that the $13 billion ($100 billion in today’s terms) aid of the post-World War II Marshall Plan helped pull back a broken Europe from the brink of an economic abyss, and that aid could work, and would work, if Africa had a good policy environment.

The aid advocates skirt over the point that the Marshall Plan interventions were short, sharp and finite, unlike the open-ended commitments which imbue governments with a sense of entitlement rather than encouraging innovation. And aid supporters spend little time addressing the mystery of why a country in good working order would seek aid rather than other, better forms of financing. No country has ever achieved economic success by depending on aid to the degree that many African countries do.

The good news is we know what works; what delivers growth and reduces poverty. We know that economies that rely on open-ended commitments of aid almost universally fail, and those that do not depend on aid succeed. The latter is true for economically successful countries such as China and India, and even closer to home, in South Africa and Botswana. Their strategy of development finance emphasizes the important role of entrepreneurship and markets over a staid aid-system of development that preaches hand-outs.

African countries could start by issuing bonds to raise cash. To be sure, the traditional capital markets of the U.S. and Europe remain challenging. However, African countries could explore opportunities to raise capital in more non-traditional markets such as the Middle East and China (whose foreign exchange reserves are more than $4 trillion). Moreover, the current market malaise provides an opening for African countries to focus on acquiring credit ratings (a prerequisite to accessing the bond markets), and preparing themselves for the time when the capital markets return to some semblance of normalcy.

Governments need to attract more foreign direct investment by creating attractive tax structures and reducing the red tape and complex regulations for businesses. African nations should also focus on increasing trade; China is one promising partner. And Western countries can help by cutting off the cycle of giving something for nothing. It’s time for a change.

Dambisa Moyo, a former economist at Goldman Sachs, is the author of « Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa. »

Corrections & Amplifications

In the African nations of Burkina Faso, Rwanda, Somalia, Mali, Chad, Mauritania and Sierra Leone from 1970 to 2002, over 70% of total government spending came from foreign aid, according to figures from the World Bank. This essay on foreign aid to Africa incorrectly said that 70% of government spending throughout Africa comes from foreign aid.

Voir de même:

This Is Why Americans Are Donating Less To Fight Ebola Than Other Recent Disasters
Associated Press
10/16/2014

NEW YORK (AP) — Individual Americans, rich or not, donated generously in response to many recent international disasters, including the 2010 earthquake in Haiti and last year’s Typhoon Haiyan in the Philippines. The response to the Ebola epidemic is far less robust, and experts are wondering why.

There have been some huge gifts from American billionaires — $50 million from the Bill & Melinda Gates Foundation, $11.9 million from Microsoft co-founder Paul Allen’s foundation, and a $25 million gift this week from Facebook CEO Mark Zuckerberg and his wife, Priscilla Chan. Their beneficiaries included the Centers for Disease Control and Prevention, the World Health Organization and the U.S. Fund for UNICEF.

But the flow of smaller donations has been relatively modest.

The American Red Cross, for example, received a $2.8 million share of Allen’s donations. But Jana Sweeny, the charity’s director of international communications, said that’s been supplemented by only about $100,000 in gifts from other donors. By comparison, the Red Cross received more than $85 million in response to Typhoon Haiyan.

« After the typhoon, we got flooded with calls asking, ‘How do I give?' » Sweeny said. « With this (Ebola), we’re not getting those kinds of requests. »

Why the difference? For starters, it’s been evident that national governments will need to shoulder the bulk of the financial burden in combatting Ebola, particularly as its ripple effects are increasingly felt beyond the epicenter in West Africa.

Regine A. Webster of the Center for Disaster Philanthropy, which advises nonprofits on disaster response strategies, said the epidemic blurred the lines in terms of the categories that guide some big donors.

« This is a confusing issue for the private donor community — is it a disaster, or a health problem? » Webster said. « Institutions and individuals have been quite slow to respond. »

Officials at InterAction, an umbrella group for U.S. relief agencies active abroad, see other intangible factors at work, including the video and photographic images emerging from West Africa. Joel Charny, InterAction’s vice president for humanitarian policy, said it was clear from the imagery out of Haiti and the Philippines that donations could help rebuild shattered homes and schools, while the images of Ebola are more frightening and less conducive to envisioning a happy ending.

« People give when they see that there’s a plausible solution, » Charny said. « They can say, ‘If I give my $50 or $200, it’s going to translate in some tangible way into relieving suffering.’ … That makes them feel good. »

« With Ebola, there’s kind of a fear factor, » he said. « Even competent agencies are feeling somewhat overwhelmed, and the nature of the disease — being so awful — makes it hard for people to engage. »

Gary Shaye, senior director for emergency operations with Save The Children, suggested that donors were moved to help after recent typhoons, tsunamis and earthquakes because of huge death tolls reported in the first wave of news reports. The Ebola death toll, in contrast, has been rising alarmingly but gradually over several months.

Like other organizations fighting Ebola, Save the Children is trying to convey to donors that it urgently needs private gifts — cherished because they can be used flexibly — regardless of how much government funding is committed.

« We need both — it’s not either/or, » said Shaye. He said Save the Children was particularly reliant on private funding to underwrite child-protection work in the three worst-hit countries — Guinea, Liberia and Sierra Leone — where many children have been isolated and stigmatized after their parents or other relatives got Ebola.

By last count, Shaye said, Save the Children had collected about $500,000 in private gifts earmarked for the Ebola crisis.

« We’re proud that we raised $500,000 — but we’re talking about millions in needs that we will have, » he said.

Another group working on the front lines in West Africa is the Los Angeles-based International Medical Corps, which runs a treatment center in Liberia and plans to open one soon in Sierra Leone.

Rebecca Milner, a vice president of the corps, said it had been a struggle to raise awareness when Ebola-related fundraising efforts began in earnest in midsummer.

« It took a while before people began to respond, but now there’s definitely increased concern, » she said.

Thus far, Milner said, gifts and pledges earmarked for the Ebola response have totaled about $2.5 million — compared with about $6 million that her organization received in the first three months after the Haiti earthquake.

Among the groups most heartened by donor response is Doctors without Borders, which is widely credited with mounting the most extensive operations of any non-governmental organization in the Ebola-stricken region.

Thomas Kurmann, director of development for the organization’s U.S. branch, said American donors had given $7 million earmarked for the Ebola response, a portion of the roughly $40 million donated worldwide.

« It’s very good news, » Kurmann said. « There’s been significantly increased interest in the past three months. »

Doctors Without Borders said this week that 16 of its staff members have been infected with Ebola and nine have died.

A smaller nonprofit, North Carolina-based SIM USA, found itself in the headlines in August and September, when two of its American health workers were infected with Ebola in Liberia. Both survived.

SIM’s vice president for finance and operations, George Salloum, said the missionary organization — which typically gets $50 million a year in donations — received several hundred thousand dollars in gifts specifically linked to those Ebola developments.

Even as the crisis worsens, Salloum said nonprofits active in the Ebola zone need to be thinking long-term.

« At some point, we’ll be beyond the epidemic, » he said. « Then the challenge will be how to deal with the aftermath, when thousands of people have been killed. What about the elders, the children? There will be a lot of work for years. »

Support UNICEF’s efforts to combat Ebola through the fundraising widget below.

Voir enfin:

‘SNL’ Has One of the Year’s Most Surprisingly Sharp Critiques of Poverty Aid in Africa
Zak Cheney-Rice

Mic

October 15, 2014

Saturday Night Live still manages to surprise once in a while. The long-running sketch comedy show has drawn criticism for its lack of diversity and questionable joke decisions of late, but this past weekend saw its satirical gears in rare form:

The sketch features guest host Bill Hader as Charles Daniels, a soft-voiced, thick-bearded incarnation of a common late night infomercial trope, the philanthropy fund spokesperson. The clip opens with shots of an unnamed African village, where residents pass the time by gazing longingly into the camera and dolefully stirring pots of stew.

« For only 39 cents a day, » Daniels says to his viewers, « you can provide water, food and medicine for these people … That’s less than a small cup of coffee. »

« Ask for more, » whispers a villager played by Jay Pharoah. « Why you starting so low? »

So begins a three-minute interrogation around why this « cheap-ass white man » is asking for so little money — « [the] number has been decided by very educated and caring people, » Daniels claims — and more importantly, why he thinks throwing money at this problem will solve it in the first place.

The sketch ends with Daniels’ implied abduction, along with demands for a larger sum in exchange for his release. The question of where he’s getting a 39-cent cup of coffee remains unanswered.

While it’s unclear why the black performers are talking like they’re in a Good Times parody, the sketch brings up some valid political points. For one, the long-term effectiveness of foreign aid has been questioned for years, with critics at outlets ranging from CNN to the Wall Street Journal claiming it can foster a relationship of « dependence » while ultimately providing cosmetic solutions that fail to address systemic issues.

Even CARE, one of the biggest charities in the world, rejected $45 million a year in federal funding in 2007 because American food aid was so « plagued with inefficiencies » as to be detrimental, according to the New York Times (by the same token, many such organizations disagree).

SNL illustrates this perfectly when Daniels implies the villagers are ungrateful when they ask for more. « You know, for a starving village, you people have a lot of energy, » he says.

The sketch also touches on monolithic Western views of African diversity: When the villagers ask Daniels which country he thinks he’s in, he simply responds, « Africa. »

Considering SNL’s less than sterling record on racial humor, the overall pointedness of this skit is a pleasant surprise. Best-case scenario, it indicates that producer Lorne Michaels’ recent emphasis on casting and writer diversity is incrementally starting to pay dividends.


Sim’hat Torah: Comment le judaïsme devint la « religion du livre » et la Torah une « patrie portable » (How Judaism came to be a book religion and the Torah a portable homeland for a people who had been forcibly deprived of all the traditional trappings of a nation: king, land and temple)

16 octobre, 2014

The Siege and Destruction of Jerusalem (David Roberts, 1850)

https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-ash3/t1.0-9/p280x280/1017161_4111246796551_795929893_n.jpgSynagogue blocked up by pro-Hamas demonstrators (Rue de la roquette, Paris, Jul. 13, 2014)On lut dans le livre de la loi de Dieu chaque jour, depuis le premier jour jusqu’au dernier. On célébra la fête pendant sept jours, et il y eut une assemblée solennelle le huitième jour, comme cela est ordonné. Néhémie 8: 18
Les juifs ont porté la Bible pendant des siècles comme une patrie portable. Heinrich Heine
Voir Jérusalem, c’est voir l’histoire du monde; plus encore, c’est voir l’histoire du Ciel et de la Terre. Benjamin Disraeli
Le Pays d’Israel est le centre du monde, Jérusalem est le centre du Pays; le Temple de Salomon est le centre de Jérusalem; le Saint des Saints est le centre du Temple de Salomon; l’Arche d’alliance est le centre du Saint des Saints et la Pierre de Fondation, sur laquelle le monde fut créé, se dresse devant l’Arche d’alliance. Midrash (Tanhum Kedoshim 10)
Il n’y a jamais eu de temple ici. (…) C’est tous des menteurs. Gardien de l’Esplanade du Temple (pardon: « des mosquées » , discussion avec l’auteur, Jérusalem, juillet 2011)
Il n’y a pas de preuve tangible qu’il y ait la moindre trace ou le moindre vestige juif que ce soit dans la vieille ville de Jérusalem ou dans le voisinage immédiat. Communiqué du ministère palestinien de l’Information (10 décembre 1997)
Le mur d’Al-Buraq [Mur des Lamentations] et sa place sont une propriété religieuse musulmane…[Il fait] partie de la mosquée Al Aqsa. Les Juifs n’ont aucun lien avec cet endroit. Mufti de Jérusalem (nommé par Yasser Arafat, Al Ayyam [journal de l'Autorité palestinienne], 22 novembre 1997)
Le mur d’Al-Buraq est une propriété musulmane et fait partie de la mosquée Al Aqsa. Hassan Tahboob (Ministre des Affaires religieuses de Yasser Arafat, dans interview accordée à l’agence de presse, IMRA, le 22 novembre 1997)
Ce n’est pas du tout le mur des Lamentations, mais un sanctuaire musulman. Yasser Arafat (Maariv, 11 octobre 1996)
Tous les événements liés au roi Saul, au roi David et au roi Rehoboam se sont déroulés au Yémen, et aucun vestige hébreu n’a été trouvé en Israël pour la bonne et simple raison qu’ils n’y ont jamais vécu. Jarid al-Kidwa (historien arabe, au cours d’un programme éducatif de l’OLP, juin 1997, cité dans Haaretz le 6 juillet 1997)
Jérusalem n’est pas une ville juive, en dépit du mythe biblique qui a été semé dans certains esprits…Il n’y a pas d’évidence tangible de l’existence juive d’un soi-disant « Temple du mont Era »…on doute de l’emplacement du mont du Temple…il se peut qu’il ait été situé à Jéricho ou ailleurs. Walid Awad (directeur des publications pour l’étranger du ministère de l’Information de l’OLP, interviewé par l’agence de presse IMRA, le 25 décembre 1996)
Abraham n’était pas juif, pas plus que c’était un Hébreu, mais il était tout simplement irakien. Les Juifs n’ont aucun droit de prétendre disposer d’une synagogue dans la tombe des patriarches à Hébron, lieu où est inhumé Abraham. Le bâtiment tout entier devrait être une mosquée. Yasser Arafat (Jerusalem Report, 26 décembre 1996)
[La Shoa] est un mensonge des Sionistes concernant de soi-disant massacres perpétrés contre les Juifs. Al Hayat Al Jadeeda ( journal de l’Autorité palestinienne, 3 septembre 1997)
[Notre but est] d’éliminer l’Etat d’Israël et d’établir un Etat qui soit entièrement palestinien. Yasser Arafat (session privée avec des diplomates arabes en Europe, 30 janvier 1996)
La lutte contre l’ennemi sioniste n’est pas une question de frontières, mais touche à l’existence même de l’entité sioniste. Bassam-abou-Sharif (porte-parole de l’OLP, Kuwait News Agency – Agence de presse koweïtienne, 31 mai 1996)
A document found in the Cairo Geniza describes the way in which Umar I brought a group of Jews to the site of the Temple in order to clean it. The Jewish elders were asked to identify the stone known as the Foundation Stone. When it was found and identified, Umar ordered « a sanctuary to be built and a dome to be erected over the stone and overlaid with gold. » As a reward, Umar permitted the Jews to return to Jerusalem and establish the Jewish Quarter. Reuven Hammer
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
If this holiday seems to have been short on content when the Temple was still around, the situation became even more dire after Titus destroyed the Temple and Jerusalem in 70 AD. No longer could sacrifices be offered up to God. No longer was there a king to send the Jewish people home after pilgrimage. This was a period in which Judaism was forced to reinvent itself. From a religion centered on the one Temple led by Zadokite priests, Judaism became a religion centered in synagogues wherever they might be. Worship was led by Pharisee rabbis, and it was up to them to pour new content into Shemini Atzeret, lest the holiday disappear completely. The new form of Judaism that took shape over the centuries that followed – centuries covered in the Mishnah and the Talmud – saw a shift in emphasis. Instead of worshiping through sacrifice in the Temple, Jews began praying in synagogues. Instead of venerating the Temple in Jerusalem, Jews had a new portable temple – the Torah itself. Zaaretz

Attention: une occupation peut en cacher une autre !

A l’heure où, après un énième bombardement aveugle des villes israéliennes (systématiquement oublié par nos pleureuses de service), une organisation à visée explicitement génocidaire se voit à nouveau récompensée par une promesse de milliards de dollars de la part d’une communauté internationale dont les plus gros donateurs se trouvent être les financiers des actuels massacres djiahdistes du nord de l’Irak …

Et où, après plus de 1300 ans d’occupation, les islamistes multiplient non seulement les affirmations négationnistes mais à présent les provocations physiques contre ce qui reste du temple détruit par Titus il y a plus de 2 000 ans …

Pendant qu’en un Occident qui commerce oblige a déjà passé aux pertes et profits tant Kobané que Hong Kong, nos concitoyens juifs ne peuvent plus pratiquer leur religion ou même travailler que sous protection policière

Comment en cette fin de la Fête des Cabanes marquant la fin du cycle annuel de lecture du livre saint et l’arrivée de la saison des pluies …..

Et devenue au cours du temps et sous les noms de Chemini Atseret et Sim’hat Torah avec les chants et les danses que l’on sait une véritable fête de la Torah  …

Ne pas repenser au mot fameux du poète allemand Henrich Heine …

Rappelant comment pour un peuple privé de tous les attributs traditionnels d’une nation (roi, terre et temple) …

Le judaïsme se vit contraint et forcé de devenir la « religion du livre » …

Et de faire de sa Torah une véritable « patrie portable » ?

How the end of Sukkot morphed into Shemini Atzeret and Simhat Torah
From a ceremony winding down Sukkot to a celebration of the weather to dancing with the Torah scrolls – this holiday keeps reinventing itself.
Elon Gilad

Haaretz

Oct. 14, 2014

The day after Sukkot is a distinct Jewish holiday called Shemini Atzeret.

Given that its name simply means « Solemn assembly of the eighth » (day of Sukkot), and that Sukkot is seven days long, we may postulate that in the dim reaches of history, it was considered the 8th day of the holiday but over time, became a separate event entirely.

Confused? Wait for it: Shemini Atzeret is both identical to the Jewish holiday of Simhat Torah and distinct from it – depending where one lives.

Let’s untangle this mess.

The bible barely mentions Shemini Atzeret and when it does, it’s always in the context of Sukkot, which it follows.

Shemini Atzeret seems to have been a relatively late addition to the Jewish calendar. It may have been entirely unknown in First Temple times, going by the fact that the few mentions of it in the bible are in sections considered to be later additions, which were most likely written during the Babylonian Captivity (587-539 BCE).

The first mention of Shemini Atzeret is by Nehemiah: « Also day by day, from the first day unto the last day, he [Ezra] read in the book of the law of God. And they kept the feast seven days; and on the eighth day was a solemn assembly. » (Nehemiah 8:18).

The Bible provides scant information on how Shemini Atzeret was marked or what it meant. Sacrifices were made in the Temple, servile work was prohibited as on Shabbat, and an assembly was held – but that’s it.

Rabbinic literature is a little more enlightening on the nature of the holiday during the Second Temple period: « On the eighth day the people were sent off [by the king] and they blessed the king and went to their tents happy and with goodly hearts for all the goodness that God did for David and his people Israel ». (Tosefta Sukkah 4:17).

That would seem to indicate that at least originally, the holiday was simply a closing ceremony for Sukkot, with everyone meeting in the Temple and saying their goodbyes. Not so, say the rabbis: “It is a holiday unto itself” (Babylonian Talmud Sukkah 47a).

They elaborate that the traditions and commands of Sukkot and this « eighth day » are different. Specifically, while you are commanded to sit in your sukkah during the seven days of Sukkot, on Shemini Atzeret you aren’t. Plus, the sacrifices for Sukkot and Shemini Atzeret are listed separately.

The Rainmaker

If this holiday seems to have been short on content when the Temple was still around, the situation became even more dire after Titus destroyed the Temple and Jerusalem in 70 AD.

No longer could sacrifices be offered up to God. No longer was there a king to send the Jewish people home after pilgrimage.
The Siege and Destruction of Jerusalem by the Romans Under the Command of Titus, by David Roberts (1796-1864). Photo by: Wikimedia Commons

This was a period in which Judaism was forced to reinvent itself. From a religion centered on the one Temple led by Zadokite priests, Judaism became a religion centered in synagogues wherever they might be. Worship was led by Pharisee rabbis, and it was up to them to pour new content into Shemini Atzeret, lest the holiday disappear completely.

The new form of Judaism that took shape over the centuries that followed – centuries covered in the Mishnah and the Talmud – saw a shift in emphasis. Instead of worshiping through sacrifice in the Temple, Jews began praying in synagogues. Instead of venerating the Temple in Jerusalem, Jews had a new portable temple – the Torah itself.

This metamorphosis would, over time, give new meaning to the holiday.

The Jewish daily prayer that took form during this time, the Amidah or Shemone Esrei, included a benediction for rain: « He causeth the wind to blow and the rain to descend. » In Israel at least, which has a rainy season (winter) and a dry season (all other times), this was inapplicable during spring and summer. So each year, starting on Passover, by which time the rainy season has usually subsided, “dew” was substituted for rain.

The rabbis decided that Shemini Atzeret – taking place at the start of the fall, when precipitation may begin again – would be a good time to switch back to rain. Thus the holiday became associated with the start of the rainy season, and much of the additional praying done for the holiday centered on the theme of weather.
A sukkah in Tel Aviv. Photo by: Nir Keidar

Babylon and Palestine: Enter Simhat Torah

As we have said, the Torah itself became a central focus of the Jewish religion after the destruction of the Temple, and it became the custom to read a different portion of the Bible each week.

During Talmudic times, two competing systems took form. The Palestinian system involved shorter weekly portions read in a three-year cycle. The Babylonian system was based on longer portions completed in an annual cycle.

The Babylonian system eventually won and is the system used today. This cycle, the rabbis of Babylonia decreed, ended and began on the second day of Shemini Atzeret.

Where did this second day came from, since up to now the holiday we were discussing was a one-day affair?

Well, due to the intricacies of the Jewish calendar, all Jewish holidays (except for Yom Kippur) were given an extra day outside of Israel – so that if you got the count wrong, you would still be celebrating on the right day too.

Thus, when eventually the Babylonian annual cycle was adopted in the Holy Land, probably in the 13th century, the cycle began and ended a day before the rest of the world, on the first and only day of Shemini Atzeret. This difference between Israel and the Diaspora exists to this day.

Middle-Age branding genius

During the Gaonic period following the redaction of the Talmud (500 CE), Jews underwent a process of adapting to this change in the status of Shemini Atzeret, and the holiday began to receive all kinds of names, including “The Day of the Book” and “The Ending Day.” Eventually someone came up with the catchy title “Simhat Torah,” meaning to celebrate Torah, or take joy in it.

This name first appears in the 7th century CE, but only became commonly accepted in the 10th.

Simhat Torah didn’t just spontaneously come into being. It gradually evolved from Shemini Atzeret.

It was in the Diaspora, where Shemini Atezret stretched two days, that the two holidays started to become distinct. Shemini Atzeret became more and more about the rain and Simhat Torah became more and more about the Torah. Different traditions began to appear in different congregations; some vanished, others took hold and are a part of Simhat Torah to this day.

Example of traditions that started appearing in the Middle Ages and are now universally observed by Jews the world over are the special honor given to the person who reads (or recites the benediction before someone else reads for him) the first and last parts of the Torah.

In many congregations, these people are expected to give a hefty donation to the synagogue and hold a celebration at their home after the prayer service. In all communities the Torah scrolls are taken out and paraded around the synagogue accompanied by dancing, singing, waving of flags and just general jubilation. It is a very joyous event.

Voir aussi:

JERUSALEM (Biographie)

Simon Sebag Montefiore

2011

Préface

L’histoire de Jérusalem est à la fois la chronique d’une cité provinciale, souvent miséreuse, perdue dans les collines de Jud?e, et l’histoire du monde. Aujourd’hui plus que jamais, J?rusalem est consid?r?e comme le centre du monde. La ville se trouve au cœur de la lutte entre les religions d’Abraham, c’est le sanctuaire d’un fondamentalisme de plus en plus populaire chez les chr?tiens, les juifs et les musulmans, le champ de bataille strat?gique entre civilisations rivales, la ligne de front entre l’ath?isme et la foi, le centre de l’attention la?que, l’objet de th?ories du complot d?lirantes et de mythes relay?s par Internet, et enfin une sc?ne ?clabouss?e de lumi?re pour les cam?ras du monde entier, ? l’?re de l’information en continu. Les int?r?ts religieux, politiques et m?diatiques se nourrissent les uns des autres et font que J?rusalem est aujourd’hui scrut?e plus intens?ment encore qu’auparavant.

Jérusalem est la Ville sainte, mais elle a toujours été un foyer de superstitions, de charlatanisme et de bigoterie. Convoité par les empires, et pourtant dépourvue de valeur stratégique; domaine cosmopolite de bien des sectes, chacune convaincue que la cité n’appartient qu’à elle; ville aux multiples noms, mais chaque tradition est si sectaire qu’elle exclut toutes les autres. C’est un lieu d’un tel raffinement qu’il est décrit au féminin dans la littérature juive sacrée – une femme vive, sensuelle, toujours de grande beauté, mais parfois aussi une catin, ou une princesse blessée délaissée par ses amants. Jérusalem est la demeure du Dieu unique, la capitale de deux peuples, le temple de trois religions, et elle est la seule ville à exister en deux endroits, sur terre comme au ciel: sa grâce terrestre exceptionnelle n’est rien comparée à sa gloire céleste. Le fait même que Jérusalem soit à la fois terrestre et céleste signifie que la cité peut exister partout: de nouvelles Jérusalem ont été fondées dans le monde entier et chacun a une vision de la ville qui lui est propre. Des prophètes et des patriarches, Abraham, David, Jésus et Mahomet, en auraient foulé les pavés. Les religions d’Abraham y sont nées et c’est ici aussi que le monde prendra fin au jour du Jugement dernier. Jérusalem, sacrée aux yeux des religions du Livre, est la cité du Livre. Sous bien des aspects, la Bible est la chronique même de la ville, et ses lecteurs, des juifs et des premiers chrétiens aux prédicateurs américains, en passant par les conquérants musulmans et les croisés, ont à maintes reprises cherché à influer sur son histoire afin que s’accomplisse la prophétie biblique.

Quand la Bible fut traduite en grec, puis en latin et en langue vernaculaire, elle devint le livre universel et fit de Jérusalem la cité universelle. Chaque grand roi se voulut un David, chaque peuple se croyant élu prétendit être les nouveaux Israélites, chaque noble civilisation se proclama une nouvelle Jérusalem, cette ville qui n’appartient à personne et existe pour tous dans l’imagination de chacun. Et c’est là sa tragédie autant que ce qui la rend magique. Quiconque rêve de Jérusalem, chaque visiteur, à toutes les époques, des apôtres de Jésus aux soldats de Saladin, des pélerins victoriens aux touristes et aux journalistes d’aujourd’hui, arrive avec sa vision de la Jérusalem authentique, puis est amèrement déçu par ce qu’il trouve, cité en perpétuel changement qui a prospéré et périclité, a été détruite et rebâtie à plusieurs reprises. Mais puisqu’il s’agit de J?rusalem, propri?t? de tous, seule l’image qu’ils en ont est la bonne?; c’est la r?alit? qui est corrompue, artificielle, et qu’il faut changer. Tout le monde a le droit d’imposer ??sa J?rusalem?? ? Jérusalem. Ce qu’ils ont souvent fait, par le fer et par le feu.

Ibn Khaldoun, l’historien du xive siècle qui témoigna de certains des événements rapportés dans ce livre autant qu’il y prit part, remarquait que l’histoire est avidement recherchée. L’homme de la rue aspire à la connaître. Rois et dirigeants s’affrontent pour elle. Cela vaut particulièrement pour Jérusalem. Il est impossible d’écrire une histoire de cette ville sans reconnaître qu’elle est aussi un pivot, un axe de l’histoire mondiale. A une époque où, grâce au pouvoir d’Internet, la souris et le cimeterre sont autant d’armes de l’arsenal fondamentaliste, la quête des faits historiques s’avère plus importante encore qu’elle ne l’était pour Ibn Khaldoun.

Une histoire de Jérusalem doit passer par une étude de la nature du sacré. L’expression Ville sainte est constamment utilisée pour rappeler la vénération que suscitaient ses sanctuaires, mais aussi pour signifier que Jérusalem est devenue le lieu essentiel sur terre de la communication entre Dieu et les hommes.

Nous devons également répondre à cette question: de tous les endroits du monde, pourquoi Jérusalem ? Le site se trouvait à l’écart des voies commerciales du littoral méditerranéen; il était pauvre en eau, cuit par le soleil estival, gelé par les vents hivernaux, ses roches dentelées écrasées de chaleur et inhospitalières. Le choix de Jérusalem en tant que ville du Temple fut en partie le fait de décisions personnelles, et en partie une conséquence de son évolution: elle était sainte depuis si longtemps que sa sainteté n’en fut que plus intense. Le sacré n’a pas seulement besoin de spiritualité et de foi, mais aussi de légitimité et de tradition. Un prophète radical animé d’une vision nouvelle doit expliquer les siècles qui l’ont précédé et justifier sa propre révélation dans la langue et la géographie convenues du sacré, en se référant aux prophéties de révélations précédentes et aux sites qui font depuis longtemps déjà l’objet d’un culte. Rien ne rend un lieu plus saint que la concurrence d’une autre religion.

Cette sainteté rebute bien des visiteurs athées, qui y voient une superstition contagieuse dans une ville affligée d’une pandémie de bigoterie vertueuse. Mais c’est nier le besoin profond de spiritualité de l’être humain, sans lequel il est impossible de comprendre Jérusalem. Les religions doivent permettre d’expliquer les joies fragiles et les angoisses éternelles qui mystifient et terrifient l’humanité: nous devons éprouver le sentiment qu’il existe une force qui nous est supérieure. Nous respectons la mort et brûlons d’en trouver le sens. Située à l’intersection entre Dieu et les hommes, Jérusalem est le lieu où ces questions trouvent réponse durant l’Apocalypse – la fin des temps, quand la guerre éclatera, une bataille entre le Christ et l’Antéchrist, quand la Kaaba quittera La Mecque pour Jérusalem, quand se tiendra le jugement, que ressusciteront les morts et que nous assisterons à l’avènement du Messie et du royaume des Cieux, la Nouvelle Jérusalem. Les trois religions d’Abraham croient toutes en l’Apocalypse, mais les détails divergent d’une foi et d’une secte à l’autre. Peut-être que, aux yeux des laïcistes, tout cela n’est qu’un fatras suranné; au contraire, ces idées sont d’une grande actualité. En ces temps de fondamentalismes juif, chrétien et musulman, l’Apocalypse est une force dynamique dans la fièvre politique qui agite le monde.

La mort est notre compagne de tous les instants: longtemps, les pélerins ont eu coutume de venir mourir à Jérusalem pour être enterrés près du mont du Temple, dans l’espoir de renaïtre à la fin des temps, et ils continuent de le faire. La ville est entourée de cimetières, elle repose sur eux. On vénère les fragments racornis des saints antiques – on peut encore contempler la main droite, noircie et desséchée, de Marie-Madeleine dans les appartements du prêtre supérieur grec orthodoxe de l’Eglise du Saint-Sépulcre. De nombreux sanctuaires, et bien des demeures privées également, sont bâtis autour de sépultures. Il émane de cette cit? des morts une atmosphère de t?n?bres qui ne s’explique pas seulement par une sorte de n?crophilie, mais aussi par la n?cromancie?: ici, les morts sont presque vivants, eux qui attendent la r?surrection. Les affrontements incessants pour Jérusalem, les massacres, les troubles, les guerres, le terrorisme, les si?ges et les catastrophes, en ont fait un champ de bataille, abattoir des religions pour Aldous Huxley, charnier pour Flaubert. Melville voyait dans la ville un crâne assiégé par des armées de morts; quant à Edward Said, il se souvenait que son père haïssait Jérusalem car elle lui rappelait la mort.

L’évolution de ce sanctuaire céleste et terrestre n’a pas toujours été due à la providence. Les religions naissent d’une étincelle révélée par un prophète charismatique – Moïse, Jésus, Mahomet. Des empires sont fondés, des villes conquises, grâce à l’énergie et à la chance d’un chef de guerre. Ce sont les décisions de certains, à commencer par le roi David, qui ont fait de Jérusalem ce qu’elle est.

La probabilité que la petite citadelle de David, capitale d’un modeste royaume, devienne le point de mire du monde était faible. Ironie du sort, c’est la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor qui a tracé les grandes lignes de sa sainteté future, parce que cette catastrophe a poussé les juifs à consigner la gloire de Sion et à la proclamer. D’ordinaire, des cataclysmes de cet ordre causent la disparition de peuples entiers. Cette fois, l’incroyable capacité des Juifs à survivre, leur dévotion opiniâtre envers leur Dieu et, par-dessus tout, le fait qu’ils aient couché par ?crit leur version de leur histoire dans la Bible, ont pos? les jalons de la renomm?e et du caract?re sacr? de la ville. La Bible se substitua ? l’?tat et au Temple juifs et devint, comme le dit Heinrich Heine, « la patrie portable des juifs, la Jérusalem portable ». Aucune autre ville ne dispose de son propre livre, et aucun autre livre n’a à ce point guidé le destin d’une ville.

Le caractère sacré de la ville est né de l’exceptionnalisme des juifs en tant que Peuple élu. Jérusalem est devenue la Ville élue, la Palestine, la Terre élue, et cet exceptionnalisme s’est transmis aux chr?tiens et aux musulmans qui l’ont fait leur. La sainteté suprême de Jérusalem et de la terre d’Israël s’est reflétée dans l’obsession religieuse croissante en faveur d’un retour des Juifs en Israël et dans l’enthousiasme occidental pour le sionisme, son équivalent laïc, entre la Réforme du xvie siècle en Europe et les années 70. Depuis, la tragédie des Palestiniens, qui voient dans Jérusalem leur Cité sainte perdue, a modifié la perception d’Israël. Ainsi, la fixation occidentale, ce sentiment de propriété universelle, fonctionne-t-elle dans les deux sens – comme une médaille et son revers, ou comme une épée à double tranchant. Aujourd’hui, ce fait se retrouve dans l’attention que suscitent Jérusalem et le conflit israélo-palestinien, une attention plus soutenue, plus chargée d’émotion que toute autre sur terre.

Pourtant, rien n’est jamais aussi simple qu’il y paraît. L’histoire est souvent présentée comme une succession de changements brutaux et de basculements violents, mais je tiens à montrer que Jérusalem fut une ville de continuité et de coexistence, métropole hybride formée d’édifices hybrides et de gens hybrides qui résistent à l’étroitesse d’une catégorisation renvoyant aux différentes légendes religieuses et aux récits nationalistes d’époques ultérieures. Chaque fois que cela est possible, je suis l’histoire à travers des Familles – les Davidiens, les Maccabées et les Hérodiens, les Omeyyades et les maisons de Baudouin et de Saladin, jusqu’aux Husseini, aux Khalidi, aux Spafford, aux Rothschild et aux Montefiore. On peut ainsi retrouver les schémas organiques de la vie, indifférents aux incidents soudains et aux discours sectaires de l’histoire conventionnelle. Il n’y a pas que deux camps à Jérusalem, mais de nombreuses cultures et loyautés qui se chevauchent et s’empilent, entremêlées – un kaléidoscope aux multiples facettes et en mutation, composé d’Arabes orthodoxes, d’Arabes musulmans, de Juifs séfarades, de Juifs ashkénazes, de Juifs haredim, de Juifs laïcs, d’Arméniens orthodoxes, de Géorgiens, de Serbes, de Russes, de coptes, de protestants, d’Ethiopiens, de latins, etc. Un seul individu peut endosser diverses identités, équivalent humain des strates de pierre et de poussière de Jérusalem.

En fait, l’importance de la ville a fluctué, toujours mouvante, toujours en transformation, comme une plante qui change de forme, de taille, et même de couleur, et reste pourtant enracinée au même endroit. L’image, clinquante, d’une Jérusalem Ville sainte sacrée pour trois religions telle qu’elle est vantée dans les médias est relativement récente. Certains siècles, Jérusalem sembla perdre de son importance religieuse et politique. Bien souvent, ce fut la nécessité politique, plutôt qu’une révélation divine, qui insuffla une nouvelle dévotion religieuse.

Chaque fois que l’on a pu croire Jérusalem oubliée et dépassée, c’est la bibliolâtrie, l’étude passionnée de la vérité biblique par des gens résidant dans des terres lointaines, que ce soit à La Mecque, à Moscou ou dans le Massachusetts, qui a de nouveau projeté leur foi sur elle. Toutes les villes sont des fenêtres sur des modes de pensée étrangers, mais celle-ci est aussi un miroir qui révèle sa vie intérieure tout en réfléchissant le monde extérieur. Que ce soit à l’époque de la foi totale, de l’arrogance impériale, de la r?v?lation évangélique ou du nationalisme laïc, Jérusalem en est devenue le symbole et l’objectif ultime. Mais comme dans les miroirs d’une foire, les reflets sont déformés, au point d’être effrayants.

Jérusalem a une façon bien à elle de décevoir et de tourmenter tant les conquérants que les visiteurs. Le contraste entre la cité matérielle et la cité spirituelle est si douloureux qu’une centaine de patients sont admis chaque année dans l’asile local, atteints du syndrome de Jérusalem, folie faite d’anticipation, de déception et d’illusion. Le syndrome de Jérusalem est également politique: Jérusalem est un défi au bon sens, à la politique pragmatique et à la stratégie, elle existe dans la sphère des passions dévorantes et des émotions irrepressibles, imperméable à la raison.

Dans cette lutte pour la domination et la vérité, même une victoire ne fait qu’intensifier son caractère sacré aux yeux des autres. Plus le possesseur est avide, plus la concurrence est féroce et la réaction, viscérale. C’est la loi des conséquences involontaires qui prévaut ici.

Aucun autre endroit n’évoque un tel désir de possession exclusive. Or, ce zèle jaloux est paradoxal, puisque la plupart des sanctuaires de Jérusalem, et les histoires qui vont avec, ont été empruntés ou volés et appartenaient auparavant à une autre religion. Le passé de la ville est souvent imaginaire. Chaque pierre ou presque a appartenu au temple oublié depuis longtemps d’une autre foi, à l’arc de triomphe d’un autre empire. La plupart des conquêtes se sont accompagnées de la volonté instinctive d’effacer les traces d’autres fois, tout en récupérant leurs traditions, leurs histoires et leurs sites. Il y a eu bien des destructions, mais, plus souvent encore, les conquérants n’ont pas détruit ce qui était là avant eux, ils l’ont réutilisé et agrandi. Les sites majeurs comme le mont du Temple, la Citadelle, la ville de David, le mont Sion et l’église du Saint-Sépulcre ne présentent pas des couches distinctes d’histoire, mais sont plutôt comme des palimpsestes, des broderies où les fils de soie sont tissés en une trame si serrée qu’ils sont désormais inextricables.
La volonté de s’emparer de la sainteté d’autrui a eu pour conséquence que certains sanctuaires sont devenus sacrés successivement, puis simultanément pour chacune des trois religions; des rois ont émis des décrets à leur sujet, des hommes sont morts pour eux, et pourtant, ils sont aujourd’hui presque oubliés: le mont Sion a été le site d’une vénération fanatique de la part des juifs, des musulmans et des chrétiens; de nouveau essentiellement chrétien, il ne voit plus passer désormais que de rares pèlerins musulmans ou juifs.

A Jérusalem, la vérité importe souvent bien moins que le mythe. A Jérusalem, ne me demandez pas de faire l’histoire des faits, déclare l’éminent historien palestinien Nazmi al-Jubeh. Retirez la fiction et il ne reste rien. L’histoire est ici si puissante, si virulente, qu’elle est régulièrement déformée: l’archéologie est elle-même une force historique et les archéologues ont parfois exercé autant de pouvoir que les militaires, recrutés pour s’emparer du passé au nom du présent. Une discipline qui tend à l’objectivité scientifique peut servir à rationaliser des préjugés ethno-religieux et à justifier des ambitions impériales. Les Israéliens, les Palestiniens et les missionnaires des puissances impérialistes du xixe siècle ont tous été coupables d’avoir réquisitionné les mêmes évènements et de leur avoir attribué des significations et accolé des faits contradictoires. Une histoire de Jérusalem doit donc être une histoire à la fois de la vérité et de la légende. Mais les faits sont là, et ce livre a pour objectif de les raconter, aussi déplaisants soient-ils pour tel ou tel camp.

J’ai pour but d’écrire l’histoire de Jérusalem pour des lecteurs athées ou croyants, chrétiens, musulmans ou juifs, sans motivation politique, même en ces temps de conflit.

Je rapporte l’histoire chronologiquement, à travers les existences des hommes et des femmes – soldats et prophètes, poètes et rois, paysans et musiciens – et des familles qui ont fait Jérusalem. Je pense que c’est le meilleur moyen de donner vie à la ville et de montrer comment ses vérités complexes et inattendues sont le résultat de cette histoire. Ce n’est que grâce à la narration chronologique que l’on peut échapper à la tentation de voir le passé à travers le prisme des obsessions du présent. Je me suis efforcé d’éviter la téléologie, de décrire l’histoire comme si chaque évènement était inévitable. Puisque toute mutation est une réaction à celle qui l’a précédée, la chronologie reste la meilleure façon de trouver un sens à cette évolution, de répondre à la question pourquoi Jérusalem ? et de montrer pourquoi les gens ont agi comme ils l’ont fait. J’espère que c’est également l’angle le plus divertissant. Qui suis-je pour ruiner une histoire qui est – pour reprendre un cliché hollywoodien justifié, pour une fois – la plus formidable jamais contée ? Parmi les milliers de livres sur Jérusalem, très peu sont des récits historiques. Quatre ?poques (celles de David et de J?sus, les Croisades et le conflit isra?lo-arabe) nous sont familières grâce ? la Bible, au cinéma, aux romans et aux informations, mais elles sont souvent mal comprises. Quant au reste, je tiens sincèrement à faire découvrir à de nouveaux lecteurs cette histoire oubliée.

Ce livre est une histoire de J?rusalem en tant que centre de l’histoire mondiale, mais ne constitue en aucun cas une encyclop?die de chacun des aspects de J?rusalem, ou un guide pour chacune des niches, coupoles et arches du moindre de ses ?difices. Il ne s’agit pas d’une histoire d?taill?e des orthodoxes, des catholiques ou des Arm?niens, des ?coles de droit hanafites ou chaafistes islamiques, des juifs hassidiques ou kara?tes, pas plus qu’elle n’est racont?e d’un point de vue sp?cifique. La vie de la ville musulmane des mamelouks jusqu’au mandat britannique a ?t? n?glig?e. Les familles musulmanes de J?rusalem ont ?t? ?tudi?es par les universitaires sp?cialistes de la Palestine, mais n’ont gu?re int?ress? les historiens populaires. Leurs histoires ont ?t? et sont encore essentielles pour la compr?hension de J?rusalem?: certaines sources cl?s n’existent qu’en arabe, mais je les ai fait traduire et me suis entretenu avec les membres de tous ces clans afin d’apprendre leur pass?. Toutefois, ils ne repr?sentent qu’une partie de la mosa?que. Ce livre n’est pas une histoire du juda?sme, du christianisme ou de l’islam, ni une ?tude de ce qu’incarne la foi en un Dieu unique ? J?rusalem?: tout cela a d?j? ?t? accompli avec talent par d’autres – notamment par Karen Armstrong dans son excellent A History of Jerusalem. One City, three Faiths (??J?rusalem?: une ville, trois croyances??). Pas plus qu’il ne s’agit d’une histoire d?taill?e du conflit isra?lo-palestinien, qui fait actuellement l’objet d’une analyse obsessionnelle. Le d?fi redoutable que je me suis lanc? est de couvrir tous ces champs, de mani?re ?quitable, j’esp?re.

Je me suis fix? pour mission de retracer les faits, non de porter un jugement sur les myst?res de diff?rentes religions. Je ne pr?tends pas avoir le droit de juger si les prodiges divins et les textes sacr?s des trois grandes religions sont ??vrais?? ou non. Quiconque ?tudie la Bible ou J?rusalem ne peut qu’admettre que la v?rit? existe ? bien des niveaux. Les croyances d’autres religions et d’autres temps nous paraissent ?tranges, alors que les coutumes famili?res de nos propres temps et lieux nous semblent toujours fort raisonnables. M?me le xxie?si?cle, que beaucoup consid?rent apparemment comme le summum de la raison la?que et du sens commun, a ses id?es re?ues et ses orthodoxies quasi religieuses que nos arri?re-petits-enfants trouveront incroyablement absurdes. En revanche, les religions et leurs miracles ont eu un impact ind?niable sur l’histoire de J?rusalem, et il est impossible de conna?tre J?rusalem sans ?prouver un certain respect pour la religion.

Dans l’histoire de la ville, il est des si?cles dont on ne sait rien ou presque et o? tout est sujet ? controverse. Puisque c’est J?rusalem qui est en jeu, les d?bats universitaires et arch?ologiques sont toujours d?l?t?res, parfois violents, menant m?me ? des ?meutes et ? des affrontements. Les ?v?nements des cinquante derni?res ann?es sont si contest?s que l’on en trouve de multiples versions.

En ce qui concerne les ?poques primitives, les historiens, les arch?ologues et les illumin?s ont tous manipul?, fa?onn? et tritur? les rares sources disponibles afin d’?tayer toutes les th?ories imaginables, qu’ils ont alors d?fendues avec une assurance reposant sur une certitude absolue. Dans tous les cas, j’ai ?tudi? les sources originales et les nombreuses th?ories, puis je suis parvenu ? une conclusion. Si j’avais voulu me couvrir totalement dans chacun de ces cas, les mots que l’on croiserait le plus fr?quemment dans ce livre seraient ??peut-?tre??, ??probablement??, ??pourrait?? et ??aurait pu??. Chaque fois que je l’ai pu, j’ai ?cart? ces termes, mais j’invite le lecteur ? comprendre que chaque phrase repose sur une bibliographie colossale et en perp?tuelle ?volution. Chaque partie a ?t? v?rifi?e et relue par un sp?cialiste universitaire. J’ai la chance d’avoir pu en cela compter sur l’aide de quelques-uns des professeurs les plus distingu?s aujourd’hui en activit?.

La plus ?pineuse de ces controverses est celle li?e au roi David, dont les implications politiques sont particuli?rement actuelles et lourdes de sens. M?me parmi les scientifiques, ce d?bat a suscit? davantage de ferveur et d’acharnement que toute autre question, ? l’exception de ceux sur la nature du Christ et de Mahomet. La source de l’histoire de David est la Bible. On a longtemps consid?r? sa vie historique comme un fait ?tabli. Au xixe?si?cle, l’int?r?t des puissances imp?rialistes chr?tiennes pour la Terre sainte a ?t? ? l’origine de la qu?te arch?ologique de la J?rusalem de David. La nature chr?tienne de ces recherches a connu une r?orientation avec la cr?ation de l’?tat d’Isra?l en 1948, qui lui a attribu? une signification politico-religieuse passionn?e, David se voyant par? du statut de fondateur de la J?rusalem juive. Faute d’indices remontant au xe?si?cle avant notre ?re, les historiens isra?liens r?visionnistes ont revu ? la baisse l’importance de la cit? de David. Certains ont m?me remis en cause l’historicit? du personnage, au grand dam des juifs traditionalistes et ? la joie des politiciens palestiniens, puisque cela revenait ? saper les revendications juives. Mais la d?couverte de la st?le de Tel Dan, en 1993, a prouv? que le roi David avait bel et bien exist?. La Bible, bien que n’ayant pas ?t? ?crite principalement comme une chronique historique, reste une source historique, dont je me suis servi pour raconter cette histoire. L’importance de la ville de David et la fiabilit? de la Bible sont abord?es dans ce livre. Sur le conflit actuel au sujet de la cit? de David, vous pouvez vous reporter ? l’?pilogue.

Pour une autre ?poque, celle, beaucoup plus tardive, du xixe?si?cle, il est impossible d’?chapper au poids de L’Orientalisme, d’Edward Said. Said, chr?tien palestinien n? ? J?rusalem, professeur de litt?rature ? l’universit? de Columbia ? New York, qui ?tait une voix ? part dans le monde du nationalisme palestinien, affirmait que le ??pr?jug? eurocentrique, subtil et persistant, vis-?-vis des peuples arabo-musulmans et de leur culture??, surtout chez des voyageurs du xixe?si?cle comme Chateaubriand, Melville et Twain, avait d?nigr? la culture arabe et justifi? l’imp?rialisme. Les travaux de Said ont pouss? quelques-uns de ses disciples ? vouloir effacer ces intrus occidentaux de l’histoire, ce qui est une aberration. Il est n?anmoins vrai que ces visiteurs ne virent ou ne comprirent que peu de chose de la vraie vie de la J?rusalem arabe et juive?; voil? pourquoi, comme nous l’avons dit, je me suis efforc? de d?crire les existences r?elles de la population locale. Mais ce livre n’a rien de pol?mique, et l’historien de J?rusalem doit mettre en lumi?re l’influence dominante de la culture romantique imp?riale de l’Occident sur la ville, car elle explique pourquoi le Moyen-Orient a tant compt? pour les grandes puissances.

De m?me, j’ai d?peint l’?volution du pro-sionisme britannique, la?que et ?vang?lique, de Palmerston et Shaftesbury ? Lloyd George, Balfour, Churchill et leur ami Weizmann pour la simple raison que son influence a ?t? d?cisive sur le destin de J?rusalem et de la Palestine aux xixe et xxe?si?cles.

Le corpus central de ce livre se termine en 1967, parce que la guerre des Six-Jours a pour l’essentiel accouch? de la situation que nous connaissons aujourd’hui, et qu’elle constitue une conclusion majeure. L’?pilogue pr?sente rapidement l’?volution politique jusqu’? nos jours, et s’ach?ve par un portrait d?taill? d’une matin?e typique dans les trois Lieux saints. Mais la situation ne cesse de changer. Si je devais ?crire l’histoire au pr?sent, cet ouvrage n’aurait jamais de fin, et devrait ?tre mis ? jour presque heure par heure. Au lieu de cela, j’ai voulu montrer pourquoi J?rusalem continue d’?tre ? la fois le cœur du processus de paix et un obstacle pour ce dernier.

Ce livre est une synth?se fond?e sur la lecture des grandes sources, antiques et modernes, sur des rencontres personnelles avec des sp?cialistes, des professeurs, des arch?ologues, des familles et des hommes d’?tat, et sur d’innombrables s?jours ? J?rusalem, sur les sanctuaires et les chantiers de fouilles. J’ai eu la chance de retrouver quelques sources nouvelles, ou rarement utilis?es. Mon travail m’a donn? trois grandes joies?: passer beaucoup de temps ? J?rusalem?; lire les œuvres merveilleuses d’auteurs comme Oussama ibn Mounqidh, Ibn?Khaldoun, Evliy? Tch?l?bi et Wassif Jawhariyyeh, Guillaume de Tyr, Flavius Jos?phe et T.E. Lawrence?; et enfin, m’?tre fait des amis et avoir ?t? aid?, avec tant de confiance et de g?n?rosit?, au beau milieu de violentes crises politiques, par des J?rusal?mites de toutes les origines – des Palestiniens, des Isra?liens, et des Arm?niens, des musulmans, des juifs et des chr?tiens.

J’ai l’impression de m’?tre toute ma vie pr?par? ? ?crire ce livre. Depuis l’enfance, j’ai err? autour de J?rusalem. ? cause de liens familiaux que je d?cris dans ces pages, ??J?rusalem?? figure sur le blason de ma famille. Mais quelles que soient ces attaches personnelles, je suis ici pour raconter l’histoire de ce qui s’est pass? et de ce qu’ont cru les gens. Pour revenir ? notre point de d?part, il y a toujours eu deux J?rusalem, la temporelle et la spirituelle, toutes deux gouvern?es davantage par la foi et l’?motion que par la raison et les faits. Et J?rusalem est toujours au centre du monde.

Mon approche ne plaira pas ? tous – apr?s tout, c’est de J?rusalem qu’il s’agit. Mais en ?crivant ce livre, j’ai toujours gard? ? l’esprit le conseil de Lloyd George ? Storrs, qu’il avait nomm? gouverneur de la ville, et qui ?tait l’objet de critiques enflamm?es tant de la part des juifs que des Arabes?: ??Eh bien, si l’un ou l’autre camp cesse de se plaindre, vous serez renvoy?.??

Prologue

Le huiti?me jour du mois juif d’Ab, ? la fin du mois de juillet de l’an 70 de notre ?re, Titus, le fils de l’empereur romain Vespasien, qui dirigeait depuis quatre mois le si?ge de J?rusalem, ordonna ? l’ensemble de ses forces de se pr?parer ? prendre le Temple d’assaut ? l’aube. L’attaque devait avoir lieu le jour m?me o?, plus de cinq cents ans plus t?t, les Babyloniens avaient d?truit la ville. Titus commandait une arm?e de quatre l?gions, soit soixante mille l?gionnaires romains et auxiliaires locaux, impatients de porter le coup de gr?ce ? la cit? orgueilleuse mais bris?e. Derri?re ses murailles, peut-?tre pr?s d’un demi-million de juifs affam?s survivaient dans des conditions abominables?: certains ?taient des z?lotes, des fanatiques religieux, d’autres de simples pillards, mais la plupart ?taient des familles innocentes incapables de fuir ce pi?ge aussi magnifique que mortel. Bien des juifs vivaient hors des fronti?res de la Jud?e – on en trouvait sur tout le pourtour m?diterran?en et au Proche-Orient – et ce dernier combat d?sesp?r? d?ciderait non seulement du sort de la ville et de ses habitants, mais aussi de l’avenir du juda?sme et du christianisme, alors culte juif de peu de port?e, voire, en se propulsant six si?cles dans le futur, de la forme que prendrait l’islam.

Les Romains avaient ?difi? des rampes contre les murs du Temple. Mais leurs assauts avaient ?t? repouss?s. Plus t?t dans la journ?e, Titus avait d?clar? ? ses g?n?raux que ses efforts pour prot?ger ce ??temple ?tranger?? lui co?taient trop de soldats, et il avait ordonn? que le feu soit bout? aux portes de l’?difice. L’argent des portes avait fondu et l’incendie s’?tait propag? aux encadrements de bois des portes et des fen?tres, puis aux poutres des couloirs du Temple lui-m?me. Titus avait exig? que l’incendie soit ?teint. Les Romains, avait-il lanc?, ne devaient ??point se venger d’objets inanim?s plut?t que d’hommes??. Puis il s’?tait retir? pour la nuit dans son quartier g?n?ral, dans la tour d’Antonia qui, ? demi en ruine, surplombait le superbe complexe du Temple.
Tout autour des murs se d?roulaient des sc?nes semblables ? l’enfer sur terre. Des milliers de cadavres se putr?fiaient sous le soleil. La puanteur ?tait insupportable. Des meutes de chiens et de chacals se gorgeaient de chair humaine. Les mois pr?c?dents, Titus avait ordonn? que tous les prisonniers ou d?serteurs soient crucifi?s. On crucifiait cinq cents juifs par jour. Le mont des Oliviers et les hauteurs escarp?es entourant la ville ?taient si encombr?s de croix qu’il n’y avait plus de place pour en planter d’autres, ni d’arbres pour les fabriquer. Les soldats de Titus s’amusaient ? clouer leurs victimes membres ?cart?s dans des positions absurdes. Nombre de J?rusal?mites ne pensaient plus qu’? fuir la ville. En partant, ils avalaient leur argent pour le dissimuler, esp?rant le r?cup?rer quand ils seraient en s?curit?, loin des Romains. Ils sortaient, ??gonfl?s de famine, enfl?s comme des hommes souffrant d’œd?me??, mais s’ils mangeaient, ils ???clataient??. Quand leurs ventres explos?rent, les soldats d?couvrirent les tr?sors naus?abonds cach?s dans leurs entrailles. Ils entreprirent donc d’?visc?rer tous les prisonniers et de fouiller dans leurs intestins alors qu’ils ?taient encore en vie. Horrifi?, Titus tenta d’interdire ces pillages anatomiques. En vain?: ses auxiliaires syriens, qui ha?ssaient les juifs et ?taient ha?s d’eux avec toute la hargne de voisins, se r?jouissaient de ces jeux macabres. Les cruaut?s commises par les Romains et les rebelles derri?re leurs murailles sont dignes de certaines des pires atrocit?s du xxe?si?cle.

La guerre avait commenc? quand l’aristocratie de Jud?e elle-m?me, les alli?s juifs de Rome, avait ?t? pouss?e par l’ineptie et la cupidit? des gouverneurs romains ? faire cause commune avec une r?volte populaire. Les rangs des rebelles se composaient de Juifs religieux et de brigands opportunistes qui avaient profit? du d?clin de l’empereur N?ron et du chaos qui avait suivi son suicide pour chasser les Romains et r?tablir un ?tat juif ind?pendant ayant le Temple pour centre. Mais la r?volution juive s’?tait aussit?t transform?e en purges sanglantes et en guerre des gangs.

Trois empereurs succ?d?rent ? N?ron en ? peine plus d’un an. Le temps que Vespasien monte sur le tr?ne et envoie Titus prendre J?rusalem, la ville avait ?t? partag?e entre trois chefs de guerre en perp?tuel conflit. Ils avaient d’abord livr? de violents combats dans les cours du Temple, ruisselantes de sang, avant de piller la ville. Leurs guerriers p?n?traient dans les quartiers les plus ais?s, saccageaient les maisons, assassinaient les hommes et violentaient les femmes – ??c’?tait pour eux comme un jeu??. Ivres de pouvoir et de l’excitation de la chasse, sans doute aussi du vin qu’ils avaient pill?, ils ??s’adonnaient ? la lascivit? f?minine, se couvraient les cheveux, rev?taient des atours de femmes, se barbouillaient d’onguents et se fardaient les paupi?res??. Ces truands de province, se pavanant dans des ??manteaux aux teintes les plus raffin?es??, tuaient quiconque croisait leur chemin. Dans leur ing?niosit? d?prav?e, ils ??inventaient des plaisirs illicites??. J?rusalem, abandonn?e ? une ??intol?rable souillure??, devint ??un bordel?? et une salle de tortures – tout en conservant son aura de sanctuaire.

Car, malgr? tout, le Temple continuait de fonctionner. En avril pr?c?dent, des p?lerins ?taient venus pour la P?que, juste avant que les Romains n’assi?gent la cit?. La population se chiffrait d’ordinaire en dizaine de milliers, mais les Romains avaient pris au pi?ge les p?lerins et beaucoup de r?fugi?s fuyant la guerre, si bien que la ville abritait des centaines de milliers de personnes. Les chefs rebelles ne mirent un terme ? leurs luttes intestines que quand Titus eut encercl? les murailles. Alors, ils unirent leurs forces et align?rent leurs vingt et un mille guerriers face aux Romains.

La ville que Titus vit pour la premi?re fois du haut du mont?Scopus, du grec skopeo, qui signifie ??regarder??, ?tait, pour reprendre les termes de Pline, ??de loin la cit? la plus vant?e de l’Orient??, m?tropole opulente et prosp?re b?tie autour de l’un des temples les plus grandioses du monde antique, lui-m?me gigantesque œuvre d’art. J?rusalem existait depuis des mill?naires, mais jamais cette ville aux multiples tours et remparts, ? cheval sur deux hauteurs dans la d?solation escarp?e de Jud?e, n’avait ?t? aussi peupl?e ni aussi superbe qu’en ce premier si?cle de notre ?re. De fait, il faudrait attendre le xxe?si?cle pour que J?rusalem renoue avec une telle grandeur. C’?tait l? l’accomplissement d’H?rode le Grand, le monarque de Jud?e, fou g?nial dont les palais et les forteresses avaient ?t? construits ? une ?chelle si monumentale, et d?cor?s avec tant de luxe que l’historien juif Flavius Jos?phe reconna?t qu’ils ??d?passent [s]a capacit? ? les d?crire??.

Le Temple lui-m?me surpassait tout le reste dans sa gloire sacr?e. ??D?s que se levait le soleil??, ses cours scintillantes et ses portes dor?es ??r?fl?chissaient la lumi?re en une splendeur flamboyante qui contraignait quiconque osait la contempler ? d?tourner le regard??. La premi?re fois que des ?trangers voyaient le Temple – comme Titus et ses l?gionnaires –, il ?tait ??semblable ? une montagne couverte de neige??. Les juifs fervents savaient qu’au centre des cours de cette ville dans la ville au sommet du mont Moria se trouvait une pi?ce minuscule et sacr?e entre toutes, qui ne contenait pour ainsi dire rien du tout. Ce lieu ?tait le cœur de la foi juive?: le Saint des Saints, l? o? Dieu Lui-m?me r?sidait.

Si le Temple d’H?rode ?tait un sanctuaire, c’?tait aussi une forteresse presque inexpugnable ? l’int?rieur de la cit?. Les juifs, encourag?s par la faiblesse des Romains durant l’Ann?e des quatre empereurs, et tirant parti des escarpements inaccessibles de J?rusalem, de ses murailles et du labyrinthe du Temple, s’?taient dress?s contre Titus, confiants dans leur force. Apr?s tout, cela faisait pr?s de cinq ans qu’ils d?fiaient Rome. Or, Titus disposait de l’autorit?, des ambitions, des ressources et du talent n?cessaires pour remplir sa mission. Il entreprit de r?duire les d?fenses de J?rusalem avec une efficacit? syst?matique et une puissance ?crasante. Des pierres de baliste, probablement lanc?es sur son ordre, ont ?t? retrouv?es dans les tunnels le long du mur ouest du Temple, preuve de l’intensit? du bombardement romain. Les juifs se battirent pour chaque pouce de terrain avec un acharnement presque suicidaire. Ce qui n’emp?cha pas Titus, qui d?ploya tout l’arsenal des engins de si?ge, des catapultes et du g?nie poliorc?tique romain, de s’emparer de la premi?re enceinte en quinze jours. Il entra?na un millier de l?gionnaires dans le labyrinthe des march?s de J?rusalem et s’empara de la deuxi?me enceinte. Les juifs effectu?rent une sortie et la reprirent. Les murs ne cess?rent alors de changer de mains. Titus tenta ensuite d’impressionner la ville en faisant d?filer son arm?e – cuirasses, casques, lames luisantes, enseignes claquant au vent, aigles scintillantes, ??chevaux richement capara?onn?s??. Des milliers d’habitants s’assembl?rent sur les remparts pour contempler le spectacle et admirer ??la beaut? de leurs armures et l’ordre admirable des hommes??. Mais les juifs continuaient de le d?fier, ou peut-?tre craignaient-ils trop leurs chefs de guerre pour d?sob?ir ? leurs ordres?: pas de capitulation.
Pour finir, Titus d?cida d’encercler et d’isoler l’ensemble de la cit? gr?ce ? des lignes de circonvallations. ? la fin de juin, les Romains prirent d’assaut l’imposante forteresse Antonia, qui dominait le Temple, puis la ras?rent, ? l’exception d’une tour o? Titus installa son quartier g?n?ral.

Vers le milieu de l’?t?, alors que les hauteurs dentel?es et br?l?es par le soleil se h?rissaient d’une for?t de cadavres crucifi?s environn?s de mouches, le sentiment que la fin ?tait proche s’abattit sur la ville, en proie ? un fanatisme implacable, aux caprices sadiques de ses ma?tres et ? une famine terrible. Des bandes arm?es r?daient en qu?te de nourriture. Les enfants arrachaient les vivres des mains de leurs p?res?; les m?res volaient la part de leurs propres nourrissons. Quand ils se heurtaient ? des portes verrouill?es, les guerriers, soup?onnant les occupants de dissimuler des vivres, en for?aient l’entr?e, enfon?ant des pieux dans le rectum de leurs victimes pour les obliger ? r?v?ler o? ils avaient cach? leurs c?r?ales. Quand ils ne trouvaient rien, ils se montraient d’une ??cruaut? plus barbare encore??, comme s’ils avaient ?t? ??tromp?s??. Bien que disposant eux-m?mes encore de nourriture, ils tuaient et torturaient par habitude, ??pour exercer leur folie??. J?rusalem fut le th??tre de chasses aux sorci?res, les gens se d?non?ant les uns les autres comme des accapareurs et des tra?tres. Nulle autre ville, rapporta Flavius Jos?phe, t?moin oculaire, ??n’autorisa tant de mis?res, nulle autre ?poque n’accoucha d’une g?n?ration plus propice ? la malice que celle-ci, depuis le commencement du monde??.
Les jeunes erraient dans les rues ??comme des ombres, tout gonfl?s de faim, et tombaient morts l? o? leur malheur les frappait??. Des gens mouraient en tentant d’enterrer leurs proches tandis que d’autres ?taient inhum?s ? la va-vite alors qu’ils respiraient encore. La famine ravageait des familles enti?res. Les J?rusal?mites voyaient mourir leurs ?tres chers ??l’œil sec et la bouche ouverte. Un profond silence et une sorte de nuit mortelle s’abattirent sur la ville?? – et pourtant, ceux qui p?rissaient gardaient ??le regard fix? sur le Temple??. Les cadavres s’entassaient dans les rues. Bient?t, en d?pit de la loi juive, plus personne n’enterra ses morts dans ce charnier grandiose. Peut-?tre J?sus-Christ l’avait-il pr?dit quand il avait annonc? la prochaine Apocalypse, d?clarant?: ??Que les morts enterrent les morts.?? Parfois, les insurg?s se contentaient de balancer les corps du haut des murs. Les Romains les laissaient se d?composer en des piles putr?fi?es. Mais les rebelles continuaient le combat.

Titus en personne, soldat de m?tier peu impressionnable qui avait occis douze juifs de sa propre arbal?te au cours de sa premi?re ?chauffour?e, en fut horrifi? et ?tonn?: il ne put que g?mir devant les dieux que cela n’?tait pas de son fait. Connu pour sa g?n?rosit?, il ?tait ??le ch?ri et la joie de l’humanit?. ??Mes amis, j’ai perdu ma journ?e??, avait-il coutume de dire quand il n’avait pas trouv? le temps d’offrir des pr?sents ? ses camarades. Robuste, rude, le visage rond orn? d’une bouche g?n?reuse et d’un menton fendu, Titus, fils populaire du nouvel empereur Vespasien, se r?v?lait un brillant g?n?ral?: mais leur dynastie n’avait pas encore fait ses preuves et d?pendait de sa victoire sur les rebelles juifs.

Dans l’entourage de Titus se trouvaient nombre de ren?gats juifs, dont trois J?rusal?mites – un historien, un roi et (semble-t-il) une double reine qui partageait la couche du Romain. L’historien Flavius Jos?phe, commandant rebelle pass? dans le camp imp?rial, notre unique source sur les ?v?nements, ?tait ?galement le conseiller de Titus. Le roi ?tait H?rode Agrippa?II, juif tout ? fait romanis?, ?lev? ? la cour de l’empereur Claude. Il avait occup? les fonctions de surveillant du Temple, b?ti par son arri?re-grand-p?re H?rode le Grand, et avait souvent r?sid? dans son palais de J?rusalem, bien que gouvernant des territoires disparates dans le nord de l’Isra?l moderne, en Syrie et au Liban.

Le roi ?tait presque certainement toujours accompagn? de sa sœur, B?r?nice, fille d’un monarque juif, deux fois reine par mariage, depuis peu la ma?tresse de Titus. Ses ennemis romains la tax?rent plus tard de ??Cl?op?tre juive??. Elle avait dans les quarante ans, mais ???tait dans la force de l’?ge et au fa?te de sa beaut?, note Flavius Jos?phe. Au d?but de la r?volte, son fr?re et elle, qui vivaient ensemble (incestueusement, affirmaient leurs d?tracteurs), avaient voulu confronter les rebelles entre eux et les appeler une derni?re fois ? la raison. D?sormais, ces trois juifs assistaient impuissants ??? l’agonie d’une cit? c?l?bre?? – B?r?nice depuis le lit de son destructeur.

Les prisonniers et les transfuges apportaient des nouvelles de la ville qui inqui?t?rent particuli?rement Flavius Jos?phe, dont les parents ?taient pris au pi?ge derri?re les murailles. M?me les combattants commen?aient ? manquer de vivres, aussi fouillaient-ils et diss?quaient-ils les vivants et les morts, ? la recherche d’or, de miettes, de simples graines, ??titubant et oscillant comme des chiens enrag?s??. Ils mangeaient de la bouse, du cuir, des ceintures, des chaussures et du chaume. Une riche dame du nom de Marie, ayant perdu toute sa fortune et sa nourriture, devint folle au point de tuer son propre fils, de le r?tir, d’en manger la moiti? et de garder le reste pour plus tard. Le d?licieux fumet se r?pandit dans les rues. Les rebelles, mis en app?tit, en cherch?rent l’origine et p?n?tr?rent dans la maison, mais m?me ces soudards ?prouv?s, ? la vue du cadavre de l’enfant ? demi d?vor?, ??s’en furent en tremblant??.
J?rusalem la Sainte, comme elle ?tait baptis?e sur les pi?ces de monnaie juives, sombra dans l’espionnite et la parano?a. Charlatans d?lirants et pr?dicateurs hantaient les rues, promettant la d?livrance et le salut. J?rusalem ?tait, remarqua Flavius Jos?phe, ??telle une b?te sauvage rendue folle par la faim et qui se nourrissait maintenant de sa propre chair??.

En cette nuit du huiti?me jour d’Ab, quand Titus se fut retir? pour se reposer, ses l?gionnaires s’efforc?rent d’?teindre l’incendie d?clench? par l’argent en fusion, ainsi qu’il l’avait ordonn?. Mais les rebelles les attaqu?rent. Les Romains ripost?rent et repouss?rent les juifs jusque dans l’enceinte m?me du Temple. Un l?gionnaire, saisi ??d’un divin courroux??, s’empara de brandons et, soulev? par un autre soldat, mit le feu aux tentures et ? l’encadrement d’une ??fen?tre dor?e??, qui donnait sur les salles entourant le Temple lui-m?me. Au matin, l’incendie s’?tait r?pandu jusqu’au cœur des lieux sacr?s. Voyant les flammes l?cher le Saint des Saints et menacer de le d?truire, les juifs ??pouss?rent une grande clameur et se pr?cipit?rent pour l’en emp?cher??. Mais il ?tait trop tard. Ils se barricad?rent dans la cour int?rieure, puis ne purent que contempler la sc?ne dans un silence horrifi?.
? quelques pas de l?, parmi les ruines de la forteresse Antonia, Titus s’?tait r?veill?; il bondit sur ses pieds et ??courut vers la Sainte Maison pour faire cesser l’incendie??. Son entourage le suivit, dont Flavius Jos?phe, et sans doute le roi Agrippa et B?r?nice, entra?nant derri?re eux des milliers de soldats romains, tous en proie ??? un grand ?tonnement??. Le combat fut acharn?. Flavius Jos?phe affirme que Titus ordonna une fois encore que le feu soit ma?tris?, mais en tant que collaborateur des Romains, il avait de bonnes raisons de vouloir exon?rer son protecteur. Quoi qu’il en soit, tout le monde hurlait, l’incendie se d?cha?nait, et les soldats romains savaient que, conform?ment aux lois de la guerre, une ville qui avait r?sist? aussi opini?trement ne pouvait que s’attendre ? ?tre mise ? sac.

Faisant mine de ne pas avoir entendu Titus, ils exhort?rent m?me leurs camarades ? jeter davantage de combustible dans les flammes. Les l?gionnaires ?taient si imp?tueux que beaucoup finirent pi?tin?s ou br?l?s dans leur ru?e sanguinaire et leur soif d’or, dont ils pill?rent de telles quantit?s que son prix chuta bient?t dans tout l’Orient. Titus, incapable de ma?triser l’incendie et fort probablement soulag? ? la perspective de sa victoire finale, progressa dans le Temple en flammes jusqu’au Saint des Saints. M?me le grand pr?tre n’?tait autoris? ? y p?n?trer qu’une fois par an. Aucun ?tranger n’en avait souill? la puret? depuis Pomp?e, le g?n?ral et homme d’?tat romain, en 63?av. J.-C.?Mais Titus regarda ? l’int?rieur et ??contempla le sanctuaire avec son contenu, tr?sor bien sup?rieur ? ce que la renomm?e avait publi? ? l’?tranger??, ?crit Flavius Jos?phe, et ??non inf?rieur ? sa glorieuse r?putation parmi les gens du pays??. Aussi ordonna-t-il aux centurions de frapper les soldats qui r?pandaient l’incendie, mais ??leurs passions ?taient trop vives??. Alors que le sinistre gagnait le Saint des Saints, Titus fut emmen? par ses officiers qui le mirent en s?curit?, ??et personne n’emp?cha plus les troupes d’activer l’incendie??.
Au beau milieu des flammes, les combats faisaient rage. Des J?rusal?mites affam?s, ?berlu?s, erraient et, d?sempar?s, franchissaient les portes calcin?es. Des milliers de civils et de rebelles se rassembl?rent sur les marches menant ? l’autel, pr?ts ? se battre jusqu’au dernier ou simplement ? mourir sans espoir. Les Romains euphoriques leur tranch?rent la gorge ? tous comme s’il s’?tait agi d’un gigantesque sacrifice humain, jusqu’? ce qu’??autour de l’autel une multitude de cadavres s’amonc[elle]??, le sang d?goulinant sur les marches. Dix mille juifs p?rirent dans le Temple en feu.

Les ?normes pierres et les solives se fendaient avec un bruit semblable au tonnerre. Flavius Jos?phe assista ? la mort du Temple?:

Le cr?pitement des flammes d?cha?n?es se m?lait aux g?missements de ceux qui tombaient?; la hauteur de la colline et la grandeur de l’ouvrage incendi? donnaient l’impression que la ville enti?re br?lait. ? cela s’ajoutait un bruit terrible qu’on ne peut imaginer, fait de la clameur victorieuse des l?gions romaines s’?lan?ant en masse, des hurlements des factieux pris dans un cercle de fer et de feu, de la fuite ?perdue du peuple, surpris sur la hauteur, tombant avec stupeur sur les ennemis et poussant des lamentations dans sa d?tresse. Aux cris des Juifs de la colline se m?laient ceux de la multitude r?pandue dans la ville. Beaucoup, d?j? ?puis?s par la faim, devenus silencieux en voyant le Temple en flammes, retrouv?rent des forces pour g?mir et pour crier. L’?cho de la P?r?e et des montagnes des alentours redoublait l’intensit? du bruit. Mais les souffrances ?taient plus affreuses encore que le tumulte?; il semblait que la colline du Temple, parmi ces flammes qui l’enveloppaient de toutes parts, bouillonn?t jusque dans ses fondements.
Le mont Moria, une des deux hauteurs de J?rusalem, o? le roi David avait plac? l’Arche d’alliance et o? son fils Salomon avait ?rig? le premier Temple, n’?tait plus que ??feu br?lant de toutes parts??, tandis qu’? l’int?rieur le sol ?tait couvert de cadavres. Mais dans leur triomphe, les soldats les foul?rent au pied. Les pr?tres r?sist?rent, certains se jetant dans la fournaise. Alors, les Romains en furie, voyant que le Temple int?rieur ?tait d?truit, se saisirent de l’or et du mobilier, et emport?rent leur butin avant de mettre le feu au reste du complexe.

Pendant que la cour int?rieure br?lait, l’aube approchant, les rebelles rescap?s perc?rent les lignes romaines dans le labyrinthe des cours ext?rieures, quelques-uns se r?fugiant dans la ville. La cavalerie romaine contre-attaqua, extermina les insurg?s et mit le feu aux salles du tr?sor du Temple, qui regorgeaient des richesses fournies par la taxe du Temple que versaient tous les juifs, d’Alexandrie ? Babylone. Ils y trouv?rent six mille femmes et enfants blottis l? dans l’attente de l’Apocalypse. Un ??faux proph?te?? avait plus t?t proclam? qu’ils d?c?leraient les ??signes miraculeux de leur d?livrance?? dans le Temple. Les l?gionnaires se content?rent d’incendier les couloirs, et tous moururent br?l?s vifs.
Les Romains apport?rent leurs enseignes sur la montagne sacr?e, y offrirent des sacrifices ? leurs dieux et salu?rent Titus du titre d’imperator, commandant en chef. Des pr?tres se cachaient encore dans le Saint des Saints. Deux d’entre eux se jet?rent dans les flammes, et l’un parvint ? faire sortir les tr?sors du Temple – les aubes du grand pr?tre, les deux cand?labres d’or, ainsi que des sacs de cannelle et de graines de cassier, des ?pices que l’on br?lait chaque jour dans le Sanctuaire. Quand les autres se rendirent, Titus les fit ex?cuter, car ??il convenait ? des pr?tres de p?rir avec leur Temple??.
J?rusalem ?tait, et est encore, une ville de tunnels. Aussi les rebelles se volatilis?rent-ils dans les sous-sols, tout en tenant toujours la Citadelle et la ville haute, ? l’ouest. Il fallut ? Titus un mois de plus pour conqu?rir le reste de la cit?. Quand elle tomba, les Romains et leurs auxiliaires syriens et grecs ??se r?pandirent dans les ruelles. ?p?e ? la main, ils massacr?rent sans distinction tous ceux qu’ils croisaient et incendi?rent les maisons avec tous ceux qui y avaient trouv? refuge??. La nuit, quand la tuerie cessa, ??le feu s’assura la ma?trise des rues??.

Titus parlementa avec les deux chefs de guerre juifs sur le pont qui franchissait la vall?e entre le Temple et la ville, et leur offrit la vie sauve en ?change de leur reddition. Ils refus?rent. Il ordonna que la Ville basse, o? presque toutes les maisons ?taient pleines de cadavres, soit pill?e et incendi?e. Quand les chefs de guerre j?rusal?mites se repli?rent sur le palais d’H?rode et la Citadelle, Titus fit creuser des sapes et, le 7 du mois d’Elul, ? la mi-ao?t, les Romains prirent les fortifications d’assaut. Les insurg?s se battirent dans les tunnels jusqu’? ce qu’un de leurs chefs, Jean de Gischala, d?pose les armes (il fut ?pargn?, mais fut condamn? ? un emprisonnement ? vie). L’autre chef, Simon ben Giora, ?mergea d’un tunnel sous le Temple drap? d’une robe blanche, et eut l’insigne honneur de jouer un r?le de premier plan dans le triomphe de Titus, le d?fil? de la victoire ? Rome.
Dans le d?sordre et la destruction m?thodique qui s’ensuivirent, un monde disparut, ne laissant derri?re lui que de rares instants fig?s dans le temps. Les Romains massacr?rent les vieux et les infirmes?: le squelette d’une main de femme, trouv?e sur le seuil de sa maison incendi?e, constitue une preuve de la panique et de la terreur qui r?gnaient alors?; les cendres des demeures du quartier juif r?v?lent la violence des flammes. Deux cents pi?ces de bronze ont ?t? retrouv?es dans une boutique de la rue qui passait sous les degr?s monumentaux du Temple, sans doute enfouies l? dans les derni?res heures de la chute de la ville. Bient?t, m?me les Romains furent las du carnage. Les J?rusal?mites furent rassembl?s dans des camps de regroupement install?s dans la Cour des femmes du Temple, o? ils furent pass?s au crible?: les combattants furent tu?s?; les vigoureux envoy?s travailler dans les mines d’?gypte?; les jeunes et les plus beaux vendus comme esclaves, les autres choisis pour mourir face aux lions du cirque ou pour ?tre pr?sent?s lors du triomphe.

Flavius Jos?phe chercha parmi les prisonniers, dans un ?tat pitoyable, qui ?taient r?unis dans les cours du Temple, et retrouva son fr?re ainsi que cinquante amis que Titus l’autorisa ? remettre en libert?. Ses parents ?taient sans doute morts. Mais il reconnut trois de ses amis parmi les crucifi?s. ??Mon cœur saignait et je m’en ouvris ? Titus??, qui ordonna qu’ils soient descendus de leurs croix et confi?s aux soins des m?decins. Un seul surv?cut.
Titus d?cida, comme Nabuchodonosor, d’?radiquer J?rusalem, d?cision dont Flavius Jos?phe rejette la faute sur les rebelles?: ??La r?bellion a d?truit la ville et les Romains ont d?truit la r?bellion.?? Le nivellement du Temple, le monument le plus impressionnant d’H?rode le Grand, dut constituer un formidable d?fi en termes d’ing?nierie. Les ?normes pierres de taille du Portique royal s’abattirent sur les nouveaux dallages en contrebas, et c’est l? qu’on les retrouva pr?s de deux mille ans plus tard, formant un tas colossal o? elles ?taient tomb?es, dissimul?es sous des si?cles de d?bris. Les gravats furent jet?s dans la vall?e jouxtant le Temple et commenc?rent ? combler le ravin, aujourd’hui presque invisible, qui s?parait le mont du Temple de la ville haute. Mais les murs de sout?nement du mont du Temple, dont le mur occidental actuel, r?sist?rent. Les spolia, les pierres tomb?es du Temple et de la cit? d’H?rode, encore partout pr?sentes dans la ville, furent utilis?es et r?utilis?es ensuite pendant plus d’un mill?naire par tous les conqu?rants et b?tisseurs de la ville, des Romains aux Arabes, des crois?s aux Ottomans.

Nul ne sait combien de gens moururent ? J?rusalem, et les historiens antiques font g?n?ralement peu de cas de l’exactitude des chiffres. Tacite dit que six cent mille personnes vivaient dans la ville assi?g?e, tandis que Flavius Jos?phe, lui, parle de plus d’un million. Quelle que f?t la r?alit?, leur nombre ?tait consid?rable, et tous moururent de faim, furent tu?s ou vendus en esclavage.

Titus se lan?a dans une macabre tourn?e victorieuse. Sa ma?tresse B?r?nice et son fr?re le roi le re?urent dans leur capitale, C?sar?e de Philippe, aujourd’hui sur le plateau du Golan. L?, il regarda des milliers de juifs se battre entre eux et contre des animaux sauvages – ? mort. Quelques jours plus tard, il assista ? l’ex?cution de deux mille cinq cents autres prisonniers dans le cirque de Césarée maritime et d’autres encore furent massacrés par jeu à Beyrouth avant que Titus ne rentre à Rome célébrer son triomphe.


Non-violence: Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix (James’s epistle is still relevant for today as it speaks to issues of how Christians should respond to injustice)

11 octobre, 2014
https://scontent-b-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xfp1/v/t1.0-9/10690013_4785735338343_7769564921204604104_n.jpg?oh=17131eaac71635b1f283f694486bf4ab&oe=54B27D59http://www.mehach-magazine.com/wp-content/uploads/2014/10/Kailash-Satyarthi-800x516.jpgLaissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Jésus (Matthieu 19: 14)
Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-ci, me reçoit moi-même. Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. Jésus (Matthieu 18: 5)
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. Jésus (Matthieu 5: 10-12)
Celui qui a dit: Tu ne commettras point d’adultère, a dit aussi: Tu ne tueras point. Or, si tu ne commets point d’adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu deviens transgresseur de la loi. Jacques 2: 11
Vous convoitez, et vous ne possédez pas; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Jacques 4: 2
A vous maintenant, riches! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous. (…) Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées. Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez rassasié vos coeurs au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez tué le juste, qui ne vous a pas résisté. Jacques 5: 1-6
Si vous avez dans votre coeur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité. Cette sagesse n’est point celle qui vient d’en haut; mais elle est terrestre, charnelle, diabolique. Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises actions. La sagesse d’en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d’hypocrisie. Le fruit de la justice est semé dans la paix par ceux qui recherchent la paix. Jacques 3: 14-18
Ceux qui travaillent à la paix sèment dans la paix une semence qui aura pour fruit ce qui est juste. Jacques 3: 18 (Bible du semeur)
Mais beaucoup d’entre eux, encouragés par l’impunité, se tournèrent au métier de brigand ; dans toute la contrée ce ne furent que pillages et soulèvements, fomentés par les plus audacieux (…) Des individus vagabonds et fourbes, qui ne cherchaient que changements et révolutions sous le masque de l’inspiration divine, poussaient la multitude à un délire furieux et l’entraînaient au désert, où Dieu, disaient-ils, devait leur montrer les signes de la liberté prochaine (…) A peine ce mouvement réprimé, l’inflammation, comme dans un corps malade, reparut sur un autre point.  Les imposteurs et les brigands se réunirent pour entraîner à le défection et appeler à la liberté un grand nombre de Juifs, menaçant de mort ceux qui se soumettaient à la domination romaine et déclarant qu’ils supprimeraient de force ceux qui acceptaient volontairement la servitude. Répartis par bandes dans le pays, ils pillaient les maisons des principaux citoyens, tuaient les propriétaires et incendiaient les bourgades. Toute la Judée fut remplie de leur frénésie, et de jour en jour cette guerre sévissait plus violente. Flavius Josèphe
The modern world is not evil; in some ways the modern world is far too good. It is full of wild and wasted virtues. When a religious scheme is shattered (as Christianity was shattered at the Reformation), it is not merely the vices that are let loose. The vices are, indeed, let loose, and they wander and do damage. But the virtues are let loose also; and the virtues wander more wildly, and the virtues do more terrible damage. The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. The virtues have gone mad because they have been isolated from each other and are wandering alone. G.K. Chesterton
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
We treasure the precious words of Hizbullah and your expression of goodwill towards the American people. Also, we praise your initiative for dialogue and mutual understanding. We cherish these statements that bring us closer to you. As an elder of our church, I’d like to say that according to my recent experience, relations and conversations with Islamic leaders are a lot easier than dealings and dialogue with Jewish leaders. Ronald Stone (Presbyterian leader)
Nous avons donc à faire à des espèces de « brigades internationales », comme lors de la Guerre d’Espagne. Signe des temps, ces combattants, venus de tous les coins, ne se réclament pas d’une grande idéologie émancipatrice, comme au XX° siècle, mais d’une version très particulière d’une religion, l’islam. Il s’agit bien, cependant, comme lors de la guerre, d’Espagne, d’un mouvement inspiré par l’indignation et la solidarité. Indignation, face aux moyens disproportionnés utilisés, dès le départ par le régime face à la contestation. Solidarité, car ces jeunes, comme les combattants d’Espagne, veulent témoigner d’une communauté de croyance. (…) La malheureuse Syrie est prise en otage par les deux grandes puissances religieuses et ennemies de l’islam – l’Iran chiite, qui est derrière le régime, et l’Arabie salafiste, qui soutient la rébellion. Mais la violence, sur place, s’est déchaînée avec une telle intensité et sur une si grande échelle qu’on redoute le retour en Europe de combattants bien entraînés et surtout, « brutalisés », pour employer le mot forgé par l’historien George Mosse à propos des anciens combattants de 14-18 (De la grande guerre au totalitarisme). Par « brutalisation », Mosse entendait décrire l’expérience inouïe faite par les combattants de la Grande Guerre. La banalisation de la mort en masse avait provoqué chez nombre d’entre eux une accoutumance à la violence extrême ; elle avait émoussé les sentiments humains fondamentaux de sympathie, de pitié, et jusqu’au simple souci de soi. Elle avait développé un style de vie – Mosse parlait de « fureur d’une vie frénétique » et « d’aspiration à vivre des expériences situées au-delà des limites de habituelles de la civilisation ». Style de vie qu’on devait retrouver ensuite dans la manière des mouvements totalitaires de considérer la politique : une lutte à mort contre l’adversaire dans un climat de profonde camaraderie, de fraternité virile, de développement à la cause, allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie. Ce sont autant les effets psychologiques de cette guerre, menée avec des moyens effrayant, où les combattants se filment en train de torturer, ou en train de jouer avec les têtes de leurs ennemis découpées, que la familiarisation avec les techniques de combat urbain qu’on peut redouter chez ces djihadistes quand, vaincus comme il est probable, ils retourneront d’où ils sont venus. L’anthropologue Dounia Bouzar a récemment consacré un livre, Désamorcer l’islam radical, au cas des jeunes qui s’engagent dans l’islamisme. Elle y montre ce que les techniques de radicalisation utilisées, sur internet en particulier, par les recruteurs du djihad, doivent à celles des sectes. L’identité individuelle est niée, pour être remplacée par une identité de groupe proprement totalitaire. L’esprit critique et la simple raison sont combattus. En échange, on fournit à des jeunes souvent en perte de repères, le sentiment exaltant d’appartenir à une élite, désignée pour régénérer un monde corrompu et décadent. Le parallèle avec les mouvements fascistes est évident. Le gouvernement va annoncer, cet après-midi, un ensemble de mesures destinées à lutter contre la radicalisation des jeunes musulmans, et à les empêcher d’aller combattre en Syrie. Mais la prévention ne devrait-elle pas passer par une meilleure intégration de jeunes déboussolés ? Les familles décomposées, l’échec scolaire, l’omniprésence de la drogue dans certains quartiers, le chômage de masse ne sont-ils pas les meilleurs agents recruteurs du djihad, cette fuite dans une violence exotique ? Brice Couturier
L’exécution de James Foley (…) Ça a provoqué une indignation générale des pays occidentaux. Bon, moi, j’ai été préoccupé par la lapidation d’Albert Ebossé, vous savez, ce footballeur camerounais, là, qui s’est fait allumer sur un stade. Bon, il s’est pris une caillasse en Algérie (…) Les cadres de la mafia des Rothschild (…) Ils ont tous condamné la barbarie de ce crime ignoble. Apparemment, la décapitation en mondovision sur Internet, c’est pas leur truc (…) Khadafi, son exécution où il s’est fait lyncher moins qu’un chien, tu sais, non, ça ça passe, Saddam Hussein, sa pendaison, pareil, mais là, James Foley, ça n’est pas passé (…) Moi, ce que je trouve étrange, c’est que la décapitation, ça symbolise avant tout le progrès, l’accès à la civilisation. (…) C’est pour ça que j’ai pas compris, en France, on a quand même décapité en place publique, devant le peuple. C’est pour ça que je suis étonné qu’aujourd’hui on fasse tout ce foin (…) Vous savez que je suis originaire du Cameroun (…) Bon, je suis né dans les années 60 et regardez ce qui se passe (…) la décapitation, c’était bien vu (…) Vous voyez tout autour des têtes coupées (…) , eh bien, il y a l’armée française, enfin la civilisation qui est venue nous apporter quoi ? Le progrès (….) Donc pour progresser, on peut pas faire l’économie de certains sacrifices (…) C’est pour ça,  je voudrais m’adresser aux parents de James Foley (…) je voudrais leur dire (…): détendez-vous, c’est-à-dire vous commencez à accéder à la civilisation (…) en réalité, tout va bien. (…) A chaque époque ses pratiques. Avant, c’était la pendaison aux Etats-Unis (…) on pendait des nègres un peu partout dans la rue aux réverbères (…) Moi, je suis contre la violence mais quand elle se présente, il faut s’adapter … Y a même pépé Aznavour qui s’y est mis (…) « Oeil pour oeil, dent pour dent », l’autre, carrément: « vous égorgez, les islamistes, on vous égorge ». Au nom du Christ, tu parles ? (…) Jésus a jamais demandé à ce qu’on égorge des gens enfin !En son nom ! (…) Jésus nous a appris autre chose, Jésus nous a appris le pardon … (…) ebola (…) J’ai l’impression qu’il y a vraiment un programme d’extermination qui est en train d’être mis en place … Dieudonné
On ne discute pas avec des étrangleurs. (…) on fait comme eux: vous égorgez, on égorge. Alors là, c’est oeil pour oeil dent pour dent ! Charles Aznavour
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
I don’t reject Christ. I love Christ. It’s just that so many of you Christians are so unlike Christ. Oh, I don’t reject Christ. If Christians would really live according to the teachings of Christ, as found in the Bible, all of India would be Christian today. Gandhi
Le 9 octobre 2012, les talibans m’ont tiré sur le côté gauche de mon visage. Ils ont tiré sur mes amis aussi. Ils pensaient que les balles allaient nous faire taire. Mais ils ont échoué. Et puis, sur ce silence se sont élevées des milliers de voix. Les terroristes pensaient qu’ils pourraient nous faire changer d’objectifs et arrêter nos ambitions mais cela n’a rien changé dans ma vie, sauf ceci: la faiblesse, la peur et le désespoir sont morts. La force, la puissance et le courage sont nés. (…)  Chers frères et sœurs, je ne suis contre personne. Je ne suis pas non plus ici pour parler en termes de vengeance personnelle contre les talibans ou contre tout autre groupe de terroristes. Je suis ici pour parler du droit à l’éducation de chaque enfant. Je veux de l’éducation pour les fils et les filles de tous les extrémistes, en particulier les Talibans. Je n’ai même pas de haine contre le Talib qui m’a tiré dessus. Même si j’avais une pistolet en main et qu’il se trouvait en face de moi, je ne lui tirerait pas dessus. C’est la compassion que j’ai apprise de Mohammed, le prophète de la miséricorde, que j’ai apprise de Jésus-Christ et de Bouddha. C’est l’héritage du changement que j’ai hérité de Martin Luther King, de Nelson Mandela et de Muhammad Ali Jinnah. C’est la philosophie de la non-violence que j’ai apprise de Gandhi Jee, de Bacha Khan et de Mère Teresa. Et c’est le pardon que mon père et la mère m’ont appris. Et c’est ce que mon âme me dit, soit pacifique et aimant pour tout le monde. Malala
Malala Yousafzaï (…) devint très vite un symbole. Sa notoriété naissante a pourtant suscité embarras et malaise dans son propre pays. Plus l’Occident l’acclamait – le show-business (Madonna, Angelina Jolie) ou les poids lourds politiques (Hillary Clinton, Gordon Brown) – comme une figure emblématique de la résistance à l’obscurantisme islamiste, plus des voix s’élevaient au Pakistan pour dénoncer son instrumentalisation par des « forces étrangères ». Les tenants de la théorie du complot – un sport national au Pakistan – sont dès lors passés à l’offensive. Sournoises, imprégnées de paranoïa, les questions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’Occident se prend-il de passion pour cette jeune Pakistanaise ? Et pourquoi Malala Yousafzaï se tait-elle sur les enfants victimes des drones américains frappant chaque semaine les zones pachtounes frontalières de l’Afghanistan ? Il n’en fallait pas davantage pour que la jeune fille se fasse accuser d’être un « agent américain », manipulé pour servir les funestes desseins de l’Occident contre les musulmans en général et le Pakistan nucléaire en particulier. Sami ul-Haq, le chef du parti Jamiat Ulema-e-Islami (JUI) dont les madrasas (écoles coraniques) font office de pépinières de combattants talibans, avait ainsi estimé que Malala Yousafzaï avait été « kidnappée par les forces anti-islam en Occident. » Les libéraux, groupe à l’influence marginale au Pakistan, ont fini par se réveiller et ont contre-attaqué. L’été 2013, la romancière Bina Shah exprimait dans le quotidien Dawn son courroux face à tant d’acrimonie. De telles réactions, écrivait-elle, sont « la manifestation honteuse de la manière dont les Pakistanais tendent à se retourner contre les personnes dont ils devraient être fiers ». Faisant taire ses détracteurs, Malala Yousafzaï demanda à Barack Obama – qui la reçut à la Maison Blanche en octobre 2013 – de cesser les frappes de drones américains contre des cibles djihadistes au Nord-Waziristan (zones tribales frontalières de l’Afghanistan) qui, selon elle, « tuent des victimes innocentes » et « alimentent le terrorisme ». L’une des prestations les plus marquantes de Malala Yousafzaï, celle qui l’imposa comme une icône internationale, fut incontestablement son intervention, le 12 juillet 2013 à New York, devant l’Assemblée de jeunes de l’ONU. Les talibans « pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué », avait-elle alors lancé au fil d’un discours posé, ferme et éclairé. « Prenons nos cahiers et nos crayons, avait-elle enchaîné. Ce sont nos armes les plus puissantes. » Et elle avait eu cette formule empreinte d’un profond humanisme : « Je veux l’éducation pour les fils et les filles des talibans et tous les extrémistes et les terroristes. » Avant de conclure : « Je n’ai même pas de haine pour le taliban qui m’a tiré dessus. »  Le Monde
Showing great personal courage, Kailash Satyarthi, maintaining Gandhi’s tradition, has headed various forms of protests and demonstrations, all peaceful, focusing on the grave exploitation of children for financial gain. He has also contributed to the development of important international conventions on children’s rights. Nobel committee
This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour. The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. Satyarthi (Save Child Movement)
I thanked President Obama for the United States’ work in supporting education in Pakistan and Afghanistan and for Syrian refugees. I also expressed my concerns that drone attacks are fueling terrorism. Innocent victims are killed in these acts, and they lead to resentment among the Pakistani people. If we refocus efforts on education it will make a big impact. Malala Yousafzai
It’s a political decision, a motivated one, and a conspiracy to invoke [sic] people in the Muslim countries. And the father of Malala and Malala have done nothing at all. Her father is a good salesman, that’s it. And the daughter has also become a salesgirl. And they are dancing on the tunes of West. Tariq Khattak (Pakistan Observer)
Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes. Adam Nossiter
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées. Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie. Pierre Haski
Yes, I am amazed by Malala. How can one not be? Her courageous young body, shattered by Taliban bullets, her strong, kind stance in that Jon Stewart interview everyone on my Facebook timeline shared.. It is hard not to be moved by her. But she is but one courageous person. Fortunately for the world, there is no shortage of such brave, courageous individuals. In fact, there is an abundance of them, especially in poor, authoritarian countries. If you think Malala is rare, that is probably because you have not spent much time in such countries. Most Malala’s, however, go nameless, and are not made into Western celebrities. (That interview’s most telling moment was when Jon Stewart said “I want to adopt you” to her right after she repeatedly mentioned how great her own father was–such a striking sentiment in which our multi-decade involvement in Pakistan is reduced to finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore). What the world is desperately lacking, and the Nobel Committee, for once, rewarded, is the kind of boring, institutional work of peace that advances the lives of people. Everyday. Little by little. But without which lives are shattered and countries crumble (as they do now) (…) activism and social justice too often gets reduced to celebrity culture. Angelina Jolie visits refugee camps–good for her, but the crucial work of providing clean water to thousands of people trapped in such unsanitary conditions gets underfunded, and children die of cholera. No country takes in the refugees. Diseases spread, hunger and cold settle in. But by then, the celebrity has moved on, the cameras have moved on, and those under-appreciated bureaucrats, technicians, the planners, the institutions that improve lives of millions of people, everyday, get dismissed, underfunded, even ridiculed. Hey, they are just bureaucrats and technocrats! Yes, one by one, they are just that. But as institutions they are what the world needs much, much more of. Just in case you feel compelled to point out, I am well aware of the shortcoming of multilateral organizations. Overpaid staff and lack of accountability are real issues. But that does not take away from the fact that more institutional capacity with better oversight and principles is the gaping hole in a world in which almost all our major problems are internationalized, at least to a degree, and yet our institutions and tools remain woefully, dramatically inadequate. (…) Multilateral capacity within a framework of international law (yep, I’m bored typing it) is the only way forward because the other alternatives are whims of existing powerful nations, or celebrity moments on television which make us feeling good, but not much more than that. So (…) work of organizations (…) help keep future brave young Malala’s alive and thriving so that they don’t have to be heroes, but can be the children that they deserve to be. Zeynep Tufekci
While the (somewhat inexplicable) prestige of the Nobel can certainly bring attention to worthy individuals, there’s less evidence to suggest it helps their causes. For instance, the prize given to human rights activist Liu Xiaobo in 2010 has probably made it less likely that Chinese authorities will let him out of prison. Some also find the western media’s fascination with Yousafzai a little troubling. When she was passed over for the prize last year, blogger and technology researcher Zeynep Tufekci argued in a widely read post that in the Malala narrative “our multi-decade involvement in Pakistan is reduced to finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore.” Whereas, she continued, “what the world is desperately lacking, and the Nobel Committee, for once, rewarded, is the kind of boring, institutional work of peace that advances the lives of people.” There is something irritatingly smug and condescending about some of the coverage of “the bravest girl in the world.” It was a particular low point when, on The Daily Show, Jon Stewart said “I want to adopt you” to a young woman who’s spoken very publicly about the support she’s received from her father—a pretty brave guy in his own right. But that’s our problem, not hers. My guess is that someone’s who’s comfortable telling the president of the United States to his face that his military policies are fueling terrorism isn’t going to let herself be reduced to a cuddly caricature. Joshua Keating
For Satyarthi, the award brings recognition to decades of work on behalf of child laborers, but for Yousafzai, the prize arguably comes with risks. As my former colleague Josh Keating writes at Slate, the media’s treatment of Yousafzai often obscures the West’s complicated relationship with Pakistan, one marked in recent years by an aggressive campaign of U.S. drone strikes and huge amounts of U.S. aid. That coverage often strays toward a condescension that reduces the West’s relationship with Pakistan to, in the words of technology researcher Zeynep Tufekci, to « finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore. » That attitude — summed up by Jon Stewart’s quip that he wanted to adopt the young woman — risks obscuring the more institutional, boring work to find peace in Pakistan. Moreover, in some quarters of Pakistan, Yousafzai has become a symbol of Western interference in the country, and conspiracy theories abound that her story was in fact created by the CIA, which carries out ongoing drone strikes in the northwestern parts of the country. That’s of course far-fetched, but the praise that she has received in the West has been equally matched in her home country. The Peace Prize will certainly elevate her stature — and also increase animus against her in some parts of Pakistan. Elias Groll
Jacques accuse-t-il sérieusement ses lecteurs de meurtre ? Douglas J. Moo
James is a letter dominated by the theme: how a Christian should respond to injustice. James cries out to Jewish Christians: You must not use the ways of the world to handle your troubles. Friendship with the world is enmity with God. Instead be prayerful, be patient, be agents of peace-making, endure hardship, take care of one another, guard your tongue, and wait for the judgement of God. Not only does James want Jewish Christians to avoid the growing early zealot movement and its ways, but he also wants them to positively take care of one another, not judge or condemn each other, and actively help each other to remain firm in the truth. James expects his readers to keep all the requirements that God wants of us. He finds his example to illustrate his point: you don’t commit adultery but you commit murder! This appears, on the surface, to be a strange illustration. Numerous commentators focus on how James reverses the order of the two commandments from how they appear in the book of Exodus. I am more curious as to why James uses this picture at all. How relevant a picture is it to speak of his Christian readers as not being adulterers but being murderers? Surely it would have been more real-to-life if James had reversed the picture. In our modern world, a congregation might be better served if we were told « You don’t murder, but you do commit adultery – and you call yourself Christ followers? You pick and choose what commandments to follow and what to ignore and pretend you living a holy life? » James, however, does the opposite to what we might expect here. However, in James’ day, in the late 40’s AD, or early 50’s, there was much social injustice and suffering by the poor, and therefore suffering by many Christians who tended to come from the poorer end of the social and economic spectrum. James lived in the time of growing social bandit groups. He knew the Jewish capacity to support and participate in such groups. The Maccabees were recent history, and were remembered as heroes and godly men. It is arguable from the internal evidence of this epistle, that James is aware that even some Jewish Christians were joining, or were tempted to join, the growing social banditry movements. These movements used tactics including the murder of enemies. Perhaps they imagined themselves to be « godly » like the famous Maccabees. Perhaps they even boasted of their « godly » lives (including moral purity). The illustration of “not committing adultery, but murdering” would be very relevant to the Jewish Christians of those “pre- war with Rome” decades. So we see that as James wants to remind his readers to care for the poor and suffering, he also thinks automatically about the mistaken view that it is acceptable to kill at times. Just as in 1:27 we see the link between caring for the poor and not being stained by the world, here too we see care for the poor and a link in James’ mind to not killing. In the light of what he is about to say in 4:1-10 it seems contextually reasonable to suggest that James does not want his readers to respond to injustice or poverty with “the worlds methods” – violence in particular.
The historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD, was violent and dangerous. Growing social banditry movements were forming and causing distress and havoc as they used robbery and violence in their anger at injustice and oppression. If James the brother of Jesus did write this epistle, then it was written during those violent times. The letter has a backdrop of growing chaos, violence, and unrest as the early banditry movements grew and impacted more and more people. Eventually they would form into the zealot movement and a war with Rome that would destroy Jerusalem. It is time for the historical setting of this epistle to be acknowledged and taken into consideration as a part of the context that must be evaluated as one reads this epistle. (…) James has written during troubled times. There is a crisis, violent, vocabulary in the epistle. Numerous words and phrases are used by James that reveal support for dating the epistle during the troubled times of pre-war with Rome, as the historical occasion of the letter. The author accuses his readers of killing, murdering, and copying the aggressive, political, party- faction spirit of the world. He exhorts them to keep the whole law, not just a part of it. James’ readers include some who may not be committing adultery, but they are murdering. There are « wars and fighting » amongst them. James says that some are « fighting and killing » and that they are doing the opposite to heavenly wisdom when they are involved in « sedition, » « party factions, » and « harsh zeal. » James speaks against this “harsh zeal” that leads to party strife and sedition. He encourages the way of peace, not violence. And he speaks angrily against wars and fighting that are the result of selfish desires and wrong motives. He implores his readers not to make rash oaths, but to stay on the path of heavenly wisdom and practice instead: to be agents of peace and justice. Despite certain theologians wanting to water down the meaning and usage of the words used by James, the terms need to be read in the historical context they are a part of. Without the literal experience of murder, fighting, bitter zeal, and support for political factions, James’ extremely strong criticisms and even stronger imperatives calling for self-examination, repentance and remorse, in 4:7-10, are robbed of their significance. James is a tract that is still relevant for today as it speaks to issues of poverty and injustice, and how Christ-followers should be responding to such. We should join with James in being angry and dismayed at poverty and injustice: we should seek to do something practical and real to help the poor and suffering. But we must never abandon the way of Christ, in that pursuit. We should remain “peacemakers who sow in peace, raising a harvest of justice”. Jim Reiher 

Attention: une violence peut en cacher une autre !

Crucifixions, décapitations, attentats-suicide, assassinats …

Travail des enfants, servage et esclavage modernes, écarts de plus en plus criants entre riches et pauvres, formidable croissance économique se faisant au prix de la vie des plus faibles et notamment des enfants …

Militant ayant arraché, parfois au péril de sa vie, quelque  80 000 enfants à l’exploitation et au servage, adolescente de 17 ans, qui, malgré la balle en pleine tête qui aurait dû lui ôter la vie il y a deux ans, continue à prôner l’amour des ennemis …

En ces temps étranges du retour massif des crucifixions et égorgements au couteau de boucher comme du sacrifice d’enfants

Mais où se voient aussi récompenser, au plus haut niveau, la cause des enfants et la tradition du « Christ indien« …

Pendant qu’en Occident même, nos jeunes sont de plus en plus tentés de s’engager dans de véritables brigades internationales du djihad, certains se font les apologues de la brutalisation en cours ou, y compris parmi nos Eglises, appellent ouvertement au soutien des pires mouvements terroristes ou d’autres au contraire prônent le retour à la loi du talion

Et que d’autres, face aux équipes médicales venues les traiter pour le sida ou le virus ebola, voient des complots partout …

Comment, y compris dans ses pires dérives (comme par exemple l’inversion diabolique des rôles où un Israël ayant enfin recouvré sa terre se voit, face à des groupes terroristes à visée proprement génocidaire, taxé d’ « occupant »), ne pas voir l’incroyable triomphe de la singulière tradition biblique du souci de l’autre et du plus faible ?

Mais aussi, comme le rappellait récemment le bibliste américain Jim Reiher, la brûlante actualité, étendue bientôt à la planète entière, d’un texte comme l’Epitre de Jacques jusqu’ici réduite à une vulgaire « épître de paille » (Luther) ou à un « petit livre de Proverbes » ?

Du moins si on lui restitue, comme le fait brillamment Reiher, son contexte pré-insurrectionnel de la Judée des années 40 après Jésus-Christ …

Où, sur fond d’occupation du pays et d’exploitation extrême des plus faibles, pullulaient toutes sortes de mouvements terroristes et d’imposteurs ..

Et où croissait, un siècle après la révolte maccabéenne et une génération avant l’insurrection zélote qui allait provoquer la destruction du temple de Jérusalem, la tentation de prendre les armes devant tant d’injustice jusque chez les émules du Christ lui-même …

D’où du coup, contre la rapacité des riches et la violence zélote, l’enfin compréhensible véhémence des attaques du frère du Christ ?

Violent Language– a clue to the Historical Occasion of James

Jim Reiher

Evangelical quaterly

19 September 2013

Introduction

The thesis of this paper is that there is an identifiable historical occasion behind the letter of James which can be supported by internal evidence. James, it will be argued, wrote for a purpose. In fact, he wrote for a pressing and urgent reason. The epistle is much more than just a collection of wise sayings, or pearls on a string lacking a compelling historical setting that caused James to write.[1]

Some form critics will disagree. Dibelius, for example, wrote: « not every admonition in James is prompted by a concrete situation in the life of the church. »[2]  He adds: « inferences cannot be drawn from the occurrence of isolated technical terms. »[3] His reason for this position is the genre he has decided for the writing: « relatively little material is ever found in paraenesis which makes possible such a delineation. »[4] This underlying assumption of Dibelius colours everything he sees in James. « All . . . judgements regarding the circumstances of the origin of James must take their departure from the paraenetic character of the writing. »[5]

Indeed, one has to be careful not to treat words and phrases in a vacuum. However, it is acceptable to study significant terms used by an author, in the context of the writing as a whole, and to see if the terms used can fit neatly into a certain historical occasion. The assumptions of Dibelius’ paraenesis are highly questionable.[6] From a redaction critical basis, the words in context must be investigated to see if they assist in identifying the occasion to the epistle.

An occasion behind the epistle of James

J.H. Ropes has said that “The impression throughout the tract [of James] is of a settled condition of affairs. . . . There is no indication of war or of public calamity. »[7]  Ropes is a celebrated theologian and his commentary on James is still used. However, I would suggest that he is incorrect in this analysis. This paper will demonstrate support for the thesis that James wrote his letter because the times he was living in were dangerous and violent. Christian Jews were being tempted to use the world’s methods (violence, revenge, war) to solve their problems (4:1-4).

This letter was written, arguably, in the late 40’s or early 50’s AD.[8]  If James the brother of the Lord, was the author of this epistle, then he wrote in those troubled times.[9] From his perspective in Jerusalem, he was witnessing conflict and turmoil. Injustice and corruption was rampant from both Roman administrators as well as from wealthy Jews exploiting weaker ones. Jewish Christians were witnessing oppression and injustice and some of them were tempted to, and did, respond with violence. Numerous social bandit movements were emerging, seeking revenge for injustice, or plunder for compensation.[10] Before and after Agrippa’s rule, there was growing unrest. Martin Noth highlights the excesses of Caligula in AD 39, as the real starting point for the early expressions of the zealot movement.[11] It did calm down a little during Agrippa’s few years, but as soon as there was a return to direct Roman rule, it picked up again. As Reicke has written: « The glory of Herod’s kingdom, restored according to strict religious principles . . . had suddenly to vanish. From the very outset, therefore, the Jews detested their new guardians. »[12]

Josephus records numerous stories and examples of the growing violence and oppression in Palestine during the late 40’s and for the next 20 years, right up to war with Rome. Cumanus (governor from AD 48-52) is blamed by Josephus for beginning the troubles that eventually led to the war with Rome.[13] Religious extremists fought what they perceived as injustice and religious insults: some 10,000 citizens perished in one incident of religious indignation during a gathering for the feast of unleavened bread.[14] Around the same time, robbers “fell upon and seized” furniture being transported by a servant of Caesar called Stephen.[15] It led to the unjust rounding up of local villagers on the accusation they had not tried to capture the culprits. During this rounding up, a soldier was seen tearing up and burning a book of the Law.[16]  There was such religious indignation over this incident that it led to a huge multitude demonstrating and assembling outside Cumanus’ residence demanding punishment. Josephus states: “the Jews were in great disorder, as if their whole country were aflame, and assembled themselves so many of them by the zeal for their religion.”[17] In this incident, Cumanus saw too large a crowd to subdue, so he executed the offender. The story demonstrates how religious zeal could lead to disorder and violent commotion. Misdirected religious anger was expressed in violence and tumult. And it did not stop there. More troubles are described during the time of Cumanus that blur religious zeal, ethnic pride, and covetousness, and Josephus sums up what was happening with: “there were a great number who betook themselves to robbing in hopes of impunity, and rapines and insurrections of the bolder sort happened over the whole country”.[18]

The following governors did not help the situation. Under Felix (AD 52-58), “the affairs of the Jews grew worse and worse continually; for the country was again filled with robbers and imposters who deluded the multitude.”[19]  Felix even employed some ruthless robbers and assassins to kill the high priest Jonathan.[20]  This emboldened these and other robbers to greater acts of daring, feeling they had immunity.[21] Religious Jews were hoodwinked into following such people: “…these imposters and deceivers persuaded the multitude to follow them into the wilderness, and pretended that they would manifest wonders and signs, that should be performed by the providence of God.”[22] Religious zeal and insurrection were easily joined then, (as now).

It did not settle down. One incident might momentarily subside, only to be followed by more trouble. Jospehus describes it thus: “Now when [one incident] quieted, it happened as it does in a diseased body, that another part was subject to an inflammation; for a company of deceivers and robbers got together, and persuaded the Jews to revolt, and exhorted them to assert their liberty, inflicting death on those that continued in obedience to the Roman government…[so] they lay in wait up and down the country, and plundered the houses of the great men, and slew the men themselves and set the villages on fire; and this till all Judea was filled with the effects of their madness. And thus the flame was every day more and more blown up, till it came to a direct war.”[23]

Jewish Christians would have been faced with a pressing dilemma. As Townsend has said: “There was no escape from the problem. Whether they wished to or not, every Jew in Palestine was forced to take some sort of stand regarding the issue.”[24] These early growing zealot movements were popular, and for some could even seem « godly ». We have seen from Josephus how there was a blurring between religious zeal, nationalistic ambitions, envy and revenge. Some violent Jews might have even compared themselves to the famous Maccabee family: the Maccabee family were fighting corruption and injustice, and were religious Jews.[25]

Nationalistic Jews, including Christian Jews, would have been tempted to join or support social banditry groups.[26] James knew that good Jews were joining, or sympathising with, such political factions.[27] He knew that these groups had appeal. He was deeply concerned with the possibility that some Jewish Christians were compromising the Christian message and participating in this worldly option of using violence to address injustice. He wrote making it very clear that a Christian cannot be a part of such activity. A Christian must not murder[28], rob[29], join in violent uprisings[30], or join extreme political factions[31]. Rather, the Christ-follower should live like Christ: be a non-violent activist[32], caring for those in need and suffering,[33] but not succumbing to worldly ways while doing that[34].

James is a letter dominated by the theme: how a Christian should respond to injustice. James cries out to Jewish Christians: You must not use the ways of the world to handle your troubles. Friendship with the world is enmity with God. Instead be prayerful, be patient, be agents of peace-making, endure hardship, take care of one another, guard your tongue, and wait for the judgement of God. Not only does James want Jewish Christians to avoid the growing early zealot movement and its ways, but he also wants them to positively take care of one another, not judge or condemn each other, and actively help each other to remain firm in the truth.

Such is the proposed setting behind the epistle of James. A careful consideration of numerous terms and phrases used in the epistle will demonstrate a violent backdrop behind this letter, that is consistent to the historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD.

James’s crescendo of teaching to avoid using violence when confronted by injustice

1) Be slow to anger

“Everyone should be quick to listen, slow to speak and slow to become angry, for man’s anger does not bring about the righteous life that God desires. » 1:19,20.

James Chapter 1 has been effectively setting the stage for the whole letter. In fact the three themes of the last two verses of this chapter summarise his deep concerns that will recur throughout the letter: guard your tongue; care for those being exploited and suffering; and in the process, keep yourself unstained by the world. James in particular defines “true religion” as embracing the final two of those themes; care for the poor and exploited, and don’t become like the world, in the process.

When Christians face injustice and poverty, cruelty and exploitation,[35] it is tempting to respond in anger and violence. James sees this, however, as blatantly inconsistent with their faith in Jesus Christ. James wants his readers to care about the “widow and the orphan” (a phrase for the poor, the suffering, and the exploited), and he is distressed at injustice (eg. 5:1-5). Nevertheless, James wants his readers to respond to injustice with the character of Christ. He wants them to offer practical assistance to the poor, but at the same time to care in ways that are “not of this world”. He wants a response built on practical help (1:27; 2:14-16), non-violence (1:19,20; 2: 10-13; 3:17,18; 4:1-10), a guarded tongue that does not judge (1:26; 2:12, 14-17; 3:1-12; 4:11-16; 5:9,12), mixed with prayer (1:6-8; 4:2,3,8; 5:4,13-18) and longsuffering (1:3-4;  5:13-18). The world might say: “kill your enemies and take back what is rightly yours”. Even the famous Maccabees from James’ recent Jewish history, used such violent methods. But not so James. He wants his Jewish Christian readers to respond not like a Judas Maccabee, but rather like a Jesus Christ.

In Chapter 1:19,20 James reminds his readers that they must not become angry easily. They should be “slow to anger”. This comes just after the passage about not falling into error, and realising that all truly good gifts come from God. Continuing the thought that we can fall into error, he adds these verses. The term for anger refers to a « mental bent, impulse, anger, indignation, wrath. »[36] Stahlin defines it as wrath with deliberation, as distinct from sudden passionate boiling up of rage.[37] Temptations for worldly desires can lead quite naturally to a lack of listening, an overabundance of the wrong kind of speech and a snowballing of wrath from it all. Focusing on worldly desires can lead to wrathful actions that come from deliberation – well thought out and planned.

The word “righteousness”, (dikaiosune) is equally translated as “justice”.[38] Both options are available to the reader. To the Jewish Christian readers of the first century, they were virtually synonyms. For us today, popular use tends to make “righteousness” more a personal holy walk with God – a kind of inner spirituality and piety. “Justice” to the modern ear, tends to mean social justice: people not being exploited or dominated, ripped off or left in poverty. While we might compartmentalise such definitions (one is personal, the other communal) that was not the way the first century Christian Jew read the word. To be “righteous” meant to do “justice”. One could not separate social implications and relationships, from inner holiness or personal piety.

Therefore, here, when we read that the anger of humans does not bring about the righteous life that God requires, it is not limited to the inner personal life of the individual believer. A deliberated anger that builds up and plans its response, does not bring about justice in the world around you.

2) Adultery and Murder

« For he who said `Do not commit adultery’ also said ` Do not murder.  » 2:11.

We noted above that Ropes wrote: « The impression throughout the tract [of James] is of a settled condition of affairs . . . there is no indication of war or of public calamity ».[39]  The verse before us (2:11) is just one of a number of important examples that demonstrates the violent backdrop behind the epistle of James.[40]

This first (but not last) use of this word ‘murder’ by James is an illustration that he gives after he highlighted hypocrisy in the lives of those who show partiality. His readers have a way of fawning around the wealthy, while at the same time, ignoring the poor. James can not accept that. Some Jewish Christian congregations are going out of their way to pamper the very people who are responsible for some of the injustices against the Christian community. The practice of partiality demonstrated evil motives and intent. It was sinful behaviour (2:9). James was distressed and angry. How could they be so mistaken in what was appropriate Christian behaviour? James’ concern for the poor is obvious. James is led to offer an illustration to show that being only “partly law-abiding” is not good enough. Being only partly righteous in keeping the commands of God, is inadequate. You can not do one thing right, while showing partiality against the poor. James wants an example or illustration, to drive the point home his point, and the example he gives is fascinating. His illustration reminds the reader that he is also angry about the use of violence. He wants Christians to care for the poor: to not show partiality. James expects his readers to keep all the requirements that God wants of us. He finds his example to illustrate his point: you don’t commit adultery but you commit murder!

This appears, on the surface, to be a strange illustration. Numerous commentators focus on how James reverses the order of the two commandments from how they appear in the book of Exodus.[41] I am more curious as to why James uses this picture at all. How relevant a picture is it to speak of his Christian readers as not being adulterers but being murderers? Surely it would have been more real-to-life if James had reversed the picture. In our modern world, a congregation might be better served if we were told « You don’t murder, but you do commit adultery – and you call yourself Christ followers? You pick and choose what commandments to follow and what to ignore and pretend you living a holy life? »

James, however, does the opposite to what we might expect here. However, in James’ day, in the late 40’s AD, or early 50’s, there was much social injustice and suffering by the poor,[42] and therefore suffering by many Christians who tended to come from the poorer end of the social and economic spectrum. James lived in the time of growing social bandit groups. He knew the Jewish capacity to support and participate in such groups. The Maccabees were recent history, and were remembered as heroes and godly men. It is arguable from the internal evidence of this epistle, that James is aware that even some Jewish Christians were joining, or were tempted to join, the growing social banditry movements[43]. These movements used tactics including the murder of enemies. Perhaps they imagined themselves to be « godly » like the famous Maccabees. Perhaps they even boasted of their « godly » lives (including moral purity). The illustration of “not committing adultery, but murdering” would be very relevant to the Jewish Christians of those “pre- war with Rome” decades.

So we see that as James wants to remind his readers to care for the poor and suffering, he also thinks automatically about the mistaken view that it is acceptable to kill at times. Just as in 1:27 we see the link between caring for the poor and not being stained by the world, here too we see care for the poor and a link in James’ mind to not killing. In the light of what he is about to say in 4:1-10 it seems contextually reasonable to suggest that James does not want his readers to respond to injustice or poverty with “the worlds methods” – violence in particular.

3) Bitter zeal, and allegiances with extreme political factions

« But if you harbour bitter zeal and rivalry/faction serving in you hearts, do not boast about it or deny the truth. . . . For where you have zeal and rivalry/faction serving,there you find anarchy/sedition/insurrection and every worthless practise. » 3:14-16.

We are now well and truly in the climax of the epistle[44] (3:13 – 4:10). It is all about living non-violent lives, (very different to the adulterous ways of the world), as one is confronted by injustice.

The Greek word for « bitter or harsh zeal »[45] should not be missed. Bauer adds in his definition, « embittered. »[46] Some zeal is legitimate (eg. Rom. 12:11) but some zeal is worldly, and devilish. James describes the latter type as « bitter » or « harsh. » Social banditry groups that grew and evolved to become the Zealot movement, were examples of this “bitter zeal”. It could justify murder, hatred, robbery, revenge and violence. For James there is no question about its source. No matter how much false teachers might say they were being led by God, for James, the fact is that they were being led by a wisdom of the world.

Interestingly, Ropes admits the term is best interpreted as « harsh zeal » or « fanatical devotion to a cause, » but he limits it here to a fanatical devotion of some Christians to wanting to view their own opinions.[47] Such a restrictive interpretation is ignoring the very real social setting of Palestine in the 40’s -60’s AD. Of course, Ropes and others have decided to date James late (for reasons that have lost credibility over the decades[48]) and this demands a weakened application of terms like this.

The second phrase adds to this. « Rivalry » (NIV) or « strife » (KJV), are common English options, but the more full meaning is « the service of a party, party spirit; feud, faction, contentious disposition. »[49] It is a political term: « a self-seeking pursuit of political office by unfair means. »[50] The use of this word adds strength to the suggestion that the context of this letter is at a time when Jews (including Jewish Christians) were tempted to join the politically as well as religiously motivated, social bandit parties or groups.

James explains the outcome of the wrong kind of zeal, and the service of factions or parties: « tumult and every worthless practise. » Perschbacher defines the word for this as « instability, hence an unsettled state, disorder, commotion, tumult, sedition. »[51] Bauer describes it as « disorder, unruliness » and « insurrections. »[52] In the context of political movements and social banditry, this is another important choice of words. James is lamenting that the wrong kind of zeal leads to instability, commotions, seditions and insurrections. The theologian who wants to find no hint of an historical occasion behind this epistle, is ignoring terms such as these. Ropes, for example, gives an honest enough discussion on the term, but makes no conclusion about it. He says of the word, that it has similar associations to our modern word « anarchy, » and that political instability since the time of Alexander was described with that term.[53] He then moves on to discuss v.17 without considering the implications of all this. Without the presupposition of a late date and settled times, one is free to let the term imply its actual meaning.

4) Wars and fighting; coveting and killing

« What causes wars and fighting among you? Don’t they come from your desires that battle within you? You want something but don’t get it. You murder and covet, but you cannot have what you want. You fight and you war.You do not have because you do not ask God. » 4:1,2.

In 4:1,2 we have another of the terms used by James that undermines the claim of Ropes that this letter is written in peaceful times.[54] Concerning the words wars and fighting, Ropes writes: they « cover the chronic and the acute hostility in the [church] community. »[55] However the meanings of the words are stronger than that. ‘Wars’ has a range of possible meanings including: « war, battle engagement, combat . . . battling, strife. »[56] And ‘fighting’ means: « a fight, battle, conflict . . . contention, dispute, strife, controversy. »[57] Bauer, interestingly, sees the particular usage in this verse as « battles and fights » and does not include it in the verses he lists under the softer alternative meaning « strife, conflict, quarrel. »[58] Moo takes Ropes position, and suggests that the terms are being used metaphorically. « The Christians to whom James wrote were obviously engaged in . . . verbal battles. »[59]

While such a view seems to make sense of the preceding material (the misuse of the tongue in 3:1-12), it does not make sense of the most recent material on earthly verses heavenly wisdom (3:13-18). This metaphorical explanation also fails to prepare the reader for the serious charges James levels in 4:4-6 and the explosion of imperatives that bombard the reader in 4:7-10.  Moo does entertain the question: « Is James seriously accusing his readers of murder? »[60] He rejects this, however, although he admits that isolated theologians have argued it. He cites Townsend.[61] Townsend does indeed advocate such a position. He sees James as possibly addressing new Jewish Christian converts who had been active in the zealot movement prior to conversion and who are now being reminded that their previous lifestyle and aggressive activities are inconsistent with their new faith.[62] Moo rejects this on the basis that James is writing about « wars and fighting » as actually « among you » and not about the old lives of new members. In James’ mind, it is happening in the present, not the past.[63] This paper agrees that this is a present tense discussion, but does not reach the same conclusion as Moo. Rather, the Jewish Christians whom James addresses are either actively involved in the early zealot movement or else currently sympathising with their methods. The early zealot movement was making inroads into the Jewish Christian community.[64] As A. Ross admits: “The fanatical Zealots were at all times ready to stir the people to insurrection and murder. . . . Many of the Christians were, no doubt, being contaminated by the corrupt atmosphere around them.”[65] Rendall, also, writing of the words « wars and fighting » observes: “The words used are not applicable to the disagreements and quarrels of a congregation: they refer to fierce and murderous affrays, the `wars and battles’ of rival religious factions.”[66]

The second use of the word for murder, appears in this important passage as well. It reveals the occasion most strongly. Here we see the verse: « You want something but don’t get it. You kill and covet, but you cannot have what you want. » It is not a soft word. Bauer defines it simply as « murder, kill. »[67] Perschbacher agrees: « to put to death, kill, stay, to commit murder. »[68] There is no soft option here. There is no choice for “anger” or “disagreements and quarrels” with this word which is being used to take further his comments in the verse before it. If this verse were not in the text, one might be excused for softening the words in verse 1. But this verse is here, further elaborating the issue that so distresses the author. It is contextual denial in the extreme to make verse 1 take the softer option.

Even Ropes can not deny the meaning of this word in verse 2. Nevertheless he rejects the implication that some people who might read, or hear, this letter were actually killing others or agreeing that it was all right to do so. Instead, he says of 4:2 that while it does mean kill and murder, and « No weaker sense is possible, »[69] he adds:

James is not here describing the condition of any special community, but is analysing the result of choosing pleasure instead of God.. . . . In the use of the second person plural the writer is taking the readers as representative of the world of men in general.[70]

James’ whole chain of thought here is summed up by Ropes as « hypothetical and general. »[71] Ropes offers this as his alternative to seeing a meaningful occasion behind the epistle. However, there is no justification for his conclusion. The « use of the second person plural » does not imply a hypothetical statement. Rather it implies that there are many who need to hear the message, and that the epistle is a circular letter. As Townsend says: « The constant use of the second person plural » stresses « the specificity of the warnings. »[72] Nowhere in the passage 3:13-4:10, do we see James give a hint of a hypothetical address. Ropes is unconvincing in his attempt to bolster his position that there is no specific occasion to the epistle.

What we do have here, is an indication that there is indeed fighting, covetousness and even murder happening – and some Jewish Christians are involved in it. James is speaking to a real life setting. James’ vocabulary leads us to the conclusion that there is something extremely serious and violent happening. He is writing to a very real historical occasion.[73]

5) But Above All

« But above all,  my brothers, do not swear – not by heaven or by earth or by anything else. Let your `yes’ be `yes’ and your `no’ `no’ or you will be condemned. » 5:12.

”But above all”- is an unexpectedly strong introduction for a command about not making oaths. It has led numerous commentators to argue that James does not really mean that this is the most important thing he is writing. Davids says that the phrase should be viewed as an « emphatic epistolary introduction » and « not as referring to the preceding and making 5:12 more important. »[74] Laws sees it as starting a new set of material, not a reflection on preceding matter.[75] Forbes concludes: « the point seems disconnected . . . I prefer to regard it as an important saying of Jesus that simply could not be omitted. »[76] Francis see it as a typical mechanism that letters of the time used in their concluding comments,[77] and therefore sees it as  relatively insignificant to the thematic purpose of the letter. « James 5:12 is a minor addition. »[78]

All these attempts to downplay the importance of “above all” leave the reader feeling as if a square peg has been forced into a round hole. There are only three other times such a phrase is used in the New Testament, and in all three occasions, it introduces a most significant point: the climax of thought, or the high point of a discussion. In Luke 3:20, the writer reflects on how Herod committed much wickedness, and then “above all” the other acts he had committed up to then, he topped off his list by putting John the Baptist in prison. In Col. 3:14 Paul exhorts the readers “and above all these things put on love.” And in I Peter 4:8 (where the Greek is the most like the verse in James – none of the three examples is word for word identical), Peter writes “Above all, love each other deeply.” It is hard to explain any of these away. “Above all” when used by New Testament writers, seems to mean what it says: here is the climax – the main point being made.

Furthermore, if one reflects on the nature of oaths in New Testament times, one is compelled to give this verse more force. Paul Minear, for example, sees the oath passage as very significant. Minear’s thesis points out that the oral-aural culture of Palestine considered oaths in a totally different way to people from cultures like our own.[79] Oaths were deeply significant and revealed much about the character of the person making them. To the good Jew of the first century, « any dishonest word (even when supported by an oath) discloses an atheistic view of the self and world. »[80] For the Christian it was absolutely essential to be completely honest (cf. Acts 5:1-11). Minear states that speech was « the test of inner integrity, and every instance of deceitful speech receives condemnation. »[81] The imperatives concerning oaths are imperatives demanding absolute honesty. James sees this as essential to true Christian faith. Minear notes: « Transparent honesty may have seemed especially difficult and urgent as an expression of patience in the midst of persecution and suffering. »[82]

In fact, this brief comment on oaths may just be one of the high points of the epistle. Participation in different social bandit organisations, involved taking oaths. Consider Acts 23:12 where an oath is used to seal commitment to violence: “The next morning the Jews formed a conspiracy and bound themselves with an oath, not to eat or drink until they had killed Paul. More than forty men were involved in this plot.” Josephus also mentions the fact that zealots used oaths to crystallise and deepen commitment to their cause. Josephus’ Antiquities 15. 8..3-4: “Ten men that were citizens [of Jerusalem] conspired together against Herod and swore to one another to undergo any dangers in the attempt, and took daggers with them under their garments for the purpose of killing Herod. … and this resolution they took, even if they should die for it…”[83] Julius Rappoport writes: « Even if fraudulently obtained . . . or erroneously made . . . the oath was considered inviolable. »[84]

In the light of the importance, and the common use of oaths in Palestine, and examples as above, it is reasonable to conclude that this was a normal practise for many groups, but even more so for zealous violent activists. James may be thinking of this when he exhorts the readers not to make oaths.[85] Consider how in modern countries today, a written signed contract is the final step in sealing commitment to a cause. In the first century Palestine, giving an oath was of the same level of commitment. You would not break an oath. We might say to someone today “whatever you do, above all else, don’t sign that contract until you are absolutely sure you know what you are doing.” Perhaps James had the same attitude concerning oaths and commitment to violent revolutionary groups. It certainly adds a new level of relevance and urgency to the rather lengthy “guard your tongue” passage in the middle of the epistle (3:1-12). “…How great a forest is set aflame by such a small fire!…the tongue … defiles the entire body and sets on fire the course of our life and is set on fire by hell…it is a restless evil full of deadly [literally ‘bringing on death; causing death’] poison…” It is worthy of consideration in the light of his “anti-war and fighting and murder” passage at the start of chapter 4. If the Jewish believer took an oath of allegiance, it could well be, in James’ mind, the final seal of them leaving the Christian faith, or abandoning Christ and his teachings. With this in mind, then, above all could be read as it appears: above all don’t make oaths! Don’t make that final decision. Do not make that final commitment to the wrong thing. James’ could well be thinking specifically of his readers effectively abandoning the faith to join violent revolutionary groups. In the light of all that has been said, don’t make that final permanent commitment to live a way that is the complete opposite of how Jesus taught us to live. Such an interpretation helps make sense of “above all” before it.

The importance of what is being said here is further highlighted by the fact that this is the only direct quote from Jesus in the entire letter. There are of course, many allusions and echoes of Jesus all through the short epistle, but this is the only actual quote (Matthew 5:34-37). James has found a specific Jesus saying to reinforce his point here. It is not enough that he has mustered numerous good arguments against the use of violence. Now that he is at the end of his letter, he wants to drive home the point. Don’t make oaths! The urgency of the plea is reinforced by words from the lips of Christ himself.

Conclusion

The historical setting of Palestine in the 40’s and 50’s AD, was violent and dangerous. Growing social banditry movements were forming and causing distress and havoc as they used robbery and violence in their anger at injustice and oppression. If James the brother of Jesus did write this epistle, then it was written during those violent times. The letter has a backdrop of growing chaos, violence, and unrest as the early banditry movements grew and impacted more and more people. Eventually they would form into the zealot movement and a war with Rome that would destroy Jerusalem. It is time for the historical setting of this epistle to be acknowledged and taken into consideration as a part of the context that must be evaluated as one reads this epistle.

The above article has demonstrated that James has written during troubled times. There is a crisis, violent, vocabulary in the epistle. Numerous words and phrases are used by James that reveal support for dating the epistle during the troubled times of pre-war with Rome, as the historical occasion of the letter. The author accuses his readers of killing, murdering, and copying the aggressive, political, party- faction spirit of the world. He exhorts them to keep the whole law, not just a part of it. James’ readers include some who may not be committing adultery, but they are murdering. There are « wars and fighting » amongst them. James says that some are « fighting and killing » and that they are doing the opposite to heavenly wisdom when they are involved in « sedition, » « party factions, » and « harsh zeal. » James speaks against this “harsh zeal” that leads to party strife and sedition. He encourages the way of peace, not violence. And he speaks angrily against wars and fighting that are the result of selfish desires and wrong motives. He implores his readers not to make rash oaths, but to stay on the path of heavenly wisdom and practice instead: to be agents of peace and justice.

Despite certain theologians wanting to water down the meaning and usage of the words used by James, the terms need to be read in the historical context they are a part of. Without the literal experience of murder, fighting, bitter zeal, and support for political factions, James’ extremely strong criticisms and even stronger imperatives calling for self-examination, repentance and remorse, in 4:7-10, are robbed of their significance.

James is a tract that is still relevant for today as it speaks to issues of poverty and injustice, and how Christ-followers should be responding to such. We should join with James in being angry and dismayed at poverty and injustice: we should seek to do something practical and real to help the poor and suffering. But we must never abandon the way of Christ, in that pursuit. We should remain “peacemakers who sow in peace, raising a harvest of justice”.

Abstract:

The epistle of James is often seen to be nothing more than a New Testament book of proverbial sayings, to live the Christian life by. Form criticism over the last century has reduced James to a collection of pearls randomly strung together in no particular order and with no overarching specific theme or purpose. This paper challenges that view and offers the reader an alternative way of seeing James. It is argued that James wrote in days of social turmoil and injustice, when social banditry groups were growing in Palestine. The very vocabulary used and illustrations made, adds weight to the thesis that James was written during violent times. James wrote in a context where even Jewish Christians were being tempted to join these pre-zealot banditry groups. Indeed some had joined and were participating in violent reprisals against the perpetrators of injustices. James is furious. He calls on Jewish Christians to live like Christ: to be non-violent, peacemakers, practical in their help for those who are suffering, patient and prayerful. He categorically rejects the idea that Christians can use the ways of the world (violence, warring, theft) in their response to poverty and injustice.

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This article appeared in EQ in July 2013: “Violent Language – a clue to the Historical Occasion of James.” Evangelical Quarterly. Vol. LXXXV No. 3. July 2013. I have edited out the Greek words and phrases and replaced them with English words, in bold and italicised.

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Footnotes:
[1]This has been a popular starting point for many authors. Consider for example, William Barclay, The Daily Study Bible, rev. ed., 17 vols. (Philadelphia: The Westminster Press, 1976), Vol 14, The Letters of James and Peter, p. 28.; Martin Dibelius, James, revised by Heinrich Greeven, translated by Michael A. Williams, edited by Helmet Koester (Philadelphia: Fortress Press, 1975), p.3; Simon J. Kistemaker, « The Theological Message of James, » Journal of the Evangelical Theological Society 29 (March 1986):55; and Ralph Bruce Terry, « Some Aspects of the Discourse Structure of the Book of James, » Journal of Translation and Text Linguistics 5 (1992):106,109. Grappling with ones own subjective lens that one reads material through, is a never ending challenge. My own lens is that of a historian: as I read and re-read the epistle my presuppositions undoubtedly filter all I see. And I see a complete and compelling treatise: one that is full of passion and energy. Here is an author who is angry about injustice and poverty, but who is equally angry at Christ-followers who respond to injustice and poverty in an un-Christ-like way. As I read the epistle from start to finish I see recurring themes and common ideas covered in a number of ways. It does not sit as a string of disconnected sayings randomly thrown together. On the contrary it sits as an emotional and powerful response on how to address injustice and poverty. The challenge now, is to test the historical setting and context that I see in the letter, against the actual specific content of that letter, and weigh it against external primary source historical evidence as well.

[2]Dibelius, p. 46. More recent form critics have not been as dogmatic in rejecting evidence of a social setting in James. Consider for example, Leo G. Perdue, “Paraenesis and the Epistle of James,” ZNW 72 (1981):247.
[3]Dibelius, p. 24.
[4]Ibid.
[5]Ibid., p. 46.
[6]For example he says that James is not structurally a letter, and by implication can not have the purpose of a letter (Ibid., p.2). Numerous later studies argue convincingly for a letter- structure to James. See, for example, Euan Fry, « Commentaries on James, I and 2 Peter, and Jude, » The Bible Translator, 41 (July 1990): 330, and F.O. Francis, « The Form and Function of the Opening and Closing Paragraphs of James and I John, » ZNW 61 (1970):110-126. This is really a significant point of disagreement. If James is a letter, then it will have the normal functions of a letter: it will be addressing issues relevant to the readers. It will reflect the concerns of the writer in a specific context. Another questionable assumption of Dibelius is that borrowed material is pointless material in so far as helping us identify an historical occasion. This starting point neglects to entertain the possibility that James could select and adapt known sayings for his own purpose in relation to the audience it is going to.
[7]James Hardy Ropes, A Critical and Exegetical Commentary on the Epistle of St. James (Edinburgh: T. & T. Clark, 1973), p. 42.
[8]The mountain of debate over dating this epistle will not be tackled here. The reader is invited to explore: the primitive Jewish-Christian language in the letter; the lack of any reference to the Gentile debate, the Jerusalem Council, or issues like circumcision; the eschatological expectations expressed; the lack of developed theology; and the primitive state of the church structure alluded to in James. These areas all add considerable weight to an early date.

[9]James was murdered in either 61 or 62 AD during a few months gap between two governors (Festus and Albinus). Indeed, that fact is what helps us pinpoint his murder with such accuracy. On the death of James see Josephus Antiquities, 20.9.1 and Eusebius II.23.1-18. He lived and died during violent times, as this paper will now demonstrate.
[10]The term « zealots » is not universally accepted as appropriate for the early social groups that caused much unrest. Consider Richard A. Horsley, and John S. Hanson, Bandits, Prophets, and Messiahs: Popular Movements in the Time of Jesus (San Francisco: Harper and Row Publishers, 1985), pp. 48,49,216,217, and The Jewish Encyclopedia: A Descriptive record of the History, Literature, and Customs of the Jewish People from the Earliest Times. S.v. « Zealots, » by Kaufmann Kohler. (Vol. 12. p. 640). I will be using the terms « early zealot movements » and « zealots » to refer to the growing social unrest and social bandit movements of the 40’s and 50’s AD. They become the actual “zealots” in the 60’s of course, and are at war with Rome in 66.
[11]Martin Noth, The History of Israel, second ed. (New York: Harper and Row, 1960), p. 433.
[12]Bo Reicke, The New Testament Era: The World of the Bible from 500 B.C. to A.D. 100, trans. by David E. Green (London: Adam and Charles Black, 1968), p. 203.
[13]The Works of Josephus, complete and unabridged, Trans. By William Whiston, (Massachusetts: Hendrickson, 1987),  Wars. 2.12.1.(223)  “Cumanus began the troubles, and the Jews ruin came”.

[14]Josephus, Wars 2.12.1(224).
[15]Josephus, Wars. 2.12.2.(228).
[16]Josephus, Wars. 2.12.2.(229).
[17]Josephus, Wars. 2.12.2.(230). It is interesting to note some key words used here, and see them occur in James’ list of negative traits when he describes worldly wisdom in 3:13-18. Notably “disorder” (see James 3:16) and “zeal” (James 3:14,16 – often translated in English as “jealously”).
[18]Josephus,Wars. 2.12.5.(238). At one point respected elders of Jerusalem personally intervened for peace during the worst of the fighting. That particular affair settled down only with the intervention of « the most eminent persons at Jerusalem, and that both in regard to the respect that was paid them, and the families they were of. » (Josephus, Antiquities, 20.6.1.(123). One might wonder if James himself could have been one of the respected persons of Jerusalem who intervened here. It was his place of residence and he was highly regarded even by non-Christian Jews. Josephus records the respect of many “most equitable citizens” of Jerusalem towards James the brother of Christ (Josephus, Antiquities 20.9.1.(201). And Hegesippus makes the comment that « for his excessive righteousness he was called the Just. » (recorded in Eusebius, Ecclestical History, 2.23.4-7) Taking this speculation further, is it possible that the epistle of James could have been penned around this time while all this violence and upheaval burned on James’ mind?
[19]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(160).
[20]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(162). In Wars, 2.13.2.(254) he calls these assassins “Sicarii”.
[21]Josephus, Antiquities, 20.8.5.(165).
[22]Josephus, Antiquities, 20.8.6.(167,168). In Wars, 2.13.4.(258-259) he adds: “There was another body of wicked men…these were such men as deceived and deluded the people under pretense of divine inspiration, but who were [really] for procuring innovations and changes of the government, and these prevailed with the multitude…”.
[23]Josephus, Wars. 2.13.6.(264-265). I find it hard to not think of the James passage: “…you do not know what your life will be like tomorrow. You are just a vapour that appears for a little while and then vanishes…” (4:14).

[24]Townsend, Michael J. James 4:1-4: A Warning Against Zealots? » Expository Times 87 (1976):212.
[25]It is interesting that the Jews had learnt under the Maccabees to bend the law when it came to using violence or in defence of their national religion. Josephus, Antiquities, 12.6.2  It was very much engrained in their recent history and national psyche. It was acceptable to fight, to kill, to use the world’s violent methods, in the pursuit of righteous outcomes. Judas (one of the five sons of Mattathias) become the general of the rebels army, and “cast their enemies out of the country, and put those of their own country to death who had transgressed its laws…” (Josephus Antiquities, 12.6.4.(286).)
[26]cf. James 2:11; 4:2.
[27]cf. James 3:14 – his  use of eritheia – see below for a full discussion of that word.
[28]James 2:11; 4:2.
[29]James 5:4,5.
[30]James 3:14-16.
[31]James 4:13.
[32]James 1:19-22; 2:11; 3:17,18; 4:1-4.
[33]James 1:27b; 2:1-3, 14-17; 5:1-5.
[34]James 1:27c; 3:13-18; 4:1-6.
[35]As were the Jewish Christians in and around Palestine, during the late 40’s and through the 50’s and 60’s, up to the war with Rome.

[36]Wesley J. Perschbacher, The New Analytical Greek Lexicon (Peabody, Mass.: Hendrickson, 1990), p. 296.
[37]Gustav Stahlin, in Kittel, Gerhard and Friedrich, Gerhard. Theological Dictionary of the New Testament. Trans. and ed. by Geoffrey W. Bromiley. 9 vols. plus Index. Grand Rapids: Wm. B. Eerdmans Publishing Company, 1964. vol.5, p. 419.

[38]Perschbacher. P. 102, defines it as “fair and equitable dealing, justice”. Bauer gives a very long analysis of the nuances of this word, beginning with “uprightness, justice”, but also admitting that in some contexts it can be about personal piety (he suggests Matthew 5:20 by way of example). Nevertheless, it is also more than that: “the characteristic required of men by God”; “since dikaisoune constitutes the specific virtue of Christians, the word becomes almost equivalent to Christianity, eg Matthew 5:10; I Peter 2:24…” Bauer, Walter. A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature. Trans. by William F. Arndt and F. Wilber Gingrich. 2nd ed. Revised and augmented by F. Wilber Gingrich and Frederick W. Danker. Chicago: University of Chicago Press, 1979,  pp. 196-197.  This word certainly incorporates our life, our dealings in community, our behaviour in relation to others.
[39]Ropes, p. 42.
[40]This verse can and has been interpreted in many different ways, just as all the passages referred to in this article, have been. In particular, 2:11 has been used to try to defend a Stoic philosophical background for this epistle. Consider Ropes, ‘Introduction’, for a detailed explanation. If one treats the epistle as simply “New Testament wisdom literature” and approaches it from that construct, then such might seem reasonable. But if we seek to actually consider internal and external evidence that values context, as well as historical primary sources, then a very different contribution is made by verses like this. I find myself agreeing with the aside by Adamson when he writes about the “unlikely” influence of the Augustinian discussion of the Stoic idea of the solidarity of virtues, on James. (James A. Adamson, The Epistle of James, Grand Rapids: Eerdmans1976, p.116.)

[41]Eg: Douglas Moo, James, p.100, in George Guthrie and Douglas Moo, Hebrews James, Grand Rapids: Zondervan, 2002; Peter Davids, The New International Greek Testament Commentary: The Epistle of James, A Commentary on the Greek Text (Michigan: William B. Eerdmans, 1982), p.74; Adamson, p. 116; Ropes p.200. Some also note that murder and mistreating the poor, were often linked together in Jewish thought (eg Davids, p. 74). Indeed, that might explain the use of this illustration, and must be weighed against what I am arguing here. If there was not another reference in this letter where the writer unambiguously accuses his readers of murder (4:2) it might suffice to explain James’ intent. The fact that it comes up again, not as an illustration, but as an accusation needs to be weighed as well.
[42]Josephus, Wars 2. and Anti. 20.
[43]See James 4:1-2 and the discussion below in section 4.

[44]Ralph Terry’s detailed study of the structure of the epistle of James uses ten tools to determine the peak or peaks in the epistle and comes to the conclusion that 3:13-4:10 is unquestionably the climax of the letter. Terry, pp. 121-123.
[45]Perschbacher, pp. 327 & 188.
[46]Bauer, p. 657.
[47]Ropes, p. 245.
[48]These arguments have tended to focus on the Greek being too good, the lack of mention of the Jew/Gentile controversy in the church; and the lack of strong early church father testimony. So Dibelius, p. 18, and Ropes, p. 50. Such arguments have been soundly rebutted. For example, on the first issue (the quality of the Greek) see: A.W. Argyle, « Greek Among Palestinian Jews in New Testament Times, » New Testament Studies 20 (1973):87-89; F.F. Bruce, « The Church of Jerusalem in the Acts of the Apostles, » Bulletin of the John Rylands University Library of Manchester 67 (Spring 1985):646; Allen Cabaniss, « A note on Jacob’s homily, » Evangelical Quarterly 47 (October-December 1975):219; William Fairweather, The Background of the Epistles (Minneapolis: Klock and Klock Christian Publishers, 1977), pp. 84-85; James Hope Moulton, ed., A Grammar of New Testament Greek, 4 vols. (Edinburgh: T. & T. Clark Ltd, 1976), Vol. 4: Style, by Nigel Turner, p. 114; and Gerald H. Rendall, The Epistle of James and Judaic Christianity (Cambridge: University Press, 1927), pp. 38-40. Regarding the lack of Jewish/Gentile controversy in the letter, this is actually an argument for an early date, before such controversy. Finally, regarding early church fathers: those who do comment on the epistle’s authorship, in the end come down on the side of James the brother of Christ. (See Eusebius Ecc. Hist. 2.23.24-25 and Jerome Illus. Lives 2).

[49]Perschbacher, p. 172.
[50]Bauer, p. 309.
[51]Perschbacher, p. 11.
[52]Bauer, p. 30.
[53]Ropes, pp. 248-249. Even the conservative Fritz Rienecker, (who uses Ropes and Dibelius quite generously in his book), almost begrudgingly admits that « the word sometimes had political associations and had the meaning `anarchy’. » Fritz Rienecker, A Linguistic Key to the Greek New Testament, trans. and ed. by Cleon L Rogers (Grand Rapids: Zondervan, 1982), p. 735. Why he inserts « sometimes » is open to question. It is arguably its more common meaning, and it is « sometimes » read as the lighter « disorder. »
[54]Ropes, p. 42.
[55]Ibid., p. 253. He goes on to list occurrences in Greek literature and a few Biblical passages where one or the other of the terms are used in a less severe way. However, relying on exceptions is a poor principal, unless there are other reasons for deeming the passage under study as an exception too. Ropes noticeably neglects to do this.
[56]Perschbacher, p. 337.
[57]Ibid., p. 267.
[58]Bauer, p. 685.
[59]Douglas J. Moo, The Letter of James: An Introduction and Commentary (Leicester: Inter-Varsity Press, 1985), p. 138. Spencer discusses the passage in the same way. Aida Besancon Spencer, « The Function of the Miserific and beatific images in the letter of James, » Evangelical Journal 7 (Spring 1989):9. Allen Cabaniss argues narrowly, that it is a specific type of church conflict: bickering by women. Cabaniss, p.221. His main arguments are: the term « adulteresses » (4:4) is in the feminine; there is no use of the term « brothers » in the paragraph; and women in the ancient world were particularly seen as having the characteristics of « quarrelsomeness, bickering, envy, gossip, [and] love of pleasure. » Ibid. These arguments are not strong. « Adulteresses » is an illustration, drawing Jewish Christian readers minds to the familiar passage in Prov. 30:20. Refer: John J. Schmitt, « You Adulteresses! The Image in James 4:4, » Novum Testamentum 28 (1986):337. It is not a literal description of one sex. Also, the same passage has more gender inclusive terms like « Whoever » (osean), and the male « arrogant men » (uperhfaois). Cabaniss’ attempt to see women in the gossiping, envious, and quarrelsome descriptions is subjectively selective. He noticeably leaves out fighting, murdering, and killing – terms one might see as more masculine.
[60]Moo, p. 141.
[61]Ibid.
[62]Townsend, Michael J. James 4:1-4: A Warning Against Zealots? » Expository Times 87 (1976):211-213.
[63]Moo, p. 141.
[64]The present tense reality of the passage also forces one to reject the interpretation of Luke Timothy Johnson. He argues that the whole of 3:13-4:10 is a call to conversion. « James 3:13-4:10 and the topos peri phthonou » Novum Testamentum 25 (September 1982):334.
[65]Alexander Ross, The Epistles of James and John (London: Marshall, Morgan and Scott, 1964), p. 75.
[66]Rendall, Gerald H. The Epistle of James and Judaic Christianity. Cambridge: University Press, 1927, p. 30.
[67]Bauer, p. 864.
[68]Perschbacher, p. 431.
[69]Ropes, p. 254. He even admits that « interpreters . . . have felt bound to see in foneuetean actual description of the Christian community addressed [and] have been driven to various expedients. The more usual methods have either to reduce the meaning of foneueteto `hate,’ or else to assume an hendiadys, by which `murder and envy’ becomes `murderously envy’ . . . Both methods are linguistically impossible. » (Ibid., p. 256). I agree that we have to accept the strong meaning of the word, but I do not do so in the same ways as Ropes.
[70]Ibid., pp. 254-255.
[71]Ibid., p. 255.
[72]Townsend, p.212.
[73]Consider too the burst of imperatives in 4:7-10. There is nothing like this anywhere else in the New Testament. Indeed, James has over 60 imperatives in 108 verses – the most as a ratio, anywhere in the Greek text. Eleven of them are here, in 4 short verses. James explodes in anger and barks out a series of commands, after the descriptions of war and fighting, covetousness and murder: after he describes it as adultery – friendship with the world. He orders his readers (Christian Jews) to turn back to God, to repent, to turn their laughter into mourning, to cleanse themselves anew, to be miserable and to mourn and weep! Clearly something is really troubling James: he is flabbergasted that so called Christ-followers can be so anti-Christ-like in following the way of the world, and using wars and fighting and violence to address their desires. It has to stop!

[74]Davids, p. 189. Robertson argues much the same way with his brief comment: « No connection with what immediately precedes. » Archibald Thomas Robertson, Word Pictures in the New Testament, 4 vols. (Nashville: Broadman Press, 1933), 4:63.
[75]Sophie Laws, A Commentary on the Epistle of James (San Francisco: Harper Row Publishers, 1980), p. 220.
[76]P.B.R. Forbes, « The Structure of the Epistle of James, » Evangelical Quarterly 44 (1972):153.
[77]Francis, p. 125.
[78]Ibid., p. 126. This is not unlike Rendall’s aside: he calls it a « detached injunction about oaths. » Rendall, p. 104.
[79]P.S. Minear, « Yes or No, the Demand for Honesty in the Early Church, » Novum Testamentum 13 (1971):12-13.
[80]Ibid., p. 12.
[81]Ibid., p. 8.
[82]Ibid., p. 7.
[83]In Josephus Antiquities 15.10.4 we also see how binding oaths were.
[84]The Jewish Encyclopedia, s.v. « Oaths, » by Julius Rappoport.
[85]Attempting to conclude what anyone from the past was actually thinking when they wrote certain words, is a risky business. All we can do is look at the context of the entire letter, the things that have been said already, the emphasis that James has been making, and match that to the circumstances of his day. It is in the end speculation. But some speculation sits well with evidence and is worthy of consideration – even cautious acceptance. Indeed, remember again that he introduces this section with “above all” – a phrase that really should not be softened in the light of how it is used elsewhere in the New Testament. If it should not be softened, then it is actually quite difficult to think of anything else James could plausibly be thinking of deserving such an emphasis.

Voir aussi:

Child labour: India’s hidden shame
Shilpa Kannan
BBC News
5 February 2014

Delhi Rescued from forced employment, 13-year-old Lakshmi is frail and frightened.

Two child protection officers hold her on either side as she walks into the police station.

She was abducted four years ago from her village in north-east India.

Until her rescue, she had been working in people’s homes across West Delhi – cooking, cleaning and taking care of children.

« I was not allowed to rest, » she says. « If I did something wrong or it was not what they wanted, they hit me.

« If I wanted to sit down for a bit because I was so tired, they would scream at me.

« I was never allowed to leave the house, so I didn’t realise that I’m in Delhi. My employers told me that we are in Madras in South India. »

As the police and counsellors question her, Lakshmi breaks down. She tells the police that she was sexually assaulted by the men who kidnapped her.

She was threatened that if she told anyone about it, they would tell everyone back home in her village and her honour would be destroyed.

And then, when she started working the agent who arranged her work withheld all her wages leaving her with nothing.

‘Lured with clothes and sweets’Her uncle is just relieved to have found her. A tea garden worker from Assam, he says her parents died when she was young and her grandmother is worried sick about the young girl. He is also angry about the abduction.

« What can we really do? We are poor people – I didn’t have enough money to come to Delhi to look for my missing niece.

« Unscrupulous agents and middlemen just come into our homes when parents are away working at the tea gardens and lure young girls with new clothes and sweets. Before they know it, they are on a train to a big city at the mercy of these greedy men. »

He is not alone. One child goes missing every eight minutes in India and nearly half of them are never found.

Kidnapped children are often forced into the sex trade. But many here feel that children are increasingly pushed into domestic labour – hidden from public view within the four walls of a home.

The government estimates half a million children are in this position.

Demand from middle classesAt a rehabilitation home in northern Delhi run by a charity for children, Bachpan Bachao Andolan, many families have gathered.

They are all tea workers from the north-east state of Assam and have come here searching for their missing daughters.

They estimate that just from one particular area – Rangpura in Assam – 16 girls have been lost in the last three to four years.

Helping these families find their daughters is Kailash Satyarti, the head of Bachpan Bacchao Andolan.

« This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour, » he says.

« The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. »

‘Hellish life’Offering them a ray of hope is the case of 18-year-old Sumila Munda, who was rescued earlier this month. The information she provided led to police arresting a couple of alleged traffickers.

She says she still has nightmares about her employers.

« I don’t want anyone to go through what I did. I often wondered if I will ever escape from the hellish life I was stuck in. I had dreams of being in school, studying. Now I will get back to my studies. »

India is estimated to have more child labourers than anywhere else in the world.

But while abducting children is illegal, the law is vague on when they can legally work. Child labour law does not allow children under the age of 14 to be employed, but anyone under 18 is legally considered a child.

Government helplessAnd the government body in charge of children’s rights admits they are helpless.

« Unfortunately our child labour prohibition and regulation act is totally outdated, » says Kushal Singh, head of the National Commission for Protection of Child Rights.

« It says children below the age of 14 cannot be employed in hazardous occupations. Does that mean in non-hazardous occupations a two-year-old child can be employed?

« So obviously it’s a very regressive act. This issue has been raised and now an amendment is pending in the parliament. However, it has been pending for a very long time. »

If the law changes, it will make the fight against child exploitation a little easier.

But that’s no relief for families like these. Many here fear that their daughters may be lost forever.

You can hear more on this story on The World Tonight on BBC Radio Four at 22:00 GMT, or listen again on iPlayer.

*Some names in this report have been changed to protect the identities of victims.

 Voir également:

Will Malala’s Nobel Prize Backfire?
Elias Groll
Foreign Policy
October 10, 2014

Well done, Norwegian Nobel Committee! You managed not to shoot yourself in the foot by giving the Peace Prize to Pope Francis, the putative frontrunner for the award. Instead, it went the child rights campaigners Malala Yousafzai and Kailash Satyarthi.

It’s hard to think of two more deserving candidates. For her efforts to ensure that all Pakistani girls are able to gain an education, Yousafzai, now 17, was shot in the head as a 15-year-old by Taliban militants. After her miraculous survival, she has emerged as a vocal, eloquent advocate for the right of all children to win an education. Satyarthi, meanwhile, is one of India’s most prominent anti-child labor activists. He has staged raids on factories employing children and is credited with freeing 80,000 children from slavery and labor.

The selection of Yousafzai, the youngest recipient in the Peace Prize’s history, and Satyarthi also forms an important binary. Yousafzai is a Pakistani Muslim, Satyarthi is an Indian Hindu. (Their joint selection is an obvious nod towards the ongoing global efforts to bring a peaceful end to Pakistan and India’s long-standing conflict with one another, which has recently seen firing across the contested quasi-border in Kashmir.)

Yousafzai is world famous, Satyarthi rarely gets much media coverage. Yousafzai is young, Satyarthi, 60, is old. The right to an education and freedom from child labor represent the two of the most important challenges to children around the world.

Satyarthi’s selection plucks him out of relative obscurity, and it’s a wonderful decision by the Nobel Committee. There are  some 60 million child slaves in India, a tragic figure that represents the dark side of that country’s dizzying economic development. With the country’s middle class rapidly expanding, India has seen an explosion in the demand for cheap labor. All too often that labor has come in the form of child workers, stripping them of their childhood.

« This is the most ironical part of India’s growth. The middle classes are demanding cheap, docile labour, » Satyarthi, who heads the Save Child Movement, told the BBC in February. « The cheapest and most vulnerable workforce is children – girls in particular. So the demand for cheap labour is contributing to trafficking of children from remote parts of India to big cities. »

For Satyarthi, the award brings recognition to decades of work on behalf of child laborers, but for Yousafzai, the prize arguably comes with risks. As my former colleague Josh Keating writes at Slate, the media’s treatment of Yousafzai often obscures the West’s complicated relationship with Pakistan, one marked in recent years by an aggressive campaign of U.S. drone strikes and huge amounts of U.S. aid. That coverage often strays toward a condescension that reduces the West’s relationship with Pakistan to, in the words of technology researcher Zeynep Tufekci, to « finding a young woman we admire that we all want to take home as if to put on a shelf to adore. »

That attitude — summed up by Jon Stewart’s quip that he wanted to adopt the young woman — risks obscuring the more institutional, boring work to find peace in Pakistan.

Moreover, in some quarters of Pakistan, Yousafzai has become a symbol of Western interference in the country, and conspiracy theories abound that her story was in fact created by the CIA, which carries out ongoing drone strikes in the northwestern parts of the country. That’s of course far-fetched, but the praise that she has received in the West has been equally matched in her home country. The Peace Prize will certainly elevate her stature — and also increase animus against her in some parts of Pakistan.

That strain of thought remained alive and well on Friday. « I condemn this decision in the strongest possible words, » Tariq Khattak, an editor at the Pakistan Observer, told the BBC. « It’s a political decision, a motivated one, and a conspiracy to invoke [sic] people in the Muslim countries. And the father of Malala and Malala have done nothing at all. Her father is a good salesman, that’s it. And the daughter has also become a salesgirl. And they are dancing on the tunes of West. »

How a 17-year-old activist goes on to build a career from that point is very much an open question. Since she was shot in 2012, Yousafzai has been perpetually mentioned as a candidate for the Peace Prize, and her selection this year probably has to do in part with the speech she delivered last year before the United Nations General Assembly, which created a sensation.

That speech showed how powerful a voice she can be on behalf ensuring access to education, but a huge international profile does not necessarily translate into change on the ground in Pakistan, especially when many of her countrymen remain deeply suspicious of her.

After all, it is highly unclear whether a Peace Prize does anything at all to advance the cause to which it is given. Repressive regimes have cracked down on activists they believe will receive the award, and there is little evidence to indicate that the aspirational winners — those laureates who have received the prize in support of the better society they seek to build — have substantively benefited by receiving it.

If anything, those in Pakistan who are hostile toward Yousafzai may only harden in their opposition now that she has received the Peace Prize. That may set her work back more than it advances her cause.

Voir encore:

Prix Nobel de la paix 2014 : Kailash Satyarthi, le sauveur d’esclaves
Le Point
10/10/2014

Aussi courageux que discret, le militant est à 60 ans une véritable star en Inde, où il a libéré 80 000 enfants au moins du travail forcé.

Bien moins connu du grand public que Malala Yousafzai, le militant indien Kailash Satyarthi est à 60 ans une véritable star en Inde, où il a « libéré » au moins 80 000 enfants du travail forcé. Brillant ingénieur électricien, Kailash Satyarthi n’était pourtant pas voué à un tel destin. Mais, à l’âge de 26 ans, il délaisse une prometteuse carrière pour se consacrer aux millions d’enfants travailleurs en Inde. Sa mission : porter secours à ces employés mineurs, réduits à l’état d’esclave au sein des usines indiennes. À longueur de journée, ils sont contraints d’effectuer les tâches les plus pénibles et sont victimes de violences, y compris sexuelles.

Fondateur en 1980 de l’ONG Bachpan Bachao Andolan (Sauver le mouvement de la jeunesse), Kailash Satyarthi mène au départ des actions coups de poing. Il organise des raids contre des usines et des ateliers afin de libérer des familles entières contraintes de travailler pour rembourser leurs prêts. « C’est une expérience joyeuse que d’apercevoir le changement d’expression traverser le visage de cette merveilleuse fille », raconte-t-il au site PBS au sujet d’une enfant libérée d’une carrière de pierres. « Elle est un livre ouvert, et ce changement d’expression nous raconte une histoire, celle d’une transition de l’esclavage vers une nouvelle vie de liberté », poursuit ce militant discret, qui ne sort de sa réserve que pour promouvoir la cause de l’enfance.

Après avoir sauvé des milliers d’esclaves, Kailash Satyarthi oeuvre à la création de la « Marche mondiale contre le travail de l’enfant », un conglomérat de 2 000 organisations et syndicats à travers 140 pays. Conscient de la nécessité de s’attaquer aux causes réelles du fléau de l’esclavage infantile, le militant s’engage aussi dans la défense et la scolarisation de l’enfance. Pour le président du Comité Nobel norvégien, Kailash Satyarthi a fait preuve d’un « grand courage personnel » et « a maintenu la tradition de Gandhi » en menant « diverses formes de protestations et de manifestations, toutes pacifiques ». « Il a aussi contribué au développement d’importantes conventions internationales sur les droits des enfants », souligne Thorbjoern Jagland.

« Millions d’enfants qui souffrent »

L’ingénieur électricien est ainsi à l’origine d’un programme baptisé « Bal Mitra Gram », encourageant les villages indiens à abolir le travail des enfants. Il a également fait pression sur les entreprises en développant le programme « Rugmark », un label assurant que les tapis ne sont pas l’oeuvre d’enfants, grâce à l’instauration de contrôles fréquents à l’intérieur des usines. Désormais, le militant ambitionne d’étendre ces certifications à d’autres produits, notamment les ballons de football de grande marque, habituellement fabriqués par des mineurs.

Sa cible, les clients occidentaux. « Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Si ce n’est pas vous, alors qui ? » interpelle le militant indien. « Si nous sommes en mesure de répondre à ces questions fondamentales, alors peut-être pouvons-nous effacer la tache que représente l’esclavage humain. » En tout cas, Kailash Satyarthi n’a pas failli à sa réputation de héros très discret. Réagissant vendredi à l’annonce de sa récompense, il a estimé que le prix Nobel de la paix représentait la « reconnaissance de la détresse de millions d’enfants qui souffrent ». En effet, d’après le Comité Nobel, il y a aujourd’hui 168 millions d’enfants travailleurs dans le monde.

Voir de même:

Malala Yousafzaï : « Je veux l’éducation pour les enfants de tous les terroristes »
Frédéric Bobin (New Delhi, correspondant régional)
Le Monde
10.10.2014

Son visage légèrement déformé a pris au fil des ans des allures de figure iconique, celle d’une adolescente au courage exceptionnel ayant manqué de périr sous une balle extrémiste dans sa vallée natale de Swat. En codécernant, vendredi 10 octobre, le prix Nobel de la paix à Malala Yousafzaï – l’autre lauréat est l’Indien Kailash Satyarthi –, le comité d’Oslo a récompensé la jeune Pachtoune pakistanaise (17 ans) militante du droit à l’éducation, laquelle devient ainsi la plus jeune des lauréats de l’histoire du prix.

Déjà consacrée en 2013 par le Prix Sakharov du Parlement européen, reçue par les grands de ce monde – dont Barack Obama – Malala Yousafzaï doit sa renommée à un engagement sans relâche en faveur de la scolarisation des enfants, au Pakistan même comme à travers le monde. Elle s’était associée cet été à la campagne « Bring back our girls » pour obtenir la libération des jeunes Nigérianes enlevées par la secte extrémiste Boka Haram.

Malala Yousafzaï a frôlé la mort pour ses idées. Quand les talibans ont manqué de l’assassiner, le 9 octobre 2012, dans un bus scolaire de Mingora, le chef- lieu de Swat, région préhimalayenne naguère paradis touristique, la colère a été générale à travers le Pakistan. De Lahore à Peshawar en passant par Islamabad, les manifestations de soutien à la jeune fille grièvement blessée se sont multipliées.

Déjà connue pour militer en faveur du droit à l’éducation des filles – elle avait tenu un blog en ourdou hébergé par le site de la BBC à l’époque où Swat était occupée par les talibans (2007-2009) –, Malala Yousafzaï devenait soudain une martyre de l’extrémisme. Le porte-parole du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) avait revendiqué la tentative d’assassinat en ces termes : « C’est une fille à la mentalité occidentale qui passe son temps à nous dénoncer. Quiconque critiquera les talibans subira le même sort. » Durant l’occupation de Swat par les talibans, elle avait raconté – sous le pseudonyme Gul Makai – le quotidien des exactions des extrémistes, notamment contre les écoles fréquentées par les filles. Elle survécut miraculeusement à la balle qu’elle reçut en plein visage.

ACCUSÉE D’ÊTRE UN « AGENT AMÉRICAIN »

Elle devint très vite un symbole. Sa notoriété naissante a pourtant suscité embarras et malaise dans son propre pays. Plus l’Occident l’acclamait – le show-business (Madonna, Angelina Jolie) ou les poids lourds politiques (Hillary Clinton, Gordon Brown) – comme une figure emblématique de la résistance à l’obscurantisme islamiste, plus des voix s’élevaient au Pakistan pour dénoncer son instrumentalisation par des « forces étrangères ». Les tenants de la théorie du complot – un sport national au Pakistan – sont dès lors passés à l’offensive.

Sournoises, imprégnées de paranoïa, les questions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Pourquoi l’Occident se prend-il de passion pour cette jeune Pakistanaise ? Et pourquoi Malala Yousafzaï se tait-elle sur les enfants victimes des drones américains frappant chaque semaine les zones pachtounes frontalières de l’Afghanistan ? Il n’en fallait pas davantage pour que la jeune fille se fasse accuser d’être un « agent américain », manipulé pour servir les funestes desseins de l’Occident contre les musulmans en général et le Pakistan nucléaire en particulier.

Sami ul-Haq, le chef du parti Jamiat Ulema-e-Islami (JUI) dont les madrasas (écoles coraniques) font office de pépinières de combattants talibans, avait ainsi estimé que Malala Yousafzaï avait été « kidnappée par les forces anti-islam en Occident. » Les libéraux, groupe à l’influence marginale au Pakistan, ont fini par se réveiller et ont contre-attaqué. L’été 2013, la romancière Bina Shah exprimait dans le quotidien Dawn son courroux face à tant d’acrimonie. De telles réactions, écrivait-elle, sont « la manifestation honteuse de la manière dont les Pakistanais tendent à se retourner contre les personnes dont ils devraient être fiers ». Faisant taire ses détracteurs, Malala Yousafzaï demanda à Barack Obama – qui la reçut à la Maison Blanche en octobre 2013 – de cesser les frappes de drones américains contre des cibles djihadistes au Nord-Waziristan (zones tribales frontalières de l’Afghanistan) qui, selon elle, « tuent des victimes innocentes » et « alimentent le terrorisme ».

« NOS CAHIERS ET NOS CRAYONS SONT NOS ARMES »

L’une des prestations les plus marquantes de Malala Yousafzaï, celle qui l’imposa comme une icône internationale, fut incontestablement son intervention, le 12 juillet 2013 à New York, devant l’Assemblée de jeunes de l’ONU. Les talibans « pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué », avait-elle alors lancé au fil d’un discours posé, ferme et éclairé. « Prenons nos cahiers et nos crayons, avait-elle enchaîné. Ce sont nos armes les plus puissantes. » Et elle avait eu cette formule empreinte d’un profond humanisme : « Je veux l’éducation pour les fils et les filles des talibans et tous les extrémistes et les terroristes. » Avant de conclure : « Je n’ai même pas de haine pour le taliban qui m’a tiré dessus. »

Elle eût droit à une ovation debout. Dans l’assistance, beaucoup pleuraient. Avait-elle clamé dans son discours : « Je n’ai pas changé » ? Pourtant, la manière dont le monde la percevait a probablement changé ce jour-là. Une autre Malala Yousafzaï venait de naître. Une gamine éblouissante de ferveur à la consécration mondiale désormais établie. La victoire de son combat ne sera pourtant totale que lorsqu’elle pourra retourner sans risque dans son propre pays. Elle n’en a pas encore le luxe.

Peur
Le virus Ebola alimente les théories du complot
Pierre Haski
Rue 89
03/08/2014

Obama veut imposer une « tyrannie médicale » et des médecins apportent la maladie en Afrique. Voilà les explications qui émergent alors que l’épidémie s’amplifie, et menacent prévention et mesures de précaution.

Une épidémie d’une maladie incurable, mystérieuse, alimente toujours les théories du complot ou les thèses farfelues. Ce fut le cas du sida dans les années 80, avant que le monde devienne -hélas- familier de ce virus ; c’est aujourd’hui le cas d’Ebola, qui sévit en Afrique de l’ouest.

Le rapatriement aux Etats-Unis, samedi, d’un médecin américain contaminé par le virus Ebola, a donné un nouvel élan aux amateurs de complots, jouant avec le risque de prolifération de l’épidémie sur le sol américain.

Le Dr Kent Brantly, qui travaillait au Libéria avec les patients d’Ebola, a été contaminé et rapatrié samedi à Atlanta, où il est arrivé revêtu d’un scaphandre de protection, suffisamment fort pour descendre seul de l’ambulance. Une deuxième américaine contaminée devrait être rapatriée dans les prochains jours, dans les mêmes conditions.

« Complot eugéniste et mondialiste »
Dès samedi, l’un des « complotistes » les plus célèbres des Etats-Unis, Alex Jones, qui débusque le « globaliste » derrière chaque geste de l’administration américaine et a l’oreille du « Tea Party », s’en est ému dans une vidéo sur son site Infowars.com et sur YouTube. Il s’insurge :

« Mesdames, Messieurs, c’est sans précédent pour un gouvernement occidental d’amener une personne atteinte de quelque chose d’aussi mortel qu’Ebola dans leur propre pays. (…) C’est le signe qu’on cherche à susciter la terreur et l’effroi, afin d’imposer une tyrannie médicale encore plus forte. »

Pour ce « guerrier de l’info », comme il se décrit, qui n’a pas moins de 250 000 abonnés à son compte Twitter, le virus ne restera pas confiné à l’hôpital et s’échappera. « Il s’agit d’un gouvernement et d’un système politique qui se moquent des gens », accusant les « eugénistes “ et les ‘mondialistes’ de déployer un scénario catastrophe.

Au même moment, pourtant, les autorités américaines expliquent qu’elles ont ramené le Dr Brantly à Atlanta pour lui donner une chance de survivre, en renforçant ses défenses dans l’espoir qu’il surmonte l’attaque du virus. Le taux de mortalité de cette souche d’Ebola n’est ‘que’ de 60% environ, contre plus de 90% pour d’autres épidémies antérieures en Afrique.

Et ils le font dans l’endroit le plus adapté : Atlanta est le siège du Centre de contrôle des maladies infectieuses (CDC) aux Etats-Unis, et de l’un des seuls labos au monde spécialisés dans les virus, un laboratoire de niveau P4, le plus élevé et dans lequel la sécurité est la plus rigoureuse, avec plusieurs sas de décontamination pour s’y déplacer. L’autre labo du même type au monde se trouve … à Lyon.

‘Ebola, Ebola’
Il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que la menace d’Ebola suscite fantasmes et peurs quasi-millénaristes : Adam Nossiter, l’envoyé spécial du New York Times racontait il y a quelques jours de Guinée –l’un des pays les plus touchés par Ebola– comment des villageois ont constitué des groupes d’autodéfense pour empêcher les équipes médicales d’approcher. ‘Partout où elles passent, on voit apparaître la maladie’, dit un jeune Guinéen interdisant l’accès de son village.

Son récit se poursuit :

‘Les travailleurs [sanitaires] et les officiels, rendus responsables par des populations en panique pour la propagation du virus, ont été menacés avec des couteaux, des pierres et des machettes, et leurs véhicules ont parfois été entourés par des foules menaçantes. Des barrages de troncs d’arbre interdisent l’accès aux équipes médicales dans les villages où l’on soupçonne la présence du virus. Des villageois malades ou morts, coupés de toute aide médicale, peuvent dès lors infecter d’autres personnes.

C’est très inhabituel, on ne nous fait pas confiance, dit Marc Poncin, coordinateur pour la Guinée de Médecins sans Frontières, le principal groupe luttant contre le virus. Nous ne pouvons pas stopper l’épidémie.’
Le journaliste ajoute que les gens s’enfuient à la vue d’une croix rouge, et crient ‘Ebola, Ebola’ à la vue d’un Occidental. Un homme en train de creuser une tombe pour un patient décédé du virus conclut : ‘nous ne pouvons rien faire, seul Dieu peut nous sauver’.

Sur le site du New Yorker, Richard Preston, auteur d’un livre sur Ebola dont nous avons cité de larges extraits récemment, raconte qu’au Libéria, les malades d’Ebola quittent la capitale, Monrovia, dont le système de santé est dépassé par l’épidémie, et retournent dans leur village d’origine pour consulter des guérisseurs ou simplement rejoindre leurs familles. Au risque de diffuser un peu plus le virus.

Le sida pour ‘décourager les amoureux’
Peurs, fantasmes, parano sont fréquents à chaque nouvelle maladie. Ce fut le cas lors de l’apparition du sida au début des années 80. A Kinshasa, durement touchée par la pandémie, la population n’a pas cru aux explications officielles sur la transmission sexuelle du virus, et avait rebaptisé le sida ‘Syndrome inventé pour décourager les amoureux’… Les églises évangélistes s’en étaient emparées pour parler de ‘punition divine’ et recruter un peu plus de brebis égarées.

Pire, en Afrique du Sud, la méfiance vis-à-vis de la médecine occidentale a gagné jusqu’au Président de l’époque, Thabo Mbeki, qu’on aurait cru plus prudent, et qui avait encouragé le recours à des remèdes traditionnels plutôt que les antirétroviraux qui commençaient à faire leur apparition et ont, depuis, fait leurs preuves. Un temps précieux, et beaucoup de vies humaines, ont été sacrifiés dans cette folie.

Avec le temps, la connaissance de la maladie et de ses modes de transmission a progressé, même s’il reste de nombreuses inégalités dans les accès aux soins.

Bien que le virus ait été identifié en 1976, il y a près de quatre décennies, les épidémies ont été très localisées, et de brève durée. Elle reste donc peu connue en dehors des spécialistes, et surtout entourée d’une réputation terrifiante : pas de remède, fort taux de mortalité, virus mutant…

Avec retard, la mobilisation internationale se met en place pour contenir l’épidémie apparue en Afrique de l’Ouest. L’information des populations n’est pas la tache la moins importante. Même s’il est probable qu’aucun argument rationnel ne pourra convaincre Alex Jones et ses disciples que l’administration Obama, malgré tous ses défauts, n’est pas en train d’importer Ebola pour quelque projet d’eugénisme au sein de la population américaine…

Voir enfin:

Romantisme djihadiste et brutalisation
Brice Couturier

France culture

23.04.2014

L’International Centre for the Study of Radicalisation, basé au Kings’College de Londres, estime à environ 9 000 les djihadistes étrangers, venus combattre le régime, déclaré “impie” de Bachar Al-Assad, en Syrie. La grande majorité d’entre eux arrive des pays arabes proches, en particulier de Jordanie, du Liban mais aussi d’Arabie Saoudite. Mais plusieurs centaines proviendraient aussi d’Europe et leur nombre ne cesse d’augmenter. Nous avons donc à faire à des espèces de « brigades internationales », comme lors de la Guerre d’Espagne.

Signe des temps, ces combattants, venus de tous les coins, ne se réclament pas d’une grande idéologie émancipatrice, comme au XX° siècle, mais d’une version très particulière d’une religion, l’islam. Il s’agit bien, cependant, comme lors de la guerre, d’Espagne, d’un mouvement inspiré par l’indignation et la solidarité. Indignation, face aux moyens disproportionnés utilisés, dès le départ par le régime face à la contestation. Solidarité, car ces jeunes, comme les combattants d’Espagne, veulent témoigner d’une communauté de croyance.

Les autorités, en Europe, se sont rapidement inquiétées de la participation de certains de leurs nationaux, à une guerre civile qui a déjà causé » 150 000 morts dans la Syrie martyre. Ainsi Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, a déclaré : « Le djihadisme représente, pour moi, le plus grand danger auquel nous devrons faire face dans les prochaines années. »

La malheureuse Syrie est prise en otage par les deux grandes puissances religieuses et ennemies de l’islam – l’Iran chiite, qui est derrière le régime, et l’Arabie salafiste, qui soutient la rébellion. Mais la violence, sur place, s’est déchaînée avec une telle intensité et sur une si grande échelle qu’on redoute le retour en Europe de combattants bien entraînés et surtout, « brutalisés », pour employer le mot forgé par l’historien George Mosse à propos des anciens combattants de 14-18 (De la grande guerre au totalitarisme).

Par « brutalisation », Mosse entendait décrire l’expérience inouïe faite par les combattants de la Grande Guerre. La banalisation de la mort en masse avait provoqué chez nombre d’entre eux une accoutumance à la violence extrême ; elle avait émoussé les sentiments humains fondamentaux de sympathie, de pitié, et jusqu’au simple souci de soi. Elle avait développé un style de vie – Mosse parlait de « fureur d’une vie frénétique » et « d’aspiration à vivre des expériences situées au-delà des limites de habituelles de la civilisation ». Style de vie qu’on devait retrouver ensuite dans la manière des mouvements totalitaires de considérer la politique : une lutte à mort contre l’adversaire dans un climat de profonde camaraderie, de fraternité virile, de développement à la cause, allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie.

Ce sont autant les effets psychologiques de cette guerre, menée avec des moyens effrayant, où les combattants se filment en train de torturer, ou en train de jouer avec les têtes de leurs ennemis découpées, que la familiarisation avec les techniques de combat urbain qu’on peut redouter chez ces djihadistes quand, vaincus comme il est probable, ils retourneront d’où ils sont venus.

L’anthropologue Dounia Bouzar a récemment consacré un livre, Désamorcer l’islam radical, au cas des jeunes qui s’engagent dans l’islamisme. Elle y montre ce que les techniques de radicalisation utilisées, sur internet en particulier, par les recruteurs du djihad, doivent à celles des sectes. L’identité individuelle est niée, pour être remplacée par une identité de groupe proprement totalitaire. L’esprit critique et la simple raison sont combattus. En échange, on fournit à des jeunes souvent en perte de repères, le sentiment exaltant d’appartenir à une élite, désignée pour régénérer un monde corrompu et décadent. Le parallèle avec les mouvements fascistes est évident.

Le gouvernement va annoncer, cet après-midi, un ensemble de mesures destinées à lutter contre la radicalisation des jeunes musulmans, et à les empêcher d’aller combattre en Syrie. Mais la prévention ne devrait-elle pas passer par une meilleure intégration de jeunes déboussolés ? Les familles décomposées, l’échec scolaire, l’omniprésence de la drogue dans certains quartiers, le chômage de masse ne sont-ils pas les meilleurs agents recruteurs du djihad, cette fuite dans une violence exotique ?


Islam: Il est temps de prendre le djihadisme au sérieux (Jihadism is a religious movement before anything else)

4 octobre, 2014
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Je t’ai mis le ceinturon (…) afin qu’on reconnaisse, au levant du soleil comme au couchant: (…) je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre, je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bien et le mal, moi, Dieu, je fais tout cela. Esaïe (45: 5-7)
C’est ainsi que finit le monde. Pas sur un boum, sur un murmure. T.S. Eliot
Le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix- a dit : « L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs (c’est à dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Charte du Hamas (article 7)
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Aucun pays arabe, président arabe ou roi arabe, ni tous les rois et présidents arabes réunis, ni une organisation même palestinienne n’a le droit de le faire. La Palestine est un Waqf musulman consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Qui peut prétendre avoir le droit de représenter les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier ? Tel est le statut de la terre de Palestine dans la Charia, et il en va de même pour toutes les terres conquises par l’islam et devenues terres de Waqf dès leur conquête, pour être consacrées à toutes les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Il en est ainsi depuis que les chefs des armées islamiques ont conquis les terres de Syrie et d’Irak et ont demandé au Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, s’ils devaient partager ces terres entre les soldats ou les laisser à leurs propriétaires. Suite à des consultations et des discussions entre le Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, et les compagnons du Prophète, Allah le bénisse, il fut décidé que la terre soit laissée à ses propriétaires pour qu’ils profitent de ses fruits. Cependant, la propriété véritable et la terre même doit être consacrée aux seuls musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Ceux qui se trouvent sur ces terres peuvent uniquement profiter de ses fruits. Ce waqf persiste tant que le Ciel et la Terre existent. Toute procédure en contradiction avec la Charia islamique en ce qui concerne la Palestine est nulle et non avenue.« C’est la vérité infaillible. Célèbre le nom d’Allah le Très-Haut » (Coran, LVI, 95-96). Charte du Hamas (article 11)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout [...] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
The truth is that there is an obvious, undeniable, and hugely consequential moral difference between Israel and her enemies. The Israelis are surrounded by people who have explicitly genocidal intentions towards them. The charter of Hamas is explicitly genocidal. It looks forward to a time, based on Koranic prophesy, when the earth itself will cry out for Jewish blood, where the trees and the stones will say “O Muslim, there’s a Jew hiding behind me. Come and kill him.” This is a political document. We are talking about a government that was voted into power by a majority of Palestinians. (…) The discourse in the Muslim world about Jews is utterly shocking. Not only is there Holocaust denial—there’s Holocaust denial that then asserts that we will do it for real if given the chance. The only thing more obnoxious than denying the Holocaust is to say that itshould have happened; it didn’t happen, but if we get the chance, we will accomplish it. There are children’s shows in the Palestinian territories and elsewhere that teach five-year-olds about the glories of martyrdom and about the necessity of killing Jews. And this gets to the heart of the moral difference between Israel and her enemies. And this is something I discussed in The End of Faith. To see this moral difference, you have to ask what each side would do if they had the power to do it. What would the Jews do to the Palestinians if they could do anything they wanted? Well, we know the answer to that question, because they can do more or less anything they want. The Israeli army could kill everyone in Gaza tomorrow. So what does that mean? Well, it means that, when they drop a bomb on a beach and kill four Palestinian children, as happened last week, this is almost certainly an accident. They’re not targeting children. They could target as many children as they want. Every time a Palestinian child dies, Israel edges ever closer to becoming an international pariah. So the Israelis take great pains not to kill children and other noncombatants. (…)What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas. And again, the charter of their government in Gaza explicitly tells us that they want to annihilate the Jews—not just in Israel but everywhere.(…) The truth is that everything you need to know about the moral imbalance between Israel and her enemies can be understood on the topic of human shields. Who uses human shields? Well, Hamas certainly does. They shoot their rockets from residential neighborhoods, from beside schools, and hospitals, and mosques. Muslims in other recent conflicts, in Iraq and elsewhere, have also used human shields. They have laid their rifles on the shoulders of their own children and shot from behind their bodies. Consider the moral difference between using human shields and being deterred by them. That is the difference we’re talking about. The Israelis and other Western powers are deterred, however imperfectly, by the Muslim use of human shields in these conflicts, as we should be. It is morally abhorrent to kill noncombatants if you can avoid it. It’s certainly abhorrent to shoot through the bodies of children to get at your adversary. But take a moment to reflect on how contemptible this behavior is. And understand how cynical it is. The Muslims are acting on the assumption—the knowledge, in fact—that the infidels with whom they fight, the very people whom their religion does nothing but vilify, will be deterred by their use of Muslim human shields. They consider the Jews the spawn of apes and pigs—and yet they rely on the fact that they don’t want to kill Muslim noncombatants.(…) Now imagine reversing the roles here. Imagine how fatuous—indeed comical it would be—for the Israelis to attempt to use human shields to deter the Palestinians. (…) But Imagine the Israelis holding up their own women and children as human shields. Of course, that would be ridiculous. The Palestinians are trying to kill everyone. Killing women and children is part of the plan. Reversing the roles here produces a grotesque Monty Python skit. If you’re going to talk about the conflict in the Middle East, you have to acknowledge this difference. I don’t think there’s any ethical disparity to be found anywhere that is more shocking or consequential than this. And the truth is, this isn’t even the worst that jihadists do. Hamas is practically a moderate organization, compared to other jihadist groups. There are Muslims who have blown themselves up in crowds of children—again, Muslim children—just to get at the American soldiers who were handing out candy to them. They have committed suicide bombings, only to send another bomber to the hospital to await the casualities—where they then blow up all the injured along with the doctors and nurses trying to save their lives. Every day that you could read about an Israeli rocket gone astray or Israeli soldiers beating up an innocent teenager, you could have read about ISIS in Iraq crucifying people on the side of the road, Christians and Muslims. Where is the outrage in the Muslim world and on the Left over these crimes? Where are the demonstrations, 10,000 or 100,000 deep, in the capitals of Europe against ISIS?  If Israel kills a dozen Palestinians by accident, the entire Muslim world is inflamed. God forbid you burn a Koran, or write a novel vaguely critical of the faith. And yet Muslims can destroy their own societies—and seek to destroy the West—and you don’t hear a peep. (…) These incompatible religious attachments to this land have made it impossible for Muslims and Jews to negotiate like rational human beings, and they have made it impossible for them to live in peace. But the onus is still more on the side of the Muslims here. Even on their worst day, the Israelis act with greater care and compassion and self-criticism than Muslim combatants have anywhere, ever. And again, you have to ask yourself, what do these groups want? What would they accomplish if they could accomplish anything? What would the Israelis do if they could do what they want? They would live in peace with their neighbors, if they had neighbors who would live in peace with them. They would simply continue to build out their high tech sector and thrive. (…) What do groups like ISIS and al-Qaeda and even Hamas want? They want to impose their religious views on the rest of humanity. They want stifle every freedom that decent, educated, secular people care about. This is not a trivial difference. And yet judging from the level of condemnation that Israel now receives, you would think the difference ran the other way. This kind of confusion puts all of us in danger. This is the great story of our time. For the rest of our lives, and the lives of our children, we are going to be confronted by people who don’t want to live peacefully in a secular, pluralistic world, because they are desperate to get to Paradise, and they are willing to destroy the very possibility of human happiness along the way. The truth is, we are all living in Israel. It’s just that some of us haven’t realized it yet. Sam Harris
Les Etats-Unis sont consternés par le bombardement honteux d’une école de l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens) à Rafah.  Nous insistons une nouvelle fois sur le fait qu’Israël doit faire plus pour respecter ses propres standards et éviter les victimes civiles. Le fait de suspecter que des activistes opèrent non loin des écoles ne justifie pas des frappes qui mettent en péril la vie de tant de civils innocents. Jennifer Psaki (porte-parole du Département d’Etat)
The White House has acknowledged for the first time that strict standards President Obama imposed last year to prevent civilian deaths from U.S. drone strikes will not apply to U.S. military operations in Syria and Iraq. A White House statement to Yahoo News confirming the looser policy came in response to questions about reports that as many as a dozen civilians, including women and young children, were killed when a Tomahawk missile struck the village of Kafr Daryan in Syria’s Idlib province on the morning of Sept. 23. The village has been described by Syrian rebel commanders as a reported stronghold of the al-Qaida-linked Nusra Front where U.S officials believed members of the so-called Khorasan group were plotting attacks against international aircraft. But at a briefing for members and staffers of the House Foreign Affairs Committee late last week, Syrian rebel commanders described women and children being hauled from the rubble after an errant cruise missile destroyed a home for displaced civilians. Images of badly injured children also appeared on YouTube, helping to fuel anti-U.S. protests in a number of Syrian villages last week. Yahoo news
Last year the Obama administration issued, with considerable fanfare, a new military policy designed to reduce civilian casualties when U.S. forces are attacking enemy targets. This policy required « near certainty » that there will be no civilian casualties before an air attack is permitted. When Israel acted in self-defense this summer against Hamas rocket and tunnel attacks, the Obama administration criticized the Israeli army for « not doing enough » to reduce civilian casualties. When pressed about what more Israel could do—especially when Hamas fired its rockets and dug its terror tunnels in densely populated areas, deliberately using humans as shields—the Obama administration declined to provide specifics. Now the Obama administration has exempted itself from its own « near certainty » standard in its attacks against Islamic State in Iraq and Syria. In a statement on Sept. 30 responding to questions by Michael Isikoff at Yahoo News, the administration said that in fighting Islamic State, also known as ISIS, the U.S. military can no longer comply with Mr. Obama’s vow last year to observe « the highest standard we can meet. » The statement came after a Tomahawk missile last week struck the village Kafr Daryan in Syria, reportedly killing and injuring numerous civilians including children and women. The missile was directed at al Qaeda terrorists that the White House calls the Khorasan Group, but apparently the Tomahawk hit a home for displaced civilians. The Pentagon says it is investigating the incident, but YouTube video of injured children and the appearance by angry Free Syria Army rebel commanders at a congressional hearing about the attack—an attack that prompted protests in several Syrian villages—left little doubt about what happened. If this sounds familiar, it is because in every attack on terrorists who operate from civilian areas, there will be civilian casualties. This is especially so when terrorists employ a policy of hiding behind civilian human shields in order to confront their enemies with a terrible choice: not attack a legitimate military target; or attack it and likely cause civilian casualties, which the terrorists can then exploit in the war of public opinion. Hamas has employed this approach effectively in its periodic wars against Israel. (…) Now ISIS and other jihadists in Iraq and Syria are beginning to emulate the Hamas strategy, embedding fighters in towns and villages, thus making military strikes difficult without risking civilian casualties. That is why the Obama administration has exempted itself from its theoretical « near certainty » policy, which has proved to be unworkable and unrealistic in actual battle conditions involving human shields and enemy fighters embedded in densely populated areas. (…) The decision of the Obama administration to abandon its unrealistic « highest standard » pledge indicates the urgent need to revisit anachronistic rules with which no nation can actually comply, but against which only one nation—Israel—is repeatedly judged. Alan M. Dershowitz
La condition préalable à tout dialogue est que chacun soit honnête avec sa tradition. (…) les chrétiens ont repris tel quel le corpus de la Bible hébraïque. Saint Paul parle de  » greffe » du christianisme sur le judaïsme, ce qui est une façon de ne pas nier celui-ci . (…) Dans l’islam, le corpus biblique est, au contraire, totalement remanié pour lui faire dire tout autre chose que son sens initial (…) La récupération sous forme de torsion ne respecte pas le texte originel sur lequel, malgré tout, le Coran s’appuie. René Girard
Dans la foi musulmane, il y a un aspect simple, brut, pratique qui a facilité sa diffusion et transformé la vie d’un grand nombre de peuples à l’état tribal en les ouvrant au monothéisme juif modifié par le christianisme. Mais il lui manque l’essentiel du christianisme : la croix. Comme le christianisme, l’islam réhabilite la victime innocente, mais il le fait de manière guerrière. La croix, c’est le contraire, c’est la fin des mythes violents et archaïques. René Girard
Le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. (…) La lutte se trouve entre le christianisme et l’islam, plus qu’entre l’islam et l’humanisme. Avec l’islam je pense que l’opposition est totale. Dans l’islam, si l’on est violent, on est inévitablement l’instrument de Dieu. Cela veut donc dire que la violence apocalyptique vient de Dieu. Aux États-Unis, les fondamentalistes disent cela, mais les grandes églises ne le disent pas. Néanmoins, ils ne poussent pas suffisamment leur pensée pour dire que si la violence ne vient pas de Dieu, elle vient de l’homme, et que nous en sommes responsables. René Girard
Ceux qui affirment que Mahomet était pacifiste sont des menteurs et des incultes. Il a usé de la violence et l’a prêchée. Mohammed Bouyeri (assassin de Theo Van Gogh, 2 février 2006)
Dire que l’islamisme n’est pas l’islam, qu’il n’a rien à voir avec l’islam, est faux. Pour le musulman d’hier et d’aujourd’hui il n’y a qu’un seul Coran comme il n’y a qu’un seul prophète. (…) Entre l’islam et l’islamisme, il n’y a pas de différence de nature mais de degré. L’islamisme est présent dans l’islam comme le poussin l’est dans l’oeuf. Il n’y a pas de bon ou mauvais islam, pas plus qu’il n’y a d’islam modéré. En revanche il y a des musulmans modérés, ceux qui n’appliquent que partiellement l’islam. Anne-Marie Delcambre
Il est ironique et décourageant que beaucoup d’intellectuels occidentaux non-musulmans – qui prétendent sans cesse qu’ils soutiennent les droits de la personne – sont devenus des obstacles à la reforme de l’islam. Le politiquement correct parmi les Occidentaux empêche la critique non ambiguë de l’inhumanité de la charia. Ils trouvent des excuses socio-économiques ou politiques pour le terrorisme islamiste tels que la pauvreté, le colonialisme, la discrimination ou l’existence d’Israël. Quelle incitation peut-il y avoir pour que les musulmans exigent la réforme de leur religion quand les “progressistes” occidentaux préparent le terrain pour la barbarie islamiste? Tawfik Hamid
Beaucoup, violents ou pas, sont abreuvés par des sites qui montrent l’ennemi « croisé » ou « sioniste » dans son horreur destructrice, « tueur d’enfants et de civils »… Mais le point crucial est le retour qu’on leur fait faire au texte fondateur, au Coran, où les « gens du Livre », juifs et chrétiens, représentés aujourd’hui par l’Amérique, Israël et un peu l’Europe, sont qualifiés de pervers, faussaires, injustes, traîtres, etc. Certains leur citent des versets plus calmes, comme « Point de contrainte en religion », ou comme « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré », mais c’est qu’ils vont voir de près dans le texte, ils vérifient et ils trouvent : « Ne tuez pas l’homme que Dieu a sacré sauf pour une cause juste. » Quant au verset du libre choix, ils le voient encadré de violentes malédictions contre ceux qui font le mauvais choix. En somme, on manque cruellement d’une parole ouverte et libre concernant les fondamentaux de l’islam ; et pour cause, ils sont recouverts d’un tabou, et toute remarque critique les concernant passe pour islamophobe dans le discours conformiste organisé, qui revient à imposer aux musulmans le même tabou, à les enfermer dans le cadre identitaire dont on décide qu’il doit être le leur (on voit même des juges de la République se référer au Coran pour arrêter leur décision…). Il y a donc un secret de Polichinelle sur la violence fondatrice de l’islam envers les autres, violence qui, en fait, n’a rien d’extraordinaire : toute identité qui se fonde est prodigue en propos violents envers les autres. Mais, avec le tabou et le conformisme imposés, cette violence reste indiscutée et semble indépassable. Récemment, dans Islam, phobie, culpabilité (Odile Jacob, 2013), j’ai posé ce problème avec sérénité, en montrant que les djihadistes, les extrémistes, sont au fond les seuls à crier une certaine vérité du Coran, portés par elle plutôt qu’ils ne la portent ; ils se shootent à cette vérité de la vindicte envers les autres, et même envers des musulmans, qu’il faut rappeler au droit chemin. Le livre est lu et circule bien, mais dans les médias officiels il a fait l’objet d’une vraie censure, celle-là même qu’il analyse, qui se trouve ainsi confirmée. Raconter ses méandres, ce serait décrire l’autocensure où nous vivons, où la peur pour la place est la phobie suprême : une réalité se juge d’après les risques qu’elle vous ferait courir ou les appuis qu’elle lui apporte. (…) La difficulté, c’est qu’un texte fondateur est comme un être vivant : dès qu’il se sent un peu lâché par les siens, il suscite des êtres « héroïques », des martyrs pour faire éclater sa vérité. Quitte à éclater le corps des autres. D’autres approches de cette « vérité » exigeraient un peu de courage de la part des élites, qui sont plutôt dans le déni. Pour elles, il n’y a pas de problème de fond, il y a quelques excités qui perdent la tête. Il ne faut pas dire que leur acte serait lié au Coran, si peu que ce soit. Le problème est bien voilé derrière des citations tronquées, des traductions édulcorées, témoignant, au fond, d’un mépris pour le Coran et ses fidèles. On a donc un symptôme cliniquement intéressant : quand un problème se pose et qu’il est interdit d’en parler, un nouveau problème se pose, celui de cet interdit. Puis un troisième : comment zigzaguer entre les deux ? Cela augmente le taux de poses « faux culs » très au-delà du raisonnable. Daniel Sibony
We are told again and again by experts and talking heads that Islam is the religion of peace, and that the vast majority of Muslims just want to live in peace. Although this unquantified assertion may be true, it is entirely irrelevant. It is meaningless fluff, meant to make us feel better, and meant to somehow diminish the specter of fanatics rampaging across the globe in the name of Islam. The fact is that the fanatics rule Islam at this moment in history. It is the fanatics who march. It is the fanatics who wage any one of 50 shooting wars world wide. It is the fanatics who systematically slaughter Christian or tribal groups throughout Africa and are gradually taking over the entire continent in an Islamic wave. It is the fanatics who bomb, behead, murder, or execute honor killings. It is the fanatics who take over mosque after mosque. It is the fanatics who zealously spread the stoning and hanging of rape victims and homosexuals. The hard, quantifiable fact is that the “peaceful majority” is the “silent majority,” and it is cowed and extraneous. Communist Russia was comprised of Russians who just wanted to live in peace, yet the Russian Communists were responsible for the murder of about 20 million people. The peaceful majority were irrelevant. China’s huge population was peaceful as well, but Chinese Communists managed to kill a staggering 70 million people. The average Japanese individual prior to World War II was not a war-mongering sadist. Yet, Japan murdered and slaughtered its way across Southeast Asia in an orgy of killing that included the systematic murder of 12 million Chinese civilians – most killed by sword, shovel and bayonet. And who can forget Rwanda, which collapsed into butchery? Could it not be said that the majority of Rwandans were “peace loving”? History lessons are often incredibly simple and blunt; yet, for all our powers of reason, we often miss the most basic and uncomplicated of points. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by the fanatics. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by their silence. Peace-loving Muslims will become our enemy if they don’t speak up, because, like my friend from Germany, they will awaken one day and find that the fanatics own them, and the end of their world will have begun. Peace-loving Germans, Japanese, Chinese, Russians, Rwandans, Bosnians, Afghanis, Iraqis, Palestinians, Somalis, Nigerians, Algerians and many others, have died because the peaceful majority did not speak up until it was too late. As for us, watching it all unfold, we must pay attention to the only group that counts: the fanatics who threaten our way of life. Paul E. Marek
Le fondamentalisme religieux (…) trouve son origine dans un mouvement de réveil protestant du début du XXe siècle aux États-Unis qui propage un retour aux « fondements » de la foi chrétienne au moyen d’un strict respect et d’une interprétation littérale des lois de la Bible. Un grand nombre d’études sur l’intégrisme religieux chrétien protestant aux Etats-Unis ont montré qu’il est fermement et constamment associé aux préjugés et à l’hostilité contre les minorités raciales et religieuses, ainsi que les groupes « déviants » tels que les homosexuels. En revanche, notre connaissance de l’étendue à laquelle des minorités musulmanes dans les pays occidentaux adhèrent à des interprétations de l’Islam fondamentalistes est étonnamment limité. Plusieurs études ont montré que, par rapport à la majorité de la population, les immigrés musulmans se définissent plus souvent comme religieux, s’identifient fortement à leur religion et participent plus souvent à des pratiques religieuses telles que prier, aller à la mosquée ou suivre des préceptes religieux tels que la nourriture halal ou le port du foulard. Mais la religiosité comme telle dit peu de choses sur la mesure dans laquelle ces croyances et pratiques religieuses peuvent être considérées comme « fondamentalistes » et sont associées à l’hostilité à l’exogroupe. (…) Comme les profils démographiques et socioéconomiques des immigrés musulmans et les chrétiens indigènes divergent fortement et puisqu’il est connu de la littérature que les individus marginalisés des classes inférieures sont plus fortement attirés par les mouvements fondamentalistes, il serait bien sûr possible que ces différences soient dues à la classe plutôt qu’à la religion. Cependant, les résultats de la régression tenant compte de l’éducation, situation du marché du travail, âge, sexe et état matrimonial des analyses révèlent que si certaines de ces variables expliquent la variation dans le fondamentalisme dans les deux groupes religieux, elles n’expliquent pas du tout ou même diminuent la différence entre musulmans et chrétiens. Une source d’inquiétude est que tandis que parmi les chrétiens l’intégrisme religieux est beaucoup moins répandu chez les personnes plus jeunes, les attitudes fondamentalistes sont aussi répandues chez les jeunes que chez les musulmans âgés. (…) Près de 60 % d’entre eux rejettent les homosexuels comme amis et 45 pour cent pense que les Juifs ne sont pas fiables. Alors qu’environ une personne sur cinq parmi les nationaux peuvent être qualifiées d’islamophobes, le niveau de phobie contre l’Occident parmi les musulmans – pour laquelle curieusement il y a aucun mot ; On pourrait dire « Occidentophobie » – est beaucoup plus élevé encore, 54 pour cent pensent que l’Occident cherche à détruire l’Islam. Ces conclusions sont en parfaite concordance avec le fait que, comme une étude de 2006 de l’Institut de recherche Pew l’a montré, près de la moitié des musulmans vivant en France, Allemagne et Royaume Uni croient en la théorie du complot selon laquelle les attentats du 11 septembre n’ont pas perpétrés par des musulmans, mais ont été orchestrés par l’Occident ou les Juifs. (…) Ces résultats contredisent clairement l’affirmation souvent entendue que le fondamentalisme religieux islamique est un phénomène marginal en Europe occidentale ou qu’il ne diffère pas du taux de fondamentalisme de la majorité chrétienne. Les deux affirmations sont manifestement fausses, comme près de la moitié des musulmans européens conviennent que les musulmans doivent retourner aux racines de l’Islam, qu’il n’y a qu’une seule interprétation du Coran et que les règles fixées par celui-ci sont plus importantes que lois laïques. Parmi les chrétiens de souche, mois d’un sur cinq peut être qualifié d’intégristes dans ce sens. (…) A la fois l’étendue de l’intégrisme religieux islamique et ses corrélats – l’homophobie, l’antisémitisme et « l’Occidentophobie » – devraient être de sérieux motifs de préoccupation pour les responsables politiques ainsi que les dirigeants de la communauté musulmane. Bien sûr, l’intégrisme religieux ne saurait être assimilée à la volonté de soutenir ou même de s’engager dans la violence religieusement motivée. Mais compte tenu de ses liens étroits avec l’hostilité à l’exogroupe, l’intégrisme religieux est très susceptible de fournir un terreau pour la radicalisation. Ruud Koopmans (WZB, Berlin Social Science Center, 2013)
Les guerres mondiales du XXe siècle sont considérées historiquement comme des guerres laïques centrées sur des intérêts politiques, géographiques et économiques. Pourtant, en Europe, 6 millions de Juifs ont été exterminés à la suite de siècles d’enseignement antisémite au cœur de la chrétienté médiévale. Depuis l’époque de Mahomet et pendant près de treize cents ans après, l’Islam a mené des guerres de religion contre des populations entières, forçant la conversion à l’Islam (à l’exclusion des Juifs et des chrétiens, connus comme « peuple du livre ») comme moyen de propager sa foi. (…) Le conflit israélo-arabe, même si apparemment centré sur  un territoire, contient une puissante composante religieuse, en particulier autour de Jérusalem, dont des milliers ont été tués et beaucoup plus pourraient mourir si elle n’est pas résolu pacifiquement. Dans tous les cas, les convictions religieuses, qui a été appelée à plusieurs reprises, a amplifié un sens du droit aux terres et la richesse des autres. Cela pose la question : de quoi est vraiment fait la religion  ? (…) Bien que techniquement, moins de 10 % de toutes les guerres jamais combattu étaient des guerres de religion, seuls quelques-uns n’a pas englober ou incarnent une composante religieuse ou le sentiment. De la même façon que nous soutenons les enseignements éthiques des religions, nous doit autant et à l’unisson condamner messagers autoproclamés et porte-parole du divin que fomenter des massacres au nom de Dieu. Car à moins que nous croyons que ce tout-Miséricordieux, paternel, épris de paix et jamais salutaire de Dieu veut pour ses fidèles s’entre-tuer en son nom, Nous devons conclure que les religions sont endommagées à plusieurs reprises pour opposer entre eux les enfants de Dieu. (…) Cela ne veut ne pas dire que l’approche intellectuelle a toutes les réponses, ne l’oublions rappel d’Einstein concernant les limites éthiques de la science. Car alors que l’Occident paie tout naturellement une grande attention à l’assassinat actuel au nom de Dieu dans certains États arabes, les nombres impliqués ne sont pas comparent à la 50 millions ou plus abattus dans la seconde guerre mondiale seule pour la plupart des chrétiens contre les chrétiens. Intellectuellement bent sociétés occidentales peuvent introduire la « civilité » de la guerre, avec les Conventions de Genève et autres règles par lesquelles le sang peut être versé. Mais leurs guerres, à ce jour, englobent une puissance destructive beaucoup plus grande que ne le font les conflits des autres peuples, notamment dans le conflit actuel des musulmans contre les musulmans au Moyen-Orient. Comprendre la violence dans le contexte plus large, l’Occident peut à certains égards être réellement plu éloignée de la réalisation de cet objectif. Alors que les péages de la mort de soldats sont faciles à diffuser, le quotidien de souffrance de millions de luxé, déshonoré et apatrides vies ne pas aussi facilement s’insère dans notre alimentation de nouvelles. L’Occident ne vit pas dans le cadre de l’histoire. Alon Ben-Meir
Quand on pense aux crimes de masse, le premier nom qui vient à l’esprit est celui d’Hitler. Ou alors Tojo, Staline ou Mao. Les totalitarismes du XXe siècle sont considérés comme la pire espèce de tyrannie de l’histoire. Cependant, la vérité alarmante est que l’Islam a tué plus que n’importe lequel d’entre eux et peut tous les dépasser combinés en nombre et en cruauté. L’énormité des massacres perpétrés par la « religion de paix » sont dépassent tellement la compréhension que les historiens même honnêtes n’en remarquent même plus l’échelle. Si l’on va un peu au-delà de notre vision tronquée des choses, on verra que l’Islam est la plus grande machine à tuer de l’histoire de l’humanité, sans aucune exception. (…) Si l’on additionne tout ça. Les victimes africaines. Les victimes indiennes. Les victimes européennes. Le génocide arménien. Puis le nombre moins connu mais sans doute assez grand de victimes de l’Asie orientale. Le djihad commis par les musulmans contre la Chine, qui a été envahie en 651. Les prédations du khanat de Crimée sur les Slaves, en particulier leurs femmes. Bien que les chiffres ne soient pas claires, ce qui est évident c’est que l’Islam est la plus grande machine de meurtre dans l’histoire sans aucune exception, ayant causé la mort de peut-être plus de 250 millions de personnes. Mike Konrad
Le problème que le révérend Schall fait ressortir dans sa tribune, c’est que nous ici en Occident et très certainement cette administration Obama, tentons de rationaliser et de nous débarrasser du problème. Nous ne parvenons pas à tout simplement accepter ce qui se passe, comme par le passé, sous nos yeux. Certes, il n’est pas question de condamner les musulmans. En revanche, il s’agit bien de dénoncer une idéologie politique théocratique impérialiste et totalitaire — ce n’est pas la violence au travail, les gars. Nous entendons toujours parler de « croisades » et pourtant personne ne veut parler de la manière dont l’Islam a cherché à se répandre, certainement pas par le prosélytisme pacifique — de l’ Afrique du Nord à l’Espagne (Al Andalusia) à la France (bataille de Poitiers) à la Méditerranée (bataille de Lépante) à Constantinople (Istanbul) dans les Balkans à Vienne en Inde hindoue de  la Chine aux Philippines et aujourd’hui à Fort Hood au Texas et Moore en Oklahoma. Et pourtant nous avons des gens comme le directeur de la CIA John Brennan qui nous donne une définition éduclcorée du djihad ou B. Hussein Obama nous disant qu’EIIL n’est pas islamique. Allen West
Oecuménisme comme libéralisme, chacun à sa façon et à cause de leur attachement à la tolérance et la liberté d’expression, rendent difficile de rendre compte de ce qui se passe dans les États islamiques. (…) Les preuves ne manquent pas, tant dans la longue histoire de l’expansion militaire musulmane initiale que dans son interprétation théorique du Coran lui-même, pour montrer que l’État islamique et ses sympathisants ont fondamentalement raison. Le but de l’Islam, avec les moyens souvent violents qu’il utilise pour l’accomplir, est d’étendre son pouvoir, au nom d’Allah, au monde entier. Le monde ne peut pas être en « paix » tant qu’il n’est pas tout entier musulman. (…) Le jihadisme, si l’on peut l’appeler ainsi, est d’abord et avant tout un mouvement religieux. Allah accorde à la violence une place importante. C’est sur la vérité de cette position, ou mieux l’incapacité de la réfuter, que réside la véritable controverse. Un essai récent sur American thinker a calculé qu’au cours des années de son expansion, depuis ses débuts dans les VIIe et VIIe siècles, quelque 250 millions de personnes ont été tuées dans des guerres et des persécutions causées par l’islam. Rien d’autre dans l’histoire du monde, y compris les totalitarismes du siècle dernier, n’a été aussi meutrier. (…) Il est possible pour certains de lire l’Islam comme une religion de « paix ». Mais sa « paix », selon ses propres termes, signifie la paix d’Allah sur son territoire. Avec le reste du monde extérieur, elle est en guerre pour accomplir un but religieux, à savoir, que l’ensemble soumis à Allah dans la voie passive que spécifie le Coran. (…) Présenter les djihadistes et les dirigeants de l’Etat islamique comme de simples « terroristes » ou des voyous revient à utiliser des termes politiques occidentaux et ne peut que nous aveugler sur le dynamisme religieux de ce mouvement. (…) Les racines de l’Islam sont théologiques, une plutôt mauvaise théologie, mais toujours cohérente au sein de sa propre orbite et ses présupposés. Bref, l’Islam, dans sa fondation, est censé être, littéralement, la religion du monde. Rien d’autre n’a d’existence à côté. Il s’agit d’amener le monde entier à adorer Allah selon les canons du Coran. (…) Dans la doctrine musulmane, toute personne née dans le monde est musulmane. Personne n’a quelque droit ou raison de ne pas l’être. Par conséquent, tout individu  qui n’est pas musulman doit être converti ou éliminé. Ceci est également vrai de toute œuvre littéraire, monumentale, et d’autres marques de civilisation ou d’États qui ne sont pas musulmans. Ils sont voués à la destruction comme non autorisés par le Coran. C’est la responsabilité religieuse de l’Islam pour accomplir sa mission assignée de soumettre le monde à Allah. Lorsque nous essayons d’expliquer cette religion en termes économiques, politiques, psychologiques ou autres, nous ne voyons tout simplement pas ce qui se passe. De l’extérieur, il est presque impossible de voir comment ce système coïncide en lui-même. Mais, une fois acceptés ses prémisses et la philosophie du volontarisme qui permet de l’expliquer et de le défendre, il devient beaucoup plus clair qu’il s’agit en fait d’une religion qui prétend être vraie en insistant sur le fait qu’elle  réalise la volonté d’Allah, pas la sienne.(…) Si Allah transcende la distinction du bien et du mal, s’il peut vouloir ce qui sera son contraire demain, comme la toute-puissance d’Allah est comprise dans l’islam, il ne peut y avoir de discussion réelle qui ne soit autre chose qu’une trêve temporaire et pragmatique, un équilibre des intérêts et des pouvoirs. Chaque fois qu’on observe des incidents violents dans le monde islamique ou dans d’autres parties du monde causées par des agents islamiques, on les uns ou les autres se plaindre que presque aucune voix musulmane ne prend la parole pour condamner cette violence. Lorsqu’à l’origine le 9/11 s’est produit, il n’a pas été l’objet de condamnations mais de célébrations de l’intérieur du monde islamique. L’Islam a été considéré comme gagnant. Mais tous les érudits musulmans savent qu’ils ne peuvent pas, sur la base du Coran, condamner le recours à la violence pour l’expansion de leur religion. Il y a tout simplement trop de preuves que cet usage est autorisé. Le nier reviendrait à saper l’intégrité du Coran. De toute évidence, les ennemis de l’État islamique et ses alliés djihadistes sont non seulement les « croisés » ou l’Occident. Certains des guerres les plus sanglantes de l’Islam ont été son invasion de l’Inde hindoue où la tension reste marquée. Il y a aussi les efforts de musulmans en Chine. Les Philippines ont un problème majeur, comme la Russie. Mais l’Islam se bat aussi avec lui-même. Les luttes sunnites/chiites sont légendaires. Il est important de noter qu’une des premières choses de l’ordre du jour de l’État islamique, s’il réussit à survivre, est d’unir tout l’Islam dans son unité de foi. (…) Il y a ou y a eu des chrétiens et autres minorités au sein de ces États qui sont plus ou moins tolérés. Mais ils sont tous, comme les non-musulmans, traités comme des citoyens de seconde zone. Le mouvement islamique renouvelle ce côté puriste de l’islam qui insiste pour éradiquer ou expulser les non-musulmans des terres musulmanes. L’archevêque de Mossoul, en voyant son peuple exilé et tué et obligé de choisir entre la conversion et la mort, a révélé que ses bâtiments étaient détruits, avec les archives et toutes les traces de la longue présence chrétienne dans cette région. Il a averti que c’était la forme de traitement à laquelle devaient s’attendre tôt ou tard les nations occidentales. Il y a maintenant d’importantes et préoccupantes  enclaves musulmanes dans toutes les régions d’Europe et d’Amérique comme centres de soulèvements futurs au sein de chaque ville. Il y a maintenant des milliers de mosquées en Europe et en Amérique, financées en grande partie par l’argent du pétrole, qui font partie d’une enclave privée qui exclut le droit local et applique la loi musulmane. Pourtant, nous pouvons nous demander : cet État islamique n’est-il pas après tout qu’une chimère ? Aucun État islamique n’a de possibilité sérieuse de vaincre les armées modernes. Mais, ironie du sort, ils ne pensent plus que des armées modernes seront nécessaires. Ils sont convaincus que l’utilisation généralisée du terrorisme et d’autres moyens de désordre civil peuvent réussir. Personne n’a vraiment la volonté ou les moyens de contrôler les forces destructrices que l’État islamique a déjà mis en place. (…) Enfin, l’affaire de l’État islamique et des djihadistes n’est pas seulement une menace découlant de la mission de l’Islam pour conquérir le monde pour Allah. C’est aussi une affaire de morale, rappelant que la vie en Occident est sas Dieu et décadente. Elle ne mérite pas sa prospérité et sa position. La mission de l’humanité est la soumission à Allah en toutes choses. Une fois que cette soumission est assurée, le domaine de la guerre sera aboli. Plus de décapitations ou d’attentats à la voiture piégée ne seront nécessaires ou tolérés. Aucune dissidence au sein de l’Islam ne sera possible ou permise. Tous seront en paix sous la Loi de l’islam. C’est là le but même de l’État islamique. C’est une folie d’y penser en n’importe quels autres termes. Révérend James V. Schall (traduction au babelfish)

Attention: un djihadisme peut en cacher un autre !

Alors qu’une étude récente montre la surintolérance (à 45% pour l’application de la charia en Europe et à 55% antisémites) de musulmans européens si sensibles il y a quelques mois à la souffrance des gazaouis mais étrangement silencieux face aux actuelles exactions djihadistes …

Et qu’avec la multiplication, par lesdists jihadistes, des selfies sanglants et des appels à égorger nos fils et nos compagnes, les premières têtes de ce côté comme de l’autre côté de l’Atlantique commencent à tomber …

Pendant qu’accusé à son tour du même type de bavures pour lesquelles il avait si promptement dénoncé Israël pour une guerre qu’il se refuse même à dénommer, s’exempte tranquillement des critères d’élimination des terroristes utilisant des boucliers humains …

Comment ne pas voir, avec l’excellent papier du politologue catholique James V. Schall, qu’il est grand temps de prendre le djihadisme au sérieux

Et de prendre enfin conscience, au-delà de nos préventions oecuméniques ou progressistes et de Mosoul à Gaza ou de Londres à Paris ou Berlin, de la réalité proprement religieuse et théologiquement fondée de ses revendications …

Et partant la difficulté toute particulière face à des groupes pour lesquels il ne saurait y avoir de paix dans le monde…

Tant que ledit monde ne s’est pas, de gré ou de force, soumis à l’islam ?

It’s Time to Take the Islamic State Seriously
Rev. James V. Schall, S.J.
Crisis
September 23, 2014

Islam has no central or definitive body or figure authorized to define what exactly it is. Opinions about its essence and scope vary widely according to the political or philosophic background of its own interpreters. The current effort to establish an Islamic State, with a designated Caliph, again to take up the mission assigned to Islam, brings to our attention the question: “What is Islam?”

The issue of “terror” is a further aspect of this same understanding. Many outside Islam seek to separate “terror” and “Islam” as if they were, in their usage, independent or even opposed ideas. This latter view is almost impossible seriously to maintain in the light of Islamic history and the text of the Qur’an itself.

John Kerry, however, insists that what we see is “terrorism” with nothing to do with Islam. The Obama administration seems to have a rule never to identify Islam with “terrorism,” no matter what the evidence or what representatives of the Islamic State themselves say. The vice-president speaks of “Hell” in connection with actions of the Islamic State. Diane Feinstein speaks of “evil” behind the current slaughters in Iraq and Syria. The pope mentions “stopping aggression.” The English hate-laws prevent frank and honest discussion of what actually goes on in Islamic countries or communities in the West. Not even Winston Churchill’s critical view of Islam is permitted to be read in public.

Ecumenism and liberalism both, in their differing ways, because of their commitment to tolerance and free speech, make it difficult to deal with what is happening in Islamic states. Islam is not friendly to relativism or to subtle distinctions.

Is terror intrinsic to Islam?
What I want to propose here is an opinion. An opinion is a position that sees the plausibility but not certainty of a given proposition. But I think this opinion is well-grounded and makes more sense both of historic and of present Islam than most of the other views that are prevalent. I do not conceive this reflection as definitive. Nor do I document it in any formal sense, though it can be. It is a view that, paradoxically, has, I think, more respect for Islam than most of its current critics or advocates.

This comment is an apologia, as it were, for the Islamic State at least in the sense that it accepts its sincerity and religious purpose. It understands how, in its own terms, the philosophic background that enhances its view does, in its own terms, justify its actions, including the violent ones.

The Islamic State and the broader jihadist movements throughout the world that agree with it are, I think, correct in their basic understanding of Islam. Plenty of evidence is found, both in the long history of early Muslim military expansion and in its theoretical interpretation of the Qur’an itself, to conclude that the Islamic State and its sympathizers have it basically right. The purpose of Islam, with the often violent means it can and does use to accomplish it, is to extend its rule, in the name of Allah, to all the world. The world cannot be at “peace” until it is all Muslim. The “terror” we see does not primarily arise from modern totalitarian theories, nationalism, or from anywhere else but what is considered, on objective evidence, to be a faithful reading of a mission assigned by Allah to the Islamic world, which has been itself largely procrastinating about fulfilling its assigned mission.

To look elsewhere for an explanation is simply not to see what the Islamic State and its friends are telling us about why they act as they do. The tendency among pragmatic Western thinkers, locked into their own narrow views, is to exclude any such motivation as an excuse of raw power. This view shows the intellectual shortcomings of Western leaders and the narrowness of much Western thought.

Jihadism, as it were, is a religious movement before it is anything else. Allah does grant violence a significant place. It is over the truth of this position, or better the inability to disprove it, that the real controversy lies. A recent essay in the American Thinker calculated that over the years of its expansion, from its beginning in the seventh and eighth centuries, some 250 million people have been killed in wars and persecutions caused by Islam. Nothing else in the history of the world, including the totalitarianisms of the last century, has been so lethal.

If Islam is a religion of peace, what sort of peace does it bring?
Other understandings of Islam’s record, though not its mission, within Islam may be also plausible, but no more so than this jihadist interpretation. It may be possible for some to read Islam as a religion of “peace.” But its “peace,” in its own terms, means the peace of Allah within its boundaries. With the rest of the outside world, it is at war in order to accomplish a religious purpose, namely, to have all submitted to Allah in the passive way that the Qur’an specifies.

Islam can at times be defeated or stopped, as at Tours or Vienna, but it will always rise again as it is now bent on so doing. To picture the jihadists and leaders of the Islamic State as mere “terrorists” or thugs is to use Western political terms to blind ourselves to the religious dynamism of this movement. No wonder our leaders cannot or will not understand it. This purpose, when successful, is a terrible thing. But we are not seeing a group of gangsters, as many are wont to maintain. The roots of Islam are theological, rather bad theology, but still coherent within its own orbit and presuppositions.

Briefly put, Islam, in its founding, is intended to be, literally, the world religion. Nothing else has any standing in comparison. It is to bring the whole world to worship Allah according to the canons of the Qur’an. It is a belief, based on a supposed revelation to Mohammed, of which there is little evidence. Sufficient justification to expand this religion, once founded, to all the world by use of arms is found in the Qur’an and in its interpreters to explain the violent means used, often successfully, to establish, pacify, and rule tribes, states, territories, and empires.

In Muslim doctrine, everyone born into the world is a Muslim. No one has any right or reason not to be. Hence, everyone who is not a Muslim is to be converted or eliminated. This is also true of the literary, monumental, and other signs of civilizations or states that are not Muslim. They are destroyed as not authorized by the Qur’an.

It is the religious responsibility of Islam to carry out its assigned mission of subduing the world to Allah. When we try to explain this religion in economic, political, psychological, or other terms, we simply fail to see what is going on. From the outside, it is almost impossible to see how this system coheres within itself. But, granted its premises and the philosophy of voluntarism used to explain and defend it, it becomes much clearer that we are in fact dealing with a religion that claims to be true in insisting that it is carrying out the will of Allah, not its own.

If we are going to deal with it, we have to do so on those terms, on the validity of such a claim. The trouble with this approach, of course, is that truth, logos, is not recognized in a voluntarist setting. If Allah transcends the distinction of good and evil, if he can will today its opposite tomorrow, as the omnipotence of Allah is understood to mean in Islam, then there can be no real discussion that is not simply a temporary pragmatic stand-off, a balance of interest and power.

Whenever incidents of violence are witnessed in the Islamic world, or in other parts of the world caused by Islamic agents, we hear complaints that almost no Muslim voices rise to condemn this violence. When the original 9/11 happened, there was not condemnation coming from within Islam, but widespread celebration. Islam was seen as winning. But all Muslim scholars know that they cannot, on the basis of the Qur’an, condemn the use of violence to expand their religion. There is simply too much evidence that this usage is permitted. To deny it would be to undermine the integrity of the Qur’an.

Obviously, the enemies of the Islamic State and its jihadist allies are not only the “Crusaders” or the West. Some of Islam’s bloodiest wars were its invasion of Hindu India, where the tension remains marked. There are also Muslim efforts into China. The Philippines has a major problem as does Russia. But Islam wars with itself. The Sunni/Shiite struggles are legendary. It is important to note that one of the first things on the Islamic State’s agenda, if it is successful in surviving, is to unite all of Islam in its creedal unity.

The unfinished business from Tours and Vienna
All existing Islamic states are some sort of compromise between the true Islamic mission and forces, usually military forces that limit this world-wide unification. Almost all standing Muslim governments recognize the danger to themselves of a successful Caliphate. They all have some form of jihadist presence within their boundaries that seek to control it in the name of their very survival. There are or were Christian and other minorities within these states that are, to a greater or lesser extent, tolerated. But they are all, as non-Muslims, treated as second-class citizens. The Islamic movement renews that purist side of Islam that insists in eradicating or expelling non-Muslim presences in Muslim lands.

The Archbishop of Mosul, on seeing his people exiled and killed, forced to choose between conversion and death, empathized that his buildings were destroyed, the archives and all record of the long Christian presence in that area destroyed. He warned that this form of treatment is what the nations of the West could expect sooner or later. There are now significant Muslim enclaves in every part of America and Europe to be of great concern as centers of future uprisings within each city. There are now thousands of mosques in Europe and America, financed largely by oil money, that are parts of a closed enclave that excludes local law and enforces Muslim law.

Yet, we can ask: is this Islamic State anything more than a pipe-dream? No Islamic state has any serious possibility of defeating modern armies. But, ironically, they no longer think that modern armies will be necessary. They are convinced that widespread use of terrorism and other means of civil disorder can be successful. No one really has the will or the means to control the destructive forces that the Islamic State already has in place.

The Islamic State strategists think it is quite possible to take another step in the expansion of Islam, to take up again the assault on Europe left off at Tours and Vienna. Muslim armies have always been known for cruelty and craftiness. Men often shrank in fear before its threat, as they are intended to do. A Muslim theoretician once remarked that their aim was to make the streets of Western cities look like those battlefields we see in the cities of the Middle East. Again with the suicide bomber and believers in their use, for which they are said to be “martyrs,” this may be possible.

Finally, the case of the Islamic State and of the jihadists is not just a threat arising out of Islam’s mission to conquer the world for Allah. It is also a moral case, that the life of the West is atheist and decadent. It does not deserve its prosperity and position. The mission of mankind is the submission to Allah in all things. Once this submission is in place, the sphere of war will be over. No more beheading or car-bombings will be necessary or tolerated. No dissent within Islam will be possible or permitted. All will be at peace under the law of Islam. This is the religious purpose of the Islamic State. It is folly to think of it in any other terms.

But with great opposition both from the West and from within Islamic states to this vision, is there any possibility of its success? Pat Buchanan thought that a group of Seals one of these days would eliminate the new Caliph. Existing Muslin government officials know that their days are numbered if the Islamic State succeeds. But, at the same time, this vision does seem to be the real impetus of the Islamic peoples.

It is easy to write this movement off as fanatical and ruthless, which it is. To the outside world, it sounds horrific, but I suspect not to those who believe its truth and see the current revival of Islam with relief. The second or third class ranking of Islam in the modern world is over. But to the degree that we misjudge what is motivating the renewal of Islam, we will never understand why it exists as it does.

Editor’s note: This essay first appeared September 17, 2014 on Mercatornet.com and published under a Creative Commons license.

Rev. James V. Schall, S.J., taught political science at Georgetown University for many years. His latest books include The Mind That Is Catholic from Catholic University of America Press; Remembering Belloc from St. Augustine Press; and Reasonable Pleasures from Ignatius Press.

Voir aussi:

55% des Musulmans d’Europe sont fortement antisémites
Jean-Patrick Grumberg
Dreuz.info.
3 octobre 2014

Islam modéré ? « Majorité silencieuse et quiétiste » ? Un leurre total, selon une récente étude scientifique très documentée.

45% des musulmans européens souhaitent la sharia en Europe, 55% sont fortement antisémites, et 85% sont homophobes.

Selon une étude menée par 160 scientifiques allemands dans 6 pays européens sur 9 000 personnes, il s’avère que 45% des musulmans européens souhaitent que la sharia soit appliquée en Europe, 55% sont fortement antisémites, et 85% sont homophobes.

On nous serine à longueur de matraquage médiatique que l’islam est compatible avec les valeurs démocratiques, que les musulmans d’Europe, dans leur écrasante majorité, sont modérés, et qu’ils n’aspirent qu’à une chose, s’intégrer dans la société occidentale.

On nous dit que l’islam jihadiste, qui égorge et commet des attentats, ce n’est pas l’islam.

Mais lorsque quelques centaines (3 à 500, à la sortie de l’office de la mosquée de Paris, donc qui ne pouvaient plus s’en aller !) de musulmans manifestent pour se désolidariser du terrorisme, ce sont les médias eux-mêmes qui font un amalgame, dans l’autre sens cette fois, en affirmant que ces cents là représentent la majorité.

Seriner n’est pas démontrer.

Aucun média n’a eu le courage de mener une enquête afin de prouver que tout cela est autre chose que la méthode d’Émile Coué face au miroir.

Apparemment, les Allemands sont moins frileux, et une étude importante vient d’être conduite par le Centre scientifique et social de Berlin WZB.

Comme le WZB rassemble 160 chercheurs en sciences humaines, que plus de 9 000 personnes ont été interrogées au téléphone en Allemagne, en France, en Hollande, en Autriche, en Belgique et en Suède, que les personnes interrogées sont des immigrants mais aussi des personnes issues de l’immigration nées dans ces pays, et que cette étude est la première qui permet de faire une analyse empirique sur l’impact du fondamentalisme islamique sur la population musulmane européenne, l’enquête a été largement ignorée par les grands médias français.

Selon l’étude, menée je le disais, par 160 scientifiques allemands, 45% des musulmans européens souhaiteraient que la sharia soit appliquée en Europe, 55% ont de forts sentiments antisémites, et 85% sont homophobes. 9 000 personnes interrogées dans six pays, voilà de quoi tirer quelques leçons. Leçon numéro un : les musulmans radicaux sont la majorité, et non une infime minorité

Le fondamentalisme religieux, l’islamisme, n’est pas, en Europe de l’ouest, un phénomène marginal.

Ruud Koopmans membre du WZB Berlin, et auteur du rapport, a analysé les résultats de l’enquête.

65% des musulmans interviewés déclarent que les lois religieuses sont plus importantes pour eux que les lois du pays où ils vivent ;

75% affirment qu’il n’existe qu’une seule interprétation légitime du coran, et que tout musulman doit s’y conformer ;

60% considèrent que les musulmans doivent revenir aux racines de l’islam ;

Leçon numéro deux : le fondamentalisme génère l’antisémitisme et l’homophobie

Cette tendance, selon Koopmans, est alarmante : “le fondamentalisme n’est pas une forme innocente de strict respect religieux. Il existe une forte corrélation entre le fondamentalisme et l’hostilité contre des groupes comme les homosexuels et les juifs.”

Presque 60% des musulmans déclarent qu’ils refusent d’être amis avec des homosexuels ;

45% pensent qu’on ne peut pas faire confiance aux juifs ;

45% pensent que l’occident veut détruire l’islam [ah s’ils disaient vrai].

Leçon numéro trois : le fondamentalisme n’est pas le résultat de l’islamophobie et du rejet

Contrairement à l’idée que le fondamentalisme est une réaction à l’islamophobie, à l’exclusion et au rejet de la société, l’étude démontre que les musulmans les moins radicaux sont allemands, alors que c’est le pays où ils jouissent du moins de liberté religieuse des six pays examinés. Mais qu’on ne se laisse pas tromper par le constat précédent : même en Allemagne, 30% des répondants entrent dans la catégorie des fondamentalistes, d’après l’étude.

Leçon numéro quatre : les Chrétiens fondamentalistes, eux, sont ultra minoritaires

Les Chrétiens, interrogés sur les mêmes questions pour valider l’enquête, prouvent que le fondamentalisme religieux existe aussi, mais pas du tout dans la même proportion.

Seulement 13% placent la bible au dessus des lois de leur pays ;

Moins de 20% refusent d’accepter différentes interprétations de la bible ;

9% sont ouvertement antisémites ;

13 % ne veulent pas être amis avec des homosexuels ;

et 23% sont islamophobes (ils pensent que les musulmans veulent détruire la civilisation occidentale.)

Même parmi les sous groupes comme les Adventistes du 7e jour, les Témoins de Jéhova, et les Pentecôtistes, les idées fondamentalistes ne sont suivies que par 12% d’entre eux, soit bien moins que les musulmans sunnites, eux-mêmes légèrement moins radicaux que la moyenne.

Leçon numéro cinq : les milieux sociaux défavorisés ne favorisent pas le radicalisme

Il est connu que les milieux socio-économiques défavorisés, les classes ouvrières, sont plus attirés par les mouvements extrémistes que les catégories privilégiées.

Comme les niveaux de vie des musulmans sont généralement inférieurs à celui des chrétiens, il est possible que le fondamentalisme musulman soit d’origine sociale, et non religieuse.

Cependant, les résultats de l’analyse de contrôle selon la méthode régressive pour le niveau d’éducation, le statut salarial, l’âge, le sexe, et le statut marital révèlent que, bien que certaines de ces variables font ressortir des variations dans le degré de radicalisme dans les deux groupes religieux étudiés, ils n’expliquent pas du tout, voire même réduisent la théorie selon laquelle un milieu social défavorisé pousse vers le fondamentalisme.

Et alors que le fondamentalisme est plus rare chez les jeunes chrétiens, les attitudes radicales sont très fréquentes chez les jeunes musulmans.

Leçon numéro six : le racisme anti-blanc, sorte d’équivalent musulman à l’islamophobie, est plus fortement développé

Alors qu’environ 23% des Européens peuvent être considérés comme islamophobes selon l’étude, le degré de « phobie » (pour lequel il n’existe pas de mot – Occidentophobie ?) ou de haine des musulmans envers les blancs européens, est très élevé.

54% des musulmans pensent que l’occident veut détruire l’islam.

Cette conclusion concorde d’ailleurs avec l’étude conduite en 2006 par l’institut de recherche Pew, qui montrait qu’environ la moitié des musulmans de France, d’Allemagne et de Grande Bretagne croient en cette théorie de la conspiration selon laquelle les attentats du 11 septembre n’ont pas été provoqués par des musulmans, mais par des occidentaux et/ ou des juifs.

Un autre aspect inquiétant est que l’islamophobie est plus faible chez les jeunes européens de souche, tandis que l’hostilité contre les Européens natifs est très forte parmi les jeunes musulmans.

Là encore, il est connu que la xénophobie et le racisme sont plus forts dans les classes défavorisés, et l’étude devait vérifier les différences selon les catégories socio-économiques.

Les analyses régressives à variables multiples ont montré que c’est bien le cas, mais le contrôle avec les variables socio-économiques ne parviennent pas à expliquer la différence entre les musulmans et les chrétiens.

Ainsi, nous avons trouvé que la différence de racisme et de xénophobie entre les personnes de niveau universitaire et ceux du niveau certificat d’étude est deux fois moins importante que la différence entre les musulmans et les natifs européens.

Voir également:

The Greatest Murder Machine in History
Mike Konrad
American thinker
May 31, 2014

When one thinks of mass murder, Hitler comes to mind. If not Hitler, then Tojo, Stalin, or Mao. Credit is given to the 20th-century totalitarians as the worst species of tyranny to have ever arisen. However, the alarming truth is that Islam has killed more than any of these, and may surpass all of them combined in numbers and cruelty.

The enormity of the slaughters of the « religion of peace » are so far beyond comprehension that even honest historians overlook the scale. When one looks beyond our myopic focus, Islam is the greatest killing machine in the history of mankind, bar none.

The Islamic conquest of India is probably the bloodiest story in history. — Will Durant, as quoted on Daniel Pipes site.<

Conservative estimates place the number at 80 million dead Indians.

According to some calculations, the Indian (subcontinent) population decreased by 80 million between 1000 (conquest of Afghanistan) and 1525 (end of Delhi Sultanate). — Koenrad Elst as quoted on Daniel Pipes site

80 Million?! The conquistadors’ crimes pale into insignificance at that number. No wonder Hitler admired Islam as a fighting religion. He stood in awe of Islam, whose butchery even he did not surpass.

Over 110 Million Blacks were killed by Islam.

… a minumum of 28 Million African were enslaved in the Muslim Middle East.  Since, at least, 80 percent of those captured by Muslim slave traders were calculated to have died before reaching the slave market, it is believed that the death toll from 1400 years of Arab and Muslim slave raids into Africa could have been as high as 112 Millions.  When added to the number of those sold in the slave markets, the total number of African victims of the trans-Saharan and East African slave trade could be significantly higher than 140 Million people. — John Allembillah Azumah, author of The Legacy of Arab-Islam in Africa: A Quest for Inter-religious Dialogue<

Add just those two numbers alone together, and Islam has surpassed the victims of 20th-century totalitarianism. However, it does not end there. Add the millions who died at the hand of Muslims in the Sudan in our lifetime.

Much of Islamic slavery was sexual in nature, with a preference for women. Those men who were captured were castrated. The mulatto children of the women were often killed, which explains why Islam was not demographically shifted towards the black race, unlike slaves in the West, who bore children to breed a mestizo class. Add in those dead children; and we arrive at well over 200 million.

Remember that in the 7th century, North Africa was almost totally Christian. What happened to them?

By the year 750, a hundred years after the conquest of Jerusalem, at least 50 percent of the world’s Christians found themselves under Muslim hegemony… Today there is no indigenous Christianity in the region [of Northwest Africa], no communities of Christians whose history can be traced to antiquity.– « Christianity Face to Face with Islam, » CERC

What happened to those Christian millions? Some converted. The rest?  Lost to history.

We know that over 1 million Europeans were enslaved by Barbary Pirates. How many died is anybody’s guess.

…for the 250 years between 1530 and 1780, the figure could easily have been as high as 1,250,000 –  BBC

In the Middle Ages…

…many slaves were passed through Armenia and were castrated there to fill the Muslim demand for eunuchs. — Slavery in Early Medieval Europe.

The same practice ran through Islamic Spain. North Europeans captured from raids up to Iceland, or purchased, were butchered in the castratoriums of Iberia. Many died from the operations that ran for centuries.

The number of dead from the Muslim conquest of the Balkans and Southern Italy is unknown, but again the numbers add up, surely into the millions over the centuries. Don’t forget the 1.5 million Armenian Christians killed by the Turks during WWI. We do know that over five centuries, vast numbers of Christian boys were kidnapped to become Islamic Janissary mercenaries for the Turks. Add those in, too.

Muslims prized blonde women for their harems; and so enslaved Slavic women were purchased in the bazaars of the Crimean Caliphate. In Muslim Spain, an annual tribute of 100 Visigothic [blonde] women was required from Spain’s Cantabrian coast.

For decades, 100 virgins per year were required by the Muslim rulers of Spain from the conquered population.  The tribute was only stopped when the Spaniards began fighting back — Jihad: Islam’s 1,300 Year War Against Western Civilisation<

Add in the death toll from the Reconquista and the numbers climb higher.

Research has shown that the Dark Ages were not caused by the Goths, who eventually assimilated and Christianized:

…the real destroyers of classical civilization were the Muslims. It was the Arab Invasions… which broke the unity of the Mediterranean world and turned the Middle Sea — previously one of the world’s most important trading highways — into a battleground. It was only after the appearance of Islam… that the cities of the West, which depended upon the Mediterranean trade for their survival, began to die. — Islam Caused the Dark Ages

Add in those unknown millions who died as a consequence.

How many know the horrors of the conquest of Malaysia? The Buddhists of Thailand and Malaysia were slaughtered en masse.

When attacked and massacred by the Muslims, the Buddhists initially did not make any attempt to escape from their murderers. They accepted death with an air of fatalism and destiny. And hence they are not around today to tell their story. – History of Jihad.org

We may never know the numbers of dead.

After Muslims came to power in the early 15th century, animist hill peoples eventually disappeared due to their enslavement and ‘incorporation’ into the Muslim population of Malaya, Sumatra, Borneo, and Java via raids, tribute and purchase, especially of children. Java was the largest exporter of slaves around 1500. — Islam Monitor<

In the same manner, Islam arrived in the Philippines. Only the appearance of the Spanish stopped a total collapse, and confined Islam to the southern islands.

The coming of the Spanish saved the Philippines from Islam, except for the Southern tip where the population had been converted to Islam.– History of Jihad.org<

Again, the number of dead is unknown; but add them to the total.

The animist Filipinos were eager to ally with the Spanish against Islam. In fact, much of Southeast Asia welcomed the Spanish and Portuguese as preferable to Islam.

…from the 17th century successive Thai kings allied themselves with the seafaring Western powers – the Portuguese and the Dutch and succeeded in staving off the threat of Islam from the Muslim Malays and their Arab overlords.– History of Jihad.org  

A few galleons and muskets were not enough to conquer Asia. Islam had made the Europeans initially appear as liberators; and to a certain extent they were. Who were the real imperialists?

Even today…

…Malaysian Jihadis are plotting to transform multi-ethnic Malaysia into an Islamic Caliphate, and fomenting trouble in Southern Thailand.– History of Jihad.org<

Add this all up. The African victims. The Indian victims. The European victims. Add in the Armenian genocide. Then add in the lesser known, but no doubt quite large number of victims of Eastern Asia. Add in the jihad committed by Muslims against China, which was invaded in 651 AD. Add in the Crimean Khanate predations on the Slavs, especially their women.

Though the numbers are not clear, what is obvious is that Islam is the greatest murder machine in history bar none, possibly exceeding 250 million dead. Possibly one-third to one-half or more of all those killed by war or slavery in history can be traced to Islam; and this is just a cursory examination.

Now consider the over 125 Million women today who have been genitally mutilated for Islamic honor’s sake. In spite of what apologists tell you, the practice is almost totally confined to Islamic areas.

New information from Iraqi Kurdistan raises the possibility that the problem is more prevalent in the Middle East than previously believed and that FGM is far more tied to religion than many Western academics and activists admit. – “Is Female Genital Mutilation an Islamic Problem?” ME Quarterly

Once thought concentrated in Africa, FGM has now been discovered to be common wherever Islam is found.

There are indications that FGM might be a phenomenon of epidemic proportions in the Arab Middle East. Hosken, for instance, notes that traditionally all women in the Persian Gulf region were mutilated. Arab governments refuse to address the problem. — « Is Female Genital Mutilation an Islamic Problem? » ME Quarterly

Remember that this has gone on for 1400 years; and was imposed on a population that had been formerly Christian or pagan.

FGM is practiced on large scale in Islamic Indonesia; and is increasing.

…far from scaling down, the problem of FGM in Indonesia has escalated sharply. The mass ceremonies in Bandung have grown bigger and more popular every year. – Guardian

The horrified British author of that Guardian article is still deluded that Islam does not support FGM, when in fact it is now settled that FGM is a core Islamic practice. Islamic women have been brainwashed to support their own abuse.

Abu Sahlieh further cited Muhammad as saying, « Circumcision is a sunna (tradition) for the men and makruma (honorable deed) for the women. »  — “Is Female Genital Mutilation an Islamic Problem?” ME Quarterly

What other tyranny does this? Not even the Nazis mutilated their own women!

Unlike the 20th-century totalitarians whose killing fury consumed themselves, reducing their longevity, Islam paces itself. In the end, though slower, Islam has killed and tortured far more than any other creed, religious or secular. Unlike secular tyranny, Islam, by virtue of its polygamy and sexual predations, reproduces itself and  increases.

Other tyrannies are furious infections, which burn hot, but are soon overcome. Islam is a slow terminal cancer, which metastasizes, and takes over. It never retreats. Its methods are more insidious, often imperceptible at first, driven by demographics. Like cancer, excision may be the only cure.

So whenever you read about this or that Israeli outrage — and there may be truth to the complaint — place the news in context. Look whom the Israelis are fighting against. Islam is like nothing else in history.

Mike Konrad is the pen name of an American who is not Jewish, Latin, or Arab. He runs a website, http://latinarabia.com, where he discusses the subculture of Arabs in Latin America. He wishes his Spanish were better.

Voir encore:

Killing In The Name Of God
Alon Ben-Meir
American thinker
July 21, 2013

Notwithstanding the cultural and interpretive differences between Judaism, Christianity, and Islam, the God worshiped by Muhammad is the same God that communicated with Abraham and to which Jesus prayed.

This one God, it is believed, revealed sublime values which were then disseminated by the three largest monotheistic religions. It is therefore easy to wholeheartedly support these religions for giving voice to ethical injunctions for centuries.

That is, despite myriad conflicts, religion at its core was created to foster peace, compassion, and brotherhood while providing ethical guidance and nurturing the inherent good in humanity, reflecting a generous and loving Supreme Being.

Giving voice to this truth, Einstein said that without religion, science was lame. Science, he argued, can measure and predict events but cannot directly provide advice concerning what is right or wrong, where religion can offer guidance in ethical conduct.

Considering the ever-present challenge for human survival in a hostile world, it is understandable that religions would occasionally remain silent on the verdict of war or fail in their missions to promote peace and amity.

The World Wars of the twentieth century are historically considered secular wars fought over political, geographic, and economic interests. Yet in Europe, six million Jews were exterminated as a result of centuries of anti-Semitic teachings brewing in the heart of medieval Christendom.

From the time of Muhammad and for nearly thirteen hundred years after, Islam waged religious wars against whole populations, forcing conversion to Islam (excluding Jews and Christians, known as « the people of the book ») as a means by which to spread its faith.

The major Christian response to the spread of Islam manifested as the Crusades, which spanned the 11th to 13th centuries.

The European wars of religion between rivaling Christian sects encompassed roughly 125 years of conflict in the sixteenth and seventeenth centuries.

The Arab-Israeli conflict, though ostensibly fought over territory, contains a powerful religious component, especially in connection with Jerusalem, for which thousands have been killed and many more might die if it is not resolved peacefully.

In all cases, religious conviction, which was repeatedly invoked, amplified a sense of entitlement to the lands and wealth of other.

This begs the question: of what stuff is religion truly made? For in all the conflicts in the history of the world, the violence and atrocities incited by religious fervor comprise some of the worst violations of human dignity.

Historically speaking, a religious war is a conflict exclusively incited and fueled by diversity in religious identity. While technically less than 10% of all the wars ever fought were wars of religion, only a few did not encompass or embody some religious component or sentiment.

By the same token that we support the ethical teachings of religions, we must all the more and in unison condemn self-appointed messengers and spokespersons of the divine that foment mass murder in the name of God.

For unless we believe that this all-merciful, fatherly, peace-loving, and ever-beneficent God wills for his believers to kill each other in His name, we must conclude that religions are repeatedly corrupted to pit the children of God against each other.

Ironically, conflict more often occurs within religions than between them. Today we witness the eruption of centuries of enmity between Sunni and Shiites Muslims that has been nurtured by prolonged persecution.

The Sunni-Shiite schism occurred when Muhammad died in 632, causing disagreement over the succession to Muhammad’s religious authority. Following the murder of Hussein (Ali’s son and Muhammad’s grandson), the Muslim community became squarely and eternally divided.

Nevertheless, tensions between Sunnis and Shiites are more often about political persecution than strictly theology, though religious convictions are frequently invoked, fomenting anger and resentment.

During the Safavid era in Persia between the years 1501-1736, forced conversion of Sunnis to Shiites was systematically done to change the demographic balance between the two; those who refused were killed.

The 1979 revolution in Iran that brought the Shiites to power (with regional hegemonic ambitions) further heightened the tension between the two sects.

Further radicalization of Shiites came with Israel’s invasion of Lebanon in 1982 and the establishment of the Shiite Hezb’allah.

While the average Sunni and Shiite have been relatively able to live in peace, the theological division has allowed despots, like Saddam Hussein, to disempower and dehumanize Shiites.

The 2003 Iraq war, though subsequently bringing the Shiite majority to power, ignited a bloody conflict between Shiites and Sunnis that continues to this day.

Conflicting interests between Shiite Iran and Sunni Saudi Arabia and Turkey have made Syria the battleground between the two sects, deepening the fissure more than at any other time in living memory.

Though Sunni and Shiites agree on the unquestioned authority of the Qur’an, sectarian factionalism has persisted and remains a destabilizing force in the Middle East, leaving a terrible inheritance passed down from generation to generation.

Children, especially of the disenfranchised and poorly educated, have effectively become not the recipients of the necessary ethical teachings of Islam, but the targets of religious extremism, promoting endless sectarian strife.

Part of the problem is that the codification of religious precepts opens it up to all manner of interpretation; indigent and marginalized peoples are particularly vulnerable to the most radical and violence-producing interpretations of Islam.

It is in this way that a precept, for example, to not murder, is literally turned on its head and becomes the precise opposite; where once religion decried violence, now violence and death are associated with martyrdom. Yet the situation in the Middle East is far graver than this.

When true believers habitually use religious language to explain and frame the events of their lives, the heart and emotions, more often than reason and science, are employed as a means of defining one’s place in the world.

Moreover, if the avenue to self-determination is exclusively faith-based, radical responses to extreme situations of disempowerment, as in Iraq post-Saddam Hussein and poverty-stricken Yemen, will be more passionate than tempered.

Herein lies the danger, for this is no longer a world where we can afford to view whole peoples as populations to be conquered and converted, whether to a religious, economic, or political paradigm.

The monotheistic faiths must at once embrace their ethical heritage and disavow their antiquated views of God, acknowledging that humanity has invented thousands of gods. All these gods, without exception, reflect the people who invented them and the conditions under which they lived.

In other words, religions spiritually succeed when they embrace the spirit of God embodied in their very ethical teachings but utterly fail when they become little more than a ruse designed to supplant God with tribal, ethnic, and sectarian divisiveness.

The work of Baruch Spinoza (1632 – 1677) may be of help here. Einstein once said that his God was the God of Spinoza. Pantheism, or understanding God as the cosmos, was already ancient in the East when Spinoza was born.

Yet the idea that God might be conceived by the mind — as in his famous interpretation of natura naturans (« nature nurturing »)– was relatively new in the West.

While denying a personal God « up there, » Spinoza reminds us that we can embrace the idea of an Infinite Being that has passively produced, as part of its very nature, the cosmos.

Although the rabbinic tradition considered this heresy and excommunicated Spinoza, I would argue that, far from lowering God’s status as the clergy believed, it elevated it.

Such an elevated God inspires a more personal religion wherein virtue is internalized, selfishness is nullified, and a sincere jihad against the biological responses to fear, fight or flight, and insecurity is waged within.

Humanity has suffered for too long due to a lowered conception of the infinite that was easily exploited to pit man against man. Increased used of the scientific method and reason, especially among those afforded a high degree of education, may tone down emotional and passionate responses to challenging circumstances.

This is not to say that the intellectual approach has all of the answers, lest we forget Einstein’s reminder regarding science’s ethical limits.

For while the West understandably pays a great deal of attention to the current killing in the name of God in some of the Arab states, the numbers involved do not compare to the fifty million or more slaughtered in World War II alone mostly Christians against Christians.

Intellectually-bent Western societies may introduce the « civility » of war, complete with Geneva Conventions and other rules by which blood can be spilt. But their wars, to date, encompass a far greater destructive power than do the conflicts of any other peoples, especially in the current conflict of Muslims against Muslims in the Middle East.

So the question remains: how can we cease the religious (in the name of God) and corporate (in the name of Mammon) justification of violence?

Understanding violence in the broadest context, the West may in some respects be actually farther away from realizing this goal. While the death tolls of soldiers are easy to disseminate, the daily suffering of millions of dislocated, dishonored, and stateless lives does not as easily fit into our news diet.

The West also does not live within the scope of history. While for us yesterday is already history, the Arab world lives day in and day out conscious of its histories of divisiveness, colonialism, dictatorships, and arbitrary borders imposed by Western powers that fostered sectarian conflicts and territorial claims and counterclaims.

Nevertheless, the Arab world is left with the challenge to compartmentalize religion and God, just as the West has done; albeit far from perfect, religion in the West remains functional, consistent, and in the spirit of one’s personal choice.

For the Muslim world, Islam is more than a mere belief to embrace, but a way of life and part and parcel of a cultural heritage; as such, it remains a part of the heart and self-identity.

That said, nearly 60 percent of the Arab population (250 million out of 422 million in total) is under the age of 25. They yearn for freedom, education, health care, and the opportunity for a better future.

They are Muslims at heart and mind but they do not wish to be ruled by either secular or religious dictators (albeit ostensibly freely-elected) as demonstrated by Egypt’s second revolution.

They want to be free while adhering to Islamic tradition and culture and draw a balance between secularism and orthodoxy.

Religion, like it is today in Israel and to a great extent in Muslim Malaysia and Bangladesh, may be used to reconcile family issues, including marriage, divorce, children and custody issues, death, and coming-of-age rituals.

Beyond this, religion must go no farther. It must have no bearing on medical science, international relations, or national defense, and a host of other international and domestic issues. Other than that religion must foster unconditional peace, amity, love, and compassion in humankind.

Thus in writing new constitutions in the emerging transitional authorities, Egypt, Libya, Yemen, and other Arab states must recognize that whereas collaboration between the religious and the secular is necessary, legislatively codifying Sharia law as a source for legislation is a step backward.

For the world today, Arab states that have overwhelming majorities of youth are not so intellectually poor as to require religion for its only source of ethics. Codes of behavior flow from secular humanism, law, and philosophical debate.

Those who look to religion for personal guidance are free to do so and their right must be protected, but they must also abide by the laws that separate church and state. No longer should any religious edict be forced on anyone.

Under these conditions, religious freedom goes hand in hand with personal freedom, which is central in promoting all religions’ fundamental tenets of brotherhood, compassion, amity and peace.

And perhaps this may bring an end to the killing in the name of God that betrays the essence of why and to what end religion was created in the first place.

Alon Ben-Meir is a professor of international relations at the Center for Global Affairs at NYU. He teaches courses on international negotiation and Middle Eastern studies. alon@alonben-meir.com Web: http://www.alonben-eir.com

Voir de même:

Catholic Reverend: Not possible to extract violence and terror from Islam
Allen West
October 3, 2014

As we sit quietly by, watching this entity called ISIS endeavor to create an Islamic caliphate or recoil at the recent beheading of an American woman, I believe it’s time to conduct a serious analysis of Islam.

I care not for the cultural jihadist apologists and their PC dismissals. The time has come for the sake of Western civilization and our Constitutional Republic to ask the hard questions and make the tough assessments.

What separates Islam from other religions is a single word — reformation. It’s interesting how so many want to play the relativism game when it comes to Christianity and Islam. First, let’s make a clear distinction: Christianity is a faith, not a religion. As a matter of fact, there can be no debate that America – if not most of Western civilization — has a Judeo-Christian faith heritage in the formulation of its foundational principles.

Religion is manmade dogma, not a faith — such as Judaism is a faith but there are many different subsets, in other words, religious practices, such as Orthodox Hasidic, Chabad Lubavitch, Conservative, and Reform. As for the Christian faith, it comes down to Catholicism and Protestantism – but there are countless subsets of religious practices in Protestantism (Calvinists, Methodists, Lutherans, Presbyterians, Baptists, etc).

Some say Christianity has fought many wars, but actually it was the clash between the traditions of Catholicism and the newly advocated Protestantism. It was Martin Luther’s 95 Theses of 1517 that was the impetus of what would become the Protestant [root word being protest] Reformation. It was a revolutionary endeavor to promote the right and freedom of the individual to have a relationship with God not requiring an intermediary — such as what the Catholic Church at the time promoted. It was this that led to the Gutenberg printing of the Bible in mass for all to read and understand. It’s critical to understand what Luther actually set in motion.

First of all, it was the beginning of individual sovereignty in challenging the prevalent belief that the collective was preeminent over the individual. It unlocked the beginning of individual enlightenment and the ability to question and reason. And most important, it challenged the ruling monarchial concept of Divine Law theory — rule being granted to Kings and such by God — and laid the seeds for the Natural Law theory, which led to the concept of unalienable individual rights from the Creator — since Luther had established this personal relationship. It was the Protestant Reformation that has led to the elevation of the individual instead of the subjugation of the collective — the seminal fundamental principle of Western civilization.

The problem we are facing today is that Islam has never been reformed and still holds onto 7th century precepts as promoted by an illiterate, violent, war lord and pedophile — who is considered the “perfect man.”

And so I found particularly relevant a recent article entitled “It’s time to take the Islamic State Seriously” posted on Crisismagazine.com by Reverend James V. Schall, S.J. Rev. Schall taught political science at Georgetown University for many years and his latest books include The Mind That Is Catholic, Remembering Belloc, and Reasonable Pleasures.

Rev Schall’s piece was thought-provoking, and theologically and historically spot on. He writes, “What I want to propose here is an opinion. An opinion is a position that sees the plausibility but not certainty of a given proposition. But I think this opinion is well-grounded and makes more sense both of historic and of present Islam than most of the other views that are prevalent. The Islamic State and the broader jihadist movements throughout the world that agree with it are, I think, correct in their basic understanding of Islam. Plenty of evidence is found, both in the long history of early Muslim military expansion and in its theoretical interpretation of the Qur’an itself, to conclude that the Islamic State and its sympathizers have it basically right. The purpose of Islam, with the often violent means it can and does use to accomplish it, is to extend its rule, in the name of Allah, to all the world. The world cannot be at “peace” until it is all Muslim.”

And we must not forget that Islam means “submission” — quite in contrast to what Luther was promoting.

Rev. Schall is saying that it’s not possible to extract violence and terror from Islam itself as that is an integral part of its calling. Islam began in 612AD and its first convert was Mohammed’s first wife Kadeisha. The so-called “peaceful verses” of the Qur’an come in the time period from 612AD-622AD. Around 622AD, Mohammed took his “night ride” to Jerusalem because he was rejected in his home tribal area of Mecca, and he enacted the Hijra to Medina. This began the second phase when Mohammed aligned himself with violent tribes and started his actions with the Nahkla raid and the verses of the Qur’an shifted to violent — but based upon the Arabic term “Nakesh” which means abrogation, the latter more violent verses supersede all those previous, but all verses have validity. This lends to the duplicity of Islam.

“In Muslim doctrine,” Rev. Schall writes, “everyone born into the world is a Muslim. No one has any right or reason not to be. Hence, everyone who is not a Muslim is to be converted or eliminated — [as we saw done to the Christian community and others in Mosul]. This is also true of the literary, monumental, and other signs of civilizations or states that are not Muslim. They are destroyed as not authorized by the Qur’an. It is the religious responsibility of Islam to carry out its assigned mission of subduing the world to Allah. It may be possible for some to read Islam as a religion of “peace.” But its “peace,” in its own terms, means the peace of Allah within its boundaries, Dar-al-Islam. With the rest of the outside world, it is at war — Dar al-Harb — in order to accomplish a religious purpose, namely, to have all submitted to Allah in the passive way that the Qur’an specifies.”

The problem Rev. Schall brings out in his piece is that we here in the West, and certainly this Obama administration, attempt to rationalize and reason the problem away. We fail to just accept what is happening, and has happened historically, before our eyes.

Now, this is not about condemning Muslims. However, it is about indicting a political-theocratic totalitarian imperialistic ideology — it ain’t workplace violence folks. We always hear about “crusades” yet no one wants to talk about how Islam sought to spread — certainly not by peaceful proselytization — as could be seen from North Africa to Spain (Al Andalusia) to France (Battle of Tours) to the Mediterranean (Battle of Lepanto) to Constantinople (Istanbul) to the Balkans to Vienna to Hindu India to China to the Phillipines and today to Ft. Hood, Texas and Moore, Oklahoma. And yet we have individuals such as CIA Director John Brennan giving us some wishy-washy definition of jihad or B. Hussein Obama telling us ISIS isn’t Islamic.

I highly encourage you all to read Rev. Schall’s entire piece. It is highly enlightening and I leave you with his conclusion, “It is easy to write this movement off as fanatical and ruthless, which it is. To the outside world, it sounds horrific, but I suspect not to those who believe its truth and see the current revival of Islam with relief. The second or third class ranking of Islam in the modern world is over. But to the degree that we misjudge what is motivating the renewal of Islam, we will never understand why it exists as it does.”

Luther’s reformation brought about great strides for the civilized world. If Islam does not undergo a reformation, there is no coexistence, only a new Dark Age.

Voir par ailleurs:

Fundamentalism and out-group hostility
Muslim immigrants and Christian natives in Western Europe
Ruud Koopmans

WZB Mitteilungen

December 2013

In the heated controversies over immigration and Islam in the early 21st century, Muslims have widely become associated in media debates and the popular imagery with religious fundamentalism. Against this, others have argued that religiously fundamentalist ideas are found among only a small minority of Muslims living in the West, and that religious fundamentalism can equally be found among adherents of other religions, including Christianity. However, claims on both sides of this debate lack a sound empirical base because very little is known about the extent of re ligious fundamentalism among Muslim immigrants, and virtually no evidence is available that allows a comparison with native Christians. Religious fundamentalism is certainly not unique to Islam. The term has its origin in a Protestant revival movement in the early 20th century United States, which propagated a return to the “fundaments” of the Christian faith by way of a strict adherence to, and literal interpretation of the rules of the Bible. A large number of studies on Protestant Christian religious fundamentalism in the USA have shown that it is strongly and consistently associated with prejudices and hostility against racial and religious out-groups, as well as “deviant” groups such as homosexuals. By contrast, our knowledge of the extent to which Muslim minorities in Western countries adhere to fundamentalist interpretations of Islam is strikingly limited. Several studies have shown that, compared to the majority population, Muslim immigrants more often define themselves as religious, identify more strongly with their religion, and engage more often in religious practices such as praying, visiting the mosque, or following religious prescriptions such as halal food or wearing a headscarf. But religiosity as such says little about the extent to which these religious beliefs and practices can be deemed “fundamentalist” and are associated with out-group hostility.

The WZB-funded Six Country Immigrant Integration Comparative Survey (SCIICS) among immigrants and natives in Germany, France, the Neth erlands, Belgium, Austria and Sweden provides for the first time a solid empirical basis for these debates. The survey with a total sample size of 9,000 respondents was conducted in 2008 among persons with a Turkish or Moroccan immigration background, as well as a native comparison group. Following the widely accepted definition of fundamentalism of Bob Altermeyer and Bruce Hunsberger, the fundamentalism belief system is defined by three key elements:

- that believers should return to the eternal and unchangeable rules laid down in the past;
– that these rules allow only one interpretation and are binding for all believers;
– that religious rules have priority over secular laws.

These aspects of fundamentalism were measured by the following survey items that were asked to those native respondents who indicated that they were Christians (70%), and to those respondents of Turkish and Moroccan origin who indicated they were Muslims (96%):

“Christians [Muslims] should return to the roots of Christianity [Islam].”
“There is only one interpretation of the Bible [the Koran] and every Christian [Muslim] must stick to that.”
“The rules of the Bible [the Koran] are more important to me than the laws of [survey country].”

Figure 1 shows that religious fundamentalism is not a marginal phenomenon within West European Muslim communities. Almost 60 per cent agree that Muslims should return to the roots of Islam, 75 per cent think there is only one interpretation of the Koran possible to which every Muslim should stick and 65 per cent say that religious rules are more important to them than the laws of the country in which they live. Consistent fundamentalist beliefs, with agreement to all three statements, are found among 44 per cent of the interviewed Muslims. Fundamentalist attitudes are slightly less prevalent among Sunni Muslims with a Turkish (45% agreement to all three statements) compared to a Moroccan (50%) background. Alevites, a Turkish minority current within Islam, display much lower levels of fundamentalism (15%). Against the idea that fundame
ntalism is a reaction to exclusion by the host society, we find the lowest levels of fundamen talism in Germany, where Muslims enjoy fewer religious rights than in any of the other five countries. But even among German
Muslims fundamentalist attitudes are widespread, with 30 per cent agreeing to all three statements. Comparisons with other German studies reveal remarkably similar patterns. For instance, in the 2007 Muslime in Deutschland study 47 per cent of German Muslims agreed with the statement that following the rules of one’s religion is more important than democracy, almost identical to the 47 per cent in our survey that finds the rules of the Koran more important than the German laws.

Another striking finding in Figure 1 is that religious fundamentalism is much more widespread among Muslims than among Christian natives. Among Christians agreement to the single statements ranges between 13 and 21 per cent and less than 4 per cent can be characterized as consistent fundamentalists who agree with all three items. In line with what is known about Christian fundamentalism, levels of agreement are slightly higher (4% agreeing with all statements) among mainstream Protestants than among Catholics (3%), and most pronounced (12%) among the adherents of smaller Protestant groups such as Seventh Day Adventists, Jehova’s Witnesses and Pentecostal believers. However, even among these groups support for fundamentalist attitudes remains much below the levels found among Sunni Muslims. Turkish Alevites’ view on the role of religion is however more similar to that of native Christians than of Sunni Muslims.

Because the demographic and socio-economic profiles of Muslim immigrants and native Christians differ strongly, and since it is known from the literature that marginalized, lower-class individuals are more strongly attracted to fundamentalist movements, it would of course be possible that these differences are due to class rather than religion. However, the results of regression analyses controlling for education, labour market status, age, gender, and marital status reveal that while some of these variables explain variation in fundamentalism within both religious groups, they do not at all explain or even diminish the difference between Muslims and Christians. A cause for concern is that while among Christians religious fundamentalism is much less widespread among younger people, fundamentalist attitudes are as widespread among young as among older Muslims.

Research on Christian fundamentalism in the United States has demonstrated a strong association with hostility towards out-groups, which are seen as threatening the religious in-group. To what extent do we find this linkage also in the European context? To answer this question, we use three statements that measure rejection of homosexuals and Jews, as well as the degree to which the own group is seen as threatened by outside enemies:

“I don’t want to have homosexuals as friends.”
“Jews cannot be trusted.”
“Muslims aim to destroy Western culture.” [for natives]
“Western countries are out to destroy Islam.” [for persons with a Turkish or Moroccan migration background]

Figure 2 shows that out-group hostility is far from negligible among native Christians. As much as 9 per cent are overtly anti-semitic and agree that Jews cannot be trusted. In Germany that percentage is even somewhat higher (11%). Similar percentages reject homosexuals as friends (13 % across all countries, 10% in Germany). Not surprisingly, Muslims are the out-group that draws the highest level of hostility, with 23 per cent of native Christians (17% in Germany) believing that Muslims aim to destroy Western culture. Only few native Christians display hostility against all three groups (1.6%).

If we consider all natives instead of just the Christians, levels of out-group hostility are slightly lower (8% against Jews, 10% against homosexuals, 21% against Muslims, and 1.4% against all three).

Even though these figures for natives are worrisome enough, they are dwarfed by the levels of out-group hostility among European Muslims. Almost 60 per cent reject homosexuals as friends and 45 per cent think that Jews cannot be trusted. While about one in five natives can be considered as Islamophobic, the level of phobia against the West among Muslims – for which oddly enough there is no word; one might call it “Occidentophobia” – is much higher still, with 54 per cent believing that the West is out to destroy Islam. These findings concord with the fact that, as a 2006 study of the Pew research institute showed, about half of the Muslims living in France, Germany, and the United Kingdom believe in the conspiracy theory that the attacks of 9/11 were not carried out by Muslims, but were orchestrated by the West and/or Jews.

Somewhat more than one quarter of Muslims display hostility towards all three out-groups. Contrary to the results for religious fundamentalism, out-group hostility is more widespread among Muslims of Turkish (30% agreeing with all three statements) than among those of Moroccan origin (17%). Although the difference is smaller than in the case of religious fundamentalism, Alevites (13% agreeing to all three statements) display considerably lower levels of out-group hostility than Sunni Muslims of Turkish origin (31%). A worrying aspect is again that while among natives out-group hostility is significantly lower among younger generations, this is not the case among Muslims.

Here too, we must of course make sure that differences between Muslims and natives are not due to the different demographic and socio-economic compositions of these groups, since xenophobia is known to be higher among socio-economically deprived groups. Multivariate regression analyses indeed show this to be the case, but controlling for socio-economic variables hardly reduces group differences. Group differences are moreover much more important than socio-economic differences. For instance, the difference in out-group hostility between those with low and university levels of education is about half as large as the difference between Muslims and natives.

When we take into account religious fundamentalism, this turns out to be by far the most important predictor of out-group hostility and explains most of the differences in levels of out-group hostility between Muslims and Christians.

Also the greater out-group hostility among Turkish-origin Sunnis compared to Alevites is almost entirely explained by the higher level of religious fundamentalism among the Sunnis. A further indication that religious
fundamentalism is a major factor behind out-group hostility is that it is also the most important predictor in separate analyses for Christians and Muslims. In other words, religious fundamentalism not only explains why Muslim immigrants are generally more hostile towards out-groups than native Christians, but also why some Christians and some Muslims are more xenophobic than others.

These findings clearly contradict the often-heard claim that Islamic religious fundamentalism is a marginal phenomenon in Western Europe or that it does not differ from the extent of fundamentalism among the Christian majority. Both claims are blatantly false, as almost half of European Muslims agree that Muslims should return to the roots of Islam, that there is only one interpretation of the Koran, and that the rules laid down in it are more important than secular laws. Among native Christians, less than one in 25 can be characterized as fundamentalists in this sense. Religious fundamentalism is moreover not an innocent form of strict religiosity, as its strong relationship – among both Christians and Muslims – to hostility towards out-groups demonstrates.

Both the extent of Islamic religious fundamentalism and its correlates – homophobia, anti-semitism and “Occidentophobia” – should be serious causes of concern for policy makers as well as Muslim community leaders. Of course, religious fundamentalism should not be equated with the willingness to support, or even to engage in religiously motivated violence. But given its strong relationship to out-group hostility, religious fundamentalism is very likely to provide a nourishing environment for radicalization. Having said that, one should not forget that in Western Europe Muslims make up a relatively small minority of the population.
Although relatively speaking levels of fundamentalism and out-group hostility are much higher among Muslims, in absolute numbers there are at least as many Christian as there are Muslim fundamentalists in Western Europe, and the large majority of homophobes and anti-semites are still natives. As a religious leader respected by both Muslims and Christians once said: “let those who are without sin, cast the first stone.”

Voir aussi:

Why the Peaceful Majority is Irrelevant
History lessons are often incredibly simple.
Israelnews
Paul E. Marek
Paul E. Marek is a second-generation Canadian, whose grandparents fled Czechoslovakia just prior to the Nazi takeover. He is an educational consultant specializing in programs that protect children from predatory adults.

March 18, 2007

I used to know a man whose family were German aristocracy prior to World War II. They owned a number of large industries and estates. I asked him how many German people were true Nazis, and the answer he gave has stuck with me and guided my attitude toward fanaticism ever since.

“Very few people were true Nazis,” he said, “but many enjoyed the return of German pride, and many more were too busy to care. I was one of those who just thought the Nazis were a bunch of fools. So, the majority just sat back and let it all happen. Then, before we knew it, they owned us, and we had lost control, and the end of the world had come. My family lost everything. I ended up in a concentration camp and the Allies destroyed my factories.”

We are told again and again by experts and talking heads that Islam is the religion of peace, and that the vast majority of Muslims just want to live in peace. Although this unquantified assertion may be true, it is entirely irrelevant. It is meaningless fluff, meant to make us feel better, and meant to somehow diminish the specter of fanatics rampaging across the globe in the name of Islam.

The fact is that the fanatics rule Islam at this moment in history. It is the fanatics who march. It is the fanatics who wage any one of 50 shooting wars world wide. It is the fanatics who systematically slaughter Christian or tribal groups throughout Africa and are gradually taking over the entire continent in an Islamic wave. It is the fanatics who bomb, behead, murder, or execute honor killings. It is the fanatics who take over mosque after mosque. It is the fanatics who zealously spread the stoning and hanging of rape victims and homosexuals. The hard, quantifiable fact is that the “peaceful majority” is the “silent majority,” and it is cowed and extraneous.

Communist Russia was comprised of Russians who just wanted to live in peace, yet the Russian Communists were responsible for the murder of about 20 million people. The peaceful majority were irrelevant. China’s huge population was peaceful as well, but Chinese Communists managed to kill a staggering 70 million people. The average Japanese individual prior to World War II was not a war-mongering sadist. Yet, Japan murdered and slaughtered its way across Southeast Asia in an orgy of killing that included the systematic murder of 12 million Chinese civilians – most killed by sword, shovel and bayonet. And who can forget Rwanda, which collapsed into butchery? Could it not be said that the majority of Rwandans were “peace loving”?

History lessons are often incredibly simple and blunt; yet, for all our powers of reason, we often miss the most basic and uncomplicated of points. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by the fanatics. Peace-loving Muslims have been made irrelevant by their silence. Peace-loving Muslims will become our enemy if they don’t speak up, because, like my friend from Germany, they will awaken one day and find that the fanatics own them, and the end of their world will have begun.

Peace-loving Germans, Japanese, Chinese, Russians, Rwandans, Bosnians, Afghanis, Iraqis, Palestinians, Somalis, Nigerians, Algerians and many others, have died because the peaceful majority did not speak up until it was too late. As for us, watching it all unfold, we must pay attention to the only group that counts: the fanatics who threaten our way of life.

Voir par ailleurs:

Apologize to Israel, Mr. President
David French
National review