EI/Hamas/Abbas: La continuation du génocide par d’autres moyens (What better demonstration of the Palestinians’s ultimate plan for Israel than the Islamic State’s current ethnic cleansing in Northern Iraq ?)

22 novembre, 2014

http://tsahal.fr/files/2014/11/IMG-20141118-WA0021.jpg

http://cdn.i24news.tv/upload/cache/medium_image/upload/image/IMG-20141120-WA0004.jpg http://tsahal.fr/files/2014/10/10625096_851644998209794_5864242242587765101_n.jpg
http://cdn.theatlantic.com/static/newsroom/img/mt/2014/11/RTR4EJP5_edited/lead.jpg?nf8obh
http://www.amnesty.fr/sites/default/files/images/199059_displaced_people_from_minority_yazidi_sect_fleeing_violence_from_forces_loyal_to_islamic_state_in_sinjar_town_walk_towards_syrian_border_on_outskirts_of_sinjar_mountain.img_assist_custom-490x368.jpg
http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/magazine/2014/hebdos/1255/couv1255bd.jpg
http://i.imgur.com/btg0cHn.jpgLes armes atomiques sont un crime contre l’humanité. Khamenei 
Khamenei n’aura pas recours à l’arme atomique contre Israël car ceci provoquera la mort de Palestiniens aussi. Bachar El Assad
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix- a dit : « L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs (c’est à dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Charte du Hamas (article 7)
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Aucun pays arabe, président arabe ou roi arabe, ni tous les rois et présidents arabes réunis, ni une organisation même palestinienne n’a le droit de le faire. La Palestine est un Waqf musulman consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Qui peut prétendre avoir le droit de représenter les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier ? Tel est le statut de la terre de Palestine dans la Charia, et il en va de même pour toutes les terres conquises par l’islam et devenues terres de Waqf dès leur conquête, pour être consacrées à toutes les générations de musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Il en est ainsi depuis que les chefs des armées islamiques ont conquis les terres de Syrie et d’Irak et ont demandé au Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, s’ils devaient partager ces terres entre les soldats ou les laisser à leurs propriétaires. Suite à des consultations et des discussions entre le Calife des musulmans, Omar Ibn-al Khattab, et les compagnons du Prophète, Allah le bénisse, il fut décidé que la terre soit laissée à ses propriétaires pour qu’ils profitent de ses fruits. Cependant, la propriété véritable et la terre même doit être consacrée aux seuls musulmans jusqu’au Jour du Jugement Dernier. Ceux qui se trouvent sur ces terres peuvent uniquement profiter de ses fruits. Ce waqf persiste tant que le Ciel et la Terre existent. Toute procédure en contradiction avec la Charia islamique en ce qui concerne la Palestine est nulle et non avenue.« C’est la vérité infaillible. Célèbre le nom d’Allah le Très-Haut » (Coran, LVI, 95-96). Charte du Hamas (article 11)
The Jews are the most despicable and contemptible nation to crawl upon the face of the Earth, because they have displayed hostility to Allah. Allah will kill the Jews in the hell of the world to come, just like they killed the believers in the hell of this world. Atallah Abu al-Subh (former Hamas minister of culture, 2011)
L’accélérateur est une arme. Le Hamas continue d’appuyer n’importe quelle tactique pouvant être utilisée afin de tuer des civils israéliens. Affiche du Hamas
Il n’est pas suffisant de dire que des colons sont venus, ils doivent être empêchés d’entrer sur le site par tous les moyens. C’est notre Al-Aqsa et notre lieu saint, ils n’ont pas le droit d’entrer et de le désacraliser. Jérusalem est le bijou de la couronne et la capitale éternelle de l’Etat de Palestine. Sans elle, il n’y aura pas d’Etat. Il est important que les Palestiniens soient unis afin de protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
Jérusalem a soif, et ne désaltérera que par le sang. Affiche du Hamas
Cette attaque est une « réponse au meurtre du martyr Youssef Ramouni ». (…) C’est est également « une réponse à la série de crimes de l’occupant à Al-Aqsa ». Le Hamas « appelle à poursuivre les opérations. Sami Abou Zouhri (porte-parole du Hamas)
Des éléments récemment découverts par Amnesty International indiquent que des membres du groupe armé qui se fait appeler État islamique (EI) ont lancé une campagne systématique de nettoyage ethnique dans le nord de l’Irak, commettant des crimes de guerre, notamment des enlèvements et exécutions sommaires de masse, contre les minorités ethniques et religieuses. Parmi les minorités ethniques et religieuses prises pour cible dans le nord de l’Irak se trouvent les chrétiens assyriens, les chiites turkmènes et shabaks, les yézidis, les kakaïs et les mandéens sabéens. De nombreux Arabes et musulmans sunnites qui s’opposent, ou sont soupçonnés de s’opposer, à l’EI ont aussi été visés par ce qui semble être des attaques de représailles. Amnesty international
Il s’agit du meilleur moyen pour récupérer notre électorat des banlieues et des quartiers. Benoit Hamon
Sweden’s new government last month recognised the state of Palestine, and Britain’s House of Commons and Ireland’s senate called on their governments to follow suit. Now, France’s governing Socialists plan to bring a similar resolution to the national assembly, while Federica Mogherini, the new EU foreign policy chief, recently announced that she wants to see a Palestinian state established during her term. Is European impatience with Israeli intransigence towards the Palestinians reaching a point of rupture? Is EU frustration with Benjamin Netanyahu, the Israeli prime minister’s expansion of Jewish settlements on occupied Arab land, proscribed by international law, inclining Europeans to force the issue of a Palestinian state? (…) Israel has been slow to realise there has been a change in sentiment in Europe, not sudden but solid, that could eventually present a challenge to its legitimacy. The shift follows a sharp rise in hostility towards Israel in western Europe, with BBC polls carried out by Gallup recording between two-thirds and three-quarters of people in the UK, Spain, Germany, France and Italy holding negative views of Israel’s policy. Sweden, furthermore, is not the first EU member to recognise Palestine. Eight other member states do, even if all of them took that decision before joining the EU. More relevant is that half of the EU, 14 members including France, voted to admit Palestine as an observer state at the UN in December 2012. (…) In February 2011, Germany, which had abstained several times during the second intifada a decade earlier, voted in the UN Security Council to condemn Israel’s settlements, in a 14-1 result vetoed by the US. (…) Recognition of Palestine as a state is likely to grow in and outside the EU; Sweden was the 135th country to sign up. As current, and former, Israeli leaders have warned, Israel faces international ostracism unless it shows itself willing to make a deal on Palestine. Yet if avenues to a separate state continue to be closed, the Palestinians may opt for an apartheid-style struggle for equal rights within a single state. For now, the EU has targeted the settlements. But whatever its intentions, it is not hard to discern an eventual dead end at which Europeans clamour for a more general boycott. The Financial Times
Right now, Israel is much more powerful than Hezbollah and Hamas. Let’s say tomorrow this was reversed. Let’s say Hamas had the firepower of Israel and Israel had the firepower of Hamas. What do you think would happen to Israel were the balance of power reversed? David Wolpe (rabbi of Los Angeles Sinai Temple)
The truth is that there is an obvious, undeniable, and hugely consequential moral difference between Israel and her enemies. The Israelis are surrounded by people who have explicitly genocidal intentions towards them. The charter of Hamas is explicitly genocidal. It looks forward to a time, based on Koranic prophesy, when the earth itself will cry out for Jewish blood, where the trees and the stones will say “O Muslim, there’s a Jew hiding behind me. Come and kill him.” This is a political document. We are talking about a government that was voted into power by a majority of Palestinians. (…) The discourse in the Muslim world about Jews is utterly shocking. Not only is there Holocaust denial—there’s Holocaust denial that then asserts that we will do it for real if given the chance. The only thing more obnoxious than denying the Holocaust is to say that itshould have happened; it didn’t happen, but if we get the chance, we will accomplish it. There are children’s shows in the Palestinian territories and elsewhere that teach five-year-olds about the glories of martyrdom and about the necessity of killing Jews. And this gets to the heart of the moral difference between Israel and her enemies. And this is something I discussed in The End of Faith. To see this moral difference, you have to ask what each side would do if they had the power to do it. What would the Jews do to the Palestinians if they could do anything they wanted? Well, we know the answer to that question, because they can do more or less anything they want. The Israeli army could kill everyone in Gaza tomorrow. So what does that mean? Well, it means that, when they drop a bomb on a beach and kill four Palestinian children, as happened last week, this is almost certainly an accident. They’re not targeting children. They could target as many children as they want. Every time a Palestinian child dies, Israel edges ever closer to becoming an international pariah. So the Israelis take great pains not to kill children and other noncombatants. (…)What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas. And again, the charter of their government in Gaza explicitly tells us that they want to annihilate the Jews—not just in Israel but everywhere.(…) The truth is that everything you need to know about the moral imbalance between Israel and her enemies can be understood on the topic of human shields. Who uses human shields? Well, Hamas certainly does. They shoot their rockets from residential neighborhoods, from beside schools, and hospitals, and mosques. Muslims in other recent conflicts, in Iraq and elsewhere, have also used human shields. They have laid their rifles on the shoulders of their own children and shot from behind their bodies. Consider the moral difference between using human shields and being deterred by them. That is the difference we’re talking about. The Israelis and other Western powers are deterred, however imperfectly, by the Muslim use of human shields in these conflicts, as we should be. It is morally abhorrent to kill noncombatants if you can avoid it. It’s certainly abhorrent to shoot through the bodies of children to get at your adversary. But take a moment to reflect on how contemptible this behavior is. And understand how cynical it is. The Muslims are acting on the assumption—the knowledge, in fact—that the infidels with whom they fight, the very people whom their religion does nothing but vilify, will be deterred by their use of Muslim human shields. They consider the Jews the spawn of apes and pigs—and yet they rely on the fact that they don’t want to kill Muslim noncombatants.(…) Now imagine reversing the roles here. Imagine how fatuous—indeed comical it would be—for the Israelis to attempt to use human shields to deter the Palestinians. (…) But Imagine the Israelis holding up their own women and children as human shields. Of course, that would be ridiculous. The Palestinians are trying to kill everyone. Killing women and children is part of the plan. Reversing the roles here produces a grotesque Monty Python skit. If you’re going to talk about the conflict in the Middle East, you have to acknowledge this difference. I don’t think there’s any ethical disparity to be found anywhere that is more shocking or consequential than this. And the truth is, this isn’t even the worst that jihadists do. Hamas is practically a moderate organization, compared to other jihadist groups. There are Muslims who have blown themselves up in crowds of children—again, Muslim children—just to get at the American soldiers who were handing out candy to them. They have committed suicide bombings, only to send another bomber to the hospital to await the casualities—where they then blow up all the injured along with the doctors and nurses trying to save their lives. Every day that you could read about an Israeli rocket gone astray or Israeli soldiers beating up an innocent teenager, you could have read about ISIS in Iraq crucifying people on the side of the road, Christians and Muslims. Where is the outrage in the Muslim world and on the Left over these crimes? Where are the demonstrations, 10,000 or 100,000 deep, in the capitals of Europe against ISIS?  If Israel kills a dozen Palestinians by accident, the entire Muslim world is inflamed. God forbid you burn a Koran, or write a novel vaguely critical of the faith. And yet Muslims can destroy their own societies—and seek to destroy the West—and you don’t hear a peep. (…) These incompatible religious attachments to this land have made it impossible for Muslims and Jews to negotiate like rational human beings, and they have made it impossible for them to live in peace. But the onus is still more on the side of the Muslims here. Even on their worst day, the Israelis act with greater care and compassion and self-criticism than Muslim combatants have anywhere, ever. And again, you have to ask yourself, what do these groups want? What would they accomplish if they could accomplish anything? What would the Israelis do if they could do what they want? They would live in peace with their neighbors, if they had neighbors who would live in peace with them. They would simply continue to build out their high tech sector and thrive. (…) What do groups like ISIS and al-Qaeda and even Hamas want? They want to impose their religious views on the rest of humanity. They want stifle every freedom that decent, educated, secular people care about. This is not a trivial difference. And yet judging from the level of condemnation that Israel now receives, you would think the difference ran the other way. This kind of confusion puts all of us in danger. This is the great story of our time. For the rest of our lives, and the lives of our children, we are going to be confronted by people who don’t want to live peacefully in a secular, pluralistic world, because they are desperate to get to Paradise, and they are willing to destroy the very possibility of human happiness along the way. The truth is, we are all living in Israel. It’s just that some of us haven’t realized it yet. Sam Harris
The Hamas Covenant of 1988 notably replaced the Marxist-Leninist conspiracy theory of world politics with the classic anti-Semitic tropes of Nazism and European fascism, which the Islamists had absorbed when they collaborated with the Nazis during World War II. That influence is apparent in Article 22, which asserts that “supportive forces behind the enemy” have amassed great wealth: « With their money, they took control of the world media, news agencies, the press, publishing houses, broadcasting stations, and others. With their money they stirred revolutions in various parts of the world with the purpose of achieving their interests and reaping the fruit therein. With their money, they took control of the world media. They were behind the French Revolution, the Communist revolution and most of the revolutions we heard and hear about here and there. With their money, they formed secret societies, such as Freemason, Rotary Clubs, the Lions and others in different parts of the world for the purpose of sabotaging societies and achieving Zionist interests. With their money they were able to control imperialistic countries and instigate them to colonize many countries in order to enable them to exploit their resources and spread corruption there. Jeffrey Herf
Hamas doesn’t accept, or even nominally recognize, the right of Israelis to exist as a free people. As Khalidi says, we should pay attention when Netanyahu tells Israelis about controlling their security on the West Bank. So shouldn’t we also listen when Hamas tells Palestinians that they should never accept the existence of Israel—and that victory will not come until they have wiped out not only the Jewish state but all the Jews? If you take an interest in the war in Gaza, you should read the Hamas charter, but Oz sums up its biggest idea handily enough: “It says that the Prophet commands every Muslim to kill every Jew, everywhere in the world.” If Khalidi has a problem with this, he keeps it to himself. While Oz has no problem saying that Israel’s violent occupation is unjust to Palestinians and endangers its own people, Khalidi refuses to acknowledge that Hamas exists to end Israel’s existence and thrives on Palestinian wretchedness. In the heat of his moral condemnation of Israel—and of America for supporting Israel against Hamas—the hardest line that he will allow himself against Gaza’s categorically genocidal leadership is that “we may not like” it. What would he lose to say that we must not? Philip Gourevitch
Pour comprendre pourquoi la paix en Palestine n’interviendra pas avant des années, si ce n’est des décennies, il suffit de penser aux réjouissances organisées par les Palestiniens après le meurtre de cinq Israéliens dans une synagogue de Jérusalem, dont trois jouissaient d’une co-citoyenneté américaine. Deux Palestiniens, des cousins, munis d’un hachoir à viande et d’une arme à feu, avaient attaqué des fidèles juifs pendant les prières du matin, et leur réponse fut une explosion de joie dans les rues. Le Front Populaire de Libération de la Palestine a revendiqué l’opération tandis que le Hamas se réjouissait de ces assassinats, « une réponse aux crimes incessants des Israéliens. » Le principal obstacle à la paix ne provient pas dans les implantations juives de la ville multiconfessionnelle de Jérusalem. La barrière est la culture de la haine contre les Juifs alimentée par les dirigeants palestiniens. Le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas à condamné les assassinats, mais non sans appeler Israël à interrompre ce qu’il a qualifié « d’invasion » de la mosquée sacrée Al Aqsa de Jérusalem. M. Abbas avait précédemment prétendu que le Mont du Temple avait été souillé par les Juifs, en dépit des assurances du premier ministre Benjamin Netanyahou que le Dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa continueraient d’être réservés au seul culte musulman. (…) Le but de ce nouveau djihad est d’affoler les Israéliens pour leur faire accepter la division de Jérusalem, la première exigence formulée par les Palestiniens au cours des négociations de paix qui ont récemment échoué. Cependant, c’est seulement sous la loi israélienne que toutes les religions ont pu être librement exercées à Jérusalem. Le président Obama a condamné l’attaque, mais son gouvernement a contribué en partie à semer le trouble en dénonçant les constructions dans la municipalité de Jérusalem. Dans une lettre à l’ancien premier ministre Ariel Sharon, l’administration précédente, celle de Georges W Bush, avait assuré en 2004 que tout accord de paix à venir garantirait des ajustements de la frontière de la Rive occidentale du Jourdain en fonction des réalités du terrain. En 2009, Hillary Clinton prétendit que la lettre de Bush n’avait pas de statut juridique, encourageant les rêves de division de Jérusalem des Palestiniens. Ce dont Israël a besoin aujourd’hui, c’est que les États-Unis ne donnent pas des gratifications aux actes de djihad en traînant M. Netanyahou dans des négociations avec M. Abbas. Le premier ministre israélien est en droit de refuser de rencontrer M. Abbas jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne mette un terme à l’incitation à la violence. Le meilleur moyen d’empêcher une troisième Intifada, c’est de rassurer Israël sur le soutien des États-Unis dans des opératipns d’autodéfense et d’avertir les Palestiniens qu’ils n’auront pas de patrie tant qu’ils édifieront une société qui glorifie les meurtres d’innocents au nom de la religion. WSJ
It (…) seems reasonable to worry about the intentions of those Iranian leaders who deny or minimize the Holocaust while hoping to annihilate the Jewish state, and who have funded and trained groups—Hezbollah and Hamas—that have as their goal the killing of Jews. It is a dereliction of responsibility not to try to understand the goals and beliefs of Islamist totalitarian movements. (…) While it is true that Hamas is expert at getting innocent Palestinians killed, it has made it very plain, in word and deed, that it would rather kill Jews. The following blood-freezing statement is from the group’s charter: “The Islamic Resistance Movement aspires to the realization of Allah’s promise, no matter how long that should take. The Prophet, Allah bless him and grant him salvation, has said: ‘The day of judgment will not come until Muslims fight the Jews (killing the Jews), when the Jews will hide behind stones and trees. The stones and trees will say ‘O Muslims, O Abdulla, there is a Jew behind me, come and kill him.” This is a frank and open call for genocide, embedded in one of the most thoroughly anti-Semitic documents you’ll read this side of the Protocols of the Elders of Zion. Not many people seem to know that Hamas’s founding document is genocidal. Sometimes, the reasons for this lack of knowledge are benign; other times, as the New Yorker’s Philip Gourevitch argues in his recent dismantling of Rashid Khalidi’s apologia for Hamas, this ignorance is a direct byproduct of a decision to mask evidence of Hamas’s innate theocratic fascism. (…) What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas. (…) After each of these attacks, Hamas leaders issued blood-curdling statements claiming credit, and promising more death. “The Jews will lose because they crave life but a true Muslim loves death,” a former Hamas leader, Abdel-Aziz Rantisi, told me in an interview in 2002. In the same interview he made the following imperishable statement: “People always talk about what the Germans did to the Jews, but the true question is, ‘What did the Jews do to the Germans?’” (…) Hamas is an organization devoted to ending Jewish history. This is what so many Jews understand, and what so many non-Jews don’t. The novelist Amos Oz, who has led Israel’s left-wing peace camp for decades, said in an interview last week that he doesn’t see a prospect for compromise between Israel and Hamas. « I have been a man of compromise all my life, » Oz said. « But even a man of compromise cannot approach Hamas and say: ‘Maybe we meet halfway and Israel only exists on Mondays, Wednesdays and Fridays.' » In the years since it adopted its charter, Hamas leaders and spokesmen have reinforced its message again and again. Mahmoud Zahar said in 2006 that the group « will not change a single word in its covenant. » To underscore the point, in 2010 Zahhar said, « Our ultimate plan is [to have] Palestine in its entirety. I say this loud and clear so that nobody will accuse me of employing political tactics. We will not recognize the Israeli enemy. » In 2011, the former Hamas minister of culture, Atallah Abu al-Subh, said that « the Jews are the most despicable and contemptible nation to crawl upon the face of the Earth, because they have displayed hostility to Allah. Allah will kill the Jews in the hell of the world to come, just like they killed the believers in the hell of this world. » Just last week, a top Hamas official, Osama Hamdan, accused Jews of using Christian blood to make matzo. This is not a group, in other words, that is seeking the sort of peace that Amos Oz—or, for that matter, the Palestinian Authority president, Mahmoud Abbas—is seeking. People wonder why Israelis have such a visceral reaction to Hamas. The answer is easy. Israel is a small country, and most of its citizens know someone who was murdered by Hamas in its extended suicide-bombing campaigns; and most people also understand that if Hamas had its way, it would kill them as well. Jeffrey Goldberg
One of the most shocking aspects of the murderous attack on a Jerusalem synagogue this morning by men with guns and axes is not the attack itself—we’ve seen, from time to time, this sort of sectarian barbarism take place in places like Jerusalem, and Hebron. The most shocking aspect is the wholesale endorsement of this slaughter by Hamas, a group that, during this summer’s war in Gaza, half-succeeded in convincing the world that it wasn’t what it actually is: a group with actual genocidal intentions. (…) This is how a Hamas spokesman reacted to the massacre of Jews at prayer: « The new operation is heroic and a natural reaction to Zionist criminality against our people and our holy places. We have the full right to revenge for the blood of our martyrs in all possible means. » Twenty years ago, shortly after the Jewish fanatic Baruch Goldstein massacred Muslims at prayer in Hebron, the then-prime minister of Israel, Yitzhak Rabin, said of the killer, « You are not part of the community of Israel. …  You are a foreign implant. You are an errant weed. Sensible Judaism spits you out. » Hamas’s endorsement of the massacre of Jews at prayer in their holy city confirms—as if we needed confirming—that its goal is the eradication of Israel and its Jews. We should pray for the day when the leaders of Gaza react to this sort of massacre in the manner of Yitzhak Rabin. The Palestinian Authority leader, the more moderate Mahmoud Abbas, has condemned the attack, but it is also fair to say that he helped create the atmosphere in which attacks like this one become more likely. As the Times reports, the attackers « were described as being motivated by what they saw as threats to the revered plateau [the Temple Mount] that contains Al Aqsa Mosque and the Dome of the Rock. Although Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel has repeatedly asserted that he will not alter the status quo at the site, where non-Muslims can visit but not openly pray, President Mahmoud Abbas of the Palestinian Authority has called on his people to protect the area and has warned of a ‘holy war’ if it is ‘contaminated’ by Jews. » The Temple Mount, of course, is the holiest place in Judaism. Abbas’s belief that the presence of Jews « contaminates » the Mount speaks to his own smallness, and to his susceptibility to Muslim supremacist ideology. The status quo should absolutely be preserved, for the sake of peace, and those Israeli politicians currently calling for a change in the status quo should put away their gasoline cans. But the events of the past couple of weeks in Jerusalem suggest that a core issue of the conflict remains the unwillingness of many Palestinian Muslims to accept the idea that Jews have rights in their ancestral homeland. And in the case of Hamas and like-minded groups, that Jews have a right to live. Jeffrey Goldberg

Attention: un génocide peut en cacher un autre !

Alors qu’un récent rapport d’Amnesty international confirme qu’un nettoyage ethnique est bien en cours en Irak …

Et à l’heure où le plus grand canard boiteux de l’histoire américaine moderne pousse les feux pour obtenir coûte que coûte un accord sur le nucléaire avec un pays qui prône l’effacement de la carte d’un de ses voisins …

Et où, nous avertit le Financial times après les reconnaissances effectives ou annoncéesélectorat musulman oblige – de nombre de pays européens, « la patience de l’UE pour l’Etat hébreu est à bout » …

Pendant que, suite à un nouveau massacre de civils dans une synagogue,  le Hamas salue comme « acte héroïque » et « appelle à poursuivre » les assassinats à l’arme blanche ou à la voiture bélier lancées, comme on le sait, par l’Etat islamique

Et que le président de l’Autorité palestinienne renouvelle ses appels à « protéger la mosquée Al Aqsa de la contamination juive » …

Comment ne pas voir, avec Jeffrey Goldberg, la nature proprement génocidaire du projet palestinien ?

Hamas Endorses a Massacre
Understanding the true genocidal nature of the Muslim Brotherhood’s Palestinian branch
Jeffrey Goldberg
The Atlantic
Nov 18 2014

One of the most shocking aspects of the murderous attack on a Jerusalem synagogue this morning by men with guns and axes is not the attack itself—we’ve seen, from time to time, this sort of sectarian barbarism take place in places like Jerusalem, and Hebron. The most shocking aspect is the wholesale endorsement of this slaughter by Hamas, a group that, during this summer’s war in Gaza, half-succeeded in convincing the world that it wasn’t what it actually is: a group with actual genocidal intentions.

According to witnesses, the two attackers entered the synagogue, in the Har Nof neighborhood, and began killing worshipers with pistols and axes. (Both assailants were killed by police, but not before they murdered four worshipers and injured at least six others, including two police officers.)

“To see Jews wearing tefillin [phylacteries] and wrapped in the tallit [prayer shawls] lying in pools of blood, I wondered if I was imagining scenes from the Holocaust,”  said Yehuda Meshi Zahav, who leads an emergency-response team, according to The New York Times. « It was a massacre of Jews at prayer.”

This is how a Hamas spokesman reacted to the massacre of Jews at prayer: « The new operation is heroic and a natural reaction to Zionist criminality against our people and our holy places. We have the full right to revenge for the blood of our martyrs in all possible means. »

Twenty years ago, shortly after the Jewish fanatic Baruch Goldstein massacred Muslims at prayer in Hebron, the then-prime minister of Israel, Yitzhak Rabin, said of the killer, « You are not part of the community of Israel. …  You are a foreign implant. You are an errant weed. Sensible Judaism spits you out. »

Hamas’s endorsement of the massacre of Jews at prayer in their holy city confirms—as if we needed confirming—that its goal is the eradication of Israel and its Jews. We should pray for the day when the leaders of Gaza react to this sort of massacre in the manner of Yitzhak Rabin.

The Palestinian Authority leader, the more moderate Mahmoud Abbas, has condemned the attack, but it is also fair to say that he helped create the atmosphere in which attacks like this one become more likely. As the Times reports, the attackers « were described as being motivated by what they saw as threats to the revered plateau [the Temple Mount] that contains Al Aqsa Mosque and the Dome of the Rock. Although Prime Minister Benjamin Netanyahu of Israel has repeatedly asserted that he will not alter the status quo at the site, where non-Muslims can visit but not openly pray, President Mahmoud Abbas of the Palestinian Authority has called on his people to protect the area and has warned of a ‘holy war’ if it is ‘contaminated’ by Jews. »

The Temple Mount, of course, is the holiest place in Judaism. Abbas’s belief that the presence of Jews « contaminates » the Mount speaks to his own smallness, and to his susceptibility to Muslim supremacist ideology. The status quo should absolutely be preserved, for the sake of peace, and those Israeli politicians currently calling for a change in the status quo should put away their gasoline cans. But the events of the past couple of weeks in Jerusalem suggest that a core issue of the conflict remains the unwillingness of many Palestinian Muslims to accept the idea that Jews have rights in their ancestral homeland. And in the case of Hamas and like-minded groups, that Jews have a right to live.

Voir aussi:

What Would Hamas Do If It Could Do Whatever It Wanted?
Understanding what the Muslim Brotherhood’s Gaza branch wants by studying its theology, strategy, and history
Jeffrey Goldberg
The Atlantic
Aug 4 2014

In the spring of 2009, Roger Cohen, the New York Times columnist, surprised some of his readers by claiming that Iran’s remaining Jews were “living, working and worshiping in relative tranquility.”

Cohen wrote: “Perhaps I have a bias toward facts over words, but I say the reality of Iranian civility toward Jews tells us more about Iran—its sophistication and culture—than all the inflammatory rhetoric.”

Perhaps.

In this, and other, columns, Cohen appeared to be trying to convince his fellow Jews that they had less to fear from the Iran of Khamenei and (at the time) Ahmadinejad than they thought. To me, the column was a whitewash. It seemed (and seems) reasonable to worry about the intentions of those Iranian leaders who deny or minimize the Holocaust while hoping to annihilate the Jewish state, and who have funded and trained groups—Hezbollah and Hamas—that have as their goal the killing of Jews.

Cohen’s most acid critics came from within the Persian Jewish exile community. The vast majority of Iran’s Jews fled the country after the Khomeini revolution; many found refuge in Los Angeles. David Wolpe, the rabbi of Sinai Temple there, invited Cohen to speak to his congregants, about half of whom are Persian exiles, shortly after the column appeared. Cohen, to his credit, accepted the invitation. The encounter between Cohen and an audience of several hundred (mainly Jews, but also Bahais, members of a faith persecuted with great intensity by the Iranian regime) was tense but mainly civil (you can watch it here). For me, the most interesting moment came not in a discussion about the dubious health of Iran’s remnant Jewish population, but after Wolpe asked Cohen about the intentions of Iran and its allies toward Jews living outside Iran.

“Right now,” Wolpe said, “Israel is much more powerful than Hezbollah and Hamas. Let’s say tomorrow this was reversed. Let’s say Hamas had the firepower of Israel and Israel had the firepower of Hamas. What do you think would happen to Israel were the balance of power reversed?”

“I don’t know what would happen tomorrow,” Cohen answered. This response brought a measure of derisive laughter from the incredulous audience. “And it doesn’t matter that I don’t know because it’s not going to happen tomorrow or in one or two years.” Wolpe quickly told Cohen that he himself knows exactly what would happen if the power balance between Hamas and Israel were to be reversed. (Later, Wolpe told me that he thought Cohen could not have been so naïve as to misunderstand the nature of Hamas and Hezbollah, but instead was simply caught short by the question.)

At the time, Cohen suggested that he was uninterested in grappling with the nature of Hamas and its goals. “I reject the thinking behind your question,” he said. “It’s not useful to go there.”

“Going there,” however, is necessary, not only to understand why Israelis fear Hamas, but also to understand that the narrative advanced by Hamas apologists concerning the group’s beliefs and goals is false. “Going there” also does not require enormous imagination, or a well-developed predisposition toward paranoia. It is, in my opinion, a dereliction of responsibility on the part of progressives not to try to understand the goals and beliefs of Islamist totalitarian movements.

(This post, you should know, is not a commentary on the particulars of the war between Israel and Hamas, a war in which Hamas baited Israel and Israel took the bait. Each time Israel kills an innocent Palestinian in its attempt to neutralize Hamas’s rockets, it represents a victory for Hamas, which has made plain its goal of getting Israel to kill innocent Gazans. Suffice it to say that Israel cannot afford many more “victories” of the sort it is seeking in Gaza right now. I supported a ceasefire early in this war precisely because I believed that the Israeli government had not thought through its strategic goals, or the methods for achieving those goals.)

While it is true that Hamas is expert at getting innocent Palestinians killed, it has made it very plain, in word and deed, that it would rather kill Jews. The following blood-freezing statement is from the group’s charter: “The Islamic Resistance Movement aspires to the realization of Allah’s promise, no matter how long that should take. The Prophet, Allah bless him and grant him salvation, has said: ‘The day of judgment will not come until Muslims fight the Jews (killing the Jews), when the Jews will hide behind stones and trees. The stones and trees will say ‘O Muslims, O Abdulla, there is a Jew behind me, come and kill him.”

This is a frank and open call for genocide, embedded in one of the most thoroughly anti-Semitic documents you’ll read this side of the Protocols of the Elders of Zion. Not many people seem to know that Hamas’s founding document is genocidal. Sometimes, the reasons for this lack of knowledge are benign; other times, as the New Yorker’s Philip Gourevitch argues in his recent dismantling of Rashid Khalidi’s apologia for Hamas, this ignorance is a direct byproduct of a decision to mask evidence of Hamas’s innate theocratic fascism.

The historian of totalitarianism Jeffrey Herf, in an article on the American Interest website, places the Hamas charter in context:

[T]he Hamas Covenant of 1988 notably replaced the Marxist-Leninist conspiracy theory of world politics with the classic anti-Semitic tropes of Nazism and European fascism, which the Islamists had absorbed when they collaborated with the Nazis during World War II. That influence is apparent in Article 22, which asserts that “supportive forces behind the enemy” have amassed great wealth: « With their money, they took control of the world media, news agencies, the press, publishing houses, broadcasting stations, and others. With their money they stirred revolutions in various parts of the world with the purpose of achieving their interests and reaping the fruit therein. With their money, they took control of the world media. They were behind the French Revolution, the Communist revolution and most of the revolutions we heard and hear about here and there. With their money, they formed secret societies, such as Freemason, Rotary Clubs, the Lions and others in different parts of the world for the purpose of sabotaging societies and achieving Zionist interests. With their money they were able to control imperialistic countries and instigate them to colonize many countries in order to enable them to exploit their resources and spread corruption there. »

The above paragraph of Article 22 could have been taken, almost word for word, from Nazi Germany’s anti-Jewish propaganda texts and broadcasts.

The question Roger Cohen refused to answer at Sinai Temple was addressed in a recent post by Sam Harris, the atheist intellectual, who is opposed, as a matter of ideology, to the existence of Israel as a Jewish state (or to any country organized around a religion), but who for practical reasons supports its continued existence as a haven for an especially persecuted people, and also as a not-particularly religious redoubt in a region of the world deeply affected by religious fundamentalism. Referring not only to the Hamas charter, Harris writes that, “The discourse in the Muslim world about Jews is utterly shocking.”

Not only is there Holocaust denial—there’s Holocaust denial that then asserts that we will do it for real if given the chance. The only thing more obnoxious than denying the Holocaust is to say that it should have happened; it didn’t happen, but if we get the chance, we will accomplish it. There are children’s shows in the Palestinian territories and elsewhere that teach five-year-olds about the glories of martyrdom and about the necessity of killing Jews.

And this gets to the heart of the moral difference between Israel and her enemies. …

What do we know of the Palestinians? What would the Palestinians do to the Jews in Israel if the power imbalance were reversed? Well, they have told us what they would do. For some reason, Israel’s critics just don’t want to believe the worst about a group like Hamas, even when it declares the worst of itself. We’ve already had a Holocaust and several other genocides in the 20th century. People are capable of committing genocide. When they tell us they intend to commit genocide, we should listen. There is every reason to believe that the Palestinians would kill all the Jews in Israel if they could. Would every Palestinian support genocide? Of course not. But vast numbers of them—and of Muslims throughout the world—would. Needless to say, the Palestinians in general, not just Hamas, have a history of targeting innocent noncombatants in the most shocking ways possible. They’ve blown themselves up on buses and in restaurants. They’ve massacred teenagers. They’ve murdered Olympic athletes. They now shoot rockets indiscriminately into civilian areas.

The first time I witnessed Hamas’s hatred of Jews manifest itself in large-scale, fatal violence was in late July of 1997, when two of the group’s suicide bombers detonated themselves in an open-air market in West Jerusalem. The attack took 16 lives, and injured 178. I happened to be only a few blocks from the market at the time of the attack, and arrived shortly after the paramedics and firefighters. Over the next hours, a scene unfolded that I would see again and again: screaming relatives; members of the Orthodox burial society scraping flesh off walls; the ground covered in blood and viscera. I remember another Hamas attack, on a bus in downtown Jerusalem, in which body parts of children were blown into the street by the force of the blast. At yet another bombing, I was with rescue workers as they recovered a human arm stuck high up in a tree.

After each of these attacks, Hamas leaders issued blood-curdling statements claiming credit, and promising more death. “The Jews will lose because they crave life but a true Muslim loves death,” a former Hamas leader, Abdel-Aziz Rantisi, told me in an interview in 2002. In the same interview he made the following imperishable statement: “People always talk about what the Germans did to the Jews, but the true question is, ‘What did the Jews do to the Germans?’”

I will always remember this interview not only because Rantisi’s Judeophobia was breathtaking, but because just as I was leaving his apartment in Gaza City, a friend from Jerusalem called to tell me that she had just heard a massive explosion outside her office at the Hebrew University (not far, by the way, from an attack earlier today). A cafeteria had just been bombed, my friend told me. This was another Hamas operation, one which killed nine people, including a young woman of exceptional promise named Marla Bennett, a 24-year-old American student who wrote shortly before her death, “My friends and family in San Diego ask me to come home, it is dangerous here. I appreciate their concern. But there is nowhere else in the world I would rather be right now. I have a front-row seat for the history of the Jewish people.”

Hamas is an organization devoted to ending Jewish history. This is what so many Jews understand, and what so many non-Jews don’t. The novelist Amos Oz, who has led Israel’s left-wing peace camp for decades, said in an interview last week that he doesn’t see a prospect for compromise between Israel and Hamas. « I have been a man of compromise all my life, » Oz said. « But even a man of compromise cannot approach Hamas and say: ‘Maybe we meet halfway and Israel only exists on Mondays, Wednesdays and Fridays.' »

In the years since it adopted its charter, Hamas leaders and spokesmen have reinforced its message again and again. Mahmoud Zahar said in 2006 that the group « will not change a single word in its covenant. » To underscore the point, in 2010 Zahhar said, « Our ultimate plan is [to have] Palestine in its entirety. I say this loud and clear so that nobody will accuse me of employing political tactics. We will not recognize the Israeli enemy. »

In 2011, the former Hamas minister of culture, Atallah Abu al-Subh, said that « the Jews are the most despicable and contemptible nation to crawl upon the face of the Earth, because they have displayed hostility to Allah. Allah will kill the Jews in the hell of the world to come, just like they killed the believers in the hell of this world. » Just last week, a top Hamas official, Osama Hamdan, accused Jews of using Christian blood to make matzo. This is not a group, in other words, that is seeking the sort of peace that Amos Oz—or, for that matter, the Palestinian Authority president, Mahmoud Abbas—is seeking. People wonder why Israelis have such a visceral reaction to Hamas. The answer is easy. Israel is a small country, and most of its citizens know someone who was murdered by Hamas in its extended suicide-bombing campaigns; and most people also understand that if Hamas had its way, it would kill them as well.

Voir également:

An Honest Voice in Israel
Philip Gourevitch

The New Torker

August 2, 2014

Shortly before the announcement Thursday night of the ceasefire in Gaza that went into effect Friday morning and was immediately broken, the Deutsche Welle, the German radio station, posted the transcript of an interview with the Israeli novelist Amos Oz. Here’s how it started:

OZ: I would like to begin the interview in a very unusual way: by presenting one or two questions to your readers and listeners. May I do that?
DEUTSCHE WELLE: Go ahead!
QUESTION 1: What would you do if your neighbor across the street sits down on the balcony, puts his little boy on his lap, and starts shooting machine-gun fire into your nursery?
QUESTION 2: What would you do if your neighbor across the street digs a tunnel from his nursery to your nursery in order to blow up your home or in order to kidnap your family?

Oz is no hawk. He is the godfather of Israeli peaceniks: in 1967, right after the Six-Day War—in which he fought—left Israel in control of the West Bank and the Gaza Strip, he was the first Israeli to call publicly for the creation of an independent Palestinian state in those territories, writing, “Even unavoidable occupation is a corrupting occupation.” He has always opposed the establishment of Israeli settlements on Palestinian land, and, in 1978, he was a founder of Peace Now. He is a steadfast critic of the policies toward Palestinians of Prime Minister Benjamin Netanyahu, and, in the Deutsche Welle interview, advocated once again an Israeli deal with the Palestinian President, Mahmoud Abbas. “My suggestion,” he said, is “a two-state solution and coexistence between Israel and the West Bank: two capitals in Jerusalem, a mutually agreed territorial modification, removal of most of the Jewish settlements from the West Bank.”

Although Netanyahu has said that he accepts the two-state idea, he has doggedly resisted efforts to realize it, and his resistance has carried a terrible price for both Israelis and Palestinians. Oz argues cogently that such an agreement, followed by heavy Israeli investment in the success of the West Bank, would do more to destroy Hamas’s hold over Gaza than all of Israel’s wars there have managed. “The people in Gaza will be very jealous of the freedom and prosperity enjoyed by their brothers and sisters on the West Bank in the state of Palestine,” he said.

Oz’s interview is not only one of the most sober reckonings of Israel’s current position that you can find, his insistence that Israel and Palestine really could do vastly better by each other also makes it one of the most optimistic. While Oz finds it impossible to oppose Israel’s current war on principle—he calls it “justified, but excessive”—his longstanding commitment to the end of settlements and a two-state peace deal means that he is convinced that this war could have been avoided. In this, the peacenik novelist sounds very much like the six former Israeli spy chiefs profiled in the powerful documentary “The Gatekeepers,” all of whom left Israel’s national-security apparatus convinced that there can be no military solution to their conflict with the Palestinians, only a political one. That is Oz’s point in asking the brutal questions at the start of his interview: “For Israel,” he said, “it is a lose-lose situation.”

Meanwhile, on newyorker.com, the Columbia professor and former Palestinian diplomat Rashid Khalidi brushes aside the sort of questions that Oz poses—“What would you do if … ”—as mere “pretexts” and “red herrings” to excuse wanton Israeli aggression. Just last month, Netanyahu told Israelis, as he has repeatedly, that they must never relinquish “security control” over the West Bank, and Khalidi interprets this to mean that Israel’s war in Gaza “is not really about Hamas.” No, he writes, “It is not about rockets. It is not about ‘human shields’ or terrorism or tunnels. It is about Israel’s permanent control over Palestinian land and Palestinian lives.” In short, Khalidi claims, Israel’s only purpose is the collective punishment of Palestinians for resisting Israeli subjugation, and it follows that the unjustifiability of Israeli violence justifies Palestinian violence. After all, he writes, “Gaza is a ghetto and ghettos will inevitably fight back against those who ghettoize them.”

When Oz speaks of the neighbor who shoots at you with a child on his lap, he is speaking, of course, of Hamas, and he consistently makes the distinction clear between Hamas and Palestinian civilians, for whom this war has been a devastating bloodbath. Oz does not absolve Israel from its responsibility for the death and destruction in Gaza—that would be impossible—but he sees Hamas as more than an equal partner in it. That is what he means, he explains, when he describes the war as lose-lose for Israel: “The more Israeli casualties, the better it is for Hamas. The more Palestinian civilian casualties, the better it is for Hamas.” There is no end of argument about how to parcel out responsibility for this war and its ghastly toll on Gazans, but Oz is hardly alone in his view of Hamas’s strategy. My colleague Lawrence Wright, in his deep reporting and one-man theatre piece about Gaza, is unsparingly critical of the Israeli occupation. But, when he turns to Hamas’s attitude towards Gaza’s disproportionately young population, he concludes, “These children are being groomed to die.”

Khalidi, however, hasn’t got a bad word for Hamas. He says, “We might not like Hamas or some of its methods, but that is not the same as accepting the proposition that Palestinians should supinely accept the denial of their right to exist as a free people in their ancestral homeland.” Right—of course it’s not the same. But that doesn’t negate the fact that Hamas doesn’t accept, or even nominally recognize, the right of Israelis to exist as a free people. As Khalidi says, we should pay attention when Netanyahu tells Israelis about controlling their security on the West Bank. So shouldn’t we also listen when Hamas tells Palestinians that they should never accept the existence of Israel—and that victory will not come until they have wiped out not only the Jewish state but all the Jews?

If you take an interest in the war in Gaza, you should read the Hamas charter, but Oz sums up its biggest idea handily enough: “It says that the Prophet commands every Muslim to kill every Jew, everywhere in the world.” If Khalidi has a problem with this, he keeps it to himself. While Oz has no problem saying that Israel’s violent occupation is unjust to Palestinians and endangers its own people, Khalidi refuses to acknowledge that Hamas exists to end Israel’s existence and thrives on Palestinian wretchedness. In the heat of his moral condemnation of Israel—and of America for supporting Israel against Hamas—the hardest line that he will allow himself against Gaza’s categorically genocidal leadership is that “we may not like” it. What would he lose to say that we must not?

Ultimately, Khalidi’s argument seems to be that might makes wrong. Israel, he says, is “the stronger party.” He sees that strength as entirely dependent on America, and he argues that, if America seriously wants to make peace, it must cut Israel loose. Khalidi’s aim is to drive a wedge between Israel and what he sees as the only thing it has going for it—American support—but, by blinding himself to Hamas’s reality, or by denying it, he trips himself up. As we have seen since the breakdown on Friday of the American-brokered ceasefire in Gaza, the dastardliness of Hamas has, in fact, created a greater sense of common cause between Obama and Netanyahu than we have ever seen before. Oz cannot be happy about that, but he can surely understand it, whereas Khalidi’s magical thinking invites incomprehension. That is the real difference that Oz represents: whatever you may think of his position, you cannot but recognize that he is that rarest thing in this war—an honest voice.

Voir de plus:

In Their Own Words

Why They Fight: Hamas’ Too-Little-Known Fascist Charter

The American interest

As the Gaza conflict rolls on, the Western press has virtually ignored Hamas’s 1988 “Covenant,” which precisely details the terror group’s radical anti-Semitism and intellectual debt to Nazi ideology.

Given all the ink spilled about the current Gaza war, and the innumerable tragic photos, it’s strange that the Western press hasn’t inquired into why one of the parties is fighting. That would be Hamas, of course; the turgid psychologizing about Israel’s motives is quite familiar. But what about its Islamist enemy, penned up in a barren territory from which it launches rockets and digs tunnels under Israeli kibbutzim and kindergartens? For what was all that concrete poured, into the ground as part of the offensive, instead of above ground as the foundation of schools, factories, and homes?

It’s not exactly hard to find out. Hamas published a “Covenant” of 36 articles on August 18, 1988, that details its aims and ideology precisely. Its philosophy is rooted in the totalitarianism and radical anti-Semitism that has undergirded Islamism since its rise in the 1930s and 1940s. Far from moderating its core ideology, Hamas’ seizure of power in 2007 gave it the opportunity to make policy based on its guiding goal—namely, the destruction the state of Israel.1 But even though the Covenant is the declaration of intent of a group now governing millions of people, it goes unnoticed by reporters, editors, and pundits who race to comment on Hamas’ war with Israel.

There is no reason for this ignorance. The briefest Google search brings one to an English translation of the Covenant, provided by the Avalon Project of the Yale Law School over a decade ago. Hamas has not revised or modified its Covenant in all that time. The public statements of its leaders and its continued terror offensive against Israel are clear evidence that Hamas in 2014 remains inspired by the ideas expressed in founding text. This should be every policy maker’s, and every journalist’s, first stop in their efforts to understand Hamas. And it is of utmost importance that they read the text itself, as any student of literature will tell you. There is no substitute; to understand a person one must read him in his own words, noting everything from the cadence and syntax to the allusions to key figures of his ideological tradition. The Gaza war will be incomprehensible to anyone who refuses to take Hamas at its word—these words.

The Covenant’s first words place it into the longer tradition that historians call “Islamism,” that is, a distinct twentieth-century interpretation of the religion of Islam that emerged in the 1930s and 1940s in Egypt and Palestine. Islamism’s key figures included the Nazi sympathizer Haj Amin-El Husseini, the founder of the Muslim Brotherhood, Hassan al-Banna, and the Brotherhood’s leading ideologue of the 1950s and 1960s, Sayyid Qutb. According to them, Islam was an inherently anti-Jewish religion. Through selective quotation from the Koran and various commentaries, they claimed Islam’s holiest book supported their racist and anti-Jewish views. The Islamists also opposed liberal democracy, celebrated terrorism, supported the Nazis during World War II, and have been the most implacable enemies of Zionism since long before Israel’s founding in 1948.2 The authors of the Hamas Covenant traced their origins to “the struggle against the Zionist invaders” in 1939, to the Moslem Brotherhood and its role in the 1948 war, and to the “Jihad operations of the Moslem Brotherhood in 1968 and after.” Hamas is one variation of an Islamist tradition that also drives al-Qaeda, Hezbollah, the government of Iran, Boko Haram in Nigeria, and most recently, ISIS. These terrorist organizations have fought one another at times, but they share the views that the religion of Islam is at its core hostile to the Jews and that the state of Israel should be destroyed by force.

The authors of this charter make their allegiance to Islamism clear from the outset, distinguishing themselves from other, secular anti-Zionist groups. They cite Hassan al-Banna, the iconic founder of the Muslim Brotherhood in Egypt, who said, “Israel will exist and will continue to exist until Islam will obliterate it, just as it obliterated others before it.” Furthermore, the Covenant claims that the destruction of Israel is a religious obligation, that is, for Muslims; it is a “response to Allah’s command.” In contrast to the secular radicalism of the Palestine Liberation Organization (PLO), which by 1988 was beginning to lose favor with its Soviet patrons, the Covenant offered an unambiguously religious justification for hating Jews. While the PLO Charter of 1968 also called for the destruction of Israel by force, the eventual collapse of the Soviet bloc deprived it of its major arms supplier and military adviser, not to mention its champion at the United Nations. As secular anti-Zionism was losing its key support, the religious wave was cresting in the wake of the Iranian Revolution in 1979 and the failure of the secular anti-Zionists to destroy Israel.

Hamas, like all varieties of Islamist politics, dispensed with the PLO’s dubious assertion that anti-Zionism was not identical to hatred of the Jews as Jews. On the contrary, the writers declare, “our struggle against the Jews is very great and very serious”—the ultimate goal, not merely a tactic. To Hamas, this cause is both great and serious because it is explicitly religious. The Covenant is a Manichean document; it divides politics into true or false, just or unjust, alternatives. It promises to remake the world in the name of Islam, which, it regrets, has been wrongly driven from public life. This is its slogan: “Allah is its target, the Prophet is its model, and the Koran is its constitution: Jihad is the path and death for the sake of Allah is the loftiest of its wishes.” This celebration of martyrdom and death had been a key theme in Hassan al-Banna’s writings and subsequently became a commonplace for Islamists.

Not only is it fighting the Jews themselves. Hamas is devoted to destroying their nation, Israel. It strives to “raise the banner of Allah over every inch of Palestine, for under the wing of Islam followers of all religions can coexist in security and safety with their lives, possession and rights are concerned.” It goes without saying that no one, least of all the Jews, would take seriously Hamas’ promise that all religions would “coexist” under Islam. The Arab nations expelled their Jewish populations after Israel’s founding in 1948. But leaving aside its risible attempt at reassurance, this excerpt illustrates that from the outset Hamas sought to recover “every inch of Palestine,” in other words, the entire state of Israel. The Covenant states, “the land of Palestine is an Islamic Waqf (or inalienable religious endowment of property) consecrated for future Moslem generations until Judgment Day. It, or any part of it, should not be squandered: it, or any part of it, should not be given up.” For Hamas, a two-state solution that left any part of Israel intact would constitute religious apostasy.3

If you had any doubts about what the conquest would entail, the Covenant’s Article 13 makes the political implications of these religious demands clear. Diplomatic efforts such as “peaceful solutions, initiatives and international conferences” are “in contradiction to the principles of the Islamic Resistance Movement.” In fact, there is “no solution for the Palestinian question except through Jihad. Initiatives, proposals and international conferences are a waste of time and vain endeavors.”4 Nor can any individual Muslim abstain from warfare, according to document. Article 15 declares, “Jihad for the liberation of Palestine is an individual duty. In the face of the Jews’ usurpation of Palestine, it is compulsory that the banner of Jihad be raised.” Many anti-Zionist assaults have been bloody, but Hamas’s distinctive contribution was the theological sanction of violence.

Though Islamism owes a considerable debt to Nazism, the Hamas Covenant claims that it is Israel that is the equal of Nazi Germany. In Article 20, the authors write that they confront “a vicious enemy which acts in a way similar to Nazism, making no differentiation between man and women, between children and old people….”5 The “Israelis as Nazis” canard has been a staple of both secular and religious anti-Zionist propaganda since the 1960s. When the secular anti-Zionists such as Nasser, Arafat, and Assad, Sr., spoke about global conspiracies against the Arabs, they attributed a mythical conspiracy against the Arabs to “U.S. imperialism” and its Israeli “spearhead”—echoing the propaganda of their patrons, the Soviets.6 Indeed, the Hamas Covenant of 1988 notably replaced the Marxist-Leninist conspiracy theory of world politics with the classic anti-Semitic tropes of Nazism and European fascism, which the Islamists had absorbed when they collaborated with the Nazis during World War II. That influence is apparent in Article 22, which asserts that “supportive forces behind the enemy” have amassed great wealth:

With their money, they took control of the world media, news agencies, the press, publishing houses, broadcasting stations, and others. With their money they stirred revolutions in various parts of the world with the purpose of achieving their interests and reaping the fruit therein. They were behind the French Revolution, the Communist revolution and most of the revolutions we heard and hear about, here and there. With their money, they formed secret societies, such as Freemason, Rotary Clubs, the Lions and others in different parts of the world for the purpose of sabotaging societies and achieving Zionist interests. With their money they were able to control imperialistic countries and instigate them to colonize many countries in order to enable them to exploit their resources and spread corruption there.

The above paragraph of Article 22 could have been taken, almost word for word, from Nazi Germany’s anti-Jewish propaganda texts and broadcasts.7 Echoing the European, but also American, anti-Semites of the twentieth century, Hamas repeated the assertion that the Jews used their money to control both “the world media” and the established social order. At the same time, these Jewish scions of the status quo were “behind” the French and Communist revolutions—one of European fascists’ favorite theories during their heyday. In the same manner as their anti-Semitic predecessors, the authors of the Hamas Covenant claimed that the Jews “control imperialistic countries” and advocate colonization and exploitation of other nations. Notably, it is Israel that controls the U.S. in this account, a reversal of the Soviet-era anti-Zionist propaganda. This paranoid vision of powerful, wealthy, and evil Jews echoes such works as The Protocols of the Elders of Zion, Hitler’s Mein Kampf, and the daily diet of Nazi newspapers and Arabic-language radio broadcast from Nazi Berlin by Arab collaborators. The Covenant is so devoted to the fantasy that Jews engineer every world event that it blames the Jews for starting World War I:

You may speak as much as you want about regional and world wars. They were behind World War I, when they were able to destroy the Islamic Caliphate, making financial gains and controlling resources. They obtained the Balfour Declaration, formed the League of Nations through which they could rule the world. They were behind World War II, through which they made huge financial gains by trading in armaments, and paved the way for the establishment of their state. It was they who instigated the replacement of the League of Nations with the United Nations and the Security Council to enable them to rule the world through them. There is no war going on anywhere, without their having their finger in it.

For anyone with the slightest knowledge of modern European history and the causes of World War I, the assertion that the Jews, a stateless minority scattered among many nations of Europe, had anything at all to do with its outbreak is preposterous. More, it is a depressing confirmation of the intellectual backwardness and historical ignorance of the authors of this document, and of Muslim Brotherhood’s success in diffusing anti-Semitic propaganda in the decades after World War II. The charge that Jews masterminded the League of Nation is no less befuddling; it hardly needs saying that the Jewish people were in no position to found a conference of international heads of state. These delusions have next to nothing to do with actual events; whatever path history takes, in the anti-Semitic imagination, it is the Jews who are dictating it. In this fantasy, the powerful Jew is timeless; indeed, his power is as total today as it was in past centuries.8

It should come as no surprise, then, that the fevered minds who wrote this document claim the Jews were behind World War II, from which they supposedly made huge amounts of money. This, too, was an idea they adopted from their forebears, the Nazis. It was the central assertion of German propaganda from 1939 to 1945, one that Hitler, his Propaganda Minister Joseph Goebbels, and other Nazi leaders repeated endlessly on radio and in the press. The charge that an actual political actor called “the Jew” or “International Jewry” had launched the war against Nazi Germany played a large role in Hitler’s justification for murdering Europe’s Jews.9 As had been the case for the Nazis, the description of the Jews as evil and powerful led Hamas to promote genocide against them.10If Jews were responsible for all wars, as it claimed, the path to peace demanded their extermination.11

If the previous sections articulated Hamas’ theory that the Jews control the world and foment all wars, the later articles make that supposed threat personal: the Jews’ first order of business, states Article 22, is to wipe out the Arab countries one by one, starting with Palestine. That appears to be Hamas’ characterization of the Camp David Accords. Naturally, Hamas is the first to stand against the Zionists: It seeks “to prevent the success of this horrendous plan….Today it is Palestine, tomorrow it will be one country after another. The Zionist plan is limitless. After Palestine, the Zionists aspire to expand form the Nile to the Euphrates.” In this as well, Hamas is indebted to Nazis, who also promoted the idea that Zionists coveted a land empire stretching from the “the Nile to the Euphrates.” Via short wave radio from Berlin, Arab-language Nazi propaganda not only claimed that the Jews were responsible for the war in Europe, but that in addition “the Jews kindled this war in the interest of Zionism.”12 Again, the influence of the famous forgery The Protocols of the Elders of Zion is apparent. For the Muslim Brotherhood in 1948 and Hamas forty years later, the sheer existence of the state of Israel was sufficient evidence to confirm the truth of anti-Semitic conspiracy theories.

We don’t know whether Hamas would have been weakened and war avoided if the political leaders of the West had spoken out against this poisonous declaration in 1988, or in any way considered its likely effect on Hamas’ governance later in 2007. Like any other movement, Hamas has core beliefs, chillingly on display in its Covenant, yet they are far too frequently ignored. A misplaced reticence and a condescending desire not to offend have only made it easier for Hamas to grow stronger and more dangerous. Now is a good time for anyone with an interest in understanding Hamas to read its founding document and see its debt to Nazism and European fascism presented in its own words. Only then will an observer know why Hamas started this and previous wars and why peace demands that its odious ideology be examined and delegitimated.

1On this issue see the excellent essay by Tzipi Livni, Israel’s Minister of Justice, “Three Boys, One Terrorist Group and a Message for Democracies,” Wall Street Journal, June 25, 2014. On the use of democracy to destroy democracy, see the now classic work by Karl Bracher, The German Dictatorship (New York, 1970) and more recently, Ian Kershaw, Hitler: A Biography (W.W. Norton, 2010).
2On Islamism, see Paul Berman, Terror and Liberalism (W.W. Norton, 2003); Bassam Tibi, Islamism and Islam (Yale University Press, 20012); Matthias Kuentzel, Jihad and Jew-Hatred: Nazism, Islamism and the Roots of 9/11 (Telos Press, 2007); Jeffrey Herf, Nazi Propaganda for the Arab World (Yale University Press, 2009). On the Western reluctance to speak frankly about Islamism see Paul Berman, The Flight of the Intellectuals (Melville House, 2010).
3Hamas leaders have repeated such views in recent years. For example on August 10, 2012, Ahmad Bahr, Deputy Speaker of the Hamas Parliament, stated in a sermon that aired on Al-Aqsa TV: “If the enemy sets foot on a single square inch of Islamic land, Jihad becomes an individual duty, incumbent on every Muslim, male or female. A woman may set out [on Jihad] without her husband’s permission, and a servant without his master’s permission. Why? In order to annihilate those Jews…. O Allah, destroy the Jews and their supporters. O Allah, destroy the Americans and their supporters. O Allah, count them one by one, and kill them all, without leaving a single one.” “Hamas Official Ahmad Bahr Preaches for the Annihilation of Jews and Americans,” Middle East Media Research Institute MEMRI, Clip No. 3538, August 10, 2012; and Greg Tepper, “Hamas leader prays for annihilation of Jews, Americans,” The Times of Israel, (August 20, 2012); and Tzvi Ben Gedalyahu, “Video: Hamas MP: ‘Annihilate Jews and Americans,” Israel National News, August 26, 2012.
4The Covenant found support for this intransigence in the following “honorable Hadith: The people of Syria are Allah’s lash in His hand. He wreaks his vengeance through them against whomsoever He wishes among His slaves. It is unthinkable that those who are double-faced among them should prosper over the faithful. They will certainly die out of grief and desperation.”
5On the history of the comparison of Israelis to Nazis in postwar Arab political and intellectual life, see Meir Litvak and Esther Webman, From Empathy to Denial: Arab Responses to the Holocaust (London: Hurst, 2009).
6On the place of Israel in the conspiracy theory of the secular left in the Cold War, see Jeffrey Herf, “At War with Israel: East Germany’s Enthusiastic Participation in Soviet Policy in the Middle East,” forthcoming, Journal of Cold War Studies (Summer 2014).
7Jeffrey Herf, The Jewish Enemy: Nazi Propaganda during World War II and the Holocaust (Harvard University Press, 2006).
8The scholarship is large. Recently see Herf, The Jewish Enemy and Nazi Propaganda for the Arab World, op. cit; Robert Wistrich, A Lethal Obsession: Antisemitism from Antiquity to the Global Jihad (Random House, 2010); and Alvin H. Rosenfeld, ed., Resurgent Antisemitism: Global Perspectives   (University of Indiana Press, 2013).
9Herf, The Jewish Enemy.
10On Islamist Holocaust justification see Litvak and Webman, From Empathy to Denial; and Wistrich, A Lethal Obsession.
11Leaders of Hamas repeated such views in recent years. In an interview with Al-Aqsa TV in September 12, 2012, Marwan Abu Ras, a Hamas MP, who is also a member of the International Union of Muslim Scholars, stated (as translated by MEMRI): “The Jews are behind each and every catastrophe on the face of the Earth. This is not open to debate. This is not a temporal thing, but goes back to days of yore. They concocted so many conspiracies and betrayed rulers and nations so many times that the people harbor hatred towards them…. Throughout history—from Nebuchadnezzar until modern times…. They slayed the prophets, and so on…. Any catastrophe on the face of this Earth – the Jews must be behind it.” “Hamas MP Marwan Abu Ras: The Jews Are Behind Every Catastrophe on Earth,” MEMRITV, September 12, 2012.
12See, for example, “Palestine between Bolsheviks and the Jews,” November 3, 1943, cited in Herf, Nazi Propaganda for the Arab World, p. 184.

Jeffrey Herf is Distinguished University Professor of History at the University of Maryland in College Park and recently a fellow of the Middle East Forum. His Nazi Propaganda for the Arab World was published by Yale University Press in 2009. He is completing a history of the causes, impact, and aftereffects of the antagonism of the East German Communist regime and West German radical left to Israel from the Six Day War to the collapse of the Soviet bloc.
Voir encore:

Irak : un nettoyage ethnique est en cours

Amnesty international

[02/09/2014]

Des éléments récemment découverts par Amnesty International indiquent que des membres du groupe armé qui se fait appeler État islamique (EI) ont lancé une campagne systématique de nettoyage ethnique dans le nord de l’Irak, commettant des crimes de guerre, notamment des enlèvements et exécutions sommaires de masse, contre les minorités ethniques et religieuses.

Parmi les minorités ethniques et religieuses prises pour cible dans le nord de l’Irak se trouvent les chrétiens assyriens, les chiites turkmènes et shabaks, les yézidis, les kakaïs et les mandéens sabéens. De nombreux Arabes et musulmans sunnites qui s’opposent, ou sont soupçonnés de s’opposer, à l’EI ont aussi été visés par ce qui semble être des attaques de représailles.

Un nouveau document, Ethnic cleansing on historic scale: the Islamic State’s systematic targeting of minorities in northern Iraq, présente des témoignages glaçants de personnes ayant survécu à des massacres.

MASSACRES ET ENLÈVEMENTS

Certains de ces récits décrivent la manière dont des dizaines d’hommes et de garçons de la région de Sinjar, dans le nord de l’Irak, ont été rassemblés par des combattants de l’État islamique, entassés dans des pick-up et conduits à l’extérieur de leur village pour être massacrés en groupe ou abattus individuellement. Des centaines de femmes et d’enfants, peut-être même des milliers, ainsi que des dizaines d’hommes appartenant à la minorité yézidie ont également été enlevés depuis que l’EI a pris le contrôle de cette zone.

Les massacres et les enlèvements auxquels procède l’État islamique prouvent une nouvelle fois qu’une vague de nettoyage ethnique visant les minorités balaye le nord de l’Irak.

L’État islamique commet des crimes abjects et a transformé les zones rurales autour de Sinjar en terrains d’exécution imbibés de sang avec sa campagne implacable visant à oblitérer toute trace des populations non arabes et non sunnites. »
Donatella Rovera, conseillère d’Amnesty International en matière de réaction aux crises qui se trouve actuellement dans le nord de l’Irak.

Nous avons rassemblé des éléments prouvant que plusieurs massacres ont eu lieu dans la région de Sinjar en août. Deux des épisodes les plus sanglants sont survenus quand des combattants de l’EI ont lancé un raid sur les villages de Qiniyeh, le 3 août, et de Kocho, le 15. Pour ces deux seuls villages, le nombre de tués atteint plusieurs centaines. Dans les deux cas, des groupes d’hommes et d’adolescents, dont certains d’à peine 12 ans, ont été capturés par des activistes de l’EI, emmenés et abattus.

LES VICTIMES PRISES AU HASARD

« Il n’y avait pas d’ordre particulier, ils [les membres de l’EI] ont juste rempli les véhicules au hasard », nous a expliqué un survivant du massacre de Kocho.

Saïd, qui a échappé de justesse à la mort avec son frère Khaled, a reçu cinq balles. Trois dans le genou gauche, une dans la hanche et une dans l’épaule. Ils ont perdu sept frères dans le massacre. Un autre survivant, Salem, qui a réussi à se cacher et à survivre près du lieu du carnage pendant 12 jours, nous a décrit  l’horreur d’entendre les cris de douleur des autres blessés.

« Certains ne pouvaient pas bouger et n’ont pas pu se sauver. Ils sont restés allongés là, à attendre la mort en souffrant atrocement. Ils ont eu une mort horrible. J’ai réussi à me traîner à l’écart et j’ai été sauvé par un voisin musulman. Il a risqué sa vie pour me sauver. C’est plus qu’un frère pour moi. Pendant 12 jours, il m’a apporté à manger et à boire toutes les nuits. Je ne pouvais pas marcher et n’avais aucune chance de pouvoir m’enfuir et ça devenait de plus en plus dangereux pour lui de me garder là », a-t-il expliqué.

Il a par la suite réussi à fuir à dos d’âne dans les montagnes, puis vers les zones contrôlées par le Gouvernement régional du Kurdistan.

UNE POPULATION TERRORISÉE

Les massacres et les enlèvements ont réussi à terroriser la totalité de la population du nord de l’Irak, poussant des milliers de personnes à fuir pour sauver leur vie.

On ignore toujours le sort réservé à la plupart des centaines de yézidis enlevés et maintenus captifs par l’État islamique. Nombre des personnes retenues par l’EI ont été menacées de viol ou d’agression sexuelle ou ont subi des pressions visant à les obliger à se convertir à l’islam. Dans certains cas, des familles entières ont été enlevées.

Un homme qui a fourni à Amnesty International une liste sur laquelle figuraient les noms de 45 de ses proches, uniquement des femmes et des enfants, a indiqué : « On a des nouvelles de certains d’entre eux, mais les autres ont disparu et on ne sait pas s’ils sont morts ou vivants ni ce qui leur est arrivé. »

Au lieu d’envenimer la situation en feignant de ne pas remarquer les milices confessionnelles ou en armant les milices chiites contre l’État islamique, comme l’ont fait les autorités jusqu’à présent, le gouvernement irakien devrait se concentrer sur la protection de tous les civils, quelles que soient leur origine ethnique ou leurs convictions religieuses ».
Donatella Rovera

La population du nord de l’Irak mérite de vivre libre de toute persécution sans avoir à craindre sans arrêt pour sa vie. Les donneurs d’ordre, les exécutants et les complices de ces crimes de guerre doivent être appréhendés et traduits en justice.

Depuis qu’ils ont pris le contrôle de Mossoul, le 10 juin, les activistes de l’EI ont aussi systématiquement détruit ou endommagé des lieux de culte autres que ceux de l’islam sunnite, y compris des mosquées et des temples chiites.

Voir par ailleurs:

Netanyahu is losing Europe’s goodwill, even Germany’s
David Gardner in Beirut
Israel slow to realise a change in sentiment over Palestine that could challenge its legitimacy
The Financial Times
November 10, 2014

Sweden’s new government last month recognised the state of Palestine, and Britain’s House of Commons and Ireland’s senate called on their governments to follow suit. Now, France’s governing Socialists plan to bring a similar resolution to the national assembly, while Federica Mogherini, the new EU foreign policy chief, recently announced that she wants to see a Palestinian state established during her term.

Is European impatience with Israeli intransigence towards the Palestinians reaching a point of rupture? Is EU frustration with Benjamin Netanyahu, the Israeli prime minister’s expansion of Jewish settlements on occupied Arab land, proscribed by international law, inclining Europeans to force the issue of a Palestinian state?

Europe has always had a more complicated relationship with Israel than the US, the indispensable and invariably unconditional patron of the Jewish state. While Europe recognised Palestinians’ right to their own homeland almost four decades ago, Israel has tended almost to patronise the EU as a politically negligible economic power, several of whose member states, not just Germany with its history of the Nazis and the Jewish Holocaust, have a history of anti-Semitism for which to atone.

Until recently, successive Israeli governments somehow managed to convince Europeans that any political pressure would result in their being excluded from peace talks that long ago ceased even to be mere process. But Israel has been slow to realise there has been a change in sentiment in Europe, not sudden but solid, that could eventually present a challenge to its legitimacy. The shift follows a sharp rise in hostility towards Israel in western Europe, with BBC polls carried out by Gallup recording between two-thirds and three-quarters of people in the UK, Spain, Germany, France and Italy holding negative views of Israel’s policy.

Sweden, furthermore, is not the first EU member to recognise Palestine. Eight other member states do, even if all of them took that decision before joining the EU. More relevant is that half of the EU, 14 members including France, voted to admit Palestine as an observer state at the UN in December 2012. The Netanyahu government dismissed that vote as a non-event, yet moved heaven and earth diplomatically to influence it and was stung when Germany abstained.

That should not have been a surprise. In February 2011, Germany, which had abstained several times during the second intifada a decade earlier, voted in the UN Security Council to condemn Israel’s settlements, in a 14-1 result vetoed by the US.

Chancellor Angela Merkel lost all trust in Mr Netanyahu long ago. But German diplomats say Berlin is coming to the conclusion that neither this nor any other likely Israeli coalition is willing or able to roll back the occupation to boundaries that would make a Palestinian state viable. And that while all Israeli governments have intended the main settlements to be permanent, Mr Netanyahu’s revival of plans to expand settlements east and south of Jerusalem places a viable and contiguous Palestinian state beyond reach.

Without German support, the EU last year would probably not have adopted rules prohibiting grants to Israeli entities operating in illegal settlements. Yet the EU still let Israel into its Horizon 2020, the only non-member state in this €80bn research and development programme, making Israeli high-tech high fliers eligible for European public money provided it is not spent in the settlements.

While these rules are quite distinct from the international campaign to boycott Israel until it withdraws from the occupied West Bank and Arab East Jerusalem, they are in the same political ballpark and some European pension funds have started pulling their investments in Israeli banks with branches in the settlements, acting on EU rules but probably also in response to activists.

Recognition of Palestine as a state is likely to grow in and outside the EU; Sweden was the 135th country to sign up. As current, and former, Israeli leaders have warned, Israel faces international ostracism unless it shows itself willing to make a deal on Palestine. Yet if avenues to a separate state continue to be closed, the Palestinians may opt for an apartheid-style struggle for equal rights within a single state. For now, the EU has targeted the settlements. But whatever its intentions, it is not hard to discern an eventual dead end at which Europeans clamour for a more general boycott.

Voir aussi:
Djihad à Jérusalem
Pas d’Etat pour une société qui glorifie le meurtre au nom de la religion
The Wall Street Journal
21 novembre 2014
Ce n’est pas avec des assassinats que les Palestiniens paveront la voie d’un Etat autonome

Pour comprendre pourquoi la paix en Palestine n’interviendra pas avant des années, si ce n’est des décennies, il suffit de penser aux réjouissances organisées par les Palestiniens après le meurtre de cinq Israéliens dans une synagogue de Jérusalem, dont trois jouissaient d’une co-citoyenneté américaine. Deux Palestiniens, des cousins, munis d’un hachoir à viande et d’une arme à feu, avaient attaqué des fidèles juifs pendant les prières du matin, et leur réponse fut une explosion de joie dans les rues.

Le Front Populaire de Libération de la Palestine a revendiqué l’opération tandis que le Hamas se réjouissait de ces assassinats, « une réponse aux crimes incessants des Israéliens. » Le principal obstacle à la paix ne provient pas dans les implantations juives de la ville multiconfessionnelle de Jérusalem. La barrière est la culture de la haine contre les Juifs alimentée par les dirigeants palestiniens.

Le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas à condamné les assassinats, mais non sans appeler Israël à interrompre ce qu’il a qualifié « d’invasion » de la mosquée sacrée Al Aqsa de Jérusalem. M. Abbas avait précédemment prétendu que le Mont du Temple avait été souillé par les Juifs, en dépit des assurances du premier ministre Benjamin Netanyahou que le Dôme du Rocher et la mosquée Al Aqsa continueraient d’être réservés au seul culte musulman. Le site d’information MEMRI rapporte que le numéro du 29 octobre du quotidien palestinien Al-Hayat Al-Jadida était plein de fausses accusations pour faire croire qu’Israël était en train de saccager les lieux saints de Jérusalem.

Le secrétaire d’état John Kerry a attribué l’attaque de mardi à un climat général de «provocation », mais M. Abbas était l’un des provocateurs.

Ces meurtres sont les pires de la récente vague d’attentats palestiniens, qu’on qualifie parfois de troisième Intifada spontanée, ou de soulèvement contre Israël. Mais il y a peu d’évènements spontanés dans une société dominée par des factions militaires armées. La dernière Intifada, qui est intervenue après l’échec des conversations de paix de l’an 2000, avait aussi été qualifiée de spontanée jusqu’à ce qu’il ne soit évident que Yasser Arafat l’avait déclenchée.

Le but de ce nouveau djihad est d’affoler les Israéliens pour leur faire accepter la division de Jérusalem, la première exigence formulée par les Palestiniens au cours des négociations de paix qui ont récemment échoué. Cependant, c’est seulement sous la loi israélienne que toutes les religions ont pu être librement exercées à Jérusalem. Au moment du 25ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin, le monde ne devrait plus diviser à nouveau de grandes villes.

Le président Obama a condamné l’attaque, mais son gouvernement a contribué en partie à semer le trouble en dénonçant les constructions dans la municipalité de Jérusalem. Dans une lettre à l’ancien premier ministre Ariel Sharon, l’administration précédente, celle de Georges W Bush, avait assuré en 2004 que tout accord de paix à venir garantirait des ajustements de la frontière de la Rive occidentale du Jourdain en fonction des réalités du terrain. En 2009, Hillary Clinton prétendit que la lettre de Bush n’avait pas de statut juridique, encourageant les rêves de division de Jérusalem des Palestiniens. Ce dont Israël a besoin aujourd’hui, c’est que les États-Unis ne donnent pas des gratifications aux actes de djihad en traînant M. Netanyahou dans des négociations avec M. Abbas. Le premier ministre israélien est en droit de refuser de rencontrer M. Abbas jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne mette un terme à l’incitation à la violence.

Le meilleur moyen d’empêcher une troisième Intifada, c’est de rassurer Israël sur le soutien des États-Unis dans des opératipns d’autodéfense et d’avertir les Palestiniens qu’ils n’auront pas de patrie tant qu’ils édifieront une société qui glorifie les meurtres d’innocents au nom de la religion.

Titre original : Jihad in Jerusalem
Review and Outlook in Wall Street Journal, publié le 18 novembre 2014
Traduction: Jean-Pierre Bensimon

Israël et Moyen-Orient
Revue de la Semaine des Médias français et israéliens

21 novembre 2014


Attentat du Hamas déjoué contre un ministre israélien. Les services de sécurité israéliens ont démantelé un réseau terroriste du Hamas qui planifiait un attentat contre le ministre israélien des Affaires étrangères, A Lieberman (Le Parisien).  Selon le Shin Bet, des terroristes du Hamas auraient cherché à se procurer un lance-roquette pour tirer sur la voiture du ministre israélien (RTL matin).

16 000 armes blanches saisies. Selon i24 news, le 12 novembre dernier, les douaniers israéliens auraient arrêté 5 arabes israéliens qui venaient récupérer un conteneur contenant près de 16 000 armes blanches.Israël en France.  Le traitement de l’actualité israélienne en France est trop faible aujourd’hui pour faire l’objet d’une analyse éditoriale représentative. Libération et le Parisien sont les seuls médias à rendre compte de l’actualité israélienne.

Suite du massacre de la synagogue de Jérusalem. « Depuis l’attaque tout le monde est tendu » témoigne un serveur israélien » interrogé par Nicolas Rippert. « Ce n’est pas facile, il faut être tout le temps aux aguets et regarder derrière soi. », témoigne un passant sur Arte Journal (19 nov.). Il est à noter que le Parisien est le seul quotidien avec le Figaro à rendre compte régulièrement de la vie quotidienne des Israéliens depuis la série d’attentats terroristes palestiniens commis au couteau, à la hache ou à la voiture bélier.

Israel annonce une série de mesures en réponse aux attentats (Direct matin, 20 nov.).   Pour prévenir de futurs attentats, le port d’armes devrait être facilité afin que les citoyens puissent se protéger des actions terroristes qui peuvent se produire dans des zones en dehors de toute protection policière (RTL-7h15 – 20 nov).

Les armes permettent parfois de prévenir les attentats (Arte journal). Ce fut le cas lors du dernier attentat au bulldozer à Jérusalem où le terroriste fut tué par un passant armé.

Les radicaux israéliens à la Une des médias français. Il faut noter une mise en avant médiatique des actions des radicaux orthodoxes israéliens, deux jours seulement après le massacre de la synagogue à Jérusalem.  Pourtant, d’un point de vue éditorial et journalistique, un tel acte devrait focaliser les médias français sur la violence palestinienne, l’action de l’Autorité palestinienne ou la peine des familles des victimes israéliennes, comme l’a fait le Figaro (20 nov.)

Mais la tendance éditoriale de la majorité des médias français à l’égard d’Israël se concentre principalement cette semaine sur deux points : une très vive critique de la politique du 1er Ministre Netanyahou et de son efficacité, ainsi que sur la minorité d’extrémistes juifs qui veulent judaïser le quartier arabe de Jérusalem et reconstruire le temple (Jt de 20h de TF1-19 nov. Zoom de la rédaction de France inter, 20 oct.).

1% seulement. Il faut savoir que les résidents israéliens à Silwan ne représente qu’1 % de la population et sont au nombre de 2500 à Jérusalem Est sur 50 000 résidents. Agresseur, assaillant, pas terroriste ? Ce choix éditorial de certains médias français ainsi la non qualification de terroriste des auteurs de la tuerie que les commentaires se bornent à qualifier « d’agresseur » ou « d’assaillant » pourraient sembler une manière de justifier l’exaspération palestinienne qui aurait conduit au massacre de la synagogue.

Le 1er ministre Netanyahou contre toutes représailles communautaires.  » La discrimination n’a pas sa place en Israel, a fermement prévenu le 1er ministre israélien. « La population arabe ne doit être stéréotypée à cause d’une minorité violente et bruyante »

Reconnaissance unilatérale de l’Etat palestinien à l’Assemblée nationale le 28 novembre prochain.
Depuis plus d’une semaine, les élus socialistes à l’origine de la résolution se sont exprimés dans la presse française et les médias (RTL, Libération, l’Opinion, le Parisien). Il aura fallu attendre ces derniers jours pour que se fassent entendre de points de vue différents.

Steinitz : «  C’est totalement contre-productif et c’est dommageable pour le processus de paix, explique le Ministre israélien aux Affaires stratégiques (Figaro, 19). « L’Etat palestinien doit être l’aboutissement d’une négociation, le résultat de concessions réciproques. »

« Tout geste unilatéral contribue à la perpétuation de la guerre, » a prévenu le Ministre Steinitz qui a tenu à rappeler les propos tenus par M. Abbas appelant, en septembre dernier, « à protéger la mosquée Al Aqsa de la contamination juive ».

«On ne peut pas reconnaître l’Etat palestinien tant que le Hamas ne reconnaît pas Israël. » estime Jérôme Chartier, proche de l’ex 1er ministre François Fillon (Libération.fr, 19 nov.).

« Il faudrait une initiative d’Etat dans le cadre du Quartet pour obtenir du Hamas et des autorités arabes qu’ils reconnaissent» l’Etat hébreu et sa sécurité, ajoute Jérôme Chartier, membre du groupe d’études sur la Palestine (Libération.fr,19)

Soutenir ce texte, c’est soutenir le Hamas confirme le Maire de Nice, Christian Estrosi, qui s’est prononcé contre cette initiative : « Le Hamas est un groupe terroriste. Le meilleur rempart contre le terrorisme, C’est Israel. » (Journal de 8h, France Inter, 19 nov.)

«Cette initiative parlementaire pollue surtout le débat» pour l’UMP mais ce n’est pas l’avis de Benoit Hamon (Parisien, l’Opinion, RTL) ou d’Esther Benbassa (Libération, 21) pour qui « la lutte pour l’indépendance de la Palestine est le dernier combat anticolonialiste dans notre pays »

Il est à noter qu’Elie Barnavi a multiplié cette semaine les interventions médiatiques (Arte journal 18 nov. France Inter 19 nov. Figaro 20 nov.). L’ancien diplomate israélien  met en accusation le gouvernement Netanyahou et affirme que pour sortir de la situation actuelle, il « faut préparer le terrain à l’internationalisation d’un processus de paix »

Israel trop critiqué ?  « Le monde politique et médiatique français ne montre pas le même esprit critique à l’égard de la partie arabe palestinienne« , constate l’avocat William Goldanel dans le Figaro (20 nov.). Et de rappeler les dernières propositions de paix israéliennes refusées par les Palestiniens. « Cette constance tolérée avec trop d’indulgence explique toutes ces déconvenues dont ils sont le premiers responsables » « Accorder une satisfaction politique symbolique à cette partie sans contrepartie ne fera que l’encourager à poursuivre cette politique irrédentiste. « 

Ce n’est pas le bon moment. Le président du groupe parlementaire UMP envisage de ne pas prendre part au vote (Libération.fr).  Christian Jacob estime en effet que l’attentat meurtrier dans une synagogue de Jérusalem, mardi, a conforté les députés UMP dans l’idée de «ne pas en rajouter» dans ce climat d’extrême tension.

Dossier nucléaire iranien.
« Si l’Iran devient une puissance nucléaire », déclare le ministre des Affaires stratégiques israélien, Yuval Steinitz, « cela va changer le monde pour toujours et créer un dangereux ordre mondial pour des décennies ». (Direct matin).

Il s’agit de l’avenir du monde. Lors d’une interview accordée au Figaro (19 nov.), le ministre Steinitz estime que « les Iraniens ont l’air de penser qu’ils peuvent à la fois se libérer des sanctions occidentales et garder leurs capacités nucléaires ». « Il vaut mieux pas d’accord du tout qu’un mauvais accord. C’est B. Obama qu’il a dit et il a raison. « 

Il faut noter la tribune de l’ambassadeur d’Iran en France parue jeudi dans Libération. Selon Ali Ahani, les relations entre la France et l’Iran « pourraient être exemplaires sans les tentatives d’intoxication de la part de certains courant en France, en Europe, Outre Atlantique, sans oublier le Moyen Orient, qui empêchent la concrétisation de cette attente ».  

Un appel à la France et au commerce. La chute des échanges commerciaux avec la France explique-t-il, est « justifiée par la question nucléaire et les sanctions imposées à l’Iran ». Mais selon lui, le programme nucléaire iranien est « pacifique », l’arme nucléaire interdite par la loi islamique, et « tôt ou tard le dossier sera fermé et les sanctions derrière nous ». Il est donc pour lui indispensable que la France  neutralise aujourd’hui  « les efforts destructeurs et les tentatives d’intoxications. »


David Banoun – Responsable de l’Analyse des Médias


Yosemite/150e: Nos arbres valent mieux que vos ruines (When Christ walked the earth: Looking back at America’s first natural park)

19 novembre, 2014
Yosemite Valley (Carleton E Watkins, 1865)
Vernal Falls, Yosemite (Thomas Hill,  1889)
Mother of the Forest, Yosemite ( with bark removed for 1860 Paris Exposition)
http://www.yosemite.ca.us/library/big_trees_of_california/images/sherman_tree.jpg
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2014/11/57c74-generalshermantreecomparison.jpg?w=450&h=253
http://www.jose-corti.fr/Images/photosauteurs/muir-stamps.gifI counted over 4000 rings, which showed that this tree was in its prime, swaying in the Sierra winds, when Christ walked the earth. No other tree in the world, as far as I know, has looked down on so many centuries as the Sequoia, or opens such impressive and suggestive views into history. John Muir
De tout ce dont la Nature a orné la surface de la terre, rien n’éveille plus notre sympathie, ni ne s’adresse plus puissamment à notre imagination, que ces arbres vénérables qui ont résisté à l’usure du temps, témoins silencieux de la succession des générations de l’homme, avec le destin duquel leur propre destinée présente une ressemblance si touchante, par leur naissance, leur maturité et leur déclin. John Muir
It seemed to me I had entered God’s holiest temple, where that assembled all that was most divine in material creation. Lafayette Bunnell
La Mariposa se dresse là comme Dieu l’a créée. Thomas Starr King
I lay for half an hour alone at the root of the most colossal bole (…)  Are you as old as Noah? Do you span the centuries as far as Moses? Can you remember the time of Solomon? Were you planted before the seed of Rome took root in Italy? At any rate, tell me whether or not your birth belongs to the Christian centuries; whether we must write “B. C” or “A. D.” against your infancy. (…) One calculation led Mr. Greeley to believe that the oldest of these trees were of substantial size when David danced before the Ark, when Theseus ruled in Athens, when AEneas fled from the burning wreck of Troy. In an English journal they were estimated by a distinguished botanist at three thousand years. Dr. [Jacob] Bigelow, by counting the rings in a section of the trunk of one of the largest, which had been felled, and computing from that, reduced these pretentions materially. He made it about 1900 years old,—a tender contemporary of Cicero and Julius Caesar. But since then, a merciless savant, Dr. [John] Torrey the botanist, declares that he has counted every ring on the tree that was cut down, and his figures have felled a vast pile of our poetry. Why must there be scientific men, who delight in bothering theologians, and in erecting their chevaux de frise in the path of all galloping romance? He makes our tree about eleven hundred years old. If this calculation be trustworthy, the column at whose root I sat took its first draught of sunshine in the time of Charlemagne. It is three hundred years older than the Norman Conquest and the great Hildebrand. 96 It was a giant in the time of the first Crusade. And it antedates the foundation stone of the oldest Gothic spire of Europe. A genial evening of life to the Methuselahs of the wilderness, who were babies of a century a thousand years ago. Thomas Starr King
L’Amérique du Nord présente, dans sa configuration extérieure, des traits généraux qu’il est facile de discerner au premier coup d’œil. Une sorte d’ordre méthodique y a présidé à la séparation des terres et des eaux, des montagnes et des vallées. Un arrangement simple et majestueux s’y révèle au milieu même de la confusion des objets et parmi l’extrême variété des tableaux. Alexis De Tocqueville
If you delay, your Niagara will have been spoiled for you. Already the forest round about is being cleared…I don’t give the Americans ten years to establish a saw or flour mill at the base of the cataract. Alexis De Tocqueville
They are about to consummate the barbarism by throwing a wire bridge over the river just below the American Fall…what they will not do next in their freaks it is difficult to surmise, but it requires very little to show that patriotism, taste, and self-esteem, are not the leading features in the character of the inhabitants of this part of the world. Sir Richard Bonnycastle (1849)
Je pense que je ne verrai jamais un poème beau comme un arbre. Les poèmes sont créés par des fous comme moi, mais Dieu seul peut créer un arbre. Joyce Kilmer (1913)
Je crois bien que jamais je ne verrai un panneau d’affichage aussi beau qu’un arbre. En fait, je ne verrai pas un seul arbre avant que tous les panneaux soient tombés. Ogden Nash
The “Bridal-Veil” fall in Yosemite “leaps out of a smoother channel, in a clear, symmetrical arch of indescribable beauty; has a larger body of water, and is surrounded by far loftier and grander precipices” than the Staubbach fall in the Swiss Alps. James Hutchings
Despite the best intentions of the preservationists, their cause succumbed to the unassailable American will-to-profit. The last chance to preserve a semblance of an enduring cultural tradition in America needed more than patriotic defense to survive. Contrary to popular memory, the parks were not the result of preservationists’ aims to protect the environment or preserve monuments to the American heritage; rather, the development of a system of National Parks relied almost exclusively on the profit potential of the landscape. The earliest park sites were chosen in part because the sublimity of their rugged beauty expressed a monumental tribute to the American identity, but more significantly because the protected land removed from the public domain was economically worthless. As the early history of the park system demonstrates, sites like Yosemite and Yellowstone were carefully chosen iterations of America. In both places, the high rugged terrain offered the monumentalism appropriate to a symbolic expression of the American character, but conveniently enough, it also prevented profitable activity such as mining, timbering, or farming and were therefore much more justifiably preserved. But both parks, although worthless for traditional industries, became even more valuable when the country discovered that where industry was unable to access the resources, tourism could. The millions of dollars generated by tourist revenues–not a spiritual desire to preserve the landscape–proved in the end to be the winning defense for the park system. Joshua S. Johns
Pour de nombreux Américains de la fin du xixe siècle, la nature sauvage – ou supposée telle – avait le goût du paradis perdu. Les écrits écologistes de Henry David Thoreau (1817-1862) ou de John Muir (1838-1914) leur apprenaient que c’est un antidote aux poisons de la société industrielle. Et beaucoup croyaient que le salut du monde passe par la sanctuarisation de son milieu naturel. (…) Si les Américains se sont passionnes pour les séquoias, c’est parce que leur taille phénoménale était le signe d’un destin grandiose dont les racines remontaient à la naissance du monde. Ces vestiges naturels  offrent à la nation américaine un patrimoie propre, bien plus ancien que celui des nations colonisatrices. Ils parlent d’un temps géologique  qui n’a rien à voir avec l’échelle des civilisations européennes. C’est le temps de la nature, celui de l’Amérique, directement hérité du Créateur, sans intervention superflue des prétenitons humaines. (…) Ce qui frappe surtout les observateurs, c’est que la plupart des arbres sont contemporains du Christ. (…) D’oùle véritable culte dont ils peuvent faire l’objet  de la part de tous ceux qui voient dans Yosemité comme le temple naturel de l’Amérique. (…) La réputation de Yosemite doit aussi beaucoup à l’image qu’en ont donnée les photographes et les peintres. Carleton Watkins (…) visite le site en 1861. Il en revient avec des des photograzphies qui, plus encore que les morceaux d’écorce envoyés par Geeorge Gale, frappent ‘imagination des Américains de la côté est. (…) Ainsi, les reproductions, les tableaux, les livres, les reportages, les sermons ont contribué à faire de cette vallée boisée de la Sierra Nevada un lieu de rédmption pour le nouveau peuple élu. La forêt, perçue comme dangereuse du temps des premiers colons, est devenue un havre de paix dans une nation en guerre. pour finir par former l’un des paysages mythiques des Etas-Unis. Bruno Cabanes

The Mother of the Forest, Genesis, Adam, Methuselah, The President, The Senate, The House, WashingtonFranklin, John Adams, Lincoln, Roosevelt, Cleveland, Monroe, General Sherman, General Grant, Robert E. Lee  …

En ce 150e anniversaire de la création du Parc de Yosemite

Où le moindre site naturel est à présent dument viabilisé et doté de sa boutique de souvenirs …

Et dont l’accès, pour les plus courus protection oblige, est non seulement payant mais rationné, nécessitant souvent, quand il n’est pas tenu secret, une réservation plusieurs mois à l’avance …

Comment imaginer ce qu’a pu représenter un site comme  Yosemite lors de sa découverte ?

Le côté phénomène de foire suscité par la prodigieuse grandeur de ces mastodontes de plus de 100 m (redwoods) et de près de 2000  tonnes (sequoias) qui verra leur premier découvreur, un homme d’affaires du nom de George Gale, arracher sur une hauteur de 35 m l’écorce d’un monstre de 30 m de circonférence pour en envoyer, pour qu’ils y soient reconstitués, les lambeaux vers les villes de la côte est, en assurant ainsi la mort quelques années plus tard …

La frénésie marchande de ces forestiers qui abattirent, souvent à perte faute de pouvoir les transporter, tant de ces illustres géants …

La fierté d’avoir enfin, derrière ces troncs bimillénaires, non seulement un héritage propre mais un  patrimoine bien plus ancien que toutes les ruines réunies de ces civilisations européennes qui les avaient toujours regardés de haut …

Ou, comme l’exprimèrent tant de reproductions, tableaux, livres, reportages ou sermons mais aussi les noms mêmes qu’ils leur attribuèrent, la vénération quasi-religieuse devant des vestiges naturels contemporains du Christ et remontant, croyait-on, à la naissance du monde …

Au point qu’en pleine guerre civile, le président Lincoln ait pris la peine de signer un projet de loi qui en ferait, même avant Yellowstone , le premier parc naturel au monde …

Et qui, via l’industrie touristique alors naissante et aujourd’hui si décriée, en assurerait un siècle et demi après la préservation …

Our Trees Are Better Than Your Ruins: National Parks and National Identity in Nineteenth Century America
James Rogers
US history scene
Jul 25th, 2013

On June 30 1864, in the midst of a bloody civil war, President Abraham Lincoln signed “An Act authorizing a Grant to the State of California of the Yo-Semite Valley, and of the Land embracing the Mariposa Big Tree Grove.” For the first time, ideological values implicit in the setting aside of land for public recreation and enjoyment had been given priority over the potential for material and financial advancement. Eight years later, in 1872, Yellowstone became the world’s first national park (the federal government was required to take control of the park, as Wyoming was then only a territory, rather than a state). These unprecedented acts of wilderness preservation laid the foundations for a now global model of national park creation. Everyone who today enjoys the natural wonders of the world owes such enjoyment to these preservation efforts in the early United States.

The artist George Catlin (1796-1872) is widely credited as being the first prominent spokesperson to propose national parks in the 1830s. Over thirty years before the Yosemite State Park Grant, Catlin advocated for a “nation’s park, containing man and beast, in all the wild and freshness of their nature’s beauty,” to be accomplished by “some great protecting policy of government.” For Catlin, the park would be a “specimen” for America to “hold up to the view of her refined citizens and the world, in future ages!” ((George Catlin, Letters and Notes on their Manners, Customs, and Conditions, written during eight years’ travel amongst the wildest tribes of Indians in North America, 1832-1839 (Scituate, MA.: Digital Scanning, 2000), 295)) In summary, a national park could become a vital source of national pride.

Lecture by the historian Roderick Nash on the “Meaning of Wilderness” in the United States:

Americans endured ridicule on many fronts following the rampant commercial exploitation of Niagara Falls. The first words of Alexander De Tocqueville’s Democracy in America stated, “North America has striking geographical features which can be appreciated at first glance” and noted the “simple majesty of their design.” ((Alexis De Tocqueville, Democracy in America, trans. George Lawrence (New York: Anchor Books, 1969), 23)) He bemoaned the failure to properly protect such wonders: “I don’t give the Americans ten years to establish a saw or flour mill at the base of the cataract [Niagara].” ((John Opie, Nature’s Nation: an Environmental History of the United States (Montana: Harcourt Brace and Company, 1998), 375)) In the first half of the nineteenth century, the United States government failed to preserve potential sources of national pride and identity in the East. Some individuals began searching for a new national icon to deflect derogatory British observations about America’s lack of culture and “civilization.” ((John Shultis, “Improving the Wilderness: Common Factors in Creating National Parks and Equivalent Reserves During the Nineteenth Century,” Forest and Conservation History 36, no. 3, (1995): 122)) This laid the groundwork for a more focussed and ultimately more successful effort in the West, culminating in the creation of national parks.

The official wording of the Congressional acts described each of the proposed parks as a “pleasuring ground for the benefit and enjoyment of the people.” ((“An Act to set apart a certain Tract of Land lying near the Head-waters of the Yellowstone River as a public Park,” U.S. Statutes at Large vol. 17, 32-33; “An act to set apart a certain tract of land in the State of California as a public park,” U.S. Statutes at Large vol. 26, 478; “An Act authorizing a Grant to the State of California of the Yo-Semite Valley, and of the Land embracing the Mariposa Big Tree Grove,” U.S. Statutes at Large vol. 13, chap. 184)) Specifically, there were three main principles upon which National Parks were built: cultural arguments based on comparisons with Europe; the desire to preserve only the most “wonderful” and curious natural features; and the necessity of proving the material worthlessness of the land and its unsuitability for other potentially more profitable purposes. Each nineteenth century park conformed to this three-component model, and contained essential similarities that conclusively explain how and why preservation of natural areas occurred.

The origins and continuing success of the National Parks has been the subject of a recent documentary series, National Parks: America’s Best Idea, produced by Dayton Duncan and Ken Burns (recently interviewed by US History Scene).

Extended preview of the PBS series

Dayton Duncan discussing the creation of National Parks: America’s Best Idea.

New World Nature and Old World History: Comparisons with Europe

Warren Baer, editor of the Mariposa Democrat, published the first detailed and extensive account of the Yosemite Valley in 1856. He bemoaned the desire of the American traveller to obtain a sight of the Alps of Switzerland or valleys of Italy, many of which “possess no wonderful attributes of greatness, save in the mind of the traveler, that will compare with the scenery, separately or in whole, of the Yosemite Valley.” ((Warren Baer, “A Trip to the Yosemite Falls,” Mariposa Democrat 5 August, 1856, accessed 21 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/a_trip_to_the_yosemite_falls.html.))

Similarly, James Hutchings, a failed businessman who had entered the publishing industry and led one of the earliest expeditions to Yosemite, wrote in a travel guide that the “Bridal-Veil” fall in Yosemite “leaps out of a smoother channel, in a clear, symmetrical arch of indescribable beauty; has a larger body of water, and is surrounded by far loftier and grander precipices” than the Staubbach fall in the Swiss Alps. ((James Hutchings, Scenes of Wonder and Curiosity in California (San Francisco: J. M. Hutchings, 1862), accessed 14 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/scenes_of_wonder_and_curiosity/)) This explication of the ways in which the Yosemite Fall was superior to its famous European counterpart demonstrates that the aim of much of this literature was to express the ways in which America’s nature could compete with and surpass European equivalents. Nowhere was this clearer than in a letter in The Times in 1869, in which the English author said of Yosemite: “All the Americans I have seen are very proud of it, and some less well informed than the rest have been almost offended at my saying that much grander mountain views could be found in the Alps.” ((The Times, 30 October, 1869)) Promotional materials for the early parks emphasized that, by travelling to these Western natural sites, Americans would be honouring the pioneering experiences of the early frontiersmen. Visitors could engage with the uniquely American history of westward expansion, and in doing so could achieve some physical and spiritual freedom. ((Elliott West, “Selling the Myth: Western Images in Advertising,” in Montana: The Magazine of Western History 46, no.2: 1996, 36-49))

While the political implications of this desire to match the famous grandeur of Europe’s art and nature through the newly discovered wonders in Yosemite are difficult to prove, the volume of literature that stresses the comparison between the two continents indicates that it was of no small significance. Frederick Law Olmsted (designer of New York’s Central Park) – one of the first people to suggest that natural scenes were favourable in securing the “health,” “vigor,” and “happiness” of men – directly criticized the system in England whereby wealthy land owners created private parks solely for the enjoyment of their own families. For Olmsted, such a system represented a “monopoly” in which the vast majority of the population, including those who would gain most from a period of recreation, were excluded from the physical and psychological benefits offered by such parks. ((Frederick Law Olmsted, Yosemite and the Mariposa Grove: A Preliminary Report, 1865, accessed 19 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/olmsted/report.html)) Yosemite Park was to be a cultural asset superior to anything in Europe, and a conspicuous example of American democratization.

Olmsted’s argument is evident in a widely repeated incident from the 1893 World’s Fair in Chicago, to which part of a fallen Sequoia tree (the General Noble Tree) had been sent in order to demonstrate its immense size.

The rejection of the existence of such a tree by many of the visiting English patrons became a ground for dispute for supporters of the Yosemite Park idea, and later became a useful tool to strengthen cultural arguments for preservation. One recital of the incident recalled how one Englishman, after being repeatedly assured by the American “gentlemen” who had transported the tree to Chicago that the object was real, “gave one look of rage at our honest-eyed friend, and bolted from the neighbourhood.” ((Thomas Starr King, A Vacation among the Sierras: Yosemite in 1860 (Book Club of California, 1962), accessed 21 May, 2013, http://www.yosemite.ca.us/library/vacation_among_the_sierras/)) The incident did not only appear in much of the Yosemite literature, but was also repeated by Senator Conness during the longest of the debates on the passing of the park bill: “The English who saw it [the tree] declared it to be a Yankee invention” and thought that “it was an utter untruth that such trees grew in the country.” ((Congressional Globe, 1864, 2301)) What may at once have been deemed a trivial incident later became considered worthy of repeated recitation in an effort to justify the preservation of the trees through the creation of the park.

Robert N. Dennis collection of stereoscopic views. / United States. / States / California. / Stereoscopic Views of Yosemite Valley, California / by E. & H. T. Anthony & Co.

Age estimates of the park’s trees became another means of comparison with Europe. Many publications, stressing the unique physical attributes of the Yosemite region, highlighted the possibility that the United States possessed trees that out-dated many of Europe’s ancient spectacles. Thomas King, a noted political orator during the Civil War, described how one member of a travelling party to the Sierras believed that “the oldest of these trees were of substantial size when David danced before the Ark, when Theseus ruled in Athens, when Aeneas fled from the burning wreck of Troy.” ((King, A Vacation among the Sierras)) Such comparative thinking entered the official discussions on the park’s creation; one of the first questions to be asked of Senator Conness concerning the trees was, simply, “How old?” ((Congressional Globe, 1864, 2301))

These comparisons played an equally vital role in the creation of Yellowstone Park as it had for Yosemite, influencing both press coverage and official documentation. A report from the Committee on Public Lands was used as a basis for the initial presentation and discussion of the bill. The report observed, “all these springs are adorned with decorations more beautiful than human art ever conceived, and which have required thousands of years for the cunning hand of nature to form,” and that “the geysers of Iceland sink into insignificance in comparison with the hot springs of the Yellowstone and Fire-Hole Basins.” ((“The Yellowstone Park: Report of the Committee on Public Lands,” Reports of Committees of the House of Representatives for the Second Session of the Forty-Second Congress, 1872)) There are detailed similarities between 1872 and 1864 in terms of an emphasis on the superiority of American natural wonders. More specifically, this illustrates a continuation of the desire to not only highlight superior physical attributes, but also the age of the natural features.

The Chicago Tribune, citing a report of the Yellowstone Expedition in 1870, stated that those in the field were “satisfied this wonderful region … needs to become known to attract as much attention as any other on the face of the globe.” ((Chicago Tribune, 11 October, 1870)) The St. Paul Daily Press similarly stressed the extent to which the United States was setting a global precedent: “such a grand national park [Yellowstone] in the heart of the continent, is one of those conceptions that is purely American in their magnificence.” ((St. Paul Daily Press, 6 March, 1872)) The very fact that, within twenty-one years of the creation of Yellowstone, six other countries had designated lands as national parks or equivalent reserves reinforces this point that the United States had constructed a model for the rest of the developed world to follow. ((John Shultis, “Improving the Wilderness: Common Factors in Creating National Parks and Equivalent Reserves During the Nineteenth Century,” Forest and Conservation History 36, no. 3, (1995): 121-22))

Preservation of the Wonderful

Whereas the wonders of Yosemite were effectively advertised by authors and artists, like King, Greeley, Horace, and Watkins, the natural landmarks of the Yellowstone region were brought to a wider audience mainly through published accounts of two expeditions: the 1870 Langford-Washburn expedition, and the 1871 Hayden expedition. ((N. P. Langford, “The Wonders of the Yellowstone,” Scribner’s Monthly 2, no. 1, (1871): 2-17.)) These accounts primarily described the physical attributes of specific natural phenomena, especially concentrating on the uniqueness of the many geysers in the region. Langford, in particularly emotive language, suggested, “the springs themselves were as diabolical in appearance as the witches’ cauldron in Macbeth, and needed but the presence of Hecate and her weird band to realize that horrible creation of poetic fancy.” ((Ibid., p. 10))

The findings of Professor Hayden’s expeditions into the Yellowstone region were reproduced in the illustrated magazine Scribner’s Monthly, where Hayden wrote about the wonders of the area and the necessity of park legislation. Of the Yellowstone Mountains, he noted, “several members of the party, who were familiar with the mountains of Central Europe, were struck at once with the resemblance to the Alps.” The establishment of these parks necessarily included recognition of the pioneering exploration that had uncovered America’s natural wonders. These expeditions, like that of Lewis and Clarke, were evidence not only of American bravery and of the pioneering spirit, but also served as a timely reminder of the huge scale of the American nation. The discovery of wonderful, unique natural phenomena in the darkest recesses of the country created an aura of mystery and wonder.

The increasing use of the natural world as a subject for artistic expression facilitated this cultural transition. Albert Bierstadt and Thomas Moran, in particular, painted and disseminated images of America’s wilderness, in which man was subservient to his awesome surroundings. Such images conformed to the mid-nineteenth century growth of transcendentalism. Transcendentalists like Ralph Waldo Emerson and Henry David Thoreau reinterpreted the role of nature by suggesting that, in order to become closer to God, one must embrace his natural creations. By preserving God’s greatest creations in perpetuity, for all Americans to enjoy, the creators of the national parks ensured the spiritual well-being of those willing to embrace the wilderness.

Worthless Land

Unsurprisingly, not all motivations for the creation of national parks were purely ideological.

In contrast to the passing of the 1864 bill, proposed legislation for Yellowstone encountered real opposition within Congress. The resulting debates highlight the importance of the “worthless land” component of the park model. Much of the opposition to the park bills in Congress was based on an unwillingness to close off areas of land from private enterprise. Park promoters would be required to emphasize that the parks would not cause financial loss and would be self-funding.

The first of these debates involved Senator Cameron, who questioned the “necessity” of the federal government owning such a large tract of land, especially as the proposed park was to be “several times larger than the district of Colombia.” ((Congressional Globe, 1872, p. 484)) The second debate included the most outspoken opposition to the establishment of public parks at any point in the nineteenth century. Senator Cole of California criticised the legislation based on a two main issues: “I cannot see how the natural curiosities can be interfered with if settlers are allowed to approach them;” “If it cannot be occupied by man, why protect it from occupation?” Senator Trumbull’s answered that federal ownership was necessary in order to prevent an opportunistic group of people planting themselves “across the only path that leads to these wonders, and charge every man that passes along…” ((Ibid., p. 697))

In both debates, defenders of the park bill cited the findings of the Hayden report that indicated the unsuitability of the parklands for agricultural or arable purposes. The altitude of the land meant that it was not available for private occupation, hence the setting aside of the land would inflict no damage on any material interests. ((Ibid., pp. 520, 697))The new phenomena of large public parks were tolerated only after the satisfactory appeasement of economic, as well as ideological and environmental, interests.

Legacy

Despite these economic caveats, the early stages of the national parks system have retained a legacy of romantic cultural thought, grounded in the democratic ideal of making the greatest of America’s wilderness available to all. As a young country, the United States is rarely able to claim to have first discovered or established specific cultural principles. National parks are a notable exception. Now a global institution, the preservation of some of the world’s most unique natural wonders can truly claim to be “America’s Best Idea.” Marrying cultural and social concepts, it represented an antidote to nineteenth century American regionalism. Although primarily located in the West, these natural phenomena belonged to all Americans.

Voir aussi:

The Mother of the Forest and George Gale
A story about the killing of a 2,520 year old Sequoia in 1852 by George Gale for his carnival show.

June 11, 2008

« In the 1850s, Americans learned about California through the pages of newspapers and magazines. A businessman named George Gale and his partners provided the nation with its first big news story from California after the gold rush. In the process, Gale and his companions inadvertently assisted the forces that led to the protection of the natural wonders of the Sierra Nevada mountain range. Gale’s vaudevillian stunt, which received press attention in the United States and Europe, has since slipped into the forgotten pages of history, but its byproduct, the national park system, lives on.

The story begins in 1852, when miners looking for another lode in the boom-and-bust cycle of their existence stumbled across a grove of giant trees in a remote mountainous area in Calaveras County in northern California. In a moment of unimaginative nomenclature, the miners named the area the Calaveras Grove of Big Trees. Native American tribes knew of the region, of course, and white hunters saw the Calaveras giant trees in 1850. The Sierra region had received local publicity in 1851, when a battalion under trader James Savage invaded a valley south of Calaveras in Mariposa County, in a skirmish with a tribe of Indians, the Ahwahnechee. Savage accused the tribe of raiding his trading posts and he and his men burned out the Indians, who escaped under the leadership of a brave named Tenaya. A surgeon in the battalion, Lafayette Bunnell, took time from his duties to serve as a diarist for the trip and he remembered the scenery. « It seemed to me I had entered God’s holiest temple, where that assembled all that was most divine in material creation, » he wrote several years later. A second expedition, under John Boling, caught up with Tenaya and his band in May of 1851, killing one of Tenaya’s three sons. The following spring, the Indians attacked a group of miners, killing two. The regular army invaded the valley, killing five captive Indians. Newspaper stories of the battles in the valley, which was called by the Indian name Yo-Semite, did not travel beyond California. Meanwhile, rumors of a second grove of giant trees near Yo-Semite, bigger and more numerous than the Calaveras Big Grove, circulated among the local population.

As word of the huge trees in Calaveras County spread among folks scratching out a living in the region east of San Francisco, among those who rode out for a look was Gale. Some 20 or 30 miles from the mouth of the Klamath River, Gale stumbled into the grove. Among the 92 giant sequoias in the 160-acre valley, Gale saw what he mistakenly thought was a cedar tree — not just a backyard cedar, but a tree measuring 300 feet high, 92 feet in circumference at the ground and perfectly symmetrical from base to top. He called it « the Mother of the Forest, » and sent to town for a team of five men to chop it down.

Gale was not a lumberjack, nor did he own a sawmill or a lumberyard. He was about to become involved in show business, and in the tree he saw the biggest attraction of his career. But the Mother of the Forest did not die easily. After Gale’s men bored holes through the trunk of the giant sequoia with a long auger, they worked saw blades from one hole to the next. The sawyers, cautious of a 300-foot tree falling on them without notice, continued with great care. The five men worked 25 days to complete the task. According to one account of the event, the tree was so « straight and balanced » that it remained upright, even after it was sawed completely through. Wedges were forced into the cut with hammers and sledges; the trunk was smashed by a crude battering ram, fashioned from nearby lumber, but the Mother of the Forest did not topple.

Not until a wicked gale blew up, in the dead of night, did the tree begin to « groan and sway in the storm like an expiring giant and it succumbed at last to the elements… » Sounds of the crash of the giant sequoia carried 15 miles away to a mining camp; the tree buried itself 12 feet deep into the muck of a creekbed. Mud from the creek splashed 100 feet high onto the trunks of nearby trees. Later, forestry experts in the East estimated that the sequoia tree was 2,520 years old.

Gale’s men stripped most of the bark — which was two feet thick in places — in sections, so it could be pieced together like a grainy jigsaw puzzle for display in the sideshow. Reassembled, the bark section was 50 feet high, 30 feet in diameter and 90 feet in circumference. Another portion of the tree was cut across the diameter, showing rings representing forest fires, drought and rainy seasons over the previous two-and-a-half millennia. Stripping of the bark was done « with as much neatness and industry as a troop of jackals would display in cleaning the bones of a dead lion. » The rest was left to rot. The tree was so immense — and stored enough water in its system — that five years passed before its leaves turned brown and died. Gale shipped the bark to Stockton, on its way to San Francisco, then to the Atlantic States and finally London, to be seen « for a trifling admission fee. »

Sadly for Gale and his partners, reaction to the tree was of two kinds, and both doomed the sideshow. Citizens either thought the bark to be a fake, or, more surprisingly, were hostile to the killing of what was billed the largest tree in the world. The editors of Gleason’s Pictorial, a widely read magazine published in Boston, said, « To our mind, it seems a cruel idea, a perfect desecration, to cut down such a splendid tree… what in the world could have possessed any mortal to embark in such a speculation with this mountain of wood? » Europeans cherish such trees, the editors said, and protect them by law. They hoped that two other American natural wonders, Niagara Falls and Kentucky’s Mammoth Cave, would be safe from purchase and exploitation, and wryly asserted that the cave « is comparatively safe, being underground. » New York newspaperman Horace Greeley, after visiting the region a few years later, wrote, « …it is a comfort to know that the vandals who bore down with pump augers the largest of the Calaveras trees, in order to make their fortunes by exhibiting a section of its bark at the east, have been heavy losers by their villainous speculation. »

Economic speculation in the Calaveras Grove did not end with the bark exhibition, however. Another entrepreneur, seeing a tourist opportunity in the rugged hills 240 miles from San Francisco, built a hotel next to Mother of the Forest. The Mammoth Tree Hotel opened for business in 1855, with dances and theatrical performances held on Mother’s stump. Several dozen feet of the fallen tree’s surface were shaved flat; a tavern and two bowling alleys, complete with 81-foot lanes, were built on the leveled area and soon were ready for customers. Tourists also traveled to another, larger tree in the grove called Father of the Forest that had died a natural death many years earlier; its corpse ran along the ground for 450 feet and, after a rain, held a pond in its trunk deep enough to hold a steamboat.

The publicity surely stimulated interest in the natural wonders of California. Historian Hans Huth said vandalism such as the killing of the Mother of the Forest caused Easterners to ponder their duty to protect nature. A more recent environmental historian, Donald Worster, insightfully argued that ecological thought reflected not just discoveries (such as the Mother of the Forest) but the specific cultural conditions in which those discoveries arose. For example, the excitement caused by the felling of the giant tree caught the attention of one of the country’s most popular philosophers and poets, James Russell Lowell. In an article for The Spectator, reprinted in other publications, the well-known social critic called for a society for the protection of trees. « The American seems to have an hereditary antipathy to Indians and trees, both having been the foes he had to first encounter in conquering himself a home here in the West, » he wrote. Lowell, who had succeeded Henry Wadsworth Longfellow as chair of modern languages at Harvard, wanted trees to be left alone, free of the interference of sideshow huckster and government forester alike. « That is the best government for trees which governs least… » he wrote. « Nature knows better than any city forester. » Lowell’s dislike of government foresters prevented him from extending his minimal interference notion to the idea of state protection. The idea had been on the books as early as 1817 in the United States, when the Secretary of Navy was authorized to reserve lands producing oak and cedar for the purpose of supplying lumber for ships.

In 1864, 11 years after Gale felled the Mother of the Forest and seven years after Lowell’s call for a tree protection society, the federal government granted the State of California an area of about eight square miles to be used as a park several miles south of the Calaveras Grove of Big Trees. Ironically, the Calaveras Grove of Big Trees was left out of the protected area, even after all the attention it received in the popular press. The new park was in Yosemite Valley, which was home to more giant trees — the Mariposa Grove of Big Trees, plus spectacular and unusual granite formations, delicate waterfalls and scenery unlike any other in the world. The process of making Yosemite Valley a park, which began with the discovery of the Mother of the Forest, worked its way through the political arena with unusual speed. Yosemite Valley provided a model for a new kind of land use, a state park, which was to be joined by another model — a federal park — at Yellowstone eight years later. »

Voir également:

June 30, 1864, Abraham Lincoln creates Yosemite Park
Andrew Glass

Politico

6/30/09

On this day in 1864, President Abraham Lincoln signed legislation giving Yosemite Valley and the nearby Mariposa Big Tree Grove to the state of California “upon the express conditions that the premises shall be held for public use, resort and recreation.”

Championed by Sen. John Conness (R-Calif.), the Yosemite Grant included the first parkland the federal government ever set aside for preservation and public use. It set a precedent for the creation of Yellowstone as the nation’s first national park in 1872.

The need to preserve the magnificent landscape and the desire to attract tourists soon came into conflict, however. In 1865, Frederick Law Olmsted, a landscape architect who served on the Yosemite board of commissioners, warned that “the slight harm which the few hundred visitors of this year might do, if no care were taken to prevent it, would not be slight, if it should be repeated by millions.”

As Olmsted predicted, the Yosemite Valley soon became a popular vacation destination. When it became apparent that the state could not adequately care for the park, public pressure grew to turn over management of its natural wonders to the federal government. The campaign led to the establishment of Yosemite National Park in 1890.

In 1903, President Theodore Roosevelt camped in the park with naturalist John Muir for three days. On that trip, Muir persuaded Roosevelt to remove control of the nearby valley and grove from California and return it to the federal government.

Today, the region, under the management of the National Park Service, encompasses nearly 1,200 square miles of the Sierra Nevada range. With elevations as high as 13,000 feet, the park includes a pristine alpine wilderness amid deep valleys, sweeping meadows, groves of ancient giant sequoias, towering cliffs, spectacular waterfalls, wildflowers and iconic rock formations.

Voir encore:

Yosemite celebrates 150th anniversary
In the midst of the Civil War, President Abraham Lincoln signed the Yosemite Grant Act on June 30, 1864, paving the way for the national park system. American photographer Charles Leander Weed captured this view of Yosemite Valley that same year.
Katia Hetter
CNN
June 30, 2014

(CNN) — It was during the throes of the Civil War, with lots of bloody and brutal fighting still ahead, when President Abraham Lincoln turned his attention to the Mariposa Grove and the Yosemite Valley areas of California.

Lincoln’s signature on the Yosemite Land Grant bill on June 30, 1864, set a precedent for the preservation of the young country’s wilderness. That act 150 years ago was the first instance of the U.S. government setting aside scenic wilderness for public use and preservation.

The act put both tracts of land in trust for the state of California, and it set the stage for the 1872 establishment of Yellowstone National Park in Wyoming, Montana and Idaho as the first national park.

Calling it a « remarkable message of hope for a nation embroiled in a bloody civil war, » National Park Service director Joseph Jarvis suggested Lincoln’s actions may have been « assuring the nation of better times ahead, as if he knew that Americans would need places where they could go and find peace in the perfection of the natural world. »

The land around the grove and the valley became Yosemite National Park in 1890. Both pieces of land were re-acquired by the federal government and combined with the national park in 1906, which created the park much as we know it today.

Yosemite now hosts 3.7 million visitors annually, and the numbers are expected to swell for anniversary events through October. But the glorious groves of ancient sequoias, spectacular waterfalls and 750 miles of trails that are now Yosemite National Park’s 1,200 square miles are a joy for travelers to visit any time of year.

Voir enfin:

“Yosemite: The Story of an Idea” (1948) by Hans Huth

Foreword, by Carl P. Russell; signed by David R. Brower
1. Introduction
2. The American and Nature
3. Origin of the Park Idea
4. The Idea Grows
References
About the Author, Hans Huth
Hans Huth and His Story
“Yosemite: The Story of an Idea” is one of the most important contributions to the history of the national park idea that has been made in recent years.

For one thing, Dr. Huth, in reiterating that Yosemite, not Yellowstone, was the first park of national importance, has made it imperative that future historians abandon the common assumption that the national park idea was born at a campfire in Yellowstone in 1870. Six years before that campfire, Congressional action had already been taken to set aside Yosemite Valley, that it might be enjoyed in perpetuity as a scenic resource for all the people. The proper place of Yosemite in national park chronology is pointed out by Dr. Carl Russell in One Hundred Years in Yosemite. It is of major importance here that Huth traces the course of man’s interest in nature in this country and demonstrates that no other chronology was possible. He shows the importance of Yosemite not only as a birthplace of an idea, but also as a place where the idea could grow.

Perhaps Hans Huth’s insight with respect to our national parks is due to his not having grown up among them. He obtained his Ph.D. in Berlin in 1922 and by 1936 had been a curator in the museums of Munich and Berlin and the former Royal Palaces and Gardens in Prussia. He came to this country in 1938, having been invited to lecture at New York University and collaborate in history with the National Park Service, by which he was later appointed consultant. Now Associate Curator of the Art Institute of Chicago, he has published books on decorative arts, sculpture, and gardens, and has contributed to historical and art periodicals here and abroad.

Germany has respected cultural objects for generations and has interpreted historic relics for students and the average citizens in an organized way. Huth could see readily enough the practicability of using historic objects as teaching materials in the United States; they could also serve as a type of documentary evidence against which the written word could be checked. He has been instrumental in initiating this method in this country. At the same time, he has manifested great interest in nature protection. He has combined his several interests in “Yosemite: The Story of an Idea.” It is important that the results of his objective study of a park he has never seen be published now, when too many others who have not seen our scenic resources are opposing the concepts and attempting to negate the action of the men of vision of whom he writes.

—David R. Brower
Yosemite: The Story of an Idea
By Hans Huth
I. Introduction
Theodore Roosevelt gave status to conservation as national policy by creating, in 1908, the National Conservation Commission. The importance of what he had done did not really engage the public mind until the Dust Bowl catastrophe of the early ’thirties. Only then did the nation learn what it means to have the heavy topsoil of the plains, no longer protected by the original vegetation, carried away by the Mississippi and poured into the Gulf of Mexico. The dramatization in the Dust Bowl of what might be termed a cumulative calamity served to advance the conservation of the nation’s natural resources and the preservation of the educational and recreational values inherent in state and federal parks. The preservation of these values had been initiated at the now famous Conference of Governors in 1908 through the leadership of J. Horace McFarland, at that time President of the American Civic Association. He was the only representative who was farsighted enough to recommend guarding the national domain for its scenic value, which he felt represented “a distinctly important natural resource.” From this time on, the American Civic Association became active in arousing sentiment in favor of establishing a bureau of national parks. Appropriate legislation was finally drafted and passed by Congress in 1916.

In the course of the growth of the National Park System it has been frequently stated that with the establishment of Yellowstone National Park in 1874, the idea of national parks was born. More specifically, it has been said that members of the Washburn-Doane Expedition of 1870, in a campfire discussion in Yellowstone, laid the foundation for the national park pattern, and that from there on, like apostles, they carried the new gospel to the people.

If things really had happened this way, it would indeed have been something of a miracle. It would have meant that public opinion had been prepared for this supposedly new and unique idea in little more than a year, and that Congress was ready to act favorably “to set apart the vast territory of Yellowstone as a public park or pleasuring ground for the benefit and enjoyment of the people.” Ideas of such far-reaching consequence do not ripen overnight; they develop slowly. Any attempt to elucidate the evolution of the national park idea must start by exploring two different processes. One is the legal procedure used for transforming an area into a park for public use, as exemplified in the history of the setting up of Yosemite or Yellowstone as segregated areas under state or federal authority. The other is a process which seems more important and has been given little attention—the shaping of public opinion so that it will either demand or suffer conservation measures. Contrary to the usual assumption, it was not the establishment of Yellowstone but rather the setting apart of Yosemite which was preeminent in the basic conditioning of opinion. Yosemite is the point of departure from which a new idea began to gain momentum. Where the idea will lead can hardly be envisaged, but we do know that the manner in which the entire park system developed in this country is specifically American; the system is an institution admirably suited to fill the needs of the people.

II. The American and Nature
What was the attitude of the colonials toward nature, and how did it develop later? To find the answer to this question we could make a detailed study of the treatment of nature in early colonial literature; but it should suffice here to pick out a few significant opinions. Of course we need not stop to inquire about the pioneers’ point of view. They blazed the way and were forced to be uncompromising; they consequently rejected in nature that which was not of immediate and practical use—a philosophy borne out in a little poem published in 1692: In such a wilderness . . .

When we began to clear the Land . . .
Then with the Ax, with Might and Strength,
The trees so thick and strong . . .
We laid them all along . . .
[These] we with Fire, most furiously
To Ashes did confound. 1
We might also mention one Reverend Johannes Megapolensis, who visited the Cohoes Falls in 1644. Taking no delight in the extraordinary sight of nature, he noticed nothing save the obvious consequences brought about by the descending mass of water. To him, the boiling and dashing water made only a horrible noise and the trees looked as if they were standing in the rain. 2 To traveler and settler alike, nature seemed uncouth in the extreme, and they felt that they were in a “most howling wilderness amidst wild men and beasts.” 3 Toward the beginning of the eighteenth century there were occasional changes in this attitude, even in the core of Puritan stock. For example, Jonathan Edwards, the Connecticut minister, who was dismissed from his pulpit for his too strict adherence to the Puritan dogma, rather freely expressed his deep love for the beauties of nature which he considered an emanation of the Son of God. “We behold the fragrant rose and lily . . . the easiness and naturalness of trees and rivers are shadows of His beauty . . . the golden edges of an evening cloud . . . the blue sky . . . the ragged rocks . . . and the brows of mountains.” 4 While such sentiments apparently were admitted in disguised form, a New Englander ordinarily would have frowned on the enjoyment of nature as a pastime, since it would have been neither “useful ” nor “innocent,” but plain wasteful, and therefore vicious and leading to excess and sin. Southerners, of course, were more tolerant, but still contemplations of nature were rare before 1750. Perhaps we may evaluate in this context a statement made by Colonel William Byrd, the owner of Westover, to whom the ideal goal of a Southern gentleman was the possession of “a library, a garden, a grove, and a purling stream.” How far such desires indicate any special addiction to nature is difficult to define. Certainly we do not find one line in Byrd’s History of the Dividing Line (1728-1736) which would prove any special interest in nature. The few such statements we do find in colonial literature are simple and lack expressive power. Only in the second half of the eighteenth century did writers express more clearly defined thoughts about their relations with nature. We must be wary, however, of the à la mode stylists, who cannot be considered as being sincere inasmuch ‘as their conventionalized pastoral sentiments did not spring from any newly won or intimate relations with nature.

What we must study are the writings of such men as William Bartram, Hector St. Jean de Crèvecoeur, Alexander Wilson, and Philip Freneau. All these men came into close contact with nature by profession as well as by avocation, and all of them were conscious of the newness of their adventure on being confronted with virgin woods, savannahs, and lakes, not previously charted by white men. They as well as their readers had been prepared for their fresh experience by the works of English deists, such as Lord Shaftesbury, who had shaped their minds to perceive the possibility of a new kind of relationship between man and nature. At the same time they became acquainted with critics of the type of Edward Burke, whose recognition that a quality like “sublimity” should be coordinated with the beautiful, laid the foundation for a new aesthetic doctrine which was immediately taken up and applied. A little later the English Reverend William Gilpin became known as the erudite who had spent years in search and description of the “Picturesque.” Scarcely any writer on “nature” in the beginning of the nineteenth century failed to follow him and use his vocabulary. Only after the integration of such new definitions were writers properly equipped to furnish more unconventional and precise appraisals of nature. Imbued with this new spirit, William Bartram, 1739-1823, traveling between 1773 and 1777, asked his countrymen to behold “as yet unmodified by the hand of man . . . the unlimited variety and truly astonishing scenes of landscape and perspective.” 5

Bartram’s deeply felt emotions led him through all sensations of “vastness” and he would lose himself completely “amidst sublimely high forests, awful shades.” 6 His travel accounts, first printed in Philadelphia in 1791, did not find widespread recognition among his contemporaries; still it was he who strongly influenced Chateaubriand, and, much later, his view was one of the decisive factors in shaping Thoreau’s ideas. Philip Freneau’s poems (1752-1832) dealing with nature subjects are still well known, and it is unnecessary to single out any of them to show how well suited they were to persuading his fellow countrymen to share his deep devotion to nature. In Alexander Wilson’s (1766-1813) epic poem, “The Foresters, Descriptive of a Pedestrian Tour to the Niagara,” even the title reveals an attitude toward the natural wonders of this country. The poem is not well remembered now and probably was never very popular. But Wilson himself, wandering up and down the seaboard states and penetrating into remote places to peddle subscriptions to his bird publications, was a well-known figure and a most eloquent advocate in the propagation of love for and interest in the beauties of nature. In his time the public knew Wilson far better than they did his competitor, Audubon, who came into public view and gained a certain popularity much later.

Among the scores of travelers who roamed through the country for various purposes, it is easy to pick out some who took real interest in the scenes with which they were confronted. From Andrew Burnaby (traveled in 1759-1760) on, these men displayed increasing amazement at the wonders of natural grandeur which they beheld. St. Jean de Crèvecoeur (1731-1813) hates to dwell in “accumulated and crowded cities” and enjoys “in our woods a substantial happiness which the wonders of art cannot communicate.” 7 To visitors beholding Natural Bridge in Virginia for the first time, it is, according to Thomas Jefferson, impossible for their emotions “arising from the sublime to be felt beyond what they are here . . . the rapture of the spectator is really indescribable.” 8 To understand this praise we must realize that Natural Bridge was one of those objects to which a “curio” value had attached. The appreciation of this value, which has nothing to do with the aesthetic or sentimental merit of an object, was one of long standing. It had interested travelers the world over, ever since they had first set out on pilgrimages. Trenton Falls, Mammoth Cave, and, of course, Niagara Falls were some of the other places in this country regarded as “curious” and “landmarks,” to be seen by every foreign traveler. So in evaluating the “raptures” of travelers, we must be careful to distinguish mere delight in a curio value from the growing appreciation of scenic qualities of nature. In the travel accounts of Timothy Dwight, president of Yale in 1795, we are immediately reassured that the joy he expressed in the sights he beheld was genuine. An untiring traveler of the American countryside, he wandered “with emotions, similar to those with which, when a child, he roamed through the wilderness.” 9

Evaluation of the attitudes toward nature of writers of the early nineteenth century is difficult only because it becomes hard to know whom to select among the many who were taking an increasing interest in the American scene. Above all is of course James Fenimore Cooper, whose Pioneers must be regarded as one of the most significant books in this respect. Here is one of its typical passages in which Natty Bumpo expresses his feelings:

. . . “when I felt lonesome . . . I would go into the Catskills and spend a few days on that hill . . .” “What see you when you get there?” asked Edwards . . . “Creation, lad, all creation,” said Natty. “How should a man who has lived in towns . . . know anything about the wonders of the woods? . . . None know how often the hand of God is seen in the wilderness, but them that rove it for a man’s life.” 10

A study of William Cullen Bryant’s (1794-1878) poems will clearly prove that devotion to nature was one of his outstanding characteristics. This devotion is early expressed in “Thanatopsis,” and it is later confirmed by James Russell Lowell who hailed the dean of American poets on his seventieth birthday:

The voice of the hills did his obey;
The torrents flashed and trembled in his song;
He brought our native fields from far away . . .
While much interest has been shown lately in Thomas Cole’s painting (1801-1848), some attention should also be given to his journals for their warmhearted descriptions of the “sublimity of untamed wilderness, and majesty of the eternal mountains:” 11 But Cole did not confide his thoughts only to his journal; we know at least of one lecture on “American Scenery,” which he gave in 1835 before the New York Lyceum. 12 Though we do not know the contents of this paper, we can well imagine how Cole talked about “primeval forests, virgin lakes and waterfalls,” feasting his eye and being hallowed “to his soul by their freshness from the creation.” 13

Another romantic writer was Charles Fenno Hoffmann (1806-1884), the first editor of Knickerbocker Magazine. In 1834 he set out all alone to travel west on horseback. He too was enchanted by the beauty nature had lavished on the country and asked, “Why are there none to sing her primeval glories in our land?” 14 More important, however, was George Catlin (1796-1872), another untiring explorer and painter, whose particular interest lay in the “looks and customs of the vanishing races of native man in America.” Traveling up the Missouri River into the heart of the Indian country (1832), Catlin beheld the vast forest covering the banks of the river and he, perhaps as the first man in this country to do so, had the imagination to conceive the idea that these realms “might in future be seen (by some great protecting policy of government) preserved in their pristine beauty and wildness, in a magnificent park, where the world could see for ages to come, the native Indian in his classic attire, galloping his wild horse . . . amid the fleeting herds of elks and buffaloes. What a beautiful and thrilling specimen for America to preserve and hold up to the view of her refined citizens and the world, in future ages! A nation’s Park, containing man and beast, in all the wild and freshness of their nature’s beauty.” 15 This passage was first published in one of the letters Catlin sent to the New York Daily Commercial Advertiser in 1833 from the Indian Territory. Thus was planted the seed of an idea which, although it took more than three decades to develop, was immediately well circulated in the widely read New York newspaper.

Henry Thoreau’s Walden and the thirty volumes of his journal dedicated to recording observations on nature should be enough to show his interest in our problem. In one of his most pertinent passages he wrote:

Why should not we . . . have our national preserves . . . in which the bear and panther, and some even of the hunter race, may still exist, and not be “civilized off the face of the earth” . . . for inspiration and our true re-creation? Or should we, like villains, grub them all up for poaching on our own national domains? 16

Of Emerson’s many statements concerning either his appreciation or his deep understanding of nature and the intrinsic qualities of his native soil, one might quote a remark he made in his Boston lecture about “The Young American” (1844) as reported in the Dial: “The interminable forests should become graceful parks, for use and delight.” 17 This passage, deleted in later book versions, seems to be the one publicly pronounced which follows Catlin’s postulate of 1833 most closely. Cole took up the same idea by stating that “Americans have a strong desire for excellence . . . a love of nature . . . one cause of it—the wilderness passing away and the necessity of saving and perpetuating its features. 18 All these remarks show that by the middle of the century, growing numbers of people not only had begun to take interest in the outdoors but also had realized that conservation measures were becoming necessary. The art critic, Tuckerman, corroborates this change in public opinion by pointing out how healthful “a lengthened sojourn in the primeval forests would be for refreshment and inspiration.” 19 Now at last the opportunity to enjoy the uncharted wilderness was no longer thought to be the exclusive privilege of the romantically minded traveler or artist.

The efforts of artists to interest the public in the great outdoors began very much later than those of writers. At first the artists were definitely carried away by the romantic movement which came to the fore at the beginning of the nineteenth century. Before that time landscape painting in this country was almost nonexistent, since only portraits or historical paintings were held worthy of the profession. Perhaps some of the landed gentlemen had their country seats depicted, or occasionally some of the harbor towns and other sites of interest were painted and then engraved to show their topography. But “landscapes” as such were not yet generally appreciated and some English landscapists who came to this country to try out the field failed miserably in spite of the fact that one, William Winstanley, had been recognized by George Washington and had been recommended in 1793 to the Commissioner of the District of Columbia to paint “grand objects” such as the Great and Little Falls and Natural Bridge. Washington himself, encouragingly, had bought some of Winstanley’s “Landskips.” 20 Perhaps the first painter who did landscapes in a truly romantic mood, because he was enchanted by the American scene, was John Neagle, of Philadelphia (1796-1865). However, Neagle painted landscapes only as a sideline and never exercised any real influence, nor was he recognized as a landscapist outside his small circle. Only after 1825, when Cole had shown his landscapes in New York, did the public really become interested in the products of this new school of professional landscapists, later to be known as the Hudson River School. As Cole expressed it in 1835, “The painter of American scenery has, indeed, privileges superior to any other. All nature here is new to art.” 21 To understand the sudden turn which public interest took during this period, we must recall such factors as the publication of Irving’s Sketchbook in 1819-1820, Cooper’s Pioneers in 1823, and The Last of the Mohicans in 1826. With such books capturing strong public interest, it seems logical that thereafter paintings representing scenic objects should have been well received. Several series of prints showing landscape paintings were published after 1820; the most important of these, though it proved to be a failure,. was Asher Durand’s The American Landscape in 1830.

In the prospectus of this album, Bryant expressed the feeling that there was no want of taste in the community to ensure the most successful results to an “undertaking [to publish] the most prominent and interesting features of our varied scenery.” 22 In many titles of such publications we find the word “picturesque.” Even Bryant’s monumental book on the American scene, published as late as 1872, carried the title, Picturesque America. By this time, however, the term picturesque, an heirloom from eighteenth-century terminology, no longer was used with discrimination, and artists made fun of it:

To prose it here, to verse it there
And picturesque is everywhere.
Certainly the term was no longer characteristic of the work of American artists picturing their country and so advancing the knowledge of it. In the years following the early romantic period, artists on the one hand endeavored to show realistically what Cooper as early as 1828 had called “the American scene, embracing all that admixture of civilization and of the forest, of the works of man, and of the reign of nature, that one can so easily imagine to belong to this country”; 23 or, on the other hand, and somewhat later, they were out to paint “heroic landscapes.” These “grand style” objects presented by Church, Bierstadt, Kensett, and Moran, might be described with Catlin’s words as “the vast and vacant wilds which lie between the trodden haunts of present savage and civil life—the great and almost boundless garden spots of earth . . . the boundless plains of beauty and Nature’s richest livery.” 24 However varied artistic conceptions may have been, the resulting pictures were important factors in stimulating the public to take an interest in nature beyond its common utilitarian aspect. Aware of the basic facts underlying this gradual educational process, Emerson, apparently somewhat amazed by his own observations, did some explaining in his journal of October 13, 1837: “New Eyes. What is, appears. Go out to walk with a painter, and you shall see for the first time groups, colors, clouds, and keepings, and shall have the pleasure of discovering resources in a hitherto barren ground, of finding as good as a new sense in such skill to use an old one.” 25 But Emerson did not stay content merely to acquire a new aptitude for his eyes, he was willing also to draw a moral implication from this fresh way of considering nature. He adapted Gilpin’s problem of “searching the picturesque” to his own newly won conception and proceeded to apply it: “Our hunting for the picturesque is inseparable from our protest against false society.” 26 Generally speaking this was no new idea, since the litterateurs of the romantic movement had pronounced thoughts which were similar; however, in Emerson’s close study of nature with his “new eyes,” the idea is seen to be a new and consequential one.

We may get an even closer view of what was going on in the minds of Americans by analyzing some statements made around 1850, when writers noticeably began to look beyond the romantic aspect of nature and to grasp the specific esthetic values of the American scene. Undoubtedly this was at first done rather reluctantly. Even Cooper, who we might expect to say that the Rocky Mountains “must possess many noble views,” thought that nevertheless “the accessories are necessarily wanting, for a union of art and nature can alone render scenery perfect.” But then he goes on to admit that “the mountain scenery of the United States, though wanting in grandeur . . . is not without attractions that are singularly its own.” 27 In George William Curtis we find the same cleavage of opinion. In his book, Lotus-Eating: A Summer-Book, devoted to the pleasure of traveling in this country, he compares the beauty of Lake Como and Lake George. Remarking that there is a “positive want of the picturesque in American scenery and life,” Curtis goes on to make the remarkable statement that there should be another level of comparison than the one ordinarily used. Picturesqueness should not be the yardstick; but “space and wildness are the proper praises of American scenery . . . We have only vast and unimproved extent, and the interest with which the possible grandeur of a mysterious future may invest it.” 28

To gauge the progressiveness of such thoughts one should compare them with what John Ruskin, the recognized European arbiter of taste, told his friend, Charles Eliot Norton, in 1856, “I have just been seeing a number of landscapes by an American painter of some repute; and the ugliness of them is wonderful. I see that they are true studies and that the ugliness of the country must be unfathomable.” 29 In 1871, Ruskin supplemented this statement by another seeming equally strange: “I have kind invitations enough to visit America, I could not even for a couple of months live in a country so miserable as to possess no castles.” 30 So much cynicism and candor would be difficult to excuse if there were not Cooper’s or better still Curtis’s explanation by which to judge Ruskin’s dicta. After all, Curtis’s point of view was not so very different from Ruskin’s, since they both agree to the superiority of European scenery in certain respects. But beyond this Curtis recognized that the American landscape had quite specific attributes, such as Ruskin had never experienced and therefore could not realize. Agreeing with Emerson, Curtis felt that the landscape of the Western Hemisphere had very peculiar qualities, not merely of esthetic value but of vast social importance for the future. Altogether, Americans were to be considered as having a great natural advantage over Europeans. Artists were certainly ready to appreciate this and to help prepare the public to use “new eyes,” which through their efforts were gradually to become common property. Going out west to the Rockies and beyond, as well as to the north, painters were “discarding conventionalism . . . [taking] . . . nature in her beautiful American wilderness as their model . . . [making] . . . the woods and fields their studio . . . daring to paint trees green.” 31

It must be admitted that the process of inducing the public to visualize the great outdoors as a pleasure ground was slow, and not only Britons made gross misjudgments. As late as 1864, Tuckerman feared that “the American of education . . . who delights in the life and takes pride in the aspect of his native land, is the exception, not the rule . . . [because] there is too much monotony in the landscape . . . excepting certain shrines of pilgrimage long consecrated to enthusiasm.” 32

The early representatives of romanticism had influenced the public not only through their pictures and writings, but also by their way of living in the regions they had chosen to paint. Cole, by residing in the Catskills even during wintertime, “in search of the wintry picturesque,” 33 had incited other romantically inclined people to do likewise. By 1825 there were enough enthusiasts to patronize a hotel, the Mountain House, put up in the Catskills for no other purpose than to serve these Idealists in the pursuit of their nature cult—and the customers were awakened every morning to enjoy the sunrise. What a change since Dwight’s travels through the Catskills! In 1804 he only “occasionally passed a cottage and heard the distant sound of an axe and of a human voice . . . All else was grandeur, gloom and solitude. The mountains seem to shut out the few inhabitants from the rest of mankind like in Switzerland.” 34 In 1828 the Atlantic Souvenir published an account of a visit to the Catskills in which the American was admonished not to “leave this land for enjoyment, when he can view the rugged wildness of her mountains, admire the beauty of her cultured plains . . .” Theodore Dwight, a Hartford publisher and nephew of the Yale president, visited the Mountain House in 1834 and described the sunrise rites: “As soon as I could perceive the first blush of dawn, I dressed, and hastened to the roof of the hotel, to watch the approach of the day . . . There was more sublimity to be feasted upon every moment that passed, than some people witness in their whole lives.” 35 As if to answer the need for education to make people “see,” a curious book, The Scene-Shower, was published in 1844 by one Warren Burton. He wanted the public to be properly sensitive to landscape beauty. While the “scenery school” he suggested was never established, his book confirms the change in the public attitude. No longer did only the select few indulge in romantic travel and the “Saratoga crowd” take a cure at a spa; we find instead, according to Harper’s Monthly, that by 1854 various resorts had their staple attractions like the Mountain House’s “sunrising,” and just about everybody taking them in. 36

One of the reasons for this change was that traveling along the seaboard states had become easier. As long as the roads had been the main lines of transportation, traveling had been difficult, since horseback riding was not suitable for pleasure trips. For a holiday jaunt to Passaic Falls in 1797, for example, William Dunlap and his friends hired two carriages. Although they apparently were quite alone on their trip, they met many “merrymakers’ wagons, full of rustic beaux and belles” who, hardly interested in “nature” were crowding into public houses 37 But only great people owned carriages; stages were ridden only when they had to be, since they were uncomfortable and roads—even the national roads—were in hideous shape. With the opening of the Erie Canal in 1827, traveling began to be thought of as a pleasure. Canal boats, moving four miles an hour and offering fair sleeping and dining facilities, made trips which were called the “Grand Tour,” up through New York State to Lake Ontario, where passengers could visit Niagara Falls conveniently. What a thrilling experience it must have been to sail through the new and thriving cities of Utica, Palmyra, and Rochester—and just outside town to enjoy “unbroken wildness”! In his essays and novels published after the early ’thirties, N. P. Willis, the fashionable chronicler of his day, described how tourists swarming around Lake George and along the St. Lawrence were eager to discover the “unhackneyed” beauties of silent lakes and vast forests. Theodore Dwight was thankful indeed that “our canals often introduce us to the hearts of the forests; the retreats of wild animals are almost exposed to our view.” But even though “our scenery, history and biography attract more attention than they once did,” many are brought up unfit to enjoy them and “despise those who frequent our wild scenes and select the beauties of nature.” 38

The romance of travel was being discovered by a steadily increasing throng. Sarah J. Hale, the publisher of Godey’s Magazine, felt that “circumstances had almost inevitably designed us as a nation of travellers,” though she felt that many travelers who could be sensitive to natural beauties did not yet take to touring the country for lack of intellectual and poetical associations with the scenery 39 The constantly increasing love of the out-of-doors caused many city dwellers who could afford it to take up summer residence in’ suburbs or even in the country and along the Hudson and Schuylkill. Some inconvenience was caused by the less fortunate who could make only Sunday trips to enjoy a country picnic and who, unmindful of the owners, would swarm ruthlessly across the well-tended lawns of country estates. It was a common sight to behold traveling groups visiting revival meetings, or going out for picnics and camping, as may be seen in Henry Inman’s painting, Picnic in the Catskills (about 1840; Brooklyn Museum). The larger the crowd, the more everybody enjoyed it. Frequently such mass entertainment centered around sporting societies, which had been known since the middle of the eighteenth century. In Philadelphia, for example, there was the “Fishing Company” (founded in 1732), made up of both sexes, which organized excursions on the Schuylkill and to the country in winter as well as in summer. In New York, Fanny Kemble, when she was entertained by the “Pacific Society” enjoyed walks through the woods with magnificent views across The Narrows. The widely read American Farmer recognized the value of outdoor recreation for “liberalizing the mind and invigorating the constitution,” and frequently published articles and poetry to encourage it. 40

May Day was one of the occasions when “hundreds of the refined citizens of Boston . . . witness the glorious spectacle of a rising sun . . . pedaneous excursions are planned and parties made up.” 41 A typical meeting place for such_outings was “Harmony Grove,” near Framingham, Massachusetts, where citizens could enjoy “a day of pleasant recreation among wood land and lake scenery.” 42 It boasted a natural amphitheater, cricket grounds, and all “superior accommodations to parties.” The grounds were easily accessible by the Framingham Branch Railroad. Paintings by W. J. Stillman (Camp of the Adirondacks Club, 1857; Concord Free Public Library), and Worthington Whittredge (Camp Meeting, 1874; Metropolitan Museum, New York), have recorded such meetings and their gay holiday spirit.

With the expansion of railroads in the ’thirties, traveling in some respects was made easier than in the heyday of the canal boats. Davison, the standard traveling guide for the Atlantic states, many times reprinted between 1822 and 1840, informs us that “the recent and gigantic internal improvements in the northern and middle states, and the development of new and highly interesting natural scenery, together with the increased facilities for travelling,” greatly augmented the number of tourists who undertook “what has been usually denominated the Fashionable or Northern Tour.” 43 Although trains, with their speed of two and three miles an hour, did not travel any more rapidly than canal boats, such distant regions as the White Mountains now became more easily accessible, though even in 1857 a trip to such a rugged area was thought of only as “being well for young lovers and romantic fools,” but as for “old gentlemen, they should stay in their comfortable town house.” 44 If the White Mountains were considered impossible for ordinary tourists, one can imagine that places beyond the Alleghenies were even less accessible.

The vanguard of tourists to the West was formed by artists, and John Banvard was one of the pioneers. He had traveled down the whole course of the Mississippi in 1840 and had painted scenes along the banks of the river on a canvas of enormous length especially woven for him at Lowell. Later, turning his flatboat into a show boat and floating down the Wabash, he exhibited his panorama to four thousand paying visitors—an audience which at this date was probably interested primarily in beholding the American scene in a comfortable manner. Other artists managed to go west by traveling with surveying parties. Albert Bierstadt, went along with General F. W. Landers’ expedition which mapped the railroad route across the Platte River and through Wyoming to the Pacific. Bierstadt, on his return, was the first to show the East a representative picture of the Rocky Mountains. When in 1857 he made his first trip to California, he became greatly interested in the Pacific Coast and was one of the first to show paintings of Sierra scenery in the Eastern cities. In time it became apparent that artists were an ever-increasing power in advertising the regions which were newly opened to the public. Recognizing this, the Baltimore and Ohio got some elegant publicity for its “picturesque” route along the Potomac and the Monongahela into West Virginia when, in 1857, the railroad invited twenty artists and photographers to enjoy the facilities of a special train which was fitted out with a kitchen car, dining saloon with piano, and a car “for photo purposes.” To top it all the train would stop wherever the artists wished to make sketches or take photographs. 45

But the West beyond the Rockies was not yet accessible to such leisurely travel. We may conclude, however, that the attitude toward nature had changed enough since colonial days to allow Americans to welcome easier access to the West when it should come.

III. Origin of the Park Idea
Neither the poet’s love of nature and the artist’s interest in its esthetic qualities, nor improvements in transportation and the citizen’s demand for recreational facilities need have produced the scenic park. But if these forces did not produce it, did the park movement, then, originate in Congress?

This could hardly have been expected, for as long as the idea of protecting public lands against usurpation was not urgent or even recognized, the idea of a public park would have seemed utterly futile to the representatives. If Congress did not even acknowledge any duty to further the fine arts with the taxpayers’ money, why should it feel justified in spending money on public lands to be withheld from “proper” use? Even some years after the Yellowstone Act had been approved in 1872, many in Congress expressed concern about this new “asset.” To them it would have been better to have sold the area as other public lands had been sold. After all was it not “a very expensive luxury?” The Federal Government was not supposed to go into “show business” nor was it supposed to “raise wild animals.” With such objections on record we may be rather sure that the park idea did not originate in Congress. Curiously enough, even Frederick Law Olmsted, when he tried to discover the origin of public parks in this country, had to give up—in all likelihood because he had been too close to the problem all his life. He said only that it did not seem to come as the direct “result of any of the great inventions or discoveries of the country,” but that it probably had been “a spontaneous movement of that sort which we conveniently refer to as the ‘genius of civilization’.” 46 This may be; but Olmsted seems not to have considered that type of public park to which most men go eventually.

It remains unknown whether Dr. Jacob Bigelow (1786-1879), of Boston, who became aware of the “impolicy of burials under churches or in churchyards approximating closely to the abodes of the living,” 47 made such observations because he had studied the immense European literature on the subject, or because, as an enlightened hygienist and a public-minded citizen, he was alarmed by the potential danger of the usual burying places’ “sad, neglected state exposed to every sort of intrusion, with scarcely any tree to shelter their barrenness.” 48 He waged a war to do away with the old customs and called a meeting in November, 1825, to advocate the establishing of a cemetery outside the town. Among his friends were such influential people as Joseph Story, John Lowell, Edward Everett, and Daniel Webster. While it took five years to put the plan into effect, a useful preliminary step was the founding of the Massachusetts Horticultural Society in 1829. The members of this society merged with the sympathizers of the rural cemetery, suitable grounds were found at Mount Auburn, and on September 24, 1831, the first scenic cemetery was consecrated. Situated four miles from Boston, Mount Auburn was “the first example in modern times of so large a tract of ground being selected for the processes of landscape gardening to prepare for the reception of the dead.” 49

In the founding of Mount Auburn a chord was struck which was destined to be heard throughout the country. In his consecratory address Judge Joseph Story spoke of how touched he was by the “solemn calm, as if we were in the bosom of a wilderness . . . a spectacle well fit to excite in us a noble emulation.” How far the Père Lachaise in Paris, with its beautiful situation, may have served as an example to Boston, it is difficult to say. It is a fact, however, that a year after Dr. Bigelow initiated his movement, the Atlantic Souvenir of 1826 published an article in which an American visitor to the Père Lachaise described his’ impressions of this vast sanctuary, which presented “the appearance of a wide and variegated garden . . . where trees and shrubs conceal and disclose wild romantic beauty, tombs and temples.” 50 An English traveler visiting Mount Auburn in 1833 remarked that it was laid out in imitation of the Père Lachaise. 51 To a certain degree this was true, but there was at least one clear difference. The Père Lachaise was an old, established park and had been adapted to a new purpose. Mount Auburn was a spot considered to be of natural beauty and it was the intention to keep it that way and to “conserve” it. It was thought then that the necessary changes, such as the appropriate placing of monuments, would not destroy the idea of conservation, but on the contrary, would enhance the area’s natural beauty.

The English traveler added that “parties of pleasure come hither from the city in great numbers every day at the rate of six hundred visitors on some days.” 52 Fanny Kemble also mentions that Mount Auburn was a favorite trysting place 53 and Theodore Dwight even suggested that cemeteries should be planned “with reference to the living as well as the dead, and therefore should be convenient and pleasant to visitors.” 54 The founding of scenic cemeteries at New Haven (1833), New York (1836), Philadelphia (1836), and in many other places shows that the new idea was being rapidly accepted.

To a limited degree there had been “public” parks in this country since the beginning of colonization. When Penn laid out. the original plan of Philadelphia he assigned for public use a number of squares, the largest of which had measured ten acres. These were to be graced with trees and not to be built over, except perhaps with a few public buildings. Likewise there were “commons” such as those in England in most of the New England settlements. Primarily intended to serve as pastures, they were also used as parade grounds or for recreational purposes. But how little effort was spent to protect such lands from encroachment was evident in Washington, where L’Enfant’s grandiose plan providing for an elaborate park system was abandoned very early and only taken up again seriously in 1909 when the original plan was resurrected.

While all these city-bound areas of minor scale cannot be regarded as nuclei for the later park development, the natural burial grounds outside the cities, with their great numbers of visitors who were not mourners, must definitely be regarded as steps in the direction of conservation and the beginning of the park movement. It seems a logical sequence that we should find that William Cullen Bryant was the first to advocate a public park in New York, a park that would be on a scale which up to that time had been unheard of. Although Bryant had discussed the subject privately as early as 1836, his first public plea was published in the New York Evening Post on July 3, 1844. While there is no evidence that Bryant was influenced by the scenic cemetery movement, the author of “Thanatopsis,” “The Burial,” “A Forest Hymn,” and “An Indian at the Burial Place of His Father,” must have been deeply impressed by the rural cemeteries developing throughout the country. Bryant was joined in his efforts by Andrew Jackson Downing, the landscape architect. In his Horticulturist of 1849, Downing asked, “If thirty thousand persons visit a cemetery in a single season, would not a large public garden be especially a matter of curious investigation?” 55 Downing had traveled extensively abroad, and among the parks he had seen when he visited England, France, and Germany, he mentions as particularly beautiful the so-called “English Park” in Munich. Curiously enough, the establishment of this huge city park was due to an American Tory, Benjamin Thompson (later Count Rumford), who had taken up residence in Munich.

With such eloquent advocates as Bryant and Downing behind it, the proposal for a public park in New York was well accepted, and in 1851 the first act was passed authorizing the acquisition of the necessary lands. The appointment of Frederick Law Olmsted as a superintendent of the project initiated a new era in the best possible way. Olmsted had been a friend and pupil of Downing and had also garnered experience in Europe. After some years of fruitful work in establishing the park, Olmsted disagreed with the Park authorities. He gave up his position in May, 1863, and accepted another as superintendent of the mining estates of General Fremont, in Mariposa. In the light of Yosemite’s later role, this shifting of Olmsted’s position from New York to Mariposa must be regarded as a most fortunate coincidence.

IV. The Idea Grows
Even after the first excitement over the California Gold Rush had died down, the East learned little about the beauty spots of the newly acquired territory of California. None but the hardiest traveler, and certainly no “tourists,” would have been willing to stand the overland trek or either of the wearisome routes by sea. It is significant that one of the first big news stories to come out of California that was not concerned with gold was a show-business stunt. In 1852 the Calaveras Grove of Big Trees was discovered. The next year, two unscrupulous businessmen, George Gale and a companion, stripped one of the Big Trees, the “Mother of the Forest,” 315 feet in height and 61 feet in circumference, up to the height of 116 feet, and shipped the bark East for a show in some of the seaboard cities, and then at the Crystal Palace exhibition in Sydenham, London, in 1854. The pamphlet sold in London boasted that the possibility of seeing a forest of such gigantic size would fully repay the toil of a journey to California. The show turned out to be unsuccessful since, “owing to the immensity of the circumference, nobody would believe that the bark had come from one tree, and finally, being branded as a humbug, the exhibition had to be ended.” 56 While this was going on in London, the widely read Gleason’s Pictorial published a protest by a Californian to whom it seemed a “cruel idea, a perfect desecration to cut down such a splendid tree . . . in Europe such a natural production would have been cherished and protected by law; but in this money-making-go-ahead community, thirty or forty thousand dollars are paid for it and the purchaser chops it down and ships it off for a shilling show. We hope that. no one will conceive the idea of purchasing Niagara Falls for the same purpose.” 57 The complainant went on to praise the beauty of the tree when it was still “a single sight worth a pilgrimage to see.” Another strong protest was raised in 1857 by James Russell Lowell, who became editor of the Atlantic Monthly in the same year. His article on “Humanity to Trees” proposed to establish a society for the prevention of cruelty to trees, since “we are wanton in the destruction of trees as we are barbarous in our treatment of them.” 58 In the next year, it was pointed out in Harper’s Weekly that the big tree was now fast decaying, having been peeled “with as much neatness and industry as a troupe of jackals would display in clearing the bones of a dead lion.” 59 In the same year the Autocrat of the Breakfast Table published his book, in which Holmes included a “Talk on Trees” therein professing his passionate fondness for them. However trifling the incident may seem to us now, it aroused a great deal of sentiment in the East, and caused people to ponder their duty of protecting nature against the vandalism of enterprising businessmen. At the same time it undoubtedly stimulated great interest in the wonders of California. The great event in California discoveries, i.e., the opening up of the Yosemite, 60 was publicized with much less fanfare than the Calaveras tree murder. The account in the Daily Alta California about the scenic wonders of the valley discovered by the punitive expeditionary force of 1851 against the “Yosemitos” Indians created no stir outside the state. An article published in the Mariposa Gazette of July 12, 1855, by James M. Hutchings, whose activities from then on were to be dedicated to the valley, was of broader interest. Real recognition in the East came in 1856, when the Country Gentleman 61 republished an article by the California Christian Advocate which declared the “Yo-hem-i-ty” valley to be “the most striking natural wonder on the Pacific” and predicted that it would ultimately become a place of great resort. Hutchings started his California Magazine in the same year and gave Yosemite good publicity in it. In 1855 and 1856 a California pioneer artist, Thomas A. Ayres, made his first sketches at the valley; some of these were lithographed and spread widely over the East. By 1856 Yosemite had become so well known throughout the nation that T. Richardson who published the first illustrated hand book of American travel of general importance, 62 dedicated about 125 words and ore illustration of Mirror Lake to the now celebrated valley of the Yosemite. Here the scenery was called “perhaps the most remarkable in the United States, and perhaps in the world.” With such nation-wide publicity the fame of Yosemite was bound to grow year by year.

As one might have expected, Horace Greeley 63 paid his respects to Yosemite as soon as possible and made the most of it. For reasons unknown, Greeley was in a tremendous hurry and did more horseback riding in the valley than was good for him, especially since he was riding “in torture” with Mexican stirrups that were too small. Being badly disposed, he was disgruntled at the lack of water in Yosemite Falls (it was August) and said so, which afterward caused a furious dispute. But he could not help being overwhelmed by the “grandeur and sublimity of the wonderous chasm”; he considered Yosemite the “greatest marvel of the continent,” and hoped that the State of California would immediately provide for the safety of the Mariposa Grove of Big Trees.

In view of the difficulties of transportation, making photographs in Yosemite was, of course, a major event in the early days. It was done for the first time in 1859 when C. L. Weed and R. H. Vance took photographs and also prepared stereoscopic slides. Their photos were on exhibition at the Fifth Annual Fair of the State Agricultural Society (May 21, 1859) in Sacramento and there earned great applause. At the same time Ballou’s Pictorial Drawing Room Companion 64 published an illustrated article about Yosemite regretting that it was neither sufficiently known nor appreciated, a criticism not quite justified inasmuch as travel to the West was quite difficult and would remain so for some years to come.

The first really thorough description of the experience of an extended Yosemite trip appeared in a series of eight articles, which Starr King sent to the Boston Evening Transcript from December 1, 1860, to February 9, 1861. 65 Starr King, of course, was an expert in writing such accounts and had published White Mountains shortly before. His much-regretted transfer from Boston to San Francisco at least gave him a chance to explore the West and recount his adventures to the eagerly waiting friends at home. As his friend H. W. Bellows later wrote in an obituary on Starr King, 66 “no one had really seen the Sierra Nevada, Mount Shasta, the Yosemite Valley . . . until his fine eye saw and his cunning brain and hand depicted them . . . you will find the newspapers in which his portraitures of these sublime and charming scenes are found carefully laid away in hundreds of New England homes as permanent sources of delight.” His papers, entirely forgotten today, acquainted the East better than anything else with the fabulous beauties of Yosemite.

The most important photographic records following Weed’s were by C. E. Watkins (1863), which Oliver Wendell Holmes compared with the finest work done in Europe 67 They were constantly on exhibition at Goupil’s art galleries in New York.

With so much interest devoted to Yosemite by travelers, journalists, and writers from the East, it would be fascinating to know who in California was taking active interest in the destiny of the valley. We unfortunately know only very little about this. Certainly Starr King’s enthusiasm made him one of the leaders in the effort to conserve Yosemite, and it was well known that he was planning a book about the Sierra and Yosemite which would have been a sequel to his White Mountains book. Given his love of nature, his position as one of the most prominent and influential citizens of California made him the natural leader in the campaign. Among his friends was Judge Stephen Field, who had visualized the need of having the state make a geological survey. Owing to Field’s effort, Josiah Dwight Whitney had been appointed to carry it out, assisted by William H. Brewer and Clarence King. F. L. Olmsted’s papers 68 show that immediately after his arrival in California, in September, 1863, he became enthusiastic about the valley and tried to work for its conservation. But Whitney, though not his assistants, disliked this activity and tried to obstruct it.

The men who were recommended as the first commissioners of the Yosemite grant are most likely those who helped to prepare the act. They were Professor John F. Morse, Israel Ward Raymond, and Frederick Law Olmsted. Of Morse we know only that he was a well-thought-of physician in San Francisco. About Raymond we are better informed. It was he who addressed the decisive letter to Senator John Conness urging him to present a bill concerning Yosemite to Congress. Raymond was the California representative of the Central American Steamship Transit Company of New York. He was known Ao have been a public-spirited citizen, and certainly did not take this step to further any of his business interests. Altogether, it is quite safe to assume that as a whole the group of men promoting the interests of Yosemite did so for idealistic reasons. This is demonstrated in the measures they recommended and pushed.

The coincidence of Olmsted’s arrival in California at the very moment when he was most needed has curiously enough never been noticed. For once it seems that the right man was in the right spot at the right time. Living in Mariposa, Olmsted was in close touch with Yosemite, and, we can be certain, thoroughly familiar with its problems. Certainly no one was better prepared to take an active part in urging the Yosemite grant and to keep the ball rolling. Preliminary discussions must have taken place, probably with Olmsted and the other potential commissioners, before Raymond addressed the following heretofore unpublished letter to Senator Conness: 69

88 Wall Street
New York, 20th February 1864.

Hon. John Conness
Washington
Dear Sir:

I send by Express some views of the Yosemity Valley to give you some idea of its character. No. 1 is taken from a point on the Mariposa trail and gives a view of about seven miles of the Valley, and the principal part of it. You can see that its sides are abrupt precipices ranging from 2500 feet to 5000 feet high. Indeed there is no access to it but by trails over the debris deposited by the crumbling of the walls.

The summits are mostly bare Granite Rocks in some parts the surface is covered only by pine trees and can never be of much value.

It will be many years before it is worth while for the government to survey these mountains. But I think it important to obtain the proprietorship soon, to prevent occupation and especially to preserve the trees in the valley from destruction and that it may be accepted by the legislation at its present session and laws passed to give the Commissioners power to take control and begin to consider and lay out their plans for the gradual improvement of the properties.

May not this be a sufficient description:

“That cleft or Gorge in the granite peak of the Sierra Nevada Mountains situated in the County of Mariposa, State of California, on the head waters of the Merced River and known as the Yo Semite Valley with its branches or spurs in length fifteen miles and in width one mile back from the main edge of the precipice on each side of the valley the lines to be defined on Sectional lines when surveyed, by the Surveyor General of the United States and in the spirit of this act.”

I take this length and width to secure the approaches from any annoyance. The south end is narrow and filled by the Merced River. The North end leads to Mono, is narrow and filled with rocks, and impassable to a mule.

“Also all those quarter sections in Mariposa County on which stands the grove of Gigantic trees known as the ‘Mariposa Big Trees’ not exceeding in all Four Sections of one mile square each, the lines to be defined in the spirit of this act by the Surveyor General of the United States when surveying the said County of Mariposa.”

I say “quarter” section because the trees are too scattered to be covered by four square miles in compact.

If thought best to have a compact tract it should require six or eight sections.

“The above are granted for public use, resort and recreation and are inalienable forever but leases may be granted for portions not to exceed ten years. All income derived from leases or privileges are to be expended in the preservation and improvement of the prospectus or the roads leading thereto.”

The properties shall be managed by (5.7.9) commissioners who shall not receive any payment for said services. Vacancies for death, removal, or resignation shall be filled by the others subject to confirmation by the State Senate. The first Corns. to be:

The Governor of the State of California, Ex. off.
The Collector of the Port of San Francisco.
Prof. Whitney—State Geologist.
Fred Law Olmsted of Mariposa.
George W. Coulter of Coultersville.
[Added by Conness in space left by writer:]
The Mayor of the City of San Francisco.
Prof. John F. Morse         do.
I. W. Raymond             do.
Full reports to be made annually to the Senate of the State.

If we can obtain this grant, I believe we can get Subscriptions in California to make improvements. Submitting the above,

I am very truly yours,

(Sgd.) I. W. Raymond.

Conness sent this letter to the Commissioner of the General Land Office, accompanying it by the following letter of transmittal:

Washington
March 6, 1864

Hon. J. W. Edmonds
Dear Sir:

Herewith you will find a letter with a description of the land of the Mariposa Big Trees and Yosemite.

Will you have the kindness to prepare a bill and send it to the committee of the Senate or to myself. You might insert in this the springs in a separate section. Leave blanks for the names as commissioners or insert as you find them or insert as I have Prof. John F. Morse, I. W. Raymond, Stephen J. Field. This will make nine commissioners. Let the grant be inalienable, and in regard to the mineral springs take care to insert a provision which shall not confirm any state land warrant or state location made in pursuance of any land of the State of California.

Yours truly,

(Sgd.) John Conness.

The General Land Office furnished the requested data promptly so that Conness was able to introduce the bill on March 28, 1864. There was some discussion on the floor of the Senate in which Conness stated that the bill had come to him from various gentlemen in California “of fortune, of taste and of refinement,” that the General Land Office also took great interest in the bill, and that there was “no other condition of things like this one on earth.” Finally he referred to the sorry incident of the killing of the Calaveras tree in 1853. The bill was passed, and on June 29, 1864, it was signed by President Lincoln.

So far nothing was extraordinary about the Yosemite grant, and national public opinion certainly was not aroused by the federal action; grants to states were given quite frequently. However, there was something peculiar about this grant, and as it happened, it was destined to set a precedent of real importance. The grant was given “upon the express conditions that the premises shall be held for public use, resort and recreation, shall be held inalienable for all time.” These terms implied that no profit was to be expected from the new institution. Probably it was assumed that at least all costs of upkeep would be offset by revenue from leases or privileges; at any rate, Congress took no responsibility. What was really new about the grant was the fact that it served a strictly nonutilitarian purpose. It is necessary to stress this point in view of the claims that Yellowstone set this precedent.

On September 28, 1864, Governor F. F. Low of California proclaimed the grant to California and made known the Commissioners he had. appointed: Frederick Law Olmsted, J. D. Whitney, William Ashburner, I. W. Raymond, E. S. Holden, Alexander Deering, George W. Coulter, and Galen Clark. Olmsted became chairman and immediately took the lead in the effort to organize the protected area. At the same time he ordered a survey made and a map drawn by Clarence King. Since Olmsted needed this as soon as possible as a basis for the suggestions he planned to make, he magnanimously paid all expenses himself, with no more than a hope that he might be reimbursed by the California legislature two years later. All through 1865 Olmsted was hard at work preparing a plan of management. In a letter to his father ( July 5) he expressed his feeling that Yosemite was “far the noblest park or pleasure ground in the world.” Just at this time he received the first group of dignitaries from the East who wished to visit the park. They were Schuyler Colfax, Speaker of the House, and a group of friends from the East and from San Francisco. Among them were Samuel Bowler, publisher of the Springfield Republican, who had been interested in the Yosemite campaign; Charles Allen, Attorney General of Massachusetts; and Albert Richardson, the distinguished war correspondent of the New York Tribune. Altogether there were seventeen gentlemen and three ladies. The Easterners were proud that they had come across the plains, “simply to see the country and to study its resources.” In the travel account published later, Bowles made this remarkable statement:

“The wise cession and dedication [of Yosemite] by Congress and proposed improvement by California . . . furnishes an admirable example for other objects of natural curiosity and popular interest all over the Union. New York should preserve for popular use both Niagara Falls and its neighborhood, and a generous section of the famous Adirondacks, and Maine, one of her lakes and its surrounding woods.” 70

Here we have in unmistakable language a formula not just for the protection of this or that area of interest to some group or other, but for a systematic approach to an over-all system of protection of areas which illustrate specific features of nature throughout the nation. That is exactly the pattern which was followed many years later after the National Park Service had been established. It is well to note that Bowles made his statement in connection with Yosemite, which he must have considered as the first step in the direction he advised the country to take. Bowles’s; counsel undoubtedly represented the opinion of the distinguished group of men of which he was a member. The fact that Bowles felt that state legislatures should protect the areas is not important in evaluating his plan. One could hardly expect anyone in 1864 to envisage federal legislation for the purpose of conserving state areas. The way Yosemite had been handled made it quite evident that in spite of the fact that the grant was made to the state, the object of the grant was considered to be of nation-wide if not of world-wide importance.

Confirmed in his actions by Colfax and his party, Olmsted happily continued his efforts to organize the park. All his suggestions for improvements were summed up in a report approved by the Yosemite committee and submitted by him to the legislature. Unfortunately this report is lost [Editor’s note: this long-suppressed report was found in 1952—dea] and cannot be traced in the papers of the legislature in Sacramento. We can, however, get a glimpse of the thoughts which directed Olmsted in preparing his report by means of a questionnaire he addressed to three artists:

Yosemite
August 8th, 1865

Messrs. Williams, Hill and Watkins.
Gentlemen:

I address you in behalf of the Commissioners appointed under the Act of Congress, establishing Yo Semite and Mariposa Grove as a ground for recreation. The action of. Congress with regard to the Yo Semite was doubtless taken in view of the peculiar value of its natural scenery, the purpose of its action was to give the public for all future time the greatest practicable advantage of that scenery, and the duty of the Commission is to secure the accomplishment of that purpose. What effects natural scenery favorably or unfavorably to the enjoyment of mankind is the principal study of your lives and as you are at present making a special study of the scenery of the Yo Semite you may find it convenient to give some thought incidentally to two general questions your advise upon which would be of great service to the Commission:

1st. Are there any conditions affecting the scenery of the Yo Semite unfavorably which it would be in the power of the State to remove, or the further and increased effect of which might be prevented?

2nd. What can be done by the State to enhance the enjoyment now afforded by the scenery of the Yo Semite?

The Commission being required by act of Congress to perform its own duties gratuitiously and no provision having been made for meeting any expenses in the premises, I cannot promise the pecuniary remuneration for your advice which it would be your right to demand, but it is hoped that the importance of the Commission’s duty as a field of study for artists and the great interests of the public in having the action by the State well advised present sufficient grounds of apology for requesting your professional assistance as a favor.

I am, Gentlemen, very respectfully

Your obt. servant

Fred Law Olmsted
First Commissioner

Apparently the artists had been commissioned to make a special study of the scenery of the park and the way it might be improved. Virgil Williams (1830-1886), from Massachusetts, had studied in England and came out West in 1862; C. E. Watkins was the photographer mentioned previously; and Thomas Hill (1828-1908), who had studied in Paris, had been living in San Francisco since 1861. Because one of Hill’s Yosemite paintings on exhibition in Boston in 1868 had been acclaimed as the best representation of the great natural wonder of California, it was chromo-lithographed by S. Prang in Boston and became widely known all over the country. Olmsted’s letter is interesting in several respects: first, it shows how eager Olmsted was to get the expert opinions of artists; secondly, it confirms Yosemite’s nation-wide importance; and finally, it shows again the lofty attitude of Olmsted, who expected everybody to work as he did without regard to remuneration. Unfortunately Olmsted could not wait to see his recommendations carried out; soon after his report was dispatched to Sacramento he accepted the appointment as landscape architect for Central Park and returned East in November, 1865.

After 1865 the Yosemite grant was developed normally; the occasional difficulties which arose were chiefly caused by the early settlers in the park who were unwilling to give up certain claims. The fame of Yosemite grew. At the World Exhibition in Paris in 1867 an international audience became acquainted with Yosemite through twenty-eight photographs by Watkins as well as through three hundred stereoscopic views. Copyrighted in 1863, portfolios with lithographs of California, including Yosemite, were published by Edward Vischer in 1870. In 1868 the first carefully prepared guidebook of Yosemite was produced by John S. Hittell, with twenty photos by “Helios,” pseudonym for Edward J. Muybridge, the first motion picture photographer. 71

The year 1868 brought John Muir to California. His profound devotion to the Sierra initiated a new era in spreading the glory of Yosemite. His enthusiasm is well epitomized in his letter inviting Emerson to Yosemite. “I invite you to join me in a month’s worship with Nature in the high temples of the great Sierra Crown beyond our holy Yosemite. It will cost you nothing save the time and very little of that, for you will be mostly in Eternity.” 72 In spite of his age, the sixty-seven year old Emerson accepted the invitation and braved the hardships of a journey to Yosemite. In May, 1871, he arrived in the valley. This is what he jotted down in his journal as his first impression: “In Yosemite, grandeur of these mountains perhaps unmatched in the globe; for here they strip themselves like athletes for exhibition and stand perpendicular granite walls, showing their entire height, and wearing a liberty cap of snow on the head.” 73

With Yosemite ranking so high in national favor, the propagators of projects for other scenic areas of some importance were busy trying to get them nationally recognized and protected. There were, of course, many such areas of more or less doubtful value, and their evaluation and recognition took its due course. One of the major areas was that of Niagara Falls. Claims had been made in 1835 that the falls were “the property of civilized mankind.” Since 1850 the legislature of New York was- lobbied in favor of a bill to protect the falls “against waste and degradation.” Once more Olmsted was among those who supported protective legislation. This was finally passed in 1883.

The Yellowstone case had been settled more than a decade earlier by the act of March 1, 1872, which created Yellowstone National Park as the first area under federal protection, exclusive of Hot Springs, Arkansas, the establishment of which was a history of its own. Much has been made of the belief that Yellowstone was the first federal park. One has become quite accustomed to reading statements that the establishment of Yellowstone “was the first step of any consequence taken to protect our natural resources, and from it our entire conservation program has grown.” 74 In another report we are told that the idea of the national park system was launched at that now historic campfire on Sept. 19, 1870. 75 We read it again in a brief history of the National Park Service published in 1940 as a Government publication by the Department of the Interior.

All these statements are based on Hiram M. Chittenden’s presentation of the events which led to the establishment of Yellowstone 76 Louis C. Cramton has refuted this story completely and says that the early explorer “David E. Folsom’s suggestion to General Henry D. Washburn (in August 1870) was the first recorded idea of a reservation of the Yellowstone area for public benefit . . . the Hedges proposal at the campfire put in train of action the movement to secure such reservation.” 77 Since the campfire story has already been discounted here, it is not necessary to discuss the consequence of giving up the sentimental legend. As we have seen, the “national park idea” has a very respectable pedigree and was anything but new in 1870. But there is one point made by Chittenden which deserves attention. It was mentioned earlier here that George Catlin was the first man in this country to conceive the idea of a national park. Chittenden in the first edition of his Yellowstone book 78 came to the same conclusion. Surprisingly enough he retracted this opinion in the second edition, maintaining that “Catlin’s idea of a National Park was solely [aiming at] . . . a home for the Indians . . . his name cannot be considered in connection with those who originated the idea of the Yellowstone Park.” 79 Undoubtedly Chittenden was correct in assuming that Catlin had in mind some kind of a national park which would form a sort of Indian Habitat. But while such an idea would hardly detract from Catlin’s original hope to conserve a portion of the American heritage for the public good, Chittenden apparently does not reason that way. It was only because Chittenden believed that Catlin had had the Yellowstone area in mind for his project that Chittenden asserted Catlin’s priority for the idea, and after concluding that Catlin’s suggestion had nothing to do with Yellowstone, Chittenden rejected Catlin as the originator of the general idea, as well as of the specific plan. From this it seems that Chittenden crystallized his thoughts solely around Yellowstone as the national park.

The same conception seems to have prevailed throughout the early debates of Congress concerning Yellowstone. It appears that creation of this one park was regarded as the supreme effort in this respect. A typical statement by Senator Vest may illustrate this attitude: “There should be to a nation that will have a hundred million or a hundred and fifty million of people a park like this as a great breathing place for the national lung, as a place to which every American citizen can resort.” 80 Special attention is called to this point of view because it does not show the same clear vision of the needs of the whole country and the possibilities offered by an entire continent as does the program proposed by Samuel Bowles and quoted previously, which represented the idea of a group of distinguished men who had studied the situation in Yosemite. Public opinion as echoed by the New York Tribune appears to have tended toward Bowles’s view. In a review of one of Nathaniel Langford’s talks propagandizing Yellowstone, the paper says that “while we always have our Niagara and Yosemite this new field of wonder . . . should be at once set apart as a public national park.” 81 Apparently Yellowstone was here thought of just as one of the “natural attractions,” to be set aside as Yosemite had been.

One more problem remains to be settled. That is, did the establishment of Yellowstone as a federal park advance the park idea more essentially than the earlier attempt to protect Yosemite? Of course there is no doubt that placing. Yellowstone under federal administration represented a completely new departure and as such this event is certainly worthy of due recognition. Early in the nineteenth century, Congress almost unanimously would have resented such threats to taxpayers’ money. But trends around 1870 were different, and it was no longer unheard of for Congress to pay attention to art, education, or similar, not quite tangible “values.” Therefore, the establishment of a federal park was not exactly a stupendous deviation from undertakings directed by the Zeitgeist of that era.

In the long run federal protection of deserving areas did prove to be the most satisfactory form of protection, and in this respect Yellowstone marks a certain beginning, but hardly a promising one, as beginnings are usually described. Buck as well as Cramton, in their studies concerning the early history of conservation and Yellowstone, have shown that those who urged the creation of the park were for the most part exponents of groups wishing to preserve the area for their own interests. Their lobbying, and not general public support, was influential in getting the bill adopted and we can well understand why the passing of the bill caused no “flurry either in Washington or in the country at large” . . . and “an attitude of indifference prevailed.” 82

The same attitude continued for more than a decade of the so-called formative period of Yellowstone. Travel was light. The park was remote, there were hardly any lodgings and no roads, scarcely any guards or rangers were on hand to advise visitors and the superintendent was usually absent. Tourists could not, therefore, have been expected to use the new “pleasuring ground” in any large numbers. It does not seem strange that in the early years the park “administration,” if this word is at all permissible, was ever close to collapse. More than once Congress was possessed with the urge to rid the federal administration of its incubus. After all, Congress had only been asked to protect Yellowstone because in 1870 it was in a territory and could only be taken care of under federal custody. To encourage Congress to adopt the bill, no appropriations were asked for, nor supposedly were they intended to be asked for in the next years. It could have been anticipated that such a situation would breed difficulties; but because of ‘the lobby’s pressure the bill passed and a trouble spot was created. Yellowstone had to muddle through its formative years rather desperately.

Yosemite, once it was set aside, progressed smoothly, contributing far more than Yellowstone, it would seem, toward advancing the idea of conservation. It makes little difference that one area was under custody of a state and the other of the federal government. Certainly the purpose to which Yellowstone was “dedicated and set apart as a public park or pleasuring ground for the benefit and enjoyment of the people” in 1872 did not differ from the purpose for which the Yosemite grant had eight years earlier been given in trust to the State of California, “upon the express condition that the premises shall be held for public use, resort and recreation . . . inalienable for all time.” It should be remembered also that the attaching of stipulations to the California grant was no empty gesture. When it was reported in later years that the State of California was not doing so well as a trustee of the grant, a congressional investigating committee inspected the park with the result that, with the consensus of all interested, it was resolved that the park be placed under federal management. These difficulties began to turn up in the ‘nineties; Yosemite in its early years was favored by the gods. Appropriations for improvement were granted by the legislature of California as soon as necessary and possible. From the time on when the Central Pacific touched Stockton (1869), national tourist travel began to invade the valley. Yosemite was soon in a niche in the minds of the American people, who admired their country and took pride in it. Most people could not go out to California, but a chromo by Prang was within the reach of almost every lover of nature; the enormous editions of these lithographs, showing Yosemite, proved how eager people all over the nation were to satisfy their desire to become familiar with the wonderland of California.

Thus it seems certain that although Yellowstone was the first federal venture in the field of protecting areas, this fact alone did not advance the concept of conservation in the first decade and a half of the park’s existence. Had it not been for a group of senators faithful to the cause, the House would gladly have yielded to those who wished to drop the project or sacrifice it to the interests of pressure groups who would have destroyed the purpose of the park. It is questionable if Congress, with the Yellowstone experience alone, would have considered extending the national park system. Quite significantly, when the system was extended in 1890, it was to protect areas around Yosemite as well as those now called Sequoia National Park and General Grant Grove—all of them in California, where the park idea had developed so well.

In the year of the Yosemite grant another milestone was passed in the publication of George P. Marsh’s Man and Nature. This book, frequently reprinted until 1898, was the first to approach the theme of conservation in scholarly fashion. It was widely read and most influential; Bryant, for example, quoted it in his editorial on the “Utility of Trees” in the Evening Post of June 20, 1865. It is most likely that Marsh’s ideas influenced those men who were responsible for the Yosemite grant even before he published them [in 1863 and 1864]. By the time the Yellowstone problem was being discussed, his thoughts had become common property. Marsh recognized how complex conservation problems are; in his chapter, The Instability of American Life, he wrote, “We have now felled forests enough everywhere, in many districts far too much. Let us restore this one element of material life to its normal proportions and devise for maintaining the permanence of its relations to the fields, the meadows and the pastures, to the rain and the dews of heaven . . . . ” 83 In a new edition of Man and Nature he added these words to his chapter, Forests of the United States: “It is desirable that some large and easily accessible region of American soil should remain as far as possible in its primitive condition, at once a museum for the instruction of the students, a garden for the recreation of the lovers of nature, and an asylum where indigenous trees . . . plants . . . beasts may dwell and perpetuate their kind.” 84 Though this was written shortly after the establishment of Yellowstone Park, it certainly must reflect thoughts that Marsh had developed much earlier.

As a logical consequence of these ideas, Theodore Roosevelt inaugurated the conservation program out of which the National Park Service grew. The idea the program represents is based on a series of trends— deeply rooted in the American pattern of life, developing in various strata, ranging over a long period of time—that were finally embodied in park, state, and federal initiative. The idea of keeping intact some of the grand scenery of the New World such as Chateaubriand had celebrated—

there is nothing of age in America but the woods . . . that is well worth monuments and ancestors— 85

was never quite lost sight of, from the day George Catlin conceived it until it matured in the protection of the jewel of all, “holy Yosemite.” With this achieved, other successes were no longer difficult. One pearl after another was collected and strung with the others to form a national park system which is the unrivaled adornment of this hemisphere.

REFERENCES
1 Narratives of Early Pennsylvania, 1630-1707, ed., A. C. Myers (1912), p. 303.

2 Narratives of New Netherland, 1609-1664, ed., J. F. Jameson (1909), p. 170.

3 Letter from Plymouth Colony, 1680, quoted by Seymour Dunbar, History of Travel (1915), p. 15.

4 A. V. G. Allen, Jonathan Edwards (1890), p. 355ff.

5 William Bartram, Travels (London, 1792), pp. 48, 187.

6 Bartram, op. cit., p. 341.

7 St. Jean de Crèvecoeur, Letters from an American Farmer [1769], ed. W. P. Trent (1904), p. 220.

8 Thomas Jefferson, “Notes on Virginia” [1787], Works, ed., Lippscomb II (1905), pp. 31-32.

9 Timothy Dwight, Travels, IV (1822), p. 59.

10 James F. Cooper, The Pioneers, chapter 26.

11 Louis Noble, The Course of Empire (1853), p. 241.

12 Noble, op. cit., p. 195.

13 Noble, op. cit., p. 202.

14 Charles F. Hoffman, A Winter in the West, II (1835), p. 316.

15 George Catlin, The Manners, Customs, and Conditions of the North American Indian, I (London, 1841), p. 262.

16 Henry Thoreau, “Chesuncook,” in Atlantic Monthly, II (1858), p. 317.

17 Dial (1844), p. 489.

18 Noble, op. cit., p. 398.

19 Henry T. Tuckerman, in Home Authors, Home Artists (1852), p. 134.

20 George Washington, Letters, XXXIII (1940), p. 83.

21 Noble, op. cit., p. 202.

22 John Durant, Asher B. Durand (1894), p. 73.

23 James F. Cooper, Notions of the Americans (1828), p. 332.

24 Catlin, op. cit., II, p. 155.

25 Ralph W. Emerson, Journals, IV (1910), p. 321.

26 Ralph W. Emerson, “Nature,” in Complete Works, III (1876), p. 178.

27 James F. Cooper, “American and European Scenery Compared,” in Home Authors, Home Artists (1850), p. 61.

28 George W. Curtis, Lotus-Eating (1850), pp. 137-40.

29 John Ruskin, Letters to C. E. Norton, I (1904), p. 29.

30 John Ruskin, Arrows of the Chase (New York, 1894), p. 148.

31 Ballou’s Pictorial Drawing Room Companion (Oct. 22, 1859), p. 261.

32 Henry T. Tuckerman, America and Her Commentators (1864), p. 415.

33 Noble [1843], op. cit., p. 343.

34 Tim. Dwight, op. cit., p. 18.

35 Theodore Dwight, Things As They Are (1834), p. 197.

36 Harper’s Monthly, IX (1854), p. 147.

37 William Dunlap, Diary, I, (1931), p. 64.

38 Theodore Dwight, op. cit., pp. 232, 192, 225.

39 Sarah J. Hale, Traits of American Life (1835), p. 187.

40 See American Farmer, VII (1825), p. 148.

41 Horatio Smith, Festival Games and Amusements (1832), p. 325.

42 Gleason’s Weekly, II (1852), p. 384.

43 George M. Davison, The Travellers Guide (1837, 7th ed.), p. xvi.

44 Harper’s Weekly (August 22, 1857), p. 536.

45 Cosmopolitan Art Journal, II (1857-1858), p. 207.

46 Frederick L. Olmsted, Forty Years of Landscape Architecture [1880], II (1928), p. 14.

47 C. W. Walter, Mount Auburn (1847), p. 10.

48 Joseph Story, An Address Delivered on the Dedication of Mount Auburn (1831), p. 12.

49 Walter, op. cit., p. 14.

50 Atlantic Souvenir (1826), p. 56.

51 E. S. Abdy, Journal, I (1835), p. 120.

52 Abdy, op. cit., p. 120.

53 Fanny Kemble, Records of a Girlhood (1879), p. 590.

54 Theodore Dwight, op. cit., p. 102.

55 Andrew J. Downing, Rural Essays (1853), p. 157.

56 Ballou’s Pictorial Drawing Room Companion (1859), p. 264.

57 Gleason’s Pictorial, V (1853), p. 216.

58 Crayon, LV (1857), p. 96.

59 Harper’s Weekly (1858), p. 357.

60 For the history and bibliography of the Yosemite Valley see: Carl P. Russell, One Hundred Years in Yosemite (1947).

61 The Country Gentleman, Albany (October 8, 1856), p. 243.

62 Illustrated Handbook of American Travel (1857), p. 377. Later known as Appleton’s Handbook.

63 Horace Greeley, An Overland Journey (1860), p. 381.

64 Ballou’s Drawing Room Companion (May 21, 1859), p. 325.

65 Boston Evening Transcript (December 1, 15, 31, 1860; January 12, 19, 26 and February 2, 9, 1861.)

66 H. W. Bellows, In Memory of Starr King (1864), p. 22.

67 Atlantic Monthly, XII (1863), p. 8.

68 I should like to extend my thanks to Frederick Law Olmsted (fils), who kindly permitted me to consult his father’s unpublished papers, and to Francis P. Farquhar and Carl P. Russell for valuable suggestions.

69 The papers quoted are filed in the U.S. National Archives, Washington, D.C., under: General Land Office—Letters Sent Concerning Private Land Claims, Vol. 25 (1862-65), and Miscellaneous Letters Received 033572.

70 Samuel Bowles, Across the Continent (1865), p. 231.

71 John S. Hittell, Yosemite: Its Wonders and Its Beauties (1868).

72 Ralph W. Emerson, Letters, VI (1939), p. 155.

73 Ralph W. Emerson, Journals, X (1914), p. 354.

74 New York Times (March 30, 1947).

75 National Park Supplement of the Annual, published by the American Planning and Civic Association (1936), no. 4, p. 3.

76 Hiram M. Chittenden, The Yellowstone National Park (1905), p. 89. Reprint, with minor changes of text and some notes added, 1940.

77 Louis C. Cramton, Early History of Yellowstone National Park (1930), p. 35.

78 Chittenden, op. cit., (1895), p. 1.

79 Chittenden, op. cit., (1905), p. 96.

80 Paul H. Buck, The Evolution of the U.S. National Park Service (1921, Government reprint, 1941), p. 29.

81 New York Tribune (January 23, 1871).

82 Buck, op. cit., p. 9.

83 George P. Marsh, Man and Nature (1864), pp. 328-9.

84 George P. Marsh, The Earth As Modified by Human Action (1874), p. 327.

85 François René de Chateaubriand, “Voyage en Amerique,” Oeuvres, XII (1836), p. 18.

About the Author
Hans A. Huth was born in Halle/Salle, Germany November 11, 1892. He earned is Ph.D. in Berlin in 1922 and was a curator at the Munich and Berlin museums and the former Royal Palaces and Gardens in Prussia. In 1938 he came to the United States after being invited to lecture at New York University and to collaborate in history with the National Park Service (NPS). During World War II Huth remained in the U.S. as a German refugee. Dr. Huth’s assistance with the NPS brought a new level of professionalism to the NPS museum program. Huth’s “Story of an Idea” is an acccount of changes in the American attitude toward nature that led to the creation of Yosemite National Park and National Parks in general. After Huth wrote the article, Yosemite Superintendent Carl P. Russell urged David Brower, Sierra Club Bulletin editor, to publish it in the Bulletin, which Brower did with a forward written by Russell and signed by Brower. In a 2000 essay, Brower said this “was one of the most important articles the club ever published.”

From the late 1940s to the mid-1960s Huth was curator of decorative arts at the Art Institute of Chicago (AIC). Dr. Huth remained interested in National Parks and expanded this article, “Story of an Idea,” to book form as Nature and the American (Three Centuries of Changing Attitude) (Berkeley: University of California Press, 1957). In the mid-1960s Huth assisted in gettting the Wilderness Act of 1964 passed by Congress.

Dr. Huth died July 1, 1977 in Carmel, California. His wife Marta Huth (born December 25, 1891) died March 1985 in San Francisco, California.
Bibliographical Information
Hans Huth (1892 – 1977), “Yosemite: The Story of an Idea,” Sierra Club Bulletin 33(3):47-78 (March, 1948). Foreword written by Carl P. Russell under signature of David R. Brower. Copyright 1948 by Sierra Club. 22 cm. Library of Congress call number F868.S5 S5 1948. LCCN 09000892. ISSN 0037-4725.

Also reprinted by the Yosemite Natural History Association in 1964.

Converted to HTML by Dan Anderson, August 2007, from a copy at University of California San Diego Geisel Library. These files may be used for any non-commercial purpose, provided this notice is left intact.
—Dan Anderson, http://www.yosemite.ca.us

Voir enfin:

Trees

Joyce Kilmer

1913

I THINK that I shall never see
A poem lovely as a tree.

A tree whose hungry mouth is prest
Against the sweet earth’s flowing breast;

A tree that looks at God all day,
And lifts her leafy arms to pray;

A tree that may in summer wear
A nest of robins in her hair;

Upon whose bosom snow has lain;
Who intimately lives with rain.

Poems are made by fools like me,
But only God can make a tree.

Je pense que je ne verrai jamais
Un poème beau comme un arbre.

Un arbre dont la bouche affamée, se presse
Contre le sein nourricier de la douce terre ;

Un arbre qui regarde Dieu tout le jour
Et lève ses bras de feuilles pour prier ;

Les poèmes sont créés par des fous comme moi,
Mais Dieu seul peut créer un arbre.


Arnaques aux faux virements: La nouvelle French connection ne prend plus ses quartiers en Corse mais en Israël (A new Israeli-based French connection preys on France’s top companies and state)

16 novembre, 2014
http://altscreen.com/wp-content/uploads/2011/09/Editors-Pick-The-French-Connection.jpghttp://www.lefigaro.fr/medias/2014/11/05/INF0a9447b6-64e6-11e4-a22d-117ba881d835-805x514.jpg

Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier. Si la France était une entreprise, un ménage, elle serait en cessation de paiement. François Fillon (2007)
Il faut radicalement changer de modèle, de logiciel. Il faut rompre avec l’extrémisme ultralibéral, qui est un choix idéologique au même titre que l’était le communisme. Cela veut dire retrouver notre monnaie, l’adapter à notre économie, ce qui nous permettra de retrouver la compétitivité. Il faut ensuite retrouver la maîtrise de notre économie, faire le choix du patriotisme économique, mettre en place des mesures aujourd’hui interdites par Bruxelles avec l’avantage donné aux entreprises françaises dans l’accès aux marchés publics. Et maîtriser nos frontières économiques en mettant en place des droits de douane modulés contre la concurrence internationale déloyale. (…) La priorité nationale est une priorité du FN. (…) C’est aussi l’immigration qui aggrave considérablement les déficits sociaux. (…) [l’extrême gauche] fait souvent le bon constat, mais elle ne va pas au bout de la logique. Ils sont soi-disant contre l’Europe, mais ils refusent de remettre en place des frontières économiques nationales. Ils sont soi-disant contre l’ultralibéralisme, mais ils refusent toute idée de maîtrise de l’immigration. Or l’immigration est un des leviers de l’ultralibéralisme. Marine Le Pen
Les options du FN (…) sont cohérentes avec la vision péroniste mise en place en Argentine dans les années 1950: priorité nationale, reprise en main des entreprises par l’État à l’abri de droits de douane et de quotas, monétisation de la dette. Elles sont également compatibles avec la vision marxiste, d’où le satisfecit de Mme Le Pen à l’extrême gauche, avec la planification de l’industrie nationale et le contrôle des investissements des entreprises, le très net alourdissement du progressisme fiscal qui est déjà en France un des plus élevés au monde, si ce n’est le plus élevé au monde. Le «marinopénisme», doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne, à la fois marché unique et monnaie unique. Le marinopénisme est en contradiction avec les faits, ce qui ne gênera pas les leaders du FN, mais aussi avec le «jeanpénisme», doctrine de Jean-Marie Le Pen. Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir « éligible », ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Le marinopénisme vise en effet à donner la priorité aux Français «de souche» sur les immigrés et aux entreprises françaises sur les importations liées à l’ultralibéralisme. Que l’on veuille rétablir une concurrence équilibrée entre producteurs nationaux et étrangers en imposant un cadre social, fiscal et environnemental mondial par une intégration de la trace carbone des produits importés par des droits compensatoires ou en faisant payer la protection sociale par les importations comme par la production nationale grâce à un mécanisme de «TVA sociale» est souhaitable et justifié. Mais fermer les frontières de facto par des droits de douane et des quotas ignore que la moitié de notre production industrielle est exportée, que nos secteurs économiques les plus dynamiques sont les plus internationalisés et que la production nationale est absente de nombreux secteurs, comme les produits numériques fortement demandés par les Français. Le marinopénisme conduirait à une combinaison d’effondrement des industries exportatrices et de pénuries correspondant aux produits importés pour lesquels il n’existe pas d’offre nationale. La reflation salariale combinée à la monétisation de la dette entraînerait une forte inflation couplée à la chute du taux de change de la nouvelle monnaie, le «marinofranc». Le marinopénisme conduirait à une paupérisation violente du pays et à une explosion du chômage et de la pauvreté de celles que l’on prétend protéger, les classes populaires. La même analyse s’applique aux propositions de l’extrême gauche tant admirée par Mme Le Pen. Par ailleurs, Mme Le Pen note que l’ultralibéralisme et le communisme sont des idéologies, notion qui s’applique parfaitement au marinopénisme compte tenu de sa structuration intellectuelle. Surtout, le marinopénisme est l’inverse du jeanpénisme, qui prônait il y a exactement vingt ans la suppression non seulement de l’impôt sur la fortune, mais aussi de l’impôt sur le revenu! Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir «éligible», ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Même si l’Europe est critiquable de s’offrir au monde sans réciprocité, il vaudrait mieux la consolider que de vouloir l’«exploser». Le marinopénisme ne reste fidèle au jeanpénisme que sur l’exécration des immigrés. Il faut donc cesser de dire que le marinopénisme est «fumeux». Il est au contraire explicite et enraciné dans des doctrines aux fortes colorations historiques. Christian Saint Etienne
[Selon la Cour des comptes] la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone » … est « la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement. La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union.(…) Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe. Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives. Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz. Le Monde
Cette criminalité mobile] profitera des opportunités que lui offre la législation israélienne jusqu’au moment où elle trouvera des conditions plus intéressantes ailleurs. Serge Dumont
D’après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d’affaires: le premier consiste à s’introduire dans la comptabilité de l’entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d’essai» au prétexte d’une mise à jour informatique. L’autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l’escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s’inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale. D’après la délégation française en Chine, les virements transitent d’abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l’Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il. «Les escrocs opèrent depuis l’étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d’être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l’adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l’exemple de l’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d’euros… Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu’il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu’on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes. Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d’Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu’ils localisent en recourant au site avisdedeces.net. D’après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l’action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d’avance sur l’Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l’entraide pénale. Le Figaro
Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80% des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les plus sensibles pour mieux les protéger ensuite. Jean-Louis Di Giovanni
La France a longtemps nié la présence d’organisations criminelles étrangères sur son territoire, préférant se concentrer sur les réseaux qu’elle connaît. Or, contrairement au nuage de Tchernobyl, les mafias ne s’arrêtent pas à la frontière ! Bien sûr, les affaires qui visent la criminalité étrangère sont complexes : il faut solliciter un interprète – allez trouver un traducteur géorgien à Limoges –, adresser une commission rogatoire internationale… Mais comme le phénomène s’est amplifié, il a bien fallu s’en saisir, faire face à cette nouvelle réalité. Ces nouvelles mafias se sont parfaitement adaptées à notre économie de marché mondialisée. Une fois entrées dans l’espace Schengen, elles tissent leur toile, étendent leur influence, faisant fi des frontières. Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles. L’Europe du crime se construit plus vite que l’Europe « normale ». La globalisation de l’économie a également changé notre rapport à la mafia : autrefois, elle paraissait abstraite, lointaine. Elle était mise en cause dans des affaires de piratage de marché public. Désormais, elle touche de plus en plus le citoyen moyen. Le détournement de carte bancaire, spécialité de la mafia roumaine, nous concerne dans notre quotidien. Le cambriolage d’un pavillon du fin fond de l’Ariège peut être organisé depuis Tbilissi ou Moscou. Qui aurait pu voir dans un tel fait divers, il y a encore quelques années, la responsabilité de la mafia russophone ? Jérome Pierrat
On oublie souvent que la guerre des mafias cause, depuis la fin de la deu­xième intifada, plus de victimes que le terrorisme palestinien. Serge Dumont
L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. (…) Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.» Lundi, plusieurs familles marseillaises, des frères et des sœurs aujourd’hui installés en Israël, sont menacées par une possible « extradition », ce que ne fait d’habitude pas Israël… Sauf pour garder de bonnes relations diplomatiques. Et à quelques jours de la visite de François Hollande en Israël, avec une France en crise économique majeure, tout porte à croire qu’Israël est prêt à coopérer: surtout pour ne pas voir apparaître d’articles comme « Israël, le paradis des escrocs » dans la presse française… JSSnews
La police israélienne n’est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d’extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d’éventuelles décisions judiciaires motivées par l’antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L’extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. (…) La France souffre d’un autre handicap. En 2012, elle avait refusé l’extradition de deux chauffards français qui avaient pris la fuite après avoir mortellement renversé une Israélienne âgée de 25 ans, en septembre 2011, à Tel-Aviv. La France, très embarrassée, avait alors déclaré : « Depuis 2004, la loi n’autorise pas l’extradition de ses citoyens vers des pays ne faisant pas partie de l’Union européenne ». Les deux hommes seront jugés le 27 novembre prochain. À Paris. Le Télégramme
Les escrocs ont bien compris que les obligations légales de publication obligent les entreprises à dévoiler un grand nombre de documents qui sont disponibles sur des sites comme infogreffe. S’il n’est pas possible de s’affranchir de ces obligations, il ne faut publier que ce qui est obligatoire par la loi (statuts à jour, procès-verbaux) Et pas davantage. « Malheureusement, les actes déposés doivent aujourd’hui contenir la signature du président ou des associés, ce qui donne un atout aux escrocs », déplore Raphaël Gauvain. (…) Outre les obligations légales, l’entreprise a une obligation de transparence vis-à-vis du marché, en particulier lorsqu’elle est cotée, mais il faut trouver un équilibre entre le souci de transparence et le risque de fraude : mieux vaut éviter de fournir des informations trop précises dans son document de référence et ne publier que ce qui est nécessaire à l’investissement. (…) Les différents modes opératoires utilisés par les escrocs sont désormais bien connus et doivent donc être présentés à tous les salariés pouvant être impliqués. Attention, toutefois, car ces modes opératoires évoluent très rapidement. Les tentatives de fraudes ont beaucoup évolué, et les fraudeurs n’hésitent pas à se faire passer pour des auditeurs ou des Commissaires aux comptes pour obtenir des informations ou encore, plus récemment, pour des éléments des forces de l’ordre enquêtant sur ce type de fraude… Les Echos
En quelques heures, les virements atterrissent sur des comptes rebond en Europe de l’Est, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, avant de terminer leur course en Chine, où ils sont rapidement décaissés. S’ils ne parviennent pas à le bloquer à temps, c’est généralement dans l’empire du Milieu que les enquêteurs perdent la trace des fonds. Un accord de compensation s’est établi entre deux mafias. En France, certains membres de la communauté chinoise ont du cash, qu’ils souhaitent envoyer en Chine sans passer par le circuit bancaire, explique un enquêteur. Les Franco-Israéliens, eux, sont capables d’effectuer des virements en Chine d’un seul coup de téléphone, mais ils ont besoin de quelqu’un pour le décaisser sur place. Ils récupèrent ensuite leur mise en liquide auprès des Chinois de France pour l’investir dans l’immobilier ou des sociétés écran. A chaque escroquerie israélienne correspond un blanchiment chinois.  Jean-Marc Souvira (OCRGDF)
Ce sont des escrocs d’un nouveau type, des Arsène Lupin high-tech et fins connaisseurs de la finance qui sèment la terreur au sein du CAC 40. Comme des créateurs de start-up, ils sont à l’affût des nouveaux marchés pour repérer les failles dans la législation et le contrôle. On les a vus multiplier les fraudes à la carte bancaire en créant un réseau international de faussaires. Ils ont bluffé les policiers par leur capacité à utiliser la fonction de la « sécurité sociale des indépendants » (le régime RSI), piégeant des dizaines de milliers de chefs d’entreprise à qui ils ont adressé de faux appels à cotisations. Ces escrocs se sont lancés à une vitesse éclair dans les nouvelles arnaques à la TVA. Et là, ils ont trouvé le Graal: le marché du carbone, sur lequel les entreprises s’échangent des droits à polluer. De mémoire de magistrat, jamais une escroquerie aussi juteuse n’avait été montée avec autant de facilité. « Certains escrocs ont gagné plusieurs dizaines de millions d’euros en quelques semaines », confie un juge du pôle financier parisien, en charge de ces dossiers. La technique: acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays européen et les revendre avec TVA en France, taxe qu’ils conservent avant de disparaître dans la nature. « En quelques clics, ils achetaient de l’air et revendaient de l’air avec un gros bénéfice », déplore Jean-Marc Souvira. « Le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires », avait lancé Fabrice Sakoun, l’un des rares fraudeurs à avoir été condamnés. (…) C’est la nouvelle Jewish connection. Dans les années 1970, les frères Zemmour, ces pieds-noirs venus d’Algérie dont l’histoire a été portée à l’écran dans Le Grand Pardon, un film d’Alexandre Arcady, étaient devenus les caïds du trafic de drogue et du proxénétisme à Paris. Aujourd’hui, ces spécialistes excellent dans les arnaques financières, opérant entre Paris, Hong-kong et Tel-Aviv. Une note de la Direction centrale de la police judiciaire détaille que « trois pays apparaissent régulièrement dans ces escroqueries: Israël où des groupes criminels se sont spécialisés, la France comme pays où sont ciblées les entreprises, la Chine comme lieu de destination première des virements, avant réorientation vers Israël ». (…) Dans ce business, les Franco-Israéliens ont des alliés, en particulier les mafias chinoises. « Leurs associés chinois leur versent du cash à Paris en échange des faux virements envoyés dans des banques en Chine », explique le policier Bernard Petit. Et en matière d’escroquerie, les criminels chinois sont aussi des pros, notamment dans les fraudes aux cartes bancaires. Ils ont créé de nombreux ateliers clandestins de fabrication de fausses cartes, dont plusieurs ont été démantelés en région parisienne ces derniers mois. Surtout, ils organisent en France la venue d’équipes de « mules chinoises », selon l’expression des policiers, des acheteurs munis de ces fausses cartes qui raflent les produits de grandes marques. « Ils réalisent des raids d’achats fulgurants dans les magasins de luxe parisiens, puis ils renvoient la marchandise en Chine », avance Patrick Yvars, le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement. Criminels israéliens, mafias chinoises, mais aussi caïds français. La rentabilité record de ces nouvelles escroqueries a attiré également les barons du milieu parisien. Challenges

Attention: une arnaque peut en cacher une autre !

Virements internationaux, carte bancaire, TVA, sécurité sociale, taxe au carbone, expertise comptable, police, lutte contre la fraude financière, lutte antiterroriste …

A l’heure où en un pays techniquement en faillite depuis 2007 la suppression de l’écotaxe pourrait coûter quelque 2 milliards d’euros …

Et où nos extrême-droite comme extrême gauche prônent le suicidaire repli national

Pendant que nos médias et nos films servent la soupe à nos nouveaux Arsène Lupin …

Voici entre la France, Israël et la Chine et sans parler des débris de l’empire soviétique

Et derrière plusieurs centaines d’escroqueries ou tentatives d’escroqueries aux faux virements

Profitant des failles dans la législation et le contrôle ou dans les accords d’extradition …

Comme, dans un monde de plus en plus internationalisé et des échanges de plus en plus dématérialisés, des nouvelles exigences de transparence mais aussi des nouveaux services de répression …

Sans parler, sous couvert d’écologie, de l’amour immodéré de nos gouvernants pour les usines à gaz fiscales …

La nouvelle French connection non corse mais, après nos fameux frères Zemmour des années 70 et avec la récupération que l’on peut imaginer du côté des conspirationnistes antisémites, israélienne cette fois …

Mais surtout la « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref » …

A savoir la taxe carbone pour 5 milliards d’euros dont 1,6 milliard aux dépens du seul Etat français !

Menace sur le CAC 40 : les nouveaux escrocs pêchent au gros
Une vague d’arnaques déferle sur nos plus grandes entreprises et met les services secrets français sur les dents. Les aigrefins osent tout, jusqu’à contrefaire la voix des patrons pour passer des ordres de virement à l’étranger.
Thierry Fabre
Challenges
25-05-2012

Au siège de Media Participations à Paris, on est encore sous le choc. Ce géant de la bande dessinée (Dargaud, Dupuis…), avec 20 millions d’albums vendus chaque année, a connu des aventures qui auraient pu inspirer les auteurs de Blake et Mortimer, la célèbre BD qui fait partie de son catalogue.

Fin janvier, le siège et plusieurs filiales ont été attaqués par des spécialistes de l’arnaque aux faux virements, rebaptisée par les policiers « escroquerie au président ». Première cible, la directrice financière de Dargaud Suisse reçoit un appel de Vincent Montagne, le président du groupe, exigeant de virer de toute urgence 987.000 euros sur un compte HSBC à Hong-kong, afin de financer une acquisition en Asie. Et il lui interdit d’en parler au patron de la filiale suisse. Téméraire, la directrice téléphone à ses correspondants parisiens, le montant du virement dépassant le plafond autorisé. In extremis, la révélation de l’usurpation de l’identité du patron stoppe le processus.

Pourtant, dès le lendemain, Vincent Montagne (le vrai) reçoit un coup de fil du commandant Girard, de la brigade financière: « Nous savons que vous avez été attaqués. Faites le virement, cela nous permettra de prendre les escrocs la main dans le sac. « Prudent, Montagne vérifie auprès de ses contacts policiers: le commandant Girard n’existe pas… Puis c’est au tour de la Société générale, la banque de Media Participations, de recevoir un coup de fil de Vincent Montagne (le faux) affirmant appeler depuis la brigade financière et ordonnant d’effectuer le virement afin de pincer les malfaiteurs. La supercherie est à nouveau débusquée. En trois jours, l’éditeur a subi au moins 30 attaques téléphoniques! « Les escrocs avaient bien planifié leur opération et acquis une connaissance très fine de notre organisation, témoigne Claude Saint Vincent, directeur général de Media Participations. Leur capacité à usurper la voix du président et à exercer une pression psychologique sur leurs cibles est impressionnante. »

De Michelin à l’Elysée

Une déferlante. En quinze mois, 180 attaques similaires à celle dont Media Participations a été victime ont été recensées par l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), un service d’élite de la police. Areva, Scor, Quick, Nestle, CMA CGM ont repoussé ces offensives, tout comme Michelin, qui vient tout juste de déjouer une série d’escroqueries sur ses filiales belge, suisse, italienne et allemande. « Nous avons porté plainte dans les pays concernés », nous a confirmé une porte-parole du leader mondial des pneumatiques. De grosses PME sont aussi visées, comme Valrhona, le spécialiste du chocolat, ou encore le casino de Trouville (Calvados), qui a échappé de justesse, le 13 mars, à une arnaque de 400.000 euros. Sans oublier l’Elysée, dont les services comptables ont arrêté un faux ordre de virement de 2 millions d’euros en avril 2011.

Si leurs tentatives échouent souvent, les escrocs ont fait quelques prises spectaculaires: le transporteur Brittany Ferries, qui s’est fait subtiliser 1 million d’euros ; Vinci, le groupe de BTP, escroqué récemment, mais qui « ne souhaite faire aucun commentaire » ; ou encore Robertet, l’un des leaders mondiaux des parfums implanté à Grasse (Alpes-Maritimes), qui a été délesté de 900.000 euros. Au total, selon la police, plus 20 millions d’euros ont déjà été détournés.

Du coup, c’est la mobilisation générale pour protéger nos fleurons du business. Les services secrets – la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) – ont lancé une alerte aux entreprises dans une note sur « la prévention des escroqueries aux virements internationaux », où ils détaillent les techniques des escrocs. « La manipulation fonctionne d’autant mieux que son auteur a la capacité d’y aller au culot, souligne la DCRI. L’air assuré et entendu ne vous incitera alors pas à remettre en cause sa qualité ou sa démarche. »

Autre initiative policière: le 6 mars, le commissaire divisionnaire Jean-Marc Souvira, chef de l’OCRGDF, a discrètement réuni les responsables financiers et de la sécurité d’une quarantaine de grands groupes dans la salle du conseil du Medef à Paris. « Ils étaient très intéressés, car beaucoup avaient déjà été victimes d’attaques, nous confie Souvira. Et je leur ai donné des outils pour se protéger. »

Arsène Lupin high-tech

Ce sont des escrocs d’un nouveau type, des Arsène Lupin high-tech et fins connaisseurs de la finance qui sèment la terreur au sein du CAC 40. Comme des créateurs de start-up, ils sont à l’affût des nouveaux marchés pour repérer les failles dans la législation et le contrôle. On les a vus multiplier les fraudes à la carte bancaire en créant un réseau international de faussaires. Ils ont bluffé les policiers par leur capacité à utiliser la fonction de la « sécurité sociale des indépendants » (le régime RSI), piégeant des dizaines de milliers de chefs d’entreprise à qui ils ont adressé de faux appels à cotisations. Ces escrocs se sont lancés à une vitesse éclair dans les nouvelles arnaques à la TVA.

Et là, ils ont trouvé le Graal: le marché du carbone, sur lequel les entreprises s’échangent des droits à polluer. De mémoire de magistrat, jamais une escroquerie aussi juteuse n’avait été montée avec autant de facilité. « Certains escrocs ont gagné plusieurs dizaines de millions d’euros en quelques semaines », confie un juge du pôle financier parisien, en charge de ces dossiers. La technique: acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays européen et les revendre avec TVA en France, taxe qu’ils conservent avant de disparaître dans la nature. « En quelques clics, ils achetaient de l’air et revendaient de l’air avec un gros bénéfice », déplore Jean-Marc Souvira. « Le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires », avait lancé Fabrice Sakoun, l’un des rares fraudeurs à avoir été condamnés.

Une affaire qui a coûté 1,6 milliard d’euros à l’Etat, « la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref », selon la Cour des comptes.

De véritables ingénieurs. Pour arriver à leurs fins, ces aigrefins ont recours à des méthodes très pointues. Dans l’arnaque aux faux virements, ils commencent par mener une enquête fouillée sur leurs cibles. « Pendant un mois, une équipe se renseigne sur la société et ses filiales à l’étranger, témoigne Bernard Petit, sous-directeur à la lutte contre la criminalité organisée, l’un des pontes de la police. Elle collecte les PV d’assemblées générales et de conseils d’administration, et s’imprègne de la culture maison en étudiant les messages des dirigeants aux salariés ou les newsletters internes aux directeurs. » Les filous vont même jusqu’à enquêter sur la vie privée des cadres de l’entreprise. « Grâce aux réseaux sociaux, Facebook ou Twitter, ils peuvent savoir le prénom des enfants ou la date d’anniversaire de la secrétaire », relève Michèle Bruno, chef de la brigade de répression de la délinquance astucieuse.

Leur technique est aussi très élaborée pour empêcher la police de les retrouver. D’abord, ils achètent leur « matériel » (par exemple, les informations d’Infogreffe sur les entreprises) avec des cartes de paiement prépayées, totalement anonymes puisqu’elles peuvent être rechargées en liquide sans être associées à un compte bancaire. « C’est un vrai problème, car la police ne peut retrouver la trace des paiements des malfaiteurs », regrette Jean-Marc Souvira. Ensuite, les larrons lancent leurs attaques téléphoniques de l’étranger – en particulier d’Israël, où opèrent beaucoup de spécialistes de cette arnaque -, tout en donnant l’illusion d’être en France. Pour cela, ils ont recours à des « plateformes de dématérialisation », qui permettent d’acquérir des numéros de téléphone ayant l’indicatif du pays visé. « Si l’entreprise cible est en France, les numéros de téléphone et de fax achetés commenceront par l’indicatif français, afin de mettre en confiance l’interlocuteur qui recevra l’appel », détaille une note de l’OCRGDF.

Vient ensuite la phase d’attaque téléphonique, confiée à une autre équipe. Elle révèle un pouvoir de persuasion hors pair, comme le montrent les enregistrements de la police, que Challenges a pu écouter: « C’est votre président. [ …] Vous devez faire partir ce virement exceptionnel dès aujourd’hui. Vous recevrez les documents demain. Je compte sur vous, c’est très important », lance l’escroc à la comptable d’une filiale d’un grand groupe. « Mais, monsieur, j’ai besoin de documents pour un tel montant », répond la salariée. « Je vous dis que c’est un virement exceptionnel, vous comprenez ou quoi? Vous pouvez le faire », s’énerve l’escroc, qui échouera, la comptable ayant alerté sa hiérarchie. « Ils exercent une pression psychologique énorme en invoquant l’urgence de la situation, ou en menaçant souvent de virer la personne », rapporte la commissaire Michèle Bruno.

Parmi ces as de la mise en scène, le champion, c’est Gilbert Chikli, qui aurait escroqué une quarantaine de banques françaises ces dernières années en se faisant passer pour un agent secret. Réfugié en Israël après avoir été mis en examen en 2008 pour « escroquerie à la lutte antiterroriste » par la juge parisienne Sylvie Gagnard, Gilbert Chikli a réalisé l’un de ses coups les plus spectaculaires avec La Poste. Se faisant passer pour Jean-Paul Bailly, le président du groupe, il a appelé la directrice d’une agence postale. « Vous allez recevoir un appel d’un agent de la DGSE [les services de renseignements] », lui a-t-il dit. Quelques minutes plus tard, l’agent secret téléphone à la directrice, l’avertit qu’un dangereux terroriste faisant partie de ses clients va bientôt retirer de l’argent. Et il ordonne à la patronne de l’agence de lui apporter tous les billets en caisse pour qu’il leur appose une puce électronique…

Un (mauvais) scénario à la James Bond qui a réussi! La directrice a remis 350.000 euros dans une mallette, qu’elle a glissée sous la porte des toilettes d’une brasserie parisienne! Après la découverte de l’arnaque, elle a été licenciée et serait tombée en dépression. « Cet escroc ne réalise pas les dégâts humains que ses agissements ont provoqués », déplore Sylvie Noachovitch, l’avocate de la malheureuse cadre de La Poste. Car, pour Gilbert Chikli, ce n’est pas une escroquerie, c’est un jeu. « Je joue une scène qui apporte une certaine jouissance, une certaine adrénaline », déclarait-il en 2010 à France 2 qui avait retrouvé sa trace.

Israël comme base arrière

C’est la nouvelle Jewish connection. Dans les années 1970, les frères Zemmour, ces pieds-noirs venus d’Algérie dont l’histoire a été portée à l’écran dans Le Grand Pardon, un film d’Alexandre Arcady, étaient devenus les caïds du trafic de drogue et du proxénétisme à Paris. Aujourd’hui, ces spécialistes excellent dans les arnaques financières, opérant entre Paris, Hong-kong et Tel-Aviv. Une note de la Direction centrale de la police judiciaire détaille que « trois pays apparaissent régulièrement dans ces escroqueries: Israël où des groupes criminels se sont spécialisés, la France comme pays où sont ciblées les entreprises, la Chine comme lieu de destination première des virements, avant réorientation vers Israël ».

En septembre, trois Franco-Israéliens spécialisés dans les faux virements ont été arrêtés à Lyon et à Cannes, dans un palace, en pleine partie de poker. Mais ils sont nombreux à avoir échappé à la justice française en se réfugiant en Israël, entre Tel-Aviv et la station balnéaire de Netanya, très appréciée des Français. L’un d’eux, Alex K, aurait même fait venir le groupe américain Black Eyed Peas dans sa somptueuse villa pour fêter son premier milliard de « tève » (l’arnaque à la TVA), selon l’enquête de Jérôme Pierrat, auteur de Mafias, gangs et cartels. La criminalité internationale en France (Folio, 2011).

Dans ce business, les Franco-Israéliens ont des alliés, en particulier les mafias chinoises. « Leurs associés chinois leur versent du cash à Paris en échange des faux virements envoyés dans des banques en Chine », explique le policier Bernard Petit. Et en matière d’escroquerie, les criminels chinois sont aussi des pros, notamment dans les fraudes aux cartes bancaires. Ils ont créé de nombreux ateliers clandestins de fabrication de fausses cartes, dont plusieurs ont été démantelés en région parisienne ces derniers mois. Surtout, ils organisent en France la venue d’équipes de « mules chinoises », selon l’expression des policiers, des acheteurs munis de ces fausses cartes qui raflent les produits de grandes marques. « Ils réalisent des raids d’achats fulgurants dans les magasins de luxe parisiens, puis ils renvoient la marchandise en Chine », avance Patrick Yvars, le chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement.

Criminels israéliens, mafias chinoises, mais aussi caïds français. La rentabilité record de ces nouvelles escroqueries a attiré également les barons du milieu parisien. « Auparavant, il y avait une séparation entre les délinquants financiers en col blanc et le grand banditisme classique, souligne Bernard Petit. Désormais, il y a une hybridation. Les équipes sont intégrées. »

Conséquence: les différends peuvent se régler à l’arme de poing. Quatre meurtres liés à ces escroqueries ne sont toujours pas élucidés. En janvier 2009, Serge Lepage, une figure du milieu, a été abattu devant chez lui, dans l’Essonne, après sa sortie de prison. Le 30 avril 2010, c’est au tour d’Amar Azzoug, un ancien braqueur reconverti dans les arnaques financières, d’être exécuté, à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Le 14 septembre, Samy Souied, surnommé « le caïd des hippodromes », pour avoir trempé dans une affaire de blanchiment dans le monde des courses, a été abattu Porte Maillot, à Paris. Il était soupçonné d’être l’un des cerveaux parisiens de l’arnaque à la taxe carbone. Enfin, le 25 octobre dernier, Claude Dray, 76 ans, un homme d’affaires possédant des hôtels de luxe à Saint-Tropez, à Jérusalem et Miami, a été retrouvé mort dans son hôtel particulier de 1.000 mètres carrés, villa de Madrid à Neuilly, trois balles de 7,65 dans le cou. Sans aucune trace d’effraction ni de vol. Ce riche collectionneur avait des contacts avec des artisans de l’arnaque au CO2. Tellement lucrative que le partage des profits a fini dans le sang.

Voir aussi:

Faux ordres de virement. Insaisissables suspects

Hervé Chambonnière

Le Télégramme

7 octobre 2014

Les auteurs d’escroqueries aux faux ordres de virements bancaires ne sont pas seulement ingénieux pour tromper des entreprises. Pour court-circuiter les procédures judiciaires, ils opèrent depuis l’étranger, en grande majorité en Israël. Explications.

Quel point commun entre la Brittany Ferries (Roscoff, Finistère) et PBM Import, une filiale du leader européen d’importation de bois Wolseley (Pacé, Ille-et-Vilaine) ? Ces deux sociétés bretonnes ont été victimes d’une arnaque aux faux ordres de virements internationaux (FOVI). Dans les deux cas, une personne se faisant passer pour le P-DG est parvenue à convaincre le service comptabilité de se faire verser, fin 2011, puis fin 2012, 1,1 million d’euros, puis 14 millions. Dans les deux cas encore, l’argent a transité par des comptes à l’étranger, via Chypre, la Bulgarie, la Chine (…). Destination finale ? Israël.

72 commissions rogatoires adressées à Israël, aucun retour

Ces quatre dernières années, l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) a recensé plus de 700 faits commis ou tentés en France. Plus de 360 entreprises ont été victimes de cette carambouille (dite aussi « arnaque au président »), pour un préjudice dépassant désormais les 300 millions d’euros. En Bretagne et en Loire-Atlantique, plus de 80 faits ont été signalés. Dans le collimateur des escrocs : les multinationales, comme la société de Vincent Bolloré, victime, dans le Finistère, d’une tentative à 350.000 euros en juin dernier, mais aussi les établissements plus modestes : abattoirs, laboratoires, établissements bancaires, assurances, offices HLM…

Quand ils ont contacté leurs homologues d’Interpol et Europol, les organismes internationaux de coopération policière, les enquêteurs français n’en ont pas cru leurs oreilles. Les escroqueries aux faux ordres de virements internationaux ? Les deux offices internationaux… ne connaissaient pas ! Et pour cause. « Vous êtes le seul pays touché », leur ont répondu un peu plus tard, Interpol et Europol. C’était juste avant que la Belgique, la Suisse et le Luxembourg ne soient à leur tour pris pour cibles. Leur point commun ? On y parle français. « Tout simplement parce que les auteurs de ces arnaques sont français », explique un enquêteur, spécialiste des FOVI. Des Franco-Israéliens, réfugiés en Israël, dont certains sont « bien connus des services », pour avoir fait leurs armes en France dans les arnaques aux faux annuaires et fausses publicités, l’affaire du Sentier ou encore les fraudes à la TVA et à la taxe carbone.

« On a des noms, et même les sociétés qui blanchissent l’argent détourné », assurent des enquêteurs. Mais en Israël, où le fil de l’enquête se brise, aucune procédure n’aboutit. Selon nos informations, pas moins de 72 commissions rogatoires internationales ont été adressées à l’État hébreu depuis 2010. Aucune n’a été suivie d’effet. Police israélienne « peu efficace et débordée » « Les procédures sont longues, complexes, coûteuses, et mobilisent des moyens pour un résultat quasi nul », se désole un enquêteur. Israël laisse faire ? « C’est plus compliqué que cela, explique une source judiciaire. Il y a des problèmes juridiques mais le pays a manifesté son intention de coopérer. »

« La France a su convaincre Israël que tout ceci était illégal, affirme au Télégramme Serge Dumont, journaliste belgo-israélien, correspondant permanent en Israël pour Le Soir et auteur de « L’histoire vraie de la mafia israélienne » (La Manufacture de livres, octobre 2013). Mais la police israélienne n’est pas très efficace en général, et elle est surtout débordée par les problèmes de sécurité intérieure et de terrorisme. » Autre écueil : Israël refuse d’extrader ses ressortissants mis en cause dans des affaires judiciaires « pour les protéger d’éventuelles décisions judiciaires motivées par l’antisémitisme ». Cette loi, votée en 1978, a été assouplie en 1999. L’extradition est désormais possible, mais sous condition : si le ressortissant est condamné, celui-ci devra purger sa peine en Israël. Depuis, une seule a été autorisée vers la France : en 2008, celle, éphémère, du flamboyant Gilbert Chikli… qui se trouve être le père présumé de l’arnaque aux faux ordres de virement (lire ci-dessous). La France souffre d’un autre handicap. En 2012, elle avait refusé l’extradition de deux chauffards français qui avaient pris la fuite après avoir mortellement renversé une Israélienne âgée de 25 ans, en septembre 2011, à Tel-Aviv. La France, très embarrassée, avait alors déclaré : « Depuis 2004, la loi n’autorise pas l’extradition de ses citoyens vers des pays ne faisant pas partie de l’Union européenne ». Les deux hommes seront jugés le 27 novembre prochain. À Paris.

En complément

Gilbert Chikli, faux agent secret, vrai millionnaire Il est le père présumé de « l’arnaque au président ». Gilbert Chikli est franco-israélien. Son coup d’éclat ? En 2005, l’homme reconnait s’être fait passer pour le président du groupe La Poste auprès d’une agence parisienne. Il convainc la directrice qu’un agent de la DGSE va prendre contact avec elle pour une opération secrète. L’un des clients de la banque est un dangereux terroriste qui va prochainement effectuer un gros retrait en vue de préparer un attentat. Il faut donc marquer les billets avant la transaction. Pendant deux jours, le faux agent harcèle la directrice à qui il a fait acheter un téléphone portable pour être joignable en permanence. Après une quarantaine d’appels, la directrice s’exécute : elle glisse 358.000 euros dans une mallette qu’elle laisse dans les toilettes d’une brasserie parisienne. Bien sûr, l’argent s’envole. La directrice, elle, sera licenciée. Pendant trois ans, l’homme répétera le même scénario auprès d’une quarantaine d’établissements bancaires. Montant du butin : au moins 23 millions d’euros. En 2008, Gilbert Chikli est extradé d’Israël, mis en examen et placé en détention provisoire en France pendant près de trois ans. Relâché en attendant la fin de l’instruction, il prend la fuite alors qu’il est sous contrôle judiciaire. « J’ai le don de convaincre. Et alors ? » C’est une équipe de France 2 qui retrouve sa trace, en 2010, probablement en Israël. Face à la caméra, Ray Ban sur le nez, bronzé et bravache, le quadragénaire ne conteste pas les faits. « C’était un jeu (…) Par une déballe assez exceptionnelle, il faut le dire, on arrive à se faire remettre des versements ou des espèces assez importantes, voilà. (…) Ou vous avez un don, ou vous l’avez pas. C’est comme les grands acteurs et les grands artistes. Considérons que j’ai un don de beau parleur, que j’ai cette force de convaincre. Et alors, est-ce qu’on peut me reprocher ça ? » Un an plus tard, il est suspecté d’être derrière une tentative d’escroquerie (2 M€) qui visait… l’Élysée. L’homme prend son téléphone et contacte les policiers pour affirmer qu’il est « totalement étranger » à cette affaire. Selon lui, son modus operandi aurait suscité de nombreuses vocations. Et à ce petit « jeu », les élèves, arrivés en nombre depuis deux ans en Israël, auraient « dépassé le maître ».

Les chiffres

Plus d’attaques.

Pour le seul premier semestre 2014, et pour la seule zone gendarmerie, douze attaques ont été recensées en Bretagne pour des préjudices s’élevant de quelques dizaines de milliers d’euros à 437.000 euros. Treize faits avaient été enregistrés en 2013, cinq en 2012, et un en 2011. Une tentative sur trois a réussi. Malgré la sensibilisation régulière des entreprises, les escrocs ont connu plus de succès en 2014 : une tentative sur trois a réussi. Sur les 13 recensées en 2013, deux avaient réussi (4,2 millions d’euros), une sur cinq en 2012, et une en 2011. 600.000 euros en moyenne. 56 faits (dont 45 tentatives) ont été déclarés en zone police Bretagne et Loire-Atlantique depuis 2011, pour un préjudice tournant généralement autour de 600.000 euros. Sur la ligne des escrocs, 143.000 appels en trois mois ! Comment des escrocs parviennent-ils à embobiner banques, entreprises, salariés ? Leurs très redoutables techniques ont été décryptées. Les voici, point par point.

1. Le principe

Téléphoner à l’un des salariés ayant l’autorisation de transférer des fonds, au sein du service comptabilité, pour le convaincre d’effectuer un virement à l’étranger.

2. La technique Pour convaincre le salarié visé, l’escroc se fait passer pour le P-DG ou l’un des cadres dirigeants de l’entreprise (d’où le nom d' »arnaque au président »), qui prétextera une situation urgente, vitale pour la société (contrôle ou redressement fiscal imminent, faire face à une OPA hostile, lancer une OPA sur un concurrent, etc.). Bien souvent, le malfrat agit alors que le P-DG en question et le responsable financier sont absents (en déplacement à l’étranger, malade…). L’opération est lancée de préférence avant midi, le vendredi, en fin de journée, la veille d’un jour férié… Le temps que l’argent transféré sur un compte soit retransféré vers d’autres comptes, où ils ne pourront plus être gelés (24 h à 48 h). « C’est psychologique aussi. Quand le week-end approche, on est plus détendu, on est moins vigilant, explique un enquêteur rompu à ce type d’arnaques. C’est aussi pour cela qu’il faut être Français pour mener à bien de telles opérations. Il faut connaître les us et coutumes du pays, sa mentalité. »

3. Avant l’attaque, des mois de préparatifs Pour réussir le coup, les escrocs ont réuni un maximum d’informations sur leur proie : qui contacter (personnel), qui sont les dirigeants, quelle est leur signature, leur voix, leurs intonations, leurs mots et tics de langage, qui sont les clients, les fournisseurs, avec quels pays la société a-t-elle des échanges (…). Pour la mettre à nu, de un à six mois de recherches sont généralement nécessaires. De nombreuses infos sont accessibles via Internet (presse spécialisée, site Web de l’entreprise, Infogreffe, etc.) : stratégie, organigramme, actes officiels, PV d’assemblées générales, comptes-rendus du comité d’entreprise, extraits Kbis, lettres internes… Cela ne suffit pas. Pour les compléter et les recouper, les aigrefins ne vont pas hésiter à téléphoner à l’entreprise visée, en se faisant passer pour un client mécontent, un avocat, un fournisseur, etc. – « Pourrais-je parler à M. Durand ? » – « Je regrette. Il est en vacances, il revient dans une semaine. Mais je peux vous passer Pierre Vincent qui prend le relais en son absence » (…). Récemment, des enquêteurs bretons ont établi qu’une société avait reçu 140 appels des escrocs avant que ceux-ci ne passent à l’attaque ! Dans une autre enquête, la ligne téléphonique que les malfrats avaient, notamment, utilisée dans le Finistère (128 appels en trois semaines) avait servi à passer en France, en trois mois… 143.000 appels ! Ces informations peuvent aussi être glanées ou complétées sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…) : vie privée, agenda des responsables, etc. Les cadres ont participé à un week-end de cohésion le week-end dernier, ont mangé du homard au dernier repas d’affaires ? Une compétition de football a rassemblé les salariés, équipe jaune contre équipe rouge ? Michel est parti à la retraite après 35 ans de bons et loyaux services ? Tout intéresse ces escrocs. Car chaque information est susceptible, le moment venu, de faire tomber la garde de leur interlocuteur.

4. Un aplomb phénoménal Avec un aplomb phénoménal, l’escroc lancera l’information, livrera le détail qui endormira la vigilance du salarié. Celui-ci hésite ? Le faux P-DG va le placer sur un piédestal. On ne lui a peut-être pas donné la place qui lui revenait, on l’a peut-être négligé, oublié mais, là, il va pouvoir donner le meilleur de lui-même. C’est lui qui va permettre de sauver sa boîte ou de lui donner un gros coup de boost ! C’est lui qu’il a choisi, parce qu’il a confiance en lui, que la situation est urgente, secrète. Il ne doit en parler à personne. Lui seul est dans la confidence. Il résiste ? Un document signé viendra confirmer, par e-mail, dans les minutes suivantes l’autorisation. Il résiste encore ? L’escroc est le patron. Il hausse le ton. Le salarié est sommé d’obéir. Il risque son poste ! Veut-il aussi endosser la responsabilité d’une faillite et de licenciements massifs ? Si le stratagème échoue malgré tout, l’escroc retentera peut-être sa chance, avec d’autres salariés. L’entreprise Michelin a ainsi fait l’objet d’une vingtaine d’attaques, en vain, au siège à Clermont-Ferrand et auprès de ses filiales à l’étranger. Dans un autre cas, le jour suivant un échec, un escroc a même rappelé l’entreprise visée, en se faisant passer pour un enquêteur d’Interpol, pour tenter de débloquer les fonds qui avaient été gelés !

5. Anonymes et intraçables Les escrocs masquent tous leurs agissements. Les infos achetées sur Infogreffe ? Achetées avec une carte bancaire prépayée, rechargeable en espèces, sans être associée à un compte bancaire. Les numéros d’appels téléphoniques français ? Achetés par le même moyen (environ 15 € par mois en Israël) auprès de « plates-formes de dématérialisation » habituellement utilisées pour des services clients établis à l’étranger, pour donner l’illusion que cette activité est traitée dans le pays où se trouvent les clients (services de jeux aussi, etc.). Pour l’escroc, cela permet de mettre en confiance son interlocuteur en lui faisant croire qu’il reçoit un appel local. L’adresse e-mail ? Idem, auprès de fournisseurs français de noms de domaine. Il suffit de reproduire l’adresse Web de l’entreprise visée et les e-mails de ses dirigeants, à une lettre ou un signe près ! Pour les mouvements bancaires, le premier transfert est généralement effectué vers une banque d’un pays européen. Un second transfert, vers des pays où l’opacité bancaire règne, intervient très rapidement (dans les 48 h). La Chine est très prisée, car des liens ont semble-t-il été noués avec des contacts locaux. Les escrocs ont recours entre eux, à la manière des banques, au mécanisme de la compensation. L’argent transférée en Chine ne bouge plus, mais des complices chinois implantés à Paris paient en cash les escrocs.

Anglophones, pirates informatiques et faux stagiaires : alerte, les escrocs recrutent !

Ils ne ratent aucune opportunité. Quand les escrocs en col blanc ont appris qu’une nouvelle norme de virement bancaire international (norme SEPA) était mise en place, leur sang n’a fait qu’un tour. En quelques semaines, l’arnaque était ficelée : se faire passer pour une banque, prétexter des tests techniques pour effectuer des virements. Le premier, pour mettre en confiance, était bien restitué. Le second, jamais. Mais la mise aux normes s’est achevée cet été. Fini les arnaques SEPA. « Les escrocs sont déjà passés à autre chose, rapporte un spécialiste des escroqueries aux faux ordres de virement. Dans leurs équipes, ils ont des financiers, des informaticiens… » Nouveaux filons La nouvelle tendance, c’est l’intrusion informatique. Les pirates vont récupérer une foule d’infos sur les comptes bancaires, les fournisseurs, les clients. Et ils trouvent toujours une faille : par exemple, se faire passer pour le propriétaire des locaux et demander à ce que les loyers soient versés sur un nouveau compte bancaire, etc. Autre tendance : envoyer un faux stagiaire. De vraies techniques de renseignement économique ! Dans son livre consacré à la mafia (*) israélienne (édition La Manufacture des Livres, octobre 2013, 22,90 €), le journaliste belgo-israélien Serge Dumont estime que cette criminalité mobile « profitera des opportunités que lui offre la législation israélienne jusqu’au moment où elle trouvera des conditions plus intéressantes ailleurs ». La criminalité financière n’a pas de frontières… Mais ce jour-là n’est pas encore arrivé. Aux dernières nouvelles, les criminels en col blanc mènent grand train dans les établissements de nuit de la région de Tel-Aviv. Il se murmure aussi que de nouveaux filons devraient prochainement être exploités. Les groupes d’escrocs rêvent de nouvelles « parts de marché » et pensent international. Pour cela, ils ont la ferme intention de se mettre… à l’anglais.

* Plusieurs groupes sévissant ces dernières années ont été repérés à Ashdod et Netanya, deux cités à fortes composantes françaises, au sud et au nord de Tel-Aviv . « Ils ne font pas partie de la mafia israélienne, même s’ils commencent à faire partir du paysage criminel local et si les pactoles amassés suscitent la convoitise », constate le journaliste Serge Dumont.

Une vingtaine de millions d’euros gelés

Lorsque l’alerte est donnée rapidement, les services d’enquête parviennent à geler les fonds sur le premier compte où l’argent a été transféré. Sur les quelque 300 M€ envolés depuis 2011, une vingtaine auraient ainsi pu être stoppés. Pour les récupérer, la coopération interbancaire, en dehors de tout cadre judiciaire, à l’amiable, semble la mesure la plus efficace. Certains pays, pour des raisons juridiques, rechignent à restituer les sommes gelées.

Voir aussi:

L’arnaque aux faux virements explose en France
Le Figaro
05/11/2014

VIDÉO – Comme Michelin, de plus en plus de sociétés, petites ou grandes, sont victimes de cette escroquerie. La plupart des fonds atterrissent sur des comptes bancaires en Chine. Les autorités judiciaires françaises, en visite à Pékin, tentent d’organiser la riposte.

C’est un phénomène inquiétant, qui prend de plus en plus d’ampleur en France. Les arnaques aux faux ordres de virements explosent dans l’Hexagone. Ce qui n’était qu’un «phénomène émergent» en 2012 s’est transformé en «véritable raz-de-marée qui s’est abattu sur la France», selon les membres d’une délégation du ministère français de la Justice, en déplacement à Pékin où les fonds volés atterrissent majoritairement.

Ces virements totalement indus représentent 300 millions d’euros de préjudice et 700 procédures comptabilisées par les services d’enquête français, qui constatent une «accélération des faits fin 2013, début 2014». Dernière grosse arnaque en date: le groupe Michelin qui vient d’annoncer le vol de 1,6 million d’euros. Le fabricant de pneumatiques a été victime d’une personne se présentant comme le directeur financier de l’un de ses fournisseurs.

D’après la magistrate Alexandra Savie, trois modes opératoires existent dans ce type d’affaires: le premier consiste à s’introduire dans la comptabilité de l’entreprise, en se faisant passer pour un technicien bancaire qui demande un «virement d’essai» au prétexte d’une mise à jour informatique. L’autre manoeuvre fait appel à la cybercriminalité, avec des logiciels malveillants tels que Zeus ou Blackshades RAT, permettant de compiler les informations requises pour réaliser un transfert financier. Enfin, la troisième technique est surnommée «escroquerie au faux président»: l’escroc se fait passer pour le patron de la société et exige du comptable un virement express, censé s’inscrire dans une OPA confidentielle ou une dissimulation fiscale.

«Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage»

D’après la délégation française en Chine, les virements transitent d’abord sur un «compte rebond», aussi appelé «compte taxi», situé en Europe de l’Est, en Grèce, à Chypre, au Royaume-Uni ou en Allemagne. Puis ils arrivent en Chine. «Cela va à la vitesse supersonique, en un “clic” des sommes considérables se déplacent», a souligné depuis Pékin le haut magistrat Robert Gelli, qui occupe le poste stratégique de directeur des affaires criminelles et des grâces. «La part des sommes restituées reste très faible», déplore-t-il.

«Les escrocs opèrent depuis l’étranger et utilisent énormément de dispositifs qui leur permettent d’être anonymes: des plateformes téléphoniques où ils vont louer des numéros de téléphone et des numéros de fax, des adresses IP aléatoires, des serveurs proxy qui dissimulent l’adresse IP», a détaillé Alexandra Savie. «Ce qui est nouveau est l’extrême sophistication du montage», ajoute la magistrate, en citant l’exemple de l’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes, qui a été délestée de 17 millions d’euros… Petites ou grandes, les sociétés touchées «vont être complètement ébranlées, dans leur organisation interne puisqu’il va y avoir des licenciements, dans leur viabilité puisqu’on a énormément de fonds qui sont partis et, pour autant, il va falloir faire face au paiement des fournisseurs et des salariés», a-t-elle relaté. Alexandra Savie fait état de suicides parmi les victimes.

Touchant surtout les pays francophones, le phénomène se diffuse désormais en Espagne et dans les pays d’Europe du Nord. Les particuliers commencent aussi à être ciblés, notamment pour les assurances-vie, les malfaiteurs contactant les familles endeuillées qu’ils localisent en recourant au site avisdedeces.net.

Pression sur Pékin
D’après les autorités françaises, les escrocs passent souvent à l’action le vendredi après-midi, quand la réactivité est moindre. «Lorsque les fonds arrivent en Chine, leurs complices ont sept heures d’avance sur l’Europe» grâce au décalage horaire, a souligné la magistrate. En face, les services de répression français en sont réduits à des procédures laborieuses, par courrier postal, pour saisir leurs homologues chinois et faire jouer l’entraide pénale.

À Pékin, Robert Gelli a donc annoncé la mise en place d’un «comité de pilotage» chargé d’explorer les moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. Après avoir prêté une oreille attentive aux préoccupations françaises, les magistrats chinois ont, à leur tour, fait valoir des demandes s’inscrivant dans l’actuelle campagne anticorruption menée par le régime communiste. Pékin souhaite des actions efficaces contre les officiels chinois corrompus ayant fui en Europe. Un traité d’extradition est d’ailleurs en voie de ratification à Paris.

La fraude en entreprise, un mal très français
Jean-Bernard Litzler, Service infographie du Figaro
19/02/2014

INFOGRAPHIE – De nouvelles formes de délinquance apparaissent mais les sociétés se montrent de plus en plus vigilantes.

Pas moins de 10% des fraudes signalées par les entreprises françaises l’an dernier concernent l’escroquerie dite «au président», selon l’étude du cabinet PwC que Le Figaro présente en avant-première. Une nouveauté et une spécificité très française car cette méthode semble peu utilisée ailleurs. Le mécanisme est simple: l’aigrefin se fait passer au téléphone pour le dirigeant de l’entreprise et demande à un comptable d’effectuer un virement à l’étranger pour financer une acquisition confidentielle. L’usine Seretram qui met en boîte le maïs Géant Vert dans les Landes a ainsi été délestée de 17 millions d’euros.

«Le problème n’avait pas été pris assez sérieusement par les entreprises, dans un premier temps, car elles ne pensaient pas pouvoir être victimes de ce genre de stratagème», souligne Jean-Louis Di Giovanni, associé PwC du département Litiges et investigations qui a réalisé l’étude. Toute la subtilité réside dans le fait que l’escroc s’adresse à un simple comptable, profitant généralement de l’absence de ses responsables. Il dispose souvent de bons renseignements sur le patron qu’il est censé incarner et met en valeur et en confiance son interlocuteur. Au besoin, le fraudeur lui met la pression en expliquant que cette transaction est vitale pour l’avenir de l’entreprise. Il ne lui reste qu’à profiter, la plupart du temps, d’un week-end prolongé pour réaliser son arnaque et empêcher ainsi le blocage du virement.

Malgré cette nouveauté, l’étude PwC montre une nette progression de l’aptitude des entreprises à déceler une fraude. En 2009, seules 29% d’entre elles déclaraient en avoir détecté une contre 55% cette année (voir graphique). «Cette augmentation est particulièrement forte en France, note Jean-Louis Di Giovanni. Elle montre que les entreprises ont pris conscience du problème et se donnent les moyens de dépister des fraudes plutôt que de les découvrir par hasard alors que le mécanisme s’est installé parfois depuis trois, cinq, voire dix ans.» Les sommes en jeu sont loin d’être négligeables: le tiers des fraudes représente plus de 100.000 dollars (73.000 euros).

Cybercriminalité en hausse
La méthode la plus courante de détection reste l’identification des transactions inhabituelles. En épluchant régulièrement la comptabilité, une part significative de la fraude peut être détectée: c’est celle des «opportunistes» qui profitent de la faible surveillance mise en place par l’entreprise. À noter: la fraude est commise dans 60% des cas par un salarié, plutôt âgé (entre 41 et 50 ans dans 43% des cas) et disposant d’une solide ancienneté (plus de dix ans dans 50% des cas) car il lui faut la confiance de son management et le temps de maîtriser les procédures de sa société.

C’est désormais la cybercriminalité qui préoccupe car elle s’organise et se professionnalise. Elle est devenue cette année la deuxième source de fraude la plus courante en France, derrière le détournement d’actifs et pas moins de 44% des entreprises redoutent d’en être victimes dans les deux ans qui viennent. «Aujourd’hui, les entreprises brassent énormément de données puisque 80% des informations stockées dans leur système n’existaient pas il y a seulement deux ans, précise Jean-Louis Di Giovanni. Tout l’enjeu va être d’identifier les données les plus sensibles pour mieux les protéger ensuite.» Dernière victime en date: le distributeur américain Target auquel ont été volées les données sur 110 millions de ses clients!

Le mythe fondateur des escroqueries au virement : « l’affaire de l’agence postale »
Soren Seelow

Le Monde

11.11.2014

Comme toutes les « success stories » de la criminalité organisée, l’escroquerie aux faux ordres de virement a un pionnier, le Franco-Israélien Gilbert Chikli, et son mythe fondateur : l’affaire de l’agence postale de la rue des Capucines, à Paris, première entreprise française à avoir porté plainte en 2005.

Dans les mois qui ont suivi, 34 sociétés ont été visées tour à tour : l’affaire des faux ordres de virement internationaux était née. Le 30 septembre, quinze prévenus ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procès, dont la date n’a pas encore été fixée, sera le premier du genre.

L’affaire de La Banque postale, telle qu’elle est relatée par l’ordonnance de renvoi, est un morceau d’anthologie criminelle. Lundi 25 juillet 2005, Mme G., directrice de l’agence, est affairée à son bureau quand un homme se faisant passer pour le président du groupe La Poste, Jean-Paul Bailly, l’appelle. Il l’informe qu’elle sera prochainement contactée sur son portable par un « agent des services secrets internationaux ».

Interloquée, sans doute un peu grisée par une telle marque de confiance, Mme G. reçoit bientôt l’appel d’un homme qui se fait appeler « Paul ». L’homme se présente comme un agent spécialisé dans la lutte contre le terrorisme international et la convainc de participer à une vaste opération d’espionnage.

Afin de la maintenir sous son emprise psychologique, « Paul » appelle la directrice à quarante reprises en trois jours. Il lui explique qu’il s’intéresse de près à certains clients de la banque soupçonnés de blanchir de l’argent pour le compte du terrorisme international, et parvient à obtenir les noms et numéros de compte des principaux clients de l’agence.

76 millions d’euros en quelques mois
A force de persuasion, le faux agent finit par convaincre Mme G. de procéder le 28 juillet à une commande de fonds exceptionnelle de 358 000 euros pour piéger les clients suspects. La directrice s’exécute, place la somme dans une sacoche, saute dans un taxi, file en direction de la place de la Nation et s’enferme dans les toilettes pour dames d’un bar, comme convenu.

Une femme – soupçonnée d’être la maîtresse de Gilbert Chikli – se présente devant les cabinets et prononce le mot de passe. Par l’entrebâillement de la porte, Mme G. lui remet la sacoche. « Paul » l’avait persuadée que les billets seraient scannés afin de les « tracer ». La sacoche devait lui être rendue quelques heures plus tard à la terrasse d’un bistrot de la rue de la Paix. Mme G. s’installe en terrasse. Ne voyant rien venir, elle se résout à porter plainte. Elle sera licenciée pour faute professionnelle.

Dans les mois qui suivent, 34 entreprises ou filiales françaises de renom (Thomson, LCL, HSBC, Adidas, American Express, Alcatel, Dassault ou encore Les Pages jaunes) ont été visées par des escroqueries similaires. A un détail près : la sacoche de billets, trop rudimentaire, a été remplacée par un virement bancaire, pierre angulaire de la vague d’escroqueries qui touche la France depuis bientôt dix ans.

Le montant total des tentatives se monte à 76 millions d’euros en quelques mois. Mais si l’escroquerie est lucrative et peu risquée, son taux d’échec est élevé : seules quatre entreprises ont perdu de l’argent pour un préjudice de 6 millions d’euros.

Commanditaire présumé de ces arnaques : Gilbert Chikli, ancienne tête pensante de « l’escroquerie au démarchage publicitaire ». Mis en examen en janvier 2008, libéré sous caution en septembre 2009, il s’est envolé trois semaines plus tard pour Israël. Il est visé depuis le 15 février 2010 par un mandat d’arrêt international. Et a depuis fait des émules sur la Riviera israélienne.

Voir également:

Les entreprises françaises victimes d’une vague d’escroqueries venue d’Israël
Soren Seelow (avec Richard Schittly, à Lyon)

Le Monde

11.11.2014

Le 14 mars 2013, Mme C. a reçu un mail inhabituel. Il était 10 h 15. Comptable chez un grand négociant en vin de Bourgogne, elle découvre, surprise et flattée, que son patron compte sur sa « discrétion » pour une importante opération financière. C’est la première fois que cette jeune femme de 35 ans échange par courriel avec son employeur, dont le bureau se trouve à quelques mètres du sien. Le caractère exceptionnel du message, se dit-elle, justifie ce moyen de communication inédit, bien qu’il soit truffé de fautes d’orthographe :

« Je vous ai choisi pour votre discrétion incontestable et votre travail irréprochable aux seins de notre entreprise et dans votre groupe de travail. Nous effectuons en ce moment une opération financière. Cette opération doit rester confidentielle jusqu’à son annonce à l’Autorité des marchés financiers et dans le cadre d’un strict confinement voulu aux seins de la direction du groupe. »

Le courriel poursuit ainsi : « L’annonce publique aura lieu avec la présence de toute l’administration le 22 mars 2013. Veuillez prendre contact avec notre cabinet Me Botin [suit une adresse mail] pour ma remise des coordonnées bancaires afin d’effectuer le virement immédiatement de la facture en pièce jointe. Merci de votre entière discrétion. »

« Braqueurs dématérialisés »
Mme C. ne s’en est pas aperçue, mais l’adresse de son patron a été contrefaite. Son interlocuteur n’est pas dans le bureau d’à côté : il est en Israël. La comptable est sur le point de se laisser embarquer dans une incroyable escroquerie qui coûtera plus d’un million d’euros à son entreprise. Et elle est loin d’être un cas isolé. Avant elle, des centaines d’entreprises ont été victimes du même procédé.

C’est une spécialité franco-israélienne : l’escroquerie aux « faux ordres de virement internationaux », ou « Fovi ». Les cibles sont pour la plupart des entreprises françaises ou francophones, dont plusieurs grands noms du CAC 40. Ses auteurs, qui ont la double nationalité, opèrent en toute impunité depuis les villes côtières de Netanya, Ashdod ou Herzliya, surnommée la « Silicon Valley israélienne ».

Ces riches équipes de « braqueurs dématérialisés » ont fait leurs armes dans les arnaques aux encarts publicitaires, la fraude à la TVA ou à la taxe carbone. Au fil des années, ils ont affûté leur maîtrise de l’informatique pour déjouer les systèmes de sécurité. Alliés aux Triades chinoises, qui réceptionnent les virements en Chine, ils prospèrent à l’abri des poursuites grâce aux lenteurs de la coopération judiciaire internationale.

« Chiffre noir gigantesque »
Né il y a une dizaine d’années, le phénomène, pourtant largement documenté, a explosé depuis quatre ans pour atteindre une intensité inégalée cette année, avec plusieurs tentatives par semaine. Depuis fin 2010, 700 entreprises françaises ont porté plainte, pour un préjudice estimé à 300 millions d’euros.

« Mais le chiffre noir est gigantesque », nombre de sociétés préférant ne pas ébruiter leur mésaventure, explique Jean-Marc Souvira, directeur de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. Il s’agit d’une attaque massive contre le tissu économique français. »

Une liste non exhaustive des entreprises visées donne une idée de l’ampleur du phénomène. Le 27 octobre, Michelin se fait subtiliser 1,6 million d’euros ; début septembre, c’est le bureau parisien du plus grand cabinet d’avocats du monde, Baker & McKenzie, qui se fait escroquer de 900 000 euros.

En janvier, l’usine de production Seretram, propriété de la marque Géant vert, voit disparaître 17 millions de sa trésorerie. A ce jour, le record est détenu par Vallourec, leader mondial des tubes sans soudure, avec un préjudice de 20,6 millions d’euros en février 2013.

Cette gigantesque vague d’escroqueries associe les méthodes traditionnelles de l’imposture téléphonique et les techniques sophistiquées de l’espionnage industriel.

La première étape, dite d’« ingénierie sociale », consiste à recueillir un maximum d’informations sur l’entreprise visée grâce aux innombrables « données ouvertes » aisément disponibles sur Internet, dans les registres de commerce ou sur les réseaux sociaux. Très prisés, les rapports annuels d’entreprises, qui sont publics, permettent de scanner la signature du PDG et de repérer ses tics de langage.

Ces derniers mois s’est développée une technique plus intrusive consistant à aspirer les données d’un ordinateur grâce à un « cheval de Troie », envoyé sous forme de pièce jointe : organigramme, échanges de mails, fournisseurs, coordonnées bancaires, dates de congés…

Ces informations, souvent stratégiques et parfois très personnelles, sont triées et analysées. Elles permettront à l’escroc d’usurper l’identité du directeur, d’un fournisseur, d’un cabinet d’audit ou d’un policier. Cette première phase, qui souligne la fragilité des sociétés françaises face à la protection de leurs données, permet de crédibiliser la suite, qui repose plus classiquement sur la crédulité humaine.

Mais la naïveté a ses limites et la chance demeure le meilleur allié des escrocs. Malgré les mises en garde répétées de son interlocuteur lui demandant de ne lui parler de cette opération ni « physiquement, ni par téléphone », Mme C. se présente devant la porte vitrée du bureau de son patron pour obtenir des éclaircissements. Mais il est occupé et ne peut la recevoir.

« Dévouement et discrétion »
Quelques minutes plus tard, elle reçoit un appel de Me Botin depuis un numéro de téléphone acheté sur une plateforme de dématérialisation, qui permet d’afficher l’indicatif désiré. Le faux avocat lui reproche d’un ton péremptoire de ne pas avoir respecté les instructions. Ce coup de poker des escrocs, qui avaient anticipé sa réaction, achèvera de refermer le piège.

A 10 h 54, Me Botin lui fait parvenir par mail une facture de 395 700 euros au nom de la société suisse Libo Diamond and Jewellery LTD, accompagnée d’un RIB de la Liechtensteinische Landesbank de Genève. La comptable édite l’ordre de virement et en réfère au faux PDG : « Je viens juste de terminer, mais il me faut une signature écrite au-dessus du tampon pour que je puisse le valider par fax à la banque. Je le mets dans votre casier. Je le récupère quand vous l’aurez signé », écrit-elle. « Surtout pas, répond l’escroc avec un art tout personnel de la conjugaison : vous le scanner, vous le tamponner et vous me l’envoyer par mail de suite, merci. »

A 13 heures, Mme C. envoie l’ordre de virement à la banque. « Je vous félicite pour votre dévouement et votre discrétion », la complimente l’escroc. Dans les jours qui suivent, quatre nouveaux virements, d’un montant total de 3,5 millions d’euros, seront effectués. Seuls les deux premiers seront décaissés, pour un préjudice d’un million d’euros. Les suivants seront bloqués à temps, un cadre de l’entreprise ayant fini par déceler la supercherie.

Coût humain très lourd
« En quelques heures, les virements atterrissent sur des comptes rebond en Europe de l’Est, en Grande-Bretagne ou encore à Chypre, avant de terminer leur course en Chine, où ils sont rapidement décaissés », explique M. Souvira. S’ils ne parviennent pas à le bloquer à temps, c’est généralement dans l’empire du Milieu que les enquêteurs perdent la trace des fonds.

« Un accord de compensation s’est établi entre deux mafias. En France, certains membres de la communauté chinoise ont du cash, qu’ils souhaitent envoyer en Chine sans passer par le circuit bancaire, explique un enquêteur. Les Franco-Israéliens, eux, sont capables d’effectuer des virements en Chine d’un seul coup de téléphone, mais ils ont besoin de quelqu’un pour le décaisser sur place. Ils récupèrent ensuite leur mise en liquide auprès des Chinois de France pour l’investir dans l’immobilier ou des sociétés écran. A chaque escroquerie israélienne correspond un blanchiment chinois. »

Ces escroqueries ont aussi un coût humain très lourd, avec des licenciements à la clé, et parfois des drames. Depuis cette folle semaine, Mme C. est en arrêt maladie pour dépression. Cette mère de deux enfants a confié à ses collègues s’être sentie « humiliée » et « violée ».

Pendant les six jours de l’escroquerie, elle n’en avait pas touché un mot à son patron. Elle s’en était en revanche ouverte à son directeur financier, Monsieur B., qui ne s’en était pas alarmé. Le cadre de 57 ans, dévoué à son entreprise depuis plus de trente ans, n’est jamais retourné travailler après l’escroquerie. Le 2 juin, il a annoncé à sa femme qu’il sortait acheter du vin. Il a poussé un peu plus loin et s’est jeté d’un pont.

La coopération internationale en question
La vague d’escroqueries, qui touche essentiellement la France, est un test pour la coopération judiciaire avec la Chine et Israël. Prenant conscience de l’ampleur du phénomène, le ministère de la justice a dépêché début novembre à Pékin une délégation chargée de réfléchir aux moyens de raccourcir les délais pour geler les fonds identifiés. « L’entraide avec la Chine était inexistante, c’est un premier pas  », souligne un magistrat parisien.

Mais l’échange d’informations avec Israël est pour l’heure au point mort. Si plusieurs escrocs ont été identifiés en Israël, les commissions rogatoires n’ont jusqu’ici rien donné. « La solution est politique », résume un haut fonctionnaire de police.

Voir encore:

L’arnaque Michelin : l’arbre qui cache la forêt pour les e-commerçants français
Le fabricant de pneumatiques clermontois vient de se faire dérober 1,6 million d’euros, victime d’une escroquerie reposant sur de faux ordres de virement. Cette affaire est représentative de nombreux cas similaires en matière de gestion de la fraude.

Chronique de Grégoire Vigroux
Directeur Marketing pour l’Europe, Telus International Europe
Journal du net
13/11/14 11:42

C’est aussi l’arbre qui cache la forêt d’une situation nettement plus problématique et qui touche l’ensemble des e-commerçants français.
Le fabricant de pneumatiques clermontois vient de se faire dérober 1,6 million d’euros, victime d’une escroquerie reposant sur de faux ordres de virement. Cette affaire est représentative de nombreux cas similaires en matière de gestion de la fraude: l’entreprise en question n’a pas connu de cas de fraude pendant une longue période, ce qui laissait laisse présumer que le sujet était bien maîtrisé et que les mesures préventives étaient efficaces. Or, alors que personne ne l’a vue venir, une attaque habile et organisée est parvenue à soustraire de l’argent à l’entreprise.

Michelin n’est pas la première société française à être victime d’une telle arnaque : selon la Fédération Bancaire Française (FBF), plusieurs centaines de procédures sont en cours pour des cas semblables, pour un montant total évalué à plusieurs centaines de millions d’euros.
Le cas de l’affaire Michelin, qui a fait la une de l’actualité, illustre un phénomène de plus grande ampleur: celui de la « fraude en bande organisée », également qualifiée de « fraude professionnelle », ou « industrielle » et qui gagne du terrain chaque année en France.
L’affaire Michelin est, d’une certaine manière, l’arbre qui cache la forêt, car les entreprises qui sont les premières victimes de la fraude organisée ne sont pas celles du CAC 40. Depuis plusieurs années, les sociétés qui appartiennent au secteur du commerce électronique sont au nombre des proies privilégiées des fraudeurs professionnels et ce, parce que ces entreprises ne sont pas armées pour lutter durablement contre la fraude moderne, qui est désormais menée à une échelle industrielle.
Les e-commerçants éprouvent notamment de grandes difficultés à dépister et à combattre les escroqueries lors des périodes de l’année pendant lesquelles ils doivent gérer les contextes opérationnels les plus difficiles, notamment les périodes de fêtes et de soldes. Au total, le montant des impayés bancaires sur les 138 000 sites marchands français actifs s’élevait ainsi à 125 millions d’euros l’an dernier. Soit 14 % de plus qu’en 2012 et deux fois et demi de plus qu’il y a cinq ans.
Quelles sont les solutions les plus utilisées par les e-commerçants pour combattre la fraude ?
Parmi les solutions les plus répandues, on répertorie: la procédure systématique de demandes de justificatifs – dont demande de pièce d’identité et attestation de domicile (concernant parfois, plus de 10 % des commandes); l’analyse manuelle des commandes à risque (dans bien des cas, près de 40 % des commandes); et l’augmentation de la part des transactions passées en 3D Secure. La mise en place des solutions que nous venons d’évoquer suscite naturellement des coûts additionnels pour le e-commerçant ainsi qu’une expérience client souvent détériorée pour le client.
Quelles sont les meilleures pratiques pour combattre la fraude ?
De plus en plus d’e-marchands s’engagent dans la mise en place d’une stratégie méthodique et menée à plus long terme. Cette catégorie d’e-marchands ne se focalise pas exclusivement sur la diminution des pertes financières dues à la fraude, mais prend également en compte les paramètres suivants : impact sur le taux de transformation; coût opérationnel du processus (coût de gestion des impayés inclus); et risques pris en terme d’impact sur l’image de marque.
Selon nous, seule une stratégie anti-fraude qui intègre chaque phase du processus peut s’avérer efficace. Cette stratégie doit prendre en compte chacune des étapes suivantes : ce qui se passe avant le paiement; en cours de paiement; après le paiement; et, enfin, au cours de la phase d’investigation. Il revient ensuite au e-commerçant de définir des indicateurs de performance homogènes sur l’ensemble des étapes du processus, pour établir un premier diagnostic et fixer les objectifs à atteindre.
L’externalisation est-elle la solution ?
Un nombre croissant d’e-marchands réalise qu’une protection efficace contre la fraude peut également favoriser une amélioration de l’expérience client et aussi entraîner une diminution des coûts opérationnels.
De fait, les e-commerçants français qui souhaitent confier la lutte contre la fraude à un prestataire externe sont de plus en plus nombreux. Les raisons qui incitent les donneurs d’ordre à envisager l’outsourcing sont variées. La nécessité d’être accompagné dans la conception d’une stratégie minutieusement adaptée de lutte systématique de la lutte contre la fraude est un élément souvent déterminant.
Une autre raison qui incite les e-marchands à envisager l’outsourcing est le besoin d’une solution « one-stop-shop », qui combine l’utilisation des meilleures technologies disponibles sur le marché (analyse prédictive, plateforme de détection temps réel, big data); des capacités d’externalisation de certaines activités; et enfin, les indispensables homologations aux réglementations en vigueur (dont PCI DSS et ISO 27000).
Par ailleurs, en réponse aux scénarios d’attaque organisée, l’outsourcing présente plusieurs avantages : une approche externe et neutre des processus, la capitalisation d’un savoir-faire construit en relation avec plusieurs grands donneurs d’ordre et la capacité à évaluer la performance par le biais de  « stress-tests ».
Recommandations
Pour les e-marchands, le succès en matière de lutte contre la fraude n’est possible qu’à condition de maîtriser les trois paramètres suivants : posséder un taux de protection efficace et parvenir à diminuer les coûts opérationnels en améliorant l’expérience client.
L’externalisation est, selon nous, le moyen à la fois le plus sûr et le plus pragmatique pour atteindre ces trois objectifs. Le management de la fraude est ainsi en passe de devenir un métier à part entière, ce qui conduit les e-commerçants à confier cette activité spécifique à des entreprises spécialisées.

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12 recommandations pour se prémunir contre la « fraude au président »
Cecile Desjardins

Les Echos

19/03/2014
C’est en sécurisant leurs procédures de virements manuels, en contrôlant leur information, et en sensibilisant leurs salariés que les entreprises peuvent espérer échapper à ces escroqueries d’un nouveau type.

Lors d’une conférence organisée récemment par l’assureur AIG et le cabinet d’avocats Boken sur la « Fraude aux faux ordres de virements », Raphaël Gauvain avocat associé chez Boken a présenté un « Guide à l’usage des entreprises pour la protection contre la « fraude au président ». Les douze recommandations qui y sont présentées relèvent de trois domaines.

La sécurisation des procédures de virements manuels, tout d’abord (recommandations 1 à 3). « C’est la première des actions à mettre en place : les fraudes concernent des virements significatifs non récurrents : il faut donc contrôler l’accès au cash et auditer les virements manuels de l’entreprise et, en particulier, les procédures d’urgence », explique Raphaël Gauvain.

Sensibiliser, informer et former les salariés

Fraude : comment réagir à une tentative de détournement de fonds : Les entreprises sont de plus en plus souvent visées par des tentatives de fraude, souvent élaborées. Internet, réseaux sociaux, pression psychologique… Tous les moyens sont bons pour soutirer des fonds. L’AFTE publie un guide pratique pour se prémunir, ou réagir, face à ces manœuvres.

Le deuxième domaine d’actions porte sur le contrôle de l’information donnée par ou sur la société (Recommandations 3 à 6). « Nous avons constaté que les attaques surviennent souvent « au pire moment »: les entreprises nous disent « le patron était en vacances… » ou « on était sur une opération très importante », etc. Mais ce ne sont pas des « hasards » : les escrocs savaient que ces entreprises étaient en situation de crise. Pourquoi ? Parce qu’avant de mener leur attaque, ils ont su recueillir les bonnes informations, y compris sur les réseaux sociaux ou à travers une enquête approfondie de « social engineering »», indique Raphaël Gauvain.

Enfin, il est essentiel de sensibiliser, informer et former ses salariés (Recommandations 7 à 12). « Le point le plus important est de faire comprendre aux salariés que « cela n’arrive pas qu’aux autres ». Il faut non seulement les informer sur ce type d’escroquerie, mais aussi le faire régulièrement, souligne Raphaël Gauvain. C’est au dirigeant de s’engager personnellement pour dire à ses salariés pour leur dire que JAMAIS il ne leur demandera de passer outre les procédures de virements ». Douze procédures à suivre à la lettre quand on sait que quelque 350 entreprises françaises ou francophones ont été attaquées en 2013. Et que les services de police ont constaté une forte croissance des tentatives d’escroquerie de ce type depuis le début 2014…

1 – Respecter les règles essentielles du contrôle interne
Des procédures simples en matière de virements manuels peuvent limiter les risques. « Un simple comptable ne doit pas pouvoir ordonner un virement et il faut limiter au maximum le nombre de personnes qui ordonnent les paiements manuels », explique Raphaël Gauvain. Autre principe évident, mais pas toujours respecté : la séparation des taches, entre celui qui prépare le virement et celui qui l’ordonne. Enfin, il faut mettre en place une procédure de double signature au-delà d’un certain montant.

2 – Renforcer l’efficacité des procédures d’urgence
La plupart des escroqueries au président sont fondées sur le caractère « d’urgence » de l’opération frauduleuse demandée. Il est donc essentiel que l’urgence ne soit pas traitée en marge des procédures. « Il faut mettre en place des procédures spécifiques pour permettre des virements en urgence, et désigner un référent compétent pour les traiter, explique Raphaël Gauvain. Attention, il faut aussi obliger l’exécutant, en cas d’ordre de virement urgence, à mentionner sur l’ordre, l’heure et la date à laquelle il a obtenu l’accord du référent ».

3 – Conforter ses relations avec les banques
Il faut éviter que la banque ne constitue un maillon faible dans la sécurité de l’entreprise. « Et donc prévoir, systématiquement, un contre-appel de la banque en cas de virement manuel au-dessus d’un certain montant », indique Raphaël Gauvain. En outre, mieux vaut limiter le nombre d’établissements bancaires de l’entreprise et, en cas d’acquisitions de nouvelles sociétés, procéder aux transferts des comptes bancaires.

4 – Sécuriser les systèmes d’information et de communication

S’il est essentiel de sécuriser l’accès à l’intranet, il faut aussi faire attention aux supports de communication internes et externes (site internet, blog, plaquette, journal). Notamment en limitant  la communication d’informations sur l’organisation de la société, son organigramme et les plannings, la communication d’informations individuelles (numéro de poste direct et fonction précise) et la communication à propos d’événements internes (galas, etc.).

5 – Renouveler la réflexion sur l’information légale
Les escrocs ont bien compris que les obligations légales de publication obligent les entreprises à dévoiler un grand nombre de documents qui sont disponibles sur des sites comme infogreffe. S’il n’est pas possible de s’affranchir de ces obligations, il ne faut publier que ce qui est obligatoire par la loi (statuts à jour, procès-verbaux) Et pas davantage. « Malheureusement, les actes déposés doivent aujourd’hui contenir la signature du président ou des associés, ce qui donne un atout aux escrocs », déplore Raphaël Gauvain.

6 – Maîtriser l’information donnée au marché
Outre les obligations légales, l’entreprise a une obligation de transparence vis-à-vis du marché, en particulier lorsqu’elle est cotée, mais il faut trouver un équilibre entre le souci de transparence et le risque de fraude : mieux vaut éviter de fournir des informations trop précises dans son document de référence et ne publier que ce qui est nécessaire à l’investissement

7 – Informer sur le mode opératoire des escrocs.
Les différents modes opératoires utilisés par les escrocs sont désormais bien connus et doivent donc être présentés à tous les salariés pouvant être impliqués. Attention, toutefois, car ces modes opératoires évoluent très rapidement.

8 – Informer sur les virements suspects
Une réflexion en amont sur les virements « suspects » peut aider à éveiller l’attention des salariés ciblés par les escrocs. Concrètement, il faut être attentif aux opérations ayant une cause incongrue (fonds mis à disposition d’un agent secret ; ordres manifestement illicites comme ceux ayant pour objet d’échapper à un contrôle fiscal…) ou un destinataire suspect, comme un compte inconnu ou qui ne correspond pas à la justification qui en est donnée. Mais aussi une destination étrange (en particulier lorsque le virement a pour destination un pays dans lequel l’entreprise n’a aucune activité), que le montant apparaît disproportionné au regard de la justification donnée ou, enfin, qu’il est fractionné pour éviter un certain seuil (ex : 990 000 euros).

9 – Sensibiliser régulièrement les salariés
Une information unique n’est pas suffisante : il faut procéder à des envois réguliers de mail ou memo internes signés de la Direction (notamment un rappel systématique avant les périodes de vacances). Et ainsi rappeler systématiquement le mode opératoire des escrocs, les caractéristiques des paiements suspects et les procédures internes en matière de virement et formuler un message personnalisé d’un membre de la Direction rappelant que jamais il n’ordonnera directement un ordre de paiement en urgence au mépris des procédures de contrôle internes.

10 – Accompagner les salariés face au risque de fraude
« Il faut désigner un référent qu’il faudra avertir en cas de soupçon de fraude (par exemple : directeur juridique/compliance) et envoyer régulièrement des mails ou mémos rappelant l’existence de ce référent, explique Raphaël Gauvain. Lors d’un appel à caractère urgent émanant d’un interlocuteur qui utilise la menace, l’intimidation ou le chantage pour ordonner un paiement, et/ou en se faisant passer pour un membre de la Direction, la communication doit être immédiatement interrompue et le référent informé sans attendre ».

11 – Responsabiliser les salariés
Les tentatives de fraudes ont beaucoup évolué, et les fraudeurs n’hésitent pas à se faire passer pour des auditeurs ou des Commissaires aux comptes pour obtenir des informations ou encore, plus récemment, pour des éléments des forces de l’ordre enquêtant sur ce type de fraude…

« Mieux vaut réduire le nombre de personnes habilitées à transmettre des informations à des contractants extérieurs, explique Raphaël Gauvain. Mais il faut aussi faire attention aux réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn etc,) et diffuser une charte rappelant aux salariés le bon usage des moyens modernes de communication (pas d’information sur l’entreprise, profils privatisés…) ».

Pour réduire le risque ? Il faut contractualiser l’obligation renforcée de confidentialité et prévenir les salariés que tout manquement aux règles de procédure interne sera constitutif de licenciement (faute grave les privant de préavis et d’indemnités de licenciement).

12 – Organiser un « stress test »
C’est, sans aucun doute la phase ultime permettant de vérifier la solidité des procédures mises en place dans l’entreprise et de les corriger si nécessaire : la simulation d’une tentative d’escroquerie, qui peut être réalisée en interne ou en faisant appel à une société spécialisée en « sécurité économique ». « Le retour d’expérience sera la meilleure des sensibilisations et le stress test permet de déceler les points faibles de chaque entreprise et de pouvoir y remédier », souligne Raphaël Gauvain.

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KPMG : Les dessous d’une escroquerie de 7,6 millions d’euros
Denis Lafay
la Tribune
26/06/2014

7,6 millions d’euros : c’est le montant de l’escroquerie record dont KPMG SA a été victime en 2012. Cette fraude, dite « au Président », résulte de méthodes et d’outils technologiques extrêmement sophistiqués. Elle engage aussi une chaine de responsabilités, qui interroge le contrôle interne d’un groupe lui-même chargé de le mettre en œuvre chez ses clients. Récit d’une incroyable arnaque.

L’affaire démarre en mai 2012. B.M*, comptable à la direction Rhône-Alpes de KPMG en charge des règlements fournisseurs, reçoit un appel téléphonique d’un interlocuteur se présentant sous l’identité de Jean-Luc Decornoy, le président du directoire de KPMG SA. Il la somme, sous le sceau de l’absolue confidentialité et après s’être inquiété de quelques soucis personnels qu’elle avait… réellement éprouvés – la mettant ainsi en confiance -, de procéder à un virement de 252 848 € nécessaire à l’accomplissement d’une étude de consulting « qui doit demeurer totalement secrète ». Elle insiste sur le caractère inapproprié de la demande, mais devant la persistance de son « grand patron » doit céder.

Une adresse IP aux Etats-Unis
L’usurpateur la met alors en relation électronique avec un certain Marius Kohl – marius.khol@financier.com, provenant d’une adresse IP qui se révélera ultérieurement basée aux Etats-Unis -, chargé de lui remettre les coordonnées bancaires pour effectuer la transaction. Puis il réceptionne sur une adresse électronique similaire à celle de Jean-Luc Decornoy – l’IP originelle sera, plus tard, isolée en République tchèque – la demande d’ordre de virement officielle que lui expédie B.M et qu’il retourne noircie d’une signature strictement identique à celle du « vrai » Jean-Luc Decornoy.

Une société anglaise, Myr Group, sise 12 Sherwood Street Piccadilly Circus à Londres, est appelée à réceptionner un virement émis par la banque de KPMG, l’agence Entreprises La Défense de BNP Paribas, au bénéfice de l’agence Canary Wharf de Barclays Bank à Londres.

Des virements compris entre 940 et 996 K€
Et c’est ainsi que le 5 juin, 13 jours après la datation de la facture, 252 848 € quittent les comptes de KPMG et rejoignent ceux d’une organisation de malfaiteurs aux méthodes particulièrement sophistiquées. Ces manoeuvres, pour l’essentiel libellées au nom de « rachat de filiales » et que B.M a l’absolue interdiction, rappelée par son soi-disant président du directoire, de partager avec « quiconque », se répètent à 8 reprises jusqu’au 10 juillet. Les sept factures émises du 21 juin au 10 juillet et honorées sont toutes comprises entre 967 350 et 996 641 euros…

Il faudra un échange interne presque anodin au sein de la direction financière puis avec B.M pour que « l’affaire » éclose. Le 10e ordre de virement de 941 637 euros émis le 11 juillet est stoppé in extremis, et la Police judiciaire est saisie de cet exemple de « fraude aux dirigeants » qui commence de voir le jour en France. Quelques mois plus tard, en décembre, P.Y*, alors responsable administratif et comptable de la direction Rhône-Alpes et que sa subalterne avait mis seul dans la confidence, est licencié.

Les interventions d’Alain Chamak, alors directeur Rhône-Alpes (et président du conseil de surveillance jusqu’en 2010) pour le disculper de toute responsabilité et considérant « inappropriée » l’éviction de « personnes innocentes » et de « bouc-émissaires » pris au piège de la discipline hiérarchique et « coupables » d’avoir respecter scrupuleusement l’injonction descendante, permirent, selon la défense de l’entreprise, de rétrograder le motif de licenciement de « grave » à « simple ». Le directeur régional invita également B.M et P.Y à consulter sur le champ un médecin et un psychologue.

Une propagation inquiétante
Les investigations confiées à la Direction Interrégionale de la Police Judiciaire à Lyon se poursuivent. L’instruction pénale porte sur les qualificatifs d’« escroquerie et tentative d’escroquerie en bande organisée », de « faux et usage de faux », et d’« usurpation d’identité ». Ce fléau, qui a surgi en 2012 en France, se propage et devient un phénomène « extrêmement inquiétant » observent des enquêteurs, est symptomatique de la prolifération tentaculaire et incontrôlée des nouvelles manifestations de cybercriminalité. Leurs auteurs « jouent » des outils d’ultratechnologisation mais aussi de l’évaporation des frontières devenues, dans ce domaine, virtuelles, enfin de la complexité des enquêtes induite par l’internationalisation des circuits – les investigations mèneraient principalement vers la Chine et surtout Israël via des malfaiteurs binationaux.

Et les méthodes ont de quoi effrayer ; ainsi B.M à la fois était le professionnel idoine pour procéder directement aux virements, ne figurait sur aucun organigramme accessible à des tiers de l’entreprise, entendit son interlocuteur évoquer au téléphone le nom d’autres salariés des services financiers de KPMG et même, avec exactitude, l’agenda d’Alain Chamak le jour de la première fraude…

Suicide
L’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et l’Office central de la lutte contre la criminalité liée aux technologies informatiques et de la communication (OCLCIC) sont mobilisés. En Rhône-Alpes, le montant cumulé de la vingtaine d’escroqueries réellement consommées et faisant l’objet de procédures tutoierait, selon nos informations, les 60 millions d’euros. Les répercussions ne sont pas que financières pour les entreprises et économiques pour des emplois fragilisés par l’ampleur des pertes ; elles sont aussi humaines pour les salariés instrumentalisés.

Pour preuves chez KPMG, le licenciement du responsable administratif et comptable, et le traumatisme psychique éprouvé par B.M : employée modèle depuis une trentaine d’années, devenue complice malgré elle, et abandonnée à son sort par une présidence qui ne témoigna ni empathie ni attention – jamais après le déclenchement de l’affaire elle n’eut de contact avec celui-même auquel elle était machiavéliquement liée : Jean-Luc Decornoy. « Je me suis sentie sale parce que l’on m’a salie », confiera-t-elle à un proche. Dans une autre entreprise de la région, les manifestations de cette culpabilisation ont été encore plus dramatiques : un salarié s’est suicidé.

Une forteresse inexpugnable
Dès le 12 juillet 2012, KPMG fait le choix de l’omerta. Pendant plusieurs mois, seule une grappe de dirigeants puis la cinquantaine de partners seront tenus informés de l’existence de l’escroquerie. L’atomisation du groupe – compartimenté par métiers et fractionné en 217 implantations – mais aussi l’intérêt commun des associés-actionnaires de préserver l’image de l’entreprise pour sauvegarder leurs intérêts personnels, favorisent l’imperméabilisation des transferts de communication et de diffusion des informations.

La forteresse semble inexpugnable, mais la stratégie d’un silence public cadenassé ne manque pas d’enflammer les rumeurs ni de surprendre dans la corporation. Aucun média, excepté La Lettre A dans un court article édité le 19 décembre 2013, n’y fera référence. Plus étonnant, dans la publication de ses comptes annuels clos en septembre 2012, KPMG Associés – le holding de tête, détenu à 80 % par des experts-comptables et commissaires aux comptes et à 20 % par les descendants de la famille fondatrice Galtier, possède 98 % du capital de KPMG SA – affirme « qu’aucun événement ayant une incidence significative sur les comptes n’est à signaler ». Dans son rapport remis à l’Assemblée générale mixte du 17 décembre le conseil de surveillance de KPMG SA estime, de son côté, « qu’il n’y a aucune observation particulière à formuler ».

Où sont passés les 5,3 millions restants ?
L’examen de la chaine des responsabilités et les interrogations sous-jacentes ont, il est vrai, de quoi malmener la réputation du cabinet. Comment l’envergure de la fraude, c’est-à-dire la concentration, l’accélération effrénée, et l’ampleur des virements, a-t-elle pu échapper à la vigilance du co-directeur Rhône-Alpes Bruno Paillard, responsable de la fonction-support comptabilité, et surtout du directeur financier de KPMG SA Thierry Lemarquis ?

Comment les opérateurs de BNP Paribas ont-ils pu, eux aussi, procéder sans jamais ciller à de tels transferts dont la fréquence (28 et 29 juin, 2, 5, 9, 10, 11 juillet), les montants (à ces dates, jamais moins de 940 000 € chacun), et même les objets étaient à ce point inhabituels et disproportionnés par rapport à l’activité du cabinet – leur cumul correspond à 1 % du chiffre d’affaires annuel ? Comment faut-il interpréter l’évocation, dans le rapport de gestion publié pour l’AG mixte du 17 décembre 2012, de la « survenance d’un sinistre sur un actif » mais dont l’impact résiduel sur le résultat net n’est « que » de 2,3 millions d’euros ; que sont devenus les 5,3 millions d’euros restants ? BNP Paribas ou, dans une moindre mesure, Barclays Bank ont-ils « partagé » avec KPMG la responsabilité pécuniaire d’une défaillance que d’aucuns arriment à une incurie ?

ERP en cause ?
Le soin extrême que la direction de KPMG a consacré, avec succès, à claquemurer « l’affaire » et à juguler toute divulgation publique, tient à la singularité schizophrénique de la situation : un prestigieux cabinet, dont la facturation des honoraires peut culminer, selon une source interne, à 1 000 € l’heure pour les partners, a pour mission de veiller chez ses clients à l’application d’un dispositif rigoureux et transparent de ce même contrôle interne (lire encadré à la fin) qui, chez lui, s’est révélé vulnérable, dysfonctionnel, opaque voire défaillant.

Depuis, d’ailleurs, l’architecture de ce contrôle interne – lézardé par le changement simultané de plusieurs process informatiques et crevassé par les fragilités du système d’exploitation informatique (ou ERP) peut-être trop hâtivement déployé et « coupable » d’avoir détricoté à partir de 2011 les procédures prévalant jusqu’alors – a été considérablement renforcée, et notamment le principe de la double signature comme la centralisation au siège de tout virement à l’étranger ont été adoptés.

Deux documents internes
Plus étonnant, la direction a adressé en 2014 à l’ensemble du personnel deux documents ; l’un alerte sur une « vague d’« escroqueries au président » dont de nombreuses entreprises ont récemment été victimes », l’autre indique que « la direction a été informée que des escrocs se font passer pour des professionnels de KPMG afin de demander la transmission urgente d’éléments relatifs à des factures clients »…

Les deux documents rappellent les procédures à respecter… sans jamais faire référence à l’origine véritable de cette communication : la propre fraude dont l’entreprise a été victime. « L’affaire Chamak » apparaît, en définitive, être la manifestation visible d’un tremblement de terre dont les causes et les répliques, multiples et souterraines, interrogent l’éthique, la gouvernance. Mais aussi l’exercice mêmes des métiers d’expertise-comptable ou de commissariat aux comptes.

*Les initiales ont été changées

Voir enfin:

EXCLUSIF – Scandale de la taxe carbone : le SOS des juges
Jean-Michel Décugis, Mélanie Delattre et Christophe Labbé

Le Point

03/12/2012

C’est la fraude fiscale la plus importante jamais commise en France. Cette vaste carambouille, qui a rapporté à ses instigateurs plus de 5 milliards d’euros, a coûté 1,6 milliard d’euros au Trésor français. L’arnaque consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe en Hollande et de les revendre en France TTC. Les « faux » traders empochaient les 19,6 % de TVA sans les reverser à l’État français. Ils les faisaient transiter sur des comptes à l’étranger : Écosse, Hong Kong et Israël.

Chargés de cette enquête délicate, les juges du pôle financier viennent d’écrire au directeur de cabinet de la garde des Sceaux pour dénoncer les entraves qu’ils rencontrent. Dans leur courrier daté du 15 octobre auquel Le Point.fr a eu accès, les magistrats pointent la mauvaise volonté de l’État d’Israël où ont trouvé refuge les principaux protagonistes de ce carrousel à la TVA et demandent l’aide du Quai d’Orsay pour débloquer la situation.

Entraide diplomatique

Les juges réclament aussi l’embauche de trois assistants spécialisés dont le nombre a fondu ces dernières années, passant de dix à deux. Un investissement dérisoire pour l’État au regard des 800 millions d’euros à recouvrer dans cette affaire. Interrogée par Le Point.fr, la chancellerie assure que « le courrier est pris très au sérieux » et « qu’une démarche d’entraide diplomatique va être engagée afin de permettre à l’enquête d’avancer ». L’absence de coopération d’Israël n’est pas nouvelle, mais le précédent gouvernement n’avait pour sa part initié aucune démarche.

La « fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée » épinglée par la Cour des comptes
Hervé Kempf
Le Monde
08.02.2012

La Cour des Comptes consacre un chapitre de son rapport public annuel 2012 à la « fraude à la TVA sur les quotas du carbone ». Selon elle, cette escroquerie qui s’est déroulée en 2008 et 2009, « est la fraude fiscale la plus importante jamais enregistrée en France en un temps aussi bref ». Elle en estime le montant à 1,6 milliards d’euros en perte fiscale pour l’Etat français. Quand un coup d’arrêt lui a été donné en juin 2009, les fraudeurs se sont déplacés dans les autres Etats, qui ont réagi plus tardivement.

La Cour rappelle que, selon Europol, la fraude a coûté 5 milliards d’euros à l’ensemble des Etats de l’Union. La Cour décrit le mécanisme de la fraude, qui s’est déroulée sur le marché européen du carbone. Celui-ci, appelé ETS (Emissions Trading Scheme), organise les échanges entre les entreprises qui dépassent un plafond, fixé par les autorités, d’émissions de gaz à effet de serre, et les entreprises qui sont en-dessous de ce plafond. Les fraudeurs ont appliqué un système dit du « carrousel » : des sociétés, souvent créées pour l’occasion, achetaient hors taxe des quotas de CO2 dans un Etat membre, les revendaient en France en facturant la TVA de 19,6 %, et disparaissaient sans payer la TVA à l’Etat français.

AUCUN CONTRÔLE EXTERNE

Les rapporteurs expliquent que l’ampleur de cette fraude a été facilitée par les « trois failles originelles » du marché européen du carbone : le régime de la perception de la TVA n’avait pas été sécurisé, l’accès au marché était extrêmement simple et peu contrôlé, le marché lui-même n’était soumis à aucun contrôle externe.

Les rapporteurs critiquent pour leur négligence et leur lenteur à réagir les intervenants institutionnels sur ce marché : la Caisse des dépôts et consignations, sa filiale Bluenext, plate-forme boursière du marché, l’administration fiscale, et enfin le système Tracfin de lutte contre le blanchiment. Sa principale recommandation est d’accélérer les délais entre la déclaration de soupçons auprès de Tracfin et l’engagement de mesures effectives.

Un soulagement, au final : les leçons ont été tirées de cette fraude et, en principe, elle n’est plus transposable sur les marchés comparables de l’électricité et du gaz.

Voir aussi:

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

[1er volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui ont été arrêtés

William Molinié

20 minutes

12.03.2014

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l’Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l’Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce premier volet s’intéresse à ceux qui ont été arrêtés.

> Lire le deuxième volet, ceux qui sont en cavale…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

A Lyon et à Cannes, il a été aperçu à bord de voitures de luxe à plusieurs reprises. Il prêtait d’ailleurs ses grosses cylindrées à Michel Neyret, l’ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise suspecté de corruption contre des renseignements relatifs aux acteurs de la fraude aux quotas de CO2. L’homme d’affaire est mis en examen dans ce dossier ainsi que dans deux autres concernant la fraude à la taxe carbone, l’un à Paris, l’autre à Lyon. Il louait une villa à 12.000 euros par mois dans l’arrière-pays cannois. En octobre 2013, les policiers qui l’avaient placé sur écoute se sont rendus compte que depuis sa cellule, il avait organisé le rapatriement d’affaires, revendus dans la foulée.

Cyril Astruc, le «gros poisson»

Des sources proches du dossier pensent qu’il s’est rendu à la police française parce qu’il n’était plus en sécurité en Israël. Interpellé au début de l’année à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle alors qu’il rentrait en France, Cyril Astruc, surnommé «Poulet», est présenté comme un «gros poisson» de cette fraude par les enquêteurs. D’ailleurs, la fraude belge lui serait attribué dans sa quasi-totalité (70 millions d’euros). Selon nos informations, on le retrouve dès le début des années 2000 dans un trafic international de cocaïne dont il était chargé de la logistique du réseau: fourniture de faux papiers, voitures de luxe, téléphones portables sécurisés, location d’appartements servant de caches… Il faisait l’objet de quatre mandats d’arrêt, notamment pour escroquerie à la taxe carbone en France et en Belgique, corruption dans l’affaire Neyret, et trafic de stupéfiants. Lors de son arrestation à l’aéroport parisien, il portait une montre d’une valeur de 330.000 euros.

Claude Bauduin, l’homme de paille jugé en Allemagne

Lui, il s’est fait repérer sur le marché allemand. Ce retraité de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), ancien gérant de théâtre, a été condamné fin 2011 à trois ans de prison par un juge de Francfort pour une affaire de fraude à la taxe carbone portant sur 10 millions d’euros. Il s’est toujours défendu d’avoir été au coeur de la carambouille. Et fait porter le chapeau à Yannick Dacheville, aujourd’hui en fuite (lire ici), qu’il a présenté comme étant le commanditaire. Selon lui, il se serait fait manipuler en acceptant 10.000 euros contre la création à son nom d’une société à Hambourg. Laquelle aurait été utilisée par Dacheville pour multiplier les opérations douteuses sur le marché du carbone. Après deux ans de prison, il est sorti de prison et n’est plus en détention.

Grégory Zaoui, le précurseur de la fraude

Il est présenté par Marius-Christian Frunza, auteur de «Fraud and Carbon Markets: The Carbon Connection», comme l’un des tous premiers acteurs de la fraude sur le marché parisien, et sans doute le premier cerveau de la fraude à la française. C’est aussi l’un de ceux qui a été arrêté parmi les premiers. Il est un ami proche de Fabrice Sakoun, en fuite (lire ici), avec qui il a partagé une cellule à la prison de la Santé, pourtant censée protéger les échanges d’informations. Il est aujourd’hui libre.

Mardoché Mouly, alias Marco, le pro du montage opaque

Il a été discrètement interpellé fin avril 2013 à Paris et placé en détention à Nanterre (Hauts-de-Seine). Cet ami proche de Samy Souied (lire ici), assassiné Porte Maillot, s’était déjà illustré dans des escroqueries. Selon un rapport de police que 20 Minutes a consulté, il avait, entre autres, été mis en cause dans une enquête portant sur une société spécialisée dans la téléphonie mobile «dont les comptes étaient susceptibles d’abriter d’importantes sommes d’argent provenant d’infractions financières réalisées avec d’autres entreprises, dont certaines installées à l’étranger». Les enquêteurs avaient d’ailleurs relevé des transferts de fonds, s’élevant à 1 million d’euros, entre lui et Samy Souied, par l’intermédiaire d’un certain Dan B., dit «Petit frère».

CARAMBOUILLES – «20 Minutes» plonge au cœur de la Carbone Connexion…

[2ème volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui sont en cavale

William Molinié

20 minutes

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l’Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l’Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce deuxième volet s’intéresse à ceux qui sont en fuite.

> Lire le premier volet, ceux qui ont été arrêtés…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

Fabrice Sakoun, principal condamné du dossier Nathanaël

Au cours de son procès en première instance, le premier en France concernant la fraude aux quotas de CO2, Fabrice Sakoun était venu répondre de ses actes devant la onzième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avant de se dérober entre la fin des audiences et la lecture du délibéré. L’escroc a flairé la lourde peine que les juges allaient prononcer à son encontre:  cinq ans de prison ferme et un millions d’euro d’amende.

Réfugié selon des proches du dossier en Israël, la grande question reste celle de son retour ce jeudi devant la cour d’appel de Paris, alors que son deuxième procès doit s’ouvrir. Sera-t-il présent à l’audience? Son avocate, contactée par 20 Minutes, se «refuse à tout commentaire». Cet ancien grossiste du quartier du Sentier à Paris s’est vu confisquer son Aston Martin ainsi que son bateau. C’est lui, qui avait lâché devant les enquêteurs et les juges la désormais célèbre formule: «le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires».

Yannick Dacheville, l’escroc millionnaire introuvable

C’est par lui que l’affaire Neyret a éclaté, quand après avoir fait fortune dans des escroqueries à la TVA, dont le carrousel portant sur le carbone, il s’est investi dans le trafic international de cocaïne. En novembre 2010, 110 kg de coke sont découverts dans l’appartement d’une princesse saoudienne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).  Les policiers de la brigade de stupéfiants de Paris, qui l’ont mis sur écoute, le soupçonnent d’être le commanditaire de la drogue. Ils s’aperçoivent aussi qu’il entretient une relation incestueuse avec le numéro deux de la PJ de Lyon, Michel Neyret, lequel l’informe de son mandat d’arrêt international contre des cadeaux.

Yannick Dacheville, dit «Le Gros», est un proche de Stéphane Alzraa (lire ici) qui utilise certains de ses biens de luxe. Arrêté à Dubaï, il parvient à obtenir sa libération de prison et, selon nos informations, envoie un SMS à son ex-femme, Célia G., directrice-adjointe d’un hôtel de luxe, afin de la rassurer. Depuis, il est introuvable et voyagerait entre le Panama, Dubaï et les Etats-Unis où il dispose de nombreux biens immobiliers. Aux dernières nouvelles, il aurait par ailleurs remonté une affaire de location de voitures de luxe à Dubaï.

Michel Keslassy, «réfugié» en Israël, doit 65,5 millions d’euros à l’Etat

Condamné en juin 2013 à trois ans et demi de prison et 65,5 millions d’euros de dommages et intérêts pour une affaire d’escroquerie à la TVA sur le marché du carbone, Michel Keslassy, 50 ans, s’est volatilisé à la fin de l’année 2013. En novembre dernier, la cour d’appel de Paris avait décidé de le placer sous bracelet électronique, pour des raisons de santé. Mais «au bout de quelques jours», le dispositif a «cessé de fonctionner». Un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre.

Sa ligne de défense depuis le début de l’affaire a été de se présenter comme un homme de paille. Selon lui, il aurait été abusé par Samy Souied (lire ici), un des principaux instigateurs de la fraude, assassiné en 2010, Porte Maillot. Son procès en appel a eu lieu mi-février, en son absence. Selon des sources contactées par 20 Minutes, il est actuellement en Israël. «Il se dit menacé», rapporte un proche du dossier. A plusieurs reprises, depuis Israël, il a écrit aux juges et s’est fait connaître au consulat. «D’autres individus, du même degré d’implication, n’ont jamais été interpellés, ni inquiétés dans cette procédure. C’est très regrettable», commente son avocat, Philippe Ohayon. Michel Keslassy est dans l’attente de son jugement.

Voir enfin:

Ecomouv’ et écotaxe : un fiasco qui coûtera plus de deux milliards d’euros
Samuel Laurent

Le Monde

10.10.2014
Après l’annonce surprise de la suspension sine die de l’écotaxe poids lourds, le 9 octobre par Ségolène Royal, le secrétaire d’Etat aux transports, Alain Vidalies, a confirmé jeudi 30 octobre que l’Etat allait résilier le contrat qui le liait à Ecomouv’, la société chargée de la mise en place et de la collecte de la taxe. Combien coûtera à l’Etat – et au contribuable – l’abandon de ce projet de fiscalité écologique ?

Rappel, tout d’abord : l’écotaxe, décidée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008, devait permettre deux choses : faire évoluer les pratiques en matière de transport en « désincitant » à utiliser le transport routier et financer une série de projets, notamment d’alternatives au tout-camions.

Votée dans un relatif consensus, cette loi a ensuite subi de plein fouet le lobbying des transporteurs routiers et de quelques élus locaux, qui n’ont eu de cesse d’en réclamer le report ou l’aménagement. Le projet, plusieurs fois modifié, s’est tout de même peu à peu mis en place, via un consortium, Ecomouv, à qui en était confiée la gestion.

Il faut donc distinguer plusieurs éléments de ce que va coûter cet abandon :

1. Près de deux milliards d’euros de pénalités et de manque à gagner
800 millions d’euros, c’est la somme que l’Etat devra rembourser à Ecomouv. La société, filiale du groupe italien Autostrade et de plusieurs grands groupes français, a investi cette somme dans la mise en place technique des appareils destinés à collecter la taxe et d’une infrastructure complexe. Elle devra être remboursée.

1,15 milliard d’euros, c’est la somme que devait rapporter cette taxe. Sur cette manne, 800 millions devaient revenir à l’Etat, précisément à un fonds de financement d’infrastructures, l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF), et 150 millions étaient destinés aux communes concernées par la taxe. Le reste devait revenir à Ecomouv. Les aménagements concédés en 2013 avaient déjà diminué cette somme, la ramenant à environ 600 millions d’euros.

250 Enfin, ajoutons que l’ajournement de la taxe, en 2013 puis en 2014, ainsi que les destructions de portiques ont déjà occasionné environ 50 millions d’euros de coût par trimestre, soit au moins 250 millions d’euros supplémentaires.

2. Au moins 200 emplois menacés

Avant même sa mise en place, la gestion de l’écotaxe avait déjà conduit à plusieurs centaines d’embauches :

200 salariés de la société Ecomouv travaillent à Metz, depuis plus d’un an pour la plupart. Ils ont déjà subi les retards successifs de la taxe, qui avait conduit la société à demander la possibilité de les mettre en chômage partiel. On ne sait pas encore quel sera leur avenir.

130 fonctionnaires des douanes avaient également été transférés à Metz pour gérer la taxe. Eux non plus ne savent pas ce qui les attend désormais.
3. Des projets d’aménagement en mal de financement
L’impact indirect de la décision de Ségolène Royal est également important. En effet, l’écotaxe était destinée à financer des alternatives au transport routier, qui devront désormais trouver d’autres moyens pour se réaliser :

122 Pas moins de 122 projets de transport urbain, plusieurs lignes à grande vitesse et des transports fluviaux, devaient être financés par l’AFITF… 78 collectivités locales et 14 millions d’habitants étaient concernés. Les chantiers auraient dû générer jusqu’à 4 000 emplois.

Voir également:

Jérôme Pierrat : “Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles”
Etienne Bouche
Télérama

07/01/2013

Jérôme Pierrat, spécialiste du banditisme, est le co-auteur d’un documentaire sur les nouvelles mafias en France. Il raconte son travail d’enquête sur ce milieu si particulier.
Dans leur enquête pour Spécial investigation (diffusé ce lundi 7 janvier sur Canal+), les journalistes Jérôme Pierrat et Barbara Conforti démontrent à quel point la mondialisation a fait prospérer les organisations mafieuses. Camorra napolitaine, Fraternité roumaine ou encore Vory v zakone géorgiens sont ainsi parvenus à s’exporter en s’appropriant les règles du capitalisme. Rencontre avec Jérôme Pierrat, auteur de plusieurs ouvrages et d’un blog consacrés au monde criminel.

D’où vous vient cet intérêt pour le crime organisé ?
Pour répondre à cette question, il faudrait que je m’allonge sur un divan ! Disons que depuis longtemps je suis passionné – mais pas fasciné – par les marges, les contre-sociétés… Les mafias sont un peu des négatifs de notre société, au sens photographique du terme. La lecture m’a également amené à ce sujet : j’ai dévoré Au Bagne, d’Albert Londres, mais aussi les reportages de Blaise Cendrars.

Comment est né ce projet ?
En 2008, j’ai écrit un livre sur le sujet, Mafias, gangs et cartels : la criminalité internationale en France (1). J’avais en tête d’en faire une adaptation pour la télévision. J’avais déjà travaillé pour Canal+ il y a deux ans en réalisant Caïds des cités, sur le grand banditisme dans les quartiers défavorisés. L’équipe de Spécial investigation m’a présenté Barbara Conforti, qui connaît très bien le milieu de la criminalité organisée. Notre enquête s’est étalée sur une année.

Travailler sur les mafias, n’est-ce pas s’exposer à des risques ?
Bien sûr, ce n’est pas comme aller cueillir des marguerites dans le Loiret. Il faut faire attention. J’ai déjà été l’objet de de menaces pour des articles de presse écrite, mais globalement je ne me suis jamais senti réellement inquiété. En général, les gens que j’interroge considèrent que je fais honnêtement mon travail. Bien sûr, il faut faire preuve de prudence, surtout lorsque l’on enquête à l’étranger. Lorsque nous avons tourné à Craiova, en Roumanie, la peur était palpable : les traducteurs qui travaillaient avec nous n’étaient pas vraiment à l’aise. Dans une petite ville de province comme celle-ci, tout se sait très rapidement.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Nous avions conscience que notre postulat de départ – se pencher sur quatre organisations internationales – était compliqué. En Roumanie, nous avons essuyé pas mal de déconvenues. Certains membres de la Fraternité n’ont jamais voulu nous rencontrer et nous conseillaient d’abandonner. Dans un autre registre, l’enquête a été éprouvante quand nous avons rencontré les prostituées nigérianes à Lyon : les intimidations dont elles font l’objet de la part de leur maquerelle sont bien réelles. Nous avons ressenti la peur et la violence qui règnent dans ce milieu.

Sur un tel sujet, quelle est / quelle doit être la position du journaliste ? Se sent-on justicier, ou au contraire, complice ?
J’estime que mon rôle, c’est de rendre compte de phénomènes. Les évoquer, c’est déjà une forme de dénonciation. Mais je ne suis pas un chevalier blanc : en tant que journaliste, je suis un observateur, qui porte à la connaissance du grand public une certaine réalité. J’apporte un éclairage, et le spectateur est suffisamment grand pour juger ce qu’il voit.

Comment s’adresse-t-on à un parrain de la mafia ?
Dans ce genre d’entretien, l’interlocuteur est un peu comme une huître : il faut réussir à saisir la perle – le faire parler – mais au moindre faux pas, le coquillage se referme ! Chaque mot compte, et la moindre parole déplacée peut interrompre l’échange. Inutile de vouloir faire la morale ou de poser des questions dérangeantes : contrairement à celui qui côtoie des lions depuis vingt ans, quelqu’un qui n’a jamais vu un animal sauvage de sa vie se fait forcément dévorer. Mon travail, c’est à force d’étudier les mentalités, de passer pour un « affranchi » et de montrer à la personne en face de moi que je peux comprendre sa manière de penser.

Quelles sont les raisons qui poussent un escroc à vous rencontrer ?
C’est certain, il y a une part d’ego, car ils n’ont aucun intérêt à parler. C’est un peu le syndrome de l’agent secret : ces gens ont une vie extraordinaire – au sens propre du terme -, mais ne peuvent pas la dévoiler. Dans le reportage, un pirate informatique roumain nous montre comment il procède pour détourner les cartes bancaires. A l’image d’un magicien, il avait clairement envie d’épater, de montrer avec quelle simplicité il nous piégeait.

L’échange que vous avez avec Crystal, un vor v zakone emprisonné en Ukraine, révèle combien l’appartenance à la mafia est codifiée…
Les mafias les plus anciennes ressemblent à des sociétés secrètes, avec des pratiques ritualisées : c’est une cérémonie qui marque l’entrée d’un membre dans le milieu. Même s’ils appartiennent davantage au folklore aujourd’hui, les tatouages, à une certaine époque, affichaient la carte d’identité de chacun. Dans un camp soviétique perdu en pleine Sibérie, le détenu ne pouvait pas mentir : son appartenance était inscrite sur son corps. Ces marqueurs permettaient de donner des repères, de structurer un système très flottant.

C’est aussi un milieu extrêmement machiste…
C’est une « valeur » universellement partagée par les criminels du monde entier ! Ce milieu idéalise la virilité à l’ancienne. Même si la presse insiste lourdement lorsqu’une femme de la mafia est arrêtée – quelques-unes l’ont été dans le sud de l’Italie –, la criminalité organisée est une affaire d’hommes. Même les maquerelles nigérianes, les fameuses « Madames », sont passées par la prostitution avant d’être actrices du monde criminel. Dans ce milieu, la femme est au mieux une marchandise.

La ville de Castel Volturno, près de Naples, est particulièrement représentative de cette réalité.
Cette ville a tout du no man’s land, plus aucune loi n’y est respectée. Elle est devenue l’une des plaques-tournantes du proxénétisme, une porte d’entrée en Europe pour les prostituées africaines. Sur place, des associations d’opportunisme se créent : les Italiens protègent les Nigérians à condition qu’ils se soumettent à eux. Si la mafia nigériane n’est pas inquiétée dans le sud de l’Italie, il ne faut pas se demander pourquoi… Ce rapport de domination consentie ne fait que rendre la lutte contre la corruption encore plus complexe.

Quelles sont, selon vous, les insuffisances des politiques menées contre les mafias ?
Une harmonisation législative et une meilleure coopération à l’échelle européenne sont nécessaires, urgentes même. En France, par exemple, il est très difficile de coincer de tels réseaux. La loi exige des preuves. S’il est à mon sens un peu liberticide, le « délit d’association mafieuse » – assez souple – est inscrit dans le code civil italien, et n’a pas de véritable équivalent chez nous. La France a longtemps nié la présence d’organisations criminelles étrangères sur son territoire, préférant se concentrer sur les réseaux qu’elle connaît. Or, contrairement au nuage de Tchernobyl, les mafias ne s’arrêtent pas à la frontière ! Bien sûr, les affaires qui visent la criminalité étrangère sont complexes : il faut solliciter un interprète – allez trouver un traducteur géorgien à Limoges –, adresser une commission rogatoire internationale… Mais comme le phénomène s’est amplifié, il a bien fallu s’en saisir, faire face à cette nouvelle réalité.

Ces nouvelles mafias se sont parfaitement adaptées à notre économie de marché mondialisée.
Une fois entrées dans l’espace Schengen, elles tissent leur toile, étendent leur influence, faisant fi des frontières. Aujourd’hui, les mafias ont un boulevard devant elles. L’Europe du crime se construit plus vite que l’Europe « normale ». La globalisation de l’économie a également changé notre rapport à la mafia : autrefois, elle paraissait abstraite, lointaine. Elle était mise en cause dans des affaires de piratage de marché public. Désormais, elle touche de plus en plus le citoyen moyen. Le détournement de carte bancaire, spécialité de la mafia roumaine, nous concerne dans notre quotidien. Le cambriolage d’un pavillon du fin fond de l’Ariège peut être organisé depuis Tbilissi ou Moscou. Qui aurait pu voir dans un tel fait divers, il y a encore quelques années, la responsabilité de la mafia russophone ?

French connections : au cœur des nouvelles mafias, diffusé lundi 7 janvier à 20h55 sur Canal+

Voir encore:

La lutte antimafia, l’autre guerre d’Israël
Cyrille Louis
Le Figaro

05/11/2013

À dix jours d’intervalle, deux attentats à la voiture piégée ont été perpétrés à Ashkelon. Un dispositif exceptionnel a été déployé pour endiguer ces violences, plus meurtrières que le terrorisme palestinien.
Plusieurs centaines de policiers ont été déployés ces derniers jours pour tenter de ramener le calme dans les rues d’Ashkelon. Les habitants de cette ville balnéaire située au nord de la bande de Gaza, habitués à vivre sous la menace intermittente des roquettes du Hamas, viennent de découvrir un autre genre de terreur.

À dix jours d’intervalle, deux attentats à la voiture piégée y ont été perpétrés dans le cadre de rivalités entre bandes mafieuses. Un épisode révélateur des méthodes ultraviolentes employées par la quinzaine de familles qui dominent le crime organisé en Israël.

«On oublie souvent que la guerre des mafias cause, depuis la fin de la deu­xième intifada, plus de victimes que le terrorisme palestinien», fait remarquer le journaliste belge Serge Dumont. Auteur d’une enquête* sur le crime organisé, il rappelle que ces gangs, apparus dès la naissance de l’État hébreu, se sont progressivement militarisés grâce à l’expérience acquise lors des conflits de 1967 et 1973.

«Très déterminés lorsqu’il s’agit de défendre leur territoire, ils se sont dotés de redou­tables arsenaux en commanditant des vols dans les entrepôts militaires ainsi qu’en débauchant des artificiers désireux d’arrondir leurs fins de mois, explique-t-il encore, si bien que les règlements de compte se pratiquent désormais à coups de roquettes ou de missiles antichars.»

Des trafics de sable dérobé
Jeudi 24 octobre, cette guerre des mafias s’est brusquement invitée à ­Ashkelon, où l’explosion d’un véhicule piégé a fait un mort et un blessé grave dans les rangs du clan Domrani. ­Furieuse, cette puissante famille a aussitôt organisé le vol d’un dispositif de vidéosurveillance installé à proximité de la scène de crime, sans doute dans l’espoir d’en châtier les auteurs. Mais la manœuvre, audacieuse, n’a pas suffi à les intimider: samedi dernier, toujours à Ashkelon, un attentat similaire a blessé un autre membre du même clan. «Face à ce pic de violence, il a été décidé de déployer un dispositif exceptionnel pour rassurer la population», indique Micky Rosenfeld. À entendre ce porte-parole de la police israélienne, la lutte contre le crime organisé est devenue la priorité des services répressifs, après avoir été longtemps négligée au profit des opérations antiterroristes.

Selon les statistiques officielles, plus de 300 mafieux présumés auraient ainsi été arrêtés cette année, principalement pour des faits de violence et de blanchiment. «Nous avons décidé de mettre le paquet sur le renseignement afin que ces familles ne puissent plus passer entre les mailles du filet», ajoute le policier.

Le clan Domrani, spécialisé dans le commerce de stupéfiants, le prêt d’argent à des taux usuraires mais aussi le trafic de sable dérobé dans les car­rières ou sur les plages d’Israël, est ainsi bien connu des services spécialisés. Parti du bas de l’échelle, il a profité des déboires judiciaires de certains concurrents pour développer ses activités, jusqu’à susciter l’aigreur du milieu.

L’an dernier, un projet d’attaque au missile antichar a ainsi visé la villa édifiée, à l’abri d’une paisible communauté agricole, par le «parrain» présumé, Shalom Domrani. Il se serait alors mis au vert quelques semaines avant de regagner Israël, où il a été brièvement interpellé début avril pour… une infraction routière.

«L’anecdote illustre les limites du travail policier, observe Serge Dumont. Malgré l’aide de leurs indics, ils ont beaucoup de mal à réunir des preuves et sont souvent contraints de remettre les “parrains” en liberté après deux ou trois jours d’interrogatoire.» Depuis que la dépression consécutive à la guerre d’octobre 1973 a poussé nombre d’entre elles à émigrer vers l’Amérique ou l’Europe, les grandes familles ont appris à brouiller les pistes en développant leurs activités internatio­nales.

Le parrain présumé Zeev Rosenstein, originaire de Tel-Aviv, a longtemps défié la police israélienne avant de «tomber» pour trafic de drogue aux États-Unis, en novembre 2004. ­Itzakh Abergil, chef d’une famille qui a développé ses activités en Europe et au Japon, a pour sa part été condamné aux États-Unis pour extorsion de fonds. Libérable en 2016, il serait sur le point d’être autorisé à purger la fin de sa peine au pays. Un retour qui, selon les spécialistes, contribue à expliquer le récent accès de fièvre du milieu israélien.

(*) L’Histoire vraie de la mafia israélienne, La Manufacture de livres, à paraître le 8 novembre

Voir par ailleurs:

Quelques jours avant la venue de François Hollande, perquisitions chez les « escrocs français du CO2″ en Israël
Jeremyah Albert

JSSNews

4 novembre 2013

Les policiers israéliens de l’Unité 433 (Lahav), une unité spéciale en charge de la lutte contre les mafias et la corruption, ont lancç ce lundi une opération de grande envergure à Herzliya (10km de Tel-Aviv) contre ‘des escrocs au CO2. »

Plusieurs habitations ont été perquisitionnées et plusieurs franco-israéliens sont soupçonnés de fraudes et d’évasion fiscale.

L’escroquerie a reçu le label de «nouveau casse du siècle» : 5 milliards d’euros en Europe, dont 1,5 en France. Grâce à une combinaison vieille comme le monde : une arnaque à la TVA appliquée, touche de modernité, au marché des droits à polluer. Quelques clics sur Internet auront suffi pour empocher le pactole, un jeu d’enfants parfois très méchants. Car le butin a fait des envieux et causé quelques dégâts entre bandes rivales : assassinats, saucissonnages et autres recouvrements de créances musclés. Un premier volet de cette affaire vient d’être jugé à Paris, à la mi-janvier, les principaux organisateurs écopant de peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.

Avant que le grand banditisme n’entre dans la danse, les pionniers de cette vaste embrouille étaient des petits malins du Sentier. Ils se sont vite passé le mot sur le potentiel mirobolant des transactions sur la Bourse au CO2. «Je disais à tout le monde : le carbone, c’est l’avenir, il faut y aller à fond, témoigne un courtier. Je me suis retiré quand j’ai vu que c’était devenu une pure escroquerie.» Un mis en examen dit s’y être engouffré sans chercher à comprendre : «Je n’ai pas imaginé ou conçu le système, je ne sais même pas comment fonctionne le marché du CO2.»

Lundi, plusieurs familles marseillaises, des frères et des sœurs aujourd’hui installés en Israël, sont menacées par une possible « extradition », ce que ne fait d’habitude pas Israël… Sauf pour garder de bonnes relations diplomatiques. Et à quelques jours de la visite de François Hollande en Israël, avec une France en crise économique majeure, tout porte à croire qu’Israël est prêt à coopérer: surtout pour ne pas voir apparaître d’articles comme « Israël, le paradis des escrocs » dans la presse française…

Le « marinopenisme » est un marxisme péroniste
L’économiste Christian Saint Etienne a étudié le programme économique du Front National. Il le décrypte pour Le Figaro.
Christian Saint Etienne
Le Figaro
13/11/2014

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire d’économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers. Auteur de «L’iconomie pour sortir de la crise» aux Éditions Odile Jacob.
Pour analyser le programme économique du Front national, j’ai choisi deux documents: le «Programme politique du Front national» disponible sur son site, lourd de 106 pages, et l’interview donnée par Marine Le Pen au JDD le 2 novembre 2014.

Le second document donne la substance du premier. Mme Le Pen déclare: «Il faut radicalement changer de modèle, de logiciel. Il faut rompre avec l’extrémisme ultralibéral, qui est un choix idéologique au même titre que l’était le communisme. Cela veut dire retrouver notre monnaie, l’adapter à notre économie, ce qui nous permettra de retrouver la compétitivité. Il faut ensuite retrouver la maîtrise de notre économie, faire le choix du patriotisme économique, mettre en place des mesures aujourd’hui interdites par Bruxelles avec l’avantage donné aux entreprises françaises dans l’accès aux marchés publics. Et maîtriser nos frontières économiques en mettant en place des droits de douane modulés contre la concurrence internationale déloyale.» Plus loin, elle note: «La priorité nationale est une priorité du FN. (…) C’est aussi l’immigration qui aggrave considérablement les déficits sociaux.»

Le « marinopénisme », doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne.
Elle ajoute, à propos des mêmes orientations qu’elles partageraient avec l’extrême gauche: «Elle fait souvent le bon constat, mais elle ne va pas au bout de la logique. Ils sont soi-disant contre l’Europe, mais ils refusent de remettre en place des frontières économiques nationales. Ils sont soi-disant contre l’ultralibéralisme, mais ils refusent toute idée de maîtrise de l’immigration. Or l’immigration est un des leviers de l’ultralibéralisme.»

Le premier document donne des compléments à ces propos. Il est indiqué qu’il est nécessaire que la Banque de France puisse acheter des titres de dette publique tandis que «l’État doit inciter fortement les institutions financières à allouer en priorité l’épargne à long terme des Français à la dette publique». Par ailleurs: «La refondation de notre croissance, condition indispensable à un désendettement dans la durée, reposera sur la politique volontariste de souveraineté monétaire retrouvée, de réindustrialisation et de protection aux frontières qui sera mise en œuvre.»

Les options du FN sont donc explicites:

● 1. Sortie de la zone euro pour monétiser la dette publique ;

● 2. Sortie du marché unique et mise en place de barrières douanières («droits de douane et quotas d’importation») ;

● 3. Dévaluation de la monnaie redevenue nationale afin de développer les exportations ;

● 4. Planification de la  réindustrialisation par des «représentants de l’État», comprendre des «représentants du FN» ;

● 5. Diriger les investissements des entreprises vers le territoire national par une modification appropriée de l’impôt sur les sociétés ;

● 6. L’impôt sur le revenu sera rendu encore plus progressif par la «création de nouvelles tranches intermédiaires» ;

● 7. La taxe d’habitation sera rendue «aussi progressive que l’impôt sur le revenu» ;

● 8. L’ISF est renforcé par sa fusion avec  la taxe foncière et une progressivité maintenue ;

● 9. La TVA est rendue encore plus progressive par un taux surmajoré ;

● 10. Le pouvoir d’achat des salaires est augmenté tandis qu’est mise en place une «contribution sociale aux importations (CSI)», égale à 3 % du montant des biens importés.

Ces options sont cohérentes avec la vision péroniste mise en place en Argentine dans les années 1950: priorité nationale, reprise en main des entreprises par l’État à l’abri de droits de douane et de quotas, monétisation de la dette. Elles sont également compatibles avec la vision marxiste, d’où le satisfecit de Mme Le Pen à l’extrême gauche, avec la planification de l’industrie nationale et le contrôle des investissements des entreprises, le très net alourdissement du progressisme fiscal qui est déjà en France un des plus élevés au monde, si ce n’est le plus élevé au monde.

Le «marinopénisme», doctrine de Marine Le Pen, est donc un marxisme péroniste revendiqué qui se double d’une coupure franche de l’Union européenne, à la fois marché unique et monnaie unique.

Le marinopénisme est en contradiction avec les faits, ce qui ne gênera pas les leaders du FN, mais aussi avec le «jeanpénisme», doctrine de Jean-Marie Le Pen.

Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir « éligible », ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même.
Le marinopénisme vise en effet à donner la priorité aux Français «de souche» sur les immigrés et aux entreprises françaises sur les importations liées à l’ultralibéralisme. Que l’on veuille rétablir une concurrence équilibrée entre producteurs nationaux et étrangers en imposant un cadre social, fiscal et environnemental mondial par une intégration de la trace carbone des produits importés par des droits compensatoires ou en faisant payer la protection sociale par les importations comme par la production nationale grâce à un mécanisme de «TVA sociale» est souhaitable et justifié. Mais fermer les frontières de factopar des droits de douane et des quotas ignore que la moitié de notre production industrielle est exportée, que nos secteurs économiques les plus dynamiques sont les plus internationalisés et que la production nationale est absente de nombreux secteurs, comme les produits numériques fortement demandés par les Français. Le marinopénisme conduirait à une combinaison d’effondrement des industries exportatrices et de pénuries correspondant aux produits importés pour lesquels il n’existe pas d’offre nationale. La reflation salariale combinée à la monétisation de la dette entraînerait une forte inflation couplée à la chute du taux de change de la nouvelle monnaie, le «marinofranc».

Le marinopénisme conduirait à une paupérisation violente du pays et à une explosion du chômage et de la pauvreté de celles que l’on prétend protéger, les classes populaires. La même analyse s’applique aux propositions de l’extrême gauche tant admirée par Mme Le Pen. Par ailleurs, Mme Le Pen note que l’ultralibéralismeet le communisme sont des idéologies, notion qui s’applique parfaitement au marinopénisme compte tenu de sa structuration intellectuelle.

Surtout, le marinopénisme est l’inverse du jeanpénisme, qui prônait il y a exactement vingt ans la suppression non seulement de l’impôt sur la fortune, mais aussi de l’impôt sur le revenu! Le jeanpénisme était une combinaison de provocations et d’ultralibéralisme. Mme Le Pen s’en est démarquée pour devenir «éligible», ce qui n’intéressait pas son père, tout occupé à ses agressifs jeux de mots. Elle voue aux gémonies l’ultralibéralisme, l’internationalisme, l’européisme, mais aussi l’Union européenne elle-même. Même si l’Europe est critiquable de s’offrir au monde sans réciprocité, il vaudrait mieux la consolider que de vouloir l’«exploser». Le marinopénisme ne reste fidèle au jeanpénisme que sur l’exécration des immigrés.

Il faut donc cesser de dire que le marinopénisme est «fumeux». Il est au contraire explicite et enraciné dans des doctrines aux fortes colorations historiques.


Mont du Temple: Le seul endroit au monde où un juif ne peut prier (An house of prayer for all people: How Palestine went from dirty Zionist word to Arab rallying cry)

15 novembre, 2014
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Flag "of Palestine" in Nouveau Petite Larousse Illustré (1924)
http://www.alternativenews.org/english/images/news/2014/November_2014/sign.jpg
http://jcdurbant.files.wordpress.com/2006/06/7a2ad-muslems-praying2.jpg?w=449&h=305
Ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples. Esaïe 56: 7
Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
When the Muslims in Jerusalem pray in their mosques, even in the « Al Aktza » mosque built on the edge of Temple Mount, they actually stand with their back turned to Temple Mount. And, when they bow down in their prayers they show their behind to the site of the Holy Temple. How consistent is that with considering it a Muslim holy site? Holyland
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
A document found in the Cairo Geniza describes the way in which Umar I brought a group of Jews to the site of the Temple in order to clean it. The Jewish elders were asked to identify the stone known as the Foundation Stone. When it was found and identified, Umar ordered « a sanctuary to be built and a dome to be erected over the stone and overlaid with gold. » As a reward, Umar permitted the Jews to return to Jerusalem and establish the Jewish Quarter. Reuven Hammer
Le choix du lieu lui-même est extrêmement symbolique : lieu sacré juif, où restent encore des ruines des temples hérodiens, laissé à l’abandon par les chrétiens pour marquer leur triomphe sur cette religion, il est à nouveau utilisé sous l’Islam, marquant alors la victoire sur les Chrétiens et, éventuellement, une continuité avec le judaïsme. (…) Enfin, l’historien Al-Maqdisi, au Xe siècle, écrit que le dôme a été réalisé dans la but de dépasser le Saint-Sépulcre, d’où un plan similaire, mais magnifié. De cette analyse on a pu conclure que le dôme du Rocher peut être considéré comme un message de l’Islam et des Umayyades en direction des chrétiens, des Juifs, mais également des musulmans récemment convertis (attirés par les déploiements de luxe des églises chrétiennes) pour marquer le triomphe de l’Islam. Wikipedia 
Il n’y a pas de pays tel que la Palestine, notre pays a fait partie de la Syrie pendant des siècles ! Awni Bey Abdul Haadi (dirigeant arabe, 1937)
Nous ne sommes pas venus pour conquérir les lieux saints des autres ou restreindre leurs droits religieux, mais pour assurer l’intégrité de la ville et y vivre avec d’autres dans la fraternité. Moshe Dayan
C’est une mosquée depuis mille trois cents ans, les Juifs doivent se contenter de la visiter et de prier devant les tombes. Moshe Dayan
Pourquoi le soir du 4 juin 1967 j’étais Jordanien et le lendemain matin j’étais Palestinien ? (…) Nous n’étions pas trop gênés par le royaume jordanien. L’enseignement de la destruction de l’Israël était une partie intégrale du programme d’études. Nous nous sommes considérés « Jordaniens » jusqu’à ce que les Juifs soient revenus à Jérusalem. Alors soudainement nous étions des « Palestiniens »… ils ont enlevé l’étoile du drapeau jordanien et d’un coup nous avons eu un « drapeau palestinien ». (…) Le fait est que les « Palestiniens » sont des immigrés des nations environnantes ! Mon grand-père avait l’habitude de nous dire que son village était vide avant que son père ne s’y installe. Walid Shoebat (ancien terroriste islamiste de l’OLP, repenti et devenu sioniste chrétien)
Il n’y a aucune différence entre les Jordaniens, les “Palestiniens”, les Syriens et les Libanais. Nous faisons tous partie de la même nation. C’est seulement pour des raisons politiques que nous soulignons soigneusement notre identité “palestinienne”. L’existence d’une identité “palestinienne” distincte sert seulement un objectif tactique. La création d’un état “palestinien” est un nouvel outil dans la bataille continue contre Israël et pour l’unité arabe. Zuheir Muhsin (interview au Pakistan, 2006?)
Le peuple palestinien n’existe pas. La création d’un État palestinien n’est qu’un moyen pour continuer la lutte contre l’Etat d’Israël afin de créer l’unité arabe. En réalité, aujourd’hui, il n’y a aucune différence entre les Jordaniens, les Palestiniens, les Syriens et les Libanais. C’est uniquement pour des raisons politiques et tactiques, que nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien, étant donné que les intérêts arabes demandent que nous établissions l’existence d’un peuple palestinien distinct, afin d’opposer le sionisme. Pour des raisons tactiques, la Jordanie qui est un Etat souverain avec des frontières bien définies, ne peut pas présenter de demande sur Haifa et Jaffa, tandis qu’en tant que palestinien, je peux sans aucun doute réclamer Haifa, Jaffa, Beersheba et Jérusalem. Toutefois, le moment où nous réclamerons notre droit sur l’ensemble de la Palestine, nous n’attendrons pas même une minute pour unir la Palestine à la Jordanie.  Zahir Muhsein (membre du comité exécutif de l’OLP, proche de la Syrie, « Trouw », 31.03. 77)
Il n’est pas suffisant de dire que des colons sont venus, ils doivent être empêchés d’entrer sur le site par tous les moyens (…) C’est notre Al-Aqsa et notre lieu saint, ils n’ont pas le droit d’entrer et de le désacraliser. (…)  Jérusalem est le bijou de la couronne et la capitale éternelle de l’Etat de Palestine. Sans elle, il n’y aura pas d’Etat. (…) Il est important que les Palestiniens soient unis afin de protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
 Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’État palestinien. François Hollande
Si nous voulons une paix durable, il faudra bien, à un moment, reconnaitre l’Etat palestinien. Laurent Fabius
The myth of the 1966 Palestinian Convent that the « Palestinian people » was unjustly displaced by the Jewish invasion of Palestine in 1917 is widely disseminated and unquestioningly and dogmatically espoused in « studies » from the United Nations Secretariat. However, it is necessary to recall, not only the Kingdom of David and the succession of Jewish polities in Palestine down to Roman conquest and dispersion at the turn of the present era, but also that the Jews continued to live in Palestine even after that conquest, and were in 1914 a well-knit population there. Hundreds of thousands of other Jews, driven from the Palestine homeland by successive waves of Roman, Arab, and other conquerors, continued to live on for centuries throughout the Middle East, often under great hardship and oppression. And, of course, millions of others were compelled to move to other parts of the world where too often, as in pogrom-ridden Russia and Poland, they live in conditions of tyrannous and humiliating subjection and under daily threat to their lives… That the provision for a Jewish national home in Palestine was an application of the principle of self determination is manifest from the earliest seminal beginning of the principle. The Enquiry Commission, established by President Wilson in order to draft a map of the world based on the Fourteen Points, affirmed the right of the Jewish people that “Palestine should become a Jewish State” clearly on this ground. Palestine, the Commission said, was “the cradle and home of their vital race”, the basis of the Jewish spiritual contribution, and the Jews were the only people whose only home was in Palestine. It would be difficult to provide a more succinct statement of the essence of the self determination principle. (…) In fact the name Palestine had not for centuries (perhaps millennia) before 1917 referred to a defined political, demographic, cultural, or territorial entity. In the immediately preceding centuries it was a part of the Ottoman Empire designated as Southern Syria and governed from Damascus. In 1917, its northern part, from Safed almost to Jerusalem, was part of the Vilayet of Beirut and the whole of it was claimed to be part of Syria. The Arabs living there were not regarded by themselves or others as “Palestinians” or in any major respect as different from their brethren in Syria and Lebanon. This “Syrian” rather than “Palestinian” identification of Arabs living in Palestine underlay the request of the General Syrian Congress on July 2, 1919, that there should be no separation of the southern part of Lebanon, from Syrian country. A main argument thus made by Arabs in post-World War I negotiations was not that “Palestinians” would resent the loss of Palestinian identity by the establishment of the Jewish national home in Palestine, but rather that they would resent severance of their connection with their fellow Syrians… In the light of these facts, the notion that the Arabs living in Palestine regarded themselves in 1917, at the time when Woodrow Wilson’s seminal self-determination principle emerged, as a Palestinian Arab people in the sense required by the self-determination principle (or, as I may sometimes here call it, “the liberation of peoples principle” or “liberation principle”) is thus a figment of unhistorical imagination. To respect the historical facts is, therefore, not to impugn the liberation principle; it merely points out that the principle must be applied at the appropriate time to the facts of group life as they truly exist. These historical facts continue to reverberate today in Arab state circles. President Assad of Syria in 1974 stated that Palestine is a basic part of Southern Syria (New York Times, March 9 1974). On this on November 17, 1978, Yasser Arafat commented that Palestine is southern Syria and Syria is northern Palestine (Voice of Palestine, November 18, 1978 … (…) The distribution between Arabs and Jews after World War I was certainly implemented in succeeding decades as far as Arab entitlements were concerned. Arabs claims to sovereignty received extensive fulfillment in the creation of more than twenty sovereign states following World War I, not only in the Middle East but in Africa as well. Altogether this historical process included the following features: First, despite all the extraneous Great Power maneuverings, Jewish and Arab claims in the vast area of the former Ottoman Empire came to the forum of liberation together, and not (as is usually implied) by way of Jewish encroachment on an already vested and exclusive Arab domain. Second, the territorial allocation made to the Arabs, as now seen in about a dozen sovereignties in the Middle East (not to speak of many Arab sovereignties elsewhere) was more than a hundred times greater in area, and hundreds of times richer in resources than the Palestine designated in 1917 for the Jewish national home. Third, by successive steps thereafter, this already tiny allocation to Jewish claims was further encroached upon. Thus, already in 1922, a major part of it (namely 35,468 out of 46,339 square miles, including the more sparsely populated regions) was cut away to establish the kingdom of Transjordan (now known as the Hashemite Kingdom of Jordan). With so preponderant an Arab allocation capable, as events since 1973 now show, of threatening the economic existence of most of the rest of the world, it seemed reasonable to expect Arab acquiescence in the minute allotment to the Jews of Israel as their only national home. The extraordinary campaign against the State Of Israel in the General Assembly since the oil weapon was drawn from its scabbard in 1973 involves subversion both of basic international law principles, and of rights and obligations vested in states under them. It has also entailed rather grotesque reversals of the United Nations own position of the preceding quarter-century, as part of a wide and illicit rewriting of history. Considered in the context above sketched, this campaign is a kind of pilot operation in a remarkable venture in the detournement de pouvoir an assault with covert as well as overt elements, on the international legal order. It would follow that what is at stake are not only the range of state interests that lie within the lawful concern of the organs of the United Nations, but all interests of states that the General Assembly can by the ipse dixit of automatic majorities reach out to control, truncate or destroy. Julius Stone
[Muslims] can play soccer over there, … they can have picnics, they can urinate on the [ground], but I can’t say a word of prayer? Does that sound reasonable? The only place in the world where a Jew cannot pray is over there. (…) . My dream is to be able to hug a person from Saudi Arabia and a person from Spain, and together all pray together to God. Yehuda Glick
Pour les juifs, c’est le lieu saint le plus important, puisque c’est l’endroit où se trouvait le Temple. Il représente pour eux le centre de la vie religieuse, et la prière juive est toujours effectuée en direction du mont du Temple. Certains évitent de s’y rendre, ou de franchir une certaine zone sur l’esplanade du mont, de peur de fouler la terre du « Saint des Saints », le Rocher de la Fondation du mont Moriah, emplacement de la Ligature d’Isaac par Abraham. L’emplacement exact du Temple n’est plus connu avec certitude. (…) Pour les chrétiens, c’est aussi un endroit très important puisque plusieurs événements majeurs de la vie de Jésus se déroulent à cet endroit. Pour les musulmans, le rocher de la Fondation (abrité aujourd’hui par le dôme du Rocher) est aussi l’endroit d’où Mahomet serait monté au paradis lors de Isra et Miraj, le voyage nocturne que Mahomet a fait de La Mecque à Jérusalem, emporté par son cheval Bouraq. C’est le troisième lieu saint musulman après La Mecque et Médine. Wikipedia
L’Esplanade des Mosquées ou Mont du Temple ou encore Esplanade du Temple1 est le premier lieu saint du judaïsme, et le troisième de l’islam sunnite (après La Mecque et Médine). Située dans la vieille ville de Jérusalem sur le mont du Temple, elle est aussi appelée « mont de la Maison [de Dieu] » par les juifs (en hébreu : הר הבית, har ha bayit), « mont du Temple » par les chrétiens, en référence au Temple de Jérusalem, et « Noble Sanctuaire » (en arabe : الحرم الشريف al-Ḥaram aš-Šarīf) par les musulmans. Elle constitue, depuis le VIIe siècle un haut lieu de l’islam réunissant la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher (ainsi que la petite mosquée du Bouraq). En contre- bas se trouve le mur des Lamentations vestige du mur occidental du Second Temple. (…) Selon Jérôme Bourdon, l’expression « Esplanade des Mosquées » est une ancienne appellation utilisée par la presse française qui n’a pas d’équivalent dans d’autres langues. Pour les juifs, c’est le mont du Temple, pour les musulmans le Haram al Sharif, c’est-à-dire le Noble Sanctuaire4. La presse anglophone utilise plutôt « Mont du temple » (Temple Mount) ou plus récemment « Haram al-Sharif ». Un exemple de cette différence d’appellation entre anglophones et francophones est donné par l’ouvrage de Bill Clinton My life qui évoque page 923 le Mont du Temple (Temple Mount) quand la traduction française « Ma vie » parle, page 965, de « l’esplanade des Mosquées » Le mont a une signification très importante dans le judaïsme (le lieu le plus sacré) et le christianisme. Selon le Talmud, c’est du sol de ce lieu que Dieu rassemble l’argile qui forme Adam. C’est là qu’Adam puis, selon son exemple, Caïn, Abel et Noé font leur holocauste. La tradition juive place aussi à cet endroit, le dôme du Rocher actuel et le mont Moriah de la Bible, le geste sacrificiel d’Abraham (…) Le roi David achète cette terre pour y construire un autel permanent (II Samuel 24:24). Le roi Salomon réalise ce vœu en construisant à cet endroit le premier Temple en -950, détruit par Nabuchodonosor II en -586, date qui marque l’exil des Juifs à Babylone. Le second Temple y est établi à partir de -516, après le retour d’exil. Il est détruit par Titus Flavius Vespasianus en 70, à l’exception du mur ouest, aujourd’hui connu comme le mur des Lamentations, lieu de prière le plus important des juifs contemporains. C’est aussi le site du troisième Temple de Jérusalem lors du retour du Messie selon la tradition juive. Wikipedia
It was a sensitive time during the High Holy Days and at the end of Ramadan. I told him the situation was tense in the West Bank and that [Palestinian general Tawfik] Tirawi’s people were planning to do something on the Temple Mount, whether the trigger would be Sharon or something else. Sharon knew he was playing into their hands, but he went in a clear-headed manner to prove that he wouldn’t compromise on Jerusalem and that Israel would stand up for its rights. (…) It was the definitive move to capture the premiership. It emphasized his attachment to Jerusalem and helped him position himself as the leading candidate for prime minister. He also wanted to show that we have a right to be there, because Jews were afraid to go up there and police were saying that it wasn’t safe. (…) he said it was the right time to tell the Palestinians that Jerusalem was not for sale. Raanan Gissin
To be sure, the Chief Rabbinate of Israel still has a sign posted at the entrance of the Temple Mount forbidding Jews to visit the area. Since no one knows the exact location of the Temple or the inner sanctuary that was off-limits for all but a priestly elite, and Jewish law requires a level of ritual purity to enter the area that some say is unattainable at present, many Jews have long steered clear of the Temple Mount so as not to inadvertently commit an infraction of such religious precepts. But that is changing. “Today as archaeological findings become firmer, and there’s more awareness of realities on ground, the number of rabbis who are taking that stand that there’s no reason Jews should not be allowed to pray in the holiest place in the world is growing,” says Jeffrey Woolf, a rabbi and senior lecturer in the Talmud department of Bar Ilan University, who also credits growing spirituality in Jewish society for the surge in interest. “It’s true that God is everywhere, but His presence is experienced more intensely, tangibly, and experientially on the Temple Mount.”  (…) Glick would like to see more and more of those Jews visiting the Temple Mount and praying side by side with Muslims and Christians. (…) But some worry that could spark a third intifada; the Second Intifada broke out in 2000 after a controversial visit by Israeli leader Ariel Sharon, with more than 1,000 Israeli police and several Israeli lawmakers in tow, in what his spokesman later described as a bid to show Palestinians that « Jerusalem was not for sale. »  Christian Science Monitor
If you can’t share a holy place, there will never be peace. Mark Shayne (financial consultant from New York)
Le décret permanent instauré après 1967 par le ministre de la Défense Moshe Dayan prévoyait que les Juifs prieraient au Mur Occidental, et les Musulmans à Al-Aqsa. Ce décret était confirmé par l’interdiction sous la Loi juive (Halakha), vieille de plusieurs centaines d’années selon laquelle les Juifs ne sont pas autorisés à visiter l’Esplanade des Mosquées de peur d’entrer dans un lieu sacré totalement impur. J’ai aperçu une fois des étudiants de Yechivah (centre d’étude de la Torah et du Talmud, ndlr) ultra-orthodoxes se promener au milieu d’archéologues qui creusaient au pied des murs du Mont du Temple et leur demander s’ils n’auraient pas trouvé une lampe avec l’inscription : « cendre de vache rouge » qui permet de se purifier avant l’entrée sur le Mont. Le Grand Rabbinat a décidé immédiatement après la guerre de 1967 d’inscrire sur une pancarte à l’entrée du Mont l’interdiction des Juifs de se rendre sur l’Esplanade des Mosquées. Sauf que depuis, les rabbins, pour la plupart faisant parti du sionisme religieux, ont décidé que les Juifs avaient le droit d’entrer dans une grande partie de l’Esplanade des Mosquées, éloignée du saint des saints. Ces dernières années, de plus en plus de Juifs ont visité le Mont, même s’il leur est interdit d’y prier. Il y a environ un an, j’ai accompagné un groupe de Juifs qui sont montés sur l’Esplanade des Mosquées. Derrière nous se tenaient des agents du Waqf musulman ainsi que quelques policiers. Soudainement, l’un des agents du Waqf a poussé un cri en faisant appel à la police. Apparemment, il a remarqué qu’un Juif se tenait à sa place, tourné vers le Dôme du Rocher (le lieu approximatif du saint des saints), murmurant une prière. « Il est interdit de prier » lui ont ordonné les policiers en le poussant pour qu’il poursuive son chemin. La scène était ridicule. Il est interdit de murmurer quelques psaumes ? Le problème n’est pas la prière, mais bien plus que cela. L’appel au changement du statu-quo décrété par Moshe Dayan et autoriser les Juifs à prier sur l’Esplanade des Mosquées est un élément de revendication de la droite nationaliste et religieuse en Israël afin de marquer la souveraineté israélienne sur l’Esplanade des Mosquées. Ceci est une exigence dans le processus de “Hébronisation” des mosquées, à savoir l’introduction d’horaires de prières, comme au Tombeau des Patriarches à Hébron, sous le contrôle de l’armée et des habitants des implantations. Toutefois il y a un autre facteur au Mont du Temple – qui n’existe pas à Hébron – c’est l’ambition d’établir le troisième Temple. La politique et l’administration israéliennes semblent prises aux les hallucinations du Temple dont la réalisation pourrait mettre en danger l’existence même d’Israël, sans exagérer. Danny Rubinstein
The success of right-wing activist Yehuda Glick and the Temple Mount movement in recent years stems in part from the change Glick led in the discourse about the Mount. Instead of fiery threats to blow up the mosques and build the Temple, Glick argued the right to worship as a human right. His main point: It is inconceivable for a Jew not to be able to pray at the site most sacred of all to Jews, and that Jews who visit the Temple Mount are considered unwanted guests and are closely scrutinized, prohibited from conduct considered provocative, and first and foremost prohibited from praying. Glick was wise enough to uncover the absurdity created at the Temple Mount, where people are arrested because they mumbled a prayer, moved to the rhythm of prayer or, perish the thought, knelt at the holy place. Raised awareness of the status quo and Glick’s argument placed no small challenge on the doorstep of spokespeople of the left, who were forced to defend a policy on the Mount that discriminates against people because of their religion – in this case, Jews. (…) But a number of counter-arguments can be made. The first and most common is the danger of changing the status quo. History has repeatedly shown, from 1929 through 1996 and 2000, that the Temple Mount is an incendiary focal point and that the Al-Aqsa Mosque is a unifier of the secular and the religious, the right and the left, in Palestinian, Arab and Muslim politics. While there is demagoguery and incitement in some Palestinian discourse surrounding the Mount, which Muslims worship as the Noble Sanctuary, it does not change the fact that any attempt to alter the status quo will almost certainly lead to bloodshed and a diplomatic debacle with the Muslim countries and the rest of the world. (…) One can claim that framing the Temple Mount as the object of Zionism’s desire is a distortion of Zionism’s values. From Herzl, who preferred Haifa over Jerusalem, to Moshe Dayan, who gave the keys to the Temple Mount to the Waqf, the leaders of Zionism preferred to keep the Temple Mount outside national aspirations. (…) The third argument involves Judaism. Contemporary Judaism is a religion that developed over the past 2,000 years, and is based on the absence of a Temple. This is not an edict of fate that Judaism learned to live with; the absence of a Temple is in many ways the backbone of rabbinic Judaism, which is an entirely different religion than priestly Judaism, from Second Temple times. In his book “The End of Sacrifice,” Guy G. Stroumsa shows how around the first century C.E., the custom of offering animal sacrifices at the altar ended, not only among the Jews but also in the Roman creed and in the new religion, Christianity. A return to this custom would be a cultural and religious step backward 2,000 years – before halakha (Jewish religious law), the rabbis, the Mishna and the Talmud. The fourth argument, and in my opinion the strongest, is that the Temple Mount must once again be connected to its surroundings. To hear the Israeli debate, one might think the Temple Mount is located in outer space, or at the very least in West Jerusalem, over which no one challenges Israel’s sovereignty. But the Temple Mount is a real place, located between the village of Silwan and the Old City’s Muslim and Jewish quarters. Annexing the Temple Mount and East Jerusalem to the State of Israel is not a fait accompli, as one might suppose listening to the Israeli media. And although there are many who recognize the Jewish relationship to the Temple Mount, there is not one country that recognizes Israel’s right to sovereignty over it. That is also the case with regard to the vast majority of those who go to visit the Mount and those who live in the neighborhoods nearby. Thus any step to change the status quo on the Temple Mount must, in terms of international law and morality, be part of a dialogue with the Palestinians, that very dialogue that the prime minister has been avoiding for many years. Nir Hasson (Haaretz)
Depuis la semaine dernière, des heurts violents ont éclaté notamment à l’occasion de la venue de dizaines d’extrémistes juifs qui militent pour un bouleversement du statu quo entériné en 1967. Selon cet accord tacite, les juifs peuvent visiter l’esplanade sans toutefois y prier. Palestiniens et Jordaniens dénoncent ces visites de plus en plus fréquentes comme des provocations. Les tensions ont été aggravées par la fermeture, fait rarissime, durant une journée de l’esplanade aux musulmans et l’entrée des forces de l’ordre israéliennes à l’intérieur même de la mosquée Al-Aqsa, où leurs grenades ont causé des dégâts matériels jusqu’au pied de la chaire de l’imam. (…) Depuis, la Jordanie et Israël soufflent le chaud et le froid, le royaume hachémite qualifiant les événements récents de menaces pour les fragiles accords de paix entre les deux pays. « Un coup de poignard pour la paix », selon le premier ministre jordanien. C’est Amman qui a la charge des lieux saints musulmans de Jérusalem. Le 9 novembre, lors d’un entretien avec la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, le roi jordanien Abdallah II a réitéré l’opposition de son pays aux « atteintes israéliennes contre les lieux saints », tout en plaidant pour la reprise de négociations de paix israélo-palestiniennes et pour des efforts de la communauté internationale pour y parvenir. Deux jours auparavant, dans un soucis de faire baisser la tension, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’était entretenu avec le roi jordanien. Pourquoi cette esplanade est-elle devenue de nouveau le lieu de tous les dangers ?  (…) Depuis Jérusalem, notre correspondante Nathalie Hamou revient sur la montée en puissance de ces juifs illuminés qui veulent reprendre leur « Mont du Temple » et leurs soutiens politiques … Fait religieux
Avec un ennemi il est parfois possible de discuter et faire la paix, avec un rival, c’est impossible car ce qu’il veut, c’est être à votre place, être vous-même, se parer de vos habits et endosser votre rôle. L’ennemi agit de manière rationnelle et peut décider à un moment ou à un autre de cesser les hostilités et passer à autre chose. Le rival, quant à lui, livre un combat radical et irrationnel car pour lui il n’y a pas de place pour deux. Il n’aura donc de cesse que l’Autre disparaisse totalement. (…) Le conflit qui oppose le mouvement national juif à son miroir arabe palestinien est du même ordre. Il tire ses sources du plus profond de la religion musulmane qui pensait avoir définitivement remplacé le Judaïsme tout comme l’Eglise catholique le pensait durant des siècles. La date symbolique du 29 novembre choisie par Abou Mazen pour demander un vote de l’ONU sur la création d’un Etat virtuel de Palestine résume à elle seule la nature du conflit qui nous oppose aux Arabes palestiniens. Le 29 novembre 2012 doit remplacer le 29 novembre 1947, date du fameux vote de partage de la Palestine occidentale en deux Etats, rejeté par le monde arabe.(…) Dans cette tentative de substitution, l’Occident jour un rôle extrêmement pervers, laissant s’installer depuis longtemps le discours palestinien comme étant celui du Droit, de la Justice et de la Vérité, et ne concédant à Israël que l’exigence de sécurité. Si l’ONU vote jeudi la création d’un Etat de Palestine, cela ne changera pas grande chose sur le terrain dans l’immédiat. Mais il s’agira d’une nouvelle victoire sur les consciences collectives à partir de laquelle les terroristes de l’AP vont construire leur stratégie future. Shraga Blum
L’un des thèmes de mon livre est qu’Israël est beaucoup plus sain, performant, fonctionnel et donc viable que la plupart des autres pays du début du XXIe siècle. Mais il est aussi le seul Etat au monde que d’autres Etats ou des organisations militantes refusent de reconnaître ou veulent détruire. Israël vient d’être admis à l’unanimité à l’OCDE, le club des pays les plus riches, les plus développés et les plus libres du monde. Mais parallèlement, il fait l’objet de condamnations répétées et massives à l’Onu, une organisation dominée par des Etats sous-développés, dysfonctionnels et non-démocratiques. Dans un tel contexte, la question de sa survie à moyen ou long terme est donc pertinente et légitime. En tout cas, on me l’a posée si souvent que j’ai décidé d’y répondre méthodiquement. (…)  Les Israéliens ont longtemps hésité, par exemple, à mettre en parallèle le problème des réfugiés juifs des pays islamiques et celui des réfugiés arabes palestiniens, ou à rappeler comment le problème des réfugiés arabes a été artificiellement grossi, au lendemain même de la guerre de 1948. Ils ont négligé des arguments importants en matière de droit international, notamment sur le droit du peuple juif à l’ensemble de la Terre d’Israël. Ils ont également minimisé l’aspect fondamentalement religieux du conflit. J’ai essayé de revenir sur ces questions et de les expliciter. (…) Le peuple américain a toujours eu une grande empathie naturelle avec le peuple juif et Israël, fondée sur l’héritage biblique mais aussi sur ce que l’on a appelé « l’hébraïsme politique », une doctrine qui voit dans le judaïsme une des sources majeures de la démocratie moderne. Au niveau des dirigeants américains, les choses sont plus complexes. Depuis 1948, les présidents américains n’ont pas toujours apporté un soutien sans faille à Israël, loin de là. Certains d’entre eux ont été profondément hostiles à l’Etat juif, notamment Jimmy Carter ou George Bush père. Ronald Reagan, qui a été globalement pro-israélien tout au long de ses deux mandats, de 1981 à 1989, est passé lui-même par une brève phase anti-israélienne en 1982. Dans ce contexte, le comportement distant et souvent négatif de Barack Obama, au moins dans les deux premières années de son mandat, n’a rien d’exceptionnel. La principale différence, c’est que le président actuel cherche à « désoccidentaliser » la nation américaine, à mettre fin à l’ancrage judéo-chrétien de l’Amérique, à ouvrir ce pays aux autres cultures ou religions, et notamment à l’islam. Une telle évolution  serait certainement très dangereuse pour Israël. Une Amérique qui cesserait de fonder son identité sur la Bible s’éloignerait nécessairement de l’Etat juif. (…) Il n’y a pas une révolution arabe, mais plusieurs révolutions plus ou moins simultanées, avec des origines et des portées différentes. Jusqu’à présent, la plupart de ces mouvements restent enfermés dans le populisme unanimiste qui domine le processus politique arabe : l’ochlocratie (« pouvoir de la foule ») pour lui donner son nom savant. Les gouvernements tombent, mais la société ne change pas, et les blocages demeurent. A commencer par la détestation fantasmatique de l’Occident et d’Israël. La vraie révolution dont le monde arabe a besoin est d’ordre culturel : une conversion aux valeurs de diversité, de différence, de tolérance, de liberté individuelle sans lesquelles la démocratie politique n’est qu’un leurre. Nous n’y sommes pas encore. (…) Les évènements tels qu’ils se déroulent actuellement ne sont pas sans rappeler ce qui est décrit dans ce livre biblique : une coalition mondiale qui monte à l’assaut d’Israël. Même si cette épreuve ne fera, selon le prophète Zacharie, que précéder une intervention divine et la libération finale et complète du peuple juif, elle a de quoi inquiéter. L’Europe actuelle est très hostile à Israël. Je ne trouve aucune excuse aux dirigeants européens lorsqu’ils parlent de reconnaître un Etat palestinien dans les « frontières de 1967 ». Ces frontières « internationales » qu’ils prétendent octroyer aux Palestiniens, ils en privent, jusqu’à ce jour, les Israéliens, notamment en refusant d’installer leurs ambassades à « Jérusalem-Ouest ». Cette contradiction est un aveu : une partie des classes politiques européennes et une partie plus large encore des chancelleries européennes militent en fait pour le démantèlement d’Israël en tant qu’Etat. Michel Gurfinkiel (2011)
Quand les gens disent que la Jordanie (d’abord appelée Trans-Jordanie) est un état arabe palestinien, ils ont raison ! Les 3/4 du territoire de la Jordanie actuelle sont formés du territoire de la « Palestine » antérieure. Bien qu’ils s’appellent Jordaniens, les habitants de Jordanie ne sont pas globalement différents culturellement, ethniquement, historiquement et religieusement des Arabes palestiniens de « Cisjordanie ».  Même le drapeau jordanien et le drapeau proposé pour le 2ème état arabo-palestinien de Cisjordanie et Gaza sont presque identiques ! Si donc eux-mêmes se sentent appartenir au même peuple, pourquoi nous, devrions-nous tomber dans le mensonge différenciant les Arabes palestiniens de la rive occidentale du Jourdain de ceux de la rive orientale ? Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi ces deux drapeaux sont presque identiques ? Jamais dans l’histoire les Arabes n’ont utilisé le terme latin « Palaestina » ou Palestine. Les Arabes ne peuvent pas prononcer ce nom car le son « P » n’existe pas en arabe. En 1920, quand la Société des Nations a crée ce territoire et l’a nommé « Palestine », les Arabes ont commencé à appeler cette terre « Falestin » mais ce territoire ne s’est jamais appelé Palestine dans la langue arabe des habitants arabes ! Les Arabes locaux ne se sont jamais appelés « Palestiniens », même pas pendant le mandat britannique. Les dirigeants arabes et britanniques se réferraient à eux comme des « Arabes » !  Les habitants arabes ont toujours été appelés « Arabes ». Une recherche informatisée du rapport Hope-Simpson publié en 1930 montre que le terme « Palestinien » ne figure nulle part dans ce rapport comme substantif. Les termes utilisés sont «Arabes palestiniens», «Juifs palestiniens », et « Chrétiens palestiniens ». (…) Les Israéliens d’un certain âge se souviennent tous que eux, les Juifs, étaient appelés « Palestiniens » avant 1948 et que les Arabes refusaient en bloc cette appellation pour eux-mêmes, ils se nommaient alors tout simplement « Arabes », le terme Palestinien était péjoratif puisque porté par les Juifs… (…) Il s’agit du narratif arabe et malheureusement les Israéliens donnent une justification à cette revendication en acceptant d’appeler les arabes de la région par le nom qu’ils ont volé, ils n’auraient jamais du accepter de les appeler ainsi. Les Arabes de la région d’Israël à notre époque moderne voudraient nous faire croire qu’ils descendent directement des Cananéens ou bien des Philistins, mais entre les deux, ils n’ont pas encore fait leur choix et de toute façon ils ne peuvent pas être les descendants d’aucuns d’entre eux parce que ces peuples ont disparu depuis des millénaires. Il n’est pas nécessaire d’analyser par le menu les détails historiques pour découvrir que la raison pour laquelle les Arabes vivant dans cette région ont décidé de s’appeler « Palestiniens », c’est qu’ils ne possèdaient pas d’identité forte. Le son « P » n’existe pas dans la langue arabe et encore moins le nom Palestine qui prend son origine dans la décision des Romains (l’empereur Hadrien) de renommer la Judée, « Palestine » dans le but d’humilier les Juifs vaincus. Ils forgèrent ce nom « Palestine » en référence aux Philistins (peuples de la mer) les anciens ennemis des Juifs qui à l’époque d’Hadrien avaient complètement disparu depuis des siècles et dont il ne reste absolument aucun vestige, ni même la langue, sauf ce qui est écrit dans la Bible à leurs sujets [phileshet]. Danilette

Attention: une absurdité peut en cacher une autre !

Alors que pour se refaire après l’échec de leur énième campagne de bombardements des villes israéliennes de cet été …

 Les dirigeants dits « palestiniens » multiplient les déclarations toujours plus enflammées et tentent, entre attaques à la sauce Etat islamique (voitures-bélier) ou la tentative d’assassinat d’un activiste religieux israélien le 30 octobre dernier, de relancer une troisième intifada

Pendant qu’après la Suède et peut-être bientôt le Royaume-Uni et la France, nos belles âmes rivalisent de naïveté ou de cynisme pour apporter leur caution à la dernière « solution finale » en date à la « question juive » …

Comment ne pas voir l’absurdité d’une situation …

Où, pour protéger le droit des musulmans à prier (face à La Mecque et donc dos au Mont du Temple – pardon: à l’Esplanade des Mosquées comme l’appellent les journalistes français) sur leur prétendu troisième lieu sacré …

Et pour ne pas risquer, du côté rabbinique, de profaner le lieu très saint dudit temple

On en arrive à interdire aux juifs de prier sur leur premier lieu sacré ?

Mais comment ne  pas voir aussi derrière cet énième épisode de captation et de dénigrement d’héritage …

Comme le rappelle notre consoeur Danilette et comme le montrent notamment certains des premiers drapeaux sionistes de l’époque mandataire …

La véritable supercherie de l’appropriation arabe, rivalité mimétique oblige, d’un terme longtemps honni parce qu’originellement porté par les juifs …

A savoir celui de Palestine ?

Le grand bluff du nom « Palestine », petit rappel pour les « ignorants de bonne foi »

Danilette

14 septembre 2011

Voici le drapeau palestinien proposé           Voici le drapeau jordanien

Quand les gens disent que la Jordanie (d’abord appelée Trans-Jordanie) est un état arabe palestinien, ils ont raison ! Les 3/4 du territoire de la Jordanie actuelle sont formés du territoire de la « Palestine » antérieure. Bien qu’ils s’appellent Jordaniens, les habitants de Jordanie ne sont pas globalement différents culturellement, ethniquement, historiquement et religieusement des Arabes palestiniens de « Cisjordanie ». 

Même le drapeau jordanien et le drapeau proposé pour le 2ème état arabo-palestinien de Cisjordanie et Gaza sont presque identiques ! Si donc eux-mêmes se sentent appartenir au même peuple, pourquoi nous, devrions-nous tomber dans le mensonge différenciant les Arabes palestiniens de la rive occidentale du Jourdain de ceux de la rive orientale ?

Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi ces deux drapeaux sont presque identiques ?

Jamais dans l’histoire les Arabes n’ont utilisé le terme latin « Palaestina » ou Palestine. Les Arabes ne peuvent pas prononcer ce nom car le son « P » n’existe pas en arabe. En 1920, quand la Société des Nations a crée ce territoire et l’a nommé « Palestine », les Arabes ont commencé à appeler cette terre « Falestin » mais ce territoire ne s’est jamais appelé Palestine dans la langue arabe des habitants arabes !

Les Arabes locaux ne se sont jamais appelés « Palestiniens », même pas pendant le mandat britannique. Les dirigeants arabes et britanniques se réferraient à eux comme des « Arabes » !  Les habitants arabes ont toujours été appelés « Arabes ». Une recherche informatisée du rapport Hope-Simpson publié en 1930 montre que le terme « Palestinien » ne figure nulle part dans ce rapport comme substantif. Les termes utilisés sont «Arabes palestiniens», «Juifs palestiniens », et « Chrétiens palestiniens ». 

Autres exemples : 

  •  « The Jerusalem Post », un journal juif, a été appelé «Palestine Post» depuis sa fondation en 1932 jusqu’en 1950.
  •  En 1923, Pinhas Rutenberg (juif) a fondé la Société Palestine Electric, qui deviendra plus tard l’Israel Electric Corporation.
  •  Il y avait l’orchestre juif le « Palestine Symphony Orchestra ».
  •  Durant la deuxième guerre mondiale, les Britanniques ont formé une Brigade juive, pour combattre les puissances de l’Axe, elle est connu par les Anglais comme la Brigade palestinienne 

Les Israéliens d’un certain âge se souviennent tous que eux, les Juifs, étaient appelés « Palestiniens » avant 1948 et que les Arabes refusaient en bloc cette appellation pour eux-mêmes, ils se nommaient alors tout simplement « Arabes », le terme Palestinien était péjoratif puisque porté par les Juifs…

Combien de fois ai-je entendu ce témoignage (je pense à mes amis du Kibboutz Kfar Menahem et bien d’autres…)

Il s’agit du narratif arabe et malheureusement les Israéliens donnent une justification à cette revendication en acceptant d’appeler les arabes de la région par le nom qu’ils ont volé, ils n’auraient jamais du accepter de les appeler ainsi.

Les Arabes de la région d’Israël à notre époque moderne voudraient nous faire croire qu’ils descendent directement des Cananéens ou bien des Philistins, mais entre les deux, ils n’ont pas encore fait leur choix et de toute façon ils ne peuvent pas être les descendants d’aucuns d’entre eux parce que ces peuples ont disparu depuis des millénaires. Il n’est pas nécessaire d’analyser par le menu les détails historiques pour découvrir que la raison pour laquelle les Arabes vivant dans cette région ont décidé de s’appeler « Palestiniens », c’est qu’ils ne possèdaient pas d’identité forte.

Le son « P » n’existe pas dans la langue arabe et encore moins le nom Palestine qui prend son origine dans la décision des Romains (l’empereur Hadrien) de renommer la Judée, « Palestine » dans le but d’humilier les Juifs vaincus. Ils forgèrent ce nom « Palestine » en référence aux Philistins (peuples de la mer) les anciens ennemis des Juifs qui à l’époque d’Hadrien avaient complètement disparu depuis des siècles et dont il ne reste absolument aucun vestige, ni même la langue, sauf ce qui est écrit dans la Bible à leurs sujets [phileshet].

Le dirigeant arabe Awni Bey Abdul Haadi en 1937 : « il n’y a pas de pays tel que la Palestine, notre pays a fait partie de la Syrie pendant des siècles » !

Enfin ne pas confondre la PHILISTIE et la PALESTINE , ces 2 dénominations n’ont rien à voir !

Les auteurs grecs, en particulier Aristote souvent cité par les Arabes, ne parlait pas de la Palestine, Palestinae, nom latin crée par l’empereur Hadrien mais de la Philistie, pays des Philistins qui d’ailleurs n’existait plus depuis longtemps à son époque. Aristote qui reprend un auteur bien antérieur, ne parle pas non plus de la Syrie-Palestine, nom d’un district de l’empire ottoman mais bien de « l’Assyrie-Philistie » car il parle de l’époque où les Philistins étaient devenus les vassaux de l’Assyrie et on ne désignait plus leur pays comme Philistie mais comme « Philistie de l’Assyrie », l’Assyrie maitre de la Philistie ! 

Le comble étant que le nom Philistie dérive de l’hébreu « Pileshet », c’était le nom utilisé par les Hébreux pour désigner le pays de leurs ennemis, les Philistins et comme il n’existe aucun écrits sur les Philistins, excepté la Bible et une stèle égyptienne avec des Hieroglypes, nous avons perdu la trace de leur langue, leurs noms et tout autre vestige !

La propagande arabe a été tellement efficace que plus personne ne se penche sur les sources historiques, voyons un peu :

1) La Terre d’Israël

Extraits de l’ouvrage de Salomon Munk
édité en 1845
 LIEN

Je reprends des extraits du livre de Salomon Munk :

« Sous le nom de Palestine, nous comprenons le petit pays habité autrefois par les Israélites et qui aujourd’hui partie des pachalics d’Acre et de Damas. Quant au nom de Palestine qui nous a été transmis par les auteurs grecs, il dérive du nom hébreu Péléshet (pays des Philistins) et ne désignait que la partie sud-ouest du pays habité par les Philistins. Le plus ancien nom du pays que nous trouvions chez les auteurs hébreux est celui de Canaan. Ce nom cependant ne désignait que la partie située entre le Jourdain et la Méditerranée et comprenait aussi la Phénicie et le pays des Philistins.

Depuis l’entrée des Hébreux la Palestine est désignée sous plusieurs autres dénominations telles que Terre desHébreux, Terre d’Israël [le nom repris par l’état d’Israël]. Après l’exil de Babylone, elle fut appelée Terre de Juda d’où vient le nom de Judée dont se servent les auteurs romains [Judaea Capta est] 

Le prophète Zacharie l’appelle Terre Sainte [en fait, Terre sanctifiée, ce qui est différent] nom qui est en faveur auprès des juifs modernes et des chrétiens. Il est difficile de bien fixer les limites de la Palestine qui varièrent beaucoup à différentes époques et sur lesquels nous ne trouvons pas toujours des données bien précises.

 À l’orient, au-delà du Jourdain, le Pays des Hébreux s’étendit jusque dans le désert vers l’Euphrate sans que les limites fussent bien fixées. Sous Salomon qui batit Tadmor (Palmyre), la ville de Thapsacus sur l’Euphrate est le point extrême du royaume vers le nord-est. Au nord il aboutit au territoire de Damas, à l’Antiliban et au territoire de Tyr. La limite occidentale est la Méditerranée jusqu’à l’embouchure du torrent d’Égypte (Wadi el arish) et la limite du midi partant El Arish se dirige vers la pointe méridionale de la mer Morte mais à l’est de cette mer et du Jourdain, les possessions des Hébreux ne dépassaient pas vers le midi le torrent d’Arnon (Wadi moudjeb) qui les séparait du pays des Moabites. »

2) L’empire romain

 JUDAEA CAPTA EST

En 135, lorsque l’Empereur romain Hadrien est finalement venu à bout de la grande révolte juive (Bar Kohba), il change le nom de la Judaea et la nomme « Palaestina ». Il a aussi renommé la ville de Jérusalem et l’a appelé «Aelia Capitolina» pour effacer à jamais le souvenir des Juifs et surtout les humilier.

« Palaestina » est le nom romain / latin pour la Terre d’Israël. Quand les Romains / Byzantins ont été vaincus par les conquérants musulmansen en 638, le nom de « Palaestina » n’était plus en usage. Les conquérants musulmans n’appelaient pas cette terre « Palaestina ». Quand les Turcs ottomans musulmans ont conquis ce territoire en 1517, ils ne l’ont pas appelé « Palaestina ».

3)  l’Empire ottoman a contrôlé un vaste territoire dont une partie est devenue le Liban, la Syrie et la Palestine.

 Comme on le voit sur la carte, il n’y a aucune mention de la Palestine,
la région s’appelait Syrie !

Les régions administratives de l’Empire ottoman se sont appelées des Eyalets jusqu’en 1864, puis Vilayet, le territoire de la « Palestine », c’était l’Eyalet de Damas puis le Vilayet de Syrie link et celui de Beyrouth

Eyalets
(1363–1864) 
Aleppo · Baghdad · Basra · Cyprus · Damascus · Lahsa · Mosul · Nogai · Rakka  · Samtskhe · Sharazor · Sidon · Tripoli · Yemen
Vilayets
(1864–1922)
Adana · Adrianople · Aidin · Aleppo · Ankara · Archipelago · Baghdad · Basra  · Beirut · Bitlis · Bosnia· Crete · Danube · Deir ez-Zor · Dersim · Diyâr-ı Bekr · Erzurum

 · Hakkari · Hejaz · Herzegovina ·Hüdavendigâr · Istanbul · Janina · Karasi · Kastamonu

 · Konya · Kosovo · Mamuret-ul-Aziz· Monastir · Mosul · Prizren · Salonica · Scutari

· Sivas · Syria · Trebizond · Tripolitania · Van · Yemen

Vassals and
autonomies
Cossack Hetmanate · Cretan State · Crimean Khanate · Khedivate of Egypt ·  Principality of Moldavia · Sharifate of Mecca · Republic of Ragusa · Eastern Rumelia

 · Principality of Samos ·Serbian Despotate · Duchy of Syrmia

 · Principality of Transylvania · Tunis Eyalet · Principality of Wallachia

 

سورية في العصر العثماني
http://fr.wikipedia.org/wiki/Syrie_ottomane Syrie Ottomane

1516 – 1918 
Le territoire de la province de Syrie
dans l’Empire ottoman
Drapeau de la Syrie Ottomane

Avant 1864, la Syrie était divisée en trois unités administratives Eyalets ou Pachalik : Damas, Alep et Tripoli gouvernés par des Beylerbeys. Ces trois grandes circonscriptions formeront longtemps les principales divisions administratives de la Syrie ottomane. La première, l’Eyalet de Damas comprenait 10 sandjaks dont les plus importants étaient Beyrouth, Saïda, Tadmor, Naplouse, Jérusalem et Gaza. Alep avec ses 9 sandjaks englobait toute la Syrie septentrionale et Tripoli comptait 5 sandjaks.

Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), la Turquie était alliée de l’Allemagne. Ils ont été vaincus et cela a engendré le démembrement de l’Empire ottoman. La Palestine fut créée, de part et d’autre du Jourdain, par la Société des Nations. En Juillet 1920, l’administration de ce territoire de 97.740 kilomètres carrés fut confiée par la Société des Nations à la Grande-Bretagne, selon les termes du Mandat pour la Palestine. Le territoire prévu pour le retour des Juifs dans la déclaration Balfour comprenait la Palestine et la Transjordanie (Jordanie actuelle et un morceau d’Irak)Pour respecter les engagements politiques pris par la Grande Bretagne à l’égard de Sharif Hussein, Roi de Hijaz (Arabie) et de ses fils, en remerciement de la  » Révolte Arabe  » contre les Turcs, la Grande-Bretagne délégua à l’Emir Abdallah (le deuxième fils de Hussein) l’administration de quelque 70 000 km2 d’un territoire s’étendant à l’Est du Jourdain, en excluant les implantations juives de la Transjordanie. 

Cela représentait environ 71,5% du total des 97.740 km2 concernés par le Mandat. Le reste, soit seulement 28,5% du Territoire sous Mandat, à l’ouest du Jourdain, devait demeurer disponible pour que les Juifs y reconstituent leur Foyer National. Les Arabes vivant sur la rive occidentale du Jourdain devaient être réinstallés en Transjordanie une fois que le Foyer National aurait été établi.

Les Juifs avaient déjà commencé à immigrer massivement en Palestine au milieu du 19ème siècle, mais ils ont toujours été présents sur ce territoire (voir Histoire du Yichouv link, link, link), à Jérusalem, ils forment la majorité de la population dès 1845 !!!

Ils ont travaillé comme des forcenés pour assainir les terres marécageuses de la malaria et se préparaient à la renaissance d’Israël. Cet effort juif pour revitaliser la terre a attiré une immigration tout aussi importante d’Arabes des régions voisines, attirés par les possibilités d’emploi et les conditions de vie plus saines, ainsi que par les soins médicaux prodigués par les nombreux médecins juifs. Il n’y a jamais eu aucune tentative de  se «débarrasser» des Arabes autochtones peu nombreux, ni d’empêcher les masses arabes de venir chercher la prospérité apportée par les Juifs !

« Dans l’esprit de Churchill, c’était aussi la création d’un nouvel état qui devait recevoir tous les arabes de la Palestine occidentale par leur déplacement à l’Est du Jourdain. Si cette vision de Churchill avait été exaucée à l’époque, il n’y aurait pas eu de problème arabo-israélien ».Le territoire à l’est du Jourdain a été rebaptisé Trans-Jordanie. La Trans-Jordanie sera rebaptisée « Jordanie » en 1946. En d’autres termes, les 71,5% de la Palestine vont être rebatisés à deux reprises et vont effacer tout lien avec le nom originel de « Palestine » !
Il est fondamental de se souvenir que la patrie arabe palestinienne est bien la Jordanie. Les 28,5% restants de la Palestine qui est le territoire actuel à l’ouest du Jourdain devait être la patrie palestinienne juive.

Encouragé et incité par le nationalisme arabe croissant gagnant tout le Moyen-Orient, les Arabes de ce petit territoire restant à l’ouest du Jourdain lancèrent des attaques meurtrières incessantes sur les Palestiniens juifs, dans un effort pour les chasser. Parmi celles-ci, les terrifiants massacre de 1929 et de la période 1936-1939.Les Britanniques ont d’abord essayé de maintenir l’ordre mais très vite (en raison des grands gisements de pétrole à travers le moyen-orient arabe) ont fermé les yeux.  Entre 1922 et 1948, en contradiction avec les dispositions du Mandat qui lui avait été confié, la Grande-Bretagne ne se contenta pas de fermer les yeux sur l’immigration arabe extensive, qui aurait dû être installée en Transjordanie mais, elle restreignit drastiquement l’immigration juive (Livres Blancs britanniques de 1922 et 1939), ce qui contribua à l’anéantissement des Juifs européens. 

Sources :

© http://danilette.over-blog.com 

Mise à jour : voici le drapeau de la Palestine mandataire tel qu’il apparaît dans le Larousse:

drapeau-palestine.jpg

Articles que je vous recommande vivement : 

Voir aussi:

Interview  de Michel Gurfinkiel

Guitel Ben-Ishay

Aschkel.info

12 mai 2011

Au milieu de toute la littérature pro-palestinienne, il se trouve certains auteurs et intellectuels qui osent défendre un autre point de vue. Michel Gurfinkiel est de ceux-là. Journaliste et écrivain, il exerce également des responsabilités aux Consistoires de France et de Paris. Il a publié récemment un ouvrage au titre provocateur :

Israël peut-il survivre ? La nouvelle règle du jeu.

Nous l’avons interrogé sur ce livre. Il nous a fait part de ses analyses sur de nombreux sujets qui nous touchent particulièrement.

Le P’tit Hebdo : Vous avez publié de nombreux ouvrages sur le thème d’Israël. Pourquoi ?

Michel Gurfinkiel : Je suis juif, et c’est une bonne raison, en soi, de s’intéresser à Israël. Mais je pense que je l’aurais fait si je ne l’avais pas été. L’histoire du peuple d’Israël et de la nation israélienne moderne est extraordinaire, singulière et unique. A ce titre elle a toujours fasciné l’ensemble de l’humanité. Avec d’ailleurs des conséquences diverses et multiples, qui vont de l’affection au rejet.

Lph : Vous êtes le fondateur et le président de l’Institut européen de géopolitique Jean-Jacques Rousseau. Vos prises de position envers Israël vous ont-elles porté préjudice dans votre travail ?

M.G : Personne ne m’a ouvertement empêché de dire ou d’écrire ce que je pensais. Et si j’ai souvent été en butte à des formes feutrées de censure ou d’ostracisme dans certains médias ou dans certains milieux, mon « non-conformisme » m’a valu, dans d’autres médias et d’autres milieux, une curiosité ou une attention particulière, même ou surtout si l’on ne partageait pas mes idées. Ceci compense cela.

Lph : Venons-en à votre dernier livre. Pourquoi un tel titre ? Ne craignez-vous pas de faire le jeu de ceux qui pensent justement qu’Israël n’est pas viable ?

M.G : L’un des thèmes de mon livre est qu’Israël est beaucoup plus sain, performant, fonctionnel et donc viable que la plupart des autres pays du début du XXIe siècle. Mais il est aussi le seul Etat au monde que d’autres Etats ou des organisations militantes refusent de reconnaître ou veulent détruire. Israël vient d’être admis à l’unanimité à l’OCDE, le club des pays les plus riches, les plus développés et les plus libres du monde. Mais parallèlement, il fait l’objet de condamnations répétées et massives à l’Onu, une organisation dominée par des Etats sous-développés, dysfonctionnels et non-démocratiques. Dans un tel contexte, la question de sa survie à moyen ou long terme est donc pertinente et légitime. En tout cas, on me l’a posée si souvent que j’ai décidé d’y répondre méthodiquement.

Lph : Ce livre est très documenté et extrêmement précis dans les faits et les chiffres. A qui le destinez-vous en priorité ?

M.G : Aux Juifs, aux Israéliens, et aux non-Juifs pro-israéliens, en espérant qu’il les aidera à mieux cerner les enjeux et mieux défendre Israël. Mais aussi aux personnes qui ne connaissent pas Israël ou qui souhaitent, en toute bonne foi, s’informer sur le conflit qui oppose depuis si longtemps ce pays à ses voisins arabes ou islamiques. Et même à ceux qui sont a priori hostiles à Israël mais qui acceptent d’entrer dans un vrai débat. J’ai conçu et écrit ce livre de manière à ce qu’il soit accessible et utile à tous les lecteurs.

Lph : Avez-vous cherché à pallier les déficiences de la « hasbara », de la défense d’Israël auprès de l’opinion publique mondiale?

M.G : Tout n’a pas été négatif, loin de là, dans les efforts de « hasbara » des autorités israéliennes. Mais certains thèmes, porteurs, ont été en effet sous-estimés, pour des motifs idéologiques ou pragmatiques. Les Israéliens ont longtemps hésité, par exemple, à mettre en parallèle le problème des réfugiés juifs des pays islamiques et celui des réfugiés arabes palestiniens, ou à rappeler comment le problème des réfugiés arabes a été artificiellement grossi, au lendemain même de la guerre de 1948. Ils ont négligé des arguments importants en matière de droit international, notamment sur le droit du peuple juif à l’ensemble de la Terre d’Israël. Ils ont également minimisé l’aspect fondamentalement religieux du conflit. J’ai essayé de revenir sur ces questions et de les expliciter.

Lph : L’un des chapitres s’intitule : « Barack Hussein Obama ». Comment le jugez-vous par rapport à ses prédécesseurs?

M.G : Le peuple américain a toujours eu une grande empathie naturelle avec le peuple juif et Israël, fondée sur l’héritage biblique mais aussi sur ce que l’on a appelé « l’hébraïsme politique », une doctrine qui voit dans le judaïsme une des sources majeures de la démocratie moderne. Au niveau des dirigeants américains, les choses sont plus complexes. Depuis 1948, les présidents américains n’ont pas toujours apporté un soutien sans faille à Israël, loin de là. Certains d’entre eux ont été profondément hostiles à l’Etat juif, notamment Jimmy Carter ou George Bush père. Ronald Reagan, qui a été globalement pro-israélien tout au long de ses deux mandats, de 1981 à 1989, est passé lui-même par une brève phase anti-israélienne en 1982.

Dans ce contexte, le comportement distant et souvent négatif de Barack Obama, au moins dans les deux premières années de son mandat, n’a rien d’exceptionnel. La principale différence, c’est que le président actuel cherche à « désoccidentaliser » la nation américaine, à mettre fin à l’ancrage judéo-chrétien de l’Amérique, à ouvrir ce pays aux autres cultures ou religions, et notamment à l’islam. Une telle évolution  serait certainement très dangereuse pour Israël. Une Amérique qui cesserait de fonder son identité sur la Bible s’éloignerait nécessairement de l’Etat juif.

Lph : Qu’est-ce que la mort d’Oussama Ben-Laden va changer pour Barack Obama ?

M.G : Le président cherche à instrumentaliser cette exécution extrajudiciaire à des fins politiciennes. Il prétend qu’il a « donné l’ordre » en arrivant à la Maison Blanche, de retrouver Ben-Laden et de l’éliminer. En réalité, cet objectif était depuis 2001 le premier de la guerre contre le terrorisme déclenchée par son prédécesseur, George W. Bush. En termes stratégiques, la mort de Ben-Laden ne changera rien. Al-Qaïda n’est pas une organisation centralisée, mais une galaxie d’organisations autonomes, unies par une même idéologie mais capables d’opérer indépendamment les unes des autres.

Lph : Vous parlez aussi de la « rue arabe ». Quelle est votre analyse des révolutions arabes ?

M.G : Il n’y a pas une révolution arabe, mais plusieurs révolutions plus ou moins simultanées, avec des origines et des portées différentes. Jusqu’à présent, la plupart de ces mouvements restent enfermés dans le populisme unanimiste qui domine le processus politique arabe : l’ochlocratie (« pouvoir de la foule ») pour lui donner son nom savant. Les gouvernements tombent, mais la société ne change pas, et les blocages demeurent. A commencer par la détestation fantasmatique de l’Occident et d’Israël. La vraie révolution dont le monde arabe a besoin est d’ordre culturel : une conversion aux valeurs de diversité, de différence, de tolérance, de liberté individuelle sans lesquelles la démocratie politique n’est qu’un leurre. Nous n’y sommes pas encore.

Lph : La volonté affichée de beaucoup d’États, dont la France, de reconnaître un État palestinien déclaré unilatéralement fait-elle partie de ce que  vous appelez le « scenario Zacharie » ?

M.G : Les évènements tels qu’ils se déroulent actuellement ne sont pas sans rappeler ce qui est décrit dans ce livre biblique : une coalition mondiale qui monte à l’assaut d’Israël. Même si cette épreuve ne fera, selon le prophète Zacharie, que précéder une intervention divine et la libération finale et complète du peuple juif, elle a de quoi inquiéter. L’Europe actuelle est très hostile à Israël. Je ne trouve aucune excuse aux dirigeants européens lorsqu’ils parlent de reconnaître un Etat palestinien dans les « frontières de 1967 ». Ces frontières « internationales » qu’ils prétendent octroyer aux Palestiniens, ils en privent, jusqu’à ce jour, les Israéliens, notamment en refusant d’installer leurs ambassades à « Jérusalem-Ouest ». Cette contradiction est un aveu : une partie des classes politiques européennes et une partie plus large encore des chancelleries européennes militent en fait pour le démantèlement d’Israël en tant qu’Etat.

Lph : Quel regard portez-vous sur les Juifs francophones qui ont décidé de s’installer en Israël ?

M.G : Israël peut-il survivre ? Oui. Je ne serai pas aussi affirmatif quant à l’avenir des communautés juives d’Europe. Je ne suis pas rassuré lorsque je vois l’évolution de la société française, par exemple.

Ceux qui ont fait le choix de l’Alya ont fait le bon choix. Pour eux. Et pour Israël. A travers son vécu et son expérience historique, le judaïsme français et francophone apporte beaucoup, me semble-t-il, à l’État juif.

« Israël peut-il survivre ? La Nouvelle règle du jeu ». Par Michel Gurfinkiel. Editions Hugo & Cie, 19,50 euros.

Voir encore:

How the far-right changed the debate over the Temple Mount
Plus, some talking points for the left.

Nir Hasson

Haaretz

02.11.14

The success of right-wing activist Yehuda Glick and the Temple Mount movement in recent years stems in part from the change Glick led in the discourse about the Mount. Instead of fiery threats to blow up the mosques and build the Temple, Glick argued the right to worship as a human right. His main point: It is inconceivable for a Jew not to be able to pray at the site most sacred of all to Jews, and that Jews who visit the Temple Mount are considered unwanted guests and are closely scrutinized, prohibited from conduct considered provocative, and first and foremost prohibited from praying.

Glick was wise enough to uncover the absurdity created at the Temple Mount, where people are arrested because they mumbled a prayer, moved to the rhythm of prayer or, perish the thought, knelt at the holy place. Raised awareness of the status quo and Glick’s argument placed no small challenge on the doorstep of spokespeople of the left, who were forced to defend a policy on the Mount that discriminates against people because of their religion – in this case, Jews.

But a number of counter-arguments can be made. The first and most common is the danger of changing the status quo. History has repeatedly shown, from 1929 through 1996 and 2000, that the Temple Mount is an incendiary focal point and that the Al-Aqsa Mosque is a unifier of the secular and the religious, the right and the left, in Palestinian, Arab and Muslim politics. While there is demagoguery and incitement in some Palestinian discourse surrounding the Mount, which Muslims worship as the Noble Sanctuary, it does not change the fact that any attempt to alter the status quo will almost certainly lead to bloodshed and a diplomatic debacle with the Muslim countries and the rest of the world.

Zionism and the Mount

The second argument has to do with Zionism. In response to Knesset coalition chairman MK Yariv Levin, Tomer Persico wrote in Haaretz that “as long as Jews lived in the Diaspora and prayed for Zion and Jerusalem, they continued to live in the Diaspora and pray. Only when they began to dream of Tel Aviv and of building the Knesset did they arise and build a state.”

Indeed, one can claim that framing the Temple Mount as the object of Zionism’s desire is a distortion of Zionism’s values. From Herzl, who preferred Haifa over Jerusalem, to Moshe Dayan, who gave the keys to the Temple Mount to the Waqf, the leaders of Zionism preferred to keep the Temple Mount outside national aspirations.

At most, it was the Western Wall that played a role in the national vision, and despite the change in attitude toward the Western Wall, as opposed to the Temple Mount. A survey conducted by the umbrella organization of Temple Mount activist groups found that 66 percent of Israeli Jews still regard the Western Wall as the most sacred place for Jews, as opposed to 29 percent who regard the Temple Mount as such.

The third argument involves Judaism. Contemporary Judaism is a religion that developed over the past 2,000 years, and is based on the absence of a Temple. This is not an edict of fate that Judaism learned to live with; the absence of a Temple is in many ways the backbone of rabbinic Judaism, which is an entirely different religion than priestly Judaism, from Second Temple times. In his book “The End of Sacrifice,” Guy G. Stroumsa shows how around the first century C.E., the custom of offering animal sacrifices at the altar ended, not only among the Jews but also in the Roman creed and in the new religion, Christianity. A return to this custom would be a cultural and religious step backward 2,000 years – before halakha (Jewish religious law), the rabbis, the Mishna and the Talmud.

The Mount in earthly Jerusalem

The fourth argument, and in my opinion the strongest, is that the Temple Mount must once again be connected to its surroundings. To hear the Israeli debate, one might think the Temple Mount is located in outer space, or at the very least in West Jerusalem, over which no one challenges Israel’s sovereignty. But the Temple Mount is a real place, located between the village of Silwan and the Old City’s Muslim and Jewish quarters. Annexing the Temple Mount and East Jerusalem to the State of Israel is not a fait accompli, as one might suppose listening to the Israeli media. And although there are many who recognize the Jewish relationship to the Temple Mount, there is not one country that recognizes Israel’s right to sovereignty over it.

That is also the case with regard to the vast majority of those who go to visit the Mount and those who live in the neighborhoods nearby. Thus any step to change the status quo on the Temple Mount must, in terms of international law and morality, be part of a dialogue with the Palestinians, that very dialogue that the prime minister has been avoiding for many years.

Voir par ailleurs:

Destroying History

Eli E. Hertz

November 11, 2014

Arabs deny the bond between Jews and Jerusalem; they sabotage and destroy archaeological evidence, even at the holiest place in Judaism – the Temple Mount.

Arabs continually denied the legitimacy of the Jewish people’s connection to Jerusalem. Arafat and other Arab leaders insisted that there never were Jewish temples on the Temple Mount. They also claimed the Western Wall was really an Islamic holy site to which Muslims have historical rights. Putting rhetoric into action, Islamic clerics who manage the Temple Mount have demonstrated flagrant disrespect and contempt for the archaeological evidence of a Jewish presence.

Between 1999 and 2001, the Muslim Waqf removed and dumped more than 13,000 tons of what it termed rubble from the Mount and its substructure, including archaeological remains from the First and Second Temple periods, which Israelis found at dumping sites. During construction of a new underground mosque in a subterranean hall believed to date back to the time of Herod, and the paving of an “open air” mosque elsewhere on the Temple Mount, the Waqf barred the Israel Antiquities Authority from supervising, or even observing, work. When archaeological finds from any period – Jewish or otherwise – are uncovered in the course of construction work, the Authority is mandated by law to sup rvise and observe everywhere in Israel – legislation that dates back to 1922 and documented in the international accord of the League of Nations – the “Mandate for Palestine.”

Such gross disregard for the pre-Islamic Jewish heritage of Jerusalem – particularly on Judaism’s holiest historic site – is a far more insidious form of the same Islamic intolerance that motivated the Taliban to demolish two gigantic pre-Islamic statues of Buddha carved into a cliff in Afghanistan.

Voir de même:

Former PM’s spokesman tells ‘Post’: Sharon knew Palestinians were planning violence, but wanted to show he wouldn’t compromise on J’lem.

Future prime minister Ariel Sharon was told by his spokesman Ra’anan Gissin that visiting the Temple Mount could be used by Palestinians as an excuse for violence, Gissin said Tuesday on the 10th anniversary of Sharon’s controversial visit.

Gil Hoffman

Jerusalem Post

09/29/2010

Palestinians began throwing rocks immediately after Sharon left the compound. The Palestinians called the uprising that began the “Al-Aksa intifada,” even though an IDF sergeant critically wounded in a bomb attack the day before Sharon’s visit is considered the first victim of the wave of violence, and Palestinian officials have admitted that then- Palestinian leader Yasser Arafat had planned the intifada months before.

“It was a sensitive time during the High Holy Days and at the end of Ramadan,” Gissin said. “I told him the situation was tense in the West Bank and that [Palestinian general Tawfik] Tirawi’s people were planning to do something on the Temple Mount, whether the trigger would be Sharon or something else. Sharon knew he was playing into their hands, but he went in a clear-headed manner to prove that he wouldn’t compromise on Jerusalem and that Israel would stand up for its rights.”

The initiator of the wave of violence, Marwan Barghouti, later told the Al-Hayat newspaper that he had decided that Sharon’s visit would be the most appropriate moment for the outbreak of the intifada.

“The night prior to Sharon’s visit, I participated in a panel on a local television station and I seized the opportunity to call on the public to go to the Aksa Mosque in the morning, for it was not possible that Sharon would reach al-Haram al- Sharif [the Temple Mount area] just so, and walk away peacefully,” Barghouti said.

“I finished and went to al-Aksa in the morning. We tried to create clashes without success because of the differences of opinion that emerged with others in the Aksa compound at the time,” he continued.

“After Sharon left, I stayed for two hours with other people and discussed the manner of response and how it was possible to react in all the cities and not just Jerusalem.”

Sharon visited the Temple Mount on the advice of his strategic adviser at the time, David Spector, in order to boost his effort to remain Likud leader ahead of an expected challenge from then-former prime minister Binyamin Netanyahu. Highlighting the Jerusalem issue, which was a matter of consensus, helped Sharon unify the Right behind him and prove his leadership.

“The visit was the turning point in his fledgling career,” Gissin said. “He was considered a caretaker party leader in the Likud at the time. He looked for something to posture him as a real leader, and Jerusalem was close to his heart.”

The Likud leader ascended the mountain with his son Gilad and MKs Moshe Arens, Reuven Rivlin, and Yehoshua Matza. Sharon, who owns an apartment in Jerusalem’s Muslim quarter, later used keeping the capital united as a key issue in his campaign against then-prime minister Ehud Barak.

“It was the definitive move to capture the premiership,” Gissin said. “It emphasized his attachment to Jerusalem and helped him position himself as the leading candidate for prime minister. He also wanted to show that we have a right to be there, because Jews were afraid to go up there and police were saying that it wasn’t safe.”

Asked whether Sharon ever regretted ascending the Mount, Gissin said, “No, he said it was the right time to tell the Palestinians that Jerusalem was not for sale.”

Voir aussi:

Why it matters that Jews are standing on the Temple Mount

Jews are increasingly staking a claim to the Muslim-controlled Temple Mount, testing the Israeli government’s resolve to avoid conflict by protecting Muslim sovereignty over the site.
Christa Case Bryant

The Christian Science Monitor

September 23, 2013

Trailed by a group of religious Jews, an Israeli police escort, and a Muslim community representative, Mr. Glick responds in Hebrew, “Shalom – peace to you all.”

Behind him rise the two sites that make Jerusalem the third-holiest city in Islam: the Al-Aqsa mosque and the golden Dome of the Rock, a Muslim shrine commemorating the prophet Mohammed’s ascension to heaven. It is built on the spot where Jews believe the very presence of God once rested in the Jewish temple. This is considered the holiest place in Judaism, yet it has been largely off-limits to Jewish worshipers because of concerns that range from violating Jewish law to provoking riots.

Recommended: Infographic Why do Israeli settlements expand more during peace talks?
But in recent years, religious Jews are increasingly asserting their right to be here and are pushing for Israel to claim sovereignty over the Temple Mount. Their effort is testing the resolve of the Israeli government and the patience of 1.6 billion Muslims around the world. At stake are freedom of worship and the future of the most contested sacred space in the world. And the effort could potentially inflame the Israeli-Arab conflict, which is increasingly taking on a religious tone.

“I’m pretty left-wing Orthodox and even I think there’s no reason Jews shouldn’t be allowed up here,” says Mark Shayne, a financial consultant from New York who visited last week on the eve of Sukkot, one of hundreds of Jews who have visited the Temple Mount during the Jewish holidays this month. “If you can’t share a holy place, there will never be peace.”

The Islamic waqf, which governs the Haram al-Sharif, endorses the idea of Jerusalem as a “jewel of peace” for Muslim, Christians, and Jews, and are happy to welcome Jews as tourists to the Noble Sanctuary, but they are pressuring Israeli police to prevent access to the area for Jews with religious or political motivations.

“We are asking the Israeli police not to provide permission for the huge numbers of Jews who visit and especially to bar the extreme Jews from entering the Noble Sanctuary,” says Sheikh Azzam al-Khatib, director of the waqf, in between a flurry of phone calls about the rising tensions amid the Jewish High Holidays. “These extreme Jews … are trying to create new facts on the ground.”

Muslim concerns over the Temple Mount come amid rising Arab frustration with the « Judaization » of Jerusalem, where Jewish groups promoting (and funding) a greater Jewish presence have increasingly acquired properties in sensitive areas including the Muslim quarter of the Old City and predominantly Arab neighborhoods of East Jerusalem.

Among Muslims’ greatest concerns is that Jews will try to destroy the Muslim holy sites in order to rebuild their temple. In 1984, Yehuda Etzion was imprisoned for a plot to destroy the Dome of the Rock, and in 1991, Israeli police intervened to thwart a plan by the Temple Mount Faithful to airlift a 5-ton cornerstone for the new temple.

“If the Jews and the Israelis destroy the Noble Sanctuary, then they would have actually destroyed part of the holy Quran and destroyed part of the Muslim belief,” says Sheikh al-Khatib. “If that were to happen, then Muslims all over the world would conduct jihad.”

Why there’s a rise in numbers
Israeli general Moshe Dayan captured the Temple Mount in the 1967 war, but instead of restoring it to Jewish control for the first time in nearly 2,000 years, he let Muslims retain control. Some saw it as the largely secular Israeli leadership’s attempt to appease Muslims.

Though Israeli courts have since supported Jews’ right to pray on the Temple Mount, Israeli police have enforced a ban on it to avoid provoking the Muslim community.  But as Israel’s religious Jews have gained influence they have pushed back against the restrictions.

“[Muslims] can play soccer over there, … they can have picnics, they can urinate on the [ground], but I can’t say a word of prayer? Does that sound reasonable?” asks Glick, gesturing back to the compound where he sometimes holds a cellphone up to his ear while reciting a chapter of Psalms in order to disguise his prayer. “The only place in the world where a Jew cannot pray is over there.”

Glick, who heads the Temple Mount Heritage Foundation and supports right-wing lawmakers’ efforts to restore Israeli sovereignty over the Temple Mount, has been coming up here for 25 years – first alone, and now with groups of up to 100 or more. Last year 12,000 Jews visited, he says, and this year he hopes it will be double or triple that, solidifying the connection between the Jewish people and the Temple Mount. Israeli police statistics, though more conservative, support the general trend and indicate that Jewish visits this year will outpace previous years.

To be sure, the Chief Rabbinate of Israel still has a sign posted at the entrance of the Temple Mount forbidding Jews to visit the area. Since no one knows the exact location of the Temple or the inner sanctuary that was off-limits for all but a priestly elite, and Jewish law requires a level of ritual purity to enter the area that some say is unattainable at present, many Jews have long steered clear of the Temple Mount so as not to inadvertently commit an infraction of such religious precepts.

But that is changing.

“Today as archaeological findings become firmer, and there’s more awareness of realities on ground, the number of rabbis who are taking that stand that there’s no reason Jews should not be allowed to pray in the holiest place in the world is growing,” says Jeffrey Woolf, a rabbi and senior lecturer in the Talmud department of Bar Ilan University, who also credits growing spirituality in Jewish society for the surge in interest. “It’s true that God is everywhere, but His presence is experienced more intensely, tangibly, and experientially on the Temple Mount.”

Spiritual rebuilding needed first
All that remains today of the Second Temple is the western wall, which has become a major focal point for Jewish prayer, attracting millions of Jews each year.

Glick would like to see more and more of those Jews visiting the Temple Mount and praying side by side with Muslims and Christians. “My dream is to be able to hug a person from Saudi Arabia and a person from Spain, and together all pray together to God,” says Glick.

But some worry that could spark a third intifada; the Second Intifada broke out in 2000 after a controversial visit by Israeli leader Ariel Sharon, with more than 1,000 Israeli police and several Israeli lawmakers in tow, in what his spokesman later described as a bid to show Palestinians that « Jerusalem was not for sale. »

Jewish tradition teaches that the house of God shall one day be a house of prayer for all nations, but some say the Jewish people need to get their own house in order first.

The destruction of the First and Second Temples reflected the Jews’ own inner spiritual state, and thus rebuilding the temple requires first and foremost a spiritual rebuilding individually and societally, says Rabbi Dovid Ben Meir, who teaches in a religious Zionist yeshiva in Eli.

« If we try to physically go up to the Temple Mount and walk in certain areas, even if we’re within the limitations prescribed by Jewish law … it won’t bring us any closer to an understanding of what the temple actually means, » he says. « We’ll satisfy ourselves with going up barefoot and saying a few Psalms and feeling as if we’re on a higher spiritual level, when the truth is what we really have to be striving for is to bring ourselves and all of humanity to an entirely higher spiritual, psychological sphere of living. »

Voir encore:

Pour la survie d’Israël, écoutez Moshe Dayan

Danny Rubinstein
I24

Novembre 2014

« Je laisse toujours le téléphone allumé, au cas où l’on donnerit l’autorisation de construire le Temple, je laisse tout tomber » a dit Yehuda Glick peu de temps avant d’avoir été blessé par un tireur arabe, lors d’une conférence sur « Israël revient au Mont du Temple », qui a eu lieu à Jérusalem.

L’an dernier, j’ai aidé à la publication d’une recherche des associations de Jérusalem « Kechev » (attention, ndlr) et « Yir Amim » (la ville des peuples, ndlr). L’intitulé de la recherche était « l’émergence des mouvements pour le Temple en Israël ». L’étude a révélé que durant cette dernière décennie, il y a eu une forte augmentation dans les activités de près de 30 organisations et mouvements visant à apprendre, transmettre de l’amour, et renforcer le lien du public juif avec le Mont du Temple. Tous appellent au pèlerinage dans le lieu saint, et à renverser le Waqf musulman. Certains n’apprennent pas et ne préparent pas seulement le nouveau pèlerinage au Temple, mais appellent aussi explicitement à évacuer les mosquées « abominablement impures ». Dans une publication d’une des organisations, une vidéo imaginaire montre un avion qui explose le Dôme du Rocher ainsi que la mosquée Al-Aqsa.

Les vétérans de ces organisations sont « des fidèles du Mont du Temple » et leur devise est « le Mont sera libéré ». S’ajoute à cela « l’institut du Temple » pour l’étude des formes de sacrifices, « El Har Hamor », « le mouvement pour l’établissement du Temple », « L’origine du Temple », « les amoureux du Temple », « la forteresse de Judée », « le trésor du Temple », et d’autres encore dont l’enseigne exprime leurs convictions. Ces organisations et ces mouvements comprennent des milliers de militants et des dizaines de milliers de partisans qui comptent sur la sympathie du public et sur le désir de générations de Juifs de « construire le Temple ». Le problème est que cette fois, il n’est pas question de la vision d’amener le Messie et la fin du monde, mais il est plutôt question cette fois d’une action concrète, d’un acte factuel. Inutile d’ajouter la description apocalyptique de la réaction de plus d’un milliard de Musulmans si ces mouvements réalisaient leur projet de construction du troisième Temple, à la place des mosquées.

L’étude menée sur ces mouvements révèle que la plupart des fonds et des moyens obtenus pour leurs activités proviennent de différents bureaux du gouvernement d’Israël, de la mairie de Jérusalem, ainsi que du Grand Rabbinat.

Il est peu probable que la conférence et les activités concernant le Mont du Temple auraient été sous le feu des projecteurs s’il n’y avait pas eu la tentative d’assassinat de Yehuda Glick. Cet éclairage soudain, qui a notamment incité des déclarations de députés sur les droits des Juifs à prier sur le Mont du Temple, a servi les tendances à affirmer une présence juive à l’Esplanade des Mosquées. Ceci est une autre étape dans la légitimation d’une demande qui semble évidente: les Juifs doivent être autorisés à prier sur le site le plus saint du Judaïsme.

Le décret permanent instauré après 1967 par le ministre de la Défense Moshe Dayan prévoyait que les Juifs prieraient au Mur Occidental, et les Musulmans à Al-Aqsa. Ce décret était confirmé par l’interdiction sous la Loi juive (Halakha), vieille de plusieurs centaines d’années selon laquelle les Juifs ne sont pas autorisés à visiter l’Esplanade des Mosquées de peur d’entrer dans un lieu sacré totalement impur. J’ai aperçu une fois des étudiants de Yechivah (centre d’étude de la Torah et du Talmud, ndlr) ultra-orthodoxes se promener au milieu d’archéologues qui creusaient au pied des murs du Mont du Temple et leur demander s’ils n’auraient pas trouvé une lampe avec l’inscription : « cendre de vache rouge » qui permet de se purifier avant l’entrée sur le Mont. Le Grand Rabbinat a décidé immédiatement après la guerre de 1967 d’inscrire sur une pancarte à l’entrée du Mont l’interdiction des Juifs de se rendre sur l’Esplanade des Mosquées. Sauf que depuis, les rabbins, pour la plupart faisant parti du sionisme religieux, ont décidé que les Juifs avaient le droit d’entrer dans une grande partie de l’Esplanade des Mosquées, éloignée du saint des saints. Ces dernières années, de plus en plus de Juifs ont visité le Mont, même s’il leur est interdit d’y prier.

Il y a environ un an, j’ai accompagné un groupe de Juifs qui sont montés sur l’Esplanade des Mosquées. Derrière nous se tenaient des agents du Waqf musulman ainsi que quelques policiers. Soudainement, l’un des agents du Waqf a poussé un cri en faisant appel à la police. Apparemment, il a remarqué qu’un Juif se tenait à sa place, tourné vers le Dôme du Rocher (le lieu approximatif du saint des saints), murmurant une prière. « Il est interdit de prier » lui ont ordonné les policiers en le poussant pour qu’il poursuive son chemin. La scène était ridicule. Il est interdit de murmurer quelques psaumes ?

Le problème n’est pas la prière, mais bien plus que cela. L’appel au changement du statu-quo décrété par Moshe Dayan et autoriser les Juifs à prier sur l’Esplanade des Mosquées est un élément de revendication de la droite nationaliste et religieuse en Israël afin de marquer la souveraineté israélienne sur l’Esplanade des Mosquées. Ceci est une exigence dans le processus de “Hébronisation” des mosquées, à savoir l’introduction d’horaires de prières, comme au Tombeau des Patriarches à Hébron, sous le contrôle de l’armée et des habitants des implantations. Toutefois il y a un autre facteur au Mont du Temple – qui n’existe pas à Hébron – c’est l’ambition d’établir le troisième Temple.

La politique et l’administration israéliennes semblent prises aux les hallucinations du Temple dont la réalisation pourrait mettre en danger l’existence même d’Israël, sans exagérer.

Danny Rubinstein est conférencier sur les questions arabes à l’Université Ben Gourion de Beersheva ainsi qu’à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est également spécialiste des questions économiques palestiniennes et tient une chronique dans le journal israélien “Calcalist”.

Voir enfin:

Pour comprendre l’esplanade des Mosquées à Jérusalem

La rédaction
Fait religieux
10.11.2014 à 12:17
Le dôme doré de la mosquée Al Aqsa à Jérusalem (DR)

Esplanade des Mosquées pour le musulmans, Mont du Temple pour les juifs. Cette esplanade, au coeur d’une ville divisée, Jérusalem, cristallise de nouveaux les tensions entre Israéliens et Palestiniens et, au delà, met toute la région sur les dents.

Depuis la semaine dernière, des heurts violents ont éclaté notamment à l’occasion de la venue de dizaines d’extrémistes juifs qui militent pour un bouleversement du statu quo entériné en 1967. Selon cet accord tacite, les juifs peuvent visiter l’esplanade sans toutefois y prier. Palestiniens et Jordaniens dénoncent ces visites de plus en plus fréquentes comme des provocations. Les tensions ont été aggravées par la fermeture, fait rarissime, durant une journée de l’esplanade aux musulmans et l’entrée des forces de l’ordre israéliennes à l’intérieur même de la mosquée Al-Aqsa, où leurs grenades ont causé des dégâts matériels jusqu’au pied de la chaire de l’imam.

« Coup de poignard »

Depuis, la Jordanie et Israël soufflent le chaud et le froid, le royaume hachémite qualifiant les événements récents de menaces pour les fragiles accords de paix entre les deux pays. « Un coup de poignard pour la paix », selon le premier ministre jordanien. C’est Amman qui a la charge des lieux saints musulmans de Jérusalem.

Le 9 novembre, lors d’un entretien avec la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, le roi jordanien Abdallah II a réitéré l’opposition de son pays aux « atteintes israéliennes contre les lieux saints », tout en plaidant pour la reprise de négociations de paix israélo-palestiniennes et pour des efforts de la communauté internationale pour y parvenir. Deux jours auparavant, dans un soucis de faire baisser la tension, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’était entretenu avec le roi jordanien.

Pourquoi cette esplanade est-elle devenue de nouveau le lieu de tous les dangers ? Quelle est la nature des accords qui régissent son fonctionnement ? Que veut dire le « statu quo » auquel semblent tenir plus que tout les protagonistes du conflit ?

Dans trois articles articles parus sur notre Fil Expert (espaces abonnés), nous tentons d’apporter avec nos spécialistes des réponses à ces questions.

Depuis Jérusalem, notre correspondante Nathalie Hamou revient sur la montée en puissance de ces juifs illuminés qui veulent reprendre leur « Mont du Temple » et leurs soutiens politiques :

Dans une interview exclusive, le chercheur Ofer Zalzberg de l’International Crisis Group (ICG), explique les enjeux diplomatiques de ce conflit vieux de plusieurs décennies. Il est l’auteur d’un rapport sur la question de l’ICG à paraître dans les prochains jours.

Et enfin, dans un long article historique, Patricia Zhou, revient sur les origines très lointaines de ce contentieux : l’esplanade des Mosquée n’est pas le seul lieu saint de Jérusalem a être régi par un statu quo plus ou moins tacite.


Hong Kong: La montagne est haute et l’empereur est loin (Think local, blame national: countering Beijing’s strategy, Hong Kong protesters blame not the deviant but the too-obedient local servant)

12 novembre, 2014
 L’ordre public doit à tout prix être maintenu, non seulement à Hong Kong mais aussi partout sur la planète. Xi Jinping
Gouverner par la loi est un pilier fondamental pour la stabilité et la prospérité à long terme de Hongkong, a dit le secrétaire général du Parti communiste, cité par l’agence de presse officielle Chine nouvelle. Le gouvernement central soutient entièrement le chef de l’exécutif et son gouvernement pour gouverner, en particulier pour assurer l’autorité de la loi et l’ordre civil.  Xi Jinping
Vous ne montrez pas tant de nouveautés si vous ne voulez pas faire passer un message fort. Je visite des salons d’armement dans le monde entier et vous ne voyez pas ce genre de choses en libre accès. Cela n’arrive pas. Cela ne se passe pas comme ça normalement. (…) C’est comme si nous avions deux réalités – ou une réalité et un spectre. Le sommet de coopération est le spectre, tandis que le salon de Zhuahi est la réalité concrète et matérielle. William Triplett (ancien premier conseiller du Comité américain des relations internationales du Sénat et expert en sécurité nationale)
He wanted to present himself as someone from the grassroots, not linked to the tycoons… but people have been terribly disappointed. Joseph Cheng (City University of Hong Kong)
He is in daily communication with Beijing. C.Y. is a very obedient cadre. (…) Beijing would … lose face if they were to sack Leung in the near future, [but] it’s a foregone conclusion that C.Y. Leung has to go because he is a very divisive and very unpopular figure. Willy Lam (Chinese University of Hong Kong)
One of his nicknames is « 689 » — a sarcastic reference to the number of votes he obtained from the city’s 1,200-strong election committee, a group of people selected from the largely pro-Beijing elite. And Leung, a former surveyor and real estate consultant, has done little to dispel the prevailing view that he is Beijing’s lackey. A day after being elected as chief executive he paid a visit to the central government liaison office, Beijing’s outpost in the city and he was the first leader to make his inauguration speech in Mandarin — rather than the Cantonese that is spoken by most people in this former British colony. Despite this, Leung was not in fact Beijing’s first choice to become chief executive. The early favorite was Henry Tang, a bumbling former financial secretary best known for his penchant for red wine. But revelations that Tang’s home had an enormous basement which hadn’t been approved for planning permission, dubbed an underground palace, derailed his campaign. However, it was later discovered that Leung’s home in the city’s exclusive Peak neighborhood also had an illegal structure. Leung declared ignorance but it undermined trust in the city’s new leader from the get-go and helped earn him another nickname — « wolf. » The moniker sounds similar in Cantonese to his family name but also suggests a cunning political operator.His approval ratings have plummeted since 2012 and a plush toy wolf made by IKEA sold out across the city earlier this year as Hong Kongers, eager to use it as a tongue-in-cheek symbol of protest, snapped it up. A gigantic, enlarged effigy of Leung’s head, replete with lupine fangs, has also been a distinctive sight on the streets during the protests. For all his colorful nicknames, Harry Harrison, political cartoonist at the South China Morning Post, the city’s main English-language newspaper, says Leung is a difficult character to portray.(…) Those that do usually feature Leung sitting in his office with a picture of malevolent panda — symbolizing China — behind him. The reason, says Harrison, is that Leung is rarely out and about and has little public presence, coming across as aloof.(…) Leung has only appeared in public three times; twice for press conferences and once for a National Day flag-raising ceremony attended by dignitaries. Protest leaders have repeatedly called for him to go and refuse to negotiate with him, preferring a meeting with his number two — Carrie Lam. While Leung says he will not resign, many observers feel his days are numbered, with protesters setting up a makeshift tomb at the protest site. « Beijing would … lose face if they were to sack Leung in the near future, » says Lam at the Chinese University of Hong Kong. But « it’s a foregone conclusion that C.Y. Leung has to go because he is a very divisive and very unpopular figure. CNN
The compiled tweets (…) highlight a unique aspect of this protest compared to others across China. Many protests on the mainland condemn local officials for problems — including land seizures, environmental pollution, corruption, and employment discrimination — that citizens may perceive as stemming from noncompliance with central government policies. In contrast, the pro-democracy protests in Hong Kong erupted in late September in response to a central government edict circumscribing universal suffrage in the 2017 local elections for chief executive. Not surprisingly, some Hong Kongers view Leung not as a local official improperly implementing Beijing’s directives, but as the opposite: Beijing’s obedient servant. For example, one tweet reads, « We don’t care if [the] thief executive steps down, he is just Xi Jinping’s puppet. » Several tweets referenced a CNN article that cast Leung as « Beijing’s lackey. » This sentiment is further reflected in the graffiti depicted below, which shows Xi, dressed in Mao-era attire, guiding Leung (as represented by the wolf, the Cantonese word for which sounds similar to Leung’s name) on a leash toward a crowd of yellow umbrella-wielding protesters. Thus while netizens call for Leung to step down, their opposition may ultimately be directed toward Beijing. (…) Of course, this comparison of sentiment toward the two leaders explores merely one aspect of the overall discussion surrounding the Hong Kong protests, much of which may not have been captured on Twitter. Moreover, the discussion on Twitter may have omitted or amplified certain voices; it is possible that a few key individuals may have disproportionately driven conversation targeting either Xi or Leung. In addition, the findings may reflect strategic calculations on the part of protesters who may have sought to avoid direct confrontation with Beijing by purposefully refraining from directly criticizing Xi. Still, when Hong Kong netizens took to Twitter to share their ideas and mobilize support, they revealed the profound disconnect that separates elements of Hong Kong society from their mainland counterparts. These netizens turned « think national, blame local » on its head by blaming « local » for appeasing « national. » For Beijing, that’s worrisome. Douglas Yeung, Astrid Stuth Cevallos

Et si, avec sa  culture propre, Hong Kong  arrivait à contrer Pékin sur son propre terrain ?

A l’heure où, Forum Apec oblige et à coup de décrets de jours de congé (pour réduire la pollution) et de déclarations apaisantes envers ses voisins, la Chine a mis temporairement en veilleuse son incroyable volonté de puissance …

Tout en lançant, au nez et à la barbe du prétendu chef du Monde libre, son propre projet de coopération économique régionale et un nouvel avion furtif

Et rappelant, au nom du « respect du droit » s’il vous plait, son soutien à son pantin de Hong Kong …

Faut-il, avec la revue américaine Foreign policy, voir dans l’insistance des manifestants de Hong Kong à dialoguer directement avec le pouvoir central  …

La subversion de la stratégie chinoise, jusqu’ici particulièrement efficace, de « pensez national et de blamez local »?

Où, loin de menacer les autorités de Pékin, la dénonciation des dirigeants locaux sert à les conforter au contraire.

Sauf que face à une région ayant sa culture propre et notamment sa langue et sa cuisine mais aussi son siècle et demi d’acculturation britannique (où nombre d’adultes « n’y parlent que difficilement le mandarin à tel point que les Chinois du continent doivent parfois leur parler en anglais ») …

Et comme le montre l’analyse par Foreign policy des twits émis à Hong Kong lors des récentes manifestations …

Le dirigeant local n’y est cette fois pas montré du doigt pour son non-respect de la loi nationale …

Mais au contraire pour sa trop grande obéissance !

Tea Leaf Nation
The Mountains Are High and the Emperor Is Far Away
Who do Hong Kong’s netizens blame for the city’s distress?
Douglas Yeung , Astrid Stuth Cevallos
Foreign policy
November 11, 2014

Shan gao, huangdi yuan — « The mountains are high, and the emperor is far away. »

This traditional Chinese saying alludes to local officials’ tendency to disregard the wishes of central authorities in distant Beijing. Indeed, many Chinese believe that social unrest in China occurs when corrupt or incompetent local officials fail to implement well-intentioned central government directives. Eager to deflect citizens’ complaints away from the regime and toward local officials, Chinese leaders have exploited this perception, adopting a strategy that Cheng Li of the Brookings Institution calls « think national, blame local. »

Does this conventional wisdom hold for the recent Hong Kong protest movement? Since Sept. 22, tens of thousands of protesters have flooded the streets, calling for universal suffrage in the 2017 chief executive election and the resignation of current Hong Kong Chief Executive Chun-ying Leung. According to Hong Kong’s Basic Law, the mini-constitution set in place when sovereignty of the former British colony transferred back to mainland China in 1997, Hong Kong must establish « universal suffrage » by 2017. But on Sept. 4, the central government in Beijing, under Chinese President Xi Jinping’s leadership, issued an edict declaring that candidates must be vetted by a Hong Kong committee stacked with pro-Beijing interests — effectively guaranteeing that pro-democracy candidates would not make the ballot. This move ignited the protests that have now roiled the Asian financial center for over six weeks, though Hong Kong authorities now seem to be making plans to clear out the protesters. A court injunction on Nov. 10 granted police the power to arrest protesters who do not cooperate, and on Nov. 11 Hong Kong’s number two Carrie Lam called on demonstrators to end the sit-in. The pro-Beijing Leung’s staunch support of China’s official position, as well as his alternately heavy-handed and evasive approach to the protesters, has vilified him among many of Hong Kong’s pro-democracy supporters.

Which political leader — the local Leung or more distant Xi — appears to be the foremost target of protesters’ discontent?

Measuring sentiment toward these two leaders in netizens’ Twitter posts can help answer this question. Many Hong Kong protesters have used social media platforms like Facebook and Twitter to organize demonstrations and mobilize international support. Facebook and Twitter are blocked on the mainland, but these sites can be accessed freely in Hong Kong. (Although Hong Kongers also use Weibo, the mainland equivalent of Twitter, Weibo is less useful as a means of analyzing popular sentiment in this case because Weibo posts, especially those about sensitive topics like the Hong Kong protests, are subject to censorship.)

From Sept. 10 to Oct. 8, 38,000 tweets were tagged with the hashtags #UmbrellaRevolution or #OccupyCentral, and sent by users who either claimed to be located in Hong Kong or whose posts were geotagged within Hong Kong. Tweets were separated according to mentions of Xi or Leung (or Leung’s nickname, 689, a reference to the number of votes he received from Hong Kong’s 1,200 member election committee). This resulted in just fewer than 1,000 tweets mentioning either leader, with seven times as many tweets about Leung as about Xi. Tweets were processed using Linguistic Inquiry and Word Count (LIWC), an automated content analysis software designed to link word usage to psychological states.

Nearly five times as many tweets about Leung conveyed negative sentiment as tweets about Xi. However, tweets about Xi were more negative in tone than those about Leung. As a percentage of total tweets about each leader, more tweets about Xi contained words conveying negative emotion (e.g., « angry, » « foolish, » « harm, » « lose, » « protesting, » « stupid, » « resign, » « thief ») than those about Leung. Moreover, compared to tweets about Leung, tweets about Xi on average contained a greater proportion of negative emotion words. In particular, words conveying anger (a subset of negative emotion words that includes swearing and words like « hate, » « liar, » and « suck ») were more prevalent in tweets about Xi than in tweets about Leung. (Note: A few hundred of these tweets were written in Chinese. When analyzed, the results appeared similar to those for tweets in English. Because LIWC was not designed to process Cantonese grammar and vocabulary, this analysis focuses on the English-language tweets.)
Hong Kong Twitter users discussing the protests may also have felt more distressed when writing about Leung and more disconnected when writing about Xi. Psychological research has found that use of first-person singular pronouns (e.g., « I, » « my ») is related to self-reflection, while use of third-person pronouns (e.g., « he, » « she, » « they ») suggests that those being referred to are somehow separate or different from oneself and one’s group — that is, they are seen as « others. » As shown above, tweets about Leung used higher rates of first-person singular pronouns than tweets about Xi. Along the same lines, tweets about Xi contained proportionally more third-person pronouns than tweets about Leung.

It is intuitive that Hong Kongers would feel more detached when writing about Xi and more personally affected when writing about Leung, who is both geographically and culturally closer to the protesters. Yet while negative opinion towards Xi may be more strongly felt, the disparity in number of posts about each leader suggests that disapproval of Leung is more widespread than disapproval of Xi. The « othering » of Xi in these tweets parallels a tendency among Hong Kongers to identify less as « Chinese » and more with their city.

The compiled tweets also highlight a unique aspect of this protest compared to others across China. Many protests on the mainland condemn local officials for problems — including land seizures, environmental pollution, corruption, and employment discrimination — that citizens may perceive as stemming from noncompliance with central government policies. In contrast, the pro-democracy protests in Hong Kong erupted in late September in response to a central government edict circumscribing universal suffrage in the 2017 local elections for chief executive.

Not surprisingly, some Hong Kongers view Leung not as a local official improperly implementing Beijing’s directives, but as the opposite: Beijing’s obedient servant. For example, one tweet reads, « We don’t care if [the] thief executive steps down, he is just Xi Jinping’s puppet. » Several tweets referenced a CNN article that cast Leung as « Beijing’s lackey. » This sentiment is further reflected in the graffiti depicted below, which shows Xi, dressed in Mao-era attire, guiding Leung (as represented by the wolf, the Cantonese word for which sounds similar to Leung’s name) on a leash toward a crowd of yellow umbrella-wielding protesters. Thus while netizens call for Leung to step down, their opposition may ultimately be directed toward Beijing.

Of course, this comparison of sentiment toward the two leaders explores merely one aspect of the overall discussion surrounding the Hong Kong protests, much of which may not have been captured on Twitter. Moreover, the discussion on Twitter may have omitted or amplified certain voices; it is possible that a few key individuals may have disproportionately driven conversation targeting either Xi or Leung. In addition, the findings may reflect strategic calculations on the part of protesters who may have sought to avoid direct confrontation with Beijing by purposefully refraining from directly criticizing Xi.

Still, when Hong Kong netizens took to Twitter to share their ideas and mobilize support, they revealed the profound disconnect that separates elements of Hong Kong society from their mainland counterparts. These netizens turned « think national, blame local » on its head by blaming « local » for appeasing « national. » For Beijing, that’s worrisome.

 Voir aussi:

C.Y. Leung: Hong Kong’s unloved leader
Katie Hunt
CNN
October 3, 2014

Hong Kong (CNN) — Cunning wolf? Working class hero? Or bland Beijing loyalist?

C.Y. Leung, the Hong Kong leader whose resignation has become a rallying cry for the protesters that have filled the city’s streets this week, was a relative unknown before he took the top job in 2012.

As the son of a policeman who has used the same briefcase since his student days, his supporters said he would improve the lot of ordinary people in a city that has one of the world’s widest wealth gaps.

« He wanted to present himself as someone from the grassroots, not linked to the tycoons… but people have been terribly disappointed, » says Joseph Cheng, a professor of political science at City University of Hong Kong.

Beijing lackey?

One of his nicknames is « 689 » — a sarcastic reference to the number of votes he obtained from the city’s 1,200-strong election committee, a group of people selected from the largely pro-Beijing elite.

And Leung, a former surveyor and real estate consultant, has done little to dispel the prevailing view that he is Beijing’s lackey.

A day after being elected as chief executive he paid a visit to the central government liaison office, Beijing’s outpost in the city and he was the first leader to make his inauguration speech in Mandarin — rather than the Cantonese that is spoken by most people in this former British colony.

« He is in daily communication with Beijing, » says Willy Lam, an adjunct professor at the Chinese University of Hong Kong. « C.Y. is a very obedient cadre. »

Despite this, Leung was not in fact Beijing’s first choice to become chief executive. The early favorite was Henry Tang, a bumbling former financial secretary best known for his penchant for red wine.

But revelations that Tang’s home had an enormous basement which hadn’t been approved for planning permission, dubbed an underground palace, derailed his campaign.

However, it was later discovered that Leung’s home in the city’s exclusive Peak neighborhood also had an illegal structure.

Leung declared ignorance but it undermined trust in the city’s new leader from the get-go and helped earn him another nickname — « wolf. »

The moniker sounds similar in Cantonese to his family name but also suggests a cunning political operator.

His approval ratings have plummeted since 2012 and a plush toy wolf made by IKEA sold out across the city earlier this year as Hong Kongers, eager to use it as a tongue-in-cheek symbol of protest, snapped it up.

Villain?

For all his colorful nicknames, Harry Harrison, political cartoonist at the South China Morning Post, the city’s main English-language newspaper, says Leung is a difficult character to portray.

« C.Y., despite his pantomime villain appearance, hasn’t really turned out to be all that cartoonable, » he told CNN. « I’ve hardly featured him in any cartoons for months now. »

Those that do usually feature Leung sitting in his office with a picture of malevolent panda — symbolizing China — behind him.

The reason, says Harrison, is that Leung is rarely out and about and has little public presence, coming across as aloof.

His unease with ordinary members of the public has been on display this week.

Leung has only appeared in public three times; twice for press conferences and once for a National Day flag-raising ceremony attended by dignitaries.

Protest leaders have repeatedly called for him to go and refuse to negotiate with him, preferring a meeting with his number two — Carrie Lam.

While Leung says he will not resign, many observers feel his days are numbered, with protesters setting up a makeshift tomb at the protest site.

« Beijing would … lose face if they were to sack Leung in the near future, » says Lam at the Chinese University of Hong Kong.

But « it’s a foregone conclusion that C.Y. Leung has to go because he is a very divisive and very unpopular figure. »

Voir également:

Pékin gonfle les muscles en arrière-plan du Sommet de coopération économique
Joshua Philipp

Epoch Times
11.11.2014

10 novembre 2014: le président américain Barack Obama écoute le Premier ministre australien Tony Abbott lors d’une rencontre bilatérale à Pékin. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

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10 novembre 2014: le président américain Barack Obama écoute le Premier ministre australien Tony Abbott lors d’une rencontre bilatérale à Pékin. (AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Analyse de l’actualité

Robert Gates, ancien Secrétaire américain à la défense de l’administration Obama,pourrait très certainement analyser pour le Président ce qui est en train de se passer cette semaine à Pékin, tandis que les représentants des armées du monde se sont rassemblés dans la ville méridionale de Zhuhai.

M. Gates avait rencontré les dirigeants militaires en Chine en janvier 2010 pour ce qu’il pensait être un dialogue amical et nécessaire. Près de 6 mois avant son voyage, il avait minimisé la menace de l’avion furtif J-20, en déclarant que la Chine ne le mettrait pas en service avant 2020.

Alors que Robert Gates se trouvait en Chine en 2010, le régime chinois avait procédé au premier vol d’essai du J-20.

La communauté de la défense internationale avait reçu ce geste comme un message à l’agressivité clairement marquée.

Le régime chinois semble vouloir reproduire le même jeu. Alors que l’attention du public et des médias du monde est tournée vers le sommet de Coopération économique de la région Asie Pacifique (CEAP) qui s’est tenu cette année à Pékin, le régime chinois a également organisé son salon aéronautique de Zhuhai qui a attiré tous les dirigeants d’armée et les patrons de la sécurité du monde entier.

Les médias officiels chinois répètent tous la même chanson: ce sommet de Coopération économique représente une étape importante et souligne le plus grand rôle joué par la Chine dans la politique mondiale. De Xinhua au Quotidien du Peuple en passant par le Global Times, le régime chinois est présenté comme un État puissant et pacifique prêt à étendre son influence. Les États-Unis, quant à eux, sont décrits comme un pays trouble-fête essayant d’empêcher la Chine d’atteindre ses objectifs légitimes.

Le régime chinois utilise donc le sommet de la CEAP pour présenter une image de paix mondiale et de prospérité tout en envoyant plus clairement que jamais un message d’agression et de puissance militaire à travers l’édition 2014 du salon aéronautique de Zhuhai.

«Vous ne montrez pas tant de nouveautés si vous ne voulez pas faire passer un message fort,» a commenté lors d’un entretien par téléphone William Triplett, ancien premier conseiller du Comité américain des relations internationales du Sénat et expert en sécurité nationale.

À Zhuhai, le régime chinois semble ne rien vouloir garder pour lui. Il a dévoilé plus d’une douzaine de systèmes d’armes à la pointe de la technologie qui pourraient défier la domination militaire américaine, y compris des armes que les spécialistes de la défense pensaient que la Chine était loin de pouvoir développer.

Parmi ces nouvelles armes se trouvent un missile supersonique anti-navire, des obus d’artillerie guidés par GPS, de nouveaux lasers tactiques, une nouvelle version d’exportation de son avion furtif et ses avions cargo qui pourraient aider le régime à étendre sa portée militaire.

«Je visite des salons d’armement dans le monde entier et vous ne voyez pas ce genre de choses en libre accès», s’est étonné M. Triplett. «Cela n’arrive pas. Cela ne se passe pas comme ça normalement.»

Selon M. Triplett, dans la même perspective que le vol d’essai du J-20 pendant sa visite en Chine en 2010, la présentation de tous ces nouveaux systèmes d’armes pendant que les dirigeants du monde se trouvent au sommet de la CEAP à Pékin envoie un message très clair.

«C’est comme si nous avions deux réalités – ou une réalité et un spectre», a analysé M. Triplett. Le sommet de coopération est le spectre, tandis que le salon de Zhuahi est la réalité concrète et matérielle.»

Comment interpréter Zhuhai

Pour démêler la réalité de la vitrine superficielle, il faudra que les États-Unis souhaitent comprendre le message adressé par le salon de Zhuhai.

Selon Richard Fisher Junior, membre éminent du Centre international de stratégie et d’évaluation, interpréter un événement comme Zhuhai a un certain prix pour le gouvernement américain.

Le Navy Times a révélé il y a quelques jours qu’un éminent dirigeant des renseignements de la Marine américaine avait été démis de ses fonctions pour avoir averti les dirigeants américains d’une menace militaire provenant de Chine. Le Capitaine James Fanell était directeur des opérations de renseignement et d’information de la Flotte américaine dans le Pacifique.

«En résumé, il a été averti que dire la vérité est une erreur», a expliqué M. Fisher, avant d’ajouter que le timing de cette décision a été perçue dans l’armée comme un signe que les pressions exercées par la Chine peuvent atteindre l’armée américaine.

«James Fanell est un analyste très respecté», a poursuivi M. Fisher. «La façon dont il est traité représente les risques auxquels sont exposés tous les Américains portant la responsabilité de dire la vérité au sujet de la Chine. Beaucoup d’entre nous avons souffert professionnellement parce que nous avons dit la vérité au sujet de la Chine.»

Dans l’ensemble, le régime chinois a donc présenté deux visages au cours du sommet de Coopération économique de la région Asie Pacifique qui vient de se dérouler à Pékin – un visage tourné vers le public et l’autre vers la communauté mondiale de la défense.

«Ces événements ne sont pas dus au hasard», a conclu M. Fisher. «Le régime chinois est très habile pour combiner plusieurs messages pour des audiences multiples. Cela est une pratique usitée dans l’histoire de la guerre psychologique.»

Version originale: While World Watches APEC, China Sends a Message

La montagne est haute et l’empereur est loin : introduction au Guangdong
Benoit Geffroy

Cette phrase est la traduction d’une maxime chinoise exprimant ce qu’on pourrait appeler « le paradoxe chinois » – ou au moins « un » paradoxe chinois. Pour dire les choses de manières douces, l’Etat chinois a une longue tradition autoritaire et centralisatrice. Il a toujours cherché à imposer son ordre jusque dans les marches les plus reculées de l’empire. Malgré tout, l’immensité du territoire a permis aux communautés locales de conserver une certaine autonomie. Ce proverbe signifie donc que malgré ses velléités dirigistes, la cour n’a pas toujours le bras assez long pour imposer sa loi sur l’ensemble du territoire. Ne prenez toutefois pas ces mots au pied de la lettre : il ne s’agit pas tant d’échapper à la loi que d’instaurer un équilibre tacite entre les directives nationales et les réalités locales.

Ces considérations sont particulièrement vraies en ce qui concerne le Guangdong. Le Guangdong est la province dans laquelle se trouve Guangzhou, plus connue à l’Ouest sous le nom de Canton. Pour ne pas trop vous dépayser, j’appellerai par la suite la province « cantonais ». De par son statue de Région Administrative Spéciale, Hong Kong n’appartient pas au cantonais. Elle se situe néanmoins sur ses côtes. Le nom de Shenzhen est peut-être familier à certains d’entre vous ; cette ville se situe aussi dans le cantonais. Elle est d’ailleurs collée au territoire hong-kongais.

Bien que d’un point de vue administratif Hong Kong n’appartienne pas au cantonais, elle en est en fait très proche, et ce pour des raisons culturelles. Pour oser une rapprochement hasardeux, on pourrait comparer le cantonais à la Bretagne. Les deux régions possèdent chacune une culture propre, à commencer par la langue et la cuisine. Elles ont enduré une phase de « colonisation » par la « métropole », qui leur a imposé sa langue et son identité nationale. J’arrête ici les frais en même temps que les déclarations discutables, mais l’idée est là.

Au premier rang des particularités de la province se trouve la langue. Je zappe la conférence sur les grandes familles de dialecte chinois, retenez juste que la langue cantonaise est plus éloignée du mandarin, la lingua franca imposée par les communistes, que le français ne l’est de l’espagnol. Parmi les autres différences, on peut noter la cuisine (mais chaque province chinoise a ses spécialités) ou l’architecture (je parle de l’architecture traditionnelle : à Canton comme dans les autres villes chinoises l’immeuble a gagné par K.O.).
La dichotomie qui sépare traditionellement le Nord et le Sud de la Chine joue aussi à plein. Ce sont les clans guerriers du Nord, habitués à un environnement rude, proches des nomades de la steppe mongole, qui ont fait l’unité de la Chine. Les peuples de Chine du Sud, commerçants dans l’âme, à la culture plus raffinée, admettent mal la tutelle du gouvernement central. Ce n’est pas un hasard si toutes les capitales dynastiques de la Chine se sont toujours trouvées dans la moitié nord du pays (à l’exception de celles des Song du Sud, chassés du Nord par les Jurchens puis par les Mongols).

Le cantonais étant la province cotière chinoise la plus méridionale, c’est naturellement là que les navigateurs européens débarquèrent au XVIème siècle. Ils furent accueillis par des commerçants plus qu’enclin au négoce, ce qui ne fit qu’accentuer l’ouverture au monde extérieur de la province. Au XIXème siècle, les Cantonais furent ainsi le fer de lance de l’immigration chinoise aux Etats-Unis. C’est aussi dans cette province qu’est né Sun Yat-Sen, l’homme qui abolit l’empire et proclama la république au début du siècle dernier. Autant de faits qui renforcent la réputation frondeuse de la région.

Retenez donc que le cantonais est une province à part en Chine, et ce par bien des aspects. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’en cas de démocratisation de la Chine, un mouvement indépendantiste pourrait apparaître. Sans en arriver jusque là, il est indéniable que le Chinois cantonais n’est pas un Chinois comme les autres. Ces particularités ont été quelque peu nivellées par le régime central de Pékin. Les communistes ayant notamment imposer le mandarin à l’école, tous les Cantonais parlent aujourd’hui la langue commune. Ce qui ne les empêche pas de continuer à communiquer entre eux en cantonais.

C’est beaucoup moins vrai pour Hong Kong, qui n’est soumise aux oukases de Pékin que depuis dix ans : la majorité des adultes n’y parlent que difficilement le mandarin (à tel point que les Chinois du continent doivent parfois leur parler en anglais). Cependant il est difficile de tracer le contour de l’identité cantonaise des Hong Kongais, tant ceux-ci ont le regard tourné vers l’Occident.

Voir enfin:

Think National, Blame Local: Central-Provincial Dynamics in the Hu Era
Cheng Li
Leadership Monitor, No. 17
2007

The alarming statistics on public protests recently released by the Chinese authorities have led some analysts to conclude that the Chinese regime is sitting atop a volcano of mass social unrest. But these statistics can also reaffirm the foresight and wisdom of Hu Jintao, especially his recent policy initiatives that place emphasis on social justice rather than GDP growth. The occurrence of these mass protests could actually consolidate, rather than weaken, Hu’s power in the Chinese political establishment. Although Hu’s populist policy shift seems to be timely and necessary, it may lead to a situation in which the public demand for government accountability undermines the stability of the country. Under this circumstance, Hu’s strategy is to localize the social unrests and blame local leaders. This strategy is particularly evident in the case of Guangdong, which recently experienced some major public protests. An analysis of the formation of the current Chinese provincial leadership, including the backgrounds of 616 senior provincial leaders in the country, reveals both the validity and limitations of this strategy.

The ever-growing number of social protests in China has attracted a great deal of attention from those who study Chinese politics.1 Any comprehensive assessment of the political and socioeconomic conditions in present-day China has usually—and rightly so—cited Chinese official statistics on “mass incidents.” The annual number of these mass incidents in the People’s Republic of China (PRC), including protests, riots and group petitioning, rose from 58,000 in 2003 to 74,000 in 2004, and to 87,000 in 2005— almost 240 incidents per day!
These protests were often sparked by local official misdeeds such as uncompensated land seizures, poor response to industrial accidents, arbitrary taxes, and failure to pay wages. The frequency and number of deaths caused by coal mine accidents in the country, for example, were shamefully astonishing. Despite the recent shutdown of a large number of mines by the central government, in 2005 China’s coal-mining industry still suffered 3,341 accidents, which resulted in 5,986 deaths.2 Not surprisingly, these alarming statistics have led some China analysts to conclude that the current Chinese regime is sitting atop a volcano of mass social unrest.3
The issue here is not whether the Chinese government has been beset by mass disturbances and public grievances; it has, of course. The real question is whether thenew administration under the leadership of President Hu Jintao and Premier Wen Jiabao will be able to prevent the country from spinning out of control. Two unusual phenomena have occurred since Hu and Wen assumed the top leadership posts in the spring of 2003. These two developments are extraordinarily important, but have been largely overlooked by overseas China analysts.
The Crisis Mode and the Need for a Policy Shift
The first development relates to the release of these statistics and the resulting crisis mode (weiji yishi). Hu and Wen intend to show both the Chinese public and the political establishment that there exists an urgent need for a major policy shift. It is crucial to note that all of these incidents and statistics made headlines in the Chinese official media during the past two or three years. Issues of governmental accountability, economic equality, and social justice have recently dominated political and intellectual discourse in the country. This was inconceivable only a few years ago when some of these statistics would have been classified as “state secrets.”
In direct contrast to his predecessor, Jiang Zemin, who was more interested in demonstrating achievements than admitting problems, Hu Jintao is willing to address challenging topics. More importantly, Hu has already changed China’s course of development in three significant ways: from obsession with GDP growth to greater concern about social justice; from the single-minded emphasis on coastal development to a more balanced regional development strategy;4 and from a policy in favor of entrepreneurs and other elites to a populist approach that protects the interests of farmers, migrant workers, the urban unemployed, and other vulnerable social groups.

These policy shifts are not just lip service. They have already brought about some important progress. For example, one can reasonably argue that Hu and Wen, more than any other leaders in contemporary China, are implementing the so-called western development strategy (xibu kaifa zhanlue) effectively. During the past five years, 60 major construction projects have been undertaken in the western region with a total investment of 850 billion yuan (US$105.7 billion).5 Additionally, a new industrial renovation project in Chongqing will have a fixed asset investment of 350 billion yuan (US$43.5 billion) in the next five years.6 Meanwhile, the so-called “northeastern rejuvenation” (dongbei zhenxin) and the “take-off of the central provinces” (zhongyuan jueqi), with direct input from Premier Wen, have also made impressive strides.7
During the past few years, Hu and Wen have taken many popular actions: reducing the tax burden on farmers, abolishing discriminatory regulations against migrants, ordering business firms and local governments to pay their debts to migrant workers, restricting land lease for commercial and industrial uses, shaking hands with AIDS patients, visiting the families of coal mine explosion victims, and launching a nationwide donation campaign to help those in need.8 These policy changes and public gestures by Hu and Wen suggest that current top Chinese leaders are not only aware of the tensions and problems confronting the country, but also are willing to respond to them in a timely, and sometimes proactive, fashion.
To a certain extent, the large number of social protests occurring in China today reaffirms the foresight and wisdom of the new leadership, especially its sound policy shift. In an interesting way, the occurrence of these mass protects could actually consolidate, rather than undermine, Hu and Wen’s power in the Chinese political establishment. This, of course, does not mean that the Hu-Wen leadership is interested in enhancing social tensions in the country. On the contrary, their basic strategy is to promote a “harmonious society.” In their judgment, the Chinese public awareness of the frequency of mass unrest and the potential for a national crisis actually highlights the pressing need for social stability in this rapidly changing country.
Localization of Social Protests and the Blame Game
The second interesting new phenomenon in the Hu era is that a majority, if not all, of these mass protests were made against local officials, government agencies, or business firms rather than the central government. During the past few years, there has been an absence of unified nationwide protests against the central authorities.9 This does not mean that the country has been immune from major crises on a national scale. In the spring of 2003, for example, China experienced a severe acute respiratory syndrome (SARS) epidemic, a devastating health crisis that paralyzed the urban life and economic state of the country for several months. The regime survived this “China’s Chernobyl” largely because new top leaders like Hu, Wen, and Vice Premier Wu Yi effectively took charge and confronted the challenge.
It is not a coincidence that protesters often state that their petitions are very much in line with Hu and Wen’s appeal for social justice and governmental accountability. The Chinese public, including public intellectuals, believe that the new national leadership has made an important policy shift to improve the lives of weaker social groups.10 In the eyes of the public, mass protests against local officials are well justified because these local officials refused to implement policy changes made in Zhongnanhai. In Heilongjiang’s Jixi City, for example, the municipal government delayed payment to a construction company for years; consequently, migrant workers employed by the company did not receive their wages. When Premier Wen learned of the situation in Jixi, he requested that the municipal government solve the problem immediately. However, the local officials sent a false report to the State Council, claiming the issue was resolved even though migrant workers remained unpaid. Only after both the Jixi protests and Wen’s request were widely reported by the Chinese media did the municipal government begin to pay migrant workers.11 A recent article published in China Youth Daily used the term “policies decided at Zhongnanhai not making it out of Zhongnanhai” to characterize this prevalent phenomenon of local resistance to the directives of the central government.12
In recent years, the Chinese public, especially vulnerable social groups, seem to hold the assumption that the “bad local officials” often refuse to carry out the right policies of the “good national leaders.” Apparently due to this assumption, mass protests often occur shortly after top leaders visit a region; protesters frequently demand the implementation of the socioeconomic policies initiated by the central government.13 To a great extent, the increasing number of protests in China today can be seen as a result of the growing public consciousness about protecting the rights and interests of vulnerable social groups. Additionally, a multitude of Chinese lawyers who devote their careers to protecting the interests of such groups have recently emerged in the country. They have earned themselves a new Chinese name, “the lawyers of human rights protection” (weiquan lushi).14
Chinese journalists have also become increasingly bold in revealing various economic, sociopolitical, and environmental problems in the country. To a certain extent, the Chinese central authorities encourage the official media to serve as a watchdog over various lower levels of governments. For over a decade, local officials have been anxious when reporters from China’s leading investigative television news programs such as Focus (Jiaodian fangtan) visited their localities. Many local leaders were fired because the media revealed either serious problems in their jurisdiction or outrageous wrongdoings by the officials themselves.
The Hu-Wen leadership’s appeal for transparency of information has provided an opportunity for liberal Chinese journalists to search for real progress in media freedom throughout the country. The Chinese regime under Hu Jintao is apparently not ready to lift the ban on freedom of the press just yet. In recent years, several editors of newspapers and magazines have been fired, their media outlets banned, and several journalists have been jailed.15 But at the same time, some Chinese scholars and journalists such as Jiao Guobiao, a journalism professor at Beijing University, and Li Datong, an editor of China Youth Daily, continue to voice their dissent, and have even sued the top officials of the Propaganda Department of the CCP Central Committee.16
An interesting recent phenomenon in the Chinese media is that some media outlets based in one city or province are often inclined to report the problems and misconducts of leaders in other cities or provinces. Some local officials have banned the media’s negative coverage of their own jurisdiction. But meanwhile, they have actually encouraged the practice of “cross-region media supervision” (meiti yidi jiandu). It isin their interest to have their potential rivals in other regions being criticized by the media, because any damage to their potential rivals’ career could enhance their own chance for promotion. This practice evidently damaged the interests of too many provincial leaders. In the fall of 2005, the authorities of 17 provinces, including Hebei and Guangdong, jointly submitted a petition to the central government, asking to ban the “cross-region media supervision.”17
The dilemma for Hu and his colleagues in the central leadership is that their populist policy shift seems to be timely and necessary on the one hand, but on the other hand it can lead to public demand for social justice, economic equality, and government accountability, all of which can undermine the political stability of the regime. Because of this dilemma, Hu’s strategy has been to localize the social unrest. For the sake of maintaining the vital national interest of political stability, local governments should assume responsibility and accountability for the problems in their jurisdictions. If there is social unrest or other crises, local leaders will be blamed. One may call this strategy of the Chinese central leadership “think national, blame local.”
An important component of this scheme is the new regulations on complaint letters and petition visits that were adopted by the State Council in May 2005. The new regulations emphasize “territorial jurisdiction” and the “responsibility of the departments in charge.”18 Chinese citizens who have complaints and petitions are not encouraged to come to the central government in Beijing. Instead, they are told to go through a step-bystep procedure, submitting their complaints and petitions to the appropriate local government level. In the words of an official of the State Letters and Visits Bureau, the new regulations aim to not only protect “the lawful rights of people with legitimate complaints,” but also to make “local authorities more accountable.”19 This new procedure will place political pressure on local leaders while enabling the central leadership to avoid blame.
The central leadership’s “blame game” has also been facilitated by an allocation of non-economic quotas for provincial governments. In February 2006, Li Yizhong, chair of the State Administration of Work Safety, announced that in order to reduce the number of coal mine explosions and other industrial incidents in the country, the central government would evaluate the performance of provincial governments not only by economic growth, but by four additional indicators: the industrial death rate per 100 million yuan of the GDP, the death rate of work accidents per 100,000 employees in commercial businesses, the death rate per 10,000 automobiles, and the death rate per one million tons produced by coal mines.20
The populist approach of the Hu-Wen leadership has generated or reinforced the public assumption that social protests occurred because local leaders did not comply with the policies of the central government, some officials were notoriously corrupt, and/or these local bosses were incompetent. In the eyes of many people in China, “blaming local” is well justified. Some local governments have constantly resisted the directives of the central government and violated national laws and regulations.
This phenomenon of local resistance to the central authorities is certainly not new to China. The Chinese saying, “The mountain is high and the Emperor is far away,” vividly epitomizes this enduring Chinese trend of local administration. However, the abuse of power by local officials for economic gain has increased during China’s market transition, especially since the mid-1990s when the land lease for commercial and industrial uses spread throughout the country.
A “Wicked Coalition” between Real Estate Firms and Local Governments
It has been widely reported in the Chinese media that business interest groups have routinely bribed local officials and formed a “wicked coalition” (hei tongmeng) with local governments.21 Some Chinese observers believe that various players associated with the property development have emerged as one of the most powerful interest groups in present-day China.22 According to Sun Liping, a sociology professor at Qinghua University, the real estate interest group has accumulated tremendous economic and social capital during the past decade.23 Ever since the real estate bubble in Hainan in the early 1990s, this interest group has consistently attempted to influence governmental policy and public opinion. The group includes not only property developers, real estate agents, bankers, and housing market speculators, but also some local officials and public intellectuals (economists and journalists) who behave or speak in the interest of that group.

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This explains why the central government’s macroeconomic control policy (hongguan tiaokong) has failed to achieve its intended objectives. A survey of 200 Chinese officials and scholars conducted in 2005 showed that 50 percent believed that China’s socioeconomic reforms have been constrained by “some elite groups with vested economic interests” (jide liyi jituan).25 In the first 10 months of 2005, for example, the real estate sector remained overheated with a 20% increase in the rate of investment despite the central government’s repeated call for cooling investment in this area.26 In the same year, the State Council sent four inspection teams to eight provinces and cities to evaluate the implementation of the central government’s macroeconomic control policy in the real estate sector. According to the Chinese media, most of these provincial and municipal governments did nothing but organize study sessions of the State Council’s policy initiatives.27
In 2004, the central government ordered a reduction in land leases for commercial and industrial uses as well as a reduction in the number of special economic zones that were particularly favorable to land leases. As a result, a total of 4,735 special economic zones were abolished, reducing by 70.2 percent the total number of special economic zones in the country.28 But some local officials violated the orders and regulations of the central government pertaining to land leases. According to one Chinese study conducted in 2004, about 80 percent of illegal land use cases were attributed to the wrongdoings of local governments.29 According to an official of the Ministry of Land Resources, about 50 percent of commercial land lease cases (xieyi churang tudi) contracted by the Beijing municipal government and business firms in 2003 were deemed violations of the central government regulations.30
Not surprisingly, a large number of corruption cases are related to land leases and real estate development. For example, among the 13 total provincial and ministerial level leaders who were arrested in 2003, 11 were primarily accused of illegal pursuits in landrelated decisions.31 Meanwhile, a large portion of mass protests directly resulted from inappropriate compensation for land confiscations and other disputes associated with commercial and industrial land use. According to a recent study by the Institute of Rural Development of the Chinese Academy of Social Sciences, two-thirds of peasant protests since 2004 were caused by local officials’ misdeeds in the handling of land leases.32
It is of course unfair to assume that the local governments’ enthusiasm for property development in their localities is purely driven by the personal interests of corrupt officials. Conflicting views regarding the issue of land leases between the central authorities and local governments are largely a product of asymmetrical priorities and concerns. As a Chinese analyst recently asserted, “the interests of the local governments are not aligned with [those of] the central government.”33 At present, the central government is apparently more concerned about the “overheat” of the Chinese economy, especially the financial bubble of real estate in coastal cities. In contrast, local governments are more worried about the “coldness” in local investment, foreign trade, consumption, and domestic demand—this is what Zhao Xiao, a scholar at the Research Center of the Chinese Economy of Beijing University, calls the “four coldnesses,” which can be devastating for local economies.34
Since 1994, China has adopted a tax-sharing system (fenshuizhi) in which tax revenue is divided by both the central and local governments. This tax-sharing system is supposed to better define fiscal relations between the central and local governments, promote market competition among various players, stabilize the regular income of the local authorities, and provide an incentive for local governments to collect taxes.35 As a result of this taxation reform, 65 percent of state expenditure now comes from local governments. The economic status of China’s provinces differs enormously from one to the next. Generally, local governments, especially at their lower levels, have been delegated more obligations and responsibilities and less power in allocating economic resources than in the early years of the reform era.
The heavy financial burden on local governments has inevitably driven local leaders to place priority on GDP growth and other methods of creating revenue. The best short cut for local governments to make up for this fiscal deficiency, as some Chinese scholars observe, is to sell or lease land.36 Although local governments’ reservations about the macroeconomic control policy and other regulations adopted by the Hu-Wen leadership may be valid, top local officials are expected to demonstrate their ability to handle various kinds of crises on their own turf. The central authorities’ strategy of “blaming local,” the growing public awareness of rights and interests, and the increasing transparency of media coverage of disasters (both natural and man-made) all place the local leaders on the spot.
Troubled Guangdong in the Spotlight: Blaming Zheng Dejiang?
Perhaps the most noticeable case of the growing central-provincial tension is Guangdong under the leadership of Zhang Dejiang. Zhang, a native of Liaoning, was a protégé of Jiang Zemin and is currently a member of the 25-member Politburo. Born in 1946, he worked as a “sent-down youth” in the countryside of Wangqing County in Jilin Province between 1968 and 1970. He joined the CCP in 1971 and attended Yanbian University to study the Korean language in the early 1970s. After graduation he remained at the university as a party official. In 1978, Zhang was sent by the Chinese government to study in the economics department at Kim Il Sung University in North Korea. He returned to China in 1980 and served as vice president of Yanbian University. He later served as deputy party secretary of Yanji City, Jilin from 1983 to 1986, and vice minister of social welfare in the central government from 1986 to 1990.
According to some China analysts, Zhang Dejiang made a very favorable impression on Jiang Zemin when Zhang escorted him on a visit to North Korea in 1990.37 Two years later, at the age of 44, Zhang became an alternate member of the CCP Central Committee. Since the early 1990s, he has served as the party boss in three provinces, first in Jilin, then Zhejiang, and now Guangdong. As the second youngest member of the current Politburo, Zhang seems poised to play an even more important role in the years to come, especially counterbalancing the growing power of Hu Jintao. However, Zhang’s poor performance in Guangdong may jeopardize his chance for a membership in the standing committee of the next Politburo.
Ever since he assumed the post of Guangdong party secretary in the fall of 2002, what was once the wealthiest province in the country and the frontier of China’s economic reform has turned into a disaster area. When SARS erupted in Guangdong in the fall of 2002, Zhang and his colleagues in the Guangdong government denied its occurrence and thereby enabled the epidemic to spread throughout the public. According to the World Health Organization (WHO), most of the 8,422 cases and 916 deaths in 29 countries (excluding those in the PRC) can be traced to one infected Guangdong doctor who traveled to Hong Kong.38
Additionally, several major episodes of social unrest and contentious events in Guangdong received national or international attention during the past four years. The police brutality that led to the death of a migrant worker named Sun Zhigang in Guangzhou in the spring of 2003 caused outrage among China’s legal scholars and its public. As a result, the State Council abolished the urban detention regulations that discriminated against migrants.
Prior to Zhang’s 2002 arrival in Guangdong, the province hosted several of the most liberal and outspoken newspapers in the country, including the famous Southern Metropolis Daily, which later courageously broke the SARS cover-up in Guangdong and the police brutality case of Sun Zhigang. Four years later, these outstanding editors and journalists were either in jail or moved elsewhere. Under Zhang Dejiang’s watch, the newspaper’s editor-in-chief, Cheng Yizhong, and its general manager, Yu Huafeng, were arrested on corruption charges. Guangdong Province has become notorious for governmental crackdown on media freedom.
In 2005, Guangdong’s disasters frequently made headlines in China and/or abroad. Examples include two coal mine explosions in Meizhou that killed 139 miners, and an excessive discharge of hazardous chemicals from a state firm that contaminated the Beijiang River. The public was not promptly informed about the water contamination. Most seriously, peasant protests in Taishi Village in Guangzhou and Dongzhou Village in Shanwei resulted in violent conflicts between armed police and villagers. Local government officials sent hundreds of armed police to crack down on protesters during the Dongzhou riot. The police fired at the protesters and killed at least three people, injuring at least eight others.39
All these incidents and crises apparently damaged the public image of the Guangdong government, especially that of party boss Zhang Dejiang. It was widely reported in the Hong Kong and overseas media that Zhang admitted his mistakes and took responsibility in his report on the shootings of the Dongzhou riot and other incidents in Guangdong at a recent Politburo meeting.40 In addition, Zhang made a well-publicized speech in a provincial party committee meeting in January 2006, outlining the so-called three red lines.41 According to Zhang, three types of wrongdoing in the acquisition of rural land for construction are usually the triggering factors for social unrests. He requested that no construction could start if: it has not completely fulfilled the central government’s regulation, it has not reached an agreement with peasants on their compensation, or the compensation has not been delivered to the peasants. Any officials who crossed any one of these “three red lines” should be fired, according to Zhang.
Despite these policy prescriptions, social unrest and riots continued to occur in Guangdong in 2006. As an example, in early February, several hundred residents of two opposing villages in Zhanjiang used homemade guns and other weapons to fight against each other because of a land dispute. The local government sent one hundred armed police to crack down on the violent riot. Twenty-nine villagers were reportedly injured.42 According to some Hong Kong and overseas media sources, the frequency of the disasters in the province has led people in Guangdong to engage in a “campaign to cast out Zhang.”43 They argued that lower-level local officials as well as provincial chief Zhang should be held responsible and accountable for these incidents.
Some other Hong Kong–based Chinese newspapers, however, reported that it was unfair to place all the blame on Zhang’s shoulders. According to these newspapers, socioeconomic development in Guangdong under the leadership of Zhang has been very much in line with the policies of the central government. During his visits to Guangdong in 2004 and 2005, Hu Jintao endorsed both the development plan of Guangdong and the performance of Zhang.44 Although it is difficult to verify these rumors and speculations, conflicting reports highlight the tensions between various political players who have a stake in this important province. The complicated nature of central-provincial relations in the case of Guangdong has further clouded the situation.
Politics and Leadership in Guangdong: Past and Present
Guangdong Province has long been known for its demands for autonomy, which are based on its strong economic status and dialectic distinction. During the Nationalist era, Guangdong produced a significant number of political and military elites. However, since the founding of the PRC, there have been only a handful of national leaders who are native Cantonese. Furthermore, to prevent the formation of a “Cantonese separatist movement,” the central government often appointed non-Cantonese leaders to head the province. If a Cantonese leader became too powerful, the central authorities likely “promoted” that leader to the central government in order to constrain local power. For instance, Ye Xuanping, son of the late marshal Ye Jianying, built a solid power base in Guangdong when he served as the party boss in the 1980s. The growing economic and cultural autonomy of Guangdong made the central authorities nervous. After some negotiation, the central authorities promoted Ye to senior vice chair of the Chinese People’s Political Consultative Conference.
It was also reported that in preliminary meetings before the 15th Party Congress in 1997, central authorities intended to replace the sitting party secretary Xie Fei, a Cantonese native, with a non-Cantonese Politburo member as the new party secretary of Guangdong. Local officials in Guangdong rejected that proposal. They insisted that top officials in Guangdong should be Cantonese even if they lost their representation in the Politburo.45 As a result of their stand, Xie Fei has remained in both Guangdong and the Politburo. It took almost a year for local officials to accept Li Changchun, a native of Liaoning and a Politburo member. Their eventual acceptance was largely the result of pressure from the central authorities as well as negotiation between the local and central governments. While serving as provincial leaders in Guangdong, Li Changchun and other non-Cantonese officials such as Wang Qishan (then executive vice governor of Guangdong), repeatedly claimed that they would continue to rely on local officials rather than bringing a large group of leaders from other regions to replace them.46
The fact that Zhang’s predecessor Li Changchun later moved to Beijing where he became a standing committee member of the Politburo seems to suggest that Zhang might also have a chance for further promotion. This, however, depends on whether Zhang will be able to control the province as effectively as his predecessor did.47 One of the most important tasks for Zhang as party boss of Guangdong, as Jiang Zemin told him bluntly, was to prevent Cantonese localism.48 The factional politics in the provincial leadership of Guangdong at present are arguably far more complicated than in the Li Changchun era. This further undermines Zhang’s power and authority in running the province.
Table 1 shows the backgrounds of the 24 most important provincial leaders currently in Guangdong. They include 1) all the Guangdong-based leaders who also hold membership on the 16th Central Committee of the CCP or the 16th Central Commission for Discipline Inspection (CMDI), 2) all the standing members of the Guangdong provincial party committee, and 3) all vice governors. Table 1 demonstrates that all of them were appointed to their current positions within the last eight years, and 19 (79 percent) of them were appointed after 2002. All of these leaders are now between 50 and 61 years old.
Of these 24 leaders, 12 are native Cantonese, while four others began to work in Guangdong over three decades ago and can thus be considered locals (among them Head of Propaganda Department Zhu Xiaodan and Vice Governor You Ningfeng). Some of the remaining eight provincial leaders who were transferred from elsewhere have worked in the province for over a decade. As an example, Shenzhen Party Secretary Li Hongzhong, a native of Shandong who grew up in Liaoning, began to serve as a vice mayor of Huizhou, Guangdong, in 1988. Similarly, Chair of Guangdong Provincial Congress Huang Liman, a native of Liaoning, started to work as deputy chief of staff of the Shenzhen Party Committee in 1992.
Li, China Leadership Monitor, No. 17

Table 1
Backgrounds of the Provincial Leaders of Guangdong (as of February 2006)

Name
Current Position
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Chute du Mur de Berlin/25e: Le Mur n’est pas tombé à Berlin (We were prepared for everything but not for candles and prayers)

9 novembre, 2014
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http://www.lcr-lagauche.be/cm/images/solidarnosc.jpg
Hungarian and Austrian foreign ministers Gyula Horn and Alois Mock cut the 'Iron Curtain' on the Hungarian-Austrian border (May 2, 1989)
Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (ministre français des relations extérieures, 15.12.81)
Nous étions préparés à tout, mais pas aux bougies ni aux prières. Horst Sindermann (membre du bureau politique du parti communiste est-allemand)
C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté. Christian Führer (pasteur de Leipzig)
C’était des originaux, des marginaux. Angela Merkel
Une question lancinante pèse toutefois sur cette première partie de sa vie. Elle qui s’est posée par la suite en admiratrice de la liberté, pourquoi n’a-t-elle pas pris part aux mouvements civiques, y compris dans les semaines qui ont précédé la chute du Mur ? A l’époque, l’issue des manifestations était certes encore incertaine, et y participer comportait des risques. Mais elle aurait pu être tentée de partager avec d’autres sa défiance pour le système et son espoir d’un changement ? D’abord, elle ne partage pas grand-chose avec ces manifestants. « C’était des originaux, des marginaux. » Elle était un docteur en sciences physiques jouissant de la reconnaissance de l’institution. « Elle n’avait rien a faire avec eux », explique l’ancien Premier ministre est-allemand Lothar de Maiziere. Ensuite, la protestation venait généralement de personnes qui pensaient le régime est-allemand réformable et continuaient à croire dans une troisième voie entre socialiste et capitalisme. Or elle est convaincue du contraire. Enfin, on peut aussi penser qu’elle doute des vertus de l’activisme politique. La chute du Mur est un effet du système, une autodestruction plus qu’une victoire des opposants. Florence Autret
Tout au long du printemps et de l’été 1989, des ressortissants de RDA étaient, comme chaque année, venus passer leurs vacances en Hongrie (où ils pouvaient retrouver, le temps des vacances, leurs proches de RfA). A cette différence près que cette année, l’immense majorité d’entre eux refusa de rejoindre le pays où le régime d’Honecker se faisait de plus en plus dur. Résultat: plusieurs dizaines de milliers de citoyens de RDA se retrouvaient en Hongrie désoeuvrés et sans moyens financiers, donc à la charge de l’État hongrois. Budapest venait de signer la convention de Genève sur le droit d’asile pour défendre les Hongrois de Roumanie réfugiés en Hongrie. Le gouvernement hongrois s’est alors trouvé devant un dilemme: que faire de ces Allemands de l’Est qu’il n’était bien sûr pas question de renvoyer? Comment concilier les engagements de la Convention de Genève sur le Droit d’asile et les obligations du Pacte de Varsovie ? Par ailleurs, sur un plan purement technique, les installations du rideau de fer avaient considérablement vieilli et étaient à refaire pour la somme de… 50 millions de dollars. C’est alors que, sur la demande du gouvernement hongrois, une rencontre secrète avec Helmut Kohl et son ministre Genscher eut lieu le 25 août au château de Gilnitz, près de Bonn. Y étaient seuls présents: les deux chefs de gouvernement, leurs ministres des Affaires étrangères (Genscher et Horn) et leurs ambassadeurs. Les Hongrois font alors part à Helmut Kohl du dilemme auquel ils sont confrontés avec le sort des ces près de 80 000 Allemands de l’Est. Considérant le problème comme germano-allemand, ils interrogent Kohl sur sa réaction éventuelle s’ils les laissent sortir. Ému, Kohl les remercie, assure qu il les acceuillera et demande à ses interlocuteurs hongrois ce qu’ils attendent de lui en échange. Les Hongrois, prudents, renoncent à tout marchandage direct, de peur de compromettre le projet. Et par principe, le Premier ministre hongrois se refuse à monnayer le passage à l’Ouest de ces réfugiés, comme – dit-il – l’avait fait sans scrupules Ceaucescu en Roumanie avec ses ressortissants juifs et saxons. Toutefois, face à une probable pénurie en combustibles, les Hongrois obtiennent de Kohl une importante fourniture de charbon. Au préalable, une consultation avait eu lieu en mars pour tâter Gorbatchev sur leurs intentions d’ouvrir le parlement à un système pluraliste et d’ouvrir l’économie. Gorbatchev avait acquiescé (mais il n’avait pas encore été ouvertement question d’ouvrir la frontière). Sur le principe général, Gorbatchev déclarait ne pas vouloir se mêler des affaires hongroises (et allemandes), s’en tenant à la promesse laconique suivante: “Soyez assuré que, tant que je serai en poste, 56 ne se renouvellera pas”. Par contre, quant au désengagement de la présence militaire russe, Gorbatchev incita ses partenaires à la patience pour ne pas affaiblir sa position lors de négociations – alors en cours – sur le désarmement. Fait peu connu, c’est dès le 3 mars. soit six mois avant son ouverture officielle que Miklós Németh ordonna le démantèlement du rideau de fer. Mais sans trop de précipitation pour ne rien compromettre en alertant trop rapidement l’opinion, quitte à laisser bien en vue de la presse un tronçon de frontière en l’état. La suite des événements, nous la connaissons. Pierre Waline 
The initial gathering took place in 1981 when Pastor Führer invited people with concerns about peace and the arms race to meet at the Church late in the evening (possibly to avoid Stasi attention).  He expected maybe ten or so people to come and let off some steam. But to his astonishment ten times that number showed up. They were mostly young, many of them dissidents who were not getting along with the Communist government. (…) From this first event Führer would eventually arrange what he called ‘peace prayers’ to meet every Monday evening at 5 p.m. to pray for peace in both local and international situations of conflict. Later these prayers were sometimes followed by the people walking into the streets carrying candles to witness for peace and freedom. These were the largest and also the most peaceful of any such demonstrations in the GDR. A particular moment of tension occurred in May 1989 following a blatantly fraudulent election in which the Communist party claimed to have received 98% of the votes cast. The public was outraged at such a flagrant deception.  Calls for reform grew louder.  The police reacted by blocking all driveways to the church, seeking to shot down the Monday prayer meetings, which they determined had become a cover for political insurrection. Nevertheless the crowds only increased. On October 7, the GDR was due to celebrate its 40th anniversary. President Gorbachev, the author of the movement for openness and Perestroika, attended from the Soviet Union. Naturally the government did not want the occasion to be used for any kind of public expression of discontent. In Leipzig, for ten long hours police battered and bullied defenseless demonstrators who made no attempt to fight back. Many were taken away in police vehicles. In this heightened atmosphere, just two days later, Monday 9 October, the peace prayers were to be held.  The government warned protesters that any further demonstrations would not be tolerated. All day long, Führer told us,  the police and military tried to intimidate them with a hideous show of force. Schools and shops in the city were shut down. Roadblocks were built. The police had guns loaded with live ammunition. Soldiers with tanks were mobilized and surrounded the central area. Extra beds and blood plasma had been assembled in the Leipzig hospitals. Rumors from many reliable sources circulated that the government intended to use the “Chinese Solution” and repeat the massacre of Tienanmen Square in Beijing. To neutralize and perhaps disrupt the prayer meeting, 1ooo party members and Stasi went early on to the church. 600 of them filled up the nave by 2 p.m. But,as Führer described it in the brochure: They had a job to perform. What had not been considered was the fact that these people were exposed to the word, the gospel and its impact!   I was always glad the the Stasi agents heard the Beatitudes from the Sermon on the Mount every Monday. Where else would they hear these? So the stage was set, the actors assembled for the climatic Monday prayer service. Huge numbers came out to pray, not only at the Nikolai Church but at other churches throughout the city, which had joined the peace prayers. During the service, the atmosphere and the prayers were serenely calm. As he prepared to send the people out into the streets, Pastor Führer made a final plea to the congregation to refrain from any form of violence or provocation. The Sermon on the Mount was again read aloud. As the doors opened for the worshipers to depart, something unforgettable happened. The 2000 people leaving the sanctuary were welcomed by tens of thousands waiting outside with candles in their hands. That night an estimated 70,000 people marched around the main city streets. Though the police and the military were everywhere, Pastor Führer said: Our fear was not as big as our faith … Two hands are needed to carry a candle and to protect it from extinguishing. So you cannot carry stones or clubs at the same time. As the good pastor noted:  There were thousands in the churches. Hundreds of thousands in the streets around the city centre. But not a single shattered window. This was the incredible witness to the power of non-violence. … It was an evening in the spirit of our Lord Jesus for there were no winners and no defeated. Nobody triumphed over the other, nobody lost his face. There was just a tremendous feeling of relief. It was later reported that Horst Sindemann, a serving member of the Central Committee of the GDR, summed up both the extensive preparations of the authorities as well as their inability to know how to respond to the events of that evening: We had planned everything. We were prepared for everything. But not for candles and prayers. A month later the Berlin Wall was breached, and the whole Communist empire crumbled away. Roger Newell
Contrary to popular lore, the Berlin Wall did not fall on November 9, 1989. Nor did it fall in Berlin. It fell on October 9, some 120 miles away in Leipzig. First, civil courage – a rare quality in German history – had to dissolve the four-decade-old mental wall of East German fear. Only thereafter could the cement wall collapse in Berlin. Elizabeth Pond

Attention: un mur peut en cacher un autre !

En ce 9 novembre du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin (pardon: du « mur de protection antifasciste ») …

9 novembre qui avait vu aussi en 1918 l’abdication de Guillaume II puis cinq ans plus tard le putsch de la Brasserie d’un certain Hitler et quinze ans après, juste avant les festivités du Luthertag, les pogroms de la Nuit de Cristal

Qui se souvient comme le rappelait un article du Christian Monitor lors du 20e anniversaire il y a cinq ans …

Que ce n’est ni le 9 novembre ni même à Berlin que tomba le mur dit de Berlin …

Mais un mois plus tôt et à Leipzig à 200 km de là ?

Et qui se souvient que cette première révolution pacifique de l’histoire allemande fut en fait aussi une révolution protestante ?

Partie, avec notamment un pasteur protestant de Leipzig justement, le pasteur Christian Führer (dont on attend toujours, alors qu’il est décédé en juin dernier, la page dans le Wikipedia français) …

Qui, reprenant après Gandhi et King et avec ses Manifestations du lundi, le message non-violent du Christ  …

Avait progressivement réussi à reconstituer, près de 500 ans après les fameuses 95 thèses de Luther, le courage civique nécessaire …

Pour profiter, après les Polonais et les Hongrois, du flottement provoqué par la faillite du système soviétique et abattre enfin le mur de peur élevé par 40 ans de communisme et une dizaine d’années de nazisme ?

The Berlin Wall: what really made it fall
Extraordinary civil courage by the people of Leipzig on Oct. 9 first dissolved a crucial mental wall.
Elizabeth Pond
Christian Science Monotor
October 8, 2009

Contrary to popular lore, the Berlin Wall did not fall on November 9, 1989. Nor did it fall in Berlin. It fell on October 9, some 120 miles away in Leipzig. First, civil courage – a rare quality in German history – had to dissolve the four-decade-old mental wall of East German fear. Only thereafter could the cement wall collapse in Berlin. Here is how it happened.

When Valentine Kosch set out to join the Monday peace march in Leipzig on October 9, she expected to be shot by the massed East German security forces. She explained to her 6- and 3-year-old daughters that she was going to take a walk with friends so that teachers would be nicer to their pupils – an accurate enough description in her case. And she told her husband that if she did not return by 10 p.m., he should take their girls, move to Dresden, and start a new life there, where the two sisters would not be branded as children of an enemy of the state.

Like most East Germans in the decades after Soviet tanks suppressed the East Berlin workers’ uprising in 1953, Kosch was apolitical. Rather than fighting the constraints of the Communist system, she adapted to them, the better to shape her private sphere with a minimum of outside interference.

However, a few years earlier she had spontaneously introduced Montessori methods in the class she taught in the city school system. For this breach of the rules she had been demoted, in effect, to a classroom for special-needs children. She felt stifled by the rigidity of the educational bureaucracy. She was fed up.

The weekly peace vigils that Kosch joined had begun eight years earlier at the Nikolai Church in the medieval town center. It was just around the corner from the St. Thomas Church where Johann Sebastian Bach was once cantor, and where Martin Luther introduced the Protestant Reformation to Leipzig in 1539. The Monday peace prayers followed a joint call by young East and West German theologians for removal from German soil of both NATO and (more discreetly, if more daringly) Soviet nuclear weapons.

Christian Führer, one of the originators of the appeal, was then the new pastor at the Nikolai Church. He conceived of his mission as succoring all who came to him in need, whether believers or non-believers. He is still revered today as the unpretentious denim-jacketed hero of the 1989 transformation, one of those clerics who showed compassion for all, did not collaborate with the Stasi secret police, and conferred on the Protestant Church a moral authority that it alone possessed in the (East) German Democratic Republic (GDR).

Throughout the 1980s, the Nikolai peace vigils had attracted a loyal but tiny number of participants. In 1989 the ranks swelled exponentially as two separate strands of exasperation came together. The first movement consisted of modest reformers, like Kosch, who wanted to hold the GDR to its own constitution and laws and their provisions for fair elections and human rights. The second consisted of the growing number of East Germans who simply wanted to escape to the normality of West Germany’s casual freedom and opulence, in the wake of more than a hundred thousand compatriots who had in recent weeks abandoned country and possessions to flee west via Hungary, Czechoslovakia, and Poland.

People in the two categories disdained each other, but Pastor Führer – while personally urging everyone to stay and build East Germany – opened the Nikolai haven to both persuasions. Indeed, he reconciled them to each other, in part through their common interest in his Monday updating of the list of those who shouted out their names as they were secretly hauled off to jail.

With our contemporary knowledge of the outcome, it is hard to recall just how much courage Kosch and her fellow marchers required 20 years ago to carry their candles on that disciplined hour-long walk around the old town, right past the Leipzig Stasi headquarters. At the time many in both East and West feared that although detente was blossoming in Europe, an anachronistic hard-line East German hierarchy could hang on for a long time (on the pattern, say, of North Korea today).

The Stasi – whose ranks maintained a much higher ratio in proportion to the population than Hitler’s Gestapo and SS ever enjoyed – still held tight control. And East German citizens still shared with the Bulgarians the reputation of being the most quiescent people in the Soviet bloc.

Moreover, there had been a nasty crackdown over the weekend. On October 7 and 8, security forces had detained several thousand demonstrators in Leipzig, Dresden, and East Berlin on the occasion of the GDR’s gala 40th anniversary. In Leipzig the watchdogs, tone-deaf to history, had even rehearsed plans to inter thousands of dissidents in new concentration camps. Hospitals had been stocked with extra blood plasma in preparation for a Monday-night clash, and Leipzigers knew it. The city’s security contingents, reinforced to 8,000 – only 2,000 short of the record turnout of 10,000 peace watchers the previous Monday – had been issued with live ammunition and ordered to use whatever means were required to suppress the “counterrevolution,” the most serious crime in the Communist books.

By all measures of the previous 36 years, this show of power should have sufficed to keep would-be marchers safely at home.

But what was the fallback if intimidation did not work this time? Throughout the day, as confrontation loomed, the Leipzig party leadership tried in vain to elicit new instructions from East Berlin party headquarters. Leipzig Gewandhaus Orchestra director Kurt Masur, theologian Peter Zimmermann, deputy city party secretary Roland Wötzel, and three others hammered out an urgent appeal for nonviolence, to be read in all the churches and broadcast on radio. Marchers braced themselves to hold each other back from any rash action or reaction.

At 6 p.m., the hour the Nikolai congregation was to leave the church and walk around the inner city ring, the top Leipzig party secretary made one last desperate phone call to East Berlin, to Egon Krenz, the deputy and heir apparent to veteran strongman Erich Honecker. Krenz had risen as high as he had by never sticking his neck out. This night was no exception. He equivocated and said he would have to consult the others.

After Leipzig party secretary Helmut Hackenberg hung up the phone, “a very, very long time passed,” said Wötzel later, recalling the eternity of the next few minutes. Then Hackenberg asked his deputies, “What do we do now?” One shot by a jumpy 18-year-old in the ill-trained factory militia, or one step too far by an angry marcher – or a Stasi provocation – could have triggered an explosion.

Under the circumstances, it was marginally less risky to nullify sacrosanct standing orders than to dare bloodshed that their superiors might later blame on them. The junior secretaries urged Hackenberg to disengage the security forces. He did so, by deploying them instead to guard official buildings (which were never under any threat). The Leipzig officials fully expected to be expelled from the party for taking such forbidden local initiative.

Yet their wariness about the new mood on the street was justified. Not only were the 10,000 of the previous week not scared away. Astonishingly, they were joined by 60,000 others who also cast aside their fear and walked past Stasi headquarters chanting, “Wir sind das Volk.” “We are the people.”

Germany’s first successful revolution in history was bloodless. Horst Sindermann, Speaker of the GDR rubber-stamp “parliament”, famously admitted later, “We were ready for everything – everything except candles and prayers.”

As Pastor Führer commented in an interview, reflecting on that night: “We were afraid day and night, but we had the courage of our convictions. The Bible had taught us the power of peaceful protest and this was the only weapon we had. … It still moves me today to recall that in a secular country, the masses condensed the Beatitudes in the Lord’s Sermon on the Mount into two words: No violence!”

Observant East Berliners and Eastern Europeans quickly realized that in Soviet leader Mikhail Gorbachev’s new era, if enough demonstrators turned out, the security forces would not shoot. Within weeks the East German, Czech, Bulgarian, and Romanian Communist leaders were all deposed.

“For the first time in my life,” confided a forty-something West German who had long been inured to the shame of the German failure to resist Hitler in the 1930s or to establish a republic in 1848, “I’m proud to be a German.”

ELIZABETH POND, a Berlin-based journalist, is the author of Beyond the Wall. Germany’s Road to Unification (Brookings).

Voir aussi:

Reflection on Pastor Christian Führer of the Nikolai Church in Leipzig
Roger Newell, George Fox University

Pastor Christian Führer of the Nikolai Church in Leipzig, the founding organizer of the famous peace prayers in the 1980s, died on 30 June, at the age of seventy-one. Not long ago, Professor Roger Newell of George Fox University, Newberg, Oregon took a party of students to visit sites of special significance in European Church history. One of their stops was in Leipzig, about which he reported as follows:

We were welcomed by the good Pastor who led us straight into the church, right up to the main altar, explaining that this was formerly reserved for the priests in centuries past, but now was open to everyone. There we got a short tour of the church building, its history and the tradition of music (including the link with J.S. Bach, who functioned mainly in the nearby Thomaskirche). Then he took us to the adjacent priests’ vestry, where he told us the story of his ministry beginning in the early 1980s.  He reminded us that it was a time of increasing tension between East and West. The Cold War’s trench cut Germany in half.  On both sides of the Berlin Wall, Germans grew increasingly anxious that Germany could become the battleground for Europe’s third war in this century.  At the same time, what was then the government of East Germany vastly increased its police-state controls through its secret policy (the Stasi) which deployed a huge force backed by unofficial collaborators to keep tabs on any possible opponents and dissidents.  It made for a highly oppressive situation where suspicion and mistrust reigned.

This was the brooding climate in which Pastor Führer opened the doors of the church to young people anxious to discuss such things.  The initial gathering took place in 1981 when Pastor Führer invited people with concerns about peace and the arms race to meet at the Church late in the evening (possibly to avoid Stasi attention).  He expected maybe ten or so people to come and let off some steam. But to his astonishment ten times that number showed up. They were mostly young, many of them dissidents who were not getting along with the Communist government.

Next, Führer described how he brought everyone right to the central altar, sat them on the floor of the church  and laid a large rough wooden cross on the floor in their midst. He asked everyone who wanted to raise a point to take a candle, light it, and speak to their concern as they placed their candle around the cross.  If the dissidents were surprised to find themselves at an old-fashioned prayer meeting, it was Pastor Führer’s turn to be surprised when every single person lit a candle, spoke a concern and shared in what turned out to be the most significant prayer meeting in the forty year history of the German Democratic Republic  The sharing continued past midnight as gradually the bare wooden cross changed into a cross glowing with light.  The mood of openness, freedom and acceptance was so life-giving that no one wanted to leave. It was a harbinger of things to come of which no one sitting there could have foreseen.

As I read later in the Nikolai brochure:

When we open the church to everyone who has been forced to keep silent, has been slandered or maybe even imprisoned, then no one can ever think of a church again as being simply a kind of religious museum or a temple for art aesthetics.  On the contrary, Jesus is then really present in the church because we are trying to do what he did and what he wants us to do today. This is the hour of the birth of the Nikolai Church–open for everyone–also for protest groups and those living on the margin of society. Throw open the church doors!   The open wings of the church door are like the wide open arms of Jesus: “Come unto me, everyone who is troubled and burdened, and I will relieve you! ”  And they came and they come!

From this first event Führer would eventually arrange what he called ‘peace prayers’ to meet every Monday evening at 5 p.m. to pray for peace in both local and international situations of conflict. Later these prayers were sometimes followed by the people walking into the streets carrying candles to witness for peace and freedom. These were the largest and also the most peaceful of any such demonstrations in the GDR.

A particular moment of tension occurred in May 1989 following a blatantly fraudulent election in which the Communist party claimed to have received 98% of the votes cast. The public was outraged at such a flagrant deception.  Calls for reform grew louder.  The police reacted by blocking all driveways to the church, seeking to shot down the Monday prayer meetings, which they determined had become a cover for political insurrection. Nevertheless the crowds only increased.

On October 7, the GDR was due to celebrate its 40th anniversary. President Gorbachev, the author of the movement for openness and Perestroika, attended from the Soviet Union. Naturally the government did not want the occasion to be used for any kind of public expression of discontent. In Leipzig, for ten long hours police battered and bullied defenseless demonstrators who made no attempt to fight back. Many were taken away in police vehicles.

In this heightened atmosphere, just two days later, Monday 9 October, the peace prayers were to be held.  The government warned protesters that any further demonstrations would not be tolerated. All day long, Führer told us,  the police and military tried to intimidate them with a hideous show of force. Schools and shops in the city were shut down. Roadblocks were built. The police had guns loaded with live ammunition. Soldiers with tanks were mobilized and surrounded the central area. Extra beds and blood plasma had been assembled in the Leipzig hospitals. Rumors from many reliable sources circulated that the government intended to use the “Chinese Solution” and repeat the massacre of Tienanmen Square in Beijing.

To neutralize and perhaps disrupt the prayer meeting, 1ooo party members and Stasi went early on to the church. 600 of them filled up the nave by 2 p.m. But,as Führer described it in the brochure:

They had a job to perform. What had not been considered was the fact that these people were exposed to the word, the gospel and its impact!   I was always glad the the Stasi agents heard the Beatitudes from the Sermon on the Mount every Monday. Where else would they hear these?

So the stage was set, the actors assembled for the climatic Monday prayer service. Huge numbers came out to pray, not only at the Nikolai Church but at other churches throughout the city, which had joined the peace prayers. During the service, the atmosphere and the prayers were serenely calm. As he prepared to send the people out into the streets, Pastor Führer made a final plea to the congregation to refrain from any form of violence or provocation. The Sermon on the Mount was again read aloud.

As the doors opened for the worshipers to depart, something unforgettable happened. The 2000 people leaving the sanctuary were welcomed by tens of thousands waiting outside with candles in their hands. That night an estimated 70,000 people marched around the main city streets. Though the police and the military were everywhere, Pastor Führer said: Our fear was not as big as our faith … Two hands are needed to carry a candle and to protect it from extinguishing. So you cannot carry stones or clubs at the same time.

As the good pastor noted:

There were thousands in the churches. Hundreds of thousands in the streets around the city centre. But not a single shattered window. This was the incredible witness to the power of non-violence. … It was an evening in the spirit of our Lord Jesus for there were no winners and no defeated. Nobody triumphed over the other, nobody lost his face. There was just a tremendous feeling of relief.

It was later reported that Horst Sindemann, a serving member of the Central Committee of the GDR, summed up both the extensive preparations of the authorities as well as their inability to know how to respond to the events of that evening:

We had planned everything. We were prepared for everything. But not for candles and prayers.

A month later the Berlin Wall was breached, and the whole Communist empire crumbled away.

Voir encore:

The Rev. Christian Fuhrer Extended Interview
November 6, 2009

Read a translation of the Religion & Ethics NewsWeekly interview at St. Nikolai Church in Leipzig with Pastor Christian Fuhrer:

In East Germany, the church provided the only free space in connection with the groups—people who wanted to discuss topics that were taboo, such as the refusal to serve in the army, military education. Everything that could not be discussed in public could be discussed in church, and in this way the church represented a unique spiritual and physical space in East Germany in which people were free.

Here [at St. Nikolai Church in Leipzig] we have said peace prayers since 1981 and every Monday since 1982. That was something very special in East Germany. Here a critical mass grew under the roof of the church—young people, Christians and non-Christians, and later those who wanted to leave [East Germany] joined us and sought refuge here.  The church became a very special place, and in particular the Nikolai Church, which we could describe like this: the church was finally on the side of the Lord, on Jesus’ side. In other words, it was on the side of the oppressed and not on that of the oppressors, with the people and not with those who had the power. The special experience we had here was that the people accepted Jesus’ message, especially the message of the Sermon on the Mount. We experienced in a very special way that everything that is written here is true. If you don’t believe, you won’t stay. The “comrades” did not believe, and they did not stay. “Not by might, nor by power, but by my spirit.” “He pulls the powerful from their throne and lifts up the poor.” “Blessed are the meek, for they shall inherit the earth.” We experienced it just like that—the church as a refuge and a place for change, Jesus’ Sermon on the Mount, no mention of paradise and redemption, but the daily bread in the reality of political hopelessness.

The special experience that we had during the years of peace prayers and then with this massive number of non-Christians in the church, which was exceptional, was that they accepted the message of Jesus. They grew up in two consecutive atheist dictatorships. They grew up with the Nazis who were preaching racism, the master race, prepared for war, and replaced God with Providence, as Hitler liked to say. They also grew up with the Socialists preaching class struggle and vilified the church by saying Jesus never existed, that’s all nonsense and fairy tales, legends, and your talk about nonviolence is dangerous idealism; what counts is politics, money, the army, the economy, the media. Everything else is nonsense. And the people who were brainwashed like this for years and grew up with that. The fact that they accepted Jesus’ message of the Sermon on the Mount, that they summarized it in two words—no violence—and the fact that they did not only think and say it, but also practiced it consistently in the street was an incredible development, an unprecedented development in German history. If any event ever merited the description of “miracle” that was it: a revolution that succeeded, a revolution that grew out of the church, remained nonviolent, no broken windows, no people beaten, no people killed—an unprecedented development in German history. A peaceful revolution, a revolution that came out of the church. It is astonishing that God let us succeed with this revolution. After all the violence that Germany brought to the world in the two wars during the last century, especially the violence against the people from whom Jesus was born, a horrible violence, and now this wonderful result, a unique, positive development in German history. That is why we are so happy that the church was able to play this role and enabled this peaceful revolution.

The most important thing for us was the power of prayer, which is still true today. We are not praying to the air or to the wall, but to a living God. We did not pray for the wall to come down. It was more comprehensive: [We were praying] for peace, justice, and the preservation of our creation. We addressed the very specific needs of human beings in our prayers, and God has blessed those prayers in such a way that nobody could have predicted. We went on, step by step. It got bigger and bigger, and in the end the prayers prevented us from drowning in fear and gave us the strength to face the opposition outside. In other words, more and more protests came from the church and spilled onto the street, combined with the strength that we got from our faith. The fear was very powerful, but our faith was more powerful than the fear, and the prayers gave us the strength to act. That is still the same today.

What motivated me was Jesus’ saying “You are the salt of the earth,” which means that you must get involved; you cannot stay in your church. You must get involved in this situation; the salt must be inserted in the wound, in the place that is not in order, that is sick. That’s where you must go. This thought to get involved in politics is a thought that Jesus already voiced in the parable of the Good Samaritan. Someone is beaten and lies there, those who beat him are gone, and now two people coming from temple are approaching, are looking the other way and walking away. Jesus says that they are guilty, not because—they did not do anything, they did not beat him, but they did not help him. If we just leave the world alone and do not get involved, we are just as guilty as those two, as Jesus said in that parable, who looked the other way and did not want to hear about it. You must get involved, because you are the salt of the earth.

[Dietrich] Bonhoeffer really impressed me with his philosophy in approaching the atheist, the non-Christian, with the Christian message in a way that is easy to understand. I first learned that from Jesus—the simple language. Jesus did not speak the language of the temple, but the language of the people. He talked about the mustard seed, the farmer, the worker in the vineyard, the jobless who are waiting in the marketplace, hoping to get hired. Those are all things that people can understand, and then he introduced the message of God’s love into this clear language. And Bonheffer said that we should apply Jesus’ language in such a way that it can be understood even if you were not born into the Christian tradition or into a Christian household. That was really impressive. In addition, the examples impressed me very much, the fact that people applied the Sermon on the Mount one-to-one. First, to put Christians to shame, it was a non-Christian and Hindu who did it: Mahatma Gandhi. Very much in the spirit of the Sermon of the Mount, he engaged in nonviolent resistance and freed his people from British colonialism, but gave his life for it, as did Jesus. He was shot in 1948. The second one was, thank God, a Christian: Martin Luther King. He prepared and executed this idea of nonviolence, peaceful resistance, in a wonderful way. It was a very tense situation, and the fact that it was possible for an African-American to become president of the United States today even exceeds Martin Luther King’s dream. Then it became our turn to apply the teachings of the Sermon of the Mount here in Leipzig. But you cannot forget to mention Nelson Mandela and Bishop Desmond Tutu. They have always impressed us. We felt that we were walking together with them to fulfill Jesus’ legacy.

The police were always very violent, especially on October 7th when they beat hundreds of people. With this violence they wanted to prevent people from gathering here, here in the church and on the plaza. They gradually increased the amount of violence, but achieved the opposite of what they expected. Especially on October 9th, they had created such a frightful scenario that they thought people would not dare show up here. Instead, even more people came. In church people had learned to turn fear into courage, to overcome the fear and to hope, to have strength, as I mentioned before. That was very important, and during those years and in particular during this frightful time, people overcame their fear. They did not bring their children, because you had to fear for your life. The children stayed at home. They came to church and then started walking, and since they did not do anything violent, the police were not allowed to take action. “We were ready for anything, except for candles and prayer,” they said. If the first group had attacked the police, the police would have known exactly what to do. You can see it on TV every night how police and armies react to demonstrators. That did not happen, and the officers and generals called Berlin and asked what they should do, but they did not get any instructions. Those in Berlin did not say anything, the officers here did not do anything, and thus the movement that did not result in any violence, as the people learned in church, began to spread, and that is when the following became clear in East Germany: This is the beginning of the end of East Germany. It cannot go on, the people got what they wanted. Peace prayers were held all over the country. When they saw the images from Leipzig on October 9th, they started demonstrations everywhere else. The crowds became larger and larger, and then [Erich] Honecker handed in his resignation, and on the 18th the politburo resigned. On November 9th, on this very important day, on this day the wall was overcome from the East. Those are experiences that you cannot learn in college, and I would like to summarize them as follows: the Nikolai Church was open to everyone. The church was open to all people, no matter if they were Christian or non-Christian. The next thing is that throne and altar do not belong together. That is a huge mistake that the church made during the past century. No, the street and the altar belong together, just as Jesus did not hide in the temple, but was mingling out in the street, in the houses and on the plazas. We as a church must go into the street and let the street come into the church. The church must be open to everyone. We can teach nonviolence as a practical application of the Sermon on the Mount, turn swords into ploughshares as in the Old Testament, open to all, as mentioned before, and we are the people. We have to learn to have a certain self-confidence, overcome fear, find our voice once again in church, approach bad situations with this self-confidence, be able to make changes within society, reject injustice, and refuse to go along, and I think what is important in all of that is the power of prayer. Without prayer we would not have changed anything, we would not have been able to overcome fear, we would not have had the strength to change things and to take the message of the Bible seriously, being able to interject yourself into a social reality, finding the message of Jesus and the Bible and applying it to the current situation, not uttering long sentences but finding the right word for the right situation, knowing how to act. For me the main criterion for action was: What would Jesus say in this situation? Then I came to the conclusion that we needed to do it the same way he would have done it.

The role of the church did not diminish, at least not here in the Nikolai Church. It continued. Huge protests against the war in Iraq, peace prayers involving many people to save jobs…It continued, but under different social circumstances. However, there are always certain peaks, unique times, such as October 9th. It was a peaceful revolution which was a unique process. You cannot expect that it will go on like that every day. What this revolution aimed to achieve was indeed achieved, and then people stepped back. The important thing to remember is that we did not do that to get people to join our church, but because it was necessary. That is what Jesus did as well. When he provided help, he never asked if that person went to the temple or if that person said all his prayers. He just realized that this human being needed help, so he helped. That is exactly how we did it. We never said “but you must return the favor,” the way it is done in politics and in the world. We created something, and the blessing continued for the people. The most important thing is that the church has to remain open. Whenever people need the church again, in everyday life or in very specific situations, they should find the church open. The church should be there for the people, the way Jesus intended. An inviting, open church without the expectation that people join; an inviting, open church offering unconditional love, just as Jesus did, and [we must] act in this spirit.

20e anniversaire de la « révolution » est-allemande
Les chrétiens de l’Est de l’Allemagne ont lancé une campagne marquant le 20e anniversaire de la révolution pacifique qui a permis de renverser le communisme, par une sculpture de lumière projetée sur les murs du parlement régional d’Erfurt.

Protestants

L’œuvre de l’artiste Ingo Bracke projetait des mots tels que « paix », « réconciliation », « non-violence » et « solidarité » sur le bâtiment qui autrefois abritait l’administration communiste du district d’Erfurt.
La sculpture comprenait des extraits de textes de l’Assemblée oecuménique d’avril 1989 qui avait rassemblé des délégués des principales Eglises de l’Allemagne de l’Est. Elle s’était tenue moins de six mois avant que le pays n’entre dans sa révolution d’automne. Alors que la République démocratique allemande (RDA) était encore sous un contrôle rigide du pouvoir communiste, cette Assemblée a demandé, entre autres, le vote à bulletin secret pour les élections, la liberté d’opinion et la liberté de déplacement, ainsi que le droit de former des associations indépendantes.
Il s’agissait de l’avertissement que les dirigeants communistes est-allemands refusaient de voir, a déclaré l’évêque Christoph Kähler, de l’Eglise évangélique d’Allemagne centrale, lors du lancement de la campagne le 29 avril. « Cela signifiait la fin de leur régime, à travers une révolution pacifique », a-t-il affirmé. « Les gens sont descendus dans la rue avec des bougies et ont protesté et fait part de leurs exigences. »
Pendant que la lumière était projetée sur le parlement, un montage sonore était diffusé, contenant des extraits des textes accompagnés de sons de cloches d’église et de fragments de musique du compositeur allemand Jean-Sébastien Bach.
La campagne de souvenir de la révolution porte le nom de « saint désordre ». Elle s’efforce non seulement de commémorer les événements de 1989, mais aussi de mobiliser les membres de l’Eglise afin qu’ils s’impliquent dans la politique en cette année d’élection générale en Allemagne.
Le soulèvement pacifique de 1989 en Allemagne de l’Est a parfois été qualifié de « révolution protestante », en raison du rôle majeur joué par les membres de l’Eglise et les manifestations de rue qui ont suivi des rassemblements extrêmement suivis de prière pour la paix et le changement dans les Eglises.
Les manifestations ont ouvert la voie à la chute du mur de Berlin et à la réunification de l’Allemagne en 1990.
Horst Sindermann, membre du bureau politique du parti communiste aurait déploré, après sa destitution : « Nous étions préparés à tout, mais pas aux bougies ni aux prières. »
L’Assemblée oecuménique qui s’est tenue en Allemange de l’Est avait été inspirée par le Conseil oecuménique des Eglises, qui avait appelé ses membres à agir pour promouvoir la justice, la paix et la sauvegarde de la création.
« L’Assemblée oecuménique était le fondement de nombreuses autres exigences et programmes politiques, qui ont été élaborés à l’automne 1989″, a déclaré l’évêque Kähler dans une interview avec le correspondant d’ENI, expliquant pourquoi la campagne du « saint désordre » était lancée pour le 20e anniversaire de l’Assemblée oecuménique. « Si nous n’avions pas eu ce travail préparatoire, nous n’aurions pas été capables d’agir aussi directement et pacifiquement que nous l’avons fait. »

Voir de plus:

Pourquoi Angela Merkel bouda la chute du Mur de Berlin
Florence Autret tente de percer la femme et la stratège derrière le sourire charmant, pour saisir ce que a permis à Angela Merkel de gravir les échelons de la politique fédérale aussi rapidement, et ce qui a guidé sa position de « mère austérité » sur la scène européenne. Extrait de « Angela Merkel. Une Allemande (presque) comme les autres » (1/2).
Bonnes feuilles
Atlantico
15 Juin 2013

Quand le Mur tombe, Angela Merkel a plus qu’un passé : elle a une histoire. A trente-cinq ans, elle a révélé des aptitudes, s’est forgé des convictions et inventé une méthode, un guide de survie pour tracer sa route dans la jungle du réel. La RDA est une école redoutable. Elle y a appris à exiger beaucoup d’elle-même et à ne pas trop attendre des autres, à avancer dans un environnement sinon hostile, tout au moins dangereux et arbitraire. Elle a acquis un sens de l’absurde qui ne la quittera plus. Elle sait limiter ses désirs a l’essentiel, a ne prétendre a rien qu’elle n’ait une chance d’obtenir, a arrêter ses « lignes rouges » avec précision, a la frontière de l’acceptable politiquement et du supportable moralement, à participer sans se compromettre, a se taire sans s’isoler.

Elle a appris à ne pas faire confiance, mais elle sait aussi qu’il faut parfois courir le risque d’être trompé pour que la vie soit supportable.

« Chacun a dû faire des compromis »
Elle sera déçue, mais pas surprise, quand elle découvrira que certains camarades du laboratoire d’Adlershof ont fourni des renseignements sur elle et fait verser à son dossier a la Stasi ses « critiques » à l’égard de la RDA. Quand on l’interrogera sur l’absence d’épuration systématique à l’Est, elle dira qu’il était souvent bien difficile de tracer une frontière entre ceux qui méritaient d’être sanctionnés et les autres dans la vaste « zone grise » des collaborateurs de la Stasi. La société n’était pas coupée en deux entre les courageux dissidents qui risquaient la prison ou l’exil, d’un côté, et la masse silencieuse et complice de ceux qui « font avec », de l’autre. La vérité était plus nuancée. « Il était très difficile de distinguer les “un peu” coupables des “très” coupables… Chacun a du faire des compromis, y compris moi », dira-t-elle.

Une question lancinante pèse toutefois sur cette première partie de sa vie. Elle qui s’est posée par la suite en admiratrice de la liberté, pourquoi n’a-t-elle pas pris part aux mouvements civiques, y compris dans les semaines qui ont précédé la chute du Mur ? A l’époque, l’issue des manifestations était certes encore incertaine, et y participer comportait des risques. Mais elle aurait pu être tentée de partager avec d’autres sa défiance pour le système et son espoir d’un changement ? D’abord, elle ne partage pas grand-chose avec ces manifestants. « C’était des originaux, des marginaux. » Elle était un docteur en sciences physiques jouissant de la reconnaissance de l’institution. « Elle n’avait rien a faire avec eux », explique l’ancien Premier ministre est-allemand Lothar de Maiziere. Ensuite, la protestation venait généralement de personnes qui pensaient le régime est-allemand réformable et continuaient à croire dans une troisième voie entre socialiste et capitalisme. Or elle est convaincue du contraire. Enfin, on peut aussi penser qu’elle doute des vertus de l’activisme politique. La chute du Mur est un effet du système, une autodestruction plus qu’une victoire des opposants.
Extrait de « Angela Merkel : Une allemande (presque) comme les autres », de Florence Autret, (Édition Tallandier), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

Voir encore:

Causes de la construction du mur de Berlin

Wikipedia

Depuis sa création en 1949, la RDA subit un flot d’émigration croissant vers la RFA, particulièrement à Berlin. La frontière urbaine est difficilement contrôlable, contrairement aux zones rurales déjà très surveillées. Entre 2,6 et 3,6 millions d’Allemands fuient la RDA par Berlin entre 1949 et 1961, privant le pays d’une main-d’œuvre indispensable au moment de sa reconstruction et montrant à la face du monde leur faible adhésion au régime communiste2,3. Émigrer ne pose pas de difficulté majeure car, jusqu’en août 1961, il suffit de prendre le métro ou le chemin de fer berlinois pour passer d’Est en Ouest8, ce que font quotidiennement des Berlinois pour aller travailler. Les Allemands appellent cette migration de la RDA communiste à la RFA capitaliste : « voter avec ses pieds ». Pendant les deux premières semaines d’août 1961, riches en rumeurs, plus de 47 000 citoyens est-allemands passent en Allemagne de l’Ouest via Berlin. De plus, Berlin-Ouest joue aussi le rôle de porte vers l’Ouest pour de nombreux Tchèques et Polonais. Comme l’émigration concerne particulièrement les jeunes actifs, elle pose un problème économique majeur et menace l’existence même de la RDA.

En outre, environ 50 000 Berlinois sont des travailleurs frontaliers, travaillant à Berlin-Ouest mais habitant à Berlin-Est ou dans sa banlieue où le coût de la vie et de l’immobilier est plus favorable. Le 4 août 1961, un décret oblige les travailleurs frontaliers à s’enregistrer comme tels et à payer leurs loyers en Deutsche Mark (monnaie de la RFA). Avant même la construction du Mur, la police de la RDA surveille intensivement aux points d’accès à Berlin-Ouest ceux qu’elle désigne comme « contrebandiers » ou « déserteurs de la République ».

Comme tous les pays communistes, la RDA s’est vu imposer une économie planifiée par Moscou. Le plan septennal (1959-1965) est un échec dès le début. La production industrielle augmente moins vite que prévu. En effet, les investissements sont insuffisants. La collectivisation des terres agricoles entraîne une baisse de la production et une pénurie alimentaire. Les salaires augmentent plus vite que prévu à cause d’un manque de main-d’œuvre provoqué en grande partie par les fuites à l’Ouest. Un important trafic de devises et de marchandises, néfaste à l’économie est-allemande, passe par Berlin. La RDA se trouve en 1961 au bord de l’effondrement économique et social5.

L’auteur William Blum avance comme cause de la construction du Mur outre la captation de la main d’œuvre qualifiée de la RDA par l’Ouest, mais encore le terrorisme occidental qui aurait alors sévi en RDA9.

La construction du mur de Berlin

La construction du Mur, le 20 novembre 1961

Le 13 août 1961, la construction du mur de Berlin commence. Cette photo montre des hommes des « groupes de combat de la classe ouvrière » (Kampfgruppen der Arbeiterklasse), organisation paramilitaire est–allemande, sur le côté ouest de la Porte de Brandebourg qui se tiennent exactement sur la ligne de démarcation.
Le programme de construction du Mur est un secret d’État du gouvernement est-allemand. Il commence dans la nuit du 12 au 13 août 1961 avec la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest2.

Son édification est effectuée par des maçons, sous la protection et la surveillance de policiers et de soldats – en contradiction avec les assurances du président du Conseil d’État de la RDA, Walter Ulbricht, qui déclarait le 15 juin 1961 lors d’une conférence de presse internationale à Berlin-Est en réponse à une journaliste ouest-allemande10 : « Si je comprends bien votre question, il y a des gens en Allemagne de l’Ouest qui souhaitent que nous mobilisions les ouvriers du bâtiment de la capitale de la RDA pour ériger un mur, c’est cela ? Je n’ai pas connaissance d’un tel projet ; car les maçons de la capitale sont principalement occupés à construire des logements et y consacrent toute leur force de travail. Personne n’a l’intention de construire un mur11 ! »

Après trois heures d’attente, une vieille dame passée au secteur Ouest fait signe à ses connaissances restées à l’Est, 1961.
Ulbricht est ainsi le premier à employer le mot « Mur », deux mois avant qu’il ne soit érigé.

Si les Alliés sont au courant d’un plan de « mesures drastiques » visant au verrouillage de Berlin-Ouest, ils se montrent cependant surpris par son calendrier et son ampleur. Comme leurs droits d’accès à Berlin-Ouest sont respectés, ils décident de ne pas intervenir militairement. Le BND (Services secrets de la RFA) avait lui aussi reçu début juillet des informations semblables. Après la rencontre entre Ulbricht et Nikita Khrouchtchev lors du sommet des pays membres du Pacte de Varsovie (3-5 août 1961), le BND note dans son rapport hebdomadaire du 9 août : « Les informations disponibles montrent que le régime de Pankow12 s’efforce d’obtenir l’accord de Moscou pour l’entrée en vigueur de mesures rigoureuses de blocage ; en particulier le bouclage de la frontière de Berlin, avec interruption du trafic de métros et de tramways entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. (…) Il reste à voir si Ulbricht est capable de faire accepter de telles exigences par Moscou, et jusqu’où. »

La déclaration publique du sommet du Pacte de Varsovie propose de « contrecarrer à la frontière avec Berlin-Ouest les agissements nuisibles aux pays du camp socialiste et d’assurer autour de Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace. »

Le 11 août 1961, la Chambre du peuple (« Volkskammer »), le parlement de la RDA, approuve la concertation avec Moscou et donne les pleins pouvoirs au conseil des ministres pour en assurer la réalisation. Ce dernier adopte le 12 août un décret dénonçant la politique d’agression impérialiste des Occidentaux à son encontre. Un contrôle très strict des frontières séparant Berlin-Ouest et Berlin-Est est instauré13. Il décide de l’emploi des forces armées pour occuper la frontière avec Berlin-Ouest et y ériger un barrage.

Le samedi 12 août 1961, le BND reçoit l’information qu’« une conférence a eu lieu à Berlin-Est au centre de décision du Parti communiste est-allemand (SED) en présence de hauts responsables du parti. On a pu y apprendre que (…) la situation d’émigration croissante de fugitifs rend nécessaire le bouclage du secteur d’occupation soviétique et de Berlin-Ouest dans les jours prochains — sans plus de précisions — et non dans deux semaines comme il était prévu initialement. »

Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, 14 500 membres des forces armées bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Des troupes soviétiques se tiennent prêtes au combat et se massent aux postes frontières des Alliés. Tous les moyens de transport entre les deux parties de la ville sont interrompus. En septembre 1961, des métros et des S-Bahn (réseau ferré de banlieue) de Berlin-Ouest continueront à circuler sous Berlin-Est sans cependant s’y arrêter, les stations desservant le secteur oriental (qu’on appellera désormais les « stations fantômes ») ayant été fermées.

Erich Honecker, en tant que secrétaire du comité central du SED pour les questions de sécurité, assure la responsabilité politique de la planification et de la réalisation de la construction du Mur pour le parti, qu’il présente comme un « mur de protection antifasciste »2. Les pays membres du pacte de Varsovie publient, le même jour, une déclaration pour soutenir le bouclage de la frontière entre les deux Berlin14. Jusqu’en septembre 1961, la frontière reste « franchissable » et parmi les seules forces de surveillance, 85 hommes passent à l’Ouest — imités en cela par 400 civils, dont 216 réussissent. Les images du jeune douanier Conrad Schumann enjambant les barbelés, ainsi que de fugitifs descendant par une corde en draps de lit ou sautant par les fenêtres des immeubles situées à la frontière marquent les esprits.

La construction du Mur autour des trois secteurs de l’Ouest consiste tout d’abord en un rideau de fils de fer barbelés. Les pavés des axes de circulation entre les deux moitiés de la ville sont retournés afin d’interrompre immédiatement le trafic15. Dans les semaines suivantes, il est complété par un mur de béton et de briques, puis muni de divers dispositifs de sécurité. Ce mur sépare physiquement la cité et entoure complètement la partie ouest de Berlin qui devient une enclave au milieu des pays de l’Est.

Les réactions à l’Ouest

Détails du Mur, 1989
Le chancelier fédéral Adenauer appelle le jour même la population de l’Ouest au calme et à la raison, évoquant sans plus de précisions les réactions qu’il s’apprête à prendre avec les Alliés. Il attend deux semaines après la construction du Mur avant de se rendre à Berlin-Ouest. Seul le maire de Berlin-Ouest Willy Brandt émet une protestation énergique – mais impuissante – contre l’emmurement de Berlin et sa coupure définitive en deux. Sa déclaration est sans ambiguïté : « Sous le regard de la communauté mondiale des peuples, Berlin accuse les séparateurs de la ville, qui oppressent Berlin-Est et menacent Berlin-Ouest, de crime contre le droit international et contre l’humanité (…)15 ». Le 16 août 1961, une manifestation de 300 000 personnes entoure Willy Brandt pour protester devant le Rathaus Schöneberg, siège du gouvernement de Berlin-Ouest.

Les Länder de la RFA fondent la même année à Salzgitter un centre de documentation judiciaire sur les violations des droits de l’homme perpétrées par la RDA, pour marquer symboliquement leur opposition à ce régime.

La réaction des Alliés tarde : il faut attendre vingt heures avant que les colonnes militaires ne se présentent à la frontière. Le 15 août 1961, les commandants des secteurs occidentaux de Berlin adressent à leur homologue soviétique une note de protestation contre l’édification du Mur16. Des rumeurs incessantes circulent, selon lesquelles Moscou aurait assuré les Alliés de ne pas empiéter sur leurs droits à Berlin-Ouest. Le blocus de Berlin a effectivement montré aux yeux des Alliés que le statut de la ville était constamment menacé. La construction du Mur représente ainsi une confirmation matérielle du statu quo : l’Union soviétique abandonne son exigence d’un Berlin-Ouest « libre » déserté par les troupes alliées, tel qu’il avait encore été formulé en 1958 dans l’ultimatum de Khrouchtchev.

Les réactions internationales sont ambiguës. Dès le 13 août, Dean Rusk, secrétaire d’État américain, condamne la restriction de la liberté de déplacement des Berlinois17. Les Alliés considèrent que l’URSS est à l’initiative de la construction du Mur entre sa zone d’occupation et celle des alliés comme l’indiquent les notes de protestation envoyées au gouvernement soviétique par les ambassadeurs américain et français18. Cependant, Kennedy qualifie la construction du Mur de « solution peu élégante, mais mille fois préférable à la guerre ». Le Premier ministre britannique MacMillan n’y voit « rien d’illégal ». En effet, la mesure touche d’abord les Allemands de l’Est et ne remet pas en question l’équilibre géopolitique de l’Allemagne. Après une lettre que Willy Brandt lui a fait parvenir le 16 août19, Kennedy affiche un soutien symbolique20,21 à la ville libre de Berlin-Ouest en y envoyant une unité supplémentaire de 1 500 soldats et fait reprendre du service au général Lucius D. Clay. Le 19 août 1961, Clay et le vice-président américain Lyndon B. Johnson se rendent à Berlin.

Le 27 octobre, on en vient à une confrontation visible et directe entre troupes américaines et soviétiques à Checkpoint Charlie. Des gardes-frontières de RDA exigent de contrôler des membres des forces alliées occidentales voulant se rendre en secteur soviétique. Cette exigence est contraire au droit de libre circulation, dont bénéficient tous les membres des forces d’occupation. Pendant trois jours15, dix chars américains et dix chars soviétiques se postent de part et d’autre à proximité immédiate de Checkpoint Charlie. Les blindés se retirent finalement, aucune des deux parties ne voulant enclencher une escalade qui risquerait de se terminer en guerre nucléaire. La libre circulation par le poste-frontière Checkpoint Charlie est rétablie. Paradoxalement, cette situation explosive, aussi bien à Berlin que dans le reste de l’Europe, va déboucher sur la plus longue période de paix qu’ait connue l’Europe occidentale.

Un pays, deux États

Les ressortissants de Berlin-Ouest ne pouvaient déjà plus entrer librement en RDA depuis le 1er juin 1952. L’encerclement est rendu plus efficace par la diminution des points de passage : 69 points de passage sur les 81 existants sont fermés dès le 13 août. La porte de Brandebourg est fermée le 14 août et quatre autres le 23 août. Fin 1961, il ne reste plus que 7 points de passages entre l’Est et l’Ouest de Berlin. La Potsdamer Platz est coupée en deux. Le centre historique de la ville devient progressivement un grand vide sur la carte, composé du No man’s land entre les Murs de séparation à l’Est et d’un terrain vague à l’Ouest23. Les conséquences économiques et sociales sont immédiates : 63 000 Berlinois de l’Est perdent leur emploi à l’Ouest, et 10 000 de l’Ouest perdent leur emploi à Berlin-Est2.

Le mur de Berlin est devenu dès sa construction le symbole de la guerre froide et de la séparation du monde en deux camps. Le 26 juin 1963, John Kennedy prononce à Berlin un discours historique. Il déclare « Ich bin ein Berliner » (« Je suis un Berlinois »), marquant la solidarité du Monde libre pour les Berlinois24. De plus, la construction du Mur donne une image très négative du bloc de l’Est et prouve de manière symbolique son échec économique face au bloc occidental. « Le bloc soviétique s’apparente désormais à une vaste prison dans laquelle les dirigeants sont obligés d’enfermer des citoyens qui n’ont qu’une idée : fuir ! Le Mur est un aveu d’échec et une humiliation pour toute l’Europe orientale »25. Le Mur sape l’image du monde communiste.

Le 17 décembre 1963, après de longues négociations, le premier accord sur le règlement des visites de Berlinois de l’Ouest chez leurs parents de l’Est de la ville est signé. Il permet à 1,2 million de Berlinois de rendre visite à leurs parents dans la partie orientale de la ville mais seulement du 19 décembre 1963 au 5 janvier 1964. D’autres arrangements suivent en 1964, 1965 et 196615. Après l’accord quadripartite de 1971, le nombre des points de passage entre l’Est et l’Ouest est porté à dix. À partir du début des années 1970, la politique suivie par Willy Brandt et Erich Honecker de rapprochement entre la RDA et la RFA (Ostpolitik) rend la frontière entre les deux pays un peu plus perméable. La RDA simplifie les autorisations de voyage hors de la RDA, en particulier pour les « improductifs » comme les retraités, et autorise les visites de courte durée d’Allemands de l’Ouest dans les régions frontalières. Comme prix d’une plus grande liberté de circulation, la RDA exige la reconnaissance de son statut d’État souverain ainsi que l’extradition de ses citoyens ayant fui vers la RFA. Ces exigences se heurtent à la loi fondamentale de la RFA qui les rejette donc catégoriquement. Pour beaucoup d’Allemands, l’édification du Mur est, de fait, un déchirement et une humiliation qui accentuent les ressentiments de la partition. Une conséquence inattendue de la construction du Mur est de faire renaître dans le cœur des Allemands l’idée de la réunification25.

Les deux parties de la ville connaissent des évolutions différentes. Berlin-Est, capitale de la RDA, se dote de bâtiments prestigieux autour de l’Alexanderplatz et de la Marx-Engels-Platz. Le centre (Mitte) de Berlin qui se trouve du côté Est perd son animation. En effet, l’entretien des bâtiments laisse à désirer surtout les magnifiques bâtiments situés sur l’île des musées, en particulier l’important musée de Pergame2. Poursuivant le développement d’une économie socialiste, le régime inaugure en 1967, dans la zone industrielle d’Oberschöneweide, le premier combinat industriel de la RDA, le Kombinat VEB Kabelwerke Oberspree (KWO) dans la câblerie. En 1970, débute la construction d’immeubles de 11 à 25 étages dans la Leipzigerstrasse qui défigurent l’espace urbain15. La propagande de la RDA désigne le Mur ainsi que toutes les défenses frontalières avec la RFA comme un « mur de protection antifasciste » protégeant la RDA contre l’« émigration, le noyautage, l’espionnage, le sabotage, la contrebande et l’agression en provenance de l’Ouest ». En réalité, les systèmes de défense de la RDA se dressent principalement contre ses propres citoyens.

Berlin-Ouest devient vite la vitrine de l’Occident. La réforme monétaire met fin à la pénurie et la reconstruction est bien plus rapide qu’à l’Est. Potsdamer Platz reste un lieu de souvenir. Une plate-forme panoramique permet de regarder par-dessus le Mur. Elle attire les visiteurs au cours des années 1970 et 198023. La partition fragilise cependant l’économie du secteur ouest. En effet, les industriels doivent exporter leur production en dehors de la RDA. De plus, pour éviter l’espionnage industriel, les industries de pointe s’implantent rarement à Berlin-Ouest26. La partie ouest se singularise à partir de 1967 par son mouvement étudiant, point de mire de l’opinion publique. En effet, la ville est traditionnellement une ville universitaire. La vie culturelle y est très développée.

Le 12 juin 1987, à l’occasion des festivités commémorant les 750 ans de la ville, le président américain Ronald Reagan prononce devant la porte de Brandebourg un discours resté dans les mémoires sous le nom de Tear down this wall!. Il s’agit d’un défi lancé à Gorbatchev, lequel est apostrophé à plusieurs reprises dans le discours27.

La chute du Mur

Manifestations le 4 novembre 1989 à Berlin-Est.

En 1989, la situation géopolitique change. Les Soviétiques annoncent leur retrait d’Afghanistan sans victoire. Au printemps, la Hongrie ouvre son « rideau de fer ». En août, Tadeusz Mazowiecki, membre de Solidarność, devient Premier ministre de Pologne. Certains observateurs pensent qu’une contagion de liberté va gagner aussi les Allemands28. À la fin de l’été, les Allemands de l’Est se mettent à quitter le pays par centaines, puis par milliers, sous prétexte de vacances en Hongrie, où les frontières sont ouvertes. En trois semaines, 25 000 citoyens de la RDA rejoignent la RFA via la Hongrie et l’Autriche. À Prague, à Varsovie, des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est font le siège de l’ambassade de RFA29. En RDA, la contestation enfle. Les églises protestantes, comme celle de Saint Nikolai à Leipzig, accueillent les prières pour la paix. Elles sont le germe des manifestations du lundi à partir de septembre30. 20 000 manifestants défilent dans les rues de Leipzig le 3 octobre 1989. Mikhaïl Gorbatchev, venu à Berlin-Est célébrer le quarantième anniversaire de la naissance de la RDA, indique à ses dirigeants que le recours à la répression armée est à exclure31. Malgré une tentative de reprise en main par des rénovateurs du Parti communiste, les manifestations continuent : un million de manifestants à Berlin-Est le 4 novembre, des centaines de milliers dans les autres grandes villes de la RDA32.

Cinq jours plus tard, une conférence de presse est tenue par Günter Schabowski, secrétaire du Comité central chargé des médias en RDA, membre du bureau politique du SED, retransmise en direct par la télévision du centre de presse de Berlin-Est, à une heure de grande écoute. À 18h57, vers la fin de la conférence, Schabowski lit de manière plutôt détachée une décision du conseil des ministres sur une nouvelle réglementation des voyages, dont il s’avère plus tard qu’elle n’était pas encore définitivement approuvée, ou, selon d’autres sources, ne devait être communiquée à la presse qu’à partir de 4h le lendemain matin, le temps d’informer les organismes concernés :

Présents sur le podium à côté de Schabowski : les membres du comité central du SED : Helga Labs, Gerhard Beil et Manfred Banaschak.
Schabowski lit un projet de décision du conseil des ministres qu’on a placé devant lui : « Les voyages privés vers l’étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs — motif du voyage ou lien de famille. Les autorisations seront délivrées sans retard. Une circulaire en ce sens va être bientôt diffusée. Les départements de la police populaire responsables des visas et de l’enregistrement du domicile sont mandatés pour accorder sans délai des autorisations permanentes de voyage, sans que les conditions actuellement en vigueur n’aient à être remplies. Les voyages y compris à durée permanente peuvent se faire à tout poste frontière avec la RFA. »

Question d’un journaliste : « Quand ceci entre-t-il en vigueur ? »
Schabowski, feuilletant ses notes : « Autant que je sache — immédiatement. »33

Mur en partie détruit près de la porte de Brandebourg, un soldat surveille ce qu’il en reste, novembre 1989
Après les annonces des radios et télévisions de la RFA et de Berlin-Ouest, intitulées : « Le Mur est ouvert ! », plusieurs milliers de Berlinois de l’Est se pressent aux points de passage et exigent de passer34. À ce moment, ni les troupes frontalières, ni même les fonctionnaires du ministère chargé de la Sécurité d’État responsables du contrôle des visas n’avaient été informés. Sans ordre concret ni consigne mais sous la pression de la foule, le point de passage de la Bornholmer Straße est ouvert peu après 23 h, suivi d’autres points de passage tant à Berlin qu’à la frontière avec la RFA. Beaucoup assistent en direct à la télévision à cette nuit du 9 novembre et se mettent en chemin. C’est ainsi que le mur « tombe » dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, après plus de 28 années d’existence. Cet événement a été appelé dans l’histoire de l’Allemagne die Wende (« le tournant »). Dès l’annonce de la nouvelle de l’ouverture du Mur, le Bundestag interrompt sa séance à Bonn et les députés entonnent spontanément l’hymne national allemand35.

Cependant le véritable rush a lieu le lendemain matin, beaucoup s’étant couchés trop tôt cette nuit-là pour assister à l’ouverture de la frontière. Ce jour-là, d’immenses colonnes de ressortissants est-allemands et de voitures se dirigent vers Berlin-Ouest. Les citoyens de la RDA sont accueillis à bras ouverts par la population de Berlin-Ouest. Un concert de klaxons résonne dans Berlin et des inconnus tombent dans les bras les uns des autres. Dans l’euphorie de cette nuit, de nombreux Ouest-Berlinois escaladent le Mur et se massent près de la porte de Brandebourg accessible à tous, alors qu’on ne pouvait l’atteindre auparavant. Une impressionnante marée humaine sonne ainsi le glas de la guerre froide. .

Présent à Berlin, le violoncelliste virtuose Mstislav Rostropovitch, qui avait dû s’exiler à l’Ouest pour ses prises de position en URSS, vient encourager les démolisseurs (en allemand Mauerspechte, en français « piverts du mur ») en jouant du violoncelle au pied du Mur le 11 novembre. Cet événement, largement médiatisé, deviendra célèbre et sera l’un des symboles de la chute du bloc de l’Est.

Le 9 novembre a été évoqué pour devenir la fête nationale de l’Allemagne, d’autant qu’elle célèbre également la proclamation de la République en 1918, dans le cadre de la Révolution allemande de novembre 1918. Toutefois, c’est aussi la date anniversaire du putsch de la Brasserie mené par Adolf Hitler le 9 novembre 1923, ainsi que celle de la nuit de Cristal, le pogrom antijuif commis par les nazis le 9 novembre 1938. Le 3 octobre (jour de la réunification des deux Allemagne) lui a donc été préféré.

Voir enfin:

Les Hongrois et la chute du mur de Berlin
Du 11 septembre au 9 novembre 1989, deux mois qui ont fait l’Histoire
Luc Rosenzweig
Causeur
09 novembre 2014

Ce dimanche 9 novembre, les Allemands célèbrent le 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. À cette occasion, figurent parmi les invités le chef d’orchestre hongrois Iván Fischer et son compatriote Miklós Németh, dernier Premier ministre – réformateur – de la Hongrie dite communiste. Une participation active, puisqu’Iván Fischer improvisera un discours et dirigera le concert de gala donné à cette occasion au Konzerthaus de Berlin dont il est le directeur musical.

Car les Allemands n’oublient pas. Si, lors de cette mémorable nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre 1989, les jeunes Berlinois purent ouvrir des brèches dans le mur pour se retrouver enfin avec leurs frères de RDA, ils le doivent en partie aux Hongrois. Hongrois qui, quelques mois plus tôt, leur avaient ouvert la voie en cisaillant – en grande pompe devant les médias du monde entier – les barbelés du rideau de fer (27 juin) pour laisser finalement passer en Autriche les citoyens de RDA réfugiés sur leur territoire (11 septembre). 25 000 d’entre eux allaient ainsi franchir librement la frontière en moins de trois semaines pour rejoindre leurs proches de la RFA.

Résidant alors en Allemagne, je me souviens parfaitement de l’émotion qu’avait suscitée l’événement. Au point que le très prestigieux Karlspreis (Prix Charlemagne) fut remis dès l’année suivante en présence du chancelier Helmut Kohl à Gyula Horn, ministre hongrois des Affaires étrangères au moment des événements, dont le nom fut même donné aux rues de plusieurs villes d’Allemagne. Je revois également toutes ces Trabants débarquer les week-ends suivants à Francfort où je vivais.

Ces événements, désormais bien connus, ont été largement commentés et vont continuer à faire couler beaucoup d’encre. Probablement moins connus sont certains dessous de l’affaire récemment révélés par le principal acteur et le principal témoin des événements en Hongrie: Miklós Németh (alors chef du gouvernement) et son ambassadeur à Bonn István Horváth.

Tout au long du printemps et de l’été 1989, des ressortissants de RDA étaient, comme chaque année, venus passer leurs vacances en Hongrie (où ils pouvaient retrouver, le temps des vacances, leurs proches de RfA). A cette différence près que cette année, l’immense majorité d’entre eux refusa de rejoindre le pays où le régime d’Honecker se faisait de plus en plus dur. Résultat: plusieurs dizaines de milliers de citoyens de RDA se retrouvaient en Hongrie désoeuvrés et sans moyens financiers, donc à la charge de l’État hongrois. Budapest venait de signer la convention de Genève sur le droit d’asile pour défendre les Hongrois de Roumanie réfugiés en Hongrie. Le gouvernement hongrois s’est alors trouvé devant un dilemme: que faire de ces Allemands de l’Est qu’il n’était bien sûr pas question de renvoyer? Comment concilier les engagements de la Convention de Genève sur le Droit d’asile et les obligations du Pacte de Varsovie ?

Par ailleurs, sur un plan purement technique, les installations du rideau de fer avaient considérablement vieilli et étaient à refaire pour la somme de… 50 millions de dollars.

C’est alors que, sur la demande du gouvernement hongrois, une rencontre secrète avec Helmut Kohl et son ministre Genscher eut lieu le 25 août au château de Gilnitz, près de Bonn. Y étaient seuls présents: les deux chefs de gouvernement, leurs ministres des Affaires étrangères (Genscher et Horn) et leurs ambassadeurs.

Les Hongrois font alors part à Helmut Kohl du dilemme auquel ils sont confrontés avec le sort des ces près de 80 000 Allemands de l’Est. Considérant le problème comme germano-allemand, ils interrogent Kohl sur sa réaction éventuelle s’ils les laissent sortir. Ému, Kohl les remercie, assure qu il les acceuillera et demande à ses interlocuteurs hongrois ce qu’ils attendent de lui en échange. Les Hongrois, prudents, renoncent à tout marchandage direct, de peur de compromettre le projet. Et par principe, le Premier ministre hongrois se refuse à monnayer le passage à l’Ouest de ces réfugiés, comme – dit-il – l’avait fait sans scrupules Ceaucescu en Roumanie avec ses ressortissants juifs et saxons. Toutefois, face à une probable pénurie en combustibles, les Hongrois obtiennent de Kohl une importante fourniture de charbon.

Au préalable, une consultation avait eu lieu en mars pour tâter Gorbatchev sur leurs intentions d’ouvrir le parlement à un système pluraliste et d’ouvrir l’économie. Gorbatchev avait acquiescé (mais il n’avait pas encore été ouvertement question d’ouvrir la frontière). Sur le principe général, Gorbatchev déclarait ne pas vouloir se mêler des affaires hongroises (et allemandes), s’en tenant à la promesse laconique suivante: “Soyez assuré que, tant que je serai en poste, 56 ne se renouvellera pas”. Par contre, quant au désengagement de la présence militaire russe, Gorbatchev incita ses partenaires à la patience pour ne pas affaiblir sa position lors de négociations – alors en cours – sur le désarmement.

Fait peu connu, c’est dès le 3 mars. soit six mois avant son ouverture officielle que Miklós Németh ordonna le démantèlement du rideau de fer. Mais sans trop de précipitation pour ne rien compromettre en alertant trop rapidement l’opinion, quitte à laisser bien en vue de la presse un tronçon de frontière en l’état.

La suite des événements, nous la connaissons.

COMPLEMENT:

Tous les murs ne sont pas honteux
Commémorations et manipulations de l’Histoire
Causeur
12 novembre 2014

Mots-clés : Chine, Helmut Kohl, Israël, Mikhaïl Gorbatchev, Mur de Berlin, Winston Churchill

Les commémorations sont  révélatrices de l’état d’esprit d’un lieu et d’une époque : elles servent moins à transmettre aux contemporains les vérités du passé qu’à conforter les mythes et les préjugés des acteurs du temps présent. Celle qui vient de se dérouler à l’occasion de la célébration du vingt-cinquième anniversaire de l’ouverture (et non la chute) du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 ne déroge pas, hélas, à cette règle.

Ceux qui n’étaient pas nés, ou trop jeunes pour percevoir le sens des événements survenus dans cette année charnière, sont aujourd’hui invités, par le bruit médiatique orchestré autour de cette commémoration, à penser que les Allemands de l’est, massés devant le «  mur de la honte » un beau soir de novembre, ont réussi à renverser l’ordre du monde issu de Yalta.

L’ouverture du mur serait dont la cause, et non la conséquence de la défaite historique du « socialisme réellement existant », dans laquelle l’Allemagne et son peuple auraient joué un rôle décisif. Tous les historiens sérieux savent que cela est faux, mais quel poids ont-ils face aux images qui symbolisent cet événement (ruée des Est-allemands vers Berlin-Ouest, Rostropovitch jouant du violoncelle devant le mur…) ?

S’il faut fixer une date marquant l’ouverture du rideau de fer dénoncé dès sa mise en place, en 1946, par Winston Churchill, c’est plutôt celle du 10 septembre 1989, lorsque le gouvernement communiste hongrois, dirigé par Miklos Nemeth, décida d’ouvrir totalement sa frontière avec l’Autriche. Pierre Waline a rappelé utilement ce point d’histoire à ceux qui l’auraient oublié…Cette mesure, qui permettait aux citoyens de la RDA de se rendre sans entraves à l’ouest, minait plus sûrement l’édifice berlinois que les maigres manifestations de dissidents contestant le pouvoir absolu d’Erich Honecker et de la Stasi. Sur le plan politique, un autre mur, celui de la théorie léniniste du rôle dirigeant de la classe ouvrière et de son parti, venait de voler en éclats en Pologne : pour la première fois depuis la Révolution d’octobre, un parti communiste et ses séides avaient été contraints de quitter le pouvoir pour faire place, en août 1989, à un gouvernement dominé par les partisans de Solidarnosc, dirigé par Tadeusz Mazowiecki. Ce n’est pas un hasard, si le 9 novembre 1989, le chancelier allemand Helmut Kohl se trouvait à Varsovie, négociant avec Mazowiecki l’amélioration du statut des quelques milliers d’Allemands ethniques restés en Pologne après l’amputation et l’attribution, en 1945, à la Pologne des provinces allemandes de Silésie, Poméranie et Prusse orientale… Si l’on me permet de faire un brin d’ego histoire, j’en veux encore à ce brave Helmut Kohl d’avoir abandonné brusquement à Varsovie la délégation de journalistes et d’hommes d’affaires qui l’accompagnait, et dont je faisais partie, pour s’envoler vers Berlin dès que la nouvelle de l’ouverture du mur fut annoncée…

Cette défaite du communisme n’est pas tombée du ciel, pas plus qu’elle n’a été l’œuvre d’un seul homme touché par la grâce, Mikhaïl Gorbatchev. La guerre froide, fruit de l’équilibre de la terreur instauré par la dissuasion nucléaire, avait déplacé l’affrontement « chaud » vers des champs de batailles exotiques, où le camp communiste avait volé de victoires en victoires : de la prise de pouvoir par Mao Zedong en Chine à la débâcle américaine au Vietnam, en passant par la révolution castriste à Cuba, la roue de l’Histoire semblait inexorablement tourner en faveur des héritiers de Marx et de Lénine. Les révoltes populaires hongroises, polonaises et tchécoslovaques avaient été écrasées par les chars russes (ou, pour la Pologne, par la simple menace de leur intervention). La stratégie occidentale se fondait sur un respect scrupuleux du statu quo en Europe, expliquée abruptement par Claude Cheysson, ministre des affaires étrangères de François Mitterrand : interrogé à la télévision en décembre 1981 sur une éventuelle réaction la prise de pouvoir en Pologne par le général Jaruzelski, il s’exclama : «  Bien entendu, nous ne ferons rien ! ».

Le tournant décisif fut opéré par Ronald Reagan, et sa conception manichéenne d’une politique extérieure américaine axée sur la lutte contre « l’empire du mal ». Bravant les foules pacifistes allemandes, il imposa, avec l’aide de François Mitterrand, le stationnement des euromissiles en Europe en 1983. Quelques années plus tard, se risqua au fabuleux coup de poker stratégique de «  la guerre des étoiles », projet de militarisation de l’espace, à vrai dire assez fumeux, mais pris au sérieux par le nouveau maître de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev. Ce dernier, affaibli par l’enlisement de l’armée rouge en Afghanistan, et la catastrophe de Tchernobyl n’eut alors plus qu’un seul objectif : sauver ce qui pouvait l’être du pouvoir soviétique, fut-ce au prix de l’abandon des camarades au pouvoir dans le glacis occidental de l’empire… Ronald Reagan trouva un allié incarnant le « soft power » anticommuniste en la personne de Karol Wojtyla, alias Jean Paul II, dont l’accession à la papauté allait sauver l’opposition polonaise de la désespérance. Ni l’un, ni l’autre ne furent distingués par le prix Nobel de la paix, ce qui relève d’une injustice flagrante, au regard de ce qui survint plus tard, lorsqu’il fut décerné à un Barack Obama quelques mois seulement après son accession à la Maison blanche…

Le caractère emblématique du mur de Berlin permet aussi une disqualification éthique de tous les édifices, en béton ou non, visant à rendre étanche des frontières. Tout mur, ou obstacle physique à la libre circulation des humains, serait « honteux », selon les tenants de l’idéologie droits-de-l’hommiste intégrale : honteux le grillage entourant Ceuta et Mellila, honteux la barrière anti-immigration à la frontière sud des Etats-Unis, honteuse, enfin, la barrière de sécurité érigée entre Israël et les Territoires palestiniens. Seuls la  Grande Muraille de Chine et les restes du « limes » romain échappent à cet opprobre, car il y a prescription … Cet amalgame fait bon marché du caractère singulier, et historiquement inédit de la frontière interallemande entre 1961 et 1989 : une barrière étanche non pas destinée à protéger un Etat et une population des agressions extérieures, ou de migrations non désirées, mais un garrot pour arrêter l’hémorragie de ses propres citoyens ! Si honte il doit y avoir à propos des barrières frontalières modernes, ne serait-elle pas à mettre sur le compte des régimes et des potentats incapables de fournir à leurs sujets ou citoyens des perspectives de vie acceptables dans leur pays natal ? Est-il scandaleux de créditer les bâtisseurs de murs d’une certaine sagesse lorsque ceux-ci, comme la barrière de sécurité israélienne, conçue et mise en œuvre par Ariel Sharon est aussi, au delà dont son utilité sécuritaire immédiate, un signal d’autolimitation de ses prétentions territoriales ? Il y a très, très longtemps, les Hans édifièrent la plus imposante muraille jamais construite sur Terre pour se protéger des Xionju, ancêtres des Huns et des Turcs, qui s’empressèrent alors de dévaster l’Occident, pendant que la Chine développait la civilisation la plus avancée de l’époque. Et les Chinois d’aujourd’hui, totalement immunisés contre le virus de la repentance, en sont plutôt fiers.


Mort de Rémi Fraisse: Attention, une victime peut en cacher bien d’autres (Warning: inequalities may not be where they seem)

7 novembre, 2014
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/12/Kustodiyev_bolshevik.JPG
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/11/World_Income_Gini_Map_%282013%29.svg/800px-World_Income_Gini_Map_%282013%29.svg.png
Les fascistes de demain s’appelleront eux-mêmes antifascistes. Winston Churchill
Le coefficient de Gini est une mesure statistique de la dispersion d’une distribution dans une population donnée, développée par le statisticien italien Corrado Gini. Le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l’égalité parfaite et 1 signifie l’inégalité totale. Ce coefficient est très utilisé pour mesurer l’inégalité des revenus dans un pays. (…) Les pays les plus égalitaires ont un coefficient de l’ordre de 0,2 (Danemark, Suède, Japon, République tchèque…). Les pays les plus inégalitaires au monde ont un coefficient de 0,6 (Brésil, Guatemala, Honduras…). En France, le coefficient de Gini est de 0,2891. La Chine devient un des pays les plus inégalitaires du monde avec un indice s’élevant à 0.61 en 2010 selon le Centre d’enquête et de recherche sur les revenus des ménages (institut dépendant de la banque centrale chinoise). Le coefficient de Gini est principalement utilisé pour mesurer l’inégalité de revenu, mais peut aussi servir à mesurer l’inégalité de richesse ou de patrimoine. Le coefficient de Gini en économie est souvent combiné avec d’autres données. Se situant dans le cadre de l’étude des inégalités, il va de pair avec la politique. Ses liens avec l’indicateur démocratique (élaboré par des chercheurs, entre -2.5 au pire et +2.5 au mieux) sont réels mais pas automatiques. Wikipedia
The trend of modern times appears to indicate that citizens of democracies are willing heedlessly to surrender their freedoms to purchase social equality (along with economic security), apparently oblivious of the consequences. And the consequences are that their ability to hold on to and use what they earn and own, to hire and fire at will, to enter freely into contracts, and even to speak their mind is steadily being eroded by governments bent on redistributing private assets and subordinating individual rights to group rights. The entire concept of the welfare state as it has evolved in the second half of the twentieth century is incompatible with individual liberty, for it allows various groups with common needs to combine and claim the right to satisfy them at the expense of society at large, in the process steadily enhancing the power of the state which acts on their behalf.  Richard Pipes (“Property and Freedom”, 2000)
It was one of the fastest decimations of an animal population in world history—and it had happened almost entirely in secret. The Soviet Union was a party to the International Convention for the Regulation of Whaling, a 1946 treaty that limited countries to a set quota of whales each year. By the time a ban on commercial whaling went into effect, in 1986, the Soviets had reported killing a total of 2,710 humpback whales in the Southern Hemisphere. In fact, the country’s fleets had killed nearly 18 times that many, along with thousands of unreported whales of other species. It had been an elaborate and audacious deception: Soviet captains had disguised ships, tampered with scientific data, and misled international authorities for decades. In the estimation of the marine biologists Yulia Ivashchenko, Phillip Clapham, and Robert Brownell, it was “arguably one of the greatest environmental crimes of the 20th century.” It was also a perplexing one. Environmental crimes are, generally speaking, the most rational of crimes. The upsides are obvious: Fortunes have been made selling contraband rhino horns and mahogany or helping toxic waste disappear, and the risks are minimal—poaching, illegal logging, and dumping are penalized only weakly in most countries, when they’re penalized at all. The Soviet whale slaughter followed no such logic. Unlike Norway and Japan, the other major whaling nations of the era, the Soviet Union had little real demand for whale products. Once the blubber was cut away for conversion into oil, the rest of the animal, as often as not, was left in the sea to rot or was thrown into a furnace and reduced to bone meal—a low-value material used for agricultural fertilizer, made from the few animal byproducts that slaughterhouses and fish canneries can’t put to more profitable use. Charles Homans
A l’image d’Astérix défendant un petit bout périphérique de Bretagne face à un immense empire, les opposants au barrage de Sivens semblent mener une résistance dérisoire à une énorme machine bulldozerisante qui ravage la planète animée par la soif effrénée du gain. Ils luttent pour garder un territoire vivant, empêcher la machine d’installer l’agriculture industrialisée du maïs, conserver leur terroir, leur zone boisée, sauver une oasis alors que se déchaîne la désertification monoculturelle avec ses engrais tueurs de sols, tueurs de vie, où plus un ver de terre ne se tortille ou plus un oiseau ne chante. Cette machine croit détruire un passé arriéré, elle détruit par contre une alternative humaine d’avenir. Elle a détruit la paysannerie, l’exploitation fermière à dimension humaine. Elle veut répandre partout l’agriculture et l’élevage à grande échelle. Elle veut empêcher l’agro-écologie pionnière. Elle a la bénédiction de l’Etat, du gouvernement, de la classe politique. Elle ne sait pas que l’agro-écologie crée les premiers bourgeons d’un futur social qui veut naître, elle ne sait pas que les « écolos » défendent le « vouloir vivre ensemble ». Elle ne sait pas que les îlots de résistance sont des îlots d’espérance. Les tenants de l’économie libérale, de l’entreprise über alles, de la compétitivité, de l’hyper-rentabilité, se croient réalistes alors que le calcul qui est leur instrument de connaissance les aveugle sur les vraies et incalculables réalités des vies humaines, joie, peine, bonheur, malheur, amour et amitié. Le caractère abstrait, anonyme et anonymisant de cette machine énorme, lourdement armée pour défendre son barrage, a déclenché le meurtre d’un jeune homme bien concret, bien pacifique, animé par le respect de la vie et l’aspiration à une autre vie.  A part les violents se disant anarchistes, enragés et inconscients saboteurs, les protestataires, habitants locaux et écologistes venus de diverses régions de France, étaient, en résistant à l’énorme machine, les porteurs et porteuses d’un nouvel avenir. Le problème du barrage de Sivens est apparemment mineur, local. Mais par l’entêtement à vouloir imposer ce barrage sans tenir compte des réserves et critiques, par l’entêtement de l’Etat à vouloir le défendre par ses forces armées, allant jusqu’à utiliser les grenades, par l’entêtement des opposants de la cause du barrage dans une petite vallée d’une petite région, la guerre du barrage de Sivens est devenue le symbole et le microcosme de la vraie guerre de civilisation qui se mène dans le pays et plus largement sur la planète. (…) Pire, il a fait silence officiel embarrassé sur la mort d’un jeune homme de 21 ans, amoureux de la vie, communiste candide, solidaire des victimes de la terrible machine, venu en témoin et non en combattant. Quoi, pas une émotion, pas un désarroi ? Il faut attendre une semaine l’oraison funèbre du président de la République pour lui laisser choisir des mots bien mesurés et équilibrés alors que la force de la machine est démesurée et que la situation est déséquilibrée en défaveur des lésés et des victimes. Ce ne sont pas les lancers de pavés et les ­vitres brisées qui exprimeront la cause non violente de la civilisation écologisée dont la mort de Rémi Fraisse est devenue le ­symbole, l’emblème et le martyre. C’est avec une grande prise de conscience, capable de relier toutes les initiatives alternatives au productivisme aveugle, qu’un véritable hommage peut être rendu à Rémi Fraisse. Edgar Morin
Est-ce que ces policiers se sont cantonnés à se déguiser en casseur ou est-ce qu’ils sont allés un peu plus loin ? Olivier Besancenot
Mais les policiers pris dans la tourmente ont un argument de poids. Preuve à l’appui, ils expliquent que les manifestants n’hésitent plus à publier les photos de leurs visages sur des sites « anti-flics » et que se masquer est le seul moyen pour eux de ne pas être identifiés. RTL
Depuis début septembre, les heurts entre forces de l’ordre et zadistes ont été particulièrement violents, au point que 56 policiers et gendarmes ont été blessés. La préfecture du Tarn a tenu plusieurs réunions avec les organisateurs de la manifestation dans un esprit de calme et, parallèlement, le ministre de l’Intérieur n’a cessé de donner des consignes d’apaisement. Malgré cela, nous avons très vite compris qu’une frange radicale de casseurs viendrait se mêler aux manifestants pacifiques. (…) Le préfet du Tarn, qui détient l’autorité publique, a fait appel aux forces de gendarmerie car il y avait des risques d’affrontement avec des contre-manifestants favorables au barrage. Il y avait aussi la crainte de voir des casseurs se rendre dans la ville proche de Gaillac. Enfin il fallait éviter le « piégeage » du site qui aurait compromis la reprise des travaux. (…) Ces munitions ne peuvent être utilisées que dans deux situations : soit à la suite de violences à l’encontre des forces de l’ordre, soit pour défendre la zone liée à la mission confiée aux gendarmes. Il faut que le chef du dispositif donne son aval à son utilisation, et celui-ci a donné l’ordre en raison des menaces qui pesaient sur les effectifs. Le tireur est un gradé et agit sur ordre de son commandant, après que les sommations d’usage ont été faites. Donc, je maintiens qu’il n’y a pas eu de faute de la part du gradé qui a lancé cette grenade.(…) Entre minuit et 3 heures du matin, ce sont 23 grenades qui ont été lancées. Environ 400 le sont tous les ans, c’est dire que les affrontements ont été particulièrement violents. J’ai vu des officiers, présents dans la gendarmerie depuis trente ans, qui m’ont dit ne jamais avoir vu un tel niveau de violence. Nous sommes face à des gens qui étaient présents pour « casser » du gendarme. Général Denis Favier (directeur général de la gendarmerie nationale)
Tanzania … with a relatively low Gini of 35 may be less egalitarian than it appears since measured inequality lies so close to (or indeed above) its inequality possibility frontier. … On the other hand, with a much higher Gini of almost 48, Malaysia … has extracted only about one-half of maximum inequality, and thus is farther away from the IPF. (…)  As a country becomes richer, its feasible inequality expands. Consequently, if recorded inequality is stable, the inequality extraction ratio must fall; and even if recorded inequality goes up, the ratio may not. Branko Milanovic
Branko Milanovic, Peter H. Lindert, Jeffrey G. Williamson (…) develop two new interesting concepts: the inequality possibility frontier, which sets the limit of possible inequality, and the extraction ratio, the ratio between the feasible maximum and the actual level of inequality. The idea in a nutshell is that the higher a society’s mean income, the more there is for the ruling class possibly to take. So how much of that have they actually been taking historically, and how does it differ from today?  Amidst a great deal of interesting discussion of the problems inherent in estimating incomes and their distribution in ye olden times, Messrs Milanovic, Lindert, and Williamson find that the extraction ratio in pre-industrial societies of yore were much higher than in pre-industrial nations today, although their actual levels of inequality (as measured by the Gini coefficient) are very similar. A really, really poor country may have a low level of actual inequality, since even the rich have so little. But they may have nevetheless taken all they can get from the less powerful. A richer and nominally less equal place may also be rather less bandit-like; the powerful could hoard more, but they don’t. Because potential and actual inequality come apart, measured actual inequality may therefore tell us less than we think. The Economist
Marx and Engels were pretty good economic reporters. Surveying the economic history literature, Milanovic finds that between 1800 and 1849, the wage of an unskilled laborer in India, one of the poorest countries at the time, was 30 percent that of an equivalent worker in England, one of the richest. Here is another data point: in the 1820s, real wages in the Netherlands were just 70 percent higher than those in the Yangtze Valley in China. But Marx and Engels did not do as well as economic forecasters. They predicted that oppression of the proletariat would get worse, creating an international – and internationally exploited – working class. Instead, Milanovic shows that over the subsequent century and a half, industrial capitalism hugely enriched the workers in the countries where it flourished – and widened the gap between them and workers in those parts of the world where it did not take hold. One way to understand what has happened, Milanovic says, is to use a measure of global inequality developed by François Bourguignon and Christian Morrisson in a 2002 paper. They calculated the global Gini coefficient, a popular measure of inequality, to have been 53 in 1850, with roughly half due to location – or inequality between countries – and half due to class. By Milanovic’s calculation, the global Gini coefficient had risen to 65.4 by 2005. The striking change, though, is in its composition: 85 percent is due to location, and just 15 percent due to class. Comparable wages in developed and developing countries are another way to illustrate the gap. Milanovic uses the 2009 global prices and earnings report compiled by UBS, the Swiss bank. This showed that the nominal after-tax wage for a building laborer in New York was $16.60 an hour, compared with 80 cents in Beijing, 60 cents in Nairobi and 50 cents in New Delhi, a gap that is orders of magnitude greater than the one in the 19th century. Interestingly, at a time when unskilled workers are the ones we worry are getting the rawest deal, the difference in earnings between New York engineers and their developing world counterparts is much smaller: engineers earn $26.50 an hour in New York, $5.80 in Beijing, $4 in Nairobi and $2.90 in New Delhi. Milanovic has two important takeaways from all of this. The first is that in the past century and a half, « the specter of communism » in the Western world « was exorcised » because industrial capitalism did such a good job of enriching the erstwhile proletariat. His second conclusion is that the big cleavage in the world today is not between classes within countries, but between the rich West and the poor developing world. As a result, he predicts « huge migratory pressures because people can increase their incomes several-fold if they migrate. » I wonder, though, if the disparity Milanovic documents is already creating a different shift in the global economy. Thanks to new communications and transportation technologies, and the opening up of the world economy, immigration is not the only way to match cheap workers from developing economies with better-paid jobs in the developing world. Another way to do it is to move jobs to where workers live. Economists are not the only ones who can read the UBS research – business people do, too. And some of them are concluding, as one hedge fund manager said at a recent dinner speech in New York, that « the low-skilled American worker is the most overpaid worker in the world. » At a time when Western capitalism is huffing and wheezing, Milanovic’s paper is a vivid reminder of how much it has accomplished. But he also highlights the big new challenge – how to bring the rewards of capitalism to the workers of the developing world at a time when the standard of living of their Western counterparts has stalled. Chrystia Freeland
At a very basic, agrarian level of development, Milanovic explains, people’s incomes are relatively equal; everyone is living at or close to subsistence level. But as more advanced technologies become available and enable workers to differentiate their skills, a gulf between rich and poor becomes possible. This section also gingerly approaches the contentious debate over whether inequality is good or bad for economic growth, but ultimately quibbles with the question itself. “There is ‘good’ and ‘bad’ inequality,” Milanovic writes, “just as there is good and bad cholesterol.” The possibility of unequal economic outcomes motivates people to work harder, he argues, although at some point it can lead to the preservation of acquired positions, which causes economies to stagnate. In his second and third essays, Milanovic switches to his obvious passion: inequality around the world. These sections encourage readers to better appreciate their own living standards and to think more skeptically about who is responsible for their success. As Milanovic notes, an astounding 60 percent of a person’s income is determined merely by where she was born (and an additional 20 percent is dictated by how rich her parents were). He also makes interesting international comparisons. The typical person in the top 5 percent of the Indian population, for example, makes the same as or less than the typical person in the bottom 5 percent of the American population. That’s right: America’s poorest are, on average, richer than India’s richest — extravagant Mumbai mansions notwithstanding. It is no wonder then, Milanovic says, that so many from the third world risk life and limb to sneak into the first. A recent World Bank survey suggested that “countries that have done economically poorly would, if free migration were allowed, remain perhaps without half or more of their populations.” Catherine Rampell
Considérez le mouvement actuel des indignados, le mouvement des (comme le slogan le dit) « 99% contre le 1% ». Mais si l’on demande où, dans la distribution du revenu mondiale, se trouvent ces « 99% » qui manifestent dans les pays riches, nous trouvons qu’ils sont dans la position supérieure de la distribution du revenu mondiale, disons, autour du 80e percentile. En d’autres mots, ils sont plus riches que les 4/5e des individus vivant dans le monde. Ceci étant, ce n’est pas un argument pour dire qu’ils ne devraient pas manifester, mais ce fait empirique soulève immédiatement la question suivante, celle dont traitent les philosophes politiques. Supposons, pas tout à fait de manière irréaliste, que la mondialisation marche de telle façon qu’elle augmente les revenus de certains parmi ces « autres » 4/5e de l’humanité, ceux vivant en Chine, en Inde, en Afrique, et qu’elle réduit les revenus de ceux qui manifestent dans les rues des pays riches. Que devrait être la réponse à cela ? Devrions-nous considérer ce qui est meilleur pour le monde dans son entièreté, et dire ainsi à ces « 99% » : « vous autres, vous êtes déjà riches selon les standards mondiaux, laissez maintenant quelques autres, qui sont prêts à faire votre travail pour une fraction de l’argent que vous demandez, le faire, et améliorer ce faisant leur sort d’un rien, gagner un accès à l’eau potable ou donner naissance sans danger, par exemple, des choses que vous avez déjà et tenez pour acquises ». Ou bien, devrions-nous dire au contraire que la redistribution doit d’abord avoir lieu dans chaque pays individuellement, c’est-à-dire que l’on redistribue l’argent depuis le 1% le plus riche vers les autres 99% dans le même pays, et, seulement une fois cela accompli, pourrions-nous commencer à envisager ce qui devrait se faire à l’échelle mondiale ? Un optimum global serait ainsi atteint quand chaque pays prendrait soin de lui-même au mieux en premier lieu. Cette dernière position, où l’optimum global n’existe pas en tant que tel mais est le « produit » des optimums nationaux, est la position de John Rawls. La précédente, qui considère l’intérêt de tous sans se préoccuper des pays individuellement, est celle de philosophes politiques plus radicaux. Mais, comme on le voit, prendre une position ou l’autre a des conséquences très différentes sur notre attitude envers la mondialisation ou les revendications des mouvements comme les indignados ou Occupy Wall Street.
Nous sommes souvent pessimistes ou même cyniques quant à la capacité des politiciens d’offrir du changement. Mais notez que cette capacité, en démocratie, dépend de ce que la population veut. Aussi, peut-être devrions-nous nous tourner davantage vers nous-mêmes que vers les politiciens pour comprendre pourquoi changer le modèle économique actuel est si difficile. Malgré plusieurs effets négatifs du néolibéralisme (que j’ai mentionnés plus haut), un large segment de la population en a bénéficié, et même certains parmi ceux qui n’y ont pas gagné « objectivement » ont totalement internalisé ses valeurs. Il semble que nous voulions tous une maison achetée sans acompte, nous achetons une deuxième voiture si nous obtenons un crédit pas cher, nous avons des factures sur nos cartes de crédit bien au-delà de nos moyens, nous ne voulons pas d’augmentation des prix de l’essence, nous voulons voyager en avion même si cela génère de la pollution, nous mettons en route la climatisation dès qu’il fait plus de vingt-cinq degrés, nous voulons voir tous les derniers films et DVDs, nous avons plusieurs postes de télévision dernier cri, etc. Nous nous plaignons souvent d’un emploi précaire mais nous ne voulons renoncer à aucun des bénéfices, réels ou faux, qui dérivent de l’approche Reagan/Thatcher de l’économie. Quand une majorité suffisante de personnes aura un sentiment différent, je suis sûr qu’il y aura des politiciens qui le comprendront, et gagneront des élections avec ce nouveau programme (pro-égalité), et le mettront même en œuvre. Les politiciens sont simplement des entrepreneurs : si des gens veulent une certaine politique, ils l’offriront, de la même manière qu’un établissement vous proposera un café gourmet pourvu qu’un nombre suffisant parmi nous le veuille et soit prêt à payer pour cela.
L’inégalité globale, l’inégalité entre les citoyens du monde, est à un niveau très élevé depuis vingt ans. Ce niveau est le plus élevé, ou presque, de l’histoire : après la révolution industrielle, certaines classes, et puis certaines nations, sont devenues riches et les autres sont restées pauvres. Cela a élevé l’inégalité globale de 1820 à environ 1970-80. Après cela, elle est restée sans tendance claire, mais à ce niveau élevé. Mais depuis les dix dernières années, grâce aux taux de croissance importants en Chine et en Inde, il se peut que nous commencions à voir un déclin de l’inégalité globale. Si ces tendances se poursuivent sur les vingt ou trente prochaines années, l’inégalité globale pourrait baisser substantiellement. Mais l’on ne devrait pas oublier que cela dépend crucialement de ce qui se passe en Chine, et que d’autres pays pauvres et populeux comme le Nigeria, le Bangladesh, les Philippines, le Soudan, etc., n’ont pas eu beaucoup de croissance économique. Avec la croissance de leur population, il se peut qu’ils poussent l’inégalité globale vers le haut. D’un autre côté, le monde est plus riche aujourd’hui qu’à n’importe quel autre moment dans l’histoire. Il n’y a aucun doute sur ce point. Le 20e siècle a été justement appelé par [l’historien britannique] Eric Hosbawm « le siècle des extrêmes » : jamais des progrès aussi importants n’avaient été réalisés auparavant pour autant de monde, et jamais autant de monde n’avait été tué et exterminé par des idéologies extrêmes. Le défi du 21e siècle est de mettre fin à ce dernier point. Mais les développements de la première décennie de ce siècle n’ont pas produit beaucoup de raisons d’être optimiste.
Il y a trois moyens pour s’y prendre. Le premier est une plus grande redistribution du monde riche vers le monde pauvre. Mais l’on peut aisément écarter ce chemin. L’aide au développement officielle totale est un peu au-dessus de 100 milliards de dollars par an, ce qui est à peu près équivalent à la somme payée en bonus pour les « bonnes performances » par Goldman Sachs depuis le début de la crise. De telles sommes ne seront pas une solution à la pauvreté mondiale ou à l’inégalité globale, et de plus, ces fonds vont diminuer dans la mesure où le monde riche a du mal à s’extraire de la crise. La deuxième manière consiste à accélérer la croissance dans les pays pauvres, et l’Afrique en particulier. C’est en fait la meilleure façon de s’attaquer à la pauvreté et à l’inégalité tout à la fois. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Même si la dernière décennie a été bonne généralement pour l’Afrique, le bilan global pour l’ère post-indépendance est mauvais, et dans certains cas, catastrophiquement mauvais. Ceci étant, je ne suis pas tout à fait pessimiste. L’Afrique sub-saharienne a commencé à mettre de l’ordre dans certains de ses problèmes, et pourrait continuer à avoir des taux de croissance relativement élevés. Cependant, le fossé entre les revenus moyens d’Afrique et d’Europe est désormais si profond, qu’il faudrait quelques centaines d’années pour l’entamer significativement. Ce qui nous laisse une troisième solution pour réduire les disparités globales : la migration. En principe, ça n’est pas différent du fait d’accélérer la croissance du revenu dans un quelconque pays pauvre. La seule différence – mais politiquement c’est une différence significative – est qu’une personne pauvre améliore son sort en déménageant ailleurs plutôt qu’en restant là où elle est née. La migration est certainement l’outil le plus efficace pour la réduction de l’inégalité globale. Ouvrir les frontières de l’Europe et des États-Unis permettrait d’attirer des millions de migrants et leurs niveaux de vie s’élèveraient. On voit cela tous les jours à une moindre échelle, mais on l’a vu également à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, quand les migrations étaient deux à cinq fois supérieures (en proportion de la population d’alors) à aujourd’hui. La plupart de ceux qui migraient augmentaient leurs revenus. Cependant il y a deux problèmes importants avec la migration. Premièrement, cela mènerait à des revenus plus bas pour certaines personnes vivant dans les pays d’accueil, et elles utiliseraient (comme elles le font actuellement) tous les moyens politiques pour l’arrêter. Deuxièmement, cela crée parfois un « clash des civilisations » inconfortable quand des normes culturelles différentes se heurtent les unes aux autres. Cela produit un retour de bâton, qui est évident aujourd’hui en Europe. C’est une réaction compréhensible, même si beaucoup d’Européens devraient peut-être réfléchir à l’époque où ils émigraient, que ce soit de manière pacifique ou de manière violente, vers le reste du monde, et combien ils y trouvaient des avantages. Il semble maintenant que la boucle soit bouclée : les autres émigrent vers l’Europe. Branko Milanovic

Attention: une victime peut en cacher bien d’autres !

En ce 97e anniversaire du coup d’Etat bolchévique qui lança une révolution et les flots de sang dont on attend toujours le Nuremberg

Et où, à l’occasion du décès accidentel d’un jeune militant écologiste contestant la construction d’un barrage dans le Tarn, nos zélotes de la philosophie la plus criminelle de l’histoire viennent jeter de l’huile sur le feu avec leurs insinuations conspirationnistes contre les forces de l’ordre

Pendant que nos philosophes auto-proclamés dénoncent la « guerre de civilisation » libérale qui aurait déclenché le « meurtre » (sic) d’un jeune « amoureux de la vie, communiste candide, solidaire des victimes de la terrible machine » …

Et que, dans nos écoles, pour défendre le droit des casseurs à attaquer la police à coup de cocktails molotov ou tout autre projectile potentiellement mortel,  des agents provocateurs issus du même mouvement criminel prennent en otage les études de nos enfants  …

Comment ne pas voir avec l’économiste serbo-américain Branko Milanovic …

Et derrière les indignations sélectives de nos enfants gâtés de Wall Street ou des plaines du Tarn …

Les véritables victimes de la mise au ban proposée …

D’un modèle capitaliste qui avec toutes ses tares n’a jamais sorti autant de monde de la pauvreté ?

Le Gini hors de la bouteille. Entretien avec Branko Milanovic
Branko Milanovic
Niels Planel
Sens public
23 novembre 2011

Résumé : Branko Milanovic compte sans doute parmi les spécialistes des inégalités les plus importants sur la scène internationale. Économiste à la Banque mondiale, il se penche sur les questions des disparités depuis plusieurs décennies. Dans son livre paru cette année, The Haves and the Have-Nots (Les nantis et les indigents), il réussit le tour de force de rendre accessibles au plus grand nombre des idées complexes sur les inégalités entre les individus, entre les pays, et entre les citoyens du monde dans un style attrayant. Pour ce faire, l’auteur illustre ses propos au travers de petites histoires (des « vignettes ») audacieuses et d’une incroyable originalité, dans lesquelles il répond à des questions fascinantes : les Romains prospères étaient-ils comparativement plus riches que les super riches d’aujourd’hui ? Dans quel arrondissement de Paris valait-il mieux vivre au 13e siècle, et qu’en est-il aujourd’hui ? Sur l’échelle de la redistribution du revenu au Kenya, où se situait le grand-père de Barack Obama ? Est-ce que le lieu de naissance influence le salaire que vous aurez au long d’une vie, et si oui, comment ? Qu’a gagné Anna Karénine à tomber amoureuse ? La Chine survivra-t-elle au mitan du siècle ? Qui a été la personne la plus riche au monde ? Reprenant également les travaux de Vilfredo Pareto, Karl Marx, Alexis de Tocqueville, John Rawls ou Simon Kuznets à une époque où la question des inégalités préoccupe de plus en plus, son ouvrage fait le pari d’éclairer un enjeu aussi ancien que passionnant. Branko Milanovic a accepté de répondre aux questions de Sens Public.

Sens Public – D’où votre intérêt pour le sujet des inégalités vous vient-il ?

Branco Milanovic – Depuis le lycée, et même depuis l’école élémentaire, j’étais toujours très intéressé par les enjeux sociaux. J’ai choisi l’économie précisément pour cela. C’était une science sociale et elle traitait de ce qui était probablement l’une des questions les plus importantes à l’époque : comment augmenter le revenu des gens, comment leur permettre de vivre de meilleures vies, dans de plus grands appartements, avec un accès à l’eau chaude, au chauffage, des rues mieux pavées, des trottoirs plus propres.

J’ai étudié dans ce qui était alors la Yougoslavie, qui avait un fort taux de croissance. Le bien être des gens (y compris celui de ma propre famille) augmentait chaque année ; atteindre un taux de croissance de 7-10% par an semblait presque normal. J’aimais l’économie empirique, et j’ai choisi les statistiques (dans le département d’économie). Dans les statistiques, on travaille beaucoup avec les questions de distributions. Et puis, soudainement, les deux intérêts que j’avais préservés, en l’état, dans deux compartiments séparés de mon cerveau, celui pour les enjeux sociaux, et celui pour les statistiques, se sont rejoints.

J’étais assez fasciné (j’avais alors vingt ou vingt-et-un ans), quand j’ai appris pour la première fois des choses au sujet du coefficient de Gini, Pareto ou de la distribution log-normale, et j’ai commencé à voir si les données sur les revenus que j’avais épouseraient la courbe. C’était une époque où l’on utilisait du papier et un stylo, une calculatrice à la main, pour chiffrer la taille de chaque groupe, leur part du revenu total, et pour appliquer une fonction statistique afin de voir si elle correspondait aux nombres ou non. Il me semblait que, d’une certaine manière, le secret de la façon dont l’argent est distribué parmi les individus, ou celui de la manière dont les sociétés sont organisées, apparaîtraient en face de moi. J’ai passé de nombreuses nuits à parcourir ces nombres. Je l’ai souvent préféré à aller dehors avec des amis.

S.P. – Combien de temps vous a pris l’écriture de votre livre sur l’inégalité, et où avez-vous puisé votre inspiration pour rédiger autant d’histoires aussi diverses (vos “vignettes”) ? Les économistes semblent souvent penser d’une manière très abstraite. En utilisant des exemples ancrés dans la vie quotidienne des gens (la littérature, l’histoire, etc.), quelle était votre intention ?

B.M. – Le livre a été rédigé en moins de cent jours, et cela inclut les jours où je ne pouvais pas écrire à cause d’autres choses que j’avais à faire, ou parce que je voyageais. Les meilleurs jours furent ceux où je rédigeais une, voire deux vignettes en moins de vingt-quatre heures. Ceci étant, toutes les idées pour les vignettes et les données requises existaient déjà. C’est pourquoi il m’a été possible d’écrire le livre aussi vite. C’est au cours des nombreuses années où je faisais un travail plus « sérieux » qu’une idée (qui deviendrait plus tard une « vignette ») me frappait, et je passais alors plusieurs heures ou journées à penser et calculer des choses pour lesquelles je ne voyais pas encore un moyen évident de publication. Le vrai défi a été de trouver un format qui permettrait de rassembler tous ces morceaux que j’aimais, et que les gens semblaient apprécier lorsque je les présentais à des conférences, dans un livre. Une fois que, avec l’éditeur de mon premier livre, Tim Sullivan, je parvins à la présente structure, où chaque sujet est introduit par un essai assez sérieux, assez académique, puis illustré par des vignettes, écrire le livre devint facile et vraiment plaisant. J’écris d’ordinaire facilement et rapidement et il me semble que je n’ai jamais rien écrit avec autant d’aise. Et je pense que cela se voit dans le texte.

J’ai tâché d’accomplir deux choses : prendre du plaisir en écrivant les vignettes, et montrer aux lecteurs que bien des concepts secs de l’économie n’ont pas pour sujet des « agents économiques » (comme on appelle les gens en économie), ou des « attentes rationnelles », ou des « marchés efficaces », etc., mais des personnes comme eux-mêmes, ou des personnes célèbres, ou des personnages de fiction. Et que, eux, les lecteurs, ont rarement fait cette transition, à savoir, réaliser que l’économie, et la distribution du revenu, ont vraiment pour sujet les gens, les personnes réelles : comment ils gagnent et perdent de l’argent, comment les riches influencent le processus politique, qui paye des impôts, pourquoi des pays prospèrent et déclinent, pourquoi ce sont toujours les mêmes équipes de football qui gagnent, et même comment une inégalité élevée a pu engendrer la crise actuelle. Ce sont là, je pense, des sujets qui nous concernent tous, fréquemment, au quotidien, et que les économistes rendent compliqués en utilisant un jargon impénétrable.

S.P. – En France, des écrivains comme Victor Hugo et Émile Zola ont produit une œuvre impressionnante sur les conditions sociales et les inégalités de leur époque. Et l’une des vignettes les plus fameuses de votre livre se fonde sur le roman de Tolstoï, Anna Karénine. Vous faites également référence à Orgueil et Préjugés, de Jane Austen… Est-ce que la littérature est un outil aussi efficace que l’économie pour comprendre, observer et expliquer les inégalités ? Et si oui, est-ce que la littérature est toujours une force puissante pour sensibiliser les gens aux inégalités dans le monde d’aujourd’hui, ou bien l’économie est-elle plus efficace pour cela ?

B.M. – La littérature européenne du 19e siècle, et la française en particulier, sont des trésors d’informations sur les sociétés européennes de l’époque et, de ce fait, sur la distribution du revenu. Les grands romans de cette période se préoccupaient de décrire les sociétés telles qu’elles étaient, de regarder les destins individuels dans le cadre d’ensemble de l’évolution sociale, et puisque l’argent jouait un rôle si important, les livres sont pleins de données détaillées sur les revenus, les salaires, le coût de la vie, le prix des choses, etc. C’est vrai de Victor Hugo (dont je connais moins bien les livres) mais bien sûr, également, de Zola et Balzac, ou Dickens. Je pense que la Comédie humaine de Balzac pourrait être aisément convertie en une étude empirique sur l’inégalité de revenu, et la mobilité sociale, au sein de la société française de l’époque. Balzac voyait bien sûr son œuvre comme un portrait de la société dans son ensemble. Orgueil et préjugés et Anna Karénine sont plus limités dans leur prisme (particulièrement le premier) mais ils se concentrent sur une chose qui me semble intéressante : le revenu au sommet de la pyramide de la richesse, les énormes différences de revenus entre ceux qui sont bien lotis et ceux qui sont extrêmement riches, et sur la position des femmes pour qui la seule voie vers une vie confortable et riche passait par le mariage. C’est pourquoi le mariage et l’argent, les « alliances » et les « mésalliances » avaient tant d’importance dans la littérature de l’époque.

Je ne connais pas bien la littérature d’aujourd’hui. Un changement clair me semble avoir eu lieu au cours du siècle dernier. L’objectif est moins de présenter une peinture de la société que de se concentrer sur les individus, leur vie intérieure. Je pense que par principe, une telle littérature est bien moins critique des arrangements sociaux, principalement parce qu’elle les considère comme acquis, ou, si elle est critique, les regarde comme reflétant un malaise humain de base, une condition humaine immuable. Pour prendre un exemple, j’ai aimé et presque tout lu de Sartre et Camus, mais vous ne trouverez presque aucun chiffre dans leurs livres sur combien untel gagne ou sur combien les choses coûtent. Ceci, malgré l’ostensible gauchisme politique de Sartre. De ce point de vue, Balzac était bien plus gauchiste que ce dernier. Pareillement, vous ne trouverez rien de tel dans les sept volumes de Proust malgré le fait que son œuvre est largement au sujet de la société et des changements de fortune (souvent, littéralement, des changements de richesses) parmi la classe aux plus hauts revenus. Mais savons-nous combien Mme de Guermantes gagne par an ? De combien est-elle plus riche que Swann ? Ou, d’ailleurs, quel est le revenu du père du narrateur ?

Je ne vois pas la littérature d’aujourd’hui comme une force puissante pour le changement. Je pense qu’elle a perdu l’importance qu’elle avait au 19e siècle en Europe, en Russie et aux États-Unis. Aujourd’hui, vous avez des hystéries au sujet de tel ou tel livre, et pas plutôt que le volume a été lu, ou plutôt semi-lu, il tombe dans l’oubli.

S.P. – Dans le paysage d’aujourd’hui, où voyez-vous les Tolstoï et les Austen – des auteurs et des artistes qui présentent une vue détaillée des inégalités ?

B.M. – Je pense que ce rôle a été « spécialisé » comme tant d’autres rôles dans les sociétés modernes. Il appartient maintenant aux économistes et aux philosophes politiques. Je vois ces deux groupes (combinés peut-être aux sociologues dans la mesure où ceux-ci sont désireux d’étudier des phénomènes sociaux sérieux plutôt que les menus détails du comportement humain) comme les personnes, peut-être mues par leurs intérêts professionnels, qui peuvent dire quelque chose au sujet des inégalités dans les sociétés où nous vivons. Et dire quelque chose qui ne soit pas simplement des « conjectures » ou des « sentiments », mais fondé sur une preuve empirique ou (dans le cas des philosophes politiques) sur une étude sérieuse et une analyse de la manière dont les sociétés peuvent ou devraient être organisées.

Pour être clair, j’aimerais donner un exemple. Considérez le mouvement actuel des indignados, le mouvement des (comme le slogan le dit) « 99% contre le 1% ». Mais si l’on demande où, dans la distribution du revenu mondiale, se trouvent ces « 99% » qui manifestent dans les pays riches, nous trouvons qu’ils sont dans la position supérieure de la distribution du revenu mondiale, disons, autour du 80e percentile. En d’autres mots, ils sont plus riches que les 4/5e des individus vivant dans le monde. Ceci étant, ce n’est pas un argument pour dire qu’ils ne devraient pas manifester, mais ce fait empirique soulève immédiatement la question suivante, celle dont traitent les philosophes politiques.

Supposons, pas tout à fait de manière irréaliste, que la mondialisation marche de telle façon qu’elle augmente les revenus de certains parmi ces « autres » 4/5e de l’humanité, ceux vivant en Chine, en Inde, en Afrique, et qu’elle réduit les revenus de ceux qui manifestent dans les rues des pays riches. Que devrait être la réponse à cela ? Devrions-nous considérer ce qui est meilleur pour le monde dans son entièreté, et dire ainsi à ces « 99% » : « vous autres, vous êtes déjà riches selon les standards mondiaux, laissez maintenant quelques autres, qui sont prêts à faire votre travail pour une fraction de l’argent que vous demandez, le faire, et améliorer ce faisant leur sort d’un rien, gagner un accès à l’eau potable ou donner naissance sans danger, par exemple, des choses que vous avez déjà et tenez pour acquises ». Ou bien, devrions-nous dire au contraire que la redistribution doit d’abord avoir lieu dans chaque pays individuellement, c’est-à-dire que l’on redistribue l’argent depuis le 1% le plus riche vers les autres 99% dans le même pays, et, seulement une fois cela accompli, pourrions-nous commencer à envisager ce qui devrait se faire à l’échelle mondiale ? Un optimum global serait ainsi atteint quand chaque pays prendrait soin de lui-même au mieux en premier lieu. Cette dernière position, où l’optimum global n’existe pas en tant que tel mais est le « produit » des optimums nationaux, est la position de John Rawls. La précédente, qui considère l’intérêt de tous sans se préoccuper des pays individuellement, est celle de philosophes politiques plus radicaux. Mais, comme on le voit, prendre une position ou l’autre a des conséquences très différentes sur notre attitude envers la mondialisation ou les revendications des mouvements comme les indignados ou Occupy Wall Street.

S.P. – Jusqu’à la fin, votre livre se refuse à entrer dans des considérations politiques sur l’inégalité. Quel est le rôle de la politique dans le combat ou le développement des inégalités ?

B.M. – Je voulais que mon livre reste relativement neutre par rapport à la politique d’aujourd’hui. Les livres de plaidoyer avec des titres longs et idiots ne font pas long feu. Ce sont des « éphémérides ». Qui se souvient aujourd’hui des livres qui, il y a vingt ans, nous mettaient en garde contre la prise de pouvoir mondiale du Japon et pressaient les gouvernements occidentaux de réagir ? Et avant cela, c’était l’OPEC, et encore avant cela, l’Union soviétique.

Réduire les inégalités sera un processus long et laborieux. Depuis la fin des années 1970, une large poussée des inégalités en Occident a eu lieu en conséquence d’un changement idéologique à l’avant-garde de laquelle se trouvaient des économistes comme Hayek et Friedman, et l’école de Chicago en général. Leurs prescriptions furent mises en œuvres par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. A la même époque, Deng Xiaoping, suivant la même idéologie (« être riche, c’est être glorieux »), initia des réformes néolibérales similaires en Chine. Et à bien des égards, les réformes en Occident et en Chine ont eu un succès extraordinaire.

Mais elles ont échoué à offrir une société plus heureuse. L’argent, très inégalement distribué, a alimenté la corruption, permis un mode de vie ostentatoire, a rendu triviaux les soucis liés à la pauvreté des autres au travers de fausses organisations-jouets détenues par les riches, a réduit les services sociaux de base dans lesquels l’idée de la citoyenneté était ancrée, comme l’éducation et la santé. Les sociétés occidentales sont devenues beaucoup plus riches, mais, pour reprendre la raillerie de Thatcher, elles sont devenues bien moins sociétés : elles sont souvent seulement des collections d’individus en compétition mutuelle. La Chine est devenue immensément plus riche qu’en 1978, mais c’est l’un des quelques pays dans le monde où les gens sont de moins en moins heureux année après année, selon la World Values Survey. Et les mêmes programmes néolibéraux, mis en œuvre en Russie, après avoir presque détruit le pays, ont conduit à des augmentations massives de la mortalité, ils ont détruit les liens sociaux et les ont remplacés par du cynisme et de l’anomie.

Aussi, pour défaire certains de ces développements, il nous faudra des années de changement. Qui plus est, on ne voit pas même à l’horizon comment ces demandes pour du changement peuvent être traduites dans le processus politique, et comment les politiciens peuvent les utiliser pour gagner des élections. Parce que, tant qu’ils ne les considéreront pas comme des stratégies gagnantes, ils n’iront pas vraiment, l’un après l’autre, concourir sur cette plateforme. Obama a été une grande déception de ce point de vue. Il était chargé d’un mandat massif pour le changement mais a fait peu de choses.

Nous sommes souvent pessimistes ou même cyniques quant à la capacité des politiciens d’offrir du changement. Mais notez que cette capacité, en démocratie, dépend de ce que la population veut. Aussi, peut-être devrions-nous nous tourner davantage vers nous-mêmes que vers les politiciens pour comprendre pourquoi changer le modèle économique actuel est si difficile. Malgré plusieurs effets négatifs du néolibéralisme (que j’ai mentionnés plus haut), un large segment de la population en a bénéficié, et même certains parmi ceux qui n’y ont pas gagné « objectivement » ont totalement internalisé ses valeurs.

Il semble que nous voulions tous une maison achetée sans acompte, nous achetons une deuxième voiture si nous obtenons un crédit pas cher, nous avons des factures sur nos cartes de crédit bien au-delà de nos moyens, nous ne voulons pas d’augmentation des prix de l’essence, nous voulons voyager en avion même si cela génère de la pollution, nous mettons en route la climatisation dès qu’il fait plus de vingt-cinq degrés, nous voulons voir tous les derniers films et DVDs, nous avons plusieurs postes de télévision dernier cri, etc. Nous nous plaignons souvent d’un emploi précaire mais nous ne voulons renoncer à aucun des bénéfices, réels ou faux, qui dérivent de l’approche Reagan/Thatcher de l’économie.

Quand une majorité suffisante de personnes aura un sentiment différent, je suis sûr qu’il y aura des politiciens qui le comprendront, et gagneront des élections avec ce nouveau programme (pro-égalité), et le mettront même en œuvre. Les politiciens sont simplement des entrepreneurs : si des gens veulent une certaine politique, ils l’offriront, de la même manière qu’un établissement vous proposera un café gourmet pourvu qu’un nombre suffisant parmi nous le veuille et soit prêt à payer pour cela.

S.P. – Est-ce que l’inégalité est devenue une devise commune dans le monde d’aujourd’hui, ou bien la prospérité est-elle davantage partagée que par le passé ?

B.M. – L’inégalité globale, l’inégalité entre les citoyens du monde, est à un niveau très élevé depuis vingt ans. Ce niveau est le plus élevé, ou presque, de l’histoire : après la révolution industrielle, certaines classes, et puis certaines nations, sont devenues riches et les autres sont restées pauvres. Cela a élevé l’inégalité globale de 1820 à environ 1970-80. Après cela, elle est restée sans tendance claire, mais à ce niveau élevé. Mais depuis les dix dernières années, grâce aux taux de croissance importants en Chine et en Inde, il se peut que nous commencions à voir un déclin de l’inégalité globale. Si ces tendances se poursuivent sur les vingt ou trente prochaines années, l’inégalité globale pourrait baisser substantiellement. Mais l’on ne devrait pas oublier que cela dépend crucialement de ce qui se passe en Chine, et que d’autres pays pauvres et populeux comme le Nigeria, le Bangladesh, les Philippines, le Soudan, etc., n’ont pas eu beaucoup de croissance économique. Avec la croissance de leur population, il se peut qu’ils poussent l’inégalité globale vers le haut.

D’un autre côté, le monde est plus riche aujourd’hui qu’à n’importe quel autre moment dans l’histoire. Il n’y a aucun doute sur ce point. Le 20e siècle a été justement appelé par [l’historien britannique] Eric Hosbawm « le siècle des extrêmes » : jamais des progrès aussi importants n’avaient été réalisés auparavant pour autant de monde, et jamais autant de monde n’avait été tué et exterminé par des idéologies extrêmes. Le défi du 21e siècle est de mettre fin à ce dernier point. Mais les développements de la première décennie de ce siècle n’ont pas produit beaucoup de raisons d’être optimiste.

S.P. – Quel serait le meilleur moyen de limiter les inégalités dans un monde globalisé ?

B.M. – Il y a trois moyens pour s’y prendre. Le premier est une plus grande redistribution du monde riche vers le monde pauvre. Mais l’on peut aisément écarter ce chemin. L’aide au développement officielle totale est un peu au-dessus de 100 milliards de dollars par an, ce qui est à peu près équivalent à la somme payée en bonus pour les « bonnes performances » par Goldman Sachs depuis le début de la crise. De telles sommes ne seront pas une solution à la pauvreté mondiale ou à l’inégalité globale, et de plus, ces fonds vont diminuer dans la mesure où le monde riche a du mal à s’extraire de la crise.

La deuxième manière consiste à accélérer la croissance dans les pays pauvres, et l’Afrique en particulier. C’est en fait la meilleure façon de s’attaquer à la pauvreté et à l’inégalité tout à la fois. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Même si la dernière décennie a été bonne généralement pour l’Afrique, le bilan global pour l’ère post-indépendance est mauvais, et dans certains cas, catastrophiquement mauvais. Ceci étant, je ne suis pas tout à fait pessimiste. L’Afrique sub-saharienne a commencé à mettre de l’ordre dans certains de ses problèmes, et pourrait continuer à avoir des taux de croissance relativement élevés. Cependant, le fossé entre les revenus moyens d’Afrique et d’Europe est désormais si profond, qu’il faudrait quelques centaines d’années pour l’entamer significativement.

Ce qui nous laisse une troisième solution pour réduire les disparités globales : la migration. En principe, ça n’est pas différent du fait d’accélérer la croissance du revenu dans un quelconque pays pauvre. La seule différence – mais politiquement c’est une différence significative – est qu’une personne pauvre améliore son sort en déménageant ailleurs plutôt qu’en restant là où elle est née. La migration est certainement l’outil le plus efficace pour la réduction de l’inégalité globale. Ouvrir les frontières de l’Europe et des États-Unis permettrait d’attirer des millions de migrants et leurs niveaux de vie s’élèveraient. On voit cela tous les jours à une moindre échelle, mais on l’a vu également à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, quand les migrations étaient deux à cinq fois supérieures (en proportion de la population d’alors) à aujourd’hui. La plupart de ceux qui migraient augmentaient leurs revenus.

Cependant il y a deux problèmes importants avec la migration. Premièrement, cela mènerait à des revenus plus bas pour certaines personnes vivant dans les pays d’accueil, et elles utiliseraient (comme elles le font actuellement) tous les moyens politiques pour l’arrêter. Deuxièmement, cela crée parfois un « clash des civilisations » inconfortable quand des normes culturelles différentes se heurtent les unes aux autres. Cela produit un retour de bâton, qui est évident aujourd’hui en Europe. C’est une réaction compréhensible, même si beaucoup d’Européens devraient peut-être réfléchir à l’époque où ils émigraient, que ce soit de manière pacifique ou de manière violente, vers le reste du monde, et combien ils y trouvaient des avantages. Il semble maintenant que la boucle soit bouclée : les autres émigrent vers l’Europe.

Entretien réalisé et traduit de l’anglais par Niels Planel.

Voir aussi:
Workers of the Western world
Chrystia Freeland
Reuters
Dec 2, 2011

(Reuters) – Branko Milanovic has some good news for the squeezed Western middle class – and also some bad news.

Good news first: The past 150 years have been an astonishing economic victory for the workers of the Western world. The bad news is that workers in the developing world have been left out, and their entry into the global economy will have complex and uneven consequences.

Milanovic’s first conclusion is contrarian, at least in its tone. After all, with unemployment in the United States at more than 9 percent and Europe struggling to muddle through its most serious economic crisis since the Second World War, Western workers are feeling anything but triumphant.

But one of the pleasures of Milanovic’s work is a point of view that is both wide and deep.

Milanovic, a World Bank economist who earned his doctorate in his native Yugoslavia, has an intuitively international frame of reference. Both qualities are in evidence in « Global Inequality: From Class to Location, From Proletarians to Migrants, » a working paper released this autumn by the World Bank Development Research Group.

Milanovic contends that the big economic story of the past 150 years is the triumph of the proletariat in the industrialized world. His starting point is 1848 when Europe was convulsed in revolution, industrialization was beginning to really bite, and Karl Marx and Friedrich Engels published the Communist Manifesto.

Their central assertion, Milanovic writes, was that capitalists (and their class allies, the landowners) exploited workers, and that the workers of the world were equally and similarly oppressed.

It turns out that Marx and Engels were pretty good economic reporters. Surveying the economic history literature, Milanovic finds that between 1800 and 1849, the wage of an unskilled laborer in India, one of the poorest countries at the time, was 30 percent that of an equivalent worker in England, one of the richest. Here is another data point: in the 1820s, real wages in the Netherlands were just 70 percent higher than those in the Yangtze Valley in China.

But Marx and Engels did not do as well as economic forecasters. They predicted that oppression of the proletariat would get worse, creating an international – and internationally exploited – working class.

Instead, Milanovic shows that over the subsequent century and a half, industrial capitalism hugely enriched the workers in the countries where it flourished – and widened the gap between them and workers in those parts of the world where it did not take hold.

One way to understand what has happened, Milanovic says, is to use a measure of global inequality developed by François Bourguignon and Christian Morrisson in a 2002 paper. They calculated the global Gini coefficient, a popular measure of inequality, to have been 53 in 1850, with roughly half due to location – or inequality between countries – and half due to class. By Milanovic’s calculation, the global Gini coefficient had risen to 65.4 by 2005. The striking change, though, is in its composition: 85 percent is due to location, and just 15 percent due to class.

Comparable wages in developed and developing countries are another way to illustrate the gap. Milanovic uses the 2009 global prices and earnings report compiled by UBS, the Swiss bank. This showed that the nominal after-tax wage for a building laborer in New York was $16.60 an hour, compared with 80 cents in Beijing, 60 cents in Nairobi and 50 cents in New Delhi, a gap that is orders of magnitude greater than the one in the 19th century.

Interestingly, at a time when unskilled workers are the ones we worry are getting the rawest deal, the difference in earnings between New York engineers and their developing world counterparts is much smaller: engineers earn $26.50 an hour in New York, $5.80 in Beijing, $4 in Nairobi and $2.90 in New Delhi.

Milanovic has two important takeaways from all of this. The first is that in the past century and a half, « the specter of communism » in the Western world « was exorcised » because industrial capitalism did such a good job of enriching the erstwhile proletariat. His second conclusion is that the big cleavage in the world today is not between classes within countries, but between the rich West and the poor developing world. As a result, he predicts « huge migratory pressures because people can increase their incomes several-fold if they migrate. »

I wonder, though, if the disparity Milanovic documents is already creating a different shift in the global economy. Thanks to new communications and transportation technologies, and the opening up of the world economy, immigration is not the only way to match cheap workers from developing economies with better-paid jobs in the developing world. Another way to do it is to move jobs to where workers live.

Economists are not the only ones who can read the UBS research – business people do, too. And some of them are concluding, as one hedge fund manager said at a recent dinner speech in New York, that « the low-skilled American worker is the most overpaid worker in the world. »

At a time when Western capitalism is huffing and wheezing, Milanovic’s paper is a vivid reminder of how much it has accomplished. But he also highlights the big new challenge – how to bring the rewards of capitalism to the workers of the developing world at a time when the standard of living of their Western counterparts has stalled.

(Editing by Jonathan Oatis)

Voir également:

Thy Neighbor’s Wealth
Catherine Rampell
NYT
January 28, 2011

Who needs to keep up with the Joneses? What people really care about is keeping up with the Rockefellers. That’s the main theme of “The Haves and the Have-Nots,” an eclectic book on inequality that attempts to document the long history of coveting by the poor, and the grim consequences of that coveting.

THE HAVES AND THE HAVE-NOTS

A Brief and Idiosyncratic History of Global Inequality

By Branko Milanovic

258 pp. Basic Books. $27.95.
Written by the World Bank economist and development specialist Branko Milanovic, this survey of income distribution past and present is constructed as a sort of textbook-almanac hybrid. It revolves around three technical essays summarizing the academic literature on inequality, which are each followed by a series of quick-hit vignettes about quirkier subjects, like how living standards in 19th-century Russia may have influenced Anna Karenina’s doomed romance, or who the richest person in history was.

The first essay is a primer on how economists think about income inequality within a country — in particular, how it is measured, and how it is related to a country’s overall economic health. At a very basic, agrarian level of development, Milanovic explains, people’s incomes are relatively equal; everyone is living at or close to subsistence level. But as more advanced technologies become available and enable workers to differentiate their skills, a gulf between rich and poor becomes possible.

This section also gingerly approaches the contentious debate over whether inequality is good or bad for economic growth, but ultimately quibbles with the question itself. “There is ‘good’ and ‘bad’ inequality,” Milanovic writes, “just as there is good and bad cholesterol.” The possibility of unequal economic outcomes motivates people to work harder, he argues, although at some point it can lead to the preservation of acquired positions, which causes economies to stagnate.

In his second and third essays, Milanovic switches to his obvious passion: inequality around the world. These sections encourage readers to better appreciate their own living standards and to think more skeptically about who is responsible for their success.

As Milanovic notes, an astounding 60 percent of a person’s income is determined merely by where she was born (and an additional 20 percent is dictated by how rich her parents were). He also makes interesting international comparisons. The typical person in the top 5 percent of the Indian population, for example, makes the same as or less than the typical person in the bottom 5 percent of the American population. That’s right: America’s poorest are, on average, richer than India’s richest — extravagant Mumbai mansions notwithstanding.

It is no wonder then, Milanovic says, that so many from the third world risk life and limb to sneak into the first. A recent World Bank survey suggested that “countries that have done economically poorly would, if free migration were allowed, remain perhaps without half or more of their populations.” Mass-migration attempts are met with sealed borders in the developed world, which then results in the deaths of thousands of anonymous indigents journeying to promised lands only to be swallowed up by the Mediterranean or charred in the Arizona desert.

But while Milanovic demonstrates that inequality between countries is unquestionably toxic, he is less persuasive about the effects of inequality within countries. He frequently assumes that this kind of inequality is by its very nature problematic, but provides scant historical evidence about why, particularly if mobility is ­possible.

In general, mobility — and the policies that promote it — are given disappointingly little space. The same goes for how income inequality might affect the functioning of a democracy.

As a result of such blind spots, “The Haves and the Have-Nots” can feel somewhat patchy or disorganized at times. Milanovic’s more colorful vignettes, on the other hand, are almost uniformly delightful. No matter where you are on the income ladder, Milanovic’s examination of whether Bill Gates is richer than Nero makes for great cocktail party ­conversation.

Catherine Rampell is the economics editor at NYTimes.com.

Voir encore:

The frontiers of inequality
The Economist
Free Exchange | Washington, DC
Dec 6th 2007

AN inventive October NBER paper by Branko Milanovic, Peter H. Lindert, Jeffrey G. Williamson sets itself the task of « Measuring Ancient Inequality ». Therein the authors develop two new interesting concepts: the inequality possibility frontier, which sets the limit of possible inequality, and the extraction ratio, the ratio between the feasible maximum and the actual level of inequality. The idea in a nutshell is that the higher a society’s mean income, the more there is for the ruling class possibly to take. So how much of that have they actually been taking historically, and how does it differ from today?

Amidst a great deal of interesting discussion of the problems inherent in estimating incomes and their distribution in ye olden times, Messrs Milanovic, Lindert, and Williamson find that the extraction ratio in pre-industrial societies of yore were much higher than in pre-industrial nations today, although their actual levels of inequality (as measured by the Gini coefficient) are very similar. A really, really poor country may have a low level of actual inequality, since even the rich have so little. But they may have nevetheless taken all they can get from the less powerful. A richer and nominally less equal place may also be rather less bandit-like; the powerful could hoard more, but they don’t. Because potential and actual inequality come apart, measured actual inequality may therefore tell us less than we think. For example:

Tanzania … with a relatively low Gini of 35 may be less egalitarian than it appears since measured inequality lies so close to (or indeed above) its inequality possibility frontier. … On the other hand, with a much higher Gini of almost 48, Malaysia … has extracted only about one-half of maximum inequality, and thus is farther away from the IPF.
Likewise:

As a country becomes richer, its feasible inequality expands. Consequently, if recorded inequality is stable, the inequality extraction ratio must fall; and even if recorded inequality goes up, the ratio may not.
I have some serious philosophical qualms about they way the authors construct the idea of the inequality possibility frontier, and about the bias inherent in thinking of inequality as necessarily involving some kind of « extraction »–though I don’t doubt that as a historical rule it has. Nevertheless, this work contains the germ of an important advance in thinking about inequality.

First, it moves us away from the sheer craziness of thinking about levels of inequality in isolation from levels of income. Second, it moves us toward thinking about the relationship between the mechanisms of growth and the mechanisms responsible for patterns of income.

For example, robust property rights and effective constraints on predation by and through the state should help explain both economic growth and a falling or stable extraction ratio.

The great cause of inequality is political power. As the authors put it:

The frequent claim that inequality promotes accumulation and growth does not get much support from history. On the contrary, great economic inequality has always been correlated with extreme concentration of political power, and that power has always been used to widen the income gaps through rent-seeking and rent-keeping, forces that demonstrably retard economic growth.
The implication is that a system that limits political power, and keeps rent-seeking to a minimum, will tend to grow, other things equal. Now, my question is this: If there is a way to prevent the economic inequality that emerges through the process of economic exchange from translating into concentrayed political power, such that whatever level of inequality emerges over time is not in fact due to « extraction »–not due to predation, rent-seeking, or anyone’s rigging the system in their favour–then should it still worry us?

Who Was the Richest Person Ever?
Marcus Crassus, John D. Rockefeller, Carlos Slim, Mikhail Khodorovsky — who’s the richest of them all?
By Branko Milanovic, October 21, 2011

When the richissime decide to play a political role in their own countries, then their power there may exceed even the power of the most globally rich.

Mikhail Khodorovsky was richer, and potentially more powerful, than Rockefeller in the United States in 1937.

No stadium in Mexico, not even the famous Azteca, would come close to accommodating all the compatriots Mr. Slim could hire with his annual income.

Crassus’s income was equal to the annual incomes of about 32,000 people, a crowd that would fill about half of the Colosseum.

Comparing incomes from the past with those of the present is not easy. We do not have an exchange rate that would convert Roman sesterces or Castellan 17th-century pesos into dollars of equal purchasing power today.

Even more, what “equal purchasing power” might mean in that case is far from clear. “Equal purchasing power” should mean that one is able to buy with X Roman sesterces the same bundle of goods and services as with Y U.S. dollars today. But not only have the bundles changed (no DVDs in Roman times), but were we to constrain the bundle to cover only the goods that existed both then and now, we would soon find that the relative prices have changed substantially.

Services then were relatively cheap (because wages were low). Nowadays, services in rich countries are expensive. The reverse would be true for bread or olive oil. Thus, to compare the wealth and income of the rich in several historical periods, the most reasonable approach is to situate them in their historical context and measure their economic power in terms of their ability to purchase human labor (of average skill) at that time and place.

In some sense, a given quantum of human labor is a universal yardstick with which we measure welfare. As Adam Smith wrote more than 200 years ago, “[A person] must be rich or poor according to the quantity of labor which he can command.” Moreover, this quantum embodies improvements in productivity and welfare over time, since the income of somebody like Bill Gates today will be measured against the average incomes of people who currently live in the United States.

A natural place to start is ancient Rome, for which we have data on the extremely wealthy individuals and whose economy was sufficiently “modern” and monetized to make comparisons with the present, or more recent past, meaningful. We can consider three individuals from the classic Roman age.

The fabulously rich triumvir Marcus Crassus’s fortune was estimated around the year 50 BCE at some 200 million sesterces (HS). The emperor Octavian Augustus’s imperial household fortune was estimated at 250 million HS around the year 14 CE. Finally, the enormously rich freedman Marcus Antonius Pallas (under Nero) is thought to have been worth 300 million HS in the year 52.

Take Crassus, who has remained associated with extravagant affluence (not to be confused, though, with the Greek king Croesus, whose name has become eponymous with wealth). With 200 million sesterces and an average annual interest rate of 6% (which was considered a “normal” interest rate in the Roman “golden age” — that is, before the inflation of the third century), Crassus’s annual income could be estimated at 12 million HS.

The mean income of Roman citizens around the time of Octavian’s death (14 CE) is thought to have been about 380 sesterces per annum, and we can assume that it was about the same 60 years earlier, when Crassus lived. Thus expressed, Crassus’s income was equal to the annual incomes of about 32,000 people, a crowd that would fill about half of the Colosseum.

Let us fast-forward more closely to the present and apply the same reasoning to three American wealth icons: Andrew Carnegie, John D. Rockefeller and Bill Gates. Carnegie’s fortune reached its peak in 1901 when he purchased U.S. Steel. His share in U.S. Steel was $225 million. Applying the same return of 6%, and using U.S. GDP per capita (in 1901 prices) of $282, allows us to conclude that Carnegie’s income exceeded that of Crassus.

With his annual income, Carnegie could have purchased the labor of almost 48,000 people at the time without making any dent in his fortune. (Notice that in all these calculations, we assume that the wealth of the richissime individual remains intact. He simply uses his annual income, that is, yield from his wealth, to purchase labor.)

An equivalent calculation for Rockefeller, taking his wealth at its 1937 peak ($1.4 billion), yields Rockefeller’s income to be equal to that of about 116,000 people in the United States in the year 1937. Thus, Rockefeller was almost four times as rich as Crassus and more than twice as rich as Andrew Carnegie. The people whom he could hire would easily fill Pasadena’s Rose Bowl, and even quite a few would have remained outside the gates.

How does Bill Gates fare in this kind of comparison? Bill Gates’s fortune in 2005 was put by Forbes at $50 billion. Income could then be estimated at $3 billion annually, and since the U.S. GDP per capita in 2005 was about $40,000, Bill Gates could, with his income, command about 75,000 workers. This places him somewhere between Andrew Carnegie and John D. Rockefeller, but much above the “poor” Marcus Crassus.

But this calculation leaves open the question of how to treat billionaires such as the Russian Mikhail Khodorovsky and Mexican Carlos Slim, who are both “global” and “national.” Khodorovsky’s wealth, at the time when he was the richest man in Russia in 2003, was estimated at $24 billion.

Globally speaking, he was much less rich than Bill Gates. Yet if we assess his fortune locally and again use the same assumptions as before, he was able to buy more than a quarter million annual units of labor, at their average price. In other words, contrasted with the relatively low incomes of his countrymen, Mikhail Khodorovsky was richer, and potentially more powerful, than Rockefeller in the United States in 1937. It is probably this latter fact — the potential political power — that brought him to the attention of the Kremlin.

Without touching a penny of his wealth, Khodorovsky could, if need be, create an army of a quarter-million people. He was negotiating with both the Americans and the Chinese, almost as a state would, the construction of new gas and oil pipelines. Such potential power met its nemesis in his downfall and eventual jailing. However, Russian history being what it is, the shortest way between two stints in power often takes one through a detour in Siberia. We might not have seen the last of Mr. Khodorovsky.

The Mexican Carlos Slim does Khodorovsky one better. His wealth, also according to Forbes magazine, prior to the global financial crisis in 2009, was estimated at more than $53 billion. Using the same calculation as before, we find that Slim could command even more labor than Khodorovsky at his peak: some 440,000 Mexicans. So he appears to have been, locally, the richest of all! No stadium in Mexico, not even the famous Azteca, would come close to accommodating all the compatriots Mr. Slim could hire with his annual income.

Another complication that may be introduced is the size of populations. When Crassus lived and commanded the labor incomes of 32,000 people, this represented one out of each 1,500 people living in the Roman Empire at the time. Rockefeller’s 116,000 Americans were a higher proportion of the U.S. population: one person out of each 1,100 people. Thus, in both respects Rockefeller beats Crassus.

Can we then say who was the richest of them all? Since the wealthy also tend to go “global” and measure their wealth against the wealth of other rich people living in different countries, it was probably Rockefeller who was the richest of all because he was able to command the highest number of labor units in the then-richest country in the world.

But when the richissime decide to play a political role in their own countries (which may not be the richest countries in the world, such as, for example, Russia and Mexico), then their power there may exceed even the power of the most globally rich.

Editor’s Note: This feature is adapted from THE HAVES AND THE HAVE-NOTS: A BRIEF AND IDIOSYNCRATIC HISTORY OF GLOBAL INEQUALITY by Branko Milanovic. Copyright Basic Books 2011. Reprinted with the permission of the publisher.

Voir enfin:

Rémi Fraisse, victime d’une guerre de civilisation

Edgar Morin (Sociologue et philosophe)

Le Monde

04.11.2014

A l’image d’Astérix défendant un petit bout périphérique de Bretagne face à un immense empire, les opposants au barrage de Sivens semblent mener une résistance dérisoire à une énorme machine bulldozerisante qui ravage la planète animée par la soif effrénée du gain. Ils luttent pour garder un territoire vivant, empêcher la machine d’installer l’agriculture industrialisée du maïs, conserver leur terroir, leur zone boisée, sauver une oasis alors que se déchaîne la désertification monoculturelle avec ses engrais tueurs de sols, tueurs de vie, où plus un ver de terre ne se tortille ou plus un oiseau ne chante.

Cette machine croit détruire un passé arriéré, elle détruit par contre une alternative humaine d’avenir. Elle a détruit la paysannerie, l’exploitation fermière à dimension humaine. Elle veut répandre partout l’agriculture et l’élevage à grande échelle. Elle veut empêcher l’agro-écologie pionnière. Elle a la bénédiction de l’Etat, du gouvernement, de la classe politique. Elle ne sait pas que l’agro-écologie crée les premiers bourgeons d’un futur social qui veut naître, elle ne sait pas que les « écolos » défendent le « vouloir vivre ensemble ».

Elle ne sait pas que les îlots de résistance sont des îlots d’espérance. Les tenants de l’économie libérale, de l’entreprise über alles, de la compétitivité, de l’hyper-rentabilité, se croient réalistes alors que le calcul qui est leur instrument de connaissance les aveugle sur les vraies et incalculables réalités des vies humaines, joie, peine, bonheur, malheur, amour et amitié.

Le caractère abstrait, anonyme et anonymisant de cette machine énorme, lourdement armée pour défendre son barrage, a déclenché le meurtre d’un jeune homme bien concret, bien pacifique, animé par le respect de la vie et l’aspiration à une autre vie.

Nouvel avenir
A part les violents se disant anarchistes, enragés et inconscients saboteurs, les protestataires, habitants locaux et écologistes venus de diverses régions de France, étaient, en résistant à l’énorme machine, les porteurs et porteuses d’un nouvel avenir.

Le problème du barrage de Sivens est apparemment mineur, local. Mais par l’entêtement à vouloir imposer ce barrage sans tenir compte des réserves et critiques, par l’entêtement de l’Etat à vouloir le défendre par ses forces armées, allant jusqu’à utiliser les grenades, par l’entêtement des opposants de la cause du barrage dans une petite vallée d’une petite région, la guerre du barrage de Sivens est devenue le symbole et le microcosme de la vraie guerre de civilisation qui se mène dans le pays et plus largement sur la planète.

L’eau, qui, comme le soleil, était un bien commun à tous les humains, est devenue objet marchand sur notre planète. Les eaux sont appropriées et captées par des puissances financières et/ou colonisatrices, dérobées aux communautés locales pour bénéficier à des multinationales agricoles ou minières. Partout, au Brésil, au Pérou, au Canada, en Chine… les indigènes et régionaux sont dépouillés de leurs eaux et de leurs terres par la machine infernale, le bulldozer nommé croissance.

Dans le Tarn, une majorité d’élus, aveuglée par la vulgate économique des possédants adoptée par le gouvernement, croient œuvrer pour la prospérité de leur territoire sans savoir qu’ils contribuent à sa désertification humaine et biologique. Et il est accablant que le gouvernement puisse aujourd’hui combattre avec une détermination impavide une juste rébellion de bonnes volontés issue de la société civile.

Pire, il a fait silence officiel embarrassé sur la mort d’un jeune homme de 21 ans, amoureux de la vie, communiste candide, solidaire des victimes de la terrible machine, venu en témoin et non en combattant. Quoi, pas une émotion, pas un désarroi ? Il faut attendre une semaine l’oraison funèbre du président de la République pour lui laisser choisir des mots bien mesurés et équilibrés alors que la force de la machine est démesurée et que la situation est déséquilibrée en défaveur des lésés et des victimes.

Ce ne sont pas les lancers de pavés et les ­vitres brisées qui exprimeront la cause non violente de la civilisation écologisée dont la mort de Rémi Fraisse est devenue le ­symbole, l’emblème et le martyre. C’est avec une grande prise de conscience, capable de relier toutes les initiatives alternatives au productivisme aveugle, qu’un véritable hommage peut être rendu à Rémi Fraisse.

Voir par ailleurs:

The Ultimate Global Antipoverty Program
Extreme poverty fell to 15% in 2011, from 36% in 1990. Credit goes to the spread of capitalism.
Douglas A. Irwin
WSJ
Nov. 2, 2014

The World Bank reported on Oct. 9 that the share of the world population living in extreme poverty had fallen to 15% in 2011 from 36% in 1990. Earlier this year, the International Labor Office reported that the number of workers in the world earning less than $1.25 a day has fallen to 375 million 2013 from 811 million in 1991.

Such stunning news seems to have escaped public notice, but it means something extraordinary: The past 25 years have witnessed the greatest reduction in global poverty in the history of the world.

To what should this be attributed? Official organizations noting the trend have tended to waffle, but let’s be blunt: The credit goes to the spread of capitalism. Over the past few decades, developing countries have embraced economic-policy reforms that have cleared the way for private enterprise.

China and India are leading examples. In 1978 China began allowing private agricultural plots, permitted private businesses, and ended the state monopoly on foreign trade. The result has been phenomenal economic growth, higher wages for workers—and a big decline in poverty. For the most part all the government had to do was get out of the way. State-owned enterprises are still a large part of China’s economy, but the much more dynamic and productive private sector has been the driving force for change.

In 1991 India started dismantling the “license raj”—the need for government approval to start a business, expand capacity or even purchase foreign goods like computers and spare parts. Such policies strangled the Indian economy for decades and kept millions in poverty. When the government stopped suffocating business, the Indian economy began to flourish, with faster growth, higher wages and reduced poverty.

The economic progress of China and India, which are home to more than 35% of the world’s population, explains much of the global poverty decline. But many other countries, from Colombia to Vietnam, have enacted their own reforms.

Even Africa is showing signs of improvement. In the 1970s and 1980s, Julius Nyerere and his brand of African socialism made Tanzania the darling of Western intellectuals. But the policies behind the slogans—agricultural collectives, nationalization and price controls, which were said to foster “self-reliance” and “equitable development”—left the economy in ruins. After a new government threw off the policy shackles in the mid-1980s, growth and poverty reduction have been remarkable.

The reduction in world poverty has attracted little attention because it runs against the narrative pushed by those hostile to capitalism. The Michael Moores of the world portray capitalism as a degrading system in which the rich get richer and the poor get poorer. Yet thanks to growth in the developing world, world-wide income inequality—measured across countries and individual people—is falling, not rising, as Branko Milanovic of City University of New York and other researchers have shown.

College students and other young Americans are often confronted with a picture of global capitalism as something that resembles the “dark satanic mills” invoked by William Blake in “Jerusalem,” not a potential escape from horrendous rural poverty. Young Americans ages 18-29 have a positive view of socialism and a negative view of capitalism, according to a 2011 Pew Research poll. About half of American millennials view socialism favorably, compared with 13% of Americans age 65 and older.

Capitalism’s bad rap grew out of a false analogy that linked the term with “exploitation.” Marxists thought the old economic system in which landlords exploited peasants (feudalism) was being replaced by a new economic system in which capital owners exploited industrial workers (capitalism). But Adam Smith had earlier provided a more accurate description of the economy: a “commercial society.” The poorest parts of the world are precisely those that are cut off from the world of markets and commerce, often because of government policies.

Some 260 years ago, Smith noted that: “Little else is requisite to carry a state to the highest degree of opulence from the lowest barbarism, but peace, easy taxes, and a tolerable administration of justice; all the rest being brought about by the natural course of things.” Very few countries fulfill these simple requirements, but the number has been growing. The result is a dramatic improvement in human well-being around the world, an outcome that is cause for celebration.

Mr. Irwin is a professor of economics and co-director of the Political Economy Project at Dartmouth College.

Voir aussi:

The Berlin Wall Fell, but Communism Didn’t
From North Korea to Cuba, millions still live under tyrannous regimes.
Marion Smith
WSJ
Nov. 6, 2014

As the world marks the 25th anniversary of the fall of the Berlin Wall on Nov. 9, 1989, we should also remember the many dozens of people who died trying to get past it.

Ida Siekmann, the wall’s first casualty, died jumping out of her fourth-floor window while attempting to escape from East Berlin in August 1961. In January 1973, a young mother named Ingrid hid with her infant son in a crate in the back of a truck crossing from East to West. When the child began to cry at the East Berlin checkpoint, a desperate Ingrid covered his mouth with her hand, not realizing the child had an infection and couldn’t breathe through his nose. She made her way to freedom, but in the process suffocated her 15-month-old son. Chris Gueffroy, an East German buoyed by the ease of tensions between East and West in early 1989, believed that the shoot-on-sight order for the Berlin Wall had been lifted. He was mistaken. Gueffroy would be the last person shot attempting to flee Communist-occupied East Berlin.

But Gueffroy was far from the last victim of communism. Millions of people are still ruled by Communist regimes in places like Pyongyang, Hanoi and Havana.

As important as the fall of the Berlin Wall was, it was not the end of what John F. Kennedy called the “long, twilight struggle” against a sinister ideology. By looking at the population statistics of several nations we can estimate that 1.5 billion people still live under communism. Political prisoners continue to be rounded up, gulags still exist, millions are being starved, and untold numbers are being torn from families and friends simply because of their opposition to a totalitarian state.

Today, Communist regimes continue to brutalize and repress the hapless men, women and children unlucky enough to be born in the wrong country.

In China, thousands of Hong Kong protesters recently took to the streets demanding the right to elect their chief executive in open and honest elections. This democratic movement—the most important protests in China since the Tiananmen Square demonstrations and massacre 25 years ago—was met with tear gas and pepper spray from a regime that does not tolerate dissent or criticism. The Communist Party routinely censors, beats and jails dissidents, and through the barbaric one-child policy has caused some 400 million abortions, according to statements by a Chinese official in 2011.

In Vietnam, every morning the unelected Communist government blasts state-sponsored propaganda over loud speakers across Hanoi, like a scene out of George Orwell ’s “1984.”

In Laos, where the Lao People’s Revolutionary Party tolerates no other political parties, the government owns all the media, restricts religious freedom, denies property rights, jails dissidents and tortures prisoners.

In Cuba, a moribund Communist junta maintains a chokehold on the island nation. Arbitrary arrests, beatings, intimidation and total media control are among the tools of the current regime, which has never owned up to its bloody past.

The Stalinesque abuses of North Korea are among the most shocking. As South Korea’s President Park Geun-hye recently told the United Nations, “This year marks the 25th anniversary of the fall of the Berlin Wall, but the Korean Peninsula remains stifled by a wall of division.” On both sides of that wall—a 400-mile-long, 61-year-old demilitarized zone—are people with the same history, language and often family.

But whereas the capitalist South is free and prosperous, the Communist North is a prison of torture and starvation run by a family of dictators at war with freedom of religion, freedom of movement and freedom of thought. President Park is now challenging the U.N. General Assembly “to stand with us in tearing down the world’s last remaining wall of division.”

To tear down that wall will require the same moral clarity that brought down the concrete and barbed-wire barrier that divided Berlin 25 years ago. The Cold War may be over, but the battle on behalf of human freedom is still being waged every day. The triumph of liberty we celebrate on this anniversary of the Berlin Wall’s destruction must not be allowed to turn to complacency in the 21st century. Victory in the struggle against totalitarian oppression is far from inevitable, but this week we remember that it can be achieved.

Voir enfin:

The Most Senseless Environmental Crime of the 20th Century
Charles Homans
Pacific & Standard
November 12, 2013

Fifty years ago 180,000 whales disappeared from the oceans without a trace, and researchers are still trying to make sense of why. Inside the most irrational environmental crime of the century.

In the fall of 1946,  a 508-foot ship steamed out of the port of Odessa, Ukraine. In a previous life she was called the Wikinger (“Viking”) and sailed under the German flag, but she had been appropriated by the Soviet Union after the war and renamed the Slava (“Glory”). The Slava was a factory ship, crewed and equipped to separate one whale every 30 minutes into its useful elements, destined for oil, canned meat and liver, and bone meal. Sailing with her was a retinue of smaller, nimbler catcher vessels, their purpose betrayed by the harpoon guns mounted atop each clipper bow. They were bound for the whaling grounds off the coast of Antarctica. It was the first time Soviet whalers had ventured so far south.

The work began inauspiciously. In her first season, the Slava caught just 386 whales. But by the fifth—before which the fleet’s crew wrote a letter to Stalin pledging to bring home more than 500 tons of whale oil—the Slava’s annual catch was approaching 2,000. The next year it was 3,000. Then, in 1957, the ship’s crew discovered dense conglomerations of humpback whales to the north, off the coasts of Australia and New Zealand. There were so many of them, packed so close together, the Slava’s helicopter pilots joked that they could make an emergency landing on the animals’ backs.

In November 1959, the Slava was joined by a new fleet led by the Sovetskaya Ukraina, the largest whaling factory ship the world had ever seen. By now the harpooners—talented marksmen whose work demanded the dead-eyed calm of a sniper—were killing whales faster than the factory ships could process them. Sometimes the carcasses would drift alongside the ships until the meat spoiled, and the flensers would simply strip them of the blubber—a whaler on another fleet likened the process to peeling a banana—and heave the rest back into the sea.

The Soviet fleets killed almost 13,000 humpback whales in the 1959-60 season and nearly as many the next, when the Slava and Sovetskaya Ukraina were joined by a third factory ship, the Yuriy Dolgorukiy. It was grueling work: One former whaler, writing years later in a Moscow newspaper, claimed that five or six Soviet crewmen died on the Southern Hemisphere expeditions each year, and that a comparable number went mad. A scientist working aboard a factory ship in the Antarctic on a later voyage described seeing a deckhand lose his footing on a blubber-slicked deck and catch his legs in a coil of whale intestine as it slid overboard. By the time his mates were able to retrieve him from the water he had succumbed to hypothermia. He was buried at sea, lowered into the water with a pair of harpoons to weight down his body.

Still, whaling jobs were well-paying and glamorous by Soviet standards. Whalers got to see the world and stock up on foreign products that were prized on the black market back home, and were welcomed with parades when they returned. When a fourth factory ship, the Sovetskaya Rossiya, prepared for her maiden voyage from the remote eastern naval port of Vladivostok in 1961, the men and women who found positions onboard would have considered themselves lucky.

When the Sovetskaya Rossiya reached the western coast of Australia late that year, however, the whalers found themselves in a desert ocean. By the end of the season the ship had managed to round up only a few hundred animals, many of them calves—what the whalers called “small-sized gloves.” Harpooners on the other fleets’ catcher ships, too, accustomed to the miraculous abundance of years past, now looked upon a blank horizon. Alfred Berzin, a scientist aboard the Sovetskaya Rossiya, offered an alarmed and unequivocal summary in his seasonal report to the state fisheries ministry. “In five years of intensive whaling by first one, then two, three, and finally four fleets,” he wrote, the populations of humpback whales off the coasts of Australia and New Zealand “were so reduced in abundance that we can now say that they are completely destroyed!”

It was one of the fastest decimations of an animal population in world history—and it had happened almost entirely in secret. The Soviet Union was a party to the International Convention for the Regulation of Whaling, a 1946 treaty that limited countries to a set quota of whales each year. By the time a ban on commercial whaling went into effect, in 1986, the Soviets had reported killing a total of 2,710 humpback whales in the Southern Hemisphere. In fact, the country’s fleets had killed nearly 18 times that many, along with thousands of unreported whales of other species. It had been an elaborate and audacious deception: Soviet captains had disguised ships, tampered with scientific data, and misled international authorities for decades. In the estimation of the marine biologists Yulia Ivashchenko, Phillip Clapham, and Robert Brownell, it was “arguably one of the greatest environmental crimes of the 20th century.”

The Aleut, the Soviet Union’s oldest factory ship, works off the coast of Kamchatka in 1958. (Photo: Yulia Ivashchenko)
It was also a perplexing one. Environmental crimes are, generally speaking, the most rational of crimes. The upsides are obvious: Fortunes have been made selling contraband rhino horns and mahogany or helping toxic waste disappear, and the risks are minimal—poaching, illegal logging, and dumping are penalized only weakly in most countries, when they’re penalized at all.

The Soviet whale slaughter followed no such logic. Unlike Norway and Japan, the other major whaling nations of the era, the Soviet Union had little real demand for whale products. Once the blubber was cut away for conversion into oil, the rest of the animal, as often as not, was left in the sea to rot or was thrown into a furnace and reduced to bone meal—a low-value material used for agricultural fertilizer, made from the few animal byproducts that slaughterhouses and fish canneries can’t put to more profitable use. “It was a good product,” Dmitri Tormosov, a scientist who worked on the Soviet fleets, wryly recalls, “but maybe not so important as to support a whole whaling industry.”

This was the riddle the Soviet ships left in their wake: Why did a country with so little use for whales kill so many of them?

“It was a good product,” a scientist who worked on the Russian fleets wryly recalls, “but maybe not so important as to support a whole whaling industry.”
ONE AFTERNOON LAST APRIL, I visited Clapham and Ivashchenko at their home in Seattle, a century-old Craftsman overlooking the city’s Beacon Hill neighborhood. When I rapped the mermaid-shaped knocker, the two scientists, who are married, appeared in the doorway together, a study in opposites. Ivashchenko is a 38-year-old willowy blonde of almost translucent complexion; Clapham, a 57-year-old Englishman with the build of a bouncer and arms sleeved in Maori tattoos, looks less like a man who studies whales than one who might have harpooned them 150 years ago.

At their feet was a lanky, elderly dog named Cleo, assembled from various shepherds and wolfhounds, whose fur Ivashchenko had shaved into a Mohawk earlier that day. “We’re going to dye it red,” she said matter-of-factly, as she went into the kitchen to put on a pot of Russian caravan tea. We settled into the book-crammed dining room (on one shelf I noticed a first edition of the 1930 Rockwell Kent–illustrated Moby-Dick). At the head of the table was a mannequin, dressed in a bustier and a Carnival mask.

Ivashchenko’s and Clapham’s research, when I’d first stumbled across it, had struck me as similarly eccentric. The papers they had published over the previous decade, as co-authors and with a handful of colleagues, nearly all concerned a single, obscure historical episode: the voyages the Soviet Union’s whaling fleets made in the middle years of the 20th century. On the most basic level, it was an accounting exercise, an attempt to correct the false records the Soviets had released to the world at the time.

But it was in this space, between the false numbers and the real ones, that the researchers’ work became engrossing in ways that had little to do with marine biology. In gathering the figures, the researchers had also gathered stories that explained how the figures had come to be—the scientist who had stashed heaps of documents in his potato cellar; the whaling ship captain accused of espionage; elaborate acts of high-seas tactical misdirection and disguise usually reserved for navies in battle. The authors, I realized, were assembling not just a scientific record but also a human history, an account of a remarkable collision between political ideology and the natural world—and a lesson for anyone seeking to protect the fragile ecosystems that exist in the world’s least governed spaces.

The first time I called him, Clapham explained that the work had begun around the time of the Soviet Union’s collapse, when an earlier generation of Russian scientists and their foreign colleagues began gathering the fragmented documentary records of the program. The Soviet Union had kept the records secret for years, and many had been lost; the scientists were reconstructing the numbers from files that had been left behind in obscure provincial repositories, or quietly preserved by the scientists themselves.

This was not quite what Ivashchenko had envisioned doing with her life. Growing up in Yaroslavl, a landlocked city northeast of Moscow, she pursued a career in marine biology in part because she imagined it would offer everything Yaroslavl did not: “tropics, dolphins, bikinis.” Instead, she told me, laughing, “I ended up with dusty reports.” On her laptop, she pulled up images of thousands of pages’ worth of files she had found the month before in a municipal archive in Vladivostok, the largest new cache of Soviet whaling documents anyone had discovered since the early 1990s. “We thought that all of this stuff had been shredded,” Clapham said. “There’s still some sensitivity—some of the people who did this are still around.” Instead, it turned out to be a matter of knowing where to look.

COMMERCIAL WHALING WAS BANNED just 27 years ago, but it is difficult to think of the industry as anything other than an exotic holdover from a long-receded age—to imagine anyone sailing a small armada of ships to the end of the Earth to kill an animal the size of a school bus whose flesh, to the uninitiated, would seem too gamey to eat. And yet as recently as the mid-20th century, the waters surrounding Antarctica—the most populous whale habitat on Earth, what the polar explorer Ernest Shackleton half a century earlier called “a veritable playground for these monsters”—were crowded with whaling ships not just from Norway and Japan but also Britain and the Netherlands. Farther north, Australian and New Zealander whalers, operating from shore-based stations, plied their own coastlines. There were so many of them that even in an era when marine ecosystems were poorly understood, the need for some sort of regulations became impossible to ignore.

In December 1946, representatives of the whaling nations gathered in Washington to draw up the International Convention for the Regulation of Whaling. “[T]he history of whaling has seen overfishing of one area after another and of one species of whale after another,” the treaty read, “to such a degree that it is essential to protect all species of whales from further overfishing.” The countries that were party to the treaty were limited to an annual quota set by the newly formed International Whaling Commission. But the science guiding the quotas was rudimentary at best, and it was only in 1960 that the IWC enlisted the help of three respected fisheries scientists to take the measure of the hunt’s impact.

One of the three scientists—the only one still living—was Sidney Holt, then working for the U.N. Food and Agriculture Organization. Reviewing the data from the British and Norwegian fleets, Holt saw quickly that the quotas the IWC had set were vastly too high; both countries’ figures showed that whalers were traveling farther and farther in search of whales whose numbers were shrinking at an ominous pace. When the researchers turned their attention to the Soviet ships’ data, however, they were surprised to find that they looked nothing like the others. “We couldn’t make sense of it at all,” Holt told me recently. “It had no pattern. We didn’t know what the hell was wrong.”

In the following years, observers noticed other differences, too. The Soviet Union had many more ships in the Antarctic than any other country, sometimes twice as many catchers for each factory ship. And they worked differently, sweeping the sea in a line like a naval blockade. Holt had met Alexei Solyanik, the captain of the Slava fleet, on several occasions, and had dined with Soviet scientists onboard the country’s research vessels. (Friends of Holt’s who were well-versed in the Soviet crews’ liberality with their ships’ vodka supplies had instructed him to fortify himself with butter before coming aboard.) But, he recalls, “It never occurred to us in the 1960s that the USSR was falsifying the submitted catch statistics.” And even though later scientists had their suspicions, they were impossible to confirm without access to the Soviets’ own records—which would remain classified until 1993, when a Russian scientist named Alexey Yablokov made a remarkable confession.

Twenty-six years earlier, Yablokov, then a prominent Soviet whale researcher, had met a young American scientist named Robert Brownell at the Moscow airport. The two men had been corresponding for years, and Yablokov urged Brownell to stop by on his way back from a research trip to Japan. For the next three days, Brownell recalls, “Yablokov took me all over, showed me the museums. I asked if I could take photos; he said, ‘Go ahead. If you’re taking pictures of something you’re not supposed to, I’ll stop you.’”

Years later, in late 1990, Brownell’s colleague Peter Best was trying to track down data on right whale fetuses. Right whales were the first whale species to come under international protection, in 1935, and Best had been able to locate records of just 13 fetus specimens. On a hunch, he thought to ask Yablokov. Replying months later, Yablokov reported that he had records of about 150 fetuses. At first, Best recalls, he thought he had misunderstood: 150 fetuses would mean that the Soviets had killed at least one or two thousand members of the most protected whale species in the world.

In fact, it turned out to be more than three thousand. Brownell arranged for Yablokov—now the science adviser to the new Russian president, Boris Yeltsin—to make his confession public, in a short speech before a marine mammalogy conference in Galveston, Texas, in 1993. The catch records the Soviets had given the IWC for decades, Yablokov told the scientists in Galveston, had been almost entirely fictitious. Exactly how wrong they were Yablokov didn’t yet know. The Soviet fisheries ministry had classified its whaling data—even doctoral dissertations based on the numbers couldn’t be made public—and as a matter of protocol had destroyed most of the original records.

Yablokov and Brownell both began piecing together the real figures with the assistance of several scientists who had worked aboard the whaling fleets. (Brownell cheekily dubbed them the Gang of Four.) In some cases, they had preserved clandestine troves of documents for decades in hopes of eventually correcting the historical record. The false figures, they knew, had informed years of thinking about whale conservation and population science. It was possible that much of what scientists outside of Russia believed they understood was wrong.

The most valuable set of records came from the scientist Dmitri Tormosov, who had been stationed aboard the factory ship Yuriy Dolgorukiy beginning in the late 1950s. Tormosov had quietly instructed his colleagues to save their individual catch records—what they called “whale passports”—instead of burning them after the record of the season had been filed, as required by the fisheries ministry. When the collection grew into the tens of thousands of pages, Tormosov moved it into his potato cellar. The records covered 15 whaling seasons, and they allowed the non-Russian scientists to grasp, for the first time, the scale of the killing. Even scientists who for years had harbored suspicions of the Soviets were stunned by the true numbers. “We had no idea it was a systematic taking of everything that was available,” Best told me. “It was amazing they got away with it for so long.”

IN NOVEMBER 1994, A letter arrived at Brownell’s office in La Jolla, California. It was addressed from Alfred Berzin, the scientist who had chronicled the disappearance of the Antarctic’s humpbacks from the deck of the Sovetskaya Rossiya. Berzin had spent his entire career at a government laboratory in Vladivostok, and sailed with several Soviet whaling fleets; he and Brownell had known each other since the 1970s. Brownell remembers that Berzin, more than the other Soviet researchers, seemed burdened by what he had seen, and what he had failed to stop. “Nobody paid any attention to him,” Brownell told me. “I think that affected him.”

Berzin had not kept the volume of records that Tormosov had, but he did seem to have an unusually vivid recollection of the day-to-day details of whaling, and Brownell had once suggested that he write down what he remembered. But they hadn’t discussed the matter further, and Brownell was surprised to find in the envelope a short summary of a memoir Berzin was preparing.

Seven months later, a package arrived from Vladivostok, containing a manuscript written in Russian and bound in a hand-drawn cover. Berzin died the next year, and Brownell, who couldn’t read Russian and didn’t have the funding to have the manuscript translated, filed it away in his desk. It was only a decade later that he thought to give it to Yulia Ivashchenko, who had worked for him in the late 1990s on a research trip in the Russian Far East.

Ivashchenko’s translation—the work remains unpublished in Russian—appeared in the Spring 2008 issue of Marine Fisheries Review, a small research journal published by the U.S. Department of Commerce, under the title “The Truth About Soviet Whaling: A Memoir.” It is an uncommonly urgent document, animated by Berzin’s understanding that he had witnessed something much stranger than a simple act of industrialized killing.

The Soviet whalers, Berzin wrote, had been sent forth to kill whales for little reason other than to say they had killed them. They were motivated by an obligation to satisfy obscure line items in the five-year plans that drove the Soviet economy, which had been set with little regard for the Soviet Union’s actual demand for whale products. “Whalers knew that no matter what, the plan must be met!” Berzin wrote. The Sovetskaya Rossiya seemed to contain in microcosm everything Berzin believed to be wrong about the Soviet system: its irrationality, its brutality, its inclination toward crime.

Berzin contrasted the Soviet whalers with the Japanese, who are similarly thought to have caught whales off the books in the Antarctic (though in numbers, scientists believe, far short of the Soviets). The Japanese, motivated as they were by domestic demand for whale meat, were “at least understandable” in their actions, he wrote. “I should not say that as a scientist, but it is possible to understand the difference between a motivated and unmotivated crime.” Japanese whalers made use of 90 percent of the whales they hauled up the spillway; the Soviets, according to Berzin, used barely 30 percent. Crews would routinely return with whales that had been left to rot, “which could not be used for food. This was not regarded as a problem by anybody.”

This absurdity stemmed from an oversight deep in the bowels of the Soviet bureaucracy. Whaling, like every other industry in the Soviet Union, was governed by the dictates of the State Planning Committee of the Council of Ministers, a government organ tasked with meting out production targets. In the grand calculus of the country’s planned economy, whaling was considered a satellite of the fishing industry. This meant that the progress of the whaling fleets was measured by the same metric as the fishing fleets: gross product, principally the sheer mass of whales killed.

Whaling fleets that met or exceeded targets were rewarded handsomely, their triumphs celebrated in the Soviet press and the crews given large bonuses. But failure to meet targets came with harsh consequences. Captains would be demoted and crew members fired; reports to the fisheries ministry would sometimes identify responsible parties by name.

Soviet ships’ officers would have been familiar with the story of Aleksandr Dudnik, the captain of the Aleut, the only factory ship the Soviets owned before World War II. Dudnik was a celebrated pioneer in the Soviet whaling industry, and had received the Order of Lenin—the Communist Party’s highest honor—in 1936. The following year, however, his fleet failed to meet its production targets. When the Aleut fleet docked in Vladivostok in 1938, Dudnik was arrested by the secret police and thrown in jail, where he was interrogated on charges of being a Japanese agent. If his downfall was of a piece with the unique paranoia of the Stalin years, it was also an indelible reminder to captains in the decades that followed. As Berzin wrote, “The plan—at any price!”

Berzin recalled seeing so many spouting humpbacks that their blows reminded him of a forest. Years later, he saw only blubber-stripped carcasses bobbing on the waves.
AS THE PLAN TARGETS rose year after year, they inevitably exceeded what was allowed under the IWC quotas. This meant that the Soviet captains faced a choice: They could be persona non grata at home, or criminals abroad. The scientific report for the Sovetskaya Rossiya fleet’s 1970-71 season noted that the ship captains and harpooners who most frequently violated international whaling regulations also received the most Communist Party honors. “Lies became an inalienable part and perhaps even a foundation of Soviet whaling,” Berzin wrote.

By the mid-1960s, the situation was sufficiently dire that several scientists took the unusual risk of complaining directly to Aleksandr Ishkov, the powerful minister of fisheries resources. When one of them was called in front of Ishkov, he warned the minister that if the whaling practices didn’t change, their grandchildren would live in a world with no whales at all. “Your grandchildren?” Ishkov scoffed. “Your grandchildren aren’t the ones who can remove me from my job.”

By then, there were too few humpbacks left in the Southern Hemisphere to bother hunting, and the Soviet fleets had turned their attention northward, to other species and other oceans—in particular the North Pacific. From 1961 to 1964, Soviet catches in the North Pacific jumped from less than 4,000 whales a year to nearly 13,000. In 1965, a Soviet scientist noted that the blue whale was “commercially extinct” in the North Pacific and would soon be gone entirely. “After one more year of such intensive catches,” another researcher warned of the region’s humpbacks, “whale stocks will be so depleted that it will be impossible to continue any whaling.” Berzin, who had sailed along the Aleutian Islands to the Gulf of Alaska and back aboard the Aleut in the late 1950s, recalled seeing so many spouting humpbacks that their blows reminded him of a forest. Scanning the same horizon from the deck of the Sovetskaya Rossiya years later, he saw only blubber-stripped carcasses bobbing on the waves.

In one season alone, from 1959 to 1960, Soviet ships killed nearly 13,000 humpback whales. (Photo: Gamma-Keystone/Getty Images)
On a 1971 voyage north of Hawaii, Berzin watched a catcher vessel systematically run down a mother sperm whale and her calf, betrayed by their telltale blows—two of them, huddled close together, one large and one small. The Sovetskaya Rossiya’s crew, it seemed to him, had become ghastly parodies of the Yankee whalers of the 19th century. “Even now,” he wrote in his memoir, “I can recall seeing the bow of a catcher moving through warm blue tropical waters, and a harpooner behind the gun, dressed only in bathing trunks and with a red bandana on his head, chasing, obviously, a female with a calf. … What dignity this was….” The last was a biting reference to a passage from Moby-Dick: “The dignity of our calling,” Melville wrote, “the very heavens attest.”

In 1972, the IWC finally passed a rule that conservationists had sought for years, requiring that international observers accompany all commercial whaling vessels to independently monitor their catches. The new system proved easy enough to circumvent—the Soviets arranged to have their fleets staffed with Japanese observers who were willing to look the other way as necessary. But by that point, Berzin later recalled, the country’s illegal whaling program had reached its inevitable conclusion anyway. It ended, he wrote, “simply because we killed all the whales.”

Clapham and Ivashchenko now think that Soviet whalers killed at least 180,000 more whales than they reported between 1948 and 1973. It’s a testament to the enormous scale of legal commercial whaling that this figure constitutes only a small percentage—in some oceans, about five percent—of the total killed by whalers in the 20th century. The Soviets, Dmitri Tormosov told me, were well aware of all that had come before them, and were driven by a kind of fatalistic nationalism. “The point,” he says, “was to catch up and get their portion of whale resources before they were all gone. It wasn’t intended to be a long industry.”

But if other countries had already badly pillaged the oceans before the Slava ever sailed from Odessa, scientists now believe that the timing and frenetic pace of Soviet whaling lent it an outsized impact. The Soviets did not lead the world’s whales to the precipice—but they likely pushed the most vulnerable of them over it. Bowhead whales in the Sea of Okhotsk, which were severely depleted by 19th-century whaling, are believed to be endangered today as a result of Soviet whaling. The IWC now charges the Soviets with delaying the recovery of right whale populations in the Southern Hemisphere by 20 years. Blue whales in the North Pacific, whose population had been reduced to an estimated 1,400 by the mid-1970s, now number only between 2,000 and 3,000. The condition of the populations of sperm whales in the Pacific, of which the Soviets killed more than any other species, is still uncertain.

Grimmest is the case of the North Pacific right whale, which appears to have been all but killed off by Soviet whalers over the course of three years in the mid-1960s. “The species is now so rarely sighted in the region,” Clapham and Ivashchenko wrote in 2009, “that single observations have been publishable in scientific journals. We cannot be sure, but it is entirely possible that when the few remaining right whales in the eastern North Pacific live out their lives and die, the species will be gone forever from these waters.”

This was the riddle the Soviet ships left in their wake: Why did a country with so little use for whales kill so many of them?
STILL, THE OCEAN IS a confounding place. In 2004, scientists from 10 countries set out in research vessels across the same North Pacific latitudes the Soviets had once hunted. It was the first comprehensive effort to measure the region’s humpback whale population, which had dwindled to just 1,400 animals by the mid-1960s. The findings, published five years ago, suggested that there were just under 20,000 humpback whales alive and well in the North Pacific—more than twice the previous estimate. The Antarctic humpback population, too, is believed to have rebounded to upwards of 42,000 animals—a steady recovery, if not a complete one.

The need to save the whales has been assumed for so long now, with such urgency, that the idea of some of them actually having been saved is oddly difficult to grapple with. And it’s true that many species soon may be as threatened by the vast changes imposed upon their habitat—the overfishing and climatic transformations that stand to upend entire ocean ecosystems—as they once were by the harpoon. Still, the cloud of existential peril has lifted enough that in 2010, the IWC began considering a possibility that not long before would have been unthinkable: ending the moratorium on commercial whaling.

The whaling nations lobbying for the change have been joined, improbably, by several countries that generally oppose commercial whaling, including the United States. These supporters point to the increasing number of whales that are being killed, in spite of the moratorium, by Norway, Iceland, and Japan. (Japan categorizes its hunting of minke and endangered fin whales in the Antarctic as “scientific:” Its whaling fleet is operated by the government-funded Institute of Cetacean Research, a research institution in little more than name that also supplies whale meat to the country’s seafood markets.)

Legitimizing whaling again under a carefully supervised quota system, the thinking goes, would be preferable to the uncontrolled status quo, allowing the IWC to once again exert some influence over where and how whales are hunted. “We think the moratorium isn’t working,” Monica Medina, the U.S. representative to the IWC, told Time in 2010. “Many whales are being killed, and we want to save as many whales as possible.” In other words, better to have the whalers inside a permissive system than outside a tougher one.

History is always studied with one eye on the present, and Ivashchenko brought up this argument when we spoke about her work. The lesson of the Soviet experience, she told me in Seattle, is that “you cannot trust an individual country to control its own industry. There’s always a temptation to violate the rules, to close your eyes [to] some problems.” (And although its catches today are a fraction of those of years past, the Japanese whaling fleet has come to echo the Soviets’ in its lack of connection to the marketplace; demand for whale meat in Japan is declining, and the government loses about $10 million a year on whaling subsidies.)

It’s difficult to look at the Soviet story and see anything other than a remarkable anomaly, one that seems wildly unlikely to occur again. But in a way, this is the point: If the same international regime that exists today allowed 180,000 whales to vanish without a trace, how can anyone reasonably expect it to notice two or three thousand missing whales tomorrow?

In the last pages of his memoir, Alfred Berzin wrestled with the relevance of his story—with the question of what purpose was served, exactly, by an unsparing account of something that had happened four decades earlier. “When I started to work on this memoir,” he wrote, “some serious people asked me: ‘Do you really need it?’” In answering them, he offered a quote from Aleksandr Solzhenitsyn. “There can be no acceptable future,” Solzhenitsyn said, “without an honest analysis of the past.”


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