Recherche: C’est une croisade contre l’islam (French academics finally discover there’s a war going on)

16 novembre, 2009
Big Bro is watching youPar rapport aux collègues, on hésite à se mettre en avant, à prendre des risques sur le plan de la fiabilité professionnelle ou des relations personnelles, et aussi parce qu’on est pris dans tout un réseau de complicités. Le représentant du CNRS à Kaboul ne va quand même pas signer une pétition ni écrire un article sur l’Afghanistan, même s’il sait ce qui s’y passe. Son institution lui impose un devoir de réserve. Celui qui fait de l’archéologie ou l’ethnologie qui y a fait du terrain, même s’il n’en fait plus, ne va pas compromettre le travail de son collègue qui s’y trouve ou pourrait y retourner. (…) Qu’on le veuille ou non, l’ethnologue n’est pas seulement celui qui fait de l’observation participative avec des paysans et des nomades, c’est aussi celui qui a obtenu une autorisation de Kaboul et qui par cela est impliqué dans un réseau de complicités. Pierre Centlivres, ethnologue suisse interrogé par Pierre Bourdieu in Et si on parlait de l’Afghanistan ?, ARSS, septembre 1980)
Entre le discours de l’intellectuel de service qui met sa compétence particulière au service d’une ligne, qui, connaissant le résultat, maquille les données jusqu’à ce que l’addition tombe juste (chose d’autant plus facile que la réalité considérée est plus complexe, plus ambiguë, plus rebelle aux modèles familiers) et le silence du spécialiste qui ne parle que pour ses pairs et qui trouve dans les limites imposées par les règles de la bienséance académique une raison ou une excuse pour s’abstenir, il y a place pour une analyse qui (…) tente de fournir au moins les éléments d’une vision critique. Pierre Bourdieu (s’étonnant du silence des anthropologues lors de l’invasion soviétique de 1979)
Dans les circonstances actuelles, il est recommandé de surseoir à tout voyage non essentiel en Iran. Cette recommandation s’applique aussi bien aux voyages d’affaires qu’aux voyages touristiques. Les services de sécurité sont en effet très suspicieux à l’égard des contacts avec la population, notamment avec les milieux universitaires et étudiants, qu’ils observent avec attention, et à l’égard des prises de photographies. Conseil aux voyageurs (Affaires étrangères)
Même fonctionnaire, un intellectuel, un enseignant, un chercheur, doit bénéficier de la même liberté d’expression que celle de tous les autres citoyens de la République, y compris celui de dire et d’écrire des bêtises, pour autant qu’elles ne tombent pas sous le coup de la loi. A la différence des fonctionnaires d’autorité, comme les préfets, sous-préfets, ambassadeurs, etc., qui incarnent l’Etat dans les lieux où ils sont affectés, le discours des chercheurs n’engage qu’eux-mêmes. (…)Il est cependant savoureux de constater que parmi les pétitionnaires si attachés à la liberté d’expression de Vincent Geisser emmenés par Esther Benbassa, un bon nombre avait réclamé que l’on réduise au silence – et si possible au chômage – Sylvain Gouguenheim. Luc Rosenzweig
Le fonctionnaire de défense [qui, selon le comité de soutien, est intervenu dans cette affaire] est un idéologue qui traque les musulmans et leurs «amis» comme, à une certaine époque, on traquait les juifs et les Justes. Vincent Gesser
C’est une croisade contre l’islam. Olivier Roy
Les premières manifestations de ce fonctionnaire datent de quelques années. On a essayé de se renseigner, il semble qu’il ait le grade de général, mais on ne sait pas quelles sont ses prérogatives, ni ce qu’il fait au CNRS, ni en quoi il est qualifié pour valider nos travaux. Quand on part en mission à l’étranger dans des pays sensibles, on est obligés de lui communiquer nos plans de mission: qui on va rencontrer, où on va loger. Et on doit avoir son autorisation pour partir. Françoise Lorcerie
D’ailleurs, dans l’un de ses livres, notre « chercheur » avait dressé une belle liste de musulmans alimentant, de son point de vue, « l’islamophobie » et naturellement il me réservera une place de choix dans cette énumération digne justement de l’époque antidreyfusarde. Le « chercheur » me désigna, avec beaucoup d’autres, à la vindicte intégriste. Lui, l’homme intègre, honnête, neutre, universitaire froid adoptant une méthode scientifique avançant sous la couverture d’une prestigieuse demeure comme le CNRS décida alors, que nous étions bons pour la fatwa et l’excommunication. Mohamed Sifaoui
Vincent Geisser, chercheur au CNRS, a entamé une enquête sur les enseignants issus des migrations maghrébines. En 2007, la direction administrative lui demande d’interrompre ses recherches ; on découvre à cette occasion qu’au CNRS un “fonctionnaire de sécurité et de défense” est chargé de surveiller toutes les recherches sociologiques et sociopolitiques jugées “sensibles”, et notamment celles concernant l’islam. On apprend aussi que ce type d’intervention n’est pas exceptionnel et que le même fonctionnaire a écrit à d’autres chercheurs pour exprimer sa désapprobation de leurs opinions ou études. Sur le fond, la décision du CNRS ne peut que laisser perplexe : faut-il interdire une recherche de peur que ses résultats ne déplaisent au pouvoir ? Autant casser tous les thermomètres pour s’assurer que la fièvre ne monte pas. Tzvetan Todorov
S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de “délire sécuritaire”, accentué par le sentiment “antimusulman” du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été “parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait accès à des virus”. (…) Selon lui, l’un de ses collègues du Cevipof (centre de recherches politiques de Sciences-Po) a même été consulté par le ministère de la Défense sur le “risque” que ses travaux ne cachent la constitution d’un “lobby arabo-musulman” au sein du CNRS. Le Monde

Jeune chercheuse en microbiologie ayant accès à des virus sanctionnée à Toulouse pour port du voile ostentatoire?

Travaux de recherche mis en question pour cause de “risque” de constitution d’un “lobby arabo-musulman” au sein du CNRS ?

Comme d’habitude, l’intérêt des polémiques, c’est ce qu’elles révèlent sur ce qui passait jusque là pour la normalité.

A l’heure où l’on reparle, en France et à tort et à travers, de droit de réserve

Et, où à l’occasion d’un nouveau cas de crise de jihadite subite aux Etats-Unis, l’on redécouvre la longue liste des cas précédents depuis les pirates de l’air du 11/9 …

Tandis que des mollahs condamnés à la provocation pour survivre nous ressortent, après l’Affaire Dudoignon il y a deux ans, le coup du procès d’une jeune chercheuse comme de trois touristes américains d’origine juive …

Retour sur la polémique qui a déchiré le landerneau universitaire l’été dernier.

A savoir celle des sanctions administratives, pour propos insultants envers un haut fonctionnaire, contre le chercheur du CNRS très engagé et ouvertement islamophile Vincent Gasser.

Et qui, derrière la levée de boucliers et les pétitions habituelles de certains de ses collègues (dont nombre des mêmes, comme le rappelle malicieusement Luc Rosenzweig, qui avaient poussé un an plus tôt leur attachement à la liberté d’expression jusqu’à demander pour recherches non conformes l’exclusion de leur collègue Sylvain Gouguenheim), avait eu le mérite de rappeler ou faire découvrir au grand public l’existence, dans les domaines et pour les pays sensibles, d’une surveillance de la recherche française.

Et donc en gros que notre pays comme le reste de l’Occident, était, quoi qu’en disent nos savants distraits ou compagnons de route ou le tout fraichement nobélisé Apaiseur en chef à la tête du Monde libre, en guerre …

CNRS: polémique autour d’une procédure disciplinaire
Stéphanie Le Bars
Le Monde
13.06.09

La convocation de M. Geisser, spécialiste de l’islam, par un fonctionnaire de défense, met en émoi les chercheurs

C’est une petite phrase qui a tout déclenché. Dans un courrier électronique envoyé en avril, en soutien à une allocataire de recherche toulousaine menacée de licenciement pour port du voile islamique, le chercheur Vincent Geisser, spécialiste de l’islam au CNRS, laisse éclater son exaspération : « Le fonctionnaire de défense [qui, selon le comité de soutien, est intervenu dans cette affaire] est un idéologue qui traque les musulmans et leurs «amis» comme, à une certaine époque, on traquait les juifs et les Justes. »

Le « fonctionnaire de défense » en question est Joseph Illand, un ingénieur-général, chargé au CNRS de la « sauvegarde du patrimoine scientifique ». S’estimant diffamé, il porte plainte au pénal ; dans la foulée, la direction du CNRS convoque M. Geisser devant la commission de discipline le 29 juin, estimant ses propos « calomnieux et injurieux », et de surcroît contraires à l’obligation de réserve qui s’applique à tout fonctionnaire.

Sans cautionner les propos, qu’ils jugent souvent « excessifs » du mail de M. Geisser, nombre de chercheurs ont été indignés par cette convocation : 2 800 d’entre eux ont à ce jour signé une pétition lancée à l’initiative d’Esther Benbassa, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études, au nom d’un collectif pour « la sauvegarde de la liberté intellectuelle des chercheurs de la fonction publique ». Interpellée, Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur, estime, dans une lettre datée du 10 juin, qu’elle ne peut s’exprimer sur « un litige qui donne lieu à une procédure ju diciaire », mais rappelle qu’il est de sa « responsabilité de garantir la liberté de pensée et d’opinion des chercheurs ». Mme Benbassa demande la suspension de la procédure disciplinaire contre M. Geisser.

Car, sur la forme et sur le fond, cette affaire fait visiblement écho à des inquiétudes partagées par nombre de chercheurs sur le respect de leur statut d’intellectuels indépendants et, plus généralement, sur l’état de la recherche française. Comme il l’explique dans un long texte, M. Geisser replace en effet cette affaire dans un contexte plus large.

Sur la forme, les écrits pour lesquels il est convoqué relèvent, assure-t-il, d’une correspondance « privée, voire intime », qui n’était pas destinée à être rendue publique sur le blog de soutien à la jeune chercheuse (il en a été retiré). Il n’y aurait donc, selon ses défenseurs, aucune raison d’invoquer une éventuelle « obligation de réserve » ou une quelconque « diffamation ». Le CNRS conteste le caractère « priv é » des propos. Sollicitée, l’avocate de M. Illand n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Sur le fond, le chercheur, réputé pour ses recherches, mais aussi pour ses prises de position publiques parfois vives et ses chroniques sur le site d’information Oumma.com, a saisi l’occasion pour alerter ses collègues sur le « harcèlement » dont il estime être l’objet de la part du militaire depuis 2004, date à laquelle il a lancé une recherche sur « la contribution des chercheurs et universitaires maghrébins au rayonnement de la recherche française dans le monde ».

S’ensuit, selon M. Geisser, une série de convocations et « d ‘interrogatoires sur mes activités scientifiques, philosophiques et politiques », jusqu’à la demande « de destruction des éléments collectés dans le cadre de cette enquête » en 2007. « Il semblerait que l’action du fonctionnaire de défense durant ces quatre années n’avait nullement pour but de m’assister techniquement dans la procédure de légalisation de l’enquête [auprès de la CNIL] , mais tout simplement de l’enterrer sous prétexte que son auteur serait suspect «d’islamophilie» ou de relations de proximité avec les milieux musulmans. »

Citant des témoignages de ses collègues, qui l’auraient averti d’une enquête sur sa personne au motif qu’il était en train de constituer « un lobby ara bo-musulman » au sein du CNRS, il accrédite la thèse que « cette affaire traduit l’intrusion inquiétante de logiques policières et sécuritaires au sein même des milieux scientifiques et universitai res ». « Je confirme tout ce qu’écrit Vincent Geisser », nous déclare Marie-Françoise Courel, directrice sciences humaines et sociales du CNRS au moment des faits. « Et je garantis la qualité scientifique de ses travaux. »

S’ils peinent à étayer leurs convictions par des faits, plusieurs chercheurs, sous le couvert de l’anonymat, dénoncent un contexte de « délire sécuritaire », accentué par le sentiment « antimusulman » du fonctionnaire de défense en poste au CNRS. Il se murmure par exemple que la jeune musulmane chercheuse en microbiologie sanctionnée à Toulouse l’a été « parce que, dans le cadre de ses recherches, elle avait acc ès à des virus ». « Depuis quatre ans, un chercheur spécialiste de l’Afghanistan est empêché d’aller enquêter sur son terrain. Il fait quoi ? Il change de métier ? », s’interroge une chercheuse.

Seul Olivier Roy, également spécialiste de l’islam, témoigne avoir reçu il y a deux ans un courrier électronique de M. Illand lui reprochant « de mieux traiter l’islam que le christianisme ». Pour le chercheur, preuve est faite qu’il ne s’agit pas « d’un conflit p ersonnel entre [le fonctionnaire de défense] et Vincent Geisser, mais bien d’une attaque systématique envers les chercheurs qui refusent les clichés sur l’is lam ». « C’est une croisade contre l’islam », nous assure-t-il, regrettant aujourd’hui d’avoir jeté le message en question et traité cette affaire « par le mépris ».

Voir aussi:

CNRS: polémique autour d’une procédure disciplinaire
Chaque organisme de recherche dispose de son fonctionnaire de défense
Philippe Jacqué
Le Monde
13.06.09

C’EST PEUT-ÊTRE l’une des plus étonnantes découvertes des chercheurs engagés derrière le sociologue Vincent Geisser : le CNRS emploie un fonctionnaire de sécurité et de défense (FSD). « L’ensemble des organismes de recherche et des universités disposent aujourd’hui d’un tel fonctionnaire », explique Jean-Marie Durand, le haut fonctionnaire de défense et de sécurité de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. « Au CNRS, il s’agit d’une personne à plein-temps, tandis que dans des structures plus petites, il peut s’agir du secrétaire général de l’université ou d’un chargé de mission sécurité », poursuit M. Durand.

Ce dernier donne son avis sur le recrutement du fonctionnaire de sécurité du CNRS. Cependant, celui-ci dépend directement de la direction générale de l’organisme.

Sa mission est avant tout de « protection », comme l’assurait Joseph Illand, l’actuel FSD, dans un entretien publié par le Journal du CNRS en 2004. Cette protection concerne, dans le périmètre d’activité de l’organisme, les « intérêts fondamentaux pour la nation » que sont la sauvegarde du patrimoine scientifique et technique, la sécurité de l’information, la défense et la sécurité publique.

Dans ce cadre, le FSD doit prévenir le CNRS contre des menaces qui vont « de la fuite de secret-défense à l’utilisation frauduleuse de moyens informatiques, en passant par le pillage technologique », expliquait M. Illand. Il doit ainsi assurer la sécurité des échanges internationaux, en contrôlant par exemple l’accueil des ressortissants étrangers dans les laboratoires de recherche et en donnant son avis sur les coopérations internationales et les missions dans les « pays à risques ». Théoriquement, il ne doit pas s’intéresser au traitement des sujets, quelle que soit leur sensibilité. Au CNRS, après cette affaire qui touche de fait à des travaux sur l’islam, une chercheuse s’indigne : « Nous n’avons pas besoin d’un fonctionnaire de défense qui s’arroge des compétences de déontologie. »

Voir également:

L’honneur d’un ingénieur-général
Joseph Illand
Le Monde
10.07.09
Réponse aux accusations de Vincent Geisser

Vincent Geisser et son comité de soutien ont lancé une campagne médiatique visant à me présenter comme une sorte de barbouze infiltré au CNRS, en croisade contre l’islam. Jusqu’ici, je n’ai pas pu répondre à ces accusations, attendant que la commission consultative rende son délibéré. Ceci étant fait, il m’est possible de m’exprimer, à titre personnel, pour donner ma version des faits. Certaines contre-vérités lancées ces dernières semaines dans la presse portent atteinte à mon honneur professionnel, à celle de mon équipe, et, plus encore, à la vérité.

D’abord ma fonction: je conçois qu’elle soit mal connue du grand public, mais, contrairement aux fantasmes qu’elle semble susciter, il ne s’agit en rien d’un poste d’agent secret. J’ai un statut d’ingénieur général, d’un corps à statut interministériel, et, au CNRS, j’exerce depuis 2003 des fonctions de protection du «patrimoine scientifique». Je n’ai pas de pouvoir contraignant ou disciplinaire. En 2008, mon équipe et moi avons ainsi aidé à sécuriser plus de 1000 déplacements d’agents du CNRS à l’étranger. Il ne s’agit pas du tout de les contrôler, mais de conseiller et d’être réactif dans des situations qui peuvent être dramatiques… Une tâche qui nous tient à coeur et qu’il est dur de voir présenter comme une volonté d’espionner.

Ma seule autorité «décisionnelle» concerne mon habilitation à signer les dépôts de plainte pour intrusion dans les systèmes d’information. Les procédures que mon service gère se font sous forme d’avis, sans autorité pour autoriser ou interdire. Au titre de la protection du CNRS, il m’arrive aussi de signaler d’éventuelles utilisations abusives ou illégales de la marque «CNRS». Là non plus, pas de façon contraignante mais en tant que conseiller.

C’est en septembre 2005, à l’occasion d’une enquête lancée par Vincent Geisser, que j’ai fait sa connaissance. Son enquête sur les trajectoires de chercheurs issus des migrations rencontrait des oppositions. Il est vrai qu’elle posait de sérieux problèmes au regard de la loi informatique et libertés. Je suis intervenu alors, non pour le sanctionner (quelle idée?), mais pour lui éviter d’être épinglé par la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) et de courir, lui et son directeur, des risques pénaux! J’ai tenté de sauver son enquête sur la base d’une reformulation des questions. Nous avons tenu une réunion de travail à Aix-en-Provence, dans un esprit plutôt amical dont pourront témoigner les nombreux participants. J’avais aussi, en fin de réunion, évoqué le problème de l’appui explicite de l’autorité de chercheur du CNRS lorsque des propos relèvent, non de la recherche, mais d’engagements personnels. Il m’est arrivé de soumettre cette interrogation à la direction du CNRS, sans aucune prétention d’autorité et encore moins de sanctions.

Le 14 avril, pendant mes congés, des personnes du CNRS ont eu la surprise de trouver mon nom dans un courriel de Vincent Geisser mis en ligne sur un site. Il m’accusait d’être «un idéologue qui traque les musulmans et leurs «amis», comme à une certaine époque on traquait les juifs et les Justes». Il s’agissait d’un message envoyé à un comité de soutien, destiné à faire témoignage public. Le comité défendait une allocataire de recherche travaillant dans un laboratoire du CNRS, licenciée par l’université pour maintien du port de signes religieux ostensibles. Visiblement, Vincent Geisser me rend responsable de cette décision. Je ne suis pour rien dans cette décision, très ferme, de l’université.

Choqué par la violence du message, j’ai souhaité porter plainte à titre personnel. La direction du CNRS a engagé en parallèle une procédure administrative et convoqué M.Geisser en commission paritaire. Ce qui a déclenché une tempête médiatique et une campagne présentant Vincent Geisser comme étant la victime d’un complot digne d’un film d’espionnage. Quelque 5000 chercheurs l’ont soutenu, sincèrement persuadés d’une obscure barbouzerie, une version accréditée par le témoignage d’un chercheur, Olivier Roy, que je cite: «(…) Il ne s’agit pas d’un conflit personnel entre lui et Vincent Geisser, mais bien d’une attaque systématique envers les chercheurs qui refusent les clichés sur l’islam. En 2007-2008, j’ai reçu un mail signé du haut fonctionnaire de défense me reprochant de mieux traiter l’islam que le christianisme.»

J’avoue ne pas m’être remis de ces lignes. Il se trouve que contrairement à Olivier Roy j’ai conservé ce courriel. Il s’agissait d’une simple question qui ne portait pas du tout sur l’aspect religieux. Pourtant, ce vague souvenir a suffi pour censer prouver chez moi une inquisition obsessionnelle et islamophobe. Comment peut-on formuler des accusations aussi graves avec autant de légèreté? Ce procès d’intention est à la fois salissant et blessant. Je ne me reconnais ni dans ce portrait ni dans cette version des faits, reconstruite et fantasmagorique. Voilà pourquoi je tenais, malgré mon devoir de réserve, à rétablir une part de rationalité.

Voir enfin:

Geisser, Redeker, même combat!
Islamophiles et islamophobes, le droit d’écrire des bêtises
Luc Rosenzweig
Causeur
le 11 juin 2009

Nous voilà de nouveau avec une de ces affaires dont le landerneau intellectuel français raffole : le politologue Vincent Geisser est, paraît-il, “sommé” de se présenter devant le conseil de discipline du CNRS pour y répondre de “manquement à l’obligation de réserve”.

Que reproche-t-on à Vincent Geisser ? D’avoir, dans un courriel de soutien à une jeune femme privée d’allocation-recherche pour cause de voile islamique, mis en cause le fonctionnaire du ministère de la Défense détaché au CNRS, chargé de veiller à ce que les chercheurs ne mettent pas en danger la sécurité nationale.

Selon Geisser, la jeune femme sanctionnée, Sabrina Trojet, chercheuse en microbiologie, serait victime de ce fonctionnaire, Joseph Illand, qui se livrerait de surcroît à un harcèlement incessant de sa propre personne, en raison de ses prises de positions favorables aux musulmans. Il concluait son courriel en affirmant que Sabrina et lui-même étaient l’objet d’une persécution semblable à celle subie par “les Juifs et les Justes” pendant l’occupation nazie. Ce courriel s’est retrouvé, à l’insu de Vincent Geisser, sur le blog de Sabrina et quelques sites pro-islamistes.

Il n’en fallait pas plus pour que les signataires habituels de pétitions “progressistes” (entendez par-là les Etienne Balibar, Esther Benbassa et consorts à la compassion unilatérale) montent au créneau pour dénoncer cette atteinte intolérable à la liberté d’expression.

Vincent Geisser est l’auteur, entre autres, d’un livre paru en 2003 La nouvelle islamophobie, une riposte à La nouvelle judéophobie de Pierre-André Taguieff, qui prétend démontrer que les seules vraies victimes du racisme dans notre beau pays sont les musulmans en général et les Arabes en particulier. Vincent Geisser est un représentant de cette gauche universitaire islamophile qui a parfois du mal à distinguer clairement islamisme et islam. L’auteur de La nouvelle islamophobie expose une thèse aussi erronée qu’insupportable : la France, en raison du traumatisme hérité de son histoire coloniale, n’arriverait pas à appréhender le fait musulman comme un fait religieux national. Le discours islamophobe emprunterait de manière privilégiée au registre républicain ses arguments d’un islam incompatible avec l’universalisme issu des Lumières. Dans le prolongement du racisme néo-colonial, les “républicains” ne seraient toujours pas sortis d’un rapport civilisateur à l’islam et verraient l’identité française comme exclusive de l’identité musulmane, d’où l’hostilité des républicains au port du voile islamique à l’école !

Geisser ne se contente pas, d’ailleurs, de défendre ses positions dans de savants écrits destinés à ses pairs, mais il descend sur le terrain, à savoir dans les cités HLM où les immigrés maghrébins sont nombreux, pour les appeler à la révolte contre la situation injuste qui leur serait faite. Ainsi, il est arrivé jusqu’au pied des montagnes où je demeure, dans la petite ville industrielle de Scionzier, en Haute-Savoie, pour prêcher la bonne parole aux musulmans y résidant en compagnie d’Hani Ramadan, le frère de Tarik. Hani, responsable du Centre islamique de Genève a connu son quart d’heure de notoriété grâce à une tribune publiée dans Le Monde où il justifiait la lapidation des femmes adultères. Vincent Geisser est un compagnon de route des Frères musulmans, qui, en France, contrôlent l’UOIF, comme on était jadis compagnon de route du PCF et admirateur des réalisations grandioses de l’URSS.

Dès lors que Geisser ne se contente pas de faire de la politologie dans le silence studieux de son bureau, il est naturel que les “services” surveillent du coin de l’œil ses activités. Les Frères musulmans ont parfois quelque attirance pour des méthodes brutales pour faire progresser leurs idées, et ne se contentent pas de la rhétorique policée d’un Tarik Ramadan destinée à séduire les belles âmes occidentales.

Faut-il pour autant rappeler Geisser à ce “devoir de réserve”, dont tout fonctionnaire ne devrait jamais se départir ? Robert Redeker se vit, en 2006, lâché par les collègues du lycée où il enseignait à Toulouse pour avoir écrit une tribune violemment anti-islamique dans Le Figaro. Soutenu mollement par sa hiérarchie après qu’il eut reçu des menaces de mort, il finit par se retrouver chercheur au CNRS, comme Vincent Geisser.

Même fonctionnaire, un intellectuel, un enseignant, un chercheur, doit bénéficier de la même liberté d’expression que celle de tous les autres citoyens de la République, y compris celui de dire et d’écrire des bêtises, pour autant qu’elles ne tombent pas sous le coup de la loi. A la différence des fonctionnaires d’autorité, comme les préfets, sous-préfets, ambassadeurs, etc., qui incarnent l’Etat dans les lieux où ils sont affectés, le discours des chercheurs n’engage qu’eux-mêmes. Le limogeage, en 2007 du sous-préfet Bruno Guigue, pour cause de publication d’une tribune violemment anti-israélienne sur le site islamiste Oumma.com était donc parfaitement justifié, comme l’a tranché le conseil d’Etat. Il l’aurait été tout autant, d’ailleurs, s’il avait publié un texte violemment anti-islamiste dans Tribune Juive1. Qu’on lâche donc les babouches de Vincent Geisser, qui n’en pourrait plus de satisfaction narcissique d’être, enfin, une “victime” de l’arbitraire étatique à l’image de ceux qu’il s’efforce de faire passer pour tels.

1. Il est cependant savoureux de constater que parmi les pétitionnaires si attachés à la liberté d’expression de Vincent Geisser emmenés par Esther Benbassa, un bon nombre avait réclamé que l’on réduise au silence – et si possible au chômage – Sylvain Gouguenheim. EL.


Terrorisme: La jihadite subite a encore frappé (Going jihadal: Aren’t those the guys that always go crazy and shoot everybody?)

15 novembre, 2009
Going postal
Support for suicide bombing (Pew, 2006) C’est pas les types qui pètent tout le temps les plombs et reviennent avec un pistolet et tuent tout le monde? George (Seinfeld)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujoud’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Si nous nous sommes penchés par le passé sur les conditions de travail et la sécurité de nos bureaux de poste quand les employés (entre 1986 et 1997) ont craqué sous le prétexte du stress au travail et si nous avons étudié la connexion jeux vidéo, drogues, cultes et aliénation de la contre-culture quand les jeunes de nos banlieues pavillonnaires ont été pris de crises de folie meurtrière, alors il semble légitime de rechercher des correlations quand quelqu’un se qualifie lui-même de musulman plutôt radical et ouvre le feu au cri d’”Allah Akbar! ” – de la même manière que le conducteur fou de Caroline du Nord ou le tueur de Seattle ou le conducteur meurtrier de San Francisco ont dit après coup qu’ils avaient agi au nom de leur ferveur religieuse islamique contre les juifs ou les occidentaux. Victor Davis Hanson
Les gens partout dans le monde se font tuer dans des guerres et maintenant, c’est le tour des gens des États-Unis de se faire tuer. Mohammed Reza Taheri-azar
Je suis un Américain musulman; je suis furieux contre Israël (…)Je veux voir nos armes retirées d’Israël (…) Je veux que ces Juifs s’en aillent. (…) Votre politique étrangère me rend malade. Ce sont des Juifs. Je n’en peux plus de me faire marcher sur les pieds, de voir les nôtres malmenés par la situation au Moyen-Orient. (…) Je suis un Américain aussi, mais je veux juste que les nôtres quittent l’Irak.

Nous pensons (…) qu’il s’agit d’un individu solitaire exprimant son antagonisme. Rien n’indique que l’acte soit lié au terrorisme.
Police de Seattle
La réplique des Musulmans qui consiste à dénoncer ces attitudes comme autant de préjugés, comme le “nouvel antisémitisme” ou encore comme une “islamophobie” est aussi mal fondée que d’accuser les antinazis de “germanophobie” ou les anticommunistes de “russophobie”. Au lieu de se présenter comme des victimes, les Musulmans feraient mieux de contrer ces craintes en développant une version modérée, moderne et fraternelle de l’Islam qui rejetterait l’Islam radical, le djihad et l’assujettissement des «infidèles». Daniel Pipes
Certains islamistes peuvent se montrer respectueux des lois et raisonnables, mais ils font partie d’un mouvement totalitariste et, à ce titre, doivent être considérés comme des meurtriers potentiels. Daniel Pipes (nov. 2001)

Après la poste, l’école, le bureau, la route, l’air, le vélo, le caddy, l’ordinateur, les anabolisants, les emballages

Faudra-t-il bientôt ajouter l’islam à la déjà longue liste des causes des crises de violence subites?

Mohammed Reza Taheri-azar, Maher Hawash, Ryan Anderson, David Belfield, Clement Rodney Hampton-el, Mark Fidel Kools, John Muhammad, Randall Royer, membres de Jamaat ul Fuqra, Rashid Baz, Wadih el-Hage, John Samuel, Nidal Hasan (Etats-Unis) …

Germaine Lindsay, Richard Reid, Andrew Rowe (Royaume-Uni) …

Muriel Degauque (Belgique) …

Jack Roche (Australie) …

David Courtailler, Pierre Richard Robert, Ruddy Teranova (France) …

Steven Smyrek (Allemagne) …

Domenico Quaranta (Italie) …

Jason Walters (Pays-Bas) …

Mouvement de convertis Rajah Solaiman (Philippines) …

Anti-dépresseur prescrit par ordonnance, cambriolage qui a mal tourné, violence de rue, beaucoup, beaucoup d’ennemis dans son esprit, accident de la circulation, dispute au travail, relation de famille orageuse, problème de comportement, maladie mentale, solitude et dépression, désaccord entre le suspect et un autre membre du personnel, animosité envers les femmes, stress du mariage arrangé, médicament contre l’acné, racisme, harcèlement subi en tant que musulman, sentiment de non-appartenance, syndrome de stress pré-traumatique, problèmes mentaux, problèmes émotionnels, quantité excessive de stress, crainte d’être envoyé en Afghanistan …

La liste est longue, au lendemain du plus grave attentat islamiste depuis le 11/9 sur le territoire américain, des attaques réussies ou déjouées, en Occident ou ailleurs, de musulmans ou convertis pris soudain de jihadite subite et aigüe.

Comme est sans limite l’imagination de nos belles âmes pour les faire oublier en en multipliant les raisons et les étiquettes pseudo-médicales.

Et surtout éluder, comme le rappelle Daniel Pipes, la question non seulement de la surveillance et du profilage des membres d’une religion qui continue à inciter à la violence mais la place, dans une société civilisée, de ladite religion qui, entre ses mosquées, ses écoles, ses associations et ses médias islamistes, les motive.

Question certes difficile quand on sait que selon un récent sondage, les attentats suicides sont considérés comme “souvent, parfois ou exceptionnellement justifiés” pour défendre l’islam par 13 % des musulmans allemands, 15 % des musulmans britanniques, 25% des musulmans espagnols et 35% des musulmans français.

Et qu’entre son enfance musulmane et ses liens avec des organisations anti-américaines et subversives ou pro-islamistes, le président américain actuellement en place… ne répondrait pas lui-même aux critères de sécurité exigés pour l’engagement des employés du gouvernement fédéral!

Djihad soudain ou syndrome d’extrême stress à Fort Hood?
Daniel Pipes
FrontPageMagazine.com
9 novembre 2009

http://fr.danielpipes.org/7750/djihad-soudain-ou-syndrome-dextreme-stress-a-fort

Version originale anglaise: Sudden Jihad or “Inordinate Stress” at Ft. Hood?
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Quand un musulman en Occident, sans raison apparente, attaque violemment des non-musulmans, il s’ensuit une discussion prévisible sur les raisons qui l’ont poussé à agir.

L’Establishment – Force de l’ordre, politiciens, médias et monde académique- se trouve d’un côté de ce débat, insistant sur le fait qu’une certaine forme d’oppression a poussé le Major Nidal Malik Hassan, âgé de 39 ans, à tuer 13 personnes et à en blesser 38, au camp militaire de Fort Hood [au Texas], le 5 novembre.

Toutefois il y a désaccord sur les détails [de l'oppression]. Hassan est présenté alternativement comme victime de « racisme », de « harcèlement subi en tant que musulman », de « sentiment de non-appartenance », du « syndrome de stress pré-traumatique », de « problèmes mentaux », de « problèmes émotionnels », de « quantité excessive de stress » ou [la crainte]d’être envoyé en Afghanistan comme étant son « pire cauchemar ». La conclusion peut se lire dans un en-tête typique d’un journal : « Ce qui s’est passé dans la tête du Major solitaire reste un mystère »

Les cas de violence de Musulmans contre les non-musulmans inspirent à ceux qui tiennent Hassan pour une victime de nouvelles excuses pleines d’imagination.

Voici quelques exemples pittoresques (inspirés par mon article [d'il y a quelques années] et du billet de mon blogue au sujet du refus du terrorisme islamiste)

* 1990 : (pour expliquer l’assassinat du rabbin Meir Kahane ) [on a estimé que le meurtrier aurait pris ] « un anti-dépresseur prescrit par ordonnance ».
* 1991 : (l’assassinat à Sydney de Makin Morcos) [a été ainsi motivé] « un cambriolage qui a mal tourné ».
* 1994 : (L’assassinat au hasard d’un Juif sur le pont de Brooklyn ) [est expliqué comme] « violence de la rue ».
* 1997: (Les coups de feu qui ont tué des civils au sommet de l’Empire State Building) [ont été expliqués par] » beaucoup, beaucoup d’ennemis dans son esprit ».
* 2000 : (L’attaque contre un bus scolaire d’écoliers juifs près de Paris)[a été expliquée comme un] « accident de la circulation ».
* 2002 : ( le double meurtre de LAX [de los Angeles International Airport, a été expliqué comme] une « dispute au travail ».
* 2002 : (‘Les francs-tireurs embusqués de Beltway) [ont été expliqués comme ] une « relation de [famille] orageuse.
* 2003 : (L’attaque de Hassan Karim Akbar sur des compagnons d’armes en en tuant deux) [a été expliquée comme ] un « problème de comportement. »
* 2003 : (Le meurtre par mutilation de Sébastien Sellam) [a été qualifié de] « maladie mentale ».
* 2004 : (Une explosion à Brescia en Italie devant un restaurant McDonald)[a été expliquée par ] la « solitude et dépression. »
* 2005 : (Un massacre dans une maison de retraite en Virginie ) [ a été qualifié de ] « un désaccord entre le suspect et un autre membre du personnel » .
* 2006 : (La tuerie qui a eu lieu au siège de la Fédération juive de Greater Seattle) [a été expliquée comme] une « animosité envers les femmes ».
* 2006 : (Le meurtre avec un véhicule de sport en Caroline du Nord )[a été expliqué par] « son récent mariage arrangé peut l’avoir rendu stressé ».

Le sergent Karim Hassan Akbar , reconnu coupable du meurtre , en 2003, de deux autres soldats.
En outre, quand un admirateur arabo- américain d’Oussama Ben Laden a écrasé son avion sur un immeuble à Tampa , le blâme retombait sur le médicament contre l’acné, l’Accutane.

En tant que membre fondateur de l’école d’interprétation du djihad, je rejette ces explications comme étant faibles, tentant de noyer le poisson et cherchant des excuses. L’école djihadiste, toujours minoritaire, perçoit l’attaque de Hassan comme l’un des nombreux efforts musulmans déployés pour vaincre les infidèles et imposer la loi islamique. Nous nous rappelons un épisode antérieur de syndrome de djihad soudain dans l’armée américaine, ainsi que les nombreux cas de complots non meurtriers du djihad au Pentagone et l’histoire de la violence musulmane sur le sol américain.

Loin d’être mystifiés par Hassan, nous voyons des preuves accablantes de ses intentions djihadistes. Il a distribué des exemplaires du Coran aux voisins juste avant de devenir fou et il criait « Allahu Akbar » (Dieu est le plus grand), le cri du djihadiste , tandis qu’il tirait plus de 100 coups provenant de deux pistolets.

Ses supérieurs l’auraient mis en probation pour prosélytisme de façon inappropriée sur l’islam.

Nous notons ce que ses anciens compagnons disent de lui : l’un, Val Finnel, se souvient de Hassan disant « Je suis musulman d’abord et Américain ensuite » et il se rappelle Hassan justifiant les attentats-suicide ; un autre, le Colonel Terry Lee, rappelle que Hassan « a revendiqué que les musulmans aient le droit de se soulever et d’attaquer les Américains ». Le troisième, un psychiatre qui avait travaillé très étroitement avec Hassan, le décrit comme « presque agressif pour décrire son attitude concernant le fait d’être musulman. »

Enfin, l’école de pensée du djihad attribue de l’importance à l’attitude des autorités musulmanes américaines encourageant les soldats musulmans à refuser de combattre leurs coreligionnaires, fournissant ainsi une base pour le djihad soudain. En 2001, par exemple, en réponse à l’attaque américaine contre les Talibans, le mufti d’Egypte, Ali Gum’a, a émis une fatwa affirmant que « le soldat musulman dans l’armée américaine doit éviter de [participer] à cette guerre ». Hassan lui-même, faisant écho à ce message, a conseillé à un jeune disciple musulman, Duane Reasoner Jr, de ne pas rejoindre l’armée américaine parce que « les musulmans ne doivent pas tuer des musulmans ».

Si l’explication [ se référant au] jihad est à une écrasante majorité plus convaincante que celle [qui argue ]de l’état d’esprit de la victime, elle est aussi plus difficile à présenter.

Tout le monde trouve que blâmer la folie au volant, l’Accutane ou un mariage arrangé est plus facile que de discuter les doctrines islamiques. Ainsi, une prédiction [peut être faite]: ce que Ralph Peters appelle le « politiquement correct impardonnable de l’armée » attribuera officiellement l’agression de Hassan à sa victimisation et se gardera bien de mentionner le djihad.

Et c’est ainsi que l’armée se cache la réalité et ne se prépare pas à affronter une prochaine attaque djihadiste.

Voir aussi:

Obama ne répondrait pas aux critères de sécurité
Daniel Pipes
Philadelphia Bulletin
21 octobre 2008

http://fr.danielpipes.org/5988/obama-ne-repondrait-pas-aux-criteres-de-securite

Version originale anglaise: Obama Would Fail Security Clearance

Colin Powell répétant désormais le mensonge selon lequel Barack Obama a toujours été chrétien, ce « en dépit des informations confirmant l’enfance musulmane d’Obama » (ainsi l’inscription à une école indonésienne le répertoriant comme musulman), on doit constater avec consternation que le candidat démocrate s’emploie à dissimuler la vérité sur cette question.

Portons notre attention, en ce contexte, sur un sujet connexe, les relations d’Obama tout au long de sa carrière avec l’islam extrémiste, et l’endettement moral impliqué. Sur un plan plus précis, Obama maintient des liens indirects, mais anciens et persistants, avec deux organisations, le Council on American Islamic Relations (CAIR), incriminé, sans mise en examen, par le gouvernement américain en 2007 comme complice de conspiration dans un procès concernant le financement du Hamas ; et The Nation of Islam, condamnée par l’Anti-Defamation League pour un passé marqué « de manière constante par le racisme et l’anti-sémitisme ».

Commençons par les liens d’Obama avec des islamistes :

*

Les relations à Khalid al-Mansour. Selon l’ancien président du quartier de Manhattan Percy Sutton, Al-Mansour a collecté de l’argent pour financer les « dépenses d’Obama à la Harvard Law School ». Al-Mansour un noir américain (nom de naissance Don Warden) est devenu un conseiller du prince saoudien Al-Walid bin Talal, le principal donateur du CAIR. Al-Mansour a des positions islamistes classiques : il nie que le gouvernement soudanais entérine l’esclavage, il nie les liens des Juifs à Jérusalem. Il a écrit une brochure appelée « Américains, prenez garde. Le complot sioniste contre l’Arabie saoudite ». (Obama et al-Mansour réfutent les déclarations de Sutton).
*

Les relations avec Kenny Gamble (connu aussi sous le nom de Luqman Abdul-Haqq) : Gamble, un producteur de musique pop autrefois connu, a coupé le ruban lors de l’inauguration d’un quartier général de campagne d’Obama situé dans un immeuble du sud de Philadelphie dont il est propriétaire. Gamble est un islamiste qui achète de nombreuses propriétés dans Philadelphie aux fins de créer une zone résidentielle réservée aux Musulmans. En tant qu’émir autoproclamé du United Muslim Movement, il a aussi des liens nombreux avec des organisations islamistes, dont le CAIR et la Muslim Alliance in North America. (Siraj Wahhaj, l’émir du MANA a été impliqué, sans mise en examen, pour complicité de conspiration dans l’attaque contre le World Trade Center en 1993).
*

Les relations avec Mazen Asbahi. Le premier coordinateur de la campagne d’Obama en direction des Musulmans a démissionné après des révélations montrant qu’il avait fait partie du bureau d’une organisation financée par l’Arabie saoudite, le North American Islamic Trust, position qu’il partageait avec Jamal Said, incriminé lui aussi, sans mise en examen, comme complice de conspiration dans le procès concernant le financement du Hamas en 2007. Asbahi a des liens avec les bureaux du CAIR à Detroit et à Chicago, avec l’Islamic Society of North America, incriminée elle-même, sans mise en examen, pour le financement du Hamas et d’autres organisations islamistes.
*

Les relations avec Minha Husaini. Le second coordinateur de la campagne d’Obama en direction des Musulmans a un passé islamiste et a travaillé comme stagiaire au Muslim Public Service Network. Immédiatement après sa nomination par Obama, elle a rencontré un groupe dd’une trentaine de Musulmans incluant des gens aussi connus que Nihad Awad du CAIR, Mahdi Bray de la Muslim American Society, qui a soutenu publiquement des groupes terroristes tels le Hamas et le Hezbollah, et Johari Abdul Malik de la Dar Al-Hijrah Mosque de Falls Church en Virginie, qui a déclaré aux Musulmans Américains : « Vous pouvez faire sauter des ponts, mais vous ne pouvez pas tuer des gens innocents qui se rendent à leur travail ».

Passons aux liens d’Obama à The Nation of Islam :

Le donateur et l’allié de longue date d’Obama, Antoin « Tony » Rezko a été, trois décennies durant, le partenaire de Jabir Herbert Muhammad, fils d’Elijah Muhammad, dirigeant de The Nation of Islam, et dit qu’il a donné à Jabir et à sa famille des « millions de dollars au fil des ans ». Rezko a aussi été directeur exécutif de la Muhammad Ali Foundation, une organisation douteuse qui, sans l’autorisation d’Ali, a utilisé le nom de celui-ci qui, par ailleurs, a été récompensé par le CAIR.

Jeremiah Wright, le pasteur estimé d’Obama pendant vingt ans, a des liens passés avec The Nation of Islam, a accepté récemment la protection d’un détachement de sécurité de The Nation of Islam, et a parlé louangeusement de Louis Farrakhan comme de « l’un des géants de l’expérience religieuse des Afro-Américains ». L’église de Wright a célébré Farrakhan pour avoir été « la parfaite illustration de la grandeur ».

Farrakhan lui-même a annoncé son soutien à Obama, le qualifiant d’ »espoir du monde entier », de « celui qui peut relever l’Amérique après sa chute », et même de « Messie ».

Le fait que la biographie d’Obama montre des liens si fréquents avec des organisations aussi peu recommandables que le CAIR et The Nation of Islam devrait donner à réfléchir. Combien de politiciens ont-ils eu des liens avec une organisation de ce genre, et combien en ont eu avec sept d’entre elles ? John McCain appelle charitablement Obama « une personne dont vous ne devez pas avoir peur si elle devenait Président des Etats-Unis ». mais les liens multiples d’Obama avec des organisations anti-Américaines et subversives, signifie qu’il ne répondrait pas aux critères de sécurité exigés pour l’engagement des employés du gouvernement fédéral.

L’agression islamique constitue l’ennemi stratégique de l’Amérique. Les nombreuses relations insalubres d’Obama suscitent des doutes graves concernant son aptitude à être Commandant en chef des Etats-Unis d’Amérique.

Voir de même:

Les convertis au terrorisme
Daniel Pipes
New York Sun
6 décembre 2005

Version originale anglaise: Converts to Terrorism
Adaptation française: Alain Jean-Mairet

Des convertis à l’Islam prennent en charge des opérations effectuées auparavant essentiellement par des immigrants musulmans de naissance et leurs enfants.

Cette évolution est tragiquement illustrée par l’attentat-suicide à la bombe commis le 9 novembre dernier près de Bagdad par une Belge convertie à l’Islam, Muriel Degauque, 38 ans, qui s’attaquait de la sorte à des soldats américains, devenant ainsi la première femme occidentale née chrétienne à se tuer volontairement pour une cause islamiste. Et sur les quatorze personnes arrêtées pour leurs liens avec Degauque, la moitié étaient des convertis à l’Islam. En Hollande voisine, un rapport gouvernemental publié tout récemment s’inquiète expressément des convertis radicalisés.

En effet, les organisations terroristes prisent tout particulièrement les convertis. Ils connaissent la culture locale et s’y fondent aisément. Ils ne peuvent pas être déportés. Ils peuvent dissimuler leur allégeance religieuse en évitant les mosquées, en gardant un profil bas, voire en consommant de l’alcool et des drogues pour maintenir leur couverture. Un guide conseille aux candidats à l’attentat-suicide en route pour l’Irak de «porter des jeans, manger des beignets et ne jamais quitter son baladeur».

Les convertis qui exécutèrent une opération terroriste ou furent emprisonnés dans ce contexte viennent de nombreux pays occidentaux. En voici une liste non exhaustive (les convertis encore seulement soupçonnés, arrêtés ou inculpés seront mentionnés dans un article séparé de mon site Web: http://fr.danielpipes.org).

*

Australie. Jack Roche, né en Grande-Bretagne, neuf ans d’emprisonnement pour tentative d’attentat à la bombe contre l’ambassade d’Israël à Canberra.
*

France. David Courtailler, quatre ans pour assistance à des terroristes. Pierre Richard Robert, emprisonnement à vie pour avoir projeté des attentats terroristes au Maroc. Ruddy Teranova, trois ans pour avoir agressé physiquement un Musulman modéré.
*

Allemagne. Steven Smyrek, sept ans pour avoir préparé une mission suicide pour le Hezbollah.
*

Italie. Domenico Quaranta, 20 ans pour avoir bouté le feu à une station de métro de Milan et avoir tenté de s’attaquer à d’anciens temples grecs à Agrigente, en Sicile.
*

Pays-Bas. Jason Walters, fils d’un Américain noir et d’une hollandaise, appartenait au réseau Hofstad et lança une grenade sur les forces de police; son procès débute cette semaine.
*

Royaume-Uni. Germaine Lindsay, immigrant jamaïcain, un des auteurs des attentats-suicide perpétrés contre les transports publics londoniens en juillet 2005 qui tua 26 personnes. Richard Reid, emprisonnement à vie pour la «chaussure piégée» avec laquelle il tenta de détruire un avion de ligne reliant Paris à Miami. Andrew Rowe, 15 ans pour avoir projeté des attentats terroristes.
*

Amérique. Ryan Anderson, emprisonnement à vie pour avoir tenté d’aider Al-Qaida alors qu’il servait dans la Garde nationale. David Belfield, assassina un ex-diplomate iranien près de Washington puis s’enfuit en Iran. Clement Rodney Hampton-el, 35 ans pour avoir participé à l’attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center. Mark Fidel Kools, condamné à mort for avoir «tué à la grenade» deux officiers de l’armée. John Muhammad, condamné à mort pour son rôle de principal «tireur embusqué du Beltway». Randall Royer, 20 ans pour des armes et des explosifs «provenant de l’enquête sur un réseau djihadiste militant en Virginie du Nord». Cinq membres de Jamaat ul Fuqra, un groupe basé au Pakistan et suspecté d’avoir perpétré au moins treize meurtresaux États-Unis, peines d’emprisonnement allant jusqu’à 69 ans.

Dans «Al Qaeda in Europe» (Prometheus), Lorenzo Vidino cite les autorités affirmant que «des douzaines de convertis européens ont rejoint les groupes terroristes». Et le problème ne se limite pas aux convertis occidentaux à l’Islam.

*

Aux Philippines par exemple, un converti avoua avoir piégé un ferry en février 2004, causant ainsi la mort de plus de cent personnes, et d’autres sont liés à une tentative d’attentat à la bombe contre l’ambassade américaine à Manille. D’une manière plus générale, le gouvernement affirme qu’Al-Qaida et le Jemaah Islamiyah se servent du mouvement Rajah Solaiman, un groupe de convertis, pour perpétrer des attentats terroristes.
*

Des convertis non occidentaux émigrent en Occident pour y commettre des actes de terrorisme. Voici trois cas américains: Rashid Baz, Druze libanais de naissance, 141 ans d’emprisonnement pour le meurtre d’un jeune Juif sur le pont de Brooklyn. Wadih el-Hage, Catholique libanais de naissance, emprisonnement à vie pour son travail avec Oussama Ben Laden. John Samuel, Chrétien éthiopien de naissance, accusé d’avoir pénétré aux États-Unis dans l’intention d’y mener des actions terroristes pour Al-Qaida, attend son procès à Guantánamo.

L’importance croissante que revêtent les convertis au terrorisme indique que les instruments de contre-terrorisme tels que la recherche de noms musulmans ou l’interdiction de terroristes potentiels aux frontières ne suffisent plus. Il est maintenant indispensable également de savoir qui, exactement, se convertit à l’Islam et de surveiller les convertis afin de constater lesquels d’entre eux sont radicalisés.

Certains des individus susmentionnés pourraient avoir commis des actes de terrorisme sans être devenus des Musulmans. Mais pour garantir la sécurité en Occident, aux Philippines et ailleurs, il faut désormais se pencher sérieusement sur un fait très fâcheux: la conversion à l’Islam augmente considérablement la probabilité qu’une personne soit impliquée dans le terrorisme.

Voir enfin:

Sacrificing Americans
Victor Davis Hanson
NRO’s The Corner
November 12, 2009

Many in the media are arguing there is nothing more to the Major Hasan mass murder than derangement and the various personal “issues” that “set him off.”

But there are two considerations that argue against such an interpretation. First, we look for patterns in all cases of individuals’ shooting others on a mass scale. Hasan gave every indication that he was channeling his own personal sense of frustration into a larger Islamic writ against the West — as have some 20 other killers since 9/11 who have shot, stabbed, or run over innocents at malls, airline counters, military facilities, and Jewish-affiliated centers.

If we once focused on postal conditions and security at post-office installations when workers (between 1986 and 1997) snapped under the thematic pretense of job stress, and if we investigated the nexus of video games, drugs, cults, and counter-culture alienation when suburban youths went on shooting sprees, then it seems legitimate to look for commonalities when someone self-identifies as a rather radical Muslim and shouts “Allahu Akbar!” as he fires — in the same manner that the mad driver in North Carolina, or the killer in Seattle, or the homicidal driver in San Francisco afterwards said they were acting out of Islamic religious fervor against Jews or Westerners.

Second, if we counted up the number of “lone wolf” incidents and added it to the number of Islamist terrorist plots that have been foiled since 9/11, we would arrive at more than 40 incidents of terrorist killings or efforts to kill on a wide scale. If anyone could find a comparable series of anti-abortion terrorist acts, backlash attacks on Muslims, anti-Semitic attacks perpetrated by non-Muslims, Jewish attacks on Middle Easterners, or radical environmentalist killings, then one could argue that the public was unduly focusing on Islam.

It seems, instead, that about every three to four months, either a single Muslim male will shoot or run over somebody and tie the violence to some sort of jihadist theme, or a group of Muslim males will be caught trying to blow up something or shoot someone, usually on a mass scale.

The general conclusions I would draw, based on the statements of the authorities, those in the military, the media, and the general public, are something like the following:

(1) Most people do not wish to be smeared as bigots, racists, or anti-Muslim, and therefore they will resist suggesting that such violence fits a pattern involving radical Islamic hatred.

(2) Most people assume either that the authorities will break up the plot before it reaches 9/11 proportions, or that the lone-wolf attacker will kill someone else far away, and therefore conclude that they are safe enough and it is a tolerable problem.

(3) Most also accept that (a) most Muslims in the U.S. are not violent, and therefore (b) we have no way in a free society to pick out in advance possible bad actors, and (c) the most likely preemptive strategies — screening imams, infiltrating “charities,” monitoring hate literature, reporting radicals at work, and screening web postings — are all fraught with civil-liberties and political-correctness land mines, and are as likely to boomerang on the authorities or well-intended citizens as they are to produce firm evidence that deters an Islamist killer before he acts.

Bottom line: The society at large, driven by the sermonizing of its elites, has come to an unstated conclusion that, unfortunately, a few Americans will have to be sacrificed from time to time, for the larger goal of establishing the fact that Americans in no way think Muslims are any more likely than any others to commit either random or premeditated terrorist violence. I think that is the initial lesson of Fort Hood. (I remember something similar from the 1980s and 1990s, when we accepted that to be a diplomat or a soldier stationed in the Middle East or Africa or anywhere in the Muslim world meant that there was some chance that your barracks, camp, hotel, embassy, or ship would be attacked — and very little chance that the U.S. government would do much in response other than launch an occasional ineffectual cruise missile or offer a bombastic “this will not stand” speech.)

If the lone-wolf incidents start happening ten times a year, rather than three or four, and if one or two terrorist plots succeed and result in several hundred killed, then attitudes may change (at least for a while).


Esclavage: Les Africains aussi! (African slavery apology ‘needed’!)

14 novembre, 2009
King Gezo of DahomeyGuezo fut également un administrateur extrêmement avisé. Grâce aux revenus de la traite, il put abaisser les impôts, stimulant ainsi l’économie agricole et marchande (…) Il fut très aimé et sa mort subite dans une bataille contre les Yorubas fut une véritable tragédie. Wikipedia
Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables. Communiqué du Congrès des droits civiques nigérian
Les chefs traditionnels n’ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu’ils n’ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l’esclavage. Shehu Sani (président du CRC)

Mais qu’arrive-t-il à l’Afrique?

Alors qu’après avoir proposé un droit de réserve pour la romancière franco-sénégalaise qui joue à cracher sur le pays qui vient de lui décerner le Prix Goncourt et justifié récemment la mesure d’expulsion de Tunisie d’une journaliste du Monde, notre Raoult national et accessoirement président du groupe parlementaire d’amitié France-Tunisie propose un “label Pays Amis de la France” pour les malheureuses dictatures africaines injustement dénigrées par nos médias pour violations des droits fondamentaux de leurs population …

Et que, réduisant le secrétaire des Nations unies et le directeur général de la FAO Jacques Diouf à la grève de la faim, le Pays autoproclamé des droits de l’Homme et inventeur patenté des French doctors se voit dénoncé, pour de prétendues basses considérations d’ordre politique, économique ou militaire, comme “cancre de l’action humanitaire” (21e sur 23 en terme de dons par rapport à son PNB) pour manque de générosité ou de neutralité au Tchad ou au Congo …

Pendant qu’après nos ambassadeurs comme nos écrivains, dont à nouveau notre Goncourt franco-sénégalaise, dénoncent le monstrueux “flicage” d’une société française mais aussi européenne qui reconstruit des murs de Berlin à ses frontières et va jusqu’à expulser ses sans-papiers …

Dans un pays où, au nom d’une nouvelle loi pour la reconnaissance de l’esclavage et de la traite, des associations noires exigeaient récemment non seulement la repentance mais des réparations pour la traite africaine et dénonçaient publiquement nos chercheurs pour avoir rappelé l’existence de traites arabe et intra-africaine ou que c’est la colonisation et le christianisme et qui avaient mis fin à ladite traite …

Ne voilà-t-il pas que, contaminés à leur tour par l’obsession de la repentance et pour des considérations bassement politiques, une bande de droits-de-l’hommistes nigérians se permet de rappeler, contre la longue omerta africaine, la part de leurs élites dans la traite des Noirs?

Allant jusqu’à leur demander, après les récentes excuses du Sénat américain et de St Obama lui-même (5% de la traite atlantique contre… 40% pour le seul Brésil, dernier pays non-africain ou arabe à l’abolir en 1831!), de l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair et de l’ancien maire de Londres (3% de la traite atlantique contre 13% pour la France), c’était au tour des dirigeants traditionnels du continent noir de s’excuser publiquement pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves …

Rappelant que leurs “rois-traîtres” avaient  “participé à la traite des esclaves en aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements dans des communautés sans défense, puis à les livrer à des Européens, Américains et autres” …

Si ça continue, ils vont tout nous ressortir …

Les siècles de pillages, guerres et esclavage de l’islam

Comme les centaines de milliers d’Africains toujours maintenus en esclavage …

Ou… le pillage actuel du continent par ses propres dirigeants!

Des Africains ont eu leur part dans la traite des Noirs
La Croix
12.11.2009

Au Nigeria, un collectif d’ONG, le Congrès des droits civiques, demande aux chefs coutumiers du pays le plus peuplé d’Afrique de s’excuser au nom de leurs ancêtres d’avoir aidé à la déportation de milliers d’esclaves noirs

C’est une première en Afrique noire. Du jamais entendu. Au Nigeria, pays le plus peuplé du continent noir, avec plus de 140 millions d’habitants, un collectif de plusieurs dizaines d’organisations de défense des droits de l’homme, le Congrès des droits civiques (CRC), a demandé aux « chefs traditionnels africains nigérians de s’excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves ».

« Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables », dit-il dans un courrier. Les organisations relèvent le fait que le Sénat américain a présenté en juin dernier des excuses pour « l’inhumanité, la cruauté, l’injustice fondamentale de l’esclavage ». Aux Africains de faire de même.

Très précis sur les accusations, le CRC a rappelé que les chefs traditionnels ont « participé à la traite des esclaves en aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements dans des communautés sans défense, puis à les livrer à des Européens, Américains et autres ».

Au Nigeria, la ville côtière de Badagri, comme celle de Ouidah au Bénin (l’ex-Dahomey) ou encore Loango en Angola, ont servi de points de départ pour le voyage à fond de cale de millions d’esclaves vers l’Europe, les États-Unis et les Caraïbes.

Une démarche non exempte d’arrière-pensées politiques

La participation de chefs africains à la traite de leurs propres frères noirs a toujours été une réalité gênante, même pour les historiens occidentaux. D’autant qu’il y a peu d’écrits en Afrique, continent de la tradition orale.

Reste que cette démarche n’est pas exempte d’arrière-pensées politiques. Dans l’Afrique noire du XXIe siècle, les pouvoirs en place apprécient peu le poids des chefs traditionnels, omniprésents dans les villages, jugeant qu’ils sont un frein au développement et à la modernité.

Au Nigeria, comme dans la majorité des pays africains, les chefs traditionnels ne sont pas reconnus par les Constitutions. Ils demandent aujourd’hui à l’être au Nigeria. D’où la proposition étonnante du collectif d’ONG : excuses contre reconnaissance constitutionnelle.

L’Afrique a en effet connu des chefs traditionnels qui firent commerce d’hommes, ceux que l’on appelait au Bénin les « rois-traîtres », tel Guezo, au visage marqué par la petite vérole, qui fit durant un règne de quarante ans au XIXe siècle de la traite à grande échelle. Il y était aidé par son plus proche ami et conseiller Francisco Felix de Souza, Brésilien d’origine portugaise.

« L’Afrique noire a été un acteur à part entière de la traite »

Guezo aurait ainsi participé à la déportation de centaines de milliers, voire un million de ses frères noirs, en grande partie vers le Brésil, en échange d’armes, de tabac, d’alcool, de tissu, surtout de la soie et du velours.

Selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (1), « sans minimiser la responsabilité occidentale – ce serait absurde car la demande fait aussi l’offre –, l’Afrique noire a été un acteur à part entière de la traite ».

Les captifs africains ont été ainsi emmenés par d’autres Africains et vendus à des Européens ou à des Arabes. Bon nombre d’entre eux étaient déjà esclaves dans leur communauté, souvent razziés après des combats. La traite intra-africaine aurait concerné près de 14 millions de personnes, contre 17 millions pour celle faite par les Arabes et 11 millions pour celle concernant les Européens.

Julia FICATIER

(1) Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Gallimard, 2004.

Voir aussi:

Esclavage: “les chefs doivent s’excuser”
Le Figaro/AFP
11/11/2009

Les chefs traditionnels africains devraient s’excuser pour le rôle que leurs ancêtres ont joué dans la traite des esclaves, ont estimé mercredi des organisations de défense des droits de l’homme au Nigeria.

Le Congrès des droits civiques (CRC), une coalition de dizaines d’organisations de défense des droits de l’Homme, a estimé dans un communiqué qu’après les excuses du Sénat américain en juin et celle de l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair, c’était au tour des dirigeants traditionnels du continent noir.

Ils doivent présenter des excuses au nom de leurs ancêtres pour “mettre un point final à l’histoire de la traite des esclaves”, écrit le CRC dans un courrier adressé à ces dirigeants.

“Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains, en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables”.

Selon le CRC, ils ont participé à la traite des esclaves en “aidant systématiquement à mener des raids et des enlèvements (…) dans les communautés sans défense (…) puis à les échanger avec des collaborateurs européens, américains et autres”.

La ville côtière nigériane de Badagry a servi de point de départ pour le voyage de nombreux esclaves vers l’Europe, les Etats-Unis et les Caraïbes.

Shehu Sani, qui dirige le CRC, a expliqué que la demande d’excuses intervenait maintenant, avant que les chefs traditionnels au Nigeria, qui ne sont pour l’heure pas reconnus par les lois du pays, ne figurent dans la nouvelle Constitution.

“Ils n’ont pas à être reconnus par la Constitution tant qu’ils n’ont pas présenté leurs excuses aux familles des descendants des victimes de l’esclavage”, a-t-il affirmé à l’AFP.

Il a dit espérer que des excuses de chefs nigérians pourraient inciter d’autres chefs, dans d’autres pays d’Afrique, à faire de même.

Voir également:

African slavery apology ‘needed’

BBC NEWS
2009/11/12

Traditional African rulers should apologise for the role they played in the slave trade, a Nigerian rights group has said in a letter to chiefs.

“We cannot continue to blame the white men, as Africans particularly the traditional rulers, are not blameless,” said the Civil Rights Congress.

The letter said some collaborated or actively sold off their subjects.

The group said it was time for African leaders to copy the US and the UK who have already said they were sorry.

It urged Nigeria’s traditional rulers to apologise on behalf of their forefathers and “put a final seal to the history of slave trade”, AFP news agency reports.

Civil Rights Congress president Shehu Sani says they are calling for this apology because traditional rulers are seeking inclusion in the forthcoming constitutional amendment in Nigeria.

“We felt that for them to have the moral standing to be part of our constitutional arrangement there are some historical issues for them to address,” he told the BBC World Service.

“One part of which is the involvement of their institutions in the slave trade.”

He said that on behalf of the buyers of slaves, the ancestors of these traditional rulers “raided communities and kidnapped people, shipping them away across the Sahara or across the Atlantic”.

Millions of Africans were forcibly transported to the Americas over a period of about 450 years from the middle of the 15th Century.

More than a million people are thought to have died while in transit across the so-called “middle passage” of the Atlantic, due to the inhuman conditions aboard the slave ships and brutal suppression of any resistance.

Many slaves captured from the African interior died on the long journey to the coast.

Do you think traditional leaders should apologise for the slave trade? How complicit do you think African rulers were at the time? Send us your views using the postform below.

Even though the children aren’t really responsible for the crimes of their fathers, there is a healing aspect in repentance and forgiveness. For even the crimes of our fathers affects the lives of their children’s children. Those who repent of wrongs done and those who forgive those wrongs find renewal and health which may change the course of a life or of a nation. Njinja, Yaounde, Cameroun

I think even if they apologize what they have done at the past, it doesn’t have meaning, it doesn’t change things. If the slavery stopped now we faced another one “the mental slavery” and the worst thing is that our leaders don’t take lesson from the past and still provoke civil wars. We are tired of wars. as my above friend said lets move forward and forget about the past, I hope one day hearing “the united states of Africa” even if not me my children or my little children will hear this. Moktar, Djibouti

well it true i agree with you traditional ruler should apologise to African also but lets not forget the Arab who came first they have not yet apologise to Africa for their slavery the did with caravan through the Sahara desert. let me ask one question are these African politicians not enslaving their children again in the name of corruption. i think we should examine what is going on in our society today because for people like us who come to Europe through the Mediterranean sea and we live in no document the people should examine this fact because our so call government is enslaving us again thanks oghogho elvis smith robson, lyon france

If our traditional leaders should apologise for selling their subjects into slavery, we should also ask the question whether people living in the west coast of Africa are freemen in their respective countries. Sometimes I wish our fore fathers were all sold into slavery not that i am condoling the menace of the slave trade but rather in my opinion i see the 500 years old inhumane act perpetuated by the then rulers and their colonial counterpart as a blessing in disguise and the truth be said millions of us are still under the captivity of bad government, corrupt and irresponsible leaders that are still destroying many aspirations in Africa. who is saying sorry to us ? Gabriel Okodoa, Greater Manchester

The era of slavery is over and no amount of apologies and what a view will salvage African the worst that has been done, and the so called traditional ruler that collided with the slave masters were no more. Why cant we have a group that will talk and demand apologies from our past and present leaders that has change the dream of Nigeria and African continent as whole, they have collided with some unknown elements to underdeveloped our continent, lead us to wrong path. The damage that was done during the era of slavery is less to what our corrupt leader have done. no African leader will leave office without been prosecution for corruption and mismanagement. i don’t need apologies from the dead, i demand from our present for governing us badly. fatai yussuff, belfast

there is no present without a past. the corruption of the 15th century on the african continent still lives with us. apology comes with an attitude change. if not, there is absolutely no need. we want a positive change in africa and starts with the traditional leaders. they must voice out the truth to these corrupt leaders all over africa. vincent bodam, lagos, nigeria

True, they were culprits to this human tragedy, but the human right group better user their energy to free Nigerians from political corruptions that has plunged the nation back to 1000 years of less development. Nigeria need EMERGENCY surgery, no kidding M Imarhiagbe, ZH/Switzerland

There apologies at this time of an age is irrelevant, rather more emphasis should be focused on how meaningful development can be achieved in Africa. I think the organisation should focus on ills ravaging the continent such as corruption, famine, HIV/AIDS, poor management of resources and the likes. The apologies from US and UK has done us no good; what has been done has been done..lets move forward Adewole M., Coventry, United Kingdom

This is certainly, YES in capital letters. African traditional leaders “rulers” should all stand before their very common poor affected African people to confess and religiously apologise for the cruel act of trans-Sahara slave trade which led to the traumatic and bad leadership portrait on their ruled masses which brought about a present day fail African Nation. Suleiman – Isa, Adamu, Abuja, Nigeria

I think it is proper for everyone involved to tender an apology. There was a national repentance prayer in Abuja on the eve of Nigeria’s 49th anniversary on the 30th of September 2009. The prayers started from repentance about slave trade to today’s misgovernance. The vice president was in attendance and there were representatives of the kings. The representatives of the traditional rulers from the coastal areas tendered an apology for their role in slave trade just as General Gowon did on the same night for the actions of the nation during the civil war. I don’t think the traditional rulers are against this and I think it is the right way to go but it should not excuse the western nations from what they did as well. There are more than enough guilty parties. Debola Ajagunna, Houston USA

It’s an interesting call, and the issue has been addressed in West Africa by reputable historians such as Adu Boahene, and documented in the UNESCO History of Africa series. What happened was a form of complicity between slavers and traditional rulers who traded defeated war captives for guns and powder so they could continue to expand their states at the expense of their neighbours. But there is another class of people whose complicity is often overlooked, and that is the cynical gun manufacturers — like Samuel Galton Jnr of Birmingham who made cheap unproved muskets specially for this trade. Conrad Taylor, London, UK

I think this is a positive stance to take. Especially the part about putting a final seal on it. These people have to be able to say that they are at peace with the past. It is the only way to look positively to the future. Finally it should be kept in mind that commercial interests (like getting the cheapest labour possibly) has been a thorn in civilizations side whenever it has not been held up to proper moral standards. Of course this includes the current issue of sustainability. I think there is a lesson to learn here from history. On some matters humanity simply cannot turn a blind eye. The Trutherizer

Should traditional leaders apologise for the slave trade? Absolutely! Let’s put this in perspective here. According to historic accounts, the Europeans slave Traders did not actually forcibly round up the merchandise. Africans delivered Africans into slavery. The Europeans just like with colonial rule, where able to persuade the traditional rulers to part with their fellow Africans with smiles on their faces and monies in their pockets. In the defence of Traditional Rulers, they had no idea of the brutal inhuman treatment to befall their fellowmen. They probably did not fathom that millions will perish even before the whips started cracking on the shores of the American continent. But I feel it is important that we as Africans do not absolve ourselves completely of blame in what can only be described as one of the worse atrocities that that the world has ever seen. O. Ayeni, Edgware, Middlesex , UK

African leaders were the biggest culprits of the crime. In fact, I estimate that up to 80% of slaves were procure and sold by other Africans for things like whisky and rum. Denying this fact only means it will and is happening again albeit with a different face. How many times have we heard demagogues blame colonialism and foreign powers for what is wrong when it is our own people causing suffering. Its sad that some of these criminals are lionised in history books as great kings when in fact their wealth was based on the blood of many. Unless we are honest to ourselves nothing will change. mustafa, glasgow scotlannd

I don’t agree. Most of African leaders who participated in the act were either covertly or overtly forced by the white slave maters….the case of Oba of Benin is a good example. When he refused to trade his kinsmen for mirrors and hats….he was dethroned and beheaded to serve as deterrent to others. How could you blindfold someone and yet accuse him of not being able to see? Malcolm, Ibadan Nigeria

Indeed African traditional Leaders should apologise, and even build a monument honouring the victims of Slave Trade at each region where the slaves were put on board. The evil that many traditional leaders perpetuated in those days continues today. There are still tragic collusion of local leaders with rapacious multinational companies in the devastation and exploitation of African natural resources. A practical example of this is the imbroglio in the Niger Delta in Nigeria. The evil in some of the traditional leaders has been transferred to the modern Nigerian leaders, ad that is why many of them are into corruption. The traditional leaders still wield enormous enormous power, and as a result are are granted series of contracts in various fields in which they are not competent, leaving their responsibilities to pursue other forms of wealth. The traditional larders are indeed insatiable. While there is still the need to have them in the society, they should be more productive, rather than being parasites. John OYEWOLE, Milan, Italy

The was a debate In my Final year BA degree at the University of the Gambia. This is doubt The African Rulers at the time of slavery and Slave bore a lot of responsibility to their fellow Africans for Betraying them and selling them as slaves. The great grand children of those rulers should apologized for the bad deeds of their parents. They should even pay reparation to their victims’ children if it can be arranged. Thank you for bringing this topic. Alhagie Bah, The Gambia

Voir enfin:

Chronique d’abonnés
Plus il y aura de marteaux pour taper sur le même clou
Françoise Arnaud., Ecrivain
Le Monde
10.11.09

Indécent ce battage fait autour de la chute du mur de Berlin ? Certes. Si en 1989, il existait quelque raison valable de se réjouir de la disparition de ce mur de la honte, le nombre de ses pareils qui, depuis, ont poussé comme champignons après la pluie, l’interdit. Progrès oblige, il en existe à présent non seulement de matériels, mais aussi de virtuels, en ce sens qu’ils n’ont pas d’existence tangible. La raison de tous ces murs est identique, sous couvert de nobles buts, ils n’en ont qu’un seul qui est économique.

À propos de ce front commun souriant et triomphant formé par tous ces hommes d’Etat ou représentants, il est permis de se poser une question : qu’est-ce qui se cache dessous ?

Pour Mme Merkel, il s’agit d’une question éminemment allemande, mais pour les autres ?

C’est loin d’être clair et certainement pas innocent.

Célébraient-ils l’arrivée d’une solidarité mondiale retrouvée ? La présence de Mme Hillary Clinton pouvait le laisser penser, d’autant plus que cette dernière avait entamé un chant en faveur de la tolérance religieuse et M. Obama en faveur de la flamme de la liberté.

Hélas, aucun de ces chefs, représentants d’état, n’étaient là dans ce but. Tous font partie de ceux qui ont construit le plus vaste, et le plus vil des murs de la honte, de tous les temps ! La mort programmée des immigrés de la faim.

Leur interdire l’accès aux seules chances de survie, revient à prononcer leur condamnation à mourir de faim chez eux ; condamnation d’autant plus inique que ce sont ces mêmes états qui organisent cette faim dans les pays d’origine.

Pour le plus grand profit des compagnies transcontinentales et des financiers du monde entier, sans parler de celui des oligarchies des pays concernés. Sans le moindre bénéfice pour les populations obligées d’acheter des produits importés, hors prix, pour la plupart.

L’Europe pour l’Afrique et les ?tats-Unis pour le Mexique sont les plus concernés.

L’Europe, coup de génie, a créé : Frontex, organisme extrêmement dynamique, chargé de faire la police aux frontières de l’Union, de la rendre plus efficace, plus réactive. À sa disposition : une centaine de collaborateurs ; cinq à six cents policiers issus des états membres, formés en équipes mobiles pouvant intervenir hors de leur état d’origine ; vingt avions, trente hélicoptères, plus de cent embarcations ; des équipements sophistiqués tels que lunettes à infrarouge, ordinateurs portables etc… Là ne se limite pas sa mission, elle collabore avec des organismes officiels, tel Europol ; participe au rapatriement en aidant les pays membres à organiser les opérations de retour et aide localement les polices des frontières aux « points focaux »

Très hypocritement ces activités prétendent se faire pour « le bien des immigrés ». Les obliger à rester chez eux, pour qu’ils y meurent de faim, c’est les sauver d’une noyade quasi certaine. La plupart de ces gens se risquent à parcourir 1.200 kms, sur l’océan, dans des embarcations pneumatiques, surchargées, peu aptes à tenir la mer, avec peu de chance d’arriver au terme d’un voyage pour lequel ils paient à des passeurs, des sommes exorbitantes. Beaucoup n’atteignent pas la rive espagnole ou portugaise d’où ils seraient de toute manière généralement renvoyés. En 2006, environ 3.000 personnes se sont noyées.

Pharisianisme : comme on ne peut enlever aux immigrés les motifs pour lesquels il leur faut gagner à tout prix l’Europe, et que plus Frontex sera performant, plus ils se rabattront sur des itinéraires dangereux, il faut les empêcher de quitter l’Afrique. Dès 2004, le ministre allemand de l’intérieur, Otto Schily a proposé de créer des centres d’accueil en Afrique, ce qui tout de même a suscité un certain malaise.

Les ?tats-unis ont fait appel à ces innovations techniques qui risquent d’apporter quelque répit aux pays assiégés. Il est prévu d’installer à la frontière avec le Mexique un système de barrage, coût : deux milliards de dollars ; qui par GPS permettra de repérer tout transfuge, de transmettre en temps réel, par ordinateur portable, sa position à la patrouille la plus proche. En 2006, la chambre des représentants a adopté le plan d’une clôture sophistiquée, longue de 1.125 kms pour renforcer celle existante, la frontière couvre 3.360 kms, mais on estime que cette précaution sera suffisante, le reste des régions frontalières est fait de régions arides ou de montagnes impraticables.

Entre 1998 et 2004, 1.954 personnes sont mortes sur cette frontière.

Ces ?tats, responsables du réchauffement climatique, de la faim, des flux migratoires de plus en plus nombreux au fur et à mesure que l’espace vital se rétrécira, des conflits qui en découleront et qui auront des répercussions radicales sur la forme des sociétés occidentales futures, sauront-ils relever le plus grand défi social : la question climatique ?

Berlin, 588 en vingt ans, EU., 1954 en six ans ! Et, ailleurs?

African slave trade nations Arab slave tradeAtlantic slave tradeSlave trade map


Polémique Sarkozy/Berlin: Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet? (Information Age dealt another stunning blow after new factual error discovered on the Internet)

13 novembre, 2009
Sarko was there, too

 

Heureusement que Nicolas Sarkozyl n’a pas prétendu être là le jour de la prise de la Bastille, parce que je ne sais pas comment il s’en serait sorti! Ségolène Royal
Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet? Il est bien possible que nous assistions à l’aube d’une nouvelle ère de scepticisme dans laquelle nous ne prendrons plus pour argent comptant tout que nous lisons en ligne. Mais indépendamment de ce que l’avenir nous réserve, une chose est claire: le statut de l’Internet comme dépôt mondial ultime des faits incontestables a été compromis. Paul Boutin (rédacteur en chef de Wired)

Retrouverons jamais notre pleine confiance en l’Internet?

Alors que le monde assistait aux cérémonies du 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin et prélude à la fin du communisme en Europe …

En l’absence du président censé être le chef de fil du Monde libre et représentant du principal pays à l’origine de l’événement …

Mais en présence du représentant d’un pays dont l’actuel premier ministre et ancien président (et accessoirement ex-kagébiste) qualifiait il y a quelques années l’événement de “plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle” et qui avouait tout récemment sa nostalgie pour la RDA …

Pendant que résistait héroïquement encore la dernière rue Lénine de nos banlieues sur fond de signature d’accords entre le parti de notre grand Timonier et son parti frère de Pékin …

Et que notre presse hexagonale s’écharpait, avant l’affaire Marie Diaye, sur la présence ou non du jeune Nicolas Sarkozy dès le premier jour, comme il le prétendait sur sa page Facebook, audit événement …

Et que les sites internet du Post et de Libération nous gratifiaient d’une réjouissante série de photos bidonnées où, à la “Zelig”, notre Timonier national se retrouvait participant ou témoin, du 11/9 à l’assassinat de Kennedy à Yalta et de la crucifixion à la Création du monde, des plus grands moments de l’histoire mondiale …

Retour, comme le rappelle le blog du NYT, sur l’un des grands moments de l’histoire du Net.

A savoir, ce jour fatidique de 2002 où le journal en ligne américain The Onion révélait à un monde atterré la première erreur factuelle confirmée de l’Internet, susceptible de miner à jamais la confiance de chacun de nous en ce merveilleux outil de l’Age de l’Information:

Un site de fans de la sitcom culte du Brady Bunch show avait incorrectement avancé la date de création de la série de (tenez-vous bien!)… une année entière!

Factual Error Found On Internet
The Onion
May 22, 2002

LONGMONT, CO—The Information Age was dealt a stunning blow Monday, when a factual error was discovered on the Internet. The error was found on TedsUltimateBradyBunch.com, a Brady Bunch fan site that incorrectly listed the show’s debut year as 1968, not 1969.

The shocking error.

Caryn Wisniewski, a Pueblo, CO, legal secretary and diehard Brady Bunch fan, came across the mistake while searching for information about the show’s first-season cast.

“When I first saw 1968 on the web page, I thought, ‘Wow, apparently, all those Brady Bunch books I’ve read listing 1969 as the show’s first year were wrong,’” Wisniewski told reporters at a press conference. “But even though I obviously trusted the Internet, I was still kind of puzzled. So I checked other Brady Bunch fan sites, and all of them said 1969. After a while, it slowly began to sink in that the World Wide Web might be tainted with unreliable information.”

Following up on her suspicion, Wisniewski phoned her public library, the ABC television network, and the office of Brady Bunch producer Sherwood Schwartz—all of whom confirmed that “Ted’s Ultimate Brady Bunch Site” was in error.

Attempts to contact the webmaster of “Ted’s Ultimate Brady Bunch Site,” identified as Ted Crewes of Naugatuck, CT, were unsuccessful. The page has been taken offline by its host, Cheaphost.net, which released a statement Tuesday.

“We at Cheaphost were deeply saddened and disturbed to learn that one of the millions of pages we host contained a factual discrepancy,” the web-posted statement read. “Please be assured that we are doing everything within our power to ensure that nothing of the sort happens again. We will not rest until the Internet’s once-sterling reputation as the world’s leading source for 100 percent reliable information is restored.”

Paul Boutin, senior editor of Wired, said the error is likely to have a profound effect on how the Internet is perceived.

“Will we ever fully trust the Web again?” Boutin asked. “We may well be witnessing the dawn of a new era of skepticism in which we no longer accept everything we read online at face value. But regardless of what the future holds, one thing is clear: The Internet’s status as the world’s definitive repository of incontrovertible fact has been jeopardized.”

Peter Luyck, 30, a Dallas-area graphic designer and frequent Internet user, was crestfallen.

“If it happens once, it can happen again,” Luyck said. “I shudder to think that, one dark day in the future, misinformation could again make its way online. In fact, it may already have. How do we know that trusted sites like the Drudge Report and Fucked Company are as accurate as we instinctively trust them to be? Can we blindly trust that SpideyRulez.com is correct in its reportage that the upcoming Spider-Man sequel will feature Christopher Walken as Dr. Octopus? Pandora is out of the box.”

Though the Brady Bunch error is the first confirmed instance of false information on the Internet, scares have occurred in the past. In 1998, an e-mail sent to a woman in Warner Robins, GA, made an unverifiable claim that she could earn thousands of dollars from an initial $5 investment. The claim was never conclusively proven false, and no charges were filed.


Identité nationale: Je trouve cette France-là monstrueuse (With elections looming Sarkozy finally gets back to national identity debate)

11 novembre, 2009
Niqab FranceLa seule façon dont un musulman peut justifier auprès de l’islam de servir dans l’armée américaine est si ses intentions suivent celles d’hommes comme Nidal. Imam Aulaqui
D’ailleurs, à propos de l’exode rural, les Aveyronnais qui ont conquis les cafés de Paris continuaient à vivre en symbiose avec leurs terres d’origine, sur lesquelles ils ont construit des maisons pour leur retraite. Il en est de même aujourd’hui à l’aune de la globalisation. On sait aussi que les phénomènes d’appartenance ne sont pas nécessairement exclusifs les uns par rapport aux autres. On peut se sentir parfaitement Français et en symbiose avec son terroir d’origine. N’oublions pas qu’hier c’étaient les Juifs que l’on accusait d’être apatrides ou d’avoir d’autres allégeances que celle de la nation. (…) si 500 femmes menacent la République, c’est qu’elle est décidément bien malade! (…) Ce danger est d’autant plus grand qu’une nation repose souvent sur l’oubli, voire le mensonge, comme le disait Renan. En France, nous n’avons jamais vraiment voulu voir que notre République est ethno-confessionnelle. Même à l’époque de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, les Français catholiques étaient un peu plus français que les autres, pourvu qu’ils ne fussent pas ultramontains. La République n’a pas eu de peine à coopter ses protestants. La République française a eu beaucoup de peine à admettre sa part juive, au point qu’elle l’a livrée à l’Holocauste lors de la seconde guerre mondiale. Et aujourd’hui nous entendons le ministre de l’intérieur parler de “prototype” de l’Arabe, pardon de l’Auvergnat! Il y a des démons d’exclusion dans l’histoire française. Jean-François Bayart (CNRS)
Il nous appartient tous ensemble de veiller à ce que cette société reste une société dont nous pouvons être fiers, c’est à dire pas une société où on expulse les sans-papiers … Stéphane Hessel (ancien ambassadeur, membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine)
Toutes nos bonnes soeurs portent le voile! Et n’oublions pas que, jusque dans les années 60, on ne mettait pas un pied dans une église sans se couvrir! Cinquantenaire catholique
Il y a tellement de façons d’être français qu’il serait triste que le gouvernement nous dicte ce qu’est être français. Pap Ndiaye (Ecole des hautes études en sciences sociales)
Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort”. Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy: elle a une morale que la droite française n’a plus. Marie Ndiaye (prix Goncourt 2009, soeur du chercheur Pap NDiaye)
La seule chose qui ne me convienne pas, c’est le modèle de l’école publique. C’est incompatible avec nombre de mes principes religieux. Pour ma fille, j’ai déjà commencé l’école à la maison quelques heures par jour et l’apprentissage des quelques sourates de base. Plus tard, elle ira dans une école privée musulmane. Jeune mère de famille malienne voilée intégrale
Je ne tiens à vous dire qu’une chose. Nous sommes dirigés dans ce pays par des gens qui travaillent pour Satan. Jeune français de souche converti au salafisme
Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau! Musulman (“sortant” d’une mosquée en plein air, Paris XVIIIe)
Depuis trois ans, tout a basculé ici. L’atmosphère devient très pesante pour les riverains et les passants. Tous les vendredis, la rue est fermée pour permettre aux fidèles de prier jusque sur le trottoir à cause du manque de place à l’intérieur. Je n’ai rien contre l’islam et les croyants, mais là, il s’agit d’autre chose, les comportements sont excessifs. Certains vont même jusqu’à empêcher les femmes de circuler dans la rue parce qu’il y a une mosquée et que l’espace doit être réservé à la seule gent masculine. Habitante du quartier parisien du XVIIIe
L’identité nationale n’est pas en définitive un état de chose biologique – qui d’entre nous a pour ançêtre un Gaulois? – mais culturel : on est français par le fait qu’on s’exprime dans une certaine langue, qu’on intériorise une certaine culture, et qu’on participe à une vie politique et économique. Dominique Schnapper
Nous sommes dans une période de transition où le visage de la France change. D’importants transferts démographiques vont se produire avec l’arrivée de nouveaux immigrés extra-européens. Le problème est de savoir si nous pourrons, avec eux, faire évoluer la nation française, en conservant un certain nombre d’éléments décisifs pour son identité. Max Gallo

10 personnes en trois semaines à l’automne 2002 à Washington par un ancien tireur d’élite musulman converti, 12 morts et 42 blessés par un psychiatre de l’armée d’origine palestinienne de la base militaire de Fort Hood aujourd’hui …

Alors que l’Amérique bien-pensante d’un président qui n’a même pas daigné se déplacer pour fêter la victoire du monde libre sur le totalitarisme se réveille avec le pire attentat islamiste sur son propre territoire depuis le 11/9

Retour, en cette fête patriotique du 11 novembre où l’on va encore entonner le “Qu’un sang impur” et où on a faillir entendre le “Deutschland über alles”, sur la dernière lauréate de la principale récompense littéraire de France (franco-sénégalaise actuellement “exilée” en Allemagne et donc multiculturelle à souhait en cette nouvelle ère Obama) qui, du haut de ses privilèges et sous prétexte de débat sur l’identité nationale chez nous laisse éclater sa rage contre la société qui vient de la récompenser …

Et, dans certains de nos quartiers, sur d’autres qui, entre voile intégral et imprécations salafistes mais aussi “cités de la drogue”, bus sous escorte policière et agressions de médecins, s’emmurent chaque jour un peu plus …

L’écrivain Marie Ndiaye aux prises avec le monde
Nelly Kaprielian
Les Inrockuptibles
Le 30 août 2009

Dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye raconte des vies déchirées entre l’Afrique et la France. Une interrogation sur la condition humaine la plus contemporaine : les migrations et les questions d’appartenance. Le livre le plus dérangeant et obsédant de cette rentrée. Decryptage et interview.

Pourquoi vous intéressez-vous autant à la cruauté ?

La cruauté est souvent source de souffrance, de difficultés… J’aime bien l’idée de faire dire à certains personnages tout ce qu’ils ont en tête, les personnages qui n’ont aucune sorte d’inhibition, qui disent leurs pensées, leurs arrière pensées, bref tout ce qui est normalement indicible car cruel et qui relèverait du trop profondément enfoui ou impoli pour qu’on puisse oser le dire. Ça déstabilise les autres autour d’eux et c’est cette déstabilisation qui est intéressante littérairement.

Pour chaque récit, c’est comme si vous posiez les bases de la complexité d’une situation. Développer ne vous intéresse plus ?

Il y a sans doute de ça, même si j’ai conscience que si on peut un peu frustrer le lecteur, on ne peut pas le frustrer indéfiniment. Il y a des limites, il y a une sorte de jeu que l’on doit jouer avec lui car il risque de laisser tomber le livre, et ce n’est pas ce que je souhaite. J’essaie davantage aujourd’hui de ne pas être radicalement et systématiquement déceptive : c’est trop cruel et facile pour un écrivain de tenir le lecteur puis de le laisser tomber sans apporter de réponse à une question. J’essaie de me tenir sur cette frange-là, c’est-à-dire de lancer toutes sortes de questions et de répondre peut-être pas à toutes mais à quelques-unes quand même, tout en ménageant un espace suffisamment narratif pour que demeure un plaisir très basique de lecture. Ce qui fait qu’on lâche un livre ou pas… L’idée, bien sûr, n’est pas de répondre à des attentes précises du lecteur, d’une part parce que je les ignore, d’autre part parce que sinon on fait du Marc Levy. Disons que j’essaie de produire un bel objet, littérairement esthétique, harmonieux, mais aussi accessible. C’est accessible, mais rien n’est donné. On doit se débrouiller avec ces trois histoires.

Vous avez cette volonté, quand vous écrivez, de ne pas trop en dire ?

En tant que lectrice, il me semble qu’on revient d’autant plus souvent vers un livre, soit réellement, soit en pensée, lorsqu’il reste après lecture une certaine incompréhension… Sinon ce serait trop simple. Et puis en écrivant j’ai moi aussi l’impression de ne pas avoir toutes les réponses. Je ne prémédite pas tout. Les personnages et même l’histoire se font un peu à mesure que je les écris, donc à la fin je suis moi-même surprise de ce qui est arrivé. Même si je n’aime pas trop les écrivains qui disent que les personnages les ont entraînés, surpris, etc. Il ne faut quand même pas exagérer, il y a un travail intellectuel dans l’écriture. Mais parfois, d’une certaine façon, c’est un peu vrai.

Dans les trois histoires, la seule que vous menez à une résolution c’est la dernière, et c’est une résolution radicale : la mort.

Je n’avais pas envie que chaque fin soit lugubre. Cela peut vous paraître curieux mais pour moi c’est un livre gai, joyeux. Si à la fin de la troisième histoire il y a la mort, cela ne jette pas un voile de tristesse sur l’histoire. Elle meurt certes, mais elle meurt dans la “gloire” – même si je me méfie de ce mot, trop empreint de catholicisme, et je ne suis pas du tout mystique. L’histoire malheureuse de cette femme n’est pas désespérée car c’est quelqu’un qui ne s’oublie jamais, qui n’oublie jamais qui elle est même si c’est un être assez simple, et même si cela ne tient qu’à un nom, son nom propre, Kadhy Demba, qu’elle se répète, mais un nom c’est beaucoup. Dans la situation que je décris – et qui est assez douce par rapport à la réalité que subissent ces gens –, le nom est ce qui la personnifie encore : ces gens sont considérés comme une grosse masse même plus humaine, même pas une masse de bétail car le bétail on en prend soin car il rapporte… Ils sont traités comme des êtres qui n’ont plus leur unicité, leur valeur, leurs sentiments, leur vie, tout ce qui fait qu’un être humain est unique. Et ici, on a le plus grand mal à voir ces gens comme nos semblables…

Pourquoi votre héroïne n’abandonne-telle jamais, ne décide-t-elle pas de rester finalement en Afrique ?

D’après ce que je sais maintenant, une fois qu’on est parti, il est quasiment impossible de revenir en arrière. On serait dans une position d’échec absolu, on rentre chez soi en ayant honte et pour beaucoup de gens mieux vaut prendre le risque de mourir que de rentrer honteux, misérable et rejeté. Le seul intérêt de revenir serait certes de rester en vie, mais pour beaucoup de ces gens ça n’est pas le plus important. Donc une fois que le grand départ a eu lieu avec ce que cela implique de frais engagés, le retour est impossible… J’ai lu beaucoup de choses, d’articles, de récits de gens enfermés dans les centres de détention en Italie ou à Malte, dont le livre du journaliste italien Fabrizio Gatti, qui a fait un périple en suivant le trajet de réfugiés du Sénégal jusqu’en Italie (Bilal sur la route des clandestins – ndlr). Ce n’était pas extrêmement important de lire tout ça, mais je l’ai fait pour ne pas risquer d’introduire des détails absurdes ou incongrus…

Qu’est-ce que la littérature apporte par rapport aux reportages de presse ?

Précisément la personnification. Si la matière littéraire est assez intéressante ou prenante, ces trajectoires restent mieux en mémoire que ce qu’on peut lire dans les articles ou voir en images. Les articles peuvent dépersonnifier, on lit vite – un article, ça passe, ça reste comme anonyme. Pas la littérature.

Vos personnages sont africains. Votre père est sénégalais. Vous revendiquez-vous d’une culture africaine ?

Je m’en revendiquerais, m’en sentirais proche, si j’avais effectivement eu une culture double. Je me sentirais différente, mais aussi différente que si j’avais eu un père allemand et une mère italienne. La seule chose qui change quand on a une origine africaine, c’est qu’on est noir, c’est visible. Mais c’est tout. J’ai été élevé uniquement par ma mère, avec mon frère, en France. Pas par mon père, avec qui je n’ai jamais vécu, et que je ne suis pas allée voir en Afrique avant l’âge de 22 ans. J’ai été élevée dans un univers 100 % français. Dans ma vie, l’origine africaine n’a pas vraiment de sens – sinon qu’on le sait à cause de mon nom et de la couleur de ma peau. Bien sûr, le fait d’avoir écrit des histoires où l’Afrique est présente peut paraître contradictoire. Je suis allée deux ou trois fois en Afrique, c’est un lieu qui m’intrigue, me fascine aussi, car je sens que j’y suis radicalement étrangère. Quand j’y suis et que les gens voient mon nom et la couleur de ma peau, ils pensent que je suis des leurs. Or, par mon histoire, c’est faux. J’ai souvent rencontré des Français qui ont été élevés en Afrique et qui sont plus africains que moi. Alors qu’eux, en Afrique, dans le regard des autres, ils restent étrangers… Ironiquement, c’est en France que je peux paraître étrangère.

Le fait de vous sentir étrangère en Afrique et française en France où vous pouvez être perçue comme étrangère, est-ce que cela a apporté quelque chose à votre écriture ?

Oui, ça apporte le sentiment d’être en décalage. C’est propice à l’écriture, cette impression d’être toujours légèrement à côté. On a l’impression alors de mieux voir les choses, de les voir sous un autre angle.

Vous souvenez-vous de votre premier voyage en Afrique ?

Je ne reconnaissais rien, vraiment rien. Il n’y a strictement aucune transmission dans les gènes qui fait que quand on se retrouve dans le pays d’où vient son père, on se dise “ah, oui, bien sûr, c’est chez moi !”. C’était au contraire profondément étrange, très autre, mais autre dans le sens attirant, pas déplaisant.

Vous êtes la soeur du chercheur Pap NDiaye. Vous sentez-vous proche de ses travaux comme La Condition noire, de 2008, et de la question de la place des Noirs dans la société française ?

Je ne m’étais jamais posée cette question avant de le lire et qu’il m’en parle. Oui, je m’y intéresse de plus en plus et en même temps je me sens un peu étrangère à cette problématique car je suis dans une situation tellement originale que je ne peux absolument pas me plaindre de quoi que ce soit. Jamais je n’ai eu à faire une demande d’emploi ou une recherche d’appartement à louer seule, donc jamais je n’ai pu ressentir la moindre méfiance. Je ne me sens pas du tout visée par les problèmes que de nombreux Noirs rencontrent, même si ces problèmes sont réels. Ce que je trouve intéressant dans cette question, c’est que c’est une communauté visible qui réclame l’invisibilité. Du coup, je me suis rendu compte que beaucoup de Noirs, antillais donc français, ou étrangers, ont l’impression d’être exclus, surtout à Paris où ils sont sans cesse contrôlés. Ils sentent que dès qu’ils vont dans un endroit où il n’y a pas forcément que des Noirs on les voit comme Noirs avec tout ce que ça peut impliquer dans l’esprit de certains comme méfiance…

Vous en parlez avec votre frère ?

Oui. Lui aussi a pris conscience de tout ça récemment. Quand il avait 20 ou 30 ans – il a deux ans de plus que moi –, c’était une question qui ne lui était pas proche, exactement comme pour moi. La couleur de la peau n’importait pas, ce qui comptait c’était l’école, les diplômes, une égalité entre tous les citoyens dès lors qu’ils sont à un même niveau d’études… En fait, ça ne marche pas tout à fait comme ça. Il a fini par s’en apercevoir. Il habite depuis quelque temps porte de la Chapelle et prend tous les jours le RER gare du Nord, et même s’il est toujours absolument correct dans sa mise, avec costume, etc., il est sans arrêt contrôlé par la police, qui le tutoie d’emblée. Ce qui n’arriverait jamais avec le même genre d’homme s’il était blanc. Lui il est agrégé, peut réfléchir à ça, prendre de la distance, mais qu’est-ce que ça doit être dans la tête d’un jeune de 20 ans ? Quelle violence cela doit être, quelle haine ça doit développer… C’est très troublant.

Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?

Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus.

Vous avez publié votre premier roman à l’âge de 18 ans. En vingt-quatre ans d’écriture, qu’avez-vous appris ?

Quand on est jeune, c’est plus facile d’écrire des histoires systématiquement horribles pour dramatiser. Maintenant je me sens suffisamment mûre pour ne pas être systématiquement décourageante. C’est ce que j’ai appris en plus de vingt ans d’écriture, qui sont indissociables de vingt ans de vie. Tout naturellement, la façon dont je ressens les choses a changé. Heureusement ! Je suis contente de ne plus être jeune. Les choses me semblent moins terribles dans la manière que j’ai de les transcrire : je peux le faire de façon plus joyeuse. Avant, il n’y avait qu’une seule facette qui m’apparaissait, la terrible. Maintenant je vois qu’il y en a d’autres, et je me sens davantage capable de les décrire. Le champ s’est ouvert. D’ailleurs, ce que je montre dans le livre n’est pas forcément la façon dont je vois les choses. Je suis d’une nature plutôt optimiste… malgré les apparences (rires).

Enfant, vous avez longtemps bégayé. Est-ce qu’il y a une connexion avec l’écriture ?

Je pense qu’il y a un lien. C’est plus facile à l’écrit. En même temps, enfant, j’étais très bavarde, pas du tout renfermée. Ce qui est curieux c’est que d’une façon il y a un lien avec l’Afrique. Ce qui m’a frappée au Sénégal, c’est que plein d’hommes sont bègues… Je ne sais pas à quoi c’est dû. Du reste, je crois que mon père est plus ou moins bègue. Et chez les filles c’est rare. Peut-être le fait d’avoir vécu un an avec mon père m’a laissé ça. Quand on parle, il faut être lent, sinon la nervosité empêche de parler. Dans le récit, on a d’ailleurs l’impression d’un ralentissement comme si vous preniez plaisir à faire durer l’écriture. Mon maître en la matière est William Faulkner. Surtout dans Lumière d’août, qui est un très gros livre qu’on peut résumer en trois phrases puisqu’il s’y passe très peu de choses. On est dans l’intériorité assez brute de gens frustres dans une région écrasée de chaleur. Ou aussi Au-dessous du volcan, de Malcom Lowry, l’histoire d’un homme qu’on suit sur moins d’une journée, et sur ce temps bref on a l’idée de son existence entière.

Dans votre livre, chaque histoire est problématique. Est-ce dû à la mixité entre Africains et Français, ou tout simplement à la famille ?

Dans la vie des gens en général, ce qui pose le plus gravement problème, ce sont les gens qui nous sont le plus proches, enfants, parents, maris ou femmes. Ce sont nécessairement des histoires de famille, mais pas seulement parce que ces familles ou ces couples seraient franco-africains. Je ne fais pas d’histoires vraiment liées à la société, je n’en ai pas la puissance. J’aime l’idée de fresques, qui donne l’idée d’une société, mais malheureusement je n’ai pas ce sens de l’histoire. J’aimerais, mais ce n’est pas ma main. Après vingt ans d’écriture, on connaît ses limites. Il y a des renoncements. Souvent, un écrivain fait ce qu’il fait parce qu’il ne peut pas faire autre chose. C’est difficile d’avoir à la fois le sens de l’intime et le sens de l’histoire. Tolstoï l’avait.

Vous venez d’écrire un scénario pour le film de Claire Denis, White Material, qui se déroule en Afrique. Comment avez-vous travaillé ?

Claire ne me l’a pas demandé du fait de mes origines africaines, elle n’a pas besoin de cela et elle est bien plus africaine que je ne le serai jamais car c’est elle qui a passé sa jeunesse en Afrique et pas moi. Elle avait une idée assez précise de l’histoire (une plantation de café, une guerre civile) et je me suis donc coulée dans cette idée. Nous avons fait un voyage de repérage ensemble au Ghana, il y a trois ans. Cette rencontre avec Claire et tout ce qu’elle m’a appris de l’Afrique ont eu une importance considérable pour moi, elle m’a apporté, entre autres, ce que je n’ai pas : peut-être une culture africaine, mais surtout un mode de penser.

On a l’impression que vous menez une vie paisible, que vous vivez une situation familiale heureuse contrairement à celles que vous décrivez dans vos textes, que certaines choses que vous auriez pu voir comme difficiles dans votre vie ont glissé sur vous. Où puisez-vous la monstruosité de vos livres ?

C’est vrai que je n’ai pas du tout une vie romanesque… J’ai lu récemment le journal de Joyce Carol Oates, et elle a la vie la plus régulière, régulière, simple, normale, bourgeoise qui soit, et elle écrit des livres de monstre. Il y a cette chose qu’on appelle l’imagination, et ce n’est pas rien. Une imagination qui se construit aussi sur le réel de faits ou de rencontres, d’histoires que j’ai lues dans la presse ou qu’on m’a racontées. Le lieu où je vis m’influence aussi. Il y aura Berlin dans mon prochain livre, car c’est mon nouveau lieu géographique, donc mon nouvel univers mental. En Angleterre ou aux Etats-Unis, beaucoup d’écrivains sont issus d’origines ethniques différentes comme Zadie Smith, Monica Ali, Hari Kunzru, etc.

En France, nous n’avons pas ce type d’écrivains. Comment l’expliquez-vous ?

Je crois que c’est une question d’éducation. En général, les écrivains sont des gens qui ont fait des études, savent manier la langue et peut-être que ça n’est pas encore le cas pour nos minorités, qui se sentent peut-être exclues d’un certain savoir. Lorsqu’on voit d’où viennent les écrivains en France, pour une grande majorité d’entre eux, ils viennent de milieux bourgeois et/ou intellectuels, alors qu’aux Etats-Unis, par exemple, c’est moins le cas, Russell Banks ou Joyce Carol Oates n’ont pas été élevés au milieu de livres. Les parents d’Oates étaient fermiers, le père de Banks était plombier. Bref, il semblerait que les écrivains français viennent tous d’une bourgeoisie éclairée, cultivée, qui est un milieu assez restreint. Ce n’est pas complètement mon milieu : ma mère était prof de sciences naturelles dans un collège, ma famille n’était pas un lieu de livres. Jusqu’à l’âge de 13 ans, j’ai vécu à Fresnes et ensuite ma mère a déménagé à Bourg-la-Reine. C’était une banlieue très modeste, je vivais dans une barre HLM et les HLM dans les années 70 c’était autre chose qu’aujourd’hui. C’était plutôt pas mal, on a eu une enfance dans la rue, d’une liberté totale, sans crainte, ce que les enfants d’aujourd’hui n’ont pas. Quant à mon père, je crois que c’est un homme qui n’a jamais lu un roman de sa vie. Il a fait des études mais il venait d’un milieu misérable au Sénégal. Ma mère lit mes livres. Mon père, je n’en ai aucune idée. J’ai arrêté mes études très jeune pour écrire. Parfois, en interviews, je sens que je n’ai pas les outils pour parler de littérature, n’ayant pas fait Normale sup ou de longues études. Alors je réponds le plus simplement possible.

Trois femmes puissantes (Gallimard), 316 pages, 19 €, parution le 20 août

Voir aussi:

Le débat sur l’identité nationale au miroir de la presse étrangère
Le Monde
03.11.09

Qu’est-ce qu’être français ? C’est la question posée par le site Internet dédié au “grand débat sur l’identité nationale” voulu par le gouvernement. Un sujet qui intéresse les médias étrangers, qui n’hésitent pas à donner leur propre définition de l’identité française. Prensa latina, agence d’information latino-américaine, ébauche ainsi un portrait des Français : “Fiers de leur nationalité, ils portent aux nues les apports de leur pays à l’humanité et se disent inégalables en matière d’art culinaire, de vins, de mode et de parfums. Mais ils sont pleins de contradictions, enclins à la grève, aiment le verbe polémique. L’intégration des immigrés a radicalement changé leurs goûts ; l’insatisfaction les caractérise.”

NOSTALGIE

Le Times ironise sur la vision passéiste proposée par le gouvernement, qui veut remettre au goût du jour la “douce France”. La référence à cette chanson de Charles Trenet vient du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre (“La défense de notre modèle culturel et de la “douce France” chantée par Charles Trenet passe par la redéfinition de notre identité nationale”). The Times constate qu’”il n’y a clairement aucune place dans cette vision du pays pour les banlieues violentes, pour les conflits raciaux et pour les manifestations virulentes devant des usines décrépies”.

Mais c’est surtout la manœuvre électoraliste du gouvernement, à quelques mois d’un scrutin régional, que retiennent les médias étrangers, notamment le Guardian et La Vanguardia. “Les élections riment, selon le sarkozisme, avec identité nationale”, souligne cette dernière. Le quotidien catalan rappelle qu’à la veille des municipales de 2008, le ministre de l’éducation avait annoncé l’introduction dans les programmes scolaires de la connaissance de l’hymne national. “Ce thème était réapparu peu avant les européennes de 2009, lorsque Nicolas Sarkozy avait envoyé sa feuille de route au ministre de l’immigration et de l’identité nationale, dans laquelle figurait clairement le lancement d’un tel débat. Cette mission se traduit dans les faits aujourd’hui, à quatre mois des régionales…”, constate le quotidien.

LES RISQUES D’UNE DÉFINITION

Plusieurs journaux dénoncent l’objectif même d’un tel questionnement sur l’identité nationale. Le Christian Science Monitor cite ainsi le chercheur Pap NDiaye, de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, qui craint une dérive “autoritariste” du débat : “Il y a tellement de façons d’être français qu’il serait triste que le gouvernement nous dicte ce qu’est être français.” Coïncidence relevée par le CSM : le jour même où était lancé le débat, la sœur de l’historien, la romancière Marie NDiaye, symbole de l’identité multiple française, obtenait le prix Goncourt, principale récompense littéraire en France. Un pied de nez aux tentatives de figer l’identité nationale dans une définition.

L’Observateur paalga (Ouagadougou) se demande s’il ne vaudrait pas mieux “laisser dormir” le débat car “il va être difficile de prouver qu’il n’y a pas de soupçon d’exclusion derrière cette [tentative de définition de la] ‘francité’”. Et le quotidien burkinabé de rappeler les dérives d’un autre débat sur l’identité nationale, en Côte d’Ivoire cette fois, où le concept d’”ivoirité” avait conduit à écarter le candidat musulman du nord du pays, Alassane Ouattara, de la présidentielle de 1995. La France “a mieux à faire que d’emprunter cette voie”, conclut L’Observateur.

Le débat dépasse en tout cas les clivages droite-gauche, note Charles Bremner, le correspondant à Paris du Times, sur son blog. Il divise particulièrement le Parti socialiste, tiraillé entre la “gauche traditionnelle”, qui invoque un argument moral et dénonce un retour au “pétainisme”, et la “gauche populiste, incarnée par Ségolène Royal, qui demande que les politiques s’adressent aux peurs publiques”. Autre élément de trouble pour la gauche française, relevé par Charles Bremner : l’initiateur de ce débat n’est autre que l’ancien socialiste Eric Besson.

Mathilde Gérard

Voir enfin:

Enquête sur l’islam radical en France
Dossier coordonné par Cyril Drouhet – Reportage Nadjet Cherigui (texte) et Axelle de Russé
Le Figaro Magazine
06/11/2009

La vision de ces silhouettes fantomatiques dans les rues dérange, surprend et effraie parfois. En France, le voile intégral est objet de polémiques. Pourtant, ces femmes ne sont que la partie la plus visible et la plus frappante de l’iceberg d’une mouvance appelée salafiste. Nous avons rencontré ces «puristes» de l’islam, pour qui les règles du quotidien ne peuvent se calquer que sur celles du prophète Mahomet. Quitte à faire fi des lois de la République…

Ce reportage est un document. Un témoignage exceptionnel. Pour la première fois, en plein débat sur l’identité française, au moment même où le port du voile divise l’ensemble de la communauté musulmane, des femmes salafistes ont accepté de s’expliquer. De se livrer comme jamais et d’ouvrir leurs portes à des journalistes. Pour aller aussi loin, pour plonger ainsi au cœur de l’islam radical de France et gagner la confiance de ces femmes qui ne sortent que très rarement de chez elles, Nadjet Cherigui et Axelle de Russé ont négocié des semaines. Pas à pas. Puis, elles se sont immergées en profondeur, enquêtant comme personne n’avait réussi à le faire avant elles, en se plongeant dans un monde, semble-t-il, irrationnel, mais totalement codifié. Si certains salafistes ont accepté de jouer le jeu de la transparence, les accueillant chez eux, d’autres, notamment à proximité des mosquées les plus dures, les ont reçues avec des injures et parfois des menaces, leur interdisant même de prendre des photos dans des rues où la liberté de mouvement se restreint lentement. Pour approfondir ce voyage en terre inconnue, Le Figaro Magazine s’est aussi adressé au journaliste et écrivain Mohamed Sifaoui, spécialiste des mouvements intégristes. L’occasion de comprendre la nature réelle du salafisme, ce mouvement en plein essor qui attire à lui chaque année toujours plus de «convertis».

Tout commence simplement par un rendez- vous à quelques kilomètres de Paris, dans une petite ville de banlieue de l’Essonne. La cité, certes, est populaire, mais proprette. Aucun pitbull ni rottweiller à l’horizon. Ceux qui «tiennent» les halls sont de gentils retraités discutant pétanque bien au chaud. Fatima * nous reçoit chez elle. La jeune femme a fait le choix du minhaj (le chemin) salafi. Elle porte le jilbab (voir encadré p. 53), mais se voile intégralement lorsqu’elle est maquillée ou pour ne pas laisser apparaître son visage en photo. Derrière la porte, point de voile ni d’austérité, mais un accueil chaleureux et le sourire d’une beauté d’ébène au corps de liane. Elégante et féminine, la jeune femme a pris le soin d’accorder la couleur de ses boucles d’oreilles au bleu de son piercing au nez. Fatima, 23 ans, mère d’un bébé de six mois, nous invite gentiment à nous déchausser avant d’entrer. L’intérieur est impeccablement tenu, la décoration, ultraminimaliste. Pas de photo ni de tableau, aucune référence à l’islam si ce n’est quelques livres religieux reliés de dorures et soigneusement rangés dans un meuble du salon. Un épais rideau beige sépare la pièce principale du reste de l’appartement. « Cela nous permet de diviser l’espace lorsque je reçois mes amies. La mixité nous est interdite. Quand mes copines viennent prendre le thé ici, je baisse les rideaux et mon mari s’éclipse toujours dans une autre pièce.»

«L’école publique est incompatible avec mes principes religieux»

Fatima, d’origine malienne, est née et a grandi en France dans une famille musulmane de huit enfants. Son cheminement vers plus de religion s’est fait naturellement, explique-t-elle. «Je suis la seule de la famille à avoir fait le choix du voile. J’ai lu le Coran, étudié la vie du Prophète et de ses femmes, qui sont pour moi des modèles à suivre. C’est ainsi qu’elles se couvraient, je fais de même. J’ai trouvé en l’islam les réponses à mes questions, le din (la religion) est simple et les interdictions sont claires. Il n’y a qu’à suivre ce que disent les textes.» Pour le reste, Fatima raconte une vie de jeune femme comme les autres. Elle surfe sur le net, apprécie le shopping et les sorties au resto avec les copines. « Mes amies sont de toutes origines et confessions. On parle de tout et n’importe quoi, même de sexe ! Tant que cela se passe entre filles, il n’y a pas de tabou », précise-t-elle. Convaincue de son choix, Fatima n’émet aucun doute. Sa voie est certaine, c’est celle des salafis et de la sunna (la tradition du Prophète). Elle n’osera exprimer qu’un regret : l’exclusion du monde du travail. Mais aussi une douleur : les regards pesants, les sarcasmes cruels et les insultes blessantes. « Je ne comprends pas un tel déferlement de haine, je ne suis en aucun cas en dehors des lois de la République, se persuade-t- elle. Chaque fois que je suis sortie en sitar (voir encadré), j’ai accepté de me dévoiler pour les contrôles. La seule chose qui ne me convienne pas, c’est le modèle de l’école publique. C’est incompatible avec nombre de mes principes religieux. Pour ma fille, j’ai déjà commencé l’école à la maison quelques heures par jour et l’apprentissage des quelques sourates de base. Plus tard, elle ira dans une école privée musulmane. » Dans la République, point de salut !

La règle est claire : on baisse les yeux quand on s’adresse à son mari

Un bruit de serrure. Sur le pas de la porte, Yvon (son époux), accompagné de Bertrand, son frère jumeau, rentrent du travail. Aujourd’hui, Yvon a consenti une entorse à l’interdiction de la mixité afin d’échanger avec nous. Son épouse accepte également, mais rappelle que si la parole est libre, les règles, elles, sont claires : on doit baisser les yeux lorsque l’on s’adresse à son mari.

Rapidement, Yvon, en tenue de boulanger (c’est son métier), se retire pour réapparaître en kamis. Ce grand gaillard athlétique porte le cheveu court, la barbe longue et fournie comme il est de rigueur chez les « salafs ». Les deux frères «Français de souche, avec quelques origines juives», tiennent- ils à préciser se sont tous deux convertis à l’islam il y a huit ans. Une enfance difficile, le chômage, l’alcoolisme des parents, et puis très vite la délinquance. Vulnérables économiquement autant que socialement et psychologiquement, les jumeaux ont trouvé refuge dans les écrits salafs. Si eux s’en défendent, nombre de nouveaux convertis peuvent être la proie de ceux qui cherchent à attirer les plus égarés. «Nous étions des cas sociaux, l’islam nous a sauvés. Aujourd’hui, je ne me dégoûte plus. Si Dieu accueille le repenti et pardonne, je peux aussi me pardonner à moi-même.»

Yvon et Fatima sont mariés depuis quatre ans, après une seule et unique rencontre bien codifiée et surveillée. La moukabala, «un genre de speed dating à la musulmane », confie Fatima en souriant. Dans le milieu, pas question de se fréquenter hors mariage. Ceux qui sont désireux de convoler en justes noces le font savoir à l’entourage. Le réseau s’active et les propositions arrivent. «Il s’agit d’être précis quant aux critères physiques, d’âge, de couleur de peau, etc., explique Fatima. Ensuite on se rencontre, toujours en présence d’un tuteur pour la femme (un père, un oncle, un frère…).»

Loin d’être un rendez-vous galant romantique, la moukabala est un moment important. Pas de place au coup de foudre ! La priorité : partager les mêmes valeurs. On parle donc éducation des futurs enfants, vie de couple, pratique de la religion. Chacun prend alors «librement» nous dit-on la décision de poursuivre ou non et peut renouveler l’expérience tant que l’âme soeur n’est pas trouvée. Beaucoup plus au sud, à quelques centaines de kilomètres, dans les rues d’un quartier populaire d’Avignon, Kenza, 29 ans, s’avance entièrement couverte de noir. Son niqab ne laisse apparaître que des yeux que l’on devine rieurs. Babouches aux pieds, la jeune femme marche d’un pas énergique. Drapée de noir, elle surprend par son enthousiasme et sa spontanéité. «Je n’ai aucun problème avec mon niqab dans la rue, s’exclame- t-elle. Moi, j’ai le voile dans la peau !» Kenza presse le pas, elle est attendue chez sa meilleure amie, Marie-France, pour une leçon culinaire autour du couscous. Marie-France est une quinqua coquette, dynamique et enjouée, mais aussi une très fervente catholique. «C’est notre amour de Dieu qui nous a réunies. La seule différence, c’est que je mange du porc contrairement à Kenza. Pour le reste nous avons les mêmes valeurs et la même façon de pratiquer : ils ont le ramadan, nous avons le carême… Quarante jours, en plus ! J’ai un bon coup de fourchette et je peux vous dire que j’en souffre !» s’exclame-t-elle avec l’accent parfumé de la Provence. Dans le salon, Sainte-Thérèse, la Vierge Marie, Jésus, les flacons d’eau bénite et autres crucifix partagent très naturellement l’espace avec le poster d’une bimbo à moitié nue. «Cela ne vous choque pas tout de même… ? se moque Marie-France. Je la trouve belle tout simplement…»

La polémique autour du voile intégral, elle la refuse et défend son amie. «Toutes nos bonnes soeurs portent le voile ! Et n’oublions pas que, jusque dans les années 60, on ne mettait pas un pied dans une église sans se couvrir !» Etrange alliance de ces deux religions que bien des points opposent.

Le temps passe. Kenza doit aller chercher ses enfants à la sortie de l’école. Puis c’est la prière en famille avec Allal, le père, sur le tapis du salon. Sereinement, Allal et Kenza racontent leur choix de vie. « Je n’ai jamais forcé ma femme à porter le voile. C’est en lisant les textes qu’elle a pris seule sa décision.» La jeune femme acquiesce : «D’ailleurs, quand on s’est connus je ne portais rien… ; ah si, une culotte ! lâche-t-elle dans un éclat de rire. En tant que musulmans, nous sommes tous salafs. Notre devoir est de suivre les pratiques du Prophète à la lettre et c’est ce que je fais.» L’heure tourne et les enfants se pressent autour de leur mère pour le jeu du soir. Près d’une heure de questions-réponses autour de l’islam, du Coran et du prophète Mahomet. « Il n’y a pas pire péché que d’obéir par obligation, explique Allal. Il est essentiel pour nous d’éduquer nos enfants à la religion et cela peut être aussi ludique, la preuve !»

Quelques semaines plus tard en banlieue parisienne, à Gennevilliers. Le ton change. C’est jour de fête pour la communauté musulmane. La sublime mosquée tant attendue est enfin inaugurée. Dans la foule, Nadia, 40 ans. Cette mère de quatre enfants ne cache pas son émotion. « Cela fait près de dix ans que l’on attendait une mosquée plutôt que ces salles de prière aussi obscures que douteuses qui sont devenus des nids à salafs. Mes enfants viendront y suivre les cours de Coran donnés par l’association El Nour (La Lumière). Les éduquer, c’est le seul moyen de les protéger de toute manipulation idéologique.» Derrière l’inquiétude de cette mère de famille, il y a la colère d’une femme blessée. Mariée pendant près de quinze ans, Nadia a vu l’homme qu’elle aimait se transformer au point de ne plus le reconnaître. «Mon mari aimait la vie et sa famille jusqu’à ce qu’il commence à fréquenter des groupes de prière suspects et des forums de discussions salafistes. Très vite, il m’a reproché de travailler et d’être en contact avec d’autres hommes à l’extérieur. J’étais devenue sheitan (le diable). Il m’a quittée pour épouser le salafisme.»

Sur ses conseils, nous nous rendons dans l’une de ces mosquées qu’elle qualifie d’obscures. Au rez-de-chaussée, l’accueil des hommes est tout juste poli. L’étage réservé aux femmes est un espace exigu. L’atmosphère âpre, presque irrespirable, n’a rien à envier à l’ambiance. Au fond de la pièce, une femme voilée de noir fait les cent pas, récitant frénétiquement des versets du Coran. Trois jeunes filles, respectivement en niqab, sitar et jilbab (voir encadré) étudient à voix haute des passages du livre saint. Elles expriment des doutes quant à notre identité : «Vous pourriez être envoyées par les renseignements généraux», explique très sérieusement Salima du haut de ses 20 ans. Avec le même sérieux et un sourire glacial, elle dit ses certitudes quant à notre destinée de mécréants ou de catholiques (peu importe). L’issue sera forcément cruelle, douloureuse et inéluctable. «Vous brûlerez en enfer… à moins de vous convertir.» La jeune fille se ferme. L’échange s’arrête net. En sortant, quelques jeunes de la cité voisine nous interpellent, nous provoquent mais se ravisent très vite lorsque l’un d’entre eux lâche : «Laisse-les tranquilles, elles sortent de la mosquée !»

Un petit peu plus loin, aux abords de cette même mosquée, un très jeune couple s’avance. Lui est français et converti. Quant à son épouse, nous ne verrons d’elle que des mains délicates et soigneusement manucurées. Les échanges sont vifs, il n’est pas question «d’avoir à se justifier», «nous ne sommes pas des animaux», «laissez-nous vivre en paix». Bien plus virulente que son mari, la jeune femme n’a de cesse de répéter «excuse-moi, chéri», chaque fois qu’elle hausse le ton (les femmes n’ont pas le droit d’élever la voix). L’homme insiste sur un point : «Je ne tiens à vous dire qu’une chose. Nous sommes dirigés dans ce pays par des gens qui travaillent pour Satan.» Là encore, impossible de poursuivre, ils se sont déjà éloignés. Quand la doctrine est extrême, le dialogue devient impossible. Dans une librairie accolée à la mosquée, Thomas, derrière son comptoir, ne lève les yeux de son Coran que pour répondre à une cliente en quête d’un jilbab à sa taille. «J’ai un gros arrivage en provenance d’Arabie saoudite prévu la semaine prochaine, il y aura plus de choix.» Tenues islamiques et onguents au parfum d’Orient côtoient nombre de livres. Beaucoup de Coran de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Pour le reste, l’essentiel des ouvrages proposés sont signés par les références de la pensée salafiste. Dans les rayons, des jeunes hommes barbus s’installent, plus pour lire qu’acheter. Thomas, le gérant, 26 ans, est né et a grandi dans un presbytère. Elevé dans une famille aux valeurs très catholiques (son frère a fait le séminaire), il a lu la Bible, la Torah, puis le Coran. Aucun doute pour lui : la vérité ne se trouve que dans ce dernier. Un choix et une conversion qu’il a payés le prix fort. Sa famille n’accepte pas et a rompu tout lien avec lui. «Je ne suis pas en colère, mon coeur ne leur sera jamais fermé s’ils veulent m’accepter comme je suis. Mais jamais je ne renoncerai à ma foi.» Thomas s’arrête, fait évacuer le magasin et baisse les rideaux pour quelques minutes. C’est l’heure de la prière.

Après la banlieue, retour à Paris dans une mosquée du XVIIIe arrondissement. Le lieu est un fief ostensiblement salafiste. Notre seule présence et nos questions provoquent une réaction en chaîne. D’abord quelques protestations, des invectives, et très vite viennent les menaces. L’argument ? La rue appartient aux fidèles et la loi, c’est eux. Francine n’est pas musulmane. Habitante du quartier, elle ne cache pas son exaspération et son inquiétude. «Depuis trois ans, tout a basculé ici. L’atmosphère devient très pesante pour les riverains et les passants. Tous les vendredis, la rue est fermée pour permettre aux fidèles de prier jusque sur le trottoir à cause du manque de place à l’intérieur. Je n’ai rien contre l’islam et les croyants, mais là, il s’agit d’autre chose, les comportements sont excessifs. Certains vont même jusqu’à empêcher les femmes de circuler dans la rue parce qu’il y a une mosquée et que l’espace doit être réservé à la seule gent masculine.» Dehors, l’ambiance est électrique. Sortant de la salle de prière, un homme nous interpelle. Complètement exalté, il confirme. «Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau !»

Le salafisme en dix questions
Mohamed Sifaoui *
Le Figaro magazine
06/11/2009

Dans Paris et dans toute la France, de nombreuses échoppes communautaires fleurissent et offrent la possibilité de se fournir en vêtements islamiques autant qu’en produits de beauté orientaux et livres saints. Crédits photo : (Axelle de Russé/Le Figaro Magazine)
Au moment où l’on parle du voile intégral, du salafisme, des religions et de l’identité nationale, faut-il s’inquiéter de la présence en France d’un mouvement fondamentaliste musulman que beaucoup qualifient d’extrémiste ? Décryptage…

1. Qui sont les salafistes ?

Le salafisme puise sa racine dans le mot arabe salaf, qui veut littéralement dire « les prédécesseurs ». On parle d’essalaf essalah, ou des « pieux prédécesseurs », pour désigner les premiers compagnons du prophète Mahomet. Aujourd’hui, les salafistes les prennent pour exemple et appellent à un retour à « l’islam des origines », expurgé de la bidaa ou des « innovations blâmables » qui, de leur point de vue, pervertissent la religion. Ainsi, toutes les influences occidentales, toutes les idées humanistes et les principes philosophiques, comme la démocratie ou la laïcité, sont-ils rejetés. C’est l’école de pensée hanbalite, fondée par l’imam Ahmed ibn Hanbal (780-855) au IXe siècle, qui a forgé les racines de l’idéologie salafiste. Deux disciples de cette doctrine, l’imam ibn Taymiya (1263-1328) et Mohamed ibn Abdelwahab (1703-1792), en deviendront ensuite les deux principales références idéologiques. Abdelwahab, fondateur du dogme wahhabite et néanmoins cofondateur de la monarchie saoudienne, donnera naissance à ce « salafisme missionnaire » (sujet de notre enquête) véhiculé de nos jours : inégalité entre les hommes et les femmes ; droit pénal reposant sur les châtiments corporels ; rigorisme dans les rapports sociaux ; rejet des droits de l’homme. Dopé à coups de pétrodollars, ce salafisme s’est progressivement propagé à travers le monde.

Au XXe siècle, cette pensée salafiste se politise également en se « réformant » sous l’impulsion des Frères musulmans, une confrérie intégriste fondée en Egypte, en 1928, par Hasan al-Banna (1906-1949). Les Frères n’hésitent pas à créer des partis et à s’engager dans la vie politique et associative. Néanmoins, leurs divergences doctrinales avec les tenants du wahhabisme ne font pas d’eux pour autant des « progressistes » : eux aussi prônent l’application de la charia (la loi coranique) et l’instauration de républiques islamistes. Les Frères musulmans, qu’on affuble parfois du qualificatif de « salafistes en costard-cravate », sont représentés en France par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Partisans d’une réislamisation « en douceur », ils sont en apparence plus « ouverts » que les « salafistes en barbe et djellaba ».

D’autres salafistes, dits djihadistes, préfèrent la confrontation. Leur doctrine est suivie aujourd’hui par une nébuleuse comme al-Qaida. Qualifiés également de takfiris (ceux qui pratiquent l’excommunication), ces adeptes de la guerre sainte ont les mêmes références idéologiques que les autres.

2. Que veulent-ils ?

Bien que minoritaires dans le monde musulman, les salafistes occupent le devant de la scène grâce à l’activisme effréné de leurs militants et autres idéologues. La pensée salafiste contrôle aujourd’hui plusieurs mosquées et une grande partie de la littérature musulmane. S’agissant de l’Occident, ils appellent aussi au communautarisme, espérant réislamiser les membres de la communauté musulmane et convertir autant que faire se peut des personnes séduites par une idéologie politico-religieuse incompatible avec les valeurs universelles. Pour autant, contrairement à certains fantasmes entretenus par des milieux d’extrême droite, l’objectif principal des salafistes n’est pas l’islamisation de l’Europe, mais la mise en place de conditions qui leur permettraient de pratiquer leur vision de l’islam comme ils l’entendent, même si celle-ci est contradictoire avec l’esprit des Lumières. De leur côté, les Frères musulmans souhaitent ériger un groupe de pression à même de peser sur les débats nationaux et internationaux, et veulent constituer une force lobbyiste susceptible de faire naître un « vote musulman ».

3. Combien sont-ils en France ?

Il est difficile de connaître avec exactitude le nombre de salafistes présents en France (et en Europe). Il serait possible néanmoins d’avoir une estimation quand on sait que seuls 10 % des 5 millions de musulmans de France sont des pratiquants réguliers qui fréquentent les 1 900 mosquées et salles de prière avec assiduité. Ayant centré leur vie autour du lieu de culte et de la pratique, ils représentent une forte minorité de ces pratiquants. Mais ils donnent l’impression d’être majoritaires grâce à leur activisme, leur excitation militante, leur présence sur le net, leur accoutrement ostensiblement prosélyte, et à travers leur engagement dans l’action sociale au sein des quartiers. Les salafistes ont ainsi montré leur poids réel lors des manifestations contre la loi interdisant les signes religieux à l’école. A analyser également, les rencontres annuelles du Bourget qu’organise l’UOIF, cette filiale française de la pensée des Frères musulmans, qui peine à rassembler plus de 20 000 personnes, même si elle prétend le contraire.

Il existerait une cinquantaine de mosquées ou de lieux de prière tenus par les partisans du wahhabisme saoudien et de la pensée salafiste prosélyte, et beaucoup plus dirigés par l’UOIF, qui ne représente cependant qu’un tiers des musulmans pratiquants dans les instances du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Les mosquées salafistes wahhabites sont souvent implantées au cœur des cités populaires. Il en existe en région parisienne – à Sartrouville, Argenteuil ou Gennevilliers notamment -, dans la région lyonnaise, dans le Nord, ainsi qu’à Marseille ou Besançon. Mais on en trouve aussi dans Paris intra-muros, au cœur des quartiers de Belleville et de Barbès.

4. Qui finance la propagation du salafisme ?

Outre l’Etat saoudien qui, au travers de la Ligue islamique mondiale, a longtemps financé cette idéologie, de nombreux mécènes arabes du golfe Persique accordent des millions d’euros par an pour faire rayonner à travers le monde le « vrai islam », comme ils aiment qualifier le salafisme. En France, plusieurs mosquées ont été construites grâce à des fonds provenant des monarchies arabes et de la Ligue islamique mondiale : les mosquées d’Evry et de Mantes-la-Jolie, par exemple. L’Arabie saoudite propage le salafisme en formant dans ses universités de Riyad, de La Mecque et de Médine des milliers d’étudiants saoudiens ou étrangers. Ce salafisme « missionnaire » a été véhiculé aussi par les écoles coraniques pakistanaises, notamment celle de Karachi, qui enseigne la pensée dite deobandie, une version indo-pakistanaise du salafisme ayant donné naissance aux fameux talibans. Les Frères musulmans ont, quant à eux, longtemps bénéficié de l’aide des Saoudiens, qui ont permis l’ouverture en Europe du Centre islamique de Genève, fondé par Saïd Ramadan (père de Tariq Ramadan et gendre de Hasan al-Banna). Et, lorsque l’UOIF est créée, au début des années 80, par des islamistes tunisiens et par l’activiste libanais Fayçal Mawlawi, l’organisation profitera de nombreux soutiens émanant des Emirats arabes unis. Aujourd’hui, l’UOIF recevrait, selon les différentes estimations, entre 30 et 60 % de son financement de pays ou de personnalités arabes. Les associations qui sont liées à l’UOIF tirent également une partie de leur argent de la certification halal, un commerce communautaire qu’ils ne cessent de promouvoir tant il est lucratif.

5. Qui sont leurs idéologues ?

Parmi les contemporains, on peut compter des Egyptiens issus des Frères musulmans comme Sayyid Qutb (1906-1966) ou Youssouf al-Qaradawi, qui ne cesse de justifier les attentats suicides et l’instauration de la charia. Bien qu’il s’en défende, Tariq Ramadan, qui se laisse complaisamment affubler parfois du titre de théologien, est en réalité un idéologue de la pensée salafiste des Frères musulmans. Il n’hésite pas à fustiger le wahhabisme saoudien, mais cela ne fait pas de lui un progressiste ou un libéral ni un réformateur. Ses références idéologiques demeurent les fondateurs de la pensée des Frères et les théoriciens qui l’ont sophistiquée pour en faire un instrument de lutte politico-idéologique, en l’occurrence son propre grand-père Hasan al-Banna, auquel il voue une admiration sans pareille, ou encore le Pakistanais Abu al-Ala al-Mawdoudi (1903-1979). Tariq Ramadan s’est singularisé en utilisant des codes de langage et d’écriture occidentaux pour propager une pensée frériste qui a su adapter son discours aux opinions publiques européennes. Il ne propose qu’une version d’un salafisme en apparence plus « doux ».

D’autres « penseurs », des Saoudiens, ont assuré le rayonnement du salafisme wahhabite à travers le monde. C’est le cas du cheikh Ibn Baz (1909-1999), qui a toujours prêché un islam pur et dur. Salih bin Fawzan al-Fawzan, un Saoudien, est « apprécié » par les salafistes européens : il recommande à ses adeptes de ne pas «ressembler aux mécréants dans ce qui leur est spécifique». Il est de ceux qui incitent les femmes à porter le voile intégral, refusant même le voile classique qui permet de laisser le visage des femmes visible. Autre gourou très écouté par les salafistes : le cheikh Mohamed ibn Saleh al-Otheimine. Il interdit, entre autres, de «féliciter les mécréants [juifs et chrétiens notamment] durant leurs fêtes religieuses». Enfin le cheikh Nacereddine al-Albani (1914-1999), un idéologue albano-syrien, a produit une floraison de fatwas (édits religieux) tout aussi intégristes les unes que les autres et a notamment prohibé l’usage de la télévision et de la radio.

6. Quels sont leurs relais médiatiques ?

Bien que certains idéologues interdisent la télévision, d’autres appellent à ce que l’utilisation de ce média soit exclusivement réservée à la propagation de l’islam. C’est le cas par exemple de plusieurs chaînes satellitaires arabes, qui accordent une large place à ces salafiste prêchant « la bonne parole » tant en direction des sociétés musulmanes que de l’Occident. Les prêcheurs se succèdent sur des chaînes qui, du Qatar à l’Egypte en passant par les Emirats, font de la surenchère en jouant sur les notions du licite et de l’illicite très chères à Youssouf al-Qaradawi. Une fois par semaine, celui-ci anime l’émission phare « Al-Sharia oua Al-Hayat » (la charia et la vie) sur les plateaux de la chaîne al-Jezira, au cours de laquelle il traite de toutes les questions d’actualité, parfois avec une violence inouïe. Cela dit, internet est devenu le moyen principal pour véhiculer les idées salafistes, que ce soient celles des Frères musulmans ou celles des wahhabites et même celles des djihadistes. Les sites et les forums se comptent par centaines et, là aussi, tous les sujets sont abordés. Actuellement, plusieurs salafistes tentent de se mobiliser sur le net contre une éventuelle loi sur le voile intégral. Mobilisation qui voit son prolongement sur le web 2.0 et notamment sur des réseaux sociaux tels que Facebook, qui recèle des dizaines de profils se revendiquant clairement de cette idéologie. Enfin, les nombreuses librairies dites musulmanes propagent en réalité l’idéologie salafiste. C’est le cas d’al-Tawhid à Lyon, qui diffuse la littérature des frères Ramadan et celle des penseurs fréristes, ou d’autres échoppes qui proposent, quant à elles, les ouvrages des idéologues saoudiens.

7. Le salafisme est-il compatible avec la République ?

Les salafistes sont contre la mixité, ils rejettent les minorités religieuses et sexuelles, encouragent le communautarisme, ne reconnaissent pas les valeurs de fraternité en dehors de l’oumma (la nation islamique) et refusent toutes les notions de liberté qui contredisent leur vision de l’islam. Les textes salafistes montrent l’étendue qui sépare cette idéologie totalitaire des principes républicains. Ainsi, le cheikh Otheimine, par exemple, appelle-t-il les femmes musulmanes à ne quitter leur domicile qu’en cas de nécessité et qu’avec «l’autorisation du mari ou du tuteur». Il précise : «La femme est libre chez elle, elle se rend dans toutes les pièces de la maison et travaille en accomplissant les tâches ménagères.» Et d’ajouter à leur intention : «Que ces femmes craignent Allah et délaissent les propagandes occidentales corruptrices!» Un autre cheikh, Salih bin Fawzan al-Fawzan, défenseur du voile intégral, affirmait dans l’une de ses fatwas que «le visage de la femme est une awrah (partie à dissimuler) et qu’il est obligatoire de le couvrir». Pour lui, «c’est la partie la plus forte en tentation». Et il en va de même pour d’autres principes fondamentaux qui forgent l’identité républicaine et laïque de la France. Le salafisme, par exemple, n’accepte pas la liberté de conscience. S’il cherche à endoctriner et à convertir des non-musulmans, il refuse catégoriquement qu’un musulman puisse renier l’islam pour une autre religion. L’auteur d’une telle apostasie doit être, selon eux, condamné à mort. De même que la liberté d’expression et d’opinion, la critique des dogmes et des religions est prohibée.

8. Le salafisme est-il violent ?

Les multiples courants salafistes représentent différents niveaux de dangerosité. Les djihadistes ou les takfiris prônent le djihad et donc les actions terroristes. Durant ces dernières années, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés et condamnés dans des affaires «d’associations de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste».

Le courant objet de notre enquête se veut, lui, beaucoup plus réservé sur la question de la violence. Ces fondamentalistes missionnaires préfèrent généralement raffermir leur foi et considèrent parfois qu’étant donné les divergences qui existent entre les « théologiens » au sujet du djihad, il n’est pas permis de s’engager dans cette voie. Néanmoins, ils représentent un danger pour le vivre ensemble, et leur vision de l’islam est incompatible avec les règles d’une société laïque et démocratique. En effet, tous les salafistes, y compris ceux qui prétendent le contraire, rejettent la laïcité. Il ne peut y avoir, selon leurs idéologues, de séparation entre les Eglises et l’Etat puisque, pour eux, «l’islam est un englobant qui doit régir toute la vie du musulman». Idem pour la démocratie, qu’ils considèrent comme une mécréance dans la mesure où celle-ci consacre le principe de la souveraineté du peuple alors qu’ils estiment que «la souveraineté ne doit revenir qu’à Dieu et à Dieu seul».

Les Frères musulmans prétendent officiellement accepter ces deux valeurs. Le salafisme dit réformiste qu’ils incarnent prend part, en effet, au jeu démocratique lorsqu’il s’agit d’élections. C’est le cas des Frères musulmans égyptiens ou du Hamas palestinien. Cela étant dit, ils instrumentalisent la démocratie dans l’espoir de s’approprier le pouvoir et ne la considèrent certainement pas comme un système consacrant toutes les égalités et toutes les libertés.

9. Le voile est-il une obligation de l’islam ?

Au lendemain de la révolution iranienne en 1979, le voile est devenu, dans l’imaginaire collectif, le signe de l’oppression de la femme et notamment du militantisme politique. D’un point de vue théologique, les salafistes en font une véritable obsession, bien qu’il n’existe que deux versets coraniques qui évoquent, de manière peu explicite, le voile sans en déterminer sa forme exacte : «Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux.» (sourate 33, verset 59) ; et «Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Dieu, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès.» (sourate 24, verset 31).

Pour les littéralistes, ces versets seraient « clairs » et exigeraient le port du voile voire du niqab, mais pour beaucoup de penseurs et de rationalistes musulmans, le port du voile n’est pas une obligation. Gamal al-Banna, frère du fondateur des Frères musulmans, pense, lui, que le voile n’est plus valable de nos jours étant donné que ces versets s’adressaient à des femmes qui vivaient à une période précise où, de Médine à Athènes, toutes les femmes étaient voilées. D’ailleurs, nombre de musulmanes, en Tunisie ou en Turquie, y compris de ferventes pratiquantes, ne le mettent que lors de l’accomplissement des prières ; d’autres, plus âgées, le portent par tradition ou par pudeur. Récemment, le cheikh d’al-Azhar, le grand institut de théologie du Caire, a déclaré que le port du voile intégral relevait d’une «tradition et non pas du culte». Le cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel du soufisme maghrébin, a affirmé pour sa part qu’«on a fait du voile un instrument idéologique pour avoir un stéréotype de femme modèle», dénonçant ainsi cet uniforme de l’idéologie salafiste. En tout état de cause, le retour du voile, sous ses différents aspects, coïncide avec l’avènement du salafisme contemporain.

10. Une loi contre le voile intégral est-elle applicable?

La question est actuellement en débat. La commission d’enquête parlementaire rendra son avis en janvier 2010. Pour l’heure, de nombreuses associations et des personnalités de la société civile sont auditionnées par les députés. Il aurait sans doute été préférable de créer une véritable commission d’enquête pour mieux connaître l’idéologie salafiste et son ancrage dans la société française.

Dans le cas de la mise en place d’une loi, il faudrait réfléchir dès à présent à son application. Nous sommes là devant une situation sensiblement différente de celle qui avait prévalu durant la polémique sur le voile à l’école, puisque l’interdiction de cet autre « signe » de l’islamisme fut appliquée par les responsables des établissements scolaires. Le respect d’une mesure visant à interdire le voile intégral devra cette fois être assuré par la force publique, qui devra verbaliser ou emmener au poste les éventuelles récalcitrantes. Et il y en aura ! Il faudrait en outre avoir l’assurance que cette loi, si elle venait à être promulguée, s’appliquera également l’été, lorsque les femmes et les filles ainsi que les servantes des riches princes saoudiens ou qataris déambuleront sur les Champs-Elysées.

* Journaliste, Mohamed Sifaoui est le coauteur avec Philippe Bercovici de «Ben Laden
dévoilé, la BD-attentat contre Al-Qaïda», Editions 12 Bis. Il est aussi l’auteur de «Pourquoi l’islamisme séduit-il ?», Editions Armand Colin, à paraître le 27 janvier 2010.


Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
Vietnamese dissidents arrestedRappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des “lois” arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul “mur israélien”, continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont “plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton” mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, “glissé sous le radar” après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La “douce” puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, [...] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.” Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : “A bas le Parti communiste du Viêt-nam !” Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : “Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie.” Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des “lois internationales”. Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des “tribunaux populaires”

Les autorités ont de nouveau mobilisé les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’”écarter de la société”. Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un “opportuniste politique démasqué”.

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une “tribunal populaire” du district de Bach Khoa, accusé d’avoir “trahi son pays”. Les “juges” avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour “propagande contre le régime”. Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour “terrorisme”

“Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale”, a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le “prestige de l’Etat”.

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les “agitateurs et les terroristes” de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de “fermer”. Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir enfin:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour “abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat”. Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : “Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière”, estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour “propagande contre la République socialiste du Viêt-nam”.

La police utilise également les “tribunaux populaires” pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des “organes d’Etat”, notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour “violation grave de la loi sur la presse”. C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : “Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis.”


Chute du mur/20e: Aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré (No capitalist country has ever walled its people in)

8 novembre, 2009
Michael Moore
Vous ne pouvez pas vous dire capitaliste et chrétien, parce que vous ne pouvez pas aimer votre argent et aimer votre voisin. Michael Moore
Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste? Le communisme comme illusion lyrique, mais à l’Ouest, pas à l’Est! Guy Sorman
Le roi était nu et nous ne le savions pas.
.
En ces temps étranges où, 20 ans après la chute du communisme, l’on nous annonce tous les jours la fin d’un capitalisme supposé vivre ses derniers instants …

Et où le premier documenteur venu peut remplir les salles et rafler les récompenses dans les festivals en alignant les pires inepties sur le système dont il vit grassement depuis 20 ans …

Pendant que nos dirigeants comme nos partis politiques signent des accords avec les partis frères des dernières dictatures de la planète …

Que ferions-nous sans les piqûres de rappel régulières de nos Guy Sorman pour nous remettre en mémoire certaines évidences?

Comme le fait, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, qu’il ait fallu si longtemps, de notre côté occidental, pour finalement comprendre que “partout où il a semé la terreur, le communisme n’a jamais été que le plus ou moins habile ou frustre maquillage d’une occupation militaire” (le tristement fameux bout du fusil de Mao).

Ou, contrairement à tous les murs de l’Histoire censés empêcher l’entrée des barbares (ou, contre la mauvaise foi de nos médias, des terroristes comme aujourd’hui la barrière de sécurité israélienne ou des immigrants illégaux entre les Etats-Unis et le Mexique ou… celle de Ceuta aux portes de notre propre Europe?), l’incroyable incongruité d’un mur censé “interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable”.

Ou enfin, que “tous les murs ne sont pas abattus” et que nombre de peuples (en Chine, Corée du nord, Cuba, Vietnam) rest”ent emmurés dans leur paradis communiste”.

Bref, que “le capitalisme n’a jamais emmuré personne”.

Sauf, ajouterions-nous, quand il envoie ses dirigeants signer des accords avec les geoliers des autres peuples ou ses entreprises pour leur fournir la technologie nécessaire

Extraits:

Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire: sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

(…)

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ?

(…)

Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie.

Il y a vingt ans, disparaissait l’illusion communiste
Guy Sorman
Le futur c’est tout de suite
30 octobre 2009

La chute du Mur ? Mais le Mur de Berlin n’est pas « tombé » le 9 novembre 1989 : il a été détruit. Comment s’est imposée l’expression « Chute du Mur » ? Comme s’il s’était effondré de lui-même ? La destruction fut volontaire et laborieuse : les Allemands de l’Est, acteurs et non pas spectateurs de cette « Chute », ne disposaient que d’outils rudimentaires : c’est à coups de marteau qu’ils vinrent à bout de la muraille en béton. Je fus sur place, témoin que, le Mur à peine franchi, les Allemands de l’Est, libérés, se précipitèrent vers les supermarchés de l’Ouest et s’en retournaient chez eux, chargés de ce que l’on ne trouvait pas à l’Est, en particulier des couches pour bébés et des bananes. Comme l’avait écrit Bertold Brecht dans son Opéra de quatre sous « La révolution, c’est bien ; mais il faut d’abord bouffer ». La destruction du Mur ne fut donc pas instantanée, ce qu’aussi laisserait croire l’expression Chute du Mur : Berlin ne fut pas Jéricho. De même, il ne fut pas clair d’emblée que l’Allemagne de l’Est avait disparu, ni que l’Europe était réunifiée, ni l’Union soviétique effacée de la carte, ni l’idéologie communiste hors jeu. L’élimination de la dictature soviétique chemina lentement et n’aboutit que grâce au talent visionnaire de Helmut Kohl en Allemagne, de George Bush aux Etats-Unis, de Boris Eltsine en Russie : grâce à eux, qui surent s’engouffrer dans le brèche, l’Europe finit réunifiée et l’URSS disparut.

Cette Fin de l’histoire communiste n’obéissait, en 1989, à aucune nécessité. Dans le camp soviétique, en Europe de l’Est, chez certains dirigeants occidentaux comme François Mitterrand, on espéra que la destruction du Mur ouvrait la voie à un nouveau socialisme, à visage humain : le Mur en moins, le communisme ne pourrait-il devenir légitime et démocratique ? En décembre 1989, un mois après la destruction du Mur, François Mitterrand se rendit en visite officielle en Allemagne de l’Est et déclara : « Nous avons encore beaucoup à faire ensemble ». Ce n’est qu’en octobre 1990, que l’Allemagne – au regret de Mitterrand – fut réunifiée. La destruction du Mur, loin de sonner, d’emblée, la victoire du capitalisme libéral, à l’époque et à gauche, fut interprétée et espérée comme l’inauguration d’une Troisième voie, ni capitaliste, ni communiste. Rappelons que Gorbatchev se berça de ce mythe de substitution jusqu’à ce que Boris Eltsine, qui lui était un démocrate, en 1991, y mette un terme. En Pologne, les apparatchiks communistes tentèrent aussi de se reconvertir à une Troisième voie : une partie des Eglises catholiques polonaise et tchèque, protestantes en Allemagne, s’y rallièrent avant que Jean-Paul II, sans enthousiasme mais lucide, admette que l’économie de marché seule pouvait sortir l’Europe de l’Est de la pauvreté.

Deux ans de controverses intellectuelles, de manipulations diplomatiques et de reconversions hâtives furent donc nécessaires pour enfouir, sous les décombres du Mur, à la fois le communisme dur, le communisme à visage humain et l’Union soviétique. Au terme de ces deux années d’hésitation, il fut enfin admis par les peuples directement concernés et leurs dirigeants que n’avait jamais existé qu’un seul communisme, le communisme réel. Et qu’il ne pouvait pas en exister un autre qui serait idéal et distinct de son expérience historique.

La destruction du Mur et le débat qui s’en suivit révélèrent, enfin, sans conteste, par KO, la véritable nature du communisme. Non, ce n’était pas une idéologie alternative à la démocratie libérale ; ce n’était pas une autre voie vers le développement économique ; ce n’était pas une autre forme de démocratie populaire par opposition à la démocratie bourgeoise. Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire : sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

Mais on rappellera à la décharge de Gorbatchev et bien d’autres que l’Histoire ne fait sens qu’après les événements. La Destruction du Mur et la chute du communisme soviétique, qui aujourd’hui ont des allures d’inéluctabilité, étaient en vérité imprévisibles, n’obéissaient pas à une nécessité historique. La preuve en est, bien sûr, que nul ne l’avait prévu et que ceux qui s’aventuraient dans la prophétie la lisaient à l’envers : le Président de l’Allemagne de l’Est, en juin 1989, avait déclaré que le Mur était là pour cent ans, immédiatement rejoint par le leader social démocrate Ouest allemand, Gerhard Schroeder. Sans doute fallait-il, pour prévoir juste, une inspiration quasi mystique chez des hommes d’Etat qui, comme Ronald Reagan à Berlin, en 1987, s’adressant à Gorbatchev, avait osé dire « Démolissez ce Mur ». Reagan avait la conviction qu’il serait entendu par la Providence sinon par le Parti communiste soviétique.

La prophétie est un genre aléatoire, mais il n’empêche que, depuis vingt ans, les faits ont donné raison à ce qui fut, à l’époque, dès la Destruction du Mur, l’hypothèse de Francis Fukuyama sur la Fin de l’Histoire. Il n’avait pas écrit qu’il n’y aurait plus d’Histoire du tout, mais que celle-ci se définirait par rapport à un unique modèle de référence : le capitalisme démocratique. Depuis vingt ans, tel est bien le cas : de bon ou de mauvais gré, en temps de croissance, comme en temps de crise, la réflexion politique, la science économique et les choix démocratiques opèrent tous, partout, à l’intérieur du paradigme unique du capitalisme démocratique. Que certains cherchent à s’en échapper et que, peut-être, certains parviendront à inventer des idéologies de substitution, est dans l’ordre des choses : Fukuyama avait envisagé que la quête d’absolu, fut-elle déraisonnable, ne céderait jamais devant le principe de réalité. En Allemagne aujourd’hui, dans le reste de l’Europe de l’Est, en Russie, une intelligentsia insatisfaite par le capitalisme libéral rumine non pas dans le regret du Mur, mais dans la quête insatiable d’une société plus parfaite, sans Mur

Le regret du Mur affecte aussi, de manière non dite, les nostalgiques d’une Europe essentiellement franco-allemande qui paraissait avant 1989, à ses dirigeants, comme une alternative à la puissance américaine, une troisième force entre l’URSS et les Etats-Unis. Mais la réunification de toute l’Europe, inéluctablement générée par la Destruction du Mur, devait aussi mettre un terme à cette Europe-là. La nouvelle Europe se révèle beaucoup plus libérale en économie et pro-américaine que ne le fut jamais le couple franco-allemand. Loin de devenir la nouvelle puissance tierce, dont rêvèrent De Gaulle et Mitterrand, l’Union européenne est devenue une vaste zone de libre échange, et une configuration culturelle à l’identité floue qui ressemble plus à ce que fut l’Empire ottoman qu’à une troisième force neutraliste. La Destruction du Mur a pu fait perdre en puissance et en cohérence à l’ancienne Europe ; mais elle aura fait progresser l’aire de la paix et de la prospérité commune. Les Européens, dans leur ensemble, y auront gagné

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ? Cette illusion n’avait pas confondu que la Gauche : Raymond Aron, philosophe libéral mais pessimiste par tempérament, dans les années 1960, envisageait une « convergence » entre les systèmes économiques communistes et libéraux. Il est désormais accepté de comparer l’illusion communiste à l’Ouest avec une sorte de foi religieuse qui rendait imperméable à la réalité. Certes. Mais ce serait sous estimer l’efficacité de la propagande soviétique, les complicités politiques et intellectuelles et le rôle de la corruption financière dans cet amour excessif de l’intelligentsia de gauche européenne pour l’URSS. Ce serait sous estimer, aussi, que la passion pour l’URSS fut indissociable de l’autre passion, négative celle-là, qui infecte en permanence l’intelligentsia européenne, je veux parler de l’anti-américanisme.

Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste ? Le communisme comme illusion lyrique , mais à l’Ouest, pas à l’Est ! En 1990, lors d’une conversation avec Lech Walesa, alors leader du syndicat Solidarité à Gdansk, il m’assura n’avoir jamais rencontré un seul communiste polonais : « des opportunistes oui, des apparatchiks aussi, mais un communiste jamais ! ». L’observation ironique et profonde de Walesa valait pour l’ensemble du monde soviétique comme elle s’applique encore aux peuples emmurés de la Chine et de la Corée du Nord. Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Le choix ultime pour l’humanité est donc le suivant : vivre dans « l’enfer » capitaliste mais avec le droit d’en sortir ou dans le « paradis » communiste, avec l’obligation d’y rester. Dante n’avait pas imaginé cette Comédie-là.

Voir aussi:

For those of you on the way to church this morning …
Michael Moore
The Huffington Post November 8, 2009
October 4, 2009

Friends,

I’d like to have a word with those of you who call yourselves Christians (Muslims, Jews, Buddhists, Bill Maherists, etc. can read along, too, as much of what I have to say, I’m sure, can be applied to your own spiritual/ethical values).

In my new film I speak for the first time in one of my movies about my own spiritual beliefs. I have always believed that one’s religious leanings are deeply personal and should be kept private. After all, we’ve heard enough yammerin’ in the past three decades about how one should “behave,” and I have to say I’m pretty burned out on pieties and platitudes considering we are a violent nation that invades other countries and punishes our own for having the audacity to fall on hard times.

I’m also against any proselytizing; I certainly don’t want you to join anything I belong to. Also, as a Catholic, I have much to say about the Church as an institution, but I’ll leave that for another day (or movie).

Amidst all the Wall Street bad guys and corrupt members of Congress exposed in Capitalism: A Love Story, I pose a simple question in the movie: “Is capitalism a sin?” I go on to ask, “Would Jesus be a capitalist?” Would he belong to a hedge fund? Would he sell short? Would he approve of a system that has allowed the richest 1 percent to have more financial wealth than the 95 percent under them combined?

I have come to believe that there is no getting around the fact that capitalism is opposite everything that Jesus (and Moses and Mohammed and Buddha) taught. All the great religions are clear about one thing: It is evil to take the majority of the pie and leave what’s left for everyone to fight over. Jesus said that the rich man would have a very hard time getting into heaven. He told us that we had to be our brother’s and sister’s keepers and that the riches that did exist were to be divided fairly. He said that if you failed to house the homeless and feed the hungry, you’d have a hard time finding the pin code to the pearly gates.

I guess that’s bad news for us Americans. Here’s how we define “Blessed Are the Poor”: We now have the highest unemployment rate since 1983. There’s a foreclosure filing once every 7.5 seconds. 14,000 people every day lose their health insurance.

At the same time, Wall Street bankers (“Blessed Are the Wealthy”?) are amassing more and more loot — and they do their best to pay little or no income tax (last year Goldman Sachs’ tax rate was a mere 1 percent!). Would Jesus approve of this? If not, why do we let such an evil system continue? It doesn’t seem you can call yourself a Capitalist and a Christian — because you cannot love your money and love your neighbor when you are denying your neighbor the ability to see a doctor just so you can have a better bottom line. That’s called “immoral” — and you are committing a sin when you benefit at the expense of others.

When you are in church this morning, please think about this. I am asking you to allow your “better angels” to come forward. And if you are among the millions of Americans who are struggling to make it from week to week, please know that I promise to do what I can to stop this evil — and I hope you’ll join me in not giving up until everyone has a seat at the table.

Thanks for listening. I’m off to Mass in a few hours. I’ll be sure to ask the priest if he thinks J.C. deals in derivatives or credit default swaps. I mean, after all, he must’ve been good at math. How else did he divide up two loaves of bread and five pieces of fish equally amongst 5,000 people? Either he was the first socialist or his disciples were really bad at packing lunch. Or both.

Yours,
Michael Moore


Chute du mur/20e: Si le sel perd sa saveur (Looking back at those Christian Berlin wall heroes who proved Lévi-Strauss wrong)

7 novembre, 2009
Radio liberty Schmemann with friend SolzhenitynVous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on? Jésus
Ses sermons furent diffusés en Russie sur Radio Liberty pendant 30 ans. Il a acquis une vaste communauté d’auditeurs à travers l’Union soviétique, dont Alexandre Soljenitsyne, qui devint son ami après son départ en Occident. Wikipedia (Alexandre Schmemann)
Ce qui m’a motivé, c’était la parole de Jésus “vous êtes le sel de la terre” qui signifie que vous devez nous engager; vous ne pouvez pas rester dans votre église. Vous devez vous engager dans cette situation; le sel doit être inséré dans la blessure, dans l’endroit qui n’est pas en règle, qui est en difficulté. C’est là où vous devez aller. Cette idée d’engagement dans la politique est une pensée que Jésus a déjà exprimée dans la parabole du bon Samaritain. Quelqu’un a été battu et git là sur le chemin, ceux qui l’ont battu sont partis, et maintenant deux hommes venant du temple s’approchent, détournent la tête et s’en vont. Jésus dit qu’ils sont coupables non parce qu’ils [ont fait quelque chose] – ils n’ont rien fait, ce n’est pas eux qui l’ont battu – mais parce qu’ils ne l’ont pas aidé. Si nous nous contentons de laisser le monde tranquille et ne nous engageons, nous sommes tout aussi coupables que ces deux hommes qui, comme l’a dit Jésus dans cette parabole, se ont détourné les yeux et n’ont pas voulu en entendre parler. Vous devez vous engager parce que vous êtes le sel de la terre. Christian Führer
Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons: je retrouve en lui l’univers d’où je viens; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. (…) Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’Islam ; et il est frappant de marquer que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Claude Lévi-Strauss

Alors qu’au lendemain de la mort de l’un des pères fondateurs du multiculturalisme, on redécouvre les pages fortes que celui-ci avait écrites sur l’islam …

Retour, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin et avec les paroles fortes de l’un de ses acteurs les plus méconnus, sur la véritable source de l’irritation de notre grand homme.

A savoir le (judéo)christianisme pour lequel, se gardant bien d’en évoquer la matrice juive bien antérieure qui aurait bien sûr démoli son beau raisonnement sur la supériorité supposée de son bouddhisme chéri, le petit-fils de rabbin n’avait pas de mots assez durs.

Autrement dit, en dépit de ses certes pires dérives (“Napoléon, ce Mahomet de l’Occident”), ce sel de la terre dont parle le pasteur Führer.

Et qui, contrairement au bouddhisme du désengagement et de l’éternel retour, a révolutionné et continue à révolutionner un monde que notre champion du statu quo aurait tant voulu figer à jamais

The Rev. Christian Fuhrer Extended Interview
Religion & ethics
November 6th, 2009

Read a translation of the Religion & Ethics NewsWeekly interview at St. Nikolai Church in Leipzig with Pastor Christian Fuhrer:

In East Germany, the church provided the only free space in connection with the groups—people who wanted to discuss topics that were taboo, such as the refusal to serve in the army, military education. Everything that could not be discussed in public could be discussed in church, and in this way the church represented a unique spiritual and physical space in East Germany in which people were free.

Here [at St. Nikolai Church in Leipzig] we have said peace prayers since 1981 and every Monday since 1982. That was something very special in East Germany. Here a critical mass grew under the roof of the church—young people, Christians and non-Christians, and later those who wanted to leave [East Germany] joined us and sought refuge here. The church became a very special place, and in particular the Nikolai Church, which we could describe like this: the church was finally on the side of the Lord, on Jesus’ side. In other words, it was on the side of the oppressed and not on that of the oppressors, with the people and not with those who had the power. The special experience we had here was that the people accepted Jesus’ message, especially the message of the Sermon on the Mount. We experienced in a very special way that everything that is written here is true. If you don’t believe, you won’t stay. The “comrades” did not believe, and they did not stay. “Not by might, nor by power, but by my spirit.” “He pulls the powerful from their throne and lifts up the poor.” “Blessed are the meek, for they shall inherit the earth.” We experienced it just like that—the church as a refuge and a place for change, Jesus’ Sermon on the Mount, no mention of paradise and redemption, but the daily bread in the reality of political hopelessness.

The special experience that we had during the years of peace prayers and then with this massive number of non-Christians in the church, which was exceptional, was that they accepted the message of Jesus. They grew up in two consecutive atheist dictatorships. They grew up with the Nazis who were preaching racism, the master race, prepared for war, and replaced God with Providence, as Hitler liked to say. They also grew up with the Socialists preaching class struggle and vilified the church by saying Jesus never existed, that’s all nonsense and fairy tales, legends, and your talk about nonviolence is dangerous idealism; what counts is politics, money, the army, the economy, the media. Everything else is nonsense. And the people who were brainwashed like this for years and grew up with that. The fact that they accepted Jesus’ message of the Sermon on the Mount, that they summarized it in two words—no violence—and the fact that they did not only think and say it, but also practiced it consistently in the street was an incredible development, an unprecedented development in German history. If any event ever merited the description of “miracle” that was it: a revolution that succeeded, a revolution that grew out of the church, remained nonviolent, no broken windows, no people beaten, no people killed—an unprecedented development in German history. A peaceful revolution, a revolution that came out of the church. It is astonishing that God let us succeed with this revolution. After all the violence that Germany brought to the world in the two wars during the last century, especially the violence against the people from whom Jesus was born, a horrible violence, and now this wonderful result, a unique, positive development in German history. That is why we are so happy that the church was able to play this role and enabled this peaceful revolution.

The most important thing for us was the power of prayer, which is still true today. We are not praying to the air or to the wall, but to a living God. We did not pray for the wall to come down. It was more comprehensive: [We were praying] for peace, justice, and the preservation of our creation. We addressed the very specific needs of human beings in our prayers, and God has blessed those prayers in such a way that nobody could have predicted. We went on, step by step. It got bigger and bigger, and in the end the prayers prevented us from drowning in fear and gave us the strength to face the opposition outside. In other words, more and more protests came from the church and spilled onto the street, combined with the strength that we got from our faith. The fear was very powerful, but our faith was more powerful than the fear, and the prayers gave us the strength to act. That is still the same today.

What motivated me was Jesus’ saying “You are the salt of the earth,” which means that you must get involved; you cannot stay in your church. You must get involved in this situation; the salt must be inserted in the wound, in the place that is not in order, that is sick. That’s where you must go. This thought to get involved in politics is a thought that Jesus already voiced in the parable of the Good Samaritan. Someone is beaten and lies there, those who beat him are gone, and now two people coming from temple are approaching, are looking the other way and walking away. Jesus says that they are guilty, not because—they did not do anything, they did not beat him, but they did not help him. If we just leave the world alone and do not get involved, we are just as guilty as those two, as Jesus said in that parable, who looked the other way and did not want to hear about it. You must get involved, because you are the salt of the earth.

[Dietrich] Bonhoeffer really impressed me with his philosophy in approaching the atheist, the non-Christian, with the Christian message in a way that is easy to understand. I first learned that from Jesus—the simple language. Jesus did not speak the language of the temple, but the language of the people. He talked about the mustard seed, the farmer, the worker in the vineyard, the jobless who are waiting in the marketplace, hoping to get hired. Those are all things that people can understand, and then he introduced the message of God’s love into this clear language. And Bonheffer said that we should apply Jesus’ language in such a way that it can be understood even if you were not born into the Christian tradition or into a Christian household. That was really impressive. In addition, the examples impressed me very much, the fact that people applied the Sermon on the Mount one-to-one. First, to put Christians to shame, it was a non-Christian and Hindu who did it: Mahatma Gandhi. Very much in the spirit of the Sermon of the Mount, he engaged in nonviolent resistance and freed his people from British colonialism, but gave his life for it, as did Jesus. He was shot in 1948. The second one was, thank God, a Christian: Martin Luther King. He prepared and executed this idea of nonviolence, peaceful resistance, in a wonderful way. It was a very tense situation, and the fact that it was possible for an African-American to become president of the United States today even exceeds Martin Luther King’s dream. Then it became our turn to apply the teachings of the Sermon of the Mount here in Leipzig. But you cannot forget to mention Nelson Mandela and Bishop Desmond Tutu. They have always impressed us. We felt that we were walking together with them to fulfill Jesus’ legacy.

The police were always very violent, especially on October 7th when they beat hundreds of people. With this violence they wanted to prevent people from gathering here, here in the church and on the plaza. They gradually increased the amount of violence, but achieved the opposite of what they expected. Especially on October 9th, they had created such a frightful scenario that they thought people would not dare show up here. Instead, even more people came. In church people had learned to turn fear into courage, to overcome the fear and to hope, to have strength, as I mentioned before. That was very important, and during those years and in particular during this frightful time, people overcame their fear. They did not bring their children, because you had to fear for your life. The children stayed at home. They came to church and then started walking, and since they did not do anything violent, the police were not allowed to take action. “We were ready for anything, except for candles and prayer,” they said. If the first group had attacked the police, the police would have known exactly what to do. You can see it on TV every night how police and armies react to demonstrators. That did not happen, and the officers and generals called Berlin and asked what they should do, but they did not get any instructions. Those in Berlin did not say anything, the officers here did not do anything, and thus the movement that did not result in any violence, as the people learned in church, began to spread, and that is when the following became clear in East Germany: This is the beginning of the end of East Germany. It cannot go on, the people got what they wanted. Peace prayers were held all over the country. When they saw the images from Leipzig on October 9th, they started demonstrations everywhere else. The crowds became larger and larger, and then [Erich] Honecker handed in his resignation, and on the 18th the politburo resigned. On November 9th, on this very important day, on this day the wall was overcome from the East. Those are experiences that you cannot learn in college, and I would like to summarize them as follows: the Nikolai Church was open to everyone. The church was open to all people, no matter if they were Christian or non-Christian. The next thing is that throne and altar do not belong together. That is a huge mistake that the church made during the past century. No, the street and the altar belong together, just as Jesus did not hide in the temple, but was mingling out in the street, in the houses and on the plazas. We as a church must go into the street and let the street come into the church. The church must be open to everyone. We can teach nonviolence as a practical application of the Sermon on the Mount, turn swords into ploughshares as in the Old Testament, open to all, as mentioned before, and we are the people. We have to learn to have a certain self-confidence, overcome fear, find our voice once again in church, approach bad situations with this self-confidence, be able to make changes within society, reject injustice, and refuse to go along, and I think what is important in all of that is the power of prayer. Without prayer we would not have changed anything, we would not have been able to overcome fear, we would not have had the strength to change things and to take the message of the Bible seriously, being able to interject yourself into a social reality, finding the message of Jesus and the Bible and applying it to the current situation, not uttering long sentences but finding the right word for the right situation, knowing how to act. For me the main criterion for action was: What would Jesus say in this situation? Then I came to the conclusion that we needed to do it the same way he would have done it.

The role of the church did not diminish, at least not here in the Nikolai Church. It continued. Huge protests against the war in Iraq, peace prayers involving many people to save jobs…It continued, but under different social circumstances. However, there are always certain peaks, unique times, such as October 9th. It was a peaceful revolution which was a unique process. You cannot expect that it will go on like that every day. What this revolution aimed to achieve was indeed achieved, and then people stepped back. The important thing to remember is that we did not do that to get people to join our church, but because it was necessary. That is what Jesus did as well. When he provided help, he never asked if that person went to the temple or if that person said all his prayers. He just realized that this human being needed help, so he helped. That is exactly how we did it. We never said “but you must return the favor,” the way it is done in politics and in the world. We created something, and the blessing continued for the people. The most important thing is that the church has to remain open. Whenever people need the church again, in everyday life or in very specific situations, they should find the church open. The church should be there for the people, the way Jesus intended. An inviting, open church without the expectation that people join; an inviting, open church offering unconditional love, just as Jesus did, and [we must] act in this spirit.

Voir aussi:

Extraits de Tristes tropiques:

(…)

Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons: je retrouve en lui l’univers d’où je viens; l’Islam, c’est l’Occident de l’Orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les Musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt. A l’abri d’un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l’univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l’Islam est resté figé dans sa contemplation d’une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n’arrivons plus à penser hors des cadres d’une époque révolue depuis un siècle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l’histoire; et encore trop brièvement, car Napoléon, ce Mahomet de l’Occident, a échoué là où a réussi l’autre. Parallèlement au monde islamique, la France de la Révolution subit le destin réservé aux révolutionnaires repentis, qui est de devenir les conservateurs nostalgiques de l’état des choses par rapport auquel ils se situèrent une fois dans le sens du mouvement. (Page 468)

Les hommes ont fait trois grandes tentatives religieuses pour se libérer de la persécution des morts, de la malfaisance de l’au-delà et des angoisses de la magie. Séparés par l’intervalle approximatif d’un demi-millénaire, ils ont conçu successivement le bouddhisme, le christianisme et l’Islam ; et il est frappant de marquer que chaque étape, loin de marquer un progrès sur la précédente, témoigne plutôt d’un recul. Il n’y a pas d’au-delà pour le bouddhisme ; (….) Cédant de nouveau à la peur, le christianisme rétablit l’autre monde, ses espoirs, ses menaces et son dernier jugement. Il ne reste plus à l’Islam qu’à lui enchaîner celui-ci : le monde temporel et le monde spirituel se trouvent rassemblés. L’ordre social se pare des prestiges de l’ordre surnaturel, la politique devient théologie. En fin de compte on a remplacé des esprits et des fantômes auxquels la superstition n’arrivait tout de même pas à donner la vie, par des maîtres déjà trop réels, auxquels on permet en surplus de monopoliser un au-delà qui ajoute son poids au poids déjà écrasant de l’ici-bas. (Pages 471-2)


Chute du Mur/20e: Ces chrétiens sans lesquels le Mur serait peut-être encore debout (And the walls came tumbling down)

6 novembre, 2009
Leipzig Christian demonstrations (Oct. 1989)C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté. Christian Führer (pasteur de Leipzig)
Ouvrez, ouvrez les frontières des Etats! Jean-Paul II (juin 1979)
Bien entendu nous n’allons rien faire. Claude Cheysson (décembre 1981)
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Si le pape élu en 1978 avait été italien, français ou brésilien, le mur de Berlin serait peut-être encore debout… Bernard Lecomte
Tout ce qu’ils demandaient, c’était un gouvernement propre – est-ce un péché? Et ce qu’ils souhaitaient, c’était une nation forte – est-ce un péché ? Tout ce que nous faisons, c’est poursuivre leurs aspirations. oui, l’économie s’est améliorée et il y en a qui ont gagné plein d’argent, mais la corruption est partout, les écarts de revenus sont énormes, les mines continuent à avaler des ouvriers et le faux lait en poudre et les faux médicaments inondent le marché – c’est ça, le progrès? S’ils avaient écouté le conseil des étudiants et des ouvriers, le pays ne serait-il pas aujourd’hui un meilleur pays ? Le cardinal Joseph Zen de Honkong (le 4 juin 2006)
Ce protocole veut dire une meilleure compréhension, une meilleure connaissance et beaucoup plus d’échanges entre le parti communiste au pouvoir en Chine et le parti de droite au pouvoir en France. Xavier Bertrand
Le secrétaire général de l’UMP a expliqué (…) que l’UMP avait également passé un accord avec le parti conservateur britannique. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a volé à son secours en qualifiant le PC chinois de «super-ENA», dont sont issues toutes les élites. Le Figaro
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, des jeunes Palestiniens ont ouvert une brèche dans le mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie. Le Monde

Pour ceux qui, dans l’actuel flot de belles paroles et d’auto-congratulations, auraient oublié les véritables acteurs de la Chute du Mur …

A l’heure où, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin le tout récent prix Nobel de la paix s’est, comme avant lui notre propre Sarkozy national, défilé devant le passage du dalaï lama à Washington …

Et où, pendant que nos médias se prêtent allégrement aux pires récupérations palestiniennes et que le nouveau Rideau de fer du totalitarisme islamique asphixie peu à peu les derniers chétiens du Monde dit musulman, le parti de notre Grand Timonier alias l’UMP signe des accords avec le parti frère du PC de Pékin …

Retour sur la part souvent méconnue de l’église protestante est-allemande dans l’affaire, notamment les manifestations pacifiques du pasteur Führer de Leipzig qui, lancées dès 1982 et de lundi en lundi, culminèrent à l’automne 1989 en manifestations de masse débouchant finalement sur l’effondrement dudit mur …

Comme celle du Pape Jean-Paul II qui, dès juin 1979 au lendemain de son élection (alors que trois ans plus tard la France assurait les autorités communistes que “naturellement nous n’allons rien faire”), fit de la tournée pastorale de son pays natal la première brèche opérée dans le rideau de fer .…

Leipzig, un prélude à la chute du Mur
Patrick Saint-Paul, envoyé spécial à Leipzig
Le Figaro magazine
09/10/2009

C’est dans cette ville qu’eurent lieu, il y a vingt ans, les premières manifestations.

Le mur de Berlin tombera un mois plus tard, mais dès le 9 octobre 1989, le régime communiste de RDA commence à vaciller. Leipzig commémore vendredi avec la «Fête des lumières» le vingtième anniversaire de la première manifestation de masse contre le SED, le Parti communiste est-allemand, qui rassembla quelque 70 000 personnes autour de la Nikolaïkirche, l’église Saint-Nicolas. Un tournant dans la contestation qui libéra la vague démocratique à travers toute la RDA. «La Stasi (la police secrète est-allemande) avait tout prévu, se souvient Christian Führer, pasteur de l’église Saint-Nicolas. Sauf les bougies et les prières.»

L’Église protestante (BEK) a joué un rôle majeur dans la «révolution pacifique» de 1989. Depuis 1982, le pasteur Führer accueillait dans sa paroisse des services de prière pour la paix, tous les lundis. Au milieu des années 1980, ils étaient six ou sept à participer. «Au début, les gens venaient me voir parce qu’ils voulaient voyager librement. Cette privation les rendait malades, raconte le pasteur. Puis ils venaient parler librement de tous les problèmes que l’on ne pouvait évoquer en public : visas, logements vétustes, aspiration à la liberté. Les espions de la Stasi nous surveillaient de très près. Les gens avaient peur de nous. Mais ça ne changeait rien. Renoncer, c’était perdre tout espoir.»

Ce n’est pas un hasard si la révolte débute à Leipzig. Sous la dictature communiste, l’ancienne cité commerçante de Saxe continuait d’accueillir de nombreuses foires, notamment le Salon du livre : une fenêtre sur le monde occidental. «Deux fois par an, nous avions droit à une bouffée d’oxygène, se souvient Sabine Gugutschkow, l’une des pionnières du mouvement démocratique. Nous allions recopier les titres et les références des ouvrages spécialisés, pour les commander en Allemagne de l’Ouest. Il fallait attendre deux ou trois ans avant de les recevoir. Nous allions lire quelques pages des derniers livres de Christa Wolf, qui paraissaient à l’Ouest bien avant d’arriver ici.»

Le 7 mai 1989, lors des élections communales, les habitants de Leipzig votent pour la première fois contre le Parti communiste en barrant les noms des candidats sur les bulletins de vote. Le lendemain, ils sont abasourdis à l’annonce des résultats : 89,9 % pour le SED. Sabine Gugutschkow et plusieurs centaines de personnes manifestent pour réclamer des élections libres. Les forces de l’ordre ont fermé tous les accès à l’église Saint-Nicolas. Mais les protestataires osent passer entre les mailles pour converger vers ce qui était devenu le centre naturel de la contestation. «Dès lors nous étions de plus en plus nombreux chaque lundi», se souvient le pasteur Führer.

Invité d’honneur au 40e anniversaire de la RDA, le père de la perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev, est accueilli en héros par les Allemands de l’Est le 7 octobre. À Leipzig, comme à Berlin, on descend dans les rues pour scander «Gorbi, Gorbi». Certains osent un «Gorbi aide nous» à l’adresse du réformateur soviétique. Inquiet, le patron de la RDA, Erich Honecker, s’irrite de la popularité de son hôte et rejette toute idée de réforme. «Ceux qui arrivent trop tard sont punis par l’Histoire», lui lâche un Gorbatchev visiblement lassé par l’interminable défilé militaire.

» Le reportage du journal Soir 3 sur la visite de Gorbatchev à Berlin :
Les menaces d’Egon Krenz

Les autorités multiplient les menaces pour empêcher la manifestation du lundi suivant à Leipzig. Huit mille policiers et soldats sont mobilisés. Egon Krenz, le numéro deux du régime en charge des affaires intérieures, qui s’était félicité de la façon dont les communistes chinois avaient réprimé dans le sang les manifestations sur la place Tiananmen, brandit la menace d’une «solution à la chinoise» en jurant de faire «ravaler leur salive» aux manifestants. Dès le matin du 9 octobre, des cadres du SED et de la Stasi occupent les bancs de l’église Saint-Nicolas pour empêcher les manifestants de s’y rassembler. «Je tremblais de peur, mais j’ai réussi à décrocher quelques sourires, raconte le pasteur Führer. Je leur ai dit que l’église était ouverte à tous et que j’étais ravi de les accueillir pour leur première prière. Ils ont découvert que nos préoccupations étaient très terre à terre et que nous n’étions pas téléguidés par les médias occidentaux, comme le prétendait le régime.»

Aux milliers de manifestants, qui bravent l’interdiction de se rassembler et affluent vers l’église, le pasteur ne cesse de répéter de ne pas céder à la moindre provocation : ni violence, ni jets de pierres, ni insultes, martèle-t-il. «Puis nous sommes sortis de l’église avec des bougies en priant pour la paix et pour que les policiers ne tirent pas sur les citoyens», ajoute le pasteur. Les forces de l’ordre sont rapidement débordées par la foule, qui scande «wir sind das Volk» (nous sommes le peuple) ou encore «liberté de voyager avec visas jusqu’à Hawaï». Les autorités locales ne cessent de téléphoner à Berlin pour réclamer des ordres.

Egon Krenz hésite. Il promet de rappeler plus tard. L’immense cortège ose même défiler devant le siège de la Stasi, véritable camp retranché transformé en dépôt de munitions. Mais l’ordre d’ouvrir le feu ne viendra jamais de Berlin. «Un cousin de province était venu me rendre visite, raconte Sabine Gugutschkow. Il est resté la bouche ouverte pendant toute la journée et n’a pas été capable de dire un seul mot. Ce jour-là, nous savions que nous avions gagné la liberté.»

Diffusées par la télévision ouest-allemande, les images des 70 000 manifestants font le tour de la RDA. «C’était la première fois que Krenz avait fait quelque chose de bien, parce qu’il n’avait rien fait, se réjouit Führer. C’était l’envol de notre révolution pacifique, un véritable miracle. Ce jour-là, j’ai compris que tout allait changer, parce que le courage s’était installé de notre côté et que nous avions gagné la sympathie des forces de l’ordre. C’était le tournant.» Le lundi suivant, ils seront 120 000 dans les rues de Leipzig. Deux semaines plus tard 320 000… Ils seront de plus en plus nombreux, chaque lundi, partout en RDA jusqu’à la chute du Mur le 9 novembre suivant.

Voir aussi:

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/31/01003-20091031ARTFIG00223–le-prophte-venu-de-l-est-.php

Jean-Paul II, le prophète venu de l’Est
Bernard Lecomte *
Le Figaro magazine
30/10/2009

Si le pape élu en 1978 avait été italien, français ou brésilien, le mur de Berlin serait peut-être encore debout…

Nous sommes le 17 août 1980. A Castel Gandolfo, dans sa résidence d’été, le pape Jean-Paul II a allumé la télévision : il a l’habitude de regarder le journal de la RAI. Ce soir-là, c’est la Pologne qui fait l’actualité. A Gdansk, au bord de la Baltique, des milliers d’ouvriers en grève occupent les chantiers Lénine. La tension, au cœur du bloc communiste, est à son comble. Soudain, le visage de Jean-Paul II se fige. Sur l’écran, le pape voit distinctement que les ouvriers de Gdansk ont accroché, sur les grilles de leur usine, son propre portrait…

L’histoire innove. De la révolte ouvrière de Berlin-Est (1953) au Printemps de Prague (1968) en passant par l’insurrection de Budapest (1956), jamais aucune révolte populaire en Europe de l’Est n’avait eu de connotation religieuse. Cette fois, les représentants de la classe ouvrière – les vrais, pas les fonctionnaires du parti qui prétendent en être l’avant-garde – assistent à la messe chaque matin, prient la Sainte Vierge sans complexe, et en appellent ostensiblement au souverain pontife, à ce pape polonais qui les a visités un an plus tôt, sitôt élu par le conclave. Tous ont en mémoire l’extraordinaire tournée pastorale de l’ancien archevêque de Cracovie à travers son pays natal, en juin 1979 – un voyage qui restera, pour tous les historiens, la première brèche opérée dans le rideau de fer.

Jamais un pape italien, français ou brésilien n’aurait entrepris pareil périple. A l’heure de la « détente » entre l’Est et l’Ouest, et alors que le communisme continue de progresser dans le reste du monde (de l’Angola au Laos, du Mozambique à l’Afghanistan), seul un pape venu de l’Est pouvait oser affirmer, au mépris de toutes les censures, que le pouvoir communiste était une «parenthèse» dans la vie de ces pays, et que la coupure de l’Europe en deux était un «accident» de l’histoire !

«N’ayez pas peur !» avait lancé le pape slave le jour de son intronisation, en octobre 1978. En Tchécoslovaquie, en Hongrie, mais aussi dans les régions catholiques de l’URSS (Lituanie, Ukraine occidentale), on a vite compris le message. «Ouvrez, ouvrez les frontières des Etats !» a-t-il clamé lors de son premier voyage à l’Est, en ce fameux mois de juin 1979, avant d’en appeler avec obstination, de discours en homélie, à la réunification de l’Europe.

Jean-Paul II a multiplié les signes en direction des chrétiens de ces pays, qu’on appelait collectivement « l’Eglise du silence ». Il avait lui-même assuré à Assise, quelques mois après son élection : «Il n’y a plus d’Eglise du silence, puisqu’elle parle par ma voix!» Message reçu par tous les dissidents de l’Est, les Vaclav Havel, Jan Patocka et autres Adam Michnik. Quelques semaines plus tard, au micro de la BBC, Alexandre Soljenitsyne s’enthousiasme : «Ce pape est un don du ciel !»

«Le pape, combien de divisions ? » avait demandé Staline, un jour, avec ironie. Jean-Paul II n’est pas un chef de guerre. Pas même un homme politique. Les « divisions » du pape slave, ce sont les chrétiens de l’Est, apparus partout aux premiers rangs de la contestation : Lech Walesa et l’abbé Popieluszko en Pologne, Mgr Tomasek et Vaclav Maly en Tchécoslovaquie, Doina Cornea et le pasteur Tökes en Roumanie, etc. Ses armes, ce sont ses paroles : à toute occasion, ce pape humaniste et polyglotte prône les droits de l’homme, la liberté religieuse, la dignité humaine, le droit à la vérité. Autant de valeurs particulièrement subversives dans les pays du « socialisme réel ». Au point que dans toute l’Europe centrale, en mai 1981, l’attentat qui manque de coûter la vie au pape est attribué, évidemment, au KGB ! En décembre 1981, si Jean-Paul II s’engage, contre l’avis de ses cardinaux, à ne pas laisser tomber la Pologne écrasée sous la botte du général Jaruzelski, c’est parce qu’il en fait un combat emblématique, universel, contre le mensonge et l’oppression.

Lorsque Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS, en mars 1985, les Occidentaux sont sceptiques sur sa capacité à réformer le système soviétique. Le pape slave, lui, sent très vite qu’il se passe quelque chose, que la glasnost et la perestroïka vont lui permettre de pousser son avantage. Notamment de contraindre le général Jaruzelski, en 1988, au dialogue avec Solidarnosc, le syndicat interdit qu’il est venu spectaculairement conforter à deux reprises, en 1983 et en 1987. A Moscou, à l’occasion du millénaire de l’Eglise russe en juin 1988, Jean-Paul II envoie son « Premier ministre », le cardinal Casaroli, entamer un vrai dialogue avec Gorbatchev : celui-ci, pris au piège de sa propre stratégie réformatrice, assure que le temps de la lutte antireligieuse est terminé, et accepte le principe d’une rencontre avec le pape.

Gorbatchev au Vatican ! Le 1er décembre 1989, quand le chef du communisme mondial vient rencontrer le chef de l’Eglise catholique à Rome, les jeux sont faits : le Mur est tombé, son régime entre en agonie. Il faudra moins de deux ans pour que le président de l’URSS soit obligé de céder la place aux nouveaux dirigeants de la Russie, de l’Ukraine, de la Lituanie, du Kazakhstan, etc. L’empire des « soviets » a explosé. Dans un article fameux qu’il publie deux mois plus tard, Mikhaïl Gorbatchev revient sur cette suite d’événements extraordinaires : «Rien de ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pu se produire sans ce pape-là…»

* Journaliste et écrivain. Auteur du livre Les Secrets du Vatican (Perrin, 2009).

Voir enfin:

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/29/01002-20091029ARTFIG00013-l-accord-avec-le-pc-chinois-passe-mal-a-l-ump-.php

L’accord avec le PC chinois passe mal à l’UMP
Sophie Huet
Le Figaro
29/10/2009

Le «mémorandum» signé à Pékin par Xavier Bertrand est critiqué dans le parti majoritaire.

Le «mémorandum d’entente» signé le 22 octobre entre le Parti communiste chinois et l’UMP, à l’initiative de Xavier Bertrand, fait des remous chez les députés UMP. Lionnel Luca, le président du groupe d’études sur le Tibet à l’Assemblée, ne décolère pas contre «le numéro de contorsionniste assez compliqué» du secrétaire général de l’UMP. «Même s’il souhaite donner une dimension internationale à l’UMP, ce mémorandum a une portée symbolique désastreuse», estime le député des Alpes-Maritimes, qui s’est mis en congé des instances de son parti en guise de protestation. Luca dénonce «cet affichage politique avec l’un des derniers partis totalitaires». Mercredi, Xavier Bertrand est venu s’expliquer devant une dizaine de députés UMP du groupe d’études, sans réussir à convaincre les plus récalcitrants. Henri Plagnol a jugé cette initiative «en contradiction avec la charte de l’UMP sur les valeurs», et Dominique Tian a jugé que cette affaire «créait un précédent fâcheux» vis-à-vis d’autres partis, comme le FLN algérien.

«Tout est dans le symbole»

En soi, ce «mémorandum d’entente», dont Le Figaro a eu une copie, est de portée très générale. Il précise que les deux partis se sont mis d’accord sur des principes, en particulier celui de «non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui» (ce qui déplaît fortement aux défenseurs de la cause tibétaine comme Luca), qu’ils «organiseront un dialogue une fois tous les deux ans, alternativement dans leur pays respectif», ainsi que «des échanges de délégations»… Interpellé mardi en réunion du groupe UMP, Xavier Bertrand a d’ailleurs précisé qu’il avait «parlé du dalaï-lama et abordé la question religieuse avec les dirigeants chinois». Le secrétaire général de l’UMP a expliqué que les partis politiques «doivent jouer un rôle dans les relations internationales», et que l’UMP avait également passé un accord avec le parti conservateur britannique. Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a volé à son secours en qualifiant le PC chinois de «super-ENA», dont sont issues toutes les élites. D’autres UMP comme Jean-Paul Anciaux et Damien Meslot ont aussi soutenu Bertrand, rappelant que le général de Gaulle avait reconnu la République populaire de Chine il y a près de cinquante ans.

À l’inverse, les libéraux ont vivement attaqué Bertrand. Yves Nicolin a estimé que les relations doivent se traiter d’État à État, «sinon, pourquoi ne pas aller à Cuba ?» Jugeant cet accord «inapproprié», Hervé Mariton a estimé que «tout est dans le symbole, ce qui rend l’affaire plus grave». Amusé par la polémique, Jean-François Copé a commis un lapsus révélateur en qualifiant son rival de «premier secrétaire» de l’UMP – qui est en fait le titre du patron du Parti socialiste -, avant de se raviser.


Disparition de Claude Lévi-Strauss: Etrange destinée de l’ethnographe… (Looking back at the heretic behind the consecration)

4 novembre, 2009
Primitive maskEtrange destinée, étrange préférence que celle de l’ethnographe, sinon de l’anthropologue, qui s’intéresse aux hommes des antipodes plutôt qu’à ses compatriotes, aux superstitions et aux mœurs les plus déconcertantes plutôt qu’aux siennes, comme si je ne sais quelle pudeur ou prudence l’en dissuadait au départ. Si je n’étais pas convaincu que les lumières de la psychanalyse sont fort douteuses, je me demanderais quel ressentiment se trouve sublimé dans cette fascination du lointain, étant bien entendu que refoulement et sublimation, loin d’entraîner de ma part quelque condamnation ou condescendance, me paraissent dans la plupart des cas authentiquement créateurs. Roger Caillois (1974)
Les révolutions symboliques ne sont jamais accomplies que par des hérétiques consacrés. Pierre Bourdieu
Ce fut donc une carrière universitaire mouvementée dont le trait le plus frappant est sans doute de s’être déroulée toujours en dehors de l’Université proprement dite. Claude Lévi-Strauss (Libération, 2 juin 1983)
Quelque chose se trouve plus fréquemment peut-être dans certaines familles juives que dans d’autres: une intense préoccupation pour la vie intellectuelle; et aussi cette idée, inconsciente d’ailleurs, que les difficultés qu’on pouvait rencontrer dans l’existence, du fait des origines raciales, devaient être compensées par un effort soutenu dans des domaines où les obstacles à surmonter étaient moins nombreux. Claude Lévi-Strauss (L’Express, 1986)
On m’a traité de sale juif dès l’école communale (…) Se découvrir subitement contesté par une communauté dont on croyait être partie intégrante peut conduire un jeune esprit à prendre quelque distance à l’égard de la réalité sociale, contraint qu’il est de la considérer simultanément du dedans où il se sent et du dehors où on le met. Claude Lévi-Strauss
Ce que je constate: ce sont les ravages actuels; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne —-si je puis dire—- et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime. Claude Lévi-Strauss (2005)
Dans nos sociétés occidentales, nous éloignons les indésirables, tandis que dans d’autres sociétés, on les ingère! Lévi-Strauss va très loin dans le relativisme culturel. Roland Pourtier (géographe)
Lévi-Strauss ne cesse de débusquer la géométrie sous la peinture, le solfège sous la mélodie, la géologie sous le paysage. Dans le foisonnement jugé imprévisible des mythes, il discerne une grammaire aux règles strictes. Dans l’apparent arbitraire des coutumes matrimoniales, il découvre une logique implacable. Dans le prétendu fouillis de la pensée des “sauvages”, il met au jour une complexité, une élaboration, un génie inventif qui ne le cède en rien à ceux des soi-disant “civilisés”. Roger-Pol Droit
Il ne se passe guère d’année sans que je reçoive, en général d’Afrique, une commande de jeans. Claude L. Strauss
Je lui reste fidèle [à Marx], non pas, disons, sur le plan des idées politiques, mais parce que je lui suis redevable de deux idées qui restent pour moi centrales et qui ont toujours orienté ma pensée. (…) Qui sont : 1. La conscience, qu’elle soit individuelle ou collective, est trompeuse vis-à-vis d’elle-même et, par conséquent, si l’on veut atteindre des réalités plus solides, il faut descendre en dessous du niveau de la conscience, ce qui, pour moi. n’est pas autre chose que transposer aux sciences humaines et sociales la distinction philosophique de Locke et de Descartes entre qualités secondes et qualités premières (les qualités secondes sont trompeuses ; les qualités premières, elles, correspondent à la réalité). 2. Marx m’a enseigné, parce que je crois que c’est lui qui l’a inventée, la méthode des modèles dans les sciences humaines et sociales. Après tout, cet énorme « Capital » n’est rien d’autre qu’un modèle construit en laboratoire, que l’on fait fonctionner et qu’on met à l’épreuve des ” faits ethnographiques “, si je puis dire : les rapports des inspecteurs de fabrique, et autres, pour voir si le modèle est conforme au réel. Claude Lévi-Strauss
Cela n’a aucune importance, parce que si ça plait aux féministes de dire que ce sont les femmes qui échangent les hommes, cela n’altère en rien la théorie ;il suffit de remplacer les signes plus par les signes moins, et tout fonctionne de la même façon. Claude Lévi-Strauss
J’ai réagi contre cette tendance qui consiste à banaliser la notion de racisme, qui désigne une doctrine fausse mais précise à en faire une sorte d’amalgame qui ne veut plus rien dire. Quand on dénonce comme racistes un attachement à certaines valeurs, un manque de goût pour d’autres – attitudes excusables ou blâmables, mais profondément ancrées dans les communautés humaines – on aboutit à ceci : les gens a qui on fait ce reproche se disent “Si c’est ça le racisme, alors, moi, je suis raciste”. Et il me semble qu’on fabrique ainsi des racistes. Claude Lévi-Strauss
Si un corps de garde pouvait être religieux, l’Islam paraîtrait sa religion idéale: stricte observance des règlements (prières cinq fois par jour, chacune exigeant cinquante génuflexions); revues de détail et soins de propreté (les ablutions rituelles); promiscuité masculine dans la vie spirituelle comme dans l’accomplissement des fonctions religieuses; et pas de femmes.
En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une “néantisation” d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à le reconnaître eux-mêmes comme existants.
Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane … Claude Lévi-Strauss (Tristes tropiques)
J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis alors fait le défenseur et le témoin. Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis des menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture. Claude Lévi-Strauss (Magazine littéraire, 2003)

Juif alsacien né en Belgique d’un père peintre (portraitiste) ruiné par l’arrivée de la photographie, exilé dans des lycées de province comme professeur de philosophie, égaré un temps à la SFIO, exilé volontaire au Brésil grâce au réseau normalien, transfuge de la philosophie pour la sociologie puis l’ethnologie, révoqué en 1940 par les lois raciales de Vichy, réfugié à New York avec nombre de savants juifs “gibiers de camp de concentration” grâce à la fondation Rockefeller, récupéré par les Affaires étrangères comme conseiller culturel, sous-directeur du musée de l’Homme, directeur d’études de l’École pratique des hautes études, sorti de l’anonymat par le grand public via un livre de voyage contre les voyageurs, élu après deux échecs au Collège de France puis à l’Académie française, embaumé de son vivant à la Pléiade puis au Musée Chirac du Quai Branly, inhumé quasiment en cachette pour éviter la médiatisation …

Derrière le véritable tsunami d’hommages …

Qui, à l’occasion de la disparition du père fondateur du multiculturalisme en ce premier anniversaire de l’élection du premier président américain multiculturel et postmoderne, ne va pas manquer et a déjà commencé de déferler sur nous …

Le parcours du premier académicien centenaire de l’histoire n’a, on le voit, pas toujours été un long fleuve tranquille.

Et ce tant à l’Université, où l’exemple par excellence de ce que Bourdieu appelait un “hérétique consacré” n’eut jamais qu’une position marginale, qu’à l’Académie française elle-même.

Mais surtout, comme a le mérite de le rappeler la fameuse et vitriolique réponse de Roger Caillois à son entrée Quai Conti, le génial grammairien de la pensée mythique qui, appliquant l’analyse structurale de la linguistique de Saussure et Jakobson à l’anthropologie, a contribué si puissamment à “casser l’etnocentrisme occidental” du début du XXe siècle et suscité, avec et contre lui, tant de questions, travaux et chercheurs (Bourdieu contre son refus de l’histoire et du social comme Girard contre son refoulement du sacrifice).

Est aussi pour une large part, avec nos Barthes, Foucault et Derrida nationaux, l’un des pères fondateurs plus ou moins volontaire de l’actuel postmodernisme politiquement correct et de son relativisme culturel dont on sait les ravages dans les universités américaines et ailleurs …

Extraits:
Sur les paradoxes de l’ethnographie:

Elle se présente comme la seule science qui contribue à détruire son objet, car elle envoie dans les derniers refuges où subsistent encore les hommes de nature les enquêteurs les mieux préparés qui soient et les mieux pourvus d’un matériel enviable, de sorte qu’une population sauvage ne sera étudiée qu’une fois en son état d’innocence quant à l’univers technique. La présence de l’ethnographe le plus précautionneux annonce ou consacre la contamination sans retour de la tribu où il séjourne. Le domaine de l’ethnographie ressemble à une peau de chagrin au bout de sa diminution progressive. Chaque jour l’exténue. Demain, il n’existera plus que dans les rayons des bibliothèques. Rien ne distinguera plus l’ethnographie de l’archéologie et de l’histoire. Les ethnographes, s’il en existe encore, en sont conscients et sont partagés entre l’orgueil de compter parmi les derniers représentants d’une illustre lignée et la certitude du tarissement inévitable des sources humaines qui alimentent leur discipline. Car les sujets de l’étude ne peuvent pas ne pas rejoindre les savants qui les étudient.

Sur l’Occident criminel:

… vous avez combattu avec une rare persévérance cet ethnocentrisme dont les civilisés sont communément affligés à l’égard de ceux qu’ils appellent « sauvages ». À cette occasion, je me plais à saluer, Monsieur, votre bonheur d’expression et à admirer le double sens d’un de vos titres, La pensée sauvage, qui restitue d’un coup à une pensée dont la cohérence et la complexité étaient hier ignorées, les grâces et les séductions des fleurs de la nature, avant que l’horticulture ne les aient traitées. Il ne s’ensuit pas qu’il faille pour autant maudire le travail des jardiniers.

L’Occident des pêcheurs d’âmes et des commerçants d’épices, bientôt des négriers et des factoreries, puis des conquêtes militaires et des services administratifs, l’Occident criminel, technicien, aventureux et hygiénique introduit partout laboratoires, écoles et usines, maladies et vaccins, fléaux et universités, bordels et dispensaires. Peu importe qu’il pratique la ségrégation ou l’assimilation, le résultat est partout identique. L’indigène, parfois demeuré au stade néolithique, abandonne ses ustensiles, ses armes, sa quasi-nudité, ses institutions. Il n’en subsiste pratiquement plus aujourd’hui qui n’ait eu aucun contact avec la civilisation industrielle. Ceux qui en restent indemnes ne jouissent que d’un bref sursis. Les ethnographes justement alarmés par la disparition de l’objet de leurs études s’affairent à préserver ce qui peut être sauvé des mythes et des mœurs, des structures familiales et sociales. Mais oublient-ils qu’ils descendent de sauvages eux-aussi ?

Qu’auraient dit, à l’époque Romaine, les ancêtres de ces savants généreux, qui appartenaient peut-être aux tribus les plus rudes des Gaules et de la Germanie, si des ethnographes de l’époque avaient exigé qu’on les confinât dans leurs singularités remarquables, qu’on prît les mesures nécessaires pour que ne fût ni détruite ni saccagée l’originalité de leur culture, qu’on les retint de s’initier aux nouveautés apportées par l’envahisseur, afin qu’ils ne se réveillent pas absorbés dans une civilisation uniforme, utilitaire et sans âme ? S’il en avait été ainsi, Monsieur, où serions-nous ?

Je m’étonne dans ces conditions qu’ils se montrent surpris de l’ingratitude, de l’humeur des peuples dits pudiquement en voie de développement, quand ceux-ci entendent les habitants privilégiés des métropoles modernes s’extasier sur le sûr instinct qui fait persévérer dans leur être les hommes de nature. Ils les félicitent même de récuser le devenir. Je ne crois pas pour ma part à ce refus de l’histoire dont les « sauvages » sont parfois crédités. Je suis plutôt convaincu par les pages où vous décrivez ces mêmes sages avides des outils métalliques, qui pourtant mettent en péril l’ensemble de leur culture et leurs institutions. Nulle part, comme vous le savez, la hache de pierre n’a été préférée à la hache d’acier aussitôt apparue. Comme la mauvaise monnaie chasse la bonne, plus sûrement encore le meilleur outil élimine le moins efficace. Ce qui vaut pour les ustensiles ne vaut pas moins pour les animaux d’élevage, pour les cultures vivrières, pour les innovations techniques, – et ceci à tous les niveaux, de la roue à l’énergie nucléaire. Il n’y a jamais dédain, mais fascination.

Sur l’ingratitude des objets d’étude:

Nous avons eu les oreilles rebattues de la sagesse des Chinois, inventant la poudre sans s’en servir que pour les feux d’artifice. Certes. Mais, d’une part l’Occident a connu lui aussi la poudre sans longtemps l’employer pour la guerre. Au IXe siècle, le Livre des Feux, de Marcus Graecus en contient déjà la formule ; il faudra attendre plusieurs centaines d’années pour son utilisation militaire, très exactement jusqu’à l’invention de la bombarde, qui permet d’en exploiter la puissance de déflagration. Quant aux Chinois, dès qu’ils ont connu les canons, ils en ont été acheteurs très empressés, avant qu’ils n’en fabriquent eux-mêmes, d’abord avec l’aide d’ingénieurs européens. Dans l’Afrique contemporaine, seule la pauvreté ralentit le remplacement du pilon par les appareils ménagers fabriqués à Saint-Étienne ou à Milan. Mais la misère n’interdit pas l’invasion des récipients en plastique au détriment des poteries et des vanneries traditionnelles. Les plus élégantes des coquettes Foulbé se vêtent de cotonnades imprimées venues des Pays-Bas ou du Japon. Le même phénomène se produit d’ailleurs de façon encore plus accélérée dans la civilisation scientifique et industrielle, béante d’admiration devant toute mécanique nouvelle et ordinateur à clignotants.

Je déplore autant qu’un autre la disparition progressive d’un tel capital d’art, de finesse, d’harmonie. Mais je suis tout aussi impuissant contre les avantages du béton et de l’électricité. Je ne me sens d’ailleurs pas le courage d’expliquer leur privilège à ceux qui en manquent.

Les indigènes ne se résignent pas à demeurer objets d’études et de musées, parfois habitants de réserves où l’on s’ingénie à les protéger du progrès.

Étudiants, boursiers, ouvriers transplantés, ils n’ajoutent guère foi à l’éloquence des tentateurs, car ils en savent peu qui abandonnent leur civilisation pour cet état sauvage qu’ils louent avec effusion. Ils n’ignorent pas que ces savants sont venus les étudier avec sympathie, compréhension, admiration, qu’ils ont partagé leur vie. Mais la rancune leur suggère que leurs hôtes passagers étaient là d’abord pour écrire une thèse, pour conquérir un diplôme, puisqu’ils sont retournés enseigner à leurs élèves les coutumes étranges, « primitives », qu’ils avaient observées, et qu’ils ont retrouvé là-bas du même coup auto, téléphone, chauffage central, réfrigérateur, les mille commodités que la technique traîne après soi. Dès lors, comment ne pas être exaspéré d’entendre ces bons apôtres vanter les conditions de félicité rustique, d’équilibre et de sagesse simple que garantit l’analphabétisme ? Éveillées à des ambitions neuves, les générations qui étudient et qui naguère étaient étudiées, n’écoutent pas sans sarcasme ces discours flatteurs où ils croient reconnaître l’accent attendri des riches, quand ils expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, – encore moins, sans doute, ne le font les ressources de la civilisation industrielle. À d’autres.

Réponse de M. Roger Caillois
au discours de M. Claude Lévi-Strauss

DISCOURS PRONONCÉ DANS LA SÉANCE PUBLIQUE
le jeudi 27 juin 1974

Voir aussi:

Lévi-Strauss, un déraciné chronique
Antoine De Gaudemar
Libération
03/11/2009
PORTRAIT

L’ethnologue et écrivain est mort à l’âge de 100 ans. Retour sur le parcours d’un homme qui a révolutionné son siècle.

«Je hais les voyages et les explorateurs». Cette phrase, la première et la plus célèbre de «Tristes tropiques», n’était pas qu’une boutade provocatrice. Claude Lévi-Strauss, qui vient de mourir à l’âge de 100 ans, ne raffolait pas des expéditions. Passé l’enthousiasme des premières explorations, le savant préféra de loin l’ombre des bibliothèques pour construire son œuvre. C’est pourtant à partir de ses enquêtes dans la savane et la forêt brésiliennes des années 30 que Claude Lévi-Strauss a composé – des «Structures élémentaires de la parenté» à «Histoire de Lynx» en passant par les deux volumes d’«Anthropologie structurale» et les quatre de «Mythologiques» – une théorie d’ouvrages qui auront révolutionné l’anthropologie moderne. Rousseauiste nostalgique d’un âge d’or perdu, anxieux d’une humanité oubliant son passé et enchaînée à la tyrannie du progrès, il aura pourtant recouru à la méthode la plus rigoureuse et aux théories les plus avant-gardistes pour décrire les écroulements de la modernité. Un autre paradoxe de ce penseur et de cet écrivain, qui restera sans aucun doute comme le plus grand ethnologue du XXe siècle.

Le père de Claude Lévi-Strauss était peintre, deux de ses oncles aussi. Né le 28 novembre 1908 – à Bruxelles, où il ne reste que quelques mois avant de revenir à Paris -, le jeune Claude grandit dans une famille désargentée et cultivée, où la musique est aussi très présente. Très vite, il collectionne des «curiosités exotiques» et monte déjà des «expéditions» dans la capitale et la région parisienne. Quand la Première guerre mondiale éclate, son père est mobilisé et toute la famille part s’installer chez le grand-père maternel, grand rabbin de Versailles. A la fin du conflit, il entre au lycée Janson-de-Sailly à Paris et s’intéresse dès 16 ans à la politique. Militant SFIO, il deviendra même secrétaire général de la Fédération des étudiants socialistes. Grand lecteur de Karl Marx, il écrit son premier texte, sur Gracchus Babeuf, dans une revue socialiste belge. Après une hypokhâgne à Condorcet en 1926, il entreprend des études de droit et de philosophie. Mais le droit l’ennuie et il choisit la philosophie, dont il devient agrégé en 1931, à moins de 23 ans, en même temps que Simone Weil.

Son premier poste de professeur le conduit à Mont-de-Marsan. La passion de la politique ne l’a pas quitté. Candidat socialiste aux élections cantonales de 1932, il voit son entreprise tourner court après un accident de voiture en compagnie de Pierre Dreyfus, futur PDG de Renault et ministre de François Mitterrand. Nommé à Laon l’année suivante, il découvre l’ethnologie en lisant l’Américain Robert Lowie. Une révélation pour le jeune philosophe qui cherche sa voie. Encouragé par Paul Nizan, un lointain parent dont il admire le livre «Aden Arabie» et qui lui fait rencontrer Marcel Mauss, le maître de l’ethnographie, son intérêt pour celle-ci grandit.

A l’automne 1934, le directeur de l’Ecole normale supérieure, qui connaît son aspiration, lui conseille de se porter candidat comme professeur de sociologie à l’université de Sao Paulo, au Brésil. «Les faubourgs sont remplis d’Indiens, vous leur consacrerez vos week-ends», lui dit-il curieusement. Claude Lévi-Strauss n’hésite pas. En février 1935, il embarque à Marseille pour le Brésil. L’université de Sao Paulo vient de naître, avec un fort soutien de la Mission universitaire française. Parmi les enseignants, se trouve l’historien Fernand Braudel, un aîné qui aidera le sociologue débutant.

Quelques mois après son arrivée, Claude Lévi-Strauss réalise ses premières enquêtes de terrain. «J’étais dans un état d’excitation intellectuelle intense. Je me sentais revivre les aventures des premiers voyageurs du XVIe siècle. Pour mon compte, je découvrais le Nouveau Monde. Tout me semblait fabuleux, les paysages, les animaux, les plantes…». L’ethnologie donne enfin un sens à sa quête intellectuelle: «Comme histoire qui rejoint par ses deux extrémités celle du monde et la mienne, elle dévoile du même coup leur commune raison… Elle réconcilie mon caractère et ma vie».

Une exposition montée à partir de ses premières enquêtes se tient à Paris en 1936. Elle lui vaut la reconnaissance de ses pairs du Musée de l’Homme et des crédits pour de nouvelles expéditions. Les peuples à la rencontre de qui il va survivent comme ils peuvent, décimés par les maladies de l’homme blanc, mais ils ne sont encore ni soumis ni envahis. Certains n’ont jamais vu de Blancs. Comme beaucoup d’ethnologues, Lévi-Strauss ressent cruellement qu’il tente de mettre en lumière et en valeur ceux-là mêmes qui sont en cours d’élimination de la surface de la terre, sous les coups de boutoir de la «civilisation».

En 1939, Claude Lévi-Strauss est de retour en France. Mobilisé, il fait la «drôle de guerre» derrière la ligne Maginot. Evacué vers Montpellier pendant la débâcle, il tente en vain de rejoindre son nouveau poste au lycée Henri IV à Paris. Finalement nommé à Montpellier, il est rapidement révoqué du fait des lois raciales de Vichy. Il choisit et obtient un poste à la New School for Social Research de New York, un centre d’accueil pour intellectuels européens persécutés par le nazisme et commence à enseigner, sous le nom de Claude L. Strauss, comme on le lui demande à cause de la marque de blue-jeans: «Je vécus ainsi plusieurs années aux Etats-Unis sous un patronyme mutilé. Depuis, cette malheureuse homonymie n’a cessé de me hanter. Tel un fantôme. Il ne se passe guère d’année sans que je reçoive, en général d’Afrique, une commande de jeans».

En 1942, il rallie la France Libre et travaille comme speaker à l’Office of War Information. Il fréquente Breton, Max Ernst, Marcel Duchamp et d’autres artistes en exil à Manhattan, court antiquaires et brocantes à la recherche de pièces d’art primitif. L’exil aux Etats-Unis se prolonge. Nommé en 1945 conseiller culturel à l’ambassade de France, Lévi-Strauss ne rentre à Paris qu’en 1947. Affecté au Musée de l’Homme, il rencontre Georges Dumézil, Michel Leiris dont il lit l’œuvre «avec délectation», et Jacques Lacan, en qui il voit un «chaman» des sociétés modernes. Une fois sa thèse passée, il est élu en 1950 directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études. Face à la protestation d’étudiants africains, il transforme l’intitulé de sa chaire, «Religions des peuples non civilisés», en «Religions des peuples sans écriture».

En 1955, «Tristes tropiques» marque un tournant: le professeur Lévi-Strauss, justement reconnu par ses pairs universitaires et chercheurs, devient un écrivain et savant mondialement connu. Récit de voyage autant qu’itinéraire initiatique, bilan autobiographique et philosophique, œuvre littéraire dans la double filiation de Montaigne et de Rousseau d’un côté, de Joseph Conrad et de Bronislaw Malinowski de l’autre, «Tristes tropiques» provoque une onde de choc. Dans cette époque d’éveil du Tiers-monde, l’effet de ce plaidoyer humaniste sera immense et universel et fera de «Tristes tropiques» un chef d’œuvre de la littérature du XXe siècle.

«Pendant vingt ans, levé à l’aube, soûlé de mythes, j’ai véritablement vécu dans un autre monde», dit-il. En 1964, paraît «le Cru et le cuit», premier volume des «Mythologiques». Suivront, en une impressionnante somme, «Du miel aux cendres», «l’Origine des manières de table» et enfin «l’Homme nu», en 1971. Pour démontrer que les mythes, ces récits premiers et fondateurs, ne doivent rien à la fantaisie ni à l’arbitraire mais au contraire à la reproduction plus ou moins conforme d’invariants et de schèmes, le chercheur y transcrit, interprète et compare plus de 800 mythes amérindiens et d’un millier de leurs variantes. Le mythe est cette parole structurante qui a survécu au temps, qui assure la continuité du groupe et de l’espèce. C’est un «regard ethnographique» que Lévi-Strauss pose sur la Sorbonne occupée de 1968. Son jugement sur les événements de mai est très dur: «Une fois passé le premier moment de curiosité, une fois lassé de quelques drôleries, mai 68 m’a répugné». Il n’admet pas qu’on coupe des arbres pour faire des barricades, que des facultés soient transformées en «poubelles«, que le travail intellectuel soit paralysé par la «logomachie». La rupture, déjà consommée depuis longtemps avec sa jeunesse marxiste et socialiste, est patente et définitive. De plus en plus conservateur au sens philosophique du mot, Lévi-Strauss est le contraire d’un intellectuel engagé: après 1945, et hormis pour prendre la défense des Amérindiens, il ne se prévaut jamais de son autorité intellectuelle pour prendre des positions publiques et commettre ce qu’il juge des «abus de confiance».

En 1982, Claude Lévi-Strauss prend sa retraite et Françoise Héritier lui succède à la tête du Laboratoire d’anthropologie sociale. Le vieil homme au profil d’aigle continue de travailler et de voyager, au Canada (versant Pacifique), au Japon (dont la civilisation le fascine). En 1985, il accompagne le président François Mitterrand au Brésil, où il retourne pour la première fois depuis presque cinquante ans et où il est resté très célèbre. Pour ses 80 ans, le Musée de l’Homme lui consacre une grande rétrospective, «les Amériques de Claude Lévi-Strauss». En 1991, à la veille du 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, il publie «Histoire de Lynx», un retour aux sources mythologiques du dualisme amérindien et un hommage à l’«ouverture à l’Autre» que manifestèrent les Indiens lors de leurs premiers contacts avec les Blancs. En juin 2006, il avait reçu un hommage appuyé de Jacques Chirac lors de l’inauguration par le chef de l’Etat du musée parisien du Quai Branly dédié aux arts premiers.

Fils de peintre, photographe, Lévi-Strauss s’est intéressé sa vie entière à l’art sous toutes ses formes: la peinture, la littérature, l’opéra et la musique, qui a été sans doute sa plus grande passion. Cette confiance dans l’art et la recherche intellectuelle ne cache pas le pessimisme assez constant du savant. Non seulement il ne se sent pas à l’aise dans son époque (il s’est toujours considéré comme un homme du XIXe siècle alors que sa vie embrasse tout le siècle suivant) mais l’ethnologue est «victime d’une sorte de déracinement chronique».

Voir enfin:

Claude Lévi-Strauss, un anarchiste de droite
Philippe Simonnot
L’Express
17/10/1986

Claude Lévi-Strauss, après la disparition de Jean-Paul Sartre et de Raymond Aron, est, à 77 ans, le dernier géant de la pensée française. Plus célèbre encore à l’étranger qu’en France, son oeuvre immense a exercé une influence décisive sur lesdites “sciences humaines”, débordant largement sa discipline d’origine, l’ethnologie. Ce cerveau parmi les plus puissants du XXe siècle a engendré le structuralisme, qui a fait couler des fleuves d’encre et donne lieu à tant de contresens. Claude Lévi-Strauss s’en explique ici, le plus simplement du monde, dans l’entretien exclusif qu’il a accordé à Philippe Simonnot. En même temps, non sans humour, il se confie à travers des propos inédits et surprenants sur ses origines et sa famille, sur l’existentialisme, le féminisme, le racisme, l’histoire, la religion et la science. Jamais l’auteur de “Tristes Tropiques” n’était allé si loin dans la provocation tranquille, se qualifiant, lui l’ancien militant de la S.F.I.O. des années 30, de “vieil anarchiste de droite… fidèle à Marx “.

L’Express : Le plus étrange dans votre vie, et le moins connu, c’est que vous avez failli faire carrière dans la politique.

Claude Lévi-Strauss : Cela est très biographique, et ce qui est biographique n’intéresse pas beaucoup les gens, en général. Disons que j’étais troublé, au cours de mes dernières années de lycée, de ne jamais entendre certains noms, ceux de Marx, de Proudhon, etc. Pendant les vacances – je devais avoir dans les 17 ans – j’ai rencontré un jeune socialiste belge, un ami d’amis. Je me suis ouvert à lui et comme il aspirait au rôle de théoricien dans le Parti ouvrier belge, il entreprit de m’endoctriner ou plus exactement, de me fournir des lectures. C’est donc sous son égide (ou sa férule) que j’ai commence à lire Marx et d’autres auteurs. J’ai alors eu l’impression qu’un monde nouveau m’était révélé, intellectuellement et socialement. Je suis devenu par l’intermédiaire de ce jeune homme, une sorte de pupille du Parti ouvrier, lequel m’a invité en Belgique, m’a mis entre les mains d’un vieux militant qui m’a promené de coopérative en coopérative et de maison du peuple en maison du peuple. Tout ça était pour moi une révélation complète. A la même époque, j’ai adhéré au Parti socialiste, qui s’appelait alors S.F.I.O, dont je suis devenu un militant. J’ai même eu des responsabilités, puisque j’ai animé le Groupe d’études socialistes des cinq Ecoles normales supérieures et assumé le poste de secrétaire général des étudiants socialistes.

J’ai donc été actif politiquement jusqu’à mon départ pour le Brésil. en 1935. La, j’ai eu le sentiment – un peu ridicule – que je représentais mon pays dans sa totalité et non pas telle ou telle orientation, bien que mes amis brésiliens fussent tous des libéraux avancés. Et puis, la perspective ethnologique m’a habitué à réfléchir sur l’homme à une tout autre échelle. Enfin, quand je suis rentré en France pour les vacances, après le Front populaire, je suis retourné dans ma vieille 16e section – j’avais toujours habite le XVIe – et je ne l’ai pas reconnue. Avant mon départ pour le Brésil, elle était composée de une ou deux douzaines de militants très purs : ouvriers, employés, fonctionnaires des P.t.t. Quand je l’ai retrouvée, il y avait de 200 à 300 personnes du meilleur monde…

- Attirées par le pouvoir …

- Oui, et ça m’a un peu … détaché.

- Vous étiez de gauche …

- Oh ! J’étais ardemment de gauche.

- Comment s’est produit le changement ?

- Progressivement. D’abord, au cours des années d’expédition au Brésil ; puis, quand, pendant la guerre, j’ai été réfugié aux Etats-unis. A ce moment-la, le problème ne se posait plus dans les mêmes termes. On n’était plus tellement de gauche ou de droite. mais gaulliste ou vichyste. Au reste. j’étais complètement absorbé, mangé par mon travail théorique. Je me donnais énormément de mal pour étudier les dossiers ethnologiques ; j’avais le scrupule de ne pas écrire une ligne que je ne crusse bien fondée, alors que le jugement politique me paraissait à fleur de peau, ou viscéral, comme on voudra : en contradiction avec cette hygiène mentale. J’ajouterai encore ceci, qui est essentiel, peut-être : j’avais été pacifiste avant la guerre, et je m’étais trompé ; et, quand on s’est trompé si gravement, il n’y a qu’une conclusion à tirer : c’est qu’on n’a pas la tête politique. On ne se mêle plus de donner des leçons.

- Alors, maintenant vous êtes de droite ?

- Je dirais plutôt : un vieil anarchiste de droite …

- Dans « La pensée sauvage » (1962) vous écriviez que l’homme de gauche pouvait encore se cramponner à une image de la Révolution française, mais que, bientôt, il ne le pourrait plus. Qu’en est-il aujourd’hui ?

- En effet, la révolution de 1789 peut de moins en moins servir de référence à l’action. Je lisais, ces dernières semaines, le livre de Jean Orieux sur Catherine de Médicis – on dit que je suis anti-historien, alors que je ne lis que des ouvrages d’histoire – et l’impression que j’en ai retirée, c’est que, derrière les guerres de Religion, il y eut surtout des luttes de factions politiques pour le pouvoir, pas tellement différentes de ce que serait la Fronde, quelques décennies après, ou, plus tard encore, la révolution de 1789 ou les révolutions du XIXe siècle. Il y a une certaine fatalité dans la nation française : elle n’a cessé, à travers les siècles, de chercher, sous des prétextes divers, des raisons de se diviser. Bref, au-delà du clivage gauche-droite, j’ai l’impression que nous sommes simplement les héritiers d’un passé pluriséculaire.

- Tout en étant anarchiste de droite. vous êtes reste fidèle à Marx.

- Je lui reste fidèle, non pas, disons, sur le plan des idées politiques, mais parce que je lui suis redevable de deux idées qui restent pour moi centrales et qui ont toujours orienté ma pensée.

- Et qui sont ?

- Qui sont : 1. La conscience, qu’elle soit individuelle ou collective, est trompeuse vis-à-vis d’elle-même et, par conséquent, si l’on veut atteindre des réalités plus solides, il faut descendre en dessous du niveau de la conscience, ce qui, pour moi. n’est pas autre chose que transposer aux sciences humaines et sociales la distinction philosophique de Locke et de Descartes entre qualités secondes et qualités premières (les qualités secondes sont trompeuses ; les qualités premières, elles, correspondent à la réalité). 2. Marx m’a enseigné ? parce que je crois que c’est lui qui l’a inventée ? la méthode des modèles dans les sciences humaines et sociales. Après tout, cet énorme « Capital » n’est rien d’autre qu’un modèle construit en laboratoire, que l’on fait fonctionner et qu’on met à l’épreuve des ” faits ethnographiques “, si je puis dire : les rapports des inspecteurs de fabrique, et autres, pour voir si le modèle est conforme au réel.

- Justement, c’est un modèle qui n’a pas tellement fonctionné…

- Probablement parce que, comme toujours dans ces grandes découvertes de l’esprit, Marx a été trop ambitieux au départ et a voulu construire un modèle incluant un nombre de variables beaucoup trop élevé. Ce qu’on appelle le structuralisme ? qui est très fidèle à ces deux idées ? a au moins apporté la chose’ suivante, et c’est là sa force ; ça ne marche qu’à condition qu’on soit capable de réduire le nombre de variables.

- Oui, mais… cette réduction ne réduit-elle pas aussi la chair de la réalité ?

- Certes, et il est tout à fait légitime d’employer d’autres méthodes pour étudier la chair de cette réalité. Simplement, je crois que la méthode susdite permet d’atteindre un certain nombre de réalités qui étaient restées…

- … universelles ?

- Inaperçues jusque-là. Oh ! je ne dirais pas qu’elles sont universelles ; en tout cas sont-elles fondamentales, essentielles pour comprendre les phénomènes qui sont soumis à l’observateur.

- Comment pourrait-on définir en quelques mots le structuralisme ?

- C’est difficile, parce que l’opinion parisienne a construit, sous le nom de structuralisme, une espèce de tigre de papier qu’elle est en train de brûler ou de mettre en pièces, sans s’apercevoir que le structuralisme véritable n’a rien à voir avec le mythe qu’elle s’est créé.

- Eh bien ! essayons de détruire ce mythe …

- Disons que le structuralisme est un effort modeste pour appliquer à certains aspects de la réalité humaine et de la réalité sociale ? je dis certains aspects et non tous ? des méthodes de simplification des variables ; c’est aussi un effort d’attention aux rapports qui unissent ces variables plus qu’à leur contenu intrinsèque. Tout cela n’est autre que la méthode scientifique utilisée depuis fort longtemps. Ce que nous essayons de faire dans des domaines tout à fait limités, c’est ce que les sciences traditionnelles font depuis des siècles.

- Mais appliqué à un matériel humain …

- …extrêmement simplifié… Je ne sais plus qui a dit que ce qui avait permis les progrès de la science, c’étaient les bonnes simplifications. C’est ce que nous tentons de faire timidement.

- Que s’est-il passé avec l’existentialisme ? Simone de Beauvoir avait accueilli « Les Structures élémentaires de la parenté » (1949) par un article paru dans « Les Temps modernes » tout à fait exact, tout à fait honnête. Et après, il y a eu cet antagonisme …

- Ce qui s’est passé à l’époque… Je ne veux pas mettre de petits motifs derrière la pensée de Simone de Beauvoir. Disons qu’elle m’avait su gré de lui avoir communiqué ” Les Structures…” en épreuves, au moment où elle-même donnait à l’éditeur « Le Deuxième Sexe ». Ainsi disposait-elle de l’état le plus récent de la réflexion ethnologique et se trouvait-elle à l’abri de certaines confusions. Je me souviens qu’elle a passé une ou deux journées chez moi, dans la solitude, à dépouiller ” Les Structures “. D’autre part, à cette époque, ” Les Temps modernes ” recrutaient. Et ne se montraient pas tellement exigeants sur une pureté de doctrine ; il s’agissait essentiellement, pour eux, de devenir le centre de la vie intellectuelle parisienne. Donc, toute nouvelle recrue était bonne à prendre. On ne se souciait pas de sa fidélité à « L’Etre et le Néant » !

- Mais après que se passe-t-il ?

- Pas grand-chose, pour autant que je crois bien n’avoir pas revu Simone de Beauvoir. Sauf un jour où j’ai voulu organiser une rencontre avec Margaret Mead ? puisque c’étaient deux grandes dames des deux côtes de l’Atlantique. Je dois dire que ces dames se sont tenues aux deux extrémités du salon ; chacune a polarisé ses admirateurs et il n’y a eu aucun contact entre elles. Quant a Sartre, je ne l’ai pratiquement pas connu ? deux ou trois rencontres occasionnelles, tout au plus.

- Vous avez écrit quelque part que Sartre avait un esprit faux, et vous le compariez à Raymond Aron.

- C’est bien plus tard, après la mort de Sartre et d’Aron.

- Oui, mais je veux dire : est-ce par fausseté d’esprit que Sartre était en désaccord avec vous ?

- C’est beaucoup plus complexe. D’abord, il n’y a aucun doute que Sartre était un géant de la pensée et qu’il nous écrasait tous par sa prodigieuse capacité à s’exprimer dans les genres les plus divers : théâtre, presse, philosophie, roman … Disons qu’il siégeait dans un ciel plus haut que celui de ses contemporains. Cela dit, Sartre a essentiellement développé une philosophie du sujet. En fait, la philosophie française depuis Descartes était restée dominée par la notion de sujet. Si l’on voulait atteindre d’autres verités, il était essentiel de choisir un autre point de vue, différent.

- Vous avez même écrit que Sartre pratiquait, à l’égard des sociétés primitives, un “cannibalisme intellectuel ” encore plus horrible que le cannibalisme ordinaire.

- Sartre ne s’est, en réalité, jamais intéressé aux ” sauvages ” (entre guillemets). Une seule humanité valait pour lui, c’était cette portion d’humanité qu’il considérait comme seule historique.

- Le féminisme, non plus, ne vous aime pas beaucoup. D’abord par ce que vous avez écrit, dans « Les Structures », que la polygamie était naturelle à l’homme. Cela vous a abondamment été reproché.

- C’est possible, bien que cela me semble assez évident.

- Comment vous situez-vous par rapport à ce mouvement de pensée, dont le dernier avatar est le livre d’Elisabeth Badinter, qui n’est pas très aimable pour vous ?

- Je ne l’ai pas lu. Bon ! Je pourrais avancer un argument « ad hominem » ? « ad feminam », plutôt ? à savoir que, avant de prendre ma retraite au Collège de France, j’ai réussi à faire élire, dans une autre chaire, une femme en qui je voyais mon successeur : Francoise Héritier. Ce qui prouve que je n’ai pas de préjuge contre le sexe. II y a une espèce de malentendu que j’ai essayé de dissiper par la suite. J’ai écrit, dans « Les Structures », que les hommes échangent les femmes, et pas le contraire. II existe des cas limites, néanmoins, en Indonésie, où l’on peut hésiter sur l’objet de l’échange, où l’on pourrait presque dire que des groupes fondés sur la parenté en ligne féminine échangent des hommes. Surtout, cela n’a aucune importance, parce que si ça plait aux féministes de dire que ce sont les femmes qui échangent les hommes, cela n’altère en rien la théorie ; il suffit de remplacer les signes plus par les signes moins, et tout fonctionne de la même façon. J’ai simplement constaté que, pour l’immense majorité des sociétés humaines passées et présentes dont nous savons quelque chose, l’échange porte sur les femmes plutôt que sur les hommes. Elles pensent ainsi.

- Toutes sortes de mythes disent pourtant l’inverse.

- Je sais bien. Mais les mythes, qui se donnent pour raison d’être essentielle d’expliquer pourquoi les choses sont comme elles sont, partent toujours d’un point hypothétique où ces choses étaient le contraire de ce qu’elles sont. Chaque fois que les mythes ont voulu expliquer pourquoi ce sont les hommes qui dirigent, qui commandent, qui ont le pouvoir politique, qui échangent les femmes, ils ont imaginé un état initial où c’était l’opposé. Mais ce ne sont que des mythes.

- Comment vous situez-vous par rapport au judaïsme ? Alfred Métraux a écrit de vous dans son Journal : « II a tout de l’intellectuel juif. ». Vous connaissez ce passage ?

- Oui, bien sûr. D’ailleurs, Métraux et moi étions liés d’une amitié fraternelle.

- Mais comment interprétez-vous sa réflexion ?

- J’estime que j’ai probablement beaucoup du caractère de l’intellectuel juif.

- Mais vous avez aussi écrit que vous aviez eu une enfance non croyante.

- Je n’ai jamais, à aucun moment de ma vie, été troublé par une inquiétude religieuse. C’est quelque chose qui ne m’a jamais effleuré.

- Oui, en plus, pour vous, le monothéisme est quelque chose de …

- … qui me rebute. Toutes mes sympathies vont plutôt …

- Au polythéisme … ?

- Au shintoïsme.

- Mais comment peut-on être intellectuel juif en n’étant pas monothéiste ? Je n ‘arrive pas à le concevoir.

- Ecoutez, ça me semble pourtant assez facile à comprendre. J’appartiens à une famille juive alsacienne, des environs de Strasbourg ; du côte paternel, elle est montée à Paris au début du XIXe siècle, vers 1820-1830 ; la branche maternelle, elle, a quitté l’Alsace, au moment de l’annexion de 1871, pour rester française. II y a eu, sous le second Empire, une ascension de la communauté juive, mais cette ascension s’est produite, dans le cas des miens, du côte des arts. Mon arrière-grand-père était chef d’orchestre des bals à la cour sous Louis-Philippe, puis sous Napoléon III. II a contribué, avec Berlioz, à l’introduction de Beethoven et de Mendelssohn en France. Il a collaboré avec Offenbach ; c’est lui qui a écrit le quadrille d’ « Orphée aux Enfers ».

- Comment s’appelait-il ?

- Isaac Strauss. Il y avait donc, pourrait-on dire, une tradition musicale, intellectuelle dans ma famille. De plus, mon père et deux de mes oncles furent artistes peintres. La tradition s’exerçait donc également dans les arts plastiques. J’ai été extrêmement « chauffé », si je peux dire, dans tous ces domaines. Quelque chose se trouve plus fréquemment peut-être dans certaines familles juives que dans d’autres : une intense préoccupation pour la vie intellectuelle ; et aussi cette idée, inconsciente d’ailleurs, que les difficultés qu’on pouvait rencontrer dans l’existence, du fait des origines raciales, devaient être compensées par un effort soutenu dans des domaines où les obstacles à surmonter étaient moins nombreux.

- Votre grand-père maternel était rabbin … Vos souvenirs d’enfance …

Ma famille maternelle comprenait cinq filles, mariées à droite et à gauche, et, en 1914, quand les maris ont été mobilisés, femmes et enfants se sont réfugiés à Versailles, dans la maison du grand-père, qui était vaste et jouxtait la synagogue. C’est là que nous avons passé les années de la Première Guerre, à l’ombre non pas de la croix, mais de la Torah… Les cinq soeurs et leurs maris étaient incroyants, mais il ne fallait pas peiner ou offenser le grand-père.

- Dans « La Pensée sauvage », vous parlez de l’ « indigence » de la pensée religieuse. Toute pensée religieuse est-elle donc indigente ?

- Je voulais dire par là que la pensée religieuse bute toujours sur les mêmes problèmes, qui sont peu nombreux et. au fond, elle a peu de solutions différentes à offrir. Naturellement, les religions ont bâti des constructions très savantes et très poétiques pour résoudre ces trois ou quatre problèmes, celui du Mal, celui de la transcendance et d’autres.

- Iriez-vous jusqu’à dire que la pensée religieuse est une dégradation par rapport a la pensée mythologique ?

- Non ! Parce que, en réalité, la pensée mythologique, malgré toute sa complication, est très pauvre. C’est ce que j’ai essayé de montrer dans « Mythologiques ». Au fond, elle se réduit, elle aussi, à quelques propositions, qu’elle met en oeuvre inlassablement.

- Mais alors, quelle différence y a-t-il entre les deux pensées ?

- La différence est fondamentale. La pensée mythologique déborde toutes les catégories ; elle s’efforce de répondre à tous les problèmes que l’homme peut se poser: religieux, métaphysiques, mais aussi physiques, sociologiques, juridiques, psychologiques, esthétiques. et elle prétend donc faire à la fois ce que fait la religion et ce que fera, plus tard, la science. Nos religions, quant à elles, ne cherchent à répondre qu’à certains problèmes, et elles le font, je dirais, en se fondant sur l’idée (qui m’a toujours été étrangère) de la possibilité d’une communication personnelle entre Pierre, Paul ou Jacques et une entité surnaturelle.

- C’est une chose que vous ne concevez pas …

- En effet. A mon sens, la pensée religieuse est plus limitée dans son champ, et beaucoup plus ambitieuse dans une seule de ses prétentions.

- Elle n’a plus les moyens de ses ambitions ?

- Sauf, peut-être, chez les saints et chez les mystiques.

- En 1971, vous avez fait à l’Unesco un scandale dont on se souvient encore. Dans cette conférence (« Race et culture »), vous introduisiez une différence entre racisme et xénophobie …

- J’ai réagi contre cette tendance qui consiste à banaliser la notion de racisme, qui désigne une doctrine fausse mais précise à en faire une sorte d’amalgame qui ne veut plus rien dire. Quand on dénonce comme racistes un attachement à certaines valeurs, un manque de goût pour d’autres – attitudes excusables ou blâmables, mais profondément ancrées dans les communautés humaines – on aboutit à ceci : les gens a qui on fait ce reproche se disent « Si c’est ça le racisme, alors, moi, je suis raciste ». Et il me semble qu’on fabrique ainsi des racistes.

- Pour Le Pen, vous tiendrez ce genre de raisonnement ?

- Je ne peux pas dire que j’ai une quelconque sympathie pour un certain nombre de propos que tient M. Le Pen, mais je crois qu’on lui a mâché la besogne en laissant s’instaurer la confusion que j’ai signalée. Racisme anti-jeunes, racisme anti-femmes … On ne sait plus ce que cela veut dire…

- Une obsession que l’on trouve dans beaucoup de vos ouvrages, c’est l’avènement d’une monoculture de masse.

- Nous sommes placés, en effet, devant un pari : l’Histoire nous enseigne que l’humanité n’a jamais trouvé son originalité que dans un certain équilibre entre l’isolement et la communication. II a fallu que les cultures communiquent, sinon elles se seraient sclérosées. Mais il a aussi fallu qu’elles ne communiquent pas trop vite, pour se donner le temps d’assimiler, de faire leur ce qu’elles empruntaient au-dehors. Le pari est que ça continuera.

- Spontanément ?

- A mesure que nous verrons l’humanité s’homogénéiser se créeront, en son sein, d’autres différences. Quelques signes avant-coureurs se manifestent : par exemple, la multiplication des sectes en Californie (j’y ai passé quelques semaines à la fin de 1984) ; ou encore des phénomènes qui nous paraissent pathologiques, comme la difficulté croissante de communication entre les générations, mais qui ont peut-être un côte positif que nous ne soupçonnons pas. Plus l’humanité devient grosse, si je puis dire, moins elle devient transparente à elle-même.

- Sans cette différenciation, il y aurait une déperdition extraordinaire …

- Extraordinaire et nous serions alors voués au sort annoncé par Gobineau (qui a confondu la notion de race et celle de culture à la fin de l’ « Essai sur l’inégalité des races humaines »).

- Ah ! Que disait Gobineau ?

- Que nous allions vers une homogénéisation totale, de pair avec une sorte d’abêtissement également total. Il y a, là-dessus, une phrase splendide vers la fin de son livre.

- Qu’est-ce qui est le plus sûr ?

- Je n’en sais rien. On ne peut pas savoir.

- D’autre part, le monde est saturé démographiquement. Vous employez plusieurs fois, pour décrire ce processus, l’analogie des vers de farine …

- …qui s’empoisonnent mutuellement par les toxines qu’ils secrètent avant même d’avoir proliféré …

- au point qu’ils n’aient plus rien à manger. Pourquoi l’humanité ne dispose-t-elle pas d’un mécanisme de ce genre ?

- Je pense qu’elle l’a jusqu’à un certain degré. Nous nous empoisonnons très largement les uns les autres.

- Il existe donc une certaine autorégulation, d’après vous. Comme dans les sociétés primitives.

- Les sociétés primitives régulaient parfaitement.

- Mais nous ? Nous avons perdu cet équilibre avec la nature …

- C’est extrêmement difficile à dire. D’abord, le progrès de la science et de la technique a donne l’impression que l’humanité avait à sa disposition des ressources illimitées et que, donc, le problème ne se posait pas. Et on s’est aperçu tardivement qu’il se posait tout de même. Je ne sais pas, on verra.

- Vous dites beaucoup : quand on gagne sur un plan, on perd sur d’autres.

- Oui, je crois qu’en effet chaque formule sociale représente un choix, et que, dans un choix. on gagne et on perd. L’agriculture en est un exemple.

- Comment ça ?

- Parce qu’en choisissant cette formule on a privilégié des productions qui sont, certes, d’un plus grand pouvoir calorique mais de moindre valeur nutritive ; et, d’autre part, du même coup, on a ouvert le champ aux maladies infectieuses par le défrichage, la création de marais, et encouragé la prolifération d’insectes nuisibles, qui ont parasité d’abord le bétail, puis les hommes.

- Donc, il n ‘y a pas de progrès.

- II y a des progrès, parce que c’est pour faire un progrès qu’on accepte une régression dans un autre domaine. Et l’un d’eux est incontestable, c’est la connaissance scientifique, que je tiens pour un progrès absolu.

- Mais quel est le coût de ce progrès ? Y a-t-il une contrepartie ?

- La contrepartie, c’est que les trois quarts du progrès scientifique sont destinés à neutraliser les inconvénients qui résultent du dernier quart.

- Vous avez beaucoup écrit que l’Histoire était la mythologie de notre temps. Néanmoins, les conséquences sociales ne sont pas les mêmes.

- Elles sont inverses. Le rôle du mythe a toujours été d’expliquer pourquoi un certain ordre social était ce qu’il est parce qu’il a été promulgué par les dieux ou par les ancêtres. Par conséquent, l’idéal de la société, c’est d’en rester là. Nous utilisons l’Histoire à une fin exactement inverse, qui est de montrer comment le présent s’explique par un passé qui ne lui était pas semblable, et pourquoi l’interprétation que nous donnons de ce présent nous incite à concevoir des avenirs qui soient aussi différents de ce présent que ce présent l’a été de ce passé.

- Oui, ça justifie le changement … Le grand mot !

- Nous sommes des sociétés de changement. Nous voulons changer. A l’inverse des sociétés que nous appelons primitives (qui ne le sont en aucune façon : mais elles se voudraient primitives): en ce sens, le terme retrouve une signification. Elles se voudraient primitives, parce que leur idéal serait de perdurer telles qu”elles ont été créées par les dieux ou les ancêtres au commencement des temps. Naturellement, elles ne le restent pas.

- Mais comment expliquer 1′apparition de l’Histoire dans la pensée occidentale, qui se définit par là-même ?

- Je dirais qu’elle vient avec la naissance du développement de la pensée scientifique. Alors qu’auparavant on s’en remettait au mythe pour tout expliquer, maintenant, à chaque type de problème correspond une science particulière. Ne reste plus que l’Histoire pour donner un sens à la vie sociale.

- Mais, en même temps, vous montrez que l’Histoire est impossible, que raconter un événement passé n’a pas de sens.

- Ça a énormément de sens, puisque nous avons envie de le faire et que nous en tirons une grande satisfaction. Mais en effet, pour moi, ce qui, en dernière analyse, constitue le « fait historique » pose une énigme.

- En effet, on ne peut jamais reconstituer le passé… Mais on vous a accusé, aussi, de vouloir, comme d’autres, la mort de l’homme. Vous avez même écrit que l’essentiel de l’ethnologie est de « dissoudre l’homme ».

- Je tiens le plus grand compte de l’homme. puisque je n’ai jamais rien fait d’autre que l’étudier. Mais ce que je voulais dire par là, c’est que le problème, insoluble, de ce qu’on appelle par imposture les « sciences » humaines et sociales, c’est qu’elles ne détiennent pas les réponses définitives ou dernières : nous travaillons à la surface des choses. Par-derrière, il y a des réalités plus profondes, d’ordre neurologique et biologique.

- La société contemporaine ne vous paraît-elle pas plus étrange que les Indiens du Brésil ? II y a de moins en moins de mariages …

- Nous avons toujours la prohibition de l’inceste, c’est-à-dire que nous sommes toujours obliges d’échanger les femmes.

- Ça marche encore, de nos jours ?

- Ça marche d’une façon aléatoire, au lieu de fonctionner selon les règles. Mais, comme nos sociétés sont très volumineuses, elles peuvent s’en remettre à la loi des grands nombres.

- Tout de même, avec le développement du concubinage, il n ‘y a plus d’ « alliance ». Les familles des deux conjoints s’ignorent.

- Il est tout à fait concevable que cette cohésion sociale, qui a été si longtemps fondée sur des liens d’alliance et de parenté, tende à disparaître au profit d’autres mécanismes ayant le même résultat.

- Mais y a-t-il encore un fondement à la prohibition de l’inceste, si ce système d’alliance disparaît ?

- II est possible que la prohibition de l’inceste disparaisse un jour, dans la mesure où apparaîtront d’autres moyens d’assurer la cohésion sociale.

- On peut l’imaginer ?

- Bien sûr. Durkheim lui-même avait déjà envisagé cette éventualité dans un célèbre article intitulé « La prohibition de l’inceste ».

- On peut donc concevoir une humanité qui ne le prohiberait plus ?

- Oui, a condition que les liens sociaux s’établissent autrement. Ce n’est pas encore le cas.

- Il est vrai que, dans les foyers dits « monoparentaux », ceux où il n’y a plus de couple, des relations quasi incestueuses apparaissent entre mère et enfant, entre père et enfant.

- Peut-être, mais il ne peut y avoir de société sans loi d’échange. Pour autant que de nouveaux liens apparaissent, on pourrait concevoir que les anciens disparaissent. Ce n’est pas pour demain !

- Dans votre dernier ouvrage, « La Potière jalouse », vous écrivez que Freud a suivi une fausse piste ouverte par Vico, Rousseau et Voltaire. Quelle est-elle ?

- Cette piste a consisté à faire dériver de l’affectivité des phénomènes qui, en réalité, étaient des phénomènes cognitifs. Ils ont tous trois considéré que, dans l’expression linguistique – « langagière » comme on dit aujourd’hui – ce qui était premier, c’était la métaphore. Les hommes auraient d’abord pensé en poésie avant de penser rationnellement. Mais les sources de cette poésie, ils les cherchaient essentiellement dans les émotions. Au contraire, j’essaie de montrer que la métaphore à laquelle je donne la même priorité est un processus intellectuel.

- Vous n’aimez pas le XXème siècle. Dans quel siècle auriez-vous aimé vivre ?

- Il est toujours très difficile de répondre à cette question, car elle implique une question préalable : de quel côte de la barricade me trouverais-je si je vivais dans ce siècle-là ?

- Supposons cette question résolue.

- Je me sens une âme du XIXe siècle.

- Pourquoi ?

- Parce que c’était un siècle où, déjà, les moyens de communication étaient suffisants pour que, sans y passer des années entières, on pût se transporter d’une extrémité à l’autre de la Terre, et où, en même temps, continuait à subsister dans une large mesure tout ce qui avait fait la richesse et la diversité humaines.

- Mais c’est un siècle scientiste.

- S’il est un plan où je reconnais la supériorité absolue de la civilisation où je suis né, qui fait que j’y suis profondément attaché, c’est celui de la pensée scientifique. Alors, que le XIXe siècle ait péché par excès d’enthousiasme, qu’il ait été un siècle scientiste ne me gène pas du tout. C’était, surtout, un siècle merveilleux, dans la mesure où restaient tant de domaines encore inexplorés qu’il suffisait de se baisser pour ramasser des trésors.

- Jules Verne, quoi ! Mais que trouvez-vous dans le XIXe qui ne soit plus dans le XXe, où pourtant, la science a accompli des prodiges ?

- Je le trouve trop peuplé, trop homogénéisé. Quand je me rends dans un pays exotique, je sais que je dois faire un nombre énorme de concessions pour me donner 1′illusion d’y trouver ce que je suis allé chercher. Quand je parcourais la Corée du Sud en compagnie de collègues et d’étudiants du pays, on m’a rapporté que ces derniers disaient : « Ce Lévi-Strauss, il ne s’intéresse qu’à des choses qui n’existent plus. » Eh oui ! Je ne m’intéresse qu’à des choses qui n’existent plus.

- Oui, mais la connaissance de ces choses a une utilité pour le monde actuel. Du moins, le pensez-vous … Sinon … Pensez-vous au fait que votre savoir est utile aux hommes du Xxe siècle ?

- Je vous répondrai que je ne m’en soucie pas. Et si je me demande en quoi il peut être utile. je dirai : il accroît notre connaissance de l’homme. Je ne sais pas à quoi ça servira ni si ça servira à quelque chose. Mais la connaissance me semble un but en soi. Peut-être contribue-t-elle a inspirer une certaine sagesse. Je n’oserai dire plus.